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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La Bolivie au bord du pr&#233;cipice Le soul&#232;vement quechua et aymara face &#224; l'&#201;tat</title>
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		<dc:date>2026-06-16T10:48:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Forrest Hylton</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>07_04 - 4 ou 8 articles</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-06-16</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Bolivie, une insurrection populaire exige la d&#233;mission du pr&#233;sident Rodrigo Paz, en poste depuis six mois seulement. L'historien Forrest Hylton analyse le soul&#232;vement de juin 2026 &#224; la lumi&#232;re de la longue histoire des r&#233;bellions indig&#232;nes et paysannes du pays. Face &#224; une centaine de barrages routiers dans sept des neuf d&#233;partements, le gouvernement h&#233;site entre l'&#233;tat d'exception et le dialogue, conscient du pr&#233;c&#233;dent de 2003 &#8212; lorsque S&#225;nchez de Lozada fut contraint &#224; la fuite apr&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-06-16&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bolivie-1552-+" rel="tag"&gt;Bolivie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/bolicie_au_bord_du_precipice-63606.png?1781606933' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Bolivie, une insurrection populaire exige la d&#233;mission du pr&#233;sident Rodrigo Paz, en poste depuis six mois seulement. L'historien Forrest Hylton analyse le soul&#232;vement de juin 2026 &#224; la lumi&#232;re de la longue histoire des r&#233;bellions indig&#232;nes et paysannes du pays. Face &#224; une centaine de barrages routiers dans sept des neuf d&#233;partements, le gouvernement h&#233;site entre l'&#233;tat d'exception et le dialogue, conscient du pr&#233;c&#233;dent de 2003 &#8212; lorsque S&#225;nchez de Lozada fut contraint &#224; la fuite apr&#232;s avoir ordonn&#233; l'ouverture du feu sur des manifestants aymara. Les communaut&#233;s quechua et aymara des hauts plateaux, rejointes par mineurs, enseignants et syndicats, revendiquent le respect de leurs droits constitutionnels dans l'&#201;tat plurinational &#8212; et le retrait d'un pr&#233;sident qu'ils ont &#233;lu mais qui, selon elles, gouverne au profit des &#233;lites de Santa Cruz. [AN]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 juin 2026 | tir&#233; d'inprecor.fr&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79000&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des insurrections populaires comme celle qui se d&#233;roule actuellement en Bolivie &#8212; qui exige la d&#233;mission du pr&#233;sident Rodrigo Paz apr&#232;s seulement six mois au pouvoir &#8212;, l'exp&#233;rience du temps et de l'espace se transforme, acqu&#233;rant une charge extraordinaire au fil des jours, voire des heures. Les insurg&#233;s campesinos indig&#232;nes ont depuis longtemps caract&#233;ris&#233; ces moments comme appartenant &#224; &#171; un autre temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rythme des &#233;v&#233;nements s'acc&#233;l&#232;re, avec trop de d&#233;veloppements pour en suivre le cours de mani&#232;re ad&#233;quate. Ce fut le cas en 1780-81, lorsque Tom&#225;s Katari, T&#250;pac Amaru et T&#250;pac Katari faillirent renverser l'Empire espagnol au P&#233;rou ; lors de la R&#233;volution nationale d'avril 1952 ; et &#224; nouveau en septembre-octobre 2003 et mai-juin 2005. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compression du temps a son pendant spatial, opposant la citoyennet&#233; urbaine assi&#233;g&#233;e &#224; la paysannerie de la campagne. Il y a actuellement environ une centaine de barrages, dans sept des neuf d&#233;partements. La circulation entre les villes est restreinte, et &#224; La Paz, apr&#232;s plus d'un mois de si&#232;ge, elle est &#233;galement restreinte &#224; l'int&#233;rieur de la ville, les chauffeurs de taxis et de minibus faisant partie de ceux qui sont en gr&#232;ve et les particuliers n'ayant presque plus d'essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue de la lutte pour savoir qui gouverne la Bolivie, comment et au profit de qui, sera finalement d&#233;termin&#233;e par l'endurance et le nombre, et non par la force arm&#233;e. Selon le Defensor del Pueblo (M&#233;diateur de la R&#233;publique), le pays se trouve &#171; au bord du pr&#233;cipice &#187;. Chaque jour qui passe favorise ceux qui se sont soulev&#233;s &#8212; principalement les communaut&#233;s paysannes aymara de vingt provinces du d&#233;partement de La Paz. Elles produisent leur propre nourriture, qu'elles emportent avec elles jusqu'&#224; la capitale. Elles arrivent en minibus et se d&#233;placent dans la ville &#224; pied ou par t&#233;l&#233;ph&#233;rique. Comme pour la direction communautaire ou les semailles, elles se relaient pour participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, des dizaines de milliers de personnes &#8212; les campesinos rejoints par des mineurs, des ouvriers, des enseignants, des travailleurs des transports et d'autres &#8212; ont occup&#233; le centre de La Paz, encerclant le palais pr&#233;sidentiel sans tenter de franchir les trois cordons de policiers anti-&#233;meutes qui l'entouraient. Il n'y eut que vingt arrestations. Comme en 2003, mais contrairement &#224; 2005, l'objectif &#233;tait de d&#233;montrer la force du nombre, en minimisant les affrontements physiques afin de revenir un autre jour en nombre encore plus grand &#8212; jusqu'&#224; la d&#233;mission de Paz. (Son ministre de la D&#233;fense a d&#233;missionn&#233; mardi.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les coins les plus recul&#233;s de la R&#233;publique, de jeunes journalistes citoyens aymara et quechua ont film&#233; la direction collective locale d&#233;clarant son adh&#233;sion au communiqu&#233; &#233;mis le 24 mai par le syndicat paysan CSUTCB (Confederaci&#243;n Sindical &#218;nica de Trabajadores Campesinos de Bolivia &#8212; Conf&#233;d&#233;ration syndicale unitaire des travailleurs paysans de Bolivie), condamnant la mort de V&#237;ctor Cruz Quispe, 24 ans, &#224; Vilaque, dans la province natale de T&#250;pac Katari, Aroma, aux mains des autorit&#233;s la veille. Ces derni&#232;res &#233;taient suppos&#233;es &#234;tre en mission &#171; humanitaire &#187; pour permettre &#224; des m&#233;dicaments, de l'oxyg&#232;ne et du carburant de circuler entre La Paz et Oruro. Mais il n'y avait aucune trace de la Croix-Rouge ni de l'&#201;glise catholique, ni d'aucune tentative d'engager un dialogue avec les manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mission &#233;tait dirig&#233;e par le cousin du pr&#233;sident Paz, Mauricio Zamora, ministre des Travaux publics, dont les qualifications incluent la possession d'un restaurant hupp&#233; &#224; Calacoto, un quartier ais&#233; de La Paz. Il n'a pas r&#233;ussi &#224; atteindre ses objectifs d&#233;clar&#233;s &#8212; d&#233;gager les routes &#8212; et a fui vers la ville par des routes secondaires apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pris en embuscade &#224; deux reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la veill&#233;e fun&#232;bre de Cruz Quispe, la direction collective a pris la parole &#224; tour de r&#244;le, comme le veut la coutume ; sa veuve &#233;tait trop accabl&#233;e de chagrin pour s'exprimer, bien qu'elle se soit exprim&#233;e &#224; La Paz lundi, appelant &#224; la justice et &#224; la d&#233;mission du pr&#233;sident. Elle a une fille de deux ans et un b&#233;b&#233; de trois semaines. Un rapport pr&#233;liminaire de la police a sugg&#233;r&#233; que la mort de son mari &#233;tait due &#224; des tirs amis, bien que des douilles de 9 mm aient &#233;t&#233; retrouv&#233;es sur place. Les campesinos des hauts plateaux boliviens ne portent pas de pistolets de 9 mm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi dernier, le Congr&#232;s a adopt&#233; un projet de loi autorisant le d&#233;ploiement de l'arm&#233;e contre les manifestants. Selon leurs propres mots, les l&#233;gislateurs sont &#171; paniqu&#233;s &#187; et &#171; terrifi&#233;s &#187;. Comme lors du coup d'&#201;tat de 2019, la classe moyenne urbaine projette ses peurs sur un &#171; envahisseur &#187; campesino indig&#232;ne, ce qui inclut les nombreux citoyens d'origine aymara vivant &#224; El Alto et travaillant &#224; La Paz. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le D&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain et le gouvernement bolivien affirment que le soul&#232;vement est organis&#233; par l'ancien pr&#233;sident Evo Morales et financ&#233; par le narco-trafic. Erik Prince, fondateur de Blackwater, a sugg&#233;r&#233; que des narco-gu&#233;rilleros colombiens et p&#233;ruviens seraient impliqu&#233;s. [3] Ce r&#233;cit est diffus&#233; par voie d'ondes depuis Miami par Jos&#233; Carlos S&#225;nchez Berza&#237;n, un ancien ministre de la D&#233;fense recherch&#233; pour extradition en Bolivie en raison de son r&#244;le dans le massacre de 67 personnes, pour la plupart des Aymara, en septembre et octobre 2003. S&#225;nchez Berza&#237;n avait d&#233;j&#224; pr&#233;tendu en 2003 que des Colombiens et des P&#233;ruviens &#233;taient des agitateurs ext&#233;rieurs. Le 2 juin, Paz a affirm&#233; que des &#233;trangers envahissaient la Bolivie et mena&#231;aient son int&#233;grit&#233;, et qu'ils seraient donc traqu&#233;s et expuls&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme S&#225;nchez Berza&#237;n, le candidat pr&#233;sidentiel de droite radicale &#171; Tuto &#187; Quiroga r&#233;clame un &#233;tat d'exception depuis des semaines, pr&#233;tendant que Morales et des narco-trafiquants dirigent et financent la protestation populaire. Les membres les plus honn&#234;tes de la classe moyenne urbaine admettent qu'un &#233;tat d'exception conduira l'arm&#233;e &#224; tirer sur des manifestants non arm&#233;s, en en tuant au moins quelques-uns, et que les syndicats paysans des hauts plateaux n'ob&#233;issent pas &#224; Morales et ne sont pas pay&#233;s pour manifester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vice-ministre de l'Int&#233;rieur a d&#233;clar&#233; que, si la l&#233;gislation proclamant un &#233;tat d'exception est adopt&#233;e par l'Assembl&#233;e plurinationale, les &#171; missions humanitaires &#187; visant &#224; d&#233;bloquer les routes commenceront par des efforts pour convaincre les manifestants de se d&#233;mobiliser. La force sera ensuite utilis&#233;e avec discernement, et non de mani&#232;re indiscrimin&#233;e. Ostensiblement du moins, ils souhaitent &#233;viter de massacrer des campesinos indig&#232;nes non arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#225;nchez Berza&#237;n et le pr&#233;sident Gonzalo S&#225;nchez de Lozada ont fui &#224; Miami en 2003 apr&#232;s avoir proclam&#233; un &#233;tat d'exception et eu recours &#224; la force l&#233;tale. Leurs fant&#244;mes hantent le pr&#233;sident Paz. Tout comme la figure de Jeanine &#193;&#241;ez, qui est parvenue au pouvoir lors d'un coup d'&#201;tat d'extr&#234;me droite en 2019, a proclam&#233; un &#233;tat d'exception, et, apr&#232;s l'&#233;lection de Luis Arce &#224; la pr&#233;sidence en 2020, s'est retrouv&#233;e en prison pour le meurtre de manifestants non arm&#233;s. Elle n'a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e que r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des analystes politiques ne parlent que des souffrances des bons citoyens de La Paz. Cela n'est pas &#224; minimiser : plusieurs personnes sont mortes parce que les barrages les ont emp&#234;ch&#233;es de recevoir des soins m&#233;dicaux. Mais il y a peu de repr&#233;sentation, voire aucune conscience, des revendications paysannes ou ouvri&#232;res &#8212; seulement une insistance monoth&#233;matique sur le &#171; vandalisme &#187;, suivant la ligne gouvernementale. Les dirigeants et membres des communaut&#233;s paysannes disent &#234;tre furieux d'&#234;tre qualifi&#233;s de &#171; vandales &#187; par ceux qu'ils appellent les v&#233;ritables vandales : les gens qui poss&#232;dent et dirigent la Bolivie, pour la plupart d'origine europ&#233;enne et bas&#233;s dans les basses terres orientales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit porte sur des droits constitutionnels. Les communaut&#233;s mobilis&#233;es exigent que leurs droits en tant que citoyens indig&#232;nes soient respect&#233;s, et non pi&#233;tin&#233;s (pisoteado). L'&#201;tat plurinational leur appartient aussi, et elles ont le droit de manifester et de s'autogouvernenar. Elles veulent &#234;tre trait&#233;es sur un pied d'&#233;galit&#233;, et non gouvern&#233;es par d&#233;cret. Elles ont vot&#233; pour Paz &#8212; il ne serait jamais arriv&#233; au Palacio Quemado sans elles &#8212; mais il a trahi leur confiance. Elles le lui ont dit apr&#232;s leur assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale d'avril, et il n'a pas &#233;cout&#233; &#8212; elles lui ont accord&#233; vingt jours pour r&#233;pondre, mais n'ont jamais eu de retour. Il est vraiment &#171; espagnol &#187; et non bolivien, et gouverne au profit des grandes entreprises de l'est, &#224; Santa Cruz, avec des lois qui vont &#224; l'encontre des &#171; int&#233;r&#234;ts de notre classe &#187;. Quand elles manifestent pacifiquement, elles sont gaz&#233;es aux lacrymog&#232;nes, voire tu&#233;es au nom de l'aide humanitaire aux pace&#241;os (habitants de La Paz).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune m&#233;diation cr&#233;dible en vue : l'&#201;glise catholique, les organisations boliviennes de d&#233;fense des droits humains, la Commission interam&#233;ricaine des droits de l'homme et le Defensor del Pueblo brillent tous par leur absence, en partie parce qu'ils s'&#233;taient discr&#233;dit&#233;s en 2019. La diplomatie r&#233;gionale fait &#233;galement d&#233;faut, le pr&#233;sident br&#233;silien Lula appelant au dialogue sans comprendre l'intransigeance du gouvernement bolivien, ni les griefs des campesinos indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un large &#233;ventail de dirigeants souligne &#224; r&#233;p&#233;tition qu'ils suivent les d&#233;cisions prises en assembl&#233;es, et que s'ils ne donnent pas suite aux r&#233;solutions, leur base les r&#233;voqueront. La direction paysanne quechua et aymara est soumise &#224; la possibilit&#233; de r&#233;vocation. Il en est de m&#234;me pour les organisations de quartier urbaines et les syndicats ouvriers. Le dirigeant de la Central Obrera Boliviana (Centrale ouvri&#232;re bolivienne &#8212; COB), Mario Argollo, leader minier, a &#233;mis des communiqu&#233;s depuis la clandestinit&#233;, avant d'appara&#238;tre &#224; El Alto cette semaine lors d'un rassemblement massif. Morales fait de m&#234;me, bien qu'avec peu d'effet au-del&#224; de sa base syndicale de producteurs de coca dans les basses terres tropicales du Chapare, &#224; Cochabamba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que La Paz et El Alto soient au c&#339;ur du soul&#232;vement, les barrages routiers se sont multipli&#233;s &#224; Cochabamba, Oruro, dans le nord du Potos&#237; et en Chuquisaca. &#192; l'est, Santa Cruz est coup&#233;e du Beni ainsi que de Cochabamba : les contre-mobilisations sont massives, et le dirigeant du Comit&#233; C&#237;vico de Santa Cruz (Comit&#233; civique de Santa Cruz), Stello Cochamanidis, a d&#233;clar&#233; que ses troupes de choc fascistes de l'UJC (Uni&#243;n Juvenil Cruce&#241;ista &#8212; Union jeunesse cruc&#233;nienne) &#8212; et ce n'est pas une hyperbole &#8212; feront ce que le gouvernement n'a pas fait, en d&#233;gageant les routes par la force au nom de la &#171; s&#233;curit&#233;, du travail et du d&#233;veloppement &#187;. Il n'a pas encore mis ses menaces &#224; ex&#233;cution. Le 2 juin, dans le nord-ouest de Santa Cruz, des membres de communaut&#233;s paysannes ont ferm&#233; les vannes p&#233;troli&#232;res &#224; Santa Rosa del Sara, et la police est intervenue pour proc&#233;der &#224; des arrestations. Des barrages avaient &#233;t&#233; &#233;rig&#233;s dans le Pando, mais ils ont &#233;t&#233; lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi dernier, la f&#233;d&#233;ration syndicale des producteurs de coca a organis&#233; une caravane motoris&#233;e au si&#232;ge du 9e Bataillon de l'arm&#233;e &#224; Chimor&#233;, &#224; Cochabamba, et a proc&#233;d&#233; &#224; l'inspection de la base pour s'assurer qu'aucun personnel de la DEA (Drug Enforcement Administration &#8212; Agence am&#233;ricaine antidrogue) ni de l'arm&#233;e argentine ne s'y trouvait. Des barricades faites de gros rondins taill&#233;s en pointe comme des crayons ont &#233;t&#233; &#233;rig&#233;es. La base est toujours encercl&#233;e. Lorsque les lumi&#232;res se sont &#233;teintes dans le Chapare le 27 mai, les producteurs de coca ont suppos&#233; que les &#201;tats-Unis pourraient tenter d'enlever Morales comme ils l'avaient fait avec Maduro, et se sont pr&#233;cipit&#233;s pour encercler l'unit&#233; des forces sp&#233;ciales antidrogue voisine, s'emparant des routes. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce ne sont ni Morales ni les producteurs de coca &#8212; ni la classe moyenne urbaine &#8212; qui d&#233;cideront de l'issue du conflit. Ce sont les paysanneries quechua-aymara des hauts plateaux et des vall&#233;es d'altitude, fortes de quatre millions de personnes, et leurs alli&#233;s &#224; El Alto et dans les syndicats. Le 3 juin, ils ont annonc&#233; qu'ils marcheraient &#224; nouveau sur La Paz &#8212; cette fois pour destituer Paz, qui, le m&#234;me jour, avait mis en ligne puis supprim&#233; une vid&#233;o appelant les gens &#224; se mobiliser avec la police et l'arm&#233;e (dont de nombreux conscrits se retrouveraient face &#224; des personnes qu'ils consid&#232;rent comme des proches) pour mettre fin aux barrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forrest Hylton, ethnohistorien de l'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes, est professeur associ&#233; de sciences politiques &#224; l'Universidad Nacional de Colombia-Medell&#237;n. Il est l'auteur de Evil Hour in Colombia (Verso, 2006), traduit en espagnol, fran&#231;ais et portugais, et, avec Sinclair Thomson, co-auteur de Revolutionary Horizons : Past and Present in Bolivian Politics (Verso, 2007), traduit en fran&#231;ais. [5] Il &#233;crit r&#233;guli&#232;rement sur la politique latinoam&#233;ricaine pour la London Review of Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.lrb.co.uk/blog/2026/june/bolivia-on-the-edge&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lrb.co.uk/blog/2026/june/bolivia-on-the-edge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais et notes pour ESSF par Adam Novak&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Footnotes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] Ces deux crises politiques majeures sont connues sous les noms de &#171; Guerre du gaz &#187; (2003) et de &#171; Guerre du p&#233;trole &#187; (2005). En 2003, au moins 67 personnes &#8212; pour la plupart des Aymara &#8212; furent tu&#233;es lors de la r&#233;pression ordonn&#233;e par le pr&#233;sident Gonzalo S&#225;nchez de Lozada, qui fut contraint &#224; la d&#233;mission et &#224; l'exil. En 2005, Carlos Mesa, son successeur, dut &#233;galement d&#233;missionner face &#224; une nouvelle vague de mobilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le coup d'&#201;tat de novembre 2019 renversa le pr&#233;sident Evo Morales, contraint &#224; la d&#233;mission puis &#224; l'exil apr&#232;s que la police et l'arm&#233;e eurent refus&#233; de le soutenir. Jeanine &#193;&#241;ez, s&#233;natrice de droite, se proclama pr&#233;sidente par int&#233;rim. Apr&#232;s l'&#233;lection de Luis Arce (MAS &#8212; Movimiento al Socialismo, Mouvement vers le socialisme) en octobre 2020, &#193;&#241;ez fut arr&#234;t&#233;e et condamn&#233;e pour son r&#244;le dans le coup d'&#201;tat. Sur la p&#233;riode de 2019-2020, voir sur ESSF : &#171; Bolivia's Ongoing Coup &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article54207&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article54207&lt;/a&gt; ; et &#171; Statement on Human Rights Violations in Bolivia &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article51279&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article51279&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Erik Prince est le fondateur de Blackwater (aujourd'hui Academi), soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine de services militaires priv&#233;s tristement c&#233;l&#232;bre pour le massacre de civils irakiens &#224; Bagdad en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L'enl&#232;vement de Nicol&#225;s Maduro, pr&#233;sident du Venezuela, par des agents am&#233;ricains s'est produit en avril 2025. Il avait &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; aux &#201;tats-Unis pour y &#234;tre jug&#233; pour narco-terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Forrest Hylton, Revolutionary Horizons : Past and Present in Bolivian Politics, avec Sinclair Thomson, Verso, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
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		<title>Solidarit&#233; avec Gaza : les fant&#244;mes de 1968 hantent les campus &#233;tats-uniens</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Solidarite-avec-Gaza-les-fantomes-de-1968-hantent-les-campus-etats-uniens</link>
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		<dc:date>2024-05-21T06:46:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Forrest Hylton</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-05-21</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les universit&#233;s &#233;tats-uniennes sont le th&#233;&#226;tre d'un mouvement exceptionnel de solidarit&#233; avec les Palestinien&#183;nes de Gaza, soumis &#224; une guerre de nature g&#233;nocidaire men&#233;e par l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Ce mouvement a inspir&#233; des mobilisations du m&#234;me type dans de tr&#232;s nombreux pays, notamment occidentaux. Comment expliquer la r&#233;pression violente qui s'est abattue sur le mouvement &#233;tats-unien au cours des derni&#232;res semaines (et qui a des r&#233;pliques ailleurs, de la France &#224; la Gr&#232;ce en passant par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Etats-Unis-" rel="directory"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-05-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-05-21&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-44-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Conflit-Israelo-palestinien-+" rel="tag"&gt;Conflit Isra&#233;lo-palestinien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/solidarite_campus_gaza-cb21a.png?1781671274' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les universit&#233;s &#233;tats-uniennes sont le th&#233;&#226;tre d'un mouvement exceptionnel de solidarit&#233; avec les Palestinien&#183;nes de Gaza, soumis &#224; une guerre de nature g&#233;nocidaire men&#233;e par l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Ce mouvement a inspir&#233; des mobilisations du m&#234;me type dans de tr&#232;s nombreux pays, notamment occidentaux. Comment expliquer la r&#233;pression violente qui s'est abattue sur le mouvement &#233;tats-unien au cours des derni&#232;res semaines (et qui a des r&#233;pliques ailleurs, de la France &#224; la Gr&#232;ce en passant par l'Italie ou les Pays-Bas) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historien latino-am&#233;ricaniste, Forrest Hylton lie cette offensive autoritaire &#224; la transformation n&#233;olib&#233;rale des universit&#233;s et &#224; l'instauration d'un r&#233;gime de &#171; s&#233;curit&#233; nationale &#187; post-11 septembre, tout en soulignant r&#244;le de l'&#233;lite du Parti d&#233;mocrate, en premier lieu Joe Biden. Il signale en outre la signification historique de la r&#233;pression, &#224; travers une mise en perspective qui la relie &#224; l'exp&#233;rience des mobilisations anti-guerre et des luttes anti-imp&#233;rialistes dans les ann&#233;es 1968, marqu&#233;es par la solidarit&#233; avec le Vietnam.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;15 mai 2024 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/palestine-gaza-universites-etats-unis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/palestine-gaza-universites-etats-unis/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &#171; Ils diront que nous troublons la paix. Il n'y a pas de paix. Ce qui les d&#233;range, c'est que nous perturbons la guerre &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Howard Zinn, Boston Common, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'escalade r&#233;pressive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 avril, &#224; l'aube, des &#233;tudiants de l'universit&#233; de Columbia ont mont&#233; un campement sur la pelouse devant la biblioth&#232;que Butler, exigeant que leur institution se d&#233;sengage des entreprises complices de la guerre g&#233;nocidaire d'Isra&#235;l. L'apr&#232;s-midi suivant, l'administration a commenc&#233; &#224; suspendre des &#233;tudiant.es et fait appel &#224; la police de New York, qui a d&#233;truit le campement. Un autre a rapidement &#233;t&#233; mis en place. Le corps enseignant a &#233;t&#233; inform&#233; qu'en raison de l'&#233;tat d'urgence dans lequel se trouvait l'universit&#233;, les r&#232;gles habituelles avaient &#233;t&#233; remplac&#233;es par des actions ad hoc, notamment la diffusion de tracts mena&#231;ant les manifestants d'arrestation ou d'expulsion. Face &#224; la r&#233;pression, le 30 avril, un petit groupe de manifestants &#8211; peut-&#234;tre quelques dizaines &#8211; a occup&#233; Hamilton Hall, comme les &#233;tudiants l'avaient fait le m&#234;me jour en 1968. Ils l'ont rebaptis&#233; Hind's Hall, du nom de Hind Rajab, une fille palestinienne de six ans tu&#233;e par que des militaires isra&#233;liens &#224; la fin du mois de janvier, et d&#233;ploy&#233; depuis la fen&#234;tre du deuxi&#232;me &#233;tage une banderole portant l'inscription &#171; &#201;ducation pour la lib&#233;ration &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'autocensure dans les universit&#233;s am&#233;ricaines ne suffit plus &#8211; ce qui est rare, comme Edward Said l'a not&#233; il y a trois d&#233;cennies &#8211; la censure ouverte prend le relais. Pourtant, peu de gens &#233;taient pr&#233;par&#233;s &#224; la rapidit&#233; et &#224; la brutalit&#233; de la r&#233;ponse polici&#232;re, administrative et politique. Avec l'apparition de campements dans tout le pays, une s&#233;rie d'op&#233;rations de police s'est d&#233;roul&#233;e du 30 avril au 3 mai, sur des campus tels que ceux d'UT-Austin, UT-Dallas, universit&#233; Emory &#224; Atlanta, universit&#233; de Caroline du Sud, universit&#233; de Californie &#224; Los Angeles (UCLA) et &#224; San Diego (UCSD), Emerson College, universit&#233; Northeastern, Dartmouth College, universit&#233; de Washington, universit&#233; de l'Arizona, universit&#233; de l'Illinois, universit&#233; de Wisconsin-Madison, universit&#233; de Virginia, Virginia Tech, universit&#233; d'Etat de Portland, universit&#233; de l'Etat de New York (SUNY) &#224; Stony Brook, Cal Poly Humboldt, universit&#233; d'Ohio, universit&#233; d'Indiana &#8211; dans les deux derniers cas, des tireurs d'&#233;lite ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s sur les toits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 2 400 arrestations ont eu lieu. Steve Tamari, professeur d'histoire &#224; l'universit&#233; de Washington, a &#233;t&#233; battu jusqu'&#224; ce qu'il perde connaissance et a &#233;t&#233; hospitalis&#233; pour avoir film&#233; la police pendant son intervention brutale. Lors de la m&#234;me manifestation, Jill Stein, la candidate du Parti vert &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, &#226;g&#233;e de soixante-quatorze ans, a &#233;t&#233; malmen&#233;e, arr&#234;t&#233;e et accus&#233;e d'avoir agress&#233; un policier. &#192; Dartmouth, Annelise Orleck, historienne du travail &#226;g&#233;e de 65 ans et titulaire de la chaire d'&#233;tudes juives, a &#233;t&#233; jet&#233;e &#224; terre par la police anti-&#233;meute, qui l'a &#233;touff&#233;e avant de la menotter et de l'emmener en prison. L'universit&#233; lui a ensuite interdit l'acc&#232;s au campus o&#249; elle travaille depuis trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de l'ordre f&#233;d&#233;rales s'&#233;taient manifestement coordonn&#233;es avec la police de la ville, de l'&#201;tat, du comt&#233;, des autoroutes et du campus ; le gouverneur du New Hampshire l'a d'ailleurs confirm&#233;. &#192; l'UCLA, un groupe de manifestants pro-isra&#233;liens a attaqu&#233; le camp de solidarit&#233; avec Gaza tandis que la police de Los Angeles restait les bras crois&#233;s, un sch&#233;ma qui s'est depuis reproduit dans tout le pays. Le lendemain, des centaines de policiers anti-&#233;meutes ont tir&#233; des balles en caoutchouc, des gaz lacrymog&#232;nes et des grenades assourdissantes sur les &#233;tudiants, d&#233;mantelant les tentes et arr&#234;tant plus de 200 personnes, dont une vingtaine d'enseignants, sous des chefs d'accusation inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants de City College de New York (CCNY), l'universit&#233; publique la plus importante de la ville, ont d'abord r&#233;ussi &#224; chasser la police de leur campus situ&#233; dans les quartiers chics. Mais elle est revenue en force, imposant une occupation de type militaire qui a entra&#238;n&#233; la destruction des campements et l'arrestation des manifestants. &#192; NYU (New York University), la police a pris d'assaut le site de Gould Plaza et a arr&#234;t&#233; plus de 130 personnes, dont certains enseignants qui tentaient d'entrer dans leurs bureaux, pour violation de domicile. Le campement s'est reconstitu&#233; quelques jours plus tard, mais aux premi&#232;res heures du 3 mai, la police l'a d&#233;mont&#233; et a arr&#234;t&#233; une douzaine de manifestants. La m&#234;me s&#233;quences'est d&#233;roul&#233;e &#224; la New School for Social Research.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des dizaines de v&#233;hicules quasi-militaires d&#233;ploy&#233;s et des p&#226;t&#233;s de maisons entiers boucl&#233;s, la police anti-&#233;meute a occup&#233; les campus de New York, brutalisant tou.tes celles et ceux qu'elle consid&#233;rait comme se trouvant sur son chemin. Columbia restera boucl&#233;e par la police jusqu'au 17 mai. La c&#233;r&#233;monie de remise des dipl&#244;mes a &#233;t&#233; annul&#233;e et certaines des personnes arr&#234;t&#233;es devront r&#233;pondre de chefs d'accusation lourds. La police de New York affirme qu'environ 30 % des personnes arr&#234;t&#233;es &#224; Columbia ne sont pas des &#233;tudiants, tandis qu'&#224; CCNY, ce chiffre s'&#233;l&#232;verait &#224; 60 % &#8211; et inclurait certains &#171; djihadistes &#187; pr&#233;sum&#233;s dont l'identit&#233; n'a pas encore &#233;t&#233; d&#233;voil&#233;e. L'universit&#233; de Stanford a envoy&#233; au FBI laphoto d'un suspect &#171; terroriste &#187; . Les &#233;tudiant.es et le personnel ont fait l'objet d'une surveillance constante et d'un harc&#232;lement administratif incessant, Columbia faisant appel &#224; des agents f&#233;d&#233;raux et &#224; des enqu&#234;teurs priv&#233;s. Leschangements de politique et les mesures disciplinaires ont g&#233;n&#233;ralement &#233;t&#233; annonc&#233;s a posteriori, par courrier &#233;lectronique ou par des tracts, sans aucune transparence ou possibilit&#233; de recours. &#192; NUY, un universitaire en d&#233;but de carri&#232;re a &#233;t&#233; suspendu pour avoir d&#233;croch&#233; une affiche pro-isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants des deux partis ont contribu&#233; &#224; faire monter l'hyst&#233;rie, les D&#233;mocrates jouant un r&#244;le de premier plan. Le pr&#233;sident Biden a d&#233;clar&#233; que les manifestations &#233;taient antis&#233;mites et accus&#233; les &#233;tudiants de provoquer le &#171; chaos &#187;. Au S&#233;nat, Chuck Schumer [chef de file des s&#233;nateurs D&#233;mocrates] a qualifi&#233; les &#233;tudiants de &#171; terroristes &#187;. La Chambre des repr&#233;sentants a vot&#233; un texte stipulant que les mots d'ordre en faveur de la lib&#233;ration de la Palestine constituaient un discours de haine antis&#233;mite et &#233;taient donc ill&#233;gaux. Des &#233;lus de New York &#224; la Chambre ont pr&#233;sent&#233; la loi bipartisane Columbia Act, qui s'engage &#224; cr&#233;er une commission f&#233;d&#233;rale au sein du minist&#232;re de l'&#233;ducation afin de superviser le travail des &#171; observateurs de l'antis&#233;mitisme &#187;, ind&#233;pendants mais dont la nomination est valid&#233;e par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire de New York, Eric Adams, a tenu une conf&#233;rence de presse au cours de laquelle il s'est insurg&#233; contre les &#171; agitateurs ext&#233;rieurs &#187;. Il a soulign&#233; l'importance de les identifier par l'interm&#233;diaire du service de renseignement et de lutte contre le terrorisme, en coordination avec l'administration de Columbia. Rebecca Weiner, professeur adjoint &#224; la Facult&#233; des Politiques Internationales et de Columbia, est actuellement commissaire adjointe de ce service. Ce service dispose d'un bureau &#224; Tel-Aviv, o&#249; sont &#233;tudi&#233;es les techniques de contr&#244;le des foules et les technologies de surveillance mises au point par les services isra&#233;liens de s&#233;curit&#233;. Eric Adams a d&#233;clar&#233; que Weiner avait &#171; surveill&#233; la situation &#187; sur le campus de Columbia et qu'elle m&#233;ritait d'&#234;tre f&#233;licit&#233; pour l'op&#233;ration que la police y a men&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les effets du remodelage n&#233;olib&#233;ral des universit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui explique l'ampleur de cette r&#233;ponse r&#233;pressive ? Le semestre universitaire se termine entre fin avril et mi-mai. Pourquoi ne pas attendre la fin des campements, en n&#233;gociant et en offrant des concessions symboliques pour gagner du temps ? Cela refl&#232;te en partie les changements que les universit&#233;s, comme beaucoup d'autres institutions, ont subi au cours des d&#233;cennies de remodelage n&#233;olib&#233;ral. Au milieu des ann&#233;es 1970, les R&#233;publicains ont cibl&#233; les universit&#233;spubliques comme un foyer crucial d'id&#233;es anti-autoritaires et ont exig&#233; une refonte compl&#232;te de l'institution. Le processus de privatisation qui s'en est suivi, et qui a rendu les frais de scolarit&#233; prohibitifs pour la plupart des futurs &#233;tudiant.es, a &#233;t&#233; catastrophique pour les principes et les pratiques d&#233;mocratiques. Avec des dotations massives et non tax&#233;es s'&#233;levant &#224; des dizaines de milliards, les universit&#233;s se sont lentement transform&#233;es en lieux clos de partenariats publics-priv&#233;s, s'adressant &#224; des &#171; clients &#187; et devant rendre des comptes &#224; des donateurs et &#224; des politiciens, et non &#224; des &#233;tudiant.es ou &#224; des enseignant.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Columbia, dont la dotation s'&#233;l&#232;ve &#224; 13,6 milliards de dollars, les &#233;tudiant.es doivent payer 90 000 dollars par an, ce qui repr&#233;sente une augmentation spectaculaire depuis les ann&#233;es 1980. Les postes et les salaires des administratifs ont augment&#233; par rapport &#224; ceux des enseignant.es, et le nombre d'employ&#233;s non titulaires n'a cess&#233; de cro&#238;tre. Au niveau national, les trois quarts des enseignant.es ne sont pas titularis&#233;.es et ne b&#233;n&#233;ficient donc pas de la protection de l'emploi (tenure). La minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e d'enseignant.es titulaires n'a rien fait pour lutter contre cette tendance, pas plus qu'elle n'a particip&#233; aux efforts de syndicalisation des pr&#233;caires, puisque le syst&#232;me actuel leur permet de prendre des cong&#233;s de recherche et des cong&#233;s sabbatiques. Aujourd'hui, la tenure (protection de l'emploi pour les titulaires) &#8211; attaqu&#233;e par les R&#233;publicains, les conseils d'administration et les pr&#233;sidents des universit&#233;s &#8211; semble avoir peu de chances de survivre. Ces derni&#232;res ann&#233;es, on a assist&#233; &#224; une recrudescence du militantisme syndical parmi les &#233;tudiant.es en troisi&#232;me cycle [qui doivent &#233;galement s'acquitter de t&#226;ches d'enseignement] et les enseignant.es auxiliaires (adjunct faculty). Dans certains cas, leurs mobilisations sont parvenues &#224; obtenir des droits &#224; la n&#233;gociation collective, mais elles sont encore loin d'avoir r&#233;ussi &#224; d&#233;mocratiser &#224; nouveau l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur crucial est l'influence de ce que l'on appelle les &#171; shot callers &#187; : une classe de milliardaires donateurs, op&#233;rant souvent par l'interm&#233;diaire de politiciens ou de membres des conseils d'administration des universit&#233;s, qui ont le pouvoir d'imposer des changements institutionnels ou de faire licencier des personnes en mena&#231;ant de ne pas accorder de financement. &#192; mesure que les universit&#233;s se sont rapproch&#233;es des entreprises, dont les devoirs premiers sont envers leurs actionnaires, les administrateurs sont devenus de plus en plus dociles envers les donateurs et leurs repr&#233;sentants. Les pr&#233;sident.es peuvent &#234;tre contraints de d&#233;missionner m&#234;me si elles ou ils sont fortement soutenu.es par les &#233;tudiant.es et lecorps enseignant, comme c'&#233;tait le cas &#224; Harvard. Inversement, elles ou ils peuvent se permettre d'ignorer une opposition interne importante lorsqu'elles ou ils b&#233;n&#233;ficient de soutiens ext&#233;rieurs, comme &#224; Columbia. L'un des principaux soutiens de cette universit&#233; est le donateur d&#233;mocrate Robert Kraft, propri&#233;taire des New England Patriots [&#233;quipe de &#171; football am&#233;ricain &#187;], qui a r&#233;agi aux manifestations en annulant un don et en publiant des annonces en pleine page dans lesprincipaux journaux pour d&#233;noncer la &#171; haine antis&#233;mite &#187; et demander une plus grande &#171; protection &#187; sur les campus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les universit&#233;s sous le r&#233;gime de la &#171; s&#233;curit&#233; nationale &#187; et de l'aust&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'apr&#232;s-11 septembre qui a plong&#233; l'universit&#233; n&#233;olib&#233;rale dans l'&#233;treinte de l' &#171; &#201;tat de s&#233;curit&#233; nationale &#187;. Dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant la seconde invasion de l'Irak, les campus ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre d'une nouvelle vague de mobilisation &#233;tudiante et enseignante, avec notamment la formation de groupes tels que les Historiens contre la guerre (qui restent actifs aujourd'hui). La campagne BDS (Boycott, D&#233;sinvestissement, Sanctions) a &#233;t&#233; fond&#233;e en 2005 et a pris son essor &#224;la fin du second mandat de Bush, s'attirant l'ire des administrations universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les universitaires radicaux ont fait l'objet d'un examen approfondi et, souvent, d'une surveillance directe. Alan Dershowitz, apr&#232;s avoir &#233;t&#233;d&#233;nonc&#233; comme plagiaire par Norman Finkelstein, a utilis&#233; ses relations pour obtenir le rejet de la titularisation deFinkelstein &#224; l'universit&#233; DePaul (bas&#233;e &#224; Chicago). Finkelstein n'a jamais retrouv&#233; de poste universitaire. Aijaz Ahmad,&#233;minent critique de l'empire am&#233;ricain, a &#233;t&#233; renvoy&#233; de l'universit&#233; York de Toronto pour ses &#233;crits sur la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas le plus embl&#233;matique est peut-&#234;tre celui de Sami Al-Arian, professeur d'informatique &#224; l'universit&#233; de Floride du Sud, qui a travaill&#233; &#224; la Maison Blanche sous Clinton et a fait l'objet d'une surveillance f&#233;d&#233;rale en raison de ses activit&#233;s de d&#233;fense des droits humains. En 2003, il a &#233;t&#233; faussement accus&#233; de fournir un &#171; soutien mat&#233;riel &#187; aux &#171; terroristes &#187; du Djihad islamique, licenci&#233; de son poste, maintenu en isolement pendant trois ans et poursuivi devant les tribunaux. Les procureurs f&#233;d&#233;raux ont &#233;chou&#233; &#224; le faire condamner ne serait-ce que pour un seul chef d'accusation &#224; son encontre. Les seules preuves qu'ils ont pr&#233;sent&#233;es sont les d&#233;clarations publiques et les &#233;crits d'Al-Arian sur la lib&#233;ration de la Palestine. En 2014, le gouvernement a abandonn&#233; toutes les poursuites et Al-Arian a &#233;t&#233; expuls&#233; vers la Turquie l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le krach financier de 2008, l'aust&#233;rit&#233; est devenue l'ordre du jour pour tout le monde, &#224; l'exception des banquiers, des grandes entreprises de la tech' et des investisseurs. Les universit&#233;s publiques ont &#233;t&#233; amput&#233;es d'une grande part de leur financement. La recherche et l'activisme anti-imp&#233;rialiste ont g&#233;n&#233;ralement recul&#233;, alors m&#234;me qu'Obama multipliait les frappes de drones en Afghanistan et au Pakistan, tout en ouvrant de nouveaux fronts en Libye, en Syrie, au Y&#233;men et en Somalie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa pr&#233;sidence a jou&#233; un r&#244;le crucial dans la consolidation des relations entre le secteur de l'enseignementsup&#233;rieur et l'establishment d&#233;mocrate. En 2012, les principaux donateurs de sa campagne &#233;taient les professeurs, le personnel, les &#233;tudiants, les anciens &#233;l&#232;ves et les administrateurs des universit&#233;s de Californie &#224; Berkeley, Harvard etStanford n'&#233;tant pas loin derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L''irruption de Black Lives Matter en 2014-2015 n'a gu&#232;re modifi&#233; cette tendance et pourrait m&#234;me l'avoir acc&#233;l&#233;r&#233;e. Dans la mesure o&#249; il s'agissait d'un mouvement, et pas simplement d'un exercice de com' ou d'une r&#233;cup&#233;ration, il n'a jamais repr&#233;sent&#233; une menace pour l'aile clintonienne du parti, et encore moins pour la classe des donateurs. Il a simplement contribu&#233; &#224; transformer le credo de la &#171; diversit&#233; &#187;, de l'&#171; &#233;quit&#233; &#187; et de l'&#171; inclusion &#187; enun syst&#232;me plus rigide et plus efficace utilis&#233; par les d&#233;partements de ressources humaines pour discipliner le personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les universit&#233;s sont devenues des usines o&#249; l'id&#233;ologie du Parti d&#233;mocrate est produite en masse et diffus&#233;e dans les m&#233;dias, la culture, le divertissement, la technologie et les sph&#232;res scientifiques. En soulignant cet &#233;tat de fait, et en pr&#233;sentant de mani&#232;re fallacieuse les &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur comme ne soutenant pas suffisamment Isra&#235;l, les R&#233;publicains esp&#232;rent renforcer leur image de marque &#171; anti&#233;litiste &#187; et cibler un lieu de pouvoir strat&#233;giquepour les D&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque certain.es pr&#233;sident.es d'universit&#233; ont &#233;t&#233; tra&#238;n&#233;.es devant les &#233;lus r&#233;publicains du S&#233;nat et de la Chambre des repr&#233;sentants pour r&#233;pondre &#224; une s&#233;rie de questions cyniques sur les &#171; discours de haine &#187; sur les campus, ils et elles avaient depuis longtemps sci&#233; la branche sur laquelle ils et elles &#233;taient assis.es. Ayant pass&#233; des d&#233;cennies &#224; faire taire les critiques &#224; l'&#233;gard d'Isra&#235;l, ils et elles ne pouvaient pas invoquer les droits du premier amendement [de la Constitution &#233;tatsunienne qui garantit notamment le free speech, i.e. la libert&#233; d'expression] ou l'autonomie universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, ils et elles ont simplement essay&#233; de se conformer &#224; l'injonction r&#233;pressive des R&#233;publicains. Bien entendu, comme l'a not&#233; Trotsky, jouer les gentils avec des fascistes en puissance ne fonctionne que rarement. Quelle que soit la mesureque les pr&#233;sident.es d'universit&#233; pouvaient prendre, elle n'aurait pas suffi &#224; satisfaire les &#233;lus d'extr&#234;me droite. Ces derniers n'ont rien &#224; perdre &#224; poursuivre leur offensive, qui leur permet de diviser la base d&#233;mocrate et la classe desdonateurs sionistes &#224; laquelle les dirigeants d&#233;mocrates rendent des comptes, et d'augmenter ainsi la probabilit&#233; d'une victoire r&#233;publicaine en novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du Vietnam &#224; la Palestine, le r&#244;le du &#171; facteur humain &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1968, un Parti d&#233;mocrate divis&#233; a permis &#224; Nixon d'acc&#233;der &#224; la pr&#233;sidence, &#224; une &#233;poque o&#249; la plupart des citoyen.nes &#233;tatsunien.nes s'opposaient &#224; la guerre du Vi&#234;t Nam et, paradoxalement, s'opposaient &#233;galement aux manifestants pacifistes. Aujourd'hui, une majorit&#233; d'&#233;lecteurs et d'&#233;lectrices de Biden souhaite l'arr&#234;t du g&#233;nocide &#224; Gaza et la plupart des citoyen.nes des Etats-Unis soutiennent les manifestations &#233;tudiantes. C'est une mauvaise nouvelle pour le pr&#233;sident sortant. Parmi ses &#233;lecteurs de 2020, 10 % pr&#233;voient d&#233;sormais de soutenir Trump. Si les &#171; ind&#233;pendants &#187;, qui repr&#233;sentent 43 % de l'&#233;lectorat, ou les &#171; progressistes &#187;, qui en constituent environ 35 % et votent g&#233;n&#233;ralement pour les D&#233;mocrates, d&#233;cident de rester chez eux ou de soutenir un autre candidat, le pr&#233;sident sera mis en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le nombre croissant de d&#233;l&#233;gu&#233;s anti-Biden non-affili&#233;s, le risque de d&#233;bordements de grande ampleur au cours de l'&#233;t&#233; et les manifestant.es qui pr&#233;voient de converger vers Chicago &#224; l'occasion de la Convention nationale d&#233;mocrate, on risque d'assister &#224; une r&#233;p&#233;tition de certains aspects de celle de 1968[1], m&#234;me si, cette fois, c'est comme si un Lyndon Johnson tr&#232;s affaibli avait d&#233;cid&#233; de se pr&#233;senter &#224; la r&#233;&#233;lection. Les derniers sondages indiquent que si Biden gagne, ce sera parce que l'avortement mobilise suffisamment les femmes blanches des banlieues de classes moyennes. La strat&#233;gied&#233;mocrate qui a &#233;chou&#233; en 2016 &#8211; &#171; pour chaque d&#233;mocrate col bleu [de classe ouvri&#232;re] que nous perdons dans l'ouest de la Pennsylvanie, nous r&#233;cup&#233;rons deux r&#233;publicains mod&#233;r&#233;s dans la banlieue de Philadelphie, et nous pouvons r&#233;p&#233;ter cela dans l'Ohio, l'Illinois et le Wisconsin &#187; &#8211; semble &#234;tre la seule que les dirigeants soient capables de poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation du Hamilton Hall en 1968 &#8211; pour protester contre la complicit&#233; de l'universit&#233; de Columbia dans la guerre, sa rapacit&#233; immobili&#232;re dans le quartier adjacent de Harlem et son approche autoritaire &#224; l'&#233;gard des &#233;tudiant.es mobilis&#233;.es &#8211; a &#233;t&#233; film&#233;e, de m&#234;me que l'&#233;vacuation polici&#232;re brutale du b&#226;timent, suivie par plus de 700 arrestations. Au fur et &#224; mesure que les images circulaient, les manifestations se sont &#233;tendues aux lyc&#233;es et &#224; d'autres campus du pays. Au cours des deux ann&#233;es suivantes, le cours de l'histoire s'est invers&#233;. Le g&#233;n&#233;ral vietnamien V&#245; Nyug&#234;n Gi&#225;p, architecte de l'offensive du T&#234;t, a fait remarquer que les &#201;tats-Unis n'auraient jamais pu gagner au Vi&#234;t Nam, malgr&#233; leur sup&#233;riorit&#233;militaire. Pourquoi ? Parce que le &#171; facteur humain &#187; s'est av&#233;r&#233; d&#233;cisif. Le nombre de Vietnamien.nes tu&#233;.es par les &#201;tats-Unis importait peu. Il y en avait toujours assez pour se battre et mourir pour d&#233;fendre leur pays. L'objectif du FNL etde Hanoi &#233;tait de briser la volont&#233; du gouvernement &#233;tatsunien de poursuivre la guerre. Finalement, avec l'aide des &#233;tudiant.es &#233;tatsuniens et des mouvements anti-guerre mondiaux, ils y sont parvenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, ce que l'on appelle le &#171; facteur humain &#187; a jou&#233; un r&#244;le crucial dans d'autres luttes anti-imp&#233;rialistes. L'intuition du g&#233;n&#233;ral Gi&#225;p s'est v&#233;rifi&#233;e au Br&#233;sil, en Bolivie, au Chili, en Angola, au Nicaragua, au Salvador, auGuatemala, au Liban, en Afrique du Sud, en Colombie, en Afghanistan, en Irak, en Somalie, au Rojava, en Cisjordanie et maintenant &#224; Gaza. Nulle part, les bombes, l'artillerie, la torture, la technologie de surveillance ou le contre-espionnage, qu'ils soient utilis&#233;s par l'arm&#233;e &#233;tatsunienne ou par ses mandataires, n'ont permis &#224; l'h&#233;g&#233;mon de remporter une victoire d&#233;finitive. Les mouvements de r&#233;sistance, parfois populaires et d&#233;mocratiques, ont perdur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, les raids d'une police militaris&#233;e, qui ram&#232;nent les techniques des op&#233;rations de contre-insurrection sur le territoire national, ne peuvent pas non plus vaincre les fant&#244;mes de 68. Gr&#226;ce &#224; la capacit&#233; d'organisation &#233;tudiante, avec l'appui d'une minorit&#233; critique d'enseignant.es, d'intellectuel.les, de scientifiques, de technicien.nes, d'avocat.es, de militant.es des droits humains et d'acteurs culturels, des personnes se mobilisent par milliers &#224; travers les &#201;tats-Unis pour d&#233;fendre le premier amendement [la libert&#233; d'expression] et s'opposer au g&#233;nocide isra&#233;lien &#224; l'encontre de la population de Gaza. Elles et ils sont en train de faire l'histoire, et ils et elles le savent. Une variante de plus en plus autoritaire du n&#233;olib&#233;ralisme ne les arr&#234;tera pas. Apr&#232;s une &#233;clipse de quarante ans, se pourrait-il que nous assistions &#224; la renaissance de ce qu'Edward Said appelait la critique d&#233;mocratique, ou de ce que Mike Davis appelait le projet socialiste r&#233;volutionnaire, en tant qu'antidote au nationalisme ethnoreligieux, &#224; l'empire et &#224; la thanatocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Forrest Hylton est un historien de l'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes et professeur invit&#233; d'histoire &#224; l'&#233;cole sup&#233;rieure de l'universit&#233; f&#233;d&#233;rale da Bahia (UFBA, Br&#233;sil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; le 8 mai 2014 dans Sidecar, le blog de la New Left Review. Traduction Contretemps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La Convention nationale d&#233;mocrate qui s'est tenue en ao&#251;t 1968 s'est d&#233;roul&#233;e dans l'atmosph&#232;re insurrectionnelle qui a suivi l'assassinat de Martin Luther King, en avril, et celui de Robert Kennedy, en juin. Elle a &#233;t&#233; marqu&#233;e par des manifestations massives d'opposants &#224; la guerre du Vietnam, violemment r&#233;prim&#233;es par la police. Le pr&#233;sident d&#233;mocrate sortant Lyndon Johnson &#8211; architecte principal de l'escalade de l'intervention au Vietnam &#8211; ayant (contre toute attente) d&#233;clar&#233; forfait, et les candidats oppos&#233;s &#224; la poursuite de la guerre &#233;limin&#233;s (Kennedy assassin&#233;, Eugene McCarthy battu lors du vote), le pro-guerre Hubert Humphrey, vice-pr&#233;sident sous Johnson, a &#233;t&#233; choisi comme candidat d&#233;mocrate pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1968. Une &#233;lection que Richard Nixon a remport&#233; avec une ligne politique encore plus agressivement pro-guerre combin&#233;e &#224; une image &#171; populiste &#187; (NdT).&lt;/p&gt;
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		<title>Le 18 Brumaire de Macho Camacho. Entretien sur le coup d'&#201;tat en Bolivie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-18-Brumaire-de-Macho-Camacho-Entretien-sur-le-coup-d-Etat-en-Bolivie</link>
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		<dc:date>2019-12-03T07:14:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Forrest Hylton, Jeff Webber</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-12-03</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En poste depuis 2006, Evo Morales, le premier pr&#233;sident indig&#232;ne de Bolivie, a &#233;t&#233; renvers&#233; par un coup d'&#201;tat. Des d&#233;bats sur la mani&#232;re dont cela est arriv&#233; et ce que cela signifie ont prolif&#233;r&#233; dans la gauche &#224; l'&#233;chelle internationale. Ashley Smith a discut&#233; avec Jeffery R. Webber et Forrest Hylton, deux observateurs de longue date de la Bolivie, pour mieux comprendre les probl&#233;matiques en jeu. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet entretien initialement publi&#233; sur le blog des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-12-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-12-03&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH117/arton41372-22cce.jpg?1781671275' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En poste depuis 2006, Evo Morales, le premier pr&#233;sident indig&#232;ne de Bolivie, a &#233;t&#233; renvers&#233; par un coup d'&#201;tat. Des d&#233;bats sur la mani&#232;re dont cela est arriv&#233; et ce que cela signifie ont prolif&#233;r&#233; dans la gauche &#224; l'&#233;chelle internationale. Ashley Smith a discut&#233; avec Jeffery R. Webber et Forrest Hylton, deux observateurs de longue date de la Bolivie, pour mieux comprendre les probl&#233;matiques en jeu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/coup-etat-bolivie-camacho/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet entretien initialement publi&#233; sur le blog des &lt;a href=&#034;https://www.versobooks.com/blogs/4493-the-eighteenth-brumaire-of-macho-camacho-jeffery-r-webber-with-forrest-hylton-on-the-coup-in-bolivia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions Verso&lt;/a&gt; et a &#233;t&#233; traduit par Sophie Coudray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel genre de coup d'&#201;tat a eu lieu en Bolivie et quels enjeux y a-t-il &#224; appeler cela un coup d'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; souligner, c'est qu'un coup d'&#201;tat est un &#233;v&#233;nement qui est mieux compris dans le cadre d'un processus historique plus large ; il s'agit d'appr&#233;hender l'&#233;v&#233;nement et le processus en relation l'un avec l'autre. Dans une perspective r&#233;gionale, on pourrait situer le coup d'&#201;tat bolivien plus ou moins &#224; mi-chemin entre le coup d'&#201;tat militaire &#171; dur &#187; du Honduras en 2009 et le coup d'&#201;tat parlementaire &#171; soft &#187; contre Fernando Lugo au Paraguay en 2012 et Dilma Roussef au Br&#233;sil en 2016, avec une diff&#233;rence cruciale &#8211; en Bolivie, l'extr&#234;me-droite a coopt&#233; et d&#233;tourn&#233; la manifestation de masse centriste des classes urbaines moyennes qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le coup d'&#201;tat, la poussant dans une direction violente. Le fait est qu'il n'y a actuellement aucun mod&#232;le applicable &#224; tous les coups d'&#201;tat en Am&#233;rique latine, mais plut&#244;t un large spectre d'approches menant &#224; des changements de r&#233;gime destin&#233;s &#224; r&#233;tablir le consensus de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu qui r&#233;side dans le fait de d&#233;signer ce qui s'est pass&#233; en Bolivie comme un coup d'&#201;tat n'est rien de moins qu'une question de l&#233;gitimit&#233; politique. Les anciens pr&#233;sidents Dilma Roussef et Luis Ignacio da Silva au Br&#233;sil ; l'ancienne pr&#233;sidente Cristina Fern&#225;ndez de Kirchner et le pr&#233;sident Alberto Fern&#225;ndez en Argentine ; ainsi que les gouvernements d'Andr&#233;s Manuel L&#243;pez Obrador au Mexique et de Tabar&#233; V&#225;squez en Uruguay ont appel&#233; cela un coup d'&#201;tat, alors que les gouvernements du Br&#233;sil, d'Argentine et de Colombie, pour ne nommer que certains des pays se trouvant dans l'orbite des &#201;tats-Unis, ont refus&#233; de le faire. Le Br&#233;sil, qui est sans doute le gouvernement le moins l&#233;gitime dans l'h&#233;misph&#232;re &#224; ce jour, a &#233;t&#233; le premier pays &#224; reconna&#238;tre le gouvernement post-coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui a men&#233; &#224; ce coup d'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 20 octobre 2019, Evo Morales, le leader du Mouvement vers le socialisme (MAS) et pr&#233;sident depuis 2006 a aspir&#233; &#224; un quatri&#232;me mandat. Morales est arriv&#233; au Palacio Quemado, ou le Palais br&#251;l&#233;, comme est d&#233;sign&#233;e la r&#233;sidence pr&#233;sidentielle, avec 54 % du vote populaire, port&#233; par un mouvement indig&#232;ne de gauche de proportion quasi insurrectionnelle entre 2000 et 2005. Depuis, il a remport&#233; plusieurs &#233;lections et pl&#233;biscites, tous avec plus de 60 % du vote populaire et avec une avance consid&#233;rable sur ses principaux opposants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette ann&#233;e, sans surprise, fut diff&#233;rente. Pour la premi&#232;re fois, le scrutin allait &#234;tre relativement cliv&#233;, dessinant les contours de ce qui avait &#233;t&#233;, pendant des ann&#233;es, un spectre d'opposition de droite fragment&#233; r&#233;gionalement et malheureux derri&#232;re Carlos Mesa, ancien Vice-pr&#233;sident sous Gonzalo S&#225;nchez de Lozada, ou Goni, et Pr&#233;sident entre 2003 et 2005 apr&#232;s le d&#233;part de Goni suite &#224; des manifestations populaires massives. Mesa dirige la coalition Comunidad Ciudadana (Communaut&#233; Citoyenne) et incarne ce que Tariq Ali a appel&#233; l'extr&#234;me-centre. Cong&#233;nitalement inefficace, apr&#232;s le 20 octobre, il a &#233;t&#233; balay&#233; &#224; une vitesse vertigineuse par une figure grotesque d'extr&#234;me-droite, Luis Fernando Camacho, le pr&#233;sident shoot&#233; &#224; la Bible du comit&#233; civique de Santa Cruz, qui s'identifie &#224; Macho Camacho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, la popularit&#233; de Morales a souffert depuis qu'il a perdu un r&#233;f&#233;rendum populaire le 21 f&#233;vrier 2016 &#8211; 51 % des votants ont dit &#171; non &#187; suite &#224; des scandales et all&#233;gations de corruption &#8211; portant sur le fait d'amender la constitution afin de lui permettre de se pr&#233;senter pour un quatri&#232;me mandat aux &#233;lections d'octobre 2019. &#192; travers une s&#233;rie de man&#339;uvres l&#233;galement douteuses que nombre d'analystes avaient correctement anticip&#233;es, il a ignor&#233; ces r&#233;sultats et a obtenu l'approbation de l'autorit&#233; &#233;tatique comp&#233;tente pour se repr&#233;senter &#8211; cela n'a pas &#233;t&#233; contest&#233;, &#224; l'&#233;poque, par Luis Almagro, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Organisation des &#201;tats am&#233;ricains (OEA). Le r&#233;f&#233;rendum est devenu le cri de ralliement des classes moyennes urbaines et des comit&#233;s civiques r&#233;gionaux esp&#233;rant d&#233;tr&#244;ner Morales, mais incapables de le faire par le biais &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le syst&#232;me &#233;lectoral bolivien, pour &#233;viter un second tour, le candidat en t&#234;te doit obtenir plus de 50 % des voix ou plus de 40 % des voix et une avance de 10 % par rapport au candidat qui se trouve en seconde position. Au soir du 20 octobre, le &#171; comptage rapide &#187; des voix &#8211; ou la Transmisi&#243;n de Resultados Electorales Preliminares (Transmission des r&#233;sultats &#233;lectoraux pr&#233;liminaires, TREP), qui n'a pas de valeur l&#233;gale &#8211; a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement mis &#224; jour sur le site internet du Tribunal &#233;lectoral supr&#234;me (TSE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec 83,8 % du comptage rapide des votes, le site internet du TSE a indiqu&#233; que Morales menait avec 45,3 %, Mesa &#233;tant en seconde position avec 38,2 %. Il est donc apparu qu'on se dirigeait vers un second tour. &#192; ce stade, le TSE a inexplicablement interrompu la transmission en direct du comptage rapide des bulletins de vote apr&#232;s que les 83 % de votes aient &#233;t&#233; compt&#233;s, ce qui a conduit Mesa &#224; crier &#224; la fraude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours qui ont suivi, quatre explications distinctes et contradictoires de l'interruption ont &#233;t&#233; apport&#233;es par le TSE ainsi que par des repr&#233;sentants du gouvernement &#8211; (1) qu'ils ne voulaient pas superposer le comptage rapide des voix au d&#233;compte officiel, qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; amorc&#233; ; (2) qu'il y avait eu une alerte concernant une cyberattaque et que l'interruption &#233;tait due &#224; des mesures de s&#233;curit&#233; ; (3) qu'ils s'arr&#234;tent toujours autour de 80 % du comptage rapide ; et (4) qu'il leur manquait 17 % des votes du fait que des zones rurales n'avaient pas un acc&#232;s &#224; internet suffisant pour envoyer les photos correspondant au d&#233;compte des bulletins de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aggraver les choses, le vice-pr&#233;sident du TSE Antonio Costas a d&#233;missionn&#233;, indiquant qu'il n'avait pas &#233;t&#233; inform&#233; de l'ordre de stopper le TREP, ce qui &#171; n'&#233;tait pas une bonne d&#233;cision &#187;. Sa d&#233;mission &#233;tait n&#233;anmoins &#233;nigmatique : il a indiqu&#233; l'avoir fait par principe, mais qu'il n'y avait pas eu d'alt&#233;ration des r&#233;sultats. Cela ne constitue pas une preuve, m&#234;me circonstancielle, de fraude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux heures plus tard, dans la soir&#233;e du 21 octobre, la transmission du comptage rapide des r&#233;sultats a &#233;t&#233; relanc&#233;e, le site internet r&#233;v&#233;lant maintenant 95,63 % des voix comptabilis&#233;es. L'&#233;cart entre Morales et Mesa s'&#233;tait creus&#233; durant cet intervalle de temps. La diff&#233;rence entre les deux candidats &#233;tait alors de 10,12 % selon le comptage rapide des voix. Morales avait d&#233;j&#224; annonc&#233; qu'une fois les votes ruraux comptabilis&#233;s, il &#233;tait certain qu'il n'y aurait pas besoin d'un second tour. L&#224; encore, il n'y a pas d'autre preuve corroborant les all&#233;gations de fraude &#233;lectorale prof&#233;r&#233;es par Mesa que la certes douteuse interruption des r&#233;sultats du comptage rapide des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De violentes manifestations d'opposition, men&#233;es par Mesa, ont &#233;clat&#233; ce lundi soir &#224; travers le pays, avec l'incendie de plusieurs bureaux du tribunal &#233;lectoral, m&#234;me si les partisans du MAS sont simultan&#233;ment sortis dans les rues en c&#233;l&#233;bration de la victoire. Le d&#233;compte officiel des voix a &#233;t&#233; achev&#233; quelques jours plus tard, et donnait 47,08 % &#224; Morales et Carlos 36,51 % &#224; Mesa &#8211; une diff&#233;rence de 10,54 % qui en faisait une victoire au premier tour pour Morales. Malgr&#233; un d&#233;clin du soutien, les r&#233;sultats officiels indiquent &#233;galement que le MAS s'est assur&#233; une majorit&#233; aux &#233;lections l&#233;gislatives, avec 68 si&#232;ges sur 130 &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s et 21 si&#232;ges sur 36 au S&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui explique le d&#233;sastre politique de cette interruption ? Un rapport des analystes du Centre sur les recherches &#233;conomiques et politiques (CEPR) sugg&#232;re que le TSE a toujours &#233;t&#233; dans la seule obligation de faire le comptage rapide de 80 % des voix et que cette pratique a &#233;t&#233; courante lors des &#233;lections pass&#233;es. Ils sugg&#232;rent que la r&#233;ouverture du comptage rapide des voix presque 24 h plus tard a &#233;t&#233; cons&#233;cutive &#224; la requ&#234;te de l'OAE et que l'&#233;cart s'&#233;tant creus&#233; dans le scrutin entre Morales et Mesa au cours de la p&#233;riode de black-out est coh&#233;rent avec les votes des zones rurales, qui sont arriv&#233;s plus tard pour diverses raisons pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morales a toujours b&#233;n&#233;fici&#233; d'un soutien plus important dans les p&#233;riph&#233;ries &#8211; presque deux fois plus de votes, lors des pr&#233;c&#233;dentes &#233;lections, dans les petites villes et les zones rurales que dans les centres urbains majeurs de La Paz, Cochabamba et Santa Cruz. Le rapport du CEPR affirme par ailleurs que l'OAE n'a fourni aucune preuve sugg&#233;rant une quelconque incoh&#233;rence dans la totalisation du d&#233;compte officiel, le seul d&#233;compte des votes &#224; valeur l&#233;gale, malgr&#233; la remise en question de la validit&#233; des r&#233;sultats &#233;lectoraux. L'audit des r&#233;sultats &#233;lectoraux par l'OAE, &#233;mise le 9 novembre, a qualifi&#233; d'&#171; improbable &#187; les changements dans le pourcentage des votes en faveur de Morales, mais n'a fourni aucune preuve d'une fraude effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les opposants de Morales, &#224; l'extr&#234;me-centre et &#224; l'extr&#234;me-droite, ont-ils r&#233;agi &#224; cette situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ton &#233;tait donn&#233; avant m&#234;me l'audit de l'OAE, avec une opposition rejetant l'audit lorsqu'il a d'abord &#233;t&#233; propos&#233; par l'OAE et accept&#233; par le gouvernement. L'opposition, toujours men&#233;e en principe par Mesa, a cri&#233; &#224; la fraude &#233;lectorale, en rejetant pourtant l'offre d'un nouveau d&#233;compte, et en appelant &#224; une campagne intensifi&#233;e de protestations (violentes) et de manifestations pour renverser Morales. &#201;tant donn&#233; ce maximalisme, il &#233;tait pr&#233;visible que Mesa soit d&#233;pass&#233; par les forces obscures qu'il a contribu&#233; &#224; d&#233;cha&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morales a significativement perdu en l&#233;gitimit&#233; apr&#232;s f&#233;vrier 2016, quand il a simplement ignor&#233; les r&#233;sultats n&#233;gatifs du r&#233;f&#233;rendum, tout particuli&#232;rement au sein de la classe moyenne urbaine, qui s'est consid&#233;rablement amplifi&#233;e sous son gouvernement. Le comportement &#233;trange du TSE et des responsables gouvernementaux concernant l'interruption de la transmission du comptage rapide des voix le 20 octobre n'a pas contribu&#233; &#224; arranger les choses pour le camp Morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc sans surprise que la radicalisation de la droite des plaines orientales, li&#233;e &#224; l'agro-industrie et &#224; l'extraction de gaz et de p&#233;trole, de m&#234;me que les groupes de jeunes paramilitaires racistes, a imm&#233;diatement suivi. Luis Fernando Camacho, jusqu'ici peu connu en dehors du d&#233;partement de Santa Cruz dans les plaines orientales, est devenu la figure de proue d'une r&#233;volte nationale qui vient principalement de classe moyenne urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camacho vient d'une famille riche de Santa Cruz ayant des int&#233;r&#234;ts dans l'agro-industrie et la finance. Il a dirig&#233; le groupe n&#233;ofasciste de jeunesse Union Juvenil Cruce&#241;ista (UJC), qui a men&#233; des actions de violence de rue contre des vendeurs ambulants indig&#232;nes dans la ville de Santa Cruz au cours d'une campagne de d&#233;stabilisation rat&#233;e contre Morales en 2008. L'UJC a r&#233;guli&#232;rement utilis&#233; le symbole nazi du swastika par le pass&#233; et a men&#233; des actions en collaboration avec l'organisation fasciste Falange Socialista Boliviana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chr&#233;tien &#233;vang&#233;lique &#171; born again &#187; [&#171; nouveau chr&#233;tien &#187;], le &#171; Macho Camacho &#187; &#226;g&#233; de 40 ans, a beaucoup en commun avec le Jair Bolsonaro du Br&#233;sil : tous deux ont consolid&#233; une alliance avec les &#233;vang&#233;listes, les paramilitaires et les &#233;leveurs de b&#233;tail. Apr&#232;s des ann&#233;es d'opposition de droite traditionnelle et inefficace, &#224; l'instar de celle men&#233;e par Samuel Quiroga, Samuel Doria Medina et Mesa, Camacho est venu combler un vide qui a d&#233;coul&#233; d'une querelle de pouvoir qui &#233;clate au sein du comit&#233; civique de Santa Cruz au d&#233;but de 2019. Ce comit&#233; a longtemps &#233;t&#233; l'institution regroupant les int&#233;r&#234;ts des &#233;lites r&#233;actionnaires de la plaine et de diverses branches du capital agricole, financier, commercial, industriel et de stup&#233;fiants dans cette partie du pays, un bloc social qui a syst&#233;matiquement &#233;t&#233; favoris&#233; par les dictatures militaires dans les ann&#233;es 1960 et 1970 et par la partitocratie n&#233;olib&#233;rale qui leur a succ&#233;d&#233; dans les ann&#233;es 1980 et 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camacho a r&#233;ussi &#224; unir les fils h&#233;t&#233;rog&#232;nes de l'opposition, notamment en passant des pactes avec des secteurs populaires qui s'&#233;taient &#233;loign&#233;s du gouvernement de Morales au cours des quatre ou cinq derni&#232;res ann&#233;es. Parmi ces derniers se trouvent les Ponchos Rojos, un groupe indig&#232;ne Aymara dissident des hauts-plateaux de l'ouest, des paysans cultivant la coca de la r&#233;gion de Yungas, des sections des syndicats des mines appartenant &#224; l'&#201;tat, ainsi que des syndicats des transports. Il a &#233;galement forg&#233; une alliance d&#233;cisive avec le pr&#233;sident du comit&#233; civique de Potos&#237;, Marco Pumari, un indig&#232;ne fils de mineur et leader du conflit r&#233;gional entre Potos&#237; et le gouvernement national, concernant la redistribution des futures richesses g&#233;n&#233;r&#233;es par l'extraction du lithium des gisements de cette partie du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en est-il des forces au sein de la gauche et du mouvement populaire ? Comment ont-elles r&#233;agi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres secteurs populaires se sont aussi dress&#233;s contre le gouvernement, ind&#233;pendamment de l'opposition de droite, que ce soit &#224; cause d'un m&#233;contentement spontan&#233; face &#224; la fraude &#233;lectorale, ou pour d'anciennes revendications, dont beaucoup &#233;taient l&#233;gitimes et ont pourtant &#233;t&#233; ignor&#233;es. Cela inclut par exemple l'intervention et la perturbation par le gouvernement de la v&#233;ritable direction de l'organisation indig&#232;ne du haut plateau, le Consejo Nacional de Ayllus y Markas del Qullasuyu (CONAMAQ), ainsi que l'organisation de la plaine, la Confederaci&#243;n de Pueblos Ind&#237;genas de Bolivia (CIDOB), en conflit ouvert avec le gouvernement depuis la d&#233;cision prise par Morales en 2011 &#8211; et confirm&#233;e plus r&#233;cemment &#8211; de passer outre l'opposition &#224; la construction d'une autoroute sur le territoire indig&#232;ne et le parc national appel&#233; le TIPNIS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation f&#233;ministe Mujeres Creando s'est &#233;galement mobilis&#233;e contre le gouvernement au regard de son &#233;chec &#224; agir suite &#224; l'augmentation de la violence de genre et &#224; l'un des taux de f&#233;minicides proportionnellement le plus &#233;lev&#233; sur le continent. D'autres organisations territoriales indig&#232;nes bas&#233;es dans les plaines ont &#233;t&#233; sur la ligne de front de conflits avec le gouvernement du fait de son incapacit&#233; &#224; consulter correctement les communaut&#233;s indig&#232;nes avant d'initier des projets de d&#233;veloppement, en partenariat avec des capitaux multinationaux, pour des industries extractives telles que l'exploitation mini&#232;re et l'extraction de gaz naturel. Aucune de ces revendications n'est sans importance. Aucune n'a &#233;t&#233; &#233;cout&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant &#8211; et c'est l&#224; un &#233;l&#233;ment crucial &#8211; cela ne doit pas nous emp&#234;cher de voir le reste. Le r&#244;le de l'opposition ind&#233;pendante de gauche et indig&#232;ne &#224; Morales et au MAS &#233;tait secondaire dans les &#233;v&#233;nements post-&#233;lectoraux. Comme au Br&#233;sil, en 2013 et par la suite, m&#234;me les mobilisations qui comprenaient des secteurs populaires ont rapidement &#233;t&#233; canalis&#233;es et men&#233;es par l'extr&#234;me-droite. Le mouvement a &#233;t&#233; plus que jamais r&#233;cup&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, des organisations populaires &#233;troitement align&#233;es avec le gouvernement &#8211; les six f&#233;d&#233;rations syndicales des cultivateurs de coca, des paysans indig&#232;nes du haut plateau et de la vall&#233;e du CSUTCB, des mineurs, du Mouvement des sans-terre, et ce qu'il reste d'organisations syndicales &#8211; ont &#233;t&#233; lentes &#224; r&#233;agir. Ceci &#233;tait &#233;galement pr&#233;visible et peut s'expliquer en partie par leur incorporation quasi totale dans les appareils d'&#201;tat, leur bureaucratisation et leur pacification dans ce processus, ainsi que la perte de la capacit&#233; d'ind&#233;pendance critique, d'autonomie et de mobilisation. L&#224; encore, les parall&#232;les avec le Br&#233;sil et le PT viennent &#224; l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La droite semble avoir profit&#233; de ces circonstances pour faire valoir ses revendications avec une violence croissante. Comment a-t-elle agi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication clef de la droite est rapidement pass&#233;e de l'appel &#224; de nouvelles &#233;lections et &#224; la d&#233;mission de Morales, &#224; la demande d''incarc&#233;ration du pr&#233;sident, du vice-pr&#233;sident et de l'ensemble du gouvernement. Des groupes violents ont incendi&#233;, en marge des manifestations de l'opposition, la maison de Morales, ainsi que celles de sa s&#339;ur Esther, de l'ex-pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s Victor Borda et de l'ex-ministre des Mines, C&#233;sar Navarro. Le 6 novembre, lors d'un moment qui a marqu&#233; le tournant de l'opposition du centre vers l'extr&#234;me-droite, des &#233;tudiants de la principale universit&#233; publique et des universit&#233;s priv&#233;es ont affront&#233; la police et les mineurs partisans de Morales au cri de : &#171; Nous sommes tous Camacho ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 7 et 8 novembre, les forces de police se sont mutin&#233;es en soutien &#224; l'opposition, d'abord &#224; Cochabamba puis &#224; Sucre, Santa Cruz, Potos&#237;, Oruro et La Paz. Selon le directeur de l'Institut d'enqu&#234;te m&#233;dico-l&#233;gale (IDIF), Andr&#233;s Flores, six personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es violemment au cours des 23 jours qui ont suivi les &#233;lections du 20 octobre &#8211; deux &#224; Santa Cruz, deux &#224; Cochabamba et deux &#224; La Paz. Cinq &#233;taient des civils et un &#233;tait officier de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 10 novembre au matin, Camacho a parad&#233; sur une voiture de police &#224; travers les rues de La Paz, escort&#233; par la police mutin&#233;e et accompagn&#233; par les acclamations des partisans de l'opposition. Morales et le vice-pr&#233;sident &#193;lvaro Garc&#237;a Linera ont fui dans la r&#233;gion du Chapare du d&#233;partement de Cochabamba, la r&#233;gion productrice de coca o&#249; se sont enracin&#233;s Morales et MAS, pour &#233;chapper au sort de Gualberto Villaroel, pendu &#224; un lampadaire en 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camacho est entr&#233; au Palacio Quemado, a plac&#233; une Bible sur un drapeau bolivien pli&#233; au sol et s'est agenouill&#233;, annon&#231;ant que &#171; Dios vuelva al Palacio &#187; : &#171; Dieu revient au palais pr&#233;sidentiel &#187;. Dehors, le drapeau indig&#232;ne non-partisan wiphala a &#233;t&#233; arrach&#233; des b&#226;timents et br&#251;l&#233; par les partisans de Camacho, tandis qu'ils annon&#231;aient la d&#233;faite du communisme. La police de Santa Cruz a retir&#233; le wiphala des uniformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sentiment ouvertement raciste, remarquablement dompt&#233; pendant la p&#233;riode Morales pour la premi&#232;re fois de l'histoire de la Bolivie, a maintenant repris son essor, de m&#234;me que les id&#233;ologies r&#233;actionnaires dirig&#233;es contre les femmes et les LGBTQ+, en r&#233;alit&#233; jamais enterr&#233;es, malgr&#233; des avanc&#233;es politiques et l&#233;gislatives importantes pour les femmes durant l'&#232;re Morales. &#192; c&#244;t&#233; des politiques de rue facho-macho-blancho de Camacho (anti-f&#233;ministe, supr&#233;maciste blanche et fasciste), une autre expression de cette tendance a &#233;t&#233; la perc&#233;e &#233;lectorale, avec un score de presque 10 % qui l'a plac&#233; en troisi&#232;me position, du docteur et pasteur &#233;vang&#233;lique Chi Hyung Chang, qui a parl&#233; de la pr&#233;sence de Satan au sein du gouvernement Morales et de leur p&#233;ch&#233; d'idol&#226;trie de la conception indig&#232;ne de la Pachamama, ou Terre m&#232;re. L&#224; encore, l'exemple br&#233;silien occupe une place importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; de nombreuses d&#233;missions de ministres, le chef du commandement des forces arm&#233;es boliviennes, le g&#233;n&#233;ral William Kalim&#225;n, a &#171; sugg&#233;r&#233; &#187; que Morales d&#233;missionne. Le dimanche 10 novembre, Morales et Garc&#237;a Linera ont d&#233;missionn&#233;, partant en exil &#224; Mexico deux jours plus tard, en d&#233;non&#231;ant le coup d'&#201;tat en cours et promettant que la r&#233;sistance suivrait. Adriana Salvatierra, la pr&#233;sidente (MAS) de la Chambre haute du Congr&#232;s et Victor Borda, le pr&#233;sident (MAS) de la Chambre basse, ont eux aussi d&#233;missionn&#233; &#8211; d'un point de vue constitutionnel, dans cet ordre, chacun aurait &#233;t&#233; dans la position de remplacer Morales comme pr&#233;sident par int&#233;rim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 12 novembre, en l'absence du quorum l&#233;gal &#8211; puisque le MAS, qui d&#233;tient la majorit&#233; dans les deux Chambres &#233;tait absent &#8211; Jeanine &#193;&#241;ez a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e nouvelle pr&#233;sidente de Bolivie. La s&#233;natrice de droite du d&#233;partement des plaines orientales de Beni, membre du parti de l'Unidad Democr&#225;tica (Unit&#233; d&#233;mocratique, UD), avait &#233;t&#233; vice-pr&#233;sidente du S&#233;nat. Lorsqu'il lui a &#233;t&#233; demand&#233; si elle accepterait la pr&#233;sidence, elle d&#233;clara : &#171; Nous devons au peuple des certitudes. Ainsi, s'il y a un accompagnement par des organisations civiques, j'accepterai, mais si une autre voie est choisie, j'accepterai aussi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, elle a accept&#233; sans condition. Elle a ainsi &#233;t&#233; faite pr&#233;sidente du S&#233;nat, puis imm&#233;diatement d&#233;clar&#233;e pr&#233;sidente de la R&#233;publique. Elle a promis de &#171; convoquer des &#233;lections aussi vite que possible &#187;, mais son premier acte a &#233;t&#233; de faire une apparition au balcon depuis le deuxi&#232;me &#233;tage du Palacio Quemado, une Bible en main, avec &#224; ses c&#244;t&#233;s Camacho et Marcos Pumari, le leader du comit&#233; civique de Potos&#237;. En dehors de Pumari, il n'y avait aucun autre visage indig&#232;ne sur la photo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;union officielle &#224; laquelle elle a appel&#233; en tant que pr&#233;sidente &#233;tait avec les commandants de la police et des forces arm&#233;es boliviennes. Lors de celle-ci, William Kalim&#225;n, le commandant en chef des forces arm&#233;es, et Yuri Calder&#243;n, chef de la police nationale, ont pr&#234;t&#233; all&#233;geance &#224; la nouvelle pr&#233;sidente. S'en est suivi un tweet de f&#233;licitations de la part de Carlos Mesa. A&#241;ez a &#233;galement &#233;crit &#224; Jair Bolsonaro, pour le remercier du soutien de son gouvernement et, le jour o&#249; les troupes de choc fascistes ont pris d'assaut l'ambassade v&#233;n&#233;zu&#233;lienne &#224; Bras&#237;lia, elle a invit&#233; le pr&#233;sident par int&#233;rim autoproclam&#233; Juan Guaid&#243; &#224; nommer un ambassadeur v&#233;n&#233;zu&#233;lien en Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; : les catalyseurs &#224; court terme du coup d'&#201;tat ont &#233;t&#233; le sentiment de fraude lors des &#233;lections du 20 octobre &#8211; un sentiment que Mesa a contribu&#233; &#224; cr&#233;er avant m&#234;me les &#233;lections puis syst&#233;matiquement renforc&#233; &#8211; avec en toile de fond le r&#233;f&#233;rendum de f&#233;vrier 2016. Les mobilisations ont &#233;t&#233; principalement compos&#233;es d'une classe moyenne urbaine ali&#233;n&#233;e, bien qu'elles aient inclus des secteurs populaires et le lumpenprol&#233;tariat, c'est-&#224;-dire les forces ouvri&#232;res organis&#233;es par le capital (surtout dans la finance et l'agro-industrie de la plaine) pour mener &#224; bien la violence fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que des sections de la gauche ind&#233;pendante et des mouvements indig&#232;nes aient eu des griefs l&#233;gitimes &#224; l'encontre du gouvernement, cela n'a pas fa&#231;onn&#233; la dynamique politique post-&#233;lectorale. Le m&#233;contentement centriste a &#233;t&#233; canalis&#233; et men&#233; par l'extr&#234;me-droite, sous le visage de Camacho, avec, en d&#233;finitive, le soutien policier et militaire, ce qui s'est av&#233;r&#233; d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bureaucratis&#233;es et vid&#233;es de leur substance apr&#232;s presque 14 ans de gouvernance par le MAS, les organisations populaires align&#233;es avec le gouvernement ont &#233;t&#233; incapables de r&#233;pondre rapidement, ind&#233;pendamment et avec suffisamment de force pour affronter la vague r&#233;actionnaire qui a attir&#233; l'extr&#234;me-centre dans son emprise. Elles existent toujours en tant qu'organisations, avec des adh&#233;sions massives, et nous verrons bient&#244;t ce qu'il reste de capacit&#233; &#224; maintenir une opposition. Personne n'a contest&#233; le fait que Morales ait gagn&#233; une &#233;crasante majorit&#233; des voix lors du premier tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En prenant du recul vis-&#224;-vis de la conjoncture imm&#233;diate des &#233;lections et du coup d'&#201;tat, &#224; quoi ressemble la dynamique &#224; moyen terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas comprendre les derniers &#233;v&#233;nements &#224; moins de prendre en compte la r&#233;verb&#233;ration de la crise globale du capitalisme en Bolivie, ainsi que les contradictions du mod&#232;le politico-&#233;conomique du n&#233;o-d&#233;veloppementalisme extractiviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, la popularit&#233; constante de Morales apr&#232;s pr&#232;s de 14 ans au pouvoir &#8211; n'oublions pas qu'il a obtenu plus de 45 % des voix &#8211; d&#233;coule du dynamisme du nouveau mod&#232;le politico-&#233;conomique parvenu &#224; son point culminant. Selon un sondage pr&#233;-&#233;lections r&#233;alis&#233; par Ciesmori, 36 % des Boliviens consid&#233;raient que la situation &#233;conomique du pays &#233;tait &#171; bonne &#187; et 27 % qu'elle &#233;tait &#171; normale &#187;. 40 % pensaient que leur situation personnelle et familiale allait &#234;tre &#171; un peu meilleure &#187; au cours de l'ann&#233;e, pour 15 %, &#171; bien meilleure &#187; et pour 13 %, &#171; &#233;gale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bas de l'&#233;chelle de l'ordre social, cela n'est gu&#232;re surprenant, &#233;tant donn&#233; que la pauvret&#233; mon&#233;taire extr&#234;me (mesur&#233;e &#224; moins de 2 dollars US par jour par l'indicateur tout &#224; fait inad&#233;quat de la Banque Mondiale) a chut&#233; de 38 % &#224; 18 % au cours du mandat de Morales et se situe maintenant autour de10 % dans les villes. Dans le m&#234;me temps, la Bolivie est devenue ce que la Banque Mondiale consid&#232;re comme un &#171; pays &#224; revenu interm&#233;diaire &#187;, dans lequel &#171; seulement &#187; 30 % de la population gagne moins de 4 dollars par jour. Dans le premier discours qu'il a donn&#233; en exile &#224; Mexico, Morales a insist&#233; sur ces progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis au moins le tournant conservateur du second mandat de Morales (2010-214) &#8211; similaire, sous certains aspects, &#224; celui de Dilma Roussef &#8211; il est clairement apparu que le projet politique en question &#233;tait un projet dirig&#233; par l'&#201;tat de modernisation capitaliste par en haut ; une nouvelle version, am&#233;lior&#233;e, du Mouvement national r&#233;volutionnaire du XXe si&#232;cle. Les visions en termes de &#171; succ&#232;s socialiste &#187; rel&#232;vent de la pure fantaisie, la r&#233;volution (passive) a &#233;t&#233; nationaliste. La strat&#233;gie &#233;conomique du gouvernement a &#233;t&#233; tributaire d'objectifs de faible inflation, de conservatisme fiscal et d'une accumulation &#233;norme de r&#233;serves &#233;trang&#232;res au cours du boom des mati&#232;res premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2010, si ce n'est plus t&#244;t, la politique &#233;conomique et les coalitions politiques ont repos&#233; sur des accords avec la finance, le capital multinational des hydrocarbures, ainsi que le capital &#233;tranger et bolivien agro-industriel dans les plaines orientales. En termes de finance, la p&#233;riode Morales a &#233;t&#233; celle de la r&#233;alisation d'&#233;normes gains pour les banques nationales, dont les avoirs ont &#233;t&#233; multipli&#233;s par 3,6 entre 2008 et 2017, passant de 700 millions de dollars &#224; 2,55 milliards et dont les profits durant la m&#234;me p&#233;riode ont &#233;t&#233; multipli&#233;s par 2,7, passant de 120 millions de dollars &#224; 330 millions annuellement. Le c&#339;ur de la base sociale du gouvernement Morales est devenu, avec le temps, une couche de la petite-bourgeoisie indig&#232;ne, compos&#233;e de marchands, de petits producteurs extractivistes (mineurs), de petits producteurs industriels et de producteurs moyens, impliqu&#233;s dans l'agriculture commerciale pour l'export &#8211; une couche qui, dans le contexte du boom des mati&#232;res premi&#232;res, a connu une forte progression durant le premier mandat de Morales, modifiant ainsi la composition de classe du noyau de sa base populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique du grand capital &#233;tranger dans les secteurs de l'extraction accompagne celle du pouvoir grandissant d'une couche petite-bourgeoise indig&#232;ne et populaire. En plus de ce noyau, la base de Morales compte une couche plus large de soutiens &#233;lectoraux indig&#232;nes issus des classes domin&#233;es. Plus les revenus sont modestes, plus on trouve d'indig&#232;nes et plus les chances sont grandes d'&#234;tre un soutien &#224; Morales aux &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En baisse par rapport &#224; la croissance de 6,8 % atteinte en 2013, l'&#233;conomie a n&#233;anmoins maintenu une croissance moyenne de 4,2 % au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es &#8211; l'un des r&#233;sultats les plus impressionnants de la r&#233;gion. Les effets subsidiaires des rentes procur&#233;es par l'extraction, r&#233;parties dans diff&#233;rents circuits du capital dans d'autres secteurs de l'&#233;conomie &#224; plus forte intensit&#233; de main d'&#339;uvre (l'industrie, l'agriculture, la construction, le tourisme, etc.), un taux de ch&#244;mage relativement peu &#233;lev&#233; et le ciblage de transferts d'argent aux plus pauvres ont signifi&#233; des am&#233;liorations significatives concernant les niveaux de pauvret&#233;, comme indiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est important pour expliquer la popularit&#233; constante de Morales, tout comme l'est le fait qu'il soit le premier pr&#233;sident indig&#232;ne dans un pays majoritairement indig&#232;ne depuis la fondation de la r&#233;publique en 1825. Lorsqu'il parle de son gouvernement dans des interviews et des discours, ce sont l&#224; les accomplissements dont se vante Morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'&#233;conomie bolivienne est &#224; l'&#233;vidence tr&#232;s sensible aux tendances plus larges du march&#233; mondial. Elle a par ailleurs tari ses r&#233;serves de change et exploit&#233; la dette afin de soutenir les d&#233;penses publiques et dissimuler la r&#233;alit&#233; sous-jacente, particuli&#232;rement au cours de la derni&#232;re ann&#233;e pr&#233;-&#233;lectorale. Comme au Br&#233;sil, le mod&#232;le n&#233;o-d&#233;veloppemental a souffert d'une d&#233;pendance excessive envers les produits primaires ainsi que d'avoir trop repos&#233; sur les importations devenues moins ch&#232;res gr&#226;ce &#224; une devise sur&#233;valu&#233;e et d'un d&#233;clin associ&#233; de l'exportation non-traditionnelle et manufacturi&#232;re. Le d&#233;ficit commercial a augment&#233; depuis 2014, de m&#234;me que le d&#233;ficit fiscal et l'endettement, tandis que les r&#233;serves de change ont d&#233;clin&#233; de 2 milliards de dollars annuellement sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait trop souligner le fait que les mouvements sociaux et les syndicats autrefois ind&#233;pendants furent coopt&#233;s, divis&#233;s et absorb&#233;s dans l'appareil d'&#201;tat &#8211; ou pire, comme dans le cas des mouvements indig&#232;nes de la plaine &#8211; accus&#233;s d'&#234;tre des agents de la droite et de l'empire. Pour une &#233;conomie toujours plus extractiviste, la d&#233;gradation des conditions de march&#233; ne se traduit pas en une activit&#233; extractive en recul, mais plut&#244;t par une course &#224; l'am&#233;lioration des conditions favorables pour le capital multinational extractiviste, comme l'indique le pi&#233;tinement, par le gouvernement Morales, du droit des communaut&#233;s indig&#232;nes &#224; une v&#233;ritable consultation en amont des projets de d&#233;veloppement extractif sur leurs territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;vastation socio-&#233;cologique de l'actuelle qu&#234;te de modernisation capitaliste va s'intensifier. Les incendies de cet &#233;t&#233; ne se restreignaient pas au Br&#233;sil de Bolsonaro, mais incluaient 500 000 hectares de territoire bolivien. Tant que les liens du gouvernement de Morales avec l'agro-industrie restent intacts, les flammes continueront &#224; faire leurs ravages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; nous c&#233;l&#233;brons la r&#233;cente lib&#233;ration de Lula de prison comme une incontestable victoire d&#233;mocratique, et sans projeter sur ses ann&#233;es pass&#233;es au gouvernement un radicalisme qu'il n'a jamais eu, nous n'avons pas besoin d'attribuer un caract&#232;re socialiste &#224; Morales pour condamner son &#233;viction antid&#233;mocratique du pouvoir. En effet, on ne peut expliquer le dynamisme des forces de droite et l'important soutien populaire au coup d'&#201;tat &#171; soft &#187; qui a &#233;vinc&#233; le Parti des Travailleurs au Br&#233;sil en 2016 et conduit &#224; l'incarc&#233;ration de Lula, pas plus que le coup d'&#201;tat passablement plus &#171; dur &#187; en Bolivie aujourd'hui, &#224; moins de saisir les contradictions de classe sous-jacentes aux exp&#233;riences de capitalisme n&#233;o-d&#233;veloppemental qu'ont fait chacun de ces pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ont r&#233;agi les diff&#233;rentes classes, populations et forces politiques, de gauche comme de droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement 21-F, essentiellement urbain et de classe moyenne, qui a &#233;clat&#233; en opposition &#224; la r&#233;ponse de Morales au r&#233;f&#233;rendum de f&#233;vrier 2016, est le noyau de base de Mesa. Bien que le Mouvement 21-F ait d&#233;clin&#233; une fois la campagne &#233;lectorale commenc&#233;e et que sept partis d'opposition aient d&#233;cid&#233; d'y participer en d&#233;pit de la controverse quant &#224; la l&#233;galit&#233; de la candidature de Morales, les sentiments de la classe moyenne se sont rapidement transform&#233;s en action au cours des violentes &#233;meutes anti-fraude post-&#233;lections, qui ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;es, canalis&#233;es et radicalis&#233;es par ce que nous appelons l'&#171; effet Macho Camacho Facho &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de l'infrastructure organisationnelle a &#233;t&#233; fourni par les comit&#233;s civiques des grandes villes &#8211; en plus de Santa Cruz, Potos&#237;, Tarija, Cochabamba, La Paz et Chuquisaca &#8211; qui sont sorties ces derni&#232;res ann&#233;es d'un sommeil relatif et se sont pleinement align&#233;es sur les forces d'extr&#234;me-droite qui organisent le chaos et la violence raciste chez les jeunes. En amont des &#233;lections, ces forces se sont organis&#233;es pour faire face &#224; une &#233;ventuelle victoire de Morales. Un autre point important a &#233;t&#233; le fait que le Comit&#233; pour la D&#233;fense de la D&#233;mocratie &#8211; dirig&#233; par Waldo Albarrac&#237;n, le recteur de l'UMSA, la principale universit&#233; publique de Bolivie &#8211; qui tire ses origines de la r&#233;sistance populaire &#224; la dictature militaire bolivienne par le pass&#233;, a connu une renaissance sous une apparence lib&#233;rale anti-Morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on semblable &#224; ce qui s'est pass&#233; au Br&#233;sil sous le PT, en raison de la promotion des secteurs populaires et indig&#232;nes en Bolivie, la classe moyenne urbaine a senti un affaiblissement de son statut au cours des ann&#233;es Morales. Une nouvelle couche petite-bourgeoise indig&#232;ne est apparue et les traditions indig&#232;nes du pays ont &#233;t&#233; depuis peu valoris&#233;es dans le syst&#232;me scolaire public &#8211; m&#234;me si la qualit&#233; de l'&#233;ducation publique est rest&#233;e d&#233;sastreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des indig&#232;nes se sont pour la premi&#232;re fois int&#233;gr&#233;s &#224; la bureaucratie d'&#201;tat en nombres proportionnels, tranchant avec la trajectoire traditionnelle courante pour les professionnels &#224; la peau plus claire issus de la classe moyenne. La g&#233;ographie de la vie sociale et des mod&#232;les de consommation ont chang&#233;, tout comme les espaces auparavant r&#233;serv&#233;s exclusivement aux couches des classes moyennes et hautes blanches et m&#233;tisses se sont relativement d&#233;mocratis&#233;s &#8211; centres commerciaux, a&#233;roports, etc. Le syst&#232;me subventionn&#233; de transport par t&#233;l&#233;ph&#233;rique &#224; La Paz permet, par exemple, d'effectuer le trajet entre l'El Alto populaire indig&#232;ne et le sud chic de la ville en navette rapide, facile et moins ch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette p&#233;riode, les diverses fractions du capital n'ont jamais trouv&#233; un foyer politique naturel chez Morales et le MAS. Pendant les premi&#232;res ann&#233;es de gouvernance du MAS, des organisations telles que le CAINCO, la principale conf&#233;d&#233;ration des entreprises commerciales et industrielles de Santa Cruz, ont organis&#233; une campagne de d&#233;stabilisation totale pour renverser le gouvernement. Apr&#232;s avoir &#233;chou&#233; en 2008-2010 cependant, ils ont conclu un pacte avec le gouvernement, en partenariat avec les int&#233;r&#234;ts de l'agro-industrie, de m&#234;me qu'avec le capital &#233;tranger minier et des hydrocarbures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital financier entretenait des rapports similaires avec le gouvernement Morales. Tout comme dans le Br&#233;sil de Lula, tant que la rentabilit&#233; &#233;tait &#233;lev&#233;e et que des alternatives politiques viables de droite n'&#233;taient pas disponibles, ils ont appris &#224; vivre avec le gouvernement Morales. Cependant, depuis 2014, les conditions &#233;conomiques se sont d&#233;t&#233;rior&#233;es, malgr&#233; la croissance en surface. Les exigences d'aust&#233;rit&#233; et de restructuration &#233;mises par les think tanks qui repr&#233;sentent leurs int&#233;r&#234;ts s'intensifiaient et, contrairement &#224; Dilma Rousseff, Morales n'a pas fait &#233;voluer la politique &#233;conomique vers une aust&#233;rit&#233; affectant la base du MAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Morales au r&#233;f&#233;rendum de f&#233;vrier 2016 sugg&#233;rait, de plus, que le capital allait de nouveau se trouver ind&#233;finiment exclu de toute repr&#233;sentation politique directe. Dans ces circonstances, le capital a commenc&#233; &#224; chercher une issue en coulisses et s'est rang&#233; derri&#232;re ce coup d'&#201;tat, soutenant la nouvelle pr&#233;sidente non-&#233;lue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons sugg&#233;r&#233;, nombre des infrastructures socio-organisationnelles centrales sur lesquelles s'est appuy&#233; l'extraordinaire cycle contestataire indig&#232;ne de gauche dans la p&#233;riode 2000-2005, ont &#233;t&#233; affaiblies par leur incorporation subalterne dans l'&#201;tat au cours de la p&#233;riode Morales. Cependant, il ne faut pas oublier que cette relative d&#233;composition des capacit&#233;s populaires autonomes n'exclut pas une rapide recomposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers signes sont d&#233;j&#224; l&#224;, &#224; El Alto et dans la r&#233;gion du Chapare de Cochabamba, mais il est encore trop t&#244;t pour dire jusqu'o&#249; iront les efforts pour renverser le coup d'&#201;tat. Quoique dans des circonstances tr&#232;s diff&#233;rentes, les dynamiques de lutte populaire en Argentine sous Macri peuvent fournir des indices sur ce &#224; quoi il faut s'attendre. Tandis que les administrations p&#233;ronistes de N&#233;stor Kirchner puis de Cristina Fern&#225;ndez Kirchner ont divis&#233; la gauche dans son rapport &#224; l'&#201;tat, l'ennemi commun qu'&#233;taient les restructurations n&#233;olib&#233;rales de Macri a conduit &#224; des niveaux tr&#232;s &#233;lev&#233;s de militantisme, du moins pendant les premi&#232;res ann&#233;es du mandat de Macri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la gauche bolivienne s'est divis&#233;e quant &#224; son rapport &#224; l'administration Morales, particuli&#232;rement depuis le d&#233;but de son second mandat en 2010. L'installation d'un r&#233;gime non-&#233;lu de droite &#233;paul&#233; par les forces arm&#233;es, surtout s'il &#233;choue &#224; tenir des &#233;lections ouvertes auxquelles le MAS peut participer, peut &#224; la fois introduire des mesures d'aust&#233;rit&#233; n&#233;olib&#233;rales et faire face &#224; une opposition populaire s&#233;rieuse et grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel r&#244;le ont jou&#233; l'Organisation des &#201;tats Am&#233;ricains (OAE), les &#201;tats-Unis et le Canada dans l'&#233;viction de Morales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OAE a longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme une branche du D&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain et c'est l'une des raisons pour lesquelles des instances r&#233;gionales alternatives excluant les &#201;tats-Unis et le Canada &#8211; l'Union des nations sud-am&#233;ricaines (UNASUR), la Communaut&#233; des &#201;tats d'Am&#233;rique latine et des Cara&#239;bes (CELAC) et l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Am&#233;rique (ALBA) &#8211; ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es au cours du pic de la &#171; vague rose &#187; de gauche (1998-2012). Cela constituait un effort pour &#233;tablir une autonomie relative de la r&#233;gion vis-&#224;-vis des diktats des &#201;tats-Unis et, dans une moindre mesure, du Canada, concernant la g&#233;opolitique de l'h&#233;misph&#232;re. L'OAE a toujours &#233;t&#233; per&#231;ue, &#224; raison, comme une expression institutionnelle du pouvoir imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des &#233;lections du 20 octobre, l'OAE a jou&#233; son r&#244;le de sape de la souverainet&#233; bolivienne. &#171; En Bolivie, il a eu un coup d'&#201;tat le 20 octobre quand Evo Morales a commis une fraude &#233;lectorale &#187; a d&#233;clar&#233; Luis Almagro, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, aux dirigeants r&#233;unis lors d'une session sp&#233;ciale du Conseil Permanent de l'OAE &#224; Washington, le 12 novembre. &#171; L'arm&#233;e devait agir conform&#233;ment &#224; sa mission. &#192; l'heure actuelle, personne n'a outrepass&#233; ce pouvoir &#187;, a-t-il ajout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OAE a politis&#233; la proc&#233;dure du processus &#233;lectoral en faisant des d&#233;clarations fallacieuses sans aucune preuve concernant le comptage rapide des voix et en restreignant son commentaire &#224; ce comptage rapide des voix sans valeur l&#233;gale, ignorant le fait &#171; c'est le d&#233;compte officiel qui a valeur l&#233;gale &#187;, comme l'indique le rapport du CEPR et que &#171; le d&#233;compte officiel n'a jamais &#233;t&#233; interrompu et a r&#233;guli&#232;rement &#233;t&#233; mis &#224; jour en ligne sans interruption significative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, sur la base de sp&#233;culations bien plus que de preuves, l'OAE a contribu&#233; &#224; polariser encore davantage le contexte politique, accordant de la cr&#233;dibilit&#233; &#224; l'action de rue violente de l'extr&#234;me-droite, avec des cons&#233;quences pr&#233;visibles. Apr&#232;s que la police et l'arm&#233;e soient intervenues au nom de l'extr&#234;me-droite et aient install&#233; &#224; la pr&#233;sidence de la r&#233;publique une s&#233;natrice de l'opposition inconnue non-&#233;lue, Almagro a f&#233;licit&#233; les forces arm&#233;es boliviennes d'avoir men&#233; &#224; bien leur mission. C'est une mascarade de diplomatie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors d'un autre geste h&#233;ro&#239;que venant de l'int&#233;rieur des services de renseignement et du niveau des informations divulgu&#233;es par Chelsea Manning, il est peu probable que nous connaissions dans les prochains temps le d&#233;tail et la profondeur de l'implication des &#201;tats-Unis et du Canada. Nous savons, en revanche, que l'administration Trump &#233;tait impliqu&#233;e dans la vaine tentative de coup d'&#201;tat de Juan Guaid&#243; au Venezuela en avril de cette ann&#233;e, et qu'elle a accueilli le coup d'&#201;tat en Bolivie avec une joie sans retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s pr&#232;s de 14 ans et sa r&#233;cente tentative d'outrepasser la constitution bolivienne et la volont&#233; du peuple &#187;, peut-on lire dans la d&#233;claration officielle de Trump, &#171; le d&#233;part de Morales pr&#233;serve la d&#233;mocratie et ouvre la voie pour que les voix du peuple bolivien soient entendues. Les &#201;tats-Unis applaudissent le peuple bolivien pour sa revendication de la libert&#233; et l'arm&#233;e bolivienne pour s'&#234;tre conform&#233;e &#224; son serment de prot&#233;ger non pas une seule personne, mais la constitution de la Bolivie. &#187; Trump a &#233;galement dit que la dynamique bolivienne devrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un avertissement adress&#233; aux gouvernements du Nicaragua et du Venezuela, l'administration &#233;tasunienne aspirant &#224; un &#171; h&#233;misph&#232;re occidental compl&#232;tement d&#233;mocratique, prosp&#232;re et libre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fait remarquer Thomas Walkom dans le Toronto Star, on trouve des &#233;chos des d&#233;clarations de Trump dans la position adopt&#233;e par Justin Trudeau. Le 29 octobre, le communiqu&#233; officiel du gouvernement canadien pr&#233;cisait qu'il ne reconna&#238;trait le gouvernement de Morales que s'il y avait un second tour, ce qui signifie qu'il rejetait le d&#233;compte officiel en d&#233;pit du fait que l'OAE n'a jamais apport&#233; la preuve d'une fraude. Dans les termes d'Ottawa : &#171; il n'est pas possible d'accepter le r&#233;sultat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;clarations contrastent avec le tweet de Bernie Sanders, condamnant ce &#171; qui appara&#238;t comme un coup d'&#201;tat en Bolivie &#187;, le seul candidat d&#233;mocrate &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle &#233;tasunienne de cette ann&#233;e &#224; le faire, ainsi que Jeremy Corbyn, du parti travailliste britannique, qui a diffus&#233; un message similaire en des termes plus durs encore : &#171; Je condamne le coup d'&#201;tat contre le peuple bolivien et t&#233;moigne au peuple mon soutien pour la d&#233;mocratie, la justice sociale et l'ind&#233;pendance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la gauche, en Bolivie et &#224; l'&#233;chelle internationale, devrait-elle r&#233;pondre au coup d'&#201;tat ? Et, plus sp&#233;cifiquement, quelle posture devrait-elle adopter vis-&#224;-vis de Morales et de son gouvernement destitu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui font partie de la gauche internationale des pays imp&#233;rialistes doivent insister sur le droit des Boliviens &#224; l'autod&#233;termination, en dehors de toute intervention ext&#233;rieure. Dans ce cas, la revendication n'est pas abstraite et, &#224; l'int&#233;rieur de la Bolivie, cette position serait fortement appr&#233;ci&#233;e par tout le monde &#224; l'exception des golpistas. Cela n'induit pas qu'il faut suspendre tout scepticisme, toute critique vis-&#224;-vis de Morales, ni avoir une vision id&#233;alis&#233;e de sa pr&#233;sidence, comme le veulent certaines des interpr&#233;tations les plus vulgaires. Comme le dit en plaisantant Karl Marx &#224; Engels dans le film de Raoul Peck Le Jeune Karl Marx : &#171; L'ignorance n'a jamais aid&#233; personne. &#187; Nous avons formul&#233; de fortes critiques de gauche vis-&#224;-vis de Morales, tout en essayant d'expliquer &#224; la fois le soutien persistent dont il b&#233;n&#233;ficie et son recul pr&#233;matur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bolivie, les critiques de gauche devraient reconna&#238;tre que Morales a gagn&#233; une majorit&#233; assur&#233;e au premier tour, que le MAS est &#224; l'&#233;vidence l'entit&#233; politique la plus populaire du pays et qu'un coup d'&#201;tat a bien eu lieu. Ce qui est arriv&#233;, c'est un coup d'&#201;tat et la pr&#233;sidence d'&#193;&#241;ez est ill&#233;gitime et ill&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morales et le MAS devront faire partie de toute sortie n&#233;goci&#233;e de la crise politique actuelle et leur volont&#233; et capacit&#233; &#224; n&#233;gocier avec l'opposition n'a jamais fait aucun doute &#8211; c'est la raison pour laquelle l'opposition a insist&#233; sur le d&#233;part de Morales et pers&#233;cute aujourd'hui activement des figures clefs du MAS. La gauche, en Bolivie et &#224; l'&#233;tranger, devrait se montrer particuli&#232;rement sceptique par rapport aux conclusions de l'OAE &#8211; qui &#233;voque une probabilit&#233; plus que la preuve d'une fraude &#8211; m&#234;me si, dans le sillage du r&#233;f&#233;rendum de f&#233;vrier 2016 et des explications &#233;tranges de la cessation de transmission en direct du comptage rapide des voix, beaucoup ont, de mani&#232;re compr&#233;hensible, perdu foi dans la transparence d&#233;mocratique de l'administration du MAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;viter une consolidation de droite du sc&#233;nario post-coup d'&#201;tat impliquera une lutte militante extra-parlementaire massive, ce qui est exactement ce &#224; quoi ont appel&#233; les producteurs de coca, les mineurs, les syndicats et les communaut&#233;s paysannes indig&#232;nes dans les jours et semaines &#224; venir. Les proc&#233;dures institutionnelles et les man&#339;uvres l&#233;gales ne seront pas le facteur d&#233;cisif dans l'issue de cette confrontation pour le pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, dans le nouveau climat dictatorial, la presse bolivienne priv&#233;e ne couvrira pas ces mobilisations, sauf pour les stigmatiser, les racialiser et les criminaliser. Quant aux m&#233;dias publics pro-Morales et stations de radio locales des mineurs et des paysans, ils ont tous &#233;t&#233; saisis et ferm&#233;s. Le blackout m&#233;diatique est l'une des tactiques clefs du r&#233;gime putschiste et cela nous a pouss&#233;s &#224; r&#233;agir, en d&#233;pit d'h&#233;sitations consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous avons tent&#233; de faire ici, pour citer le 18 Brumaire de Louis Napol&#233;on Bonaparte de Marx, c'est de montrer &#171; comment la lutte des classes [&#8230;] cr&#233;a des circonstances et une situation telles qu'elle permit &#224; un personnage m&#233;diocre et grotesque de faire figure de h&#233;ros. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Sophie Coudray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeff Webber enseigne la politique &#233;conomique internationale &#224; Goldsmith, Universit&#233; de Londres (&#224; partir de janvier, il sera &#224; l'Universit&#233; de York, &#224; Toronto). Il est l'auteur de deux livres sur la Bolivie : Red October : Left-Indigenous Struggles in Modern Bolivia and From Rebellion to Reform in Bolivia : Class Struggle, Indigenous Liberation, and the Politics of Evo Morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forrest Hylton enseigne l'histoire et la politique de l'Am&#233;rique latine &#224; l'Universidad Nacional de Colombia-Sede Medell&#237;n et est l'auteur, avec Sinclair Thomson, de Revolutionary Horizons : Past and Present in Bolivian Politics.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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