Édition du 18 février 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Lutte au budget Bachand 2011

Un budget misogyne

Des coupures, des hausses de tarifs et encore des coupures ! Le gouvernement Charest a fait fi, jeudi dernier, de la colère de la population et a déposé un budget misogyne. En plus de continuer à attaquer les programmes sociaux, celui-ci se met maintenant à faire des attaques directes aux populations les plus pauvres : les sans-emplois, les personnes âgées, les étudiantes et les étudiants, mais surtout les femmes.

L’augmentation des frais de scolarité : un « pensez-y bien » avant de s’endetter

Bien que le nombre de femmes ait augmenté dans les dernières décennies (et l’on pourrait supposer que l’accessibilité aux études supérieures en soit un facteur important d’influence), les femmes demeurent moins nombreuses que les hommes au Québec à obtenir un diplôme universitaire (37,5% contre 40,2%). Dans un contexte ou l’égalité entre les hommes et les femmes doit être au cœur de chaque décision prise par un gouvernement qui dit y travailler quotidiennement, comment devons-nous considérer une mesure augmentant les frais de scolarité de 325$ par année ? Comme une attaque directe à l’accessibilité aux études supérieures, accessibilité qui n’était déjà pas une égalité de droits au niveau de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Bonification de la Régie des rentes du Québec : oui, mais pour qui ?

L’éducation est un lien essentiel pour l’accessibilité au marché de l’emploi pour les femmes. En effet, le taux d’emploi des femmes sans diplôme est de 25,4% comparativement à 43,3% chez les hommes. Mais lorsqu’elles ont un diplôme universitaire, elles se rapprochent davantage du taux masculin, soit 76,1% comparativement à 77,4% chez les hommes. Malheureusement, les femmes continuent à être moins nombreuses sur le marché de l’emploi et à s’occuper majoritairement des tâches non-rémunérées. Par exemple, on note que 22% des femmes s’occupent plus de 30 heures par semaine des soins aux enfants contre 10,5% des hommes. Environ le quart des femmes prodiguent aussi des soins à des personnes âgées de la famille sans rémunération. Toutes ces tâches se font parfois en plus d’un emploi rémunéré. Cependant, qu’en est-il de toutes ces femmes qui actuellement sont sans emploi rémunéré, s’occupant d’élever leurs familles, de leurs parents âgés, se retrouvant face à un divorce ou une séparation après avoir passé une bonne partie de leur vie à faire ce travail invisible ? Bien sûr, toutes ces heures non-rémunérées ne participent pas à bonifier les cotisations de la Régie des rentes du Québec. Donc, augmenter les cotisations à la RRQ, d’accord ! Mais à qui profiteront ces bonifications quand tout notre travail n’aura consisté qu’à des tâches invisibles pour l’État ? Et n’oublions les pénalités qui augmenteront quand les personnes décideront ou seront obligées de prendre leurs prestations avant 65 ans, ce qui est d’ailleurs une obligation pour toutes les personnes assistées sociales du Québec d’aller chercher sa prestation à 60 ans. Encore une fois, on pénalisera les plus pauvres.

Des attaques plus directes et plus de responsabilités pour les femmes

Ainsi, les 15 000 nouvelles places de garderie à contribution réduite, promises par le gouvernement en 2008, seront créées, mais graduellement entre 2012 et 2016. Si l’on se fie aux dernières promesses gouvernementales en matière de logements sociaux (une promesse de 3000 logements sociaux par année pendant 5 ans pour un total de 15 000), les femmes attendent avec impatience le début de ces nouvelles places en garderie avant de sauter de joie à l’annonce de cette mesure. En attendant, elles devront assumer les conséquences du manque de places en garderies à 7$. Elles devront aussi pallier à la responsabilité d’une population vieillissante puisqu’on voit apparaître comme seule mesure pour les « proches aidantes », un crédit d’impôt. Donc, celles qui ont un emploi rémunéré, qui paie de l’impôt et qui en plus doivent s’occuper d’une personne âgée auront droit à ce maigre crédit, sans aide supplémentaire. Pour les femmes sans emploi rémunéré, qui s’occupe d’un parent âgé à temps plein, pas de crédit (puisqu’elles n’ont pas assez de revenu pour payer de l’impôt) ni aide supplémentaire. C’est le retour au don de soi.

Ainsi, ce dernier budget laisse un goût amer aux femmes du Québec. Pour ceux et celles qui auraient un doute quant à la misogynie de ce budget, sachez que le budget alloué à la Condition féminine passera de 12,2 millions cette année, à 7,6 millions pour le prochain exercice fiscal. Quand on s’attaque aussi directement aux droits des femmes et à l’égalité, la riposte féministe devra être aussi dure que les mesures mises en place par ce gouvernement.

Les statistiques présentes dans ce document proviennent de : http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/fichierspublications/fichier-37-1217.pdf

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