Édition du 11 mai 2021

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Politique canadienne

Lettre de Dave Coles, president du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier

Un géant canadien de l'énergie en Colombie : « Pas en notre nom »

Une entreprise de Toronto bafoue les droits des travailleuses et
travailleurs, du peuple autochtone et fait fi de l’environnement en
Colombie, mais les autorités canadiennes se préoccupent davantage de
renforcer les liens d’affaires avec le pays.

À titre de président du plus grand syndicat canadien de l’énergie, j’ai
été membre d’une délégation canadienne de 17 personnes chargées
d’enquêter sur des abus allégués de Pacific Rubiales Energy (PRE) cotée
à la Bourse de Toronto, le plus important producteur indépendant de
pétrole en Colombie. Les 13 et 14 juillet, j’ai été juré lors d’une
audition préliminaire du Tribunal populaire contre les politiques
d’extraction en Colombie qui a été tenue près des champs pétrolifères de
Pacific Rubiales, à Puerto Gaitan dans l’est du pays.

Les témoignages ont été déchirants. Des représentants des communautés
autochtones ont révélé au tribunal comment l’exploration pétrolière sur
leur terre les a forcés à déménager dans des villages de fortune pour
habiter des logements construits de feuilles de plastique, de carton et
de bouts de bois. Les femmes des communautés avoisinantes ont montré au
jury des bouteilles d’eau de couleur orange et noirâtre qui, selon
elles, provenaient de leur source d’eau locale, une rivière transportant
les effluents du processus d’extraction de PRE. Les dirigeants syndicaux
ont décrit les conditions de vie des travailleuses et travailleurs
forcés de faire la rotation de quart de travail afin d’obtenir quelques
heures de sommeil dans un lit occupé par trois autres collègues de
travail sur des quarts différents.

PRE, dont le siège social se trouve sur Bay Street, mène une campagne
acharnée contre la Unión Sindical Obrera (USO). Après une grève des
milliers de membres de la USO en 2011, l’employeur a congédié les
personnes qui ont refusé de se désaffilier du syndicat de l’énergie en
place depuis 90 ans pour joindre les rangs du « syndicat » préféré par
PRE. Durant cette grève, le sénateur colombien Alexander Lopez, qui a
témoigné devant le tribunal, a déclaré que les forces de sécurité
publique l’ont empêché de voyager librement sur une voie publique menant
aux champs pétrolifères de Rubiales. Le sénateur Lopez a conclu que les
gestes de PRE en Colombie justifiaient son expulsion du pays.

Les témoignages devant le tribunal ont été troublants, mais ce qui s’est
produit par la suite pourrait être encore plus inquiétant. Deux jours
plus tard, un membre de la USO qui avait participé à la formation du
tribunal a été l’objet de menaces personnelles. Le 16 juillet, Héctor
Sánchez, qui vit dans un village près des champs pétrolifères de PRE, a
reçu une note chez lui déclarant : « Nous surveillons tout ce que vous
faites avec votre famille. ... N’attendez pas une mort stupide, ni pour
votre femme et vos enfants… Ne les laissez pas derrière comme orphelins
et veuve et ne devenez pas veuf vous-même. »

Compte tenu de l’activité des voyous paramilitaires de droite dans le
pays et des 20 syndicalistes colombiens assassinés l’année dernière,
cette menace ne doit pas être prise à la légère.

Quatre jours après les menaces contre Héctor Sanchez, les bureaux d’une
des organisations qui avaient formé le tribunal et hébergé la plupart
des membres de la délégation canadienne à Bogotá ont été dévalisés.
Ordinateurs, appareils photo et enregistreuses utilisés pour mener
l’enquête sur PRE et d’autres entreprises pétrolières ont été dérobés de
la maison du réseau de fraternité et de solidarité avec la Colombie
(Redher). L’argent d’une petite caisse et les cartes de crédit n’ont pas
été dérobés.

La délégation canadienne qui a participé aux délibérations du tribunal a
dévoilé à l’ambassade du Canada à Bogotá ce qu’elle avait appris des
abus de PRE. Toutefois, les autorités sont demeurées perplexes en
déclarant qu’elles rencontraient des « clients » comme PRE tous les
mois. En fait, le représentant de l’ambassadeur s’est dit plus préoccupé
par le manque d’intérêt de PRE à l’égard du financement d’Exportation et
développement Canada que par les pratiques sociales de l’entreprise.

Ce manque d’intérêt à l’égard des répercussions sociales d’une
entreprise canadienne découle de la politique étrangère des
conservateurs en Colombie conçue pour promouvoir les intérêts des
entreprises et consolider les liens avec un pays considéré comme un
allié de droite résistant aux tendances de gauche dans la région. En
2011, le Canada a signé un accord de libre-échange avec la Colombie. Les
conservateurs ont également fait de ce pays aux revenus moyens une
priorité pour l’aide canadienne et, en décembre, ils ont ajouté le nom
de la Colombie, le pire pays à enfreindre les droits de la personne en
Amérique, à la Liste des pays désignés (armes automatiques). Cette liste
comprend les pays auxquels les entreprises canadiennes d’armement
peuvent exporter des armes prohibées.

À titre de Canadiennes et de Canadiens, nous devons nous opposer en
disant « pas en notre nom » lorsque les entreprises comme PRE posent des
gestes qui ne seraient jamais permis au Canada. Mon syndicat s’est
engagé à appuyer la USO dans ses efforts visant à obtenir justice pour
les travailleuses et travailleurs de Pacific Rubiales Energy et nous
exhortons le gouvernement fédéral à cesser d’appuyer les activités de
l’entreprise en Colombie.

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