Par Smith PRINVIL
Dans un pays fragilisé par l’insécurité, l’impasse politique et l’urgence humanitaire, ces femmes venues de différentes régions rappellent une évidence trop souvent négligée : aucune sortie de crise durable ne peut se construire sans inclusion.
Signé par Miralda Jameau, Agenor Yanick Auguste, Langeda Dabelus, Sylmatha Pierre et Johanne Jean, le texte intervient à un moment charnière, à la veille de la fin annoncée du mandat du Conseil Présidentiel de Transition, prévue pour le 7 février 2026. Une date hautement symbolique dans l’imaginaire politique haïtien, chargée à la fois d’espoirs et de désillusions répétées.
En Haïti, la crise n’est plus seulement un sujet de débat institutionnel. Elle s’incarne dans les gestes ordinaires de survie, dans l’impossibilité de circuler librement, dans l’angoisse des familles et dans la précarité grandissante. Les femmes, en première ligne de cette réalité, portent le poids d’un effondrement qui affecte à la fois le tissu social et les solidarités traditionnelles.
La Coalition des Femmes Leaders en Région souligne que les femmes et les groupes vulnérables demeurent les premières victimes de l’insécurité et de l’absence de perspectives politiques claires. Elle dénonce une gouvernance souvent déconnectée des réalités locales et appelle à un modèle fondé sur la transparence, la participation citoyenne et le respect des droits humains.
Longtemps confinée à l’espace privé ou communautaire, la parole des femmes s’affirme aujourd’hui comme un acte politique à part entière. Cet appel collectif s’inscrit dans une histoire haïtienne marquée par la résistance silencieuse, la transmission culturelle et la capacité des femmes à maintenir le lien social, même dans les périodes les plus troublées.
En s’adressant directement aux « assoiffés du pouvoir », la Coalition rappelle que les aspirations profondes de la population haïtienne restent inchangées : vivre en paix, accéder à la justice et bénéficier de conditions de vie dignes. Un message simple, mais porteur d’une exigence éthique forte.
Pour la Coalition, la transition politique ne saurait se limiter à un simple réaménagement institutionnel. Elle doit ouvrir la voie à une mobilisation accrue des acteurs nationaux et internationaux, capable de soutenir un processus de sortie de crise crédible et durable. L’objectif est clair : créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections libres, inclusives et démocratiques, seules à même de restaurer la légitimité de l’État.
Cette vision place l’inclusion territoriale, sociale et de genre au cœur du projet politique. Elle interroge, en creux, les pratiques de pouvoir qui ont longtemps exclu les régions et les voix marginalisées des grandes décisions nationales.
Au-delà de l’actualité immédiate, l’appel de la Coalition des Femmes Leaders en Région s’inscrit dans une réflexion plus large sur le devenir d’Haïti. Il rappelle que la reconstruction d’un pays ne se mesure pas seulement à la solidité de ses institutions, mais à sa capacité à reconnaître toutes ses voix.
Dans un contexte marqué par la lassitude et la défiance, ces femmes proposent une autre boussole : celle de la dignité, de l’écoute et de la responsabilité partagée. Une parole ferme, mais porteuse d’espoir, qui invite Haïti et ceux qui l’observent à repenser la gouvernance comme un espace de dialogue plutôt que de domination.
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :








Un message, un commentaire ?