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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Pr&#233;face de l'ouvrage &#171; Islam et Capitalisme &#187; de Maxime Rodinson par Omar Benderra</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Preface-de-l-ouvrage-Islam-et-Capitalisme-de-Maxime-Rodinson-par-Omar-Benderra</link>
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		<dc:date>2025-01-28T07:10:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Omar Benderra</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-01-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Maxime Rodinson est l'auteur d'une double rupture id&#233;ologique et politique, d'une part avec l'orientalisme en tant que modalit&#233; sp&#233;cifique aux cultures arabo-islamiques de l'anthropologie coloniale et d'autre part avec la th&#233;orie critique d&#233;velopp&#233;e par les dogmes marxistes en vogue dans les ann&#233;es soixante et soixante-dix du si&#232;cle dernier. Islam et capitalisme est publi&#233; en 1966 dans un contexte mondial domin&#233; par deux blocs politiques, celui de l'Ouest capitaliste dirig&#233; par les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/capture_d_e_cran_le_2025-01-22_a_10.30_34-4b201.png?1781495234' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Maxime Rodinson est l'auteur d'une double rupture id&#233;ologique et politique, d'une part avec l'orientalisme en tant que modalit&#233; sp&#233;cifique aux cultures arabo-islamiques de l'anthropologie coloniale et d'autre part avec la th&#233;orie critique d&#233;velopp&#233;e par les dogmes marxistes en vogue dans les ann&#233;es soixante et soixante-dix du si&#232;cle dernier. Islam et capitalisme est publi&#233; en 1966 dans un contexte mondial domin&#233; par deux blocs politiques, celui de l'Ouest capitaliste dirig&#233; par les &#201;tats-Unis et celui de l'Est communiste pilot&#233; par l'URSS.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/wp-content/uploads/2025/01/Table-des-matieres_maxime-rodinson.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Table des mati&#232;res&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque est aussi celle de l'&#233;mergence des pays du Tiers Monde dans le fil des guerres de lib&#233;ration et des ind&#233;pendances des ann&#233;es 1950 et 1960. Les &#201;tats arabes, pour la plupart r&#233;cemment lib&#233;r&#233;s de la f&#233;rule coloniale fran&#231;aise ou britannique, relevaient de cette cat&#233;gorie interm&#233;diaire et se situaient dans l'orbite de l'un ou l'autre des blocs g&#233;opolitiques concurrents. La rivalit&#233; plan&#233;taire entre les &#201;tats-Unis et l'Union sovi&#233;tique &#233;tait propice &#224; une confrontation intellectuelle riche et diversifi&#233;e entre th&#233;oriciens lib&#233;raux de diff&#233;rentes &#233;coles et marxistes de courants parfois clairement antagoniques. Les d&#233;bats sou- vent tr&#232;s vifs et les controverses soutenues ne se limitaient &#233;videmment pas aux pays des deux blocs oppos&#233;s et concernaient d'importantes cat&#233;gories d'intellectuels, de chercheurs ou d'activistes du Tiers Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dogmatismes et principe de r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode qui semble aujourd'hui fort lointaine a &#233;t&#233; marqu&#233;e dans le monde arabe par des d&#233;bats intenses et particuli&#232;rement anim&#233;s entre &#233;conomistes, sociologues et historiens autour des questions urgentes de l'&#233;dification des &#201;tats postcoloniaux et du d&#233;veloppement &#233;conomique mais aussi de leurs histoires et de leurs formes d'organisation sociale. Dans ce floril&#232;ge de publications concernant le monde arabe, y compris celles qui se paraient d'une caution acad&#233;mique, l'engagement politique l'emportait souvent sur la rigueur analytique. Les lignes de fractures entre ces diverses approches se caract&#233;risaient par la primaut&#233; des convictions politiques et au respect disciplin&#233; de la ligne de leurs partis et relevaient pour l'essentiel d'une perspective occidentale, culturellement ethnocentr&#233;e, sur une civilisation &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte d'affrontement id&#233;ologique intense, favorable aux r&#233;ductions dogmatiques pr&#233;sent&#233;es comme v&#233;rit&#233;s d'&#233;vidence, que Maxime Rodinson publie Islam et capitalisme, un livre-rep&#232;re dont j'ai l'honneur de pr&#233;facer la r&#233;&#233;dition qu&#233;b&#233;coise. En marxiste iconoclaste mais en universitaire rigoureux, Rodinson proc&#232;de &#224; un examen critique des th&#232;ses en pr&#233;sence et remet les pendules &#224; l'heure du principe de r&#233;alit&#233;, par le d&#233;veloppement d'un argumentaire syst&#233;matiquement &#233;tay&#233;. Sa d&#233;marche est fond&#233;e sur une ind&#233;niable rigueur scientifique, une connaissance encyclop&#233;dique des th&#232;mes abord&#233;s et une r&#233;elle proximit&#233; avec les formations sociales appr&#233;hend&#233;es. Au-del&#224; de l'&#233;conomie et de la religion, ce que Maxime Rodinson &#233;claire pr&#233;cis&#233;ment est un rapport occidental au monde musulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique dont se pr&#233;vaut Maxime Rodinson est construit sur une d&#233;marche m&#233;thodique et largement inclusive, ne laissant pas de place &#224; l'impr&#233;cision ni aux sch&#233;matisations m&#233;canistes, &#224; la diff&#233;rence de nombre d'analystes se r&#233;clamant de l'h&#233;ritage de Karl Marx, qui se risquaient &#224; des consid&#233;rations tr&#232;s incertaines, du &#171; mode de production asiatique &#187; aux &#171; f&#233;odalit&#233;s hydrauliques &#187; en passant par les syst&#232;mes de relations interpersonnelles, pour d&#233;crire les soci&#233;t&#233;s et expliquer les retards socio&#233;conomiques du monde arabo-musulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme historiciste de Rodinson se d&#233;marque ainsi par sa volont&#233; de comprendre le d&#233;veloppement historique des soci&#233;t&#233;s musulmanes et de contextualiser les textes arabo- musulmans, ce qui le place en porte-&#224;-faux avec les orientalistes, qui traitent le monde arabe comme une entit&#233; ontologiquement stable, mais aussi avec les staliniens, qui ont des mod&#232;les de d&#233;veloppement tr&#232;s rigides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le colonialisme, matrice des r&#233;gressions arabes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est &#233;galement en rupture avec les orientalistes qui tout en c&#233;l&#233;brant les avanc&#233;es civilisationnelles observ&#233;es dans leur lointain pass&#233;, attribuaient les stagnations et le recul des soci&#233;t&#233;s de cette r&#233;gion du monde &#224; une religion obscurantiste. Pour nombre de ces observateurs, l'islam est la matrice de cultures archa&#239;ques, induisant des formes d'organisation fig&#233;es et radicalement hostiles &#224; toute &#233;volution. Il ne faisait aucun doute pour beaucoup de ces experts &#232;s islam que la religion port&#233;e par le Proph&#232;te Mohamed &#233;tait l'obstacle fondamental &#224; la modernisation &#233;conomique et au progr&#232;s en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Maxime Rodinson, ces interpr&#233;tations fallacieuses masquent la r&#233;alit&#233; des effets de l'agression coloniale et de l'h&#233;g&#233;monie imp&#233;rialiste franco-britannique qui s'installe &#224; la faveur de la dislocation de l'Empire Ottoman au cours du XIXe si&#232;cle et au d&#233;but du XXe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'historien et le sociologue, le retard des soci&#233;t&#233;s arabo-islamiques ne saurait &#234;tre expliqu&#233; par de pr&#233;tendus blocages culturels et une censure religieuse mais plut&#244;t par les agressions multiformes et les occupations violentes dont elles ont &#233;t&#233; victimes. &#192; mille lieues de cette reconnaissance de la responsabilit&#233; coloniale et dans une convergence apparemment paradoxale, les analyses du marxisme orthodoxe et davantage encore celles des orienta- listes ont pour commune caract&#233;ristique la formulation de repr&#233;sentations supr&#233;macistes et essentialistes plus ou moins clairement exprim&#233;es dans une vision hi&#233;rarchique, assum&#233;e ou implicite, du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxime Rodinson d&#233;montre que l'islam n'est en rien oppos&#233; au capitalisme (ou &#224; une quelconque forme d'organisation &#233;conomique a priori). Historiquement, les soci&#233;t&#233;s islamiques ont &#233;t&#233; largement fa&#231;onn&#233;es par un capitalisme marchand pratiqu&#233; par le Proph&#232;te lui-m&#234;me. Le commerce et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'ont jamais &#233;t&#233;, au contraire, remis en cause par l'islam. Ce sont bien les conditions sociopolitiques, somme de multiples facteurs, de la croissance d&#233;mographique europ&#233;enne &#224; l'industrialisation de l'Angleterre en passant par les gigantesques pillages coloniaux inter alia, qui ont permis l'expansion dynamique du capitalisme occidental et qui, au contraire, ont jou&#233; en d&#233;faveur du d&#233;veloppement &#233;conomique du monde musulman, en d&#233;truisant les souverainet&#233;s des &#201;tats qui le composaient et en cassant les dynamiques internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions historiques ont permis l'invasion par vagues successives de vastes r&#233;gions du monde par les puissances europ&#233;ennes, la destruction des soci&#233;t&#233;s locales, la d&#233;possession et la clochardisation des populations autochtones. Ainsi, au bout de longues ann&#233;es de g&#233;nocides et de spoliation de tous ordres, la narration &#233;l&#233;giaque de la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie reprise notamment par une bonne partie de l'intelligentsia fran&#231;aise a massivement sc&#233;naris&#233; l'effroyable r&#233;gression inflig&#233;e aux soci&#233;t&#233;s indig&#232;nes, pr&#233;sentant leur immense mis&#232;re comme un &#233;tat naturel inh&#233;rent &#224; une culture radicalement exotique, r&#233;trograde, repli&#233;e et imperm&#233;able aux id&#233;es de progr&#232;s. L'apport &#171; &#233;mancipateur &#187; du colonialisme, issu de la &#171; civilisation des Lumi&#232;res &#187; s'imposant de lui-m&#234;me comme une n&#233;cessit&#233;, justifiant la &#171; mission civilisatrice &#187;, fardeau que le colon blanc s'imposait tr&#232;s symboliquement, niant cat&#233;goriquement l'&#233;tendue de crimes imprescriptibles. Et c'est tr&#232;s exactement ce qui fut c&#233;l&#233;br&#233; en 1930 en grandes pompes r&#233;publicaines et nationalistes lors du centenaire de la colonisation de l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capitalisme, collectivisme ou &#233;conomie socialiste de march&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation multiforme entre capitalisme et socialisme, extr&#234;mement vive durant les ann&#233;es cons&#233;cutives &#224; la Seconde Guerre mondiale, s'est &#233;vapor&#233;e avec la disparition de l'Union sovi&#233;tique en 1991 et l'&#233;chec av&#233;r&#233; des diverses formes d'&#233;tatisation de l'&#233;conomie. L'ensemble du monde arabe aujourd'hui est dirig&#233; par des r&#233;gimes de diverses natures mais unanimement lib&#233;raux et g&#233;n&#233;ralement peu efficaces. Mais de quel capitalisme s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#233;conomistes favorables &#224; la collectivisation des moyens de production et au r&#244;le de gestionnaire de l'&#201;tat ne sont plus audibles, ceux qui pr&#244;nent la d&#233;r&#233;gulation des march&#233;s au nom du lib&#233;ralisme n'ont pas gagn&#233; en cr&#233;dibilit&#233;. De fait, le creusement vertigineux des in&#233;galit&#233;s par la concentration des richesses et la massification de la pr&#233;carit&#233; dans les opulents pays industrialis&#233;s signe en effet les limites socialement et &#233;thiquement destructrices du mod&#232;le. Au plan global, l'&#233;chec des politiques &#233;conomiques lib&#233;rales impos&#233;es par le Fonds mon&#233;taire international (FMI) et la Banque mondiale aux &#201;tats d&#233;faillants illustre cruellement les limites d'une doxa antisociale impos&#233;e par les banques et les multinationales occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepoint de ces &#233;checs et crises &#224; r&#233;p&#233;tition, l'&#233;mergence extraordinairement rapide de la Chine au cours de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es remet en cause les positionnements doctrinaires ant&#233;rieurs. P&#233;kin, en ouvrant son march&#233; au secteur priv&#233; national et aux investissements &#233;trangers, n'a pas abandonn&#233; pour autant ses instruments de souverainet&#233; en termes de politique &#233;conomique. La planification centrale ainsi que le contr&#244;le strict des op&#233;rations bancaires et financi&#232;res permettent au pouvoir central d'encadrer une dynamique de croissance soutenue sans pr&#233;c&#233;dent historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre du monde sous h&#233;g&#233;monie occidentale est ainsi remis en cause par l'apparition d'un catalyseur global alternatif. Le capitalisme chinois sous la f&#233;rule du Parti communiste explore un mode alternatif de commerce et de coop&#233;ration avec le reste du monde sous des formes fort diff&#233;rentes de celles de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, d'autres tentatives de maintenir autant que possible le r&#244;le social de l'&#201;tat tout en proc&#233;dant &#224; l'&#233;limination des contraintes bureaucratiques au fonctionnement du march&#233; ont bel et bien eu lieu. L'exp&#233;rience br&#232;ve et rapidement interrompue des R&#233;formes en Alg&#233;rie entre 1986 et 1991 &#233;tait construite sur la n&#233;cessit&#233; du march&#233; par l'ouverture &#224; l'initia- tive priv&#233;e tout en lib&#233;rant la gestion des entreprises publiques des tutelles administratives. L'objectif des R&#233;formateurs &#233;tait de garantir le r&#244;le de l'&#201;tat en tant que r&#233;gulateur dans le cadre institutionnel d&#233;mocratique de l'&#201;tat de droit. Mais tr&#232;s rapidement, les r&#233;formes, en &#233;liminant les tr&#232;s opaques supervisions administratives, se sont heurt&#233;es aux int&#233;r&#234;ts du haut commandement de l'arm&#233;e et de la police politique qui ont fini par casser d&#233;finitivement cette dynamique en janvier 1992. La bourgeoisie militaire alg&#233;rienne s'engagera quelques mois plus tard dans un contexte de violence inou&#239;e dans la voie antisociale et antinationale de l'ajustement structurel sous tutelle du FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impasse permanente du monde arabe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres et invasions occidentales, en Irak, en Syrie et en Libye expliquent en partie leurs impasses &#233;conomiques mais l'image renvoy&#233;e par les &#233;conomies des &#201;tats arabes n'impressionne gu&#232;re. De fait, si la manne des hydrocarbures venait brutalement &#224; s'ass&#233;cher, les opulents pays du Golfe persique s'effondreraient rapidement. Le lib&#233;ralisme rentier des producteurs de p&#233;trole, qui ne d&#233;bouche jamais sur une &#233;conomie industrielle, &#233;volue, au mieux, vers un capitalisme d'interm&#233;diation financi&#232;re, uniquement susceptible d'abriter des hubs commerciaux et de services sans profondeur productive. L'illustration majeure de cette &#171; modernisation &#187; est celle des &#201;mirats arabes unis, engag&#233;s dans un programme d'insertion active dans le march&#233; global autour du commerce et des services adoss&#233;s &#224; une plateforme financi&#232;re de recyclage de capitaux d'origine souvent non identifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste des &#233;conomies du Machrek ou du Maghreb est en crise structurelle, &#224; l'image de l'&#201;gypte du mar&#233;chal Al-Sissi qui s'est tr&#232;s t&#244;t, au milieu des ann&#233;es 1970, engag&#233;e dans une politique d'&#171; Infitah &#187;, c'est-&#224;-dire une politique d'ouverture des march&#233;s et de privatisation. L'&#201;gypte est plus que jamais d&#233;pendante des perfusions externes de ses bailleurs de fonds. Au bout d'un demi-si&#232;cle de politique lib&#233;rale, l'&#233;conomie &#233;gyptienne est sinistr&#233;e, &#233;cras&#233;e par un endettement qui a massivement enrichi une classe compradore au d&#233;triment de l'immense majorit&#233; de la population qui survit dans des conditions &#233;pouvantables. &#192; l'ouest du continuum arabo-musulman, le Royaume du Maroc, en d&#233;pit de l&#233;gislations tr&#232;s favorables, ne parvient pas &#224; attirer les niveaux d'investissements qui lui permettraient de cr&#233;er une base industrielle vitale et de r&#233;pondre autant que possible &#224; un &#233;crasant ch&#244;mage de masse. L'Alg&#233;rie qui avait, au prix fort, construit les fondations d'une base industrielle substantielle l'a essentiellement brad&#233;e &#224; vil prix en se soumettant aux diktats du FMI &#224; la suite du coup d'&#201;tat militaire du 11 janvier 1992. La non-gestion &#233;conomique d&#233;lib&#233;r&#233;e assum&#233;e par l'arm&#233;e et la police politique a atteint des paroxysmes de gabegie et de corruption dans les ann&#233;es Bouteflika, privant le pays de ressources n&#233;cessaires &#224; son d&#233;veloppement, st&#233;rilisant durablement les capacit&#233;s cr&#233;atives et les comp&#233;tences d'une jeunesse aujourd'hui sans perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec &#233;conomique des r&#233;gimes arabes postind&#233;pendances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est d'autant plus cinglant que leurs pays disposaient pour certains de ressources et de moyens substantiels. Mais qu'il s'agisse de pays b&#233;n&#233;ficiant de ressources fossiles, p&#233;trole et gaz, ou moins favoris&#233;s par la g&#233;ologie, les performances &#233;conomiques sont tr&#232;s en de&#231;&#224; des minima requis pour combler des retards consid&#233;rables. Et c'est sous cet aspect que la d&#233;marche analytique de Maxime Rodinson, qui &#233;tait conscient des limites de ces syst&#232;mes, s'av&#232;re encore pertinente. La caract&#233;ristique commune premi&#232;re des r&#233;gimes arabes, quelle que soit leur forme ou nature, monarchie ou r&#233;publique, est leur caract&#232;re non d&#233;mocratique et antipopulaire. F&#233;odalit&#233;s et dictatures militaires impos&#233;es par Londres ou Washington et soutenues par Paris, ces syst&#232;mes n&#233;ocoloniaux de facto perp&#233;tuent la domination imp&#233;rialiste et la mis&#232;re de leurs peuples par l'inefficacit&#233; de leur gestion &#233;conomique, leur corruption massive et le blocage de toute &#233;volution. Ces autoritarismes qui &#233;crasent leurs soci&#233;t&#233;s assurent l'insertion subalterne des &#233;conomies arabes dans l'ordre mondial lib&#233;ral et continuent de transf&#233;rer les richesses vers l'Occident par les d&#233;tournements et les malversations. Continuant en les renouvelant les modes de pillages instaur&#233;s par la domination coloniale directe. Ces syst&#232;mes de non-droit, derri&#232;re de vertueuses proclamations et la r&#233;f&#233;rence d&#233;magogique aux principes islamiques, emp&#234;chent le fonctionnement rationnel de leurs march&#233;s internes, inter- disent le d&#233;veloppement en organisant la captation privative des ressources publiques au profit de la caste au pouvoir et de ses protecteurs &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autoritarisme apatride contre le d&#233;veloppement national&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxime Rodinson, par sa lecture critique, d&#233;construit l'un des &#233;l&#233;ments constitutifs de la repr&#233;sentation occidentale du monde musulman en posant la question du rapport des superstructures culturelles et id&#233;ologiques &#224; l'infrastructure &#233;conomique. Et c'est bien &#224; ce niveau que se situe encore le d&#233;bat actuel dans un monde arabe qui depuis s'est profond&#233;ment transform&#233;. Dans les ann&#233;es 1960 et 1970, p&#233;riode de publication de son ouvrage, le choix d'un mod&#232;le de d&#233;veloppement susceptible de permettre aux pays du Tiers Monde de rattraper leurs retards sur les pays industrialis&#233;s &#233;tait au c&#339;ur des luttes politiques entre avocats du libre march&#233; et partisans de la voie socialiste. Le socialisme, sous ses diverses d&#233;clinaisons, par administration directe de l'&#201;tat ou par autogestion, &#233;tait une hypoth&#232;se dont l'efficacit&#233; n'&#233;tait pas encore remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde arabe, les pays qui avaient opt&#233; pour le socialisme, sous diverses significations, ont mis en avant les dimensions de justice sociale et de solidarit&#233;, nullement contradictoires avec le Coran et les textes de l'islam. De la m&#234;me mani&#232;re les autres pays arabes ayant opt&#233; pour le capitalisme justifiaient ce choix par la libert&#233; de commerce dont le Proph&#232;te avait fait sa premi&#232;re profession. S'ils divergeaient en mati&#232;re de choix &#233;conomiques, ces syst&#232;mes politiques fort diff&#233;rents se retrouvaient tous dans l'autoritarisme : les uns et les autres n'ont pas r&#233;ussi &#224; construire des &#233;conomies productives et viables. La religion musulmane n'a aucune part dans la faillite des gouvernances arabes, l'islam n'est en rien responsable des &#233;checs de politique &#233;conomique. Ce qui est clairement en cause est la dictature et la qualit&#233; d&#233;sastreuse &#224; tous &#233;gards de ses personnels coopt&#233;s dans les rangs d'un client&#233;lisme de l'ob&#233;issance et de la soumission. &#192; la diff&#233;rence de leurs homologues asiatiques dont le patriotisme ne peut &#234;tre ni&#233;, les dictatures arabes sont des syst&#232;mes apatrides et pr&#233;dateurs qui ne r&#233;pondent &#224; aucune r&#232;gle, fondamentalement organis&#233;s autour de la corruption et de la fuite des capitaux, leur logique de fonctionnement est largement d&#233;connect&#233;e des pays qu'ils dirigent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau g&#233;n&#233;ral qui s'impose &#224; l'issue d'une analyse actualis&#233;e des &#233;conomies du monde musulman laisse peu de place &#224; l'incertitude s'agissant des gouvernances arabes h&#233;riti&#232;res et continuatrices des tutelles coloniales. Il ressort que les r&#233;gimes postind&#233;pendances ont, en traitant leurs peuples avec le m&#234;me m&#233;pris, pour l'essentiel maintenu les conditions d'assujettissement install&#233;es par le colonialisme. Les habitants des &#201;tats arabes aux ind&#233;pendances circonscrites ne sont toujours pas des citoyens dans l'acception d&#233;mocratique minimale du terme. L'impossibilit&#233; de mettre en place des structures politiques reconnues, l&#233;gitimes et repr&#233;sentatives, a d&#233;termin&#233; une situation permanente g&#233;n&#233;ralis&#233;e de non-droit. Les &#233;lites r&#233;elles sont marginalis&#233;es et &#233;limin&#233;es des sph&#232;res de d&#233;cision aboutissant de ce fait &#224; une perte de confiance dans les repr&#233;sentants des pouvoirs et une d&#233;mon&#233;tisation des institutions, &#224; commencer par l'administration de la justice r&#233;duite &#224; un service subalterne de l'ex&#233;cutif. Aucune politique &#233;conomique ne peut &#234;tre valablement envisag&#233;e sans adh&#233;sion et confiance des acteurs sociaux &#224; m&#234;me de mobiliser les capacit&#233;s de cr&#233;ation de leurs soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui comme hier, et en d&#233;pit de ce que pr&#233;tendent les propagandistes de la guerre des civilisations, l'islam ne peut &#234;tre incrimin&#233; dans l'&#233;chec socio&#233;conomique du monde musulman. Les racines id&#233;ologiques des retards comme celles de tous les blocages sont &#224; rechercher dans la r&#233;alit&#233; des structures sociales de pouvoir, dans l'identification des acteurs et de leurs alliances, internes ou externes et, in fine, dans la nature des enjeux &#233;conomiques. Les peuples arabes, hier sous la botte coloniale, vivent aujourd'hui sous la f&#233;rule de r&#233;gimes soutenus par les ex-m&#233;tropoles coloniales. L'une des illustrations les plus &#233;loquentes de la soumission n&#233;ocoloniale des &#201;tats arabes est bien leur silence, ou m&#234;me leur complicit&#233; pour certains, devant le g&#233;nocide en cours &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxime Rodinson a grandement contribu&#233; &#224; situer les responsabilit&#233;s des retards du monde arabo-islamique en &#233;cartant des th&#233;ories mystifiantes et en imposant une d&#233;marche analytique &#224; la fois savante, coh&#233;rente et limpide. La r&#233;&#233;dition d'Islam et capitalisme est plus que pertinente, elle est salutaire dans une p&#233;riode o&#249; les oligarchies atlantistes, par leurs m&#233;dias, leurs maisons d'&#233;dition et leur ascendant sur les appareils d'&#201;tat, accentuent un discours essentialiste et raciste visant &#224; dresser les soci&#233;t&#233;s et les peuples les uns contre les autres. Il faut donc saluer le courage des universitaires, des chercheurs et des &#233;diteurs qui reprennent et font connaitre les travaux d'un intellectuel qui incarnait l'&#233;thique de l'engagement et l'esprit scientifique dans le respect de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Omar Benderra &#8211; Algeria-Watch&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris, 17 septembre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Omar Benderra est &#233;conomiste et ancien pr&#233;sident de banque publique. En exil en France depuis 1992, il est consultant ind&#233;pendant, membre de l'association de d&#233;fense des droits humains Algeria-Watch et a codirig&#233; l'ouvrage collectif Hirak en Alg&#233;rie. L'invention d'un soul&#232;vement (La Fabrique, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://ruedorion.ca/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ditions de la rue Dorion&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.ruedorion.ca&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ruedorion.ca&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1266, rue Dorion&lt;br class='autobr' /&gt;
Montr&#233;al, Qc&lt;br class='autobr' /&gt;
H2K 4A1&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Omar Benderra : 2019-2020 : le pouvoir alg&#233;rien face au Hirak</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Omar-Benderra-2019-2020-le-pouvoir-algerien-face-au-Hirak</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Omar-Benderra-2019-2020-le-pouvoir-algerien-face-au-Hirak</guid>
		<dc:date>2020-10-27T07:58:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Omar Benderra</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-10-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est illusoire de rechercher des issues &#224; la crise g&#233;n&#233;rale, &#233;conomique, politique et sociale, dans de vaines approches techniques ou financi&#232;res. La sortie du mod&#232;le rentier, la cr&#233;ation d'une base productive moderne et la r&#233;habilitation de l'Etat passent n&#233;cessairement par le d&#233;passement des formes autoritaires de gouvernement d'un pouvoir ossifi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte de l'homme contre le pouvoir, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est la lutte de la m&#233;moire contre l'oubli. &lt;br class='autobr' /&gt;
Milan Kundera. Le Livre du rire et de l'oubli (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-10-27-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-10-27&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton45307-151a0.jpg?1781495234' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est illusoire de rechercher des issues &#224; la crise g&#233;n&#233;rale, &#233;conomique, politique et sociale, dans de vaines approches techniques ou financi&#232;res. La sortie du mod&#232;le rentier, la cr&#233;ation d'une base productive moderne et la r&#233;habilitation de l'Etat passent n&#233;cessairement par le d&#233;passement des formes autoritaires de gouvernement d'un pouvoir ossifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de l'homme contre le pouvoir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est la lutte de la m&#233;moire contre l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milan Kundera. Le Livre du rire et de l'oubli&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots Lettre N&#176;44 - 24 octobre : Notes de lecture, textes, p&#233;titions&lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; le 19 octobre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/19/omar-benderra-2019-2020-le-pouvoir-algerien-face-au-hirak/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/19/omar-benderra-2019-2020-le-pouvoir-algerien-face-au-hirak/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persuad&#233; d'&#234;tre &#224; l'abri de toute contestation organis&#233;e, le r&#233;gime d'Alger n'a pas anticip&#233;, jusqu'&#224; la derni&#232;re minute, la d&#233;ferlante protestataire du Hirak du fatidique vendredi 22 f&#233;vrier 2019. Les d&#233;cideurs au sommet des appareils politico-policiers &#233;taient convaincus de leur totale emprise sur la soci&#233;t&#233;. Tout comme la majorit&#233; des observateurs politiques, les g&#233;n&#233;raux pensaient le peuple Alg&#233;rien largement subjugu&#233; et soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines avant l'annonce, le 10 f&#233;vrier 2019, de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika pour un cinqui&#232;me mandat pr&#233;sidentiel, la ma&#238;trise polici&#232;re de l'espace public &#233;tait proclam&#233;e, avec une morgue caract&#233;ristique, par Ahmed Ouyahia (1), une des figures honnies du r&#233;gime, aujourd'hui en prison pour corruption. Il est vrai que jamais l'organisation politique n&#233;e du coup d'&#201;tat de 1992 ne semblait autant contr&#244;ler la situation. Le double maillage territorial et institutionnel du pays par la police politique a fait la preuve de son efficacit&#233;. L'assurance des milieux dirigeants &#233;tait telle que la r&#233;&#233;lection d'un grand malade &#226;g&#233; de 82 ans, d&#233;j&#224; incapable en 2014 de s'exprimer en public et encore moins de mener campagne, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une pure formalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La coupole sid&#233;r&#233;e par le Hirak&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption de millions de manifestants dans les rues de toutes les villes du pays un certain vendredi 22 f&#233;vrier 2019 a donc totalement pris de court le r&#233;gime. L'annonce d'un cinqui&#232;me mandat pour le pr&#233;sident Bouteflika, intronis&#233; en 1999 par le coll&#232;ge militaire qui dirige le pays, a &#233;t&#233; ressentie comme une insulte par la population. Cela a ind&#233;niablement constitu&#233; l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur qui a catalys&#233; un malaise g&#233;n&#233;ralis&#233; d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;gnant. En effet, le tsunami humain de ce vendredi inaugural n'a certainement pas &#233;t&#233; un orage dans un ciel d'&#233;t&#233;. L'opinion, au comble de l'indignation devant le spectacle de la pr&#233;dation &#224; laquelle se livrait la caste de gangsters arrogants &#224; la t&#234;te du pays, protestait d&#233;j&#224; depuis longtemps contre la d&#233;t&#233;rioration de ses conditions d'existence &#8211; dont le ph&#233;nom&#232;ne des Harragas (2) reste un marqueur dramatique. Outr&#233;s et outrag&#233;s mais certainement pas r&#233;sign&#233;s, les Alg&#233;riennes et les Alg&#233;riens ont alors &#233;t&#233; invit&#233;s, entre stupeur et m&#233;pris, &#224; la tragi-com&#233;die de m&#339;urs interpr&#233;t&#233;e par un personnel politique artificiel, subalterne et vulgaire, r&#233;duit &#224; promener des portraits du pr&#233;sident nominal pour figurer dans l'absurde complet une campagne &#233;lectorale surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la mobilisation, son caract&#232;re non violent sous les yeux du monde entier et &#8211; ce n'est pas le moindre des arguments &#8211; le fait que les troupes ne soient pas s&#251;res, ont contribu&#233; &#224; interdire le saut dans un inconnu sanglant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;contentement sourd de la population, parfaitement perceptible depuis des ann&#233;es, ne s'&#233;tait jamais ainsi r&#233;v&#233;l&#233; &#224; ciel ouvert de mani&#232;re unitaire et non violente. L'ampleur des manifestations et leur extension &#224; l'ensemble du territoire a autant surpris que la forme pacifique de la protestation. Autant que l'impressionnant effet de masse, l'absence de tout slogan subversif (entendre islamiste), la pr&#233;sence massive des femmes et l'ambiance souriante et apais&#233;e des manifestations ont renforc&#233; le caract&#232;re tout &#224; fait in&#233;dit de l'&#233;v&#233;nement. Les immenses cort&#232;ges, tr&#232;s composites et color&#233;s, de manifestants d&#233;tendus ne correspondent &#224; aucun pr&#233;c&#233;dent dans le registre des expressions politiques nationales post-ind&#233;pendance. L'unique pr&#233;c&#233;dent formellement comparable est celui des manifestations ind&#233;pendantistes du 11 d&#233;cembre 1960. Le r&#233;gime, parfaitement habitu&#233; &#224; g&#233;rer, entre r&#233;pression et corruption des suppos&#233;s &#171; meneurs &#187;, des &#233;meutes localis&#233;es qui &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement &#231;&#224; et l&#224; pour toutes les raisons du monde depuis des d&#233;cennies, n'a pu retrouver la ma&#238;trise du temps politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la &#171; Coupole &#187; (3) ont &#233;t&#233; &#224; l'&#233;vidence surpris par ce ph&#233;nom&#232;ne. Ils ont d&#233;ploy&#233; en r&#233;action un colossal dispositif de forces de police anti-&#233;meutes et ont tent&#233; sporadiquement au cours des premiers vendredis de protestation de provoquer les manifestants en engageant des actions r&#233;pressives qui font des victimes (4). Mais les g&#233;n&#233;raux dirigeants ont pris rapidement conscience de l'impossibilit&#233; de recourir &#224; la r&#233;pression. Le souvenir de l'atroce guerre contre les civils des ann&#233;es 1990 &#233;tait en effet dans toutes les m&#233;moires. M&#234;me les g&#233;n&#233;raux les plus d&#233;termin&#233;s et sans &#233;tats d'&#226;me n'envisageaient qu'avec r&#233;ticence un recours &#224; la force aux cons&#233;quences impr&#233;visibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ampleur de la mobilisation, son caract&#232;re non violent sous les yeux du monde entier et &#8211; ce n'est pas le moindre des arguments &#8211; le fait que les troupes ne soient pas s&#251;res, ont contribu&#233; &#224; interdire le saut dans un inconnu sanglant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accul&#233; et sans relais dans la soci&#233;t&#233;, il est vite apparu que le sommet du r&#233;gime, d&#233;j&#224; min&#233; par de graves dissensions entre les trois p&#244;les principaux du pouvoir r&#233;el &#8211; les chefs de police politique, ceux de l'arm&#233;e et l'entourage familial et affairiste du chef de l'&#201;tat &#8211; &#233;tait incapable de maintenir un minimum de consensus et son agenda &#233;lectoral.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tat-major vainqueur de la guerre au sommet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une br&#232;ve s&#233;quence d'atermoiements, marqu&#233;e notamment par la proposition incongrue de l'entourage pr&#233;sidentiel de reporter l'&#233;lection d'un an, &#171; le temps de pr&#233;parer une transition d&#233;mocratique &#187;, l'arm&#233;e sort du bois, et le 2 avril 2019 d&#233;pose sans autre forme de proc&#232;s Abdelaziz Bouteflika. Feignant d'avoir entendu la vox populi et se f&#233;licitant publiquement du Hirak, tout en le d&#233;nigrant dans leurs cercles internes, les chefs de l'ANP l'utilisent pour se maintenir au pouvoir, r&#233;gler de vieux comptes en affirmant leur ascendant sur l'ensemble des appareils d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Coupole se scinde en trois p&#244;les aux int&#233;r&#234;ts divergents, celui de la Pr&#233;sidence conduit par Sa&#239;d Bouteflika, celui du DRS incarn&#233; par le g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e Mohamed M&#233;di&#232;ne, alias &#171; Toufik &#187;, et en retrait et progressivement en position d'arbitre, le p&#244;le militaire autour chef d'&#233;tat-major, le g&#233;n&#233;ral Ahmed Ga&#239;d Salah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mission-r&#233;vocation du Pr&#233;sident en titre ouvertement assum&#233;e par le chef d'&#233;tat-major (CEM), le g&#233;n&#233;ral Ga&#239;d Salah, ouvre une phase de r&#232;glements de comptes entre les groupes d'int&#233;r&#234;ts (les &#171; clans &#187; dans le langage courant) qui se partagent le pouvoir (5). Ces regroupements par affinit&#233;s diverses, dirig&#233;s par des g&#233;n&#233;raux les plus influents sont compos&#233;s de hauts fonctionnaires et d'affairistes (les &#171; oligarques &#187;) en prise directe sur la rente p&#233;troli&#232;re et gazi&#232;re. L'Alg&#233;rie d&#233;pend des exportations de ces ressources fossiles pour l'essentiel de ses ressources en devises et de sa fiscalit&#233;. Les groupes d'int&#233;r&#234;ts qui cohabitent sans drame durant les p&#233;riodes de prix &#233;lev&#233;s des hydrocarbures ont tendance &#224; entrer en conflit dans les phases de contraction de la rente, car l'assiette de r&#233;partition de cette derni&#232;re r&#233;tr&#233;cit. Ce qui s'est d&#233;j&#224; notamment produit au milieu des ann&#233;es 1980 et a abouti aux &#233;meutes d'octobre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#232;gne de Bouteflika, les dissensions n&#233;es de la concurrence entre groupes au sommet autour de la soci&#233;t&#233; p&#233;troli&#232;re publique Sonatrach et de certaines de ses filiales apparaissent au grand jour d&#232;s 2010. La Coupole se scinde en trois p&#244;les aux int&#233;r&#234;ts divergents, celui de la Pr&#233;sidence conduit par Sa&#239;d Bouteflika, fr&#232;re du pr&#233;sident et depuis les ennuis de sant&#233; de ce dernier v&#233;ritable maitre du palais d'El Mouradia (6), celui du DRS incarn&#233; par le g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e Mohamed M&#233;di&#232;ne, alias &#171; Toufik &#187; (7) ; et, en retrait et progressivement en position d'arbitre, le p&#244;le militaire autour du tout puissant chef d'&#233;tat-major, le g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e Ahmed Ga&#239;d Salah. Les dissensions entre les deux premiers p&#244;les se transforment en guerre de positions dans les mois qui suivent la chute des prix p&#233;troliers en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 2015, l'&#233;tat-major en phase avec la pr&#233;sidence obtient le limogeage du g&#233;n&#233;ral &#171; Toufik &#187;. Le pacte de coexistence pass&#233; entre le groupe de la pr&#233;sidence et celui de l'&#233;tat-major fonctionne &#224; la satisfaction des deux parties jusqu'&#224; l'apparition du Hirak, o&#249; il vole rapidement en &#233;clat. D&#232;s la d&#233;position du pr&#233;sident Bouteflika, l'&#233;tat-major proc&#232;de au d&#233;mant&#232;lement du r&#233;seau politico-affairiste (et de ses ramifications militaires et polici&#232;res) constitu&#233; autour de Sa&#239;d Bouteflika et &#224; la mise &#224; l'&#233;cart des affid&#233;s du g&#233;n&#233;ral &#171; Toufik &#187; dans les services de renseignement, l'administration et le business. Le pr&#233;texte de la purge est connu et illustre les relations incestueuses des groupes au sommet du pouvoir. Sa&#239;d Bouteflika et Toufik M&#233;di&#232;ne, longtemps oppos&#233;s, auraient tent&#233; un rapprochement pour contrer les man&#339;uvres de l'&#233;tat-major et imposer une solution politique conforme &#224; leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le respect scrupuleux d'un formalisme juridique est vid&#233; de toute substance. Son objectif est de d&#233;montrer, aux partenaires &#233;trangers essentiellement, que le syst&#232;me est une organisation bas&#233;e et fonctionnant selon des r&#232;gles de droit&#8230; La bureaucratie militaro-polici&#232;re s'est d&#233;barrass&#233;e de certaines de ses figures parmi les plus corrompues, mais son incomp&#233;tence demeure inalt&#233;r&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux t&#234;tes de groupes et certains de leurs comparses sont arr&#234;t&#233;s le 5 mai 2019, jug&#233;s et condamn&#233;s en septembre de la m&#234;me ann&#233;e &#224; de lourdes peines de prison (8). Le proc&#232;s en appel tenu en f&#233;vrier 2020 confirmera les d&#233;cisions de premi&#232;re instance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#233;gime mis &#224; nu par le Hirak&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des effets imm&#233;diats les plus tangibles du Hirak est tr&#232;s &#233;videmment la d&#233;monstration irr&#233;futable du contr&#244;le de l'&#201;tat par les chefs de l'Arm&#233;e nationale populaire (ANP), institution supr&#234;me de facto du pays. &#192; la suite de la d&#233;position d'Abdelaziz Bouteflika, l'int&#233;rim pr&#233;sidentiel est assur&#233; par Abdelkader Bensalah, personnage particuli&#232;rement falot, qui pr&#233;side le S&#233;nat, institution tout aussi factice que le Parlement et voie de garage pour vieux apparatchiks m&#233;ritants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;rim &#224; compter du 2 avril 2019 est initialement destin&#233; &#224; couvrir la p&#233;riode restante du mandat du chef d'Etat r&#233;voqu&#233; et &#224; organiser des &#233;lections pr&#233;sidentielles au terme de cet interr&#232;gne. La d&#233;marche illustre bien une des compulsions du r&#233;gime qui consiste &#224; manifester un respect scrupuleux d'un formalisme juridique vid&#233; de toute substance. L'objectif de cette observance parodique de la lettre de la constitution est de d&#233;montrer, aux partenaires &#233;trangers essentiellement, que le syst&#232;me est une organisation bas&#233;e et fonctionnant selon des r&#232;gles de droit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les proc&#232;s exp&#233;ditifs et b&#226;cl&#233;s qui se succ&#232;dent &#224; un rythme soutenu permettent n&#233;anmoins d'entrevoir l'&#233;normit&#233; des d&#233;tournements en d&#233;voilant certains pans du fonctionnement mafieux du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;}&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie militaro-polici&#232;re s'est d&#233;barrass&#233;e de certaines de ses figures parmi les plus corrompues, mais son incomp&#233;tence demeure inalt&#233;r&#233;e. Incapable de tenir un rendez-vous, le r&#233;gime confirme que les &#233;lections pr&#233;sidentielles pr&#233;vues en avril puis en juillet sont report&#233;es au mois de d&#233;cembre 2019 et la mission du pr&#233;sident int&#233;rimaire est prorog&#233;e de plusieurs mois, en violation flagrante de la Constitution que le CEM s'&#233;tait engag&#233; &#224; respecter scrupuleusement. Mais la parole donn&#233;e, les proclamations et promesses n'engagent que ceux, fort rares, qui accordent du cr&#233;dit &#224; un syst&#232;me et des hommes incapables d'adh&#233;rer aux r&#232;gles qu'ils ont eux-m&#234;mes fix&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout changer pour ne rien changer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant balay&#233; ses concurrents, la Coupole est monopolis&#233;e par l'&#233;tat-major. La police politique en restructuration permanente depuis le limogeage de &#171; Toufik &#187;, qui fut 25 ans durant son chef inamovible, est mise au pas et les relais de l'entourage pr&#233;sidentiel sont d&#233;mantel&#233;s. Les g&#233;n&#233;raux et officiers sup&#233;rieurs soup&#231;onn&#233;s d'appartenir aux deux r&#233;seaux d&#233;faits sont mis &#224; la retraite, emprisonn&#233;s ou prennent la fuite &#224; l'&#233;tranger (en emportant pour certains des informations sensibles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La purge d&#233;clench&#233;e par l'&#233;tat-major frappe des hi&#233;rarques du r&#233;gime, Premiers ministres et ministres, mais &#233;galement hommes d'affaires aux fortunes colossales &#233;difi&#233;es sous la protection de chefs de groupes d'int&#233;r&#234;ts en d&#233;confiture. Les proc&#232;s exp&#233;ditifs et b&#226;cl&#233;s qui se succ&#232;dent &#224; un rythme soutenu permettent n&#233;anmoins d'entrevoir l'&#233;normit&#233; des d&#233;tournements en d&#233;voilant certains pans du fonctionnement mafieux du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vaste r&#232;glement de comptes est pr&#233;sent&#233; comme une version locale de l'op&#233;ration italienne &#171; mani pulite &#187;, gage de la volont&#233; sinc&#232;re de l'arm&#233;e de r&#233;pondre aux attentes du peuple. Il n'en est rien, bien entendu : cette purge cathartique ne vise qu'&#224; convaincre urbi et orbi que le r&#233;gime se r&#233;habilite en &#233;liminant ses branches les plus pourries. Selon le storytelling du CEM, la contestation populaire n'aurait de ce fait plus de raison d'&#234;tre. &#192; moindre frais, sans qu'il soit besoin de mettre en question la nature autoritaire et d&#233;linquante du r&#233;gime, les g&#233;n&#233;raux appliquent ainsi &#224; leur mani&#232;re la c&#233;l&#232;bre recommandation du Gu&#233;pard de Lampedusa (9)&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; sa suspension pour cause de pand&#233;mie &#224; la mi-mars 2020, les manifestants du Hirak n'ont cess&#233; de r&#233;it&#233;rer sur tous les tons les m&#234;mes slogans appelant l'arm&#233;e &#224; quitter le pouvoir pour que le pays soit, enfin, r&#233;gi par un &#201;tat &#171; civil &#187;. Pour eux, il n'y a pas de bons ou mauvais groupes d'int&#233;r&#234;ts au sommet, tous les dirigeants militaires appartiennent &#224; la m&#234;me &#171; &#8216;Issaba &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ga&#239;d Salah, les slogans d&#233;non&#231;ant le chef d'&#233;tat-major et sa collusion avec les &#201;mirats arabes unis proviendraient de la bo&#238;te noire de l'ex-DRS. La fixation parano&#239;aque du g&#233;n&#233;ral ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;, m&#234;me si des milieux proches de l'ancien chef des &#171; moukhabarate &#187; ont, avec d'autres segments de la nomenklatura, tent&#233; d'instrumentaliser le Hirak.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moins que l'on puisse dire est que cette strat&#233;gie cousue de fil blanc n'a pas vraiment convaincu. Jusqu'&#224; sa suspension pour cause de pand&#233;mie &#224; la mi-mars 2020, les manifestants du Hirak n'ont cess&#233; de r&#233;it&#233;rer sur tous les tons les m&#234;mes slogans appelant l'arm&#233;e &#224; quitter le pouvoir pour que le pays soit, enfin, r&#233;gi par un &#201;tat &#171; civil &#187;. Pour eux, il n'y a pas de bons ou mauvais groupes d'int&#233;r&#234;ts au sommet, tous les dirigeants militaires appartiennent &#224; la m&#234;me &#171; &#8216;Issaba &#187; au m&#234;me &#171; Gang &#187; &#8230; Le pouvoir est le monopole d'un seul &#171; clan &#187;, celui des chefs militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet complet de leur agenda par le Hirak av&#233;r&#233;, les g&#233;n&#233;raux de l'Etat-Major tentent diverses approches pour reconstituer, en la renouvelant peu ou prou, leur base et convaincre de la sinc&#233;rit&#233; de leur volont&#233; de changement. Peu de temps apr&#232;s la nomination du pr&#233;sident par int&#233;rim, d'anciens ministres, en retrait sous le r&#232;gne de Bouteflika, sont successivement charg&#233;s d'animer des forums de dialogue ou des conf&#233;rences nationales (10). La pseudo-soci&#233;t&#233; civile subventionn&#233;e, cr&#233;&#233;e de toutes pi&#232;ces par la police politique, est r&#233;anim&#233;e pour tenter de donner une substance &#224; un d&#233;bat en d&#233;calage profond avec les r&#233;alit&#233;s politiques et la dynamique du mouvement populaire. Ces man&#339;uvres font toutefois long feu et finissent par &#234;tre abandonn&#233;es. Le r&#233;gime met alors le cap sur les &#233;lections pr&#233;sidentielles du 12 d&#233;cembre 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La vendetta du g&#233;n&#233;ral Ahmed Ga&#239;d Salah&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la m&#234;me p&#233;riode et &#224; un rythme d'au moins un discours hebdomadaire au cours de visites d'inspection &#224; travers le territoire (ce qui aurait finalement eu raison de sa sant&#233; selon la narration autoris&#233;e), c'est bien Ahmed Ga&#239;d Salah, chef d'&#233;tat-major de l'ANP, unique porte-voix autoris&#233; du r&#233;gime, qui est le v&#233;ritable animateur de la vie politique du pays. Jusqu'&#224; sa mort, officiellement des suites d'une crise cardiaque, entre impr&#233;cations, menaces et feinte am&#233;nit&#233;, le vieux g&#233;n&#233;ral (79 ans) tentera de mettre un terme au Hirak tout en poursuivant de sa vindicte tous ceux qui se sont oppos&#233;s &#224; lui dans l'arm&#233;e ou les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;termination est d'autant plus grande qu'Ahmed Ga&#239;d Salah est persuad&#233; que le Hirak est avant tout le produit de men&#233;es d&#233;stabilisatrices coordonn&#233;es par les services de police politique rest&#233;s fid&#232;les au g&#233;n&#233;ral &#171; Toufik &#187; M&#233;di&#232;ne, son rival en perdition. Il est notamment convaincu que ce sont ces r&#233;seaux, notamment en Kabylie, qui sont les v&#233;ritables instigateurs du soul&#232;vement populaire. C'est sur la base de cette conviction, et pour jouer sur des divisions linguistiques tr&#232;s sur&#233;valu&#233;es, qu'un tour de vis r&#233;pressif (et provocateur) est d&#233;cid&#233; en juin 2019. Ce tournant s&#233;curitaire se traduit notamment par l'interdiction de l'embl&#232;me Amazigh pendant les manifestations, pr&#233;texte aux premi&#232;res arrestations arbitraires d'activistes du Hirak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon son entourage, les slogans d&#233;non&#231;ant le chef d'&#233;tat-major et sa collusion notoire avec les &#201;mirats arabes unis (11) proviendraient de la bo&#238;te noire toujours tr&#232;s active de l'ex-DRS. La fixation parano&#239;aque du g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;. M&#234;me si des milieux proches de l'ancien chef des &#171; moukhabarate &#187; ont, &#224; c&#244;t&#233; ou de concert avec d'autres segments de la nomenklatura, tr&#232;s probablement tent&#233; d'instrumentaliser le Hirak. Car le rejet du syst&#232;me dans sa totalit&#233; militaire et polici&#232;re est au c&#339;ur des revendications populaires. Pour ses contempteurs, la &#171; &#8216;Issaba &#187; (12), quelles que soient ses contradictions internes, est une totalit&#233; ins&#233;cable. Aucune figure actuelle ou d&#233;chue de la Coupole ne trouve gr&#226;ce aux yeux de la majorit&#233; de la population, qui identifie pr&#233;cis&#233;ment les chefs r&#233;els des r&#233;seaux de corruption et de commissionnement ill&#233;gal. Gr&#226;ce &#224; un bouche-&#224;-oreille efficace qui a appris de longue date &#224; d&#233;jouer les fake news de la police politique, l'opinion alg&#233;rienne est &#233;galement bien inform&#233;e des alliances externes du pouvoir et, s'agissant des connexions du CEM, conna&#238;t le r&#244;le politique r&#233;gional d&#233;volu aux &#201;mirats arabes unis en tant qu'agent actif de la r&#233;action arabe (13). Personne n'ignore non plus le r&#244;le de recycleur de capitaux jou&#233; par Abu-Dhabi, place financi&#232;re d'un pays avec lequel l'ANP est associ&#233;e, sans aucune justification rationnelle, dans des secteurs ultrasensibles (14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autoritarisme et l'arbitraire pour terrifier la soci&#233;t&#233; sont les recours m&#233;caniques d'une organisation qui ne saurait supporter la moindre ouverture, au risque de s'effondrer. La volont&#233; de r&#233;duire le Hirak se traduit donc par la traque de citoyens coupables d'avoir &#233;mis des opinions, d'emprisonner des journalistes..&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans une lourde atmosph&#232;re de boycott que se d&#233;roule en d&#233;cembre 2019 l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, formalit&#233; aussi peu probante que toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e &#8211; plus de 85% d'abstentions selon tous les observateurs cr&#233;dibles. &#171; L'&#233;lu &#187; Abdelmadjid Tebboune, prot&#233;g&#233; du CEM, est un cadre sans relief d'un r&#233;gime qui, au fil de sa reproduction &#171; par amputations successives &#187; selon le mot fameux d'Hocine A&#239;t-Ahmed, est r&#233;duit &#224; pr&#233;lever ses personnels dans un gisement r&#233;gressif, obsolescent et d'un niveau &#224; chaque fois plus m&#233;diocre. Mais la Coupole a pr&#233;cis&#233;ment besoin de ce type de profil, ins&#233;r&#233; dans le syst&#232;me, mall&#233;able et disciplin&#233;. Plus que jamais auparavant, le palais pr&#233;sidentiel d'El Mouradia apparait pour ce qu'il est : une caserne de plus dans la cartographie du pouvoir r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Covid 19, divine surprise du r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;c&#232;s brutal le 23 d&#233;cembre du g&#233;n&#233;ral Ga&#239;d Salah semble marquer une tr&#234;ve de la vendetta de l'&#233;tat-major contre les r&#233;seaux du DRS. La disparition du tr&#232;s vindicatif et prolixe CEM intervient d'ailleurs &#224; point nomm&#233; pour faciliter la recomposition des &#233;quilibres du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Sa&#239;d Chengriha (74 ans), nouveau chef d'&#233;tat-major, ne nourrit pas en effet les m&#234;mes griefs &#224; l'endroit de l'autre p&#244;le militaro-policier, le groupe dirig&#233; par l'ancien chef de la police politique. Et pour cause : responsable d'unit&#233;s des forces sp&#233;ciales de l'arm&#233;e et du DRS qui s'illustr&#232;rent de fa&#231;on particuli&#232;rement sanglante dans la guerre contre les civils des ann&#233;es 1990, il fait partie des criminels contre l'humanit&#233; de l'&#233;poque, aujourd'hui dominants &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e et de la police politique, et donc du pouvoir r&#233;el (15). De surcro&#238;t, le nouveau CEM sait que l'Alg&#233;rie se dirige vers une zone de temp&#234;te &#233;conomique et sociale, et que le r&#233;gime a donc plus que jamais besoin de ressouder ses rangs et de s'unifier pour faire front. En attendant, son objectif prioritaire est de mettre un terme au Hirak et de revenir au statu quo ante d&#233;barrass&#233; des scories les plus ind&#233;fendables de l'&#232;re Bouteflika. Fort discr&#232;tement, le g&#233;n&#233;ral Chengriha, confirm&#233; dans son poste de chef d'&#233;tat-major en juillet 2020, entreprend une op&#233;ration de rapprochement avec des figures proches de l'ex-DRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi des officiers &#224; la retraite, proches du g&#233;n&#233;ral Toufik, sont nomm&#233;s &#224; des postes importants &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, alors que d'autres, jug&#233;s et condamn&#233;s &#224; des peines infamantes, sont lib&#233;r&#233;s de prison sans tambours ni trompettes (16). Ne restent sacrifi&#233;s sur l'autel punitif du changement que les membres de l'entourage de Sa&#239;d Bouteflika dont la vocation expiatoire est due &#224; leur non-appartenance au c&#339;ur du dispositif militaro-policier, sacrifiables &#224; merci car d&#233;nu&#233;s de capacit&#233;s de nuisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le virus est une divine surprise pour le pouvoir, sur la d&#233;fensive depuis plus d'un an. Ce que toutes les man&#339;uvres des services d'action psychologique des moukhabarate n'ont pas r&#233;ussi &#224; provoquer est r&#233;alis&#233; par le nouveau coronavirus. Le Hirak d&#233;cide &#224; la mi-mars 2020 la suspension des marches hebdomadaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte est domin&#233; par la gestion chaotique de la crise sanitaire. La grave d&#233;sorganisation &#224; tous les niveaux (anarchie de la gestion hospitali&#232;re, non-respect du confinement&#8230;) illustre bien le dysfonctionnement global et l'incurie de l'administration. La reprise des mouvements migratoires clandestins vers l'Europe, la &#171; harga &#187;, est un indicateur &#233;loquent de la d&#233;gradation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;conciliation interne &#224; pas compt&#233;s (Toufik est toujours en prison&#8230;) men&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Chengriha, convaincu que la Coupole doit retrouver son unit&#233; pour faire face au Hirak, est confort&#233;e par l'apparition de la pand&#233;mie de la Covid-19. Le virus est une divine surprise pour le pouvoir, sur la d&#233;fensive depuis plus d'un an. Ce que toutes les man&#339;uvres des services d'action psychologique des moukhabarate n'ont pas r&#233;ussi &#224; provoquer est r&#233;alis&#233; par le nouveau coronavirus. Le Hirak d&#233;cide &#224; la mi-mars 2020 la suspension des marches hebdomadaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fen&#234;tre d'opportunit&#233; qui s'ouvre alors pour reprendre le contr&#244;le de la situation politique est une aubaine que le r&#233;gime tente, &#224; sa mani&#232;re caract&#233;ristique entre r&#233;pression et manipulation, d'exploiter. Sur le front de l'agit-prop, la th&#232;se d'un changement d'&#233;poque martel&#233;e par les communicants est accr&#233;dit&#233;e par un &#233;ni&#232;me projet de r&#233;vision constitutionnelle. Ce rituel bureaucratique est observ&#233; &#224; chaque changement de chef d'&#201;tat, le message toujours identique &#233;tant de signifier le caract&#232;re civil du r&#233;gime, de signifier un engagement vers une plus grande ouverture d&#233;mocratique et d'attester le r&#244;le de leader du pr&#233;sident r&#233;cemment intronis&#233; par l'ANP. &#201;videmment, bien peu nombreux sont ceux qui accordent la moindre substance &#224; cette clause de style (17). La Constitution est notoirement un texte sans valeur contraignante pour un syst&#232;me dont la direction r&#233;elle, en dehors des institutions, ne rend aucun compte et ne respecte aucune r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux proclamations d'un chef d'&#201;tat aux prestations m&#233;diatiques particuli&#232;rement inconsistantes, ne r&#233;pond que la d&#233;rision des t&#233;l&#233;spectateurs. Les &#171; pitches &#187; autour de la &#171; nouvelle R&#233;publique &#187; ou de l'&#171; Alg&#233;rie nouvelle &#187;, qu'il entend incarner et promouvoir, sont en complet porte &#224; faux avec l'exacerbation de la r&#233;pression. En effet, l'intense campagne de harc&#232;lement et d'arrestations lanc&#233;e par les appareils policiers qui surveillent de pr&#232;s les r&#233;seaux sociaux constitue le d&#233;menti ouvert et incessant du catalogue de bonnes intentions ressass&#233;es &#224; chacune de ses interventions t&#233;l&#233;vis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs mois, des dizaines d'activistes sont embastill&#233;s, jug&#233;s et lourdement condamn&#233;s pour avoir seulement us&#233; de leur droit &#224; l'expression. Dans l'histoire sombre des atteintes aux libert&#233;s perp&#233;tr&#233;es par la dictature, hormis la r&#233;pression du FIS au d&#233;but de la sale guerre, jamais autant de citoyens n'ont &#233;t&#233; jet&#233;s en prison pour avoir os&#233; s'exprimer sur la situation politique de leur pays. Ces dizaines de prisonniers d'opinion rejoignent des journalistes et des militants politiques derri&#232;re les barreaux, ainsi que les d&#233;tenus oubli&#233;s de la guerre contre les civils des ann&#233;es 1990. Des sites d'information sont censur&#233;s et bloqu&#233;s (18), des journaux sont publiquement menac&#233;s par l'ex&#233;cutif, qui a retrouv&#233;, le savoir-faire en moins, les m&#339;urs de l'&#233;poque lointaine du parti unique (19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Alg&#233;rie nouvelle &#187; : incomp&#233;tence et autoritarisme renouvel&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir scl&#233;ros&#233;, de longue date dans une phase terminale qu'il s'&#233;vertue &#224; prolonger coute que coute, se replie ainsi sur les m&#233;thodes &#224; la source de son ADN politique. L'autoritarisme et l'arbitraire pour terrifier la soci&#233;t&#233; sont les recours m&#233;caniques d'une organisation qui ne saurait supporter la moindre ouverture, au risque de s'effondrer. La volont&#233; de r&#233;duire le Hirak se traduit donc par la traque de citoyens coupables d'avoir &#233;mis des opinions, d'emprisonner des journalistes et se conjugue &#224; des campagnes de calomnie et diabolisation d'acteurs politiques tout &#224; fait honorables. Les communicants habituels sont mobilis&#233;s pour produire une sous-litt&#233;rature pr&#233;sentant certaines figures du mouvement populaire comme des agents de l'&#233;tranger (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence retrouv&#233;e des services d'action psychologique d'ob&#233;dience Toufik, qui ont fait leurs armes lors de la &#171; sale guerre &#187;, se manifeste publiquement avec la reprise du discours de l'&#233;radication et de la diabolisation de l'Islam politique. Les man&#339;uvres de division du Hirak s'articulent nettement autour de la pseudo-contradiction entre oppositions la&#239;que et islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte est cependant domin&#233; par la gestion chaotique de la crise sanitaire. La grave d&#233;sorganisation &#224; tous les niveaux (anarchie de la gestion hospitali&#232;re, non-respect du confinement&#8230;) illustre bien le dysfonctionnement global et l'incurie de l'administration. Les d&#233;clarations triomphalistes de l'ex&#233;cutif sur sa pr&#233;tendue &#171; ma&#238;trise de la situation &#187; confirment la perte de contact avec les r&#233;alit&#233;s. L'impossibilit&#233; de mettre en &#339;uvre le confinement autrement que par des m&#233;thodes relevant d'un &#233;tat de si&#232;ge qui ne dit pas son nom &#8211; comme la fermeture de tous les acc&#232;s terrestres de la capitale &#224; la veille de l'A&#239;d El Adha pour pr&#233;venir autant que possible le sacrifice rituel &#8211; en dit long sur l'&#233;thique d'une bureaucratie cynique et r&#233;pressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir alg&#233;rien, plus que jamais concentr&#233; entre les mains des principaux chefs militaires et policiers, tente de se r&#233;organiser et se regrouper pour emp&#234;cher par tous les moyens le retour du Hirak &#224; l'issue de la crise pand&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime est &#233;galement incapable de prendre les mesures minimales pour aider les op&#233;rateurs &#233;conomiques &#224; effectuer de difficiles soudures ni &#224; assurer un revenu de base vital &#224; des dizaines de milliers de travailleurs, en particulier ceux employ&#233;s dans le secteur informel, au ch&#244;mage depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie. Cette situation est aggrav&#233;e par la d&#233;sorganisation compl&#232;te des administrations, la p&#233;nurie de liquidit&#233;s qui touche le secteur bancaire en est une illustration extr&#234;mement p&#233;nalisante dans un pays ou aucune autre forme de r&#232;glement n'est disponible. Dans le d&#233;sordre et la confusion cr&#233;&#233;s et entretenus, l'inflexibilit&#233; militariste, le cynisme brutal et manipulatoire ainsi que le m&#233;pris du peuple forment la grammaire immuable du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations incantatoires de ses porte-voix, la direction de facto du pays sait qu'elle devra faire face &#224; des &#233;ch&#233;ances &#233;conomiques et sociales in&#233;luctables. La contraction des revenus des hydrocarbures a tr&#232;s fortement r&#233;duit le niveau des r&#233;serves de change, qui ne couvrent plus aujourd'hui qu'une ann&#233;e d'importations (contre trois ou quatre ans en 2013). Tout aussi pr&#233;occupant, ayant &#233;puis&#233; tous les exp&#233;dients mon&#233;taires, les gouvernants ne peuvent que constater l'ampleur d'un d&#233;ficit budg&#233;taire disproportionn&#233;. Le r&#233;gime est ainsi inexorablement d&#233;pouill&#233; des marges de man&#339;uvres financi&#232;res et des moyens d'anesth&#233;sier la col&#232;re sociale. Au bout de tous les m&#233;comptes, de l'incurie et du pillage, le co&#251;t de la crise &#233;conomique sera assum&#233; par les cat&#233;gories les plus vuln&#233;rables, qui endurent d&#233;j&#224; des conditions plus que d&#233;plorables. La reprise des mouvements migratoires clandestins vers l'Europe, la &#171; harga &#187;, est un indicateur &#233;loquent de la d&#233;gradation g&#233;n&#233;rale. Qu'en sera-t-il demain, d&#232;s la fin de l'ann&#233;e 2021, quand les revenus annuels ne suffiront plus &#224; r&#233;gler la facture des importations incompressibles ? Quelles issues possibles pour le r&#233;gime quand la disponibilit&#233; et les prix des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; seront entre rar&#233;faction et p&#233;nurie, hors de port&#233;e des petites bourses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dictature fig&#233;e et soci&#233;t&#233; en mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels miracles, quelles aides de pays &#171; amis &#187; ou d'institutions financi&#232;res &#171; compr&#233;hensives &#187; pourront combler les d&#233;s&#233;quilibres gravissimes d'un pays de plus de 44 millions d'habitants ? Comme l'histoire le montre, cette aide est toujours bien plus discursive et diplomatique que concr&#232;te. Le pouvoir peut tabler n&#233;anmoins sur l'appui politique de ses relais externes, comme on a pu le voir en juillet 2020 lors du grotesque &#233;pisode de la restitution par la France des cr&#226;nes de r&#233;sistants historiques. Le mode de gestion de cet acte &#224; la forte charge symbolique, dont la date a &#233;t&#233; pens&#233;e comme un cadeau de communication du sponsor n&#233;ocolonial au r&#233;gime d'Alger, a surtout expos&#233; la nature de sa relation avec l'ex-m&#233;tropole (21)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la crise sanitaire a donn&#233; un sursis inesp&#233;r&#233; au r&#233;gime, il n'en a rien fait pour &#233;voluer et r&#233;pondre, a minima, aux attentes du peuple. Le pouvoir alg&#233;rien, plus que jamais concentr&#233; entre les mains des principaux chefs militaires et policiers, tente de se r&#233;organiser et se regrouper pour emp&#234;cher par tous les moyens le retour du Hirak &#224; l'issue de la crise pand&#233;mique. Hantise de la dictature, cette r&#233;surgence est pourtant inscrite dans le cours naturel de l'histoire du pays. La gestion d&#233;sastreuse de la crise sanitaire a permis de mesurer la d&#233;r&#233;liction de l'Etat en nourrissant davantage indignation et col&#232;re. La fracture qui s'&#233;largit entre le pouvoir et la soci&#233;t&#233; est telle qu'aucun retour au statu quo qui a pr&#233;valu avant le 22 f&#233;vrier 2019 n'est envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne a avanc&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies et, par la force de l'&#232;re num&#233;rique, s'est grandement ouverte sur les enjeux contemporains. Le Hirak a confort&#233; cette maturation politique et culturelle et l'a pr&#233;sent&#233; au monde dans sa pluralit&#233; pacifique et d&#233;mocratique. Le logos du r&#233;gime est &#224; des ann&#233;es-lumi&#232;re d'une soci&#233;t&#233; en mutation rapide qu'il entrave syst&#233;matiquement dans ses aspirations &#224; l'Etat de Droit et au d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constitu&#233; autour de l'arm&#233;e et des moukhabarate, liberticide et pr&#233;dateur, le syst&#232;me demeure intact dans son organisation, inentam&#233; dans son refus du droit et invariant dans ses m&#233;thodes. La dictature militaro-polici&#232;re, hors du temps, fig&#233;e dans un autoritarisme brutal et une rare incomp&#233;tence m&#232;ne l'Alg&#233;rie vers des zones chaotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Demain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives au sortir du confinement sont particuli&#232;rement inqui&#233;tantes. Le r&#233;gime issu du putsch du 11 janvier 1992, souvent favoris&#233; par les circonstances, escompte-t-il un renversement de tendance des march&#233;s p&#233;troliers pour retrouver des prix &#233;lev&#233;s et une certaine aisance financi&#232;re ? L'&#233;conomie politique d'un pouvoir pr&#233;dateur et st&#233;rile, manifestement incapable de se r&#233;former, est, en d&#233;pit de sa contraction draconienne, enti&#232;rement fond&#233;e sur la rente pour garantir sa p&#233;rennit&#233;, en achetant ses soutiens et anesth&#233;siant les protestations populaires. La r&#233;pression polici&#232;re servie pas une justice avilie et les man&#339;uvres d'action psychologique sont les ultimes instruments d'un syst&#232;me aux abois. Il n'est nul besoin d'&#234;tre grand clerc pour mesurer les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par ces m&#233;thodes et les implications multidimensionnelles d'une posture de fuite en avant jusqu'au d&#233;sastre. Sous cet angle il apparait encore plus nettement que le pouvoir m&#232;ne une bataille d'arri&#232;re-garde. Le pouvoir se recompose autour de ses fondamentaux et se pr&#233;pare &#224; une confrontation violente avec la soci&#233;t&#233;. Les chefs de l'arm&#233;e qui comptent parmi les ex&#233;cutants les plus f&#233;roces de la sale guerre contre les civils estiment sans doute avec d'autres termes qu'une &#171; d&#233;fibrillation &#187; (22) du corps social serait le prix d'un retour &#224; la normalit&#233; de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#234;me envisager cette strat&#233;gie du pire, dans une situation de crise g&#233;n&#233;rale exacerb&#233;e les risques d'effondrement de l'Etat ne sont pas de pures hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau est sombre, mais l'Histoire le montre, le pire n'est pas une fatalit&#233;. La crise &#233;conomique peut &#234;tre affront&#233;e, des voies de redressement sont parfaitement possibles. D'autres pays ont travers&#233; des zones de turbulences encore plus probl&#233;matiques et en ont &#233;merg&#233; prosp&#232;res et renforc&#233;s. La clairvoyance politique dont a fait preuve le Hirak, la cr&#233;ativit&#233; populaire et les immenses ressources de comp&#233;tences inexploit&#233;es mais disponibles forment la base d'un contrat politique reconnu, respectueux de la dignit&#233; de chacun. C'est bien &#224; ce niveau que se situe le pr&#233;alable essentiel &#224; la r&#233;solution de la somme de probl&#232;mes auxquels le pays est confront&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est illusoire de rechercher des issues &#224; la crise g&#233;n&#233;rale, &#233;conomique, politique et sociale, dans de vaines approches techniques ou financi&#232;res. La sortie du mod&#232;le rentier, la cr&#233;ation d'une base productive moderne et la r&#233;habilitation de l'Etat passent n&#233;cessairement par le d&#233;passement des formes autoritaires de gouvernement d'un pouvoir ossifi&#233;. Tout comme la reconstruction nationale est conditionn&#233;e par le respect des libert&#233;s publiques et de l'Etat de Droit. C'est &#224; ces conditions que la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e retrouvera confiance dans son destin ; que le peuple pourra enfin mobiliser les moyens de reconstruire un Etat viable dans lequel il se reconnait pleinement ; que l'Alg&#233;rie, dans sa tr&#232;s ancienne dynamique d'&#233;mancipation et sa soif de libert&#233;, soit &#224; m&#234;me d'organiser, enfin, un futur o&#249; toutes et tous trouveront des raisons de vivre et d'esp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Omar Benderra&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Economiste, d'Alg&#233;rie. Membre d'Algeria-Watch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://assafirarabi.com/fr/33747/2020/10/14/2019-2020-le-pouvoir-algerien-face-au-hirak/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://assafirarabi.com/fr/33747/2020/10/14/2019-2020-le-pouvoir-algerien-face-au-hirak/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- &lt;a href=&#034;https://www.tsa-algerie.com/ahmed-ouyahia-letat-a-prouve-par-le-passe-quil-peut-maitriser-la-rue/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tsa-algerie.com/ahmed-ouyahia-letat-a-prouve-par-le-passe-quil-peut-maitriser-la-rue/&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; 2- La &#171; Harga &#187; mouvement de fuite vers l'Europe des jeunes Alg&#233;riens avait connu une d&#233;cru pendant le Hirak mais qui semble avoir repris sur une large &#233;chelle. Cf. &#171; Les harraga alg&#233;riens affluent vers les c&#244;tes espagnoles &#187;. ObservAlg&#233;rie 27 juillet 2020.&lt;a href=&#034;https://www.observalgerie.com/les-harraga-algeriens-affluent-vers-les-cotes-espagnoles/2020/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.observalgerie.com/les-harraga-algeriens-affluent-vers-les-cotes-espagnoles/2020/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- De l'italien &#171; Cuppola &#187; qui d&#233;signe dans le langage de la Mafia, l'autorit&#233; sup&#233;rieure de r&#233;gulation et de coordination des gangs membres de Cosa Nostra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- &lt;a href=&#034;https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-famille-benkhedda-fait-appel-de-lordonnance-de-non-lieu-01-03-2020&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-famille-benkhedda-fait-appel-de-lordonnance-de-non-lieu-01-03-2020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Sur ces r&#233;seaux voir Omar Benderra, &#171; L'Alg&#233;rie des oligarques : l'alliance des ba&#239;onnettes et des coffres forts &#187;, d&#233;cembre 2014, &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=5126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=5126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Le palais pr&#233;sidentiel est situ&#233; sur les hauteurs d'Alger &#224; El Mouradia (ex-Le Golf), dans une ancienne caserne de l'arm&#233;e coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- G&#233;n&#233;ral janvi&#233;riste, criminel contre l'humanit&#233;, chef du D&#233;partement de renseignement et de s&#233;curit&#233; (DRS), la police politique militaire de 1990 &#224; 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- &lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/834888/societe/proces-de-said-bouteflika-en-algerie-pour-lavocat-du-general-toufik-le-verdict-aurait-pu-etre-pire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/834888/societe/proces-de-said-bouteflika-en-algerie-pour-lavocat-du-general-toufik-le-verdict-aurait-pu-etre-pire/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Selon Le Guepard, roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Abdelaziz Rahabi et Karim Youn&#233;s (aujourd'hui &#171; m&#233;diateur de la R&#233;publique &#187;) ont &#233;t&#233; charg&#233;s respectivement en juillet et ao&#251;t 2019 le premier de coordonner un &#171; forum national pour le dialogue &#187; et le second de lancer une &#171; conf&#233;rence nationale &#187;. Les deux projets, sans &#233;cho dans la soci&#233;t&#233;, se sont sold&#233;s par un &#233;chec complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- &#192; la veille du d&#233;clenchement du Hirak, Ahmed Ga&#239;d Salah effectuait pr&#233;cis&#233;ment l'une de ses fr&#233;quentes visites &#224; Abu-Dhabi,&lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=71101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=71101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 -Association de malfaiteurs, bande organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- Sur le r&#244;le g&#233;opolitique des &#201;mirats arabes unis : &lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/monde/tribune-les-emirats-maitres-de-la-contre-revolution-arabe-23-05-2019-2314718_24.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepoint.fr/monde/tribune-les-emirats-maitres-de-la-contre-revolution-arabe-23-05-2019-2314718_24.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14-S ur l'association commerciale et industrielle de l'ANP avec Abu-Dhabi :&lt;a href=&#034;https://www.elwatan.com/edition/contributions/algerie-les-dangereuses-liaisons-emiraties-21-07-2019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.elwatan.com/edition/contributions/algerie-les-dangereuses-liaisons-emiraties-21-07-2019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15- Voir &#171; Qui est le g&#233;n&#233;ral Sa&#239;d Chengriha ? Le t&#233;moignage de Habib Soua&#239;dia &#187;, Algeria-Watch, 28 d&#233;cembre 2019, &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=73005&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=73005&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16- G&#233;n&#233;ral Mehenna Djebbar, un des adjoints, particuli&#232;rement sinistre du g&#233;n&#233;ral Toufik&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17- Sur le projet de Constitution, cf. &#171; La Constitution de &#171; l'Alg&#233;rie nouvelle &#187; ne fait pas consensus &#187;, Le Monde, 12 mai 2020.&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/12/la-constitution-de-l-algerie-nouvelle-ne-fait-pas-consensus_6039444_3212.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/12/la-constitution-de-l-algerie-nouvelle-ne-fait-pas-consensus_6039444_3212.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18- Sur la censure de Maghreb &#233;mergent et de Radio M : &lt;a href=&#034;https://www.afrik.com/redouane-boudjema-on-ne-peut-faire-evoluer-le-systeme-mediatique-sans-mutation-du-systeme-politique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.afrik.com/redouane-boudjema-on-ne-peut-faire-evoluer-le-systeme-mediatique-sans-mutation-du-systeme-politique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19- Voir Redouane Boudjema&#226;, &#171; Le journalisme otage des int&#233;r&#234;ts financiers et de la bureaucratie &#187;, 13 juillet 2020,&lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=73881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=73881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20- Voir la critique par Khaled Satour des th&#232;ses v&#233;hicul&#233;es par des relais du r&#233;gime : &#171; L'hyst&#233;risation du d&#233;bat sur le Hirak : A propos des &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; d'Ahmed Bensaada &#187; Algeria-Watch 25 juin 2020. &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=73796&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=73796&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21- Voir &#171; Le rapatriement l&#233;gitime et important en Alg&#233;rie des restes de r&#233;sistants du XIXe si&#232;cle &#187;, Histoire coloniale et postcoloniale, 10 juillet 2020, &lt;a href=&#034;https://histoirecoloniale.net/Le-rapatriement-legitime-et-important-en-Algerie-des-restes-de-resistants-du.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://histoirecoloniale.net/Le-rapatriement-legitime-et-important-en-Algerie-des-restes-de-resistants-du.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22- Selon le mot du roi Hassan II &#224; propos de l'agitation politique en Alg&#233;rie apr&#232;s les &#233;v&#233;nements d'octobre 1988&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alg&#233;rie : le pouvoir contre le Hirak</title>
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		<dc:date>2020-10-20T07:26:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Omar Benderra</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-10-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il est illusoire de rechercher des issues &#224; la crise g&#233;n&#233;rale, &#233;conomique, politique et sociale, dans de vaines approches techniques ou financi&#232;res. La sortie du mod&#232;le rentier, la cr&#233;ation d'une base productive moderne et la r&#233;habilitation de l'Etat passent n&#233;cessairement par le d&#233;passement des formes autoritaires de gouvernement d'un pouvoir ossifi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Plateforme altermondialiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte de l'homme contre le pouvoir, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est la lutte de la m&#233;moire contre l'oubli. &lt;br class='autobr' /&gt;
Milan (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-10-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-10-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/arton45199-f8f16.jpg?1781495235' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est illusoire de rechercher des issues &#224; la crise g&#233;n&#233;rale, &#233;conomique, politique et sociale, dans de vaines approches techniques ou financi&#232;res. La sortie du mod&#232;le rentier, la cr&#233;ation d'une base productive moderne et la r&#233;habilitation de l'Etat passent n&#233;cessairement par le d&#233;passement des formes autoritaires de gouvernement d'un pouvoir ossifi&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://alter.quebec/algerie-le-pouvoir-contre-le-hirak/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plateforme altermondialiste&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de l'homme contre le pouvoir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est la lutte de la m&#233;moire contre l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milan Kundera. Le Livre du rire et de l'oubli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Persuad&#233; d'&#234;tre &#224; l'abri de toute contestation organis&#233;e, le r&#233;gime d'Alger n'a pas anticip&#233;, jusqu'&#224; la derni&#232;re minute, la d&#233;ferlante protestataire du Hirak du fatidique vendredi 22 f&#233;vrier 2019. Les d&#233;cideurs au sommet des appareils politico-policiers &#233;taient convaincus de leur totale emprise sur la soci&#233;t&#233;. Tout comme la majorit&#233; des observateurs politiques, les g&#233;n&#233;raux pensaient le peuple Alg&#233;rien largement subjugu&#233; et soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines avant l'annonce, le 10 f&#233;vrier 2019, de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika pour un cinqui&#232;me mandat pr&#233;sidentiel, la ma&#238;trise polici&#232;re de l'espace public &#233;tait proclam&#233;e, avec une morgue caract&#233;ristique, par Ahmed Ouyahia (1), une des figures honnies du r&#233;gime, aujourd'hui en prison pour corruption. Il est vrai que jamais l'organisation politique n&#233;e du coup d'&#201;tat de 1992 ne semblait autant contr&#244;ler la situation. Le double maillage territorial et institutionnel du pays par la police politique a fait la preuve de son efficacit&#233;. L'assurance des milieux dirigeants &#233;tait telle que la r&#233;&#233;lection d'un grand malade &#226;g&#233; de 82 ans, d&#233;j&#224; incapable en 2014 de s'exprimer en public et encore moins de mener campagne, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une pure formalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La coupole sid&#233;r&#233;e par le Hirak&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption de millions de manifestants dans les rues de toutes les villes du pays un certain vendredi 22 f&#233;vrier 2019 a donc totalement pris de court le r&#233;gime. L'annonce d'un cinqui&#232;me mandat pour le pr&#233;sident Bouteflika, intronis&#233; en 1999 par le coll&#232;ge militaire qui dirige le pays, a &#233;t&#233; ressentie comme une insulte par la population. Cela a ind&#233;niablement constitu&#233; l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur qui a catalys&#233; un malaise g&#233;n&#233;ralis&#233; d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;gnant. En effet, le tsunami humain de ce vendredi inaugural n'a certainement pas &#233;t&#233; un orage dans un ciel d'&#233;t&#233;. L'opinion, au comble de l'indignation devant le spectacle de la pr&#233;dation &#224; laquelle se livrait la caste de gangsters arrogants &#224; la t&#234;te du pays, protestait d&#233;j&#224; depuis longtemps contre la d&#233;t&#233;rioration de ses conditions d'existence &#8211; dont le ph&#233;nom&#232;ne des Harragas (2) reste un marqueur dramatique. Outr&#233;s et outrag&#233;s mais certainement pas r&#233;sign&#233;s, les Alg&#233;riennes et les Alg&#233;riens ont alors &#233;t&#233; invit&#233;s, entre stupeur et m&#233;pris, &#224; la tragi-com&#233;die de m&#339;urs interpr&#233;t&#233;e par un personnel politique artificiel, subalterne et vulgaire, r&#233;duit &#224; promener des portraits du pr&#233;sident nominal pour figurer dans l'absurde complet une campagne &#233;lectorale surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;contentement sourd de la population, parfaitement perceptible depuis des ann&#233;es, ne s'&#233;tait jamais ainsi r&#233;v&#233;l&#233; &#224; ciel ouvert de mani&#232;re unitaire et non violente. L'ampleur des manifestations et leur extension &#224; l'ensemble du territoire a autant surpris que la forme pacifique de la protestation. Autant que l'impressionnant effet de masse, l'absence de tout slogan subversif (entendre islamiste), la pr&#233;sence massive des femmes et l'ambiance souriante et apais&#233;e des manifestations ont renforc&#233; le caract&#232;re tout &#224; fait in&#233;dit de l'&#233;v&#233;nement. Les immenses cort&#232;ges, tr&#232;s composites et color&#233;s, de manifestants d&#233;tendus ne correspondent &#224; aucun pr&#233;c&#233;dent dans le registre des expressions politiques nationales post-ind&#233;pendance. L'unique pr&#233;c&#233;dent formellement comparable est celui des manifestations ind&#233;pendantistes du 11 d&#233;cembre 1960. Le r&#233;gime, parfaitement habitu&#233; &#224; g&#233;rer, entre r&#233;pression et corruption des suppos&#233;s &#171; meneurs &#187;, des &#233;meutes localis&#233;es qui &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement &#231;&#224; et l&#224; pour toutes les raisons du monde depuis des d&#233;cennies, n'a pu retrouver la ma&#238;trise du temps politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la &#171; Coupole &#187; (3) ont &#233;t&#233; &#224; l'&#233;vidence surpris par ce ph&#233;nom&#232;ne. Ils ont d&#233;ploy&#233; en r&#233;action un colossal dispositif de forces de police anti-&#233;meutes et ont tent&#233; sporadiquement au cours des premiers vendredis de protestation de provoquer les manifestants en engageant des actions r&#233;pressives qui font des victimes (4) . Mais les g&#233;n&#233;raux dirigeants ont pris rapidement conscience de l'impossibilit&#233; de recourir &#224; la r&#233;pression. Le souvenir de l'atroce guerre contre les civils des ann&#233;es 1990 &#233;tait en effet dans toutes les m&#233;moires. M&#234;me les g&#233;n&#233;raux les plus d&#233;termin&#233;s et sans &#233;tats d'&#226;me n'envisageaient qu'avec r&#233;ticence un recours &#224; la force aux cons&#233;quences impr&#233;visibles. L'ampleur de la mobilisation, son caract&#232;re non violent sous les yeux du monde entier et &#8211; ce n'est pas le moindre des arguments &#8211; le fait que les troupes ne soient pas s&#251;res, ont contribu&#233; &#224; interdire le saut dans un inconnu sanglant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accul&#233; et sans relais dans la soci&#233;t&#233;, il est vite apparu que le sommet du r&#233;gime, d&#233;j&#224; min&#233; par de graves dissensions entre les trois p&#244;les principaux du pouvoir r&#233;el &#8211; les chefs de police politique, ceux de l'arm&#233;e et l'entourage familial et affairiste du chef de l'&#201;tat &#8211; &#233;tait incapable de maintenir un minimum de consensus et son agenda &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tat-major vainqueur de la guerre au sommet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une br&#232;ve s&#233;quence d'atermoiements, marqu&#233;e notamment par la proposition incongrue de l'entourage pr&#233;sidentiel de reporter l'&#233;lection d'un an, &#171; le temps de pr&#233;parer une transition d&#233;mocratique &#187;, l'arm&#233;e sort du bois, et le 2 avril 2019 d&#233;pose sans autre forme de proc&#232;s Abdelaziz Bouteflika. Feignant d'avoir entendu la vox populi et se f&#233;licitant publiquement du Hirak, tout en le d&#233;nigrant dans leurs cercles internes, les chefs de l'ANP l'utilisent pour se maintenir au pouvoir, r&#233;gler de vieux comptes en affirmant leur ascendant sur l'ensemble des appareils d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mission-r&#233;vocation du Pr&#233;sident en titre ouvertement assum&#233;e par le chef d'&#233;tat-major (CEM), le g&#233;n&#233;ral Ga&#239;d Salah, ouvre une phase de r&#232;glements de comptes entre les groupes d'int&#233;r&#234;ts (les &#171; clans &#187; dans le langage courant) qui se partagent le pouvoir (5) . Ces regroupements par affinit&#233;s diverses, dirig&#233;s par des g&#233;n&#233;raux les plus influents sont compos&#233;s de hauts fonctionnaires et d'affairistes (les &#171; oligarques &#187;) en prise directe sur la rente p&#233;troli&#232;re et gazi&#232;re. L'Alg&#233;rie d&#233;pend des exportations de ces ressources fossiles pour l'essentiel de ses ressources en devises et de sa fiscalit&#233;. Les groupes d'int&#233;r&#234;ts qui cohabitent sans drame durant les p&#233;riodes de prix &#233;lev&#233;s des hydrocarbures ont tendance &#224; entrer en conflit dans les phases de contraction de la rente, car l'assiette de r&#233;partition de cette derni&#232;re r&#233;tr&#233;cit. Ce qui s'est d&#233;j&#224; notamment produit au milieu des ann&#233;es 1980 et a abouti aux &#233;meutes d'octobre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#232;gne de Bouteflika, les dissensions n&#233;es de la concurrence entre groupes au sommet autour de la soci&#233;t&#233; p&#233;troli&#232;re publique Sonatrach et de certaines de ses filiales apparaissent au grand jour d&#232;s 2010. La Coupole se scinde en trois p&#244;les aux int&#233;r&#234;ts divergents, celui de la Pr&#233;sidence conduit par Sa&#239;d Bouteflika, fr&#232;re du pr&#233;sident et depuis les ennuis de sant&#233; de ce dernier v&#233;ritable maitre du palais d'El Mouradia (6) , celui du DRS incarn&#233; par le g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e Mohamed M&#233;di&#232;ne, alias &#171; Toufik &#187; (7) ; et, en retrait et progressivement en position d'arbitre, le p&#244;le militaire autour du tout puissant chef d'&#233;tat-major, le g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e Ahmed Ga&#239;d Salah. Les dissensions entre les deux premiers p&#244;les se transforment en guerre de positions dans les mois qui suivent la chute des prix p&#233;troliers en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 2015, l'&#233;tat-major en phase avec la pr&#233;sidence obtient le limogeage du g&#233;n&#233;ral &#171; Toufik &#187;. Le pacte de coexistence pass&#233; entre le groupe de la pr&#233;sidence et celui de l'&#233;tat-major fonctionne &#224; la satisfaction des deux parties jusqu'&#224; l'apparition du Hirak, o&#249; il vole rapidement en &#233;clat. D&#232;s la d&#233;position du pr&#233;sident Bouteflika, l'&#233;tat-major proc&#232;de au d&#233;mant&#232;lement du r&#233;seau politico-affairiste (et de ses ramifications militaires et polici&#232;res) constitu&#233; autour de Sa&#239;d Bouteflika et &#224; la mise &#224; l'&#233;cart des affid&#233;s du g&#233;n&#233;ral &#171; Toufik &#187; dans les services de renseignement, l'administration et le business. Le pr&#233;texte de la purge est connu et illustre les relations incestueuses des groupes au sommet du pouvoir. Sa&#239;d Bouteflika et Toufik M&#233;di&#232;ne, longtemps oppos&#233;s, auraient tent&#233; un rapprochement pour contrer les man&#339;uvres de l'&#233;tat-major et imposer une solution politique conforme &#224; leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux t&#234;tes de groupes et certains de leurs comparses sont arr&#234;t&#233;s le 5 mai 2019, jug&#233;s et condamn&#233;s en septembre de la m&#234;me ann&#233;e &#224; de lourdes peines de prison (8) . Le proc&#232;s en appel tenu en f&#233;vrier 2020 confirmera les d&#233;cisions de premi&#232;re instance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#233;gime mis &#224; nu par le Hirak&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des effets imm&#233;diats les plus tangibles du Hirak est tr&#232;s &#233;videmment la d&#233;monstration irr&#233;futable du contr&#244;le de l'&#201;tat par les chefs de l'Arm&#233;e nationale populaire (ANP), institution supr&#234;me de facto du pays. &#192; la suite de la d&#233;position d'Abdelaziz Bouteflika, l'int&#233;rim pr&#233;sidentiel est assur&#233; par Abdelkader Bensalah, personnage particuli&#232;rement falot, qui pr&#233;side le S&#233;nat, institution tout aussi factice que le Parlement et voie de garage pour vieux apparatchiks m&#233;ritants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;rim &#224; compter du 2 avril 2019 est initialement destin&#233; &#224; couvrir la p&#233;riode restante du mandat du chef d'Etat r&#233;voqu&#233; et &#224; organiser des &#233;lections pr&#233;sidentielles au terme de cet interr&#232;gne. La d&#233;marche illustre bien une des compulsions du r&#233;gime qui consiste &#224; manifester un respect scrupuleux d'un formalisme juridique vid&#233; de toute substance. L'objectif de cette observance parodique de la lettre de la constitution est de d&#233;montrer, aux partenaires &#233;trangers essentiellement, que le syst&#232;me est une organisation bas&#233;e et fonctionnant selon des r&#232;gles de droit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie militaro-polici&#232;re s'est d&#233;barrass&#233;e de certaines de ses figures parmi les plus corrompues, mais son incomp&#233;tence demeure inalt&#233;r&#233;e. Incapable de tenir un rendez-vous, le r&#233;gime confirme que les &#233;lections pr&#233;sidentielles pr&#233;vues en avril puis en juillet sont report&#233;es au mois de d&#233;cembre 2019 et la mission du pr&#233;sident int&#233;rimaire est prorog&#233;e de plusieurs mois, en violation flagrante de la Constitution que le CEM s'&#233;tait engag&#233; &#224; respecter scrupuleusement. Mais la parole donn&#233;e, les proclamations et promesses n'engagent que ceux, fort rares, qui accordent du cr&#233;dit &#224; un syst&#232;me et des hommes incapables d'adh&#233;rer aux r&#232;gles qu'ils ont eux-m&#234;mes fix&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout changer pour ne rien changer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant balay&#233; ses concurrents, la Coupole est monopolis&#233;e par l'&#233;tat-major. La police politique en restructuration permanente depuis le limogeage de &#171; Toufik &#187;, qui fut 25 ans durant son chef inamovible, est mise au pas et les relais de l'entourage pr&#233;sidentiel sont d&#233;mantel&#233;s. Les g&#233;n&#233;raux et officiers sup&#233;rieurs soup&#231;onn&#233;s d'appartenir aux deux r&#233;seaux d&#233;faits sont mis &#224; la retraite, emprisonn&#233;s ou prennent la fuite &#224; l'&#233;tranger (en emportant pour certains des informations sensibles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La purge d&#233;clench&#233;e par l'&#233;tat-major frappe des hi&#233;rarques du r&#233;gime, Premiers ministres et ministres, mais &#233;galement hommes d'affaires aux fortunes colossales &#233;difi&#233;es sous la protection de chefs de groupes d'int&#233;r&#234;ts en d&#233;confiture. Les proc&#232;s exp&#233;ditifs et b&#226;cl&#233;s qui se succ&#232;dent &#224; un rythme soutenu permettent n&#233;anmoins d'entrevoir l'&#233;normit&#233; des d&#233;tournements en d&#233;voilant certains pans du fonctionnement mafieux du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vaste r&#232;glement de comptes est pr&#233;sent&#233; comme une version locale de l'op&#233;ration italienne &#171; mani pulite &#187;, gage de la volont&#233; sinc&#232;re de l'arm&#233;e de r&#233;pondre aux attentes du peuple. Il n'en est rien, bien entendu : cette purge cathartique ne vise qu'&#224; convaincre urbi et orbi que le r&#233;gime se r&#233;habilite en &#233;liminant ses branches les plus pourries. Selon le storytelling du CEM, la contestation populaire n'aurait de ce fait plus de raison d'&#234;tre. &#192; moindre frais, sans qu'il soit besoin de mettre en question la nature autoritaire et d&#233;linquante du r&#233;gime, les g&#233;n&#233;raux appliquent ainsi &#224; leur mani&#232;re la c&#233;l&#232;bre recommandation du Gu&#233;pard de Lampedusa (9) &#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moins que l'on puisse dire est que cette strat&#233;gie cousue de fil blanc n'a pas vraiment convaincu. Jusqu'&#224; sa suspension pour cause de pand&#233;mie &#224; la mi-mars 2020, les manifestants du Hirak n'ont cess&#233; de r&#233;it&#233;rer sur tous les tons les m&#234;mes slogans appelant l'arm&#233;e &#224; quitter le pouvoir pour que le pays soit, enfin, r&#233;gi par un &#201;tat &#171; civil &#187;. Pour eux, il n'y a pas de bons ou mauvais groupes d'int&#233;r&#234;ts au sommet, tous les dirigeants militaires appartiennent &#224; la m&#234;me &#171; &#8216;Issaba &#187; au m&#234;me &#171; Gang &#187; &#8230; Le pouvoir est le monopole d'un seul &#171; clan &#187;, celui des chefs militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet complet de leur agenda par le Hirak av&#233;r&#233;, les g&#233;n&#233;raux de l'Etat-Major tentent diverses approches pour reconstituer, en la renouvelant peu ou prou, leur base et convaincre de la sinc&#233;rit&#233; de leur volont&#233; de changement. Peu de temps apr&#232;s la nomination du pr&#233;sident par int&#233;rim, d'anciens ministres, en retrait sous le r&#232;gne de Bouteflika, sont successivement charg&#233;s d'animer des forums de dialogue ou des conf&#233;rences nationales (10) . La pseudo-soci&#233;t&#233; civile subventionn&#233;e, cr&#233;&#233;e de toutes pi&#232;ces par la police politique, est r&#233;anim&#233;e pour tenter de donner une substance &#224; un d&#233;bat en d&#233;calage profond avec les r&#233;alit&#233;s politiques et la dynamique du mouvement populaire. Ces man&#339;uvres font toutefois long feu et finissent par &#234;tre abandonn&#233;es. Le r&#233;gime met alors le cap sur les &#233;lections pr&#233;sidentielles du 12 d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vendetta du g&#233;n&#233;ral Ahmed Ga&#239;d Salah&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la m&#234;me p&#233;riode et &#224; un rythme d'au moins un discours hebdomadaire au cours de visites d'inspection &#224; travers le territoire (ce qui aurait finalement eu raison de sa sant&#233; selon la narration autoris&#233;e), c'est bien Ahmed Ga&#239;d Salah, chef d'&#233;tat-major de l'ANP, unique porte-voix autoris&#233; du r&#233;gime, qui est le v&#233;ritable animateur de la vie politique du pays. Jusqu'&#224; sa mort, officiellement des suites d'une crise cardiaque, entre impr&#233;cations, menaces et feinte am&#233;nit&#233;, le vieux g&#233;n&#233;ral (79 ans) tentera de mettre un terme au Hirak tout en poursuivant de sa vindicte tous ceux qui se sont oppos&#233;s &#224; lui dans l'arm&#233;e ou les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;termination est d'autant plus grande qu'Ahmed Ga&#239;d Salah est persuad&#233; que le Hirak est avant tout le produit de men&#233;es d&#233;stabilisatrices coordonn&#233;es par les services de police politique rest&#233;s fid&#232;les au g&#233;n&#233;ral &#171; Toufik &#187; M&#233;di&#232;ne, son rival en perdition. Il est notamment convaincu que ce sont ces r&#233;seaux, notamment en Kabylie, qui sont les v&#233;ritables instigateurs du soul&#232;vement populaire. C'est sur la base de cette conviction, et pour jouer sur des divisions linguistiques tr&#232;s sur&#233;valu&#233;es, qu'un tour de vis r&#233;pressif (et provocateur) est d&#233;cid&#233; en juin 2019. Ce tournant s&#233;curitaire se traduit notamment par l'interdiction de l'embl&#232;me Amazigh pendant les manifestations, pr&#233;texte aux premi&#232;res arrestations arbitraires d'activistes du Hirak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon son entourage, les slogans d&#233;non&#231;ant le chef d'&#233;tat-major et sa collusion notoire avec les &#201;mirats arabes unis (11) proviendraient de la bo&#238;te noire toujours tr&#232;s active de l'ex-DRS. La fixation parano&#239;aque du g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233;. M&#234;me si des milieux proches de l'ancien chef des &#171; moukhabarate &#187; ont, &#224; c&#244;t&#233; ou de concert avec d'autres segments de la nomenklatura, tr&#232;s probablement tent&#233; d'instrumentaliser le Hirak. Car le rejet du syst&#232;me dans sa totalit&#233; militaire et polici&#232;re est au c&#339;ur des revendications populaires. Pour ses contempteurs, la &#171; &#8216;Issaba &#187; (12) , quelles que soient ses contradictions internes, est une totalit&#233; ins&#233;cable. Aucune figure actuelle ou d&#233;chue de la Coupole ne trouve gr&#226;ce aux yeux de la majorit&#233; de la population, qui identifie pr&#233;cis&#233;ment les chefs r&#233;els des r&#233;seaux de corruption et de commissionnement ill&#233;gal. Gr&#226;ce &#224; un bouche-&#224;-oreille efficace qui a appris de longue date &#224; d&#233;jouer les fake news de la police politique, l'opinion alg&#233;rienne est &#233;galement bien inform&#233;e des alliances externes du pouvoir et, s'agissant des connexions du CEM, conna&#238;t le r&#244;le politique r&#233;gional d&#233;volu aux &#201;mirats arabes unis en tant qu'agent actif de la r&#233;action arabe (13) . Personne n'ignore non plus le r&#244;le de recycleur de capitaux jou&#233; par Abu-Dhabi, place financi&#232;re d'un pays avec lequel l'ANP est associ&#233;e, sans aucune justification rationnelle, dans des secteurs ultrasensibles (14) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans une lourde atmosph&#232;re de boycott que se d&#233;roule en d&#233;cembre 2019 l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, formalit&#233; aussi peu probante que toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e &#8211; plus de 85 % d'abstentions selon tous les observateurs cr&#233;dibles. &#171; L'&#233;lu &#187; Abdelmadjid Tebboune, prot&#233;g&#233; du CEM, est un cadre sans relief d'un r&#233;gime qui, au fil de sa reproduction &#171; par amputations successives &#187; selon le mot fameux d'Hocine A&#239;t-Ahmed, est r&#233;duit &#224; pr&#233;lever ses personnels dans un gisement r&#233;gressif, obsolescent et d'un niveau &#224; chaque fois plus m&#233;diocre. Mais la Coupole a pr&#233;cis&#233;ment besoin de ce type de profil, ins&#233;r&#233; dans le syst&#232;me, mall&#233;able et disciplin&#233;. Plus que jamais auparavant, le palais pr&#233;sidentiel d'El Mouradia apparait pour ce qu'il est : une caserne de plus dans la cartographie du pouvoir r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Covid 19, divine surprise du r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;c&#232;s brutal le 23 d&#233;cembre du g&#233;n&#233;ral Ga&#239;d Salah semble marquer une tr&#234;ve de la vendetta de l'&#233;tat-major contre les r&#233;seaux du DRS. La disparition du tr&#232;s vindicatif et prolixe CEM intervient d'ailleurs &#224; point nomm&#233; pour faciliter la recomposition des &#233;quilibres du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Sa&#239;d Chengriha (74 ans), nouveau chef d'&#233;tat-major, ne nourrit pas en effet les m&#234;mes griefs &#224; l'endroit de l'autre p&#244;le militaro-policier, le groupe dirig&#233; par l'ancien chef de la police politique. Et pour cause : responsable d'unit&#233;s des forces sp&#233;ciales de l'arm&#233;e et du DRS qui s'illustr&#232;rent de fa&#231;on particuli&#232;rement sanglante dans la guerre contre les civils des ann&#233;es 1990, il fait partie des criminels contre l'humanit&#233; de l'&#233;poque, aujourd'hui dominants &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e et de la police politique, et donc du pouvoir r&#233;el (15) . De surcro&#238;t, le nouveau CEM sait que l'Alg&#233;rie se dirige vers une zone de temp&#234;te &#233;conomique et sociale, et que le r&#233;gime a donc plus que jamais besoin de ressouder ses rangs et de s'unifier pour faire front. En attendant, son objectif prioritaire est de mettre un terme au Hirak et de revenir au statu quo ante d&#233;barrass&#233; des scories les plus ind&#233;fendables de l'&#232;re Bouteflika. Fort discr&#232;tement, le g&#233;n&#233;ral Chengriha, confirm&#233; dans son poste de chef d'&#233;tat-major en juillet 2020, entreprend une op&#233;ration de rapprochement avec des figures proches de l'ex-DRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi des officiers &#224; la retraite, proches du g&#233;n&#233;ral Toufik, sont nomm&#233;s &#224; des postes importants &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, alors que d'autres, jug&#233;s et condamn&#233;s &#224; des peines inf&#226;mantes, sont lib&#233;r&#233;s de prison sans tambours ni trompettes (16) . Ne restent sacrifi&#233;s sur l'autel punitif du changement que les membres de l'entourage de Sa&#239;d Bouteflika dont la vocation expiatoire est due &#224; leur non-appartenance au c&#339;ur du dispositif militaro-policier, sacrifiables &#224; merci car d&#233;nu&#233;s de capacit&#233;s de nuisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;conciliation interne &#224; pas compt&#233;s (Toufik est toujours en prison&#8230;) men&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Chengriha, convaincu que la Coupole doit retrouver son unit&#233; pour faire face au Hirak, est confort&#233;e par l'apparition de la pand&#233;mie de la Covid-19. Le virus est une divine surprise pour le pouvoir, sur la d&#233;fensive depuis plus d'un an. Ce que toutes les man&#339;uvres des services d'action psychologique des moukhabarate n'ont pas r&#233;ussi &#224; provoquer est r&#233;alis&#233; par le nouveau coronavirus. Le Hirak d&#233;cide &#224; la mi-mars 2020 la suspension des marches hebdomadaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fen&#234;tre d'opportunit&#233; qui s'ouvre alors pour reprendre le contr&#244;le de la situation politique est une aubaine que le r&#233;gime tente, &#224; sa mani&#232;re caract&#233;ristique entre r&#233;pression et manipulation, d'exploiter. Sur le front de l'agit-prop, la th&#232;se d'un changement d'&#233;poque martel&#233;e par les communicants est accr&#233;dit&#233;e par un &#233;ni&#232;me projet de r&#233;vision constitutionnelle. Ce rituel bureaucratique est observ&#233; &#224; chaque changement de chef d'&#201;tat, le message toujours identique &#233;tant de signifier le caract&#232;re civil du r&#233;gime, de signifier un engagement vers une plus grande ouverture d&#233;mocratique et d'attester le r&#244;le de leader du pr&#233;sident r&#233;cemment intronis&#233; par l'ANP. &#201;videmment, bien peu nombreux sont ceux qui accordent la moindre substance &#224; cette clause de style (17) . La Constitution est notoirement un texte sans valeur contraignante pour un syst&#232;me dont la direction r&#233;elle, en dehors des institutions, ne rend aucun compte et ne respecte aucune r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux proclamations d'un chef d'&#201;tat aux prestations m&#233;diatiques particuli&#232;rement inconsistantes, ne r&#233;pond que la d&#233;rision des t&#233;l&#233;spectateurs. Les &#171; pitches &#187; autour de la &#171; nouvelle R&#233;publique &#187; ou de l'&#171; Alg&#233;rie nouvelle &#187;, qu'il entend incarner et promouvoir, sont en complet porte &#224; faux avec l'exacerbation de la r&#233;pression. En effet, l'intense campagne de harc&#232;lement et d'arrestations lanc&#233;e par les appareils policiers qui surveillent de pr&#232;s les r&#233;seaux sociaux constitue le d&#233;menti ouvert et incessant du catalogue de bonnes intentions ressass&#233;es &#224; chacune de ses interventions t&#233;l&#233;vis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs mois, des dizaines d'activistes sont embastill&#233;s, jug&#233;s et lourdement condamn&#233;s pour avoir seulement us&#233; de leur droit &#224; l'expression. Dans l'histoire sombre des atteintes aux libert&#233;s perp&#233;tr&#233;es par la dictature, hormis la r&#233;pression du FIS au d&#233;but de la sale guerre, jamais autant de citoyens n'ont &#233;t&#233; jet&#233;s en prison pour avoir os&#233; s'exprimer sur la situation politique de leur pays. Ces dizaines de prisonniers d'opinion rejoignent des journalistes et des militants politiques derri&#232;re les barreaux, ainsi que les d&#233;tenus oubli&#233;s de la guerre contre les civils des ann&#233;es 1990. Des sites d'information sont censur&#233;s et bloqu&#233;s (18) , des journaux sont publiquement menac&#233;s par l'ex&#233;cutif, qui a retrouv&#233;, le savoir-faire en moins, les m&#339;urs de l'&#233;poque lointaine du parti unique (19) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Alg&#233;rie nouvelle &#187; : incomp&#233;tence et autoritarisme renouvel&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir scl&#233;ros&#233;, de longue date dans une phase terminale qu'il s'&#233;vertue &#224; prolonger coute que coute, se replie ainsi sur les m&#233;thodes &#224; la source de son ADN politique. L'autoritarisme et l'arbitraire pour terrifier la soci&#233;t&#233; sont les recours m&#233;caniques d'une organisation qui ne saurait supporter la moindre ouverture, au risque de s'effondrer. La volont&#233; de r&#233;duire le Hirak se traduit donc par la traque de citoyens coupables d'avoir &#233;mis des opinions, d'emprisonner des journalistes et se conjugue &#224; des campagnes de calomnie et diabolisation d'acteurs politiques tout &#224; fait honorables. Les communicants habituels sont mobilis&#233;s pour produire une sous-litt&#233;rature pr&#233;sentant certaines figures du mouvement populaire comme des agents de l'&#233;tranger (20) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence retrouv&#233;e des services d'action psychologique d'ob&#233;dience Toufik, qui ont fait leurs armes lors de la &#171; sale guerre &#187;, se manifeste publiquement avec la reprise du discours de l'&#233;radication et de la diabolisation de l'Islam politique. Les man&#339;uvres de division du Hirak s'articulent nettement autour de la pseudo-contradiction entre oppositions la&#239;que et islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte est cependant domin&#233; par la gestion chaotique de la crise sanitaire. La grave d&#233;sorganisation &#224; tous les niveaux (anarchie de la gestion hospitali&#232;re, non-respect du confinement&#8230;) illustre bien le dysfonctionnement global et l'incurie de l'administration. Les d&#233;clarations triomphalistes de l'ex&#233;cutif sur sa pr&#233;tendue &#171; ma&#238;trise de la situation &#187; confirment la perte de contact avec les r&#233;alit&#233;s. L'impossibilit&#233; de mettre en &#339;uvre le confinement autrement que par des m&#233;thodes relevant d'un &#233;tat de si&#232;ge qui ne dit pas son nom &#8212; comme la fermeture de tous les acc&#232;s terrestres de la capitale &#224; la veille de l'A&#239;d El Adha pour pr&#233;venir autant que possible le sacrifice rituel &#8212; en dit long sur l'&#233;thique d'une bureaucratie cynique et r&#233;pressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime est &#233;galement incapable de prendre les mesures minimales pour aider les op&#233;rateurs &#233;conomiques &#224; effectuer de difficiles soudures ni &#224; assurer un revenu de base vital &#224; des dizaines de milliers de travailleurs, en particulier ceux employ&#233;s dans le secteur informel, au ch&#244;mage depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie. Cette situation est aggrav&#233;e par la d&#233;sorganisation compl&#232;te des administrations, la p&#233;nurie de liquidit&#233;s qui touche le secteur bancaire en est une illustration extr&#234;mement p&#233;nalisante dans un pays ou aucune autre forme de r&#232;glement n'est disponible. Dans le d&#233;sordre et la confusion cr&#233;&#233;s et entretenus, l'inflexibilit&#233; militariste, le cynisme brutal et manipulatoire ainsi que le m&#233;pris du peuple forment la grammaire immuable du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations incantatoires de ses porte-voix, la direction de facto du pays sait qu'elle devra faire face &#224; des &#233;ch&#233;ances &#233;conomiques et sociales in&#233;luctables. La contraction des revenus des hydrocarbures a tr&#232;s fortement r&#233;duit le niveau des r&#233;serves de change, qui ne couvrent plus aujourd'hui qu'une ann&#233;e d'importations (contre trois ou quatre ans en 2013). Tout aussi pr&#233;occupant, ayant &#233;puis&#233; tous les exp&#233;dients mon&#233;taires, les gouvernants ne peuvent que constater l'ampleur d'un d&#233;ficit budg&#233;taire disproportionn&#233;. Le r&#233;gime est ainsi inexorablement d&#233;pouill&#233; des marges de man&#339;uvres financi&#232;res et des moyens d'anesth&#233;sier la col&#232;re sociale. Au bout de tous les m&#233;comptes, de l'incurie et du pillage, le co&#251;t de la crise &#233;conomique sera assum&#233; par les cat&#233;gories les plus vuln&#233;rables, qui endurent d&#233;j&#224; des conditions plus que d&#233;plorables. La reprise des mouvements migratoires clandestins vers l'Europe, la &#171; harga &#187;, est un indicateur &#233;loquent de la d&#233;gradation g&#233;n&#233;rale. Qu'en sera-t-il demain, d&#232;s la fin de l'ann&#233;e 2021, quand les revenus annuels ne suffiront plus &#224; r&#233;gler la facture des importations incompressibles ? Quelles issues possibles pour le r&#233;gime quand la disponibilit&#233; et les prix des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; seront entre rar&#233;faction et p&#233;nurie, hors de port&#233;e des petites bourses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dictature fig&#233;e et soci&#233;t&#233; en mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels miracles, quelles aides de pays &#171; amis &#187; ou d'institutions financi&#232;res &#171; compr&#233;hensives &#187; pourront combler les d&#233;s&#233;quilibres gravissimes d'un pays de plus de 44 millions d'habitants ? Comme l'histoire le montre, cette aide est toujours bien plus discursive et diplomatique que concr&#232;te. Le pouvoir peut tabler n&#233;anmoins sur l'appui politique de ses relais externes, comme on a pu le voir en juillet 2020 lors du grotesque &#233;pisode de la restitution par la France des cr&#226;nes de r&#233;sistants historiques. Le mode de gestion de cet acte &#224; la forte charge symbolique, dont la date a &#233;t&#233; pens&#233;e comme un cadeau de communication du sponsor n&#233;ocolonial au r&#233;gime d'Alger, a surtout expos&#233; la nature de sa relation avec l'ex-m&#233;tropole (21) &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la crise sanitaire a donn&#233; un sursis inesp&#233;r&#233; au r&#233;gime, il n'en a rien fait pour &#233;voluer et r&#233;pondre, a minima, aux attentes du peuple. Le pouvoir alg&#233;rien, plus que jamais concentr&#233; entre les mains des principaux chefs militaires et policiers, tente de se r&#233;organiser et se regrouper pour emp&#234;cher par tous les moyens le retour du Hirak &#224; l'issue de la crise pand&#233;mique. Hantise de la dictature, cette r&#233;surgence est pourtant inscrite dans le cours naturel de l'histoire du pays. La gestion d&#233;sastreuse de la crise sanitaire a permis de mesurer la d&#233;r&#233;liction de l'Etat en nourrissant davantage indignation et col&#232;re. La fracture qui s'&#233;largit entre le pouvoir et la soci&#233;t&#233; est telle qu'aucun retour au statu quo qui a pr&#233;valu avant le 22 f&#233;vrier 2019 n'est envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne a avanc&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies et, par la force de l'&#232;re num&#233;rique, s'est grandement ouverte sur les enjeux contemporains. Le Hirak a confort&#233; cette maturation politique et culturelle et l'a pr&#233;sent&#233; au monde dans sa pluralit&#233; pacifique et d&#233;mocratique. Le logos du r&#233;gime est &#224; des ann&#233;es-lumi&#232;re d'une soci&#233;t&#233; en mutation rapide qu'il entrave syst&#233;matiquement dans ses aspirations &#224; l'Etat de Droit et au d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constitu&#233; autour de l'arm&#233;e et des moukhabarate, liberticide et pr&#233;dateur, le syst&#232;me demeure intact dans son organisation, inentam&#233; dans son refus du droit et invariant dans ses m&#233;thodes. La dictature militaro-polici&#232;re, hors du temps, fig&#233;e dans un autoritarisme brutal et une rare incomp&#233;tence m&#232;ne l'Alg&#233;rie vers des zones chaotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Demain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives au sortir du confinement sont particuli&#232;rement inqui&#233;tantes. Le r&#233;gime issu du putsch du 11 janvier 1992, souvent favoris&#233; par les circonstances, escompte-t-il un renversement de tendance des march&#233;s p&#233;troliers pour retrouver des prix &#233;lev&#233;s et une certaine aisance financi&#232;re ? L'&#233;conomie politique d'un pouvoir pr&#233;dateur et st&#233;rile, manifestement incapable de se r&#233;former, est, en d&#233;pit de sa contraction draconienne, enti&#232;rement fond&#233;e sur la rente pour garantir sa p&#233;rennit&#233;, en achetant ses soutiens et anesth&#233;siant les protestations populaires. La r&#233;pression polici&#232;re servie pas une justice avilie et les man&#339;uvres d'action psychologique sont les ultimes instruments d'un syst&#232;me aux abois. Il n'est nul besoin d'&#234;tre grand clerc pour mesurer les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par ces m&#233;thodes et les implications multidimensionnelles d'une posture de fuite en avant jusqu'au d&#233;sastre. Sous cet angle il apparait encore plus nettement que le pouvoir m&#232;ne une bataille d'arri&#232;re-garde. Le pouvoir se recompose autour de ses fondamentaux et se pr&#233;pare &#224; une confrontation violente avec la soci&#233;t&#233;. Les chefs de l'arm&#233;e qui comptent parmi les ex&#233;cutants les plus f&#233;roces de la sale guerre contre les civils estiment sans doute avec d'autres termes qu'une &#171; d&#233;fibrillation &#187; (22) du corps social serait le prix d'un retour &#224; la normalit&#233; de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#234;me envisager cette strat&#233;gie du pire, dans une situation de crise g&#233;n&#233;rale exacerb&#233;e les risques d'effondrement de l'Etat ne sont pas de pures hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau est sombre, mais l'Histoire le montre, le pire n'est pas une fatalit&#233;. La crise &#233;conomique peut &#234;tre affront&#233;e, des voies de redressement sont parfaitement possibles. D'autres pays ont travers&#233; des zones de turbulences encore plus probl&#233;matiques et en ont &#233;merg&#233; prosp&#232;res et renforc&#233;s. La clairvoyance politique dont a fait preuve le Hirak, la cr&#233;ativit&#233; populaire et les immenses ressources de comp&#233;tences inexploit&#233;es mais disponibles forment la base d'un contrat politique reconnu, respectueux de la dignit&#233; de chacun. C'est bien &#224; ce niveau que se situe le pr&#233;alable essentiel &#224; la r&#233;solution de la somme de probl&#232;mes auxquels le pays est confront&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est illusoire de rechercher des issues &#224; la crise g&#233;n&#233;rale, &#233;conomique, politique et sociale, dans de vaines approches techniques ou financi&#232;res. La sortie du mod&#232;le rentier, la cr&#233;ation d'une base productive moderne et la r&#233;habilitation de l'Etat passent n&#233;cessairement par le d&#233;passement des formes autoritaires de gouvernement d'un pouvoir ossifi&#233;. Tout comme la reconstruction nationale est conditionn&#233;e par le respect des libert&#233;s publiques et de l'Etat de Droit. C'est &#224; ces conditions que la soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e retrouvera confiance dans son destin ; que le peuple pourra enfin mobiliser les moyens de reconstruire un Etat viable dans lequel il se reconnait pleinement ; que l'Alg&#233;rie, dans sa tr&#232;s ancienne dynamique d'&#233;mancipation et sa soif de libert&#233;, soit &#224; m&#234;me d'organiser, enfin, un futur o&#249; toutes et tous trouveront des raisons de vivre et d'esp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de cette publication est l'enti&#232;re responsabilit&#233; de Assafir Al Arabi et n'exprime pas obligatoirement les positions de Rosa Luxembourg Institute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-&lt;a href=&#034;https://www.tsa-algerie.com/ahmed-ouyahia-letat-a-prouve-par-le-passe-quil-peut-maitriser-la-rue/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tsa-algerie.com/ahmed-ouyahia-letat-a-prouve-par-le-passe-quil-peut-maitriser-la-rue/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2-La &#171; Harga &#187; mouvement de fuite vers l'Europe des jeunes Alg&#233;riens avait connu une d&#233;cru pendant le Hirak mais qui semble avoir repris sur une large &#233;chelle. Cf. &#171; Les harraga alg&#233;riens affluent vers les c&#244;tes espagnoles &#187;. ObservAlg&#233;rie 27 juillet 2020. &lt;a href=&#034;https://www.observalgerie.com/les-harraga-algeriens-affluent-vers-les-cotes-espagnoles/2020/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.observalgerie.com/les-harraga-algeriens-affluent-vers-les-cotes-espagnoles/2020/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3-De l'italien &#171; Cuppola &#187; qui d&#233;signe dans le langage de la Mafia, l'autorit&#233; sup&#233;rieure de r&#233;gulation et de coordination des gangs membres de Cosa Nostra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4-&lt;a href=&#034;https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-famille-benkhedda-fait-appel-de-lordonnance-de-non-lieu-01-03-2020&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-famille-benkhedda-fait-appel-de-lordonnance-de-non-lieu-01-03-2020&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5-Sur ces r&#233;seaux voir Omar Benderra, &#171; L'Alg&#233;rie des oligarques : l'alliance des ba&#239;onnettes et des coffres forts &#187;, d&#233;cembre 2014, &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=5126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=5126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6-Le palais pr&#233;sidentiel est situ&#233; sur les hauteurs d'Alger &#224; El Mouradia (ex-Le Golf), dans une ancienne caserne de l'arm&#233;e coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7-G&#233;n&#233;ral janvi&#233;riste, criminel contre l'humanit&#233;, chef du D&#233;partement de renseignement et de s&#233;curit&#233; (DRS), la police politique militaire de 1990 &#224; 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8-&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/834888/societe/proces-de-said-bouteflika-en-algerie-pour-lavocat-du-general-toufik-le-verdict-aurait-pu-etre-pire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/834888/societe/proces-de-said-bouteflika-en-algerie-pour-lavocat-du-general-toufik-le-verdict-aurait-pu-etre-pire/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9-Selon Le Guepard, roman de Giuseppe_Tomasi_di_Lampedusa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10-Abdelaziz Rahabi et Karim Youn&#233;s (aujourd'hui &#171; m&#233;diateur de la R&#233;publique &#187;) ont &#233;t&#233; charg&#233;s respectivement en juillet et ao&#251;t 2019 le premier de coordonner un &#171; forum national pour le dialogue &#187; et le second de lancer une &#171; conf&#233;rence nationale &#187;. Les deux projets, sans &#233;cho dans la soci&#233;t&#233;, se sont sold&#233;s par un &#233;chec complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11-&#192; la veille du d&#233;clenchement du Hirak, Ahmed Ga&#239;d Salah effectuait pr&#233;cis&#233;ment l'une de ses fr&#233;quentes visites &#224; Abu-Dhabi, &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=71101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=71101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12-Association de malfaiteurs, bande organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13-Sur le r&#244;le g&#233;opolitique des &#201;mirats arabes unis : &lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/monde/tribune-les-emirats-maitres-de-la-contre-revolution-arabe-23-05-2019-2314718_24.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepoint.fr/monde/tribune-les-emirats-maitres-de-la-contre-revolution-arabe-23-05-2019-2314718_24.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14-Sur l'association commerciale et industrielle de l'ANP avec Abu-Dhabi : &lt;a href=&#034;https://www.elwatan.com/edition/contributions/algerie-les-dangereuses-liaisons-emiraties-21-07-2019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.elwatan.com/edition/contributions/algerie-les-dangereuses-liaisons-emiraties-21-07-2019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15-Voir &#171; Qui est le g&#233;n&#233;ral Sa&#239;d Chengriha ? Le t&#233;moignage de Habib Soua&#239;dia &#187;, Algeria-Watch, 28 d&#233;cembre 2019, &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=73005&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=73005&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16-G&#233;n&#233;ral Mehenna Djebbar, un des adjoints, particuli&#232;rement sinistre du g&#233;n&#233;ral Toufik&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17-Sur le projet de Constitution, cf. &#171; La Constitution de &#171; l'Alg&#233;rie nouvelle &#187; ne fait pas consensus &#187;, Le Monde, 12 mai 2020. &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/12/la-constitution-de-l-algerie-nouvelle-ne-fait-pas-consensus_6039444_3212.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/12/la-constitution-de-l-algerie-nouvelle-ne-fait-pas-consensus_6039444_3212.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18-Sur la censure de Maghreb &#233;mergent et de Radio M : &lt;a href=&#034;https://www.afrik.com/redouane-boudjema-on-ne-peut-faire-evoluer-le-systeme-mediatique-sans-mutation-du-systeme-politique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.afrik.com/redouane-boudjema-on-ne-peut-faire-evoluer-le-systeme-mediatique-sans-mutation-du-systeme-politique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19-Voir Redouane Boudjema&#226;, &#171; Le journalisme otage des int&#233;r&#234;ts financiers et de la bureaucratie &#187;, 13 juillet 2020, &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=73881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=73881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20-Voir la critique par Khaled Satour des th&#232;ses v&#233;hicul&#233;es par des relais du r&#233;gime : &#171; L'hyst&#233;risation du d&#233;bat sur le Hirak : A propos des &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; d'Ahmed Bensaada &#187; Algeria-Watch 25 juin 2020. &lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=73796&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=73796&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21-Voir &#171; Le rapatriement l&#233;gitime et important en Alg&#233;rie des restes de r&#233;sistants du XIXe si&#232;cle &#187;, Histoire coloniale et postcoloniale, 10 juillet 2020, &lt;a href=&#034;https://histoirecoloniale.net/Le-rapatriement-legitime-et-important-en-Algerie-des-restes-de-resistants-du.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://histoirecoloniale.net/Le-rapatriement-legitime-et-important-en-Algerie-des-restes-de-resistants-du.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22-Selon le mot du roi Hassan II &#224; propos de l'agitation politique en Alg&#233;rie apr&#232;s les &#233;v&#233;nements d'octobre 1988.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Omar Benderra : quelques cl&#233;s pour comprendre les manifestations du 22 f&#233;vrier 2019 en Alg&#233;rie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Omar-Benderra-quelques-cles-pour-comprendre-les-manifestations-du-22-fevrier</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Omar-Benderra-quelques-cles-pour-comprendre-les-manifestations-du-22-fevrier</guid>
		<dc:date>2019-03-05T07:16:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Omar Benderra</dc:creator>


		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-05</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Mais en l'occurrence, s'agissant de la mobilisation de ce vendredi de f&#233;vrier, ces milieux n'ont fait qu'embrayer sur une situation plus que m&#251;re pour des contestations sur ce mode. Autrement dit, si certains groupes au sein du r&#233;gime ont favoris&#233; les manifestations du 22 f&#233;vrier, ils n'en sont en aucune fa&#231;on les architectes.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2019 - 9 - 2 mars : notes de lecture et textes &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est ce qui explique la formidable mobilisation des Alg&#233;riens ce 22 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-05&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-1500-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton38118-97be4.jpg?1781495236' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Mais en l'occurrence, s'agissant de la mobilisation de ce vendredi de f&#233;vrier, ces milieux n'ont fait qu'embrayer sur une situation plus que m&#251;re pour des contestations sur ce mode. Autrement dit, si certains groupes au sein du r&#233;gime ont favoris&#233; les manifestations du 22 f&#233;vrier, ils n'en sont en aucune fa&#231;on les architectes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2019 - 9 - 2 mars : notes de lecture et textes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est ce qui explique la formidable mobilisation des Alg&#233;riens ce 22 f&#233;vrier dans plusieurs villes du pays, alors que personne ne sait qui a appel&#233; &#224; la marche ? Cela ressemble, toutes proportions gard&#233;es, aux &#233;v&#233;nements d'octobre 1988. On savait qu'il allait se passer quelque chose, mais on ne savait pas d'o&#249; &#231;a venait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interpr&#233;ter les intentions d'un syst&#232;me politique herm&#233;tique, violent et cynique, qui pratique depuis toujours une forme d'endogamie r&#233;gressive au sommet de structures d&#233;cisionnelles clandestines est un exercice o&#249; la tentation parano&#239;aque est permanente. Cette tentation est nourrie par une propagande visant &#224; repr&#233;senter ce r&#233;gime sans visage comme un syst&#232;me omniscient et omnipotent. Ce qui n'est &#233;videmment pas le cas au vu de la d&#233;gradation continue et bien trop perceptible de l'&#201;tat et des menaces grandissantes qui p&#232;sent sur le pays. Il est donc essentiel de rester lucide et vigilant, de ne pas verser dans le conspirationnisme et d'&#233;viter d'attribuer ces manifestations &#224; un ou des marionnettistes invisibles qui orchestreraient les expressions du m&#233;contentement. M&#234;me si des centres de pouvoir &#8211; ceux qui estiment que leurs int&#233;r&#234;ts ne sont pas suffisamment pris en compte dans les &#233;quilibres actuels &#8211; ont tr&#232;s probablement stimul&#233; ou favoris&#233; la r&#233;union des conditions d'une mobilisation populaire massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui peut pr&#233;tendre l'ignorer ? Les appareils du syst&#232;me, en premier lieu la police politique sous les diverses appellations dont elle s'affuble, peuvent en effet instrumentaliser la rue pour r&#233;gler des conflits entre groupes d'int&#233;r&#234;ts au sein du syst&#232;me. Tous l'ont compris en effet lors des &#233;v&#233;nements d'octobre 1988 et, dans une autre logique, lors des &#171; marches spontan&#233;es &#187; de soutien en 1995 &#224; la candidature de Liamine Zeroual &#8211; d&#233;j&#224; un g&#233;n&#233;ral retrait&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en l'occurrence, s'agissant de la mobilisation de ce vendredi de f&#233;vrier, ces milieux n'ont fait qu'embrayer sur une situation plus que m&#251;re pour des contestations sur ce mode. Autrement dit, si certains groupes au sein du r&#233;gime ont favoris&#233; les manifestations du 22 f&#233;vrier, ils n'en sont en aucune fa&#231;on les architectes. La population s'est prise en charge elle-m&#234;me, elle a choisi ses mots d'ordre et ses formes d'expression. L'opinion alg&#233;rienne est depuis longtemps au-del&#224; de l'exasp&#233;ration et ce n'est que par les traditions de patience et de refus de la violence que la soci&#233;t&#233; s'est maintenue par elle-m&#234;me dans une posture de retrait par rapport au r&#233;gime et ses parodies, de d&#233;sob&#233;issance civile non dite et d'indiff&#233;rence devant les gesticulations de ceux qui contr&#244;lent l'&#201;tat. Comme on avait d&#233;j&#224; pu l'observer au cours de la &#171; campagne &#187; du quatri&#232;me mandat en 2014, o&#249; l'opinion avait manifest&#233; une souveraine indiff&#233;rence &#224; la communication du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous les plans, la situation a bien &#233;volu&#233; depuis lors. En effet, et je crois que tous s'accordent sur ce point, les Alg&#233;riennes et les Alg&#233;riens se sont sentis insult&#233;s par cette indigne mascarade d'un cinqui&#232;me mandat qui consiste &#224; imposer un vieillard &#224; l'agonie en tant que candidat de l'espoir et du renouvellement. Cet &#233;l&#233;ment a jou&#233; comme un d&#233;tonateur de m&#233;contentement, la goutte d'eau qui a fait d&#233;border un vase d'indignation et d'amertume. Ce que les populations contestent et rejettent ne se limite pas &#224; la reconduction d'un pr&#233;sident-zombie. Le peuple alg&#233;rien est exasp&#233;r&#233; et ne veut plus de cette dictature brutale et incomp&#233;tente, corrompue au-del&#224; de toute expression et qui conduit, au vu et au su de tous, le pays vers de sombres lendemains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le refus du cinqui&#232;me mandat est-il la raison exclusive de cette mobilisation in&#233;dite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a bien vu au rythme des slogans et des mots d'ordre des manifestants que les revendications vont bien au-del&#224;. Certains &#171; progressistes &#187; et d'autres publicistes en service command&#233; essaient de transformer ce refus g&#233;n&#233;rique du syst&#232;me en simple remise en cause de Bouteflika. La man&#339;uvre peut para&#238;tre grossi&#232;re, mais elle est bien en action : il s'agit pour ces milieux de canaliser l'indignation populaire vers le rejet du cinqui&#232;me mandat pour promouvoir un candidat du consensus militaro-policier, pr&#233;sent&#233; comme une alternative novatrice et cr&#233;dible. C'est ainsi qu'entre quelques li&#232;vres plus ou moins farfelus pr&#233;pos&#233;s &#224; l'animation d'arri&#232;re-cour, on nous offre un g&#233;n&#233;ral sorti du n&#233;ant comme alternative. Cette op&#233;ration de recyclage de g&#233;n&#233;ral remis&#233; pourrait convaincre les milieux &#171; &#233;clair&#233;s &#187; qui se repr&#233;sentent comme des &#233;lites dont certains feignent de croire au miracle &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cercles charg&#233;s de valider des options fantomatiques font leur office habituel. Mais je ne suis pas s&#251;r qu'ils disposent d'une grande audience aupr&#232;s d'une population revenue de toutes les fourberies. Les Alg&#233;riennes et Alg&#233;riens n'attendent ni homme providentiel ni n'esp&#232;rent de caudillo reconverti sorti d'une pochette surprise ou de faqih (juriste musulman) recycl&#233;. Ils aspirent &#224; vivre librement en citoyens respect&#233;s dans une soci&#233;t&#233; libre, dirig&#233;s par des femmes et des hommes qu'ils auront librement choisis dans un contrat politique opposable &#224; tous et uniquement r&#233;gi par le droit. Le peuple est pour un changement radical et contre le cinqui&#232;me mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi donc le r&#233;gime s'obstine-t-il &#224; reconduire un pr&#233;sident si visiblement amoindri ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne qui conduit &#224; une situation absurde et une image gravement d&#233;grad&#233;e de notre pays, il est utile de rappeler qu'Abdelaziz Bouteflika a &#233;t&#233; l'un des fondateurs du syst&#232;me militaro-policier alg&#233;rien au lendemain imm&#233;diat de l'ind&#233;pendance en 1962. Il connaissait donc parfaitement les codes, le mode de fonctionnement, les usages et les composantes de cette organisation de pouvoir. Il ne pouvait en aucun cas trahir un syst&#232;me dont il a &#233;t&#233;, aux c&#244;t&#233;s de Houari Boumediene (mort en 1978), l'une des chevilles ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue travers&#233;e du d&#233;sert, Abdelaziz Bouteflika a &#233;t&#233; exhum&#233; en 1999 de son exil dor&#233; aux &#201;mirats arabes unis pour succ&#233;der &#224; Liamine Zeroual (chass&#233; sans gloire du pouvoir par ceux-l&#224; m&#234;mes qui l'avaient fait roi en 1995), avec force marches de soutien &#171; spontan&#233;es &#187;. Bouteflika a d'abord &#233;t&#233; choisi en raison de ses qualit&#233;s de diplomate : il avait &#233;t&#233; ministre des Affaires &#233;trang&#232;res pendant treize ans &#8211; de 1965 &#224; 1978 &#8211;, durant la p&#233;riode ascendante du r&#233;gime alg&#233;rien. Les g&#233;n&#233;raux &#171; janvi&#233;ristes &#187; et leurs subordonn&#233;s, auteurs du coup d'&#201;tat du 11 janvier 1992 ayant annul&#233; la victoire &#233;lectorale du Front islamique du salut (FIS), ont tabl&#233; sur son entregent substantiel pour juguler la menace que la justice internationale faisait planer sur les crimes contre l'humanit&#233; qu'ils ont commis dans les ann&#233;es 1990 lors de la &#171; sale guerre &#187; d&#233;cha&#238;n&#233;e contre les islamistes et l'ensemble de la population alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aval et l'appui des dirigeants fran&#231;ais, Abdelaziz Bouteflika, aid&#233; par une conjoncture favorable (les attentats du 11 septembre 2001 modifiant radicalement la posture des Occidentaux vis-&#224;-vis de l'islam politique), va mener &#224; bien la mission qui lui a &#233;t&#233; confi&#233;. Son activisme externe, gr&#226;ce &#224; une batterie de dispositions et de lois exorbitantes d'amnistie et d'effacement des crimes, a permis (provisoirement ?) de lever les hypoth&#232;ques qui pesaient sur les chefs de l'arm&#233;e et des services secrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bonheur n'arrivant jamais seul, Abdelaziz Bouteflika a pu consolider son emprise &#224; la faveur de l'exceptionnelle p&#233;riode d'&#171; embellie financi&#232;re &#187; due &#224; l'augmentation durable et substantielle des prix p&#233;troliers. La base de corruption du syst&#232;me s'&#233;largit alors au-del&#224; de toute esp&#233;rance, puisque dans la p&#233;riode 2002-2013 l'Alg&#233;rie enregistre pr&#232;s de 1 000 milliards de dollars de recettes p&#233;troli&#232;res. De march&#233;s publics en soci&#233;t&#233;s &#233;crans, cette manne profite &#224; des r&#233;seaux de commissionnements et de corruption compos&#233;s de chefs militaires et de leurs hommes d'affaires. Ces derniers, au fil de la constitution de fortunes consid&#233;rables et de r&#244;les de plus en plus significatifs d'interm&#233;diation avec l'&#233;tranger, ont pris progressivement une place d&#233;cisive au sommet du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2013, l'impotence du pr&#233;sident a eu pour effet de conforter les principaux dirigeants du syst&#232;me dans des positions politico-administratives qui s'apparentent &#224; de v&#233;ritables baronnies au-dessus du droit commun et ne souffrant ni supervision ni intrusion d'aucune autorit&#233; sup&#233;rieure. Les dossiers exigeant un arbitrage au sommet de l'&#201;tat sont n&#233;goci&#233;s ponctuellement avec l'entourage familial du pr&#233;sident. Ce dispositif, totalement contre-productif pour la gouvernance du pays, n'en est pas moins tr&#232;s confortable pour les nouveaux &#171; seigneurs de guerre &#187; sur lesquels ne s'exerce aucune supervision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dirigeants et leurs businessmen civils, constitu&#233;s en groupes d'int&#233;r&#234;ts, maintiennent contre vents et mar&#233;es Bouteflika au pouvoir pour conserver leur acc&#232;s &#224; une rente qui, bien que se contractant, reste la source d'enrichissement massif et continu. Il s'av&#232;re au fil des mandats qu'il est particuli&#232;rement ardu pour ces bureaucraties de pouvoir de s'entendre sur une alternative consensuelle au pr&#233;sident malade. Ceux qui contestent le cinqui&#232;me mandat au sein de cette organisation ne sont pas &#224; la recherche d'une &#233;volution du r&#233;gime. Il s'agit purement et simplement pour des groupes qui ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s plus ou moins brutalement du pouvoir de retrouver l'acc&#232;s &#224; la rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les manifestations &#224; Alger sont bannies depuis pr&#232;s de vingt ans, qu'est-ce qui explique la non-intervention de la police qui &#233;tait pourtant d&#233;ploy&#233;e massivement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que ceux qui ont d&#233;cid&#233; de faire preuve de retenue l'on fait non pas pour des consid&#233;rations &#171; d&#233;mocratiques &#187;, si j'ose dire, mais bien par calcul. Ils savent que la contestation est massive et g&#233;n&#233;ralis&#233;e, que l'exasp&#233;ration est grande. Il ne s'agit que d'un pur constat d'&#233;vidence : l'Alg&#233;rie toute enti&#232;re, du sud au nord et d'ouest en est, arrive au bout d'une patience l&#233;gendaire. Or, dans un tel &#233;tat esprit &#224; l'&#233;chelle de la nation, entrer d'embl&#233;e dans un cycle de r&#233;pression directe et de confrontation violente avec la population peut mener &#224; des ruptures impr&#233;visibles&#8230; Ces &#171; d&#233;cideurs &#187; savent aussi que leurs appareils de r&#233;pression, police, gendarmerie, arm&#233;e, ne sont pas imperm&#233;ables ou insensibles, loin de l&#224;, &#224; ce qui se d&#233;roule dans la soci&#233;t&#233;. La mesure dont a jusque-l&#224; fait preuve la police semble bien la preuve que le r&#233;gime cherche &#224; la m&#233;nager, &#224; &#233;conomiser ses forces, &#224; pr&#233;venir son usure, traduisant une vraie appr&#233;hension de sa part devant une situation d&#233;grad&#233;e et qui pourrait s'envenimer, &#224; Dieu ne plaise, au moindre d&#233;rapage. Il faudra alors au r&#233;gime assumer une r&#233;pression durable d'une ampleur in&#233;dite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle sera la riposte du r&#233;gime ? Au lendemain de la manifestation du 22 f&#233;vrier, des rumeurs parlent de contre-manifestation de ceux qui sont favorables au cinqui&#232;me mandat (FLN et RND seraient derri&#232;re, ils ont le savoir-faire en termes de marches spontan&#233;es). Si cela arrive, ne risque-t-il pas d'y avoir une fracture violente du pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces partis &#171; bidons &#187; que vous citez disposent largement de moyens mat&#233;riels pour convoquer des client&#232;les achet&#233;es &#224; vil prix. Il existe en Alg&#233;rie, comme dans toutes les soci&#233;t&#233;s humaines, des franges sans morale pr&#234;tes &#224; toutes les manipulations. Il faut esp&#233;rer que cette riposte n'advienne pas et que ceux dans l'arm&#233;e et les services de s&#233;curit&#233; qui ont conserv&#233; le sens de l'&#201;tat et qui n'ont pas totalement rompu avec l'h&#233;ritage politique du 1er novembre 1954, s'il en reste, auront leur mot &#224; dire pour emp&#234;cher des aventures dont le prix et les cons&#233;quences sont incalculables. La responsabilit&#233; de ces milieux est directement engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leur part, les centaines de milliers de manifestants &#224; travers tout le pays ont montr&#233; au monde avec &#233;clat la hauteur de principes de non-violence et d'expression polic&#233;e des revendications conforme &#224; une tradition &#233;tablie. Ce peuple, que d'aucuns se plaisent &#224; injurier du haut de leur m&#233;pris d'arrivistes oublieux de trajectoires douteuses, a exprim&#233; avec noblesse et dignit&#233; son refus du d&#233;sordre et de la tyrannie. Avec une force de conviction et une &#233;nergie &#233;vocatrices des glorieuses journ&#233;es d&#233;coloniales de d&#233;cembre 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde aura remarqu&#233; le silence honteux des m&#233;dias publics le jour de la manifestation (et des tergiversations des m&#233;dias priv&#233;s). Les partis dits d'opposition semblent, eux, sonn&#233;s par la mobilisation populaire et ils sont tr&#232;s discrets. Qu'est-ce qui explique ces attitudes (la presse et les partis d'opposition) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de m&#233;dias libres en Alg&#233;rie, pas plus qu'il ne peut exister de partis politique autonomes dans une sc&#232;ne herm&#233;tiquement verrouill&#233;e et totalement contr&#244;l&#233;e par la police politique. Les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision publiques et priv&#233;es n'ont pas du tout fait &#233;tat ni couvert les manifestations. Les journaux li&#233;s &#224; la police politique et &#224; des oligarques ont mis l'accent sur le rejet du cinqui&#232;me mandat en faisant g&#233;n&#233;ralement l'impasse sur la contestation radicale du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question de pur bon sens : une presse libre peut-elle exister dans un environnement liberticide ? Non, bien entendu. Depuis le coup d'&#201;tat militaire du 11 janvier 1992, les libert&#233;s fondamentales constitutives de l'&#201;tat de droit sont foul&#233;es au pied par le syst&#232;me. Les libert&#233;s d'expression de r&#233;union, de manifestation sont prohib&#233;es. Il est interdit d'exercer le journalisme et il est interdit de faire de la politique. Il est en revanche permis d'&#234;tre des propagandistes du r&#233;gime et de servir d'opposition-alibi dans un environnement institutionnel int&#233;gralement fabriqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes et femmes politiques ind&#233;pendants et respectables existent pourtant et tous savent leurs noms. Ceux-l&#224; n'ont pas voix au chapitre, et quand ils peuvent s'exprimer, ils sont au mieux ignor&#233;s. Quand les dirigeants de la police politique les jugent dangereusement audibles par la population, les contre-feux de la diffamation, de l'injure et de la calomnie sont rapidement allum&#233;s&#8230; Il est &#233;vident que dans un tel climat, les expressions politiques ind&#233;pendantes et sinc&#232;res &#233;mergent tr&#232;s p&#233;niblement et soient difficiles &#224; identifier. Il faut esp&#233;rer que ces mobilisations de la population permettent enfin l'&#233;mergence de cadres et militants politiques jeunes et courageux, susceptibles d'assumer massivement une rel&#232;ve dont le pays a vitalement besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me constat de carence peut s'appliquer aux m&#233;dias. &#192; l'exception de quelques rares journalistes honorables dont les noms sont &#233;galement connus de tous, la presse est massivement constitu&#233;e d'&#233;l&#233;ments parfaitement disciplin&#233;s de cette milice de la d&#233;sinformation. Les agences de presse &#233;trang&#232;res, ainsi que l'a montr&#233; la couverture francophone tronqu&#233;e et trompeuse des manifestations, ne d&#233;rogent pas &#224; la r&#232;gle. Les journalistes qui activent dans la presse &#233;trang&#232;re, fran&#231;aise en particulier, m&#233;tropole oblige, sont trop souvent &#8211; heureusement pas toujours &#8211; des agents en service command&#233; charg&#233;s de maintenir la confusion et le trouble sur la nature r&#233;elle des faits politiques qui &#233;maillent le quotidien de l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au grand dam des praticiens de l'intoxication et des manipulateurs d'opinion, le r&#232;gne de l'information contr&#244;l&#233;e est r&#233;volu. Les r&#233;seaux sociaux pallient tr&#232;s largement et tr&#232;s efficacement ce d&#233;ficit de m&#233;dias autonomes. Les coupures d'Internet et les ralentissements organis&#233;s de flux ne sont que des moyens d'arri&#232;re-garde. Les sites &#233;lectroniques du r&#233;gime tentent vainement de la capter &#224; leur profit, mais l'opinion est infiniment mieux inform&#233;e que ce que souhaiterait la dictature. Aucun artifice ni interdiction ne peut aller contre ce courant. Ce 22 f&#233;vrier 2019, ces m&#233;dias et ces valets de presse ont simplement achev&#233; de se discr&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un &#233;l&#233;ment d'une grande importance dans ce qui s'est pass&#233; le 22 f&#233;vrier qui m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; fortement. Je veux parler des gens qui ont protest&#233; contre les pr&#234;ches command&#233;s des imams, certains ont m&#234;me quitt&#233; la mosqu&#233;e comme &#224; B&#233;ja&#239;a, et accompli leur pri&#232;re &#224; l'ext&#233;rieur. Le verrou de la pression par la religion a-t-il saut&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le vide moral politique et culturel cr&#233;&#233; et entretenu par la dictature, la religiosit&#233; est devenue un liant, qui a permis le maintien de la coh&#233;sion sociale. La religion demeure ainsi un refuge premier et ultime pour beaucoup. La spiritualit&#233; des Alg&#233;riens exprime aussi, intens&#233;ment, le refus de l'ordre &#8211; plut&#244;t du d&#233;sordre &#8211; sans &#233;thique impos&#233; par la force au nom de valeurs que chacun conna&#238;t et reconna&#238;t, ancr&#233;es dans l'histoire et les usages. Mais nous ne sommes plus dans les ann&#233;es 1980 ou 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du drame et de l'impasse, des enjeux mis &#224; nu et de l'identification des acteurs, la soci&#233;t&#233; a &#233;volu&#233; et m&#251;ri. Le niveau g&#233;n&#233;ral, politique et critique, est incomparablement plus &#233;lev&#233;. L'exp&#233;rience accumul&#233;e au cours de ces d&#233;cennies de sang, de violence et d'injustice a forg&#233; les consciences et permet de mieux r&#233;sister aux m&#233;thodes d&#233;magogiques de toutes formes et de toutes apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime, tr&#232;s cyniquement, avec ses pr&#233;dicateurs-charlatans et ses imams au garde-&#224;-vous, a tent&#233; de faire fructifier l'obscurantisme et d'orienter les pratiques religieuses vers la bigoterie, les anath&#232;mes et la r&#233;gression. Mais le succ&#232;s de cette man&#339;uvre d'empoisonnement de la foi semble avoir fait long feu. La population aguerrie n'est plus aussi facilement tenue par les discours d'adh&#233;sion ou d'autorit&#233;, quelle qu'en soit la source et quels que soient les habits dont les propagandistes se rev&#234;tent&#8230; Il n'y a pas d'all&#233;geance m&#233;canique ni de gourous intouchables. Les Alg&#233;riens, croyants ou non, pratiquants ou pas, respectent le sacr&#233; et savent ce qui rel&#232;ve de la politique, in&#233;vitablement distinct de ce qui rel&#232;ve du spirituel et de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles pourraient &#234;tre les suites de cette journ&#233;e particuli&#232;re ? Quid des &#233;lections pr&#233;sidentielles du 18 avril ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir est ind&#233;chiffrable, m&#234;me si nous pouvons placer beaucoup d'espoir dans la jeunesse alg&#233;rienne. Des initiatives sont men&#233;es &#224; la base et des cercles de discussions et d'&#233;changes voient le jour. Il peut s'agir l&#224; d'un pr&#233;lude &#224; une recomposition politique effective. Ce que l'on peut affirmer sans grand risque d'erreur est que les manifestations du 22 f&#233;vrier ont unifi&#233; les rangs du peuple alg&#233;rien, dans sa diversit&#233; et ses diff&#233;rences, face &#224; ce r&#233;gime de voyous sans scrupules. Les habitants de ce pays ont d&#233;ploy&#233; aux yeux de tous une conscience politique et un sens des responsabilit&#233;s de tr&#232;s haut niveau. Sans que soit oubli&#233;e la solidarit&#233; internationale, avec la cause palestinienne notamment. Il faut esp&#233;rer que cette mobilisation soit p&#233;renne, qu'elle soit la matrice d'une r&#233;organisation politique plurielle et d&#233;mocratique de la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne. Et qu'elle aboutisse enfin &#224; un r&#232;glement politique, pacifique et dans le respect du droit et des libert&#233;s, de la crise que subit depuis trop longtemps le peuple alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://algeria-watch.org/?p=71144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://algeria-watch.org/?p=71144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Membre d'Algeria-Watch&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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