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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Sur la construction du capitalisme en France</title>
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		<dc:date>2020-02-10T21:29:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Xavier Lafrance</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-02-11</dc:subject>

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&lt;p&gt;Xavier Lafrance est professeur de science politique &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al. Il a coordonn&#233;, avec Charles Post, le livre Case Studies in the Origins of Capitalism (Palgrave 2018) et est l'auteur de The Making of Capitalism in France. Class Structures, Economic Development, the State and the Formation of the French Working Class, 1750-1914 (Brill, &#171; Historical Materialism &#187;, 2019). &lt;br class='autobr' /&gt; Dans le sillage du mod&#232;le du &#171; marxisme politique &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Contretemps : Pourrais-tu revenir sur ton (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-02-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-02-11&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L98xH150/arton42043-34a2e.jpg?1782045211' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Xavier Lafrance est professeur de science politique &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al. Il a coordonn&#233;, avec Charles Post, le livre Case Studies in the Origins of Capitalism (Palgrave 2018) et est l'auteur de The Making of Capitalism in France. Class Structures, Economic Development, the State and the Formation of the French Working Class, 1750-1914 (Brill, &#171; Historical Materialism &#187;, 2019).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans le sillage du mod&#232;le du &#171; marxisme politique &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contretemps : Pourrais-tu revenir sur ton background intellectuel et politique ? Dans l'introduction de The Making of Capitalism in France, tu &#233;cris que le cadre th&#233;orique dans lequel tu t'inscris est celui du &#171; marxisme politique &#187; (que tu pr&#233;f&#232;res nommer &#171; marxisme inspir&#233; du Capital &#187; [Capital-centric Marxism]) : pourrais-tu expliciter ton rapport &#224; cette tradition th&#233;orique du marxisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Xavier Lafrance &lt;/strong&gt; : Dans le livre, j'utilise le cadre du &#171; marxisme politique &#187;, d&#233;velopp&#233; par Robert Brenner et Ellen Meiksins Wood &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970 et du d&#233;but des ann&#233;es 1980, qui s'appuie sur la critique de l'&#233;conomie politique par le Marx de la maturit&#233;. Dans ses travaux de jeunesse &#8211; notamment dans L'id&#233;ologie allemande et Le Manifeste communiste &#8211; Marx &#233;tait encore influenc&#233; par la pr&#233;sentation classique du &#171; mod&#232;le commercial &#187; d'Adam Smith. Selon ce mod&#232;le l'expansion des &#233;changes marchands conduit &#224; une division permanente du travail et du d&#233;veloppement des forces productives, culminant avec la mont&#233;e du capitalisme (ou ce que Smith appelait la &#171; soci&#233;t&#233; commerciale &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a rompu avec ces hypoth&#232;ses smithiennes dans les Grundrisse et dans son chef d'&#339;uvre, Le Capital (d'o&#249; l'expression &#171; marxisme inspir&#233; du Capital &#187; [Capital-centric Marxism]). Dans ces travaux, Marx rejette la notion des &#233;conomistes politiques classiques de la &#171; soi-disant accumulation primitive &#187; qui aurait amorc&#233; l'&#233;mergence du capitalisme. Il souligne qu'aucune expansion commerciale ou accumulation de richesse mon&#233;taire ne pourra jamais, par elle-m&#234;me, expliquer la transition vers le capitalisme. Le capital n'est pas une chose, mais un &#171; rapport social &#187; et l'&#233;mergence du capitalisme n&#233;cessite une transformation radicale des rapports de classe &#8211; une reconfiguration qualitative du pouvoir social et non une accumulation purement quantitative de richesses. Afin d'expliquer cette transformation des rapports de classe, Marx a consacr&#233; la derni&#232;re section du premier volume du Capital &#224; une analyse de l'expropriation massive et violente des paysans de leurs terres, qui a eu lieu dans la campagne anglaise aux d&#233;buts de la p&#233;riode moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyant sur cette id&#233;e de Marx et la d&#233;veloppant, Brenner a publi&#233; des articles embl&#233;matiques[1], &#224; la fin des ann&#233;es 1970, sur les origines agraires et anglaises du capitalisme. Dans ces articles, il rompt avec les analyses de l'&#233;mergence du capitalisme qui endossent l'argument m&#234;me qui aurait justement besoin d'&#234;tre expliqu&#233;. La plupart des explications historiques des origines du capitalisme ont &#233;t&#233; circulaires, sugg&#233;rant que le capitalisme a &#233;merg&#233; de dynamiques capitalistes pr&#233;existantes, bien qu'embryonnaires. Les anciennes pratiques commerciales qui, typiquement, impliquent d'acheter bon march&#233; dans une r&#233;gion pour revendre plus cher dans une autre r&#233;gion, tendaient ainsi &#224; &#234;tre assimil&#233;es au capitalisme. Nous nous retrouvons donc avec des explications historiques tournant autour de l'&#233;limination des obstacles &#224; des processus intemporels (proto)capitalistes, une initiative souvent attribu&#233;e aux marchands urbains et impliquant parfois de violentes r&#233;volutions. Les lignes de d&#233;marcation historiques sont brouill&#233;es et les imp&#233;ratifs propres au capitalisme sont naturalis&#233;s. C'est pr&#233;cis&#233;ment le type de cadre qu'a rejet&#233; Brenner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier &#171; d&#233;bat sur la transition &#187; s'&#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;roul&#233;, dans les ann&#233;es 1950, autour de l'&#233;change entre Maurice Dobb et Paul Sweezy[2]. Tandis que Sweezy liait la mont&#233;e du capitalisme au d&#233;veloppement du commerce et de l'urbanisation, Dobb maintenait que ces derniers ne constituaient pas une menace, mais &#233;taient en r&#233;alit&#233; tout &#224; fait compatibles avec le f&#233;odalisme. Selon Dobb, le facteur crucial derri&#232;re la transition &#233;tait la lutte de classes entre seigneurs et paysans, qui a &#233;mancip&#233; ces derniers des entraves f&#233;odales et leur a permis de s'engager dans la petite production et de finalement devenir de v&#233;ritables capitalistes. Brenner a gard&#233; l'accent qu'a mis Dobb sur la lutte des classes dans les campagnes, tout en se d&#233;barrassant de ses hypoth&#232;ses smithiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lan&#231;ant un nouveau d&#233;bat sur la transition qui a fini par porter son nom, Brenner s'est confront&#233; aux explications non-marxistes dominantes de l'&#233;mergence du capitalisme. Il a montr&#233; que les explications de l'essor du capitalisme li&#233;es au &#171; mod&#232;le commercial &#187; et au &#171; mod&#232;le d&#233;mographique &#187; supposaient tous deux que l'&#233;conomie agraire moderne r&#233;ponde aux changements d'offre et de demande de terres sur le march&#233;. Ce faisant, ces mod&#232;les pr&#233;sumaient que les dynamiques sp&#233;cifiquement capitalistes poussant les producteurs &#224; se sp&#233;cialiser, &#224; innover et &#224; accumuler, existaient transhistoriquement. Ces m&#234;mes mod&#232;les &#233;taient par cons&#233;quent dans l'incapacit&#233; de rendre compte des diff&#233;rentes voies de d&#233;veloppement qui ont &#233;merg&#233; &#224; travers l'Europe dans le sillage de la diffusion du commerce &#224; partir du 11e si&#232;cle et de l'effondrement d&#233;mographique du 14e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brenner a expliqu&#233; comment, sous le f&#233;odalisme, la possession de terre par des paysans en dehors de la concurrence du march&#233; suppose l'usage cons&#233;cutif de la coercition extra-&#233;conomique par la classe dominante dans le but de soutirer un surtravail sous forme de rente. Cette forme d'exploitation &#171; extra-&#233;conomique &#187; engendrait une accumulation de moyens militaires et stimulait le commerce de biens de luxe qui s'inscrivaient dans des projets de construction d'&#201;tats men&#233;s par la classe dirigeante f&#233;odale. Cette exploitation extra-&#233;conomique excluait aussi le d&#233;veloppement syst&#233;matique de la productivit&#233; par des m&#233;thodes am&#233;lior&#233;es d'&#233;conomie de main d'&#339;uvre. La population augmentant, la tendance &#224; la parcellisation des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res par des legs s&#233;parables a en fait plut&#244;t engendr&#233; le d&#233;clin des r&#233;coltes par acre et par apport de main d'&#339;uvre et a finalement conduit &#224; un effondrement d&#233;mographique. Bien qu'elles aient &#233;t&#233; universelles dans toutes les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, Brenner explique comment l'impact des tendances commerciales et d&#233;mographiques divergeait en fonction des rapports de pouvoir au sein et entre les classes dans une r&#233;gion donn&#233;e[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe de l'Est, o&#249; les paysans n'avaient pas d&#233;velopp&#233; de forte organisation communale villageoise, les propri&#233;taires ont pu imposer un &#171; second servage &#187;. En Europe occidentale, une solidarit&#233; plus forte a permis aux paysans de se lib&#233;rer du servage tout en conservant la possession effective de leurs parcelles &#224; travers des loyers coutumiers stables. Des tentatives des seigneurs pour renforcer les baux et augmenter les loyers ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es par la r&#233;sistance paysanne et court-circuit&#233;es par la consolidation de monarchies absolutistes &#8211; en France et ailleurs &#8211; dont la source de revenu principale &#233;tait les taxes. L'appropriation du surplus extra-&#233;conomique a ainsi &#233;t&#233; partiellement pr&#233;serv&#233;e via une nouvelle forme d'exploitation m&#233;di&#233;e par l'&#201;tat (bien que les loyers demeuraient une source de revenus majeure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, toutefois, une transformation des rapports de classe a eu lieu, qui a fait date, permettant la mont&#233;e d'une nouvelle forme historique d'exploitation &#233;conomique. L&#224;, la cons&#233;quence involontaire de la strat&#233;gie de reproduction de la classe dirigeante face &#224; la crise f&#233;odale du 14e si&#232;cle a constitu&#233; une transition vers le capitalisme agraire alors que les seigneurs r&#233;agissaient &#224; la capacit&#233; des paysans &#224; gagner leur libert&#233; l&#233;gale en imposant des locations commerciales, capitalistes aux agriculteurs. Ce processus a &#233;t&#233; appuy&#233; par un &#201;tat anglais plus centralis&#233; et a engendr&#233; des rapports sociaux de propri&#233;t&#233; sp&#233;cifiquement capitalistes, dans lesquels l'acc&#232;s &#224; leurs terres par les agriculteurs locataires d&#233;pendait du march&#233;. Cette d&#233;pendance au march&#233; a contraint les producteurs &#224; se sp&#233;cialiser, &#224; innover et &#224; &#233;conomiser afin de payer des loyers en augmentation &#224; cause de la concurrence sur le march&#233;. La cons&#233;quence a &#233;t&#233; une croissance &#233;conomique durable sans pr&#233;c&#233;dent et une rupture avec les cycles d&#233;mographiques malthusiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En r&#233;sum&#233;, alors que la plupart des historiens et sociologues supposent, dans la veine smithienne, que les opportunit&#233;s croissantes du march&#233; m&#232;nent automatiquement les producteurs &#224; adopter des comportements capitalistes, Brenner a montr&#233; comment ces derniers ont en fait d&#233;coul&#233; des rapports de propri&#233;t&#233; sp&#233;cifiques. Ces derniers ont, en premier lieu, &#233;t&#233; confin&#233;s &#224; l'Angleterre et ont contraint les acteurs &#233;conomiques &#224; se reproduire par la concurrence sur le march&#233; et la maximisation du profit. Comme l'explique Wood, le capitalisme &#233;merge pr&#233;cis&#233;ment lorsque les march&#233;s ne constituent plus un ensemble d'opportunit&#233;s, mais deviennent des forces coercitives. Bien &#233;videmment, ceci a d'importantes implications quant &#224; notre th&#233;orisation du mat&#233;rialisme historique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta probl&#233;matisation du capitalisme occupe une place essentielle dans ton approche de la formation du capitalisme en France : en quel sens aborder le capitalisme comme un syst&#232;me social plut&#244;t que comme un ph&#233;nom&#232;ne &#171; purement &#187; &#233;conomique te semble-t-il essentiel en tant que chercheur marxiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse historique discut&#233;e plus haut d&#233;montre que le capitalisme est davantage qu'une simple expansion de ph&#233;nom&#232;nes &#171; &#233;conomiques &#187;, qu'il s'agisse du commerce, comme le croient les smithiens, ou des forces productives, comme le sugg&#232;rent de nombreux marxistes. Son av&#232;nement n&#233;cessite une reconfiguration du pouvoir social et r&#233;sulte des luttes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participant au &#171; Brenner Debate &#187;, lanc&#233; par l'&#339;uvre discut&#233;e plus haut, l'historien fran&#231;ais Guy Bois a accus&#233; Brenner de &#171; marxisme politique &#187; &#8211; inventant ainsi le nom par lequel cette approche est entr&#233;e dans la post&#233;rit&#233;. Bois reprochait &#224; Brenner d'avoir accord&#233; trop d'importance aux facteurs politiques, c'est-&#224;-dire aux luttes des classes, au d&#233;triment des facteurs &#233;conomiques, notamment les contradictions entre forces et rapports de production. Toutefois, la critique de Bois &#233;tait erron&#233;e puisqu'elle prenait pour acquise une s&#233;paration entre le &#171; politique &#187; et l'&#171; &#233;conomique &#187; sp&#233;cifique au capitalisme. Sous le f&#233;odalisme et d'autres formes sociales non capitalistes, le surplus de travail &#233;tait extrait via des moyens &#171; extra-&#233;conomiques &#187;, c'est-&#224;-dire par le pouvoir politique, juridique et militaire. Les seigneurs f&#233;odaux utilisaient leur pouvoir politique personnel directement dans le processus d'appropriation du surplus, ce qui a men&#233; Brenner &#224; parler de &#171; propri&#233;t&#233; constitu&#233;e politiquement &#187; en r&#233;f&#233;rence aux modes de production non capitalistes. Par cons&#233;quent, dans ces soci&#233;t&#233;s non capitalistes, la nature des luttes de classes tendait &#224; &#234;tre ouvertement et directement politique et les rapports de pouvoir entre classes, tout comme le niveau de solidarit&#233; entre classes, ont jou&#233; un r&#244;le essentiel dans le fa&#231;onnement de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s et des &#233;conomies f&#233;odales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les rapports de classe demeurent centraux sous le capitalisme, ce syst&#232;me est radicalement diff&#233;rent en ce sens qu'il rend les producteurs et les exploiteurs d&#233;pendants du succ&#232;s de la concurrence sur le march&#233; pour leur reproduction. Ces &#171; lois de d&#233;veloppement &#187;, ou &#171; r&#232;gles de reproduction &#187; sp&#233;cifiques &#224; ce syst&#232;me &#8211; la loi de la valeur qui contraint les producteurs &#224; &#233;conomiser le temps de travail par une sp&#233;cialisation, l'utilisation d'innovations &#233;conomisant du travail et l'accumulation continue de plus-value &#8211; op&#232;rent via le m&#233;canisme de la concurrence des prix. En d'autres termes, bien qu'il pr&#233;serve toujours des formes de travail non libre, le capitalisme est reproduit par &#171; la sourde pression des rapports &#233;conomiques &#187; plut&#244;t que principalement par des formes de coercition extra-&#233;conomiques. Le capitalisme permet une s&#233;paration du &#171; politique &#187; et de l'&#171; &#233;conomique &#187; du fait que l'&#201;tat peut devenir &#8211; bien que ceci ait toujours &#233;t&#233; le r&#233;sultat de luttes populaires &#8211; une sph&#232;re publique de pouvoir impersonnel. Ce caract&#232;re public de l'&#201;tat ne menace pas fondamentalement la reproduction des divisions de classe et de l'exploitation puisque cette derni&#232;re est d&#233;sormais privatis&#233;e dans des unit&#233;s individuelles de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration entre la sph&#232;re &#171; &#233;conomique &#187; et la sph&#232;re &#171; politique &#187; repr&#233;sente donc, en r&#233;alit&#233;, une reconfiguration du pouvoir social &#224; travers laquelle certaines fonctions et pouvoirs politiques (sur la production et la distribution) sont apparemment d&#233;politis&#233;s et confin&#233;s &#224; une sph&#232;re &#171; &#233;conomique &#187; o&#249; elles tombent sous la logique des march&#233;s &#171; auto-r&#233;gul&#233;s &#187;. De plus, le dynamisme unique du capitalisme, la qu&#234;te constante pour d&#233;velopper les forces productives, op&#232;rent de mani&#232;re bien plus ind&#233;pendante des d&#233;sirs et objectifs de chaque individu capitaliste ou de l'&#201;tat. Ce d&#233;veloppement syst&#233;matique des forces productives &#8211; et leur impact d&#233;terminant sur les processus sociaux, politiques et culturels plus larges &#8211; est en r&#233;alit&#233; un aspect sp&#233;cifique au capitalisme et, contrairement &#224; ce que pense Bois (ainsi que nombre de marxistes), n'est pas un moteur de d&#233;veloppement transhistorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux appr&#233;hender ces questions, il faut prendre en compte le fait que Brenner parle de &#171; rapports sociaux de propri&#233;t&#233; &#187; et non pas simplement de rapports sociaux de production. Il fait cela afin d'&#233;viter l'id&#233;e selon laquelle le changement technique dans le processus imm&#233;diat de production m&#232;nerait m&#233;caniquement &#224; une nouvelle division sociale du travail, &#224; de nouvelles configurations de classe et, finalement, &#224; une nouvelle forme d'&#201;tat et de &#171; superstructure &#187; id&#233;ologique. Ce faisant, Brenner et Wood restent dans le sillage de la critique de la maturit&#233; de Marx de l'&#233;conomie politique et de la vision d&#233;terminante selon laquelle chaque mode de production historique fonctionne selon sa propre logique interne distincte. Cette logique est, selon Marx, d&#233;termin&#233;e par la mani&#232;re dont &#171; le surtravail non pay&#233; est extorqu&#233; au producteur imm&#233;diat &#187; par une classe exploiteuse. &lt;i&gt;En d'autres termes, dans les soci&#233;t&#233;s de classes, les modes de production sont toujours simultan&#233;ment des modes d'exploitation &#8211; c'est-&#224;-dire un ensemble de rapports sociaux de propri&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, comme je le montre dans le livre, les analyses &#233;clair&#233;es par le cadre mat&#233;rialiste historique doivent &#171; commencer par la configuration multiscalaire et complexe du pouvoir social qui fa&#231;onne la mani&#232;re dont les soci&#233;t&#233;s se reproduisent[4] tout en permettant &#224; une classe de s'approprier un surplus aux d&#233;pens d'une autre (ou de plusieurs autres). En d'autres termes, nous commen&#231;ons par &#233;valuer les rapports sociaux de propri&#233;t&#233; &#8211; qui impliquent toujours des rapports horizontaux de concurrence et de collaboration au sein des classes tout comme des conflits verticaux entre les classes &#8211; qui imposent les &#8220;r&#232;gles de la reproduction&#8221; aux agents sociaux et orientent ainsi les ph&#233;nom&#232;nes sociaux et &#233;conomiques &#224; un niveau global. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique s'int&#233;resse &#224; la mani&#232;re dont les humains &#233;tablissent des rapports sociaux de reproduction avec la nature et comment ces rapports sociaux fondamentaux structurent d'autres ensembles d'exp&#233;riences sociales, politiques et culturelles. Comme l'explique Wood,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les formes d'interaction [sociale avec la nature] produites par les &#234;tres humains, deviennent elles-m&#234;mes des forces mat&#233;rielles, pas moins que ne le sont les forces naturelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les soci&#233;t&#233;s de classes, l'accent est mis sur la mani&#232;re par laquelle les classes se reproduisent elles-m&#234;mes &#8211; en rapport les unes aux autres et avec la nature &#8211; et comment cela affecte la r&#233;alit&#233; sociale et politique. Le n&#339;ud de l'exploitation de classe mod&#232;le d'autres formes de rapports sociaux et n'est donc pas un &#233;piph&#233;nom&#232;ne r&#233;pondant au d&#233;veloppement des forces de production. Au contraire, la configuration des rapports d'exploitation de classe oriente le d&#233;veloppement (ou le non-d&#233;veloppement) des forces productives au sein d'un mode de production donn&#233;. C'est-&#224;-dire que les rapports sociaux de propri&#233;t&#233; fa&#231;onnent les comportements que les individus et la classe doivent adopter pour se reproduire eux-m&#234;mes et &#233;tablissent donc ainsi des mod&#232;les de d&#233;veloppement &#233;conomique et de conflits sociaux &#224; un niveau global. Tandis que dans la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, l'appropriation du surplus par une classe aux d&#233;pens d'une autre prend une forme extra-&#233;conomique qui tend &#224; freiner le d&#233;veloppement &#233;conomique et &#224; rendre les conflits de classe ouvertement politiques, dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes, l'exploitation est m&#233;di&#233;e par les rapports marchands qui forcent les acteurs &#233;conomiques &#224; adopter une attitude visant &#224; maximiser le profit et qui tendent &#224; d&#233;politiser les conflits de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est utile pour conduire des recherches, car cela offre une compr&#233;hension claire de ce qu'est le capitalisme et nous permet donc d'observer son &#233;mergence et la mani&#232;re dont il r&#233;oriente les rapports sociaux et se d&#233;ploie dans de r&#233;els processus historiques. Sans cette compr&#233;hension claire des dynamiques distinctes du capitalisme, cela n'aurait aucun sens de tenter d'expliquer et de d&#233;crire la transition vers le capitalisme en France ou dans tout autre pays/r&#233;gion. Au-del&#224; de ces d&#233;marches universitaires, le cadre historico-mat&#233;rialiste et la conception du capitalisme pr&#233;sent&#233;s ici ont d'importantes cons&#233;quences politiques. Afin de penser et agir strat&#233;giquement en tant qu'anticapitalistes et que socialistes, nous devons avoir un minimum de compr&#233;hension du terrain capitaliste sur lequel nous luttons, nous devons saisir les formes de pouvoir auxquelles nous sommes confront&#233;s ainsi que leurs dynamiques sp&#233;cifiques. De plus, l'id&#233;e de Marx selon laquelle le capitalisme est un ph&#233;nom&#232;ne historique &#8211; par opposition &#224; un ph&#233;nom&#232;ne naturel ou transhistorique &#8211; est une pr&#233;condition fondamentale pour toute politique socialiste, car elle indique que ce syst&#232;me a eu un commencement et aura une fin &#8211; mais la mani&#232;re dont il se terminera (menant au &#171; socialisme ou &#224; la barbarie &#187;) d&#233;pend de nos luttes collectives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'&#201;tat absolutiste et la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contrairement &#224; certains marxistes, comme Perry Anderson par exemple &#8211; qui consid&#232;re, dans The Lineages of the Absolutist State (1974), que l'absolutisme fran&#231;ais aurait facilit&#233; la transformation capitaliste des structures &#233;conomiques &#8211; tu &#233;cris que la formation de l'&#201;tat absolutiste a plut&#244;t &#233;t&#233; une voie alternative de sortie de crise du f&#233;odalisme. Pourrais-tu expliciter ce point ? En quel sens une comparaison avec l'Angleterre de la m&#234;me &#233;poque te semble-t-elle pertinente ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anderson laisse entendre que l'&#201;tat absolutiste &#233;tait un &#171; appareil de domination f&#233;odale red&#233;ploy&#233; et recharg&#233; &#187; &#8211; &#224; travers lequel une ancienne classe noble a &#233;tabli une nouvelle forme d'appropriation de surplus constitu&#233; par l'&#201;tat[5]. Toutefois, il soutient &#233;galement que la dissolution du f&#233;odalisme a bris&#233; l'unit&#233; de la politique et de l'&#233;conomique au niveau des villages, tandis que l'&#201;tat &#233;mergeant a r&#233;activ&#233; la loi romaine, promulguant de nouvelles formes de propri&#233;t&#233; exclusive entra&#238;nant un &#233;tablissement progressif de l'agriculture capitaliste et soutenant les int&#233;r&#234;ts d'une classe manufacturi&#232;re naissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'explication d'Anderson offre des perspectives pertinentes, elle ne permet pas de saisir comment l'absolutisme a &#233;loign&#233; la France de la voie capitaliste emprunt&#233;e par l'Angleterre dans le sillage de la crise f&#233;odale du 14e si&#232;cle[6]. En France, les paysans ont gagn&#233; leur libert&#233; et s&#233;curis&#233; la possession de terres et ont fix&#233; leurs loyers pendant la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale tardive. Ces gains ont &#233;t&#233; rendus possibles gr&#226;ce &#224; des solidarit&#233;s relativement fortes au sein des communaut&#233;s villageoises, mais &#233;galement par une concurrence intense pour le contr&#244;le sur la terre et sur les paysans au sein de la seigneurie, que des liens de vassalit&#233; trop l&#226;ches n'ont pas r&#233;ussie &#224; mod&#233;rer suffisament au profit de cette derni&#232;re. La r&#233;sistance populaire, le manque de coh&#233;sion entre classes et la concurrence d'un &#201;tat monarchique cherchant &#224; la fois &#224; sauvegarder et &#224; taxer la petite propri&#233;t&#233; paysanne, ont s&#233;rieusement menac&#233; les int&#233;r&#234;ts des nobles. Alors que les conflits politiques, et souvent militaires, avec la couronne demeuraient end&#233;miques, de nombreux nobles ont &#233;t&#233; forc&#233;s de se tourner vers les appareils monarchiques d'&#201;tat concentr&#233;s, ajoutant aux loyers les revenus des taxes. L'incorporation de secteurs de la vieille noblesse et, de plus en plus, de la haute bourgeoisie &#224; l'&#201;tat s'est faite par l'octroi ou la vente de charges v&#233;nales. Accumulant des richesses via des structures administratives financ&#233;es par le truchement des taxes,, mais aussi via les int&#233;r&#234;ts des pr&#234;ts &#224; la couronne, les monopoles commerciaux et, &#224; un niveau plus vaste encore, par les loyers, une classe parasitaire d'aristocrates financiers taxant les paysans a constitu&#233; la base sociale du nouvel &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation de ce nouveau mode de production et d'exploitation a eu d'importantes cons&#233;quences pour le d&#233;veloppement politique et &#233;conomique du pays. La vente de fonctions v&#233;nales a men&#233; &#224; une privatisation du pouvoir d'&#201;tat, qui a &#233;t&#233; pulv&#233;ris&#233; par le processus m&#234;me qui &#233;tait cens&#233; le consolider. Avec la reproduction d'une myriade de juridictions f&#233;odales locales et r&#233;gionales en concurrence les unes avec les autres au sein de l'&#201;tat, le d&#233;veloppement d'un appareil administratif moderne a &#233;t&#233; rendu impossible, les officiels d'&#201;tat utilisant leurs fonctions comme des moyens d'enrichissement patrimoniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mode renouvel&#233; d'exploitation extra-&#233;conomique de classe n'&#233;tait pas propice au soutien de la croissance &#233;conomique. La France a connu une croissance substantielle dans l'agriculture et la manufacture de la fin du 17e si&#232;cle jusqu'&#224; la R&#233;volution, la demande urbaine grandissante et le commerce colonial alimentant la production commerciale. L'agriculture commerciale, toutefois, ne repr&#233;sentait rien de nouveau et ni les seigneurs ni les paysans n'&#233;taient incit&#233;s ou forc&#233;s &#224; se sp&#233;cialiser, &#224; adopter de nouvelles techniques agricoles ou &#224; consolider des parcelles de terre ou des domaines. Les seigneurs n'avaient aucune intention d'exproprier les paysans et poursuivaient au contraire la pratique consistant &#224; ancrer de plus en plus la force de travail paysanne dans le sol. M&#234;me dans le bassin parisien, o&#249; la commercialisation &#233;tait plus &#233;tendue, on ne retrouvait pas de calcul syst&#233;matique des co&#251;ts de travail, le nombre de petites fermes paysannes restait important et continuait de cro&#238;tre, tandis que les baux quasi f&#233;odaux &#233;taient encore la r&#232;gle. Les rendements augmentaient, car davantage de parcelles &#233;taient mises en culture et de larges r&#233;serves de travail rural &#233;taient exploit&#233;es par les seigneurs dans les campagnes et par les marchands dans la production proto-industrielle. &#192; des ann&#233;es-lumi&#232;re d'un processus de transition vers le capitalisme, comme l'explique Steve Miller, cette augmentation des rendements s'est fait &#171; par l'intensification du travail et la stagnation ou le d&#233;clin des recettes de chaque heure suppl&#233;mentaire de travail[7]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses ont pris un tour radicalement diff&#233;rent en Angleterre. Pour le dire simplement, le capitalisme agraire est apparu comme une alternative &#224; l'absolutisme. Le pouvoir d'&#201;tat centralis&#233; et une plus grande coop&#233;ration de classe ont permis aux seigneurs de renforcer les baux &#171; &#233;conomiques. &#187; La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et le loyer &#233;conomique sont devenus la pierre angulaire de la reproduction de la classe dirigeante anglaise et les tentations absolutistes ont d&#233;finitivement &#233;t&#233; mises au placard par la soi-disant &#171; Glorieuse R&#233;volution &#187; de 1688, qui a permis aux seigneurs d'affirmer leur pouvoir parlementaire face &#224; la couronne. Les baux &#233;conomiques ont &#233;tabli des loyers via la comp&#233;tition marchande, contraignant ainsi les paysans &#224; se sp&#233;cialiser, &#224; accro&#238;tre la productivit&#233; du travail, &#224; innover, ainsi qu'&#224; r&#233;investir le surplus afin de pr&#233;server l'acc&#232;s &#224; leurs terres. Il en a r&#233;sult&#233; une croissance &#233;conomique soutenue dans les campagnes qui a engendr&#233; une d&#233;possession continue des tenanciers traditionnels et une croissance d&#233;mographique rapide de m&#234;me qu'une urbanisation menant &#224; la mont&#233;e de march&#233;s comp&#233;titifs de masse, de travail et de consommateurs &#8211; lesquels ont lev&#233; le plafond malthusien du d&#233;veloppement industriel en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la d&#233;pendance vis-&#224;-vis des loyers &#233;conomiques par opposition &#224; la propri&#233;t&#233; constitu&#233;e politiquement a rendu possible le d&#233;veloppement des appareils modernes d'&#201;tat[8]. Parce que son &#233;conomie &#233;tait bien plus productive et ses appareils administratifs bien plus efficaces, l'&#201;tat anglais a &#233;galement pu emprunter &#224; des taux avantageux afin de financer ses efforts militaires. Tout cela a donn&#233; un avantage g&#233;opolitique d&#233;cisif &#224; l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, en l'absence de capitalisme agraire, l'expansion des revenus d'&#201;tat d&#233;pendait de l'&#171; accumulation g&#233;opolitique &#187; en cours, de mani&#232;re &#224; acqu&#233;rir une large base d'imposition. Des secteurs de l'&#233;lite de l'&#201;tat fran&#231;ais ont cherch&#233; &#224; r&#233;former et &#224; lib&#233;raliser les secteurs agraires et manufacturiers du pays, mais ces tentatives tendaient &#224; menacer la strat&#233;gie extra-&#233;conomique de reproduction de la classe dirigeante et ont donc souvent &#233;t&#233; repouss&#233;es et ont globalement &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapable d'imiter le d&#233;veloppement &#233;conomique intensif anglais, l'&#201;tat fran&#231;ais a d&#251; continuer &#224; se fonder sur une strat&#233;gie d'expansion territorial. Toutefois, la conqu&#234;te territoriale sur le continent a &#233;t&#233; difficile et co&#251;teuse, tandis que l'expansion coloniale &#233;tait de plus en plus contr&#233;e par le pouvoir anglais grandissant. Embourb&#233; dans des conflits militaires successifs avec ses voisins, l'&#201;tat fran&#231;ais a d&#251; imposer des taxes punitives &#224; sa paysannerie, recourir &#224; la vente d'offices qui a intensifi&#233; le caract&#232;re byzantin de son appareil administratif, ainsi que contracter des dettes de plus en plus importantes. Cela a engendr&#233; une situation fiscale catastrophique et un m&#233;contentement g&#233;n&#233;ralis&#233; parmi les &#233;lites et les classes populaires &#8211; la toile de fond de l'explosion r&#233;volutionnaire de 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Selon toi, la R&#233;volution fran&#231;aise a &#233;t&#233; une r&#233;volution bourgeoise, mais non capitaliste. En quoi la R&#233;volution fran&#231;aise ne te semble pas avoir annonc&#233; la mont&#233;e d'une &#233;conomie capitaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; interpr&#233;tation sociale &#187; classique, mise en avant par Georges Lefebvre, Albert Mathiez ou Albert Soboul et rest&#233;e dominante jusque dans les ann&#233;es 1960, d&#233;crivait la R&#233;volution comme l'action d'une bourgeoisie capitaliste se lib&#233;rant des entraves du f&#233;odalisme et ayant ainsi permis au capitalisme de se d&#233;velopper pleinement en France. Ils se sont inspir&#233;s des travaux de jeunesse de Marx qui, lui-m&#234;me, suivait des penseurs lib&#233;raux comme Turgot. Cette interpr&#233;tation a d&#251; faire face &#224; une s&#233;v&#232;re contestation de la part d'historiens &#171; r&#233;visionnistes &#187; tels qu'Alfred Cobban, dans les ann&#233;es 1950 et Fran&#231;ois Furet au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Les r&#233;visionnistes ont incontestablement d&#233;montr&#233; comment la bourgeoisie qui avait men&#233; la R&#233;volution n'&#233;tait pas compos&#233;e de capitalistes, mais plut&#244;t de propri&#233;taires terriens, d'hommes politiques ou encore d'avocats. Certains marxistes ont r&#233;agi &#224; cette contestation d&#233;vastatrice avec une interpr&#233;tation &#171; cons&#233;quentialiste &#187; maintenant que, en d&#233;pit des motifs de ses agents, la R&#233;volution avait &#233;tabli un nouveau contexte politique et juridique. Des mesures telles que l'abolition des privil&#232;ges, des corps et guildes interm&#233;diaires, ou la suppression des barri&#232;res douani&#232;res internes ainsi que la standardisation des poids et des mesures, se seraient ainsi av&#233;r&#233; propice &#224; l'&#233;mergence ult&#233;rieure du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; cons&#233;quentialisme &#187; est une tentative pour sauver la notion de r&#233;volution bourgeoise capitaliste en vidant celle-ci de la majeure partie de son contenu. Cela nous laisse sans explication causale satisfaisante de la R&#233;volution et son appr&#233;ciation empirique de l'impact des transformations r&#233;volutionnaires est biais&#233;e. Les marxistes politiques[9] ont mis en avant une nouvelle interpr&#233;tation qui dissocie les notions de &#171; bourgeoisie &#187; et de &#171; classe capitaliste &#187; tout en conservant une analyse de classe de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire simplement, alors que la bourgeoisie et l'aristocratie se sont toutes les deux reproduites sur la base d'un r&#233;gime foncier non capitaliste et d'une propri&#233;t&#233; constitu&#233;e politiquement, elles avaient des acc&#232;s diff&#233;renci&#233;s &#224; l'administration d'&#201;tat et aux privil&#232;ges. Les bourgeois ainsi que de nombreux petits nobles demeuraient exclus des privil&#232;ges sp&#233;ciaux du statut de noble et l'aristocratie, en tant que cercle le plus &#233;lev&#233; et exclusif au sein de la noblesse, monopolisait les positions les plus prestigieuses et les plus lucratives au sein de l'appareil d'&#201;tat. En demandant &#224; ce que les positions au sein de l'&#201;tat soient &#171; ouvertes aux talents &#187; et en r&#233;clamant des r&#233;formes lib&#233;rales au sein de l'administration d'&#201;tat, la bourgeoisie n'a pas tent&#233; de d&#233;passer le mode d'exploitation existant, mais a en fait renforc&#233; sa position en son sein. La R&#233;volution a &#233;t&#233; un conflit entre classes dirigeantes, opposant les bourgeois et les aristocrates, concernant l'acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; politiquement constitu&#233;e. Ce conflit entre dominants a &#233;t&#233; flanqu&#233; d'un mouvement populaire d'artisans et de paysans exploit&#233;s, dans un contexte d'intensification des pressions g&#233;opolitiques exerc&#233;es sur l'&#201;tat fran&#231;ais, ayant contribu&#233; &#224; une intense politisation des questions fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rationalisation partielle de l'&#201;tat &#8211; la poursuite d'un projet de longue haleine poursuivi par les r&#233;formistes de l'ancien r&#233;gime d&#233;sormais pris en main par la bourgeoisie &#233;clair&#233;e &#8211; qui s'est faite pendant la R&#233;volution et sous le Premier Empire &#233;tait limit&#233;e par la reproduction de formes d'appropriation politiquement constitu&#233;es traversant la division r&#233;volutionnaire. Le n&#233;potisme et les pratiques quasi patrimoniales demeuraient omnipr&#233;sents au sein de l'administration. Comme cela est universellement reconnu, la R&#233;volution a consolid&#233; et a contribu&#233; &#224; diffuser la propri&#233;t&#233; petite-paysanne pour les d&#233;cennies &#224; venir. Cela excluait du m&#234;me coup l'apparition du capitalisme agraire en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est moins connu, mais a d&#233;sormais &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par d'importants travaux historiques depuis le milieu des ann&#233;es 1980, est que les luttes r&#233;volutionnaires men&#233;es par les artisans et les ouvriers industriels ont men&#233; &#224; des gains majeurs qui ont donn&#233; un caract&#232;re d&#233;finitivement non capitaliste &#224; leur secteur &#233;conomique. Les guildes avaient &#233;t&#233; abolies, dans la pratique, par les ouvriers d&#232;s 1789, apr&#232;s des d&#233;cennies de r&#233;sistance contre la subordination &#224; leurs ma&#238;tres. Les l&#233;gislateurs qui ont formellement aboli les guildes en 1791 ont tr&#232;s largement agi apr&#232;s coup, motiv&#233;s par le lib&#233;ralisme politique plus qu'&#233;conomique, et pr&#233;voyaient de mettre en &#339;uvre des r&#233;gulations locales du commerce. Ces plans l&#233;gislatifs n'ont pas &#233;t&#233; act&#233;s pour des raisons historiques contingentes, mais des r&#233;gulations coutumi&#232;res locales ont &#233;t&#233; conserv&#233;es et se sont d&#233;velopp&#233;es dans les d&#233;cennies suivantes, les ouvriers appliquant l'esprit &#233;mancipateur de la R&#233;volution &#224; leurs m&#233;tiers. Les contrats de travail emp&#234;chant la subordination envers les employeurs sont devenus la r&#232;gle, tandis qu'un bon droit &#8211; une sorte d'&#171; &#233;conomie morale &#187; au sens que donne E.P. Thompson &#224; cette expression &#8211; est venu r&#233;guler le travail industriel et artisanal et a &#233;t&#233; renforc&#233; par de nouvelles institutions judiciaires comme le juge de paix ou les conseils des prud'hommes. Ces derniers ont endigu&#233; les tentatives &#233;manant des employeurs pour imposer des r&#232;gles unilat&#233;rales au sein des ateliers ou des usines, rendant ainsi impossible la subsomption du travail par le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, la R&#233;volution fran&#231;aise a signifi&#233; une &#233;mancipation partielle des travailleurs &#8211; &#224; une &#233;poque o&#249; les ouvriers anglais ont fait l'exp&#233;rience d'une plus grande subordination envers leurs employeurs, qui profitaient du soutien actif et l&#233;gal de l'&#201;tat dans le contexte d'une r&#233;volution industrielle. L'id&#233;e, n&#233;anmoins, n'est pas de dire que cette &#233;mancipation partielle des travailleurs fran&#231;ais aurait constitu&#233; un obstacle &#224; une industrialisation capitaliste latente. Cette &#233;mancipation a &#233;t&#233;, en fait, tol&#233;r&#233;e pendant des d&#233;cennies par des employeurs industriels fran&#231;ais qui n'&#233;taient pas soumis aux imp&#233;ratifs de la concurrence de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;cris qu'alors que l'industrialisation est arriv&#233;e assez t&#244;t en France, le capitalisme, lui, est venu sur le tard. Une id&#233;e assez importante d&#233;velopp&#233;e dans ton livre est que la naissance du capitalisme en France ne s'est pas faite de mani&#232;re endog&#232;ne. Pourrais-tu expliquer, d'une part, pourquoi le capitalisme ne s'est d&#233;velopp&#233; que tardivement en France et, d'autre part, quels facteurs ext&#233;rieurs expliquent le d&#233;veloppement du capitalisme en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production industrielle avait cours sous l'ancien r&#233;gime, mais les investissements et la m&#233;canisation restaient tr&#232;s limit&#233;s, malgr&#233; les efforts effectu&#233;s par l'&#201;tat pour stimuler l'industrialisation. &#192; la veille de la R&#233;volution, dans le commerce de coton, l'Angleterre avait 260 fuseaux pour 1000 habitants, contre 2 en France, tandis qu'il y avait 900 machines &#224; filer en France contre 20 000 en Angleterre, et pas plus d'une douzaine de machines &#224; filer &#224; &#233;nergie hydraulique dans l'hexagone contre 9000 outre-Manche. La sup&#233;riorit&#233; anglaise &#233;tait criante et le gros du secteur industriel fran&#231;ais s'est effondr&#233; suite &#224; la signature d'un trait&#233; commercial entre les deux &#201;tats en 1786. Plut&#244;t que d'investir de mani&#232;re &#224; rendre les sites de production plus productifs, les marchands de textiles fran&#231;ais ont simplement achet&#233; du fil &#224; l'Angleterre afin de le vendre en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les investissements industriels ont connu une acc&#233;l&#233;ration sans pr&#233;c&#233;dent au cours des d&#233;cennies qui ont suivi la R&#233;volution, dans le contexte d'un march&#233; national prot&#233;g&#233;, mais la productivit&#233; du travail industriel restait bien plus faible en France en comparaison de la Grande-Bretagne. Ceci en raison d'un rythme de m&#233;canisation de la production plus faible &#224; l'&#233;poque en France. En guise d'illustration, il faut voir qu'en 1830, on pouvait trouver 3000 machines &#224; vapeur en France pour une puissance de 15 000 chevaux-vapeur, alors que la Grande-Bretagne en comptait 15 000 pour une puissance totale de 250 000 chevaux-vapeur. En 1840, la France, dont la population s'&#233;levait &#224; 35 millions d'habitants, poss&#233;dait des machines &#224; vapeur produisant 34 000 chevaux-vapeur, alors que la Grande-Bretagne, avec une population de 19 millions d'habitants, avait des machines &#224; vapeur produisant 350 000 chevaux-vapeur. En 1850, ces statistiques avaient respectivement augment&#233; pour atteindre 67 000 chevaux-vapeur contre 544 000 en Grande-Bretagne, tandis que la France &#233;tait alors pass&#233;e derri&#232;re la Prusse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse compar&#233;e du processus d'industrialisation en France et en Angleterre soul&#232;ve d'importantes questions. &lt;i&gt;Par exemple : comment expliquer que la France n'ait eu que 10 % des chevaux-vapeur de l'Angleterre en 1840, alors m&#234;me que sa population &#233;tait plus importante et qu'elle poss&#233;dait de grandes ressources financi&#232;res ? Afin de commencer &#224; r&#233;pondre &#224; cette question, il faut accepter que la transition vers le capitalisme n'a pas &#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne d'Europe occidentale &#8211; il a d&#233;but&#233; en Angleterre et a &#233;t&#233; import&#233; plus tard sur le continent europ&#233;en.&lt;/i&gt; Se contenter de sugg&#233;rer que la France et la Grande-Bretagne ont suivi des voies d'industrialisation distinctes, comme l'ont fait de nombreux historiens, est, au mieux, insuffisant. Il faut &#234;tre tr&#232;s clair sur le fait que des voies diff&#233;rentes ont &#233;t&#233; emprunt&#233;es, car un pays &#233;tait capitaliste alors que l'autre ne l'&#233;tait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gardant ce cadre g&#233;n&#233;ral &#224; l'esprit, un premier facteur &#224; prendre en compte est que le capitalisme agraire &#233;tant absent en France, le march&#233; de consommation int&#233;rieur du pays restait limit&#233; et cela a n&#233;cessairement ralenti la croissance industrielle. Mais au-del&#224; de l'&#233;tendue et de la profondeur du march&#233;, il faut &#233;galement prendre sa nature en consid&#233;ration. Jusqu'au dernier tiers du 19e si&#232;cle, il n'y avait pas de march&#233; int&#233;gr&#233; et comp&#233;titif en France. Malgr&#233; l'abolition de tarifs internes pendant la R&#233;volution, l'absence d'infrastructures de transport ad&#233;quates impliquait que l'espace &#233;conomique national fran&#231;ais restait fortement fragment&#233; et constituait une s&#233;rie de march&#233;s locaux et r&#233;gionaux. Ces espaces locaux et r&#233;gionaux n'&#233;taient pas organis&#233;s par le m&#233;canisme de la concurrence des prix et restaient r&#233;gul&#233;s par les usages habituels du commerce appliqu&#233;s par des institutions telles que les prud'hommes, les tribunaux commerciaux et les gouvernements locaux. Les industriels marchands fran&#231;ais faisaient une part importante de leurs profits en tant que m&#233;diateurs entre ces deux espaces &#233;conomiques d&#233;connect&#233;s. Comme l'explique Jean-Pierre Hirsch,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; la logique d'un d&#233;cloisonnement continu de la circulation, d'un nivellement des co&#251;ts et des prix ne s'imposait ni dans les attitudes de la tr&#232;s grande majorit&#233; [des] commer&#231;ants, ni m&#234;me dans les propos de leurs repr&#233;sentants. Et surtout, les ann&#233;es passant, rien n'indiquait qu'on fit route vers un march&#233; moins &#171; imparfait &#187;, qu'on voul&#251;t r&#233;duire les filtres &#224; travers lesquels s'exer&#231;ait le jeu de l'offre et de la demande &#187;[10].&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'autre facteur important expliquant l'absence d'imp&#233;ratifs de concurrence en France r&#233;sidait dans les politiques fortement protectionnistes &#8211; incluant des tarifs prohibitifs concernant diff&#233;rents articles et une interdiction pure et simple des importations d'articles en coton &#8211; adopt&#233;es par la Restauration de 1816 et de 1817, &#224; la fin des guerres napol&#233;oniennes et du blocus continental. Ce protectionnisme a isol&#233; les producteurs fran&#231;ais vis-&#224;-vis de la concurrence anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'explique dans le livre, en raison de tout cela, les rapports sociaux de propri&#233;t&#233; capitaliste n'existaient pas en France, o&#249; les firmes industrielles n'&#233;taient pas astreintes par la concurrence des prix &#224; m&#233;caniser syst&#233;matiquement la production, &#224; innover, am&#233;liorer et discipliner les processus de travail afin de maximiser les profits et de surpasser les concurrents. Par cons&#233;quent, jusqu'au Second Empire, la m&#233;canisation de la production industrielle fran&#231;aise &#233;tait aliment&#233;e par les opportunit&#233;s marchandes plut&#244;t que par la pression du march&#233;. Faisant le bilan de l'industrialisation fran&#231;aise pendant cette p&#233;riode, William Reddy souligne &#171; &#224; quel point la force concurrentielle restait faible &#187; et explique que les firmes n'&#233;voluaient pas en suivant &#171; la formation des prix du march&#233; &#187; et n'&#233;taient donc pas contraintes de se lancer dans une &#171; gestion consciente des co&#251;ts (cost-conscious). &#187; Dans le m&#234;me temps, l'avantage vingt fois sup&#233;rieur dans la productivit&#233; et le profit qui y &#233;tait li&#233; boostant le potentiel que les machines anglaises offraient &#224; leurs propri&#233;taires n'&#233;chappait pas aux industriels-marchands fran&#231;ais[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les industriels fran&#231;ais &#233;taient fortement attach&#233;s aux politiques protectionnistes et luttaient intens&#233;ment pour les conserver &#8211; ils ne souhaitaient pas s'exposer &#224; la concurrence anglaise, sachant que cela menacerait leurs profits ais&#233;ment r&#233;alis&#233;s. L'importation des rapports sociaux capitalistes de propri&#233;t&#233; &#8211; la mise en place d'un march&#233; int&#233;gr&#233; et comp&#233;titif &#8211; &#233;tait laiss&#233;e &#224; l'&#201;tat fran&#231;ais. Ce dernier a finalement d&#233;cid&#233; d'agir r&#233;solument afin d'activer une transition capitaliste face &#224; la concurrence g&#233;opolitique internationale s'intensifiant, d&#233;coulant des processus de restructuration de l'&#201;tat en cours et de l'industrialisation capitaliste &#233;mergeant dans diff&#233;rents pays vers le milieu du 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La formation de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourrais-tu revenir sur la formation de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise ? Dans le quatri&#232;me chapitre de ton livre, tu cites le paradoxe mis en lumi&#232;re par Ernest Labrousse, dans les ann&#233;es 1950, selon lequel bien que le d&#233;veloppement industriel ait &#233;t&#233; assez lent en France, la classe ouvri&#232;re y a &#233;t&#233; extr&#234;mement combative tout au long du 19e si&#232;cle. Comment expliques-tu ce paradoxe apparent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paradoxe a pendant longtemps d&#233;rout&#233; les historiens et deux explications principales de la formation de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise ont domin&#233; ces derni&#232;res d&#233;cennies. Une premi&#232;re strat&#233;gie explicative, dont le principal repr&#233;sentant est William Sewell[12], a consist&#233; &#224; affirmer que, bien que les grandes usines de production restaient &#233;parses en France, le secteur artisanal du pays a connu une transition capitaliste dans le sillage de la suppression des guildes de 1791. Pour des raisons expos&#233;es pr&#233;c&#233;demment, je r&#233;fute cette th&#232;se. L'autre type d'explication, syst&#233;matis&#233; notamment par Tony Judt[13], insiste sur la non-pertinence des transformations &#233;conomiques tout en se focalisant sur l'effet d'une nouvelle culture politique &#233;mergeant dans le sillage de la R&#233;volution. Tout en reconnaissant l'importance de la &#171; culture politique &#187; et des institutions d&#233;velopp&#233;es par les ouvriers fran&#231;ais avant, pendant et apr&#232;s la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, je propose une analyse mat&#233;rialiste alternative afin de r&#233;pondre au paradoxe mis en lumi&#232;re par Labrousse et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, j'affirme que les ouvriers fran&#231;ais se sont transform&#233;s en une classe consciente d'elle-m&#234;me dans un contexte non capitaliste dans le sillage de la R&#233;volution de 1830 tout comme durant l'intense p&#233;riode de r&#233;sistance qui a culmin&#233; avec la R&#233;volution de 1848. La classe ouvri&#232;re s'est form&#233;e en opposition &#224; la classe dominante de notables qui monopolisait le pouvoir d'&#201;tat en tant que moyen d'exploitation, et &#224; travers des luttes dont l'objectif &#233;tait de consolider les gains acquis &#224; la suite de 1789. Les ouvriers fran&#231;ais ont d&#233;velopp&#233; un agenda r&#233;publicain-socialiste en luttant pour une r&#233;publique d&#233;mocratique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit plus haut, sous la Restauration et la monarchie orl&#233;aniste, des canaux non capitalistes d'appropriation du surplus sont rest&#233;s en place. La notabilit&#233;, regroupant des nobles et des grands bourgeois, a largement favoris&#233; les formes de richesses &#171; propri&#233;taristes &#187; ou renti&#232;res &#8211; ils priorisaient l'acquisition de terres et de b&#226;timents, s&#233;curisaient les int&#233;r&#234;ts lucratifs par des pr&#234;ts de l'&#201;tat ou des pr&#234;ts priv&#233;s, tout en investissant seulement environ 3,7 % de leur richesse totale dans des entreprises priv&#233;es durant cette p&#233;riode. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les marchands et industriels ayant du succ&#232;s cherchaient &#224; rejoindre cette notabilit&#233;, gr&#226;ce &#224; l'acquisition d'une demeure &#224; la campagne ou d'un h&#244;tel priv&#233; en ville, et tentaient de s&#233;curiser de prestigieuses carri&#232;res politiques ou administratives pour leurs fils. Les notables restaient attach&#233;s aux offices d'&#201;tat en tant que moyens d'enrichissement et marqueurs d'un certain statut social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est contre cette classe dominante qui monopolisait le pouvoir et les revenus d'&#201;tat que les ouvriers fran&#231;ais ont d&#233;velopp&#233; leur conscience de classe, d&#233;non&#231;ant constamment et se mobilisant collectivement contre le parasitisme d'&#201;tat, l'utilisation d'offices lucratifs pour servir des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et les taxes indirectes qui pesaient sur eux. Les ouvriers combattaient la monarchie parasitique et luttaient pour une r&#233;publique qui instaurerait le suffrage universel masculin afin de reprendre l'&#201;tat &#224; la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les ouvriers r&#233;clamaient &#233;galement une r&#233;publique sociale qui pourrait consolider et &#233;tendre le bon droit &#8211; la r&#233;gulation coutumi&#232;re de leurs m&#233;tiers. Les conflits ayant oppos&#233; les ouvriers aux industriels-marchands ou aux propri&#233;taires d'ateliers n'&#233;taient pas rares et tournaient autour des tentatives de contournement des r&#233;gulations coutumi&#232;res ou d'imposition d'int&#233;r&#234;ts &#233;lev&#233;s sur les pr&#234;ts contract&#233;s par les ouvriers pour payer leurs outils par exemple. Ces ing&#233;rences par des employeurs &#171; malhonn&#234;tes &#187; n'&#233;taient pas nouvelles et ont eu lieu pendant des si&#232;cles. Elles &#233;taient r&#233;prim&#233;es et jugul&#233;es par les conseils des prud'hommes ou les juges de paix &#8211; les institutions juridiques de proximit&#233; qui ont jou&#233; un r&#244;le cl&#233; en pr&#233;servant et en &#233;tendant le bon droit dans les communaut&#233;s commerciales &#8211; avec un succ&#232;s consid&#233;rable, mais il restait des failles et les ouvriers devaient rester sur leurs gardes et se mobiliser afin de les combler. Ce qui &#233;tait nouveau, toutefois, et qui explique dans une large mesure la mont&#233;e de la r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re de l'&#233;poque &#8211; &#233;tait l'absence des guildes depuis 1791, c'est-&#224;-dire d'institutions r&#233;gulatrices soutenues par l'&#201;tat et d'injonctions formelles contraignant les artisans &#224; s'associer et &#224; r&#233;guler le commerce. En l'absence d'institutions r&#233;gulatrices officiellement et activement soutenues par l'&#201;tat central, les ouvriers fran&#231;ais se sont mobilis&#233;s afin de supprimer les failles concernant leurs m&#233;tiers en consolidant leurs droits et les r&#233;gulations coutumi&#232;res, et cela repr&#233;sentant une lutte politique inextricable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, les socialistes fran&#231;ais d&#233;criaient les dangers de la &#171; concurrence &#187; et de &#171; l'individualisme &#187;, mais le faisaient constamment en se r&#233;f&#233;rant aux avanc&#233;es capitalistes anglaises. De nombreux socialistes ont d&#233;velopp&#233; leurs doctrines dans un d&#233;bat permanent avec les &#233;conomistes politiques britanniques ainsi qu'avec les intellectuels lib&#233;raux qui relayaient leurs id&#233;es en France. Ils s'inqui&#233;taient du fait que la France n'adopte le syst&#232;me &#233;conomique anglais et souhaitaient &#233;viter un tel sc&#233;nario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un niveau plus fondamental encore, les socialistes ont tent&#233; de d&#233;velopper de nouveaux principes qui maintiendraient la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise intacte, apr&#232;s l'&#233;vaporation du paradigme corporatiste dans le sillage de 1789 (le contexte plus g&#233;n&#233;ral dans lequel s'est fait et a &#233;t&#233; justifi&#233; l'abolition des guildes apr&#232;s 1789). C'est la raison pour laquelle Jonathan Beecher les pr&#233;sente comme des &#171; socialistes romantiques &#187; qui &#171; &#233;crivaient &#224; partir d'un sentiment plus large de d&#233;sint&#233;gration sociale et morale. &#187; Leurs pr&#233;occupations essentielles &#233;taient sociales et politiques, plus qu'&#233;conomiques : leurs id&#233;es &#233;taient pr&#233;sent&#233;es comme un rem&#232;de &#224; l'effondrement de la communaut&#233; plut&#244;t qu'&#224; celui des probl&#232;mes &#233;conomiques sp&#233;cifiques[14]. &#192; cet &#233;gard leur pens&#233;e &#233;tait enracin&#233;e dans un long d&#233;bat au sein de la pens&#233;e politique fran&#231;aise. Comme l'explique Ellen Wood, ce d&#233;bat a &#233;volu&#233; pendant des si&#232;cles sous l'ancien r&#233;gime, et tournait autour du d&#233;fi de l'int&#233;gration d'&#171; un ordre social fragment&#233; (&#8230;) un r&#233;seau d'entit&#233;s corporatives &#187;, et &#233;tait &#233;clair&#233; par &#171; une conception de la soci&#233;t&#233; dans laquelle la totalit&#233; des rapports sociaux, y compris les transactions &#233;conomiques, &#233;tait subsum&#233;e dans la communaut&#233; politique[15]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes se pr&#233;occupaient beaucoup du fait que, dans la nouvelle soci&#233;t&#233; postr&#233;volutionnaire fran&#231;aise,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les individus devenaient incroyablement d&#233;tach&#233;s de tout type de structure corporatiste et que la soci&#233;t&#233; dans son ensemble devenait de plus en plus fragment&#233;e et individualiste[16]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En bref, &#233;tant donn&#233; que le corporatisme &#233;tait en d&#233;clin en tant que moyen formel, soutenu par l'&#201;tat, d'int&#233;grer la soci&#233;t&#233;, ils ont mis le socialisme en avant comme alternative &#224; la forme capitaliste d'int&#233;gration et de r&#233;gulation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttant pour leurs int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et pour am&#233;liorer leurs conditions de vie et de travail en supprimant les failles r&#233;glementaires et pour consolider et d&#233;velopper leurs droits coutumiers et les r&#233;gulations de leurs m&#233;tiers, et prenant en partie leurs directives d'intellectuels socialistes, les ouvriers fran&#231;ais ont &#233;galement dessin&#233; un nouveau mod&#232;le de gouvernance politique et d'organisation socio-&#233;conomique. Ce mod&#232;le visait une r&#233;publique d&#233;mocratique et socialiste sous forme d'une f&#233;d&#233;ration de m&#233;tiers organis&#233;e. L'ascension du r&#233;publicanisme socialiste s'est progressivement pr&#233;cis&#233; avec, par exemple, l'insurrection des canuts dans les ann&#233;es 1830 &#224; Lyon, les grandes gr&#232;ves parisiennes de 1840 et, bien s&#251;r, pendant la R&#233;volution de 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1848, le gouvernement a &#233;t&#233; contraint par les mobilisations populaires de cr&#233;er la Commission Luxembourg, qui rassemblait des repr&#233;sentants de tous les m&#233;tiers parisiens. Comme l'ont affirm&#233; des commentateurs de l'&#233;poque, la Commission est rapidement devenue une sorte de &#171; haute cour des prud'hommes &#187;, agissant comme une sorte de gouvernement moral des m&#233;tiers refl&#233;tant la libre volont&#233; et l'appel explicite d'ouvriers et de directeurs d'ateliers. La Commission a elle-m&#234;me d&#233;clar&#233; qu'elle a&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; implicitement &#233;t&#233; transform&#233;e, par la logique des choses, en une haute cour d'arbitrage et [qu']elle exer&#231;ait une sorte de gouvernement moral par la libre volont&#233; et l'appel explicite des travailleurs et des directeurs d'&#233;tablissement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;terminaient les salaires et usages qu'ils consid&#233;raient comme les plus &#233;quitables et en &#233;labor&#232;rent de nouveaux, consolidant et &#233;tendant ainsi les acquis des ouvriers, obtenus au cours des pr&#233;c&#233;dentes d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers les activit&#233;s de la Commission Luxembourg, les principes r&#233;publicains ont p&#233;n&#233;tr&#233; les corps de m&#233;tiers plus concr&#232;tement et plus profond&#233;ment qu'auparavant. Au printemps 1848, le travail est devenu une &#171; activit&#233; publique. &#187; Les ouvriers appr&#233;hendaient leurs organisations professionnelles comme des institutions publiques et se r&#233;f&#233;raient &#224; leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s, dont ils contr&#244;laient d&#233;mocratiquement le mandat, comme &#224; des fonctionnaires. Ces &#233;volutions avaient le potentiel d'&#233;tendre puissamment la d&#233;mocratisation des rapports sociaux de production initi&#233;e en 1789-1791, avec l'abolition des guildes autoritaires et leur remplacement par de nouvelles institutions r&#233;gulatrices plus d&#233;mocratiques. Tandis que le r&#233;publicanisme impr&#233;gnait les m&#233;tiers, la f&#233;d&#233;ration des m&#233;tiers &#8211; au sein desquels les socialistes esp&#233;raient que les ateliers coop&#233;ratifs deviendraient la r&#232;gle &#8211; pr&#233;sageait &#233;galement un potentiel remodelage radical de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seconde R&#233;publique et ses courants socialistes ont bien &#233;videmment &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233;s et renvers&#233;s. Le Second Empire et la Troisi&#232;me R&#233;publique ont initi&#233; une transition capitaliste qui a engendr&#233; une re-formation de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise. Ce processus de re-formation s'est effectu&#233; par une vague intense et sans pr&#233;c&#233;dent de gr&#232;ves, visant &#224; pr&#233;server et &#224; restaurer les r&#233;gulations coutumi&#232;res des m&#233;tiers, entra&#238;nant la mont&#233;e d'un mouvement socialiste de plus en plus (bien que jamais totalement) autonome vis-&#224;-vis des partis r&#233;publicains mainstream de gouvernement. La re-formation de la classe ouvri&#232;re s'est &#233;galement fait &#224; une &#233;poque o&#249; le nationalisme et la x&#233;nophobie fleurissaient et o&#249; l'ascension du capitalisme industriel avait un profond impact sur la reproduction sociale des rapports de genre. Cette derni&#232;re question m&#233;rite une enqu&#234;te plus approfondie, qui devrait s'appuyer sur l'important travail r&#233;alis&#233; par Johanna Brenner et Maria Ramas sur le capitalisme et l'oppression des femmes[17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton livre, tu d&#233;fends l'id&#233;e que le capitalisme a &#233;t&#233; import&#233; en France &#224; l'initiative de l'&#201;tat. Quel r&#244;le a jou&#233; la consolidation du capitalisme industriel britannique dans cette importation ? Comment s'est traduite cette importation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les repr&#233;sentants lib&#233;raux de l'&#201;tat avaient tent&#233; d'implanter des r&#233;formes &#233;conomiques lib&#233;rales en France &#8211; souvent contre la volont&#233; des industriels-marchands &#8211; depuis la seconde moiti&#233; du 18e si&#232;cle au moins (les efforts se sont intensifi&#233;s dans le sillage de la d&#233;faite anglaise durant la guerre de 7 ans), une transition capitaliste r&#233;ussie a finalement d&#233;but&#233; sous le Second Empire et a continu&#233; sous la 3e R&#233;publique. La combinaison entre, d'une part, l'institution d'un nouveau r&#233;gime en France et, d'autre part l'&#233;mergence d'un nouveau contexte international, a permis et contraint l'&#201;tat fran&#231;ais &#224; initier une transition capitaliste. Les acteurs de l'&#201;tat et l'&#233;lite fran&#231;aise sont rest&#233;s profond&#233;ment divis&#233;s sur le besoin et l'envie de soutenir la transition, mais les forces procapitalistes l'ont emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consolidation du capitalisme industriel pendant le second tiers du 19e si&#232;cle a permis &#224; l'&#201;tat britannique de g&#233;n&#233;rer des revenus inesp&#233;r&#233;s pour financer son arm&#233;e sans miner sa base &#233;conomique, tandis que les innovations techniques ont &#233;galement permis la m&#233;canisation de la guerre. Cela a transform&#233; le contexte international, pr&#233;cipitant l'unification et la restructuration de certains &#201;tats, tandis que les classes dirigeantes &#233;taient contraintes de moderniser leurs &#233;conomies en s'inspirant du mod&#232;le anglais. La puissance de l'Allemagne, des &#201;tats-Unis et du Japon a rapidement augment&#233;, et la France a &#233;galement d&#251; s'adapter &#224; ce nouveau contexte afin de maintenir sa position g&#233;opolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ascension du Second Empire apr&#232;s le coup d'&#201;tat de 1851 a impos&#233; une quasi-dictature personnalis&#233;e largement lib&#233;r&#233;e du contr&#244;le parlementaire, compar&#233;e aux r&#233;gimes pr&#233;c&#233;dents. Sous l'influence de hauts fonctionnaires saint-simoniens, Napol&#233;on III a rapidement affirm&#233; qu'une r&#233;volution industrielle &#233;tait n&#233;cessaire pour consolider le nouveau r&#233;gime. Une croissance industrielle rapide permettrait d'avoir les moyens de pr&#233;server la grandeur de la nation &#8211; en r&#233;ussissant &#224; tenir &#224; distance le pouvoir militaire grandissant des classes dirigeantes &#233;trang&#232;res et de leurs &#201;tats &#8211; et de coopter la classe ouvri&#232;re &#8211; en r&#233;duisant le ch&#244;mage et en augmentant la consommation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de l'empereur a rapidement lib&#233;ralis&#233; le secteur financier et a activement soutenu le d&#233;veloppement des banques d'investissement. Pourtant, m&#234;me si l'offre de capital s'est am&#233;lior&#233;e, la demande de capital restait limit&#233;e en l'absence d'imp&#233;ratifs de march&#233; qui feraient de la maximisation du profit une question de survie &#233;conomique et contraindrait les firmes fran&#231;aises &#224; investir syst&#233;matiquement dans la productivit&#233; du travail en am&#233;liorant les technologies. En cons&#233;quence, l'&#201;tat s'est engag&#233; dans la construction d'un march&#233; comp&#233;titif en dirigeant activement les investissements de capitaux vers la construction de chemins de fer. Le d&#233;veloppement rapide des chemins de fer, la construction d'un r&#233;seau national de t&#233;l&#233;graphe et l'&#233;mergence concomitante de nouvelles pratiques commerciales et marketing ont engendr&#233; la formation d'un espace &#233;conomique int&#233;gr&#233; et comp&#233;titif dans les ann&#233;es 1860 et 1870, qui a an&#233;anti des industries r&#233;gionales enti&#232;res puisque les profits garantis d&#233;coulaient de l'&#233;vaporation des monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, le gouvernement imp&#233;rial a us&#233; de son pouvoir illimit&#233; concernant les politiques de commerce international en vue de stimuler la modernisation de l'&#233;conomie par la signature d'un trait&#233; commercial avec la Grande-Bretagne en 1860 &#8211; contre la forte opposition de la majorit&#233; des industriels fran&#231;ais qui d&#233;non&#231;ait un &#171; coup d'&#201;tat douanier &#187;. Cela, ainsi que des trait&#233;s commerciaux sign&#233;s ult&#233;rieurement avec de nombreux &#201;tats europ&#233;ens, ont expos&#233; les firmes industrielles fran&#231;aises &#224; la concurrence &#233;trang&#232;re. Un march&#233; national unifi&#233; &#233;tait d&#233;sormais int&#233;gr&#233; et expos&#233; aux imp&#233;ratifs de la concurrence d'un march&#233; capitaliste mondial &#233;mergeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce nouveau contexte concurrentiel, les firmes fran&#231;aises ont &#233;t&#233; forc&#233;es de prendre le contr&#244;le du proc&#232;s de travail afin d'am&#233;liorer la productivit&#233;. &#192; partir de la fin des ann&#233;es 1860, la Cour de cassation &#8211; plus haute cour de justice en France &#8211; a commenc&#233;, avec le soutien du S&#233;nat et contre l'opposition occasionnelle de la Chambre des d&#233;put&#233;s, &#224; invalider des d&#233;cisions du conseil des prud'hommes, avec pour cons&#233;quence la rapide &#233;rosion de la r&#233;gulation des m&#233;tiers artisanaux et industriels. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; l'imposition progressive d'une nouvelle discipline industrielle et temporelle &#224; travers le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En utilisant les concepts de Marx, nous pouvons dire que la subsomption du travail par le capital a pris une forme non seulement formelle, mais aussi de plus en plus r&#233;elle dans les secteurs industriels cl&#233;s, au fur et &#224; mesure que les investissements et la m&#233;canisation ont augment&#233; &#224; un rythme sans pr&#233;c&#233;dent. Cela s'est fait &#224; cause d'une concurrence serr&#233;e des prix dans le contexte de (ce que l'on nomme) la longue d&#233;pression du dernier tiers du 19e si&#232;cle, alors que l'int&#233;gration internationale grandissait. La croissance annuelle moyenne des chevaux vapeurs utilis&#233;s dans l'industrie fran&#231;aise est pass&#233;e de 9500 entre 1839 et 1869, &#224; 32 800 entre 1871 et 1894, avant d'atteindre 73 350 entre 1883 et 1903 et 141 800 entre 1903 et 1913. Parall&#232;lement, le partage des investissements industriels en investissements totaux a atteint 38 % entre 1905 et 1913, contre 13 % entre la moiti&#233; des ann&#233;es 1840 et la moiti&#233; des ann&#233;es 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acc&#233;l&#233;ration sans pr&#233;c&#233;dent des investissements industriels s'est faite &#224; une &#233;poque o&#249; la demande de la consommation int&#233;rieure stagnait. Ainsi, ces nouveaux mod&#232;les d'investissements &#171; capitalistiques &#187; (pour reprendre l'expression de Fran&#231;ois Caron) ne peuvent &#234;tre expliqu&#233;s par la simple expansion du march&#233;. Ils &#233;taient en fait aliment&#233;s par une transformation qualitative des rapports sociaux de propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grandissant, la demande internationale a contribu&#233; &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de l'industrialisation fran&#231;aise &#224; partir de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1890. Toutefois, jusqu'&#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, l'absence de capitalisme agraire en France impliquait que le march&#233; des consommateurs restait limit&#233;, et cela a consid&#233;rablement ralenti son processus d'industrialisation capitaliste. L'exposition &#224; la concurrence internationale des prix (ainsi que la concurrence nationale dans un march&#233; fran&#231;ais nouvellement int&#233;gr&#233;) a eu comme effet d'&#233;liminer rapidement la production artisanale de textile ainsi que d'autres formes auxiliaires de sources de revenus dans cette p&#233;riode. Cela a contraint un nombre croissant de paysans pauvres incapables d'acheter des terres et qui avaient d&#251; compter sur les activit&#233;s proto-industrielles d'aller dans les centres urbains et de s'investir exclusivement dans le travail industriel. Ce processus d'urbanisation est toutefois rest&#233; lent et limit&#233;. Cela &#233;tait d&#251; au fait que la concurrence internationale a &#233;galement eu comme effet de d&#233;valuer la terre et cela a men&#233; de nombreux grands propri&#233;taires terriens &#224; se d&#233;partir d'une partie de leurs domaines (tandis qu'ils commen&#231;aient &#224; investir de plus en plus dans les firmes industrielles). Ceci a du m&#234;me coup permis aux paysans qui en avaient les moyens d'acheter de nouvelles terres et d'obtenir des parcelles leur permettant d'&#234;tre autosuffisants. La cons&#233;quence a &#233;t&#233; l'isolement de la paysannerie fran&#231;aise face aux changements &#233;conomiques en cours pour le reste du si&#232;cle, et ce, jusqu'&#224; l'int&#233;rieur du 20e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat fran&#231;ais et sa classe dirigeante ne se sont pas oppos&#233;s &#224; cet enracinement d'une grande partie de la paysannerie. Cette derni&#232;re classe a constitu&#233; la base des r&#233;gimes successifs et a souvent (mais pas toujours !) fait tampon contre la radicalisation de la classe ouvri&#232;re urbaine. Les leaders politiques, dont beaucoup &#233;taient toujours attach&#233;s &#224; la France rurale traditionnelle, ont diff&#233;r&#233; la transition vers le capitalisme agraire. En cons&#233;quence, ils se sont assur&#233; le r&#233;tablissement de tarifs relativement &#233;lev&#233;s sur les produits agricoles &#233;trangers, &#224; partir des ann&#233;es 1880 et 1890. Une paysannerie fran&#231;aise massive est rest&#233;e en place pendant une bonne partie du 20e si&#232;cle, et une transformation capitaliste de l'agriculture du pays induite par des politiques d'&#201;tat cibl&#233;es a &#233;t&#233; n&#233;cessaire avant que la France ne fasse l'exp&#233;rience du boom &#233;conomique connu sous le terme de &#171; Trente glorieuses[18]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un marxisme eurocentrique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton &#233;tude se concentre surtout sur la p&#233;riode 1750-1914, pourtant l'esclavage et le colonialisme ne semblent pas jouer un r&#244;le essentiel dans les mutations que tu analyses. Pourrais-tu en expliciter les raisons ? Dans How The West Came to Rule, Alexander Anievas et Kerem Nisancioglu reprochent au marxisme politique son eurocentrisme &#8211; notamment en minimisant l'importance des sources extra-europ&#233;ennes dans la formation du capitalisme europ&#233;en. Cette critique te semble-t-elle valable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme politique a &#233;t&#233; accus&#233; d'eurocentrisme par certains, mais, suivant en cela Ellen Meiksins Wood, je dirais que celui-ci offre en r&#233;alit&#233; une r&#233;ponse profond&#233;ment puissante au chauvinisme occidental tandis que, paradoxalement, la plupart des th&#233;ories anti-eurocentriques se basent sur des pr&#233;suppos&#233;s eurocentriques. Les eurocentristes expliquent la transition capitaliste en Europe occidentale par sa capacit&#233; &#224; &#233;liminer les entraves &#224; la maturation des activit&#233;s commerciales au sein du capitalisme industriel moderne ; des obstacles qui restent en place et paralysent ainsi le d&#233;veloppement des civilisations non occidentales. La plupart des r&#233;ponses anti-eurocentriques renversent l'argument tout en s'en tenant &#224; une conception similaire du capitalisme, affirmant que l'&#233;chec des soci&#233;t&#233;s non europ&#233;ennes qui ont atteint un haut niveau de d&#233;veloppement commercial &#8211; dans de nombreux cas sup&#233;rieur aux soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes &#8211; &#224; transiter vers un capitalisme industriel mature d&#233;coule des entraves dues &#224; l'imp&#233;rialisme occidental. Cet argumentaire pr&#233;suppose que les soci&#233;t&#233;s non occidentales doivent &#234;tre jug&#233;es selon leur capacit&#233; &#224; suivre la voie capitaliste vers le d&#233;veloppement trac&#233;e avant eux par les Occidentaux, comme si le capitalisme &#233;tait l'ordre naturel des choses. Comme l'&#233;crit Wood, il n'y a pas&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; de mani&#232;re plus efficace de faire &#233;clater le sentiment de sup&#233;riorit&#233; occidental que d'aller &#224; l'encontre de la conviction triomphaliste selon laquelle la voie occidentale du d&#233;veloppement historique est le cours naturel et in&#233;luctable des choses &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;et faire cela implique de souligner les sp&#233;cificit&#233;s historiques du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anievas et Nisancioglu refusent de travailler &#224; partir d'une conception clairement d&#233;finie du capitalisme en tant que forme historiquement sp&#233;cifiquement sociale et pr&#233;f&#232;rent l'appr&#233;hender en tant qu'&#171; assemblages &#187; ou &#171; faisceaux &#187; de rapports et de processus sociaux. Bien que leur livre soit stimulant sur de nombreux points, cette ind&#233;termination m&#232;ne &#224; d'importants probl&#232;mes th&#233;oriques et empiriques[19]. Ces auteurs reprochent au marxisme politique sa perspective &#171; internaliste &#187; qui, selon eux, ne prend pas en compte les rapports &#171; intersoci&#233;taux &#187; et la contribution du pillage colonial &#224; l'&#233;mergence du capitalisme europ&#233;en. Anievas et Nisanciogu mettent en avant une explication alternative des origines du capitalisme en mobilisant la notion de d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; en tant que concept explicatif central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier probl&#232;me majeur de cette perspective est qu'elle est anachronique[20]. Tandis que les &#201;tats ont effectivement tent&#233; d'&#233;galer le meilleur des pratiques militaires et administratives d'autres &#201;tats, les interactions g&#233;opolitiques ant&#233;rieures au capitalisme ont reproduit et aggrav&#233;s le d&#233;veloppement in&#233;gal &#8211; il n'y a pas eu de d&#233;veloppement combin&#233; d'une croissance &#233;conomique durable, car de telles dynamiques &#233;conomiques ne se rencontraient nulle part. C'est la consolidation du capitalisme industriel en Angleterre qui a initi&#233; les mod&#232;les in&#233;gaux et combin&#233;s du d&#233;veloppement mondial, les classes dirigeantes non capitalistes ayant &#233;t&#233; forc&#233;es d'adopter des rapports sociaux et des mod&#232;les d'industrialisation capitalistes, et l'ayant fait avec un succ&#232;s in&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'accusation d'&#171; internalisme &#187; prof&#233;r&#233;e &#224; l'encontre des marxistes politiques est injustifi&#233;e. Rappelons que notre conception du mat&#233;rialisme historique tourne autour du concept de rapports sociaux de propri&#233;t&#233; (ou de mode de production exploiteur) qui comprend toujours des rapports verticaux d'exploitation de classe, entre les exploiteurs et les producteurs directs, et des rapports horizontaux (de concurrence ou de coop&#233;ration), entre les membres des classes sociales. On donne &#224; ces deux dimensions des rapports de classe un m&#234;me poids explicatif, et les rapports horizontaux impliquent toujours une logique donn&#233;e d'interactions intersoci&#233;tales et de concurrence entre les classes dirigeantes et leurs &#201;tats, y compris la guerre, le commerce et les efforts coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que les dynamiques d&#233;coulant des r&#232;gles de reproduction d'un ensemble de rapports sociaux de propori&#233;t&#233; (ou, pour le dire autrement, les &#171; lois de d&#233;veloppement &#187; d'un mode de production et d'exploitation) au sein d'un &#201;tat donn&#233; (ou de plusieurs &#201;tats) peuvent transformer la logique des rapports internationaux &#8211; et la logique du colonialisme/imp&#233;rialisme &#8211; dans une p&#233;riode historique donn&#233;e. Inversement, cela signifie &#233;galement que les effets sur les rapports internationaux sont toujours &#171; filtr&#233;s &#187; par les rapports sociaux de propri&#233;t&#233; et les rapports de force entre et au sein des classes dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le travail forc&#233; dans les colonies ait contribu&#233; ou non au d&#233;veloppement du capitalisme dans plusieurs &#201;tats europ&#233;ens d&#233;pend de la dialectique entre les dynamiques internationales et les rapports sociaux de propri&#233;t&#233; existant dans chacun des pays concern&#233;s. Les entreprises coloniales europ&#233;ennes ont suivi des logiques distinctes. L'Empire colonial anglais a &#233;t&#233; le produit des dynamiques du capitalisme agraire, qui ont engendr&#233; une croissance d&#233;mographique rapide et, par cons&#233;quent, le colonialisme de peuplement, destin&#233; &#224; reproduire la propri&#233;t&#233; capitaliste au-del&#224; de ses fronti&#232;res, tout en cr&#233;ant en m&#234;me temps un march&#233; domestique de masse servant de d&#233;bouch&#233; aux produits exotiques comme le caf&#233;, le tabac et le sucre. L'industrialisation rapide a ensuite aliment&#233; la production de coton dans les colonies. Bien que l'exploitation de ces ressources n'ait pas engendr&#233; l'&#233;mergence du capitalisme en Angleterre, elle a grandement contribu&#233; &#224; son d&#233;veloppement, tout comme la r&#233;volution industrielle de l'&#233;conomie de la m&#233;tropole a stimul&#233; l'essor de la production de coton dans le sud de l'Am&#233;rique. Les planteurs coloniaux ont b&#233;n&#233;fici&#233; de la demande m&#233;tropolitaine et les profits venant du travail des esclaves ont &#233;t&#233; r&#233;investis &#171; de mani&#232;re productive &#187; en Angleterre, o&#249; les rapports sociaux capitalistes ont contraint les entreprises &#224; maximiser leurs profits, augmenter leur productivit&#233; et d&#233;velopper les forces productives pour rester &#224; flot[21].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Empires coloniaux d'Espagne, du Portugal, de Hollande et de France &#233;taient cependant des variations d'une continuit&#233; avec une logique absolutiste ou f&#233;odale d'expansion[22]. Les monarques ont soutenu les entreprises coloniales afin de s&#233;curiser les ressources &#233;conomiques qu'ils ne pouvaient amasser sur place, projetant ainsi sur le monde atlantique (et au-del&#224;) la concurrence politico-militaire internationale qui persistait entre les classes dirigeantes non-capitalistes du continent europ&#233;en[23]. Le gros du commerce et de la colonisation a &#233;t&#233; entrepris par des compagnies marchandes d'&#201;tat qui jouissaient d'un monopole sur le commerce d'esclaves et d'autres importations et exportations. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, la richesse extraite violemment des colonies &#233;tait d&#233;pens&#233;e dans des qu&#234;tes f&#233;odalo-absolutistes, principalement dans la guerre, la fondation d'un Empire et la consommation ostensible des classes dirigeantes, non pas comme investissements capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonisation de la Cara&#239;be anglaise et de l'Am&#233;rique du Nord a &#233;t&#233; entreprise par des &#171; nouveaux marchands &#187;, par opposition aux &#171; soci&#233;t&#233;s commerciales[24]. &#187; Puisque les commer&#231;ants pouvaient s'emparer des terres des planteurs, ces derniers d&#233;pendaient du march&#233; et &#233;taient assujettis aux imp&#233;ratifs de la concurrence. La colonisation fran&#231;aise des &#238;les de la Cara&#239;be &#233;tait en fait assez largement endoss&#233;e par des entrepreneurs ind&#233;pendants qui &#233;chappaient, en partie, aux monopoles royaux. Cependant, les lois interdisaient la saisie des terres et esclaves des planteurs pour couvrir les dettes et les contraintes li&#233;es &#224; la concurrence n'existaient pas dans ce cas[25]. Par cons&#233;quent, tandis que les planteurs extrayaient violemment d'importantes richesses en exploitant les esclaves &#224; Saint-Domingue, en Martinique et en Guadeloupe, leurs entreprises n'apparaissent pas comme ayant &#233;t&#233; capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans tous les cas, il est clair que les importantes richesses extraites par les planteurs fran&#231;ais, en commettant des atrocit&#233;s, n'a pas contribu&#233; &#224; l'industrialisation capitaliste en France. La France n'avait pas un march&#233; de consommation de masse et les plantations de sucre de la Cara&#239;be fran&#231;aise et les usines produisaient le meilleur des sucres blancs, qui &#233;tait, pour l'essentiel, r&#233;export&#233; par les marchands fran&#231;ais comme produit de luxe sur les march&#233;s europ&#233;ens, o&#249; il &#233;tait consomm&#233; par les membres des classes les plus &#233;lev&#233;es. &lt;/i&gt; Il n'y avait pas de comp&#233;tition sur les prix et les profits &#233;taient tr&#232;s largement canalis&#233;s vers la consommation ostentatoire des notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une large part de la croissance &#233;conomique fran&#231;aise au 18e si&#232;cle est due &#224; l'augmentation du commerce ext&#233;rieur, qui a quadrupl&#233; en 1716 et 1788, en bonne partie gr&#226;ce au d&#233;veloppement du commerce atlantique, notamment avec Saint-Domingue. Ce commerce n'a toutefois gu&#232;re contribu&#233; &#224; la modernisation et a principalement concern&#233; des denr&#233;es alimentaires. La France a principalement fait commerce de bl&#233; et de vin avec ses colonies antillaises en &#233;change de sucre et de caf&#233;, dont 60 &#224; 80 % ont &#233;t&#233; r&#233;export&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce colonial a bien impuls&#233; le d&#233;veloppement rapide d'enclaves proto-industrielles autour de villes portuaires, comme Bordeaux ou Nantes, mais les &#233;conomies externes et domestiques de la France restaient tr&#232;s faiblement int&#233;gr&#233;es et seule une infime portion du capital commercial engag&#233; dans l'entreprise commerciale a &#233;t&#233; redistribu&#233;e en tant qu'investissements dans l'&#233;conomie m&#233;tropolitaine[26]. Le pourcentage de produits manufactur&#233;s dans le total des exportations fran&#231;aises n'a quasiment pas &#233;volu&#233; tout au long du 18e si&#232;cle, tandis que le pourcentage d'importations manufacturi&#232;res a consid&#233;rablement augment&#233;. Dans le m&#234;me temps, la Grande-Bretagne a principalement import&#233; des mati&#232;res premi&#232;res et la productivit&#233; croissante de son secteur industriel lui a permis d'augmenter les exportations manufacturi&#232;res[27]. Silvia Marzagalli explique que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; les importations coloniales n'ont stimul&#233; que modestement l'&#233;conomie fran&#231;aise dans son ensemble, contrairement &#224; l'&#233;conomie britannique caract&#233;ris&#233;e par l'importance de l'exportation de produits manufactur&#233;s. La croissance du commerce maritime fran&#231;ais, avec sa forte composante coloniale, n'a pas, dans l'ensemble, b&#233;n&#233;fici&#233; au reste de l'&#233;conomie fran&#231;aise, et a &#233;t&#233; une sorte de &#8220;bulle&#8221; d&#233;pendante des conditions sp&#233;cifiques &#233;tablies pour un temps par l'&#201;tat fran&#231;ais[28]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La perte de Saint-Domingue et l'h&#233;g&#233;monie britannique sur l'Atlantique &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 1790 a men&#233; &#224; l'effondrement du commerce fran&#231;ais avec ses colonies et de la plupart des activit&#233;s industrielles qui en d&#233;pendaient, et l'&#233;crasante sup&#233;riorit&#233; du commerce britannique avec les Am&#233;riques a continu&#233; pendant le 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le r&#233;sume Crouzet, l'expansion de l'&#233;conomie fran&#231;aise au 18e si&#232;cle &#8211; pendant laquelle le d&#233;veloppement de ses colonies d'esclaves a atteint son apog&#233;e &#8211; s'est d&#233;roul&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; dans un cadre qui, du point de vue de l'organisation et des m&#233;thodes, est rest&#233; tr&#232;s largement traditionnel (&#8230;). &#192; la veille de la R&#233;volution, l'&#233;conomie fran&#231;aise n'&#233;tait pas fondamentalement diff&#233;rente de ce qu'elle avait &#233;t&#233; sous Louis XIV : simplement elle produisait beaucoup plus[29]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant le Second Empire, comme je l'ai expliqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, le secteur industriel fran&#231;ais a amorc&#233; une transformation capitaliste. Cette transition a d&#233;but&#233; tout juste avant la croissance rapide et la consolidation de l'essentiel de l'empire colonial fran&#231;ais en Afrique et en Indochine. Les march&#233;s coloniaux prot&#233;g&#233;s comme celui de l'Alg&#233;rie, dont la colonisation par la France avait d&#233;but&#233; en 1830 et &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1850, ont en fait servi, pendant un moment, de rempart contre la concurrence internationale &#8211; et donc contre les contraintes de la restructuration capitaliste &#8211; pour les entreprises industrielles fran&#231;aises, et ce encore apr&#232;s la signature de trait&#233;s commerciaux en 1860.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, il est aussi crucial de souligner que, au cours du dernier tiers du 19e si&#232;cle, l'&#233;mergence du capitalisme en France a transform&#233; la nature de ses projets coloniaux, comme le montrent des ouvrages tels que celui de Martin J. Murray sur le d&#233;veloppement du capitalisme en Indochine fran&#231;aise &#224; partir des ann&#233;es 1870[30]. Murray expose la fa&#231;on dont les entreprises capitalistes fran&#231;aises, &#233;tant soutenues par l'administration coloniale, se sont engag&#233;es dans des efforts d'&#171; expansion ext&#233;rieure des processus de production et de circulation capitalistes &#187;[31]. Ces efforts ont eu des impacts d&#233;veloppementaux diff&#233;renci&#233;s dans les diff&#233;rentes r&#233;gions de l'Indochine fran&#231;aise, et ont enclench&#233; des processus d'&#171; accumulation primitive &#187; &#224; l'initiative du capital fran&#231;ais qui a mis sur pied des plantations de caoutchouc exploitant une main-d'&#339;uvre salari&#233;e d&#233;poss&#233;d&#233;e des moyens de production en Cochinchine et dans le sud de l'Annam. L'objectif des entreprises capitalistes m&#233;tropolitaines &#233;tait alors d'extraire des colonies des ressources naturelles tout en s'assurant&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; d'organiser le proc&#232;s de travail capitaliste de fa&#231;on &#224; ce que les co&#251;ts unitaires demeurent suffisamment plus bas que les prix qui pouvaient &#234;tre obtenus sur le march&#233; mondial, pour ainsi garantir des taux de profits &#224; tout le moins normaux &#187;[32].&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La logique de comp&#233;tition marchande et de subsomption du travail qui avait pris racine dans la m&#233;tropole op&#233;rait maintenant dans les colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons repenser l'histoire de l'Empire colonial fran&#231;ais, qui a &#233;t&#233; consolid&#233; au tournant du 20e si&#232;cle, d'une mani&#232;re qui nous permette de mesurer l'impact de la transition au capitalisme industriel sur les processus coloniaux et de reconsid&#233;rer l'impact de ces processus sur le d&#233;veloppement du capitalisme fran&#231;ais au 20e si&#232;cle. &#192; cette fin, comme toujours, il faudra r&#233;ellement s'attarder &#224; expliquer l'&#233;mergence du capitalisme au sein des colonies, plut&#244;t que de pr&#233;sumer sa pr&#233;existence embryonnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Selim Nadi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Sophie Coudray et Selim Nadi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ____________&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Brenner, Robert (1976) &#171; Agrarian Class Structure and Economic Development in Pre-Industrial Europe &#187;, Past &amp; Present, n&#176; 79, p. 30-75 ; Brenner, Robert 1977, &#171; The Origins of Capitalist Development : A Critique of Neo-Smithian Marxism &#187;, New Left Review, I, n&#176;104, p. 25&#8211;92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Hilton, Rodny (dir.) (1985), The Transition from Feudalism to Capitalism, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les passages en italiques sont soulign&#233;s par la r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Il faut noter que cette reproduction sociale n'implique pas simplement les rapports de classe, mais &#233;galement les rapports de genre. Pour une discussion favorable au &#171; marxisme politique &#187;, bien que critique, du point de vue de la th&#233;orie de la reproduction sociale, voir : Nicole Leach (2016) &#171; Rethinking the Rules of Reproduction and the Transition to Capitalism : Reading Federici and Brenner together &#187; in Xavier Lafrance et Charlie Post (dir.), Case Studies in the Origins of Capitalism, Palgrave, p. 317-342.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Anderson, Perry, 1974, Lineage of the Absolutist State, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] L'une des meilleures critiques de l'important livre de Perry Anderson est celle de Benno Teschke, 2003, The Myth of 1648. Class, Geopolitics and the Making of Modern International Relations, New York : Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Miller, Stephen, 2009, &#8216;The Economy of France in the Eighteenth and Nineteenth Centuries : Market Opportunity and Labor Productivity in Languedoc', Rural History, 20 (1), p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Brewer, John 1989, The Sinews of Power : War, Money, and the English State, 1688&#8211;1783, Cambridge : Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Brenner, Robert, 1989, &#8216;Bourgeois Revolution and Transition to Capitalism', in The First Modern Society : Essays in English History in Honour of Lawrence Stone, edited by A. L. Beier, David Cannadine, and James M. Rosenheim, 271&#8211;304, Cambridge : Cambridge University Press ; Comninel, George C. 1987, Rethinking the French Revolution : Marxism and the Revisionist Challenge, London : Verso ; Teschke, Benno, 2005, &#8216;Bourgeois Revolution, State Formation and the Absence of the International', Historical Materialism, 13 (2) : 3&#8211;26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Hirsch, Jean-Pierre, 1991, Les deux r&#234;ves du commerce. Entreprise et institution dans la r&#233;gion lilloise (1780&#8211;1860), Paris : &#201;ditions de l'&#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales, p. 392.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Reddy, William, 1984, The Rise of Market Culture : The Textile Trade and French Society, 1750&#8211;1900, Cambridge : Cambridge University Press, p. 74, 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Sewell, William H. 1980, Work and Revolution in France : The Language of Labor from the Old Regime to 1848, Cambridge : Cambridge University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Judt, Tony 2011 [1986], Marxism and the French Left : Studies in labour and politics in France, 1830&#8211;1981, New York : New York University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Beecher, Jonathan 2001, Victor Considerant and the Rise and Fall of French Romantic Socialism, Berkeley : University of California Press, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Wood, Ellen Meiksins, 2012, Liberty and Property : A Social History of Western Political Thought from Renaissance to Enlightenment, New York : Verso, p. 170.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Beecher, 2001, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Brenner Johanna and Maria Ramas, &#171; Repenser l'oppression des femmes &#187;, &lt;a href=&#034;http://revueperiode.net/repenser-loppression-des-femmes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revueperiode.net/repenser-loppression-des-femmes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Isett, Christopher, and Stephen Miller 2017, The Social History of Agriculture : From the Origins to the Current Crisis, London/New York : Rowman &amp; Littlefield.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Voir l'excellente critique de How the West Came to Rule par Spencer Dimmock pour un d&#233;bat sur ces failles : &lt;a href=&#034;http://www.historicalmaterialism.org/book-review/eastern-origins-capitalism&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.historicalmaterialism.org/book-review/eastern-origins-capitalism&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Post, Charles, 2018, &#171; The Use and Misuse of Uneven and Combined Development : A Critique of Anevias and Ni&#351;anc&#305;o&#287;lu &#187;, Historical Materialism, Vol. 26 (3), pp. ; Rioux, S&#233;bastien, 2015, &#171; Mind the (Theoretical) Gap : On the Poverty of International Relations Theorising of Uneven and Combined Development &#187;, Gobal Society, Vol. 29 (4), p. 481-509.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Blackburn, Robin, 2010 [1997], The Making of New World Slavery : From the Baroque to the Modern, Verso, 1997 ; Post, Charles, 2017, &#171; Slavery and the New History of Capitalism &#187;, Vol. 1 (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Wood, Ellen Meiksins, 2003, The Empire of Capital, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Post 2017, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Brenner, Robert, 2003, Merchants and Revolution, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Blackburn 2010, p. 444-445.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Tarrade, Jean 1972, Le commerce colonial de la France &#224; la fin de l'Ancien R&#233;gime : l'&#233;volution du r&#233;gime de l'exclusif de 1763 &#224; 1789, Paris : Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Jones, P. M. 1995, Reform and Revolution in France. The Politics of Transition, 1774&#8211;1791, Cambridge : Cambridge University Press, p. 99-100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Marzagalli, Silvia 2012, &#8216;Commerce', in The Oxford Handbook of the Ancien R&#233;gime, edited by William Doyle, Oxford : Oxford University Press, p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Crouzet, Fran&#231;ois 1966, &#171; Angleterre et France au XVIIIe si&#232;cle : essai d'analyse compar&#233;e de deux croissances &#233;conomiques &#187;, Annales. &#201;conomies, Soci&#233;t&#233;s, Civilisations, 21 (2) : 254&#8211;91, p. 271-272.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Murray, Martin J. 1980, The Development of Capitalism in Colonial Indochina (1870-1940), University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Murray 1980, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Murray 1980, p. 256.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un gouvernement solidaire peut-il changer le Qu&#233;bec ? - Intervention de Xavier Lafrance, professeur &#224; l'UQAM</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-gouvernement-solidaire-peut-il-changer-le-Quebec-Intervention-de-Xavier</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Un-gouvernement-solidaire-peut-il-changer-le-Quebec-Intervention-de-Xavier</guid>
		<dc:date>2019-05-28T08:46:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif de la Grande transition, Xavier Lafrance</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-05-28</dc:subject>
		<dc:subject>La Grande Transition 2019 : Organiser la r&#233;sistance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'intervention de Xavier Lafrance a &#233;t&#233; faite le 26 mai, dans l'atelier &#034;Un gouvernement solidaire peut-il changer le Qu&#233;bec ?&#034; Cet atelier s'est d&#233;roul&#233; dans le cadre de la rencontre La Grande Transition, rencontre qui avait pour th&#232;me ORGANISER LA R&#201;SISTANCE. Nous reviendrons dans les prochaines semaines sur diff&#233;rentes interventions qui y ont &#233;t&#233; faites. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Suite &#224; une perc&#233;e &#233;lectorale substantielle en octobre 2018, la prise du pouvoir par Qu&#233;bec Solidaire &#224; court ou moyen terme semble (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-05-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-05-28&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-Grande-Transition-2019-Organiser-la-resistance-1519-+" rel="tag"&gt;La Grande Transition 2019 : Organiser la r&#233;sistance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH74/arton39316-c5f34.png?1781181149' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='74' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'intervention de Xavier Lafrance a &#233;t&#233; faite le 26 mai, dans l'atelier &#034;Un gouvernement solidaire peut-il changer le Qu&#233;bec ?&#034; Cet atelier s'est d&#233;roul&#233; dans le cadre de la rencontre La Grande Transition, rencontre qui avait pour th&#232;me ORGANISER LA R&#201;SISTANCE. Nous reviendrons dans les prochaines semaines sur diff&#233;rentes interventions qui y ont &#233;t&#233; faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Suite &#224; une perc&#233;e &#233;lectorale substantielle en octobre 2018, la prise du pouvoir par Qu&#233;bec Solidaire &#224; court ou moyen terme semble plus possible que jamais. Si Qu&#233;bec Solidaire remportait les prochaines &#233;lections, comment ce parti pourrait-il remplir ses promesses ? Jusqu'o&#249; et comment un gouvernement Solidaire pourrait-il transformer la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise ? Est-ce que QS pourrait &#233;viter ce qui est arriv&#233; &#224; Syriza, en Gr&#232;ce, o&#249; le parti de gauche a continu&#233; les politiques d'aust&#233;rit&#233; malgr&#233; ses promesses ?&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/_t2CARjUG5o&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appuyons la gr&#232;ve &#233;tudiante au Qu&#233;bec. Non &#224; la r&#233;pression !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Appuyons-la-greve-etudiante-au-Quebec-Non-a-la-repression</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Appuyons-la-greve-etudiante-au-Quebec-Non-a-la-repression</guid>
		<dc:date>2012-06-05T09:22:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alan Sears, Xavier Lafrance</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-06-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le gouvernement Charest a opt&#233; pour la r&#233;pression pour tenter de briser la gr&#232;ve &#233;tudiante la plus longue et la plus importante dans l'histoire du Qu&#233;bec. Les &#233;tudiantEs avaient d&#233;j&#224; endur&#233; la r&#233;pression polici&#232;re, y compris des centaines d'arrestations et des attaques brutales par l'anti-&#233;meute sur les campus et dans les rues. &lt;br class='autobr' /&gt; La nouvelle l&#233;gislation pour briser la gr&#232;ve, la loi 78, est une loi r&#233;pressive brutale contre le droit de s'organiser collectivement et contre la libert&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-etudiant-" rel="directory"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Education-18-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-06-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-06-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L108xH150/arton10596-87b58.png?1781421988' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement Charest a opt&#233; pour la r&#233;pression pour tenter de briser la gr&#232;ve &#233;tudiante la plus longue et la plus importante dans l'histoire du Qu&#233;bec. Les &#233;tudiantEs avaient d&#233;j&#224; endur&#233; la r&#233;pression polici&#232;re, y compris des centaines d'arrestations et des attaques brutales par l'anti-&#233;meute sur les campus et dans les rues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle l&#233;gislation pour briser la gr&#232;ve, la loi 78, est une loi r&#233;pressive brutale contre le droit de s'organiser collectivement et contre la libert&#233; d'expression. Les trajets des manifestations de plus de 50 personnes doivent &#234;tre approuv&#233;s par la police avant tout rassemblement ou l'action sera consid&#233;r&#233;e comme ill&#233;gale. Chaque &#233;l&#232;ve, chaque employ&#233;-e-e ou membres du corps enseignant qui pr&#244;nent la continuation de la gr&#232;ve encourent des sanctions tr&#232;s lourdes, et les syndicats d'&#233;tudiantEs ou employ&#233;Es de l'universit&#233; qui organisent ou soutiennent la gr&#232;ve en cours devront faire face &#224; de lourdes amendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plus de trois mois, plus de 170 000 &#233;tudiantEs des c&#233;geps (coll&#232;ge d'enseignement g&#233;n&#233;ral et professionnel) et des universit&#233;s sont toujours en gr&#232;ve contre la hausse des frais de scolarit&#233; et pour une &#233;ducation gratuite. &#192; son apog&#233;e, le mouvement a mobilis&#233; plus de 300 000 personnes en gr&#232;ve, certains pour quelques jours et d'autres avec un mandat illimit&#233;. Plus de 200 000 ont particip&#233; &#224; la manifestation massive du 22 Mars. La gr&#232;ve a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e en r&#233;ponse au plan du gouvernement Charest visant &#224; augmenter les frais de scolarit&#233; de 75 pour cent au cours des cinq prochaines ann&#233;es, que le gouvernement a, plus tard, transform&#233; en 80 pour cent d'augmentation pour les 7 prochaines ann&#233;es, pr&#233;sentant ce changement comme une &#171; offre &#187; faite aux &#233;tudiantEs. L'augmentation des frais de scolarit&#233; est importante car elle normalise le principe de l'utilisateur-payeur au niveau de l'&#233;ducation postsecondaire, et fait donc partie de la &#171; r&#233;volution culturelle &#187; promise par le ministre des Finances du Qu&#233;bec, Raymond Bachand, qui vise &#224; d&#233;truire l'id&#233;e de services publics comme droit social. L'introduction d'un imp&#244;t forfaitaire de 200 $ pour les services de sant&#233; fait partie de la m&#234;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de gr&#232;ve a d&#233;montr&#233; une t&#233;nacit&#233; remarquable, malgr&#233; les tentatives du gouvernement de faire retourner les &#233;l&#232;ves en classe par la r&#233;pression, y compris des interventions polici&#232;res brutales, les menaces de perdre l'ann&#233;e scolaire et l'usage intensif d'injonctions pour limiter le droit de manifester sur les campus. Le gouvernement Charest a tent&#233; de briser le front commun des organisations &#233;tudiantes, en offrant &#224; certains groupes de n&#233;gocier, tout en excluant d'autres. Mais cela n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La volont&#233; d'&#233;craser ou le projet de loi 78&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; une gr&#232;ve, qu'il ne parvenait pas &#224; briser, le gouvernement a offert d'&#233;tendre l'augmentation des frais de scolarit&#233; sur une p&#233;riode de sept ans, tout en augmentant la hausse globale. Le gouvernement s'est finalement assis &#224; une table de n&#233;gociation avec les repr&#233;sentantEs des syndicats d'&#233;tudiantEs, ainsi qu'avec les dirigeants syndicaux et les administrations des campus. &#171; L'offre &#187; gouvernementale visait essentiellement &#224; pr&#233;senter comme des r&#233;ductions de frais de scolarit&#233; certaines &#233;conomies qui seraient possiblement identifi&#233;es par un comit&#233; conjoint &#233;tudiant-administration-gouvernement. Les syndicats &#233;tudiants ont demand&#233; &#224; leurs membres de voter sur cette proposition, et elle a &#233;t&#233; massivement rejet&#233;e. La Ministre de l'&#201;ducation, Line Beauchamp, a alors d&#233;missionn&#233;, et le gouvernement a r&#233;orient&#233; ses efforts vers une strat&#233;gie brutale visant &#224; briser la gr&#232;ve en adoptant le projet de loi 78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gr&#232;ve au Qu&#233;bec s'inscrit dans le cadre d'un mod&#232;le de militantisme anti-aust&#233;rit&#233; qui s'inscrit dans le m&#234;me cadre que la mobilisation &#233;tudiante massive au Chili et dans celui de la mobilisation des mouvements d'&#233;tudiants militants de Grande-Bretagne et de Californie, ainsi que des soul&#232;vements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, le mouvement Occupy, et les gr&#232;ves contre l'aust&#233;rit&#233; au Wisconsin et en Europe m&#233;ridionale. Il y aura probablement plus de manifestations, car les &#233;tudiantEs ont toutes les raisons d'&#234;tre en col&#232;re contre les augmentations des frais de scolarit&#233;, contre la d&#233;t&#233;rioration de la qualit&#233; de l'&#233;ducation et la baisse des perspectives d'obtenir des emplois dipl&#244;m&#233;s. Les gouvernements et les employeurs font des coupes &#224; blanc dans les bons emplois, r&#233;duisent les programmes sociaux et attaquent les droits des personnes issues de l'immigration au nom de l'aust&#233;rit&#233;, laissant dipl&#244;m&#233;s de niveau postsecondaire face &#224; leurs dettes et &#224; la pr&#233;carit&#233;, apr&#232;s une &#233;ducation impersonnelle et souvent insastisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sondage publi&#233; par le Globe and Mail le 7 mai a montr&#233; que 62 pour cent des &#233;l&#232;ves au Canada ont dit s'opposer aux hausses de frais de scolarit&#233;, y cela &#224; plus de 69 pour cent en ce qui concerne l'Ontario. Le principal obstacle &#224; une recrudescence du militantisme &#233;tudiant n'est d'ailleurs pas un manque de col&#232;re, mais plut&#244;t un manque de confiance dans la perspective qu'il est possible de lutter contre les politiques d'aust&#233;rit&#233; et contre les augmentations de frais de scolarit&#233; et contre les autres changements majeurs faits dans le secteur de l'&#233;ducation. Le mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois a mis au point des perspectives politiques sophistiqu&#233;es &#224; travers une longue histoire de mobilisations qui peuvent contribuer &#224; r&#233;tablir la confiance et la capacit&#233; de se battre ailleurs au Canada. Il y a beaucoup &#224; apprendre du mod&#232;le de d&#233;mocratie, du syndicalisme militant qui a jou&#233; un r&#244;le important dans la mobilisation militante soutenue au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carr&#233; Rouge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solidarit&#233; active avec le mouvement de gr&#232;ve au Qu&#233;bec face &#224; la r&#233;pression de Charest est cruciale pour les &#233;tudiantEs et pour les luttes ouvri&#232;res contre l'aust&#233;rit&#233;, car le gouvernement du Qu&#233;bec vise le droit de s'organiser collectivement. Cela signifie r&#233;pandre le carr&#233; rouge partout. Le carr&#233; rouge est le symbole omnipr&#233;sent du mouvement &#233;tudiant au Qu&#233;bec, qu'il soit &#233;pingl&#233;e aux v&#234;tements ou utilis&#233; comme un graphique sur les enseignes, d&#233;pliants, durant les rencontres culturelles ou sur les sites Web. Il a d'abord &#233;t&#233; utilis&#233; au cours de la gr&#232;ve des &#233;tudiantEs en 2005, et il joue habilement sur l'id&#233;e de la dette (&#171; carr&#233;ment DANS la rouge &#187; signifie &#171; carr&#233;ment dans la dette&#034;) et le militantisme (le rouge est associ&#233; avec l'activisme radical). Ce n'est pas seulement le symbole lui-m&#234;me qui a &#233;t&#233; transmis de la derni&#232;re gr&#232;ve, mais aussi des strat&#233;gies importantes pour la mobilisation efficace et d&#233;mocratique apprises &#224; travers l'histoire du militantisme &#233;tudiant au Qu&#233;bec depuis les ann&#233;es 1960. Au c&#339;ur de cette vision strat&#233;gique, il y a l'id&#233;e de la d&#233;mocratie, de syndicalisme &#233;tudiant militant .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve actuelle est la neuvi&#232;me gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans l'histoire du mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois depuis les ann&#233;es 1960. Elles ont vari&#233; en termes d'effectif global et d'efficacit&#233;, et les militantEs &#233;tudiantEs ont fait des efforts conscients pour apprendre de ces exp&#233;riences de succ&#232;s et d'&#233;chec. La premi&#232;re de ces gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales a eu lieu en 1968, et cette mobilisation exigeait la gratuit&#233; de l'&#233;ducation, l'expansion du syst&#232;me universitaire francophone et de l'administration d&#233;mocratique des institutions et des politiques &#233;ducatives. L'exigence de qualit&#233; et l'accessibilit&#233; d&#233;mocratique &#224; l'&#233;ducation du public &#233;taient li&#233;es aux luttes pour l'autod&#233;termination nationale des Qu&#233;b&#233;cois et pour la d&#233;fense de la langue fran&#231;aise. Le syst&#232;me d'&#233;ducation de langue anglaise au Qu&#233;bec &#233;tait &#224; l'&#233;poque beaucoup plus vaste et beaucoup mieux financ&#233; que le syst&#232;me de langue fran&#231;aise. L'id&#233;e de la qualit&#233;, et de l'accessibilit&#233; &#224; l'&#233;ducation en langue fran&#231;aise faisait partie d'un vaste programme de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des &#233;tudiantEs a &#233;galement tir&#233; sa force de la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res qui a balay&#233; le Qu&#233;bec durant les ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 70. Les &#233;tudiantEs du Qu&#233;bec ont aussi consciemment appris du mod&#232;le du mouvement &#233;tudiant fran&#231;ais datant de la Charte de Grenoble en 1946, qui affirme que les &#233;tudiants sont des travailleurs intellectuels ayant des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels distincts et communs (par exemple, pour la qualit&#233;, l'&#233;ducation accessible et d&#233;mocratique), qui ont le pouvoir collectif et la responsabilit&#233; de lutter pour la justice sociale. L'engagement de syndicalisme &#233;tudiant sur le mod&#232;le du syndicalisme ouvrier a repr&#233;sent&#233; une orientation favorisant la force collective &#224; travers l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militantisme a ainsi jou&#233; un r&#244;le important dans la formation du mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois, de sorte que les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales des membres et des comit&#233;s de mobilisation sont inscrits dans les r&#232;glements de nombreux syndicats &#233;tudiants locaux. La demande de gratuit&#233; de l'enseignement a &#233;galement une longue histoire au Qu&#233;bec. Les frais de scolarit&#233; ont &#233;t&#233; pratiquement gel&#233;s apr&#232;s la gr&#232;ve de 1968 jusqu'en 1990 gr&#226;ce &#224; une s&#233;rie de campagnes dont des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales. Bien qu'il y ait eu une hausse significative des frais dans les ann&#233;es 1990, les &#233;tudiantEs du Qu&#233;bec ont continu&#233; &#224; mobiliser efficacement, et par cons&#233;quent, ils paient des frais de scolarit&#233; beaucoup moins important que dans le reste de l'Am&#233;rique du Nord. L'histoire de ce mouvement signifie aussi que l'&#233;ducation est un service public ayant un r&#244;le social important et non un produit en vente sur le march&#233;. Cela est une valeur consid&#233;rable dans la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2001, les militantEs &#233;tudiantEs ont lanc&#233; l'ASS&#201; (l'Association Pour Une Solidarit&#233; Syndicale &#201;tudiante) en prise avec l'histoire du mouvement &#233;tudiant au Qu&#233;bec pour essayer de d&#233;velopper une perspective strat&#233;gique pour une mobilisation effective. Certains avaient jou&#233; un r&#244;le actif avec le MDE (Mouvement pour le Droit &#224; l'&#233;ducation), qui s'&#233;tait effondr&#233; apr&#232;s l'&#233;chec de la mobilisation gr&#233;viste en 1998. L'ASS&#201; a d&#233;velopp&#233; une approche militante d&#233;mocratique de syndicalisme &#233;tudiant qui fait ses preuves dans la gr&#232;ve des &#233;tudiantEs en 2005 et &#224; nouveau en 2012, o&#249; l'ASS&#201; a form&#233; une coalition plus large appel&#233;e CLASSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le syndicalisme militant et d&#233;mocratique a eu une influence importante, m&#234;me sur les f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes plus institutionnelles et lobbyistes - F&#233;d&#233;ration &#233;tudiante universitaire du Qu&#233;bec (FEUQ) et la F&#233;d&#233;ration &#233;tudiante coll&#233;giale du Qu&#233;bec (FECQ). Alors qu'en 2005, la FEUQ et la FECQ ont finalement rompu avec l'ASS&#201; pour parvenir &#224; un accord avec le gouvernement, en 2012 les syndicats d'&#233;tudiantEs sont rest&#233;s unis. La force de la solidarit&#233; entre les syndicats d'&#233;tudiantEs cette fois est en partie une r&#233;ponse aux critiques de la FEUQ et de la FECQ face de leurs propres membres apr&#232;s avoir accept&#233; un accord s&#233;par&#233; durant la derni&#232;re gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un syndicalisme &#233;tudiant d&#233;mocratique et militant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le noyau de la d&#233;mocratie militante du syndicalisme &#233;tudiant est la reconnaissance que les &#233;tudiantEs, comme les travailleurs, ont des int&#233;r&#234;ts collectifs (par exemple la qualit&#233; d'une &#233;ducation publique et accessible) et un potentiel de puissance collective qui doit &#234;tre organis&#233;e pour &#234;tre efficace dans la d&#233;fense de ces int&#233;r&#234;ts. Ce type de syndicalisme &#233;tudiant doit trouver des moyens de lutte collective autour des questions imm&#233;diates et locales afin de contester les politiques gouvernementales. La solidarit&#233; est au c&#339;ur de cette puissance collective, tant au sein du mouvement &#233;tudiant et qu'avec des alli&#233;s d'autres mouvements sociaux. La puissance collective potentielle des &#233;l&#232;ves ne peut devenir une v&#233;ritable force que lorsque les &#233;tudiantEs ont d&#233;velopp&#233; des capacit&#233;s &#224; analyser leur situation, de communiquer les uns avec les autres et d'agir de concert, confiant que d'autres se joindront &#233;galement &#224; la lutte. Les gouvernements et les administrations universitaires ne pr&#234;teront vraiment attention aux syndicats d'&#233;tudiantEs que s'ils sont mobilis&#233;es et que leurs membres sont pr&#234;ts &#224; poser des gestes pour appuyer leurs revendications. L'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des membres (AGM) joue un r&#244;le important dans ce processus, car elle rend transparent la prise de d&#233;cision collective et d&#233;mocratique et la met au c&#339;ur de l'union des &#233;tudiantEs. Ici, les &#233;tudiants se r&#233;unissent pour d&#233;battre et voter des motions et &#233;tablir la direction de leur syndicat. L'AGM choisit et supervise &#233;galement les d&#233;l&#233;gu&#233;Es &#224; l'&#233;chelle du Qu&#233;bec dans un congr&#232;s qui coordonne des campagnes globales. L'AGM est un lieu riche et stimulant, o&#249; les militantEs doivent mobiliser leurs camarades, &#233;couter les contre-arguments et tenter de persuader les autres que la mobilisation est n&#233;cessaire et possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de ces r&#233;unions varie sur les diff&#233;rents campus. Dans certains endroits, le syndicalisme &#233;tudiant est organis&#233; autour des d&#233;partements, des &#233;coles ou des facult&#233;s, tandis que dans d'autres endroits, il s'organise &#224; l'&#233;chelle du campus. L' ASS&#201; n'a pas invent&#233; l'AGM, qui est inscrite dans la constitution de nombreux syndicats &#233;tudiants &#224; la suite de la longue histoire de militantisme dans le mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois. Plut&#244;t, l'ASS&#201; a &#233;labor&#233; des strat&#233;gies de mobilisation d&#233;mocratique et a utilis&#233; des formes de prise de d&#233;cision en AGM comme &#233;l&#233;ment cl&#233; du militantisme sur un campus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strat&#233;gies de mobilisation utilisent des campagnes &#224; long terme pour construire un vote de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans l'AGM. Avant la gr&#232;ve de 2005, par exemple, il y a eu des p&#233;titions, des semaines d'action locales, des occupations et des actions de manifestation &#224; l'&#233;chelle du Qu&#233;bec. Ces campagnes identifient et mobilisent des militantEs, tout en fournissant &#233;galement une escalade des actions de sorte que les gens peuvent v&#233;ritablement essayer des approches plus mod&#233;r&#233;es et faire pression sur le gouvernement et voir si elles fonctionnent. Si le gouvernement ne r&#233;pond pas &#224; des p&#233;titions ou &#224; des manifestations, l'&#233;tape finale consiste &#224; travailler &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces campagnes s'appuient sur des comit&#233;s ex&#233;cutifs locaux ainsi que sur des comit&#233;s de mobilisation dans chaque syndicat &#233;tudiant local. Des comit&#233;s de mobilisation rassemblent les militantEs, qui apprennent ensemble pour persuader les autres &#233;tudiantEs &#224; se joindre &#224; diverses actions. Les comit&#233;s de mobilisation orientent les &#233;tudiantEs radicaux en vue d'&#233;tablir un pouvoir collectif, en travaillant pour convaincre leurs camarades que le militantisme peut faire une diff&#233;rence, plut&#244;t que de simplement aller de l'avant et d'agir seul. Les mandats des comit&#233;s de mobilisation sont d&#233;velopp&#233;s dans l'AGM, de sorte que les couches militantes sont toujours reli&#233;es &#224; la puissance collective de la population &#233;tudiante dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habilet&#233;s de ces militantEs se r&#233;v&#232;lent au congr&#232;s, o&#249; les cadres et militants syndicaux se r&#233;unissent sur le campus avec d'autres pour discuter et d&#233;battre d'action &#224; l'&#233;chelle du Qu&#233;bec. L' ASS&#201; a aussi tenu r&#233;guli&#232;rement des camps de formation o&#249; les gens peuvent apprendre l'histoire du mouvement &#233;tudiant, d&#233;battre des principales questions politiques et d&#233;velopper des habilet&#233;s politiques concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syndicalisme &#233;tudiant d&#233;mocratique et militant a fourni une base solide &#224; la CLASSE (la plus vaste coalition lanc&#233;e par l'ASS&#201; pour la gr&#232;ve 2012) afin d'&#339;uvrer strat&#233;giquement avec la FECQ et la FEUQ dans la lutte actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'orientation vers la solidarit&#233; a &#233;galement conduit le mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois &#224; &#233;tablir des liens solides avec d'autres forces en lutte contre les politiques d'aust&#233;rit&#233;. Le slogan &#171; faire le mouvement &#233;tudiant un mouvement social &#187; reconna&#238;t que la lutte pour la qualit&#233;, l'accessibilit&#233; d&#233;mocratique &#224; une &#233;ducation publique est int&#233;gralement li&#233;e aux luttes pour les droits des travailleurs et des travailleuses, contre la pauvret&#233;, pour le f&#233;minisme et pour des services publics de qualit&#233;. Les &#233;tudiantEs ont d&#233;fil&#233; en solidarit&#233; avec les travailleurs en lock-out de Rio Tinto et ont fait de nombreux et importants liens avec d'autres luttes contre le gouvernement Charest. Dans la p&#233;riode comprise entre 2005 et la gr&#232;ve actuelle, un certain nombre de syndicats avaient adopt&#233; des motions pour soutenir l'id&#233;e de gratuit&#233; de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective de solidarit&#233; pourrait &#234;tre renforc&#233;e par une analyse plus riche et plus int&#233;gr&#233;e anti-raciste et anti-colonialiste qui pourraient guider &#224; la fois le militantisme et les exigences du mouvement pour la transformation du syst&#232;me &#233;ducatif. Il est un signe d'espoir en ce sens dans la d&#233;claration que la CLASSE a r&#233;cemment sorti o&#249; il y un fort accent mis sur la lutte contre le racisme et la d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est important de combiner les luttes imm&#233;diates contre la hausse des frais de scolarit&#233; avec des efforts plus larges pour d&#233;fendre l'&#233;ducation comme un service public, en partie par la lutte pour d&#233;mocratiser et d&#233;coloniser le syst&#232;me d'&#233;ducation postsecondaire. Le mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois a soulev&#233; d'importantes questions au sujet du contr&#244;le d&#233;mocratique des &#233;tablissements scolaires postsecondaires et au sujet de l'ouverture du processus d'&#233;tablissement de la priorisation des d&#233;penses. Les &#233;tudiants doivent pouvoir participer &#224; part enti&#232;re aux discussions sur une &#233;ducation efficace, les priorit&#233;s de recherche et la gouvernance institutionnelle, mais ils doivent &#234;tre tr&#232;s prudents pour ne pas &#234;tre pris au pi&#232;ge de la co-administration des compressions en cours et s'opposer aux travailleurs des campus, qu'il s'agisse du personnel ou de la facult&#233;. La lutte contre la hausse des frais de scolarit&#233; doit &#234;tre finalement une bataille pour transformer l'&#233;ducation postsecondaire, et l'aile radicale du mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois a travaill&#233; &#224; un programme plus large pour le changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;largir le Mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible d'&#233;voquer la longue histoire du mouvement &#233;tudiant au Qu&#233;bec et croire au militantisme spontan&#233;. Il est possible, toutefois, d'appliquer les strat&#233;gies de la gouvernance d&#233;mocratique du syndicalisme &#233;tudiant militant de fa&#231;on &#224; s'adapter aux conditions locales et aux exp&#233;riences particuli&#232;res. La propagation du syndicalisme &#233;tudiant d&#233;mocratique et militant peut faire une r&#233;elle diff&#233;rence lorsque les &#233;tudiantEs et les travailleurs de l'&#233;ducation s'organiseront pour r&#233;sister &#224; des augmentations des frais de scolarit&#233; et &#224; une restructuration g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui diminue la qualit&#233; de l'&#233;ducation. En outre, le mouvement &#233;tudiant du Qu&#233;bec b&#233;n&#233;ficie de la force de la solidarit&#233;, tant au Qu&#233;bec qu'&#224; partir d'une mobilisation plus active des travailleurs et des militantEs des milieux communautaires, ailleurs au Canada et partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la solidarit&#233; est essentielle face &#224; la r&#233;pression de Charest et de sa loi 78. Toute personne int&#233;ress&#233;e au droit de s'organiser, &#224; la libert&#233; d'expression politique ou &#224; s'opposer aux politiques d'aust&#233;rit&#233; , sur les campus ou en de hors des campus, doit soutenir activement les &#233;tudiantEs du Qu&#233;bec dans leur r&#233;sistance face &#224; la r&#233;pression et dans leur lutte contre la hausse des frais de scolarit&#233;. Le gouvernement Charest et les m&#233;dias arguent face au mouvement de gr&#232;ve que les &#233;tudiantEs du Qu&#233;bec paient des frais de scolarit&#233; plus bas qu'ailleurs au Canada ou en Am&#233;rique du Nord . En r&#233;alit&#233;, les &#233;tudiantEs qu&#233;b&#233;cois paient moins en raison de leur longue histoire de r&#233;sistance aux hausses des frais de scolarit&#233; et de luttes pour une &#233;ducation d&#233;mocratique, accessible et de qualit&#233;. Le gouvernement du Qu&#233;bec est clairement d&#233;termin&#233; &#224; hausser les frais de scolarit&#233; au Qu&#233;bec aux niveaux les plus &#233;lev&#233;s, et il essaiera de le faire tant que les mouvements d'&#233;tudiants du reste de l'Am&#233;rique du Nord ne commenceront pas &#224; faire reculer ces augmentations scandaleuses et &#224; lutter pour une &#233;ducation gratuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous mobilisons pour une solidarit&#233; effective face &#224; la r&#233;pression de Charest, nous avons besoin de porter le carr&#233; rouge partout. Cela ne signifie pas tout simplement &#233;pingler le symbole du mouvement sur nos v&#234;tements, ce qui est bien. Il ne suffit pas de passer des r&#233;solutions condamnant la r&#233;pression au Qu&#233;bec, bien que cela soit absolument n&#233;cessaire. Plut&#244;t, nous devons travailler pour un syndicalisme &#233;tudiant d&#233;mocratique et militant qui peut galvaniser le pouvoir collectif des &#233;tudiantEs et le lier aux luttes des travailleurs, des travailleuses contre les politique d'aust&#233;rit&#233;. &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Xavier Lafrance&lt;/strong&gt; &#233;tait un porte-parole de l'ASS&#201; durant la gr&#232;ve de 2005, et il est actuellement militant &#224; de l'Assembl&#233;e des travailleurs du Grand Toronto et &#233;tudiant au doctorat &#224; l'Universit&#233; York. &lt;strong&gt;Alan Sears&lt;/strong&gt; est militant &#224; l'Assembl&#233;e des travailleurs du Grand Toronto et enseigne &#224; l'Universit&#233; Ryerson &#224; Toronto. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sur le site du New socialist.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction, Bernard Rioux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gr&#232;ve &#233;tudiante - D&#233;passer le faux dilemme de la violence</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Greve-etudiante-Depasser-le-faux-dilemme-de-la-violence</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Greve-etudiante-Depasser-le-faux-dilemme-de-la-violence</guid>
		<dc:date>2012-04-17T08:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Xavier Lafrance</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-04-17</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Xavier Lafrance Co-porte-parole de la CASS&#201;&#201; lors de la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2005 et doctorant en science politique &#224; l'Universit&#233; York 19 avril 2012 15h45 &#201;ducation &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte se veut une r&#233;plique &#224; celui d'hier de Pier-Andr&#233; Bouchard-St-Amant, pr&#233;sident de la FEUQ en 2004-2005. &lt;br class='autobr' /&gt; En 2004, le gouvernement annon&#231;ait une r&#233;forme de l'Aide financi&#232;re aux &#233;tudes qui comportait une compression de 103 millions en bourses et rel&#233;guait une bonne partie de la gestion du syst&#232;me aux banques. La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-04-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-04-17&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH121/arton10023-9d47d.png?1782045211' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Xavier Lafrance Co-porte-parole de la CASS&#201;&#201; lors de la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2005 et doctorant en science politique &#224; l'Universit&#233; York 19 avril 2012 15h45 &#201;ducation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte se veut une r&#233;plique &#224; celui d'hier de Pier-Andr&#233; Bouchard-St-Amant, pr&#233;sident de la FEUQ en 2004-2005. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 2004, le gouvernement annon&#231;ait une r&#233;forme de l'Aide financi&#232;re aux &#233;tudes qui comportait une compression de 103 millions en bourses et rel&#233;guait une bonne partie de la gestion du syst&#232;me aux banques. La gr&#232;ve &#233;tudiante de 2005 a forc&#233; le gouvernement &#224; reculer partiellement en restituant des sommes en bourses, mais en gardant intacts les autres aspects de sa r&#233;forme. Si l'ASS&#201; a alors parl&#233; de victoire, c'est parce que des milliers d'&#233;tudiants ont &#233;vit&#233; de voir leur endettement exploser en prouvant, une fois de plus, que la d&#233;fense de nos droits sociaux passe par la mobilisation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous &#233;tions, et sommes toujours, capables de nuances. La n&#233;gociation par la FEUQ et la FECQ &#8212; dont la CASS&#201;&#201; avait &#233;t&#233; exclue &#8212; concluait une entente qui ne s'appliquait pas &#224; l'ann&#233;e 2004-2005 et la reconversion de pr&#234;ts en bourses se faisait partiellement pour l'ann&#233;e suivante. De plus, le r&#233;investissement annonc&#233; par Qu&#233;bec s'est fait gr&#226;ce &#224; un transfert de sommes venues du f&#233;d&#233;ral. Cette allocation de fonds avait attir&#233; l'attention du Comit&#233; consultatif sur l'accessibilit&#233; financi&#232;re aux &#233;tudes qui remarquait que l'argent d'Ottawa aurait d&#251; servir &#224; bonifier l'aide aux &#233;tudiants, au lieu de venir &#233;ponger les compressions de Qu&#233;bec. Cette gr&#232;ve historique, forte d'un appui public massif, avait cr&#233;&#233; un rapport de force face &#224; l'&#201;tat qui laissait esp&#233;rer de meilleurs r&#233;sultats. Nous avons donc d&#233;nonc&#233; ce qui &#233;tait une entente &#224; rabais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous n'&#233;tions pas les seuls ! Une majorit&#233; de gr&#233;vistes a critiqu&#233; et rejet&#233; l'entente en assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Des dizaines de milliers parmi eux &#233;taient membres des f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes. M. Bouchard-St-Amant fait preuve d'un paternalisme d&#233;plorable et bafoue les principes d&#233;mocratiques les plus &#233;l&#233;mentaires en passant tout cela sous silence et en affirmant que &#171; tout ceci n'avait que tr&#232;s peu d'importance &#187;. Lui et son &#233;quipe &#233;taient pr&#234;ts &#224; faire face &#224; ces critiques, qu'ils avaient par ailleurs &#171; pr&#233;vues &#187;. Une telle &#171; abn&#233;gation &#187; s'apparente un peu trop &#224; celle d'une ministre de l'&#201;ducation qui imposerait une mesure (une hausse des frais de scolarit&#233; par exemple) impopulaire, mais &#171; n&#233;cessaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mass&#233; contre Chartrand ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe d'autres fa&#231;ons de n&#233;gocier. En 2005, les f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes ont appliqu&#233; les pr&#233;ceptes du pr&#233;sident de la FTQ de l'&#233;poque, Henri Mass&#233;, qui nous avait ass&#233;n&#233; que &#171; n&#233;gocier c'est mettre de l'eau dans son vin &#187;. L'ASS&#201; est plut&#244;t de l'&#233;cole d'un Michel Chartrand qui nous avait dit, lors d'un congr&#232;s : &#171; Le gouvernement se comporte comme quelqu'un qui prend 20 $ dans ton porte-monnaie et qui, apr&#232;s que tu lui aies dit vouloir le r&#233;cup&#233;rer, te dit qu'il veut n&#233;gocier &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous refusons d'aller sur un terrain balis&#233; &#224; l'avance par le gouvernement. Deux visions s'opposent : l'&#233;ducation comme droit et bien collectif ; et l'&#233;ducation comme marchandise et investissement individuel. S'il faut faire des concessions, elles sont faites sur la base de l'&#233;valuation du rapport de force face au gouvernement &#8212; et non pas sur celle d'un faux pragmatisme voulant qu'&#171; il faudra bien en faire &#187;. La gr&#232;ve &#233;tudiante de 1986 a d&#233;montr&#233; qu'il &#233;tait possible de bloquer int&#233;gralement les contre-r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales. Celles de 1974 et 1978 ont m&#234;me prouv&#233; la possibilit&#233; de faire des gains, et non seulement de freiner le gouvernement. En 2012, &#231;a ne sera peut-&#234;tre pas possible, mais il faudra aller chercher tout ce qui sera permis par notre force collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la violence au d&#233;bat de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la CLASSE veut rencontrer le gouvernement &#8212; tout comme la CASS&#201;&#201; le voulait et l'a r&#233;p&#233;t&#233; sur toutes les tribunes en 2005 ! Mais est-elle l'artisane de sa propre exclusion ? Il appert plut&#244;t que c'est le gouvernement qui tente de l'exclure. Il le fait pour la m&#234;me raison qu'en 2005 (et lors de la gr&#232;ve de 1996 avant cela) : pour tenter de contourner la frange combative et d&#233;mocratique du mouvement &#233;tudiant. Mais voil&#224;, cette m&#234;me frange repr&#233;sente aujourd'hui la quasi-majorit&#233; des gr&#233;vistes et les dirigeants des f&#233;d&#233;rations ont jusqu'&#224; maintenant refus&#233; de r&#233;p&#233;ter l'erreur de 2005, soit de jouer le jeu de la division auquel la ministre de l'&#201;ducation les convie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, et &#224; la t&#233;nacit&#233; impressionnante du mouvement, le gouvernement se sent pris au pi&#232;ge et ressort la carte us&#233;e de la condamnation de la violence. C'est un pr&#233;texte. Pour que cette demande soit cr&#233;dible, il faudrait &#233;galement que Mme Beauchamp condamne la violence polici&#232;re et l'intimidation des gardiens de s&#233;curit&#233; sur les campus o&#249; des injonctions sont appliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que la CLASSE devrait tout de m&#234;me condamner la violence pour acc&#233;der aux n&#233;gociations ? Une telle condamnation pourrait s'av&#233;rer &#224; double tranchant. La ministre, qui a une conception pour le moins s&#233;lective et &#233;lastique de la violence, pourrait se servir d'une telle condamnation pour interdire l'usage de toute tactique de d&#233;sob&#233;issance civile pour la dur&#233;e des n&#233;gociations. Il serait certainement pr&#233;f&#233;rable que les organisations &#233;tudiantes se serrent les coudes, demeurent solidaires et acc&#232;dent ensemble, et la t&#234;te haute, aux n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre faut-il la condamner et enfin passer au d&#233;bat de fond. Ce n'est pas &#224; moi, ni &#224; M. Bouchard St-Amant d'en d&#233;cider, mais plut&#244;t aux instances d&#233;mocratiques de le faire. Je nous invite donc, moi et lui, &#224; restreindre nos envies de semer des le&#231;ons &#224; tout vent. Il faudrait plut&#244;t apprendre de ce mouvement qui a tant &#224; nous enseigner et qui participe d'un renouveau des mouvements sociaux qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Xavier Lafrance&lt;br class='autobr' /&gt;
Co-porte-parole de la CASS&#201;&#201; lors de la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2005 et doctorant en science politique &#224; l'Universit&#233; York&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;d&#233;ration &#233;tudiante coll&#233;giale du Qu&#233;bec (FECQ), F&#233;d&#233;ration &#233;tudiante universitaire du Qu&#233;bec (FEUQ), frais de scolarit&#233;, ledevoir.com, Coalition large de l'Association pour une solidarit&#233; syndicale &#233;tudiante (CLASSE)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au-del&#224; de l'orthodoxie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-dela-de-l-orthodoxie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Au-dela-de-l-orthodoxie</guid>
		<dc:date>2012-02-28T09:09:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Roy, Xavier Lafrance</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec solidaire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-02-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'auteur de &#171; des moutons dans la tani&#232;re &#187; semble tr&#232;s mal conna&#238;tre les forces et les faiblesses de Qu&#233;bec solidaire. Avant toute chose, nous aimerions savoir en quoi Qs fait preuve de d&#233;mocratie de surface, est social-d&#233;mocrate et est &#233;lectoraliste ? Aucune d&#233;monstration n'est faite dans les textes propos&#233;s &#224; moins de vouloir faire preuve d'orthodoxie r&#233;volutionnaire et pol&#233;miquer dans le vent ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;ponse &#224; l'article paru dans Cause Commune &#171; des moutons dans la tani&#232;re &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-solidaire-22-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec solidaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-02-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-02-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH111/arton9539-1c9a1.png?1781235467' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'auteur de &#171; des moutons dans la tani&#232;re &#187; semble tr&#232;s mal conna&#238;tre les forces et les faiblesses de Qu&#233;bec solidaire. Avant toute chose, nous aimerions savoir en quoi Qs fait preuve de d&#233;mocratie de surface, est social-d&#233;mocrate et est &#233;lectoraliste ? Aucune d&#233;monstration n'est faite dans les textes propos&#233;s &#224; moins de vouloir faire preuve d'orthodoxie r&#233;volutionnaire et pol&#233;miquer dans le vent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;ponse &#224; l'article paru dans Cause Commune &#171; des moutons dans la tani&#232;re &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.causecommune.net/sites/www.causecommune.net/files/publications/journal/CC33.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.causecommune.net/sites/www.causecommune.net/files/publications/journal/CC33.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 f&#233;vrier 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si le simple fait de se pr&#233;senter aux &#233;lections c'est d'&#234;tre &#233;lectoraliste... y'a un manque de connaissance de ce qu'on entend par le parti des &#171; urnes et de la rue &#187; ... Si nous avons d&#233;velopp&#233; -depuis l'UFP- cette conception, c'est justement pour l'opposer &#224; une perspective &#233;lectoraliste avanc&#233;e par la sociale-d&#233;mocratie classique. &#202;tre &#233;lectoraliste c'est croire pouvoir changer la soci&#233;t&#233;, la transformer et renverser les rapports de force entre classe uniquement par les voies parlementaires. Notre conception -qui est largement partag&#233; dans Qs- s'oppose &#224; cela et d&#233;montre le r&#233;el moteur et d&#233;terminant des mouvements de masse pour imposer leur agenda. Qs est un parti de la rue en ce qu'il souhaite sinc&#232;rement le succ&#232;s des mobilisations sociales et voit les mouvements comme des alli&#233;s objectifs. Nous pensons cependant qu'un parti -comme d'autre forme d'organisation politique- est un lieu privil&#233;gi&#233; pour d&#233;velopper une strat&#233;gie globale de transformation. Comme disait l'autre, une forme de penseur et d'acteur collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ce texte d&#233;montre une incapacit&#233; &#224; caract&#233;riser correctement Qs et au lieu de nous mettre en d&#233;bat avec vous, nous donne plut&#244;t envie de nous &#233;loigner de son caract&#232;re sectaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il met en lumi&#232;re qu'en trame de fond l'UCL (comme auteur collectif de ce texte) -tout comme l'ensemble de la gauche toute tendance confondue (nous incluant)- est orpheline d'une strat&#233;gie de transformation sociale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, le chemin que nous avons choisi c'est d'hypoth&#233;tiser sur la construction d'une force politique qui intervient sur tous les champs y compris le champs politique et le champs &#233;lectoral o&#249; -selon nous- se joue encore pour une large partie de la population la confrontation gauche-droite et ultimement les rapports de force entre classes, donc qui doit diriger la soci&#233;t&#233; (ceux et celles d'en bas ou ceux d'en haut ?). Quand nous parlons du parti des &#171; urnes et de la rue &#187; c'est que nous savons que les &#233;lections ne r&#233;solvent pas les contradictions entre les classes, mais qu'elles les posent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de son caract&#232;re social-d&#233;mocrate, l'accusation a de quoi &#233;tonner ! Comment &#224; la lecture de son programme peut-on arriver &#224; cette conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs des mesures avanc&#233;es confrontent directement le capital, et n&#233;cessiteraient &#224; l'heure actuelle des mobilisations d'envergures nous faisant passer d'un mode d&#233;fensif &#224; un mode offensif afin d'arracher des gains que les dominants ne conc&#233;deront pas sans r&#233;agir... En regard de la situation politique r&#233;elle, Qs propose une politique de r&#233;formes en rupture avec le capitalisme, tr&#232;s loin d'une politique purement r&#233;formiste. Il est simpliste d'assimiler Qs &#224; la sociale-d&#233;mocratie traditionnelle, &#231;a donne raison &#224; un discours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un discours -malheureusement- m&#233;caniquement anti-&#233;lectoraliste et hors sol, comme si c'&#233;tait ce qui fait obstacle aux prochaines victoires &#233;tudiantes. Bien caract&#233;riser Qs c'est &#234;tre capable de saisir que la conjoncture actuelle s'inscrit dans un changement de p&#233;riode, pire d'&#233;poque... en sachant bien que rien n'est jou&#233; pour lui, que le projet Qs ne s'est pas encore cristallis&#233; et qu'il peut &#233;voluer dans tous les sens... et aussi vers l'&#233;lectoralisme social-d&#233;mocrate. Mais soyons clair, aujourd'hui l'&#233;volution de Qs se profile clairement &#224; contre-courant du projet des dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la critique sur la tentative de manipulation des mouvements sociaux par Qs s'applique &#233;galement &#224; l'UCL, comme &#224; toutes les formations politiques. Apr&#232;s &#231;a, faut s'entendre sur ce qu'est l'ind&#233;pendance des mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, c'est de respecter les instances d&#233;mocratiques des organisations sociales de fa&#231;on radicale et sans concession aucune. Mais dire cela, ne veut pas dire que les anars, les socialistes, les solidaires ou m&#234;me les p&#233;quistes et les lib&#233;raux ne doivent pas d&#233;fendre leurs orientations... au contraire si une organisation est d&#233;mocratique elle tranchera... il n'en tient qu'&#224; la gauche de r&#233;ussir &#224; convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, l'ind&#233;pendance des mouvements sociaux c'est surtout l'&#233;laboration d'une perspective d'ind&#233;pendance de classe, m&#234;me si nous avons des d&#233;saccords politiques importants (QS et l'UCL), notre ennemi est commun. Les luttes sociales devraient nous souder -et comme le rend bien la formule- nous permettre de frapper ensemble m&#234;me si nous marchons s&#233;par&#233;ment. Ce texte insiste sur le contraire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En notre propre nom, en solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier Lafrance et Jean Pierre Roy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La FECQ n'est pas un mouvement de masse</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-FECQ-n-est-pas-un-mouvement-de-masse</link>
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		<dc:date>2007-03-21T09:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Xavier Lafrance</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Opinion</dc:subject>

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&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; surpris et choqu&#233;, &#224; mon r&#233;veil, de voir un article sign&#233; de la FECQ sur la page de Presse-toi &#224; gauche ! (PTAG). Apr&#232;s avoir fait lecture du questionnaire de la f&#233;d&#233;ration, je suis d'autant plus surpris qu'il ait pu &#234;tre publi&#233; par un journal qui souhaite pousser QS plus &#224; gauche, au-del&#224; de l'&#233;lectoralisme et &#034;vers la rue&#034;, vers une rupture nette avec le n&#233;o-lib&#233;ralisme et, &#233;ventuellement, vers un programme anti-capitaliste et socialiste. &lt;br class='autobr' /&gt; Les questions pos&#233;es par la FECQ, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Opinion-+" rel="tag"&gt;Opinion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; surpris et choqu&#233;, &#224; mon r&#233;veil, de voir un article sign&#233; de la FECQ sur la page de Presse-toi &#224; gauche ! (PTAG). Apr&#232;s avoir fait lecture du questionnaire de la f&#233;d&#233;ration, je suis d'autant plus surpris qu'il ait pu &#234;tre publi&#233; par un journal qui souhaite pousser QS plus &#224; gauche, au-del&#224; de l'&#233;lectoralisme et &#034;vers la rue&#034;, vers une rupture nette avec le n&#233;o-lib&#233;ralisme et, &#233;ventuellement, vers un programme anti-capitaliste et socialiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les questions pos&#233;es par la FECQ, en plus d'user d'un ton de gestionnaires de coupures et de politiciens bourgeois en herbe en plusieurs endroits, sont, sur le fond, bien plus &#224; droite que les positions de QS. Il y a plusieurs exemples de cela dans le questionnaire, j'en nomme ici quelques-uns. D'abord, aucune mention de la gratuit&#233; scolaire, alors que la gr&#232;ve de 2005 a pourtant r&#233;ussi &#224; relancer le d&#233;bat au sein de la population &#233;tudiante et, dans une certaine mesure, dans la population en g&#233;n&#233;ral. Ensuite, la FECQ s'interroge quant &#224; la volont&#233; des partis de geler, ou non, les seuls frais aff&#233;rents qui ne le sont pas au niveau coll&#233;gial. Mais pourquoi ne pas remettre en question l'existence m&#234;me de ces frais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite la question de l'Aide Financi&#232;re aux &#201;tudes. La FECQ ne questionne pas les partis au sujet de revendications historiques du mouvement &#233;tudiant qu&#233;b&#233;cois concernant l'AFE et l'endettement &#233;tudiant. Une question aurait pu confronter les partis en les appelant &#224; se positionner au sujet de mesures concr&#232;tes notamment sur l'autonomie des &#233;tudiants-es face aux parents dans le calcul de l'aide, sur la conversion des pr&#234;ts en bourses, etc. L'indexation de l'endettement au co&#251;t de la vie est loin d'&#234;tre satisfaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple : le &#034;fonds jeunesse capitalis&#233;&#034;. L'&#233;ducation doit &#234;tre financ&#233;e enti&#232;rement et directement par l'&#201;tat, &#224; tous les niveaux. Un fonds capitalis&#233; est une pseudo solution qui joue le jeu de la gestion de coupure n&#233;o-lib&#233;rale et engage le financement de l'&#233;ducation post-secondaire sur une pente glissante. J'arr&#234;te ici sur le fond des questions. Je comprends bien s&#251;r l'int&#233;r&#234;t d'un tel questionnaire. Cela permet de recentrer le d&#233;bat &#233;lectoral autour des id&#233;es et des programmes des partis. Mais le tout est de voir &#224; partir de quel point de vue nous souhaitons les confronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je suis aussi choqu&#233; pour une autre raison, peut-&#234;tre plus fondamentale. Pourquoi PTAG, un groupe de gauche, choisit-il de s'associer &#224; la FECQ ? Cette organisation, depuis plus de quinze ans, est plus une repr&#233;sentante de l'&#201;tat n&#233;o-lib&#233;rale au sein du mouvement &#233;tudiant que l'inverse. Elle a beau jeu d'exiger le gel des frais aff&#233;rents (frais de toutes autre nature). Elle ne mentionnera pas que ces frais ont &#233;t&#233; instaur&#233;s et que leur augmentation a &#233;t&#233; laiss&#233;e &#224; la discr&#233;tion des directions coll&#233;giales &#224; la suite de n&#233;gociations auxquelles elle a particip&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain des n&#233;gociations, la FECQ a cri&#233; victoire sur toutes les tribunes. Elle pr&#233;tendait avoir arrach&#233; le retrait de la &#171; taxe &#224; l'&#233;chec &#187; (en &#233;change des fameux frais de toute autre nature). &#171; Pr&#233;tendait &#187;, car le retrait de cette taxe fut surtout le fait d'une large mobilisation &#233;tudiante lanc&#233;e et coordonn&#233;e par une coalition d'association &#233;tudiante ind&#233;pendante. La FECQ, s'appuyant sur cette mobilisation, s'&#233;tait alors unilat&#233;ralement accord&#233; le droit exclusif d'aller n&#233;gocier avec le PQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la f&#233;d&#233;ration peut bien vouloir une r&#233;forme des programmes de formation technique, un cours sur la citoyennet&#233;, etc. mais ces intentions, bien que louables, appellent la m&#233;fiance : que fera-t-elle au moment de n&#233;gociations concr&#232;tes devant mener &#224; de l'implantation de telles mesures visant &#224; r&#233;former les programmes. En 1996, par exemple, lors de la gr&#232;ve &#233;tudiante, elle n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; participer &#224; une conf&#233;rence de presse, avec sa grande s&#339;ur la FEUQ, pour proposer des mesures &#171; r&#233;alistes &#187; afin de r&#233;gler les probl&#232;mes de financement de l'&#233;ducation post-secondaire en remaniant les programmes : fermeture de programmes universitaires, fusion des services des biblioth&#232;ques universitaires montr&#233;alaises, remise en question des acquis des professeurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la FECQ peut bien parler de d&#233;mocratie et exiger une r&#233;forme du mode de scrutin, reste qu'elle n'a de le&#231;on &#224; donner &#224; personne sur ces sujets. Elle ne fait &#224; peu pr&#232;s rien pour stimuler une d&#233;mocratie r&#233;elle dans les associations &#233;tudiantes de campus (ce serait plut&#244;t le contraire). Elle a aussi refus&#233; d'exiger que les n&#233;gociations avec le gouvernement incluent la CASS&#201;&#201; lors de la gr&#232;ve de 2005, alors que cette derni&#232;re repr&#233;sentait plus de 80 000 des 185 000 &#233;tudiants-es en gr&#232;ve illimit&#233;e. Lors de ces m&#234;mes n&#233;gociations, alors qu'elle pouvait profiter d'un rapport de force historique, la FECQ n'a d'ailleurs exig&#233; aucune mesure pour am&#233;liorer le syst&#232;me de l'AFE afin de r&#233;duire l'endettement &#233;tudiant et n'a exig&#233; aucun engagement du ministre au sujet de la privatisation du r&#233;seau coll&#233;gial et de la mise en comp&#233;tition de ses composantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui elle souhaite faire ces gains en recourant au lobbying et &#224; des chaussures bien cir&#233;es. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison qu'elle se limite en fait &#224; ne pouvoir que g&#233;rer l'implantation de l'agenda n&#233;o-lib&#233;ral en &#233;ducation ; donnant m&#234;me &#224; cette application un vernis faussement d&#233;mocratique (concertation, etc.) tout en faisant p&#233;riodiquement raisonner tambours et trompettes afin de c&#233;l&#233;brer ses &#171; victoires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrive donc pas &#224; saisir la raison pour laquelle vous acceptez de vous associer &#224; cette organisation, sans aucune critique apparente de ses positions et de son pass&#233; peu reluisant. Est-ce par souci d'union au sein du mouvement &#233;tudiant et de la gauche ? Mais alors, autour de quoi, autour de quels principes doit-on r&#233;aliser cette union ? Est-ce parce que la FECQ est un acteur central de la &#034;soci&#233;t&#233; civile&#034; qu&#233;b&#233;coise ? Si c'est ce que vous croyez, d&#233;trompez-vous : elle n'est en rien un mouvement de masse et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la fa&#231;on dont elle d&#233;fend les int&#233;r&#234;ts des &#233;tudiants-es tend plut&#244;t &#224; nuire &#224; la formation d'un v&#233;ritable mouvement de masse d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d'autant plus surpris que je ne sens pas de volont&#233; de se rapprocher de l'ASS&#201; de la part de PTAG. Mais, je dois bien l'admettre, il se peut que je me trompe. Si, par contre, j'ai raison, l'absence d'une telle volont&#233; est pour le moins dommage. L'ASS&#201; est encore relativement jeune et doit continuer sa maturation comme l'a fait avant elle l'ANEEQ. Mais, au lendemain de la gr&#232;ve de 2005, elle est plus forte et plus ouverte que jamais. C'est cette organisation, et non les f&#233;d&#233;rations, qui forme la gauche &#233;tudiante, une gauche combative, d&#233;mocratique et rompant r&#233;solument avec le n&#233;o-lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que vous ne verrez pas dans ma lettre une manifestation de sectarisme. Je ne souhaite pas tant d&#233;fendre une organisation que des principes ; et non pas tant des principes abstraits que des principes li&#233;s &#224; la strat&#233;gie que je crois &#234;tre n&#233;cessaire &#224; l'union d'une gauche r&#233;solument anti-n&#233;o-lib&#233;rale et, &#233;ventuellement, socialiste, au sein de QS. Si Henri Mass&#233;, apr&#232;s avoir appuy&#233; le PQ et avoir fait la cour au patronat, dans un &#233;lan de folie, souhaitait publier un article sur le r&#233;seau coll&#233;gial dans les pages de PTAG, je crois bien qu'il essuierait un refus (ou bien, encore, un tel texte viserait &#224; lancer un d&#233;bat, plut&#244;t que d'&#234;tre utilis&#233; comme source d'information en soi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me refus devrait &#234;tre pr&#233;sent&#233; &#224; la FECQ, pour les raisons mentionn&#233;es ci-haut et pour bien d'autres encore. Ce refus devrait &#234;tre d'autant plus cat&#233;gorique &#8211; et ce point est pour moi central &#8211; que PTAG n'a nullement besoin d'Henri Mass&#233; ou des f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes pour produire une analyse critique et intelligente des programmes des partis en mati&#232;re d'&#233;ducation &#8211; bien au contraire. Il existe d'autres individus et organisations capables de le faire, et de le faire bien mieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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