Édition du 6 décembre 2022

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Économie

Sans emplois à plein temps dans les secteurs à valeur ajoutée -

Une reprise économique bien temporaire

Les bonnes nouvelles en cachent de moins bonnes.

OTTAWA – Les données sur l’emploi pour avril sont de bonnes mais étonnantes nouvelles dans une économie accablée par le chômage et une perte renversante d’emplois propres à faire vivre une famille. Les bonnes nouvelles en cachent en fait de moins bonnes, prévient Ken Georgetti, président du Congrès du travail du Canada.

« La relance aidée par les mesures de stimulation économique se faisait longtemps attendre, y compris les emplois à temps plein dans le secteur de la construction qui ont bénéficié au groupe le plus durement frappé par la récession – les hommes de plus de 25 ans. Ces emplois sont bienvenus et nécessaires, mais il ne faudrait pas se faire d’illusions. Ils sont aussi temporaires. Lorsqu’on mettra fin aux mesures de relance économique et que les taux d’intérêt hypothécaires seront encore plus élevés qu’avant, qu’adviendra-t-il ? », demande Georgetti.

« Nous avons perdu 20 600 emplois manufacturiers en avril, et près de 100 000 dans les douze derniers mois. La plupart des emplois créés à l’extérieur de la bulle de relance étaient des emplois à temps partiel dans le secteur du détail procurant un salaire inférieur à celui des emplois perdus depuis le début de la récession. Ceux qui ont fait pression (une forte pression) pour la mise en place d’un plan de relance économique devraient se féliciter des progrès actuels, mais nous devrions tous nous préoccuper profondément de la qualité des emplois créés à long terme », ajoute Georgetti.

« Nous avons pris à bail cette reprise de l’emploi aidée par les dépenses gouvernementales. Nous n’avions pas le choix. Nous devons maintenant mettre l’accent sur un plan de création d’emplois à long terme, à plein temps et permettant de faire vivre une famille, sans quoi la vraie reprise économique se fera encore longtemps attendre », affirme Georgetti.

Analyse rapide de Sylvain Schetagne, économiste principal du CTC

Même si le nombre d’emplois créés le mois dernier semble impressionnant, la qualité de ces emplois demeure problématique. Le niveau de l’emploi dans le secteur manufacturier demeure extraordinairement bas et le taux de chômage à long terme a atteint un nouveau record – le plus élevé depuis le début de la crise.

En avril 2010, le nombre de personnes actives sur le marché du travail a bondi de 92 000, et environ 17 000 sans-emploi ont pu dénicher un emploi. En tout, le marché du travail comptait 109 000 emplois de plus, mais la plupart étaient à temps partiel (64 800). Un grand nombre d’emplois créés le mois dernier l’ont été dans le secteur de la vente en gros et au détail (+31 600), secteur où l’on trouve des emplois à temps partiel à faible salaire.

Dans le secteur manufacturier, secteur où l’on trouve de bons emplois, le nombre d’emplois a de nouveau diminué de 20 600. Au cours de la dernière année, plus de 90 000 emplois ont disparu dans ce secteur. Depuis le sommet atteint en novembre 2002, le Canada a perdu plus de 575 000 emplois manufacturiers.

En fait, en avril 2010, l’emploi dans le secteur manufacturier au Canada a atteint l’un des niveaux les plus bas observés au cours des 30 dernières années.

Le taux de chômage en avril 2010 est demeuré supérieur à 8 %, s’établissant à 8,1 %, en grande partie parce qu’à peine assez d’emplois ont été créés pour accueillir les nouveaux venus sur le marché du travail. Le nombre des sans-emploi a atteint 1 498 300 le mois dernier, à comparer à 1 137 400 en octobre 2008. Il est demeuré 31 % plus élevé qu’au début de la crise de l’emploi en 2008.

Ce qui est encore plus problématique, c’est que le pourcentage de personnes au chômage pendant plus de six mois a atteint le niveau le plus élevé depuis le début de la crise de l’emploi en 2008. En avril, 22,5 % des personnes au chômage, soit près d’une sur quatre, l’étaient depuis plus de six mois. Le taux de chômage « réel », qui comprend les travailleuses et travailleurs découragés et ceux qui travaillent à temps partiel indépendamment de leur volonté, est demeuré très élevé en avril 2010, s’établissant à 11,8 %. En avril 2008, le taux de chômage « réel » était de 8,9 %.

Le Congrès du travail du Canada, voix nationale du mouvement syndical, représente 3,2 millions de travailleuses et travailleurs canadiens. Le CTC réunit les syndicats nationaux et internationaux du Canada, les fédérations provinciales et territoriales du travail et 130 conseils du travail régionaux. Site Web : www.congresdutravail.ca.

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