Les centrales syndicales et la résistance antifasciste aux États-Unis
On cherche sur les sites de ces « contre-pouvoirs », qui représentent 40% de la force de travail au Québec, une marque de solidarité avec les travailleurs et travailleuses qui, au risque de leur vie, comme Renee Nicole Good ou Alex Pretti, s’opposent physiquement aux miliciens de ICE et autres officines de chasse aux étrangers. On cherche des condamnations de la complicité de la multinationale Montréalaise GardaWorld ou de la multinationale Française, Capgemini, également présente au Canada.
Aucune référence non plus à celles et ceux qui viennent de réaliser, les 23 et 30 janvier 2026, les deux plus importantes grèves générales de l’histoire des États-Unis depuis des décennies ; des grèves illégales portées par la jeunesse étasunienne qui se révolte et se politise, des grèves politiques de masse contre le néofascisme. Aucune référence à ce mouvement de résistance historique alors qu’il y aurait de quoi s’en inspirer ici aussi. De fait, on oublierait presque qu’à peine deux mois plus tôt, fin novembre 2025, la présidente de la FTQ réussissait enfin, après des années de "dialogue social", à agacer la bourgeoisie québécoise et à remobiliser la classe ouvrière en évoquant à l’Assemblée nationale le terme « grève sociale ». Ici aussi, il s’agissait de résister à un gouvernement qu’elle n’hésitait pas alors à qualifier de "quasi-dictature". Mais depuis, malgré une mobilisation intersyndicale exceptionnelle à Montréal de plus de 50 000 personnes le samedi 30 novembre 2025 et un mouvement de grève étasunien potentiellement contagieux, c’est le silence le plus complet. À croire que les centrales syndicales québécoises estiment que le problème est réglé depuis l’annonce du départ du Premier ministre Legault et que ce qui se passe aux États-Unis n’a aucune conséquence sur la classe ouvrière québécoise.
Les centrales syndicales et le reste du monde
Et sans surprise, il est tout aussi difficile de trouver des textes récents en solidarité avec les camarades qui sont géographiquement plus éloigné·es. Pour ne prendre que deux exemples d’actualité et impossible à ignorer : nous n’avons rien trouvé sur les dizaines de milliers de camarades massacré·es en janvier 2026 en Iran ou sur nos camarades Ukrainien·nes qui ne cessent de nous réclamer des armes, en vain depuis quatre ans, pour se défendre contre l’impérialisme Russe ou tout simplement de l’aide pour se chauffer. Il faut par exemple remonter au mois de février 2022 pour trouver une référence à l’Ukraine sur le site de la FTQ ou de la CSN. Seule exception à ce désintérêt syndical à l’égard du reste du monde – une exception qui mériterait d’être davantage questionnée - on retrouve ici ou là une dénonciation de la situation à Gaza.
Et encore, cette solidarité se manifeste alors du bout des lèvres, en toute discrétion, presque honteusement, avec de toute évidence la peur d’être accusé par le gouvernement de "faire de la politique" ou de froisser certain·es membres. À titre d’exemple, le 17 octobre 2025, à la télévision, la présidente de la CSN rassurait un journaliste antisyndicaliste en affirmant (5’05) que bien qu’elle soit « bardée de mandats », la CSN n’a pas « dépensé 15 piastres en 3 ans » pour la Palestine ; sur le site de la FTQ, il faut remonter à 2014 pour trouver une mention de la Palestine et le terme est absent du moteur de recherche du site de la CSQ [1].
Il existe surement d’autres actions de solidarité syndicale internationale. Mais force est de constater que si c’est le cas, elles relèvent davantage d’une diplomatie syndicale secrète que d’une véritable politique ouvrière internationaliste qui s’assume en tant que telle.
L’oubli de l’internationalisme et la montée du fascisme
Ce silence à l’égard de celles et ceux qui, en dehors du Québec, luttent activement contre le néofascisme et pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes soulèvent d’importantes questions, notamment sur l’opportunisme des directions syndicales. Car de fait, la bureaucratie syndicale a parfaitement conscience de l’importance vitale de la solidarité ouvrière internationale… quand ça la concerne directement à tout le moins. Toutes les centrales syndicales se sont ainsi empressées, avec raison, de rediffuser largement le message de solidarité publié le 22 janvier 2026 par la Confédération syndicale internationale (CSI) qui dénonce les attaques du Gouvernement du Québec contre le financement et le fonctionnement des syndicats.
Dans tous les cas, ces oublis, cette invisibilisation de la solidarité ouvrière internationale, ce repli sur ce soi et ce corporatisme des directions syndicales pavent la voix au racisme, au fascisme, à l’impérialisme, au colonialisme, aux conquêtes, y compris du Québec. Trump, Poutine et leurs ami·es, y compris québécois·es ou albertain·nes, ne vont pas mettre un terme à leurs projets fascistes et coloniaux sous prétexte qu’on ne parle plus d’eux, qu’on oubli le reste du monde et qu’on serre les fesses en espérant que la peste brune fasciste épargne la classe ouvrière québécoise. Au contraire :
« L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les exciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées (…) Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » (Karl Marx, Adresse, Première Internationale, 1864).
Martin Gallié
Image : Black Lives Matter St. Paul / Minneapolis, 30 janvier 2026. "Tonight hundreds of individuals spelled out an SOS on Bde Maka Ska".











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