Édition du 15 juin 2021

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États-Unis

Un mouvement se développe aux États-Unis pour stopper la haine anti-asiatique

Les ÉtatsunienEs d’origine asiatique ont toujours été confrontés au racisme aux États-Unis. Mais au cours des quatre dernières années, il y a eu une augmentation des actes de haine.

Hebdo L’Anticapitaliste - 558 (04/03/2021)

Par Dan La Botz

Dans la période récente, des ÉtatsunienEs d’origine asiatique ont été violemment agressés de diverses façons, et au moins un vieil homme thaïlandais est mort après avoir été poussé au sol. D’autres se sont faits cracher dessus, ont subi des insultes raciales, sont marginalisés. Ceux qui attaquent les Asiatiques sont aussi bien des blancs, des noirs que des latinos. La récente croissance de la haine anti-asiatique peut être attribuée en grande partie à l’ancien président Donald Trump qui a qualifié le Covid-19 de « virus chinois » ou de « Kung Flu » (flu = grippe) sous les acclamations des dizaines de milliers de partisans lors de ses rassemblements.

« Nous sommes debout »

Aujourd’hui, un mouvement contre la haine anti-asiatique se développe parmi les Asiatiques et avec le soutien de personnes de toutes origines. Des centaines de personnes ont manifesté à New York samedi 27 février et d’autres manifestations ont eu lieu en Californie. Un panneau porté par une femme disait : « Nous résistons, persistons, nous sommes debout ». « Si vous essayez de diminuer le niveau de stigmatisation, de diminuer le niveau de discrimination, de haine et de xénophobie, les mots comptent », a déclaré John C. Yang de l’organisation Asian Americans Advancing Justice. « Nous avons besoin de politiques intelligentes pour que les gens comprennent que nous faisons tous partie de l’Amérique. »

En janvier, le président Biden a publié un décret condamnant la haine anti-asiatique, la Chambre des représentants des États-Unis a aussi adopté une résolution similaire et le maire de New York, Bill de Blasio, s’est également exprimé lors du récent rassemblement. Les socialistes démocratiques d’Amérique (DSA) ont récemment participé à un forum « Black + Gold » (« Noir et Or ») dans le but de construire des ponts entre les noirs et les Asiatiques. Et trois candidats de DSA originaires d’Asie du sud-est ont remporté les élections à des instances d’États de municipalités en novembre 2020.

Un racisme qui vient de loin

L’immigration asiatique a commencé au milieu du XIXe siècle. Aujourd’hui, il y a 21 millions d’Asiatiques aux États-Unis, sur une population totale de 330 millions. Bien que les situations économiques diffèrent considérablement, les Asiatiques dans leur ensemble ont tendance à être mieux lotis que les autres. Selon une étude récente, « les données du recensement montrent que le revenu médian des ménages d’Étatsuniens d’origine asiatique était de 77 166 dollars, contre 62 950 dollars pour les ménages blancs, 36 898 dollars pour les ménages afro-américains et 45 148 dollars pour les ménages d’origine hispanique. » CertainEs Asiatiques peuvent être attaqués précisément parce qu’ils seraient mieux lotis.

Dans les années 1850, des ouvrierEs chinois ont émigré aux États-Unis pour travailler dans la construction de chemins de fer et l’exploitation minière, et constituèrent une main-d’œuvre bon marché en compétition pour ces emplois avec des travailleurs nés dans le pays. Ensuite, les ChinoisES ont commencé à ouvrir de petites entreprises qui ont concurrencé des entreprises fondées par des ÉtatsunienEs. Des organisations antichinoises se formèrent tandis que les immigrantEs chinois étaient en butte à de nombreuses actions violentes et meurtrières. À l’occasion d’un meeting du Parti des travailleurs américains à San Francisco en 1877 se produisirent des débordements marqués par des incendies de magasins et de maisons d’immigrantEs chinois. De son côté, le Congrès adopta la loi d’exclusion chinoise de 1882 (qui n’a été abrogée qu’en 1943).

Mais la haine ne touchait pas que les ChinoisES : en 1907 à Bellingham, dans l’État de Washington, des centaines de travailleurs blancs attaquèrent des travailleurs asiatiques, pour la plupart des sikhs du Pendjab, exigeant qu’ils soient exclus du travail dans les scieries. Les travailleurEs japonais et philippins des champs de Californie ont également été confrontés à des pratiques racistes.

Empêcher de nouveaux drames

Les guerres américaines en Asie — au Japon, en Corée et au Vietnam — ont également suscité un sentiment anti-asiatique. Après la déclaration de guerre des États-Unis contre le Japon en 1941, le gouvernement US a expulsé de la côte ouest et interné dans des camps de concentration à l’intérieur des terres quelque 120 000 personnes originaires du Japon. La guerre de Corée a entraîné des « épouses de guerre », des mariages entre des soldats étatsuniens et des femmes coréennes, mais lorsque les épouses sont arrivées aux États-Unis, elles ont souvent fait face à l’exclusion raciale. Leurs mariages interraciaux étaient illégaux dans certains États. À la fin de la guerre du Vietnam, des centaines de milliers de VietnamienEs ont immigré aux États-Unis, principalement en Californie et au Texas, où elles et ils ont aussi été victimes de discrimination raciale.

La concurrence économique mondiale a également conduit à des incidents racistes. Pendant la récession de 1982, alors que les constructeurs automobiles japonais gagnaient des parts du marché américain, deux travailleurs blancs de l’automobile ont battu à mort Vincent Chin, 27 ans, un Étatsunien d’origine chinoise qu’ils avaient pris pour un Japonais. Les meurtriers ont été accusés d’homicide involontaire et condamnés à trois ans de prison, mais n’ont jamais passé une journée derrière les barreaux. Le mouvement qui se développe aujourd’hui veut empêcher que de telles choses se reproduisent.

Traduction Henri Wilno

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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