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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>R&#233;fugi&#233;s. Lumi&#232;res de Diderot sur notre pr&#233;sent x&#233;nophobe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Refugies-Lumieres-de-Diderot-sur-notre-present-xenophobe</link>
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		<dc:date>2022-02-15T07:39:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-02-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contre les discours nationalistes qui mobilisent dans leur croisade identitaire les Lumi&#232;res, l'histoire offre la possibilit&#233; d'un retour critique sur les ombres et les fantasmes de notre pr&#233;sent. Sa vis&#233;e est de nourrir &#224; la fois notre lucidit&#233; et notre imagination. Exemple de cette dialectique pass&#233;/pr&#233;sent sur la question des r&#233;fugi&#233;&#183;es &#224; partir d'un article de l'Encyclop&#233;die. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
X&#233;nophobie, nationalisme, racisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Les droites nationalistes mettent sans cesse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Sciences-philosophie-et-histoire-" rel="directory"&gt;Sciences, philosophie et histoire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-02-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-02-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton51437-54f55.jpg?1781611051' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contre les discours nationalistes qui mobilisent dans leur croisade identitaire les Lumi&#232;res, l'histoire offre la possibilit&#233; d'un retour critique sur les ombres et les fantasmes de notre pr&#233;sent. Sa vis&#233;e est de nourrir &#224; la fois notre lucidit&#233; et notre imagination. Exemple de cette dialectique pass&#233;/pr&#233;sent sur la question des r&#233;fugi&#233;&#183;es &#224; partir d'un article de l'Encyclop&#233;die.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/181221/refugies-lumieres-de-diderot-sur-notre-present-xenophobe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;X&#233;nophobie, nationalisme, racisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les droites nationalistes mettent sans cesse en sc&#232;ne un conflit culturel entre d'une part, une Europe h&#233;riti&#232;re des Lumi&#232;res et, d'autre part, des cultures non-europ&#233;ennes. Cela s'inscrit dans un contexte politique plus large dans lequel s'affirment fortement des discours &#224; la fois x&#233;nophobes, nationalistes et/ou racistes qui &#233;rigent sans cesse des p&#233;rils et/ou boucs-&#233;missaires (int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs), tout en essentialisant &#224; outrance les populations point&#233;es du doigt. Le discours faisant des r&#233;fugi&#233;&#183;es, des exil&#233;&#183;es et/ou des migrants un &#034;probl&#232;me&#034; s'est banalis&#233; d'une fa&#231;on si massive qu'il marque aujourd'hui l'ensemble de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, &#224; commencer par la parole pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple. Kaboul est tomb&#233;e aux mains des talibans le 15 ao&#251;t dernier. Le lendemain, Emmanuel Macron faisait une &lt;a href=&#034;https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2021/08/16/allocution-relative-a-la-situation-en-afghanistan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;allocution t&#233;l&#233;vis&#233;e&lt;/a&gt; commentant l'&#233;v&#233;nement et dans laquelle il avan&#231;ait cette id&#233;e [8'00 - 9'17] qui r&#233;sume en quelques mots la politique de son gouvernement, et plus largement de la classe dirigeante, &#224; l'&#233;gard des r&#233;fugi&#233;&#183;e&#183;s : &#034;Nous devons anticiper et nous prot&#233;ger contre des flux migratoires irr&#233;guliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent, et nourriraient les trafics de toute nature.&#034; Des &#034;flux migratoires irr&#233;guliers&#034; donc et non des r&#233;fugi&#233;&#183;e&#183;s. Un &#034;danger&#034; contre lequel il faudrait &#034;anticiper&#034; et se &#034;prot&#233;ger&#034;. Des hommes, des femmes, des enfants, enfin, associ&#233;&#183;e&#183;s et emm&#234;l&#233;&#183;e&#183;s &#224; des &#034;trafics de toute nature&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre cette x&#233;nophobie euph&#233;mis&#233;e, l'histoire offre quelques ressources critiques, &#224; commencer par quelques rep&#232;res de lucidit&#233;, situ&#233;s dans le transfert critique depuis un lointain pass&#233; de sensibilit&#233;s, d'affects et d'id&#233;es guid&#233;s par l'&#233;mancipation. Ces ressources peuvent nous aider &#224; &#234;tre aujourd'hui un peu plus clairvoyant&#183;es, un peu plus imaginatif&#183;ve&#183;s et, face &#224; l'adversit&#233; des vents contraires, savoir garder notre cap. Tel est le cas du texte qui suit, &#233;crit par Diderot dans &lt;a href=&#034;http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/page/v13-p917/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Encyclop&#233;die&lt;/a&gt; en 1765. Cet article, intitul&#233; &#034;R&#233;fugi&#233;s&#034;, permet de confronter un &#233;minent repr&#233;sentant des Lumi&#232;res (radicales) - Diderot - &#224; ceux qui parlent en leur nom aujourd'hui, que ce soit l'Etat ou les adeptes de l'illusion essentialiste &#034;la France, pays des Lumi&#232;res et des droits de l'homme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#034;REFUGIES (Histoire moderne politique), c'est ainsi que l'on nomme les protestants fran&#231;ais que la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes a forc&#233;s de sortir de France, et de chercher un asile dans les pays &#233;trangers afin de se soustraire aux pers&#233;cutions qu'un z&#232;le aveugle et inconsid&#233;r&#233; leur faisait &#233;prouver dans leur patrie. Depuis ce temps, la France s'est vue priv&#233;e d'un grand nombre de citoyens qui ont port&#233; &#224; ses ennemis des arts, des talents, et des ressources dont ils ont souvent us&#233; contre elle. Il n'est point de bon Fran&#231;ais qui ne g&#233;misse depuis longtemps de la plaie profonde caus&#233;e au royaume par la perte de tant de sujets utiles. Cependant, &#224; la honte de notre si&#232;cle, il s'est trouv&#233; de nos jours des hommes assez aveugles ou assez impudents pour justifier aux yeux de la politique et de la raison la plus funeste d&#233;marche qu'ait jamais pu entreprendre le conseil d'un souverain. Louis XIV en pers&#233;cutant les protestants a priv&#233; son royaume de pr&#232;s d'un million d'hommes industrieux qu'il a sacrifi&#233;s aux vues int&#233;ress&#233;es et ambitieuses de quelques mauvais citoyens, qui sont les ennemis de toute libert&#233; de penser parce qu'ils ne peuvent r&#233;gner qu'&#224; l'ombre de l'ignorance. L'esprit pers&#233;cuteur devrait &#234;tre r&#233;prim&#233; par tout gouvernement &#233;clair&#233; ; si l'on punissait les perturbateurs qui veulent sans cesse troubler les consciences de leurs concitoyens lorsqu'ils diff&#232;rent dans leurs opinions, on verrait toutes les sectes vivre dans une parfaite harmonie et fournir &#224; l'envi des citoyens utiles &#224; la patrie et fid&#232;les &#224; leur prince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle id&#233;e prendre de l'humanit&#233; et de la religion des partisans de l'intol&#233;rance ? Ceux qui croient que la violence peut &#233;branler la foi des autres donnent une opinion bien m&#233;prisable de leurs sentiments et de leur propre constance.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Source : Diderot, Articles de l'Encyclop&#233;die, Textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par Myrtille M&#233;ricam-Bourdet et Catherine Volpilhac-Auger, Paris, Gallimard, 2015, p. 337-338.]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6366 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-02-14_a_11.48_58.png?6366/f32c2302e1bf3450a22e2d5ccf77e47560ecd30965de2dc5df96279f814d7710&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-02-14_a_11.48_58.png?6366/f32c2302e1bf3450a22e2d5ccf77e47560ecd30965de2dc5df96279f814d7710' width='500' height='398' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Protestants fran&#231;ais&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont ces r&#233;fugi&#233;&#183;es dont parle Diderot ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit des &#034;protestants fran&#231;ais&#034;, les &#034;huguenots&#034;, qui quittent la France &#224; la suite de la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes en 1685 par Louis XIV (au moyen de l'&#233;dit de Fontainebleau du 18 octobre 1685). En 1680, la France compte entre 1,5 et 2 millions de protestants calvinistes, localis&#233;s principalement dans les grandes villes et le Sud-Ouest du royaume.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6365 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-02-14_a_11.48_23.png?6365/dd74ba0c3df808e309ba4a6e68f1c401f7dbeffe82c817d89fa84c6dbfeeb079&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH637/dd74ba0c3df808e3-be8f704e-0093e.png?1781611052' width='500' height='637' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;dit de Fontainebleau est adopt&#233; essentiellement pour des raisons politiques et repr&#233;sente l'aboutissement d'un processus de d&#233;gradation de la condition protestante au d&#233;but du r&#232;gne personnel de Louis XIV. Les &#034;dragonnades&#034; men&#233;es &#224; partir de mai 1681 en sont un moment fort. L'&#233;dit de Fontainebleau pr&#233;voit l'interdiction du culte protestant, la destruction des temples et la fermeture des &#233;coles protestantes, la possibilit&#233; pour les protestants de continuer leurs activit&#233;s professionnelles en France &#034;en attendant qu'il plaise &#224; Dieu de les &#233;clairer comme les autres&#034; (article 12), la possibilit&#233; pour les pasteurs refusant la conversion au catholicisme de quitter la France et l'interdiction pour les fid&#232;les protestants de quitter le royaume de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exil des huguenots doit donc s'organiser clandestinement. Les historiens estiment &#224; environ 200 000 d&#233;parts l'exil huguenot de la fin du XVIIe si&#232;cle, soit environ un dixi&#232;me des protestants fran&#231;ais. Diderot exag&#232;re le nombre d'exil&#233;s dans son article : il fait mention d'un million de r&#233;fugi&#233;s. Cela peut toutefois se comprendre en raison de l'impact tr&#232;s fort de la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes. Le gros des d&#233;parts se fait entre 1685 et 1689 ; des d&#233;parts vers l'&#233;tranger continuent entre 1690 et 1730 mais &#224; un rythme ralenti. L'Angleterre et les Provinces-Unies sont leurs principales destinations, accueillant chacun cinquante &#224; soixante-dix mille r&#233;fugi&#233;s huguenots. La Suisse et les pays allemands suivent au deuxi&#232;me rang accueillant chacun trente &#224; quarante-cinq mille r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Utiles&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diderot critique tout d'abord la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes par ses cons&#233;quences n&#233;fastes sur la France : &#034;Il n'est point de bon Fran&#231;ais qui ne g&#233;misse depuis longtemps de la plaie profonde caus&#233;e au royaume par la perte de tant de sujets utiles.&#034; Ces &#034;sujets utiles&#034; le sont par leurs &#034;talents&#034;, leurs &#034;arts&#034; et leurs &#034;ressources&#034; : savoir-faire, industrie, capitaux d'un groupe dont l'exil entra&#238;ne, selon le m&#233;moire de Vauban datant de 1689, &#034;le d&#233;clin de nos arts et manufactures, [...] la ruine la plus consid&#233;rable du commerce&#034;. (Cit&#233; par Solange Deyon dans Histoire de France. Les conflits, sous la dir. d'Andr&#233; Burgui&#232;re et Jacques Revel, Paris, Le Seuil, 2000, p. 190). La bourgeoisie europ&#233;enne alors en pleine ascension pr&#233;sente en ce sens une composante protestante qui occupe un r&#244;le central dans les affaires de plusieurs grandes villes du royaume de France. Cela se v&#233;rifie dans la banque, le n&#233;goce, le textile, les professions lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Pers&#233;cutions&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diderot explique en outre dans ce texte que l'exil huguenot a pour origine la pers&#233;cution dont ils font l'objet car ils s'exilent pour &#034;se soustraire aux pers&#233;cutions qu'un z&#232;le aveugle et inconsid&#233;r&#233; leur faisait &#233;prouver dans leur patrie&#034;. Que faut-il comprendre concr&#232;tement par ce mot : &#034;pers&#233;cutions&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand pasteur de Charenton, Jean Claude, &#233;crit le 7 septembre 1685 dans une lettre confidentielle &#224; son fils, install&#233; en Hollande, ces lignes qui dressent un tableau tragique de la pers&#233;cution v&#233;cue par les protestants au cours de ces ann&#233;es : &#034;Je vous diray que nous sommes tous d&#233;j&#224; r&#233;duicts &#224; des extr&#233;mit&#233;s effroyables, il y a plus de soixante mille hommes r&#233;pandus dans toutes les provinces du royaume sur ceux de notre religion. On somme les villes enti&#232;res d'embrasser la religion catholique, le roi ne voulant plus souffrir qu'une religion. On brise, on pille, on assume, on viole, on ran&#231;onne, on tra&#238;ne la corde au cou les gens &#224; la messe, et en mesme tems, on fait imprimer et courre partout des relations portant qu'on n'a pas fait la moindre violence, et que les conversions se font de gr&#233; &#224; gr&#233; [...]. Pour moi, j'esp&#232;re de la gr&#226;ce de Dieu que je sacrifieray ma vie quand il plaira &#224; Dieu de m'y appeler. [...] Priez Dieu pour nous, car tout est perdu, sans rem&#232;de et sans ressource.&#034; (Cit&#233; par Solange Deyon dans Histoire de France, op. cit., p. 179).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-02-14_a_11.47_20.png?6364/10b9d06690a17ab0b70d8667fa560a56238f0139b97a6ece390785fda8e2e8cc&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH435/10b9d06690a17ab0-70da9fba-a7cd0.png?1781611052' width='500' height='435' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Ennemis de toute libert&#233; de penser&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Diderot &#233;tablit enfin un lien entre le destin des huguenots et le sort de la libert&#233; de conscience : les deux ont partie li&#233;e. Il &#233;crit en effet : &#034;Louis XIV en pers&#233;cutant les protestants a priv&#233; son royaume de pr&#232;s d'un million d'hommes industrieux qu'il a sacrifi&#233;s aux vues int&#233;ress&#233;es et ambitieuses de quelques mauvais citoyens, qui sont les ennemis de toute libert&#233; de penser parce qu'ils ne peuvent r&#233;gner qu'&#224; l'ombre de l'ignorance.&#034; A la suite de Spinoza et Pierre Bayle qui ont jou&#233; un r&#244;le central au commencement des Lumi&#232;res, Diderot fait de la pers&#233;cution des protestants un lieu de m&#233;moire n&#233;gatif, v&#233;ritable champ d'exp&#233;rience ouvrant un horizon d'attente tendu vers la libert&#233; de conscience. Louis XIV tient donc, selon Diderot, une position bien &#224; l'oppos&#233; d'un monarque &#233;clair&#233; oeuvrant pour la libert&#233;. A l'inverse, tout gouvernement &#233;clair&#233; doit s'assurer de punir les perturbateurs de la libert&#233; de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sence du pass&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article de l'Encyclop&#233;die, lu aujourd'hui, nous offre la possibilit&#233; de voir les r&#233;fugi&#233;&#183;es de notre &#233;poque diff&#233;remment de la vision nationaliste, devenue dominante aujourd'hui. Les r&#233;fugi&#233;&#183;es ne sont pas ces &#034;autres&#034;, &#233;trangers venus de loin. Ils ont &#233;t&#233; par le pass&#233; des gens d'ici, des gens du pays, des Fran&#231;ais&#183;es ; protestants, mais partageant le m&#234;me statut que les autres sujets du royaume de France. Cela n'est pas rien &#224; une &#233;poque o&#249; les migrant&#183;es, exil&#233;&#183;es et r&#233;fugi&#233;&#183;es sont &#233;rig&#233;&#183;es par les discours nationalistes comme des figures d'une alt&#233;rit&#233; absolue. Les r&#233;fugi&#233;&#183;es dont parle Diderot sont donc une partie de nous-m&#234;mes, ce qui engage un regard similaire &#224; l'&#233;gard des r&#233;fugi&#233;&#183;es de notre monde aujourd'hui. Il en ressort &#233;galement que l'accueil des r&#233;fugi&#233;s est une politique d'hospitalit&#233; en Europe &#224; laquelle on ne saurait d&#233;roger sous peine de rompre avec la tradition d'accueil dont ont b&#233;n&#233;fici&#233; les huguenots en leur temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, hier comme aujourd'hui, l'accueil des r&#233;fugi&#233;&#183;es partage un destin commun avec la libert&#233;. A mesure que s'accro&#238;t l'arbitraire policier &#224; l'encontre des r&#233;fugi&#233;&#183;es et des exil&#233;&#183;es sur les fronti&#232;res, dans les centres de r&#233;tention et sur sol des pays europ&#233;ens, dans la m&#234;me mesure reculent les libert&#233;s publiques et progressent les tendances &#224; l'autoritarisme des pouvoirs. A mesure que s'accumulent les renoncements &#224; l'&#233;gard des pers&#233;cut&#233;&#183;es du monde qui tentent de trouver un asile en Europe, dans la m&#234;me mesure recule la libert&#233; dans les autres pays du monde. Le cosmopolitisme des Lumi&#232;res appelle donc l'internationalisme solidaire aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les r&#233;fugi&#233;&#183;es ne sont pas des &#234;tres de trop comme le voudraient les discours nationalistes. Comme les huguenots aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, les r&#233;fugi&#233;&#183;es peuvent &#234;tre &#034;utiles&#034; &#224; nous tou&#183;te&#183;s. Cela demande toutefois &#224; &#234;tre pens&#233; en rupture avec les besoins conjoncturels des &#233;conomies capitalistes et des Etats qui ouvrent et qui ferment le &#034;robinet&#034; de l'immigration suivant leurs besoins en travailleur&#183;euse&#183;s car cela n'est rien d'autre qu'organiser la concurrence mortif&#232;re entre les peuples qui, &#224; son tour, nourrit les nationalismes. De m&#234;me que Diderot mobilisait l'utilit&#233; commune pour fonder sa critique de la pers&#233;cution des huguenots en son temps, nous pouvons &#224; notre tour imaginer l'utilit&#233; sociale et politique des r&#233;fugi&#233;&#183;es pour justifier une politique de l'accueil. Cette utilit&#233; ne saurait &#234;tre donc celle de la mesure marchande du monde qui est celle du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant pris conscience de ce pr&#233;sent du pass&#233; des Lumi&#232;res, nous pouvons donc paraphraser Diderot, contre la x&#233;nophobie des discours nationalistes, en affirmant qu' &#034;[i]l n'est point de bon Fran&#231;ais qui ne g&#233;misse depuis longtemps de la plaie profonde caus&#233;e [au monde] par la perte de tant [d'&#234;tres] utiles.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Se souvenir de 14-18 sans verser dans le nationalisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Se-souvenir-de-14-18-sans-verser-dans-le-nationalisme</link>
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		<dc:date>2021-11-16T07:00:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-11-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment se souvenir de 14-18 &#224; l'heure de la r&#233;cup&#233;ration nationaliste de ses lieux de m&#233;moire ? Louis Barthas, tonnelier socialiste de l'Aude, et ses Carnets de guerre (1919) nous offrent des pistes pr&#233;cieuses pour &#233;viter &#224; la fois le moralisme anesth&#233;siant du &#171; plus jamais &#231;a &#187; et l'injonction religieuse du &#171; devoir de m&#233;moire &#187;. Un souvenir de 14-18 qui est donc profond&#233;ment politique. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit de la mise &#224; distance critique qu'op&#232;re l'historiographie sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Sciences-philosophie-et-histoire-" rel="directory"&gt;Sciences, philosophie et histoire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-11-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-11-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton50369-8d73b.jpg?1781611052' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment se souvenir de 14-18 &#224; l'heure de la r&#233;cup&#233;ration nationaliste de ses lieux de m&#233;moire ? Louis Barthas, tonnelier socialiste de l'Aude, et ses Carnets de guerre (1919) nous offrent des pistes pr&#233;cieuses pour &#233;viter &#224; la fois le moralisme anesth&#233;siant du &#171; plus jamais &#231;a &#187; et l'injonction religieuse du &#171; devoir de m&#233;moire &#187;. Un souvenir de 14-18 qui est donc profond&#233;ment politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/091121/se-souvenir-de-14-18-sans-verser-dans-le-nationalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de la mise &#224; distance critique qu'op&#232;re l'historiographie sur le pass&#233;, le discours produit par les acteurs historiques au sujet d'eux-m&#234;mes demeure comme une matrice pour les m&#233;moires et l'histoire. Cela est vrai pour le regard que l'on porte, par exemple, sur la Gr&#232;ce ancienne - souvent tr&#232;s &#034;ath&#233;no-centr&#233;&#034; - et cela s'av&#232;re &#233;galement vrai pour notre regard sur la Premi&#232;re Guerre mondiale - tr&#232;s ethnocentr&#233;, c'est-&#224;-dire tr&#232;s national et m&#234;me nationaliste, sans parler de l'emprise de la m&#233;moire officielle produite et diffus&#233;e par l'appareil d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors se souvenir de 14-18 sans se renier et sans en rester &#224; la d&#233;ploration lorsqu'on partage l'horizon de l'&#233;mancipation ? Comment &#233;viter tous les 11 novembre de verser dans une mythologie nationaliste que colportent nombre de monuments aux morts montrant les vainqueurs de la guerre sortant du champ de bataille sans une &#233;gratignure dans une apoth&#233;ose de gloire et d'h&#233;ro&#239;sme ? Comment, enfin, ne pas &#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;&#183;es des exp&#233;riences r&#233;tives &#224; se couler dans le moule de la raison d'&#233;tat et des espoirs r&#233;volutionnaires d'un monde diff&#233;rent n&#233;s dans l'horreur de cette guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce billet n'a &#233;videmment pas la pr&#233;tention d'apporter des r&#233;ponses &#224; des questions aussi vastes, mais il voudrait modestement restituer un souvenir subalterne de 14-18 en retrouvant une parole venant d'en bas et qui sonne aujourd'hui avec autant de justesse qu'il y a un si&#232;cle. Celle de Louis Barthas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/3-29.png?6148/a300f45c74d6937ca77871c2ab0aecfdb806d738be52f927c5ce53616275b47d&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH750/a300f45c74d6937c-242484e9-c849e.png?1781611053' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parole d'en bas : l'extrait qui suit a &#233;t&#233; &#233;crit par un tonnelier socialiste de l'Aude ayant fait la guerre de 1914 &#224; 1918 et qui au retour chez lui &#233;crit ses Carnets de guerre, devenus au fil du temps un classique parmi les r&#233;cits autobiographiques de 14-18. Ce n'est donc pas un r&#233;cit d'un g&#233;n&#233;ral, d'un ministre, d'un parlementaire ou d'un &#233;crivain. C'est le r&#233;cit d'un pacifiste partisan de Jaur&#232;s qui ne comprend pas l'enthousiasme de son village, Pyeriac-Minervois, lors de l'entr&#233;e en guerre en ao&#251;t 1914. A cette date, il a 35 ans, mari&#233;, et deux enfants. Louis Barthas a &#233;t&#233; mobilis&#233; d&#232;s le d&#233;but du conflit dans l'infanterie. Il devient caporal. Il a connu des souffrances intenses au cours de plusieurs moments forts de la guerre, dont Verdun en 1916. La richesse de ses Carnets de guerre, initialement &#233;crits pour sa famille, tient au fait que tout au long de la guerre, il a pris des notes car il voulait garder une trace de ce v&#233;cu. C'est lors de son retour chez lui en 1919 qu'il a commenc&#233; &#224; r&#233;diger ses Carnets de guerre d'o&#249; est extrait le texte qui suit, tir&#233; de l'&#233;dition pr&#233;sent&#233;e par R&#233;my Cazals aux &#233;ditions de La D&#233;couverte : Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, 2013 (1978), p. 551-552.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#034;Enfin le jour tant d&#233;sir&#233; arriva pour moi le 14 f&#233;vrier 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224; &#224; Narbonne apr&#232;s de multiples formalit&#233;s impos&#233;es aux d&#233;mobilis&#233;s et passages dans une s&#233;rie de bureaux, un adjudant rond-de-cuir me tendit ma feuille de lib&#233;ration en me disant cette phrase attendue avec plus d'impatience que le Messie : &#034;Allez, vous &#234;tes libre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais libre apr&#232;s cinquante-quatre mois d'esclavage ! J'&#233;chappais enfin des griffes du militarisme &#224; qui je vouais une haine farouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette haine je chercherai &#224; l'inculquer &#224; mes enfants, &#224; mes amis, &#224; mes proches. Je leur dirai que la Patrie, la Gloire, l'honneur militaire, les lauriers ne sont que de vains mots destin&#233;s &#224; masquer ce que la guerre a d'effroyablement horrible, laid et cruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour maintenir le moral au cours de cette guerre, pour la justifier, on a menti cyniquement en disant qu'on luttait uniquement pour le triomphe du Droit et de la Justice, qu'on n'&#233;tait guid&#233;s par aucune ambition, aucune convoitise coloniale ou int&#233;r&#234;ts financiers et commerciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a menti en nous disant qu'il fallait aller jusqu'au bout pour que ce soit la derni&#232;re des guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a menti en disant que nous, les poilus, nous voulions la continuation de la guerre pour venger les morts, pour que nos sacrifices ne soient pas inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a menti... mais je renonce &#224; &#233;crire tous les mensonges sortis de la bouche ou sous la plume de nos gouvernants ou journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire a fait tout oublier, tout absoudre ; il la fallait co&#251;te que co&#251;te &#224; nos ma&#238;tres pour les sauver, et pour l'avoir ils auraient sacrifi&#233; toute la race, comme disait le g&#233;n&#233;ral de Castelnau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans les villages on parle d&#233;j&#224; d'&#233;lever des monuments de gloire, d'apoth&#233;ose aux victimes de la grande tuerie, &#224; ceux, disent les patriotards, qui &#034;ont fait volontairement le sacrifice de leur vie&#034;, comme si les malheureux avaient pu choisir, faire diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne donnerai mon obole que si ces monuments symbolisaient une v&#233;h&#233;mente protestation contre la guerre, l'esprit de la guerre et non pour l'exalter, glorifier une telle mort afin d'inciter les g&#233;n&#233;rations futures &#224; suivre l'exemple de ces martyrs malgr&#233; eux.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;A l'heure d'une campagne pr&#233;sidentielle o&#249; l'espace public est satur&#233; de nationalisme haineux, de propos x&#233;nophobes et d'un racisme d&#233;complex&#233;, ce t&#233;moignage d'un poilu a le m&#233;rite de rappeler les m&#233;faits du nationalisme au cours de cette catastrophe sans pr&#233;c&#233;dent qu'a &#233;t&#233; la Premi&#232;re Guerre mondiale. A notre &#233;poque de crises multiples, le gouvernement, la classe dirigeante, la gauche de gouvernement, les droites et les extr&#234;mes droites ne cessent d'en appeler sous une forme ou une autre au &#034;patriotisme&#034;, au &#034;sens civique&#034;, &#224; l'adh&#233;sion derri&#232;re le pr&#233;sident et le pouvoir ex&#233;cutif, derri&#232;re l'arm&#233;e et la police, derri&#232;re le drapeau, la R&#233;publique, etc. : fa&#231;on de rappeler que le nationalisme pose en principe le devoir pour l'ensemble du corps politique d'adh&#233;rer et soutenir l'Etat qui repr&#233;sente la nation, laissant les autres questions politiques au second plan et imposant ainsi une censure aux critiques, aux luttes et aux conflits qui traversent la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous dit aujourd'hui Louis Barthas &#224; propos du nationalisme et du militarisme en 14-18 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que &#034;la Patrie, la Gloire, l'honneur militaire, les lauriers ne sont que de vains mots destin&#233;s &#224; masquer ce que la guerre a d'effroyablement horrible, laid et cruel.&#034; Masquer l'horreur de la violence de masse, faire taire les souffrances et les col&#232;res, cacher le visage hideux et effroyable de la barbarie moderne. Il n'y a bien s&#251;r pas de guerre en cours aujourd'hui en France. Mais, il importe tout de m&#234;me de noter que l'hyst&#233;rie nationaliste dont elle souffre depuis maintenant quelque temps ne saurait avoir d'autre fonction que d'occulter et de taire ce que notre monde capitaliste et ce que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ont &#034;d'effroyablement horrible, laid et cruel&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6149 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH375/df57bd6ecd79b84c-804d422a-e1c29.jpg?1781611053' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car Louis Barthas t&#233;moigne dans ses Carnets de guerre de cette lucidit&#233; politique et pratique que poss&#232;dent tous les domin&#233;&#183;es ayant rompu avec l'ordre &#233;tabli : le monde social n'a rien d'un espace homog&#232;ne et lisse. Au contraire, il est divis&#233;, radicalement : d'un c&#244;t&#233;, &#034;nos ma&#238;tres&#034;, &#034;nos gouvernants ou journalistes&#034;, en un mot les classes dominantes. De l'autre : les combattants, &#034;martyrs malgr&#233; eux&#034;, &#034;victimes de la grande tuerie&#034;. Entre les deux camps, Louis Barthas a choisi le sien, m&#234;me si cela implique d'aller &#224; contre-courant des id&#233;es dominantes de son temps. La vrai fronti&#232;re n'est donc point &#224; ses yeux entre les peuples mais entre les classes. S'il voue une &#034;haine farouche&#034; au militarisme et au nationalisme, c'est bien parce qu'il aime profond&#233;ment la vie, les hommes et les femmes de son pays et d'ailleurs, son village, mais aussi la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6150 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH402/e4898a58857f7017-522ed6d1-5bea0.jpg?1781611053' width='500' height='402' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Se souvenir de 14-18 aujourd'hui, c'est enfin se souvenir &#233;galement de certaines le&#231;ons que nous enseigne cette exp&#233;rience. Parmi ces le&#231;ons, Louis Barthas insiste dans l'extrait ci-dessus sur l'&#232;re du grand mensonge qu'a &#233;t&#233; cette guerre. Non pas un mensonge pour tromper l'ennemi comme l'on s'y attend entre deux bellig&#233;rants. Plut&#244;t un mensonge de &#034;nos ma&#238;tres&#034; envers les masses populaires, &#224; propos de la guerre, pour les mobiliser dans l'effort de guerre et maintenir ce dernier co&#251;te que co&#251;te, pendant des ann&#233;es, au prix de millions de vies humaines et d'une destruction apocalyptique de l'Europe. Les discours et la culture de guerre ont donc &#233;t&#233; une des conditions de possibilit&#233; des violences de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet ce que Louis Barthas d&#233;crit : &#034;on a menti cyniquement en disant qu'on luttait uniquement pour le triomphe du Droit et de la Justice, qu'on n'&#233;tait guid&#233;s par aucune ambition, aucune convoitise coloniale ou int&#233;r&#234;ts financiers et commerciaux. On a menti en nous disant qu'il fallait aller jusqu'au bout pour que ce soit la derni&#232;re des guerres. On a menti en disant que nous, les poilus, nous voulions la continuation de la guerre pour venger les morts, pour que nos sacrifices ne soient pas inutiles. On a menti... mais je renonce &#224; &#233;crire tous les mensonges sortis de la bouche ou sous la plume de nos gouvernants ou journalistes.&#034; Les discours guerriers ne sont pas &#233;trangers &#224; notre temps ; pourtant, rares sont les voix officielles aujourd'hui qui rappellent leurs cons&#233;quences impr&#233;visibles et d&#233;vastatrices, en prenant exemple sur 14-18. Le mensonge dont parle Louis Barthas n'a par ailleurs rien de complotiste : il d&#233;signe la domination id&#233;ologique de la classe dirigeante au pouvoir et non pas quelque manipulation ou conspiration par un pouvoir occulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, &#224; un si&#232;cle de distance, Louis Barthas nous est contemporain. &#034;Contemporain est celui qui re&#231;oit en plein visage le faisceau de t&#233;n&#232;bres qui provient de son temps&#034; (Giorgio Agamben, Qu'est-ce que le contemporain ?, 2008).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Etat, &#171; ...un comit&#233; qui g&#232;re les affaires communes de toute la classe bourgeoise &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-Etat-un-comite-qui-gere-les-affaires-communes-de-toute-la-classe-bourgeoise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-Etat-un-comite-qui-gere-les-affaires-communes-de-toute-la-classe-bourgeoise</guid>
		<dc:date>2019-12-03T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-12-03</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les grands mouvements sociaux comme la gr&#232;ve du 5/12 ont le m&#233;rite de mettre &#224; nu la domination de classe de la bourgeoisie et de d&#233;voiler les ruses de la doxa dominante. L'&#201;tat, soutient Marx, &#171; n'est qu'un comit&#233; qui g&#232;re les affaires communes de toute la classe bourgeoise &#187;. Retour sur l'&#201;tat bourgeois. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Le Manifeste communiste, Marx et Engels &#233;crivent en f&#233;vrier 1848 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous voyons donc que la bourgeoisie moderne est elle-m&#234;me le produit d'un long (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Gauche-politique-intellectuelle-et-debats-" rel="directory"&gt;Gauche politique, intellectuelle et d&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-12-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-12-03&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH69/arton41412-fa8d4.jpg?1781611053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='69' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les grands mouvements sociaux comme la gr&#232;ve du 5/12 ont le m&#233;rite de mettre &#224; nu la domination de classe de la bourgeoisie et de d&#233;voiler les ruses de la doxa dominante. L'&#201;tat, soutient Marx, &#171; n'est qu'un comit&#233; qui g&#232;re les affaires communes de toute la classe bourgeoise &#187;. Retour sur l'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/fragments-de-marx/article/221019/letat-un-comite-qui-gere-les-affaires-communes-de-toute-la-classe-bourgeoise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Le Manifeste communiste, Marx et Engels &#233;crivent en f&#233;vrier 1848 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous voyons donc que la bourgeoisie moderne est elle-m&#234;me le produit d'un long processus de d&#233;veloppement, de toute une s&#233;rie de r&#233;volutions survenues dans le mode de production et d'&#233;change. Chaque &#233;tape de l'&#233;volution parcourue par la bourgeoisie &#233;tait accompagn&#233;e d'un progr&#232;s politique correspondant. Classe opprim&#233;e sous la domination des seigneurs f&#233;odaux, association en armes s'administrant elle-m&#234;me dans la commune ; l&#224;, r&#233;publique urbaine autonome, ici tiers &#233;tat taillable de la monarchie ; puis, &#224; l'&#233;poque de la manufacture, contrepoids de la noblesse dans la monarchie f&#233;odale ou absolue, soutien principal des grandes monarchies en g&#233;n&#233;ral, la bourgeoisie a r&#233;ussi &#224; conqu&#233;rir de haute lutte le pouvoir politique exclusif dans l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne : la grande industrie et le march&#233; mondial lui avaient fray&#233; le chemin. Le pouvoir d'&#201;tat moderne n'est qu'un comit&#233; qui g&#232;re les affaires communes de toute la classe bourgeoise.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des originalit&#233;s de l'&#339;uvre de Marx dans le domaine de la politique tient peut-&#234;tre en ce qu'il a pu penser l'&#201;tat moderne sans r&#233;duire la politique &#224; ce dernier. Le politique, selon Marx, se loge partout, dans chacun des rapports sociaux qui renvoient chacun &#224; sa mani&#232;re au champ politique comme sph&#232;re de r&#233;solution de tous les conflits du corps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne l'extrait ci-dessus, les formes et la nature du pouvoir politique d&#233;pendrait de tout ce qui se passe, par ailleurs, dans le &#034;mode de production et d'&#233;change&#034;. Comme l'a montr&#233; Karl Polanyi et l'anthropologie &#233;conomique depuis les ann&#233;es 1940, cela d&#233;passe de loin le seul domaine strictement &#034;&#233;conomique&#034;, car cela inclut tout aussi bien l'&#233;conomie capitaliste que les rapports familiaux de reproduction, les dynamiques d&#233;mographiques et les &#233;changes non marchands par la m&#233;diation de l'&#201;tat, des &#201;glises, d'institutions sociales anciennes h&#233;rit&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette grille de lecture marxienne, l'industrialisation et la mondialisation des &#233;changes &#034;avaient fray&#233; le chemin&#034; &#224; la bourgeoisie, &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat moderne. Marx et Engels soutiennent ici une d&#233;pendance du pouvoir politique d&#233;tenu par la bourgeoisie en tant que classe et les transformations dans la production et les &#233;changes : &#034;Chaque &#233;tape de l'&#233;volution parcourue par la bourgeoisie &#233;tait accompagn&#233;e d'un progr&#232;s politique correspondant.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre Marx et Engels, du Moyen &#194;ge central &#224; l'&#232;re victorienne, la bourgeoisie a pu progressivement gravir les &#233;chelons du pouvoir jusqu'&#224; prendre possession de la direction de l'&#201;tat : &#034;la bourgeoisie a r&#233;ussi &#224; conqu&#233;rir de haute lutte le pouvoir politique exclusif dans l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne&#034;. Aussi, quelle que soit la forme nationale de l'&#201;tat - monarchie constitutionnelle, empire autoritaire modernisateur ou empire multinational d'ancien r&#233;gime, r&#233;publique parlementaire et/ou pr&#233;sidentielle - le pouvoir politique est d&#233;fini structurellement par Marx et Engels, au moyen de cette formule c&#233;l&#232;bre : &#034;Le pouvoir d'&#201;tat moderne n'est qu'un comit&#233; qui g&#232;re les affaires communes de toute la classe bourgeoise&#034;. Car, ce pouvoir s'av&#232;re n'&#234;tre qu'un point au milieu d'un faisceau dense de relations au sein de la soci&#233;t&#233;, quitte &#224; ce qu'il se place au sommet et m&#234;me en ext&#233;riorit&#233; &#224; l'&#233;gard de ces relations. Ce sont ces relations et leurs r&#233;gularit&#233;s statistiques qui attribuent une position et donc une signification &#224; l'&#201;tat. C'est seulement au moyen de cette d&#233;marche relationnelle, qui rejoint notamment celle de Pierre Bourdieu dans ses Raisons pratiques (1986-1994), qui permet &#224; la fois d'&#233;viter un complotisme anti-bourgeois &#233;troit et de critiquer le monopole politique exerc&#233; par la bourgeoisie sur l'&#201;tat &#224; sa racine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les choses semblent aujourd'hui plus complexes. Les transformations profondes du monde depuis la chute du mur de Berlin (1989) ont entra&#238;n&#233; une telle reconfiguration des territoires, des pouvoirs et des relations internationales que d&#233;sormais, des questions en apparence simples comme l'identification de ceux qui gouvernent, et des lieux de pouvoir &#224; partir desquels ils gouvernent, se complexifient et deviennent difficiles &#224; saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tentant de reprendre l'extrait ci-dessus afin de poser quelques questions sur la nature du pouvoir d'&#201;tat bourgeois aujourd'hui. Si, comme l'entendent Marx et Engels, &#034;Chaque &#233;tape de l'&#233;volution parcourue par la bourgeoisie &#233;tait accompagn&#233;e d'un progr&#232;s politique correspondant&#034;, alors qu'en est-il des bouleversements technologiques et &#233;conomiques depuis 1989 ? Quels en sont les &#034;progr&#232;s politiques correspondants&#034; pour la bourgeoisie au pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les th&#233;oriciens marxistes qui ont prolong&#233; ce questionnement dans un effort d'actualisation, Toni Negri et Michael Hardt sont certainement ceux qui ont le plus insist&#233; sur la radicalit&#233; des changements intervenus dans l'intervalle des trente derni&#232;res ann&#233;es. Ils avaient expos&#233; cette th&#233;orie dans Empire, en 2000, dont les ventes ont depuis d&#233;pass&#233; le million d'exemplaires &#224; l'&#233;chelle du monde. Le nouveau paradigme du pouvoir est celui d'un Empire d&#233;territorialis&#233; et inscrit dans les flux des r&#233;seaux transnationaux contr&#244;l&#233;s par le capital. Face &#224; l'&#233;puisement des diff&#233;rentes formes de gouvernement disciplinaire et vertical inscrites et reproduites dans l'&#201;tat moderne, le pouvoir imp&#233;rial du XXIe si&#232;cle se loge dans les relations horizontales des r&#233;seaux de l'Empire et d'une &#034;soci&#233;t&#233; de contr&#244;le&#034; dont les sujets sont gouvern&#233;s par la biopolitique immanente du capital. C'est ce non-lieu du nouveau paradigme du pouvoir qui fait &#233;crire &#224; Hardt et Negri : &#034;notre Empire n'a pas de Rome&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution num&#233;rique, l'automatisation et la robotisation en cours ne sont donc pas sans incidence sur le pouvoir de la bourgeoisie comme le sugg&#232;re le passage cit&#233; du Manifeste. Oblig&#233;s de recourir &#224; l'immanence des r&#233;seaux de tous types pour gouverner, le capital et l'&#201;tat offrent de nouvelles potentialit&#233;s politiques aux classes subalternes, comme l'a montr&#233; l'auto-organisation des mouvements comme les gilets jaunes derni&#232;rement. Hardt et Negri &#233;crivent en ce sens : &#034;La multitude ne peut &#234;tre dirig&#233;e que selon des principes int&#233;rieurs (...) cette existence biopolitique de la multitude poss&#232;de le potentiel pour &#234;tre transform&#233;e en une masse autonome de productivit&#233; intelligente, c'est-&#224;-dire en un pouvoir d&#233;mocratique absolu comme aurait dit Spinoza.&#034; (Michael Hardt et Antonio Negri, Empire, Paris, Exils - 10/18, 2000, p. 416).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'espace public d&#233;mocratique h&#233;rit&#233; dispara&#238;t sous l'effet conjugu&#233; de la mondialisation marchande et de la restauration n&#233;olib&#233;rale, de nouvelles virtualit&#233;s r&#233;volutionnaires se forment dans les nouveaux rapports de pouvoir institu&#233;s par les classes dirigeantes. Dans cette &#233;poque transitoire, les luttes subalternes semblent se d&#233;ployer sans m&#233;diation, &#224; l'image des dynamiques biopolitiques institu&#233;es par les classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Source du texte de Marx et Engels : &#034;Le Manifeste communiste&#034; dans Karl Marx, Philosophie, &#233;dition &#233;tablie par Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, 1965, p. 401.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; L'id&#233;e d'une r&#233;volte mondiale &#187;. Nommer l'histoire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-idee-d-une-revolte-mondiale-Nommer-l-histoire</link>
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		<dc:date>2019-11-12T07:45:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-11-12</dc:subject>

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&lt;p&gt;La couverture m&#233;diatique mondiale des r&#233;voltes sociales et politiques en cours dans plusieurs pays risque-t-elle d'alimenter une r&#233;pression globale, organis&#233;e par le parti de l'ordre ? Les images des r&#233;voltes qui tournent en boucle servent-elles inconsciemment l'ordre &#233;tabli des puissants ? &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re chronique de Pierre Serna dans l'Humanit&#233; aborde les r&#233;voltes populaires globales des derniers mois. Il &#233;crit : &#171; Depuis quelques jours, circule dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton41084-47469.jpg?1781611053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La couverture m&#233;diatique mondiale des r&#233;voltes sociales et politiques en cours dans plusieurs pays risque-t-elle d'alimenter une r&#233;pression globale, organis&#233;e par le parti de l'ordre ? Les images des r&#233;voltes qui tournent en boucle servent-elles inconsciemment l'ordre &#233;tabli des puissants ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/101119/l-idee-d-une-revolte-mondiale-nommer-lhistoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/ma-chronique-de-lextreme-centre-par-pierre-serna-679935&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chronique de Pierre Serna&lt;/a&gt; dans l'Humanit&#233; aborde les r&#233;voltes populaires globales des derniers mois. Il &#233;crit : &#171; Depuis quelques jours, circule dans les m&#233;dias l'id&#233;e d'une r&#233;volte mondiale &#187; qui revendique plus de justice sociale et de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de saisir le traitement m&#233;diatique des r&#233;voltes en cours pose un premier probl&#232;me car dire que &#171; circule dans les m&#233;dias l'id&#233;e d'une r&#233;volte mondiale &#187; r&#233;duit la port&#233;e de l'&#233;v&#233;nement en cours : elle sugg&#232;re que ces &#233;v&#233;nements se cantonnent &#224; l'esprit des chefs de r&#233;daction et des discussions au sein des &#233;lites m&#233;diatiques. Or, ces r&#233;voltes signalent la politisation soudaine des classes subalternes qui, comme les gilets jaunes l'ont montr&#233; en France, se saisissent du politique par tous les moyens &#224; leur disposition. Parler d'une &#171; id&#233;e d'une r&#233;volte mondiale &#187; au lieu de nommer, sans guillemets, cette r&#233;volte globale en cours, implique donc d'en r&#233;duire la port&#233;e, voire, dans la compr&#233;hension de certains lecteurs, d'en nier la r&#233;alit&#233; ou l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, pour lire r&#233;guli&#232;rement ses chroniques, nous savons que Pierre Serna est de tout c&#339;ur avec ces r&#233;voltes et contre les pouvoirs qui les r&#233;priment. De m&#234;me, on ne peut &#233;mettre de doutes concernant la fid&#233;lit&#233; de l'Humanit&#233; aux luttes pour la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; dans le monde entier et sa poursuite &#224; rendre publique la parole politique des subalternes. Pierre Serna &#233;crit donc depuis une position situ&#233;e politiquement aux c&#244;t&#233;s de tous ceux et celles qui se r&#233;voltent contre l'ordre &#233;tabli existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Serna soul&#232;ve ensuite la question suivante : &#171; Mais sont-ce des r&#233;voltes ou des r&#233;volutions ? Apr&#232;s tout, l'historien des r&#233;volutions n'est point &#233;tonn&#233;. Entre 1770 et 1804, des centaines de r&#233;voltes &#233;clatent de par le monde. Cependant, seules trois vont aboutir &#224; des r&#233;volutions &#187;. Et de souligner le d&#233;calage entre le r&#233;sultat imm&#233;diat de ces r&#233;volutions, en France, aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique et &#224; Ha&#239;ti, et l'horizon politique qui les a port&#233;es : &#171; Autant de preuves que les r&#233;volutions ne sont pas termin&#233;es tant qu'elles n'ont pas rejoint leur horizon d'id&#233;alit&#233; : la R&#233;publique d&#233;mocratique et sociale. Le rapport avec aujourd'hui semble clair. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce rapport pass&#233;/pr&#233;sent n'est pas clair. Faut-il en conclure que les r&#233;voltes en cours sont les prodromes, selon Pierre Serna, d'une r&#233;volution qui ne pourra se d&#233;clarer que plus tard ? Ou bien que ces r&#233;voltes s'&#233;puiseront, &#224; l'exception de quelques-unes peut-&#234;tre qui aboutiront &#224; des r&#233;volutions, comme cela s'est fait dans l'Atlantique r&#233;volutionnaire &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle ? Quelle est alors la l&#233;gitimit&#233; historique des &#171; simples &#187; r&#233;voltes ? Ces questions indiquent, elles aussi, des ambigu&#239;t&#233;s dans l'analyse de Pierre Serna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il craint, enfin, que &#171; cette mondialit&#233; des r&#233;voltes, pass&#233;e en boucle par des m&#233;dias se r&#233;galant d'images &#171; fortes &#187;, et cr&#233;ant sciemment un climat anxiog&#232;ne, ne serve surtout &#224; une r&#233;pression mondiale, les polices rivalisant d'ing&#233;niosit&#233; brutale. La complicit&#233; machiav&#233;lienne des pouvoirs est alors &#233;vidente, qui laisse la col&#232;re filtrer par les &#233;crans pour mieux l'&#233;craser dans la rue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire nous montre que la peur des puissants &#224; l'&#233;gard d'une r&#233;volte, voire d'une r&#233;volution, men&#233;e par et pour les classes subalternes est l'un des moteurs des progr&#232;s sociaux, politiques et culturels dans le monde. Si ces images et cette &#171; mondialit&#233; des r&#233;voltes &#187; servent par la suite de narratif aux gouvernements et aux policiers pour justifier la r&#233;pression dans le sang des luttes, &#231;a se fera en en payant le prix politique et au vu de l'ensemble des opinions publiques. Car, ces &#171; images fortes &#187; et ce r&#233;cit m&#233;diatique de la &#171; mondialit&#233; des r&#233;voltes &#187; cheminent aussi dans l'esprit et les c&#339;urs des peuples. L'histoire de Menocchio, meunier du Frioul italien &#224; la fin du XVIe si&#232;cle, pris dans les filets de l'Inquisition, montre &#224; quel point la r&#233;ception des id&#233;es, des images, des &#339;uvres est autonome. C'est un fil rouge suivi par l'histoire sociale et culturelle des quarante derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques d&#233;cennies auparavant, L&#233;nine &#233;crivait ces lignes face aux campagnes de haine et de manipulation lanc&#233;es contre la r&#233;volution sociale en cours en Europe : &#171; Les millions d'exemplaires de journaux bourgeois, qui clamaient sur tous les modes contre les bolcheviks [en juillet 1917], permirent aux masses de juger le bolchevisme ; et puis, en dehors de la presse, toute la vie sociale, pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce au &#034;z&#232;le&#034; de la bourgeoisie, s'emplissait de discussions sur le bolchevisme. Maintenant, &#224; l'&#233;chelle internationale, les millionnaires de tous les pays se comportent de telle fa&#231;on que nous devons leur &#234;tre profond&#233;ment reconnaissants. &#187; C'&#233;tait au printemps 1920, dans sa brochure destin&#233;e aux militants et cadres de l'Internationale communiste, intitul&#233;e La maladie infantile du communisme. Aux moments de bascule, o&#249; l'ordre &#233;tabli ne fait plus syst&#232;me et commence &#224; craquer de toute part, les br&#232;ches dans l'&#233;difice du pouvoir se multiplient et transforment, de mani&#232;re dialectique, ce qui auparavant &#233;tait un pilier de l'ancien r&#233;gime en arme nouvelle &#224; son encontre. Cette &#171; critique des armes &#187; &#233;tait aussi connue par les auteurs du Manifeste communiste (1848) : &#171; Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la f&#233;odalit&#233; se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une derni&#232;re question laiss&#233;e en suspens qui traverse le texte de Pierre Serna : est-on en droit de se r&#233;volter ? Est-il l&#233;gitime, en droit et en raison, de se r&#233;volter comme on le fait &#224; Tripoli, &#224; Alger, &#224; Santiago, &#224; Hong Kong, &#224; Barcelone ou &#224; Paris ? Car Pierre Serna reconna&#238;t qu'&#233;voquer le risque de la r&#233;pression sanglante &#171; n'est pas une raison pour arr&#234;ter la lutte, mais c'est une fa&#231;on de ne pas &#234;tre dupe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dupe de quoi ? Du r&#233;cit des dominants ? Ou de l'id&#233;e d'une r&#233;volte globale qui engagerait les peuples dans une impasse de r&#233;pression ? On en revient donc &#224; une ambigu&#239;t&#233; politique qui pose implicitement cette question : a-t-on raison de se r&#233;volter ? Hier comme aujourd'hui ? On pourra feuilleter quelques cahiers de dol&#233;ances &#233;dit&#233;s et pr&#233;sent&#233;s par Pierre Serna aux &#233;ditions Textuel dans un tr&#232;s beau livre, ou lire les reportages de l'Humanit&#233; ou de Mediapart sur les r&#233;voltes en cours, pour s'en convaincre que oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a autre chose : cela en vaut-il le prix ? Cela en vaut-il le prix, si, en fin de compte, &#231;a finit toujours dans le sang de la r&#233;pression et la d&#233;faite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une histoire ouverte, il n'y a aucune fatalit&#233;, comme l'explique Carmen Castillo dans l'Humanit&#233; du 25 octobre dernier : nous faisons notre propre histoire. Y compris lorsque nous choisissons de ne pas livrer bataille : ce sont sans doute ces d&#233;faites-l&#224; qui sont les pires et les plus durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent ans apr&#232;s l'&#233;crasement de la r&#233;volution spartakiste, les mots de Rosa Luxemburg sonnent encore aujourd'hui comme un appel au combat actuel : &#171; Que nous enseigne toute l'histoire des r&#233;volutions modernes et du socialisme ? La premi&#232;re flamb&#233;e de la lutte de classe en Europe s'est achev&#233;e par une d&#233;faite. Le soul&#232;vement des canuts de Lyon, en 1831, s'est sold&#233; par un lourd &#233;chec. D&#233;faite aussi pour le mouvement chartiste en Angleterre. D&#233;faite &#233;crasante pour la lev&#233;e du prol&#233;tariat parisien au cours des journ&#233;es de juin 1848. La Commune de Paris enfin a connu une terrible d&#233;faite. La route du socialisme - &#224; consid&#233;rer les luttes r&#233;volutionnaires - est pav&#233;e de d&#233;faites. Et pourtant cette histoire m&#232;ne irr&#233;sistiblement, pas &#224; pas, &#224; la victoire finale ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg a &#233;t&#233; et sera &#224; nouveau entendue. Nous sommes attendus (Daniel Bensa&#239;d, Walter Benjamin).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marx d&#233;voile la la&#239;cit&#233; </title>
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		<dc:date>2019-10-21T19:48:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-10-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment penser la la&#239;cit&#233; dans le contexte islamophobe actuel ? Lecture &#171; anachronique &#187; d'une critique mat&#233;rialiste de la la&#239;cit&#233; par Marx qui cherche en 1843-1844 &#224; la d&#233;passer tout en en conservant les pr&#233;cieux acquis, en qu&#234;te d'une &#233;mancipation humaine universelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est des th&#232;mes du discours public qui sont devenus au fil du temps des marqueurs incontournables des nationalismes contemporains. La &#034;place de l'islam en France&#034;, l'obsession du voile dans l'espace public et &#034;la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton40797-c6008.png?1781611053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment penser la la&#239;cit&#233; dans le contexte islamophobe actuel ? Lecture &#171; anachronique &#187; d'une critique mat&#233;rialiste de la la&#239;cit&#233; par Marx qui cherche en 1843-1844 &#224; la d&#233;passer tout en en conservant les pr&#233;cieux acquis, en qu&#234;te d'une &#233;mancipation humaine universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des th&#232;mes du discours public qui sont devenus au fil du temps des marqueurs incontournables des nationalismes contemporains. La &#034;place de l'islam en France&#034;, l'obsession du voile dans l'espace public et &#034;la la&#239;cit&#233;&#034; en sont. L'historien Enzo Traverso soulignait dans Les nouveaux visages du fascisme (Textuel, 2016) ce trait sp&#233;cifique des extr&#234;mes droites contemporaines par rapport aux fascismes et extr&#234;mes droites de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle : l'islamophobie est au c&#339;ur de leur id&#233;ologie et de leur politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin ao&#251;t, Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer, Julien Odoul, Henri Pe&#241;a-Ruiz mais aussi Eric Zemmour ont chacun &#224; leur mani&#232;re &#233;voqu&#233; les principes de la la&#239;cit&#233; pour pointer du doigt l'islam dans l'espace public. La question divise jusque dans les gauches (politiques, syndicales, associatives, intellectuelles). Comment penser la la&#239;cit&#233; aujourd'hui dans le contexte du &#034;retour du religieux&#034;sans c&#233;der &#224; l'islamophobie ambiante ? Dans l'extrait ci-dessous, Marx offre des cl&#233;s int&#233;ressantes pour ce faire, arrimant la la&#239;cit&#233; &#224; l'&#233;mancipation r&#233;elle et universelle. Sa lecture volontairement &#034;anachronique&#034; permet, parce qu'elle-m&#234;me contr&#244;l&#233;e, d'actualiser la pens&#233;e critique de Marx dans le contexte qui est le n&#244;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet extrait est issu de son essai &#034;A propos de la question juive&#034; initialement publi&#233; &#224; Paris dans les Annales franco-allemandes en 1844. Marx &#233;crit cet essai critique pendant son s&#233;jour &#224; Kreuznach en 1843 au cours duquel il rencontre le &#034;pr&#233;sident des isra&#233;lites qui [lui] demande de r&#233;diger une p&#233;tition en faveur des juifs, destin&#233;e &#224; la Di&#232;te&#034;, ce qu'il accepte. (Citation d'une lettre de Marx &#224; Arnold Ruge, tir&#233;e de la notice de Maximilien Rubel sur l'essai &#034;A propos de la question juive&#034;). Dans la premi&#232;re partie de cet essai critique de l'ouvrage de Bruno Bauer intitul&#233; La Question juive, Marx construit un plaidoyer en faveur de l'&#233;mancipation politique des juifs. Face &#224; Bruno Bauer qui reproche aux juifs d'exiger que l'&#201;tat abandonne toute r&#233;f&#233;rence &#224; la religion chr&#233;tienne sans qu'ils abandonnent, eux, leur religion, Marx d&#233;fend l'&#233;mancipation politique des Juifs par l'&#201;tat s&#233;cularis&#233; et la&#239;que. Il tente surtout de poser la probl&#233;matique de l'&#233;mancipation avec justesse, sans se contenter des illusions lib&#233;rales-d&#233;mocratiques de la s&#233;paration de l'&#201;tat et des cultes institu&#233;es. Car en effet, aux yeux de Marx, l'&#233;mancipation de la religion ne peut s'arr&#234;ter &#224; cette &#233;tape politique : elle est appel&#233;e &#224; aller plus loin, &#224; &#234;tre r&#233;elle et universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx proc&#232;de dans un premier temps &#224; la contextualisation et l'historicisation de la question en d&#233;bat, reprenant ainsi une tradition critique &#233;clair&#233;e des textes religieux initi&#233;e par Spinoza (cit&#233; en exemple par Pierre Bourdieu dans ses M&#233;ditations pascaliennes), Pierre Bayle et Richard Simon &#224; la fin du XVIIe si&#232;cle, poursuivie par les &#034;Lumi&#232;res radicales&#034; (Jonathan Isra&#235;l) au si&#232;cle suivant. Suite &#224; quoi, il explicite ces op&#233;rations intellectuelles qui sont charg&#233;es d'enjeux politiques. Marx &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Selon l'&#201;tat o&#249; demeure le juif, la question juive se pose en termes diff&#233;rents. En Allemagne, o&#249; l'&#201;tat politique, l'&#201;tat en tant qu'&#201;tat, n'existe pas, la question juive est une question purement th&#233;ologique. Le juif se trouve en conflit religieux avec l'&#201;tat, qui reconna&#238;t le christianisme comme son fondement. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En France, dans l'&#201;tat constitutionnel, la question juive est la question du constitutionnalisme, la question de l'inach&#232;vement de l'&#233;mancipation politique. Comme l'apparence d'une religion d'&#201;tat subsiste ici, m&#234;me si c'est sous la forme, vaine et en soi contradictoire, d'une religion de la majorit&#233;, la position des juifs &#224; l'&#233;gard de l'&#201;tat conserve l'apparence d'une opposition religieuse, th&#233;ologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;C'est seulement dans les &#201;tats libres de l'Am&#233;rique du Nord - du moins dans certains d'entre eux - que la question juive perd sa signification th&#233;ologique pour devenir une question vraiment s&#233;culi&#232;re. C'est seulement l&#224; o&#249; l'&#201;tat politique a atteint son plein d&#233;veloppement que le rapport du juif, ou, en g&#233;n&#233;ral, de l'homme religieux &#224; cet &#201;tat, c'est-&#224;-dire le rapport de la religion &#224; l'&#201;tat, peut ressortir dans sa particularit&#233; et dans sa puret&#233;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &#034;Il n'existe aux &#201;tats-Unis ni religion d'&#201;tat, ni religion d&#233;clar&#233;e celle de la majorit&#233;, ni pr&#233;&#233;minence d'un culte sur un autre. L'&#201;tat est &#233;tranger &#224; tous les cultes.&#034; (Marie ou l'Esclavage aux &#201;tats-Unis, etc., par G. De Beaumont, Paris, 1835) (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Et pourtant, l'Am&#233;rique du Nord est par excellence le pays de la religiosit&#233;, comme l'affirment &#224; l'unisson Beaumont, Tocqueville et le Britannique Hamilton. Mais les &#201;tats d'Am&#233;rique du Nord ne sont ici qu'un exemple. La question est la suivante : quel est le rapport entre une &#233;mancipation politique achev&#233;e et la religion ? Puisque nous constatons que la religion non seulement existe dans les pays de l'&#233;mancipation politique la plus achev&#233;e, mais qu'elle y m&#232;ne une existence vivace et florissante, la preuve est faite que la pr&#233;sence de la religion n'est pas incompatible avec l'&#233;panouissement de l'&#201;tat. Mais comme la pr&#233;sence de la religion r&#233;v&#232;le la pr&#233;sence d'une tare, la source de cette tare ne peut &#234;tre recherch&#233;e que dans la nature m&#234;me de l'&#201;tat. La religion n'est plus pour nous la cause du parti pris profane, elle en est la manifestation. Voil&#224; pourquoi nous expliquons les pr&#233;ventions religieuses des citoyens libres par leurs pr&#233;ventions profanes. Nous ne pr&#233;tendons nullement qu'ils doivent surmonter leur &#233;troitesse religieuses pour surmonter leurs limites profanes. Nous pr&#233;tendons qu'ils surmontent leur limitation religieuse, du moment qu'ils surmontent leurs limites profanes. Nous ne transformons pas les questions profanes en questions th&#233;ologiques. Nous transformons les questions th&#233;ologiques en questions profanes. L'histoire ayant &#233;t&#233; assez longtemps absorb&#233;e par la superstition, nous faisons absorber la superstition par l'histoire. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;mancipation politique du juif, du chr&#233;tien, de l'homme religieux en g&#233;n&#233;ral, c'est l'&#233;mancipation de l'&#201;tat par rapport au juda&#239;sme, au christianisme, &#224; la religion en g&#233;n&#233;ral. Sous sa forme particuli&#232;re, selon le mode particulier de sa nature, l'&#201;tat en tant que tel s'&#233;mancipe de la religion en s'&#233;mancipant de la religion d'&#201;tat, c'est-&#224;-dire quand, en tant qu'&#201;tat, il ne professe aucune religion, mais professe plut&#244;t qu'il est l'&#201;tat. S'&#233;manciper politiquement de la religion, ce n'est pas s'&#233;manciper de fa&#231;on parfaite et non contradictoire, parce que l'&#233;mancipation politique n'est pas le mode parfait, le mode non contradictoire de l'&#233;mancipation humaine.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui pr&#233;c&#232;de, il est tout d'abord int&#233;ressant de noter que Marx fait de la religion une partie int&#233;grante de la modernit&#233; de son temps, contrairement &#224; ce qu'on a pu lui faire dire en mati&#232;re de religion. La soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine du XIXe si&#232;cle en fournit la preuve irr&#233;futable. Croyances et pratiques religieuses n'ont rien d'une impuret&#233; appel&#233;e &#224; dispara&#238;tre sous l'effet des transformations culturelles et sociales du monde moderne. Par cons&#233;quent, l'&#233;mancipation de Dieu, des clercs et de la religion, ne peut &#234;tre qu'incompl&#232;te dans l'&#201;tat moderne ayant pris acte de la s&#233;paration de l'&#201;tat et des cultes religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il importe de saisir la d&#233;marche mat&#233;rialiste dans la critique de Marx, suivant sa vis&#233;e d'&#233;mancipation humaine. Aux religions, Marx n'oppose pas une critique suivant des principes et des valeurs : il s'int&#233;resse avant tout aux racines terrestres des religions, &#224; leurs conditions de possibilit&#233;, pour les critiquer, s'y attaquer politiquement et ouvrir les possibles de l'&#233;mancipation humaine. C'est entre autres &#224; ce parti pris que Daniel Bensa&#239;d rendait hommage dans son &#201;loge de la politique profane (2011). Marx l'explique sans d&#233;tour dans cette formule radicalement mat&#233;rialiste : &#034;Nous ne transformons pas les questions profanes en questions th&#233;ologiques. Nous transformons les questions th&#233;ologiques en questions profanes.&#034; Ces lignes r&#233;sonnent aujourd'hui comme une critique mat&#233;rialiste de gauche de tous les discours qui n'en finissent pas d'opposer les &#034;valeurs de la R&#233;publique&#034; aux croyants musulmans tout en occultant sciemment tout ce qui dans les rapports sociaux, les relations internationales et la longue dur&#233;e des soci&#233;t&#233;s contribue &#224; donner corps aux diff&#233;rents islams et aux &#034;musulmans&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, nous pouvons retenir de ce mat&#233;rialisme militant de Marx que le terrain de la politique est celui des &#034;questions profanes&#034;, o&#249; la raison de chacun est appel&#233;e &#224; juger des arguments de chaque parti &#224; partir de la vie telle qu'elle se donne &#224; voir aux yeux de tou.te.s de mani&#232;re imm&#233;diate ; et inversement, que le terrain de la politique d&#233;mocratique ne peut &#234;tre celui des &#034;questions th&#233;ologiques&#034;, o&#249; le sacr&#233; exclut le profane, o&#249; les symboles d'appartenance remplacent les id&#233;es, o&#249; les r&#233;flexes identitaires et la peur anesth&#233;sient l'intelligence collective du corps politique.&lt;br class='autobr' /&gt; Une sc&#232;ne de l'espace public quand la la&#239;cit&#233; &#233;tait un mot d'ordre de gauche. Messe, camp de Ch&#226;lons. Photographie de Gustave Le Gray, 1857. Source : gallica.bnf.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce m&#234;me essai, Marx identifie plus loin le secret de l'inach&#232;vement contradictoire de l'&#201;tat s&#233;cularis&#233;, la&#239;que et moderne. Il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L&#224; o&#249; l'&#201;tat politique est parvenu &#224; son &#233;panouissement v&#233;ritable, l'homme m&#232;ne, non seulement dans la pens&#233;e, dans la conscience, mais dans la r&#233;alit&#233;, dans la vie une vie double, une vie c&#233;leste et terrestre : la vie dans la communaut&#233; politique o&#249; il s'affirme comme un &#234;tre communautaire et la vie dans la soci&#233;t&#233; civile, o&#249; il agit en homme priv&#233;, consid&#232;re les autres comme des moyens, se ravale lui-m&#234;me au rang de moyen et devient le jouet de puissances &#233;trang&#232;res. L'&#201;tat politique se comporte envers la soci&#233;t&#233; civile d'une mani&#232;re aussi spiritualiste que le ciel envers la terre. Il se trouve envers elle dans la m&#234;me opposition, il en vient &#224; bout de la m&#234;me mani&#232;re que la religion surmonte la limitation du monde profane, c'est-&#224;-dire qu'il est de nouveau contraint de la reconna&#238;tre, de la r&#233;tablir et de se laisser lui-m&#234;me dominer par elle. Dans sa r&#233;alit&#233; la plus imm&#233;diate, dans la soci&#233;t&#233; civile, l'homme est un &#234;tre profane. Et c'est justement l&#224; o&#249;, &#224; ses propres yeux et aux yeux des autres, il passe pour un individu r&#233;el, qu'il est une figure sans v&#233;rit&#233;. En revanche, dans l'&#201;tat, o&#249; il est consid&#233;r&#233; comme un &#234;tre g&#233;n&#233;rique, l'homme est le membre imaginaire d'une souverainet&#233; illusoire, d&#233;pouill&#233; de sa vie r&#233;elle d'individu et empli d'une universalit&#233; irr&#233;elle. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Assur&#233;ment l'&#233;mancipation politique constitue un grand progr&#232;s ; ce n'est certes pas la forme ultime de l'&#233;mancipation humaine en g&#233;n&#233;ral, mais c'est la derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation humaine &#224; l'int&#233;rieur de l'ordre mondial tel qu'il a exist&#233; jusqu'ici. Entendons-nous bien : nous parlons ici de l'&#233;mancipation r&#233;elle, pratique. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le d&#233;doublement de l'homme en l'homme public et en l'homme priv&#233;, le d&#233;placement de la religion passant de la sph&#232;re de l'&#201;tat dans celle de la soci&#233;t&#233; civile, cela ne constitue pas une &#233;tape mais l'ach&#232;vement de l'&#233;mancipation politique, qui ne supprime donc pas la religiosit&#233; r&#233;elle de l'homme, et qui, du reste, ne cherche pas &#224; la supprimer.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche de Marx anticipe ci-dessus les &#034;religions civiles&#034; nationales du XXe si&#232;cle, &#233;tudi&#233;es par les historiens de la Premi&#232;re Guerre mondiale par exemple. Car, en effet, ici, &#034;l'&#201;tat politique se comporte envers la soci&#233;t&#233; civile d'une mani&#232;re aussi spiritualiste que le ciel envers la terre.&#034; Tel a &#233;t&#233; le cas au cours des moments forts o&#249; une collectivit&#233; nationale traverse une crise : l'&#201;tat impose &#224; tous les &#034;hommes priv&#233;s&#034; de n'&#234;tre que des &#034;hommes publics&#034;, de se conformer aux normes de la collectivit&#233; nationale, en conformit&#233; avec l'orthodoxie commune. Le discours la&#239;que et r&#233;publicain a, semble-t-il, subi un glissement vers une telle orthodoxie au lendemain des attaques terroristes de 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, Marx maintient que &#034;l'&#233;mancipation politique constitue un grand progr&#232;s&#034;. Autrement dit, la la&#239;cit&#233; de l'&#201;tat moderne lib&#233;ral est une conqu&#234;te majeure face &#224; l'Ancien r&#233;gime o&#249; le religieux et le politique &#233;taient indissociables. C'est un progr&#232;s car la libert&#233; humaine a de ce fait progress&#233; pour tou.te.s. Mais contrairement &#224; la pens&#233;e lib&#233;rale, Marx ne s'arr&#234;te pas l&#224; ; il ne peut se contenter de cette la&#239;cit&#233; qui &#034;ne supprime donc pas la religiosit&#233; r&#233;elle de l'homme, et qui, du reste, ne cherche pas &#224; la supprimer&#034; puisqu'elle n'est qu'une &#233;tape dans l'&#233;mancipation des &#234;tres humains face aux puissances sociales qui les oppriment. D'o&#249; une recherche chez Marx, proprement dialectique, d'une voie pour le d&#233;passement des limites inh&#233;rentes de l'&#233;mancipation la&#239;que, par l'action politique. Avec pour l'horizon l'&#233;mancipation &#034;r&#233;elle, pratique&#034; de l'humanit&#233; &#224; l'&#233;gard des dieux et autres f&#233;tiches sociaux r&#233;ifi&#233;s, Marx cherche &#224; identifier les contradictions r&#233;elles de l'&#201;tat lib&#233;ral moderne &#224; l'&#233;gard des religions, pour y situer sa praxis politique d'&#233;mancipation. C'est ainsi qu'il aborde le d&#233;doublement de la vie dans les &#201;tats lib&#233;raux modernes en deux sph&#232;res distinctes : une vie publique et une vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;doublement entre une vie publique des citoyens et une vie priv&#233;e des individus est au c&#339;ur des d&#233;bats actuels autour de la la&#239;cit&#233;. Par l'effet cumul&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales visant &#224; instituer une &#034;soci&#233;t&#233; de march&#233;&#034;, la configuration du public et du priv&#233; issue h&#233;rit&#233;e des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; totalement boulevers&#233;e aux d&#233;pens du premier. Les travaux des sciences sociales &#224; ce sujet convergent sur le constat empirique suivant : l'espace priv&#233; a sans cesse avanc&#233; aux d&#233;pens de l'espace public au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es. Un tel rappel permet donc de renouer avec la critique de Marx : &#034;Nous ne pr&#233;tendons nullement qu'ils doivent surmonter leur &#233;troitesse religieuse pour surmonter leurs limites profanes. Nous pr&#233;tendons qu'ils surmontent leur limitation religieuse, du moment qu'ils surmontent leurs limites profanes. Nous ne transformons pas les questions profanes en questions th&#233;ologiques. Nous transformons les questions th&#233;ologiques en questions profanes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel peut &#234;tre, tel doit &#234;tre, le parti pris la&#239;que de ceux et celles attach&#233;.e.s &#224; l'&#233;mancipation, sans concession face aux nationalismes et aux obscurantismes, quels qu'ils soient. En ces temps de d&#233;cha&#238;nement des discours de haine, Marx sonne comme un appel ouvert &#224; renouveler cette maxime de Spinoza qui projette ses &#034;lumi&#232;res radicales&#034; sur nous jusqu'&#224; aujourd'hui : &#034;Ni rire, ni pleurer, ni ha&#239;r, mais comprendre&#034; (Trait&#233; politique, 1677).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les extraits cit&#233;s ci-dessus sont tir&#233;s de &#034;A propos de la question juive&#034; dans Karl Marx, Philosophie, &#233;dition &#233;tablie par Maximilien Rubel, Gallimard, 1968, p. 53-61. L'essai de Marx ne circulera v&#233;ritablement qu'en 1902 gr&#226;ce &#224; Franz Mehring, puis plus tard dans la MEGA en 1927.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Trump, la Chine et l'imp&#233;rialisme</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Trump-la-Chine-et-l-imperialisme</link>
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		<dc:date>2019-08-20T08:14:01Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-08-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; Donald Trump intensifie l'affrontement commercial avec la Chine, les questions anciennes de la nature de l'&#233;conomie chinoise et des rapports de la Chine avec les pays en d&#233;veloppement refont surface. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son &#233;ditorial du mercredi 7 ao&#251;t dernier, Patrick Apel-Muller &#233;crit dans l'Humanit&#233; : &#034;Le monde est confront&#233; &#224; tout autre chose qu'aux seules foucades d'un pr&#233;sident lunatique ou &#224; ses efforts pour conserver l'&#233;lectorat de la &#034;ceinture (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton39872-69726.jpg?1781611053' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'heure o&#249; Donald Trump intensifie l'affrontement commercial avec la Chine, les questions anciennes de la nature de l'&#233;conomie chinoise et des rapports de la Chine avec les pays en d&#233;veloppement refont surface.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/080819/trump-la-chine-et-limperialisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;ditorial du mercredi 7 ao&#251;t dernier, Patrick Apel-Muller &#233;crit dans l'Humanit&#233; : &#034;Le monde est confront&#233; &#224; tout autre chose qu'aux seules foucades d'un pr&#233;sident lunatique ou &#224; ses efforts pour conserver l'&#233;lectorat de la &#034;ceinture rouill&#233;e&#034; qui d&#233;cidera sans doute de la prochaine pr&#233;sidentielle. Une strat&#233;gie imp&#233;riale, imp&#233;rialiste, est &#224; l'&#339;uvre, qui ambitionne une domination mondiale restaur&#233;e.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre cette analyse, le dernier &#233;pisode de la guerre &#233;conomique que se livrent les deux puissances serait donc bien plus qu'une affaire de personnalit&#233;s politiques et d&#233;passerait aussi la rh&#233;torique nationaliste entretenue par Trump pour faire campagne aupr&#232;s de son &#233;lectorat. En r&#233;alit&#233;, il s'agit d'une &#034;strat&#233;gie imp&#233;riale, imp&#233;rialiste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;ories&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;f&#233;rence semblerait aller de soi dans l'Humanit&#233; en raison de la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme h&#233;rit&#233;e de L&#233;nine et d'autres marxistes du d&#233;but du XXe si&#232;cle. Mais cela n'est pas sans poser probl&#232;me, comme le signale par ailleurs l'usage de l'adjectif &#034;imp&#233;riale&#034;, &#233;largissant de la sorte la caract&#233;risation de la politique de Trump &#224; une politique visant la domination d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pourtant probl&#232;me car l'acc&#233;l&#233;ration de la mondialisation depuis les ann&#233;es 1980 a profond&#233;ment chang&#233; les contours de l'&#233;conomie mondiale et des &#233;quilibres g&#233;opolitiques. L&#233;nine a &#233;labor&#233; sa th&#233;orie au d&#233;but du XXe si&#232;cle alors que les puissances de l'Europe de l'Ouest dominaient le monde et que la majorit&#233; de la population se trouvait en situation de d&#233;pendance ou de domination coloniale. Le capitalisme mondialis&#233; actuel le contredit frontalement par ses traits transnationaux et d&#233;territorialis&#233;s et les nouveaux partages du monde depuis la fin de la guerre froide ne ressemblent &#224; rien des partages imp&#233;rialistes &#224; caract&#232;re territorial des XIXe et XXe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde sur lequel la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme de L&#233;nine a &#233;t&#233; construit pourrait mieux &#234;tre repr&#233;sent&#233; par ces mappemondes de l'&#232;re des empires, fin XIXe si&#232;cle, alors que l'&#233;conomie mondiale d'aujourd'hui pourrait &#234;tre repr&#233;sent&#233;e par un monde mis en r&#233;seau, &#224; l'image du monde de Facebook (comparer les deux documents ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH372/ab79a917533a4a1d-d5290073-2d117.jpg?1781611053' width='500' height='372' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_4445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH249/3b387967c2123886-cfb6ee61-dbff3.png?1781611054' width='500' height='249' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, toute une s&#233;rie d'oppositions mettent &#224; mal une version actualis&#233;e de la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme de L&#233;nine, &#233;crite en 1916. Il pointait dans sa brochure le partage colonial entre grandes puissances alors qu'aujourd'hui les empires coloniaux modernes apparaissent aux yeux des historiens comme une courte parenth&#232;se dans des historicit&#233;s extra-europ&#233;ennes qui pr&#233;dominent sans partage (cf. Henri Wesseling, Les empires coloniaux europ&#233;ens 1815-1919, Gallimard, 2009). Des monopoles capitalistes nationaux, toujours plus concentr&#233;s, luttent selon L&#233;nine pour se partager le monde, alors qu'aujourd'hui pr&#233;dominent des firmes-r&#233;seaux transnationales qui mettent en concurrence &#224; la fois leurs sous-traitants et leurs filiales dans l'optique d'une rentabilit&#233; toujours croissante du capital. L'inscription derri&#232;re les iPhone est &#224; ce titre embl&#233;matique du caract&#232;re transnational de ces firmes-r&#233;seaux comme l'ont soulign&#233; les travaux de Pierre Veltz et de Laurent Carrou&#233; : &#034;Designed in California by Apple. Assembled in China&#034;. Enfin, l'exportation de capitaux et les investissements financiers dans un pays en d&#233;veloppement ne sont plus n&#233;cessairement les attributs de la domination imp&#233;rialiste puisque des pays &#233;mergents tirent profit des investissements directs &#224; l'&#233;tranger qu'ils re&#231;oivent &#224; l'aide de diff&#233;rentes strat&#233;gies de croissance et de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle semble donc se rapprocher davantage de ce que d&#233;crivait Karl Kautsky, le &#034;pape&#034; du marxisme europ&#233;en avant 1914, cit&#233; et critiqu&#233; par L&#233;nine dans sa brochure : &#034;... La politique imp&#233;rialiste actuelle ne peut-elle pas &#234;tre supplant&#233;e par une politique nouvelle, ultra-imp&#233;rialiste, qui substituerait &#224; la lutte entre les capitaux financiers nationaux l'exploitation de l'univers en commun par le capital financier uni &#224; l'&#233;chelle internationale ? Cette nouvelle phase du capitalisme est en tout cas concevable. Est-elle r&#233;alisable ? Il n'existe pas encore de pr&#233;misses indispensables pour nous permettre de trancher la question.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Empires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine ne pensait pas possible un tel &#034;ultra-imp&#233;rialisme&#034; dans l'imm&#233;diat et les deux guerres mondiales lui ont donn&#233; raison. Mais, comme le soulignent Antonio Negri et Michael Hardt dans Empire (2000), les rapports de domination tels qu'ils sont issus des mutations &#233;conomiques et g&#233;opolitiques du dernier quart du XXe si&#232;cle s'inscrivent d&#233;sormais au sein d'un paradigme de souverainet&#233; imp&#233;riale o&#249; le pouvoir est d&#233;territorialis&#233; dans des r&#233;seaux transnationaux qui n'ont plus rien &#224; voir avec les anciennes &#034;m&#233;tropoles imp&#233;rialistes&#034; de l'&#232;re des empires coloniaux. Le g&#233;ographe radical David Harvey va dans le m&#234;me sens lorsqu'il soutient dans The New Imperialism (2003) que les politiques imp&#233;rialistes sont une fusion entre la logique territoriale des &#201;tats et la logique de r&#233;seau du capital.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/3-19.jpg?4446/d1370571955c654a9f33731e65cfcef3c0b8d1c694462a70ba53ae56a0926aa3&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH762/d1370571955c654a-0b08343a-e4811.jpg?1781611054' width='500' height='762' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il importe de rappeler les contributions de Giovanni Arrighi, Immanuel Wallerstein et Fernand Braudel concernant les cycles historiques d'accumulation : les ann&#233;es 1980-2020 semblent en ce sens non seulement restaurer l'&#233;quilibre entre le monde occidental et l'Asie de l'Est qui existait avant la r&#233;volution industrielle (cf. Kenneth Pomeranz) au XVIIIe si&#232;cle, mais indiqueraient aussi un d&#233;placement de l'&#233;conomie-monde vers un centre de gravit&#233; dans le Pacifique et non plus dans l'Atlantique Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, si Trump m&#232;ne une politique &#034;imp&#233;rialiste&#034;, ce n'est plus au sens classique de ce terme h&#233;rit&#233; mais suivant les th&#233;ories de l'imp&#233;rialisme ou de l'Empire actuelles. Cela n'est pas sans cons&#233;quence dans le d&#233;bat car elles s'appliquent alors aussi &#224; la Chine, ce qui habituellement fait l'objet de nombreux d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;moigne, par exemple, l'&#233;conomiste Jean-Claude Delaunay, vice-pr&#233;sident de la World Association for Political Economy, interview&#233; dans l'Humanit&#233; du 7 ao&#251;t dernier. Il explique dans cet entretien : &#034;Les pays en voie de d&#233;veloppement concern&#233;s par cette strat&#233;gie sont les premiers &#224; consid&#233;rer que la Chine est de leur c&#244;t&#233;. Il n'y a qu'&#224; voir le nombre de chefs d'&#201;tat africains pr&#233;sents l'an dernier pour le sommet des routes de la soie. Pourquoi ? Parce que la Chine est consid&#233;r&#233;e comme un contre-pouvoir sur ce continent, carrefour de l'imp&#233;rialisme mondial. L'h&#233;g&#233;monie chinoise suppos&#233;e est un contre-feu lanc&#233; par les puissances occidentales. La Chine d&#233;veloppe des infrastructures qui restent &#224; la disposition des &#201;tats, elle ne pille pas. On lui reproche d'acheter des terrains pour nourrir sa population. Voil&#224; le genre de probl&#232;mes que le monde devrait prendre en charge : comment nourrir l'ensemble de la population mondiale, y compris les Chinois ? Pour l'instant, on la laisse se d&#233;brouiller. Ce n'est pas &#224; proprement parler de l'imp&#233;rialisme. Il y a eu un affadissement de ce terme. L'imp&#233;rialisme, c'est la guerre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un discours &#034;campiste&#034; qui d&#233;douane la puissance chinoise de bien des travers de son imp&#233;rialisme sp&#233;cifique &#224; l'&#233;gard des pays domin&#233;s du monde, notamment en Afrique. Tout se passe comme si un vieux r&#233;flexe &#034;anti-imp&#233;rialiste&#034; est r&#233;activ&#233; ici pour justifier un soutien &#224; la puissance chinoise contre l'imp&#233;rialisme incarn&#233; par Trump. Les guerres et les conflits du XXe si&#232;cle enseignent que la logique des &#034;camps&#034; est celle de la raison d'&#201;tat et non de la raison critique : elle n'apporte rien &#224; ceux et celles qui ont pour horizon commun l'&#233;mancipation. Bien au contraire, elle est le prolongement logique des conflits entre puissances rivales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Economies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; la probl&#233;matique de l'imp&#233;rialisme, nous retrouvons aussi la nature de l'&#233;conomie chinoise. Depuis les r&#233;formes de lib&#233;ralisation de Deng Xiaoping &#224; la fin des ann&#233;es 1970 et la cr&#233;ation des zones &#233;conomiques sp&#233;ciales sur le littoral chinois, la Chine communiste a &#233;t&#233; profond&#233;ment transform&#233;e. Le d&#233;bat (parfois byzantin) fait toujours rage aujourd'hui parmi les marxistes pour caract&#233;riser l'&#201;tat et l'&#233;conomie chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe ici seulement de rappeler certains faits empiriques, ind&#233;pendamment de toute tentative de construction th&#233;orique. Premi&#232;rement, il appara&#238;t que, malgr&#233; des sp&#233;cificit&#233;s nationales comme le signalent les mingong, les travailleurs de la Chine sont exploit&#233;s et command&#233;s suivant les m&#234;mes rapports que ceux des pays capitalistes de march&#233;. Deuxi&#232;mement, bien que l'&#201;tat soit l'acteur-cl&#233; de l'&#233;conomie chinoise, il n'en demeure pas moins qu'il agit suivant la logique du march&#233;, de la rentabilit&#233; et de la croissance capitalistes, &#224; l'image des entreprises publiques/nationales de pays capitalistes. Troisi&#232;mement, une classe moyenne bourgeoise et un milieu d'entrepreneurs capitalistes se sont consolid&#233;s au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es en Chine. Enfin, quatri&#232;mement, l'absence de libert&#233; politique en Chine n'est pas un frein mais un attrait pour les investisseurs et les firmes multinationales car elle signifie l'impossibilit&#233; pour les travailleurs et les citoyens de se d&#233;fendre contre l'arbitraire policier, la domination bureaucratique et l'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, utiliser la notion des autorit&#233;s chinoises de &#034;socialisme de march&#233;&#034; pour d&#233;signer l'&#233;conomie chinoise, comme le fait par exemple Jean-Claude Delaunay dans l'entretien cit&#233; ci-dessus, &#233;vacue bien des faits d&#233;rangeants et s'accommode d'une raison bureaucratique adoss&#233;e aux int&#233;r&#234;ts des classes poss&#233;dantes et des dirigeants chinois. De m&#234;me, lorsque le m&#234;me &#233;conomiste soutient que les dirigeants chinois &#034;sont convaincus par l'int&#233;r&#234;t populaire&#034;, qu'ils &#034;ont tr&#232;s profond&#233;ment le sens de la nation souveraine&#034;, il est difficile de ne pas penser &#224; l'oppression politique et &#224; l'exploitation du peuple, tels que Liu Xiaobo par exemple les a mis en lumi&#232;re r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison critique n'a pas &#224; choisir dans la guerre &#233;conomique en cours entre Donald Trump et Xi Jinping car s'il est vrai que la strat&#233;gie de Trump est imp&#233;rialiste, celle de ses rivaux chinois ne l'est pas moins. S'il est une le&#231;on internationaliste qu'enseigne le XXe si&#232;cle, c'est que les peuples n'ont rien &#224; gagner en se rangeant derri&#232;re &#034;leur&#034; imp&#233;rialisme : cela &#233;tait vrai en 14-18 et le demeure encore de nos jours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#171; accumulation primitive &#187; log&#233;e au coeur du capitalisme tardif</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-accumulation-primitive-logee-au-coeur-du-capitalisme-tardif</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Une-accumulation-primitive-logee-au-coeur-du-capitalisme-tardif</guid>
		<dc:date>2019-06-04T08:07:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-06-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et si les processus de pr&#233;dation capitaliste d&#233;sign&#233;s par Marx sous le concept d'accumulation primitive ne s'&#233;taient pas arr&#234;t&#233;s ? S'ils &#233;taient en fin de compte inh&#233;rents &#224; l'accumulation capitaliste elle-m&#234;me ? Compte rendu d'un livre de Saskia Sassen. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;cho aux travaux de David Harvey, David Graeber, Antonio Negri et Michael Hardt, Saskia Sassen fournit des cl&#233;s pour comprendre la &#034;complexit&#233; et la brutalit&#233; dans l'&#233;conomie globale&#034; dans son livre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L102xH150/arton39390-aaaa5.jpg?1781611054' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Et si les processus de pr&#233;dation capitaliste d&#233;sign&#233;s par Marx sous le concept d'accumulation primitive ne s'&#233;taient pas arr&#234;t&#233;s ? S'ils &#233;taient en fin de compte inh&#233;rents &#224; l'accumulation capitaliste elle-m&#234;me ? Compte rendu d'un livre de Saskia Sassen.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/310519/une-accumulation-primitive-logee-au-coeur-du-capitalisme-tardif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;cho aux travaux de David Harvey, David Graeber, Antonio Negri et Michael Hardt, Saskia Sassen fournit des cl&#233;s pour comprendre la &#034;complexit&#233; et la brutalit&#233; dans l'&#233;conomie globale&#034; dans son livre intitul&#233; Expulsions, traduit aux &#233;ditions Gallimard. Actualisation bienvenue d'un concept de l'&#233;conomie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se d&#233;velopp&#233;e dans ce livre pourrait &#234;tre r&#233;sum&#233;e par la citation suivante : &#171; Le capitalisme d'aujourd'hui est une forme d'accumulation primitive, mise en &#339;uvre gr&#226;ce &#224; des op&#233;rations complexes et &#224; une innovation tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;e, de la logique de la sous-traitance aux algorithmes de la finance &#187; (p. 25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc ramen&#233;s &#224; ce que Marx appelait &#171; l'&#226;ge pr&#233;historique du monde bourgeois &#187;. Cette exploration de l'envers sombre de l'&#233;conomie globale s'ins&#232;re dans un contexte intellectuel plus large, au sein duquel plusieurs ouvrages tentent de saisir les dynamiques pr&#233;datrices du capitalisme du cycle long inaugur&#233; dans les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Carlos Ghosn, l'ancien et le nouveau monde du capital </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Carlos-Ghosn-l-ancien-et-le-nouveau-monde-du-capital</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Carlos-Ghosn-l-ancien-et-le-nouveau-monde-du-capital</guid>
		<dc:date>2019-01-14T18:50:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-01-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que nous apprend l'affaire Carlos Ghosn sur l'&#233;conomie globale de notre &#233;poque ? Ou plut&#244;t que confirme-t-elle dans les traits du capitalisme mondial d'aujourd'hui ? Des notes pour une mise en perspective historique. &lt;br class='autobr' /&gt;
avec l'aimable permission de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt; Le parquet japonais accuse officiellement Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi, d'avoir &#034;conspir&#233; pour minimiser sa r&#233;tribution entre juin 2011 et juin 2015&#034;. En clair, Carlos Ghosn aurait d&#233;clar&#233; toucher moins (pr&#232;s de 5 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-01-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-01-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton37364-0d8a1.jpg?1781611054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que nous apprend l'affaire Carlos Ghosn sur l'&#233;conomie globale de notre &#233;poque ? Ou plut&#244;t que confirme-t-elle dans les traits du capitalisme mondial d'aujourd'hui ? Des notes pour une mise en perspective historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avec l'aimable permission de l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le parquet japonais accuse officiellement Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi, d'avoir &#034;conspir&#233; pour minimiser sa r&#233;tribution entre juin 2011 et juin 2015&#034;. En clair, Carlos Ghosn aurait d&#233;clar&#233; toucher moins (pr&#232;s de 5 milliards de yens, soit 40 millions d'euros) pour toucher plus (environ le double). Voil&#224; pour le principal fait sur le plan judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le temps du monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de montrer des traits nouveaux de l'&#233;conomie mondiale, la chute de Carlos Ghosn confirme certains traits caract&#233;ristiques de l'&#233;conomie capitaliste qui lui sont structurels. Parmi eux, le caract&#232;re transnational des grandes entreprises capitalistes. Carlos Ghosn avait jusque-l&#224; deux bureaux : l'un &#224; Boulogne-Billancourt au si&#232;ge de Renault en proche banlieue de Paris, l'autre &#224; Yokohama, port au sud de Tokyo, au si&#232;ge de Nissan. Il arrivait donc pour ce &#034;citoyen du monde&#034; autoproclam&#233; - de quel monde au juste ? serait-on tent&#233; de lui demander mais c'est l&#224; une autre affaire - de tenir des conseils d'administration dans son jet priv&#233; o&#249; &#034;il passait pr&#232;s de cent nuits par an&#034; d'apr&#232;s le portrait que lui a consacr&#233; Le Monde du 7 d&#233;cembre dernier (&#034;Carlos Ghosn, le go&#251;t de la d&#233;mesure&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carlos Ghosn fait donc partie de cette &#233;lite globale et capitaliste dont l'espace op&#233;rationnel est par d&#233;finition le monde, naviguant entre les tours de verre et d'acier et les h&#244;tels de luxe au moyen de leurs jets priv&#233;s, &#224; l'image, en d'autres temps, des n&#233;gociants-banquiers g&#233;nois, v&#233;nitiens, hollandais, anglais et fran&#231;ais d&#233;peints par Fernand Braudel dans sa fresque des &#233;conomies-mondes successives depuis le XIVe si&#232;cle. [Par ailleurs, il est utile ici de faire mention d'un des derniers travaux sur la probl&#233;matique des origines du capitalisme : Alain Bihr soutient dans Le premier &#226;ge du capitalisme 3 r&#233;cemment paru que c'est la mondialisation qui a donn&#233; naissance au capitalisme et non l'inverse.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intensification de l'exploitation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, Carlos Ghosn illustre par ses r&#233;alisations ces rapports sociaux que les marxistes d&#233;signent sous le nom d' &#034;exploitation capitaliste&#034; et qui depuis les ann&#233;es 1980 sont euph&#233;mis&#233;s par toute une s&#233;rie d'expressions convenues du discours &#233;conomique (&#034;partage de la valeur ajout&#233;e&#034;, &#034;rapport capital-travail&#034;, industrial relations ou encore &#034;partenaires sociaux&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet Carlos Ghosn, le cadre de Michelin, qui r&#233;ussit &#224; casser le monopole des syndicats am&#233;ricains lors de la fusion du g&#233;ant fran&#231;ais du pneu avec Uniroyal Goodrich &#224; la fin des ann&#233;es 1980, ce qui est &#224; l'origine de sa r&#233;putation de &#034;coupeur de co&#251;ts&#034; dans le monde des grands patrons. La r&#233;alit&#233; prend un autre visage lorsque nous nous plongeons dans ce que signifient ces &#034;co&#251;ts&#034;. Un exemple parmi tant d'autres. Interview&#233; par des militants trotskystes du journal The Militant 3 en 1997, &#224; l'occasion d'une gr&#232;ve du syndicat des m&#233;tallos (USWA) contre Michelin &#224; l'usine Uniroyal Goodrich de Woodburn 3 (1200 salari&#233;s), Rick Rowe, m&#233;canicien ayant vingt ans d'anciennet&#233; expliquait sans d&#233;tour : &#034;J'en ai assez d'&#234;tre trait&#233; comme une pi&#232;ce de viande. Je suis un &#234;tre humain. Je voudrais &#234;tre trait&#233; comme tel.&#034; (Traduction personnelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, en juin 1999, lors de l'arriv&#233;e de Carlos Ghosn &#224; la t&#234;te de Nissan qui se trouve alors au bord du gouffre, il confirme sa r&#233;putation de &#034;cost killer&#034; : fermeture de cinq usines, licenciement de 21 000 salari&#233;s, remise en cause de la s&#233;curit&#233; d'emploi des salari&#233;s. C'est ce qui explique le revirement spectaculaire des r&#233;sultats de Nissan 3 : apr&#232;s une perte nette de pr&#232;s de 6 milliards de dollars US en 2000, un b&#233;n&#233;fice d'environ 3 milliards l'ann&#233;e suivante. The Economist en 2001 fait mention des &#233;tudes de cas command&#233;es par la Harvard Business School et Insead pour souligner la port&#233;e de la r&#233;alisation de celui que le Financial Times d&#233;signait en 2006 comme &#034;the boss among bosses&#034; 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les chiffres et la gloriole au sein des &#233;lites globales du capitalisme, il n'y a qu'&#224; imaginer l'ampleur des d&#233;g&#226;ts humains et sociaux d'un Carlos Ghosn. Tout semble converger pour indiquer que ce nom est associ&#233; &#224; une politique syst&#233;matique d'intensification de l'exploitation capitaliste &#224; l'&#339;uvre dans les entreprises qu'il dirige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il Quarto Stato&#034; de Giuseppe Pellizza de Volpedo, 1901. Oeuvre qui incarne le prol&#233;tariat exploit&#233; qui prend conscience de sa condition et de son pouvoir au tournant du XXe si&#232;cle en Europe. &#169; Source : Wikimedia Commons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'ins&#233;rer dans le &#034;monde&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;monde&#034; dans lequel s'ins&#232;re Carlos Ghosn est aussi celui des relations mondaines et de la haute bourgeoisie. Son besoin de para&#238;tre s'y d&#233;ploie en grand et c'est peut-&#234;tre l'aspect pr&#233;dominant de sa couverture m&#233;diatique r&#233;cente. Participation de ses enfants au &#034;Bal des d&#233;butantes&#034; &#224; l'H&#244;tel Crillon, place Concorde, couverture m&#233;diatique dans Paris Match (2000), f&#234;te au Grand Trianon de Versailles, mont&#233;e du tapis rouge au festival de Cannes, etc. : Carlos Ghosn fait partie de ceux parmi les grands patrons dont les penchants aristocratiques sautent aux yeux et tranchent avec l'asc&#232;se et l'&#233;thique protestantes aux d&#233;buts du capitalisme analys&#233;es par Max Weber. C'est sans doute ce r&#233;cit d'un &#034;grand patron superstar&#034; qui interroge une partie des journalistes et des &#233;lites aujourd'hui, comme en t&#233;moigne le titre de l'article du Monde : &#034;Carlos Ghosn, le go&#251;t de la d&#233;mesure&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant cette entr&#233;e dans la jet-set mondiale ne lui a &#233;t&#233; permise qu'apr&#232;s &#034; avoir fait ses preuves&#034;. Son ascension au sein du patronat a suivi un chemin bien plus ordinaire et banal pourrait-on dire lorsqu'on observe son parcours : classes pr&#233;pa &#224; Louis-le-Grand &#224; 17 ans et r&#234;ves de devenir banquier international, Polytechnique puis &#201;cole des mines avant d'int&#233;grer la direction de l'usine Michelin &#224; Clermont-Ferrand (1978-1985). Si l'on compare cette trajectoire scolaire et sociale avec celle des PDG du CAC 40 aujourd'hui, nous constatons simplement que Carlos Ghosn a suivi les voies normales de la (re)production des &#233;lites bourgeoises fran&#231;aises. La &#034;d&#233;mesure&#034; et l'aura de superstar parmi les grands patrons s'est sans doute ajout&#233;e bien plus tardivement une fois rendu &#224; la t&#234;te de l'Alliance Renault-Nissan &#224; la fin des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visite pr&#233;sidentielle au salon de l'automobile en compagnie de Louis Renault, au centre. Octobre 1924, Agence Rol, Paris. &#169; Agence Rol. Source : &lt;a href=&#034;http://www.gallica.bnf.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.gallica.bnf.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'originalit&#233; du nouveau mode d'accumulation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc en droit de se poser la question &#226; savoir si la chute de Carlos Ghosn pr&#233;cipit&#233;e par la justice du Japon a mis en lumi&#232;re quelque nouveau trait dans l'&#233;conomie capitaliste mondiale de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points ressortent de ce point de vue et ils semblent profond&#233;ment li&#233;s l'un &#224; l'autre. Premi&#232;rement, il ressort depuis au moins la crise de 2008 que la r&#233;mun&#233;ration de l'&#233;lite globale &#224; la t&#234;te de firmes transnationales pose un probl&#232;me politique dans un nombre croissant de pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. Ceci n'est pas simplement un sympt&#244;me de quelque &#034;gallocentrisme&#034; archa&#239;que comme voudraient le faire croire les id&#233;ologues lib&#233;raux des vertus de &#034;march&#233;s auto-r&#233;gul&#233;s&#034;. Pour comprendre comment Carlos Ghosn a pu &#234;tre emmen&#233; &#224; dissimuler aux autorit&#233;s japonaises la moiti&#233; de sa r&#233;mun&#233;ration (soit environ 40 millions d'euros), il ne faut pas seulement prendre en compte la soif d'accumulation typique de toutes les soci&#233;t&#233;s capitalistes. Cela ne suffit pas pour mener quelqu'un &#224; cacher afin de mieux accumuler. Il importe aussi de prendre en consid&#233;ration le seuil de tol&#233;rance des soci&#233;t&#233;s politiques concern&#233;es &#224; l'&#233;gard de l'accumulation des grandes fortunes. Or, si la norme de la r&#233;mun&#233;ration d'un PDG aux &#201;tats-Unis est beaucoup plus &#233;lev&#233;e qu'en France ou au Japon, cela tient aux rapports sociaux et politiques construits au fil du temps dans ces diff&#233;rents pays. Par cons&#233;quent, l'argument de Carlos Ghosn, consistant &#224; dire que &#034;Des Ronaldo et des Messi qui gagnent des fortunes, on accepte, mais pas dans les entreprises&#034; (cit&#233; par Le Monde), ne r&#233;pond pas &#224; la question pos&#233;e par la critique que suscite son salaire de PDG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, si les salaires des grands patrons comme Carlos Ghosn suscitent une telle critique publique qu'il faille en cacher une partie aux autorit&#233;s et &#224; l'opinion pour parvenir &#224; accumuler, c'est aussi parce que le mode d'accumulation capitaliste a &#233;t&#233; boulevers&#233; au cours des ann&#233;es 1980-2010. Derri&#232;re la success story de Carlos Ghosn, nous pouvons reconstruire l'histoire r&#233;elle d'un &#034;processus d'accumulation par d&#233;possession&#034;. Cette notion a &#233;t&#233; forg&#233;e par le g&#233;ographe marxiste David Harvey et elle d&#233;signe une redistribution des richesses, non par la vertu entrepreneuriale de l'innovation et du risque, ni par les effets suppos&#233;s d'une concurrence accrue sur les march&#233;s comme le soutiennent les partisans du lib&#233;ralisme, mais par une lutte des classes invers&#233;e dans laquelle les tr&#232;s riches pillent les peuples et les territoires &#224; leur profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warren Buffet, troisi&#232;me fortune mondiale avec ses 84 milliards de dollars en 2018 d'apr&#232;s Forbes 3, ne disait rien d'autre lorsqu'il d&#233;clarait &#224; Ben Stein du New York Times 3 en 2006 qu'il y a bien une lutte des classes en cours, mais que c'est sa classe, la classe riche, qui la m&#232;ne et qui est en train de gagner. Les donn&#233;es collect&#233;es par Thomas Picketty et les &#233;conomistes travaillant confirment empiriquement l'inversion historique dans la distribution des revenus entre 1980 et nos jours. Nous nous limiterons ici &#224; simplement rappeler l'&#233;volution historique entre la Belle Epoque et les ann&#233;es 2010 de la part du d&#233;cile sup&#233;rieur des revenus dans le PIB des &#201;tats-Unis 3 : sa courbe trace un U avec des pics en 1929 (48%) et en 2008 (50%), puis un creux autour de 33% entre 1940 et 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement en prenant en compte ces deux dynamiques que nous pouvons voir que l'une est la cons&#233;quence de l'autre et qu'inversement la premi&#232;re entretient la seconde, etc. A toute fin pratique, ce sont ces dynamiques qui expliquent pourquoi la croissance des tr&#232;s hauts revenus et des grandes fortunes (dont celle de Carlos Ghosn) d&#233;passent de loin le taux de croissance annuel du PIB des grands centres de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute de Carlos Ghosn est donc d'une certaine mani&#232;re r&#233;v&#233;latrice, en pointill&#233;, de cet envers sombre de la modernit&#233; capitaliste en ce d&#233;but du XXIe si&#232;cle : la pr&#233;dation capitaliste donnant naissance &#224; un monde in&#233;galitaire et, profond&#233;ment, injuste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pass&#233;/pr&#233;sent : mouvement ouvrier et migrants</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Passe-present-mouvement-ouvrier-et-migrants</link>
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		<dc:date>2018-11-13T07:23:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-11-13</dc:subject>

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&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2018 - 43 - 10 novembre : notes de lecture, textes et p&#233;titions &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la question des migrants divise aujourd'hui les gauches, l'id&#233;e d'une immigration qui se transformerait m&#233;caniquement en &#171; arm&#233;e de r&#233;serve &#187; au d&#233;triment des travailleurs et au profit des patrons s'av&#232;re fausse au vu des faits historiques. &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; le 4 novembre 2018 &lt;br class='autobr' /&gt; Ci-dessous un exemple de 1905, en Lorraine, o&#249; des travailleurs italiens signent l'acte de naissance du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L119xH150/arton36793-60a92.jpg?1781611054' class='spip_logo spip_logo_right' width='119' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2018 - 43 - 10 novembre : notes de lecture, textes et p&#233;titions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la question des migrants divise aujourd'hui les gauches, l'id&#233;e d'une immigration qui se transformerait m&#233;caniquement en &#171; arm&#233;e de r&#233;serve &#187; au d&#233;triment des travailleurs et au profit des patrons s'av&#232;re fausse au vu des faits historiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 4 novembre 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ci-dessous un exemple de 1905, en Lorraine, o&#249; des travailleurs italiens signent l'acte de naissance du syndicalisme ouvrier lorrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Alphonse Merrheim (1871-1925), l'un des dirigeants de la F&#233;d&#233;ration des M&#233;taux de la CGT et figure de proue du syndicalisme r&#233;volutionnaire, raconte en 1905 la naissance du syndicalisme ouvrier dans le bassin sid&#233;rurgique lorrain autour de Longwy. Ce texte est extrait d'un article intitul&#233; &#171; Le mouvement ouvrier dans le bassin de Longwy &#187; paru dans le p&#233;riodique Le Mouvement socialiste, 1-15 d&#233;cembre 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement commen&#231;a par l'agitation des ouvriers &#233;trangers, appel&#233;s en grand nombre dans le bassin [de Longwy] par les compagnies. Celles-ci les mettaient en concurrence avec les ouvriers fran&#231;ais, les opposaient les uns aux autres, et gr&#226;ce &#224; cette rivalit&#233; soigneusement entretenue, les soumettaient tous &#224; la plus dure exploitation. Ce furent les Italiens qui fond&#232;rent les premiers, en 1903, un Comit&#233; de propagande, qui adh&#233;ra imm&#233;diatement &#224; l'&#171; Union socialiste italienne &#187;, dont le si&#232;ge est &#224; Paris. C'est cette m&#234;me ann&#233;e qu'eut lieu la premi&#232;re gr&#232;ve &#224; Hussigny, laquelle dura un mois et compta 350 gr&#233;vistes ; elle se termina, gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; des pouvoirs publics et de la magistrature, par un &#233;chec. Dans le courant de 1904, [le d&#233;put&#233; socialiste Lassalle incite les ouvriers fran&#231;ais &#224; cr&#233;er un syndicat]. Une section fut fond&#233;e &#224; Thil et une &#224; Saint-Martin. C'est &#224; cette derni&#232;re r&#233;union que, pour la premi&#232;re fois, Cavalazzi [militant italien] prit la parole en public ; il recommanda &#224; ses compatriotes d'oublier plus que jamais les divisions qui existaient et qui avaient &#224; dessein &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par le patronat, entre eux et les ouvriers fran&#231;ais, et il les engagea, pour sceller ce pacte de r&#233;conciliation d&#233;finitif, &#224; entrer au syndicat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'id&#233;e socialiste et syndicale que &#171; l'union fait la force &#187; qui impr&#232;gne ce r&#233;cit historique, il importe aujourd'hui de voir dans ces lignes comment les luttes sociales pour l'am&#233;lioration de la condition ouvri&#232;re portaient aussi en elles une lutte pour la d&#233;finition des cat&#233;gories de pens&#233;e du d&#233;bat public. En lieu et place de l'opposition structurante nationaux/&#233;trangers qui sert de point de d&#233;part &#224; la fois pour les industriels et les ouvriers &#233;trangers, c'est progressivement le clivage de classe ouvriers/patrons qui structure l'espace public du monde ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le fonctionnement de l'&#233;conomie capitaliste p&#232;se de tout son poids pour faire des travailleurs immigr&#233;s &#8211; comme les ch&#244;meurs &#8211; une &#171; arm&#233;e de r&#233;serve du prol&#233;tariat &#187; (Marx) qui sert &#224; tirer vers le bas les conditions de vie et de travail de tous ceux qui d&#233;pendent d'un salaire pour vivre, ce r&#233;cit est un exemple de ce qui peut potentiellement survenir lorsque le mouvement ouvrier et les gauches parviennent &#224; tirer parti des virtualit&#233;s d'&#233;mancipation immanentes aux diff&#233;rentes situations de domination et d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appartenances de classe ne sont pas un donn&#233;. Elles apparaissent dans ce r&#233;cit comme le fruit incertain de la lutte pour imposer une vision du monde face &#224; celle des dominants. L'action d'un Cavalazzi, des gr&#233;vistes italiens de 1903, de l'Union socialiste italienne, du d&#233;put&#233; socialiste Lassalle, des ouvriers fran&#231;ais r&#233;unis &#224; Thil et &#224; Saint-Martin en 1904 pour fonder des syndicats et mettre un terme &#224; l'exploitation patronale &#8211; voil&#224; autant d'exemples anonymes d'une action politique accessible &#224; tous pour barrer la route au nationalisme ethnique des droites, situ&#233;es &#224; l'&#233;chelle micro du collectif local et des individualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ethnicisation de la question sociale a aujourd'hui proc&#233;d&#233; &#224; l'inversion contraire, signe des d&#233;faites et des renoncements multiples au sein des gauches, au profit des forces nationalistes x&#233;nophobes et racistes. L'&#233;lection de Fabien Engelmann (Front National) &#224; Hayange en est l'illustration dans une Lorraine ravag&#233;e par la d&#233;sindustrialisation et la mondialisation capitaliste. Le monde de 1905 nous semble &#224; tort &#8211; &#224; moins d'en d&#233;montrer le contraire &#8211; beaucoup plus favorable aux id&#233;es d'&#233;mancipation que celui d'aujourd'hui. Les rapports de force se seraient d&#233;grad&#233;s&#8230; et nous souffrons, il est vrai, d'une d&#233;faite id&#233;ologique historique des id&#233;es d'&#233;mancipation depuis la fin du &#171; court vingti&#232;me si&#232;cle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, la r&#233;publique n'&#233;tait pas en meilleure forme au tournant du XXe si&#232;cle. L'Affaire Dreyfus, faut-il le rappeler, avait oppos&#233; frontalement une France nationaliste, r&#233;actionnaire et militariste &#224; une France d&#233;mocratique, la&#239;que et tol&#233;rante dans un climat d'affrontement sans pr&#233;c&#233;dent, aboutissant m&#234;me &#224; une tentative de coup d'&#233;tat par la Ligue des patriotes de D&#233;roul&#232;de, place de la Nation, lors des fun&#233;railles de F&#233;lix Faure en 1899. Alors c'&#233;tait mieux avant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimitris Fasfalis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/271018/passepresent-mouvement-ouvrier-et-migrants&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/271018/passepresent-mouvement-ouvrier-et-migrants&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Encore ce fascisme qui vient</title>
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		<dc:date>2018-09-04T06:59:28Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dimitris Fasfalis</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-09-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les manifestations x&#233;nophobes de Chemnitz en Allemagne r&#233;sonnent comme un rappel des urgences contemporaines. Comment penser ces nouveaux fascismes avec les &#034;mots malades du XXe si&#232;cle&#034; (Daniel Bensa&#239;d) en attendant qu'un nouveau lexique politique puisse &#233;merger des mouvements d'&#233;mancipation ? &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis la crise de 2008, les extr&#234;me-droites ont connu une progression &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble de l'Europe. La pr&#233;sence de Marine Le Pen au second tour de l'&#233;lection (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Allemagne-+" rel="tag"&gt;Allemagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-09-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-09-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton35825-c04ec.jpg?1781611054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les manifestations x&#233;nophobes de Chemnitz en Allemagne r&#233;sonnent comme un rappel des urgences contemporaines. Comment penser ces nouveaux fascismes avec les &#034;mots malades du XXe si&#232;cle&#034; (Daniel Bensa&#239;d) en attendant qu'un nouveau lexique politique puisse &#233;merger des mouvements d'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/dimitris-fasfalis/blog/290818/encore-ce-fascisme-qui-vient&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la crise de 2008, les extr&#234;me-droites ont connu une &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/03/07/carte-comment-les-extremes-droites-progressent-en-europe_5267127_4355770.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;progression &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble de l'Europe&lt;/a&gt;. La pr&#233;sence de Marine Le Pen au second tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en 2017 tout comme l'alliance x&#233;nophobe victorieuse du M5S avec la Liga lors des &#233;lections l&#233;gislatives italiennes sont les sympt&#244;mes de ce retour des fascismes dans le paysage social et politique en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouveaux fascismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pourrait sembler que les forces politiques, les courants d'opinion, les &#233;lectorats et les cultures politiques des extr&#234;mes droites contemporaines interdisent leur amalgame en un seul courant politique, celui du &#034;fascisme&#034;, et que leur rapprochement avec le fascisme historique de l'entre-deux-guerres soit &#224; la fois une erreur d'analyse et de strat&#233;gie. Selon cette critique acad&#233;mique des extr&#234;mes droites, port&#233;e par exemple par Enzo Traverso ou Philippe Corcuff, rapprocher Robert M&#233;nard de Mussolini ou bien Marine Le Pen de Hitler discr&#233;dite l'antifascisme et rate la cible vis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il faut bien voir qu'&#224; force de vouloir nuancer les cat&#233;gories politiques pour d&#233;signer l'ennemi (&#171; populismes &#187;, nationalismes, x&#233;nophobes, n&#233;o- ou &#171; post-fascistes &#187;) on &#233;rige trop souvent un miroir d&#233;formant qui d&#233;sarme les militants antifascistes en contribuant &#224; un aveuglement collectif face &#224; la mont&#233;e de ces nouveaux fascismes. En 2014, dans Vers l'extr&#234;me. Extension des domaines de la droite, les sociologues Luc Boltanski et Arnaud Esquerre d&#233;crivaient ainsi l'accommodement &#233;trange auquel on assiste face &#224; ces mouvements : &#171; Car, tout se passe comme si chacun ressentait bien ce qui arrive mais &#224; la fa&#231;on d'une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#8211; comme &#224; la suite d'un mauvais r&#234;ve &#8211;, d'un malaise que le retour aux activit&#233;s habituelles suffirait &#224; dissiper. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233; de la critique savante des nouveaux fascismes qui s'appuie sur les sp&#233;cificit&#233;s et les nouveaut&#233;s des extr&#234;mes droites, il importe aujourd'hui de souligner l'unit&#233; de ces mouvements &#224; la fois entre eux et avec le fascisme historique. Cela ne revient pas &#224; nier leurs sp&#233;cificit&#233;s mais simplement &#224; reconna&#238;tre l'imp&#233;ratif politique de les combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette unit&#233; est montr&#233;e par le caract&#232;re simultan&#233; de leur &#233;mergence dans le champ politique et par l'affirmation de cultures politiques qui partagent des affinit&#233;s &#233;lectives malgr&#233; leurs variations locales/nationales : nationalisme, racisme, x&#233;nophobie, islamophobie, anti-syndicalisme, anticommunisme, sexisme, antiparlementarisme, culte du chef et de l'ordre, patriarcat, conservatisme social et culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'unit&#233; des fascismes contemporains est soulign&#233;e par l'effet d'entra&#238;nement et la solidarit&#233; qu'ils exercent les uns sur les autres : la victoire de Trump salu&#233;e par le FN et donnant confiance &#224; son &#233;lectorat pendant la pr&#233;sidentielle en 2016-2017, tout comme la victoire de la Liga en Italie. A l'image du cycle politique des ann&#233;es 1930 en Europe ayant culmin&#233; dans la Seconde Guerre mondiale, la victoire ou la d&#233;faite des nazis en Allemagne, d'un Franco en Espagne, d'un Metaxas en Gr&#232;ce, des ligues d'extr&#234;me droite en France signifiaient simultan&#233;ment l'avanc&#233;e de leurs partisans dans tous les autres pays de l'Europe. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de souligner aujourd'hui l'unit&#233; qui caract&#233;rise les nouveaux fascismes &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fascisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; la mont&#233;e &#224; ces mouvements organis&#233;s, nous assistons &#224; un processus de fascisation des d&#233;mocraties lib&#233;rales. A la diff&#233;rence d'une dictature militaire, le fascisme correspond &#224; un mouvement de masse cherchant &#224; faire la &#171; r&#233;volution de la contre-r&#233;volution &#187;. La fascisation des d&#233;mocraties lib&#233;rales se retrouve &#224; la fois dans l'&#201;tat et dans l'opinion. Dans le discours politique, la pr&#233;sidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012) a &#233;t&#233; tournant o&#249; les th&#232;mes et id&#233;es des extr&#234;mes droites ont fusionn&#233; en partie avec le discours de la droite dite r&#233;publicaine au pouvoir. Les d&#233;bats autour de l'identit&#233; nationale en avaient &#233;t&#233; une des illustrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banalisation et la diffusion des id&#233;es provenant des extr&#234;mes droites se sont poursuivies dans l'ensemble du champ politique et culturel depuis Sarkozy. Aujourd'hui, par exemple, le ministre de l'Int&#233;rieur G&#233;rard Collomb s'autorise &#224; remettre en cause le droit de manifester, se permet de parler de &#171; submersion migratoire &#187;, le Front National applaudit et vote la loi &#171; asile et immigration &#187; et Emmanuel Macron fait des blagues racistes sur les Comoriens migrant &#224; Mayotte tout en pointant du doigt les &#171; agitateurs professionnels &#187; suppos&#233;ment &#224; l'origine de la contestation &#233;tudiante contre Parcoursup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant l'approche classique de Franz Neumann, le degr&#233; de fascisation d'une d&#233;mocratie lib&#233;rale se mesure surtout par l'&#233;tendue des espaces d'anomie dans lesquels un pouvoir oligarchique s'exerce sur la majorit&#233; des travailleurs affranchi des garanties constitutionnelles des droits individuels et collectifs. L'affaire Benalla en fournit la derni&#232;re illustration en date. Plusieurs espaces anomiques peuvent illustrer cette fascisation en cours : la r&#233;pression et la militarisation contre les ZAD &#224; Notre-Dame-des-Landes et &#224; Sivens, l'&#233;tat d'urgence entr&#233; dans le droit commun, la chasse aux migrants dans les villes, les fronti&#232;res et &#224; Calais, les camps de r&#233;tention et la militarisation croissante de la &#171; gestion des flux migratoires &#187; en M&#233;diterran&#233;e et outre-mer, le contr&#244;le au faci&#232;s et l'arbitraire policier dans les banlieues pauvres, l'usage de grenades de d&#233;sencerclement et de gaz lacrymog&#232;nes contre les manifestants et les techniques agressives de contact direct des CRS lors des manifestations contre la loi travail en 2016, les manifestants et militants arr&#234;t&#233;s, &#233;borgn&#233;s, maltrait&#233;s, bless&#233;s et humili&#233;s par les forces polici&#232;res lors des mouvements sociaux depuis la loi El Khomri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de fascisation concerne &#233;galement l'espace public. Il prend la forme d'une disponibilit&#233; d'esprit pour les id&#233;es r&#233;actionnaires autour des th&#232;mes qu'actualise et transforme l'extr&#234;me droite : la crise de l'autorit&#233; &#224; l'&#233;cole, dans la famille, dans l'&#201;tat ; la remise en cause suppos&#233;e ou r&#233;elle de la la&#239;cit&#233; par une &#171; islamisation &#187; acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'espace public ; les &#171; gauchistes &#187; qui seraient tout-puissants dans les m&#233;dias, l'&#233;ducation et l'&#233;dition ; le recul suppos&#233; de l'identit&#233; culturelle fran&#231;aise au profit d'un multiculturalisme devenu suppos&#233;ment doctrine officielle de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'air du temps est donc de plus en plus impr&#233;gn&#233; par cette &#171; r&#233;volution conservatrice &#187; qui avance d&#233;sormais, comme &#224; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/08/27/allemagne-nouveau-rassemblement-de-l-extreme-droite-apres-une-chasse-aux-etrangers_5346810_3214.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chemnitz&lt;/a&gt;, au grand jour au rythme d'une foule mue par l'aveuglement du ressentiment et de la haine. La t&#234;te du pauvre Marx au milieu de cette foule &#224; Chemnitz est un rappel involontaire mais pertinent que la lutte des classes est seule jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; offrir une perspective politique d&#233;passant les appartenances nationales et/ou ethniques autrement que par les faux airs du cosmopolitisme lib&#233;ral-bourgeois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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