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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Liban : &#171; Beaucoup de gens pensent qu'il faut br&#251;ler les banques &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Liban-Beaucoup-de-gens-pensent-qu-il-faut-bruler-les-banques</link>
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		<dc:date>2020-04-28T07:13:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Kassir, Lucas Amilcar, Samer Frangie</dc:creator>


		<dc:subject>Liban</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s un mois d'une tr&#232;s relative accalmie, la rue libanaise s'enflamme &#224; nouveau. La semaine pr&#233;c&#233;dente, comme lors des deux premi&#232;res semaines de la r&#233;volte, les routes ont &#233;t&#233; &#224; nouveau bloqu&#233;es et les banques prisent pour cible. Ce samedi 18 janvier, c'est le Parlement, dans le centre ville de Beyrouth qui a &#233;t&#233; vis&#233;. Apr&#232;s une journ&#233;e d'&#233;meute d'une rare intensit&#233; pr&#232;s de 400 manifestants ont &#233;t&#233; bless&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de lundimatin no 226 &lt;br class='autobr' /&gt;
De retour d'un voyage destin&#233; &#224; s'approcher du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-04-28&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton43289-8bcc0.jpg?1781101393' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s un mois d'une tr&#232;s relative accalmie, la rue libanaise s'enflamme &#224; nouveau. La semaine pr&#233;c&#233;dente, comme lors des deux premi&#232;res semaines de la r&#233;volte, les routes ont &#233;t&#233; &#224; nouveau bloqu&#233;es et les banques prisent pour cible. Ce samedi 18 janvier, c'est le Parlement, dans le centre ville de Beyrouth qui a &#233;t&#233; vis&#233;. Apr&#232;s une journ&#233;e d'&#233;meute d'une rare intensit&#233; pr&#232;s de 400 manifestants ont &#233;t&#233; bless&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Liban-entretien-avec-le-media-independant-Megaphone&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lundimatin no 226&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour d'un voyage destin&#233; &#224; s'approcher du soul&#232;vement libanais, voil&#224; le premier volet d'une s&#233;rie d'entretiens r&#233;alis&#233;e avec des activistes impliqu&#233;s dans diff&#233;rents groupes politiques actifs depuis plusieurs ann&#233;es et qui ont particip&#233; avec passion au soul&#232;vement en cours. Implication du mouvement f&#233;ministe dans la Thawra (R&#233;volution), r&#244;le d'un nouveau m&#233;dia, franchement r&#233;volutionnaire, actions contre les banques : nous leur avons pos&#233; des questions sur leurs perceptions, les obstacles mais aussi les perspectives du mouvement en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; avec deux membres de &#8220;Megaphone&#8221; [1], un jeune m&#233;dia singulier et important dans la r&#233;volution. Jean Kassir, trenternaire et activiste en est un des fondateurs. A ses c&#244;t&#233;s, Samer Frangie, plus &#226;g&#233; et professeur de sciences politiques et un membre important de ce m&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet entretien revient sur l'actualit&#233; de la semaine, &#224; savoir le nouvel embrasement qu'a connu le pays mais aussi sur certains des aspects moins connus de la r&#233;volte libanaise, sur les objectifs d'un m&#233;dia comme Megaphone et sur la g&#233;n&#233;alogie de plusieurs groupes politiques impliqu&#233;s depuis les premiers jours dans le soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucas Amilcar : Avant toute chose Jean, peux-tu me raconter ce qu'il s'est pass&#233; cette semaine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Kassir&lt;/strong&gt; : &#199;a fait quelques jours que les manifestations ont repris ainsi que les blocages de routes, comme lors des premiers jours de la r&#233;volution. Et surtout, il y a eu une manifestation en face de la banque centrale &#224; Hamra, des affrontements avec les forces de l'ordre ont &#233;clat&#233;. Et puis plusieurs manifestants se sont mis &#224; d&#233;truire les fa&#231;ades des banques, juste des banques, en signe de protestation contre ce qu'elles font depuis plusieurs mois. La r&#233;action des forces de l'ordre &#233;tait totalement disproportionn&#233;e. Pendant des heures, ils ont tir&#233; des gaz lacrymog&#232;nes. Une cinquantaine de personnes a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e de mani&#232;re tr&#232;s brutale. Le lendemain, il y a eu une grosse manifestation en face de la station de police o&#249; ils &#233;taient tous emprisonn&#233;s. Il y a eu un sit-in de pr&#232;s de mille personnes, mais l&#224; aussi la police a attaqu&#233; les manifestants. Les gens se faisaient tra&#238;ner sur sol dans la rue. Ce qui est clair, c'est qu'il y a eu une ligne rouge qui a &#233;t&#233; trac&#233;e par l'establishment : on ne touche pas aux banques. Ce qui traduit leur importance dans la structure du Liban. Les paroles des politiques &#233;taient similaires en faisant la diff&#233;rence entre la r&#233;volution &#8220;civilis&#233;e&#8221; et &#8220;les casseurs&#8221;. Et malheureusement, certaines parties de la soci&#233;t&#233; civile sont tomb&#233;es dans ce pi&#232;ge et ont commenc&#233; &#224; faire le jeu des distinctions et &#224; se d&#233;solidariser des gens qui ont cass&#233; ces banques. Alors que les groupes qui sont plus radicaux, r&#233;volutionnaires et de gauche &#233;taient dans une tout autre optique par rapport &#224; &#231;a. Ils ont c&#233;l&#233;br&#233; le fait qu'il y ait eu cet affront et ce d&#233;fi envers les banques. La situation, c'est que plusieurs personnes sont encore d&#233;tenues mais les manifestations reprennent de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer, comment expliquer ce retournement de situation au sujet des attaques contre les banques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer Frangie&lt;/strong&gt; : Il faut revenir au d&#233;but de la r&#233;volution. Les banques ont ferm&#233; pendant plusieurs jours. On pense que cela leur a permis de contr&#244;ler les liquidit&#233;s, de faire sortir des fonds en dehors du pays. Et l&#224;, je pense qu'ils arrivent &#224; une nouvelle crise de liquidit&#233;s, mais ils ne veulent pas officiellement le dire. Et vu que les attaques augmentent, &#231;a devient de plus en plus violent, une banque a &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e en d&#233;cembre dans la montagne. Depuis novembre des attaques ou des actions contre les banques se r&#233;p&#232;tent quotidiennement. &#199;a devient une routine. Aujourd'hui il y a un type qui a apport&#233; son camion pour bloquer une banque parce qu'ils ont refus&#233; de lui donner son argent. &#199;a prend des formes dr&#244;les parfois, c'est jamais vraiment violent dans le sens o&#249; il y aurait des morts et des bless&#233;s, mais &#231;a va arriver &#224; un moment. Un type qui va p&#233;ter les plomb. Donc je pense qu'ils vont fermer les banques pour paralyser totalement la liquidit&#233; et ces actions. Et en plus &#231;a a un c&#244;t&#233; disciplinaire, tu coupes &#224; tout le monde l'acc&#232;s aux liquidit&#233;s pendant une semaine et tu esp&#232;res que les gens seront plus calmes apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu penses que &#231;a va avoir quel effet &#231;a sur les mouvements de contestations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Je pense que &#231;a va continuer. Sauf qu'il y a eu le premier moment de la r&#233;volution avec les premiers blocages de routes. Et puis maintenant il y a les banques. Et si les banques ferment, &#231;a va prendre une troisi&#232;me forme, je sais pas. Peut-&#234;tre une forme plus violente. Beaucoup de gens pensent qu'il faut br&#251;ler les banques. Si &#231;a ferme on br&#251;le. Ou alors attaquer les maisons des proprios des banques... C'est pas mon id&#233;e (rire) mais des sp&#233;culations&#8230; des choses qu'on entend. Il va y avoir une escalade, &#231;a va prendre des formes diff&#233;rentes. M&#234;me si les banques restent ouvertes, les attaques contre les banques commencent &#224; &#234;tre contre-productives, parce que si les gens gueulent et demandent du fric, les banques ont trouv&#233; une solution : ceux qui viennent apr&#232;s n'ont pas de fric. Chaque succursale donne disons 10 000 dollars et est pr&#234;te &#224; les donner au premier qui gueule. Je crois que la banque centrale va devenir une cible. Elle est l&#224;, elle est ouverte. Mais la seule chose qui est s&#251;re, c'est qu'il y a une crise qui ne va pas s'arr&#234;ter. Et la fin janvier c'est le moment o&#249; on commence &#224; r&#233;colter tous les d&#233;g&#226;ts qui ont &#233;t&#233; faits dans les deux derniers mois. Tout ceux qui n'ont pas &#233;t&#233; vir&#233;s parce qu'ils attendaient la p&#233;riode des f&#234;tes, et qui ont &#233;t&#233; pay&#233;s une moiti&#233; de salaire, les f&#234;tes cens&#233;es faire rentrer du cash pour donner un peu de r&#233;pit ont &#233;t&#233; un flop total, et le gouvernement qui a &#233;t&#233; propos&#233;, personne n'a confiance en lui. Et l&#224; il y a deux &#233;v&#232;nements nationaux qui vont avoir un impact n&#233;gatif sur le gouvernement : d'abord l'assassinat de Qassem Soleimani &#8212; qui ferme la possibilit&#233; d'obtenir une aide am&#233;ricaine &#8212;, et l'id&#233;e de g&#233;nie de recevoir Carlos Ghosn, qui nous met &#224; dos beaucoup de monde. Le Liban se transforme en &#201;tat un peu paria. Donc l'id&#233;e de recevoir de l'argent des am&#233;ricains ou de pays europ&#233;ens qui le proposaient &#224; un moment, c'est fini. Ils arrivent pas &#224; se convaincre de faire entrer un peu de l'argent qu'ils ont fait sortir ces deux derniers mois. Donc c'est la crise et &#231;a va donner des &#233;meutes, quelle forme je sais pas. Mais &#231;a va donner des &#233;meutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut remettre &#231;a dans son contexte, les banques c'&#233;tait sacr&#233; au Liban, un peu comme en Suisse. Maintenant tu peux dire une phrase que tu n'avais jamais entendu avant : &#034;Ah lui c'est un type sympa mais il travaille dans une banque&#8221; (rire). Avant c'&#233;tait des institutions, les banques incarnaient une certaine respectabilit&#233; sociale. L&#224; c'est devenu autre chose&#8230; enfin c'est comme un bordel quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu me raconter un peu plus sp&#233;cifiquement ce que c'est Megaphone et son r&#244;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : En fait, c'&#233;tait un collectif qui faisait de la vid&#233;o-communication, cinq ou six vid&#233;os par an. Sur des sujets d'actualit&#233; ou sur des sujets qui ne sont pas d'actualit&#233; mais qui devraient l'&#234;tre. Au d&#233;part c'&#233;tait un groupe d'&#233;tudiants et de jeunes, b&#233;n&#233;voles, qui faisaient quelque vid&#233;os chaque mois, autour de personnes qui gravitaient toutes autour de groupes f&#233;ministe et de gauche ou m&#234;me un peu lib&#233;raux, qui faisaient partie du mouvement &#233;tudiant de 2015. Moi et un autre journaliste, on avait d&#233;cid&#233; qu'il &#233;tait temps de faire un site de m&#233;dia engag&#233; plus conventionnel. On avait commenc&#233; &#224; travailler avec megaphone. tr&#232;s gentiment, quelques articles, une ou deux vid&#233;os par semaines. Puis la r&#233;volution est arriv&#233;e. On &#233;tait cens&#233; commencer en d&#233;cembre. on faisait les essais de site, et quand la r&#233;volution commence on comprend qu'on n'a pas le choix. Et les volontaires, sept ou huit, ont d&#233;cid&#233; soit de quitter leur boulot soit de travailler la nuit et sont donc devenus un peu &#224; plein temps. Moi je travaille &#224; la fac, donc j'ai mis la fac de c&#244;t&#233; pendant ce semestre. On se jette tous dedans. On est une dizaine &#224; faire cela &#224; plein temps. Un ou deux sont pay&#233;s parce qu'on a trouv&#233; un peu de financement. Les autres, c'est du volontariat. Il y a des textes courts principalement, des vid&#233;os tr&#232;s courtes et des visuels. Il y aura des textes plus longs bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comment vous construisez cette narration dont tu m'as parl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Un de nos crit&#232;res c'est d'arriver &#224; repr&#233;senter des groupes qui sont marginalis&#233;s dans les m&#233;dias. Pas seulement ce qui se passe sur la place publique. Donc on a beaucoup couvert les manifs f&#233;ministes et on a essay&#233;, autant que l'on pouvait, de couvrir ce qui ne passe jamais dans les m&#233;dias. Le c&#244;t&#233; &#233;cologique aussi par exemple : &#224; un moment donn&#233;, il y a eu un travail contre les carri&#232;res qui creusent les montagnes. Il n'y a jamais vraiment eu de couverture m&#233;diatique sur ce sujet, alors l&#224; aussi on essaye de donner une forme &#224; ces &#233;volutions. On essaye de ne pas couvrir les activistes connus et conventionnels car ils ont d&#233;j&#224; leurs plateformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, on essaie aussi de couvrir les sujet o&#249; il y a un message politique &#224; faire passer. Si les flics tapent un gars dans la rue et qu'on sait que les autres m&#233;dias vont en parler, on ne s'en occupe pas. Mais si on remarque que dans les trois derniers jours il y a cinq activistes qui n'ont rien &#224; voir l'un avec l'autre qui se sont fait arr&#234;ter par le m&#234;me bureau de surveillance des r&#233;seaux sociaux, l&#224; on relaye et &#231;a devient une histoire. L'id&#233;e c'est qu'on n'est pas seulement en train d'archiver la r&#233;volution mais aussi de la cr&#233;er. Donc parfois il y a des petits &#233;v&#233;nements o&#249; il y a 20 personnes, mais quand tu les transformes en objet m&#233;diatique, ils prennent une autre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a un troisi&#232;me angle du quotidien, les r&#233;gions, qu'on n'arrive pas toujours &#224; raconter. Mais on va essayer de cr&#233;er des satellites dans les r&#233;gions pour les gens qui veulent eux-m&#234;mes &#233;crire leur histoire. Par exemple, Tripoli, Akkar, ce sont des endroits qui historiquement &#233;taient p&#233;riph&#233;riques &#224; la politique au Liban et qui dans la r&#233;volte sont devenus des &#233;picentres. C'est l&#224; que la bataille contre les banques a commenc&#233;, que la place centrale a &#233;t&#233; prise de la fa&#231;on la plus symbolique, &#224; Tripoli, c'est l&#224; que le c&#244;t&#233; populaire de l'insurrection a vraiment pris pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s il y a aussi un truc interm&#233;diaire o&#249; c'est pas seulement prendre l'&#233;v&#233;nement mais c'est aussi lui donner une inflexion, une certaine lecture. Parce qu'on n'est pas un m&#233;dia objectif et neutre, on est un m&#233;dia engag&#233;. Par exemple la vid&#233;o qu'on a faite hier : il y a cinq ou six activistes qui passent devant la justice, l'arm&#233;e qui a tir&#233;, il y a trois autres &#233;v&#233;nements dans ce genre : tu les mets ensemble et tu poses la question, &#171; est-ce que la r&#233;ponse s&#233;curitaire a commenc&#233; ? &#187; et l&#224; tu as une histoire. Ce que les m&#233;dias &#224; la t&#233;l&#233; ne font pas. Ces cinq histoires diff&#233;rentes, il les mettent c&#244;te &#224; c&#244;te, sans les lier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est bien dans le c&#244;t&#233; &#233;criture, c'est qu'on a vraiment pas eu besoin d'aller chercher chez les &#233;crivains &#233;tablis. &#192; peu pr&#232;s 80 % de nos &#233;crivains c'est des gens qui &#233;crivent pour la premi&#232;re fois de leur vie. De un, &#231;a permet un langage tr&#232;s diff&#233;rent. On &#233;crit arabe et c'est tr&#232;s important, parce que le langage &#233;crit et parl&#233; est tr&#232;s diff&#233;rent [2]. Il y a un moment o&#249; on est arriv&#233; &#224; trouver un juste milieu qui passe. Et de deux, c'est que la repr&#233;sentation, dans le genre femme, homme, LGBTQ, r&#233;gions, centre, est en fait beaucoup plus d&#233;mocratique que ce que l'on trouve dans les journaux &#233;tablis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politiquement vous vous situeriez comment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : En fait la mouvance des jeunes qui ont commenc&#233; Megaphone, je dirais gauche, un peu rainbow coalition, gauche, f&#233;ministe, libertaire d'un certain c&#244;t&#233;. Megaphone essaye de faire la jonction entre tous ces groupes. Un espace o&#249; ces groupes qui ne travaillent pas ensemble sp&#233;cialement, se retrouvent. Vue qu'on a pas encore de parti ou d'organisation politique, &#224; quel point on y parvient, je sais pas, mais c'est l'id&#233;e quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous un peu m'expliquer le parcours de ces diff&#233;rents groupes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt; : On peut dire que pour ma g&#233;n&#233;ration, &#231;a a surtout commenc&#233; en 2011, avec les r&#233;volutions arabes. Il y a une tentative assez timide de r&#233;volte, sous le slogan, &#8220;le peuple veut la chute du r&#233;gime confessionnel&#8221;. Moi j'ai juste particip&#233;, mais d&#233;j&#224; des groupes de gauches et des partis traditionnels &#233;taient dedans. Malheureusement la gauche pro-Assad aussi et d&#232;s que la r&#233;volution syrienne a commenc&#233;, les divisions ont commenc&#233;. Mais &#231;a a ouvert les premi&#232;res br&#232;ches. C'&#233;tait la premi&#232;re &#233;tape vers cet espace nouveau, qui n'est pas confessionnel, qui n'est pas li&#233; au parti traditionnel, qui est la&#239;que, mais pas au sens fran&#231;ais. Quand en 2013 et 2014, le parlement a prolong&#233; son mandat ill&#233;galement, &#231;a a galvanis&#233; une &#8220;soci&#233;t&#233; civile&#8221;, qui a pris plus de sens, &#231;a a &#233;t&#233; un mini-d&#233;clic. C'&#233;tait une entrave totale au semblant de d&#233;mocratie. &#192; l'&#233;poque &#231;a restait limit&#233; &#224; Beyrouth et il n'y a eu que quelques manifestations, et pas en r&#233;gion. Puis arrive en 2015 la r&#233;volte des d&#233;chets, on voit encore la &#8220;soci&#233;t&#233; civile&#8221;, des groupes de gauche, des groupes &#233;tudiants, mais &#231;a arrive &#224; briser quelque chose et &#224; toucher la soci&#233;t&#233; avec de grandes manifestations parfois de 100 000 personnes et aussi quelques manifestations hors de Beyrouth. Et l&#224;, &#231;a commence &#224; politiser plus de monde. Beaucoup comprennent que ce n'est plus juste une logique de mauvaise gestion, mais bien une logique structurelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a eu une tentative incompl&#232;te impuls&#233;e par la soci&#233;t&#233; civile auquel j'ai particip&#233;, en 2016 : on a essay&#233; de participer aux &#233;lections municipales. Pour moi la logique &#233;tait valide, mais la r&#233;alisation pas du tout. La logique c'&#233;tait : en tant que personne la&#239;ques, c'est &#224; dire, qui ne veulent pas se d&#233;finir politiquement par rapport &#224; leur communaut&#233; religieuse, l'&#233;lection municipale est un levier int&#233;ressant. Mais il y avait une logique un peu technocratique qui ne me plaisait pas trop, pas du tout dans une logique de mouvement en continue. Un peu lib&#233;ral dans la fa&#231;on d'approcher les choses aussi : on veut une ville avec des jardins publics et tout &#231;a. Alors que ce n'est pas juste &#231;a, il y a aussi un aspect social dans tout &#231;a. Mais on a quand m&#234;me fait un score historique, de 40%, etc. c'est encore un mouvement actuellement, mais beaucoup ont d&#233;sert&#233;, comme moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ne comprenaient pas nos camarades, c'est que si c'&#233;tait possible c'&#233;tait parce que les enjeux d'une &#233;lection municipale sont tr&#232;s bas pour le r&#233;gime libanais. C'est pas l&#224; qu'il se renouvelle, c'est dans les &#233;lections l&#233;gislatives. Qui sont une farce, mais une farce qui donne la l&#233;gitimit&#233;. C'est l&#224; que se discutent les sujets qui divisent les Libanais : les armes du Hezbollah, les sujets &#233;conomiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, &#231;a a donn&#233; un espoir immense que nos id&#233;es soient devenues mainstream, que c'est bien de pas &#234;tre pro-establishment, que c'est bien vu. Ils y avaient des artistes, des cin&#233;astes. &#199;a s'est totalement mainstreamis&#233;, et c'&#233;tait bien d'une certaine mani&#232;re car &#231;a nous a aussi permis de radicaliser le discours. M&#234;me si les lib&#233;raux sont devant toi, ils ont ouvert un espace que tu peux occuper apr&#232;s. Mais les &#233;lections l&#233;gislatives de 2018 ont &#233;t&#233; un d&#233;sastre pour ces alliances de la soci&#233;t&#233; civile car ils se sont pr&#233;sent&#233;s et ils ont eu 2%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous les raisons d'un tel &#233;chec &#233;taient claires : d'abord parce que ce n'&#233;tait pas un mouvement li&#233; &#224; une base populaire et parce que ce n'&#233;tait pas un mouvement qui repr&#233;sentait des int&#233;r&#234;ts de classe. C'&#233;tait un mouvement limit&#233; au cercle urbain, de la classe moyenne &#233;duqu&#233;s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ce mouvement avait &#233;vacu&#233; tous les sujets politiques qui f&#226;chent : &#233;conomiquement on ne se prononce pas tr&#232;s clairement. On parle de corruption au lieu de parler de syst&#232;me &#233;conomique qui ne fonctionne pas. On se cache aussi autour du slogan &#8220;tous on a dit tous&#8221; alors que, si je suis totalement d'accord avec &#231;a, parfois il faut aussi nommer le Hezbollah qui est un parti criminel qui a commis des massacres en Syrie, qui a commis des massacres ici, qui est compl&#233;tement li&#233; &#224; l'Iran. Hariri aussi, un homme qui organise une &#233;conomie toute enti&#232;re qui ne fonctionne pour personne. Il faut dire les choses comme elles sont, et il ne l'ont pas fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Et puis en 2018, avec plusieurs groupes on a organis&#233; un concert pour Meshrou'Leila dont le concert avait &#233;t&#233; interdit, parce que le chanteur est homosexuel. C'est &#224; ce moment l&#224; qu'on se rend compte que quelque chose a chang&#233;. Car dix jours apr&#232;s l'interdiction, on fait un contre-concert et en 10 jours, on ram&#232;ne 6 000 personnes. Ce qui est plus que ce que devait rassembler le premier concert interdit (rire). L&#224; on se dit que les gens en on marre. M&#234;me un truc aussi basique qu'un concert avait g&#233;n&#233;r&#233; une intensit&#233; &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt; : Apr&#232;s &#231;a, on a eu un an de battement. On a essay&#233; de faire plus de travail de terrain et d'&#233;laborer un discours plus coh&#233;rent. Malheureusement, ce travail n'a pas pu &#234;tre fait &#224; temps. La r&#233;volution explose, et on est l&#224;, totalement d&#233;sarm&#233;, avec le r&#233;seau dont on a h&#233;rit&#233; depuis dix ou quinze ans, mais qui ne peut pas remplacer des structures de partis et des structures de formation politique solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous a donn&#233; un peu d'oxyg&#232;ne, c'est que les gens ne nous ont pas attendu pour se mobiliser, ce qui est g&#233;nial ! Mais comme partout dans le monde arabe finalement : les gens n'ont pas attendu les structures pour s'organiser et occuper les espaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement &#231;a ne dure pas longtemps, c'est une phase qui d&#233;j&#224; peut &#234;tre &#233;touff&#233;e par la r&#233;pression ou par la carte du temps, que l'establishment joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils ont fait les deux, ils ont menac&#233; et frapp&#233; violemment &#224; travers le bras arm&#233;e officiel que sont la police et l'arm&#233;e, mais aussi &#224; travers le Hezbollah. Et &#224; travers aussi des militants de partis politiques comme ceux de Hariri, ou les Forces Libanaises [3]. Et les banques ont jou&#233; leur jeu, qui sont un p&#244;le essentiel du syst&#232;me politique libanais, en mettant au pas les gens. Et ils n'ont pas form&#233; de gouvernement et juste jou&#233; la carte du temps. Donc l&#224;, on est dans la phase interm&#233;diaire , ce qu'Elias Khoury [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a pour dire que la situation n'est pas surprenante pour nous. On sait tr&#232;s bien qu'on est en train de payer le prix du manque de formation politique et des vues &#224; court termes que certains avaient, par exemple, en se jetant dans des &#233;lections l&#233;gislatives. On n'en a rien a foutre d'avoir des gens au parlement ! L'id&#233;e c'est d'avoir une bataille d'id&#233;es, d'avoir des gens qui se rassemblent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est paradoxal, parce que on est arriv&#233; au top, on est arriv&#233; au temps o&#249; nos id&#233;es sont devenues mainstream et c'est &#224; ce moment o&#249; je me sens compl&#233;tement perdu et d&#233;sarm&#233; et o&#249; je sens que c'est la fin d'une phase et le d&#233;but d'une autre. On est &#224; un carrefour de mille dynamiques. On a le syst&#232;me &#233;conomique qui part en fum&#233;e, totalement en fum&#233;e. Et m&#234;me si on est radicalement anticapitaliste, on a conscience de ce que signifie l'&#233;croulement d'un syst&#232;me &#233;conomique sur la t&#234;te des gens. C'est le genre de choses auxquelles il nous faut r&#233;fl&#233;chir. Au niveau s&#233;curitaire et international aussi, on est au carrefour de... voil&#224; tu sais ce qu'il se passe [5] a appel&#233; la phase entre une intifada et une r&#233;volution.. Et c'est &#224; ce moment qu'on doit essayer d'articuler et d'apporter tous ensembles, une alternative de gauche quine soit pas la gauche traditionnelle ni celle anti-imp&#233;rialiste pro-Bachar. C'est le moment o&#249; tu te poses toutes les questions : Est-ce qu'il faut se jeter compl&#233;tement dans le bain et tenter le tout pour le tout, quitter son job et quitter son confort de classe moyenne. Ou bien est-ce le moment d'&#234;tre un petit peu plus tactique et plus pragmatique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je comprends tr&#232;s bien ce que tu veux dire, avec des enjeux propres on ressent des choses proches ici en France : qu'un paroxysme a &#233;t&#233; atteint , sans encore savoir totalement ce que c'est. Et que la question se pose : &#8220;maintenant, on va o&#249; ?&#8221; Car malgr&#233; tout ce qui s'est pass&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, on n'est pas tout &#224; fait &#224; la hauteur des enjeux. Face &#224; cette situation, est-ce que vous avez des pistes, des id&#233;es, la question d'une organisation r&#233;volutionnaire, par exemple, se pose-t-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Oui, beaucoup de gens, travaillent en faisant du volontariat &#224; m&#233;gaphone aussi parce que &#231;a serait un premier pas vers un activisme politique plus pointu. Megaphone serait sens&#233; &#234;tre l'arme m&#233;diatique de ce mouvement. Ca pourrait &#234;tre un peu une tentative de cr&#233;er un collectif sur les principes communs dont on a parl&#233;, contre le racisme, pour les r&#233;volutions. Ce n'est pas tellement une proposition positive pour l'instant, surtout n&#233;gative. Notamment parce qu'il est n&#233;cessaire de nous s&#233;parer de gens qui se sont retrouv&#233;s avec nous dans la r&#233;volution mais qui sont tr&#232;s douteux dans de nombreuses de leurs positions. On ne peut pas le nier, il y a un gros contingent dans la r&#233;volution qui est bien nationaliste, bien patriotiste, qui aime l'arm&#233;e et qui n'aime pas les &#233;trangers. Alors nous essayons un peu de cr&#233;er quelque chose qui pourrait &#234;tre notre plateforme pour commencer &#224; s'organiser, car on rentre dans un moment o&#249; la seule spontan&#233;it&#233; ne suffit plus. Par exemple l'id&#233;e des banques&#8230; une fois qu'on ferme les banques on fait quoi ? Est-ce qu'on a des revendications ? Est-ce que l'on propose une &#233;conomie alternative ? Essayer de sortir le fric et faire des coop&#233;ratives par exemple ? Ou essayer de forcer les banques &#224; &#234;tre plus responsables ? La pression on cherche &#224; la mettre sur qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux groupes r&#233;alisent qu'un certain moment de spontan&#233;it&#233; r&#233;volutionnaire est fini et qu'il faut commencer &#224; pr&#233;parer les formes d'organisations, qu'elles soient repr&#233;sentatives ou pas, je sais pas, mais penser le moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un moment donn&#233;, il y a eu la question de l'apr&#232;s la r&#233;volution, on a parl&#233; de passer &#224; une organisation &#224; l'&#233;chelle de quartiers et de lieux, afin d'&#234;tre en mesure de faire face &#224; la crise et &#224; un syst&#232;me qui devient de plus en plus sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt; : Avant la r&#233;volution, ce que nous pensions dans mon groupe c'&#233;tait : &#8220;D'abord il faut un pilier &#233;tudiant solide.&#8221; Et on y est arriv&#233;. Ensuite, &#8220;Il faut avoir un m&#233;dia&#8221;, parce ce que ce qui existe en termes de m&#233;dias, c'est de la merde. Donc Megaphone est n&#233;, et puis &#8220;Il faut avoir une sorte de structure&#8221;. Pas une repr&#233;sentation mais une sorte de parapluie qui peut f&#233;d&#233;rer un petit peu tout &#231;a et faire un travail progressif vers une forme parti, mais tout en laissant ses branches totalement ind&#233;pendantes. Cette tentative avait &#233;chou&#233; avant la r&#233;volution. On &#233;tait avec les f&#233;ministes intersectionnelles qui nous ressemblent beaucoup et qui partagent nos positions sur la Syrie et la Palestine, ainsi qu'avec des groupes &#233;tudiants et des intellectuels. Mais si cette tentative avait fonctionn&#233; en th&#233;orie, car on &#233;tait d'accord, elle a &#233;chou&#233; concr&#232;tement car tout le monde restait un petit peu dans sa bulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui on r&#233;essaye un peu de faire la m&#234;me chose en surfant sur la vague de ce qui se passe et et en insistant sur l'urgence, mais avec plus de gens comme les Lihaqqi c'est un groupe qui &#233;tait &#224; la base, plut&#244;t dans le Chouf et maintenant s'est &#233;tendue &#224; d'autres r&#233;gions. Ilsi nous ressemblent beaucoup et sont implant&#233;s localement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi avec des gens qui ont quitt&#233; la gauche traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant qu'on a acquis une certaine maturit&#233; politique, que les &#233;gos prennent moins de place et que tout le monde avance vite, le grand d&#233;bat c'est comment cr&#233;er une structure qui soit assez souple, mais aussi assez ferme pour faire front commun face &#224; l'establishment, mais aussi qui puisse &#234;tre une alternative solide. C'est tout nouveau, c'est en train de se faire. Ce n'est pas un parti pour les &#233;lections, c'est un parti qui puisse faire face &#224; l'effondrement et qui puisse d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de plusieurs classes, on parle pas que d'une seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il y a une g&#233;n&#233;ration &#8220;classe&#8221;, celle &#224; qui j'appartiens, qui n'ont jamais eu aucun r&#244;le politique, qui ont &#233;t&#233; marginalis&#233;s. Une grande partie de ma g&#233;n&#233;ration aujourd'hui n'a aucune perspective d'avenir. Et puis on refuse d'avoir une position de gauche qui n&#233;glige les r&#233;fugi&#233;s, les travailleuses domestiques [6], on refuse d'avoir une position de gauche au d&#233;pend de ces gens l&#224; et juste pour les travailleurs libanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi la question de la classe moyenne car d'ici six ou sept mois sa condition va d&#233;gringoler. Avant tout &#231;a, les gens qui avaient des dipl&#244;mes, c'&#233;tait pour partir &#224; l'&#233;tranger et envoyer de l'argent aux parents. C'est &#231;a le mod&#232;le &#233;conomique libanais, c'est l'exportation de personnes dipl&#244;m&#233;es et qui peuvent d&#233;crocher le bon job &#224; l'&#233;tranger pour financer la d&#233;faillance de l'Etat. Et m&#234;me &#231;a, c'est plus vraiment possible car l'&#233;tranger n'est plus aussi ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il y a plein de groupes p&#233;riph&#233;riques de Beyrouth ou d'ailleurs qui se sont mobilis&#233;s pour la premi&#232;re fois, &#224; Tripoli ou dans le sud, dans la Beeka et qui ont eu un r&#244;le de leader contrairement aux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Donc il y a des gens &#224; mobiliser l&#224; bas, il y des int&#233;r&#234;ts de classes qui doivent &#234;tre incarn&#233;s dans un projet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sujet de ces nouvelles formes organisationnelles et de ces groupes d&#233;j&#224; existant, dans quelle mesure tu penses que ce type de tentatives peut toucher des milieux plus populaires et est ce que c'est d&#233;j&#224; le cas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Bon, en fait, l'erreur que les r&#233;volutionnaires ont commis, &#231;a a &#233;t&#233; d'arr&#234;ter de fermer les routes et de succomber au chantage moral-s&#233;curitaire du gouvernement. Car les blocages des routes &#233;taient le seul endroit o&#249; il y avait une base populaire et activiste. Car c'est avec les habitants des quartiers qu'on les ferme et il y a tout un dialogue qui s'&#233;tabli. Quand on fait une attaque cibl&#233;e, disons contre des instituts gouvernementaux, c'est des activistes qui y vont. Au moins &#224; Beyrouth, il y a eu une rupture avec l'extension populaire de la r&#233;volution. La r&#233;ponse a &#233;t&#233; de faire des organisations dans les quartiers, avec les activistes, qui eux le font pour des raisons politiques, mais qui avec le temps deviendraient des raisons sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant &#224; Beyrouth &#231;a n'a pas encore donn&#233; grand chose contrairement &#224; Tripoli o&#249; la division sociale n'est pas aussi forte entre activistes et milieu populaire. De plus, c'&#233;tait l'objectif d&#232;s le d&#233;but de leur action, il faut ramener la ville vers le centre, plut&#244;t que d'utiliser le centre comme avant-garde d'une r&#233;volution. Donc le centre &#233;tait devenu un endroit o&#249; le soir les gens viennent fumer des narguil&#233;s, pendant la journ&#233;e &#233;couter les discours, il y avait des manifs qui partaient le soir du centre vers les quartiers tr&#232;s pauvres. Donc il y a eu un travail de terrain beaucoup plus pouss&#233;. Et il y a aussi le c&#244;t&#233; o&#249; la r&#233;volution est beaucoup plus sociale dans le nord, l&#224; o&#249; il y a beaucoup plus de pauvret&#233;. Quand on parle de ch&#244;mage dans le nord, c'est une r&#233;alit&#233; que tout le monde vie, alors qu'&#224; Beyrouth, c'est beaucoup plus segment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second probl&#232;me c'est &#224; Beyrouth et dans le sud du pays. Des partis tr&#232;s organis&#233;s comme le Hezbollah et Amal ont eux, un soutien populaire. Et dans leurs quartiers ils ont d&#233;j&#224; mis en place des syst&#232;mes de distribution de nourriture, un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; de voisinage et donc ils s'en fichent qu'il y ait une crise ou non car leur syst&#232;me fonctionne. Mais pour nous, &#231;a devient impossible de travailler l&#224; bas, parce que c'est dangereux. &#192; Beyrouth il y a beaucoup de tensions communautaires car c'est la r&#233;gion la plus mixte. Si tu peux pas travailler dans les quartiers chiites, tu peux pas travailler dans les quartiers sunnites... mais &#231;a reste la seule option que l'on a, car la r&#233;volution va se faire dans d'autres r&#233;gion et Beyrouth va &#234;tre seulement la face officielle. Il y a les activistes, il y a megaphone, il y a les institutions mais il y a pas vraiment d'appui populaire. Et &#231;a se voit, car c'est la premi&#232;re fois o&#249; les manifs &#224; Beyrouth sont beaucoup plus faibles que les manifs partout ailleurs, en terme de gens. Mais c'est aussi l&#224; o&#249; les manif sont les plus violentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc on sait que c'est &#224; partir de l&#224; qu'il faut s'organiser mais on sp&#233;cule car on ne sait pas quelle forme la crise &#233;conomique et financi&#232;re va prendre. Plus la crise va devenir forte, plus il va y avoir besoin de formes de solidarit&#233;s, soit professionnelles soit de quartiers. Et si on arrive &#224; mettre de c&#244;t&#233; les formes de charit&#233; des bourgeois de la r&#233;volution , il reste un travail d'organisation &#224; faire, il y a une demande. La question c'est : va-t-on pourvoir y r&#233;pondre ? On le saura dans quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une de mes interrogations principales. S'il semble y avoir un risque d'aggravation de la crise &#233;conomique, en parall&#232;le, il y a d'importantes solidarit&#233;s confessionnelles, notamment autour du Hezbollah qui en plus des moyens mat&#233;riels dont vous parlez, b&#233;n&#233;ficient aussi du soutien de l'Iran. Ce qui m'am&#232;ne &#224; cette question, comment des groupes comme ceux dont vous faites partie peuvent-ils r&#233;pondre &#224; la question de la crise et &#224; la sp&#233;cificit&#233; de la puissance du Hzebollah ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Il y a de toutes petites choses qui commencent &#224; &#234;tre faites. Dans mon quartier par exemple, les pharmaciens ont commenc&#233; &#224; r&#233;colter tous les m&#233;dicaments que les gens n'utilisent pour les redistribuer aux plus pauvres. &#192; Tripoli il y a des soupes populaires alors que &#231;a n'existait pas avant. C'est encore petit, mais ils ont essay&#233; un syst&#232;me d'agriculture collective o&#249; ils prennent des terrains qui ne sont pas utilis&#233;s et ils essayent de les transformer en champs.Il y a eu un mouvement de charit&#233; et de solidarit&#233; autour des f&#234;tes. Il y a des institutions confessionnelles qui ne sont pas sp&#233;cialement politis&#233;s, moi je suis pas contre. Comme l'&#233;glise, comme les mosqu&#233;es, les associations de familles. Il y a cette profondeur organisationnelle qui n'a pas vraiment de coloration politique, qui est plut&#244;t conservatrice socialement mais qui existe. Je pense qu'ils devraient pouvoir &#234;tre davantage mis en lien avec certains mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a toutes les solidarit&#233;s qui s'organisent autour de la question des banques. Des groupes r&#233;volutionnaires sont appel&#233;s par des gens, ils entrent dans une banque et ils les aident &#224; obtenir leur argent. C'est symbolique car la somme reste la m&#234;me, mais c'est une forme de redistribution. Apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; contact&#233; par des gens de la diaspora qui veulent donner de l'argent aux h&#244;pitaux , mais l&#224; on entre dans un niveau sup&#233;rieur car ce sont de grandes sommes. Ca reste assez timide, mais &#231;a l'air d'&#234;tre la seule fa&#231;on de donner une existence sociale &#224; la r&#233;volution. Comment &#231;a va se faire, je ne sais pas encore. Tout le monde se dirige vers ce travail qui n'est plus juste un travail de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant bien s&#251;r , vous l'avez appel&#233; la &#8220;sp&#233;cificit&#233;&#8221;, je l'appelle le probl&#232;me Hezbollah. Mais bon, personnellement j'ai un probl&#232;me avec Hezbollah depuis des d&#233;cennies, mais disons qu'avant nous &#233;tions une minorit&#233;. Depuis il y a eu les r&#233;volutions arabes et la Syrie. Une grande partie des gens commencent &#224; perdre confiance dans le Hebzbollah. Et enfin, 2019 et la situation de maintenant o&#249; le Hebzbollah passe d'une pseudo-force de contestation internationale &#224; une force chiite qui a une communaut&#233;, qui a ses besoins et qui n'a pas un probl&#232;me fondamental avec les banques, ni avec le syst&#232;me &#233;conomique. Le probl&#232;me prend deux formes, c'est le probl&#232;me des armes et le probl&#232;me des connexions g&#233;opolitiques. L'assassinat de Qassem Soleimani devient une histoire int&#233;rieure chez nous, parce que on est peut &#234;tre l'endroit d'o&#249; la r&#233;ponse peut venir et on en payerait le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hezbollah est aujourd'hui le principal acteur politique. Les autres partis ressemblent &#224; des organisations familiales compar&#233; au Hezbollah. Pour compl&#233;ter, l'aspect qui est peut &#234;tre le plus important : c'est le Hezbollah qui contr&#244;le tous les flux. L'a&#233;roport, le port et les fronti&#232;res terrestres. Donc si la contrebande devient quelque chose d'important dans les mois &#224; venir, c'est lui qui va la contr&#244;ler. Et si il contr&#244;le les sources de cash&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le Hezbollah devient le joueur principal, socialement, financi&#232;rement et politiquement. Le probl&#232;me c'est que&#8230; ils sont arm&#233;s. Et ils ne rigolent pas. Donc l&#224;, c'est la limite interne &#224; n'importe quel mouvement politique. Et si on prend l'exemple de la Syrie en tant que potentiel mod&#232;le, c'est un parti qui n'a pas de probl&#232;me &#224; utiliser la violence pour garder sa puissance intact. La diff&#233;rence c'est qu'ici c'est un parti qui contr&#244;le une seule communaut&#233;. Et des communaut&#233;s il y a en a 18 autres. A un moment donn&#233;, ils vont devoir faire un compromis, sinon ce sera une guerre civile. Une crise &#233;conomique, avec une crise politique, &#224; un moment d'incertitude c'est les ingr&#233;dients d'une guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a c'est vraiment en dehors de nos mains et &#231;a va d&#233;pendre de ce qui va se passer aussi entre l'Iran et les Etats Unis, mais la seule bonne nouvelle dans ce truc c'est qu'il y a un mouvement de contestation chiite. Qui a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; certes, mais qui existe et, en fait, le seul espoir, c'est qu'il y ait un d&#233;sengangement entre l'id&#233;e de la communaut&#233; et du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la crise continue et que les gens ne rejoignent pas le Hebzbollah mais vont dans la rue, alors il y aura un probl&#232;me pour le Hezbollah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et les exp&#233;riences plus positives, de solidarit&#233;s par exemple, ces propositions d'auto-organisations, est ce que vous avez essay&#233; de les valoriser avec m&#233;gaphone ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : On les a valoris&#233; dans les textes sur l'importance de l'autogestion. On a essay&#233; de les couvrir quand on a &#233;t&#233; &#224; Tripoli, mais &#231;a c'est un travail qui se fait sur le fond. On travail pendant une semaine sur une nouvelle initiative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, on descend avec des amis dans le sud et on commence &#224; parler avec des gens et on commence &#224; filmer. Comme on a pas vraiment de contact fixe l&#224; bas, l'id&#233;e serait d'avoir une personne r&#233;f&#233;rente dans chaque r&#233;gion, soit pour produire du mat&#233;riel soit elle m&#234;me &#234;tre en contact avec des groupes, mais &#231;a il faut dire que c'est assez difficile, parce que &#224; part Tripoli et Beyrouth, l'action est assez fluide. Il y a pas d'organisation, tout se fait tr&#232;s spontan&#233;ment. &#199;a ferme une route et &#231;a disparaissait. Alors qu'&#224; Tripoli il y a une base, des organisations, des gens qui travaillent chaque jour, donc eux sont nos contacts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi remettre cette r&#233;volution dans une certain perspective historique. Depuis la fin de la guerre civile, toute la politique disons contestataire, de gauche, d'activistes &#233;tait faite &#224; Beyrouth, c'&#233;tait un cercle tr&#232;s tr&#232;s restraint. Et donc quand des r&#233;gions, de classe moyenne chr&#233;tienne -si vous voulez parler en terme d'id&#233;ologie europ&#233;enne, droite &#224; extr&#234;me droite- se transforment en commune r&#233;volutionnaire, c'est pas seulement qu'on a &#233;t&#233; surpris, on connaissait personne ! Mais vraiment personne. Et on avait vraiment aucune id&#233;e de ce qui avait pouss&#233; les gens &#224; faire &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on d&#233;couvre qu'ils avaient... pas vraiment un discours de gauche, c'&#233;tait plut&#244;t un discours d'&#233;tat de droit, de justice sociale. Un moment dans ces coins, ils ont chang&#233; l'hymne nationale pour le f&#233;miniser. Et les f&#233;ministes disaient : &#8220;Mais on a jamais mis les pied l&#224; bas ! D'ou &#231;a vient ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; Beyrouth, o&#249; on &#233;tait habitu&#233; &#224; un cercle d'activistes, on se retrouve avec des cercles d'activistes de coloration politiques assez diff&#233;rentes, de g&#233;n&#233;rations assez diff&#233;rentes, qu'on connaissait tr&#232;s peu. Donc dans les deux premiers mois de la r&#233;volution, il s'agissait vraiment d'essayer de comprendre &#8220;qui est qui&#8221; et &#8220;qui fait quoi&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a bien s&#251;r un effet g&#233;n&#233;rationnel, bon moi j'ai la quarantaine, mais la moyenne d'&#226;ge dans la rue &#233;tait de vingt-deux, vingt-trois ans. Et &#231;a, c'est des gens qui ont une sensibilit&#233; politique tr&#232;s diff&#233;rentes de la n&#244;tre. L&#224; on a compris que quelque chose avait chang&#233;, on a pas fait attention au fait qu'il y a deux g&#233;n&#233;rations qui sont pass&#233;es et qui n'avait jamais eu leur repr&#233;sentation culturelle et politique. Et maintenant &#231;a va &#234;tre leur moment. Donc maintenant&#8230; on &#233;coute. On &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait d'utiliser avec parcimonie, voir pas du tout le vocabulaire communiste ou libertaire ou marqu&#233; &#224; gauche, c'est une attention particuli&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Il y a deux raisons : D'un c&#244;t&#233; il y a un d&#233;bat depuis 2015 dans le milieu contestataire pour essayer de d&#233;gager la gauche classique nationaliste arabe, pro-Bachar notamment. Donc c'est une tentative de d&#233;gager ce langage et de mettre un langage, aussi progressiste et r&#233;volutionnaire mais beaucoup plus, d&#233;-id&#233;ologis&#233; dans ce sens. L'autre chose c'est que la rue a parl&#233; cette langue, dans le sens ou c'&#233;tait la langue au d&#233;but un peu non-id&#233;ologique, moralisante et contre-la corruption, qui ne voulait vraiment rien dire, mais qui exprimait ces id&#233;es de fa&#231;on spontan&#233;e. Apr&#232;s, le groupe principal qui s'est charg&#233; des slogans et qu'on a mis en valeur, c'est le groupe radical f&#233;ministes. Ils ont construit leurs slogans autour des questions des r&#233;fugi&#233;s, du capitalisme, du patriarcat et d'autres th&#232;mes. Donc si tu veux, un slogan comme &#8220;c'est un combat de classe&#8221; c'est tr&#232;s id&#233;ologique mais c'est devenue clich&#233;. Donc on essaye de trouver une autre g&#233;n&#233;alogie &#224; ces termes. Une g&#233;n&#233;alogie qui reprend d'une certaine fa&#231;on la musique et la forme des slogans de la r&#233;volution syrienne, mais avec un contenu qui est diff&#233;rent, et qui coupe avec cet h&#233;ritage de gauche qui est devenu en fait une gauche d'&#233;tat. A la place de chanteur qui se sont compromis soit avec le Hezbollah soit avec le r&#233;gime syrien, on met quelqu'un comme des El Rass, ce rappeur de Tripoli qui a des textes beaucoup plus engag&#233;s mais avec un langage totalement diff&#233;rent, un langage de rue beaucoup plus fort. Donc &#231;a c'est nos petits combats internes. C'est comme si il y avait besoin d'un autre vocabulaire. De reprendre les m&#234;mes id&#233;es mais avec une autre s&#233;mantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et tu m'as parl&#233; plusieurs fois de la r&#233;volution syrienne, peux tu me dire comment toi tu vois le lien, ou les r&#233;f&#233;rences &#224; ce qui s'est pass&#233; l&#224;-bas ou lors d'autres soul&#232;vements ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Il y a d'un c&#244;t&#233; un pragmatisme politique chez beaucoup de r&#233;volutionnaires. Pas chez moi, car j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire &#224; cause de la r&#233;volution syrienne, et mon point de vu est connu. Je ne m'en cache pas, ni Megaphone, qui est d'ailleurs partenaire de Al jumhuriya, m&#233;dia de la r&#233;volution syrienne en exil. De plus, le groupe f&#233;ministe dont j'ai parl&#233; plusieurs fois, avec qui on travaille, est le groupe principal qui s'organise avec les r&#233;fugi&#233;s syriens. Pour nous, c'est&#8230; on est d&#233;j&#224; dans la merde (rire). On est d&#233;j&#224; associ&#233; &#224; la r&#233;volution, on s'en fout. Mais il y a eu un pragmatisme politique de la plupart des groupes, qui consistent &#224; mettre en valeur le c&#244;t&#233; libanais de cette r&#233;volution, pour &#233;viter toute les tensions internes car c'est un sujet de toute les discordes. C'est aussi parce que la derni&#232;re vague des printemps arabes n'a pas &#233;t&#233; un grand succ&#232;s et dire qu'on fait partie de cette vague, avec tous les r&#233;sultats, en tant que marketing politique disons, n'est peut &#234;tre pas la meilleure des choses &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu absurde car la r&#233;volution irakienne et la r&#233;volution libanaise se rencontrent en plusieurs points : On sait qu'il y a eu un &#233;change de techniques par exemple. Que des femmes soient au premier rang a &#233;t&#233; vu en Irak, la fa&#231;on dont les routes ont &#233;t&#233; ferm&#233;es par les irakiens a &#233;t&#233; reprises par les libanais, il y a eu des clins d'oeil assez timides, mais il y en a eu entre les deux. Il y a le Hezbollah en face, dans les deux cas aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la r&#233;volution syrienne, beaucoup de slogans et de chansons sont des reprises de cette r&#233;volution. Certaines personnes qui utilisent megaphone font partie de cette galaxie. Mais pour des raisons de s&#233;curit&#233;, les activistes syriens de notre mouvance ne se mettent pas en avant, ils restent au second plan. En m&#234;me temps, on a fait de la question des r&#233;fugi&#233;s un des slogans majeurs de la r&#233;volution. Le gouvernement l'a repris en disant que la Thawra veut mettre les r&#233;fugi&#233;s &#224; la place des chr&#233;tiens. Donc les f&#233;ministes ont repris ce slogan et &#231;a eu un effet positif dans la r&#233;volution, car on a entendu : &#8220;Oui en fait, va te faire foutre, on pr&#233;f&#232;re les r&#233;fugi&#233;s &#224; toi&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, je pense qu'avec l'assassinat de Souleimani, on ne peut plus ignorer la dimension transnationale de ce mouvement. Notre destin et le destin des r&#233;volutionnaires irakiens est d'une certaine fa&#231;on li&#233;e. Il faut aussi reconna&#238;tre que le gouvernement mis en place &#224; Beyrouth l'a &#233;t&#233; en partie apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution syrienne. C'est ceux qui ont gagn&#233; en Syrie qui ont pu le mettre. Le gouvernement qui est en train d'&#234;tre compos&#233;, sa premi&#232;re mission va &#234;tre d'essayer d'aller chez Bachar Al-Assad pour essayer de faire partie de la reconstruction. Parce que c'est le dernier endroit o&#249; ils peuvent obtenir de l'argent. Donc cette question internationale va &#234;tre &#224; nouveau mise en valeur. Donc la question des r&#233;fugi&#233;s aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui se disent : &#8220;on sacrifie les r&#233;fugi&#233;s pour deux ou trois soutiens&#8221;, on doit pouvoir avoir une fa&#231;on de leur dire, allez vous faire foutre. C'est le m&#234;me pragmatisme qui avait eu aussi pour cons&#233;quence de mettre la question de la corruption au centre, mais ils commencent &#224; devoir se pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette dimension va &#234;tre une des questions principales. Mais le paradoxe c'est que pour tous les r&#233;seaux internationaux, la r&#233;volution libanaise fait partie des r&#233;volutions arabes. On les observe ensemble. Alors que m&#234;me le chef de l'arm&#233;e ici a pris l'exemple soudanais &#224; un moment : &#8220; regardez l&#224; bas, l'arm&#233;e et les syndicats font une alliance&#8221;. Sauf qu'il n'y a pas de syndicat au Liban et que l'arm&#233;e c'est le Hezbollah donc... (rire) C'est tomb&#233; &#224; l'eau assez rapidement. Donc il y a ces quelques clin d'oeil mais il y a aussi une peur de dire voil&#224; on fait partie des r&#233;volutions arabes. Car &#231;a peut aussi vouloir dire, &#231;a va &#234;tre l'Egypte ou la Syrie, ou le Yemen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On voit que de plus en plus de gens s'accordent sur le constat &#8220;ils sont tous pourris&#8221;. Les mouvements de contestation visent de plus en plus les gouvernements et m&#234;mes les banques, partout on entend que &#8220;Les peuples veulent la chute des r&#233;gimes&#8221;. Reste la question, que ce qui perce en terme d'imaginaires de la &#8220;Chute du R&#233;gime&#8221;, de la transition, de l'apr&#232;s, de la r&#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt; : Au niveau des valeurs c'est une g&#233;n&#233;ration qui se ressemble. Qui refuse plein de valeurs des parents totalement d&#233;pass&#233;es. Et on pense qu'il y a un projet politique &#224; &#233;laborer par rapport &#224; &#231;a. Mais personne n'a encore la capacit&#233; de se projeter. Ce que je trouve excitant, c'est que je pense que dans cette r&#233;gion du monde, on peut vraiment r&#233;inventer un mod&#232;le de gauche. Mais pour moi, penser au Liban sans penser &#224; la Palestine ou &#224; la Syrie c'est impossible. Parler de d&#233;mocratie et de la&#239;cit&#233; au Liban et en Syrie c'est impossible sans parler de la lib&#233;ration de la Palestine et inversement. Pour autant, il y a beaucoup de chauvinisme dans ces pays qu'ils faut d&#233;manteler pour que les probl&#232;mes des uns concernent les autres. On ne va jamais y arriver tout seuls chacun dans son coin, vu les forces que l'on a en face, qui sont unies et font des alliances. Quand on pense &#224; cette organisation politique on pense que les Syriens et les Palestiniens devraient faire partie int&#233;grante de cette r&#233;flexion. Pas juste &#224; partir d'alliances mais parce que nous pensons que c'est un m&#234;me grand espace politique commun. Apr&#232;s on sait que c'est assez pr&#233;curseur comme id&#233;e et il faut que le contexte politique sur le terrain soit viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, pour nous c'est de ne laisser personne derri&#232;re, on ne peut pas. Laisser derri&#232;re les r&#233;fugi&#233;s, l'&#233;galit&#233; homme-femme, ou la communaut&#233; LGBT-Q. Pour nous, l'intersectionnalit&#233; ce n'est pas une question de tout mettre dans une boite, c'est une question de vraiment cr&#233;er un tissu solide qui puisse faire face &#224; toutes les forces qui s'opposent &#224; nous. Mais en v&#233;rit&#233; j'improvise, car on s'est toujours d&#233;fini par rapport &#224; nos valeurs, jamais par rapport &#224; comment &#8220;gouverner&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais, vous pensez par rapport &#224; la question de la prise de pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt; : En v&#233;rit&#233; ce sont des questions th&#233;oriques qui n'ont jamais &#233;t&#233; renouvel&#233;es depuis la d&#233;faite de la gauche dans les ann&#233;es 70 et c'est affligeant. Au Liban l'imaginaire de gauche n'a pas &#233;volu&#233;. Donc il y a ce d&#233;bat th&#233;orique qui doit &#234;tre men&#233;. Mais engager des d&#233;bats th&#233;oriques &#224; l'heure actuelle, c'est super compliqu&#233; parce qu'il y a une urgence. Mais si tu me poses la question, oui, moi j'aime bien flirter avec les id&#233;es o&#249; l'on n'est pas dans un &#233;tat centralis&#233;, pyramidale et d&#233;mocratique. On est plus dans une logique de gouvernance au niveau local, o&#249; il y a plus de pouvoir populaire et de d&#233;mocratie directe et la question dont les taxes sont pr&#233;lev&#233;es et investies se pose beaucoup plus au niveau social. Mais ce sont des choses que je n'ai pas encore explor&#233;es, parce qu'au Liban &#231;a peut se traduire aussi par des fragmentations, sur des bases sectaires et communautaires. Ce qui n'est absolument pas ce que l'on veut, donc beaucoup sont toujours un peu r&#233;ticent ici &#224; cette id&#233;e de d&#233;centralisation. Parce que &#231;a toujours &#233;t&#233; une id&#233;e de la droite chr&#233;tienne : &#8221;On veut nos cantons, nos r&#233;gions etc&#8221;. Mais de notre point de vue, au niveau philosophique, l'&#233;tat-nation et toute cette connerie ne nous pla&#238;t pas, revenir sur des bases plus petites, pas renferm&#233;es sur elles-m&#234;mes, o&#249; les gens contr&#244;lent la d&#233;mocratie au quotidien me plait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer&lt;/strong&gt; : Je crois que l&#224;, tu as mis le doigt sur&#8230; peut-&#234;tre pas le point faible, mais le point de chute de toute cette r&#233;volution. Dans le sens o&#249; il n'y a pas d'imagination d'un 'apr&#232;s'. C'est une r&#233;volution du &#8220;Now !&#8221; du maintenant. C'est pour &#231;a que pour beaucoup, dans le moment de r&#233;pression, c'est la derni&#232;re r&#233;volution avant la fin catastrophique de tout. Et &#231;a pour plusieurs raisons. Les r&#233;volutions arabes qui ont montr&#233; qu'il n'y avait pas un 'apr&#232;s'. Soit 'l'apr&#232;s' c'est av&#233;r&#233; &#234;tre le m&#234;me comme avec Sissi, soit 'l'apr&#232;s' a &#233;t&#233; pire comme &#231;a a &#233;t&#233; le cas avec le Yemen, la Syrie ou la Lybie. Et la seconde id&#233;e c'est qu'au Liban il y a un imaginaire tr&#232;s fort qui est celui de la guerre civile, et il faut reconna&#238;tre que la guerre civile avait commenc&#233; par un mouvement de contestation de gauche tr&#232;s fort dans les ann&#233;es 70-75. On peut controverser pendant des heures, mais dans l'imaginaire populaire, une contestation trop forte des institutions donne une guerre communautaire. &#199;a c'est la peur principale chez tout le monde. A chaque fois qu'on a eu des moments qui ressemblaient &#224; des 'images de guerre' : une apparition d'hommes arm&#233;s, la fermeture de routes qui prenait la forme d'un barrage, ou des images de gens qui attendaient devant les stations d'essence, &#224; chaque fois les gens essayaient des trucs joyeux pour casser cette image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a eu un moment donn&#233; un imaginaire des ONG : on am&#232;ne des gens 'propres', pour qu'ils viennent ramener la situation &#224; la normale. Mais je crois qu'avec la chute morale des banques, il y a eu la chute morale de ces organisations : ce n'est pas que le syst&#232;me est bien et que les gens le pourrissent, c'est le syst&#232;me qui est pourri en lui-m&#234;me. Pendant longtemps il &#233;tait l&#233;gal et admis que ceux qui contr&#244;lent les banques sont des technocrates. Et en fait ils ont fait plus de mal que le petit voyou qui prenait 5 dollars de plus pour une demande de travail quelque part. Ca, c'est une corruption qu'on peut r&#233;gler. &#192; cet instant, l'id&#233;e que les &#233;lections seraient la solution est tomb&#233;e. Et &#224; ce m&#234;me instant il y a eu un vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vide doit &#234;tre travaill&#233; par ces interactions sociales, cette r&#233;-imagaination du terrain, du lien social. Et l&#224; on peut dire qu'au Liban on n'est pas tr&#232;s bien servis. La tradition de contestation sociale n'est pas tr&#232;s forte, donc il n'y a pas vraiment de moments forts auxquels on pourrait se r&#233;f&#233;rer comme exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; o&#249; il y a un travail culturel, artistique et politique de profondeur qui doit &#234;tre fait, et qui n'a pas &#233;t&#233; fait, car &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; la question, en tout cas pas une question explicite. Et les quelques exemples qu'on a, sont des exemples qui ont mal fini. Si on prend la r&#233;volution palestinienne et le mouvement dans les ann&#233;es 60-70, qui ressemble beaucoup &#224; ce que l'on a maintenant, la fin &#233;tait assez catastrophique. On a essay&#233; de mettre en valeur la r&#233;volution syrienne, mais en attendant il faut reconna&#238;tre que les cons&#233;quences ont &#233;t&#233; des bombardements et des massacres&#8230; Donc on n'a pas vraiment de mod&#232;le auquel se r&#233;f&#233;rer. Il faut remonter au XIXe si&#232;cle pour revenir au moment o&#249; il y a eu des&#8230; communes, ou des choses qui y ressemblaient au Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu dirais que pour toi, ou d'autres groupes, justement l'imaginaire de la commune ou de la d&#233;mocratie direct ou d'un pouvoir populaire, c'est quelque chose qui est pr&#233;sent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samer &lt;/strong&gt; : Oui car je dirais que ce n'est pas seulement en tant que choix, mais c'est le seul choix qu'on a. Parce que &#231;a r&#233;pond aussi &#224; une question communautaire et sectaire. L'organisation populaire et &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale r&#233;pond &#224; deux challenges : le premier, confessionnel qui est d&#8216;organiser le pays selon un partage communautaire. Et le second, son oppos&#233;, qui est celui d'un partage la&#239;c venant avec tout un bagage d'id&#233;es lib&#233;rales qui restent probl&#233;matiques dans notre contexte. L'id&#233;e de d&#233;mocratie locale, directe, populaire, de Communes, devient cet entre-deux, qui permet l'&#233;mergence d'autres formes d'identit&#233; politique. On n'a pas vraiment d'exemple en t&#234;te, seulement le sentiment que c'est dans cette direction qu'il faut aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premiers mois de la r&#233;volution, la plupart de nos &#233;crits &#233;taient en fait une attaque quant &#224; l'option lib&#233;rale organisante, technocrate qui &#233;tait l'option dominante. Le gouvernement qui vient va &#234;tre pourri mais form&#233; de technocrates. Donc l&#224;, quand on a fini cette bataille, il faut en commencer une autre, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; la bataille la plus dure, parce que il y avait un moment o&#249; &#231;a aurait pu &#234;tre totalement 'hijack&#233;&#8221; par des technocrates proches des banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, la mouvance f&#233;ministe devient beaucoup plus importante, pas que pour les id&#233;es qu'elle met en valeur, mais pour la forme d'action qu'elle met en valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est une forme d'action de community building, o&#249; les f&#233;mnistes travaillent sur des r&#233;gions ou dans le centre, autour desquelles, elles construisent une communaut&#233; qui devient parfois une communaut&#233; f&#233;ministe, mais aussi beaucoup plus que &#231;a et &#231;a devient une forme de vie politique. Pour nous, ce n'est pas seulement le f&#233;minisme en tant qu'&#233;galit&#233; entre homme et femme, c'est une forme de praxis. Ca r&#233;pond &#224; des questions qu'on s'est pos&#233;es dans des mouvements de gauche, mais on n'a plus vraiment d'imagination donc on s'inspire d'elles. Le mouvement &#233;cologiste aussi devient une r&#233;ponse &#224; ces questions de praxis. Mais l&#224; je balance des id&#233;es, je sais pas ce qui se fera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant on &#233;tait tellement loin de la r&#233;volution qu'on se posait pas la question de l'apr&#232;s. On &#233;tait contre le n&#233;olib&#233;ralisme parce qu'il nous d&#233;truit, contre le syst&#232;me confessionnel parce qu'il nous divise. Alors que maintenant, avec la destruction du syst&#232;me &#233;conomique et politique, peu&#234;tre qu'on est en retard, mais maintenant ce sont des questions qui se posent. Et je crois qu'on est toujours en retard dans des cas pareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre chose qui va devenir importante ce que tout ce qui s'est pass&#233; jusqu'ici &#233;tait farouchement libanais. Dans le sens o&#249; l'on s'en foutait de ce qui se passait &#224; l'&#233;tranger, puisqu'on &#233;tait dans le quotidien, mais maintenant la question de la solidarit&#233; internationale va devenir importante, les connexions avec des groupes &#224; l'&#233;tranger vont devenir plus importantes parce que l'on a besoin d'id&#233;es mais aussi parfois de protection m&#233;diatique. Pour tout &#231;a, je pense que l'on va &#224; un moment donn&#233; vous contacter (rire).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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