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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le d&#233;classement des profs de c&#233;gep : un reprofilage technocratique</title>
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		<dc:date>2014-01-21T09:15:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;rique Bernier, Suzanne Beth</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-01-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous croyons que le d&#233;classement en cours des professeur.e.s de c&#233;gep par le Conseil du tr&#233;sor comporte des enjeux plus lourds et plus profonds qu'il n'y para&#238;t, par del&#224; l'incoh&#233;rence dont il rel&#232;ve et les &#233;ventuelles cons&#233;quences salariales, en elles-m&#234;mes odieuses et insultantes, qu'il implique. &lt;br class='autobr' /&gt; L'enseignement coll&#233;gial est &#224; ce jour la seule cat&#233;gorie d'emploi &#224; s'&#234;tre vue proprement &#171; d&#233;class&#233;e &#187; dans le cadre de l'exercice de relativit&#233; salariale qui &#233;value, rappelons-le, tous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Education-" rel="directory"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Education-136-+" rel="tag"&gt;&#201;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-01-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-01-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/arton16365-d53f0.png?1782552604' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous croyons que le d&#233;classement en cours des professeur.e.s de c&#233;gep par le Conseil du tr&#233;sor comporte des enjeux plus lourds et plus profonds qu'il n'y para&#238;t, par del&#224; l'incoh&#233;rence dont il rel&#232;ve et les &#233;ventuelles cons&#233;quences salariales, en elles-m&#234;mes odieuses et insultantes, qu'il implique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'enseignement coll&#233;gial est &#224; ce jour la seule cat&#233;gorie d'emploi &#224; s'&#234;tre vue proprement &#171; d&#233;class&#233;e &#187; dans le cadre de l'exercice de relativit&#233; salariale qui &#233;value, rappelons-le, tous les emplois dans la fonction publique et parapublique qu&#233;b&#233;coise. Nous nous consid&#233;rons de ce fait autoris&#233;es &#224; retourner le processus sur lui-m&#234;me afin d'&#233;valuer, en profs que nous sommes, le technocratisme &#224; l'oeuvre et ce qu'il recouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; le caract&#232;re socialement n&#233;vralgique du syst&#232;me scolaire, toute&lt;br class='autobr' /&gt;
question concernant l'&#233;cole est d'embl&#233;e une question politique. C'est pourquoi le litige entre la partie syndicale et le Conseil du tr&#233;sor entourant la lecture de certains facteurs et sous-facteurs de cette &#233;valuation (qualifications requises ; responsabilit&#233;s assum&#233;es ; effort requis ; conditions d'exercice du travail) nous semble devoir &#234;tre replac&#233; dans un contexte &#233;largi que la gr&#232;ve &#233;tudiante de 2012 a permis de mettre au jour. Ce contexte, c'est celui&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une soci&#233;t&#233; qui passe dans le tordeur n&#233;olib&#233;ral ses institutions publiques&lt;br class='autobr' /&gt;
d'enseignement sup&#233;rieur et qui vise &#224; &#171; faire l'&#233;conomie du savoir &#187; au triple sens o&#249; cette expression peut &#234;tre entendue : vider la connaissance de sa valeur intrins&#232;que (non marchande), enr&#244;ler le savoir dans le va-tout &#233;conomique en transformant les professeur.e.s en pourvoyeurs de service &#224; la client&#232;le, et faire au passage des &#233;conomies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la forme d'un exercice gestionnaire apparemment neutre et sous le couvert d'une relativit&#233; &#171; &#233;quitable &#187;, cette &#233;conomie du savoir trouve ici un lieu d'accomplissement exemplaire. En ravalant la valeur de l'enseignement au c&#233;gep au rang 21 (en de&#231;&#224; du pr&#233;scolaire), en ne reconnaissant pas les responsabilit&#233;s et les d&#233;cisions collectives au sein des d&#233;partements et des programmes, et en mettant en cause la pertinence de la formation&lt;br class='autobr' /&gt;
universitaire de deuxi&#232;me et troisi&#232;me cycles, l'&#233;valuation du Conseil du tr&#233;sor oeuvre ni plus ni moins au reprofilage des professeur.e.s de c&#233;gep en simples techniciens de l'enseignement. C'est la nature et le sens m&#234;me d'une profession qui se trouve attaqu&#233;s dans son rapport essentiel avec la connaissance et dans le lien organique qui lie sa pratique aux r&#233;flexions et aux d&#233;cisions lui donnant son cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;classement du statut des professeur.e.s de c&#233;gep semble effectivement&lt;br class='autobr' /&gt;
correspondre &#224; la volont&#233; (peut-&#234;tre pas concert&#233;e, mais n&#233;anmoins effective) de les consid&#233;rer comme des ex&#233;cutants de l'enseignement &#8212; ou de faire de l'enseignement l'ex&#233;cution d'une s&#233;rie de t&#226;ches. En isolant et s&#233;parant divers &#233;l&#233;ments du travail des professeur.e.s, les consid&#233;rant d&#232;s lors comme autant de t&#226;ches &#171; tayloris&#233;es &#187;, le Conseil du tr&#233;sor ne reconna&#238;t pr&#233;cis&#233;ment plus ce qui donne sens &#224; l'ensemble, ce qui lui donne la consistance d'une profession, c'est &#224; dire le travail en coll&#233;gialit&#233; qui fonde la vie des d&#233;partements et des programmes, de m&#234;me que le bagage de connaissances que constitue la formation des professeur.e.s, bagage qui les inscrit dans une cha&#238;ne de transmission (et non de montage !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coll&#233;gialit&#233; est un principe de fonctionnement &#171; horizontal &#187;, sans hi&#233;rarchie, au sens o&#249; les d&#233;cisions sont prises entre des membres ayant des pouvoirs &#233;gaux. Le refus de reconna&#238;tre des d&#233;cisions prises selon ce principe doit-il laisser pr&#233;sager l'instauration de relations hi&#233;rarchis&#233;es entre, d'une part, ces ex&#233;cutants de l'&#233;ducation et, d'autre part, des &#171; cadres &#187; &#233;ducatifs qui seraient en charge non seulement de la coordination, mais plus largement des d&#233;cisions et des orientations des programmes et d&#233;partements ? Autrement dit, est-on en train d'ouvrir la porte &#224; ce qu'une partie de la t&#226;che des professeur.e.s soit d&#233;volue &#224; des postes de gestionnaires ? Si nous n'en sommes pas l&#224;, le &#171; d&#233;classement 21 &#187; peut cependant d&#233;j&#224; se lire comme une expansion de la logique gestionnaire au sein des &#233;tablissements d'enseignement. Or, une telle logique est d&#233;j&#224; bien &#224; l'oeuvre dans nos institutions &#224; travers les m&#233;canismes d'&#171; assurance qualit&#233; &#187; qui, sur le mod&#232;le des proc&#233;d&#233;s de normalisation et de standardisation industriels, &#233;valuent la &#171; qualit&#233; &#187; de l'enseignement, des programmes et des &#233;tablissements en substituant des crit&#232;res essentiellement gestionnaires, client&#233;listes et marchands aux exigences proprement acad&#233;miques et p&#233;dagogiques. Qu'il s'agisse de la Commission d'&#233;valuation de l'enseignement coll&#233;gial (CEEC) ou du Conseil du tr&#233;sor, l'&#233;valuation bureaucratique semble devenue, comme le pensent certains, une &#171; arme de destruction massive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Bruno et Emmanuel Didier, &#171; Une m&#233;thode de management qui gagne le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre, par ailleurs, la volont&#233; de ne plus consid&#233;rer les dipl&#244;mes de deuxi&#232;me et troisi&#232;me cycles des professeur.e.s de c&#233;gep ? Ou plut&#244;t, comment la comprendre autrement que comme une d&#233;valorisation de l'&#233;ducation, c'est-&#224;-dire de l'&#233;ducation en g&#233;n&#233;ral, aussi bien au niveau coll&#233;gial qu'au niveau universitaire. &#192; quel avenir nous pr&#233;parons-nous de la sorte ? N'avons-nous pas, collectivement, le moindre d&#233;sir de vivre dans un Qu&#233;bec o&#249; la culture serait vivante, entretenue, riche ? C'est pourtant ce que menace directement une &#233;ducation con&#231;ue de plus en plus strictement&lt;br class='autobr' /&gt;
(depuis la R&#233;forme de 1993) en termes de comp&#233;tences et de proc&#233;d&#233;s standardis&#233;s, plut&#244;t qu'en termes de bagage culturel, scientifique, technique ou critique &#224; transmettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confusion entre formation et application de recettes est un danger qui nous guette toujours et face auquel il nous faut sans cesse trouver les moyens de nous r&#233;g&#233;n&#233;rer. C'est notamment &#224; ce titre qu'il est effrayant de pouvoir consid&#233;rer qu'une formation universitaire pouss&#233;e n'aurait pas de valeur pour guider et soutenir les &#233;tudiants des c&#233;geps &#8212; pour les inspirer, pour leur inspirer le go&#251;t de poursuivre plus avant l'aventure de la connaissance et de la recherche de sens, que ce soit &#224; l'universit&#233; ou dans la pratique quotidienne de leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence des c&#233;geps comme communaut&#233;s vivantes est toujours fragile, et nous ne pouvons pas ne pas voir dans cette menace de d&#233;classement une attaque &#224; l'int&#233;grit&#233; de la fonction des professeur.e.s l&#224; m&#234;me o&#249; elle fonde une vie collective qui s'oppose &#224; la logique gestionnaire du pouvoir ; l&#224; o&#249; elle ouvre des portes sur un monde &#224; conna&#238;tre, &#224; interroger, &#224; transformer, et non seulement &#224; reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;rique Bernier, professeure de litt&#233;rature, c&#233;gep de Saint-Laurent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suzanne Beth, &#233;tudiante au doctorat et charg&#233;e de cours, D&#233;partement de cin&#233;ma, Universit&#233; de Montr&#233;al&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Bruno et Emmanuel Didier, &#171; Une m&#233;thode de management qui gagne le service public : l'&#233;valuation, arme de destruction massive &#187;, Le Monde diplomatique, mai 2013, [en ligne : &lt;a href=&#034;http://www.specs-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.specs-&lt;/a&gt; csn.qc.ca/site/courriels/2013-2014/2013-09-09/L-evaluation-arme-dedestruction-Isabelle-BRUN.pdf&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'une fosse commune &#224; l'autre</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/D-une-fosse-commune-a-l-autre</link>
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		<dc:date>2007-10-09T00:22:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;rique Bernier, Martin Jalbert</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Nationalisme qu&#233;b&#233;cois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le plaidoyer nationaliste de Mathieu Bock-C&#244;t&#233; est connu du lecteur du Devoir, tout particuli&#232;rement depuis la parution de La d&#233;nationalisation tranquille : contre les fossoyeurs de la nation. Il faudrait, selon lui, conjuger souverainisme, nationalisme et r&#233;f&#233;rence identitaire, sans quoi le projet d'ind&#233;pendance resterait factice, inconsistant et peu mobilisateur. L'histoire du mouvement et du discours ind&#233;pendantistes qu&#233;b&#233;cois montre pourtant tout autre chose. &lt;br class='autobr' /&gt; Elle montre que ce qui a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Opinions-" rel="directory"&gt;Opinions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Nationalisme-quebecois-+" rel="tag"&gt;Nationalisme qu&#233;b&#233;cois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le plaidoyer nationaliste de Mathieu Bock-C&#244;t&#233; est connu du lecteur du Devoir, tout particuli&#232;rement depuis la parution de &lt;i&gt;La d&#233;nationalisation tranquille : contre les fossoyeurs de la nation&lt;/i&gt;. Il faudrait, selon lui, conjuger souverainisme, nationalisme et r&#233;f&#233;rence identitaire, sans quoi le projet d'ind&#233;pendance resterait factice, inconsistant et peu mobilisateur. L'histoire du mouvement et du discours ind&#233;pendantistes qu&#233;b&#233;cois montre pourtant tout autre chose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle montre que ce qui a mobilis&#233; les gens, ce n'est pas un strict sentiment d'appartenance nationale, mais le lien fort entre le r&#233;f&#233;rent national et la lutte contre des dominations. Le nationalisme conservateur de Mathieu Bock-C&#244;t&#233; contribue &#224; faire oublier ce trait qui donne sens et l&#233;gitimit&#233; &#224; un mouvement qui autrement risque de s'apparenter &#224; un triste chauvinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'ils publient leurs r&#233;solutions en mai 1837, les Patriotes ont &#224; l'esprit des id&#233;es et des notions autrement plus mobilisatrices que &#171; m&#233;moire &#187;, &#171; patrimoine &#187; ou &#171; tradition &#187; : chez eux, l'&#171; amour du pays &#187; ne se laisse pas s&#233;parer de la &#171; haine de l'oppression &#187; et de l'injustice, du devoir de &#171; briser nos cha&#238;nes &#187;, du &#171; bonheur de r&#233;sister par tous les moyens actuellement en notre possession &#224; un pouvoir tyrannique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, en 1960, &#224; l'&#232;re de la d&#233;colonisation, le Rassemblement pour l'ind&#233;pendance nationale (RIN) publie son premier manifeste, le point de r&#233;f&#233;rence fondamental n'est pas la France de de Gaulle, mais les peuples du monde entier qui &#171; s'affranchissent du joug colonial et les nations [qui] revendiquent leur pleine ind&#233;pendance &#187;. L'&#171; esprit de justice et de libert&#233; pour tous &#187; donne ici lieu &#224; la lutte contre &#171; l'imp&#233;rialisme britannique [qui] a plac&#233; et maintenu le peuple du Qu&#233;bec dans une situation anormale de faiblesse et d'inf&#233;riorit&#233; collectives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, les textes du Front de lib&#233;ration du Qu&#233;bec, d'avril 1963 &#224; octobre 1970, explicitent bien ce qui anime ses membres qui &#171; se sont rendu compte qu'ils &#233;taient colonis&#233;s, domin&#233;s, exploit&#233;s &#187; : c'est &#171; le combat contre les matraqueurs de la libert&#233; et de la justice &#187;, pour abolir cette &#171; soci&#233;t&#233; d'esclaves terroris&#233;s &#187;, c'est la &#171; r&#233;ponse &#187; qu'il est possible de donner &#224; l'agression &#171; organis&#233;e par la haute finance, par l'entremise des marionnettes des gouvernements f&#233;d&#233;ral et provincial &#187;. C'est l'&#233;tat d'oppression collective, et non le d&#233;sir de tisser un lien national fort, qui constitue le principal ancrage de leur lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les allusions aux diverses h&#233;g&#233;monies &#224; combattre &#8212; dont les &#171; puissances d'argent du statu quo &#187; (Ren&#233; L&#233;vesque en avril 1970) &#8212; resteront pr&#233;sentes dans l'ensemble des discours ind&#233;pendantistes des d&#233;cennies qui pr&#233;c&#232;dent le r&#233;f&#233;rendum de 1995. Ainsi, au lendemain de la victoire du Parti qu&#233;b&#233;cois en 1976, Hubert Aquin, Mich&#232;le Lalonde, Gaston Miron et Pierre Vadeboncoeur signent un texte qui parle moins d'affirmation identitaire que de d&#233;sali&#233;nation et de la n&#233;cessit&#233; de sortir de la condition de &#171; prol&#233;tariat politis&#233; &#187; raval&#233; par &#171; le pouvoir des autres &#187; (doit-on souligner que les autres, ici, ne sont pas ces &#171; tribus qui immigrent avec leurs costumes, leur religion et leur t&#233;l&#233;vision &#187;, comme l'a affirm&#233; Jacques Godbout dans L'actualit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui dispara&#238;t du discours ind&#233;pendantiste d'apr&#232;s 1995, c'est peut-&#234;tre moins la r&#233;f&#233;rence nationale, comme le soutient Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, que la r&#233;f&#233;rence &#233;mancipatrice. En pourchassant les fossoyeurs de la nation, c'est &#224; un autre enterrement qu'on nous convie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ind&#233;pendantisme &#233;mancipateur et &#233;ventuellement non nationaliste (puisqu'une telle chose existe bel et bien), Mathieu Bock-C&#244;t&#233; oppose un nationalisme identitaire qui n'en a que pour le lien social, la communion nationale et une identit&#233; collective affirm&#233;e avec force par des institutions &#171; solides et robustes &#187;. &#192; mille lieux des militants qui combattent les dominations, ce nationalisme fait tr&#232;s bon m&#233;nage &#8212; on le voit dans les m&#233;dias depuis plus d'un an &#8212; avec la pulsion x&#233;nophobe. Le projet d'ind&#233;pendance gardera sa signification et sa l&#233;gitimit&#233; s'il demeure un projet de soci&#233;t&#233; susceptible de mettre fin &#224; des injustices. Il les perdra s'il ne vise qu'&#224; mettre place un ordre policier o&#249; il y aura ceux qui communient aux valeurs et &#224; la m&#233;moire communes et ceux qui ne font pas partie de ce nous. Sans cette lutte, sans cette capacit&#233; collective &#224; identifier les forces politiques et &#233;conomiques qui nous &#233;crasent, l'ind&#233;pendantisme devient franchement triste et ha&#239;ssable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Martin Jalbert et Fr&#233;d&#233;rique Bernier&lt;br class='manualbr' /&gt;Doctorants en litt&#233;rature et professeurs au coll&#233;gial&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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