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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La question migratoire en Am&#233;rique latine et la strat&#233;gie de Donald Trump</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-question-migratoire-en-Amerique-latine-et-la-strategie-de-Donald-Trump</link>
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		<dc:date>2019-08-13T06:58:49Z</dc:date>
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		<dc:creator>Christophe Ventura</dc:creator>


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		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-08-13</dc:subject>

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&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2019 - 31 - 3 aout : Notes de lecture, textes, lien, p&#233;titions et annonces &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Haut-commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s a publi&#233; un rapport sur les d&#233;placements de populations, o&#249; l'Am&#233;rique latine appara&#238;t dans les principales zones de crise migratoire. Quelle est la situation actuelle dans cette r&#233;gion ? Quels sont les principaux pays touch&#233;s par ces ph&#233;nom&#232;nes ? &#201;clairage par Christophe Ventura, directeur de recherche &#224; l'IRIS et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-279-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-08-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-08-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton39777-92e7d.jpg?1781641243' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2019 - 31 - 3 aout : Notes de lecture, textes, lien, p&#233;titions et annonces&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Haut-commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s a publi&#233; un rapport sur les d&#233;placements de populations, o&#249; l'Am&#233;rique latine appara&#238;t dans les principales zones de crise migratoire. Quelle est la situation actuelle dans cette r&#233;gion ? Quels sont les principaux pays touch&#233;s par ces ph&#233;nom&#232;nes ? &#201;clairage par Christophe Ventura, directeur de recherche &#224; l'IRIS et chercheur associ&#233; au CETRI.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 29 juillet 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rapport annuel du Haut-commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s montre un nouveau record atteint en 2018, faisant &#233;tat de 70,8 millions de d&#233;placements forc&#233;s dans le monde. Alors que le focus est souvent plac&#233; en M&#233;diterran&#233;e, qu'en est-il de l'Am&#233;rique latine ? Quelles sont les dynamiques migratoires avec quelles r&#233;percussions sur les &#233;quilibres &#233;conomiques et politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pays qui d&#233;tient le triste record mondial de d&#233;plac&#233;s forc&#233;s est un pays latino-am&#233;ricain : la Colombie, avec 8 millions de d&#233;plac&#233;s internes, devant la Syrie et la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo. C'est un chiffre souvent m&#233;connu, &#224; relier au conflit arm&#233; colombien qui dans les faits, s'il est officiellement termin&#233; avec les accords de paix d 2016, continue de produire ses nombreuses cons&#233;quences dans la soci&#233;t&#233; colombienne. Plusieurs pays d'Am&#233;rique latine connaissent ces ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;placements forc&#233;s, de pouss&#233;es migratoires et de mouvements de r&#233;fugi&#233;s du fait de conflits arm&#233;s, de situations de crises &#233;conomiques et politiques vives, de violences multiformes qui les projettent dans des situations critiques et de ruptures, parfois de quasi-guerres civiles de basse intensit&#233; larv&#233;es comme cela peut &#234;tre le cas dans les pays centram&#233;ricains, le Mexique ou le Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, la Colombie, le Mexique, les pays d'Am&#233;rique centrale (le Salvador, le Guatemala &#8211; surtout lui -, le Honduras), Ha&#239;ti, Cuba, le Venezuela (pays d'o&#249; provient le plus grand nombre de demandes d'asile en 2018 devant l'Afghanistan) constituent les pays les plus concern&#233;s par ces ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces situations posent de nombreux d&#233;fis aux &#201;tats de la r&#233;gion en termes de ressources et de recherche de financements pour g&#233;rer l'urgence li&#233;e &#224; ces situations de d&#233;tresse. Sur le long terme, cela les interroge sur leurs mod&#232;les de d&#233;veloppement &#233;conomique, social et politique. En effet, &#224; la racine de tous ces maux se trouvent des probl&#232;mes structurels non r&#233;solus : pauvret&#233;, in&#233;galit&#233;s, &#201;tats vuln&#233;rables et faibles, violences, corruption, crime organis&#233; ins&#233;r&#233; &#224; des cha&#238;nes de trafics internationaux &#8211; notamment aux &#201;tats-Unis qui constituent le premier march&#233; de consommation de drogues au monde, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue g&#233;opolitique, la question migratoire s'impose dans l'agenda politique et est l'un des d&#233;terminants importants de la relation entre les pays latino-am&#233;ricains et le grand voisin nord-am&#233;ricain, avec en particulier l'embl&#233;matique cas de la fronti&#232;re mexicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise v&#233;n&#233;zu&#233;lienne a g&#233;n&#233;r&#233; pr&#232;s de 4 millions de r&#233;fugi&#233;s, majoritairement dans les pays limitrophes dont la Colombie, elle-m&#234;me en proie &#224; des conflits et des d&#233;placements internes. Quel impact sur la situation du pays ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation v&#233;n&#233;zu&#233;lienne est tr&#232;s pr&#233;occupante puisque le HCR estime que fin 2019, environ 5 millions de V&#233;n&#233;zu&#233;liens pourraient avoir quitt&#233; leur pays depuis le d&#233;but de la crise (2013-2014). La majorit&#233; d'entre eux se trouve aujourd'hui en Colombie, au P&#233;rou, au Chili et en &#201;quateur. Ce n'est pas la premi&#232;re crise migratoire de ce type en Am&#233;rique latine, la plus grande qu'ait connue la r&#233;gion &#233;tant celle de la Colombie, qui a produit des millions de d&#233;plac&#233;s internes, mais aussi de migrants et de r&#233;fugi&#233;s. Le Venezuela a ainsi accueilli des millions de Colombiens pendant des ann&#233;es, qui y vivent d'ailleurs encore et dont beaucoup sont devenus V&#233;n&#233;zu&#233;liens pendant les ann&#233;es Chavez. Une fraction significative des migrants v&#233;n&#233;zu&#233;liens d'aujourd'hui en fait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est d'autant plus compliqu&#233;e que les pays latino-am&#233;ricains qui accueillent les migrants v&#233;n&#233;zu&#233;liens font eux-m&#234;mes face &#224; de nombreuses difficult&#233;s &#233;conomiques depuis quelques ann&#233;es. Il y a eu deux phases dans leur gestion des flux. Les premi&#232;res ann&#233;es, les contingents de migrants v&#233;n&#233;zu&#233;liens &#233;taient constitu&#233;s de populations hautement dipl&#244;m&#233;es et comp&#233;tentes du pays, relativement argent&#233;es (ing&#233;nieurs, techniciens, m&#233;tiers de la sant&#233;, etc.). Ces populations ont &#233;t&#233; finalement une aubaine pour les pays r&#233;cepteurs. La crise migratoire v&#233;n&#233;zu&#233;lienne a pris une autre tournure lorsque, au gr&#233; de l'&#233;volution du conflit politique interne, de sa duret&#233; et de sa polarisation, d'autres secteurs de la population v&#233;n&#233;zu&#233;lienne, plus populaires, ont &#224; leur tour migr&#233;. Cette fois-ci, les pays r&#233;cepteurs ont sonn&#233; l'alarme. Aujourd'hui, ils n'ont ni l'envie, ni les moyens financiers, ni les syst&#232;mes sociaux n&#233;cessaires pour soutenir cette pression migratoire. Ceci explique pourquoi les pays sud-am&#233;ricains, ind&#233;pendamment de leur position politique vis-&#224;-vis de la situation au Venezuela, ne veulent pas d'escalade ou d'intervention militaire, de mani&#232;re &#224; &#233;viter une pouss&#233;e migratoire encore plus intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est particuli&#232;rement important pour la soci&#233;t&#233; colombienne qui, comme d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, doit d&#233;j&#224; g&#233;rer ses d&#233;plac&#233;s internes, ph&#233;nom&#232;ne en augmentation depuis 2015, ce qui est inou&#239; alors qu'entre temps un accord de paix a &#233;t&#233; sign&#233;. Le probl&#232;me est que la mise en place de cet accord reste en r&#233;alit&#233; tr&#232;s lacunaire &#8211; on estime qu'&#224; peine 20% de l'accord a &#233;t&#233; mis en &#339;uvre, tous les probl&#232;mes li&#233;s au conflit arm&#233; sont toujours pr&#233;sents : peu de financements pour les d&#233;plac&#233;s internes, de ressources pour reloger les gens, de projets de r&#233;int&#233;gration des populations &#8211; dont les membres des FARC (Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie) &#8211; dans la soci&#233;t&#233;, etc. Tout est en friche. Une bonne partie du territoire colombien est par cons&#233;quent toujours capt&#233; &#8211; et m&#234;me r&#233;investi &#8211; par le crime organis&#233;, les cartels et les paramilitaires. Ces forces obscures agissent dans le pays et occupent les territoires qui ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s par les FARC, faisant r&#233;gner leurs lois priv&#233;es, souvent cruelles et violentes. La situation colombienne est ainsi tr&#232;s grave du point de vue humanitaire et fragilise les espoirs de retour &#224; la stabilit&#233; d'un pays dont le potentiel de d&#233;veloppement &#233;conomique est frustr&#233; par cette ins&#233;curit&#233; structurelle. &#192; cela s'ajoutent les fortes incertitudes qui p&#232;sent sur l'avenir politique de l'accord de paix de 2016. La confiance est rompue entre le gouvernement et les FARC, chaque jour des assassinats de dirigeants sociaux et de militants politiques et des droits humains et environnementaux ont lieu dans le pays. Chaque jour, la survie de cet accord est menac&#233;e. La responsabilit&#233; du gouvernement de Ivan Duque &#8211; hostile aux &#233;quilibres obtenus au sein de l'accord &#8211; est directe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mexique a r&#233;cemment chang&#233; de politique migratoire, annon&#231;ant un renforcement du contr&#244;le aux fronti&#232;res, suite aux pressions &#233;conomiques de Washington. Plaque tournante de l'immigration latino-am&#233;ricaine, quelles marges de man&#339;uvre a Mexico en mati&#232;re de gestion des flux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mexique est dans une situation politique, &#233;conomique et juridique tr&#232;s compliqu&#233;e, qu'il faut savoir mesurer, parce que ses marges de man&#339;uvre sont assez &#233;troites. D'abord, il faut rappeler quelques &#233;l&#233;ments importants : les flux migratoires ill&#233;gaux centram&#233;ricains et mexicains vers les &#201;tats-Unis aujourd'hui, si l'on s'en tient aux statistiques fournies par le nombre de personnes arr&#234;t&#233;es &#224; la fronti&#232;re entre les &#201;tats-Unis et le Mexique, sont &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes que dans les ann&#233;es 1970. Il n'y a pas du tout d'invasion : environ 500 000 personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es en 2018 (comme &#224; cette &#233;poque donc) par les patrouilles et la police des fronti&#232;res nord-am&#233;ricaines ; dans les ann&#233;es 1980-1990, elles &#233;taient 3 fois plus nombreuses. Encore deux fois plus nombreuses au d&#233;but des ann&#233;es 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le contexte politique a chang&#233;, Donald Trump jouant sur la fibre migratoire aupr&#232;s de son &#233;lectorat dans le contexte de d&#233;sindustrialisation partielle que conna&#238;t le pays. Ce fut l'un de ses principaux axes de campagne en 2016. Et le pr&#233;sident am&#233;ricain est en &#233;chec sur son grand projet de mur entre le Mexique et les &#201;tats-Unis, retoqu&#233; par le Congr&#232;s qui a refus&#233; de le financer. Alors qu'il d&#233;marre sa campagne pour sa r&#233;&#233;lection en 2020, c'est la saison 2 qui vient de commencer au d&#233;triment du Mexique. Les D&#233;mocrates l'ont humili&#233; avec le mur ? C'est l'heure de montrer sa d&#233;termination et sa force. Les Mexicains se retrouvent ainsi les otages d'un Donald Trump en campagne &#233;lectorale : contrevenant encore une fois &#224; tous les usages, il impose aujourd'hui au Mexique un dispositif de r&#233;pression commerciale qu'il lie &#224; la question migratoire (des objectifs chiffr&#233;s sont impos&#233;s au Mexique dans un d&#233;lai de 45 jours), alors que les sujets ne sont pas li&#233;s. Menaces d'imposition de lourds droits de douane &#224; un pays dont toute l'&#233;conomie d&#233;pend de ses exportations vers le march&#233; am&#233;ricain &#8211; ph&#233;nom&#232;ne renforc&#233; par l'accord de libre-&#233;change asym&#233;trique qui lie le Mexique au Canada et aux &#201;tats-Unis &#8211; et annonces de nouvelles &#171; d&#233;portations &#187; (expulsions) massives de migrants &#224; venir du territoire nord-am&#233;ricain constituent le manche et la t&#234;te de la batte de Donald Trump. La situation mexicaine nous instruit une nouvelle fois sur ce qui constitue le c&#339;ur de la strat&#233;gie de Donald Trump. Ici comme ailleurs, le pr&#233;sident am&#233;ricain utilise le march&#233; des &#201;tats-Unis comme une bombe atomique : &#171; Vous voulez continuer &#224; avoir acc&#232;s &#224; notre march&#233; pour vos entreprises et vos banques ? Alors ob&#233;issez, sinon, je vous en ferme l'acc&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; accord &#187; a donc &#233;t&#233; pass&#233; le 7 juin dernier entre les &#201;tats-Unis et le Mexique. C&#244;t&#233; am&#233;ricain, il permet &#224; Donald Trump de montrer qu'il a r&#233;ussi &#224; infl&#233;chir et &#224; soumettre son homologue mexicain, Andr&#232;s Manuel Lopez Obrador (AMLO), en l'obligeant &#224; d&#233;ployer une politique plus r&#233;pressive avec l'affectation de 6 000 gardes nationaux mexicains (militaires) &#224; la fronti&#232;re sud avec le Guatemala, le Salvador et le Honduras. Ce sont en effet les trois pays d'o&#249; part le plus gros contingent de migrants vers les &#201;tats-Unis : en 2018, 210 000 Guat&#233;malt&#232;ques pour plus de 17 millions d'habitants), 175 000 Honduriens (environ 10 millions d'habitants) et 50 000 Salvadoriens (entre 5 et 6 millions d'habitants) ont ainsi &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par la police am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord pass&#233; entre les &#201;tats-Unis et le Mexique pr&#233;voit ainsi plusieurs dispositions : politique mexicaine de r&#233;pression militaris&#233;e &#224; la fronti&#232;re sud pour emp&#234;cher les migrants de passer et augmenter les objectifs d'expulsions et de r&#233;tentions (le gouvernement de AMLO a m&#234;me annonc&#233; qu'il affectait 15 000 hommes suppl&#233;mentaires &#224; la fronti&#232;re nord avec les &#201;tats-Unis) ; dans le m&#234;me temps, l'accord ne d&#233;signe pas la pr&#233;sence sur le territoire mexicain d'une personne non r&#233;guli&#232;re comme un &#171; d&#233;lit &#187;, mais comme une &#171; faute administrative &#187; &#8211; cela pour garantir les droits des migrants &#8211; ; non-signature du Mexique d'un accord de pays dit &#171; tiers s&#251;r &#187; (&#224; l'image de l'accord de la Turquie avec l'Union europ&#233;enne), c'est-&#224;-dire que le pays ne devra pas traiter les demandes d'asile des migrants sur le sol mexicain, ce seront bien les tribunaux am&#233;ricains qui continueront &#224; traiter ces demandes, mais les Mexicains s'engagent en revanche &#224; g&#233;rer sur leur territoire la situation de ces migrants le temps que les tribunaux am&#233;ricains statuent sur les demandes d'asile&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question du pays &#171; tiers s&#251;r &#187; &#8211; qui reviendrait &#224; offrir la possibilit&#233; aux &#201;tats-Unis d'externaliser la gestion de leur fronti&#232;re sud &#8211; est d&#233;terminante et sera &#224; suivre. C'est en r&#233;alit&#233; l'objectif poursuivi par les &#201;tats-Unis depuis longtemps. Pour le moment, le Mexique y &#233;chappe, mais un accord compl&#233;mentaire sign&#233; le 14 juin entre les deux parties signale que si le Mexique n'arrive pas &#224; diminuer le flux de migrants traversant sa fronti&#232;re nord dans les 45 jours, des discussions s'engageront dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, Washington a annonc&#233; le gel d'une partie significative de ses aides financi&#232;res &#8211; dont ils sont largement tributaires &#8211; aux pays du Triangle Nord (El Salvador, Honduras, Guatemala) tant que la situation migratoire perdurera (cela concerne d&#233;j&#224; 180 millions de dollars d'aides sur les tranches non distribu&#233;es de 2017). Le Guatemala, dirig&#233; pour quelque temps encore par l'ancien humoriste et controvers&#233; Jimmy Morales, a annonc&#233; qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; n&#233;gocier pour devenir ce &#171; pays tiers s&#251;r &#187; centram&#233;ricain. Sous son mandat, on estime &#224; 450 000 le nombre de Guat&#233;malt&#232;ques qui ont rejoint ill&#233;galement les &#201;tats-Unis (2,7 millions d'entre eux y vivraient en tout&#8230; dont 2,3 millions sans papiers&#8230;). Le pays conna&#238;tra le second tour de son &#233;lection pr&#233;sidentielle, &#224; laquelle Jimmy Morales ne s'est pas pr&#233;sent&#233;, le 11 ao&#251;t. La candidate de centre gauche Sandra Torres pr&#233;sente &#224; ce second tour se prononce contre une n&#233;gociation de derni&#232;re minute du pr&#233;sident sortant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ont donc deux fers au feu avec le Mexique et le Guatemala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'accord n'est pas bon pour les Mexicains, il pr&#233;voit tout de m&#234;me que les &#201;tats-Unis aideront le Mexique &#224; d&#233;ployer l'alternative qu'il veut porter sur la question migratoire, c'est-&#224;-dire la mise en place d'un &#171; Plan de d&#233;veloppement int&#233;gral &#187; &#224; destination des trois pays centram&#233;ricains pour traiter les causes structurelles des migrations. Cette strat&#233;gie est poursuivie avec force par le gouvernement mexicain, encore plus dans les conditions actuelles. Ce plan a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; en lien avec la prestigieuse Commission &#233;conomique pour l'Am&#233;rique latine et les Cara&#239;bes (Cepal) des Nations unies, grande promotrice des politiques de redistribution, de lutte contre la pauvret&#233; et des in&#233;galit&#233;s et d'int&#233;gration r&#233;gionale pour l'Am&#233;rique latine. Cette d&#233;marche vise &#224; mobiliser la r&#233;gion et les institutions multilat&#233;rales face &#224; l'administration Trump pour faire &#233;merger une autre approche des questions migratoires bas&#233;e sur celles du d&#233;veloppement, de la coop&#233;ration internationale et de la redistribution des ressources. Plusieurs pays latino-am&#233;ricains (pays du Triangle Nord, Bolivie, Chili, Uruguay) et internationaux (Allemagne, Espagne), ainsi que le secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral des Nations unies et l'Union europ&#233;enne apportent aujourd'hui leur soutien &#224; ce plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que veut rappeler cette initiative, c'est que les causes migratoires sont d'abord la pauvret&#233;, les in&#233;galit&#233;s, le fait que les &#201;tats centram&#233;ricains sont vuln&#233;rables, presque faillis, rong&#233;s par la corruption et la violence end&#233;mique, criminelle et mafieuse. Cette initiative veut affirmer que c'est par le d&#233;veloppement et la s&#233;curisation &#233;conomiques que ces pays pourront tarir le flux de leurs migrants. Le probl&#232;me est qu'une bonne partie de la situation de ces pays est li&#233;e &#224; une politique am&#233;ricaine men&#233;e depuis les ann&#233;es 1990 (sans m&#234;me parler de la domination &#233;conomique des &#201;tats-Unis dans cette zone) : avec les vagues de deportaciones (d&#233;portations) qu'ils ont d&#233;cid&#233;, les Am&#233;ricains ont cherch&#233; &#224; se d&#233;barrasser de toutes les bandes et des gangs guat&#233;malt&#232;ques, honduriens et salvadoriens pr&#233;sents dans leurs prisons. En renvoyant manu militari toutes ces personnes qui s&#233;vissaient aux &#201;tats-Unis vers leurs pays d'origine, pauvres, d&#233;truits par des ann&#233;es de guerres civiles (auxquelles ont particip&#233; directement ou indirectement les &#201;tats-Unis), ils n'ont pas r&#233;gl&#233; le probl&#232;me, mais l'ont amplifi&#233;, puisque les r&#233;seaux criminels et mafieux ont pris d'&#233;normes espaces de pouvoirs dans ces &#201;tats meurtris et se sont renforc&#233;s et &#233;largis dans un p&#233;rim&#232;tre qui s'&#233;tend de l'Am&#233;rique centrale aux &#201;tats-Unis (premier march&#233; des drogues, exportateurs d'armes qui affluent en Am&#233;rique latine, plus de 2 000 traverseraient quotidiennement la fronti&#232;re vers le Mexique sans provoquer la m&#234;me campagne de r&#233;pression de la part des autorit&#233;s). Ces r&#233;seaux criminels mexicains et centram&#233;ricains op&#232;rent depuis ces pays tous les trafics possibles vers les &#201;tats-Unis, avec leurs interlocuteurs sur place que sont les mafias et les gangs pr&#233;sents sur le territoire am&#233;ricain. Cette politique a ainsi produit des effets d&#233;sastreux, qui ont &#224; la fois pourri les soci&#233;t&#233;s locales et d&#233;velopp&#233; encore plus la criminalit&#233; transnationale, dont font partie le trafic humain et le trafic migratoire. Tout cela s'auto-alimente et stimule la pression actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que la seule politique des &#201;tats-Unis est une politique de financement de la militarisation de la lutte contre la criminalit&#233;, le narcotrafic et les migrations. Elle n'a conduit qu'&#224; une explosion de ces fl&#233;aux, ainsi qu'&#224; une radicalisation et &#224; une modernisation militaire des acteurs criminels. In fine, elle a empir&#233; la situation s&#233;curitaire de ces pays. Plus que jamais, dans des pays incapables de donner du travail et des perspectives &#224; des habitants soumis &#224; toutes formes de violences quotidiennes, les raisons de partir, au prix de sa vie, sont toujours plus fortes. Ce syst&#232;me ne marche pas. Les &#201;tats-Unis financent m&#234;me en r&#233;alit&#233; une partie des probl&#232;mes qu'ils disent vouloir r&#233;gler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord &#201;tats-Unis/Mexique est donc complexe et d&#233;s&#233;quilibr&#233;, il pousse le gouvernement de Mexico l&#224; o&#249; il ne voulait pas aller : dans la r&#233;pression et la militarisation, la soumission aux exigences de Donald Trump. Le pari d'investissements et de d&#233;veloppement sur le long terme des trois pays centram&#233;ricains pour enrayer les flux migratoires est m&#233;ritoire et juste, mais incertain dans les conditions actuelles. D'autant qu'en cette p&#233;riode de campagne &#233;lectorale &#233;tasunienne, le sujet des flux migratoires risque de fortement animer les relations entre la r&#233;gion et les &#201;tats-Unis avec le danger que Donald Trump continue &#224; l'instrumentaliser pour s&#233;duire son &#233;lectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une course contre la montre est engag&#233;e pour AMLO. Les quarante-cinq prochains jours seront les plus durs de son d&#233;but de mandat et en imprimeront la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe Ventura&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/La-question-migratoire-en-Amerique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/La-question-migratoire-en-Amerique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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