Tiré de l’Infolettre de la Coordination du Québec de la Marche Mondiale des femmes
19 août 2026
À quoi sommes-nous confrontées ?
Au cours de ces 25 années de Marche, nous sommes arrivées à la conclusion que pour comprendre les pratiques de domination de la société capitaliste et patriarcale, il est nécessaire de la comprendre comme un système d’oppressions multiples dont les logiques d’exploitation agissent simultanément : dans l’économique, le social et le culturel, le politique et l’idéologique, dans le savoir, le symbolique-médiatique et l’écologique, c’est-à-dire qu’elle agit dans tous les aspects matériels et subjectifs de la vie.
Nous observons que l’imbrication de ces oppressions a des conséquences différentes sur les corps et les territoires des femmes paysannes, autochtones, afro-descendantes et urbaines, ainsi que sur la communauté LGBTIQ+. C’est pour cela que nous renforçons, aujourd’hui plus que jamais, l’idée suivante : la libération des femmes de leur position subordonnée est incompatible avec l’existence de la société capitaliste.
Dans les sociétés capitalistes, nous faisons face à l’exploitation des êtres humains et de la nature, à un système qui a la capacité de s’actualiser et de s’adapter au fil du temps et qui compte parmi ses engrenages la colonisation et le colonialisme, l’accaparement de territoires, la soumission des peuples afro-descendants et autochtones, l’imposition permanente du binarisme de genre et la séparation des êtres humains de la nature. Nos sommes confrontées à
l’invisibilité du travail domestique et de soins, qui ne sont pas reconnus comme un travail ou une activité économique. Les femmes vivent dans un monde qui ignore les excès physiques et mentaux qu’elles assument en tant que responsables de familles, de communautés, de personnes dépendantes, etc. et les effets négatifs de cette distribution inégale du travail de soins en termes d’accès à l’éducation, à des emplois décents et à des opportunités qui leur permettent de développer pleinement leur vie.
À partir de l’économie féministe, nous soulignons que le capitalisme s’approprie non seulement la production du travail rémunéré, mais aussi du travail nécessaire pour l’existence même des travailleurs.euses, c’est-à-dire le travail de soins non rémunéré qui reproduit le travail à un coût inférieur à celui qui serait nécessaire si tout devait être acquis sur le marché.
C’est ainsi que l’oppression des femmes, des adolescentes et d’autres identités féminisées maintient non seulement la vie, mais aussi le système qui les opprime.
Cette expropriation et cette invisibilisation du travail de soins sont enracinées dans la division sexuelle du travail, qui consiste en une répartition inégale du travail considéré comme productif et reproductif entre les ménages, le marché et l’État, et entre les hommes et les femmes, mais qui est également soutenue par les vies racisées et la migration. Ici, la soumission des corps et le contrôle de la sexualité sont la graisse qui garantit que les engrenages de la division sexuelle et raciale du travail fonctionnent au sein du système, et tout cela est légitimé et reproduit par le patriarcat.
Au cours des 25 années de lutte de la Marche Mondiale des Femmes nous avons analysé comment le manque d’autonomie économique et les conditions du travail précaires sont des facteurs déterminants dans la reproduction de la pauvreté chez les femmes et comment cette pauvreté féminisée affecte non seulement les femmes, les adolescentes et les jeunes filles, mais aussi les communautés qui sont condamnées à la dépossession et à la précarité de leur
vie. Ces réflexions ont imprégné la vision du mouvement autour de la défense de l’égalité, des droits et de la sécurité sociale pour toutes les travailleuses, en particulier les travailleuses migrantes, déplacées, domestiques rémunérées et non rémunérées, et ont mis au centre de la dénonciation le rôle des corporations transnationales dans l’ exploitation du travail, du corps et des territoires des femmes et d’autres identités féminisées.
Au 21e siècle et surtout après la pandémie, les attaques permanentes contre les conditions de vie ont signifié la fin d’un monde où des emplois décents et dignes se profilent à l’horizon, nous sommes face à la fin des emplois avec des droits.
La normalisation de l’informalité est constamment renforcée par le discours sur
« l’entreprenariat », le télétravail, la diffusion de l’ubérisation à l’échelle mondiale et l’idée que chaque personne est un « capital humain », normalisant et justifiant un monde du travail sans protection des droits sociaux et économiques. Dans ce contexte, les situations de précarité vécues par les femmes dans le monde entier sont des modèles que les sociétés capitalistes
tentent de généraliser comme étant souhaités et « rentables ».
D’une manière générale, la précarité de la vie est le nouveau régime d’existence de la majorité. Cependant, elle est inégalement répartie entre les territoires du Nord et du Sud, entre les vies qui comptent et celles qui ne comptent pas.
Nous constatons une répartition injuste des ressources et des moyens permettant de maintenir la vie (biens communs : eau, terre, nourriture, services publics de base, etc.), mais il y a aussi une reconnaissance injuste des vies qui valent la peine d’être maintenues. Nous connaissons des relations d’oppression et de privilège fondées sur le racisme, le patriarcat et l’hétéronormativité qui accordent une valeur inégale à la diversité des vies, des mécanismes
concrets utilisés pour la hiérarchisation et la dépossession. Parmi eux, le processus de discipline du corps pour le travail, qui transforme les personnes, ainsi que la nature, en moyens d’accumulation, en simples « ressources » pour un système destiné à être maintenu au prix de la vie de la planète.
Dans le contexte actuel, la nécropolitique devient un élément essentiel du système. Nous sommes confrontées à une classification impitoyable de la vie en : vies jetables qui n’ont aucune valeur, comme les milliers de personnes qui meurent aux frontières de l’Europe ; vies qui ont plus de « valeur » si elles n’existent pas, comme celles des communautés originaires et autochtones qui s’opposent à l’extractivisme et dont la disparition est utile au processus
d’accumulation ; et vies qui ont droit à tout, que l’on peut limiter à celles des personnes blanches, urbaines, bourgeoises et hétérosexuelles du Nord global.
Les États choisissent de soutenir la logique d’accumulation et sa capacité à multiplier les inégalités. Face aux crises provoquées par le système lui-même, les solutions proposées par les États et les gouvernements alignés sur le système capitaliste, patriarcal et colonialiste sont la poursuite de la dérégulation des marchés, la régression des droits, la privatisation des services publics, le renflouement des banques privées et le sacrifice des territoires.
L’autoritarisme global du marché et du pouvoir des entreprises sont renforcés dans divers territoires où la démocratie est ignorée, même dans ses apparences les plus minimes. Les extrêmes droites et les fondamentalismes religieux sont progressivement renforcés, adhérant au projet hégémonique de faire avancer les privatisations, d’étendre le rôle des entreprises, de renforcer la division sexuelle du travail qui garantit de plus en plus que les conséquences sociales des crises retomberont sur les corps des femmes, surtout des femmes racisées, des migrantes, des minorités ethniques, des femmes déplacées, des paysannes et celles du Sud global. Nous continuons à observer étonnées comment les mêmes recettes ratées des années 70 et 80 du siècle dernier d’endettement s’appliquent encore avec les mêmes résultats désastreux pour les peuples.
Comment on répète constamment que le « développement » ne peut être garantie que par l’insertion des économies locales à la « grande économie mondiale ».
Et nous nous demandons : De quel développement nous parlent-ils ? De celui qui est basé sur le pillage des pays, sur la destruction des écosystèmes (forestiers, marins, lacustres, fluviaux, etc.), sur la déprédation de l’environnement, sur la division sexuelle du travail, sur la vie et aussi sur l’exploitation abusive des ressources naturelles et culturelles des pays ? Et en outre, est ce que tous les êtres humains peuvent-ils vraiment faire partie de ce développement ? World March of Women International Secretariat
Notre proposition estime que tout le monde ne peut pas faire partie de ce modèle, car le système capitaliste, patriarcal et colonialiste a besoin du sacrifice de vies et de territoires, il a besoin de l’expansion de l’exploitation pour garantir le cycle d’accumulation qui le définit.
Il existe pour nous une contradiction structurelle entre les processus de valorisation du capital et les processus de viabilité des vies et tant que les capitaux et leurs besoins seront privilégiés, la vie sera toujours menacée. C’est ce que nous appelons le conflit capital-vie.
Nous sommes à un moment où l’accumulation capitaliste se fait au détriment de la vie, de sa négation et de sa destruction. À une époque où des espèces et des écosystèmes entiers disparaissent, où des personnes de tout âge et avec toute sorte de besoins sont expulsées pour sauver les banques, où la guerre est un business, et même un moyen de « dynamiser les économies » ou de surmonter « la crise ».
Plusieurs phénomènes convergent vers l’intensification des conflits, l’appropriation et la privatisation des biens communs, la destruction des économies de subsistance, la marchandisation de la vie (semences, connaissances, relations ou formes de communication), ce qui implique la pénétration de la logique d’accumulation sous de nouvelles facettes.
Aujourd’hui, plus que jamais, le processus socialement garanti est l’accumulation du capital. Cela inhibe la responsabilité collective pour le maintien de la vie, et en outre, constitue une menace constante pour celle-ci.
L’économie féministe pour la transformation
Dans la Marche Mondiale des Femmes, l’économie féministe est une pensée, une pratique et un pari politiques, basés sur la critique du système économique qui est imposé comme le seul modèle et qui limite la vie économique aux marchés, aux investissements, au capital et aux indicateurs de productivité. Depuis l’économie féministe de rupture, nous proposons une théorie, une pratique et un mouvement, des stratégies pour affronter le système d’oppressions multiples façonné par le capitalisme, le patriarcat, le colonialisme et le racisme, sur la base de la construction d’alternatives centrées sur la production de sociétés justes, où le maintien de la vie est au centre de l’action.
Nous partons du quotidien, de la reconnaissance des petits et grands travaux effectués dans les cuisines, dans les jardins familiaux, à table, en tant que des expériences économiques, et nous étendons ainsi les limites de l’économie à tous les processus, relations et emplois nécessaires à la durabilité de la vie, et pas seulement à un ensemble d’activités génératrices de profit.
Nous savons que changer la conception et le modèle des soins est un puissant moteur de transformation sociale. Mais nous ne nous limitons pas à rendre visible le travail de soins ; nos réflexions vont au-delà. Nous voulons savoir comment la distribution inégale des soins interagit avec le reste du système, comment elle sert le capitalisme, quel rôle joue le racisme, comment les décisions des pouvoirs corporatifs affectent nos vies et nos territoires. Notre approche de l’économie féministe offre une perspective critique à travers laquelle nous pouvons comprendre et aborder ces questions de manière interconnectée.
L’économie féministe sur laquelle nous travaillons et réfléchissons montre comment le système capitaliste donne la priorité aux profits du marché plutôt qu’à la viabilité de la vie. Elle révèle les tensions irréconciliables entre la logique de l’accumulation et la vie elle-même. Elle cherche à démanteler un système qui exploite les femmes, mais aussi la nature, les peuples du Sud et les travailleurs.euses. Elle propose des alternatives basées sur la co-responsabilité du travail de soin dans la communauté, la défense des biens communs et la construction de souverainetés alimentaires, communicationnelles, technologiques, territoriales et culturelles.
L’économie féministe n’est pas une simple « question » de plus pour notre mouvement. L’économie féministe articule notre projet de transformation et contribue à la construction de synthèses programmatiques et stratégiques, sans fragmenter les agendas. Placer la sauvegarde de la vie au centre est notre proposition politique et nous l’articulons avec les propositions de
souveraineté alimentaire, d’intégration des peuples, de construction du « Buen Vivir » et de justice environnementale.
L’économie féministe remet en question les divisions et les hiérarchies entre la nature et la culture, le public et le privé, le travail communautaire ou public, le travail productif et reproductif. Elle met en évidence la relation entre le travail qui produit et maintient la vie, c’est-à-dire le travail de soins, et la façon dont la vie n’est pas seulement maintenue sur une base matérielle, mais sur des réseaux de soins et d’affects construits par des communautés organisées autour de la vie d’êtres humains et d’autres êtres.
Nos défis politiques comprennent la compréhension du temps au-delà de la linéarité en essayant d’embrasser les relations complexes entre le présent, le passé et le futur dans les processus qui soutiennent la vie, l’apprentissage des pratiques et de l’histoire des peuples en s’appuyant sur les connaissances locales, et une nouvelle compréhension du travail en analysant son organisation, ses divisions, ce qu’il fait et pour qui c’est fait. De même, notre
réflexion sur le travail et le temps nous amène à penser au repos, au plaisir, à la communauté, à la famille, aux soins et à l’auto-soin.
Nous remettons en question le progrès centré sur la croissance illimitée de l’accumulation, nous considérons le conflit capital - vie comme un conflit structurel et insoluble qui caractérise le système de domination multiple dans lequel nous vivons. Nous essayons de développer une vision complète de ce système biocide, en comprenant qu’il s’agit d’un système socio-économique qui hiérarchise les vies entre quelques-uns.unes qui comptent beaucoup et d’autres qui sont jetables, qui obvie à l’éco-dépendance des êtres humains avec le reste des êtres vivants et de la planète. Il nie l’interdépendance et la vulnérabilité de toutes les personnes et le fait que les besoins et les désirs sont pleinement satisfaits au sein de la communauté.
L’économie féministe est une proposition pour les biens communs qui émerge des réflexions et des actions des biens communs. Elle se nourrit chaque jour de nos expériences quotidiennes ainsi que des réflexions des universitaires féministes. Il s’agit d’alternatives qui se sont déjà matérialisées dans de petites et grandes expériences de marchés de producteurs, de coopératives de femmes, de jardins communautaires, etc., ainsi que dans la récupération de
connaissances, de pratiques ancestrales, de savoirs endogènes et de savoirs locaux.
Dans notre parcours, nous embrassons des concepts tels que le territoire, que nous comprenons comme quelque chose qui contient des connaissances, de l’amour, des croyances, ainsi que les moyens de se nourrir, de s’abriter, d’échanger des connaissances. C’est à travers le territoire que nous nous reconnaissons et nous construisons des identités. Le territoire joue un rôle crucial dans la perspective économique féministe au sein de la Marche Mondiale des Femmes, car il permet d’explorer les conflits liés aux ressources et la formation d’identités politiques collectives. Le concept de territoire sert de base à la construction d’un sujet politique en tant que processus nécessaire à la transformation et à l’émancipation.
Dans notre analyse, nous nous concentrons également sur la manière dont le colonialisme est actualisé ou persiste. La manière dont l’hétéronormativité discipline nos corps et facilite la docilité des individus à l’égard du système qui nous opprime. La manière dont le néolibéralisme produit et reproduit la précarité dans le Nord et le Sud. Le rôle joué par les guerres, les transnationales, le suprémacisme blanc, les fondamentalismes religieux et la
progression de l’extrême droite.
L’économie féministe que nous proposons à partir de la Marche Mondiale des Femmes ne croit pas aux conciliations avec le système capitaliste, elle se nourrit du féminisme populaire et de l’internationalisme féministe, elle reconnaît la diversité des luttes des femmes, l’éducation populaire comme méthodologie de réflexion, de formation et d’action, les alliances avec les mouvements liés aux luttes pour les biens communs.
Nos propositions
Une économie radicalement critique axée sur une compréhension critique et plurielle du
système économique dominant et sur la construction d’alternatives, un approfondissement des
analyses, l’enseignement et la recherche sur des aspects essentiels à la reproduction sociale et
au maintien de vies dignes d’être vécues, tels que : la sécurité sociale, la souveraineté
alimentaire, l’emploi décent, pour en citer quelques-uns.
Une économie centrée sur les communautés de femmes et la diversité des peuples qui aborde
également les dynamiques du pouvoir et les inègalités presentes dans les structures
économiques et sociales hégémoniques ou traditionnelles, en soulignant la propriété
collective, l’égalité de genre, la réforme agraire, l’autonomisation des femmes, l’éducation à
l’idéologie politique, le développement des compétences techniques et de l’esprit d’entreprise,
le droit des femmes à la propriété, le droit à la santé réproductive, le droit à la descendance, le
droit aux ressources naturelles, le droit à la sécurité sociale, le droit à un environnement sain,
le droit à l’éducation et la formation, à l’agroécologie et l’agriculture durable, les modèles
corporatives et la garantie de la sécurité sociale pour les femmes et les autres communautés
exclues.
La durabilité de la vie comme principe central
Nous, les militantes de la Marche Mondiale des Femmes, affirmons que placer la sauvegarde
de la vie au centre signifie :
1. La libre autodétermination des corps et des territoires.
2. Un retour sur notre histoire, notre mémoire, nos savoirs et nos pratiques ancestrales.
3. Changer notre façon de consommer, de produire, de reproduire la vie et d’échange
pour sa durabilité.
4. Adopter la production, la transformation et la consommation durables dans nos
pratiques.
5. Rendre visible, reconnaître et surtout réorganiser le travail domestique et de soins,
avec une co-responsabilité entre les hommes, les communautés, l’État et les
femmes.
6. Appliquer des pratiques de travail équitables qui garantissent les droits des
travailleurs.euses, des salaires justes et des conditions humaines.
7. Éliminer la production gaspilleuse et axée sur le profit et se concentrer plutôt sur
des économies qui préservent les ressources et se fondent sur les besoins.
8. Passer à des pratiques viables qui donnent la priorité à l’équilibre écologique.
9. Concevoir des systèmes judiciaires qui ne renforcent pas l’oppression et
reconnaissent la citoyenneté des migrants.tes et des diverses identités sexuelles, des
peuples souverains et des démocraties.
10. Des services publics qui garantissent la reproduction sociale et des États qui
construisent à partir des biens communs la reconnaissance des valeurs
communautaires.
11. Des États qui mesurent et rendent visible la contribution des femmes à la
reproduction, à la production et aux économies nationales.
12. La démarchandisation de la vie et la fin du pouvoir des transnationales.
13. Faire face à la marchandisation de la vie et à l’endettement.
14. Renforcer l’économie réelle, l’économie au service de l’humanité, en harmonie avec
la planète et le reste de ses habitants.
15. Passer aux énergies renouvelables et aux économies circulaires pour réduire la
dégradation de l’environnement.
16. Renforcer les systèmes de production locaux et communautaires afin de réduire la
dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales fondées sur
l’exploitation.
17. Veiller à ce que le « développement économique » ne se fasse pas au détriment de la
qualité de vie des personnes et des générations futures.
18. Faciliter l’accès universel à l’éducation et à la santé en tant que droits fondamentaux,
afin de garantir la reproduction des connaissances et le bien-être des générations
futures.
Le « Buen Vivir »
Lorsque nous parlons de Buen Vivir ou vivre-bien nous proposons une rupture radicale avec la
logique productiviste de la consommation et de la croissance pour la remplacer par la logique
de la viabilité environnementale et sociale et de la reproduction sociale.
Le Buen Vivir ou le vivre-bien provient des cosmologies andines et ne signifie pas vivre mieux
qu’aujourd’hui, ni mieux que les autres, ni un souci constant d’améliorer la vie, mais
simplement une bonne vie, en harmonie et en équilibre avec les besoins des autres êtres
vivants et de la planète. C’est vivre dans de bonnes sociétés pour tous.tes, sans exclusion ni
oppression, avec un sens de la communauté et de la liberté.
Le Buen Vivir ou le vivre-bien est un concept en construction qui se nourrit d’expériences
ancestrales communes et de la diversité des cosmogonies et des formes culturelles ; il se
nourrit du commun et pour le commun, de cette responsabilité collective de maintenir la vie.
Le Buen Vivir, ou le vivre-bien, n’est pas synonyme de consommation et encore moins de
vivre aux dépens de la vie des autres.
En tant que proposition sur laquelle nous travaillons activement dans la Marche Mondiale des
Femmes, nous devons continuer à contribuer à des questions telles que :
Qu’est-ce qu’une vie digne ? Qu’est-ce qui rend une vie vivable ? Comment comprenons-nous
le bonheur, les besoins ou les désirs ? Quel est le rôle de l’État, de la communauté et de la
citoyenneté ?
Et nous devons réfléchir aux formes de production et de reproduction qui rendent possible une
bonne vie aujourd’hui sans compromettre une bonne vie à l’avenir.
Souveraineté alimentaire et agroécologie
Repenser le temps et le travail en relation avec la nature est l’une des approches de la
souveraineté alimentaire, l’une des propositions politiques les plus puissantes entrelacées avec
l’économie féministe.
Nous adhérons à la proposition de La Via Campesina de construire la souveraineté alimentaire
sur six piliers :
1. Donner la priorité à l’alimentation des peuples.
2. Valoriser ceux et celles qui produisent la nourriture.
3. Réduire les distances des systèmes alimentaires en affrontant l’agrobusiness et les
accords de libre-échange.
4. Contrôle local du territoire, des semences et de l’eau.
5. L’agroécologie et le développement des connaissances et des compétences autoctones.
6. Travailler et prendre soin de la nature et défendre le principe selon lequel l’agriculture
paysanne refroidit la planète et s’oppose aux fausses solutions de marché à la crise
climatique.
Les paysannes sont les protagonistes de la construction de la souveraineté alimentaire, de la
conservation des semences locales et de la biodiversité, et de la défense des territoires et des
modes de vie.
Reconnaissance de l’interdépendance et de l’éco-dépendance
Les principes d’interdépendance et d’éco-dépendance sont fondamentaux dans la lutte pour la
justice climatique et pour la visibilité et la revalorisation du travail d’assistance. La
reconnaissance de l’interconnexion de toutes les formes de vie est fondamentale pour
développer des stratégies équitables et durables. Cette perspective est particulièrement
importante dans la lutte pour la souveraineté alimentaire et la justice environnementale, où
l’économie féministe et les communautés locales s’unissent pour défier la domination des
entreprises transnationales.
En construisant des alliances stratégiques entre les mouvements et les territoires, nous
pouvons créer une puissante force de changement. Ces alliances sont fondées sur la
compréhension du fait que la véritable durabilité ne peut être atteinte que lorsque les besoins
des personnes et de la planète sont satisfaits en harmonie.
Souverainetés populaires
La construction des souverainetés populaires, entendues comme le droit des peuples à exercer
leur autorité sur leurs territoires, leurs savoirs et savoir-faire, leurs communications, leur
production alimentaire et énergétique, leurs formes de gouvernement et d’auto-gouvernement.
Un peuple ou une communauté souveraine est un peuple ou une communauté qui exerce un
contrôle démocratique sur les processus et les systèmes sociaux qui garantissent son
existence. Les souverainetés populaires se construisent sur la reconnaissance des savoirs et
des pratiques accumulés,
Construction du sujet politique féministe
C’est la construction d’un « nous » qui reconnaît les formes d’oppression ainsi que les forces
dont nous disposons pour transformer les réalités qui nous oppriment.
Nous sommes un collectif de femmes qui se savent protagonistes d’un processus, qui
comprennent que nous devons passer de l’individuel au collectif, que nous devons construire
des accords et des propositions, parce qu’il ne s’agit pas seulement de dénoncer ou d’exprimer
notre opposition, il s’agit aussi d’avoir un monde alternatif, une vision partagée du Buen Vivir,
et pour cela nous nous engageons dans la construction du sujet politique féministe et
émancipateur, à travers la pédagogie populaire féministe, la recherche et l’action participative,
la communication féministe et populaire, et la construction collective d’un cadre commun
d’interprétation des réalités.
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