Édition du 8 octobre 2019

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Asie/Proche-Orient

Syrie et Yemen : à leur tour !

La carotte et le bâton  : c’est en maniant les deux, que le régime du parti Baath en Syrie tente d’endiguer la vague de protestation qui se répand de plus en plus dans le pays depuis le 15 mars. Le Baath, dirigé par Bachar al Assad, est au pouvoir en Syrie depuis 1963.

Il est fondé sur un mélange entre nationalisme arabe et «  socialisme  » étatique stalinisant, même si l’économie a été «  libéralisée  » (avec des privatisations partielles) après la chute de l’URSS. Son règne est en partie basée sur une minorité religieuse, les alaouites, au détriment d’autres parties de la population liées à des confessions différentes ou à aucune confession.

La minorité kurde vivant dans le nord et l’est du pays subit une oppression particulière.

Les premiers heurts sérieux ont éclaté, la semaine dernière, dans la ville de Deraa, à la frontière jordanienne. C’est en partie la situation périphérique de la région au sein du pays, combinée à la sècheresse extrême qui a fait souffrir les habitants du plateau Hauran (où se trouve Deraa) et assombri les perspectives des cultivateurs, qui a exacerbé les frustrations sociales dans cette partie méridionale de la Syrie. Puis, il y a eu l’étincelle qui mit le feu aux poudres  : l’arrestation de quinze enfants, qui s’étaient amusés à écrire sur les murs de la ville le désormais célèbre slogan «  Ach-Cha’ab yourid al-isqat al-nizham  » («  La peuple veut la chute du régime  »), mot d’ordre central de la révolution égyptienne. Relâchés au bout de quelques jours, les enfants portaient sur le corps des traces évidentes de tortures subies. Le fait que désormais, on touche «  même aux enfants  », a conduit à l’explosion à Deraa dès le 18 mars.

Par ailleurs, les problèmes sont ici les mêmes qu’ailleurs dans le pays  : corruption, népotisme, arbitraire des autorités, inégalités sociales. La semaine dernière, la police a ouvert le feu à plusieurs reprises sur la foule des contestataires. Au cours de la seule journée du 23 mars, plus de 100 personnes ont été tuées selon l’opposition et les défenseurs des droits humains. Le lendemain, alors que 20 000 personnes participaient aux funérailles des «  martyrs  », de nouvelles violences policières ont coûté la vie à six autres personnes. En même temps, le mouvement a atteint Lattaquié, au bord de la Méditerranée dans le nord-ouest du pays, qui est devenu un nouveau centre de la contestation, et d’autres villes.

Le régime a néanmoins été obligé de lâcher du lest. Le 29 mars, le gouvernement du Premier ministre Mohamed Naji Otri a remis sa démission au président Bachar al Assad. Parallèlement, le régime a annoncé l’abrogation de la loi sur l’état d’urgence, en vigueur dans le pays depuis… 1963. Mais il est aussi en train de dépêcher l’armée dans les centres de contestation, dont Lattaquié.

Au Yémen, le président Ali Abdallah Saleh (au pouvoir depuis 1979, dont le régime est basé sur le tribalisme et une alliance «  antiterroriste  » avec les USA) semble déjà nettement plus proche de la porte. Saleh a d’ores et déjà déclaré qu’il était prêt à démissionner, mais qu’il craignait «  le chaos  » après lui et qu’il souhaitait ainsi clarifier les termes d’une transition. Une bonne partie de l’armée ayant tourné le dos à son pouvoir, il a négocié, le week-end dernier, avec le général Ahmar  ; mais jusqu’à nouvel ordre, ces négociations sont sans succès et ont été interrompues. Néanmoins, la pression de la rue demandant au président de «  dégager  » demeure, ici, extrêmement forte.

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