Édition du 17 septembre 2019

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Planète

Un catalogue d’un certain air du temps

L’Islande a organisé des funérailles [le 18 août] pour la disparition de son premier glacier à cause de la crise climatique. Dans les 200 prochaines années, tous nos glaciers pourraient connaître le même sort. Ce monument atteste que nous savons ce qui se passe.

Article tirés de NPA 29

Cette réalité se répercute dans le monde entier, bien au-delà de l’Islande. Même lorsqu’il n’y a pas de funérailles proprement dites, nous assistons en quelque sorte à des funérailles continues pour le monde que nous avons connu.

Juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré sur Terre depuis le début de la tenue des relevés en 1880. Neuf des dix mois de juillet les plus chauds jamais enregistrés ont eu lieu depuis 2005, et juillet a été le 43e mois consécutif à enregistrer des températures supérieures à la moyenne du 20è siècle.

Au Groenland, les scientifiques ont été stupéfaits par la rapidité avec laquelle la calotte glaciaire fond, car il avait été prévu que la glace ne devrait pas fondre avant 2070. Le taux de fonte a été qualifié de « sans précédent », car le record historique de fonte en une seule journée a été battu en août, lorsque la calotte glaciaire a perdu 12,5 milliards de tonnes d’eau.

Il ne faut pas oublier que la calotte glaciaire du Groenland contient suffisamment de glace pour faire monter le niveau de la mer de 6 mètres. Il est maintenant prévu qu’elle perdra plus de glace cette année que jamais auparavant.

De plus, pour la première fois dans l’histoire, dans l’Arctique, la glace de mer autour de la côte de l’Alaska a complètement fondu. Cela signifie qu’il n’y avait absolument aucune glace de mer à moins de 150 milles de ses côtes, selon le National Weather Service, car l’Etat le plus au nord a cuit sous une chaleur record pendant l’été.

La Terre

Un récent rapport de l’ONU estime que 2 milliards de personnes sont déjà confrontées à une insécurité alimentaire de modérée à grave, due en grande partie au réchauffement de la planète. Les phénomènes météorologiques extrêmes et l’évolution des conditions météorolo-giques contribuent largement et de plus en plus à cette crise, qui va certainement s’aggraver avec le temps.

Une autre étude récente, intitulée « Adaptive responses of animals to climate change are most likely insufficient », a montré que de nombreux animaux ne sont plus capables de s’adapter assez rapidement à la crise climatique.

Bien que les oiseaux pondent leurs œufs plus tôt à mesure que les températures et les condi-tions changent et qu’ils font ce qu’ils peuvent pour inciter leurs poussins à éclore plus tôt, ce n’est toujours pas suffisant pour suivre le rythme des changements climatiques spectaculaires. Beaucoup d’extinctions d’espèces se profilent à l’horizon.

Les bélugas [cétacés blancs] de l’Arctique sont clairement dans une spirale conduisant à leur disparition, en grande partie à cause des impacts de la crise climatique. Le réchauffement des eaux, le manque de nourriture et la pollution font des ravages chez les baleines. Au cours des 20 dernières années, leur taux de croissance a diminué, ce qui signifie que leur capacité à trouver de la nourriture est compromise.

Il est intéressant de constater que même des médias grand public comme People Magazine font maintenant état du désastre climatique, ce que la communauté médicale fait déjà depuis un certain temps. Elle s’attend à ce que les problèmes de santé mentale liés aux perturbations climatiques s’aggravent de façon spectaculaire dans l’avenir.

Au Groenland, les habitants sont traumatisés par les impacts climatiques : leur mode de vie traditionnel est clairement en voie de disparition. Courtney Howard, présidente du conseil d’administration de Canadian Association of Physicians for the Environment, a déclaré au Guardian que la crise climatique aggrave l’état de santé mentale et physique dans le monde et que ces questions deviendront parmi les plus importantes de notre époque.

« Les changements de température sont amplifiés dans les régions circumpolaires ». Il ne fait aucun doute que les habitants de l’Arctique présentent maintenant des symptômes d’anxiété, de « chagrin écologique » et même de stress post-traumatique liés aux effets du changement climatique.

Selon une étude récemment publiée (American Society for Microbiology), met en garde : une nouvelle superbactérie a éclaté en même temps sur trois continents et pourrait avoir été provoquée par le réchauffement des températures. L’étude a montré comment une maladie fongique résistante aux médicaments s’est répandue suite au réchauffement de la planète.

Parlant du Canada, la Pediatric Society de ce pays a récemment averti que la santé des enfants allait être de plus en plus affectée par les effets négatifs des perturbations climatiques, y compris la pollution atmosphérique et le stress thermique.

L’eau

Des pannes de courant dues à la sécheresse frappent actuellement la population du Zimbabwe, où certaines régions sont privées d’électricité 18 heures par jour. Les barrages hydroélectriques manquent d’eau. Les coupures de courant se multiplient. A Harare, la capitale du Zimbabwe, plus de 2 millions de personnes tentent de faire face au manque d’accès à l’eau potable.

En Inde, 1 million de personnes ont été déplacées et au moins 270 ont été tuées par de graves inondations dues à des pluies de mousson plus fortes que d’habitude.

A l’opposé, une étude récente publiée dans Science Advances avertit que les méga-sécheres-ses vont probablement toucher le sud-ouest des Etats-Unis d’ici quelques décennies. Ces méga-sécheresses sont « presque certaines » et elles seront d’une ampleur jamais vue depuis le moyen-âge.

D’ici à 2050, un autre rapport avertit que « la rareté des neiges » deviendra beaucoup plus fréquente dans l’ouest des Etats-Unis. Cela aggravera la crise de sécheresse, car la neige des montagnes est essentielle pour fournir l’eau au printemps et en été.

Une étude récente (World Resources Institute) montré qu’un quart de la population mondiale, dans 17 pays est déjà affectée par un stress hydrique extrême. Le Liban, le Qatar et Israël/ Palestine sont en tête des pays où les pénuries d’eau sont les plus graves. La crise climatique croissante donnera plus de jours où les grandes villes vont manquer d’eau.

Pendant ce temps, le niveau de la mer continue sa montée inévitable et accélérée. Aux Etats-Unis, un rapport récent a montré comment 21 villes côtières, dont Miami Beach, Galveston, Atlantic City et Key West, seront bientôt immergées.

Galveston, dans l’Etat du Texas se tourne vers l’expertise néerlandaise pour obtenir de l’aide sur la façon de construire ce qui serait la barrière côtière la plus coûteuse et la plus ambitieuse du pays afin de se protéger contre l’intensification des ouragans. Depuis des siècles, les Pays-Bas conçoivent des moyens de protéger contre la montée des eaux. Les compétences qu’elle a cultivées sont de plus en plus pertinentes dans le monde entier, ce qui donne à réfléchir.

Pendant ce temps, les océans continuent de se réchauffer : ils absorbent le plus gros de la chaleur de l’activité humaine. Une étude récente (PNAS) montre que les vagues de chaleur en mer sont en train de devenir la norme plutôt que l’exception.

Les voies d’alpinisme dans les Alpes se fragilisent avec la fonte des glaciers et des champs de glace. Les voies d’escalade en montagne, qui dépendent de la glace, se désagrègent suite à la fonte des glaces plus rapide qu’on ne le pensait. Les scientifiques sont alarmés : le pergélisol /permafrost, [sol gelé en permanence] de l’Arctique canadien se dégèle 70 ans plus tôt que prévu.

Le feu

Des photos satellites montrent un Arctique en train brûler. En Alaska, au moins 1,6 million d’acres ont été brûlées par au moins 100 feux de forêt cet été. Les feux de Sibérie pourraient bien brûler jusqu’en octobre, lorsque les premières neiges tomberont. Un autre rapport a montré que les incendies en Californie sont déjà devenus 500% plus importants que dans les années 1970. Les forêts qui ont été brûlées dans le nord-ouest du Pacifique ne repoussent pas comme prévu.

L’air

D’ici à 2050, la Floride aura plus de jours de température à 37,7° degrés. Washington D.C. compte actuellement une semaine par an de journées à 37,7 degrés, en 2050, cela pourrait passer à deux mois. Les perturbations climatiques exposeront des millions de personnes à travers les Etats-Unis à des chaleurs extrêmes « hors norme ».

L’Europe a connu une vague de chaleur cet été, la chaleur du Sahara a « cuit » le continent et les records ont été battus. L’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas ont enregistré leurs températu-res les plus élevées jamais enregistrées, après des records du mois de juin.

Au Canada, la communauté de l’extrême nord du Nunavut, territoire de 2 millions de km2 avec une population de 35 000 habitants, a connu des températures plus chaudes que la ville de Victoria, loin au sud.

Déni et réalité

L’administration Trump a enterré le mois dernier un vaste plan de réponse aux perturbations climatiques. Le ministère de l’Agriculture a empêché la publication d’un plan d’ensemble déjà achevé sur la meilleure façon dont le gouvernement devrait réagir à la crise climatique.

Ce n’est pas seulement l’administration de Trump qui alimente le déni. Le président du DNC [Conseil national démocrate] Tom Perez a présenté une résolution visant à tuer un débat sur le climat parmi les candidats démocrates à la présidence.

La réalité résiste, malgré les efforts de déni. Un rapport (Monash University à Melbourne) montre que la crise climatique est déjà bien avancée en termes de mortalité infantile et de retard de croissance en Australie et dans le Pacifique. Parmi les autres impacts sur les enfants, une diminution de la capacité cognitive et une plus grande sensibilité aux maladies.

Et, pour garder tout cela en perspective, en guise de dernier rappel, les combustibles fossiles ont atteint un record historique l’an dernier, selon le géant pétrolier BP. La moitié de tous les combustibles fossiles utilisés par les humains ont été brûlés depuis seulement 1990. Beaucoup des conséquences se profilent à l’horizon. Il faut au moins 10 ans avant que nous commencions à voir les impacts du CO2 une fois que les combustibles sont brûlés… (Résumé)

« Même si nous ne pouvons échapper à ses conséquences, il n’est pas trop tard pour échapper à l’état d’esprit qui nous a menés ici. » Alice O’Keeffe, dans la critique de l’ouvrage collectif publié en juin 2019 This Is Not a Drill : An Extinction Rebellion Handbook

6 septembre 2019 Dahr Jamail Truthout, le 3 septembre 2019 ; traduction A l’Encontre. Dahr Jamail est l’auteur de The End of Ice : Bearing Witness and Finding Meaning in the Path of Climate Disruption (The New Press, 2019).

http://alencontre.org/

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