Édition du 29 septembre 2026

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Arts culture et société

Un ministre israélien menace de retirer leur nationalité à des cinéastes israéliens à cause du documentaire sur Gaza « NAZA »

Miki Zohar accuse les réalisateurs oscarisés Yuval Abraham et Rachel Szor de « trahison envers l’État »

Le ministre israélien de la Culture a demandé que les réalisateurs israéliens de« NAZA », un documentaire oscarisé sur le massacre de civils perpétré par Israël à Gaza, soient déchus de leur nationalité, les accusant de « trahison envers l’État ».

Tiré de France Palestine Solidarité. Photo : Yuval Abraham et Rachel Szor récompensés à la Mostra de Venise pour leur documentaire NAZA.

« NAZA », produit par le Guardian, tire son nom d’un acronyme utilisé par les services de renseignement israéliens pour indiquer le nombre de civils dont ils prévoient la mort lors d’une frappe aérienne sur Gaza.

Dans le film, les réalisateurs israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor ont interrogé 24 lanceurs d’alerte de l’armée ou des services de renseignement israéliens qui ont décrit les systèmes de ciblage basés sur l’intelligence artificielle utilisés pour bombarder Gaza, lesquels ont tué des dizaines de milliers de civils. Dans une interview, une source affirme que l’autorisation avait été donnée de tuer 500 « NAZA » afin de tuer un membre du Hamas.

Ce documentaire de 80 minutes a remporté samedi un prix spécial du jury au Festival du film de Venise de cette année, après avoir reçu une ovation debout de 25 minutes – un record pour le festival.

Dimanche, le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a accusé les réalisateurs d’être prêts à « nuire à leur patrie pour s’attirer les applaudissements des antisémites du monde entier ».

« Je vais agir sans délai pour révoquer la nationalité israélienne de ces créateurs méprisables pour trahison envers l’État », a écrit Zohar sur X.

Lundi, Zohar a développé ces propos dans un communiqué : « Ce matin, j’ai écrit au directeur général de l’Autorité de la population et de l’immigration ainsi qu’au directeur général du ministère de l’Intérieur, leur demandant d’examiner la possibilité de révoquer la nationalité israélienne des créateurs du film anti-israélien NZA [sic] pour manquement à la loyauté envers l’État et collaboration avec l’ennemi.

« Je leur ai également demandé d’enquêter sur la manière dont les documents utilisés dans le film ont été obtenus, sur l’identité de la personne responsable de leur obtention, et de déterminer si les actions menées pour les acquérir ou les diffuser pouvaient constituer une aide à l’ennemi en temps de guerre.

« La liberté d’expression n’est pas un passe-droit pour trahir l’État. Quiconque agit contre Israël en temps de guerre doit savoir qu’il y aura un prix à payer. »

Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a condamné le film. « C’est choquant. Nous luttons contre l’incitation antisémite mondiale et, lorsqu’elle vient de l’intérieur, c’est intolérable », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. « Et voilà que deux réalisateurs israéliens qui dépeignent les Forces de défense d’Israël comme des criminels de guerre sont applaudis au Festival de Venise. »

D’autres ministres israéliens ont également critiqué les réalisateurs, qui ont remporté un Oscar en 2025 pour leur film No Other Land, consacré aux violences commises par les colons israéliens en Cisjordanie occupée.

« Vous êtes une honte et une source d’embarras pour l’ensemble du peuple israélien. Partez ! », a déclaré sur X le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir.

« Je suis certain que vos amis, c’est-à-dire nos ennemis du Hamas à Gaza, vous accueilleront à bras ouverts. »

Lundi, le chef d’état-major de l’armée israélienne a affirmé que le film était « fondé sur des calomnies sanglantes, des déformations délibérées de la réalité et de graves accusations mensongères à l’encontre des soldats et des commandants des FDI ».

Eyal Zamir a indiqué que des juristes militaires examinaient « d’éventuelles mesures juridiques concernant le film et les personnes impliquées dans celui-ci ».

L’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman a qualifié Abraham et Szor de « haineux d’Israël », tandis que l’ancien Premier ministre Naftali Bennett a décrit ce film comme « une horrible calomnie sanglante contre nos fils et nos filles ».

La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël, bien qu’elle soit rarement appliquée. En 2022, la Cour suprême a confirmé que l’État pouvait déchoir des personnes de leur nationalité si elles n’avaient pas fait preuve de « loyauté », par exemple en commettant des actes d’espionnage ou de trahison. La loi a également été élargie en 2023 pour s’appliquer aux personnes reconnues coupables de « terrorisme ». La loi prévoit que le ministre de l’Intérieur doit déposer la demande de déchéance, que le ministre de la Justice doit l’approuver et que des juges doivent la valider.

La maison familiale d’Abraham a été prise pour cible par une foule d’extrême droite après la première mondiale, en 2024, du film No Other Land, qui traitait de la destruction de villages palestiniens en Cisjordanie occupée.

« Nous prenons des risques dans un système qui nous privilégie, dont la caractéristique fondatrice est la suprématie juive-israélienne », a-t-il déclaré au Guardian, ajoutant : « Pour tant de Palestiniens, ce n’est pas une foule d’extrême droite qui vient chez eux : ce sont des bulldozers et des armes financés par les États-Unis.

« Imaginez si un journaliste palestinien à Gaza essayait de faire ce que nous avons fait et appelait de hauts responsables israéliens. Il n’y a aucune comparaison possible. Il serait très probablement assassiné. »

L’armée israélienne a d’abord répondu à NAZA en affirmant qu’elle « rejetait catégoriquement » les allégations formulées dans le documentaire et a critiqué le recours à des témoignages anonymes, affirmant que l’identité des lanceurs d’alerte « ne pouvait être vérifiée ». Dans une réponse ultérieure, l’armée a déclaré que « ces allégations nécessitaient une réponse détaillée, fondée sur des preuves, plutôt qu’un rejet en bloc ».

Certaines personnalités de la gauche israélienne ont salué le film et ses réalisateurs. L’ancien député Yousef Jabareen, président du parti de gauche Hadash, a félicité les réalisateurs pour ce prix, les remerciant d’avoir porté « ces crimes horribles et la réalité brutale à Gaza » à la connaissance de millions de personnes.

Anat Saragusti, responsable de la liberté de la presse au sein de l’Union des journalistes d’Israël, a déclaré : « Le public israélien n’a pas bénéficié d’une couverture en hébreu qui soit ne serait-ce qu’approximativement adéquate de ce qui s’est passé à Gaza. Pendant une grande partie de la guerre, les médias israéliens n’ont pratiquement pas montré le point de vue palestinien : les victimes civiles, les enfants tués, les destructions. Les gens pouvaient trouver ces informations ailleurs s’ils les cherchaient activement, mais elles n’apparaissaient pas dans les grands médias en hébreu. »

Dans un éditorial, le journal Haaretz a exhorté les Israéliens à faire face à ce qu’il a décrit comme la réalité des actions d’Israël à Gaza. « En projetant leur film au Festival du film de Venise, Abraham et Szor tentent de forcer les Israéliens à affronter ce qu’ils savent déjà : qu’il y a une tache noire sur la manière dont Israël mène la guerre à Gaza, pour employer un euphémisme », a écrit Haaretz.

Le groupe militant palestinien Hamas a lancé une attaque contre Israël le 7 octobre 2023, qui a fait 1 221 morts, selon un décompte de l’Agence France-Presse basé sur les chiffres officiels israéliens. Des militants du Hamas ont également emmené 251 otages à Gaza.

Le ministère de la Santé de Gaza a fait état de plus de 73 000 morts au cours des trois années de bombardements israéliens qui ont suivi, dont la grande majorité étaient des victimes civiles.

Un porte-parole de Guardian News & Media a déclaré : « Le Guardian est consterné par la réaction autoritaire à l’égard de NAZA en Israël.

« Yuval Abraham et Rachel Szor sont des journalistes et des cinéastes courageux. Les attaques dont ils font l’objet émanent de personnes qui n’ont pas encore vu le film.

« NAZA s’appuie sur plus de trois ans de journalisme d’investigation. Les témoignages qu’il contient sont véridiques et nous estimons qu’ils méritent d’être entendus. Les entretiens ont été accordés par des sources journalistiques confidentielles.

« Nous défendrons avec vigueur NAZA – ainsi que l’équipe qui l’a réalisé – contre toute attaque ou tentative de censure. »

Sian Cain

Journaliste, The Guardian.

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