11 mars 2026 | tiré de reporterre.net
https://reporterre.net/Avec-Kast-investi-au-Chili-l-ultradroite-extractiviste-gagne-du-terrain-en-Amerique
Santiago (Chili), correspondance
C’est une cérémonie d’investiture marquée par l’extrême droite. Le 11 mars, sous le ciel estival du Chili, le nouveau président d’ultradroite José Antonio Kast prendra ses fonctions, après avoir été élu le 14 décembre face au chef d’État progressiste sortant, Gabriel Boric. Une passation de pouvoir à laquelle ont prévu de participer d’autres dirigeants d’ultradroite latino-américaine, comme Javier Milei(Argentine), Daniel Noboa (Équateur) et Santiago Peña (Paraguay).
Quelques jours plus tôt, le 7 mars, ces mêmes présidents s’étaient réunis avec Donald Trump à Miami, aux États-Unis, pour le sommet Shield of the Americas (Bouclier des Amériques), présenté par la Maison Blanche comme une « coalition historique » pour « promouvoir la liberté, la sécurité et la prospérité ». Le signe d’une « trumpisation du continent », selon Franck Gaudichaud, professeur d’histoire et d’études de l’Amérique latine contemporaine à l’université Toulouse-Jean Jaurès.
« On assiste clairement à une consolidation de l’extrême droite réactionnaire d’Amérique latine », analyse-t-il. Un des points communs de ces droites autoritaires néolibérales est de « considérer l’environnement comme une variable d’ajustement de leur programme économique », explique Franck Gaudichaud. Mais aussi de présenter l’exploitation intensive des ressources naturelles comme la seule solution à la crise économique.
Un « continuum extractiviste néocolonial »
Une des principales mesures partagées par ces dirigeants ultralibéraux latino-américains est la déréglementation environnementale. Au Brésil, Jair Bolsonaro avait drastiquement réduit les financements à la grande institution de régulation de l’environnement (Ibama). En Équateur, Daniel Noboa a fait adopter une loi d’urgence économique pour flexibiliser les investissements dans le secteur minier. En Argentine, Javier Milei défend une proposition de loi qui dérégule la protection des glaciers andins pour permettre l’exploitation du cuivre.
José Antonio Kast clamait pendant sa campagne : moins de permis, plus d’investissements. « Tous ont la même critique des normes de protection et de ce qu’ils appellent la “bureaucratie environnementale” », souligne Franck Gaudichaud.
Ce risque de déréglementation inquiète les mouvements socioenvironnementaux du pays. Au lendemain de la victoire de José Antonio Kast, plusieurs ONG lançaient « l’alerte face au risque de recul », considérant la victoire du candidat d’extrême droite comme « une grave menace pour les avancées environnementales », expliquait Defendamos Patagonia.
Ezio Costa, directeur de l’association chilienne Fima, fait partie de ceux qui seront vigilants dans les prochaines années « pour que le futur gouvernement applique le principe de non-régression des droits humains et environnementaux ». Au Chili, la société civile doit toujours être vigilante, précise-t-il, « que ce soit avec les gouvernements progressistes ou d’extrême droite : tous ont toujours été plus favorables aux industries qu’aux personnes ».
« L’Amérique latine est aujourd’hui en première ligne des bouleversements écoclimatiques »
Les pays d’Amérique latine font face à un « continuum extractiviste néocolonial », estime Franck Gaudichaud. Le chercheur a publié avec d’autres collègues le livre Greenbacklash, aux éditions du Seuil, dans lequel ils montrent comment le retour de bâton actuel qu’on observe en matière d’écologie s’accélère avec « l’arrivée au pouvoir de leaders d’extrême droite climatonégationnistes ou libertariens ». « L’Amérique latine est aujourd’hui en première ligne des bouleversements écoclimatiques du fait de ses immenses quantités de matières premières nécessaires au fonctionnement du technocapitalisme », écrivent-ils dans leur livre.
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Les économies latino-américaines, encouragées par la demande de puissances émergentes telles que la Chine, favorisent l’extraction et l’exportation à très grande échelle des ressources naturelles. Toujours « au détriment des terres et des peuples autochtones », regrettent les auteurs. Les élus progressistes sont également « enfermés dans cette logique extractiviste, précise Franck Gaudichaud, ils prônent une plus grande régulation environnementale et une présence plus forte de l’État, davantage redistributive ». Les politiques d’extrême droite, elles, « dérégulent, encouragent la privatisation et appliquent une vision sécuritaire ».
Ezio Costa craint aussi que la répression s’accentue avec la montée en puissance des conservateurs. « Les risques encourus par les personnes qui défendent la nature ont clairement augmenté ces dernières années », observe-t-il. Le continent recense ainsi l’un des plus grand nombre d’assassinats de défenseurs de l’environnement au monde.
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