<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_auteur=11082&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title> Tu te souviendras de moi de Fran&#231;ois Archambault</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tu-te-souviendras-de-moi-de-Francois-Archambault</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Tu-te-souviendras-de-moi-de-Francois-Archambault</guid>
		<dc:date>2020-09-29T08:27:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis d&#233;j&#224; plus de vingt-cinq ans, Fran&#231;ois Archambault s'illustre comme un auteur dramatique plut&#244;t original, qui attire l'attention de nombreux (ses) amateurs (trices) de th&#233;&#226;tre du Qu&#233;bec. &lt;br class='autobr' /&gt; De Paul Beaucage &lt;br class='autobr' /&gt; Parmi les pi&#232;ces qu'Archambault a &#233;crites, il convient de citer certaines de ses plus r&#233;put&#233;es : Cul sec (1993), Adieu beaut&#233;, la com&#233;die des horreurs (1998), La soci&#233;t&#233; des loisirs (2003) et, assez r&#233;cemment, Une mort accidentelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Theatre-" rel="directory"&gt;Th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton44885-7508b.jpg?1781045457' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis d&#233;j&#224; plus de vingt-cinq ans, Fran&#231;ois Archambault s'illustre comme un auteur dramatique plut&#244;t original, qui attire l'attention de nombreux (ses) amateurs (trices) de th&#233;&#226;tre du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parmi les pi&#232;ces qu'Archambault a &#233;crites, il convient de citer certaines de ses plus r&#233;put&#233;es : Cul sec (1993), Adieu beaut&#233;, la com&#233;die des horreurs (1998), La soci&#233;t&#233; des loisirs (2003) et, assez r&#233;cemment, Une mort accidentelle (2017). En ce qui a trait &#224; Tu te souviendras de moi (2013), il faut signaler que l'on a pr&#233;sent&#233; cette cr&#233;ation dramatique au Th&#233;&#226;tre La Licorne en 2014. Or, l'&#339;uvre concern&#233;e a re&#231;u un accueil favorable de la part du public et de plusieurs observateurs (trices) du monde du th&#233;&#226;tre. En cons&#233;quence, les programmateurs (trices) d'Ici Radio-Canada Premi&#232;re ont jug&#233; opportun de pr&#233;senter, sous la forme d'un radioth&#233;&#226;tre, le drame Tu te souviendras de moi (2020). Les amateurs (trices) de th&#233;&#226;tre peuvent encore proc&#233;der &#224; l'audition de cette &#339;uvre en se rendant sur le site internet du radiodiffuseur public puisqu'elle est disponible en baladodiffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument de Tu te souviendras de moi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer la pi&#232;ce de Fran&#231;ois Archambault comme suit : &#201;douard, un professeur d'histoire &#224; la retraite, souffre de la maladie d'Alzheimer depuis quelque temps. De mani&#232;re naturelle, il tente de minimiser les probl&#232;mes psychophysiologiques qui affectent sa sant&#233;. Cependant, son &#233;pouse, Madeleine, est lasse de s'occuper de lui. Aussi, d&#233;cide-t-elle, un jour, de confier la garde d'&#201;douard &#224; sa fille Isabelle, une journaliste connue. Toutefois, cela ne va pas de soi puisque la quadrag&#233;naire doit s'acquitter de ses activit&#233;s professionnelles. N'emp&#234;che que le conjoint d'Isabelle, Patrick, consent &#224; garder le vieil homme pendant une fin de semaine. N&#233;anmoins, cet individu inconstant ne tardera pas &#224; renoncer &#224; son engagement en demandant &#224; sa fille, B&#233;r&#233;nice, d'assumer la responsabilit&#233; de surveiller &#201;douard. Progressivement, contre toute attente, la jeune femme nouera une relation &#233;troite avec le vieil homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mise en ondes et l'interpr&#233;tation du drame d'Archambault&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, sur le plan de la mise en sc&#232;ne, l'auditeur (trice) du radioth&#233;&#226;tre ne peut pas go&#251;ter les composantes visuelles qu'il est en mesure d'appr&#233;cier lorsqu'il voit une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre en personne. N'emp&#234;che qu'il faut convenir que la mise en ondes de l'oeuvre op&#233;r&#233;e par le metteur en sc&#232;ne Fernand Rainville et les cor&#233;alisateurs d'Ici Radio-Canada Premi&#232;re, Francis Legault et Jocelyn Lebeau, s'av&#232;re fort probante. En termes de direction d'acteurs (trices) et d'interpr&#233;tation, il faut souligner que le drame de Fran&#231;ois Archambault est magistralement servi &#224; travers la pr&#233;sente adaptation. Assumant le r&#244;le principal de la pi&#232;ce, Guy Nadon, &#233;gal &#224; lui-m&#234;me, offre une performance formidable en campant le personnage d'&#201;douard. Pour ce qui est de Johanne-Marie Tremblay, une com&#233;dienne parfois sous-estim&#233;e, elle incarne avec beaucoup de conviction le personnage de Madeleine. Quant &#224; Emmanuelle Lussier-Martinez, elle est impressionnante dans le r&#244;le de B&#233;r&#233;nice puisque c'est son personnage qui a les discussions les plus intenses avec celui d'&#201;douard. Sans surprise, Marie-H&#233;l&#232;ne Thibault campe avec une exceptionnelle authenticit&#233; et une appr&#233;ciable extraversion le personnage pugnace d'isabelle. Enfin, il faut mentionner que le com&#233;dien Claude Despins joue avec humour et sobri&#233;t&#233; le r&#244;le de Patrick, le conjoint d'Isabelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension symbolique d'une &#339;uvre dramatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'une entrevue qu'il a accord&#233;e &#224; l'animatrice et com&#233;dienne Guylaine Tremblay, apr&#232;s la pr&#233;sentation du radioth&#233;&#226;tre, Fran&#231;ois Archambault a soulign&#233; qu'il avait cherch&#233;, dans ce cas, &#224; cr&#233;er une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre &#224; dimension symbolique dans laquelle le personnage principal pourrait repr&#233;senter le Qu&#233;bec d'aujourd'hui, ayant perdu la m&#233;moire de son pass&#233;. A priori, une telle id&#233;e apparaissait int&#233;ressante, mais il aurait fallu la d&#233;velopper avec autrement plus de rigueur que ne l'a fait Archambault dans sa narration. Dans cette optique, on remarquera que le dramaturge d&#233;peint son protagoniste comme un grand admirateur, voire un thurif&#233;raire de Ren&#233; L&#233;vesque, dont il d&#233;plore la lancinante D&#233;faite r&#233;f&#233;rendaire de 1980. Malheureusement, Archambault ne nous propose aucune r&#233;flexion transcendante portant sur la signification, pour un peuple, d'acc&#233;der &#224; l'ind&#233;pendance nationale sur le plan politique. En cons&#233;quence, l'auteur ne parvient pas &#224; cr&#233;er un drame &#224; la symbolique fertile.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pass&#233; et le pr&#233;sent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de relations interg&#233;n&#233;rationnelles, Fran&#231;ois Archambault a tent&#233; d'exploiter pleinement l'antith&#232;se qu'il a trac&#233;e entre les personnages d'&#201;douard et de B&#233;r&#233;nice. De cette fa&#231;on, il nous montre la curieuse relation se d&#233;veloppant entre un vieil homme qui est &#233;pris d'histoire, mais perd progressivement la m&#233;moire, et une jeune femme qui a une excellente m&#233;moire, mais n'a cure de l'histoire. Indubitablement, il faut reconna&#238;tre au dramaturge la volont&#233; de poser un regard critique sur le domaine des nouvelles technologies, qui poussent trop de jeunes gens &#224; ne vivre que dans le moment pr&#233;sent plut&#244;t que de s'int&#233;resser &#224; leur pass&#233;. &#192; l'inverse, Archambault ne manifeste aucune complaisance envers les gens qui adoptent une attitude pass&#233;iste. Dans cette perspective, on pourra appr&#233;cier la signification de la sc&#232;ne au cours de laquelle B&#233;r&#233;nice aide &#201;douard &#224; mettre en ligne un message audiovisuel didactique qu'il adresse &#224; la population du Qu&#233;bec. &#192; travers ce passage, Fran&#231;ois Archambault nous sugg&#232;re que les personnes &#226;g&#233;es et les jeunes gens peuvent se comprendre mutuellement, dans le Qu&#233;bec contemporain, s'ils s'en donnent la peine. Que dit l'ancien professeur d'histoire par le biais de son message ? Qu'il faut que les gens cessent de se contenter de vivre dans l'imm&#233;diat parce que s'ils agissent ainsi, ils seront condamn&#233;s &#224; vivre dans l'oubli de leur pass&#233;, comme lui, un homme atteint de la maladie d'Alzheimer. &#201;videmment, &#201;douard adresse son message en ligne &#224; la population dans l'espoir d'inciter les gens &#224; changer leurs comportements. Toutefois, dans son for int&#233;rieur, il demeure sceptique &#224; l'id&#233;e de pouvoir transformer le cours des choses&#8230; Cela dit, le vieil homme refuse de perdre espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fatalisme politique de l'auteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des d&#233;fauts les plus regrettables qui caract&#233;risent la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre de Fran&#231;ois Archambault reste sa propension &#224; la r&#233;signation, voire au fatalisme. Assur&#233;ment, on peut affirmer qu'Archambault emprisonne trop souvent sa narration dans une symbolique propre &#224; la maladie d'Alzheimer. Cela a pour effet de le pousser &#224; faire pr&#233;valoir une vision du monde d&#233;faitiste dans laquelle les efforts que pourraient effectuer les &#234;tre humains, pour atteindre certains r&#233;sultats, seraient n&#233;cessairement vou&#233;s &#224; l'&#233;chec, comme le sont les efforts d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer lorsqu'elle tente de renouer avec la normalit&#233;. Dans cet esprit, on d&#233;plorera le choix du dramaturge qui, par l'interm&#233;diaire de son protagoniste, insiste lourdement sur le &#171; fait &#187; que le Qu&#233;bec aurait rat&#233; son rendez-vous avec l'Histoire lors du r&#233;f&#233;rendum de 1980 (en vertu de la victoire du camp du Non), alors que seule une adulation de la figure de Ren&#233; L&#233;vesque peut mener &#224; une telle interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; sociopolitique. Ult&#233;rieurement, Archambault en vient &#224; banaliser la disparition &#233;ventuelle du Qu&#233;bec comme nation distincte de l'Am&#233;rique du Nord, en &#233;voquant la disparition de diff&#233;rentes civilisations du pass&#233;. De cette fa&#231;on, l'auteur consid&#232;re le peuple qu&#233;b&#233;cois comme une collectivit&#233; de vaincus, sans m&#234;me savoir comment il r&#233;agira face aux d&#233;fis de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout bien consid&#233;r&#233;, si les choses &#233;taient aussi simples que le pr&#233;tend Archambault, comment pourrait-on expliquer le fait que, malgr&#233; la D&#233;faite subie, en 1759, durant la Bataille des Plaines d'Abraham, le Qu&#233;bec continue &#224; affirmer son caract&#232;re distinctif par rapport aux autres ensembles politiques de l'Am&#233;rique du Nord ? Par ailleurs, il faut reconna&#238;tre que, suite &#224; l'annonce des premiers ministres Brian Mulroney et Robert Bourassa visant &#224; ratifier l'Accord du Lac Meech, durant les ann&#233;es 1980, bien peu d'observateurs (trices) du monde politique qu&#233;b&#233;cois et canadien-anglais auraient pu pr&#233;dire la r&#233;surgence du nationalisme qu&#233;b&#233;cois que l'on a connue, durant la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1990. Pourtant, l'&#233;chec de ce fameux Accord, combin&#233; &#224; l'&#233;chec de l'Accord de Charlottetown et &#224; la prise de pouvoir du Parti qu&#233;b&#233;cois (1994), a incit&#233; les Qu&#233;b&#233;cois (ses) &#224; appuyer la cause de la souverainet&#233; nationale dans une proportion r&#233;v&#233;latrice de 49,4 %, lors du r&#233;f&#233;rendum de 1995. En cons&#233;quence, on aurait tort d'anticiper pr&#233;matur&#233;ment la disparition &#233;ventuelle de la nation qu&#233;b&#233;coise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites d'une &#339;uvre dramatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lacunes de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qu'a &#233;crite Archambault ne touchent pas seulement aux th&#232;mes que celle-ci explore, elles concernent le style de l'&#339;uvre. Concr&#232;tement, m&#234;me si l'auteur a recours &#224; une &#233;criture limpide et des expressions imag&#233;es, il ne peut s'emp&#234;cher de verser parfois dans des digressions inopportunes. Parmi celles-ci, il convient de citer le passage traduisant l'imitation de la fameuse tirade du nez, de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand (1897), &#224; laquelle se livrent Patrick et, dans une moindre mesure, &#201;douard. Selon nous, cette didascalie se r&#233;v&#232;le inad&#233;quate, parce qu'elle n'apporte aucun &#233;l&#233;ment instructif &#224; l'auditeur (trice) de la cr&#233;ation. En v&#233;rit&#233;, celle-l&#224; permet essentiellement &#224; Fran&#231;ois Archambault de nous montrer qu'il conna&#238;t tr&#232;s bien la fameuse pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre de Rostand&#8230; Au demeurant, un (e) amateur (trice) de th&#233;&#226;tre pourrait l&#233;gitimement se demander s'il vaut la peine d'&#233;couter Tu te souviendras de moi. &#192; notre sens, il faudrait r&#233;pondre de fa&#231;on affirmative &#224; une telle question parce que l'auteur a le m&#233;rite de pousser l'auditeur (trice) &#224; proc&#233;der &#224; une m&#233;ditation pertinente au sujet de la maladie d'Alzheimer et d'interpeller sa vision sociopolitique du Qu&#233;bec contemporain. Il reste qu'on doit souhaiter que Fran&#231;ois Archambault proc&#232;de bient&#244;t &#224; une saine autocritique, qui lui permettrait d'approfondir consid&#233;rablement sa r&#233;flexion portant sur la condition humaine et sur le Qu&#233;bec actuel. De cette mani&#232;re, il pourrait mettre &#224; profit son habilet&#233; narrative en relatant une fiction qui se r&#233;v&#233;lerait nettement plus r&#233;ussie que celle sur laquelle nous nous sommes pench&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trois po&#232;tes libertaires de Jean-Louis Trintignant</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Trois-poetes-libertaires-de-Jean-Louis-Trintignant</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Trois-poetes-libertaires-de-Jean-Louis-Trintignant</guid>
		<dc:date>2020-09-22T09:32:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;M&#234;me s'il est atteint d'un cancer depuis quelque temps, Jean-Louis Trintignant devrait pouvoir c&#233;l&#233;brer son quatre-vingt-dixi&#232;me anniversaire dans la premi&#232;re moiti&#233; du mois de d&#233;cembre prochain. &#192; n'en point douter, cet acteur des plus dou&#233;s a marqu&#233; le cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es 1960, 1970 et 1980 de fa&#231;on ind&#233;l&#233;bile gr&#226;ce &#224; son jeu c&#233;r&#233;bral et int&#233;rioris&#233;, qui a contribu&#233; grandement au succ&#232;s d'estime de certains films sign&#233;s par des cin&#233;astes importants de la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Litterature-et-fiction-" rel="directory"&gt;&#201;crits et fiction&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton44764-bc029.png?1781538034' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me s'il est atteint d'un cancer depuis quelque temps, Jean-Louis Trintignant devrait pouvoir c&#233;l&#233;brer son quatre-vingt-dixi&#232;me anniversaire dans la premi&#232;re moiti&#233; du mois de d&#233;cembre prochain. &#192; n'en point douter, cet acteur des plus dou&#233;s a marqu&#233; le cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es 1960, 1970 et 1980 de fa&#231;on ind&#233;l&#233;bile gr&#226;ce &#224; son jeu c&#233;r&#233;bral et int&#233;rioris&#233;, qui a contribu&#233; grandement au succ&#232;s d'estime de certains films sign&#233;s par des cin&#233;astes importants de la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;br class='autobr' /&gt;
photo Wikip&#233;dia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ceux-l&#224;, il convient de citer : Le combat dans l'&#238;le d'Alain Cavalier (1961), Ma nuit chez Maud d'&#201;ric Rohmer (1969), Le conformiste de Bernardo Bertolucci (1970) et La vall&#233;e fant&#244;me d'Alain Tanner (1987). Pourtant, en raison de son vieillissement, Trintignant s'est fait rare dans le domaine du cin&#233;ma depuis une vingtaine d'ann&#233;es. En tout, il n'a particip&#233; qu'au tournage de sept films de fiction sur l'entrefaite. Cependant, l'ancien com&#233;dien du TNP (Th&#233;&#226;tre national populaire) a profit&#233; de la mise entre parenth&#232;ses de sa carri&#232;re cin&#233;matographique pour faire partager &#224; un public privil&#233;gi&#233; sa passion pour la po&#233;sie. De sorte qu'il a pu pr&#233;senter, pendant presque deux d&#233;cennies, des r&#233;citals po&#233;tiques portant notamment sur les &#339;uvres de Louis Aragon (La valse des adieux [2000]), de Guillaume Apollinaire (Po&#232;mes &#224; Lou [2003]) et de Jules Renard (Le journal de Jules Renard, [2005]). Fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me et au Qu&#233;bec, l'exigeant interpr&#232;te nous a propos&#233;, en 2012, Trois po&#232;tes libertaires (2011), une production consacr&#233;e &#224; des &#339;uvres &#233;crites par les artistes remarquables qu'&#233;taient Robert Desnos, Jacques Pr&#233;vert et Boris Vian. &#192; d&#233;faut d'avoir pu assister &#224; ce r&#233;cital, les amateurs (trices) de po&#233;sie pourront d&#233;couvrir ce spectacle ambitieux, sous forme exclusivement sonore, apr&#232;s s'&#234;tre procur&#233; l'album ou le CD de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le titre du r&#233;cital po&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Jean-Louis Trintignant a choisi d'intituler son spectacle Trois po&#232;tes libertaires, c'est parce qu'il a tent&#233; d'&#233;tablir un d&#233;nominateur commun entre des artistes ayant des pr&#233;occupations esth&#233;tiques et philosophiques distinctes (m&#234;me si le trio d'hommes a particip&#233;, de diverses fa&#231;ons, au mouvement surr&#233;aliste). Selon Trintignant, Desnos, Pr&#233;vert et Vian &#233;taient des auteurs libertaires, c'est-&#224;-dire des cr&#233;ateurs artistiques qui n'admettaient qu'aucune consid&#233;ration politique ou sociale ne restreigne leur libert&#233; individuelle dans la vie. Or, leur syst&#232;me de valeurs, qui correspond assur&#233;ment &#224; celui de Trintignant face au monde r&#233;el, se refl&#233;tait dans leurs choix personnels et dans leur art. M&#234;me si l'interpr&#232;te a fait quelques apart&#233;s appropri&#233;s &#224; propos de leur vie, &#224; travers sa r&#233;citation, c'est surtout en d&#233;voilant des pans significatifs de leurs &#339;uvres qu'il identifie ces hommes au courant anarchiste de la pens&#233;e. Pr&#233;cisons que Jean-Louis Trintignant d&#233;fend ici une forme d'anarchisme de gauche, g&#233;n&#233;reux et humaniste, plut&#244;t qu'une esp&#232;ce d'anarchisme de droite, individualiste et r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une saine r&#233;volte contre l'autoritarisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, le r&#233;cital de Trintignant nous aurait laiss&#233; sur notre faim si ce dernier n'avait pas explor&#233; de grands th&#232;mes philosophiques de l'existence. Fort heureusement, le narrateur du spectacle traite de la probl&#233;matique de la r&#233;volte individuelle avec un &#224;-propos incontestable. Cette forme de r&#233;bellion s'affirme contre l'abus de pouvoir, l'ordre &#233;tabli, voire contre la barbarie &#233;tatique ou populaire. De fait, si on rattache les exp&#233;riences des trois po&#232;tes, il appara&#238;t clair qu'ils sont fermement oppos&#233;s aux multiples avatars de l'autoritarisme. Parmi les cr&#233;ations &#233;non&#231;ant cette contestation, on se r&#233;f&#233;rera spontan&#233;ment au texte embl&#233;matique de Boris Vian Le d&#233;serteur, qui conna&#238;t une post&#233;rit&#233; exceptionnelle. Concr&#232;tement, Trintignant nous a appris, dans le spectacle, que la chanson avec laquelle les amateurs (trices) se sont familiaris&#233;s (&#233;es), au fil du temps, ne constitue pas l'&#339;uvre originale que Vian a &#233;crite. En effet, ce dernier a d&#251; en modifier la derni&#232;re strophe afin d'&#233;chapper aux interdictions qu'engendrait la censure de son &#233;poque. Dans sa version originale, le dernier couplet du po&#232;me se lisait comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si vous me poursuivez&lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;venez vos gendarmes&lt;br class='autobr' /&gt; Que j'emporte des armes&lt;br class='autobr' /&gt; Et que je sais tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conviendra que ce d&#233;nouement se r&#233;v&#232;le nettement plus combatif, plus subversif que celui de la version officielle du texte, dont il convient de rappeler le dernier quatrain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si vous me poursuivez &lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;venez vos gendarmes&lt;br class='autobr' /&gt; Que je n'aurai pas d'armes&lt;br class='autobr' /&gt; Et qu'ils pourront tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le po&#232;me de Vian, &#192; tous les enfants, traduit un vif sentiment de r&#233;bellion face &#224; l'inacceptable, puisque l'auteur y d&#233;nonce, avec virulence, les comportements opportunistes d'adultes qui se repaissent de leur &#233;go&#239;sme, plut&#244;t que de chercher &#224; aider des &#234;tres vuln&#233;rables. De son c&#244;t&#233;, Pr&#233;vert nous livre, &#224; travers &#201;tranges &#233;trangers, un magnifique plaidoyer en faveur de l'acceptation d'autrui, de la tol&#233;rance et de l'ouverture envers les immigrants, qui souhaitent ardemment s'int&#233;grer &#224; leur pays d'accueil. H&#233;las, ils se heurtent fr&#233;quemment &#224; des portes closes&#8230; &#192; l'heure o&#249; la x&#233;nophobie, voire le racisme de certaines personnalit&#233;s politiques se fait tristement sentir, en France ainsi que dans d'autres pays du monde, on ne saurait nier l'actualit&#233; et la pertinence d'un tel po&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cital de Jean-Louis Trintignant ne comporte pas beaucoup de po&#232;mes &#224; dimension sentimentale, contrairement aux productions qu'il a consacr&#233;es aux &#339;uvres de Guillaume Apollinaire et de Louis Aragon, il y a plusieurs ann&#233;es. Pourtant, le com&#233;dien a soin d'int&#233;grer quelques chants d'amour pr&#233;gnants &#224; Trois po&#232;tes libertaires. D&#232;s lors, on peut appr&#233;cier l'aspect charnel de Chatterie de Boris Vian et la dimension id&#233;aliste de Dans un petit bateau, sign&#233; par Robert Desnos. Certes, les deux visions de l'amour qui en d&#233;coulent sont antith&#233;tiques, mais elles convergent, par instants, afin de cristalliser une esp&#232;ce d'absolu &#233;motionnel pour l'&#234;tre humain. Desnos r&#233;ussit &#224; l'atteindre en d&#233;peignant, avec dext&#233;rit&#233;, un monde apollinien, contemplatif, qui constitue une forme d'id&#233;al abstrait, alors que Vian parvient &#224; repr&#233;senter cet aboutissement en d&#233;crivant avec pr&#233;cision une ivresse du corps dionysiaque, laquelle est l&#233;g&#232;rement temp&#233;r&#233;e par une touche d'humour. Au demeurant, Robert Desnos proc&#232;de &#224; une mani&#232;re de bilan philosophique du sentiment amoureux &#224; travers le concis dizain Il &#233;tait une fois. Par le biais de cette &#339;uvre, le cr&#233;ateur traduit, avec &#233;loquence, la grande raret&#233; d'une passion amoureuse pleinement partag&#233;e par deux &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La mort et au-del&#224; de celle-ci&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les po&#232;mes choisis de Boris Vian ne t&#233;moignent d'aucune croyance touchant &#224; une vie apr&#232;s la mort, il en va tout autrement de certaines des &#339;uvres de Robert Desnos et de Jacques Pr&#233;vert. En effet, quelques-unes des cr&#233;ations po&#233;tiques du tandem d'&#233;crivains sont singuli&#232;rement &#233;mouvantes lorsqu'elles se r&#233;f&#232;rent au tr&#233;pas d'&#234;tres humains. Les deux hommes qui, au sein du monde r&#233;el, ont eu des liens d'amiti&#233; &#233;troits &#233;voquent, sur un plan id&#233;el, une existence post mortem dans Couplets de la rue Saint-Martin, Aujourd'hui je me suis promen&#233; (de Robert Desnos) et Aujourd'hui (de Jacques Pr&#233;vert). Dans les deux premiers po&#232;mes, Robert Desnos se rem&#233;more des promenades qu'il a ex&#233;cut&#233;es, en compagnie d'amis pr&#233;matur&#233;ment disparus : gr&#226;ce au pouvoir &#233;vocateur, voire f&#233;erique des mots, du langage il ressuscite ces figures du pass&#233;. Pour sa part, Jacques Pr&#233;vert relate, dans Aujourd'hui, sa balade imaginaire avec Robert Desnos, plusieurs ann&#233;es apr&#232;s la mort de celui-ci. En l'occurrence, l'auteur s'inspire de v&#233;ritables marches que l'un et l'autre ont effectu&#233;es ensemble. Gr&#226;ce &#224; un subtil m&#233;lange de composantes r&#233;elles et irr&#233;elles, l'a&#238;n&#233; des fr&#232;res Pr&#233;vert rend un pudique hommage &#224; un homme d'une grande valeur, qui le rejoint encore au pr&#233;sent, malgr&#233; son d&#233;c&#232;s, &#224; travers un ordre spatiotemporel onirique. N'emp&#234;che que c'est Desnos qui a le dernier mot du spectacle, puisqu'&#224; la toute fin de sa vie, ayant pressenti sa propre mort physiologique, il a &#233;crit un splendide huitain intitul&#233; Le dernier po&#232;me, qu'il a d&#233;di&#233; &#224; son &#233;pouse. Cette &#339;uvre compendieuse constitue un magnifique t&#233;moignage d'amour envers l'&#234;tre ador&#233;, tout en sugg&#233;rant la capacit&#233; du po&#232;te &#224; exister, &#224; accompagner un &#234;tre cher, incomparable par-del&#224; sa seule existence biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une extraordinaire dext&#233;rit&#233;, Jean-Louis Trintignant a su proposer au public montr&#233;alais un r&#233;cital po&#233;tique de haut niveau, par le biais duquel il a d&#233;voil&#233; la finesse, l'originalit&#233; et la profondeur de trois cr&#233;ateurs importants, voire embl&#233;matiques de la litt&#233;rature fran&#231;aise du vingti&#232;me si&#232;cle. Bien s&#251;r, quelques puristes ont reproch&#233; &#224; Trintignant d'avoir mis sur le m&#234;me pied des &#233;crivains aussi singuliers, aussi inclassables que Desnos, Pr&#233;vert et Vian. De mani&#232;re pr&#233;visible, d'autres observateurs (trices) ont d&#233;plor&#233; le fait que des composantes int&#233;ressantes de la po&#233;sie des trois hommes ont &#233;t&#233; n&#233;glig&#233;es. Pourtant, &#224; notre avis, les cr&#233;ations s&#233;lectionn&#233;es pour Trois po&#232;tes libertaires ne trahissent nullement le sens de la d&#233;marche des auteurs concern&#233;s. Qui plus est, l'acteur r&#233;put&#233; n'a jamais pr&#233;tendu que son r&#233;cital constituait une synth&#232;se d&#233;finitive des &#339;uvres po&#233;tiques fertiles du trio d'artistes. Cela dit, il faut reconna&#238;tre que Jean-Louis Trintignant est parvenu &#224; mettre en relief une interpr&#233;tation novatrice et personnelle des po&#232;mes sur lesquels il a jet&#233; son d&#233;volu. Somme toute, on peut honn&#234;tement soutenir que Trintignant a su identifier, &#224; travers ces cr&#233;ations, des &#233;l&#233;ments communs transcendants, qui lui ont permis de tisser des liens &#233;troits entre des artistes d'exception et de &#171; r&#233;unir les contraires &#187;. Ainsi, il a atteint une unit&#233; de ton et de style comme on en voit trop rarement, dans le domaine des spectacles sc&#233;niques contemporains&#8230; Par ailleurs, on ne saurait nier qu'un des grands m&#233;rites de la production du com&#233;dien consiste &#224; souligner qu'on aurait tort de consid&#233;rer la po&#233;sie comme un objet esth&#233;tisant et futile. En v&#233;rit&#233;, aux yeux de Jean-Louis Trintignant, cette forme d'art, souvent m&#233;sestim&#233;e, repr&#233;sente plut&#244;t une source d'inspiration intarissable, qui permet &#224; l'&#234;tre humain de surmonter les in&#233;vitables d&#233;ceptions se rattachant &#224; la r&#233;alit&#233; et de mieux vivre. Or, compte tenu de la Crise du coronavirus que nous connaissons pr&#233;sentement, les &#339;uvres de po&#232;tes lucides, comme ceux que l'interpr&#232;te nous a permis de d&#233;couvrir ou de red&#233;couvrir, peuvent s'av&#233;rer particuli&#232;rement b&#233;n&#233;fiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chansons &#233;clairantes de Jean Ferrat sur la toile</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-chansons-eclairantes-de-Jean-Ferrat-sur-la-toile</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-chansons-eclairantes-de-Jean-Ferrat-sur-la-toile</guid>
		<dc:date>2020-09-15T08:21:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une minorit&#233; d'adeptes de la chanson francophone internationale comm&#233;more cette ann&#233;e le dixi&#232;me anniversaire de la mort d'un ses plus prestigieux repr&#233;sentants : il s'agit de Jean Ferrat (1930-2010), alias Jean Tenenbaum. &lt;br class='autobr' /&gt; De Paul Beaucage &lt;br class='autobr' /&gt;
De fa&#231;on l&#233;gitime, diff&#233;rents (tes) observateurs (trices) consid&#232;rent cet artiste comme une des plus grandes figures de la chanson fran&#231;aise de la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, avec Jacques Brel, L&#233;o Ferr&#233; et Georges Brassens. Assur&#233;ment, on (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Musique-" rel="directory"&gt;Musique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH64/arton44645-dcca0.jpg?1781538034' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='64' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une minorit&#233; d'adeptes de la chanson francophone internationale comm&#233;more cette ann&#233;e le dixi&#232;me anniversaire de la mort d'un ses plus prestigieux repr&#233;sentants : il s'agit de Jean Ferrat (1930-2010), alias Jean Tenenbaum.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on l&#233;gitime, diff&#233;rents (tes) observateurs (trices) consid&#232;rent cet artiste comme une des plus grandes figures de la chanson fran&#231;aise de la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, avec Jacques Brel, L&#233;o Ferr&#233; et Georges Brassens. Assur&#233;ment, on peut soutenir que, plus encore que ses trois remarquables confr&#232;res, Ferrat a compos&#233; des oeuvres politiquement engag&#233;es, &#233;minemment progressistes lesquelles ont laiss&#233; une trace ind&#233;l&#233;bile dans l'histoire de la chanson. Cependant, on aurait tort de confiner cet auteur-compositeur-interpr&#232;te dans le seul domaine du chant &#224; dimension sociopolitique. En effet, Ferrat a souvent favoris&#233; l'alternance entre l'interpr&#233;tation de compositions po&#233;tiques ou sentimentales et celle de compositions militantes. Dans chacun de ces domaines, le cr&#233;ateur s'est illustr&#233; gr&#226;ce &#224; l'affirmation d'une &#233;criture tr&#232;s personnelle, d'un traitement de th&#232;mes &#224; port&#233;e universelle et d'une voix aussi forte que singuli&#232;re. Afin de pouvoir appr&#233;cier l'&#233;tendue de la contribution de cet artiste, il nous a sembl&#233; appropri&#233; de nous pencher sur quelques-unes des deux cents chansons qu'il a interpr&#233;t&#233;es au cours de sa carri&#232;re. Cela dit, sp&#233;cifions que le public peut &#233;couter un nombre consid&#233;rable de prestations de Ferrat par le biais du site internet Youtube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une chanson sentimentale novatrice : Napol&#233;on IV (1961)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout bien consid&#233;r&#233;, il faut souligner que Jean Ferrat a constamment t&#233;moign&#233;, au cours de son existence, d'une vive tendresse et d'une appr&#233;ciable ouverture d'esprit par rapport &#224; l'ensemble de l'humanit&#233;. Or, ces deux formes d'humanisme ont trouv&#233; &#233;cho dans la composition et l'interpr&#233;tation des chansons de l'artiste. Dans cette perspective, il convient de se r&#233;f&#233;rer &#224; la sous-estim&#233;e cr&#233;ation sentimentale de Ferrat qui a pour titre Napol&#233;on IV. Ici, l'auteur choisit de traiter de l'histoire de Napol&#233;on Bonaparte par le biais d'un avatar du fameux empereur : contrairement &#224; son controvers&#233; &#171; pr&#233;d&#233;cesseur &#187;, le Napol&#233;on IV d&#233;peint n'a pas &#233;t&#233; responsable de grandes guerres europ&#233;ennes, ni de massacres &#233;pouvantables. D&#232;s lors, on comprend pourquoi Ferrat manifeste une irr&#233;cusable sympathie pour ce personnage modeste, dont les &#171; Tuileries donnent au fond de la cour &#187; et qui se d&#233;finit lui-m&#234;me comme &#171; le Napol&#233;on des faubourgs &#187;. &#192; travers une chanson aux agr&#233;ables accents parodiques, on remarque que Jean Ferrat oscille habilement entre la gravit&#233; et l'humour pour nous brosser un portrait signifiant d'un personnage qui vit, sur un mode mineur et fantaisiste, ce que Napol&#233;on Bonaparte a v&#233;cu sur un mode majeur et historique. De cette fa&#231;on, l'auteur-compositeur-interpr&#232;te Ferrat livre un &#233;loquent plaidoyer en faveur d'un repr&#233;sentant des laiss&#233;s-pour-compte de l'histoire tout en d&#233;sacralisant la figure de Napol&#233;on 1er. Voil&#224; pourquoi on pourra pleinement go&#251;ter le sens de la derni&#232;re strophe du po&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je suis ray&#233; de l'histoire&lt;br class='autobr' /&gt; Jusqu'au jour de gloire&lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; les pieds joints, le teint livide&lt;br class='autobr' /&gt; On me fera l'honneur des Invalides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une grande chanson po&#233;tique : Que serais-je sans toi ? (1964)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il faut reconna&#238;tre que, tout au long de sa carri&#232;re, Jean Ferrat a accord&#233; une attention pr&#233;pond&#233;rante &#224; la composition verbale et musicale de ses chansons. Ainsi, il s'est affirm&#233; comme un v&#233;ritable po&#232;te au fil du temps. Parmi les &#339;uvres po&#233;tiques qu'il a &#233;labor&#233;es, il importe de se r&#233;f&#233;rer &#224; La montagne (1964). &#192; notre avis, il est ind&#233;niable que cette chanson contemplative, &#233;minemment intimiste, t&#233;moigne avec brio du talent lyrique propre &#224; l'auteur. N'emp&#234;che que la dimension po&#233;tique de l'&#339;uvre chant&#233;e de Ferrat atteint sans doute un sommet lorsqu'il met en musique et interpr&#232;te l'ode de Louis Aragon Que serais-je sans toi ?. De fa&#231;on ind&#233;niable, Jean Ferrat trouve la m&#233;lodie et le ton justes pour traduire la splendeur des images aragoniennes, lesquelles &#233;mergent notamment de la premi&#232;re strophe du po&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que serais-je sans toi qui vins &#224; ma rencontre&lt;br class='autobr' /&gt;
Que serais-je sans toi, qu'un c&#339;ur au bois dormant&lt;br class='autobr' /&gt;
Que cette heure arr&#234;t&#233;e au cadran de la montre &lt;br class='autobr' /&gt;
Que serais-je sans toi que ce balbutiement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon nous, le choix des alexandrins, d'un refrain interrogatif fondamental et de m&#233;taphores originales se r&#233;v&#232;le exceptionnellement pertinent pour mettre en lumi&#232;re l'essence du propos du chantre surr&#233;aliste. En termes de contenu textuel, l'hommage que rend un homme &#224; une femme qu'il aime passionn&#233;ment nous appara&#238;tra magnifique, pour peu qu'on soit sensible au pouvoir &#233;vocateur, transcendant des mots qu'a choisis, avec finesse, le po&#232;te Aragon. De plus, les quatre vers cit&#233;s t&#233;moignent d'un amour sinc&#232;re, profond avec un harmonieux m&#233;lange de simplicit&#233; narrative et de symbolisme p&#233;n&#233;trant. En termes d'interpr&#233;tation et de musique, il faut louer le sens de la mesure, de la retenue dont fait preuve Jean Ferrat pour donner un suppl&#233;ment de sens au po&#232;me pr&#233;cit&#233;. En l'occurrence, rien n'est excessif dans le traitement que le chanteur accorde au texte puissant de son idole, Aragon. Avec perspicacit&#233;, il &#233;vite de rendre un tel discours m&#233;lodramatique. Cela explique que l'auditeur (trice) de cette &#339;uvre orale prend conscience de la v&#233;rit&#233; et de la port&#233;e du message de l'auteur, d'une part, et de l'expression authentique du compositeur et interpr&#232;te, d'autre part. Assur&#233;ment, comme Jean Ferrat a su cr&#233;er une v&#233;ritable osmose entre le signifiant et le signifi&#233; de la chanson, l'amateur (trice) qui &#233;coutera cette pi&#232;ce musicale, avec attention, entretiendra probablement la conviction que Ferrat a magistralement interpr&#233;t&#233; la signification de l'ode d'Aragon. Du reste, il est clair que le chanteur ne cherche jamais &#224; &#233;clipser le po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;minente chanson politique : Ma France (1969)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1969, Jean Ferrat &#233;crit un de ses chants les plus r&#233;put&#233;s et les plus r&#233;ussis : il s'intitule Ma France. Comme le sugg&#232;re son titre, cette &#339;uvre comporte une importante connotation sociopolitique. Cependant, certains (es) amateurs (trices) de chansons auraient tort de percevoir cet hymne contestataire, voire r&#233;volutionnaire ainsi qu'une &#339;uvre &#224; th&#232;se r&#233;ductrice, puisque Ferrat &#233;vite &#224; tout moment de verser dans une d&#233;monstration univoque ou st&#233;rile ayant pour but de l&#233;gitimer ses convictions sociopolitiques. Manifestement, en &#233;laborant son texte, le chanteur a encore &#233;t&#233; influenc&#233; par la meilleure veine de la d&#233;marche po&#233;tique de Louis Aragon puisque, comme le cr&#233;ateur de vers surr&#233;aliste, il privil&#233;gie les associations d'images fortes par rapport aux explications anti-po&#233;tiques privil&#233;gi&#233;es par des versificateurs (trices) maladroits (tes). Ainsi, une suite de m&#233;taphores li&#233;es aux moments prestigieux ou disgracieux du pass&#233; de sa nation permet &#224; l'auteur de traduire, &#224; travers une m&#233;lodie bien rythm&#233;e, ses valeurs personnelles sur les plans &#233;thique et politique. Dans ces circonstances, il convient de citer le quatrain final du po&#232;me de Ferrat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle monte des mines descende des collines&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle qui chante en moi la belle la rebelle&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle tient l'avenir, serr&#233; dans ses mains fines&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle de trente-six &#224; soixante-huit chandelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas pr&#233;sent, Jean Ferrat promeut, de mani&#232;re subtile, la France de 1936, qui a &#233;lu un gouvernement socialiste et celle des &#233;v&#233;nements de Mai 68, qui remettaient en question le syst&#232;me sociopolitique tristement in&#233;galitaire s&#233;vissant &#224; l'&#233;poque. Bien entendu, avec le recul historique, on doit reconna&#238;tre que le gouvernement du Front populaire, dirig&#233; par L&#233;on Blum (1936-1938), n'a pas rempli la plupart des ambitieuses promesses qu'il avait formul&#233;es aupr&#232;s du peuple fran&#231;ais et que le Mouvement de Mai 68 n'a point produit les r&#233;sultats escompt&#233;s, en termes de transformation politique syst&#233;matique. Soit. N'emp&#234;che que ces deux entit&#233;s historico-politiques significatives, en termes de contestation populaire, ont permis &#224; la France de progresser socialement. En cons&#233;quence, on peut ais&#233;ment comprendre pourquoi Jean Ferrat s'est laiss&#233; enthousiasmer par ces tournants embl&#233;matiques de l'histoire de son pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La post&#233;rit&#233; de l'&#339;uvre de Jean Ferrat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis, il est pertinent s'interroger aujourd'hui sur le fait que quatre-vingt-dix ans apr&#232;s la naissance et dix ans apr&#232;s la disparition de Jean Ferrat, on ne souligne pas comme il se doit la contribution de ce chanteur, musicien, po&#232;te et interpr&#232;te sans pareil, &#224; travers la tenue de diff&#233;rents &#233;v&#233;nements culturels (m&#234;me de mani&#232;re virtuelle, en p&#233;riode de pand&#233;mie de coronavirus). Bien s&#251;r, certaines personnes peuvent arguer que, compte tenu que la plupart des chansons de Ferrat sont disponibles sur la toile, il est normal que l'on ne lui rende pas hommage plus souvent qu'on ne le fait. Toutefois, selon nous, une telle explication n'est point convaincante puisqu'il est facile d'identifier des chanteurs de la g&#233;n&#233;ration de Ferrat, dont les &#339;uvres sont accessibles, par le biais d'internet, et auxquels on rend hommage avec constance. Parmi ces artistes, il faut citer les noms de Charles Aznavour, Jacques Brel et de Georges Brassens. En v&#233;rit&#233;, il est fort probable que l'engagement ind&#233;fectible du chanteur envers le communisme nuise &#224; sa post&#233;rit&#233; artistique, attendu que cette id&#233;ologie a &#233;t&#233; balay&#233;e du revers de la main suite &#224; l'effondrement de pays communistes occidentaux, qui a eu lieu &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Assur&#233;ment, on doit se r&#233;jouir en songeant que des r&#233;gimes dictatoriaux de cette nature sont tomb&#233;s et qu'ils ont cess&#233; d'opprimer diff&#233;rents peuples de l'univers. Certes, il faut reconna&#238;tre que Jean Ferrat, comme tout &#234;tre humain, a commis des erreurs d'appr&#233;ciation politique au cours de son existence. Cependant, on aurait grossi&#232;rement tort de cautionner une chasse aux sorci&#232;res ayant pour objectif de d&#233;nigrer des gens qui, de bonne foi, ont cru (comme le r&#233;put&#233; chanteur lui-m&#234;me) que le communisme rem&#233;dierait aux graves in&#233;galit&#233;s sociopolitiques perp&#233;tr&#233;es par des r&#233;gimes capitalistes &#224; travers le monde. Au demeurant, il importe de rappeler que Jean Ferrat s'est toujours dissoci&#233; des exc&#232;s de l'id&#233;ologie communiste dont il &#233;tait conscient et ce, tant sur le plan artistique que sur le plan personnel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paris au temps du postimpressionnisme au Mus&#233;e des Beaux-Arts de Montr&#233;al</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Paris-au-temps-du-postimpressionnisme-au-Musee-des-Beaux-Arts-de-Montreal</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Paris-au-temps-du-postimpressionnisme-au-Musee-des-Beaux-Arts-de-Montreal</guid>
		<dc:date>2020-09-08T07:36:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les r&#233;centes controverses qui ont &#233;clabouss&#233; la haute direction du Mus&#233;e des Beaux-Arts de Montr&#233;al (MBAM) ont eu pour effet de rel&#233;guer &#224; l'arri&#232;re-plan la mission artistique, culturelle et sociale fondamentale que doit remplir cette institution. &lt;br class='autobr' /&gt; De Paul Beaucage &lt;br class='autobr' /&gt;
Assur&#233;ment, il faut d&#233;plorer que l'attitude intransigeante de la directrice g&#233;n&#233;rale et conservatrice en chef Nathalie Bondil envers certains (nes) de ses collaborateurs (trices) ait grandement contribu&#233; &#224; l'implantation d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Arts-visuels-caricatures-dessins-peintures-" rel="directory"&gt;Arts visuels (caricatures, dessins, peintures)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-08&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH104/arton44572-c41fd.png?1781538035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;centes controverses qui ont &#233;clabouss&#233; la haute direction du Mus&#233;e des Beaux-Arts de Montr&#233;al (MBAM) ont eu pour effet de rel&#233;guer &#224; l'arri&#232;re-plan la mission artistique, culturelle et sociale fondamentale que doit remplir cette institution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment, il faut d&#233;plorer que l'attitude intransigeante de la directrice g&#233;n&#233;rale et conservatrice en chef Nathalie Bondil envers certains (nes) de ses collaborateurs (trices) ait grandement contribu&#233; &#224; l'implantation d'un climat de travail pernicieux, qui caract&#233;rise le MBAM. Est-ce que son r&#233;cent limogeage suffira &#224; r&#233;soudre les nombreux probl&#232;mes qui semblent &#233;merger de cette entit&#233; culturelle ? Nous nous permettons d'en douter fortement. Pourquoi ? Parce que le successeur de Bondil, Michel de la Cheneli&#232;re (le pr&#233;sident du Conseil d'administration du Mus&#233;e), dont on a pu jauger le travail derni&#232;rement, n'est pas enclin &#224; manifester plus de souplesse que cette derni&#232;re envers ses subalternes ou les amateurs (trices) d'art. En attendant d'obtenir de nouvelles informations &#224; ce sujet, le public montr&#233;alais a &#233;t&#233; convi&#233;, par le service de communication du MBAM, &#224; d&#233;couvrir les composantes d'une exposition ambitieuse. Celle-ci s'intitule : Paris au temps du postimpressionnisme (2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan historique, l'affirmation artistique des postimpressionnistes s'est d&#233;roul&#233;e durant une p&#233;riode relativement restreinte. Selon des observateurs (trices) avertis (es), celle-l&#224; s'est &#233;tendue environ de 1886 &#224; 1910, en France. Cependant, cette manifestation esth&#233;tique a r&#233;uni diff&#233;rents artistes qui ont laiss&#233; leur trace dans l'histoire de la peinture et dans la capitale fran&#231;aise. L'exposition organis&#233;e par les responsables du MBAM propose un &#233;ventail assez large d'&#339;uvres artistiques. De mani&#232;re concr&#232;te, m&#234;me si certaines d'entre elles ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es apr&#232;s l'ann&#233;e 1910, on peut soutenir que, globalement, ces cr&#233;ations s'inscrivent dans la tendance &#224; laquelle nous nous sommes r&#233;f&#233;r&#233;s. De fait, elles r&#233;pondent aux crit&#232;res normalement admis &#224; l'effet que le postimpressionnisme constitue une entit&#233; h&#233;t&#233;roclite, prot&#233;iforme qui se d&#233;veloppe apr&#232;s le mouvement impressionniste parce que l'on consid&#232;re que celui-ci a atteint ses limites. Cela explique pourquoi certains artistes ind&#233;pendants ont cherch&#233; &#224; prolonger la contestation de l'art acad&#233;mique effectu&#233;e par les impressionnistes, en se servant de diff&#233;rents modes d'expression esth&#233;tiques. Or, la pr&#233;sentation du Mus&#233;e des Beaux-Arts de Montr&#233;al met en relief la contribution originale d'artistes, qui demeurent m&#233;connus aux yeux du grand public, voire des amateurs (trices) d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux peintres et th&#233;oriciens : Signac et Seurat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les cr&#233;ateurs dont on d&#233;voile les oeuvres, il importe de citer le nom de Paul Signac, qui appara&#238;t comme une esp&#232;ce de porte-&#233;tendard d'un groupe d'artistes ind&#233;pendants puisqu'il a d&#233;fini les principales orientations de sa propre d&#233;marche esth&#233;tique et les a mises en pratique avec constance. L'exposition comporte un nombre appr&#233;ciable de ses toiles. Parmi celles-ci, il importe de citer des peintures marines, telles Port de Collioure. Cependant, l'artiste ne s'est pas cantonn&#233; dans un seul genre, ainsi qu'en t&#233;moignent les tableaux d'int&#233;rieurs Le petit d&#233;jeuner (1886-1887) et Femme se peignant (1892). N'emp&#234;che qu'il s'affirme principalement comme peintre paysagiste &#224; travers les &#339;uvres qu'il a &#233;labor&#233;es. Sans contredit, il est influenc&#233; par les compositions picturales de son illustre pr&#233;d&#233;cesseur, Claude Monet. Quand on observe les toiles de Signac, on est frapp&#233; par la qualit&#233; stylistique de celles-ci, lesquelles harmonisent deux tendances esth&#233;tiques compl&#233;mentaires : il s'agit du pointillisme et du divisionnisme. Malheureusement, les extraits des textes th&#233;oriques de Signac ponctuant l'exposition ne rendent pas justice &#224; la complexit&#233; de sa conception des arts visuels. De mani&#232;re incontestable, les organisateurs de l'&#233;v&#233;nement ont craint de lasser le public en lui d&#233;voilant des th&#233;ories abstraites portant sur la peinture. Toutefois, ils ont commis une erreur en sous-estimant la capacit&#233; de r&#233;flexion esth&#233;tique de l'amateur (trice), qui souhaite saisir une d&#233;marche artistique dans son enti&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, Georges Seurat &#233;tait un proche de Paul Signac. Les deux hommes avaient en commun la propension &#224; th&#233;oriser la d&#233;marche esth&#233;tique qu'ils privil&#233;giaient. Cependant, Seurat &#233;tait moins admiratif de l'&#339;uvre de Monet que son homologue et ami. En cons&#233;quence, il a cr&#233;&#233; des dessins et des peintures qui marquent des distinctions importantes par rapport au travail de Signac. Avec justesse, on pourra appr&#233;cier le fameux tableau de Seurat qui s'intitule Un dimanche apr&#232;s-midi &#224; l'&#238;le de la Grande Jatte (1884-1886). Dans ce cas, l'artiste affirme une radicalit&#233; esth&#233;tique des plus remarquables. Pr&#233;cisons que, m&#234;me s'il est mort pr&#233;matur&#233;ment, &#224; l'&#226;ge de trente-et-un ans, Seurat nous a laiss&#233; plusieurs toiles de grande qualit&#233;. Voil&#224; pourquoi il convient de citer certains de ses tableaux cl&#233;s, comme Une baignade &#224; Asni&#232;res (1884), La tour Eiffel (1889) et Le cirque (1890). Dans chacune des &#339;uvres de Seurat, on voit poindre la rigueur stylistique et th&#233;matique d'un cr&#233;ateur exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un tandem d'artistes engag&#233;s : Luce et Vallotton &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des peintres estimables que nous ont fait d&#233;couvrir les organisateurs de&lt;i&gt; &lt;i&gt;Paris au temps du postimpressionnisme &lt;/i&gt; est Maximilien Luce. Ce dernier a su aussi cr&#233;er un art engag&#233; en repr&#233;sentant, avec authenticit&#233; et vigueur, des membres de la classe ouvri&#232;re. M&#234;me s'il a &#233;t&#233; influenc&#233; par le pointillisme, le style de Luce se r&#233;v&#232;le plut&#244;t n&#233;oclassique. En outre l'artiste s'illustre en nous montrant les difficult&#233;s quotidiennes auxquelles sont confront&#233;s les prol&#233;taires de France. Parall&#232;lement, des ouvriers de diff&#233;rents pays &#224; travers le monde vivaient ce genre de situations&#8230; Parmi les tableaux que l'on a expos&#233;s, il convient de louer la grandeur de toiles comme L'aci&#233;rie (1900), Les batteurs de pieux (entre 1902 et 1905), Le drapeau rouge ou La bataille syndicaliste (1910) et Le chantier (1911). En l'occurrence, ce qui nous frappe c'est la beaut&#233; des couleurs et des formes auxquelles Luce a recours. De plus, il importe de souligner que le peintre concern&#233; sugg&#232;re, avec habilet&#233;, le caract&#232;re p&#233;nible des t&#226;ches dont doivent s'acquitter les travailleurs manuels. Cependant, il &#233;vite constamment de verser dans le mis&#233;rabilisme, en sugg&#233;rant &#224; l'observateur (trice) que l'ouvrier se r&#233;v&#232;le apte &#224; lutter avec fougue pour &#233;viter de se laisser broyer par le syst&#232;me capitaliste dans lequel il &#233;volue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, l'artiste d'origine suisse F&#233;lix Vallotton a manifest&#233; une grande polyvalence tout au long de sa carri&#232;re. Ainsi, il a peint des portraits et des tableaux paysagistes fort s&#233;duisants. Cependant, un des sommets de son &#339;uvre demeure les gravures sur bois qu'il a ex&#233;cut&#233;es. Au total, il en a cr&#233;&#233; cent-vingt et celles-ci lui ont valu une reconnaissance internationale. Sp&#233;cifions que lesdites gravures ont &#233;t&#233; compos&#233;es en noir et blanc et qu'elles mettent en relief une probl&#233;matique &#224; laquelle sont confront&#233;s les contemporains du cr&#233;ateur. Parmi les &#339;uvres les plus pr&#233;gnantes que Vallotton a sign&#233;es, on pourra l&#233;gitimement se r&#233;f&#233;rer &#224; L'anarchiste (1892), La charge (1893), L'ex&#233;cution (1894), La nuit (1897), En famille (1899) et La tranch&#233;e (1915). Ces xylographies repr&#233;sentent la r&#233;alit&#233; de mani&#232;re crue et contrast&#233;e. En traduisant sa vision du monde &#224; travers une esth&#233;tique exempte d'aff&#233;terie, le graveur et peintre nous r&#233;v&#232;le de fa&#231;on saisissante la teneur des injustices qui s&#233;vissent &#224; son &#233;poque. De plus, Vallotton r&#233;cuse les th&#233;ories formalistes, qui sont en vogue &#224; la fin du dix-neuvi&#232;me et au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle. Assur&#233;ment, on aurait tort de tenter de minimiser la port&#233;e des cr&#233;ations pr&#233;cit&#233;es en vertu de l'engagement sociopolitique de l'artiste, puisque cela n'alt&#232;re en rien l'&#233;l&#233;gance de son style et la profondeur de son propos.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un symboliste fort r&#233;put&#233; : Odilon Redon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les nombreuses qualit&#233;s que comporte l'exposition intitul&#233;e Paris au temps du postimpressionnisme, il faut reconna&#238;tre que l'art symboliste n'y est pas tellement mis en lumi&#232;re. En d'autres termes, les &#339;uvres relevant de ce mouvement apparaissent nettement moins nombreuses que celles qui se rattachent &#224; d'autres courants esth&#233;tiques. Cependant, les conservateurs du MBAM ont eu soin de s&#233;lectionner plusieurs compositions int&#233;ressantes qu'a sign&#233;es Odilon Redon, qui &#233;tait une figure majeure du symbolisme pictural. Pr&#233;cisons que Redon s'est distingu&#233;, au fil du temps, gr&#226;ce &#224; des gravures et des tableaux traitant de sujets vari&#233;s. Parmi ces cr&#233;ations, il convient de se r&#233;f&#233;rer &#224; la lithographie intitul&#233;e L'&#339;uf (1885). Celle-ci annonce, par sa dimension anthropomorphique, les tableaux surr&#233;alistes de Salvador Dali. Quoi qu'il en soit, c'est lorsque Redon repr&#233;sente des cr&#233;atures mythologiques que le peintre symboliste donne toute l'&#233;tendue de son talent. Au nombre de ses &#339;uvres ma&#238;tresses, il faut citer Le char d'Apollon (1904-1914), La naissance de V&#233;nus (1912) et Le Cyclope (1914).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons &#233;quitables : en d&#233;pit de quelques lacunes mineures, la derni&#232;re exposition organis&#233;e au Mus&#233;e des Beaux-Arts de Montr&#233;al, par Nathalie Bondil, constitue une brillante r&#233;ussite pour cette sp&#233;cialiste de l'histoire de l'art ainsi que pour l'institution qu'elle dirigeait. &#201;videmment, on ne saurait nier que l'exposition que l'on propose au public se r&#233;v&#232;le particuli&#232;rement copieuse et diversifi&#233;e. De plus, en termes de qualit&#233;, on reconna&#238;t que les &#339;uvres choisies ici apparaissent comme des cr&#233;ations essentielles, embl&#233;matiques d'artistes importants. Tout bien consid&#233;r&#233;, les postimpressionnistes Signac, Seurat et Vallotton sont sans doute des artistes moins c&#233;l&#232;bres et moins originaux que des peintres impressionnistes comme Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet ou Paul C&#233;zanne. N'emp&#234;che qu'il ne faudrait pas sous-estimer leur contribution &#224; l'histoire de l'esth&#233;tique pour autant. En effet, ils ont pav&#233; la voie &#224; une contestation de l'art acad&#233;mique des plus pertinentes. Du reste, Nathalie Bondil et ses collaborateurs ont pris l'heureuse initiative de greffer &#224; l'exposition des &#339;uvres d'artistes inclassables qui, comme les impressionnistes et les postimpressionnistes, ont contest&#233; les directives des acad&#233;mies et ont favoris&#233; l'&#233;closion d'artistes talentueux durant la premi&#232;re moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle. Or, cela t&#233;moigne, de mani&#232;re &#233;loquente, du formidable rayonnement qu'ont eu les cr&#233;ateurs postimpressionnistes &#224; une certaine &#233;poque. Voil&#224; une le&#231;on de l'histoire de l'art qu'on ne devrait pas oublier aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Chah d'Iran de Guillaume Perez et Christian Huleu</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Chah-d-Iran-de-Guillaume-Perez-et-Christian-Huleu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-Chah-d-Iran-de-Guillaume-Perez-et-Christian-Huleu</guid>
		<dc:date>2020-09-01T08:08:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Iran</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#232;gne de Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980), &#224; titre de Chah d'Iran, s'est &#233;tendu sur une p&#233;riode d'un peu plus de trente-sept ans. N&#233;anmoins, en 1979, le d&#233;part du monarque &#224; l'&#233;tranger, o&#249; il devait subir des traitements m&#233;dicaux pour combattre un cancer, a engendr&#233; la R&#233;volution islamique au sein de la nation iranienne &lt;br class='autobr' /&gt; De Paul Beaucage photo wikip&#233;dia &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans contredit, Reza Pahlavi &#233;tait devenu une figure extr&#234;mement impopulaire dans son propre pays. Par cons&#233;quent, le charismatique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Cinema-" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Iran-+" rel="tag"&gt;Iran&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L147xH150/arton44486-45586.jpg?1781538035' class='spip_logo spip_logo_right' width='147' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#232;gne de Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980), &#224; titre de Chah d'Iran, s'est &#233;tendu sur une p&#233;riode d'un peu plus de trente-sept ans. N&#233;anmoins, en 1979, le d&#233;part du monarque &#224; l'&#233;tranger, o&#249; il devait subir des traitements m&#233;dicaux pour combattre un cancer, a engendr&#233; la R&#233;volution islamique au sein de la nation iranienne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;br class='autobr' /&gt;
photo wikip&#233;dia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans contredit, Reza Pahlavi &#233;tait devenu une figure extr&#234;mement impopulaire dans son propre pays. Par cons&#233;quent, le charismatique ayatollah Rouhollah Khomeini n'a eu aucune difficult&#233; &#224; convaincre le peuple d'Iran d'emp&#234;cher ce &#171; mauvais musulman &#187; de remonter sur son tr&#244;ne. Subs&#233;quemment, une majorit&#233; d'Iraniens (iennes) ont choisi de confier, &#224; l'aveuglette, les r&#234;nes du pouvoir &#224; son Guide religieux. Or, force est d'admettre que les quatre d&#233;cennies de dictature qu'a impos&#233;es la R&#233;publique islamique n'ont pas am&#233;lior&#233; les choses pour le peuple iranien : en v&#233;rit&#233;, il vit aujourd'hui dans des conditions nettement plus d&#233;favorables que celles qui pr&#233;valaient sous la f&#233;rule du Chah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendu le contexte sociopolitique auquel nous venons de nous r&#233;f&#233;rer, il apparaissait int&#233;ressant de tracer un bilan nuanc&#233; de ce qu'a &#233;t&#233; le r&#232;gne de Mohammad Reza Pahlavi en Iran. Cela explique notamment que les r&#233;alisateurs Guillaume Perez et Christian Huleu ont uni leurs efforts pour cr&#233;er un documentaire biographique et historico-politique dans lequel ils tentent de jauger objectivement le r&#232;gne du roi chiite mal-aim&#233; : celui-l&#224; s'intitule Le Chah d'Iran (2020). Sp&#233;cifions que l'oeuvre de Perez et Huleu s'inscrit dans le cadre de la s&#233;rie t&#233;l&#233;visuelle &#192; droite sur la photo, laquelle rassemble quelques autres moyens m&#233;trages portant sur des personnalit&#233;s c&#233;l&#232;bres. Parmi ces t&#233;l&#233;films, on pourra citer les suivants : John Fitzgerald Kennedy (2020), Martin Luther King (id.) et Jean Paul II (id.). Dans le cas pr&#233;sent, le tandem de t&#233;l&#233;astes s'est grandement inspir&#233; des m&#233;moires d'un ancien collaborateur du Chah, Amir Aslan Afshar, pour construire sa narration. Celui-ci a notamment &#233;t&#233; le chef du protocole du monarque iranien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les circonstances entourant l'accession au tr&#244;ne de Mohammad Reza Pahlavi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;les &#224; eux-m&#234;mes, Guillaume Perez et Christian Huleu adoptent une d&#233;marche stylistique traditionnelle pour &#233;noncer leur propos &#224; travers Le Chah d'Iran. Ainsi, ils ont recours &#224; des proc&#233;d&#233;s &#233;prouv&#233;s, comme la narration en voix hors-champ, des documents d'archives et des extraits d'entrevues de mani&#232;re &#224; retracer le cours de la vie du Chah, de son enfance jusqu'&#224; sa mort ; ce qui correspond &#224; une p&#233;riode d'environ cinq d&#233;cennies. En termes de contenu, on ne saurait nier que Guillaume Perez et Christian Huleu proc&#232;dent &#224; une synth&#232;se assez pr&#233;cise des ann&#233;es de r&#232;gne de Mohammad Reza Pahlavi. En effet, les cor&#233;alisateurs nous r&#233;v&#232;lent dans quelles conditions inusit&#233;es cet homme a succ&#233;d&#233; &#224; son p&#232;re, Reza Chah (1878-1944), &#224; titre de roi d'Iran. Parce que celui-ci avait refus&#233; de prendre position en faveur des Alli&#233;s lors de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, des bataillons britanniques et sovi&#233;tiques ont menac&#233; les Iraniens d'envahir leur territoire. En cons&#233;quence, afin d'&#233;viter le pire, Reza Chah a choisi d'abdiquer et de laisser son fils, alors &#226;g&#233; de vingt-et-un ans, devenir le monarque de son pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les principales caract&#233;ristiques du r&#232;gne du roi d'Iran &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'une douzaine d'ann&#233;es, Mohammad Reza Pahlavi a &#233;t&#233; &#224; m&#234;me d'&#233;tablir son autorit&#233; politique et d'accro&#238;tre ses propres pouvoirs au d&#233;triment de ceux du parlement iranien. Globalement, il n'a pas effectu&#233; de transformation essentielle &#224; l'int&#233;rieur de son pays. Concr&#232;tement, le Chah a surtout permis &#224; des privil&#233;gi&#233;s de vivre &#224; la mani&#232;re occidentale, ainsi qu'ils le souhaitaient. En outre, il a orchestr&#233; la modernisation de certaines institutions nationales. Cependant, il n'a jamais cherch&#233; &#224; mieux r&#233;partir la richesse qui se trouvait en Iran. D&#232;s lors, les in&#233;galit&#233;s sociales et les iniquit&#233;s ont s&#233;vi d'une mani&#232;re inacceptable &#224; travers l'ensemble de son r&#232;gne. Assur&#233;ment, avec l'aide d'Amir Aslan Afshar, Reza Pahlavi a proc&#233;d&#233; &#224; la &#171; R&#233;volution blanche &#187;, mais celle-ci n'a pas constitu&#233; un ph&#233;nom&#232;ne sociopolitique aussi important que les deux hommes l'ont pr&#233;tendu. Pr&#233;cisons que ladite R&#233;volution avait pour principaux objectifs de donner des terres arables aux agriculteurs du pays et d'assurer une certaine forme d'&#233;mancipation aux femmes d'Iran. Indubitablement, on doit admettre que diff&#233;rents paysans ont re&#231;u des propri&#233;t&#233;s agricoles. N&#233;anmoins, ils ne formaient qu'un petit nombre de personnes et ils n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233;, apr&#232;s coup, de conditions de travail vraiment appr&#233;ciables. En somme, la redistribution &#233;tatique des terres n'a pas eu de prolongement n&#233;cessaire pour assurer la prosp&#233;rit&#233; de la majorit&#233; des humbles agriculteurs iraniens. Cela dit, il importe de souligner que Reza Pahlavi a ex&#233;cut&#233; quelques gestes pour favoriser une esp&#232;ce d'affranchissement symbolique de la femme par rapport &#224; l'homme. Cependant, il n'a pas instaur&#233; de m&#233;canisme apte &#224; susciter un changement radical touchant au statut de la condition f&#233;minine, au sein de sa nation. En effet, il s'est content&#233; de formuler une d&#233;claration de principe et d'op&#233;rer des actions sociopolitiques mineures (admission des femmes au parlement iranien). Toutefois, les modestes interventions du Chah, &#224; cet &#233;gard, se sont rapidement heurt&#233;es &#224; l'intransigeance de religieux int&#233;gristes du pays. Parmi eux, il faut citer le nom de Rouhollah Khomeini, qui a d&#233;savou&#233;, de fa&#231;on expresse, l'action du roi. De plus, celui-l&#224; a critiqu&#233; ouvertement le souverain et a incit&#233; les fid&#232;les &#224; imiter son exemple. Afin de sanctionner son d&#233;tracteur, Reza Pahlavi a choisi de contraindre Khomeini &#224; l'exil plut&#244;t que de le faire emprisonner ou ex&#233;cuter. Cependant, fort de l'aura dont il jouissait aupr&#232;s des chiites, cet imam a continu&#233; d'inciter les Iraniens, &#224; partir de l'&#233;tranger, &#224; se r&#233;volter contre leur monarque. De son c&#244;t&#233;, le Chah vivait dans une esp&#232;ce de tour d'ivoire et n'&#233;tait pas &#224; l'&#233;coute des revendications des Iraniens (iennes). Une des erreurs les plus flagrantes qu'il a commises, durant son r&#232;gne, a consist&#233; &#224; organiser des c&#233;l&#233;brations somptueuses soulignant le 2500e anniversaire de l'empire perse (1971), afin de recevoir, au sein de sa nation, les hauts dirigeants et dignitaires de l'ensemble du monde. Dans ce cas, Reza Pahlavi s'est montr&#233; sp&#233;cialement insensible au sort de la population iranienne. En cons&#233;quence, celle-ci a d&#233;velopp&#233; beaucoup de ressentiment envers son roi. &#201;videmment, des t&#233;moins du film reprochent &#224; la troisi&#232;me &#233;pouse du Chah, Farah Pahlavi, la Chahbanou, d'avoir &#233;t&#233; la principale responsable du fiasco relatif &#224; la grandiose comm&#233;moration que l'on a consacr&#233;e au r&#233;put&#233; empire. Pourtant, le monarque, qui supervisait constamment les choix festifs de sa femme, ne s'est pas oppos&#233; &#224; ce qu'elle se lance dans des d&#233;penses exorbitantes, jusqu'&#224; ce qu'une retentissante controverse &#233;clate &#224; ce sujet&#8230; Par ailleurs, m&#234;me si les intervenants du film ne nient pas la r&#233;pression immorale qu'ont exerc&#233;e les forces militaires et polici&#232;res aux d&#233;pens de la population d'Iran, durant le r&#232;gne de Reza Pahlavi, ils ont tendance &#224; minorer la responsabilit&#233; du souverain par rapport &#224; cet abus de pouvoir. Or, en tant que chef d'&#201;tat, il a pratiqu&#233; une forme d'aveuglement volontaire condamnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les qualit&#233;s et les d&#233;fauts d'un documentaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepartie, les deux t&#233;l&#233;astes nous r&#233;v&#232;lent, avec &#224;-propos et l&#233;gitimit&#233;, que le roi Reza Pahlavi a &#233;t&#233; victime d'une propagande diffamatoire, voire haineuse de la part de l'ayatollah Khomeini et des milieux int&#233;gristes iraniens. Ceux-ci on d&#233;peint leur grand ennemi comme un &#234;tre corrompu, d&#233;prav&#233;, voire diabolique. De cette fa&#231;on, ils ont engendr&#233; de vastes mouvements de protestation et des soul&#232;vements populaires saisissants contre le souverain iranien. Parmi les accusations sans fondement que l'on a formul&#233;es contre Mohammad Reza Pahlavi, le spectateur (ou la spectatrice) retiendra particuli&#232;rement celle consistant &#224; pr&#233;tendre que le roi d'Iran avait fait massacrer des gens dans un cin&#233;ma d'Abadan, le Rex, durant l'ann&#233;e 1978, en ordonnant qu'on mette le feu &#224; celui-ci. Or, non seulement le Chah n'avait-il eu aucun r&#244;le &#224; jouer dans cet &#233;v&#233;nement consternant, mais encore, selon ce que l'on a pu d&#233;couvrir ult&#233;rieurement, des islamistes, singuli&#232;rement hostiles au septi&#232;me art, ont perp&#233;tr&#233; l'incendie qui a caus&#233; la mort de pr&#232;s de cinq cents personnes innocentes&#8230; Les v&#233;ritables responsables de cette h&#233;catombe n'ont jamais eu &#224; r&#233;pondre de leurs gestes meurtriers. Tout bien consid&#233;r&#233;, ce n'est pas sans raison que Joseph Goebbels a d&#233;j&#224; affirm&#233; : &#171; Mentez, mentez et il en restera toujours quelque chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si Guillaume Perez et Christian Huleu ont effectu&#233; un travail appr&#233;ciable en termes de recherche, &#224; certains &#233;gards, on ne saurait affirmer qu'ils ont r&#233;ussi &#224; brosser un portrait probant du Chah, ni &#224; nous proposer une repr&#233;sentation ad&#233;quate de ce qu'a &#233;t&#233; son r&#232;gne pour la majorit&#233; des citoyens d'Iran. Sans ambages, il importe de reconna&#238;tre que Reza Pahlavi n'&#233;tait pas le monstre, le tyran sanguinaire que l'ayatollah Khomeini et ses proches ont d&#233;peint, loin s'en faut. &lt;strong&gt;N&#233;anmoins, on doit admettre que cet homme n'&#233;tait pas non plus l'humaniste et le monarque &#233;clair&#233;, mais incompris que d&#233;crivent son ancien chef du protocole et les cor&#233;alisateurs du Chah d'Iran. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on peut soutenir qu'&#224; travers son long r&#232;gne, il n'a pas apport&#233; d'am&#233;lioration significative &#224; la vie de l'ensemble de la population iranienne&lt;/strong&gt;. Certes, le r&#233;gime du Chah a constitu&#233; un moindre mal que celui des chefs d'&#201;tat religieux, qui lui ont succ&#233;d&#233; &#224; la t&#234;te de l'Iran. N'emp&#234;che qu'il ne faut jamais oublier que cet homme de pouvoir a constamment privil&#233;gi&#233; ses propres int&#233;r&#234;ts au d&#233;triment de ceux de la nation iranienne. C'est dommage parce que si Mohammad Reza Pahlavi avait transform&#233; son pays en une v&#233;ritable d&#233;mocratie, s'il avait combattu les graves in&#233;galit&#233;s sociales qui y s&#233;vissaient, il aurait rendu son peuple moins vuln&#233;rable qu'il ne l'a &#233;t&#233; par rapport &#224; l'endoctrinement religieux que des imams int&#233;gristes lui ont fait subir, sans vergogne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>J'aime Hydro de Christine Beaulieu</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/J-aime-Hydro-de-Christine-Beaulieu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/J-aime-Hydro-de-Christine-Beaulieu</guid>
		<dc:date>2020-08-25T08:01:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-08-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Hydro-Qu&#233;bec est une soci&#233;t&#233; d'&#201;tat qui rev&#234;t une dimension symbolique tr&#232;s importante pour l'ensemble des Qu&#233;b&#233;cois (es). En effet, depuis que le ministre de l'&#233;nergie du deuxi&#232;me gouvernement de Jean Lesage (PLQ), Ren&#233; L&#233;vesque, a nationalis&#233;, en 1963, de petites entreprises hydro-&#233;lectriques priv&#233;es pour les int&#233;grer &#224; une grande compagnie publique, une myriade de Qu&#233;b&#233;cois (es) a pris conscience des bienfaits que lui a procur&#233;s Hydro-Qu&#233;bec. &lt;br class='autobr' /&gt; Durant un certain nombre d'ann&#233;es, cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Theatre-" rel="directory"&gt;Th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-08-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-08-25&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton44428-cae24.jpg?1781045458' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hydro-Qu&#233;bec est une soci&#233;t&#233; d'&#201;tat qui rev&#234;t une dimension symbolique tr&#232;s importante pour l'ensemble des Qu&#233;b&#233;cois (es). En effet, depuis que le ministre de l'&#233;nergie du deuxi&#232;me gouvernement de Jean Lesage (PLQ), Ren&#233; L&#233;vesque, a nationalis&#233;, en 1963, de petites entreprises hydro-&#233;lectriques priv&#233;es pour les int&#233;grer &#224; une grande compagnie publique, une myriade de Qu&#233;b&#233;cois (es) a pris conscience des bienfaits que lui a procur&#233;s Hydro-Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Durant un certain nombre d'ann&#233;es, cette entreprise d'envergure a permis aux citoyens (ennes) qu&#233;b&#233;cois (es) de d&#233;frayer des co&#251;ts tr&#232;s modestes pour obtenir l'&#233;lectricit&#233; qu'ils utilisaient quotidiennement. Cependant, au fil du temps, Hydro-Qu&#233;bec en est venu &#224; servir les desseins de gouvernements plus soucieux de renflouer les coffres de l'&#201;tat que de servir les int&#233;r&#234;ts de la population du Qu&#233;bec. Cela explique que les Qu&#233;b&#233;cois (es) ont d&#251; composer avec de multiples hausses de tarifs d'&#233;lectricit&#233; au cours des cinq derniers lustres. Dans de telles circonstances, il n'est pas &#233;tonnant que de nombreux (ses) citoyens (ennes) de notre nation remettent en question les grandes orientations socio&#233;conomiques que d&#233;finissent actuellement les d&#233;cideurs d'Hydro-Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re &#339;uvre litt&#233;raire d'une actrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, Christine Beaulieu ne semblait pas pr&#233;dispos&#233;e &#224; &#233;crire une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre reposant essentiellement sur des faits. Dans cet esprit, elle a re&#231;u une formation traditionnelle de com&#233;dienne et n'avait pas manifest&#233; de propension particuli&#232;re &#224; la cr&#233;ation litt&#233;raire avant d'&#233;crire sa premi&#232;re oeuvre. Comme actrice, on l'a remarqu&#233;e, en raison de la qualit&#233; de son jeu, dans des longs m&#233;trages de fiction comme Ceci n'est pas un polar de Patrick Gaz&#233; (2014), Le mirage de Ricardo Trogi (2015) et Embrasse-moi comme tu m'aimes d'Andr&#233; Forcier (2016). Cela dit, ayant une certaine conscience &#233;cologique et b&#233;n&#233;ficiant du solide appui de la conceptrice d'&#339;uvres th&#233;&#226;trales documentaires, Annabel Soutar, Beaulieu a cr&#233;&#233; une narration qu'elle a intitul&#233;e, mi-figue, mi-raisin, J'aime Hydro (2017). &#192; travers cette pi&#232;ce, que l'on a pr&#233;sent&#233;e &#224; l'Usine C, la jeune femme s'interroge au sujet de la nature des relations que les Qu&#233;b&#233;cois entretiennent avec l'incontournable soci&#233;t&#233; d'&#201;tat. Parall&#232;lement, Christine Beaulieu se questionne sur elle-m&#234;me et sur sa capacit&#233; &#224; engendrer un r&#233;cit sc&#233;nique et documentaire probant. Avec humilit&#233;, Beaulieu se pr&#233;sente au public comme une citoyenne ordinaire, laquelle n'avait pas un grand bagage de connaissances dans les domaines environnemental et hydro-&#233;lectrique quand elle a d&#233;cid&#233; d'&#233;crire sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre. Au demeurant, &#224; travers cette &#339;uvre factuelle, la cr&#233;atrice tente constamment d'atteindre un &#233;quilibre entre l'appr&#233;hension du mode de fonctionnement d'Hydro-Qu&#233;bec et la saisie de son &#233;volution personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les projets incoh&#233;rents d'un monopole &#233;tatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la mise en sc&#232;ne concise de Philippe Cyr, le spectateur (ou la spectatrice) constate, sans ambages, que Christine Beaulieu a &#233;t&#233; frapp&#233;e par le fait que les dirigeants d'Hydro-Qu&#233;bec cherchent &#224; d&#233;velopper de nouveaux projets afin d'exporter de l'&#233;lectricit&#233; &#224; des &#201;tats am&#233;ricains en leur vendant celle-ci &#224; un prix nettement moindre que le co&#251;t de production de cette &#233;nergie. &#201;videmment, la jeune femme se rend compte qu'une telle &#171; strat&#233;gie &#187; s'oppose au sens des affaires le plus &#233;l&#233;mentaire que chacun d'entre nous doit entretenir. En mati&#232;re environnementale, Christine Beaulieu r&#233;alise, &#224; juste titre, que la construction de barrages comme ceux de la Rivi&#232;re Romaine repr&#233;sente un probl&#232;me important puisqu'elle engendre une certaine forme de d&#233;s&#233;quilibre au sein de la nature qui nous entoure. D&#232;s lors, l'auteure et com&#233;dienne se montre pertinemment sceptique par rapport aux grandes d&#233;cisions que prennent les dirigeants d'Hydro-Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La propension au subjectivisme de Christine Beaulieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re incontestable, on peut affirmer que Christine Beaulieu a effectu&#233; une recherche journalistique s&#233;rieuse pour &#233;crire sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre didactique. Celle-l&#224; se pose des questions opportunes, interroge des t&#233;moins comp&#233;tents et vulgarise, avec aisance, des ph&#233;nom&#232;nes hydro-&#233;lectriques plut&#244;t complexes. Pourtant, le propos qu'elle tient ne r&#233;pond pas aux attentes d'un public clairvoyant, sur le plan sociopolitique. Pourquoi ? D'abord, parce que Beaulieu commet une erreur majeure en nous parlant d&#233;mesur&#233;ment d'elle-m&#234;me, en tant que personnage de sa propre pi&#232;ce. Certes, elle appara&#238;t comme une personnalit&#233; sympathique, qui poss&#232;de un sens de l'humour et de l'autod&#233;rision p&#233;tillant. N&#233;anmoins, il faut admettre les commentaires que la jeune femme formule au sujet de son &#234;tre et du monde dans lequel elle vit font long feu. Ainsi, ils ne nous apportent aucune connaissance profonde sur elle, ni sur la nature humaine. D'autre part, Beaulieu abuse de certaines figures de style pour se r&#233;f&#233;rer &#224; elle-m&#234;me. En utilisant fr&#233;quemment l'anaphore, l'&#233;num&#233;ration et l'ironie pour traduire ses &#233;tats d'&#226;me, elle s'&#233;loigne de ce qui aurait d&#251; &#234;tre le sujet essentiel de sa pi&#232;ce : &#224; savoir, la relation que les Qu&#233;b&#233;cois (es) entretiennent avec Hydro-Qu&#233;bec. Certes, on imagine qu'en proc&#233;dant comme elle l'a fait, Christine Beaulieu voulait &#233;viter de rendre son discours r&#233;barbatif. Toutefois, elle verse plut&#244;t dans l'exc&#232;s contraire en manifestant une l&#233;g&#232;ret&#233; inad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le manque d'esprit critique et de vision politique d'une com&#233;dienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, lorsque Christine Beaulieu se penche sur le mode de fonctionnement et les principales activit&#233;s &#233;conomiques d'Hydro-Qu&#233;bec, elle r&#233;ussit &#224; assimiler et &#224; d&#233;crire avec &#224;-propos la r&#233;alit&#233;. Cependant, elle demeure impuissante &#224; analyser et synth&#233;tiser la signification politique des diverses op&#233;rations auxquelles se livre la compagnie publique. Cette lacune importante explique que, lors d'un entretien qui a lieu entre Beaulieu et le sociologue Jean-Fran&#231;ois Blain (un proche du Parti qu&#233;b&#233;cois), la jeune femme ne parvient pas &#224; poser un regard &#233;clair&#233; sur les mandats que diff&#233;rents gouvernements ont donn&#233;s &#224; la grande entreprise d'&#201;tat. Bien s&#251;r, l'auteure et com&#233;dienne soutient, de fa&#231;on pertinente, le point de vue selon lequel Hydro-Qu&#233;bec distribution ne devrait pas acheter de l'hydro-&#233;lectricit&#233; provenant de centrales priv&#233;es &#224; un co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233;, alors que la compagnie publique poss&#232;de elle-m&#234;me un exc&#233;dent de cette &#233;nergie. N&#233;anmoins, Christine Beaulieu a tort de ne pas contredire Blain lorsque celui-ci affirme erron&#233;ment que le deuxi&#232;me gouvernement de Ren&#233; L&#233;vesque (PQ) a pris une d&#233;cision l&#233;gitime en faisant du ministre des finances de sa formation politique le seul &#171; actionnaire &#187; d'Hydro-Qu&#233;bec. En effet, contrairement &#224; ce que pr&#233;tend le sociologue, la r&#233;cession &#233;conomique que connaissait le Qu&#233;bec de l'&#233;poque ne justifiait pas que l'on prive les Qu&#233;b&#233;cois (es) d'une entreprise dont ils (elles) &#233;taient jusqu'alors les &#171; actionnaires &#187;&#8230; Pour ce qui est de la R&#233;gie de l'&#233;nergie du Qu&#233;bec, dont Jean-Fran&#231;ois Blain vante d&#233;mesur&#233;ment le r&#244;le, elle est loin de constituer une panac&#233;e. Du reste, il convient de se rappeler que cet organisme a permis &#224; plusieurs gouvernements de hausser les tarifs d'hydro-&#233;lectricit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois (es) de mani&#232;re disproportionn&#233;e, au cours des vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es. Manifestement, la R&#233;gie n'est pas une instance autonome, qui prend des d&#233;cisions objectives en consid&#233;rant les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'op&#233;ration de charme d'un duo de dirigeants d'Hydro-Qu&#233;bec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis, l'erreur la plus pr&#233;judiciable que commet Christine Beaulieu, dans son &#339;uvre documentaire, consiste &#224; accorder beaucoup de cr&#233;dit aux propos de diff&#233;rents intervenants, qui n'ont pas de vision politique progressiste des grandes questions &#233;nerg&#233;tiques sur lesquelles Hydro-Qu&#233;bec devrait se pencher. Il en r&#233;sulte que Christine Beaulieu perd de vue tout sens critique par rapport &#224; un ensemble de choix auxquels devrait proc&#233;der la soci&#233;t&#233; d'&#201;tat. Certes, il est important de tenir compte d'une diversit&#233; de points de vue lorsqu'on &#233;value des probl&#233;matiques aussi complexes que celles qui touchent aux choix socio&#233;conomiques auxquels les dirigeants d'Hydro-Qu&#233;bec sont confront&#233;s. Cependant, il faut manifester une capacit&#233; de d&#233;mystifier un certain nombre d'all&#233;gations trompeuses, de sophismes quand on les entend. De mani&#232;re regrettable, Christine Beaulieu se r&#233;v&#232;le constamment passive face aux propos fallacieux ou outranciers que lui tiennent certains (nes) de ses interlocuteurs (trices). Parmi ceux-ci, il importe de citer les noms de Pierre-Luc Desgagn&#233; et &#201;ric Martel, qui occupaient respectivement les fonctions de vice-pr&#233;sident et de pr&#233;sident-directeur g&#233;n&#233;ral d'Hydro-Qu&#233;bec, en 2017. Comment doit-on expliquer que ces deux hauts dirigeants aient accept&#233; d'accorder une entrevue &#224; Christine Beaulieu et d'appara&#238;tre, par personnages interpos&#233;s, dans son &#339;uvre th&#233;&#226;trale ? Par le fait qu'ils ont jug&#233; qu'ils avaient int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;fendre les politiques de leur entreprise, puisque la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre de Beaulieu mettait cette entit&#233; sous les feux de la rampe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Beaulieu conclut la narration de J'aime Hydro en lan&#231;ant un vibrant appel aux Qu&#233;b&#233;cois (es) afin qu'ils (elles) r&#233;duisent sensiblement leur consommation d'hydro-&#233;lectricit&#233;. En pr&#244;nant un changement d'attitude radical, de leur part, la jeune femme souhaite que l'on &#233;vite de donner des pr&#233;textes au monopole d'&#201;tat pour &#233;riger de nouveaux barrages et pour construire de nouvelles centrales hydro-&#233;lectriques&#8230; Or, selon nous, lorsqu'elle s'exprime ainsi, l'auteure et com&#233;dienne nous r&#233;v&#232;le involontairement qu'elle per&#231;oit la r&#233;alit&#233; par le petit bout de la lorgnette et qu'elle demeure incapable de transcender son sujet th&#233;&#226;tral. En v&#233;rit&#233;, le d&#233;veloppement d'ambitieux projets hydro-&#233;lectriques qu'effectue la soci&#233;t&#233; d'&#201;tat n'est point attribuable &#224; la consommation d'&#233;lectricit&#233; qui caract&#233;rise la population qu&#233;b&#233;coise (encore qu'il y aurait des am&#233;liorations &#224; apporter, &#224; cet &#233;gard). L'actualisation desdits projets s'explique principalement par la volont&#233; politique de certaines personnes de pouvoir, des mandarins, de tirer de l'exportation d'hydro-&#233;lectricit&#233; des avantages &#233;conomiques consid&#233;rables pour une minorit&#233; d'individus. Dans ces circonstances, pourquoi Christine Beaulieu craint-elle de traiter des dimensions &#233;thique et politique du capitalisme ? Parce qu'elle ne conna&#238;t gu&#232;re ces domaines et qu'elle ne souhaite pas engendrer un d&#233;bat de fond clivant, au sein de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, qui porterait sur des questions sociopolitiques pr&#233;pond&#233;rantes. Ind&#233;niablement, une telle attitude s'av&#232;re d&#233;plorable puisqu'elle a pour effet direct de rendre la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre documentaire de Beaulieu inoffensive, voire l&#233;nifiante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le jeune Karl Marx de Raoul Peck</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-jeune-Karl-Marx-de-Raoul-Peck-44049</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-jeune-Karl-Marx-de-Raoul-Peck-44049</guid>
		<dc:date>2020-06-16T08:18:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'importance consid&#233;rable que comporte l'&#339;uvre philosophique de Karl Marx a port&#233; certains (es) observateurs (trices) &#224; nettement sous-estimer l'implication de cet intellectuel au sein du monde dans lequel il a v&#233;cu. Pourtant, on ne saurait nier que Marx &#233;tait un homme engag&#233;, entier et sensible, qui s'opposait avec conviction aux in&#233;galit&#233;s sociopolitiques dont il &#233;tait t&#233;moin. Conscient de ce ph&#233;nom&#232;ne, le cin&#233;aste d'origine ha&#239;tienne Raoul Peck a choisi de mettre en relief une partie (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Cinema-" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH110/arton44049-cbdc8.jpg?1781538035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'importance consid&#233;rable que comporte l'&#339;uvre philosophique de Karl Marx a port&#233; certains (es) observateurs (trices) &#224; nettement sous-estimer l'implication de cet intellectuel au sein du monde dans lequel il a v&#233;cu. Pourtant, on ne saurait nier que Marx &#233;tait un homme engag&#233;, entier et sensible, qui s'opposait avec conviction aux in&#233;galit&#233;s sociopolitiques dont il &#233;tait t&#233;moin. Conscient de ce ph&#233;nom&#232;ne, le cin&#233;aste d'origine ha&#239;tienne Raoul Peck a choisi de mettre en relief une partie d&#233;terminante et m&#233;connue de la vie du c&#233;l&#232;bre philosophe d'ascendance juive allemande dans Le jeune Karl Marx (2017). Ainsi que son titre le sugg&#232;re, le drame biographique et historico-politique de Raoul Peck traite d'une p&#233;riode essentielle de l'existence de Marx : celle qui s'&#233;tend de 1843 &#224; 1848.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'art de la biographie politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, Raoul Peck t&#233;moigne d'une pr&#233;dilection pour la r&#233;alisation de films ou de t&#233;l&#233;films &#224; dimensions biographiques et politiques, depuis le d&#233;but de sa carri&#232;re. Ainsi, des &#339;uvres dramatiques ou documentaires comme Lumumba (2000), L'&#201;cole du pouvoir (2009) et I Am Not Your Negro (2016) ont suscit&#233; l'approbation de nombreux (euses) chroniqueurs (euses) et critiques de cin&#233;ma en vertu de la finesse des peintures que Peck a bross&#233;es des personnalit&#233;s politiques qu'il a observ&#233;es. En ce qui a trait au Jeune Karl Marx, il importe de souligner au lecteur (ou &#224; la lectrice) que le cin&#233;aste et ses techniciens (ciennes) ont b&#233;n&#233;fici&#233; de moyens importants pour repr&#233;senter diff&#233;rentes composantes de nations europ&#233;ennes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Or, en affirmant un style dynamique et personnel, Raoul Peck &#233;vite que son &#339;uvre ne sombre dans une st&#233;rile componction.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un portrait p&#233;n&#233;trant du c&#233;l&#232;bre philosophe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Raoul Peck a su construire un drame probant, c'est surtout en raison des portraits psychosociologiques nuanc&#233;s qu'il a trac&#233;s du protagoniste et des autres personnages de la narration. Refusant de verser dans l'hagiographie ou une description st&#233;r&#233;otyp&#233;e, il d&#233;peint Karl Marx comme un &#234;tre de chair et d'os, enclin &#224; &#233;prouver les m&#234;mes &#233;motions que toute personne normalement constitu&#233;e. Dans cette perspective, Peck a &#233;labor&#233; diverses sc&#232;nes qui nous d&#233;voilent les qualit&#233;s et les d&#233;fauts de Marx. Parmi ces passages, il convient de citer ceux qui &#233;voquent la passion amoureuse que Karl &#233;prouve pour sa femme, Jenny ; la tendresse qu'il ressent pour ses deux filles et la force des convictions morales qu'il entretient face &#224; l'adversit&#233;. En contrepartie, le cin&#233;aste nous apprend, &#224; travers quelques s&#233;quences du film, que le jeune Karl Marx pouvait se montrer arrogant, imbu de lui-m&#234;me et intraitable envers les gens qui ne partageaient pas ses id&#233;es. Assur&#233;ment, dans l'ensemble, les forces du protagoniste se r&#233;v&#232;lent nettement plus importantes que ses faiblesses. Toutefois, on constatera que Raoul Peck s'est gard&#233; d'id&#233;aliser gratuitement le philosophe d'origine prussienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une amiti&#233; exceptionnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le soulignent avec pertinence Raoul Peck et son cosc&#233;nariste, Pascal Bonitzer, &#224; travers le long m&#233;trage, Karl Marx et Friedrich Engels se sont rencontr&#233;s, pour la premi&#232;re fois, au cours d'un &#233;v&#233;nement mondain en Prusse. &#192; cette occasion, les propos tenus par Engels au sujet du communisme n'avaient point impressionn&#233; son interlocuteur. Pour sa part, Friedrich Engels n'avait pas &#233;t&#233; convaincu non plus par les commentaires que Karl Marx avait alors formul&#233;s. Toutefois, la deuxi&#232;me rencontre des intellectuels, qui a lieu inopin&#233;ment, dans le bureau de leur &#233;diteur allemand, &#224; Paris, se r&#233;v&#233;lera d&#233;terminante pour l'ensemble de la vie de Marx et Engels. Durant cet entretien, Engels esquive d'abord quelques fl&#232;ches que lui lance son compatriote en &#233;voquant le souvenir de leur discussion initiale. Puis, le jeune homme, se montrant diplomate, t&#233;moigne de l'admiration qu'il &#233;prouve envers les &#339;uvres de Marx (Remarques sur la censure [1842], Libert&#233; de la presse et libert&#233; humaine [1842-1843]&#8230;). Sans surprise, Karl Marx appr&#233;cie cet &#233;loge. Cela explique qu'il ne manque pas de complimenter Engels au sujet de la qualit&#233; d'un essai progressiste qu'il a &#233;crit sur le prol&#233;tariat anglais (La situation de la classe laborieuse en Angleterre [1845]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re progressive, les deux philosophes d&#233;couvrent qu'ils ont des affinit&#233;s &#233;lectives : l'un et l'autre fustigent le syst&#232;me capitaliste, qui engendre l'exploitation des ouvriers et la mis&#232;re humaine. De plus, ils r&#234;vent de construire un monde dans lequel l'ensemble des &#234;tres humains pourrait s'&#233;panouir. En somme, on peut affirmer que Karl et Friedrich partagent une vision universelle humaniste et qu'ils &#233;prouvent un plaisir extraordinaire &#224; &#233;changer des id&#233;es. Dans ces circonstances, il n'est pas &#233;tonnant que les deux complices d&#233;cident subitement de se rendre ensemble dans une brasserie pour y c&#233;l&#233;brer leur nouvelle et intense amiti&#233;, comme il se doit&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux intellectuels dans l'ar&#232;ne politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1840, il appara&#238;t clair que Marx et Engels souhaitent influencer, de fa&#231;on p&#233;remptoire non pas des c&#233;nacles d'intellectuels, mais plut&#244;t des associations ouvri&#232;res de leur &#233;poque. En d'autres termes, les deux hommes veulent convaincre de larges masses de s'engager fermement dans une action politique r&#233;volutionnaire. Afin d'atteindre cet objectif ambitieux, Engels convainc Marx de tenter d'adh&#233;rer avec lui au groupe socialiste que constitue la Ligue des justes, en Angleterre. Cependant, au d&#233;part, il semble exister des incompatibilit&#233;s id&#233;ologiques trop prononc&#233;es, entre le tandem de penseurs et la direction de la Ligue des justes, pour que celui-l&#224; puisse faire partie de l'organisation sociopolitique. Ainsi, la dimension &#233;thico-religieuse de ce mouvement a pour effet d'att&#233;nuer, aux yeux des philosophes, sa capacit&#233; &#224; contester efficacement l'ordre &#233;tabli. &#192; l'inverse, les dirigeants de la Ligue des justes reprochent &#224; Marx et Engels d'entretenir une vision purement c&#233;r&#233;brale de la mis&#232;re humaine. Or, malgr&#233; le fait que Marx et Engels aient vivement critiqu&#233; les th&#232;ses de Proudhon et qu'ils se soient &#226;prement disput&#233;s avec Wilhelm Weitling (l'initiateur du groupe !), on leur permet d'adh&#233;rer &#224; cette association en raison de leur envergure intellectuelle. Au demeurant, la direction du mouvement politique appara&#238;t d&#233;termin&#233;e &#224; juguler l'ardeur r&#233;volutionnaire que manifeste le duo de penseurs d'origine prussienne. Toutefois, les cadres de la Ligue des justes sous-estiment la volont&#233; de Marx et Engels de faire de cette entit&#233; une organisation politique radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;tamorphose de la Ligue des justes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la rigueur de la pens&#233;e sociopolitique de Marx et aux talents d'orateur exceptionnels d'Engels, les deux hommes r&#233;ussiront, de fa&#231;on stup&#233;fiante, &#224; transformer la Ligue des justes en un v&#233;ritable mouvement de gauche r&#233;volutionnaire, que l'on d&#233;nommera ad&#233;quatement la Ligue des communistes. Dans cet esprit, on pourra appr&#233;cier la dimension dramatique d'une s&#233;quence du film de Raoul Peck : celle au cours de laquelle on voit Engels, discr&#232;tement appuy&#233; par son ami Marx, parvenir &#224; persuader la majorit&#233; des membres de la Ligue des justes d'adopter une orientation politique beaucoup plus combative, plus r&#233;aliste que celle qu'ils &#233;pousaient auparavant. D&#233;sormais, plut&#244;t que de s'appuyer candidement sur la soi-disant fraternit&#233; des hommes, voire sur des voeux pieux, les membres de la Ligue des communistes verront les choses &#224; travers le prisme de la lutte des classes, qui oppose le prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie, au sein des soci&#233;t&#233;s capitalistes. D'o&#249;, la dimension r&#233;volutionnaire de la position qu'ils entretiendront pour faire valoir les droits des travailleurs opprim&#233;s et des laiss&#233;s-pour-compte des pays o&#249; triomphent les r&#232;gles du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;daction du Manifeste du parti communiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de r&#233;pondre aux attentes des membres du mouvement politique que Friedrich Engels et lui-m&#234;me ont m&#233;tamorphos&#233;, Karl Marx, encourag&#233; par son fid&#232;le ami et par sa femme Jenny, se lance dans la r&#233;daction, &#224; un rythme endiabl&#233;, de l'accessible Manifeste du parti communiste (1848). Suite &#224; sa publication, cette &#339;uvre didactique et militante exercera une influence majeure sur diff&#233;rents mouvements progressistes europ&#233;ens. Pourtant, Karl Marx n'a pas l'impression que son engagement au sein de la Ligue des communistes et que la r&#233;daction de cet opuscule lui permettent de contribuer autant qu'il le souhaiterait &#224; la d&#233;fense, &#224; la mise en lumi&#232;re de la doctrine communiste. De plus, Marx aspire &#224; laisser sa marque dans l'histoire philosophico-politique de son temps en &#233;crivant une &#339;uvre fondamentale. Dans ces circonstances, le jeune homme envisage d&#233;j&#224; de travailler &#224; l'&#233;laboration du Capital (1867), sur lequel pourront s'appuyer diff&#233;rents partis politiques europ&#233;ens de gauche afin de construire des soci&#233;t&#233;s autrement plus justes et &#233;galitaires que les &#201;tats capitalistes que l'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout compte fait, on peut l&#233;gitimement affirmer que Le jeune Karl Marx de Raoul Peck constitue une oeuvre cin&#233;matographique d'envergure, bien document&#233;e, qui permet au public de comprendre pourquoi le philosophe d'origine rh&#233;nane a suivi un cheminement personnel des plus singuliers. Certes, ce long m&#233;trage n'est pas exempt de quelques faiblesses mineures, comme en t&#233;moigne l'utilisation de clich&#233;s et d'ellipses maladroites. Toutefois, force est d'admettre que ces lacunes n'alt&#232;rent gu&#232;re la qualit&#233; de l'ensemble de la narration. Cela dit, il importe de souligner que le drame biographique &#224; dimension historico-politique de Peck a pour m&#233;rite essentiel de nous rappeler que Karl Marx consid&#233;rait la philosophie non pas comme un moyen d'interpr&#233;ter le monde, mais plut&#244;t comme un moyen de transformer le monde. Or, cette conception de Marx explique pourquoi il n'h&#233;sitait pas &#224; s'impliquer sur le plan sociopolitique. Du reste, en repr&#233;sentant, dans son film, un Karl Marx &#233;pris de justice sociale, le r&#233;alisateur d&#233;voile au spectateur (ou &#224; la spectatrice) la modernit&#233; de la vie et de l'&#339;uvre du r&#233;put&#233; intellectuel. Par cons&#233;quent, alors qu'en ce d&#233;but de troisi&#232;me mill&#233;naire les in&#233;galit&#233;s sociales et les iniquit&#233;s vont en s'accentuant dans le monde, qui pourrait pr&#233;tendre que la critique marxiste de l'id&#233;ologie capitaliste n'est plus d'actualit&#233; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La pr&#233;sence et le rayonnement de Pauline Julien sur la toile</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-presence-et-le-rayonnement-de-Pauline-Julien-sur-la-toile</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-presence-et-le-rayonnement-de-Pauline-Julien-sur-la-toile</guid>
		<dc:date>2020-06-09T08:17:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Puisqu'en raison de la Crise du coronavirus que l'on conna&#238;t actuellement, les Qu&#233;b&#233;cois ne sont plus en mesure d'assister &#224; des spectacles publics, ceux-l&#224; peuvent se familiariser avec des &#339;uvres musicales appr&#233;ciables qui sont disponibles &#224; travers l'internet. Dans ces circonstances, il nous appara&#238;t pertinent de d&#233;couvrir ou de red&#233;couvrir des chansons du pass&#233;, auxquelles trop de Qu&#233;b&#233;cois (ses) ont tendance &#224; tourner ostensiblement le dos. Ainsi, une petite enqu&#234;te men&#233;e par le biais de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Musique-" rel="directory"&gt;Musique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton43956-7209c.png?1781538035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Puisqu'en raison de la Crise du coronavirus que l'on conna&#238;t actuellement, les Qu&#233;b&#233;cois ne sont plus en mesure d'assister &#224; des spectacles publics, ceux-l&#224; peuvent se familiariser avec des &#339;uvres musicales appr&#233;ciables qui sont disponibles &#224; travers l'internet. Dans ces circonstances, il nous appara&#238;t pertinent de d&#233;couvrir ou de red&#233;couvrir des chansons du pass&#233;, auxquelles trop de Qu&#233;b&#233;cois (ses) ont tendance &#224; tourner ostensiblement le dos. Ainsi, une petite enqu&#234;te men&#233;e par le biais de notre moteur de recherche Google peut facilement nous permettre d'&#233;couter des chansons chant&#233;es par la r&#233;put&#233;e artiste qu&#233;b&#233;coise Pauline Julien (1928-1998).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi aurions-nous int&#233;r&#234;t &#224; jauger la contribution de cette auteure-compositrice-interpr&#232;te plut&#244;t que de consid&#233;rer l'&#339;uvre d'un (e) autre chanteur (teuse) ? Parce qu'on sait que Julien s'est impos&#233;e comme une artiste particuli&#232;rement dou&#233;e dans le Qu&#233;bec de la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle. Malheureusement, beaucoup d'amateurs (trices) de chanson contemporaine, marqu&#233;s (&#233;es) par la mondialisation de l'univers musical, ont tendance &#224; m&#233;conna&#238;tre les chanteurs (teuses) engag&#233;s (&#233;es) comme Pauline Julien. Aussi, il faut souhaiter que l'accessibilit&#233; d'internet leur permettra &#233;ventuellement de surmonter une telle lacune culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'engagement ind&#233;pendantiste de Pauline Julien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des principales causes sociopolitiques que Pauline Julien a d&#233;fendues au cours de son existence &#233;tait celle de la souverainet&#233; du Qu&#233;bec. En effet, elle et son conjoint, le po&#232;te et politicien G&#233;rald Godin (1938-1994), ont longtemps milit&#233; en faveur de l'accession &#224; l'ind&#233;pendance de la nation qu&#233;b&#233;coise. D&#232;s lors, on ne s'&#233;tonnera pas que Pauline Julien ait chant&#233; la fameuse chanson de Raymond L&#233;vesque, qui s'intitule Bozo-les-culottes (1967). &#192; travers cette &#339;uvre, le chansonnier d&#233;nonce l'exploitation dont sont victimes les Qu&#233;b&#233;cois francophones dans leur propre province. Le titre de la cr&#233;ation se r&#233;f&#232;re au sobriquet d&#233;pr&#233;ciatif dont on affuble le protagoniste de l'histoire. Celui-ci en vient &#224; se r&#233;volter, comme l'ont fait certains militants du FLQ (le Front de Lib&#233;ration du Qu&#233;bec), contre l'oppression que lui inflige une minorit&#233; d'anglophones, en d&#233;truisant une statue &#233;rig&#233;e pour honorer ses ennemis. Cela &#233;veillera les consciences de ses compagnons d'infortune, lesquels se r&#233;volteront &#224; leur tour et obtiendront des droits dont ils &#233;taient priv&#233;s auparavant. Pour sa part, Bozo purgera une lourde peine de prison en raison de son geste et se heurtera &#224; une ind&#233;niable ingratitude provenant de ses pairs. Voil&#224; pourquoi le dernier quatrain du po&#232;me s'av&#232;re &#233;minemment &#233;vocateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand on est de la race des pionniers&lt;br class='autobr' /&gt;
On est fait pour &#234;tre oubli&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bozo-les-culottes &lt;br class='autobr' /&gt;
Bozo-les-culottes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes d'interpr&#233;tation, il faut reconna&#238;tre que Pauline Julien a su donner un ton aussi pudique que personnel &#224; la chanson de Raymond L&#233;vesque. Comme il se doit, elle manifeste une certaine tendresse vis-&#224;-vis le protagoniste de l'histoire, en ayant soin de ne pas tomber dans le pathos. En outre, on ne saurait nier que la chanteuse t&#233;moigne d'une voix m&#233;lodieuse et d'un sens du rythme unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Pauline Julien a adopt&#233; un tout autre style musical lorsqu'elle a interpr&#233;t&#233; la pugnace chanson de Gilles Vigneault Tit-Cul Lachance (1973). Pr&#233;cisons que cette &#339;uvre militante constitue une esp&#232;ce de pamphlet po&#233;tique par le biais duquel Vigneault d&#233;nonce impitoyablement les travers du premier ministre Robert Bourassa, dont le premier mandat (1970-1973), comme chef d'un gouvernement lib&#233;ral provincial, s'est r&#233;v&#233;l&#233; d&#233;sastreux pour l'ensemble du Qu&#233;bec. En l'occurrence, Vigneault se sert avec beaucoup de doigt&#233; de proc&#233;d&#233;s rh&#233;toriques, comme l'&#233;num&#233;ration, l'hyperbole, la m&#233;taphore et l'humour noir pour traduire son sentiment de r&#233;volte face au monde politique qui l'entoure. Pour sa part, Pauline Julien utilise un style corrosif afin de fustiger l'attitude inacceptable du premier ministre du Qu&#233;bec de l'&#233;poque. De fait, on appr&#233;ciera la conviction que Julien r&#233;v&#232;le lorsqu'elle chante les vers crus et puissants que Gilles Vigneault a compos&#233;s. Bien s&#251;r, elle n'a pas le m&#234;me timbre de voix que le narrateur imagin&#233; par le chansonnier. Cependant, l'interpr&#232;te talentueuse qu'elle est traduit, avec &#233;loquence, la hargne qu'un laiss&#233;-pour-compte de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise ressent face aux injustices dont lui et ses compatriotes sont victimes. Cela dit, il faut reconna&#238;tre que l'indignation exprim&#233;e par Pauline Julien, &#224; travers sa composition, ne trahit jamais la po&#233;sie de Gilles Vigneault, ni la musique de Gaston Rochon. Dans cette perspective, on remarquera la r&#233;citation sensible de l'excellent refrain Tu penses que je m'en aper&#231;ois pas, qui se situe constamment entre la remontrance et la m&#233;lop&#233;e. Du reste, parmi les passages les plus significatifs de la chanson de Vigneault, il importe de se r&#233;f&#233;rer &#224; ceux qui d&#233;noncent l'am&#233;ricanisme de Robert Bourassa. Pourquoi ? Parce que d&#232;s les ann&#233;es 1970, Gilles Vigneault et Pauline Julien percevaient la menace que l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain pouvait repr&#233;senter par rapport &#224; la volont&#233; d'&#233;mancipation du peuple qu&#233;b&#233;cois. Voil&#224; pourquoi on demeure sensible, en 2020, &#224; ces vers percutants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu penses que je m'en aper&#231;ois pas &lt;br class='autobr' /&gt;
Que t'es rien qu'un sous-ministre&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos vrais ministres sont aux &#201;tats&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; qu'ils t'administrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, dans Mommy (1974), Pauline Julien parvient &#224; interpr&#233;ter, avec brio, une chanson presque exclusivement de langue anglaise, qui d&#233;nonce sans &#233;quivoque l'assimilation dont sont victimes les francophones vivant au Canada anglais et dont pourraient &#233;ventuellement &#234;tre victimes des Qu&#233;b&#233;cois (es) francophones demeurant chez eux (elles) ; &#224; Montr&#233;al par exemple. De fa&#231;on indirecte, les coauteurs du texte, Gilles Richer et Marc G&#233;linas, posent deux questions fondamentales aux Qu&#233;b&#233;cois (es) : &#224; savoir, souhaitent-ils (elles) avoir leur propre pays et assurer la prosp&#233;rit&#233; de leur identit&#233; ; ou souhaitent-ils (elles) demeurer au sein d'un pays majoritairement anglophone, le Canada, dans lequel leur identit&#233; culturelle et linguistique se trouve menac&#233;e ? Bien entendu, lorsqu'elle &#233;tait vivante, Pauline Julien exhortait le peuple qu&#233;b&#233;cois &#224; assumer ses responsabilit&#233;s en appuyant majoritairement la cause de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec. Avec lucidit&#233;, l'artiste consid&#233;rait que l'assujettissement politique du Qu&#233;bec au Canada anglais, dans le cadre f&#233;d&#233;raliste canadien, se r&#233;v&#233;lait n&#233;faste pour une majorit&#233; de Qu&#233;b&#233;cois (es) francophones. Assur&#233;ment, les deux &#233;checs r&#233;f&#233;rendaires subis par les ind&#233;pendantistes qu&#233;b&#233;cois, en 1980 et 1995, l'ont am&#232;rement d&#233;&#231;ue. Toutefois, Pauline Julien n'&#233;tait pas le genre de personne &#224; se laisser d&#233;moraliser par les d&#233;faites, de quelque nature qu'elles fussent. En v&#233;rit&#233;, la militante se montrait pr&#234;te &#224; reprendre le combat aussit&#244;t que cela s'av&#233;rait n&#233;cessaire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'engagement f&#233;ministe de la chanteuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, le militantisme qu'a manifest&#233; Pauline Julien envers la cause f&#233;ministe &#233;tait aussi prononc&#233; que son nationalisme sociopolitique. Ayant d&#233;velopp&#233; une relation particuli&#232;rement amicale avec Anne Sylvestre, Pauline Julien a interpr&#233;t&#233; des chansons f&#233;ministes &#233;crites par l'auteure-compositrice-interpr&#232;te fran&#231;aise. Parmi elles, on retiendra principalement l'&#339;uvre qui a pour titre Non, tu n'as pas de nom (1974). Dans ce cas, on peut soutenir qu'il s'agit d'un plaidoyer po&#233;tique revendiquant clairement, pour les femmes, le droit &#224; l'avortement. &#201;videmment, Anne Sylvestre avait compris que sa consoeur qu&#233;b&#233;coise pourrait tirer de son texte et de sa musique une interpr&#233;tation r&#233;solument novatrice (distincte de celle de l'auteure elle-m&#234;me). Or, force est d'admettre que Pauline Julien lui a donn&#233; raison. En termes litt&#233;raires, il faut souligner que la chanson d'Anne Sylvestre comporte de tr&#232;s beaux passages, qui mettent en relief des particularit&#233;s de la condition f&#233;minine. Ainsi, la cr&#233;atrice &#233;voque, avec finesse, les angoisses que peut vivre une femme lorsqu'elle attend la naissance de son enfant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; Savent-ils que &#231;a transforme&lt;br class='autobr' /&gt; L'esprit autant que la forme&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'on te porte dans la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt; Que jamais &#231;a ne s'arr&#234;te&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ayant recours &#224; des mots simples, voire opportuns, Anne Sylvestre parvient &#224; donner au lecteur une id&#233;e pr&#233;cise de ce que doit repr&#233;senter la gestation d'une future m&#232;re pour la principale int&#233;ress&#233;e. Dans cet esprit, Sylvestre d&#233;mystifie le clich&#233; selon lequel le fait de porter un (e) enfant dans son ventre constituerait, pour une femme, une modeste &#233;preuve physique, v&#233;cue de mani&#232;re intermittente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de l'interpr&#233;tation textuelle et vocale du propos d'Anne Sylvestre, on go&#251;tera la sensibilit&#233; de la composition de Pauline Julien, qui se met ais&#233;ment dans la peau d'une femme pouvant refuser de donner naissance &#224; un (e) enfant qu'elle ne souhaiterait pas avoir. Somme toute, celle-ci voudrait d&#233;cider de son propre chef de quoi il retourne plut&#244;t que de voir une autre personne lui imposer sa d&#233;cision, en une pareille mati&#232;re. Fid&#232;le &#224; elle-m&#234;me, Pauline Julien atteint ici un bel &#233;quilibre entre l'expression de sa personnalit&#233; hors du commun et le respect des harmonies musicales, lesquelles sont n&#233;cessaires &#224; une affirmation artistique significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de vingt ans apr&#232;s la disparition de Pauline Julien, lorsqu'on &#233;coute les chansons qu'elle a interpr&#233;t&#233;es, on est frapp&#233; par la modernit&#233; de celles-ci. &#192; notre avis, cela s'explique par le choix de textes et de musique &#233;clair&#233; auquel a proc&#233;d&#233; la chanteuse, durant l'ensemble de sa carri&#232;re. Certes, sa solide formation de com&#233;dienne et son oreille musicale l'ont incit&#233;e &#224; se montrer exigeante par rapport aux cr&#233;ations qu'on lui proposait de chanter. En outre, son perfectionnisme l'a toujours pouss&#233;e &#224; se surpasser&#8230; Sans vouloir verser dans la nostalgie r&#233;ductrice, il faut admettre que l'on ne saurait trouver aujourd'hui une jeune chanteuse ou un jeune chanteur ayant une envergure comparable &#224; celle que Pauline Julien a eue, dans le Qu&#233;bec contemporain. Souhaitons donc que, gr&#226;ce aux nouvelles technologies, une jeune g&#233;n&#233;ration de chanteurs d&#233;couvre ad&#233;quatement les &#339;uvres que nous ont laiss&#233;es les Pauline Julien, Diane Dufresne, Gilles Vigneault et Raymond L&#233;vesque. Le cas &#233;ch&#233;ant, peut-&#234;tre ces artistes de la rel&#232;ve cr&#233;eront-ils &#233;ventuellement des chansons qui, &#224; l'instar de celles de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, d&#233;montreront qu'ils sont des citoyens engag&#233;s, conscients de ce qu'ils sont et de l'ensemble transcendant dont ils font partie&#8230; &#192; n'en point douter, le monde r&#233;el et celui des arts repr&#233;sentent des vases communicants !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#201;lectre de Sophocle</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Electre-de-Sophocle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Electre-de-Sophocle</guid>
		<dc:date>2020-06-02T08:04:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parfois, la polyvalence qui caract&#233;rise un artiste peut lui &#234;tre d&#233;favorable. Dans le cas du metteur en sc&#232;ne Serge Denoncourt, on peut soutenir que son attitude de touche-&#224;-tout, ses ind&#233;niables habilet&#233;s de communicant lui ont permis de se faire conna&#238;tre du grand public qu&#233;b&#233;cois davantage que n'importe quel de ses pairs (y compris l'estim&#233; Ren&#233;-Richard Cyr). &lt;br class='autobr' /&gt; De Paul Beaucage &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'inverse, les multiples participations de Denoncourt &#224; des &#233;missions de vari&#233;t&#233;s et sa pr&#233;sence constante (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Theatre-" rel="directory"&gt;Th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton43812-6e495.png?1781045459' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parfois, la polyvalence qui caract&#233;rise un artiste peut lui &#234;tre d&#233;favorable. Dans le cas du metteur en sc&#232;ne Serge Denoncourt, on peut soutenir que son attitude de touche-&#224;-tout, ses ind&#233;niables habilet&#233;s de communicant lui ont permis de se faire conna&#238;tre du grand public qu&#233;b&#233;cois davantage que n'importe quel de ses pairs (y compris l'estim&#233; Ren&#233;-Richard Cyr).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, les multiples participations de Denoncourt &#224; des &#233;missions de vari&#233;t&#233;s et sa pr&#233;sence constante dans le domaine m&#233;diatique l'ont sans doute emp&#234;ch&#233;, par moments, de s'engager de fa&#231;on aussi prononc&#233;e qu'il l'aurait souhait&#233; dans la cr&#233;ation d'&#339;uvres th&#233;&#226;trales qui lui tenaient &#224; coeur. Toutefois, soyons &#233;quitables : lorsque ce chevronn&#233; metteur en sc&#232;ne traite de sujets qu'il juge pertinents et stimulants, il r&#233;ussit fr&#233;quemment &#224; donner la mesure de son talent. Dans cette perspective, les amateurs (trices) de th&#233;&#226;tre &#233;taient heureux (ses) d'apprendre qu'il mettrait en sc&#232;ne la r&#233;put&#233;e trag&#233;die de Sophocle, &#201;lectre (2019), &#224; l'Espace Go. En r&#233;alisant ce projet, Serge Denoncourt souhaitait manifestement rompre avec son image de metteur en sc&#232;ne attitr&#233; des &#339;uvres du dramaturge Michel Marc Bouchard (Christine, la reine-gar&#231;on [2012], La divine illusion [2015]), pour renouer convenablement avec les origines de l'art dramatique occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'argument d'&#201;lectre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer l'intrigue de la trag&#233;die de Sophocle ainsi : apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'exil, Oreste se rend &#224; Myc&#232;nes, en compagnie de son pr&#233;cepteur, pour y venger son p&#232;re Agamemnon, qui a &#233;t&#233; assassin&#233; par sa femme Clytemnestre et l'amant de celle-ci, &#201;gisthe. &#192; travers l'actualisation de son entreprise, Oreste sait qu'il pourra compter sur la collaboration de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e &#201;lectre, qui voue une haine sans borne aux meurtriers d'Agamemnon. Cependant, cette fille de monarque vit dans des conditions p&#233;rilleuses, puisque ses ennemis, qui sont roi et reine de Myc&#232;nes, se m&#233;fient grandement d'elle et la traitent comme une mendiante. N'emp&#234;che qu'en ayant recours &#224; une ruse tr&#232;s &#233;labor&#233;e, Oreste et son pr&#233;cepteur informeront &#201;lectre de leurs intentions. Subs&#233;quemment, les deux hommes parviendront &#224; mystifier Clytemnestre et &#201;gisthe. Puis, ils les tueront successivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une sombre histoire de vengeance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan th&#233;matique, il faut souligner que la trag&#233;die de Sophocle repr&#233;sente essentiellement une histoire de r&#232;glement de comptes comportant un aspect intrafamilial. Ainsi, &#201;lectre consid&#232;re qu'elle a la responsabilit&#233; de venger l'outrage dont son p&#232;re a &#233;t&#233; victime en punissant impitoyablement le tandem de meurtriers qui l'a assassin&#233;. Sa volont&#233; de revanche comporte une dimension affective et une dimension morale qu'elle revendique honn&#234;tement. En d'autres termes, &#201;lectre adorait son p&#232;re, Agamemnon, et elle consid&#232;re que Clytemnestre a commis la pire des bassesses en poussant &#201;gisthe &#224; assassiner son &#233;poux. &#201;videmment, la jeune femme ne dispose pas des moyens n&#233;cessaires pour laver dans le sang le meurtre de l'auteur de ses jours. D&#232;s lors, elle esp&#232;re que le retour prochain d'Oreste lui permettra d'atteindre son objectif. Gr&#226;ce au souvenir qu'elle garde de son fr&#232;re, elle entretient la vive impression que son v&#339;u sera exauc&#233;. Pour sa part, Oreste tarde &#224; revenir &#224; Myc&#232;nes. N'emp&#234;che qu'en prenant connaissance d'un oracle qui lui annonce qu'il doit punir les assassins de son p&#232;re, le jeune homme retourne dans sa ville natale afin de mettre un terme &#224; l'existence de Clytemnestre et de son amant. Assur&#233;ment, le message divin qu'Oreste a re&#231;u lui a indiqu&#233; &#224; quel moment et de quelle fa&#231;on il devait agir. Toutefois, l'aspect moral de son orientation est attribuable &#224; l'influence que sa s&#339;ur a exerc&#233;e &#224; ses d&#233;pens, avant qu'il ne quitte Myc&#232;nes. Comme on l'imagine, l'acte de matricide, pour les repr&#233;sentants de la civilisation grecque de l'&#233;poque, constituait une transgression de tabou particuli&#232;rement odieuse. N&#233;anmoins, &#201;lectre et Oreste sont convaincus qu'ils n'enfreindront aucune r&#232;gle morale l&#233;gitime en punissant le duo d'assassins de leur p&#232;re. Quoi qu'il en soit, rien ne nous indique que les autres membres de la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils se meuvent interpr&#233;teront leur geste comme les enfants rebelles de Clytemnestre le souhaitent&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La finesse de l'&#233;criture th&#233;&#226;trale de Denoncourt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout bien consid&#233;r&#233;, il importe de souligner que Serge Denoncourt a &#233;tabli une mise en sc&#232;ne &#233;l&#233;gante et ma&#238;tris&#233;e pour traduire son propos. D&#232;s les premiers passages du spectacle, le public constate que l'axe spatiotemporel de la trag&#233;die est fort bien d&#233;fini. La sc&#232;ne o&#249; se d&#233;roule l'action repr&#233;sente, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, un espace ext&#233;rieur restreint situ&#233; &#224; proximit&#233; du palais royal. En revanche, le cr&#233;ateur a choisi de ne point nous d&#233;peindre l'int&#233;rieur de la demeure dans laquelle vivent le roi et la reine. Ici, il faut louer le choix de Denoncourt, qui a &#233;vit&#233; de sombrer dans la facilit&#233;, en ne repr&#233;sentant pas banalement l'int&#233;rieur d'un palais &#224; travers l'utilisation d'images de cam&#233;ra vid&#233;o ou &#224; travers l'interruption de l'action tragique, de mani&#232;re &#224; implanter un d&#233;cor artificiel. Le metteur en sc&#232;ne choisit plut&#244;t de nous sugg&#233;rer, avec habilet&#233;, ce qui se d&#233;roule &#224; l'int&#233;rieur des murs de la r&#233;sidence royale, alors qu'&#201;lectre se plaint du sort qui est le sien et qu'Oreste planifie le meurtre de Clytemnestre et d'&#201;gisthe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien davantage qu'&#224; travers des mises en sc&#232;ne comme celles de Projet Andromaque (d'apr&#232;s une trag&#233;die c&#233;l&#232;bre de Jean Racine [2011]) et des Trois mousquetaires (d'apr&#232;s le roman &#233;ponyme d'Alexandre Dumas p&#232;re [2015]), Serge Denoncourt t&#233;moigne, par le biais de sa production d'&#201;lectre, d'un style et d'un sens de la narration remarquables. Sur le plan du d&#233;cor, des &#233;clairages et des effets visuels, il opte pour une d&#233;marche minimaliste. Par ailleurs, il faut reconna&#238;tre que Denoncourt a su choisir, avec acuit&#233;, des costumes particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateurs pour identifier les diff&#233;rents personnages de la narration. Ainsi, on remarque sans peine que les v&#234;tements que porte &#201;lectre sont semblables &#224; ceux des mendiants, parce qu'elle est victime de l'opprobre que lui infligent sa m&#232;re et son &#171; par&#226;tre &#187;. En ce qui a trait aux autres figures repr&#233;sent&#233;es, elles rev&#234;tent des tenues conformes &#224; leurs statuts sociaux respectifs, qu'ils soient apocryphes ou r&#233;els. D&#232;s lors, le (la) spectateur (trice) sera frapp&#233; (e) par l'&#233;l&#233;gance des v&#234;tements que portent &#201;gisthe et Clytemnestre : ceux-ci t&#233;moignent, avec ostentation, de leur position privil&#233;gi&#233;e, en termes sociopolitiques. Pour ce qui est d'Oreste, il se manifeste &#224; travers une tenue qui le fait para&#238;tre nettement moins important qu'il ne l'est. Il en va de m&#234;me pour le pr&#233;cepteur, qui a l'apparence d'un subalterne et donne l'impression de s'acquitter de responsabilit&#233;s concr&#232;tes au sein d'une demeure respectable. Du reste, Denoncourt proc&#232;de &#224; un jeu astucieux portant sur l'&#234;tre et le para&#238;tre, lequel nous d&#233;voile la complexit&#233; des relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'interpr&#233;tation magistrale de Magalie L&#233;pine-Blondeau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du milieu du th&#233;&#226;tre qu&#233;b&#233;cois, d'aucuns consid&#232;rent Serge Denoncourt comme un d&#233;couvreur de talents et un directeur de com&#233;diens exceptionnels, depuis longtemps. Or, selon nous, le metteur en sc&#232;ne m&#233;rite de jouir d'une telle r&#233;putation. Dans cet esprit, on peut soutenir que Denoncourt a fait un coup de ma&#238;tre en choisissant et guidant Magalie L&#233;pine-Blondeau afin qu'elle incarne le r&#244;le-titre de la grande trag&#233;die de Sophocle. En effet, cette com&#233;dienne s'appuie sur une technique tr&#232;s s&#251;re pour camper comme il se doit le personnage d'&#201;lectre. Cependant, elle sait &#233;galement s'en remettre &#224; son intuition pour nous sugg&#233;rer des nuances &#233;motionnelles tr&#232;s subtiles : celles-ci permettent au spectateur (ou &#224; la spectatrice) de jauger ad&#233;quatement le comportement de la protagoniste de la narration, qui oscille constamment entre la volont&#233; de r&#233;volte et le d&#233;sespoir. Au demeurant, L&#233;pine-Blondeau ne verse jamais dans le mis&#233;rabilisme. Pour ce qui est des autres interpr&#232;tes de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre concern&#233;e, d'Alex Bisping &#224; Vincent Leclerc, en passant par Violette Chauveau, Jean Fayolle fils, Marie-Pier Labrecque et Caranne Laurent, ils incarnent avec aplomb leurs personnages respectifs et offrent au public de l'Espace Go une performance irr&#233;prochable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sommet dans la carri&#232;re de Serge Denoncourt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nos yeux, l'&#201;lectre de Sophocle mise en sc&#232;ne par Serge Denoncourt s'impose comme une des plus brillantes r&#233;ussites de la prestigieuse carri&#232;re de l'artiste qu&#233;b&#233;cois. Bien entendu, sa connaissance approfondie de l'&#339;uvre classique de Sophocle et sa capacit&#233; &#224; repr&#233;senter la trag&#233;die dans un contexte &#233;minemment humain constituent les principaux atouts d'une production presque parfaite. En v&#233;rit&#233;, un seul hiatus du spectacle th&#233;&#226;tral nous a quelque peu emb&#234;t&#233;s : il s'agit de celui qui survient lors de la sc&#232;ne d&#233;crivant le meurtre d'&#201;gisthe. Dans ce cas, Serge Denoncourt a commis une petite erreur en introduisant un anachronisme qui nous laisse entendre qu'Oreste a abattu son beau-p&#232;re en utilisant une rafale de mitraillette. Il va sans dire que l'intention de l'artiste consistant clairement &#224; rapprocher la violence des temps anciens et celle d'aujourd'hui n'&#233;tait pas d&#233;nu&#233;e de sens. Toutefois, attendu qu'il s'agit du seul anachronisme significatif que g&#233;n&#232;re la mise en sc&#232;ne de Denoncourt, il appara&#238;t comme &#233;tant intempestif. Quoi qu'il en soit, cette faiblesse s'av&#232;re assez anodine par rapport &#224; un spectacle d'une rare qualit&#233;. De fait, il demeure incontestable, selon nous, que cette &#201;lectre de Sophocle restera longtemps grav&#233;e dans les m&#233;moires des spectateurs (trices) avertis (es), qui ont eu le privil&#232;ge de la voir. En somme, que pouvons-nous souhaiter maintenant &#224; Serge Denoncourt ? De pouvoir monter d'autres pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre exigeantes dans un avenir relativement rapproch&#233;. Pourquoi ? Parce que, selon nous, cet artiste est beaucoup plus instructif, plus &#233;vocateur lorsqu'il se penche sur des textes th&#233;&#226;traux ambitieux, anciens ou modernes, qui soul&#232;vent des questions fondamentales au sujet de la nature humaine, que lorsqu'il fait du th&#233;&#226;tre de divertissement. Finalement, c'est quand il fait preuve d'humilit&#233; par rapport &#224; une &#339;uvre litt&#233;raire importante que Serge Denoncourt nous montre vraiment de quel bois il se chauffe, en termes esth&#233;tiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le redoutable de Michel Hazanavicius</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-redoutable-de-Michel-Hazanavicius</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-redoutable-de-Michel-Hazanavicius</guid>
		<dc:date>2020-05-26T08:12:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de sa carri&#232;re cin&#233;matographique, Michel Hazanavicius suit un itin&#233;raire atypique qui lui a permis de r&#233;aliser des films de fiction aux forts accents r&#233;f&#233;rentiels et parodiques. Or, en d&#233;pit des importants succ&#232;s commerciaux que le cin&#233;aste a remport&#233;s durant une quinzaine d'ann&#233;es, ses &#339;uvres ont suscit&#233; des r&#233;actions contrast&#233;es de la part des observateurs (trices) du septi&#232;me art. &lt;br class='autobr' /&gt; De Paul Beaucage &lt;br class='autobr' /&gt; En d'autres termes, si des longs m&#233;trages comme OSS 117 : Le Caire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Cinema-" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-05-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-05-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/arton43710-04add.png?1781538035' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de sa carri&#232;re cin&#233;matographique, Michel Hazanavicius suit un itin&#233;raire atypique qui lui a permis de r&#233;aliser des films de fiction aux forts accents r&#233;f&#233;rentiels et parodiques. Or, en d&#233;pit des importants succ&#232;s commerciaux que le cin&#233;aste a remport&#233;s durant une quinzaine d'ann&#233;es, ses &#339;uvres ont suscit&#233; des r&#233;actions contrast&#233;es de la part des observateurs (trices) du septi&#232;me art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De Paul Beaucage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En d'autres termes, si des longs m&#233;trages comme OSS 117 : Le Caire, nid d'espions (2006), OSS 117 : Rio ne r&#233;pond plus (2009) ont recueilli l'approbation des amateurs (trices) de cin&#233;ma de divertissement, ils n'ont pas convaincu pour autant les cin&#233;philes s&#233;rieux (ses) de la profondeur de la vision du monde d'Hazanavicius. N'emp&#234;che que la r&#233;alisation de The Artist (2011), une com&#233;die sentimentale rendant hommage au cin&#233;ma hollywoodien des ann&#233;es 1930, a permis &#224; Hazanavicius de s&#233;duire un ensemble de spectateurs (trices) g&#233;n&#233;ralement r&#233;fractaires par rapport &#224; ses &#339;uvres de fiction. En cons&#233;quence, de nombreux (ses) amateurs (trices) de cin&#233;ma &#233;taient curieux (ses) de voir quel genre de portrait Michel Hazanavicius allait brosser de Jean-Luc Godard dans Le redoutable (2017). Pr&#233;cisons que ce film constitue une libre adaptation d'un ouvrage autobiographique d'Anne Wiazemsky, qui s'intitule Un an apr&#232;s (2015). &#192; travers ce r&#233;cit, l'&#233;crivaine et interpr&#232;te de La chinoise (1967) de Godard d&#233;peint la relation de couple houleuse qu'elle a entretenue avec lui&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'utilisation d'une grammaire godardienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esth&#233;tiquement parlant, il faut reconna&#238;tre que Michel Hazanavicius a fort bien assimil&#233; les figures de style dont Godard s'est servi dans ses longs m&#233;trages de la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1960, voire dans ses cr&#233;ations post&#233;rieures. De sorte qu'en visionnant Le redoutable, le (la) cin&#233;phile cultiv&#233; (e) ne manquera pas de constater qu'Hazanavicius met habilement en relief une syntaxe godardienne pour relater son histoire. Parmi les proc&#233;d&#233;s visuels auxquels le r&#233;alisateur de The Search (2014) a recours, citons les plans longs (fixes ou dynamiques), les travellings directs ou sinueux, des jeux de couleurs et de lumi&#232;re audacieux, voire des intertitres p&#233;tillants. Pour ce qui est des cadrages, Hazanavicius op&#232;re de subtiles variations afin de souligner au public que l'univers de Jean-Luc Godard oscille constamment entre le r&#233;el et le fictif. En termes sonores, Hazanavicius a d&#233;frich&#233; un domaine tr&#232;s fertile, &#224; travers lequel la narration en voix hors-champ, les dialogues, les calembours, la musique harmonieuse et les bruits ambiants se compl&#232;tent magnifiquement. D'une certaine fa&#231;on, on peut affirmer qu'en utilisant l'ensemble de ces composantes plastiques et sonores, Michel Hazanavicius nous sugg&#232;re, avec doigt&#233;, qu'il per&#231;oit Godard comme le sc&#233;nariste, le metteur en sc&#232;ne et l'interpr&#232;te de sa propre vie. Pourtant, les chim&#232;res artistiques du protagoniste se heurtent constamment aux lois in&#233;luctables de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tude de la relation de couple qui unit Anne et Jean-Luc &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Michel Hazanavicius est pleinement conscient que Jean-Luc Godard a souvent trait&#233; du th&#232;me des relations de couples &#224; travers ses films (du M&#233;pris [1963] &#224; Nouvelle vague [1990], en passant par Une femme mari&#233;e [1964] et Sauve qui peut (la vie) [1979]). Toutefois, force est d'admettre que Godard n'a jamais proc&#233;d&#233; &#224; une &#233;tude aussi circonstanci&#233;e, aussi soutenue portant sur la vie commune de deux conjoints que le fait Hazanavicius dans Le redoutable. Ainsi, ce dernier pose un regard aigu sur l'ensemble de la relation intime qui unit Anne et Jean-Luc, des moments d'osmose, de gr&#226;ce, aux moments d'incompatibilit&#233; destructrice, voire de s&#233;paration. Certes, Hazanavicius privil&#233;gie le point de vue d'Anne Wiazemsky par rapport &#224; celui de Jean-Luc Godard (comme en t&#233;moigne l'utilisation de la narration en voix hors-champ). Cependant, le cin&#233;aste &#233;vite de pr&#234;ter gratuitement de mauvaises intentions au protagoniste. Celui-l&#224; tente simplement de restituer le cheminement singulier d'un homme plut&#244;t que de le juger. Avec lucidit&#233;, Hazanavicius nous apprend que Godard, comme de nombreux autres intellectuels de son &#233;poque, s'est laiss&#233; s&#233;duire par les chim&#232;res de l'id&#233;ologie communiste. De fait, celles-ci l'ont entra&#238;n&#233; dans la voie p&#233;rilleuse de l'endoctrinement, du dogmatisme politique. Par cons&#233;quent, il n'est pas &#233;tonnant que le cin&#233;aste-vedette se dispute avec un grand nombre de ses amis, de ses connaissances ; ou m&#234;me avec des gens qu'il rencontre par hasard, dans diff&#233;rents lieux. Or, la d&#233;sillusion d'Anne Wiazemsky par rapport &#224; son &#233;poux se manifeste d'abord lorsqu'elle prend conscience du manque de respect et de sympathie que Godard &#233;prouve envers autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Godard et les autres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les s&#233;quences du long m&#233;trage de Michel Hazanavicius qui traduisent l'attitude condescendante, voire suffisante dont Godard fait preuve envers les gens, on pourra se r&#233;f&#233;rer &#224; celles qui repr&#233;sentent des manifestations se situant dans le contexte des &#201;v&#233;nements de Mai 68. Durant deux des marches de contestation auxquelles sa compagne et lui prennent part, Godard adopte une attitude d&#233;sobligeante envers des quidams qui lui t&#233;moignent, de fa&#231;on plus ou moins maladroite, leur admiration. En effet, les individus concern&#233;s louent ses premi&#232;res r&#233;alisations (des &#171; drames audacieux &#187;) au d&#233;triment de ses &#339;uvres les plus r&#233;centes (des &#171; essais sociopolitiques &#187;), ce qui d&#233;pla&#238;t vivement &#224; Jean-Luc Godard. De sorte que le cin&#233;aste ne se g&#234;ne pas pour rabrouer ces inconnus. Pour sa part, Wiazemsky d&#233;couvre graduellement, irr&#233;versiblement que l'homme qu'elle aime sans r&#233;serve n'est pas aussi altruiste, magnanime ou ouvert qu'elle le croyait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La s&#233;paration d'Anne et de Jean-Luc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un certain temps, Jean-Luc Godard se rend en Tch&#233;coslovaquie pour y tourner, avec la collaboration de Jean-Pierre Gorin, un journaliste culturel r&#233;put&#233;, un nouveau film &#224; dimensions exp&#233;rimentale et sociopolitique : il s'agit de Pravda (1969). Une fois la r&#233;alisation de cette &#339;uvre contestataire termin&#233;e, il se rend en Italie pour y retrouver Anne, qui prend part au tournage du long m&#233;trage iconoclaste La semence de l'homme (1969) de Marco Ferreri. Lorsqu'il revoit la jeune femme, Godard lui manifeste spontan&#233;ment sa mauvaise humeur. D'abord, il se lamente en raison du fait qu'elle n'&#233;tait pas &#224; ses c&#244;t&#233;s pour la r&#233;alisation de son dernier m&#233;trage. Puis, il fait part &#224; Anne du m&#233;pris qu'il entretient pour Marco Ferreri et son cin&#233;ma de divertissement, ainsi que pour Marzio Margine, l'interpr&#232;te masculin principal du film italien. En outre, l'irritation de Godard va croissant : il devient outrageusement jaloux des compagnons de plateau de cin&#233;ma de son &#233;pouse. Aussi, lui laisse-t-il entendre qu'il la soup&#231;onne de l'avoir tromp&#233; avec l'acteur principal du film de Ferreri&#8230; De son c&#244;t&#233;, Anne tente de faire comprendre &#224; Jean-Luc que ses soup&#231;ons sont d&#233;nu&#233;s de fondement, mais en vain. Pis encore, Godard, d&#233;cha&#238;n&#233;, &#233;prouvant une certaine forme de parano&#239;a, l'accuse d'&#234;tre une femme d&#233;vergond&#233;e et lui lance d'autres insultes extr&#234;mement blessantes, de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e. Lasse de subir les commentaires et les invectives affligeants que Godard lui adresse, Anne signifie clairement &#224; son &#233;poux qu'elle ne peut plus souffrir son attitude inacceptable. Pour la premi&#232;re fois de la narration, la jeune femme se rebelle sans retenue contre son mari et lui avoue qu'elle ne l'aime plus parce qu'elle le trouve insupportable. Hagard, Godard accuse p&#233;niblement le coup. Les nombreuses d&#233;convenues qu'il subit depuis quelque temps lui minent le moral. Se sentant singuli&#232;rement &#233;branl&#233; par les propos de son &#233;pouse, il tente de se suicider dans la chambre d'h&#244;tel qu'elle et lui partagent. Fort heureusement, la jeune femme et d'autres clients de l'&#233;tablissement parviendront &#224; lui sauver la vie, in extremis. N'emp&#234;che que cet &#233;v&#233;nement dramatique deviendra d&#233;terminant pour Anne Wiazemsky, qui d&#233;cidera, malgr&#233; la grande tendresse qu'elle a d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233;e pour Jean-Luc, de se s&#233;parer de lui d&#233;finitivement. Certes, elle participera au d&#233;but du tournage de Vent d'Est (1969) de Godard, mais elle abandonnera brusquement ce projet et quittera in&#233;luctablement son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de presque tous les films que Michel Hazanavicius a cr&#233;&#233;s depuis le d&#233;but de sa carri&#232;re, Le redoutable a s&#233;duit certains (es) critiques et observateurs (trices) respect&#233;s (&#233;es) du septi&#232;me art, mais en a d&#233;&#231;u plusieurs autres. En soi, cela n'est gu&#232;re surprenant puisque le drame biographique qu'il a r&#233;alis&#233; comporte des qualit&#233;s remarquables et des d&#233;fauts non-n&#233;gligeables. Parmi ceux-ci, il importe de souligner que les personnages du long m&#233;trage ne se r&#233;v&#232;lent pas aussi nuanc&#233;s qu'ils auraient pu l'&#234;tre. En outre, on pourra logiquement reprocher &#224; Hazanavicus d'avoir trac&#233; une antith&#232;se artificielle entre les films &#224; succ&#232;s et le cin&#233;ma d'auteur. Or, malgr&#233; ces fautes de parcours relativement mineures, il faut reconna&#238;tre que le cin&#233;aste a r&#233;alis&#233; une &#339;uvre fort solide, qui nous d&#233;voile des aspects essentiels, voire m&#233;connus de la vie de Godard et d'Anne Wiazemsky. &#192; notre avis, il s'agit assur&#233;ment du meilleur long m&#233;trage que Michel Hazanavicius ait achev&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, parce qu'il a su &#233;viter d'en faire un simple exercice de style, pour pr&#233;senter au public une biographie subjective originale, exempte de complaisance par rapport &#224; la figure embl&#233;matique, pr&#233;dominante de la narration : celle de Jean-Luc Godard. Bien entendu, certains de ses thurif&#233;raires n'ont pas appr&#233;ci&#233; le fait qu'Hazanavicius trace un portrait assez sombre, durant une p&#233;riode pr&#233;cise, de l'auteur de Pierrot le fou (1965). Toutefois, on ne saurait nier que le metteur en sc&#232;ne concern&#233; a effectu&#233; une recherche m&#233;ticuleuse, approfondie qui lui permet d'&#233;tayer ad&#233;quatement son propos. Dans cet esprit, on peut l&#233;gitimement affirmer que le (la) spectateur (trice) impartial (e) n'entretiendra, &#224; aucun moment, la conviction que le cin&#233;aste d&#233;nature le pass&#233; de certaines personnes ou des faits historiques pour faire un pamphlet anti-godardien simpliste. Au demeurant, il importe d'admettre que Michel Hazanavicius a su repr&#233;senter des personnages authentiques, truculents dans un contexte saisissant. De plus, son film baroque, polys&#233;mique propose une enrichissante r&#233;flexion sur l'art cin&#233;matographique et la vie. Voil&#224; pourquoi Le redoutable constitue une cr&#233;ation vivifiante, qui r&#233;sistera magistralement au passage du temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
