Le nouveau président des négociations sur le projet des Nations Unies d’un traité sur la pollution plastique, Julio Cordano, a publié le 8 aout un document de 19 pages incluant 31 articles présentant un nouveau projet d’accord. Cet ambassadeur chilien a été élu le 7 février à la tête du comité intergouvernemental de négociations (CIN) sur le traité plastique. Cela arrive après deux tentatives d’accords manquées, un à Genève en 2025 et l’autre à Busan en 2024. Ce projet de texte, qui reconnaît que la planète fait actuellement face à un niveau insoutenable de production de produits plastiques, qui devrait tout de même tripler d’ici 2060, n’inclut aucune proposition pour en diminuer la croissance. Pire, une cible globale de diminution de la production et de la consommation de plastique qui était demandé en 2024, a été remplacée depuis la rencontre de Genève par le respect d’une production soutenable.
Membre de l’Environmental Investigation Agency (EIA), Christina Dixon, affirme qu’il s’agit en gros du texte qui a été rejeté par la majorité des pays l’année dernière à Genève comme étant trop faible et pas assez ambitieux avec un peu de maquillage pour le faire sembler plus acceptable.
Biologiste marin britannique, Richard Thompson, expert de la pollution plastique, considère même cette nouvelle version comme étant légèrement plus faible que le projet de texte rejeté en 2025. Selon lui, il n’y a aucun intérêt à se mettre d’accord sur quelque chose de trop faible pour être efficace.
Pour un négociateur des îles Pacifiques de la Micronésie, Dennis Clare, il est question ici d’une guerre d’attrition. Les pays producteurs veulent en faire le moins possible et laisser traîner les discussions pour que les propositions les plus ambitieuses soient réduites au plus petit commun dénominateur. Si ce traité n’inclut pas des éléments essentiels pour la résolution du problème, un succès apparent pourrait, selon lui, se transformer avec le temps en une catastrophe environnementale.
Le directeur du programme de santé environnementale au sein du groupe de réflexion CIEL, David Azoulay, considère que ce document coupe à la racine l’effort juridique international visant à lutter contre la pollution plastique, livrant une proposition qui trahit non seulement les générations futures, mais aussi celles actuelles.
Les dangers des microplastiques
Les particules, connues sous le nom de microplastiques, sont aujourd’hui présentes presque partout. Une étude néerlandaise a montré que le fait de respirer de l’air pollué contenant ces particules pouvait affecter temporairement le système immunitaire.
Nous savons que nous y sommes constamment exposés, affirme l’immunotoxicologue à l’université d’Utrecht, Raymond Pieters, mais nous ne savons pas encore ce que cela signifie à long terme. Il a terminé en septembre 2025 un projet de recherche d’une durée de quatre ans financé par l’UE appelée POLYRISK pour mieux comprendre comment les microplastiques et les nanoplastiques (MNP) pénètrent dans l’organisme, à quel degré nous y sommes exposés, et comment ils affectent le système immunitaire au fil du temps.
Chaque année, on estime que l’équivalent de 200 à 600 piscines olympiques de microplastiques est rejeté dans l’environnement.
La chercheuse en toxicologie à l’université autonome de Barcelone, en Espagne, Alba Hernández, affirme que nous sommes exposés à ces microplastiques à travers l’air que nous respirons, ce que nous consommons et l’eau que nous buvons.
Selon une théorie testée, une exposition répétée pourrait déclencher une inflammation de faible intensité de petits foyers dans l’organisme, qui pourrait contribuer à des maladies chroniques et même du cancer.
Les microplastiques peuvent aussi présenter un risque plus indirect en captant des toxines environnementales comme des métaux lourds, des bactéries ou des virus et créer un effet cheval de Troie quand ces particules de plastique agissent comme des vecteurs transportant dans le corps ces substances nocives.
Une reddition ?
Ce document est le premier rendu public depuis l’échec des négociations en août 2025 et fait suite à des négociations informelles menées du 30 juin au 3 juillet à Nairobi, au Kenya.
Le nouveau négociateur en chef mentionne que c’est un document de référence informel ne constituant pas un texte négocié, ni agréé, mais faisant la promotion d’une approche équilibrée des points de désaccord traditionnels entre la très grande majorité des 183 pays de la planète et une poignée ayant d’importants intérêts dans la production de produits plastique.
Il y a en effet une majorité de pays qui réclament des mesures ambitieuses et juridiquement contraignantes pour limiter la production de plastique par l’humanité, confronté à quelques États producteurs de pétrole comme la Russie, l’Arabie saoudite, le Koweït et les États-Unis, s’opposant à de telles restrictions, qui cherchent à dévier les discussions sur la gestion des déchets.
De nouvelles négociations informelles préparatoires se tiendront du 27 au 30 septembre à Bangkok, en Thaïlande. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) prévoit que celles officielles se tiendront en mars 2027.
Julio Cordano semble actuellement engagé dans un processus pour obtenir un accord à tout prix, quels que soient les coûts environnementaux.
Michel Gourd
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