Édition du 19 mai 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Parti de la rue (PDLR)

Un fil d’Ariane rouge

Le jeudi 16 avril dernier, au Centre St-Pierre, s’est tenue une rencontre publique organisée par le Parti de la rue (PDLR). Karine Cliche était l’animatrice de la rencontre pour le PDLR. Elle nous a parlé, dans son allocution d’introduction, de la nécessité d’unir les mouvements sociaux pour organiser la riposte contre les dérives de la droite. En mettant l’accent sur l’importance de créer des réseaux de résistance, elle invite à engager un réel processus de changement menant vers un rapport de force plus efficace. Grâce à cette table ronde, nous participons à un travail de réseautage essentiel en permettant l’exposé de l’état des luttes dans des secteurs cruciaux, comme la lutte contre les guerres et les massacres de civils, l’attaque contre les droits et libertés, la défense des droits des travailleurs et travailleuses et aussi la lutte pour l’environnement. Elle a également rappelé que, non seulement, il faut travailler à l’unité des mouvements, mais qu’il faut également assurer l’unité de la gauche sociale et de la gauche politique, particulièrement face à l’échéance électorale qui vient.

Pour l’occasion, nous avions quatre invités représentant chacun·e des champs d’action différents, mais tous orientés vers un objectif commun soit de combattre la montée du fascisme et ses conséquences graves pour notre société : Laurence Guénettte (Ligue des droits et libertés), Chantal Ide (Conseil Central du Montréal Métropolitain – CSN), Zahia El-Masri (Femmes pour la Palestine et Alternatives) et Francis Waddell (Front commun pour la transition écologique) ont partagé l’état de leurs mobilisations respectives et les perspectives à venir. La discussion était animée par Karine Cliche, membre de PDLR. Cela a donné à des échanges très riches, intéressants et complémentaires.

Plutôt que d’un résumé plus traditionnel, je me permets de choisir les idées les plus marquantes de chaque invité, celles qui résonnaient le plus, car elles ont été reprises par plus d’une personne, soit parmi les panélistes ou les participant·es dans la salle. Bien que venant de différents horizons de la militance, il est remarquable de voir à quel point plusieurs des propos étaient au diapason.

Zahia El-Masri a insisté plusieurs fois sur la notion de ligne rouge. Elle entendait par là que chaque individu doit tracer sa ligne, au-delà de laquelle il refuse de consentir. Devant l’ignoble carnage qui a eu lieu et qui se continue, bien qu’on le voie moins dans les actualités, il est impossible de rester indifférent. Il faut tracer notre ligne rouge. Autant les politiciens que les journalistes ont minimisé la portée du génocide, le premier à avoir lieu en direct dans les médias, il est impossible de dire que nous ignorons ce qui s’est passé. Et la population québécoise, dans sa très grande majorité, comprend et est capable de nommer ce qui arrive à Gaza (on a sondé pour savoir si les gens croyaient qu’un génocide était en cours en Palestine et plus de 70% des répondants ont répondu oui). Deux braves Québécois vont se joindre à une nouvelle flottille pour tenter, encore une fois, d’amener de l’aide aux Palestiniens, il est possible de les soutenir avec ce lien : Soutien à Cynthia et Olivier - Flottille humanitaire pour Gaza Cette lutte est loin d’être terminée et il faut continuer d’être solidaires et rester du bon côté de cette ligne rouge, rouge d’indignation, que nous avons tracée pour nous-mêmes.

Chantal Ide nous a parlé de la grève sociale et des efforts conjoints entre le Conseil central, groupe syndical radical, et les groupes communautaires qui ont fait une grève historique à la fin mars et qui continuent d’être en escalade de moyens. Nous devrions nous inspirer de leur mobilisation. Chantal Ide a mentionné que les gens ont peur, car beaucoup se sentent arrivés au dernier recours avec la crise du logement, celle du prix des aliments et aussi, maintenant, celle de l’essence. Elle mentionne que les syndiqué·es, même ceux qui seraient timides et n’osent pas faire de sortie pour l’instant, connaissent tous leur oppresseur. Ils ne sont pas dupes ni des politiciens ni des journalistes abreuvés par les attachés de presse. Un membre de l’audience a mentionné les manifestations contre le PEQ, soulignant que les personnes immigrantes proches d’être expulsées sont bien les dernières personnes qui ont le temps et les moyens de se mobiliser pour manifester. Pourtant, elles l’ont fait, comme les gens du communautaire, comme, nous l’espérons, les syndicats des professeurs et professeures de cégep et les groupes étudiants. À leur manière, tous ces groupes sont en train de tracer leur ligne rouge.

Laurence Guénette nous a entretenus de la clause dérogatoire, qui a été utilisée par le gouvernement caquiste plus de fois depuis 2018 que pendant toute son existence. Cette clause est l’outil que le pouvoir exécutif peut utiliser pour restreindre les droits démocratiques des citoyens et des citoyennes. C’est aussi fait pour empêcher les contestations juridiques, ce qui fait sauter deux verrous des contre-pouvoirs contre l’autoritarisme : le pouvoir démocratique des citoyens et le pouvoir judiciaire qui peut, d’ordinaire, encadrer les débordements du législateur. Laurence Guénette a remarqué, fort judicieusement, que nous sommes rendus à l’étape de réviser nos méthodes de contestation. Malheureusement, les manifestations et les pétitions semblent de plus en plus ignorées par les gouvernements en place. Cela rejoint l’observation de Zahia El-Masri à propos de la surdité des gouvernants, alors que les trois quarts de la population ne sont pas d’accord.

Finalement, Francis Waddell nous a parlé des luttes écologiques. Il a souligné la victoire contre Norvolt. Il s’agit d’un K.-O. technique (la compagnie a fait faillite), un peu comme la victoire des gaz de schiste, il y a quelques années (le prix du gaz s’était effondré, ce n’était plus intéressant, car trop cher, de creuser au Québec). Évidemment, je mentionne cela non pas pour dénigrer le travail colossal des écologistes, dont je suis, mais pour mettre en évidence que la logique marchande est fragile et capricieuse. C’est la raison pour laquelle nous devrions nous tourner vers la décroissance, une manière d’être moins dépendants de l’extractivisme. Francis Waddell nous a invités à la manifestation pour le Jour de la terre. Au sujet de changer nos pratiques, il nous a dit que les groupes écologistes essaient d’impliquer les gens en faisant le party. Ce n’était pas une beuverie à laquelle il nous conviait, mais à des activités à caractère plus festif pour contrer le sentiment d’impuissance et de paralysie qui s’empare de nous parfois lorsque l’on pense aux terribles défis auxquels nous sommes confrontés : la crise climatique, la montée des autoritarismes, des guerres sans merci pour écraser des populations civiles. Les activités du jour de la terre s’inscrivent dans cette logique : choisir de montrer les aspects positifs de la lutte écologique.

Après les présentations, une discussion entre les participant·es présents dans la salle, de même que ceux qui étaient en ligne (il s’agissait d’une rencontre en mode hybride) a eu lieu. Cela fut informatif et enrichissant. Il faudrait répéter l’expérience aussi souvent que possible. En définitive, cette soirée m’a semblé un fil d’Ariane : tracer sa ligne rouge, cesser d’avoir peur et se montrer solidaire dans l’adversité, changer ses pratiques militantes pour s’ouvrir à l’espoir.

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