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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le Capital ? &#8211; Recension de l'ouvrage : &#171; Thomas Piketty, une d&#233;nonciation illusoire du capital &#187; d'Alain Bihr et de Michel Husson</title>
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		<dc:date>2020-10-05T08:42:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Sterdyniak</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les deux livres de Thomas Piketty : Le Capital au XXIe si&#232;cle publi&#233; en 2013, puis Capital et id&#233;ologie publi&#233; en 2019, ont eu un retentissement mondial. Il faut y ajouter les travaux du Laboratoire sur les in&#233;galit&#233;s mondiales, ainsi que l'ouvrage Pour un trait&#233; de d&#233;mocratisation de l'Europe. Piketty intervient dans le d&#233;bat public, portant un projet de socialisme participatif fond&#233; sur la r&#233;duction par la fiscalit&#233; des in&#233;galit&#233;s de revenus et de patrimoines, sur la participation des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH125/arton44889-9f9db.png?1782613580' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les deux livres de Thomas Piketty : &lt;i&gt;Le Capital au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; publi&#233; en 2013, puis &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt; publi&#233; en 2019, ont eu un retentissement mondial. Il faut y ajouter les travaux du Laboratoire sur les in&#233;galit&#233;s mondiales, ainsi que l'ouvrage &lt;i&gt;Pour un trait&#233; de d&#233;mocratisation de l'Europe&lt;/i&gt;. Piketty intervient dans le d&#233;bat public, portant un projet de socialisme participatif fond&#233; sur la r&#233;duction par la fiscalit&#233; des in&#233;galit&#233;s de revenus et de patrimoines, sur la participation des salari&#233;&#183;e&#183;s &#224; la direction des entreprises, sur la d&#233;mocratisation de l'Europe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 septembre 2020 | tir&#233; du site A l'Encontre.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/societe/recension-de-louvrage-thomas-piketty-une-denonciation-illusoire-du-capital-dalain-bihr-et-de-michel-husson.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/societe/recension-de-louvrage-thomas-piketty-une-denonciation-illusoire-du-capital-dalain-bihr-et-de-michel-husson.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage d'Alain Bihr et de Michel Husson : &lt;i&gt;Thomas Piketty, une d&#233;nonciation illusoire du capital &lt;/i&gt;[1], est donc le bienvenu, qui propose une lecture critique des &#339;uvres de Piketty. Celle-ci se fait, pour une large part, au nom du marxisme. Ce que les auteurs justifient en notant que, comme en t&#233;moigne le titre de ses deux livres, Piketty se donne l'ambition d'&#233;crire Le Capital de notre si&#232;cle, de d&#233;passer Marx. Mais la comparaison est cruelle. Piketty n'est pas au-del&#224; de Marx, mais bien en de&#231;&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'introduction, AB-MH portent quatre critiques &#224; la probl&#233;matique de Piketty : celui-ci oublie les rapports sociaux de production, qui dictent le fonctionnement de toute &#233;conomie et en particulier des &#233;conomies capitalistes, au profit de l'analyse statistique de la distribution des revenus et des patrimoines ; Piketty utilise de fa&#231;on a-th&#233;orique le concept de capital ; son analyse des id&#233;ologies est sommaire, bas&#233;e sur l'introduction a-historique de la norme d'&#233;galit&#233; ; enfin, ses propositions de r&#233;formes rel&#232;vent de l'utopie : elles sont incompatibles avec le capitalisme, sans que Piketty propose clairement une sortie du capitalisme ; elles sont inacceptables pour les classes dirigeantes, sans que Piketty analyse les alliances de classes qui pourraient les mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 1 de l'ouvrage de AB-MH d&#233;nonce les faiblesses th&#233;oriques des travaux de Piketty. Ainsi, dans &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt;, celui-ci utilise la notion de capital, mais sans la d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment : le capital serait tout actif qui rapporterait un profit, ind&#233;pendamment des rapports de production. De m&#234;me, les in&#233;galit&#233;s ne sont vues que sous l'angle statistique des in&#233;galit&#233;s de revenu ou de patrimoine, en oubliant les in&#233;galit&#233;s de statut comme de pouvoir. L'insistance sur les in&#233;galit&#233;s masque le refus de mettre en cause fondamentalement les rapports de production : certes, les classes dirigeantes peuvent se livrer &#224; la consommation luxueuse et ostentatoire, mais surtout elles organisent les rapports de production, elles orientent l'&#233;volution &#233;conomique, elles d&#233;finissent et imposent l'id&#233;ologie qui justifie leur domination. Certes, Piketty d&#233;nonce le r&#244;le de justification des id&#233;ologies, mais il le limite &#224; la justification des in&#233;galit&#233;s et non &#224; celle de l'ensemble de l'ordre social. Les auteurs montrent, avec justesse, que Piketty sous-estime le r&#244;le des rapports de production et des rapports de classe pour surestimer celui des id&#233;ologies, ce qui a des lourdes cons&#233;quences sur son programme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 2 d&#233;nonce la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle Piketty utilise l'histoire &#233;conomique et sociale. Ainsi, sacralise-t-il la r&#233;partition de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale en trois ordres, la noblesse, le clerg&#233; et le tiers-&#233;tat, en refusant de voir que cette r&#233;partition n'est pas universelle, qu'elle masque la r&#233;alit&#233; des rapports de production, qu'elle a &#233;volu&#233; au cours du temps sous l'effet de son dynamisme proche [propre ?] (et non pas seulement sous l'effet de chocs politiques, comme la R&#233;volution fran&#231;aise). Ainsi, utilise-t-il la notion de &#171; soci&#233;t&#233; de propri&#233;taires &#187; pour d&#233;finir le capitalisme en masquant ainsi que le capitalisme se caract&#233;rise par une masse d'individus propri&#233;taires de rien. Le chapitre 3 illustre cette m&#234;me l&#233;g&#232;ret&#233; dans le cas sp&#233;cifique du Royaume-Uni o&#249; Piketty ne rend gu&#232;re compte des d&#233;bats qui ont accompagn&#233; l'essor du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 4 discute d'un aspect essentiel de l'&#233;volution des &#233;conomies capitalistes de 1914 &#224; 1980 : la mont&#233;e en puissance de l'&#201;tat social, c'est-&#224;-dire d'un compromis entre le capitalisme et le mouvement social, qui a fait que progressivement l'&#201;tat a redistribu&#233; plus de 40% de la production. Ici aussi, les auteurs reprochent &#224; Piketty de surestimer le r&#244;le des facteurs id&#233;ologiques (l'affaiblissement de la croyance en l'autor&#233;gulation des march&#233;s) tout en sous-estimant tant celui des forces syndicales et sociales (qui portaient &#224; la fois des revendications r&#233;formistes de court terme et des objectifs r&#233;volutionnaires de mise en cause du capitalisme) que celui des n&#233;cessit&#233;s m&#234;mes du fonctionnement du capitalisme (qui a besoin d'une r&#233;gulation macro&#233;conomique, de d&#233;penses publiques et sociales, d'infrastructures, de salari&#233;s comp&#233;tents, d'une gestion pacifi&#233;e des conflits entre les grandes puissances imp&#233;rialistes, etc.). Faut-il cependant &#233;crire, comme les auteurs, &#171; les soci&#233;t&#233;s capitalistes occidentales sont rest&#233;es r&#233;ellement, durant ces quelques d&#233;cennies, des soci&#233;t&#233;s int&#233;gralement capitalistes &#187; ? Je ne le pense pas. Ce point de vue ne rend pas compte de la mont&#233;e d'institutions sociales (&#233;ducation publique, sant&#233; pour tous, retraite par r&#233;partition, allocations ch&#244;mage, prestations d'assistance), institutions dont le maintien et l'importance font l'objet d'un conflit permanent entre les classes dominantes et les forces sociales, institutions qui introduisent un d&#233;j&#224;-l&#224; du socialisme au sein m&#234;me du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le projet social-d&#233;mocrate est-il en difficult&#233; apr&#232;s 1980, mis en cause par la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale ? Pour Piketty, la cogestion des entreprises n'a pas &#233;t&#233; pouss&#233;e assez loin, mais les auteurs montrent que celle-ci ne pouvait &#234;tre que fictive si la logique du capital n'est pas abandonn&#233;e ; contrairement &#224; Piketty, ils estiment que l'autogestion ou la nationalisation sont des strat&#233;gies plus prometteuses. Piketty met en cause le manque de &#171; d&#233;mocratisation &#187; de l'enseignement sup&#233;rieur, son incapacit&#233; &#224; r&#233;aliser l'&#233;galit&#233; des chances, en oubliant que celle-ci est toujours un mythe trompeur dans une soci&#233;t&#233; fondamentalement in&#233;galitaire, o&#249; les positions sociales sont en grande partie h&#233;r&#233;ditaires. Enfin, Piketty reproche &#224; la social-d&#233;mocratie d'avoir pens&#233; la fiscalit&#233; et la protection sociale dans un cadre national, en semblant oublier que les classes dirigeantes ont pr&#233;cis&#233;ment utilis&#233; la mondialisation, l'ouverture des fronti&#232;res, la construction europ&#233;enne pour mettre en cause les compromis nationaux, pour mettre en concurrence des travailleurs et les syst&#232;mes socio-fiscaux de chaque pays et qu'il n'existait pas au niveau mondial (et m&#234;me au niveau europ&#233;en) de mouvements organis&#233;s pour instaurer une protection sociale et une fiscalit&#233; transnationales. L&#224; o&#249; Piketty voit une faiblesse id&#233;ologique de la social-d&#233;mocratie, les auteurs voient la tendance quasi in&#233;luctable de certaines couches sociales de s'inf&#233;oder aux classes dominantes, tendance renforc&#233;e par les &#233;volutions sociales des pays d&#233;velopp&#233;s (l'affaiblissement de la classe ouvri&#232;re comme force politique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 5 revient sur les propositions essentielles de l'ouvrage Le Capital au XXIe si&#232;cle. L'identit&#233; sur laquelle s'appuie Piketty est : r=&#945;/&#946;, o&#249; le taux de profit, &#945; la part des profits et &#946; le ratio capial/produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piketty consid&#232;re que le taux de profit est d&#233;termin&#233; par la productivit&#233; marginale du capital, de sorte que la hausse du ratio capital/produit se traduit m&#233;caniquement par une hausse de la part du capital dans la valeur ajout&#233;e. En fait, il ne distingue pas le capital productif du capital logement, de sorte que la forte hausse qu'il d&#233;crit du ratio capital/produit provient quasi totalement de la hausse du prix relatif du logement, dont son sch&#233;ma th&#233;orique ne rend pas compte. Au contraire, les auteurs rappellent la caract&#233;ristique essentielle de l'&#233;volution &#233;conomique des cinquante derni&#232;res ann&#233;es : le ralentissement des gains de productivit&#233; du travail et la baisse du rapport produit/capital ont &#233;t&#233; compens&#233;s par une hausse de la part des profits dans la valeur ajout&#233;e, de sorte que le taux de profit s'est maintenu &#224; des niveaux excessifs par rapport au taux d'investissement. Ainsi, la baisse de la part des salaires, ainsi que la stagnation de l'investissement, posent des probl&#232;mes de d&#233;bouch&#233;s, r&#233;gl&#233;s par la consommation des classes privil&#233;gi&#233;es, par les d&#233;bouch&#233;s ext&#233;rieurs (pour certains pays), mais surtout par la hausse du cr&#233;dit et la financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs mettent en &#233;vidence la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle Piketty &#233;labore ses prospectives pour les d&#233;cennies &#224; venir, en particulier celle d'un &#233;cart persistant entre le taux de rendement du capital et le taux de croissance, qui l'am&#232;ne &#224; pronostiquer une hausse quasi-automatique des in&#233;galit&#233;s de revenus et de patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs reconnaissent le m&#233;rite de Piketty : &lt;i&gt;&#171; faire de la question des in&#233;galit&#233;s un th&#232;me majeur du d&#233;bat public &#187;&lt;/i&gt;, mais aux prix d'un oubli de l'essentiel : ce qui caract&#233;rise le capitalisme, c'est que les capitalistes dirigent la production et font pression sur les salaires et les conditions de travail, pour extraire le maximum de profit. Ne remettant pas en cause ce fondement du capitalisme, ni la r&#233;partition primaire des revenus, Piketty en est r&#233;duit &#224; pr&#233;coniser des solutions na&#239;ves, la redistribution par la fiscalit&#233;, l'acceptation par les capitalistes d'un taux de profit plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piketty propose une taxation tr&#232;s forte des hauts patrimoines, pour redistribuer du patrimoine aux plus jeunes, ce qui r&#233;soudrait la question des in&#233;galit&#233;s de patrimoine, mais il ne pose pas la question de la valorisation du patrimoine des plus riches essentiellement d&#233;tenu sous forme d'actions des entreprises ; il n'examine pas les cons&#233;quences macro-financi&#232;res d'un tel transfert ; le prix des actions s'effondrerait ; qui d&#233;tiendrait le capital des entreprises ? De m&#234;me, la question de l'utilisation de ce patrimoine de 120 000 euros donn&#233; &#224; chaque jeune &#224; 25 ans n'est pas s&#233;rieusement abord&#233;e. Sa proposition n'a de sens que si elle s'accompagnait d'une socialisation du capital immobilier (pour r&#233;soudre la question du logement) et celle du capital des entreprises, que Piketty n'envisage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 6 discute le projet politique de Piketty d'un socialisme participatif. Celui-ci serait bas&#233; sur trois &#233;l&#233;ments : la fiscalit&#233; des patrimoines et des revenus serait fortement progressive ; les repr&#233;sentants des salari&#233;s auraient droit &#224; la moiti&#233; des si&#232;ges dans les conseils d'administration ; chacun aurait droit &#224; un revenu minimum garanti de 60% du PIB par t&#234;te et recevrait &#224; 25 ans un patrimoine de 60% du patrimoine moyen. Les auteurs reprochent &#224; ce projet r&#233;formiste de ne pas nous sortir du capitalisme : les entreprises devraient toujours tenir compte des normes en vigueur en mati&#232;re de salaire et de productivit&#233; du travail, licencier si n&#233;cessaire, comme les SCOP (Soci&#233;t&#233; coop&#233;rative et participative) aujourd'hui. Elles devraient tenir compte des exigences de rentabilit&#233; des actionnaires (qui occuperaient la moiti&#233; des si&#232;ges du Conseil d'Administration). Je remarque, pour ma part, que Piketty n'explicite pas comment seraient g&#233;r&#233;es de telles entreprises, comment seraient arbitr&#233;es les divergences d'objectifs entre capitalistes et salari&#233;&#183;e&#183;s, de sorte que son projet n'a gu&#232;re de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs notent que Piketty accepte la vision de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, comme &#233;mancipatrice, garante de la libert&#233; individuelle, en oubliant la r&#233;alit&#233; du capitalisme, o&#249; la masse des salari&#233;s ne jouissent pas de cette libert&#233;. Les auteurs d&#233;noncent aussi la vision idyllique de la formation continue (qui compenserait miraculeusement les in&#233;galit&#233;s sociales d'acc&#232;s &#224; la formation initiale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Piketty, la hausse de la taxe carbone pourrait &#234;tre compens&#233;e par une hausse des transferts de sorte qu'elle n'aurait qu'un effet incitatif, &#171; sans grever le pouvoir d'achat des plus modestes &#187;. Comme le remarquent les auteurs, cette proposition technique minimise l'&#233;tendue de la crise &#233;cologique. Piketty refuse de voir que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, la concurrence capitaliste, la recherche de rentabilit&#233; et de croissance ne sont pas compatibles avec le contr&#244;le social de l'&#233;volution &#233;conomique, que la crise &#233;cologique rend n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Piketty d&#233;veloppe son projet idyllique &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, voire mondiale : les pays s'entendraient sur une fiscalit&#233; unifi&#233;e et fortement progressive sur les grandes entreprises, les hauts revenus et patrimoines, sur une forte taxation des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs reprochent &#224; juste titre &#224; Piketty de ne pas tenir compte des rapports de force, ni de la r&#233;action des classes dirigeantes, ni de la n&#233;cessaire mobilisation des classes populaires, comme si son projet si bien pens&#233; s'imposerait de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage nous propose deux conclusions. La premi&#232;re, &#233;crite avant la crise sanitaire, oppose deux visions du combat progressiste. Selon celle que les auteurs attribuent &#224; Piketty (mais aussi &#224; Joseph Stiglitz et &#224; Bernie Sanders), le capitalisme est r&#233;formable, par un programme vert-rose : d'un c&#244;t&#233;, des d&#233;penses publiques importantes pour lutter contre les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre par la d&#233;carbonisation de l'&#233;nergie, les &#233;conomies d'&#233;nergie, la restructuration et la relocalisation de la production, l'&#233;conomie circulaire, une certaine sobri&#233;t&#233;, de l'autre, par la lutte contre les in&#233;galit&#233;s de revenu par une fiscalit&#233; redistributive. Cette vision peut recueillir l'assentiment d'une large partie de la population, en particulier dans les classes moyennes. L'autre, celle des auteurs eux-m&#234;mes, le capitalisme vert-rose est une illusion trompeuse ; il n'est pas compatible avec le capitalisme tel qu'il fonctionne effectivement, avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, la recherche effr&#233;n&#233;e du profit, l'aveuglement et l'avidit&#233; des classes dirigeantes. Rien n'est possible sans une rupture franche avec le capitalisme, sans la mobilisation et l'organisation des masses pour imposer de nouveaux rapports sociaux et de nouveaux rapports de production. Je suis moins cat&#233;gorique que les auteurs ; l'exp&#233;rience de la social-d&#233;mocratie et de l'&#201;tat social me semble prouver qu'une inflexion est possible, que les capitalistes peuvent devoir s'y r&#233;signer compte tenu des d&#233;s&#233;quilibres &#233;cologiques, &#233;conomiques et sociaux, mais surtout si la mobilisation des forces sociales est suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une postface, &#233;crite durant la crise sanitaire, actualise cette premi&#232;re conclusion. Les auteurs voient dans la crise sanitaire un nouveau sympt&#244;me des limites du capitalisme : la croissance illimit&#233;e se heurte aux limites de notre plan&#232;te ; la destruction des &#233;cosyst&#232;mes finit par mettre en p&#233;ril l'esp&#232;ce humaine. Piketty en a pris conscience en imaginant un droit individuel &#224; l'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre (GES) ; ce projet-l&#224; encore est peu r&#233;aliste, bas&#233; sur des arbitrages individuels (utiliser, vendre ou acheter mes droits &#224; &#233;mission) et non sur une r&#233;organisation socialement pens&#233;e de la production et de la consommation. Fonci&#232;rement son discours ne change pas, pr&#244;nant un capitalisme rose-vert o&#249; la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s de revenu (en particulier par l'imp&#244;t sur la fortune) contribuera &#224; la baisse des &#233;missions de GES (puisque les riches &#233;mettent beaucoup plus que les pauvres), o&#249; le cr&#233;dit servira &#224; financer la transition &#233;cologique (et non la sp&#233;culation financi&#232;re), o&#249; les capitalistes ouvriront largement les conseils de direction des entreprises aux repr&#233;sentants des travailleurs. Selon les auteurs, ce projet n'a aucune cr&#233;dibilit&#233; : il oublie les rapports de force et de pouvoir ; les classes dirigeantes ne renonceront pas &#224; leurs projets de croissance illimit&#233;e du fait du seul pouvoir de conviction des intellectuels r&#233;formistes. Les auteurs terminent en d&#233;non&#231;ant : &#171; l'approche de Piketty, tout emplie de la bonne volont&#233; conciliatrice d'un r&#233;formisme tr&#232;s temp&#233;r&#233;, qui n'est manifestement pas &#224; la hauteur des enjeux et de la violence contenue dans la situation actuelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous esp&#233;rons avoir convaincu le lecteur de l'int&#233;r&#234;t de l'ouvrage d'Alain Bihr et de Michel Husson [2]. Sa le&#231;on fondamentale est que toute soci&#233;t&#233; conna&#238;t des rapports de pouvoir bas&#233;s sur les rapports de production, avec ses classes dominantes et l'id&#233;ologie justificatrice qu'elles d&#233;veloppent. De ce point de vue, il est possible de d&#233;noncer la na&#239;vet&#233; du projet de capitalisme vert-rose que porte Thomas Piketty. En sens inverse, le lecteur pourra reprocher aux auteurs de ne pas proposer de projet alternatif. Quel projet, compatible avec les contraintes &#233;cologiques, peut aujourd'hui mobiliser les pr&#233;caires, les classes populaires et une large part des classes moyennes ? Comment concilier les objectifs &#233;cologiques et les d&#233;sirs de hausse de pouvoir d'achat ? Comment remplacer l'h&#233;g&#233;monie des classes dominantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Henri Sterdyniak est &#233;conomiste et co-animateur des &#201;conomistes Atterr&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#192; para&#238;tre en octobre 2020, aux &#201;ditions Syllepse, Paris et Page 2, Lausanne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] M&#234;me si on peut lui reprocher d'appara&#238;tre comme la juxtaposition des chapitres &#233;crits par chacun des auteurs ; de passer trop rapidement sur les analyses historiques de Thomas Piketty pour se concentrer sur son projet politique ; d'&#233;voquer les rapports de production comme deus ex machina en oubliant les contradictions actuelles du capitalisme entre capitalisme financier et capitalisme industriel, de ne pas tenir compte de l'affaiblissement politique actuel des forces populaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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