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Trump, Milei et consorts ne sont pas les bienvenus : en Colombie, un sommet inédit pour sortir des fossiles

Face à l’inefficacité des COP, la Colombie et les Pays-Bas organisent le 1er sommet international dédié à la sortie des énergies fossiles, à Santa Marta. La France y sera, mais Trump et consorts ne sont bien sûr pas conviés.

Tiré de Reporterre.net
24 avril 2026

Par Emmanuel Clévenot

Le rendez-vous est né d’un ras-le-bol. Celui d’observer les conférences onusiennes sur le climat — plus connues sous l’acronyme COP — piétiner d’année en année. Du 24 au 29 avril, la ville caribéenne de Santa Marta, en Colombie, accueille le tout premier sommet international dédié à la sortie des énergies fossiles. L’objectif est clair : « créer une dynamique politique irréversible », s’enthousiasme Selma Huart, d’Oxfam France.

Et pour ce faire, le pays hôte — à l’initiative de ce grand raout aux côtés des Pays-Bas — n’a pas hésité à changer les règles du jeu. « Les nations qui n’ont pas encore pris de décision ne sont pas les bienvenues, claquait le 17 avril dans The Guardian la ministre colombienne Irene Vélez Torres. Nous n’accepterons ni les boycotteurs, ni les climatosceptiques à la table des négociations. » Un tacle à peine dissimulé à Donald Trump, Javier Milei et tous les leaders œuvrant à freiner les ambitions climatiques.

Réussir ce que les COP ont échoué

À contre-courant des COP traditionnelles, cette séquence de négociations s’appuie uniquement sur les forces volontaires. Une façon de contourner le processus habituel centré sur le consensus, et ainsi sortir de l’impasse entretenue par certains. Les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et les pays du Golfe producteurs de pétrole ne seront donc pas présents à Santa Marta.

Cinquante-quatre pays ont à l’inverse confirmé leur participation. Parmi eux, figurent le Royaume-Uni et l’Union européenne, le Canada, l’Australie ou encore la Turquie, hôte de la future COP31. Quelques États exploitant les fossiles — comme le Nigeria, l’Angola, le Mexique et le Brésil — composent aussi cette liste, complétée par des pays parmi les plus vulnérables à la crise climatique, dont des îles du Pacifique. À eux tous, ces participants constituent un cinquième de la production planétaire et un tiers de la demande d’hydrocarbures.

Les organisateurs espèrent ainsi mettre au cœur des débats la question si souvent délaissée de l’extractivisme fossile. Celui-ci a beau être le coupable n°1 de la crise climatique, il n’a été explicitement mentionné pour la première fois lors d’une COP qu’en 2021… Soit vingt-six ans après la création de cette grande messe annuelle. Les gouvernements ont eu beau acter de « s’éloigner progressivement des combustibles fossiles  » au terme de la COP28 à Dubaï, depuis rien n’a évolué. Même l’accord adopté à Belém à l’issue de la COP30, sur laquelle reposaient tant d’espoirs, ne dit pas un mot sur le sujet.

Taxer les géants des fossiles

Face à cette frustration grandissante, cette conférence réussira-t-elle ce que les COP ont échoué ? Une chose est sûre : « Elle arrive à point nommé », poursuit Irene Vélez Torres, à la tête des négociations. Car depuis deux mois, la guerre au Moyen-Orient a braqué les projecteurs sur les répercussions de notre dépendance aux hydrocarbures. Mais également sur la capacité des entreprises de ce secteur à tirer des bénéfices de l’envolée des cours de l’énergie entraînée par les conflits.

D’après le Réseau Action Climat, depuis le début des bombardements israélo-étasuniens sur l’Iran, la multinationale française TotalEnergies a enregistré un milliard d’euros de bénéfices. Ce, « en rachetant 70 cargaisons de pétrole dans tout le Moyen-Orient, alors que le conflit paralysait le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz », précise la fédération.

En parallèle, les citoyens paient eux le prix fort. En comptabilisant les subventions publiques attribuées aux géants des fossiles, les ravages sur la santé de la pollution et les coûts des aléas climatiques, l’addition grimpe à 12 000 milliards de dollars par an (10 300 milliards d’euros), d’après Fanny Petitbon, de l’ONG 350.org. Autrement dit, 1 400 dollars par habitant de cette planète : « C’est une fortune ponctionnée en silence sur le budget des ménages et dans les caisses de l’État, pendant qu’une poignée de multinationales engrangent des profits records en spéculant sur les conflits », déplore-t-elle.

Aux yeux de Ryad Selmani, de l’ONG luttant contre la faim CCFD–Terre Solidaire, Santa Marta est une opportunité historique pour les gouvernements de mettre fin à cette mascarade en taxant les profits excédentaires des industriels fossiles : « Les faire contribuer n’est plus un choix : c’est une urgence politique. »

Cercle vicieux

Au cœur des discussions devrait aussi émerger la question des dettes insoutenables des pays du Sud. Historiquement, ceux-ci sont les moins responsables de la crise climatique. Pourtant, ils en subissent les plus lourdes répercussions. Pour y faire face, beaucoup sont contraints non seulement d’emprunter de l’argent… mais aussi d’amplifier leurs activités polluantes — parmi lesquelles figurent les fossiles — afin de rembourser leurs dettes.

Un cercle vicieux duquel ces États ne pourront se détacher sans davantage de justice climatique : « Les pays en développement ont besoin de 455 à 2 400 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour réussir leur transition, mais aujourd’hui, on est autour de 35 milliards réellement disponibles, déplore Selma Huart. On est très loin du compte ! Sans financements climatiques massifs, prévisibles et accessibles, la sortie mondiale des fossiles restera hors de portée.  »

Le Réseau Action Climat appelle notamment à annuler les dettes de certains pays le réclamant pour les aider à entamer pleinement leur transition énergétique. Santa Marta pourrait ouvrir une brèche inédite en la matière. Toutefois, Ryad Selmani, de CCFD–Terre Solidaire, craint que la France ne freine ces ambitions : organisatrice du G7 Environnement le 23 et 24 avril à Paris, elle y défend « un statu quo fiscal intenable ».

Pas de leadership français

Par ailleurs, son refus d’aborder clairement l’abandon des hydrocarbures lors de cette rencontre l’empêche de s’emparer du leadership climatique au sommet de Santa Marta : « À l’heure où l’urgence climatique se double de tensions géopolitiques alimentées par les énergies fossiles, le silence n’est plus neutre : il devient une faute politique. », dit Gaïa Febvre, chargée des politiques internationales au Réseau Action Climat. En l’absence des plus grandes puissances mondiales, la France et l’Union européenne auraient pourtant eu l’occasion de se positionner en locomotives de la transition.

Quoiqu’il en soit, la conférence de Santa Marta doit aboutir à l’élaboration d’un rapport de synthèse. Elle se veut surtout « un moment d’élan, avec les pays ambitieux, pour remettre du capital diplomatique sur la nécessité de sortie des fossiles et de s’attaquer à ce qui lui fait barrage aujourd’hui », conclut Gaïa Febvre. Une première pierre qui en appellera sûrement d’autres, un deuxième acte ayant déjà été programmé pour l’an prochain, aux Tuvalu, archipel menacé par la montée des eaux.

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