Édition du 1er septembre 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Canada

Vous voulez connaître le secret du Parti libéral pour gouverner le Canada ?

Heureusement pour nous, Stephen Gilbeau a vendu la mèche juste avant de démissionner : « Lors de la dernière campagne électorale, nous nous sommes présentés comme un parti de centre, voire de centre-gauche, et nous gouvernons davantage comme un parti de centre-droit. » Cela mérite bien une « Minute du patrimoine canadien ». Une fois que vous l’avez vu, vous ne pouvez plus vous empêcher de le remarquer.

Nous publions, la transcription et la traduction d’une vidéo du site The Breachmedia.ca

L’histoire commence avec William Lyon Mackenzie King. King était un excentrique qui organisait des séances de spiritisme avec sa mère décédée, mais c’était aussi un homme politique avisé qui est resté au pouvoir plus longtemps que n’importe quel autre Premier ministre.

Au lendemain de la crise économique des années 1930, le capitalisme au Canada était mis à l’épreuve.
La Fédération coopérative du Commonwealth, ou CCF, un parti social-démocrate qui allait plus tard devenir le NPD, connaissait un essor fulgurant. « Les dictateurs économiques du Canada sont désormais ouvertement présents en politique. »

King s’est attaché à neutraliser sa plus grande menace. Il a promis de construire un nouvel ordre social grâce à un nouveau libéralisme qui garantirait des emplois, des logements et la construction économique de la nation.

Cela vous dit quelque chose ? Le nouvel ordre mondial. Cela devrait être le cas, car tous les premiers ministres libéraux se sont inspirés de ce scénario depuis lors. Face à la révolte des travailleurs, King a dû leur faire des concessions. Mais une fois au pouvoir, il est revenu sur presque toutes ses promesses pour satisfaire ses alliés du monde des affaires.

Dans les années 1950, les libéraux s’étaient endormis sur leurs lauriers. Ils ont abandonné leur discours progressiste et ont subi une défaite cuisante face aux conservateurs.

La leçon ? Ils ont tout intérêt à ne pas oublier leur formule. Face à la montée en puissance de la gauche au début des années 60, le chef libéral Lester Pearson s’est empressé de s’approprier les politiques du NPD telles que la couverture maladie universelle, les retraites publiques et la semaine de travail de 40 heures. « C’est de la politique pragmatique », déclara-t-il. « Je n’ai pas l’intention de laisser les néo-démocrates s’emparer du terrain populaire de la gauche. D’ailleurs, c’est exactement la ligne que Mackenzie King aurait adoptée s’il était encore en vie aujourd’hui.

Dans le même temps, Pearson fit progresser l’intégration économique, menée par les entreprises, avec les États-Unis, ce qui allait finir par saper les concessions progressistes qu’il avait été contraint de faire.

Peu de gens ont mieux appliqué la formule « faire campagne à gauche, gouverner à droite » que le prochain chef libéral, Pierre Elliott Trudeau. C’était à la fin des années 60, et il a su capter une vague de mécontentement, séduisant les jeunes électeurs en se faisant l’écho de la nouvelle gauche. Lorsqu’il a perdu face aux conservateurs en 1979, il a de nouveau pivoté vers la gauche, adoptant cette fois le nationalisme économique comme cri de ralliement du moment.

Pendant ce temps, il a réduit l’impôt sur les sociétés, plafonné les salaires et sermonné les Canadiens en leur expliquant qu’ils ne devaient plus s’attendre à des avantages. Son message trouve encore un écho aujourd’hui : la cupidité, c’est génial, mais uniquement pour la classe des grands patrons.

Faisons un bond en avant jusqu’aux années 1990 : le chef libéral Jean Chrétien a mené sa campagne sur la base d’un « livre rouge », regorgeant d’engagements sur la garde d’enfants et les droits des Autochtones. Ce n’était pas le président Mao, mais c’était un argumentaire calculé à l’intention de la classe ouvrière. Ses stratèges l’ont habillé de chemises en jean et ont mis en avant sa réputation de « petit gars de Schoenegent ». Le Parti libéral a un plan pour créer des emplois et redonner leur dignité aux chômeurs. Et c’est exactement ce qu’il a fait. Je plaisante.

Chrétien a fait le contraire, en procédant à des coupes historiques dans l’assurance-chômage, les soins de santé et l’éducation. au-delà des rêves les plus fous des conservateurs.

Avance rapide jusqu’au XXIe siècle.

Après une décennie de Stephen Harper, Justin Trudeau a dépoussiéré la formule et y a saupoudré un peu de poudre de perlimpinpin. Il s’est agenouillé, a défilé aux côtés des mouvements sociaux, a versé des torrents de larmes de réconciliation.

Puis il a fait ce que font toujours les libéraux : obéir aux ordres de l’élite des grandes entreprises. Acheter un oléoduc, envoyer la GRC contre les défenseurs des terres autochtones, et offrir à SNC-Lavalin un « passe-droit ».

Et nous revoilà au même point, sauf que cette fois-ci, on ne peut pas prétendre qu’on ne savait pas. Peut-être pensiez-vous qu’un banquier de Goldman Sachs ne pourrait pas réussir ce tour de force. Et pourtant, il y a eu ça… : Aux États-Unis, les soins de santé sont un secteur très lucratif.Au Canada, c’est un droit. »
Et ça… : « Il est temps que votre gouvernement se remette à construire des logements abordables. »
Et ça… : « Nous pouvons contrôler notre destin économique. Nous sommes maîtres chez nous. »

Mais au cours de sa première année au pouvoir, Carney a sabré dans les dépenses de santé et refusé d’agir tandis que des premiers ministres de droite ont instauré un système de soins à deux vitesses, à l’américaine. Il distribue l’argent public aux profiteurs du secteur immobilier. Et il a bien plus imité Donald Trump qu’il ne l’a défié. À chaque génération, les libéraux ressortent cette formule. Et ils continueront jusqu’à ce que nous cessions de tomber dans le piège.

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