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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Plus grave qu'une crise &#233;cologique, un &#233;cocide capitaliste selon Alain Bihr</title>
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		<dc:date>2026-05-04T10:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-04-28</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le sociologue Alain Bihr publie L'&#233;cocide capitaliste (Page 2 &amp; Syllepse, 2026). Une v&#233;ritable somme d'environ 1250 pages dans laquelle il entreprend d'&#233;tablir une synth&#232;se de l'&#233;tat des savoirs sur les multiples dimensions de ce qu'on appelle couramment crise &#233;cologique : changement du climat, effondrement de la biodiversit&#233;, pollutions, &#233;puisement des ressources, etc. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il s'agit d'un &#233;tat des savoirs particulier, replac&#233; dans un cadre th&#233;orique qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_le_2026-04-27_a_20.08_52-1e4a0.png?1777373082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le sociologue Alain Bihr publie L'&#233;cocide capitaliste (Page 2 &amp; Syllepse, 2026). Une v&#233;ritable somme d'environ 1250 pages dans laquelle il entreprend d'&#233;tablir une synth&#232;se de l'&#233;tat des savoirs sur les multiples dimensions de ce qu'on appelle couramment crise &#233;cologique : changement du climat, effondrement de la biodiversit&#233;, pollutions, &#233;puisement des ressources, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jmharribey/blog/230426/plus-grave-qu-une-crise-ecologique-un-ecocide-capitaliste-selon-alain-bihr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s'agit d'un &#233;tat des savoirs particulier, replac&#233; dans un cadre th&#233;orique qui en donne le v&#233;ritable sens, c'est-&#224;-dire l'origine profonde : l'accumulation capitaliste, &#224; la fois &#171; &#233;cocidaire et anthropocidaire &#187; (I-32)[1]. Ce cadre th&#233;orique est celui donn&#233; par les concepts de Marx, mais, on le verra, pas toujours avec la mani&#232;re dont ils sont interpr&#233;t&#233;s par le marxisme habituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une introduction qui donne le ton &#171; Le vampirisme du capital &#187;, cet ouvrage est constitu&#233; de trois volumes : le premier est titr&#233; &#171; Une catastrophe &#233;cologique plan&#233;taire &#187;, le deuxi&#232;me &#171; La nature en proie au capital &#187;, et le troisi&#232;me &#171; Perspectives historiques &#187;, compl&#233;t&#233; par des annexes. Vu l'ampleur de l'ouvrage, cette recension n'a pas d'autre ambition que de donner &#224; voir son originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I- Une catastrophe &#233;cologique plan&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier volume est compos&#233; de trois parties. La premi&#232;re pr&#233;sente un &#171; &#233;tat des lieux &#187; sur le changement climatique, les atteintes aux milieux naturels globaux, l'appauvrissement de la biodiversit&#233; et les menaces sur la sant&#233; humaine. Le lecteur qui n'aurait pas d&#233;j&#224; une connaissance des multiples d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques et humains de &#171; l'&#233;cocide &#187; pourra trouver l&#224; une synth&#232;se de ses &#233;l&#233;ments. Avec toutefois une nuance : la plupart des r&#233;f&#233;rences sollicit&#233;es par Alain Bihr sont d&#233;j&#224; anciennes et le plus souvent de seconde main[2], alors que les rapports du GIEC ou de l'IPES, constamment mis &#224; jour, sont connus et facilement accessibles, du moins dans leur version pour les d&#233;cideurs, mais assez peu cit&#233;s par l'auteur, en comparaison des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de cette partie est donc ailleurs. Il est dans l'esquisse de la th&#232;se qui fait aujourd'hui presque consensus : le d&#233;r&#232;glement du climat est d'origine anthropique, essentiellement par l'&#233;mission de GES. Mais ceci n'&#233;puise pas l'originalit&#233; de l'auteur, car, pour lui, il faut aller plus au fond des choses : ce d&#233;r&#232;glement, tout comme l'ensemble des autres atteintes aux &#233;quilibres naturels, sont directement imputables &#224; la logique de reproduction sans cesse plus &#233;largie du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par petites touches, au fur et &#224; mesure de l'inventaire des d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques, Alain Bihr pr&#233;sente les lin&#233;aments de la th&#233;orie marxienne des rapports de production capitalistes dans lesquels il croit trouver un &#171; angle mort &#187; (I-32) chez Marx lui m&#234;me, &#224; savoir que ce dernier n'aurait pas (ou pas suffisamment) montr&#233; que [le capital] soumet la nature tout comme le travail humain au m&#234;me r&#233;gime mortif&#232;re, consistant &#224; absorber leur puissance productrice tout en les appropriant &#224; sa nature abstraite de valeur en proc&#232;s &#187; (I-32). Nous verrons plus loin ce qu'il faut en penser. Quoi qu'il en soit, pour l'instant, Alain Bihr note que l'ambition affich&#233;e des institutions internationales f&#233;rue de &#171; d&#233;veloppement durable &#187; est, via &#171; la croissance bleue &#187; ou &#171; l'&#233;conomie bleue &#187;, d'&#171; extraire de la valeur des oc&#233;ans et des r&#233;gions c&#244;ti&#232;res &#187; (I-82).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque qu'Alain Bihr qualifie d'&#171; inestimable &#187; la valeur du silence (I-127)[3] en face du bruit. Mais suivent une s&#233;rie de propos plus ambigus quand il semble reprendre &#224; son compte les notions de &#171; valeur instrumentale &#187;, de &#171; valeur patrimoniale &#187;, de &#171; valeur en et par elle-m&#234;me &#187; de la biodiversit&#233; (I-138-139). L'utilisation &#224; cet endroit du concept de &#171; valeur &#187; risque d'entra&#238;ner le lecteur dans la confusion n&#233;oclassique avec le non-sens de &#171; valeur intrins&#232;que &#187;[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie se conclut par le diagnostic d'une catastrophe plan&#233;taire, au sens da la th&#233;orie des syst&#232;mes, qui justifie que l'on parle de &#171; point de bifurcation ou point de bascule marquant une discontinuit&#233; &#187; (I-181). Sur les neuf &#171; fronti&#232;res &#187; (ou &#171; seuils &#187; plan&#233;taires &#187;), trois ont &#233;t&#233; franchies : le changement climatique, l'&#233;rosion de la biodiversit&#233; et le cycle de l'azote ; et trois se rapprochent : l'acidification des oc&#233;ans, l'usage des r&#233;serves en eau douce et l'usage des sols[5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie diss&#232;que le d&#233;veloppement durable, qui se situe entre des &#171; demi-mesures et des promesses sans lendemain &#187;, et est qualifi&#233; de &#171; nouvel &#233;vangile capitaliste &#187; (I-187) et de &#171; pare-feu de l'establishment &#187; (I-195). La Conf&#233;rence l'ONU &#224; Stockholm en 1972 et le rapport au Club de Rome la m&#234;me ann&#233;e avaient pourtant contribu&#233; &#224; &#171; jeter le trouble &#187; (I-188) au sujet de la croissance &#233;conomique sans limites[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il ne faille pas sous-estimer quelques progr&#232;s comme la r&#233;sorption du trou d'ozone, l'att&#233;nuation des pluies acides, la suppression de l'essence au plomb et les mesures contre la pollution atmosph&#233;rique dans les villes, leur relatif succ&#232;s tient au fait qu'ils ne posaient ni probl&#232;me technique ni probl&#232;me socio-&#233;conomique (I-225).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la lutte contre le changement climatique est l'objet &#171; d'une procrastination doubl&#233;e d'un sabotage &#187; (I-229). Cela bien que le risque de d&#233;r&#232;glement soit connu depuis le XIXe si&#232;cle, que les COP s'encha&#238;nent sans succ&#232;s ; l'Accord de Paris &#171; salu&#233; comme un &#034;accord historique&#034;, propre &#224; &#034;sauver le climat&#034;, pr&#233;sente au contraire de singuli&#232;res limites qui en ob&#232;rent la port&#233;e &#187; (I-239). Les &#233;missions de GES augmentent et les tentatives de Fonds vert pour aider les pays pauvres n'aboutissent pas. Parce que &#171; cette absence de volont&#233; des &#034;grands&#034; de ce monde renvoie plus fondamentalement &#224; des contraintes structurelles objectives &#187; (I-251). &#192; commencer par le conflit d'int&#233;r&#234;ts entre le Nord global (les formations centrales dites &#034;d&#233;velopp&#233;es&#034;) et le Sud global (les formations semi-p&#233;riph&#233;riques et p&#233;riph&#233;riques, dites &#034;en voie de d&#233;veloppement&#034; ou &#034;&#233;mergentes&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la transition &#233;nerg&#233;tique est &#171; une v&#233;ritable quadrature du cercle &#187; ((I-254) car il vaut mieux &#171; sauver le capital plut&#244;t que le climat &#187; (I-258). C'est ce qui entra&#238;ne un &#171; jusqu'au-boutisme du business as usual &#187; (I-261) que l'auteur traite dans la troisi&#232;me partie de son premier volume. Le principe fondamental de l'approche dominante est de fixer un prix aux externalit&#233;s n&#233;gatives en vue de &#171; l'int&#233;gration dans le calcul &#233;conomique la contribution de la nature &#224; la production de la richesse sociale &#187; (I-264), confondant une fois de plus richesse et valeur. Sont pr&#233;sent&#233;s ensuite par Alain Bihr les m&#233;canismes des march&#233;s du carbone dont l'inefficacit&#233; est connue depuis plusieurs d&#233;cennies et d&#233;nonc&#233;e par de multiples &#233;tudes[7]. Il s'ensuit la vacuit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes de compensation, l'illusion d'un prix de la tonne de CO2, et au final tous les subterfuges de la valeur &#233;cologique de la biodiversit&#233; qui ne peut &#234;tre que r&#233;duite au co&#251;t des op&#233;rations de compensation. Ignorer l'impossible substitution entre des entit&#233;s incommensurables ne peut qu'aboutir &#224; une conception faible de la soutenabilit&#233;. &#192; juste titre, Alain Bihr d&#233;nonce le fait que &#171; pr&#233;tendre trouver une solution &#224; la catastrophe &#233;cologique dans la valorisation (la mise en valeur) g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la nature constitue une v&#233;ritable absurdit&#233; puisque c'est pr&#233;cis&#233;ment la valorisation de la nature qui est &#224; la racine de cette crise &#187; (I-298). Ceci est certainement le point n&#233;vralgique de la critique de l'&#233;conomie n&#233;oclassique de l'environnement, mais que l'auteur pr&#233;f&#232;re renvoyer en annexe, sans doute &#224; tort parce que, comme il l'&#233;crit presque aussit&#244;t, &#171; qu'il s'agisse de r&#233;duire les &#233;missions de GES ou de pr&#233;server la biodiversit&#233;, ces derni&#232;res n'ont pas tant pour but d'atteindre les objectifs d&#233;clar&#233;s que, tout simplement, d'ouvrir de nouveaux champs &#224; la valorisation du capital. Et, si elles sont largement inefficaces sous le premier angle, elles sont au contraire une r&#233;ussite sous le second &#187;. (I-300).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, la d&#233;nomm&#233;e aujourd'hui &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; est illusoire, comme l'a montr&#233; Jean-Baptiste Fressoz. Pire, tous les projets &#224; base de solutions techniques &#171; ont un d&#233;nominateur commun : transformer la terre en machine pilotable &#187;, comme le dit Fr&#233;d&#233;ric Neyrat cit&#233; par Alain Bjhr (I-351).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les approches pr&#233;tendument &#233;thiques n'y changent rien car les individus appel&#233;s &#224; faire des &#171; petits gestes &#187; sont rendus responsables des effets des structures sociales (I-361). Quant aux d&#233;n&#233;gations n&#233;gationnistes, elles n'expriment que le cynisme des classes dominantes[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II- La nature en proie au capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me volume du livre d'Alain Bihr en est, &#224; notre avis, le c&#339;ur, parce que c'est ici qu'il d&#233;veloppe toute la trame de l'&#233;cocide &#224; l'aide des concepts marxiens. Quatre parties composent ce tome. Successivement sont analys&#233;es l'ali&#233;nation capitaliste de la nature, son appropriation, l'hubris, et l'abstraction de la nature. En bref, il va s'agir d'ouvrir &#171; la cage d'acier (Max Weber) &#187; (II-9) pour v&#233;ritablement comprendre car si, nos dirigeants ne font rien, c'est parce qu'ils sont prisonniers des rapports de production, qui constituent pour eux un cadre intangible et un horizon ind&#233;passable &#187; (II-9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier &#233;l&#233;ment dans la premi&#232;re partie de ce deuxi&#232;me volume (mais nomm&#233;e quatri&#232;me) : la d&#233;possession des travailleurs de leurs moyens de production brise leur rapport &#224; la nature qui pr&#233;valait avant l'&#233;poque capitaliste. C'est ainsi que le capital a pu se d&#233;velopper. Les travailleurs sont alors contraints de travailler en vendant leur force de travail, et, de plus, sont contraints dans leur travail car les finalit&#233;s de celui-ci leur &#233;chappent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; le fond de l'approche marxienne : &#171; Le propre du concept de rapports sociaux de production est d'articuler &#233;troitement les rapports des &#234;tres humains entre eux avec les rapports qu'ils entretiennent avec la nature. Par cons&#233;quent, tout bouleversement intervenant au sein des premiers ne peut manquer de retentir sur les seconds, et vice versa. &#187; (II-27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la disparition des communaut&#233;s rurales, le mouvement M-A-M dispara&#238;t comme point de d&#233;part et point d'arriv&#233;e de valeurs d'usage (II-31). Dans le capitalisme, le surtravail devient la condition du travail n&#233;cessaire. Le rapport &#224; la nature est bris&#233; par la p&#233;n&#233;tration du capital dans l'agriculture, &#171; soucieux d'accro&#238;tre l'intensit&#233; et la productivit&#233; du travail &#187; (II-35)[9]. Il en r&#233;sulte non seulement la transformation des pratiques alimentaires, mais aussi une &#171; alt&#233;ration de la nature en nous &#187; (II-46) et donc &#171; une rupture de l'unit&#233; symbiotique entre l'humanit&#233; et la nature &#187; (II-49) m&#233;diatis&#233;e par le travail. Cependant, il faut comprendre le m&#233;tabolisme de l'humain avec la nature non pas comme ayant subi une rupture &#224; proprement parler, ce sont les modalit&#233;s et les formes sp&#233;cifiques de l'unit&#233; qui sont rompues. D'o&#249; une repr&#233;sentation r&#233;ifi&#233;e de la nature dans le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le moment pour Alain Bihr d'examiner en d&#233;tail la question du m&#233;tabolisme, notion forg&#233;e par le chimiste Justus von Liebig. Ce dernier va convaincre Marx qu'il existe bien des rendements d&#233;croissants dans l'agriculture, en d&#233;pit de l'augmentation des apports suppl&#233;mentaires de travail, d'eau, d'&#233;nergie, etc. Il existe donc des limites impos&#233;es par la Terre. L'humanit&#233; reste dans le &#171; royaume de la n&#233;cessit&#233; &#187;. Mais Alain Bihr critique John Bellamy Foster de diffuser l'id&#233;e d'une &#171; faille m&#233;tabolique &#187;, car la relation m&#233;tabolique est une n&#233;cessit&#233; : il s'agit d'une &#171; perturbation &#187; (II-89) et non pas d'une rupture, l'auteur reprenant &#224; son compte l'id&#233;e de &#171; d&#233;gradation &#187; des sols plut&#244;t que leur &#233;puisement (II-91). La discussion devient subtile et perd peut-&#234;tre en pertinence car l'ancienne relation de l'homme pr&#233;capitaliste avec la nature a bien &#233;t&#233; rompue, selon Alain Bihr lui-m&#234;me. &#192; cet endroit, il semble reprocher &#224; Foster deux choses contraires : d'un c&#244;t&#233;, de trop &#233;tendre la faille et, de l'autre, de la r&#233;duire au sol. &#192; notre avis, Foster ne fait pas de la faille m&#233;tabolique une cause de l'accumulation du capital mais une cons&#233;quence de celle-ci, comme Alain Bihr finit par le dire lui aussi (II-98).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie de ce volume (nomm&#233;e cinqui&#232;me) est consacr&#233;e &#224; l'appropriation capitaliste de la nature, qui signifie la subordination de la nature &#224; la forme valeur. Cela constitue la base du marxisme ; nous pensons que, &#224; l'encontre d'Alain Bihr (II-101), ce n'est pas m&#233;connu par les marxistes, leur probl&#232;me est que, historiquement, ils n'en ont tir&#233; aucune cons&#233;quence politique et strat&#233;gique. On peut m&#234;me signaler que Jason Moore, longuement approuv&#233; par Alain Bihr (sauf II-106, note 3), se trompe sur la valeur en maints endroits. Plusieurs auteurs ont object&#233; &#224; Moore qu'il ne pouvait faire de la nature la source de la valeur, rendant de ce fait inop&#233;rante la distinction entre valeur d'usage et valeur[10]. Cette distinction reste cruciale pour bien saisir que le travail produisant des services peut &#234;tre productif au sens capitaliste, ainsi que le rappelle Alain Bihr (II-110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation r&#233;elle de la nature par le capital (c'est-&#224;-dire sa construction en socio-nature) est dissimul&#233;e par le ph&#233;nom&#232;ne des externalit&#233;s dont il ne tient pas compte dans le calcul &#233;conomique. &#192; vrai dire, cette non-int&#233;gration signifie son impossibilit&#233; puisque la nature n'a pas de valeur. Seul le co&#251;t de production de certains &#233;l&#233;ments puis&#233;s dans la nature peut &#234;tre pris en compte. Et l'&#233;largissement du concept de travail &#224; la nature est selon nous un critiquable. Les difficult&#233;s de l'exploitation conjointe de la force de travail et de la nature en vue de produire de la valeur pour le capital peuvent &#234;tre lues &#224; notre sens comme la racine de la crise syst&#233;mique actuelle[11]. Parmi ces difficult&#233;s, le non-recyclage int&#233;gral des ressources renvoie &#224; l'entropie que l'auteur n'examine pas ici mais renvoie &#224; la fin du troisi&#232;me volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une observation d'Alain Bihr est particuli&#232;rement int&#233;ressante &#224; propos de l'acc&#233;l&#233;ration de la rotation du capital comme indice de l'appropriation r&#233;elle de la nature par le capital : &#171; abolir l'espace par le temps et abolir le temps par l'espace &#187; (II-137), c'est-&#224;-dire raccourcir le temps de d&#233;placement et densifier et concentrer les activit&#233;s. Mais il n'est pas juste de consid&#233;rer que la rotation du capital est le plus souvent ignor&#233;e (II-133, note 8) car elle est pr&#233;cis&#233;ment prise en compte dans les analyses circuitistes marxo-post-keyn&#233;siennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Bihr consacre deux chapitres pour montrer que l'appropriation de la nature conduit d'une part &#224; &#171; forcer &#187; celle-ci &#224; ne pas produire ce qu'elle produit spontan&#233;ment et, r&#233;ciproquement d'autre part, &#224; la forcer &#224; produire ce qu'elle ne produit pas spontan&#233;ment. C'est l'occasion pour l'auteur de documenter certains d&#233;g&#226;ts constitu&#233;s par les mat&#233;riaux artificiels (b&#233;ton, plastique, textiles synth&#233;tiques), par les OGM. Le tout, en s'appropriant le mat&#233;riau g&#233;n&#233;tique permettant de reproduire artificiellement la nature apr&#232;s avoir d&#233;truit la nature premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me partie de ce volume (nomm&#233;e sixi&#232;me) est un approfondissement th&#233;orique concernant l'hubris capitaliste qui r&#233;sulte de la contradiction entre les limites de l'&#233;cosph&#232;re et la reproduction &#233;largie du capital. En termes courants, il s'agit du productivisme capitaliste car un capitalisme purement rentier se renierait. L'auteur remarque aussi que productivisme et consum&#233;risme sont indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la loi dite de la valeur par Marx est une abstraction du travail. Alain Bihr consacre la quatri&#232;me partie (septi&#232;me) de son deuxi&#232;me volume &#224; ce que plusieurs marxistes contemporains (dont Moore) ont appel&#233; l'abstraction de la nature, c'est-&#224;-dire sa r&#233;ification conduisant &#224; la &#171; (d&#233;)valoriser &#187; (II-369). &#171; D&#232;s lors que la valeur s'autonomise sous forme de la monnaie, toute chose, qu'elle ait &#233;t&#233; produite ou non comme une marchandise, peut &#234;tre trait&#233;e comme une marchandise en &#233;tant pourvue d'un prix. &#187; (II-370). Ainsi, on va de la nature marchandis&#233;e &#224; la nature capitalis&#233;e : cela accentue la contradiction entre valeur d'usage et valeur et &#171; la d&#233;valorisation est &#224; la fois ontologique et axiologique &#187; (II-386)[12]. Le r&#233;sultat est une nature &#171; vampiris&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure qu'on s'avance vers la fin du deuxi&#232;me volume de ce livre, on se confronte &#224; la question de la valeur de la nature dont le traitement est renvoy&#233; en annexe. Or, d'ores et d&#233;j&#224;, Alain Bihr rappelle que &#171; ce que Marx n'a d'ailleurs cess&#233; de r&#233;p&#233;ter : si la nature ne contribue en rien &#224; la formation de la valeur, elle est un &#233;l&#233;ment (une condition, un facteur) indispensable &#224; la production des valeurs d'usage, bien davantage encore que le travail humain qui ne saurait op&#233;rer sans elle &#187; (II-389). Remarquons toutefois qu'il est impossible de comparer quantitativement les apports respectifs du travail et de la nature &#224; la production de valeurs d'usage puisque, par d&#233;finition, la valeur d'usage elle-m&#234;me n'est pas quantifiable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'emp&#234;che, l'apport d&#233;cisif d'Alain Bihr ici est de montrer que, comme pour le travail, le capital fragmente, homog&#233;n&#233;ise et uniformise la nature, la transformant en &#171; socio-nature &#187; adapt&#233;e aux exigences de la reproduction du capital. La nature paie le prix du vampirisme du capital qui &#171; n'est pas moins ravageur quand il s'attaque &#224; la nature en tant que cosmos que quand il s'en prend &#224; elle en tant que physis &#187; (II-399).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III- Perspectives historiques (et th&#233;oriques)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les deux premiers volumes pr&#233;sentent un ensemble th&#233;matique homog&#232;ne, le troisi&#232;me est plus disparate. La premi&#232;re partie &#171; nomm&#233; huiti&#232;me) pr&#233;sente une br&#232;ve histoire de l'&#233;cocide capitaliste, la deuxi&#232;me (neuvi&#232;me) est &#233;galement historique mais sur le plan de l'&#233;conomie politique confront&#233;e &#224; la question de la nature, la troisi&#232;me (dixi&#232;me) propose une synth&#232;se th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'&#233;cocide capitaliste permet &#224; l'auteur de dater les premiers d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques d&#232;s le premier &#226;ge du capitalisme, notamment avec la d&#233;forestation, la concentration fonci&#232;re, la sp&#233;cialisation agraire et l'expansion coloniale[13]. Bien s&#251;r, la machine &#224; vapeur donne le coup d'envoi de la d&#233;nomm&#233;e r&#233;volution industrielle, trop souvent r&#233;duite &#224; cette technique en oubliant la transformation parall&#232;le des rapports sociaux de production. En effet, la machine &#224; vapeur a lib&#233;r&#233; le capital des contraintes de l'intermittence, le charbon est appropriable, ce qui est plus difficile pour l'eau et le vent, et elle peut &#234;tre install&#233;e l&#224; o&#249; la main-d'&#339;uvre est abondante. Alain Bihr fait sienne la th&#232;se de Fressoz selon laquelle le charbon ne remplace pas le bois mais s'y ajoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le p&#233;trole et l'&#233;lectricit&#233;, s'ouvre la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle qui d&#233;ploie un nouveau syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique avec le p&#233;trole et l'&#233;lectricit&#233;, avec l'invention de nouveaux moteurs. Avec ces nouvelles &#233;nergies, les industries chimique et automobile prennent leur essor. La &#171; qu&#234;te fr&#233;n&#233;tique de puissance &#187; (III-41) qui s'exprime n'est pas sans revers : l'imp&#233;rialisme colonialiste et deux guerres mondiales entre grandes puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale s'ouvre la p&#233;riode de la &#171; grande acc&#233;l&#233;ration fordiste &#187; (III-67), avec une croissance &#233;conomique qui devient &#171; une obsession, un imp&#233;ratif cat&#233;gorique en m&#234;me temps qu'un mirage, dans lequel vont communier aussi bien les classes populaires que les milieux patronaux et gouvernementaux &#187; (III-68). S'entrem&#234;lent alors une d&#233;bauche d'&#233;nergie avec un p&#233;trole &#171; or noir &#187;, une concentration et une centralisation de la propri&#233;t&#233;, une m&#233;canisation et une chimisation de l'industrie, pendant qu'une r&#233;volution verte est tent&#233;e dans le tiers-monde. Il s'ensuit une g&#233;n&#233;ralisation des d&#233;g&#226;ts, d&#233;j&#224; document&#233;s dans le premier volume. &#201;mergent les premi&#232;res critiques &#233;cologiques, mais &#224; l'&#233;poque sans que cela imprime dans les rangs socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que survient la &#171; surench&#232;re n&#233;olib&#233;rale &#187; (III-89) pour tenter de surmonter la crise du r&#233;gime fordiste. Deux objectifs sont poursuivis par les classes dominantes : augmenter le taux de plus-value, c'est-&#224;-dire diminuer la part des salaires dans la valeur ajout&#233;e, ce qui suppose d'accro&#238;tre la dur&#233;e du travail et/ou son intensit&#233; (plus-value absolue) ou bien de bloquer les salaires par rapport &#224; la productivit&#233; du travail (plus-value relative) (III-89-90). Or, malgr&#233; l'intensification du travail, la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale est marqu&#233;e par une croissance de la productivit&#233; de plus en plus faible[14]. L'autre caract&#233;ristique de la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale est l'emprise du capital financier focalis&#233; sur le court terme et qui impose le moins-disant social et &#233;cologique dans les pays du centre et l'ajustement structurel &#224; la p&#233;riph&#233;rie. &#192; noter &#233;galement que &#171; les &#201;tats &#233;mergents sont les vecteurs de la mondialisation du productivisme et du consum&#233;risme &#187; (III-99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie de ce troisi&#232;me volume (d&#233;nomm&#233;e neuvi&#232;me) propose un retour sur les b&#233;gaiements et le d&#233;ni de l'&#233;conomie politique classique sur la nature[15]. Malthus croit que la pauvret&#233; est due &#224; des lois naturelles et divines, mais pas du tout aux rapports sociaux. Alain Bihr se demande pourquoi Marx a-t-il &#233;t&#233; si violent contre Malthus. Peut-&#234;tre parce que si Malthus avait raison avec sa loi de la population, le communisme serait impossible. Aujourd'hui, est-il l&#233;gitime de renouer avec Malthus alors que la transition d&#233;mographique mondiale est &#224; l'&#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;conomie politique, c'est au tour de l'&#233;conomie n&#233;oclassique d'&#234;tre critiqu&#233;e. Mais, d'une part, les tares de cette th&#233;orie sont bien connues et d&#233;j&#224; largement r&#233;pertori&#233;es dans le deuxi&#232;me volume. Le lecteur pourra alors se les rem&#233;morer : conditions de l'optimum imaginaires, absurdit&#233; des &#233;valuations contingentes et de la valeur intrins&#232;que de la nature, taux d'actualisation d&#233;pr&#233;ciant l'avenir. Le changement climatique est l'occasion de souligner l'irr&#233;alisme sinon l'absurdit&#233; des estimations de variations du PIB avec des sc&#233;narios fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie n&#233;oclassique est donc pass&#233;e &#224; c&#244;t&#233; de la question environnementale. Pourtant, le paradoxe de Lauderdale (la fortune priv&#233;e n'est pas la richesse publique) avait intrigu&#233; Ricardo qui, logiquement, distinguait richesse et valeur. Et pourquoi fait-on comme si le paradoxe de Jevons ne s'imposait pas ? Parce que l'effet rebond est consubstantiel &#224; la n&#233;cessit&#233; d'&#233;largir sans cesse la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en vient maintenant &#224; l'un des concepts les plus absurdes qui fait pourtant l'unanimit&#233; chez les n&#233;oclassiques de l'environnement et m&#234;me chez beaucoup d'&#233;cologistes : le capital naturel. Il est li&#233; &#224; celui de substituabilit&#233; des facteurs de production et donc &#224; la vision faible de la soutenabilit&#233; &#233;cologique[16]. Et Alain Bihr souligne que le concept de capital est inadapt&#233; &#224; la nature, ne serait-ce parce qu'on ne peut pas la mesurer, et si on la mesure, c'est en la mon&#233;tisant[17]. En bref, &#171; ce concept est marqu&#233; au coin du f&#233;tichisme capitaliste &#187; (III-187). C'est certainement la raison pour laquelle &#171; le second principe de la thermodynamique interdit radicalement de faire de l'&#233;nergie un &#233;talon stable &#8211; ce que les partisans de la th&#233;orie &#233;nerg&#233;tique de la valeur ont superbement ignor&#233; &#187; (III-196).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le moment choisi par Alain Bihr pour pr&#233;senter la th&#232;se de Nicholas Georgescu-Roegen qui a propos&#233; d'appliquer la deuxi&#232;me loi de la thermodynamique (l'entropie) &#224; l'&#233;conomie. L'auteur en donne une pr&#233;sentation tout &#224; fait convenable, m&#234;me si on peut regretter qu'elle vienne presque en fin d'ouvrage alors que la question de l'entropie appliqu&#233;e &#224; la fois &#224; la mati&#232;re et &#224; l'&#233;nergie a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e &#224; plusieurs reprises auparavant. Est-ce d&#251; de la part de l'auteur &#224; l'&#233;cart existant entre l'ambition th&#233;orique de Georgescu-Roegen et les limites r&#233;formatrices de ses propositions ? Comme Georgescu-Roegen n'&#233;voque jamais les conditions sociales de leur r&#233;alisation et qu'il fait preuve d'une ignorance crasse de Marx[18], on comprend qu'Alain Bihr l'ait plac&#233; pr&#232;s des impasses les plus couramment rencontr&#233;es dans la litt&#233;rature &#233;cologiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni croissance &#233;ternelle, ni d&#233;croissance sans fin, ni &#233;conomie stationnaire ? Resterait-il aussi peu de place pour une alternative ? Les pr&#233;conisations de Georgescu-Roegen et de Herman Daly en termes d'&#233;conomie stationnaire sont incompatibles avec les contraintes d'accumulation capitaliste : un &#171; oxymore utopiste &#187; (III-211). D'o&#249; le recours &#224; la morale, voire &#224; la sagesse spirituelle. Sauf si on revient sur le lien tr&#232;s fort entre la crise &#233;cologique et la crise de production du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'objet de la derni&#232;re partie de l'ouvrage (la dixi&#232;me). Pour Alain Bihr, la crise &#233;cologique est facteur de crise pour le capital lui-m&#234;me. Donc il existerait un rapport r&#233;ciproque entre les deux : le capital cause la crise &#233;cologique ; la crise &#233;cologique cause la crise du capital. Mais cette r&#233;ciprocit&#233; n'est-elle pas d&#233;mentie du fait que la crise &#233;cologique est un pur produit du proc&#232;s de reproduction du capital, ainsi que l'a r&#233;p&#233;t&#233; de tr&#232;s nombreuses fois l'auteur ? Cela met en doute l'hypoth&#232;se que l'&#233;cologie serait une &#171; limite externe &#187; (III-232). En effet, soit on adopte l'id&#233;e de cette ext&#233;riorit&#233; aux rapports sociaux capitalistes (c'&#233;tait la th&#232;se de James O'Connor), soit on va jusqu'au bout du fameux &#171; m&#233;tabolisme &#187;, c'est-&#224;- dire &#224; l'unicit&#233; et &#224; l'indissociabilit&#233; du l'exploitation de la force de travail et de celle de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre sur le &#171; retour sur l'actuelle crise structurelle &#187; (III-233) est donc bienvenu pour la discussion. Pour Alain Bihr, il y a une crise chronique de r&#233;alisation qui s'est substitu&#233;e &#224; une crise de valorisation (III-235). Je n'ai jamais &#233;t&#233; convaincu par cette dichotomie. On peut montrer &#224; l'aide des sch&#233;mas de la reproduction de Marx qu'une crise de suraccumulation dans la section des biens de production est le pendant de la crise de r&#233;alisation dans la section des biens de consommation. D'ailleurs, Alain Bihr note plus loin que &#171; la demande &#233;tant chroniquement insuffisante, les perspectives de r&#233;alisation m&#233;diocres ou m&#234;me probl&#233;matiques, cela ne peut que freiner l'investissement &#187; (III-236)[19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction des politiques n&#233;olib&#233;rales est en revanche bien cadr&#233;e : les sauvetages &#233;tatiques emp&#234;chent la purge du capital en exc&#232;s. Il existe un &#233;cart croissant entre les besoins sociaux et leur mode capitaliste de satisfaction (th&#232;se de Michel Husson), d'autant qu'il y a un d&#233;port de la demande sociale vers des services qualitatifs, en m&#234;me temps que les NTIC ne jouent pas de r&#244;le d'entra&#238;nement (th&#232;se de Robert Gordon). En somme, moindre part des salaires dans la valeur ajout&#233;e, part croissante des services et ralentissement de la productivit&#233; font syst&#232;me : c'est le probl&#232;me du capital, qui lui fait craindre une stagnation s&#233;culaire. Le paradoxe est l&#224; : en d&#233;pit de la faiblesse des gains de productivit&#233;, le mode n&#233;olib&#233;ral de restriction salariale fut le seul moyen de relever le taux de profit, du moins dans la phase 1980-2007[20].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie pourrait-elle servir de nouveau tremplin au capital ? Des opportunit&#233;s existent : l'&#233;largissement du champ des activit&#233;s (par exemple, le d&#233;gel et l'ouverture de la banquise), la r&#233;paration des d&#233;g&#226;ts, des rentes dues aux catastrophes, la financiarisation, le verdissement des &#233;conomies. Mais les &#171; Green New Deal &#187; aux &#201;tats-Unis ou en Europe font pour l'instant chou blanc. Les GND sont irr&#233;alisables v&#233;ritablement dans le capitalisme parce que, en r&#233;alit&#233;, les politiques visent trois objectifs : r&#233;tablir la profitabilit&#233;, liquider les acquis sociaux et prot&#233;ger les institutions financi&#232;res et les banques de la d&#233;valorisation des leurs actifs (th&#232;se encore de Husson).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, la crise &#233;cologique va-t-elle &#233;trangler le capital ? demande Alain Bihr. Le capital financier est menac&#233; et l'immobilier risque la d&#233;valorisation. Sur un plan g&#233;n&#233;ral, les conditions de valorisation du capital sont compromises d&#232;s lors que la productivit&#233; du travail n'augmente plus suffisamment Qu'en sera-t-il avec l'intelligence artificielle ? Personne ne le sait, Alain Bihr ne peut donc en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-on alors en face d'une crise structurelle ou d'une crise syst&#233;mique ? La premi&#232;re mettrait seulement en jeu un r&#233;am&#233;nagement des rapports sociaux, la seconde signifierait une remise en cause des principes m&#234;mes de fonctionnement du capitalisme (III-313). De notre point de vue, cette distinction porte en r&#233;alit&#233; sur l'orientation politique davantage que sur la nature de la crise elle-m&#234;me. En tout cas, un nouveau cycle Kondratiev n'appara&#238;t pas, du moins dans les pays du centre, car on le per&#231;oit dans la semi-p&#233;riph&#233;rie (pays &#233;mergents). Le capital ne para&#238;t pas en mesure de d&#233;velopper la productivit&#233; ni de r&#233;pondre aux besoins sociaux, sauf si, ajouterions-nous, il parvient &#224; privatiser l'ensemble des services non marchands, donc &#224; proc&#233;der &#224; une extension de son champ de valorisation &#224; d&#233;faut d'intensification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion g&#233;n&#233;rale de son immense ouvrage, qu'il titre &#171; le communisme ou la mort &#187; (III-323), Alain Bihr &#233;voque plusieurs sch&#233;mas d'&#233;volution possibles. Le premier est l'effondrement. La th&#232;se de Jared Diamond p&#232;che, elle aussi, par l'oubli des rapports sociaux, en fait, elle &#233;largit celle de Malthus. Alain Bihr semble donner raison &#224; Paul Burkett (III-332) pour qui la force de travail serait la seule valeur d'usage indispensable &#224; la reproduction du capital. Mais, si c'&#233;tait vrai, cela d&#233;mentirait compl&#232;tement toute la construction th&#233;orique pr&#233;c&#233;dente, sans parler de celle de Marx. Il s'ensuit un deuxi&#232;me probl&#232;me th&#233;orique qui contredirait une bonne part de l'ouvrage s'il s'av&#233;rait : &#171; Le capital(isme) ne risque pas de s'effondrer de sit&#244;t sous l'impact de la catastrophe &#233;cologique plan&#233;taire qu'il a lui-m&#234;me produite, pas plus que sous le poids de ses contradictions internes &#187; (III-335).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres sc&#233;narios sont envisag&#233;s : la paup&#233;risation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, la guerre et la dictature. Mais le plus important est l'&#233;cosocialisme. Le bilan des luttes est insuffisant parce qu'il n'y a pas de mouvement d'ensemble. D'un c&#244;t&#233;, l'&#233;cologisme m&#233;conna&#238;t les rapports de production et donc d&#233;politise l'&#233;cologie ; de l'autre, la tradition socialiste a longtemps ignor&#233; l'&#233;cologie. La d&#233;possession de la terre de la terre subie par le prol&#233;tariat l'a coup&#233; de la nature et ne l'a familiaris&#233; qu'avec le travail industriel. Son exp&#233;rience sociale &#171; a &#233;t&#233; domin&#233;e par l'abstraction g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; laquelle le capital soumet le monde social &#187; (III-361). Le r&#233;sultat est que, au sein du fordisme, le prol&#233;tariat a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; au productivisme &#233;chevel&#233;. De cela, la vulgate marxiste, teint&#233;e de scientisme, a &#233;t&#233; inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot de la fin d'Alain Bihr s'en d&#233;duit : &#171; La crise multiforme actuelle du capitalisme nous place en d&#233;finitive non plus seulement face &#224; la c&#233;l&#232;bre alternative pos&#233;e par Rosa Luxemburg entre le socialisme ou la barbarie mais, d'une mani&#232;re plus radicale, face &#224; celle entre le communisme ou la mort. Tout simplement parce que la catastrophe &#233;cologique qui l'accompagne ne se limite pas &#224; d&#233;grader les conditions de vie, elle menace plus fondamentalement la possibilit&#233; m&#234;me de la vie sur Terre. &#187; (III-364).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Bihr compl&#232;te son ouvrage par quatre annexes et un glossaire. Les annexes &#233;taient-elles indispensables apr&#232;s un expos&#233; aussi d&#233;taill&#233; et pr&#233;cis ? Sans doute pour conforter le lecteur, parvenu au bout d'un tel ensemble ? Par exemple, les concepts de rapports sociaux de production et de rapports capitalistes de production sont longuement pr&#233;sent&#233;s dans le premier volume : d'un c&#244;t&#233;, rapports des humains &#224; la nature et rapports des humains entre eux ; de l'autre, l'encha&#238;nement : expropriation des producteurs &#8211;&gt; force de travail marchandis&#233;e &#8211;&gt; appropriation des moyens de production &#8211;&gt;g&#233;n&#233;ralisation de la forme valeur du travail social &#8211;&gt; plus-value &#8211;&gt; accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annexe sur &#171; Nature et valeur &#187; (III-383) se justifie peut-&#234;tre parce que la question est lancinante tout au long de l'ouvrage. Une autre solution aurait pu &#234;tre de cr&#233;er des encadr&#233;s dans le corps du texte plut&#244;t que de renvoyer les courtes synth&#232;ses en annexes. Pour ce qui concerne la valeur et la nature, on retient que la valeur exprime le travail social valid&#233; par la vente des marchandises. &#201;galement que la nature n'a pas de valeur, &#171; ce qui n'emp&#234;che pas que ces m&#234;mes r&#233;alit&#233;s puissent se voir attribuer un prix par capitalisation de la rente que leur appropriation privative peut valoir &#224; leurs propri&#233;taires d&#232;s lors qu'elles fonctionnent comme moyens de production ni reproductibles ni substituables du fait de leur unicit&#233; ou de leur raret&#233; &#187; (III-385). Deux remarques &#224; ce propos : afin d'&#233;viter le risque de confusion dans le lectorat qui pourrait retomber dans la croyance que la nature cr&#233;e de la valeur, il vaut mieux &#233;viter le verbe &#171; d&#233;terminer &#187; (III-388-389) pour indiquer l'influence de la plus ou moins grande fertilit&#233; d'un sol ou bien l'efficacit&#233; des moyens mat&#233;riels ; on pourrait alors distinguer le fait que la nature peut influencer la grandeur de valeur unitaire, et celui de la cr&#233;ation de valeur[21].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion de notre recension, disons sans retenue qu'Alain BHir a r&#233;alis&#233; un travail remarquable. Pas seulement par son ampleur, mais surtout par la coh&#233;rence de la probl&#233;matique construite : sans une analyse des rapports sociaux de production capitalistes, l'&#233;cocide est incompr&#233;hensible ; on se doute que le d&#233;passement de ladite crise &#233;cologique exigera celui de ces rapports qui inextricablement enlacent le travail et la nature. C'est la raison pour laquelle, fondamentalement, l'&#171; angle mort &#187; de Marx qu'annon&#231;ait Alain Bihr au tout d&#233;but de l'ouvrage dans l'introduction g&#233;n&#233;rale ne r&#233;appara&#238;t plus ensuite, sinon dans la mise en cause de l'analyse marxiste traditionnelle, rest&#233;e sourde au fait que &#171; le proc&#232;s de travail forme donc une sorte d'unit&#233; dialectique (&#224; la fois coop&#233;rative et conflictuelle) entre l'&#234;tre humain et la nature : les deux coop&#232;rent au sein d'un proc&#232;s dans lequel, simultan&#233;ment, la nature se trouve transform&#233;e par l'&#234;tre humain, donc ni&#233;e par lui au moins dans sa forme originelle, l'&#234;tre humain op&#233;rant cependant lui-m&#234;me dans ce proc&#232;s comme une force naturelle &#187; (I-30), &#233;crit Alain Bihr, juste avant de citer Marx expliquant la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois formul&#233;es les nuances ou questions au fil de cette somme sans pareille, nous pensons qu'il y a dans cet ouvrage mati&#232;re pour fournir un cadre th&#233;orique coh&#233;rent &#224; tous ceux qui pensent que nous sommes d&#233;munis face &#224; la catastrophe plan&#233;taire qui frappe autant les humains que la nature. Notre seule retenue tient &#224; la forme de ce grand ouvrage qui oblige &#224; des r&#233;p&#233;titions et &#224; une structuration des parties et des chapitres parfois peu claire. Bref, il ne manque qu'un index pour faciliter la recherche dans ce qui ressemble &#224; une petite encyclop&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] J'ai lu ce livre sur fichier pdf que l'auteur m'a adress&#233;. La pagination est celle de ce fichier. Entre parenth&#232;ses comme ici, le volume en chiffres romains, la page en chiffres arabes. Je num&#233;rote les trois parties de ma recension conform&#233;ment aux trois volumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Pourquoi une abondance de telles r&#233;f&#233;rences alors que le lecteur attendrait de voir les sources premi&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La mise en &#233;vidence du concept d'inestimable se trouve, me semble-t-il, dans La richesse, la valeur et l'inestimable, Fondements d'une critique socio-&#233;cologique de l'&#233;conomie capitaliste, Les Liens qui lib&#232;rent, 2013, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/ouvrages/livre-richesse-entier.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/ouvrages/livre-richesse-entier.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir ma critique souvent r&#233;p&#233;t&#233;e : La richesse, la valeur et l'inestimable, op.cit. ; Le trou noir du capitalisme, Le Bord de l'eau, 2020 ; En qu&#234;te de valeur(s), &#201;d. du Croquant, 2024 ; &#171; Au c&#339;ur de la crise sociale et &#233;cologique du capitalisme : la contradiction entre richesse et valeur &#187;, Actuel Marx, n&#176; 57, 1er semestre 2015, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/richesse-valeur-actuelmarx.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/richesse-valeur-actuelmarx.pdf&lt;/a&gt; ; &#171; Sur fond de crise socio-&#233;cologique du capitalisme, la th&#233;orie de la valeur revisit&#233;e &#187;, Revue fran&#231;aise de socio-&#233;conomie, n&#176; 24, juin 2020, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/theorie-valeur-revisitee.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/theorie-valeur-revisitee.pdf&lt;/a&gt; ; &#171; La valeur est de retour &#187;, AOC, 14 mai 2025, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/valeur-de-retour.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/valeur-de-retour.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Les neuf fronti&#232;res sont : le changement climatique, l'&#233;rosion de la biodiversit&#233;, le changement de l'usage des sols, les cycles de l'eau douce, le cycles biog&#233;ochimiques de l'azote et du phosphore, l'acidification de l'oc&#233;an, la concentration en a&#233;rosols, l'ozone stratosph&#233;rique, les nouvelles pollutions. L'intervalle entre le plancher et le plafond de l'utilisation des ressources a &#233;t&#233; imag&#233;e par Kate Raworth dans La th&#233;orie du donut, L'&#233;conomie de demain en 7 principes, 2017, J'ai lu, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Contrairement &#224; une l&#233;gende tenace entretenue par certains auteurs fran&#231;ais, il n'y a strictement aucune diff&#233;rence entre l'anglais sustainable development et les deux traductions en fran&#231;ais par d&#233;veloppement soutenable ou d&#233;veloppement durable ; en particulier, les deux termes fran&#231;ais entretiennent le m&#234;me dilemme entre soutenabilit&#233; (ou durabilit&#233;) forte ou faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir quelques-unes des premi&#232;res : Ren&#233; Passet, L'&#233;conomique et le vivant, Payot, 1979, Economica, 1996 ; et J.-M. Harribey, &#171; La prise en compte des ressources naturelles et de l'environnement dans le mod&#232;le n&#233;oclassique d'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral : &#233;l&#233;ments de critique &#187;, &#201;conomies et soci&#233;t&#233;s, F, n&#176; 35, 4/1997, p. 57-70, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/orstom.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/orstom.pdf&lt;/a&gt;. Par exemple, la critique du taux d'actualisation fut connue bien avant la contribution d'Olivier Godard de 2015, cit&#233; par Alain Bihr (I-397).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Alain Bihr met sur le m&#234;me plan certains m&#233;dias, par exemple Le Monde, Le Figaro, Les &#201;chos, L'Expansion et L'Express pour diffuser les th&#232;ses climato-n&#233;gationnistes (I-390). Cela aurait m&#233;rit&#233; un plus de nuance et de discernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Fid&#232;le &#224; la tradition marxiste, Alain Bihr distingue intensification du travail et augmentation de la productivit&#233;. Je crois avoir montr&#233; que la premi&#232;re est l'une des causes de la seconde (cf. La richesse, la valeur et l'inestimable, op. cit. et &#171; &#201;l&#233;ments pour une th&#233;orie marxienne de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique : Th&#233;orie de la valeur-travail et r&#233;partition des revenus &#187;, Colloque &#171; Actuel Marx aujourd'hui : fondements et critiques de l'&#233;conomie politique &#187;, Paris, 27 au 28 novembre 1997, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/egalite.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/egalite.pdf&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Voir J.-M. Harribey, &#171; Pourquoi le concept de capitaloc&#232;ne est-il l'objet de controverses th&#233;oriques et &#233;pist&#233;mologiques au sein m&#234;me de la th&#233;orie marxiste ? &#187; Conf&#233;rence Historical Materialism, Paris, 26-28 juin 2025, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/conference-hm.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/conference-hm.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Voir la formalisation math&#233;matique simple que j'ai propos&#233;e montrant que la variation du taux de profit pouvait &#234;tre d&#233;compos&#233;e en la somme d'une variable sociale de r&#233;partition de la valeur (comparaison des salaires &#224; la productivit&#233; du travail) et d'une variable technico-mat&#233;rielle d'acc&#232;s d'efficacit&#233; des moyens de production et d'acc&#232;s aux ressources. Cf. &#171; L'impact cumul&#233; des crises sociale et &#233;cologique du capitalisme sur le devenir de la croissance : la fin programm&#233;e de celle-ci ? &#187;, Colloque &#171; Recherche et r&#233;gulation : La Th&#233;orie de la R&#233;gulation &#224; l'&#233;preuve des crises &#187;, Paris, 10-12 juin 2015, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/fin-croissance-rr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/fin-croissance-rr.pdf&lt;/a&gt; ; ainsi que Le trou noir du capitalisme, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un probl&#232;me un peu technique est abord&#233; par Alain Bihr de fa&#231;on semble-t-il contradictoire &#224; deux endroits &#233;loign&#233;s de son ouvrage : d'un c&#244;t&#233;, il explique que les mat&#233;riaux artificiels valorisent le capital en augmentant la productivit&#233; du travail et en diminuant le composition organique du capital (II-204) ; de l'autre, l'augmentation de la masse des mati&#232;res premi&#232;res par unit&#233; de travail contribue &#224; l'augmentation de la composition organique du capital (II-275).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &#192; ce propos, on peut regretter qu'Alain Bihr, dans cet immense ouvrage, ne dise rien du d&#233;bat qui oppose les anthropologues au sujet de la nature. Les noms de L&#233;vi-Strauss, Descola ou de Graeber, en d&#233;saccord entre eux, n'apparaissent pas une seule fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Rappelons qu'Alain BIhr s'&#233;tait illustr&#233; par une autre &#233;norme somme sur la naissance du capitalisme : Le premier &#226;ge du capitalisme (1415-1763), L'expansion europ&#233;enne, tome 1, Pages 2, Syllepse, 2018, 696 pages ; Le premier &#226;ge du capitalisme, La marche de l'Europe occidentale vers le capitalisme, tome 2, Pages 2, Syllepse, 2019, 804 pages ; Le premier &#226;ge du capitalisme, Un premier monde capitaliste, tome 3, Pages 2, Syllepse, 2019, volumes 1 et 2, 1762 pages. J'avais fait une recension du premier tome dans &#171; &#192; la naissance du capitalisme, il y eut l'expansion commerciale et coloniale &#187;, Les Possibles, n&#176; 19, Hiver 2019, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/cr-alain-bihr-capitalisme.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/cr-alain-bihr-capitalisme.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] C'est ce que dira plus loin Alain Bihr. Pourtant, ici, il parle d'augmentation de la productivit&#233; (III-91).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] B&#233;gaiements et d&#233;ni sont de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Au contraire d'Alain Bihr (III-178), Je ne connais pas beaucoup d'&#233;conomistes n&#233;oclassiques partisans de la soutenabilit&#233; forte, je n'en connais m&#234;me aucun, si je mets de c&#244;t&#233; ceux qui ont pris leurs distances avec le corpus standard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] L'auteur reprend ici certains &#233;l&#233;ments du deuxi&#232;me volume (7e partie, chapitre 2 sur la nature (d&#233;)valoris&#233;e). Compte tenu de l'ampleur et de la port&#233;e de l'ouvrage, peut-&#234;tre e&#251;t-il fallu pr&#233;ciser que la valeur ne s'entend que mon&#233;taire, c'est-dire que sa r&#233;alisation d&#233;pend, au plan macro&#233;conomique, de l'anticipation mon&#233;taire du surplus social. Cf. &#171; Karl Marx, Charles Dumont et &#201;dith Piaf : &#034;rien de rien&#034; ou la r&#233;alisation mon&#233;taire de la production capitaliste &#187;, Blog Alternatives &#233;conomiques, 16 mai 2018, repris sous le titre &#171; La r&#233;alisation mon&#233;taire de la production capitaliste et donc du profit : &#034;Non, rien de rien&#8230;&#034; &#187;, Les Possibles, n&#176; 17, &#233;t&#233; 2018, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/realisation-monetaire.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/realisation-monetaire.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] J'avais not&#233; aussi cette ignorance dans &#171; &#192; la d&#233;couverte de Georgescu-Roegen avec Antoine Missemer&#8230; &#187;, &#201;conomie rurale, n&#176; 342, 2014, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/missemer-ngr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/missemer-ngr.pdf&lt;/a&gt;, et dans &#171; Nicholas Georgescu-Roegen : la d&#233;croissance sans limite ? &#187;, Blog Alternatives &#233;conomiques, 24 novembre 2023, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/ngr-decroissance-sans-limite.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/ngr-decroissance-sans-limite.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans ce chapitre, il y a plusieurs choses qui m&#233;riteraient discussion. 1) On ne voit pas pourquoi la consommation des biens de luxe ne serait pas en soi une composante du proc&#232;s de production du capital. 2) L'auteur distingue la &#171; valeur ajout&#233;e &#187; de la &#171; valeur nouvelle cr&#233;&#233;e par le travail vivant &#187;. Si l'on compte uniquement la valeur ajout&#233;e nette au sens de la comptabilit&#233; nationale, les deux notions sont strictement synonymes. 3) L'&#233;pargne abonde et cro&#238;t dans le monde, pourquoi l'auteur &#233;crit-il que le taux d'&#233;pargne baisse ? (III-238).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Le c&#233;l&#232;bre graphique de Michel Husson, que reprend Allain Bihr (III-252), montrant le hiatus entre productivit&#233; et taux de profit entre 1980 et 2007 s'arr&#234;te malheureusement &#224; la fin de la d&#233;cennie 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] La m&#234;me clarification serait n&#233;cessaire aussi dans le deuxi&#232;me volume (II-104).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;bat. &#171; Retour sur 2025 &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Debat-Retour-sur-2025</link>
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		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-02-24</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il y a un peu plus d'un mois, nous sommes sortis de l'ann&#233;e 2025 et, en m&#234;me temps, du premier quart du XXIe si&#232;cle. Le monde est cribl&#233; de conflits meurtriers, dont les deux plus embl&#233;matiques sont l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine et la destruction syst&#233;matique du peuple palestinien et de son territoire par l'&#201;tat d'Isra&#235;l, sans oublier les guerres civiles au Soudan, en &#201;thiopie, au Y&#233;men, en R.D. du Congo, la r&#233;gression des droits des femmes en Afghanistan et l'atroce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-02-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-02-24&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-Monde-614-+" rel="tag"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH119/carmichael-1024x813-bd98f.jpg?1771940658' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a un peu plus d'un mois, nous sommes sortis de l'ann&#233;e 2025 et, en m&#234;me temps, du premier quart du XXIe si&#232;cle. Le monde est cribl&#233; de conflits meurtriers, dont les deux plus embl&#233;matiques sont l'invasion de l'Ukraine par la Russie de Poutine et la destruction syst&#233;matique du peuple palestinien et de son territoire par l'&#201;tat d'Isra&#235;l, sans oublier les guerres civiles au Soudan, en &#201;thiopie, au Y&#233;men, en R.D. du Congo, la r&#233;gression des droits des femmes en Afghanistan et l'atroce r&#233;pression en Iran. Les rapports de force internationaux sont chamboul&#233;s par l'affrontement entre les plus grandes puissances &#233;conomiques et militaires, les &#201;tats-Unis et la Chine, et celle qui voudrait bien &#234;tre &#224; leur hauteur, la Russie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
19 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Jean-Marie Harribey&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Wilson Carmichael, The Irwin Lighthouse, Storm Raging, 1851&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le basculement g&#233;opolitique se produit au moment o&#249; l'&#233;difice d&#233;mocratique est lui-m&#234;me &#233;branl&#233; par la mont&#233;e des mouvements d'extr&#234;me droite arrivant au pouvoir ou s'approchant de celui-ci. Il s'ensuit un affaiblissement g&#233;n&#233;ral des r&#233;gulations internationales fonctionnant jusqu'alors tant bien que mal, notamment celles concernant le changement du climat et le syst&#232;me mon&#233;taire. Les plaques tectoniques bougent sous l'effet conjugu&#233; de forces qui sont &#224; la fois techno-&#233;conomiques et socio-culturelles. Ces forces prennent des formes variables selon les pays et les r&#233;gions du monde, mais, au-del&#224; de leur diversit&#233;, il faut rep&#233;rer ce qui leur donne une dimension syst&#233;mique et structurelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le petit bout de la lorgnette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par examiner le lieu commun de la plupart des discours &#233;conomiques et politiques. Le cas de la France est particuli&#232;rement &#233;clairant. Elle a connu en 2025 un taux de croissance &#233;conomique de 0,9 %. Le gouvernement fran&#231;ais se r&#233;jouit de cet exploit qui, nagu&#232;re, serait pass&#233; pour un d&#233;sastre. La productivit&#233; du travail, lit-on, &#171; se redresse &#187; depuis 2024 et 2025 et le redressement &#171; devrait se prolonger en 2026 &#187; [1]. Or elle n'a fait que retrouver le niveau de 2019 avant la pand&#233;mie. Le plein emploi que Macron devait atteindre &#224; la fin de son second mandat ne sera jamais atteint. Le taux de ch&#244;mage avoisine de nouveau 8 %. Et sa lente d&#233;crue de 2012 &#224; 2022 n'&#233;tait due qu'&#224; la cr&#233;ation d'emplois pr&#233;caires et mal pay&#233;s et &#224; l'aide &#224; l'apprentissage qui permettait aux jeunes d'avoir un emploi d&#233;guis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des commentateurs, et le gouvernement lui-m&#234;me, r&#233;p&#232;tent inlassablement que la faiblesse, pourtant chronique, de la progression de la productivit&#233; du travail, serait due &#224; l'instabilit&#233; politique n&#233;e de la dissolution de l'Assembl&#233;e nationale en 2024 et du r&#233;sultat des &#233;lections l&#233;gislatives suivantes. C'est vraiment regarder la situation par le petit bout de la lorgnette. C'est ne pas comprendre quelles sont les &#233;volutions fondamentales du capitalisme en France, en Europe et dans le monde. Il suffirait de regarder ce qui se d&#233;roule en Allemagne pour ouvrir les yeux. Ce pays, pr&#233;sent&#233; jusqu'ici comme le mod&#232;le envi&#233;, est dans l'impasse. Son mod&#232;le exportateur s'effondre dans les secteurs cl&#233;s qui avaient fait sa force. En 2023 et 2024, son taux de croissance &#233;tait n&#233;gatif ; en 2025, il n'&#233;tait que de 0,2 % [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser que nous sommes en face d'une crise conjoncturelle, c'est ignorer les transformations profondes du capitalisme qui ont structur&#233; le dernier quart du XXe si&#232;cle et le premier quart de celui-ci. On lira avec int&#233;r&#234;t l'analyse de Michael Roberts sur l'&#233;conomie am&#233;ricaine qui confirme l'&#233;cart entre &#171; d&#233;penses colossales [d'investissements] et gains de productivit&#233; tr&#232;s incertains &#187; ; les premi&#232;res connaissant une &#233;volution exponentielle depuis 20 ans, pendant que, &#171; sans la technologie, l'&#233;conomie am&#233;ricaine serait proche de la r&#233;cession &#187; et que le d&#233;ficit commercial en biens et services s'est d&#233;grad&#233; de 31 % pendant les sept premiers mois de 2025, comparativement &#224; la p&#233;riode analogue de 2024. Hormis les tr&#232;s grandes entreprises, &#171; dans l'ensemble, le secteur des entreprises non financi&#232;res &#233;tatsuniennes commence &#224; voir la croissance de ses b&#233;n&#233;fices s'estomper. &#187;, ce qui conduit l'auteur &#224; conclure &#224; un &#171; &#233;puisement du mod&#232;le &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trame de la crise capitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trame des convulsions que traverse le capitalisme actuel est la crise d'un mode de production qui voit se rapprocher &#224; grands pas les limites de son expansion qu'il voulait infinie [4]. Quand le travail prol&#233;taire est malmen&#233; et quand s'&#233;tend la difficult&#233; &#224; utiliser les ressources naturelles menac&#233;es d'&#233;puisement ou de d&#233;gradation irr&#233;versible, le r&#233;sultat est un effondrement en cinquante ans de la progression de la productivit&#233; du travail, qui reste l'ultime source de la rentabilit&#233; du capital [5]. Pendant cette longue p&#233;riode, les id&#233;ologues du capital ont r&#233;p&#233;t&#233; &#224; l'envi que les nouvelles techniques d'information et de communication, la g&#233;n&#233;ralisation de l'usage de l'informatique et des ordinateurs, puis l'automatisation et la robotisation, allaient, d'ici peu, inverser la tendance et refaire partir la machine au galop. Peine perdue ! C'est au tour de l'intelligence artificielle de renouveler la m&#234;me promesse. Qui y croit encore ? Sans doute pas vraiment les protagonistes de la Silicon Valley. En effet, les g&#233;ants de la tech comme Amazon, Alphabet, Meta et Microsoft, annoncent qu'ils investiront 600 milliards de dollars en 2026 pour se doter, entre autres, de gigantesques &lt;i&gt;data centers&lt;/i&gt;, en fermant les yeux sur leur rentabilit&#233; &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois difficult&#233;s majeures se dressent qui risquent de perturber gravement la venue du miracle attendu. Premi&#232;rement, la rentabilit&#233; de ces &#233;normes investissements n'est pour l'instant pas au rendez-vous. L'immense cash d&#233;tenu par ses g&#233;ants ne provient pas d'une profitabilit&#233; mat&#233;rielle pr&#233;alablement accumul&#233;e mais plut&#244;t d'une centralisation des rentes r&#233;cup&#233;r&#233;es, surtout par le biais de la captation de la publicit&#233; [6]. Deuxi&#232;mement, les capitaux investis dans l'organisation capitaliste num&#233;rique s'entrecroisent et leurs propri&#233;taires s'ach&#232;tent entre eux les services produits : &#171; lorsque Netflix lui [&#224; Amazon] r&#232;gle sa facture annuelle &#8211; estim&#233;e &#224; un milliard de dollars &#8211; elle ne verse pas un tribut f&#233;odal mais elle ach&#232;te la machinerie num&#233;rique indispensable &#224; son fonctionnement &#187; [7]. On a donc affaire &#224; un &#171; capitalisme incestueux &#187; [8] qui donne l'apparence d'une capacit&#233; de relance alors qu'il ne s'agit peut-&#234;tre que d'une illusion. Troisi&#232;mement, le risque d'un &#233;clatement de la bulle IA est devenu la hantise des financiers et des banquiers centraux. Par exemple, en dix jours, l'action Microsoft a perdu 18 %, partiellement regagn&#233;s ensuite, mais r&#233;v&#233;lant ainsi la nervosit&#233; des sp&#233;culateurs sur l'IA. Autre signe : sur les 600 milliards d'investissements projet&#233;s en 2026, la moiti&#233; serait financ&#233;e par emprunts. Quelle peut &#234;tre la garantie de cette dette si la rentabilit&#233; r&#233;elle n'est pas au rendez-vous ? D'autant que le prix des microprocesseurs et surtout celui des puces &#224; m&#233;moire vive croissent rapidement. &#192; ces contraintes de co&#251;ts vont s'ajouter celles au sujet des besoins en eau et en &#233;lectivit&#233; pour faire tourner les centres de donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des grands banquiers centraux, c'est le grand &#233;cart. La R&#233;serve f&#233;d&#233;rale &#233;tats-unienne interrompt la baisse de ses taux directeurs pour contrecarrer la chute du dollar, au grand dam du pr&#233;sident Trump. La Banque centrale europ&#233;enne vient de d&#233;cider de ne rien faire puisqu'elle estime avoir (trop bien ?) rempli sa mission de r&#233;duire &#224; presque z&#233;ro l'inflation. Mais cette valse-h&#233;sitation des banquiers centraux doit &#234;tre reli&#233;e &#224; leur volont&#233; tardive de cr&#233;er des monnaies num&#233;riques de banque centrale, qui soient &#224; m&#234;me de parer la tendance &#224; ce que les crypto-actifs supplantent les monnaies souveraines, tendance soutenue par Trump qui y voit l'occasion pour les stablecoins assis sur le dollar de p&#233;renniser encore la supr&#233;matie de ce dernier, principale arme &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'imp&#233;rialisme, vraiment stade ultime ? &lt;/strong&gt; [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1902, l'&#233;conomiste John A. Hobson cr&#233;e le terme d'imp&#233;rialisme pour critiquer la domination britannique dans le monde [11]. Le socialiste autrichien Rudolf Hilferding l'utilise en 1910 pour montrer la fusion du capital industriel et du capital bancaire et financier [12]. L&#233;nine s'inspire des deux pour &#233;crire en 1916&lt;i&gt; L'imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme&lt;/i&gt; [13] qui tente par l'exportation de capitaux de contrer la baisse tendancielle du taux de profit au fur et &#224; mesure que la cr&#233;ation de plus-value par la force de travail &#233;volue moins vite que les investissements mat&#233;riels. Mais, trois ans auparavant, en 1913, Rosa Luxemburg avait innov&#233; par rapport &#224; l'analyse marxiste traditionnelle de L&#233;nine en montrant que l'accumulation du capital [14] exige deux choses : l'anticipation par le cr&#233;dit bancaire de la plus-value pour que le capital puisse vendre son &#233;quivalent de marchandises et le transformer en profit mon&#233;taire [15] ; et l'&#233;largissement constant de la sph&#232;re du capital en int&#233;grant de gr&#233; ou de force des secteurs et des territoires ext&#233;rieurs &#224; elle-m&#234;me. De l&#224; r&#233;sultent l'expansion coloniale, qui conna&#238;t un bond au XIXe si&#232;cle, et les formes modernes de l'imp&#233;rialisme. Maints historiens ont vu dans cette lutte pour la conqu&#234;te de nouveaux espaces, notamment entre la France et l'Allemagne, les ferments de la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fondements de cette analyse sont rest&#233;s pertinents pendant tout le XXe si&#232;cle mais ont int&#233;gr&#233; le fait que, en plus d'une domination &#233;conomique des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s sur les autres, s'exer&#231;ait une domination politique et culturelle. Pillage du tiers monde, &#233;change in&#233;gal et d&#233;veloppement in&#233;gal furent ainsi analys&#233;s notamment par Andr&#233; Gunther Franck, Arghiri Emmanuel et Samir Amin [16], mais, malgr&#233; les luttes anticoloniales, l'imp&#233;rialisme &#233;conomique se doublait de l'installation de pouvoirs locaux &#224; la solde de la bourgeoisie imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les contradictions socio-&#233;conomiques, &#233;cologiques et politiques se conjuguent. Poutine est obs&#233;d&#233; par la reconqu&#234;te de territoires de la d&#233;funte URSS, Netanyahou &#233;limine Gaza et colonise toute la Cisjordanie, Xi Jinping lorgne sur Ta&#239;wan et Trump bombarde Caracas, kidnappe Maduro, incite les p&#233;troliers &#224; reprendre leurs activit&#233;s profitables au Venezuela, avant peut-&#234;tre de s'emparer du Groenland et de menacer le Canada, la Colombie et Cuba. Suivant la doctrine Monroe, l'Am&#233;rique est une chasse gard&#233;e des &#201;tats-Unis. Le temps des empires est revenu o&#249; int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et strat&#233;giques se m&#234;lent et aiguisent les tensions g&#233;opolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, les m&#233;taux rares, les r&#233;serves de ressources dans l'Arctique ou ailleurs et la terre africaine sont convoit&#233;s par les firmes et &#201;tats imp&#233;rialistes. Mais, comme il y a des limites objectives &#224; l'exploitation de la force de travail et &#224; celle de la nature, il s'ensuit que la production de valeur et donc de plus-value s'essouffle au point que les gains de productivit&#233; du travail s'&#233;rodent. Les palliatifs &#224; cet encha&#238;nement d&#233;l&#233;t&#232;re sont l'&#233;largissement de la sph&#232;re marchande pour compenser la baisse de la valeur unitaire de chaque marchandise, et la financiarisation pour concentrer la richesse : c'est la fuite en avant productiviste et financi&#232;re. Et, afin de vaincre les r&#233;sistances &#224; l'exploitation et la domination g&#233;n&#233;rales, il faut jeter par terre l'&#201;tat de droit et les r&#232;gles du droit international. Ce n'est pas l'anthropoc&#232;ne, c'est plus que le capitaloc&#232;ne, c'est le capitalobsc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au chaos socio-&#233;conomico-&#233;cologique s'ajoute un chaos g&#233;opolitique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ann&#233;es pleines que dure maintenant la guerre imp&#233;rialiste de la Russie en Ukraine. Aussi longue que la Premi&#232;re Guerre mondiale. Presque autant que la Seconde, et ce n'est h&#233;las pas fini, tant que perdureront la com&#233;die des n&#233;gociations entre Trump et Poutine et les atermoiements et les vell&#233;it&#233;s des pays europ&#233;ens, surtout d'accord pour ne pas faire grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, et depuis bien plus longtemps encore, trois quarts de si&#232;cle de colonialisme d'une violence extr&#234;me de l'&#201;tat d'Isra&#235;l en Palestine visent &#224; chasser les Palestiniens qui ne sont pas tu&#233;s, &#224; d&#233;truire leur territoire, et &#224; emp&#234;cher d&#233;finitivement tout projet d'&#201;tat pour eux. Certaines voix pr&#233;tendaient que le 7 octobre du Hamas &#233;tait &#171; &lt;i&gt;une op&#233;ration militaire d'envergure n&#233;cessaire qui a produit une modification brusque et radicale du rapport de force r&#233;gional en faveur des Palestiniens&lt;/i&gt; &#187; [17]. Je pense que, au vu des massacres du 7 octobre et de ceux &#224; tendance g&#233;nocidaire de la part de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, le soi-disant &#171; rapport de force en faveur des Palestiniens &#187; &#233;tait une vue funeste de l'esprit. La gauche et les gauches fran&#231;aises se sont fracass&#233;es sur cette discussion. Ce n'est qu'une illustration de plus de leurs pannes th&#233;oriques et strat&#233;giques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pannes d'autant plus d&#233;sarmantes que l'hypoth&#232;se d'une fin de la phase n&#233;olib&#233;rale du capitalisme devient cr&#233;dible sans qu'une r&#233;ponse &#224; la hauteur ne s'esquisse. Les pr&#233;misses d'un tournant libertarien sont maintenant visibles. Le symbole est le massacre &#224; la tron&#231;onneuse des protections sociales, des services publics et du maximum de r&#233;gulations en Argentine et aux &#201;tats-Unis. Sur le continent europ&#233;en, le massacre des espaces collectifs se fait avec une scie &#224; main, mais, si c'est moins brutal, cela n'en pas moins d'effets &#224; long terme. Au vu des restrictions apport&#233;es aux allocations ch&#244;mage, du recul de l'&#226;ge de la retraite, du d&#233;labrement de l'h&#244;pital, de l'&#233;cole et de l'enseignement sup&#233;rieur, la France en sait quelque chose. Et, par-dessus tout, la d&#233;mocratie est remise en cause par les coups de boutoir de l'extr&#234;me droite, au pouvoir dans plusieurs pays europ&#233;ens ou sur le point d'y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde semble pris au d&#233;pourvu par ce chambardement, sinon par ce basculement. Pourtant, nous &#233;tions pr&#233;venus. Depuis les ann&#233;es 1930-1940, les Schmitt, Von Mises, Lippmann, Hayek et la Soci&#233;t&#233; du Mont-P&#232;lerin avaient d&#233;fini la finalit&#233; ultime : imposer le march&#233; absolu en tous domaines et en tous lieux, au nom d'une pr&#233;tendue libert&#233; totale des individus, d&#233;barrass&#233;s de tout enracinement collectif. L'utopie irr&#233;aliste parfaite car impossible, d&#233;niant aux humains leur caract&#232;re d'&#234;tres sociaux [18]. L'anthropologue austro-hongrois Karl Polanyi avait averti que ce d&#233;lire risquerait de conduire &#224; la mort de la soci&#233;t&#233; [19]. Si celle-ci n'est pas advenue, on voit tout de m&#234;me l'arriv&#233;e des &#171; lumi&#232;res de l'ombre &#187; &#233;mises par un courant &#171; n&#233;or&#233;actionnaire &#187; [20] qui a d&#233;sormais pignon sur rue aux &#201;tats-Unis jusque dans les all&#233;es du pourvoir trumpiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le, on ne peut &#234;tre certain de la fin d'une p&#233;riode et du d&#233;but de la suivante qu'apr&#232;s coup. Raison de plus d'&#234;tre en garde. Le capitalisme change, ce serait &#233;tonnant que l'altermondialisme li&#233; &#224; sa phase n&#233;olib&#233;rale en sorte intact et perdure comme si de rien n'&#233;tait [21]. (Publi&#233; par Jean-Marie Harribey sur son blog sur le site d'&lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques &lt;/i&gt; le 11 f&#233;vrier 2026)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Nathalie Silbert, &#171; Port&#233;e par le num&#233;rique, la productivit&#233; de l'&#233;conomie fran&#231;aise se redresse &#187;, &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;, 10 f&#233;vrier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Peter Wahl, &#171; L'&#233;conomie allemande dans une crise structurelle inou&#239;e &#187;, Note pour les &#201;conomistes atterr&#233;s, f&#233;vrier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Michael Roberts, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/bulle-ia-economie-etats-unis-trump-capitalisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La bulle de l'IA et l'&#233;conomie &#233;tatsunienne&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; Contretemps&lt;/i&gt;, 27 janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Jean-Marie Harribey, &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey/2024/12/07/derriere-la-crise-politique-une-convulsion-capitaliste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Derri&#232;re la crise politique, une convulsion capitaliste&lt;/a&gt; &#187;, 7 d&#233;cembre 2024 ; &#171; &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/le-monde-penche.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le monde penche du mauvais c&#244;t&#233;&lt;/a&gt; &#187;, 18 mars 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Jean-Marie Harribey,&lt;i&gt; En qu&#234;te de valeur(s)&lt;/i&gt;, Vulaines-sur-Seine, &#201;d. du Croquant, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Jean-Marie Harribey, &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey/2025/12/02/capitalisme-productif-etou-capitalisme-rentier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Capitalisme productif et/ou capitalisme rentier ?&lt;/a&gt; &#187;, 2 d&#233;cembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Evgeny Morozov, &#171; Controverses sur le techno-f&#233;odalisme, Le num&#233;rique nous ram&#232;ne-t-il au Moyen &#194;ge ? &#187;,&lt;i&gt; Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, ao&#251;t 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le mot se trouve dans Arnaud Leparmentier, &#171; IA : la folle course des g&#233;ants de la tech &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 8 et 9 f&#233;vrier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Voir le dossier &#171; &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-43-automne-2025&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Basculement &#233;conomique, mon&#233;taire et financier&lt;/a&gt; &#187; dans &lt;i&gt;Les Possibles&lt;/i&gt;, n&#176; 43, automne 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Ce paragraphe est issu de ma chronique &#171; L'&#232;re du capitalobsc&#232;ne &#187;, &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;, n&#176; 1897, 15 janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. John A. Hobson, &lt;i&gt;Imperialism, A Study&lt;/i&gt;, 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Rudolf Hilferding, &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/hilferding/1910/lcp/hilf_lcp.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le capital financier&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 1910.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. L&#233;nine, &lt;a href=&#034;http://gesd.free.fr/stadesup.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Rosa Luxemburg, &lt;i&gt;L'accumulation du capital&lt;/i&gt;, Paris, Fran&#231;ois Maspero, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Jean-Marie Harribey, &#171; &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/realisation-monetaire.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Karl Marx, Charles Dumont et &#201;dith Piaf : &#171; rien de rien &#187; ou la r&#233;alisation mon&#233;taire de la production capitaliste&lt;/a&gt; &#187;, 16 mai 2018 dans le &lt;a href=&#034;https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey/2018/05/16/karl-marx-charles-dumont-et-edith-piaf-rien-de-rien-ou-la-realisation-monetaire-de-la-production-capitaliste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt; et &#201;t&#233; 2018 dans &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-17-ete-2018/debats/article/la-realisation-monetaire-de-la-production-capitaliste-et-donc-du-profit-non&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les Possibles, n&#176; 17&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Andr&#233; Gunder Franck,&lt;i&gt; Le d&#233;veloppement du sous-d&#233;veloppement, L'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, Paris, Maspero, 1972 ; Arghiri Emmanuel, &lt;i&gt;L'&#233;change in&#233;gal&lt;/i&gt;, Paris, Maspero, 1969 ; Samir Amin, &lt;i&gt;Le d&#233;veloppement in&#233;gal, Essai sur les formations sociales du capitalisme p&#233;riph&#233;rique&lt;/i&gt;, Paris, Ed. de Minuit, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Sa&#239;d Bouamama, &#171; &lt;a href=&#034;https://bouamamas.wordpress.com/page/2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Palestine et Moyen-Orient : Buts officiels de guerre et buts r&#233;els&lt;/a&gt; &#187;, 12 mai 2025. La citation rapport&#233;e par l'auteur sur son blog dans la pr&#233;sentation de ce texte expliquant le refus de la revue&lt;i&gt; Les Possibles &lt;/i&gt; que j'ai sign&#233; est exacte, sauf que ce texte n'avait pas &#233;t&#233; sollicit&#233; par les responsables de la revue. Il s'en est suivi une lev&#233;e de boucliers de la part d'une petite poign&#233;e de personnes s'insurgeant contre une &#171; censure &#187;, alors que toute direction de revue est en droit d'accepter ou de refuser une proposition. Surtout quand elle contient une b&#233;vue aussi tragique. [Voir dans le quotidien &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 5 f&#233;vrier 2026 l'article de bilan critique sur le 7 octobre et ses cons&#233;quences fait par un ancien cadre du Hamas vivant &#224; Gaza. &#8211; R&#233;d.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Jean-Marie Harribey, &#171; &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/racines-libertarisme.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les racines intellectuelles du libertarisme et de la d&#233;mocratie dite illib&#233;rale&lt;/a&gt; &#187;, Note pour les &#201;conomistes atterr&#233;s, octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Karl Polanyi, &lt;i&gt;La grande transformation, Aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps&lt;/i&gt;, 1944, Paris, Gallimard, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Arnaud Miranda,&lt;i&gt; Les Lumi&#232;res sombres, Comprendre la pens&#233;e n&#233;or&#233;actionnaire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2026. Voir aussi Ugo Palheta, &lt;i&gt;Comment le fascisme gagne la France&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Voir le dossier &#171; &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-40-ete-2024&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;O&#249; en est l'altermondialisme dans un contexte de crise globale du capitalisme et de mont&#233;e de l'extr&#234;me droite ?&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; Les Possibles&lt;/i&gt;, n&#176; 40, &#201;t&#233; 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le marxisme &#233;cologique est-il vraiment marxien ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-marxisme-ecologique-est-il-vraiment-marxien</link>
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		<dc:date>2025-10-28T11:07:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-10-28</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le livre D&#233;couvrir le marxisme &#233;cologique, &#201;ditions sociales, 2025, dirig&#233; et pr&#233;sent&#233; par Alexis Cukier et Paul Guillibert est une initiative int&#233;ressante car elle permet &#224; un large public fran&#231;ais d'entrer dans une probl&#233;matique relativement r&#233;cente. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre D&#233;couvrir le marxisme &#233;cologique, &#201;ditions sociales, 2025, dirig&#233; et pr&#233;sent&#233; par Alexis Cukier et Paul Guillibert est une initiative int&#233;ressante car elle permet &#224; un large public fran&#231;ais d'entrer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le livre D&#233;couvrir le marxisme &#233;cologique, &#201;ditions sociales, 2025, dirig&#233; et pr&#233;sent&#233; par Alexis Cukier et Paul Guillibert est une initiative int&#233;ressante car elle permet &#224; un large public fran&#231;ais d'entrer dans une probl&#233;matique relativement r&#233;cente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jmharribey/blog/231025/le-marxisme-ecologique-est-il-vraiment-marxien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre D&#233;couvrir le marxisme &#233;cologique, &#201;ditions sociales, 2025, dirig&#233; et pr&#233;sent&#233; par Alexis Cukier et Paul Guillibert est une initiative int&#233;ressante car elle permet &#224; un large public fran&#231;ais d'entrer dans une probl&#233;matique relativement r&#233;cente. Elle est de plus originale car elle m&#233;lange des &#233;crits de quelques penseurs faisant partie de ce courant &#233;comarxiste[1] et des commentaires et explications sur les th&#232;mes que ceux-ci abordent. Une dizaine d'entre eux sont ainsi pr&#233;sent&#233;s successivement : Ted Benton, James O'Connor, Maria Mies, Ariel Salley, John Bellamy Foster, Kohei Saito, Micha&#235;l L&#246;wy, Andreas Malm, Jason W. Moore et Alyssa Battistoni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique est de mettre en &#233;vidence les intuitions de Marx concernant les d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques engendr&#233;s par l'accumulation capitaliste, sans pour cela minimiser les possibles contradictions dues au &#171; d&#233;veloppement des forces productives &#187; qui a longtemps &#233;t&#233; la pierre d'angle du marxisme, sinon de Marx lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les auteurs pr&#233;sent&#233;s dans ce livre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retiendra donc la relation entre le proc&#232;s de travail et les limitations naturelles d'un Ted Benton. &#201;galement la mise en &#233;vidence de la &#171; seconde contradiction &#187; du capitalisme par James O'Connor (la premi&#232;re &#233;tant celle privil&#233;gi&#233;e par Marx entre les rapports de production et les forces productives de valeur) : celle entre rapports de production et conditions naturelles de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivent deux textes qui entreprennent d'int&#233;grer ensemble th&#233;orie de l'exploitation et luttes f&#233;ministes. Pour ce courant de pens&#233;e que repr&#233;sente ici Maria Mi&#232;s, &#171; la domination patriarcale ne peut pas se penser dans les termes g&#233;n&#233;raux de l'oppression mais plut&#244;t en termes d'exploitation, c'est-&#224;-dire d'appropriation violente d'un surplus produit par la force de travail des femmes &#187; (p. 57). D'une part, &#224; notre avis, cela rompt avec une id&#233;e qui court parmi certains marxistes reconvertis &#224; un certain id&#233;alisme selon lesquels le concept d'exploitation doit &#234;tre abandonn&#233;[2]. D'autre part, pour Maria Mi&#232;s, &#171; ce sont les capacit&#233;s des femmes en tant que &#034;productrices de vie&#034; qui sont accapar&#233;es par le patriarcat &#187; et &#171; l'exploitation des femmes est incompr&#233;hensible sans une &#233;tude minutieuse de la division internationale du travail &#187; (p. 57). De son c&#244;t&#233;, Ariel Salleh consid&#232;re que &#171; l'&#233;cof&#233;minisme constitue un socialisme au sens le plus profond du terme &#187; (p. 68 et 73). Elle r&#233;fute l'accusation d'essentialisme contre cette approche, car cette critique reproduit le dualisme consistant &#224; assimiler les femmes &#224; la nature tandis qu'elles sont inf&#233;rioris&#233;es par apport aux hommes. Ainsi il s'agit d'&#171; inscrire une dimension de genre dans la pens&#233;e &#233;cosocialiste &#187; (p. 76).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec John Bellamy Foster, on rencontre l'un des auteurs qui a &#233;t&#233; le plus loin dans l'id&#233;e que Marx &#233;tait, bien que le terme n'existait pas de son temps, un quasi-&#233;cologiste avant l'heure. Au nom du concept marxien de rupture de la relation m&#233;tabolique que l'homme entretient avec la nature. Cukier et Guillibert notent que Foster se r&#233;f&#232;re &#224; Paul Burkett, autre pionnier de la vision &#233;cologique de Marx, mais il est dommage que le travail de Burkett n'ait pas eu droit &#224; un chapitre comme Foster, alors qu'ils ont aussi travaill&#233; ensemble[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi la nouvelle g&#233;n&#233;ration s'int&#233;ressant au Marx potentiellement &#233;cologiste, Kohei Saito[4] soutient que celui-ci a op&#233;r&#233; &#224; la fin de sa vie[5] un tournant lui faisant abandonner sa confiance dans le d&#233;veloppement des forces productives pour s'orienter vers ce que Saito nomme le &#171; communisme de d&#233;croissance &#187; car &#171; le d&#233;veloppement soutenable des forces productives n'est pas possible dans le cadre du capitalisme &#187; (p.103). Ainsi, les communes rurales russes pr&#233;figureraient selon Marx r&#233;interpr&#233;t&#233; par Saito comme &#171; une cristallisation de sa vision non productiviste et non eurocentr&#233;e de la soci&#233;t&#233; future &#187; (p. 106). Mais comme l'&#233;crivent Cukier et Guillibert, &#171; du point de vue du commentaire philosophique, il nous semble que les th&#232;ses de Saito sont le plus souvent exag&#233;r&#233;es : c'est peu de choses de dire qu'il est difficile de faire de Marx un penseur de l'&#233;cosocialisme et, &#224; plus forte raison, un th&#233;oricien de la d&#233;croissance, lui qui est rest&#233; attach&#233; aux &#034;acqu&#234;ts positifs&#034; du march&#233; mondial capitaliste jusqu'aux lettres &#224; Vera Zassoulitch &#187; (p. 110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Micha&#235;l L&#246;wy est l'un des th&#233;oriciens de l'&#233;cosocialisme. Selon lui, l'accumulation illimit&#233;e est impossible &#171; sous peine d'une crise &#233;cologique majeure &#187; qui menacerait &#171; la survivance m&#234;me de l'esp&#232;ce humaine. La sauvegarde de l'environnement naturel est donc un imp&#233;ratif humaniste. &#187; (p. 116). Cukier et Guillibert insistent sur le fait que la d&#233;finition de l'&#233;cosocialisme par L&#246;wy ajoute &#224; l'aspect philosophique une composante strat&#233;gique &#224; l'encontre du &#171; capitalisme vert &#187;, cet &#171; &#233;coblanchiment qui permet la justification id&#233;ologique de la poursuite du business as usual en temps de catastrophe &#233;cologique &#187; (p. 123).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect strat&#233;gique pour aller vers l'&#233;cosocialisme est au c&#339;ur des th&#232;ses d&#233;fendues par Andreas Malm. Historiquement, le d&#233;veloppement capitaliste s'est appuy&#233; sur les fossiles alors que &#171; l'eau demeurait &#224; l'&#233;poque une &#233;nergie plus abondante, plus r&#233;guli&#232;re et moins ch&#232;re que le charbon &#187; (p. 137). La raison principale se trouve dans &#171; les rapports sociaux capitalistes &#187; (p. 137). Il s'ensuit qu'il ne faut pas compter sur l'int&#233;r&#234;t des acteurs &#233;conomiques mais sur la puissance publique pour orienter cette transition &#187; (p. 139). D'autant que cette transition est l'objet d'un conflit de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de Jason W. Moore au sein de l'&#233;comarxisme est double. Il a int&#233;gr&#233; la critique de la dualit&#233; &#171; Humain-Nature &#187; des anthropologues Philippe Descola ou Bruno Latour &#224; sa th&#233;orie de &#171; l'&#233;cologie-monde du capitalisme &#187;[6]. Et il a th&#233;oris&#233; l'adjonction de l'appropriation de la valeur cr&#233;&#233;e par la nature &#224; celle cr&#233;&#233;e par l'exploitation de la force de travail. Cette ajout renvoie aux &#171; capacit&#233;s de la nature &#224; produire la vie &#187; et &#224; la &#171; centralit&#233; du travail-&#233;nergie non r&#233;mun&#233;r&#233; &#187; (p. 144 et 146). Ainsi, Moore pense renouveler la th&#233;orie de la valeur de Marx en articulant exploitation du travail salari&#233; et appropriation gratuite des forces naturelles. Et cela par analogie avec le travail reproductif gratuit effectu&#233; par les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alyssa Battistoni est la derni&#232;re autrice &#233;comarxiste pr&#233;sent&#233;e dans ce livre. Elle th&#233;orise le travail de la nature en red&#233;finissant le concept de travailleur productif pour y &#171; inclure les humains et les non-humains &#187; (p. 158)[7]. Elle pousse donc plus loin la logique latourienne jusqu'&#224; &#171; une &#034;&#233;cologie politique des choses&#034; qui accorde une puissance d'agir aux non-humains &#187; (p. 162). Et Cukier et Guillibert en concluent que &#171; c'est bien parce que le p&#233;trole a une valeur marchande qu'on l'extrait et qu'on l'utilise &#187; (p. 164). Eh bien, non ! pas du tout, c'est exactement, en bonne logique marxienne (et m&#234;me classique de l'&#233;conomie politique), l'inverse : c'est parce qu'on l'extrait (par le travail vivant et mort) que le p&#233;trole a, dans le capitalisme, une valeur marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les auteurs &#233;comarxistes et la th&#233;orie de la valeur de Marx&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un point sur lequel on peut s'accorder, que l'on soit d'accord ou non avec la th&#233;orie critique du capitalisme de Marx, c'est que le c&#339;ur de celle-ci est constitu&#233;e par sa th&#233;orie de la valeur que l'on va r&#233;sumer en une phrase (la gageure !) ainsi : la valeur des marchandises est d&#233;termin&#233;e par le travail socialement valid&#233;, &#233;tant pos&#233; qu'il s'agit bien selon lui du travail humain, on le souligne bien que ce soit redondant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est heureux que Cukier et Guillibert aient plac&#233; &#224; la suite l'un de l'autre et &#224; la fin de leur livre les textes concernant Jason W. Moore et Alyssa Battistoni parce qu'ils permettent d'ouvrir une discussion sur la pertinence des approches dites &#233;comarxistes et sur les d&#233;saccords entre les auteurs de ce courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons le point auquel nous &#233;tions parvenus : selon ces auteurs, le p&#233;trole (et, par extension, les ressources naturelles) aurait une valeur &#233;conomique en soi, une valeur que certains appellent intrins&#232;que. &#171; S'opposant aux &#233;thiques environnementales et &#224; l'&#233;cologie &#233;conomique, Battistoni reconna&#238;t cependant aux &#233;thiques environnementale le m&#233;rite d'avoir montr&#233; que la nature a une valeur en soi et non seulement pour nous. Il faut donc penser ensemble la valeur intrins&#232;que et la valeur instrumentale &#187; (p. 164). J'ai soutenu en de nombreux endroits[8] que cette notion de valeur &#233;conomique intrins&#232;que est un oxymore. Le philosophe John Dewey l'avait aussi montr&#233; &#224; propos de l'&#233;ducation parce que la valeur supposait une intervention ext&#233;rieure &#224; l'objet (ici, ce serait la relation de l'homme &#224; la nature) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a une ambigu&#239;t&#233; dans l'usage des adjectifs &#034;inh&#233;rent&#034;, &#034;intrins&#232;que&#034; et &#034;imm&#233;diat&#034;, qui alimente une conclusion erron&#233;e. [&#8230;] L'erreur consiste &#224; penser que ce qu'on qualifie ainsi est ext&#233;rieur &#224; toute relation et peut &#234;tre, par cons&#233;quent, tenu pour absolu. [&#8230;] L'id&#233;e que ne pourrait &#234;tre qualifi&#233; d'inh&#233;rent que ce qui est d&#233;nu&#233; de toute relation avec tout le reste n'est pas seulement absurde : elle est contredite par la th&#233;orie m&#234;me qui relie la valeur des objets pris comme fins au d&#233;sir et &#224; l'int&#233;r&#234;t. Cette th&#233;orie con&#231;oit en effet express&#233;ment la valeur de l'objet-fin comme relationnelle, de sorte que, si ce qui est inh&#233;rent c'est ce qui est non relationnel, il n'existe, si l'on suit ce raisonnement, strictement aucune valeur intrins&#232;que. [&#8230;] &#192; strictement parler, l'expression &#034;valeur intrins&#232;que&#034; comporte une contradiction dans les termes. &#187;[9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que la cat&#233;gorie valeur n'appartient pas &#224; l'ordre naturel, elle est d'ordre socio-anthropologique. Mais l&#224; o&#249; Cukier et Guillibert ont raison, c'est de souligner que parler de valeur intrins&#232;que de la nature oblige &#224; red&#233;finir le travail. Mais c'est, &#224; notre sens, la deuxi&#232;me faille de cette th&#232;se. La th&#233;orie de la valeur de Marx associe le travail et la valeur &#233;conomique d&#232;s lors que l'&#233;change marchand valide le processus de production, tandis que la th&#233;orie n&#233;oclassique a rompu cette liaison en ne reconnaissant que le prix r&#233;sultant des pr&#233;f&#233;rences individuelles. L'&#233;conomie &#233;cologique, bien repr&#233;sent&#233;e au sein de la revue Ecological Economics, pr&#233;tend avoir une troisi&#232;me vision, rejetant les deux pr&#233;c&#233;dentes, pour adopter soit une conception de la valeur-&#233;nergie, soit sur une conception de la valeur naturelle appropri&#233;e, qui est aussi celle de Jason W. Moore. Cette derni&#232;re perspective s'appuie sur l'id&#233;e que les animaux travaillent (abeilles, animaux de trait&#8230;) ainsi que les &#233;l&#233;ments naturels (l'eau travaille, le p&#233;trole travaille&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se sur le travail des animaux est tr&#232;s fr&#233;quente tant au sein de l'&#233;conomie &#233;cologique que dans une partie du courant &#233;comarxiste. Cependant, prenons deux essaims d'abeilles : l'un dans un rucher travaill&#233; par un apiculteur, l'autre un essaim sauvage dans une for&#234;t. Supposons que les deux essaims soient voisins et que toutes les abeilles butinent les m&#234;mes fleurs, et que donc elles font &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me miel. Quelle est la valeur &#233;conomique du miel &#171; sauvage &#187; ? Nulle. Et pourtant il aurait la m&#234;me valeur d'usage potentielle, sans avoir pour autant une quelconque valeur &#233;conomique. La s&#233;paration entre valeur d'usage et valeur (la premi&#232;re &#233;tant une condition n&#233;cessaire de la seconde, sans que la r&#233;ciproque soit vraie) est le fil conducteur qui va d'Aristote &#224; Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est effectivement l'enseignement de Marx. Mais ce n'est parce qu'il l'a dit et r&#233;p&#233;t&#233; que cela constitue une preuve. Or quelle est l'alternative ? La cat&#233;gorie de travail et celle de valeur seraient-elles des cat&#233;gories naturelles ? &#201;pist&#233;mologiquement, il est pr&#233;f&#233;rable de penser que ces cat&#233;gories sont anthropologico-socio-historiques. La croyance en des lois &#233;conomiques naturelles ch&#232;re aux classiques et n&#233;oclassiques trouve son alter ego dans l'&#233;conomie &#233;cologique et se glisse chez des auteurs patent&#233;s marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point pourrait &#234;tre mentionn&#233; au sujet de l'analyse de la crise capitaliste et qui pourrait &#234;tre en revanche un point de ralliement entre &#233;comarxistes et &#233;cologistes. L'&#233;volution du taux de profit peut &#234;tre d&#233;compos&#233;e en une variable de r&#233;partition (variation de la productivit&#233; du travail sup&#233;rieure &#224; celle du salaire) plus une variable d'efficacit&#233; du capital (variation de la production sup&#233;rieure &#224; celle du capital physique) qui peut co&#239;ncider avec la variation du taux de retour &#233;nerg&#233;tique (EROI), sous r&#233;serve de l'hypoth&#232;se que les prix de l'&#233;nergie augmentent pour suivre la baisse de ce taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t de l'ouvrage d'Alexis Cukier et de Paul Guillibert, il souffre de deux &#233;cueils qui pourraient &#234;tre facilement surmont&#233;s. D'une part, il laisse croire qu'il y a une unit&#233; de pens&#233;e entre les auteurs dont le livre pr&#233;sente les travaux, en laissant dans l'ombre de nombreux travaux en partie critiques de ceux-l&#224;. Or ce courant, d&#233;nomm&#233; maintenant &#233;comarxiste ou &#233;cosocialiste, est travers&#233; de controverses importantes, notamment sur les deux points reli&#233;s entre eux, la valeur et le travail. D'autre part, on ne peut passer sous silence la dispute th&#233;orique importante entre Foster, Malm et Campagne oppos&#233;s &#224; Moore[10]. La r&#233;cusation de toute coupure entre la soci&#233;t&#233; et la nature, d&#233;fendue par Moore, est le pendant de l'&#233;largissement de ces cat&#233;gories de travail et de valeur aux non-humains et &#224; la nature, tandis que la sp&#233;cificit&#233; socio-anthropologique de ces cat&#233;gories renvoie plut&#244;t &#224; une capacit&#233; relativement autonome des humains dans un cadre environnemental donn&#233;[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, la question se pose de savoir dans quelle mesure le courant &#233;comarxiste, dans sa diversit&#233;, se situe dans la perspective de Marx. D'un c&#244;t&#233;, il y a ceux qui font de lui un visionnaire &#233;cologiste de premier plan. &#192; notre avis, ce serait plus sage de reconna&#238;tre ses intuitions ind&#233;niables, mais qui entrent en tension avec d'autres aspects de son &#339;uvre. De l'autre, il y a ceux qui, sous couvert d'&#233;clectisme int&#233;grant les pires travers de l'&#233;conomie n&#233;oclassique de l'environnement, transforment la th&#233;orie de la valeur en une suite de contresens. Il y a peut-&#234;tre place pour plus de nuances[12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour simplifier, on retient ici &#224; l'instar d'Alexis Cukier et de Paul Guillibert les termes de marxisme &#233;cologique, d'&#233;comarxisme et d'&#233;cosocialisme comme synonymes au premier regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Emmanuel Renault, Abolir l'exploitation, Exp&#233;riences, th&#233;ories, strat&#233;gies, Paris, La D&#233;couverte, 2023 ; recension critique : J.-M. Harribey, &#171; Du travail et de l'exploitation, &#192; propos du livre d'Emmanuel Renault &#187;, Blog Alternatives &#233;conomiques, mars, &lt;a href=&#034;https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey/2024/04/09/du-travail-et-de-l-exploitation-a-propos-du-livre-d-emmanuel-renault&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey/2024/04/09/du-travail-et-de-l-exploitation-a-propos-du-livre-d-emmanuel-renault&lt;/a&gt;, et Les Possibles, n&#176; 39, Printemps 2024, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/travail-exploitation.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/travail-exploitation.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Paul Burkett and John Bellamy Foster, Marx and the Earth, Boston, Brill, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Kohei Saito, Moins ! La d&#233;croissance est une philosophie, Paris, Seuil, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Sur les derniers travaux de Marx, voir aussi Marcello Musto, Les derni&#232;res ann&#233;es de Karl Marx, Une biographie intellectuelle 1881-1883, Paris, PUF, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Jason W. Moore, L'&#233;cologie-monde du capitalisme, Comprendre et combattre la crise environnementale, Paris, &#201;ditions Amsterdam, 2024, traduction de Nicolas Vieillescazes, pr&#233;face de Paul Guillibert. Voir ma recension dans J.-M. Harribey, &#171; Le capitaloc&#232;ne de Jason W. Moore : un concept (trop) global ? &#187;, Contretemps, 4 octobre 2024, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/ecologie-monde-moore.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/ecologie-monde-moore.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Sur le travail de la nature, voir aussi Paul Guillibert, Exploiter les vivants, Une &#233;cologie politique du travail , Paris, &#201;d. Amsterdam, 2023. Et ma recension &#171; Sur le livre Exploiter les vivants de Paul Guillibert &#187;, Blog Alternatives &#233;conomiques, 15 d&#233;cembre 2023, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/exploiter-les-vivants.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/soutenabilite/exploiter-les-vivants.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Notamment, Jean-Marie Harribey, La richesse, la valeur et l'inestimable, Paris, LLL ? 2013, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/ouvrages/livre-richesse-entier.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/ouvrages/livre-richesse-entier.pdf&lt;/a&gt; ; &#171; Sur fond de crise socio-&#233;cologique du capitalisme, la th&#233;orie de la valeur revisit&#233;e &#187;, RFSE, 2020, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/theorie-valeur-revisitee.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/theorie-valeur-revisitee.pdf&lt;/a&gt; ; En qu&#234;te de valeur(s), Vulaines-sur-Seine, 2024 ; &#171; La valeur est de retour &#187;, AOC, 14 mai 2025, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/valeur-de-retour.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/valeur-de-retour.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] John Dewey, La formation des valeurs, Paris, Les Emp&#234;cheurs de penser en rond, La D&#233;couverte, 2011, p. 108-110.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Voir le dossier publi&#233; par Actuel Marx, PUF, &#171; Marxismes &#233;cologiques &#187;, n&#176; 61, premier semestre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Je renvoie &#224; la communication que j'ai pr&#233;sent&#233;e en 2024 au s&#233;minaire d'Espaces Marx et en 2025 au colloque Historical Materialism : &#171; Pourquoi le concept de capitaloc&#232;ne est-il l'objet de controverses th&#233;oriques et &#233;pist&#233;mologiques au sein m&#234;me de la th&#233;orie marxiste ? &#187; Conf&#233;rence Historical Materialism, Paris, 26 au 28 juin 2025, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/conference-hm.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/conference-hm.pdf&lt;/a&gt;. Voir aussi mon article &#171; Le capitaloc&#232;ne de Jason W. Moore : un concept (trop) global ?, Contretemps, 4 octobre 2024, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/ecologie-monde-moore.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/ecologie-monde-moore.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Voir Timoth&#233;e Haug, &#171; La rupture &#233;cologique dans l'&#339;uvre de Marx : analyse d'une m&#233;tamorphose inachev&#233;e de la production &#187;, Th&#232;se de doctorat de philosophie, Universit&#233; de Strasbourg, 2022, &lt;a href=&#034;https://theses.hal.science/tel-03774950v1/file/Haug_Timothee_2022_ED520.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theses.hal.science/tel-03774950v1/file/Haug_Timothee_2022_ED520.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>La capitalisation capte la rente mondiale pendant que les travailleurs&#8230; travaillent</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-capitalisation-capte-la-rente-mondiale-pendant-que-les-travailleurs</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-03-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'approche de l'ouverture des n&#233;gociations voulues par le premier ministre entre les syndicats et le patronat au sujet du financement des retraites , on voit d&#233;j&#224; quelles seront les pierres d'achoppement. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'approche de l'ouverture des n&#233;gociations voulues par le premier ministre entre les syndicats et le patronat au sujet du financement des retraites[1], on voit d&#233;j&#224; quelles seront les pierres d'achoppement. Le patronat a fait savoir qu'il s'opposerait &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-03-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-03-04&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'approche de l'ouverture des n&#233;gociations voulues par le premier ministre entre les syndicats et le patronat au sujet du financement des retraites , on voit d&#233;j&#224; quelles seront les pierres d'achoppement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jmharribey/blog/010325/la-capitalisation-capte-la-rente-mondiale-pendant-que-les-travailleurs-travaillent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'approche de l'ouverture des n&#233;gociations voulues par le premier ministre entre les syndicats et le patronat au sujet du financement des retraites[1], on voit d&#233;j&#224; quelles seront les pierres d'achoppement. Le patronat a fait savoir qu'il s'opposerait &#224; l'augmentation du taux de cotisations vieillesse et qu'il fallait introduire &#171; une dose &#187; ou un &#171; pilier &#187; de capitalisation pour compl&#233;ter le syst&#232;me de retraites par r&#233;partition[2]. Cette proposition fut th&#233;oris&#233;e par la Banque mondiale dans les ann&#233;es 1990 &#224; l'aube de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, reprise en ch&#339;ur par tous les chantres du capitalisme financier, et &#226;nonn&#233;e quotidiennement dans beaucoup de m&#233;dias. Elle n'a d'autre sens que celui de favoriser une captation d'une part de la rente financi&#232;re &#224; l'&#233;chelle mondiale. Et elle montre la vacuit&#233; de la pens&#233;e &#233;conomique lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La retraite par capitalisation reste soumise aux m&#234;mes contraintes d&#233;mographiques que celle par r&#233;partition. Parce que ce sont toujours les actifs qui font vivre les inactifs. Au moment de la liquidation des contrats, la compagnie d'assurances ou le fonds de pension doivent trouver de nouveaux contractants pour pouvoir verser les pensions. En un mot, seul le travail ajoute de la valeur &#224; partager, le capital est en soi st&#233;rile. Merci Marx d'avoir d&#233;gonfl&#233; la baudruche du capital fictif. Et merci Keynes d'avoir d&#233;montr&#233; que tout capital doit &#234;tre &#171; port&#233; &#187; et que sa liquidit&#233; pour tout le monde en m&#234;me temps est impossible. L'&#233;pargne retraite et l'assurance-vie ne changent en rien cette r&#232;gle : on ne finance jamais sa propre retraite car il n'y a pas de cong&#233;lateur de revenus pour le futur[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitalisation est condamn&#233;e &#224; subir les soubresauts de la finance ; des centaines de milliers d'Am&#233;ricains ont connu cela apr&#232;s la crise des subprimes de 2007. Il n'y a plus aujourd'hui aux &#201;tats-Unis de syst&#232;me par capitalisation &#224; prestations d&#233;finies mais seulement des syst&#232;mes &#224; cotisations d&#233;finies. Ainsi, toute visibilit&#233; sur les pensions &#224; venir est obscurcie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduire la capitalisation pour &#171; sauver &#187; la r&#233;partition obligerait la g&#233;n&#233;ration des salari&#233;s actuels &#224; payer deux fois pendant le temps de la transition entre les deux syst&#232;mes : pour assurer la retraite des anciens et pour abonder le fonds de capitalisation. Absurde et incoh&#233;rent avec la volont&#233; du patronat de diminuer les pr&#233;l&#232;vements obligatoires car les primes vers&#233;es aux fonds de pension ou aux compagnies d'assurances s'ajouteraient aux cotisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport que vient de remettre la Cour des comptes &#224; la demande du premier ministre ne dit pas grand-chose de la capitalisation, sauf ceci qui est loin d'&#234;tre anodin : &#171; M&#234;me s'ils sont limit&#233;s, ces dispositifs [de capitalisation ou de plans d'&#233;pargne retraite] sont co&#251;teux pour les finances publiques. En effet, les cotisations &#224; ces r&#233;gimes b&#233;n&#233;ficient de r&#233;ductions de cotisations sociales et de d&#233;duction de revenu imposable, pour un co&#251;t estim&#233; &#224; 1,8 Md&#8364; par an. &#187;[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitalisation, en fin de compte, est une machine &#224; accro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s puisque, pour capitaliser, il faut d&#233;tenir du capital, et pour en d&#233;tenir, il faut disposer de revenus &#233;lev&#233;s. Pire, &#224; l'&#232;re o&#249; le capital s'est mondialis&#233; et o&#249; les placements financiers se font l&#224; o&#249; la main-d'&#339;uvre est devenue tr&#232;s productive mais reste peu ch&#232;re, la retraite par capitalisation vise &#224; accaparer une part plus grande de la valeur ajout&#233;e mondiale au profit de rentiers, petits et grands. Le vieux r&#234;ve du capital est de transformer les travailleurs en minuscules capitalistes. L'imp&#233;rialisme a toujours consist&#233; &#224; s'approprier des produits primaires ou des mati&#232;res premi&#232;res &#224; vil prix et aussi des revenus tir&#233;s de l'exploitation de la force de travail du monde entier. La g&#233;n&#233;ralisation de la retraite par capitalisation donnerait &#224; cette derni&#232;re une nouvelle dimension. Avec une &#171; dose &#187;, la capitalisation serait de l'imp&#233;rialisme, certes en sourdine, mais tellement pernicieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, posons une question un peu iconoclaste : si le capital est aussi f&#233;cond de valeur ajout&#233;e que le pr&#233;tendent les pourfendeurs de la retraite par r&#233;partition, tout en jurant vouloir la sauver, pourquoi ne proposent-ils pas de faire tourner les machines, les robots et m&#234;me l'argent plus vite, plut&#244;t que d'allonger sans cesse la dur&#233;e du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; sur le site des &#201;conomistes atterr&#233;s ; et en partie par Politis, n&#176; 1851, 26 f&#233;vrier 2025, sous le titre &#171; La capitalisation ou l'imp&#233;rialisme en sourdine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir notamment l'entretien de Patrick Martin, &#171; Je suis pessimiste sur l'issue des discussions &#187;, Le Monde, 28 f&#233;vrier 2025 ; Propos recueillis par Bertrand Bissuel et Aline Leclerc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Jean-Marie Harribey, &#171; R&#233;partition ou capitalisation : on ne finance jamais sa propre retraite, Le Monde, 3 novembre 1998, ; et &#171; Retraites : l'&#233;ternel retour des erreurs pass&#233;es, Note pour les &#201;conomistes atterr&#233;s, f&#233;vier 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cour des comptes, &#171; Situation financi&#232;re et perspectives du syst&#232;me de retraites &#187;, f&#233;vrier 2025, p. 29, urlr.me/bwc2Mm.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la critique de la pens&#233;e d&#233;coloniale</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Sur-la-critique-de-la-pensee-decoloniale</link>
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		<dc:date>2025-01-21T12:47:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-01-21</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du XXIe si&#232;cle, les th&#232;ses d&#233;coloniales, n&#233;es en Am&#233;rique latine, ont gagn&#233; les centres de recherche et universitaires des &#201;tats-Unis, puis les europ&#233;ens et notamment fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt; 7 janvier 2024 | tir&#233; du site Entre les lignes entre les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Seriez-vous content de trouver un peuple de temp&#233;rament aussi barbare, qu'explosant en atroce violence il ne vous donnerait pas d'abri, vous mettrait le couteau sous la gorge, vous m&#233;priserait comme des chiens et comme si Dieu ne vous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L125xH150/critique_de_la_raison_decoloniale-ef7a8.png?1737463674' class='spip_logo spip_logo_right' width='125' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du XXIe si&#232;cle, les th&#232;ses d&#233;coloniales, n&#233;es en Am&#233;rique latine, ont gagn&#233; les centres de recherche et universitaires des &#201;tats-Unis, puis les europ&#233;ens et notamment fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;7 janvier 2024 | tir&#233; du site &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/01/07/sur-la-critique-de-la-pensee-decoloniale/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes entre les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Seriez-vous content de trouver un peuple de temp&#233;rament aussi barbare, qu'explosant en atroce violence il ne vous donnerait pas d'abri, vous mettrait le couteau sous la gorge, vous m&#233;priserait comme des chiens et comme si Dieu ne vous avait pas aussi cr&#233;&#233;s, comme si vous n'aviez pas le droit de demander de l'aide, que penseriez-vous d'&#234;tre ainsi trait&#233;s ? Ceci est le cas de l'&#233;tranger et cela votre gigantesque inhumanit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; William Shakespeare et co-auteurs, Sir Thomas Moore, 1595&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but du XXIe si&#232;cle, les th&#232;ses d&#233;coloniales, n&#233;es en Am&#233;rique latine, ont gagn&#233; les centres de recherche et universitaires des &#201;tats-Unis, puis les europ&#233;ens et notamment fran&#231;ais. Moins connus cependant en France, les auteurs sud-am&#233;ricains, hispanophones ou lusophones, fondateurs du courant d&#233;colonial sont peu &#224; peu d&#233;couverts et m&#234;me pour certains traduits, notamment : Anibal Quijano, Enrique Dussel, Walter Mignolo, fondateurs du groupe Modernit&#233;/Colonialit&#233; &#187;, et Ramon Grosfoguel [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique principale de ce courant est de d&#233;faire l'h&#233;g&#233;monie politique et culturelle que le monde occidental a construite au d&#233;triment des peuples colonis&#233;s depuis 1492, consid&#233;r&#233;e comme la date-cl&#233; du d&#233;marrage du capitalisme, indissolublement li&#233; au colonialisme et au racisme, et donc &#224; la n&#233;gation et l'&#233;radication des cultures autres. Le d&#233;colonialisme se distingue des pens&#233;es anticolonialistes et antiimp&#233;rialistes li&#233;es aux mouvements de lib&#233;ration au XXe si&#232;cle, et aussi de celles dites postcoloniales en r&#233;action aux nouvelles formes de domination apr&#232;s les luttes d'ind&#233;pendance en Inde, en Afrique, au Moyen-Orient et en Australie [2], parce qu'il va faire de la critique de la Modernit&#233; d'origine europ&#233;enne le pivot de sa d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un temps confin&#233;e aux cercles universitaires et aux d&#233;bats traversant les sciences sociales, la probl&#233;matique d&#233;coloniale trouve maintenant un &#233;cho m&#233;diatique parce qu'elle peut se d&#233;cliner en plusieurs th&#233;matiques. L'une d'elles est particuli&#232;rement trait&#233;e, l'&#233;cologie d&#233;coloniale, &#224; laquelle le chercheur Malcom Ferdinand [3] a travaill&#233; en France. Et la revue Socialter vient de publier un num&#233;ro centr&#233; sur l'&#233;cologie d&#233;coloniale [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure de sa diffusion en France, des critiques de la th&#233;orie d&#233;coloniale furent &#233;mises, notamment de la part d'historiens comme Pierre Vidal-Naquet, Pierre-Andr&#233; Taguieff, Benjamin Stora, ou de philosophes comme Jean-Loup Amselle [5]. Mais une critique radicale vient d'&#234;tre publi&#233;e en fran&#231;ais, provenant du continent latino-am&#233;ricain, celui-l&#224; m&#234;me o&#249; est n&#233; ce courant. Sous la signature d'un Collectif, il est titr&#233; Critique de la raison d&#233;coloniale, Une contre r&#233;volution intellectuelle (Paris, &#201;d. L'&#201;chapp&#233;e, 2024). L'Avant-propos est sign&#233; Mika&#235;l Faujour, et le livre rassemble les auteurs dans l'ordre suivant : Pierre Gaussens et Gaya Makaran, Daniel Inclan, Rodrigo Castro Orellana, Bryan Jacob Bonilla Avendano, Martin Cort&#232;s, et Andrea Barriga. Plut&#244;t que de pr&#233;senter chaque auteur et son chapitre [6] dans l'ordre du livre, je regroupe les principales critiques apport&#233;es &#224; la pens&#233;e d&#233;coloniale autour de trois th&#232;mes : la modernit&#233; ; l'essentialisation des colonis&#233;s et des colonisateurs ; et la m&#233;connaissance de la logique du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Remplacer la modernit&#233; par la colonialit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son &#171; Avant-propos &#187;, Mika&#235;l Faujour dresse les grands traits de la pens&#233;e d&#233;coloniale : &#171; la modernit&#233; serait intrins&#232;quement coloniale &#187; (p. 6-7). D&#233;but&#233;e &#171; avec la conqu&#234;te de l'Am&#233;rique, [&#8230;] elle n'aurait pas pris fin avec les d&#233;colonisations de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle &#187; (p. 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de la poursuite de la domination est &#171; la relation au savoir et &#224; la connaissance fond&#233;e sur les principes d'une rationalit&#233; europ&#233;enne qui condamnerait et d&#233;truirait les autres formes de connaissances et de savoirs &#187; (p. 7). Le capitalisme est alors consid&#233;r&#233; d&#232;s sa naissance comme ins&#233;parablement colonisateur, dominateur et raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonisation ayant &#233;t&#233; historiquement le fait de l'Europe, celle-ci est identifi&#233;e par tous les th&#233;oriciens &#224; la modernit&#233; et comme un tout monolithique. L'&#233;conomiste et sociologue Daniel Inclan parle &#224; ce propos d'&#171; inintelligibilit&#233; du pass&#233; &#187; (p. 71) parce que, dit-il,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; dans les formulations du tournant d&#233;colonial, il n'y a pas de place pour penser la dialectique de l'Europe dans les processus colonisateurs, l'Europe y &#233;tant au contraire pr&#233;sent&#233;e comme une substance mal&#233;fique qui se r&#233;pand &#224; travers le monde &#187; (p. 61-62).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Rodrigo Castro Orellana ajoute deux critiques port&#233;es au penseur d&#233;colonial Walter Mignolo [7]. D'une part, aucune culture n'est homog&#232;ne, il vaut mieux&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; parler de m&#233;tissage ou d'hybridit&#233; d'un point de vue anthropologique, car un processus de subjectivation mature ne peut &#234;tre fond&#233; sur une identit&#233; autor&#233;f&#233;rentielle qui exclut le regard de l'Autre &#187; (p. 84).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il n'y a pas de &#171; privil&#232;ge &#233;pist&#233;mique &#187; des peuples colonis&#233;s pour acc&#233;der &#224; la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; de leur condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un chapitre consacr&#233; &#224; Ramon Grosfoguel, l'un des plus importants th&#233;oriciens du d&#233;colonialisme, le philosophe Bryan Jacob Bonilla Avendano entreprend de confronter cet auteur aux occidentaux Descartes, Hegel et Marx. Grosfoguel r&#233;cuse le cogito cart&#233;sien dominateur bien que la recherche de la v&#233;rit&#233; n'appartienne pas &#224; l'Occident. Et Avendano soutient qu'on ne peut trouver chez Hegel l'id&#233;e que seul &#171; l'homme blanc h&#233;t&#233;rosexuel pourrait participer de la production de la conscience et de la raison &#187; (p. 115). Inversement, tout aussi fausse est l'id&#233;e d&#233;fendue par Grosfoguel &#171; qu'il est impossible qu'un auteur &#233;crivant depuis le &#171; Nord &#187; (m&#234;me au sens symbolique du terme) soit lu et assimil&#233; dans les pays du &#171; Sud &#187;, car la th&#233;orie du Nord est toujours d&#233;j&#224; eurocentrique et raciste &#187; (p. 118).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Avendano, la vision de la symbolique occidentale qu'ont les penseurs d&#233;coloniaux est biais&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout se passe comme si la capacit&#233; de signifier et de symboliser une plante, un tambour ou un cano&#235; &#233;tait r&#233;serv&#233;e &#224; certaines cultures, tandis que d'autres ne laissent qu'une possibilit&#233; aux objets : devenir des marchandises. [&#8230;] Que la vie soit marchandis&#233;e au c&#339;ur de la modernit&#233; capitaliste est une r&#233;alit&#233;, et il existe bien un ethos capitaliste qui cherche &#224; d&#233;politiser les formes symboliques pour les remplacer par ce que Marx appelait la forme-valeur. Cependant, croire que les significations sont pr&#233;d&#233;termin&#233;es dans telle ou telle culture nous para&#238;t dangereux, car cela finit par essentialiser non seulement les cultures non occidentales, mais quiconque ne s'inscrit pas dans une certaine logique &#233;pist&#233;mique. [&#8230;] Que les objets se voient constamment donner par les individus de nouvelles significations correspondant &#224; leur vie sociale, ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne qui viserait uniquement les seules cultures non occidentales : c'est le fait de toutes les cultures. &#187; (p. 130-131).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Martin Cort&#233;s, dans un chapitre intitul&#233; &#171; Contre l'ontologie de l'origine et de la puret&#233;, Sur Marx, les marxismes et la critique d&#233;coloniale &#187;, compl&#232;te cet examen en promouvant une &#171; d&#233;racialisation de l'humanit&#233; &#187; (p. 138).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Notre hypoth&#232;se sera la suivante : la tendance &#224; &#233;loigner Marx du c&#339;ur des d&#233;marches critiques, tendance qui se d&#233;veloppe avec un relatif succ&#232;s depuis les ann&#233;es 1980, para&#238;t co&#239;ncider avec le moment o&#249; nous avons justement le plus besoin de son h&#233;ritage. C'est pourquoi ce travail, bien qu'il soit en dernier ressort un essai de plus sur les fa&#231;ons de lire Marx en Am&#233;rique latine, s'int&#233;resse avant tout au potentiel universel des effets de cette lecture. &#187;&lt;/i&gt; (p. 140).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairement, comment &#171; l'ambition universaliste du marxisme en tant qu'id&#233;ologie europ&#233;enne &#187; peut-elle saisir &#171; les particularit&#233;s de la r&#233;alit&#233; latino-am&#233;ricaine &#187; (p. 150) ? C'est possible car, au sein m&#234;me de l'Europe, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; philosophique existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Parmi les &#233;volutions du &#171; dernier Marx &#187;, son attention se porte vers la p&#233;riph&#233;rie. C'est en d&#233;couvrant les luttes politiques qui se d&#233;roulent aux fronti&#232;res du capitalisme d&#233;velopp&#233; &#8211; principalement en Irlande et en Russie &#8211; que Marx lui-m&#234;me met en garde sur la n&#233;cessit&#233; de ne pas lire sa th&#233;orie comme une philosophie de l'histoire qui serait valable en tout temps et en tout lieu. &#187; &lt;/i&gt; (p. 153).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur cite l'&#233;crivain Jorge Luis Borges qui &#233;voque &#171; les vertus du retard &#187; (p. 158), car &#171; &#234;tre &#224; la p&#233;riph&#233;rie n'est pas du tout un inconv&#233;nient &#187;, tandis que l'hypoth&#232;se inverse impliquerait &#171; de placer l'Am&#233;rique latine dans une salle d'attente de l'Histoire &#187; et serait &#171; un drame pour la question de l'&#233;mancipation en tant que telle &#187; (p. 158).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier chapitre de cet ouvrage collectif, la professeure argentine de sciences sociales, politiques et &#233;conomiques Andrea Barriga consacr&#233; &#224; &#171; Anibal Quijano et la colonialit&#233; du pouvoir, Quand tout ce qui &#233;tait solide s'en va en fum&#233;e &#187; compl&#232;te les critiques de la conception la conception de la modernit&#233; de Quijano. Loin d'&#234;tre univoque ladite modernit&#233; europ&#233;enne est travers&#233;e de visions tr&#232;s diverses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut se souvenir qu'&#224; partir de Kant &#8211; dont Quijano ne dit rien &#8211;, va se d&#233;velopper tout un &#233;ventail de th&#233;ories de la connaissance tr&#232;s diversifi&#233;es. Pour ne parler que de certains des philosophes qui ont contribu&#233; au d&#233;bat, c'est des th&#232;ses kantiennes sur la mani&#232;re dont se constitue la connaissance qu'est n&#233;e dans un premier temps, chez Hegel, la vision la plus aboutie de l'id&#233;alisme, avant que des auteurs comme Nietzsche, Heidegger ou Foucault n'en fassent la critique. En parall&#232;le, &#224; partir des n&#233;o-kantiens et de l'&#201;cole de Vienne, seront pos&#233;es les bases de ce qu'on appellera le positivisme, puis, dans les premi&#232;res d&#233;cennies du XXe si&#232;cle, le positivisme logique. De son c&#244;t&#233;, le marxisme se d&#233;fera de ces &#233;chafaudages th&#233;oriques, en menant une critique vigoureuse de l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien, et en proposant une analyse historique des rapports sociaux, o&#249; les valeurs pr&#233;dominantes &#224; chaque moment particulier de l'histoire ont pour base mat&#233;rielle les relations que nouent les &#234;tres humains les uns avec les autres. Nous voyons ainsi que le panorama est tr&#232;s complexe, et ne peut en rien se r&#233;duire &#224; une &#171; &#233;pist&#233;m&#232; moderne eurocentrique &#187;, tout simplement parce qu'il n'existe rien de tel. &#187; &lt;/i&gt; (p. 213-214).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'essentialisation des colonis&#233;s et des colonisateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le biais culturaliste des penseurs d&#233;coloniaux est d&#233;nonc&#233; par tous les auteurs de cet ouvrage. Dans l'avant-propos, Faujour &#233;met l'hypoth&#232;se que ce biais est peut-&#234;tre une r&#233;action &#224; l'&#233;conomisme du marxisme orthodoxe. Mais les d&#233;coloniaux ont alors, selon lui,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; abusivement tordu le b&#226;ton dans l'autre sens, en attribuant aux discours, aux imaginaires, aux repr&#233;sentations, aux &#171; &#233;pist&#233;m&#233;s &#187;, le r&#244;le de forces motrices de l'histoire. L'attention qu'ils portent aux identit&#233;s, aux sp&#233;cificit&#233;s cultuelles et aux &#171; cosmovisions &#187; les conduit &#224; essentialiser et &#224; id&#233;aliser les cultures indig&#232;nes et les peuples &#171; non blancs &#187;, dans ce qui revient &#224; ressembler &#224; une simple inversion de l'ethnocentrisme d'origine europ&#233;enne. Cette perspective est d'autant plus probl&#233;matique qu'elle s'accompagne d'une focalisation sur la &#171; race &#187; &#8211; cat&#233;gorie &#233;minemment ambigu&#235;, m&#234;me quand elle est manipul&#233;e par des universitaires r&#233;citant le fameux mantra &#171; la-race-n'est-pas-une-r&#233;alit&#233;-biologique-mais-une-construction-sociale &#187;. &#187; (p. 14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre intitul&#233; &#171; Peau blanche et masques noirs &#187; (qui inverse le titre du livre de Frantz Fanon Peau noire et masques blancs, Paris, Seuil, 1952), le sociologue Pierre Gaussens [8] et l'anthropologue Gaya Makaran entendent se livrer &#224; une &#171; autopsie d'une imposture intellectuelle &#187; (p. 16). En se r&#233;clamant de Frantz Fanon, les th&#233;oriciens d&#233;coloniaux ont commis une &#171; d&#233;formation de son legs &#187; (p. 17). Selon Gaussens et Makaran,&lt;i&gt; &#171; Fanon &#233;tablit le diagnostic suivant : les efforts du colonis&#233; pour &#171; r&#233;cup&#233;rer &#187; sa propre histoire, sa propre culture, sa sp&#233;cificit&#233;, son langage, etc., sont une &#233;tape n&#233;cessaire dans sa lutte personnelle et collective pour la dignit&#233; et contre l'inf&#233;riorisation qui lui ont &#233;t&#233; impos&#233;es par le colonisateur. Mais cette &#233;tape est insuffisante, et peut m&#234;me devenir dangereuse si elle n'est pas suivie d'un d&#233;passement de l'essentialisation ainsi que du sentiment de revanche et de sup&#233;riorit&#233; ancr&#233;s dans la particularit&#233; raciale/ethnique. &#187;&lt;/i&gt; (p. 19-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est ici en pr&#233;sence de la critique majeure faite &#224; la pens&#233;e d&#233;coloniale : l'essentialisation d&#233;bouche immanquablement vers la pr&#233;&#233;minence de l'identit&#233; culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Voil&#224; pourquoi le parti culturaliste d'une &#171; renaissance &#187; est condamn&#233; &#224; l'&#233;chec tant que la question sociale ne sera pas r&#233;solue pour le colonis&#233;. [&#8230;] Fanon nous avertit que le probl&#232;me du &#171; Noir &#187; n'est pas le &#171; Blanc &#187;, mais &#171; une soci&#233;t&#233; capitaliste, colonialiste, accidentellement blanche &#187;, qui l'exploite, le racialise pour l&#233;gitimer sa domination. &#187;&lt;/i&gt; (p. 21-22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les deux auteurs, l'Europe est vue par les d&#233;coloniaux &#233;galement &#224; travers le prisme de l'essentialisation qui &#171; repose toujours sur la transformation d'une partie de l'Europe en son tout &#187; (p. 33), alors que &#171; l'histoire des peuples europ&#233;ens a &#233;t&#233; marqu&#233;e et continue d'&#234;tre marqu&#233;e par le colonialisme interne &#187; (p. 34). Gaussens et Makaran pointent le fait que, au nom d'une critique du marxisme, par exemple chez Anibal Quijano, &lt;i&gt;&#171; les &#233;tudes d&#233;coloniales remplacent le capitalisme par la modernit&#233;, l'accumulation par le d&#233;veloppement, la plus-value par le classisme, la classe par la race, le capital par l'Europe, la bourgeoisie par l'Occident, la subalternit&#233; par l'alt&#233;rit&#233;, la conscience par l'identit&#233;, l'imp&#233;rialisme par l'eurocentrisme et l'internationalisme par l'interculturalit&#233;. [&#8230;] Les th&#233;ories d&#233;coloniales c&#232;dent ainsi &#224; nouveau &#224; une inversion st&#233;rile, sorte de &#171; post-modernisme anti-postmoderne &#187; qui ne fait que r&#233;v&#233;ler les positions sociales dominantes &#224; partir desquelles elles sont &#233;nonc&#233;es. &#187;&lt;/i&gt; (p. 39-41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des concepts qui fait d&#233;bat aujourd'hui dans l'anthropologie est celui de &#171; nature &#187; parce qu'il est au c&#339;ur de la question &#233;cologique. Par exemple, pour l'anthropologue Philippe Descola, &#171; la nature n'existe pas &#187; [9], sauf dans la culture occidentale. Et Avendano note que, pour Grosfoguel, &#171; la notion de nature est en soi eurocentrique, occidentalocentrique, anthropocentrique. &#187; (p. 128). Aussi, il lui r&#233;torque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais alors (question &#224; laquelle ne r&#233;pond pas l'auteur), si le mot &#171; nature &#187; n'existe pas dans d'autres cosmogonies, comment les subjectivit&#233;s sont-elles d&#233;finies dans ces &#171; autres cultures &#187; ? Si le c&#339;ur du probl&#232;me tient au fait que l'anthropocentrisme a cr&#233;&#233; un sujet qui s'oppose &#224; la nature pour faire de celle-ci un moyen conforme &#224; certaines fins, cela n'implique pas pour autant que toutes les subjectivit&#233;s occidentales aient une forme identique. Cela n'implique pas non plus que l'absence du mot &#171; nature &#187; dans ces autres cosmogonies (il faudrait savoir lesquelles) y soit synonyme d'une absence de diff&#233;renciation entre les humains et la nature. [&#8230;] Si l'on tient pour vrai qu'il n'y a pas de sujet et que tout est nature, alors nous faisons face &#224; une contradiction niant la condition humaine en tant que telle. &#187;&lt;/i&gt; (p. 128-129) [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encontre des th&#232;ses sur la colonialit&#233;, les auteurs de cet ouvrage critique pr&#233;f&#232;rent une modernit&#233; qui serait fond&#233;e sur une f&#233;condation des cultures entre elles, ce qui changerait le regard des unes sur les autres. &#192; cet &#233;gard, Cort&#232;s prend l'exemple de l'anthropophagie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'anthropophagie, c'est-&#224;-dire l'absorption de l'ennemi, &#233;tait ainsi &#233;rig&#233;e par Oswald de Andreade [11] en mani&#232;re de penser la culture latino-am&#233;ricaine. Cet acte de d&#233;voration &#233;tait cependant tr&#232;s diff&#233;rent du m&#233;pris : dans l'anthropophagie, n'est absorb&#233; de l'ennemi que ce qui est utile, le reste est &#233;limin&#233; &#187;&lt;/i&gt; (p. 163).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il cite ce po&#232;te br&#233;silien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous voulons la R&#233;volution cara&#239;be. Plus grande que la R&#233;volution fran&#231;aise. L'unification de toutes les r&#233;voltes efficaces dans le sens de l'homme. Sans nous, l'Europe n'aurait m&#234;me pas sa propre D&#233;claration des droits de l'homme. &#187;&lt;/i&gt; (p. 163).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La m&#233;connaissance de la logique du capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de ce livre critique, Mika&#235;l Faujour donne le ton en citant le propos en 1978 du th&#233;oricien r&#233;volutionnaire franco-nicaraguayen Rapha&#235;l Pallais, proche des id&#233;es situationnistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; De tous les pouvoirs coloniaux qui ont exist&#233; dans l'histoire, le plus grand de tous est le capital. Aucune conqu&#234;te romaine, aucun empire inca, rien dans le pass&#233; de l'humanit&#233; ne peut se comparer favorablement avec sa conqu&#234;te imp&#233;rialiste de la totalit&#233; de la plan&#232;te ni avec cette insatiable passion de p&#233;n&#233;tration qui le pousse, au-del&#224; de la Terre m&#234;me, vers les espaces de la stratosph&#232;re et les plan&#232;tes inconnues. &#187;&lt;/i&gt; (p. 15) [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a d&#233;j&#224; dit, l'une des pierres d'achoppement entre les d&#233;coloniaux et leurs critiques porte sur la naissance du capitalisme qui serait intrins&#232;quement corr&#233;l&#233;e avec le colonialisme et le racisme. Dans le dernier chapitre de cet ouvrage collectif, Andrea Barriga raconte que, d'abord s&#233;duite par le courant de pens&#233;e d&#233;colonial, elle en fut ensuite compl&#232;tement d&#233;senchant&#233;e d&#232;s qu'elle creusa le concept de colonialit&#233; forg&#233; par Quijano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La nouveaut&#233; semblait r&#233;sider dans le fait de prendre en compte la classification raciale dans le cadre de la formation des rapports de pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s actuelles, ainsi que le fait que la discrimination raciale ne s'&#233;tait pas achev&#233;e avec la fin du colonialisme &#233;conomique et politique, mais qu'elle perdurait sous la forme d'un colonialisme &#233;pist&#233;mique &#187;&lt;/i&gt; (p. 186).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barriga ne conteste pas le fait de la perp&#233;tuation du colonialisme mais elle d&#233;nonce &#171; la critique de l'ethnocentrisme europ&#233;en [qui] finit par friser l'ethnocentrisme latino-am&#233;ricain, qu'on pourrait aussi bien appeler am&#233;ricanocentrisme &#187; puisque &#171; tout est n&#233; avec l'Am&#233;rique &#187; (p. 188). Elle soutient que les id&#233;es et les institutions que les Europ&#233;ens ont introduites en Am&#233;rique &#233;taient d&#233;j&#224; enracin&#233;es en Europe. Et elle reproche &#224; Quijano de mettre dans une balance les souffrances des uns et des autres et &#171; &#224; d&#233;terminer quels sont les peuples colonis&#233;s qui ont &#233;t&#233; le plus d&#233;poss&#233;d&#233;s, lorsque la d&#233;possession fait r&#233;f&#233;rence &#224; la part immat&#233;rielle de la culture. [&#8230;] Or le domaine des valeurs et celui des sciences doivent &#234;tre s&#233;par&#233;s. &#187; (p. 189-190).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, Barriga conteste l'id&#233;e que 1492 serait la date de naissance du concept de race alors qu'il n'a vu le jour qu'au si&#232;cle des Lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le terme &#171; Indiens &#187; n'est pas une &#171; invention raciale &#187; ; confront&#233;s &#224; des populations qu'ils ne connaissaient pas, les Europ&#233;ens les ont nomm&#233;es ainsi en raison de leur situation g&#233;ographique, puisque les explorateurs croyaient &#234;tre arriv&#233;s en Inde. &#187;&lt;/i&gt; (p. 193).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons aussi que Montesquieu, dans L'Esprit des lois (XV, 5), d&#233;consid&#232;re par l'ironie la justification de l'esclavage des &#171; n&#232;gres &#187;, omnipr&#233;sente encore au XVIIIe si&#232;cle et il fait de m&#234;me pour l'intol&#233;rance religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barriga prend soin de pr&#233;ciser qu'elle &#171; ne nie en aucun cas que les Europ&#233;ens arriv&#233;s en Am&#233;rique aient commis des m&#233;faits en arguant de leur pr&#233;tendue &#171; sup&#233;riorit&#233; &#187; &#187; (p. 195), mais&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; s'il est ind&#233;niable que l'arriv&#233;e des Europ&#233;ens sur le continent, et tout ce qui est advenu par la suite, est un processus qui a chang&#233; le monde de bien des mani&#232;res, on doit garder &#224; l'esprit qu'aucune institution, qu'aucun rapport social n'a &#233;t&#233; &#171; invent&#233; &#187; &#224; cette occasion &#187;&lt;/i&gt; (p. 198).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit pour l'auteure que, d'un c&#244;t&#233; &#171; on [le d&#233;colonialisme] id&#233;alise le pass&#233; am&#233;ricain en imaginant des soci&#233;t&#233;s sans conflit &#187; (p. 201), de l'autre on sous-estime la sup&#233;riorit&#233; technologique des Europ&#233;ens pour sur&#233;valuer &#171; leur croyance en leur sup&#233;riorit&#233; &#187; (p. 201).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il y a une certaine coh&#233;rence dans la pens&#233;e d&#233;coloniale entre l'essentialisation des humains au-del&#224; donc de leurs conditions de vie, une modernit&#233; excluant par d&#233;finition les connaissances construites au dehors d'elle-m&#234;me, une domination sur les colonis&#233;s qui rel&#232;verait d'un ordre culturel mis &#224; distance, sinon d&#233;tach&#233;, de l'imp&#233;ratif capitaliste d'exploitation. Ce dernier point est crucial : si l'on peut facilement contester le fait que le capitalisme ait invent&#233; l'esclavage parce celui-ci a exist&#233; bien avant lui, la discussion na&#238;t pour d&#233;terminer l'importance du r&#244;le qu'il a jou&#233; dans l'explosion du d&#233;veloppement capitaliste europ&#233;en puis &#233;tats-unien. Par exemple, Alain Bihr [13] a soutenu la th&#232;se selon laquelle c'est par le biais de l'expansion commerciale et coloniale europ&#233;enne, conduite par des marchands soutenus par les &#201;tats, qu'a pu s'op&#233;rer, en Europe, la transition entre le f&#233;odalisme et le capitalisme. Et il confirme que les plantations de canne &#224; sucre, surtout dans les Antilles, puis celles de coton, pratiquant l'esclavage &#224; grande &#233;chelle ont eu une grande importance sur l'&#233;volution de la colonisation : l'agriculture latifundiaire fond&#233;e sur l'exploitation d'un travail servile valorise le capital agraire et marchand favoris&#233; par l'expansion commerciale et coloniale de l'Europe. Ainsi, la colonisation est reli&#233;e &#224; l'accumulation primitive accomplie dans la violence, th&#233;oris&#233;e par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cet ouvrage sans concessions sur la pens&#233;e d&#233;coloniale, on peut retenir que les th&#232;mes soulev&#233;s portent sur la colonialit&#233; comme envers de la modernit&#233; en tant que processus culturel et politique de domination promouvant un d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s lin&#233;aire et univoque. Par rapport aux &#233;tudes postcoloniales, les auteurs d&#233;coloniaux privil&#233;gient la critique de la domination &#233;pist&#233;mique plut&#244;t que celle d'ordre &#233;conomique. Ils &#233;rigent la race comme crit&#232;re principal de classification et tiennent celui-ci comme l'&#233;l&#233;ment fondateur du capitalisme. Aussi les discussions soulev&#233;es mettent en avant les risques d'essentialisation des cat&#233;gories de &#171; Noirs &#187; et de &#171; Blancs &#187;, euph&#233;misation des &#171; gentils &#187; et des &#171; m&#233;chants &#187;. Elles font &#233;tat aussi des entorses faites par les d&#233;coloniaux &#224; l'origine et &#224; l'histoire du capitalisme ainsi qu'&#224; sa logique d'accumulation. Elles s'&#233;cartent donc des conceptions ant&#233;rieures d'anticolonialisme et m&#234;me de postcolonialisme, pour lesquelles il &#233;tait pr&#233;cieux de conserver le concept d'humanisme &#224; vocation universelle mais dans un monde pluriel [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la plupart des critiques &#224; l'endroit des &#233;tudes d&#233;coloniales nous paraissent justifi&#233;es, il n'en reste pas moins que ces &#233;tudes arrivent &#224; un moment o&#249; la crise globale d'un syst&#232;me social &#224; l'&#233;chelle mondiale bouscule, sinon fait voler en &#233;clats, les cat&#233;gories intellectuelles traditionnelles. D&#233;colonialisme, gender studies, subaltern studies, d&#233;construction, intersectionnalit&#233; des rapports de domination&#8230; sont des cat&#233;gories souvent pr&#233;sent&#233;es de fa&#231;on caricaturale dans le d&#233;bat public, mais elles doivent &#234;tre prises au s&#233;rieux pour pouvoir en d&#233;passer les apories [15]. Sur le plan politique et strat&#233;gique, les processus d'&#233;mancipation de tous les peuples sont &#224; ce prix. Sur le plan th&#233;orique, la ligne de cr&#234;te &#224; parcourir entre une vision &#233;conomiciste traditionnelle et une vision culturaliste et identitaire constitue un v&#233;ritable enjeu pour situer le rapport de classes au sein d'un capitalisme global en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jmharribey/blog/281224/sur-la-critique-de-la-pensee-decoloniale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jmharribey/blog/281224/sur-la-critique-de-la-pensee-decoloniale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour une pr&#233;sentation des th&#232;ses d&#233;coloniales : Claude Bourguignon-Rougier, Philippe Colin et Ramon Grosfoguel (dir.), Penser l'envers obscur de la modernit&#233;, Une anthologie de la pens&#233;e d&#233;coloniale latino-am&#233;ricaine, Limoges, PUL, 2014 ; Philippe Colin et Lissel Quiroz, Une introduction aux th&#233;ories critiques d'Am&#233;rique latine, Paris, Zones/La D&#233;couverte, 2023 ; Capucine Boidin, &#171; &#201;tudes d&#233;coloniales et postcoloniales dans les d&#233;bats fran&#231;ais &#187;, Cahiers des Am&#233;riques latines, 62, 2009, p. 129-140, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/cal.1620&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/cal.1620&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] L'auteur phare du tiers-mondisme annon&#231;ant la critique du postcolonialisme dans les ann&#233;es 1960 est Frantz Fanon, Les damn&#233;s de la terre, Paris, F. Maspero, 1961. Le livre d'Edward Sa&#239;d en 1978 L'Orientalisme, L'Orient cr&#233;&#233; par l'Occident, Paris, Seuil, 1980, est consid&#233;r&#233; comme fondateur des &#233;tudes postcoloniales.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Malcom Ferdinand, Une &#233;cologie d&#233;coloniale, Penser l'&#233;cologie depuis le monde carib&#233;en, Paris, Seuil, 2019 ; S'aimer la Terre, D&#233;faire l'habiter colonial, Paris, Seuil, 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Socialter, &#171; La crise &#233;cologique, un h&#233;ritage colonial ? &#187;, n&#176; 66, octobre-novembre 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Jean-Loup Amselle, &#171; La pens&#233;e d&#233;coloniale en question &#187;, Esprit, d&#233;cembre 2024&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/jean-loup-amselle/la-pensee-decoloniale-en-question-45647&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/jean-loup-amselle/la-pensee-decoloniale-en-question-45647&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Les chapitres de se livre se pr&#233;sentent dans l'ordre suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Mika&#235;l Faujour : &#171; Avant-propos &#187; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Pierre Gaussens et Gaya Makaran : &#171; Peau blanche et masques noirs, Autopsie d'une imposture intellectuelle &#187; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Daniel Inclan : &#171; L'histoire d'un d&#233;bat, Le probl&#232;me de l'intelligibilit&#233; du pass&#233; &#187; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Ricardo Castro Orellana : &#171; Le c&#244;t&#233; obscur de la d&#233;colonialit&#233;, anatomie d'une inflation th&#233;orique &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Bryan Jacob Bonilla Avendano : &#171; Critique de la colonialot&#233;, L'eurocentrisme et l'&#233;pist&#233;mologie de Ramon Grosfoguel &#187; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Martin Cort&#233;s : &#171; Contre l'ontologie de l'origine et de la puret&#233;, Sur Marx, les marxismes et la critique d&#233;coloniale &#187; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Andrea Barriga : &#171; Anibal Quijano et la colonialit&#233; du pouvoir, Quand tout ce qui &#233;tait solide s'en va en fum&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Orellana pr&#233;cise que ces critiques avaient &#233;t&#233; formul&#233;es par l'historien Ricardo Salvatore.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] On peut lire aussi de P. Gaussens, &#171; Les &#233;tudes d&#233;coloniales r&#233;duisent l'Occident &#224; un ectoplasme destructeur &#187;, Entretien avec Youness Bousenna, Le Monde, 26 novembre 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Philippe Descola, &#171; La nature, &#231;a n'existe pas &#187;, Reporterre, Propos recueillis par Herv&#233; Kempf, 1er f&#233;vrier 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Philippe-Descola-La-nature-ca-n-existe-pas&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net/Philippe-Descola-La-nature-ca-n-existe-pas&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
voir aussi du m&#234;me auteur Par-del&#224; nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Pour des compl&#233;ments sur le rapport soci&#233;t&#233;/nature, voir Jean-Marie Harribey, En finir avec le capitalovirus, L'alternative est possible, Paris, Dunod, 2021, chapitre 4 ; et &#171; Pourquoi le concept de capitaloc&#232;ne est-il l'objet de controverses th&#233;oriques et &#233;pist&#233;mologiques ? &#187;, Journ&#233;es d'&#233;tudes d'Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde, 3 au 7 d&#233;cembre 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Oswald de Andreade &#233;tait un po&#232;te et dramaturge br&#233;silien (1890-1954), auteur du Manifeste anthropophage (1928).&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Rafa&#235;l Pallais, Incitation &#224; la r&#233;futation du Tiers Monde, Paris, Champ libre, p. 18-19. Cit&#233; par Faujour, p. 15.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Alain Bihr, Le premier &#226;ge du capitalisme (1415-1763), L'expansion europ&#233;enne, Paris, Pages 2, Syllepse, 2018. Recension dans Jean-Marie Harribey, &#171; &#192; la naissance du capitalisme, il y eut l'expansion commerciale et coloniale &#187;, Les Possibles, n&#176; 19, Hiver 2019,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-19-hiver-2019/debats/article/a&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-19-hiver-2019/debats/article/a&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;la-naissance-du-capitalisme-il-y-eut-l-expansion-commerciale-et-coloniale.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Voir notamment Dipesh Chakrabarty, Provincialiser l'Europe, La pens&#233;e postcoloniale et la diff&#233;rence historique, Paris, &#201;d. Amsterdam, 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] Voir le dossier &#171; Vers la fin de la s&#233;paration soci&#233;t&#233;/nature ? &#187;, Les Possibles, n&#176; 26, Hiver 2020-2021, &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-26-hiver-2020-2021&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-26-hiver-2020-2021&lt;/a&gt; ; ainsi que le dossier &#171; Au croissement des diff&#233;rents rapports d'exploitation et de domination &#187;, Les Possibles, n&#176; 32, &#201;t&#233; 2022,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-32-ete-2022&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-32-ete-2022&lt;/a&gt; ; Catherine Bloch-London, Christiane Marty, Christine Mead, Josette Trat, Marielle Topelet, &#171; Pour un f&#233;minisme intersectionnel et universaliste &#187;, 25 septembre 2021&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/250921/pour-un-feminisme-intersectionnel-et-universaliste&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/250921/pour-un-feminisme-intersectionnel-et-universaliste&lt;/a&gt; ; Catherine Bloch-London, Christiane Marty, Josette Trat, &#171; D&#233;passer le clivage entre f&#233;minisme intersectionnel et f&#233;minisme universaliste &#187;, Les Possibles, n&#176; 32, &#201;t&#233; 2022, file :///Users/admin%201/Desktop/lespossibles_3246_8328.pdf ; Jean-Marie Harribey, &#171; L'invisibiliation des classes populaires &#187;, Les Possibles, n&#176; 38, Hiver 2024, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/travail/invisibilisation-classes-populaires.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/travail/invisibilisation-classes-populaires.pdf&lt;/a&gt; ; &#171; Du travail et de l'exploitation, &#192; propos du livre d'Emmanuel Renault &#187;, Les Possibles, n&#176; 39, Printemps 2024, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/travail-exploitation.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/travail-exploitation.pdf&lt;/a&gt; ; &#171; Pourquoi le concept de capitaloc&#232;ne est-il l'objet de controverses th&#233;oriques et &#233;pist&#233;mologiques &#187;, Journ&#233;es d'&#233;tudes d'Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde, 3 au 7 d&#233;cembre 2024, &lt;a href=&#034;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/controverses-capitalocene.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://harribey.u-bordeaux.fr/travaux/valeur/controverses-capitalocene.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saisissez votre adresse e-mail&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Derri&#232;re la crise politique, une convulsion capitaliste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Derriere-la-crise-politique-une-convulsion-capitaliste</link>
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		<dc:date>2024-12-17T13:29:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-12-17</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les commentaires principaux &#233;mis pour caract&#233;riser la situation politique de la France depuis la dissolution de l'Assembl&#233;e nationale il y a bient&#244;t six mois, et tout particuli&#232;rement depuis trois mois et la nomination de Michel Barnier &#224; la t&#234;te du gouvernement facilitent-ils la compr&#233;hension des choses ou en obscurcissent-ils le sens ? Le nombre de raccourcis et de contre-v&#233;rit&#233;s est trop important pour qu'on les &#233;num&#232;re tous. Quelques-uns d'entre eux sont cependant exemplaires de leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-12-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-12-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/0pycrise-f98c8.png?1734442386' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les commentaires principaux &#233;mis pour caract&#233;riser la situation politique de la France depuis la dissolution de l'Assembl&#233;e nationale il y a bient&#244;t six mois, et tout particuli&#232;rement depuis trois mois et la nomination de Michel Barnier &#224; la t&#234;te du gouvernement facilitent-ils la compr&#233;hension des choses ou en obscurcissent-ils le sens ? Le nombre de raccourcis et de contre-v&#233;rit&#233;s est trop important pour qu'on les &#233;num&#232;re tous. Quelques-uns d'entre eux sont cependant exemplaires de leur caract&#232;re en trompe-l'&#339;il. Comment aller un peu au-del&#224; des apparences ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;9 d&#233;cembre 2024 | Billet de &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jmharribey/blog/091224/derriere-la-crise-politique-une-convulsion-capitaliste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de J-M Harrivey&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier exemple en trompe-l'&#339;il est le refus de confier, ne serait-ce qu'un temps court, le gouvernement au Nouveau Front populaire, vainqueur relatif des &#233;lections l&#233;gislatives, au motif que son programme serait d'extr&#234;me gauche. Qu'est-ce donc que l'extr&#234;me gauche ? Le programme du NFP est sans doute moins &#224; gauche que celui appliqu&#233; en 1981 lors de la premi&#232;re ann&#233;e du mandat de Fran&#231;ois Mitterrand. Pas un commentateur n'a fait remarquer que le NFP ne pr&#233;voit aucune nationalisation, pas m&#234;me de quelque secteur strat&#233;gique comme celui des m&#233;dicaments ayant fait tant d&#233;faut pendant la crise sanitaire. Au contraire, des larmes hypocrites sont quotidiennement vers&#233;es pour regretter la disparition de la social-d&#233;mocratie pr&#233;tendument repr&#233;sent&#233;e par un parti socialiste ayant conduit celle-ci au social-lib&#233;ralisme puis carr&#233;ment au n&#233;olib&#233;ralisme hollandais, ce qui est assez d&#233;sobligeant, voire insultant, &#224; l'&#233;gard de la social-d&#233;mocratie historique. Mal nommer un objet ajoute au malheur de ce monde, disait Camus. Le seul programme politique sur la table qui pourrait rappeler aujourd'hui ce que furent des politiques social-d&#233;mocrates, au temps o&#249; la protection sociale, les services publics et la r&#233;gulation macro&#233;conomique &#233;taient la r&#232;gle, est pr&#233;cis&#233;ment celui du NFP, qui, m&#234;me s'il est audacieux sur le plan de la r&#233;forme fiscale, ne dit pas grand-chose de la remise des cl&#233;s de l'&#233;conomie entre les mains des travailleurs, cl&#233; de vo&#251;te d'une transformation profonde des rapports sociaux de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une catastrophe &#233;conomique est annonc&#233;e si un programme diff&#233;rent de l'aust&#233;rit&#233; et de la r&#233;gression des services publics et de la protection sociale &#233;tait appliqu&#233;. Dans cette optique, la dette publique est un &#233;pouvantail ressorti chaque fois qu'un Michel Barnier, promu pourtant Grand N&#233;gociateur, refuse de discuter de tout imp&#244;t cons&#233;quent sur les classes riches, b&#233;n&#233;ficiaires des diminutions d'imp&#244;ts qui creusent les d&#233;ficits publics. Ou bien lorsqu'un Arnaud Rousseau, pr&#233;sident de la FNSEA et premier actionnaire du groupe industriel des huiles et prot&#233;ines v&#233;g&#233;tales Avril, lance les agriculteurs contre l'INRAE ou l'OFB pour fustiger l'accord de libre-&#233;change avec le Mercosur qui repr&#233;sente si bien l'aberration du mod&#232;le agricole d&#233;fendu bec et ongles par lui au m&#233;pris de la crise &#233;cologique et climatique. Et encore quand un Patrick Martin, pr&#233;sident du Medef, pr&#233;f&#232;re voir se r&#233;duire la protection sociale plut&#244;t que d'envisager une tr&#232;s l&#233;g&#232;re baisse des all&#232;gements de cotisations sociales atteignant entre 70 et 80 milliards d'euros par an, et s'attriste de la d&#233;sindustrialisation entra&#238;nant des milliers d'emplois menac&#233;s par des &#171; plans sociaux &#187; en cascade pendant que dividendes et rachats d'actions avoisinent les sommets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aveuglement, la surdit&#233; et le d&#233;ni de la r&#233;alit&#233; suffisent-ils pour expliquer la situation &#224; laquelle nous sommes confront&#233;s ? En d'autres termes, de quoi ladite crise politique est-elle le nom ou le signe ? La partie visible d'un iceberg ? L'arbre qui cache la for&#234;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise peut en cacher une autre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La productivit&#233; du travail ne progresse plus dans le monde, ou si peu qu'elle est insuffisante pour satisfaire les app&#233;tits de rentabilit&#233; du capital. D'o&#249; le renforcement toujours plus pouss&#233; de la financiarisation de l'&#233;conomie mondiale, c'est-&#224;-dire d'un r&#233;gime d'accumulation croyant pouvoir se dispenser de passer par la case productive r&#233;elle. L'acc&#233;l&#233;ration de la concentration et de la centralisation des capitaux montre que ce qui compte ce sont la captation des rentes, l'optimisation fiscale et la pure sp&#233;culation. Mais cette strat&#233;gie n'est pas extensible &#224; l'infini parce qu'elle se heurte des barri&#232;res de plus en plus hautes : la crise climatique, la rar&#233;faction des ressources, la d&#233;gradation de la biodiversit&#233;, et par dessus le march&#233; (si l'on peut dire) des r&#233;sistances sociales. Tout ce qui compte, disais-je, finit pas compter beaucoup en termes de co&#251;ts de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fl&#233;chissement de l'investissement productif, la multiplication des licenciements et des fermetures d'usines, la d&#233;sindustrialisation sont la cons&#233;quence de ce mouvement g&#233;n&#233;ral. Le capitalisme est install&#233; dans une tendance de croissance &#233;conomique faible dont l'extr&#234;me ralentissement de la progression de la productivit&#233; est &#224; la fois cause et cons&#233;quence par un effet cumulatif auto-entretenu. Ralentissement de la productivit&#233; plus hausse des co&#251;ts de production, &#231;a commence &#224; sentir le roussi pour la rentabilit&#233; r&#233;elle du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise d&#233;clench&#233;e en 2007 provient tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment du fait que ce r&#233;gime d'accumulation d&#233;velopp&#233; &#224; partir des ann&#233;es 1980 postulait la valorisation permanente et quasi infinie des actifs financiers qui avaient ainsi de moins en moins d'ancrage r&#233;el. Comme le disait Marx, l'anticipation des plus-values financi&#232;res se heurtait &#224; la limite de la production-extorsion de la plus-value produite par la force de travail. Plus le capital financier grossissait, plus son caract&#232;re fictif devenait alors visible. L'&#233;clatement de la crise financi&#232;re an&#233;antit le r&#234;ve d&#233;ment de l'auto-engendrement du capital que le cauchemar de la marchandisation du monde ne peut compenser ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la crise financi&#232;re de 2007 n'a eu aucun effet pour infl&#233;chir la trajectoire des politiques n&#233;olib&#233;rales. Le monde d'apr&#232;s-crise fi-nanci&#232;re est le fr&#232;re jumeau du monde d'avant. Mais ce n'est pas sans cons&#233;quences sur l'aggravation des contradictions auxquelles se heurtent les classes bourgeoises dans le monde, en Europe et bien s&#251;r en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une convulsion du capital et des classes qui le poss&#232;dent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux cas de figure sont embl&#233;matiques des contradictions dans lesquelles s'enferrent les classes bourgeoises tout en enfermant les classes populaires dans une cage d'acier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, Trump s'est fait r&#233;&#233;lire avec le soutien financier des puissances d'argent &#233;tats-uniennes, mais celles-ci n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; ce que la politique de fermeture des fronti&#232;res annonc&#233;e par lui soit appliqu&#233;e. Une bonne partie des profits r&#233;alis&#233;s par les firmes multinationales am&#233;ricaines est li&#233;e aux &#233;changes avec les pays dont les produits seraient frapp&#233;s de droits de douane &#233;lev&#233;s ou &#233;rigeant eux aussi de tels obstacles. Autrement dit, la mondialisation capitaliste, voulue et organis&#233;e par l'&#233;lite bourgeoise &#233;tats-unienne et qui a facilit&#233; l'&#233;mergence et l'&#233;panouissement d'un concurrent capitaliste majeur comme la Chine, se retourne contre sa classe g&#233;nitrice[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;agit Trump en bon repr&#233;sentant d'une fraction de cette derni&#232;re ? D'abord en trouvant un bon bouc &#233;missaire &#224; travers les immigr&#233;s. Ensuite, en poussant &#224; son paroxysme le projet libertarien de d&#233;r&#233;gulation totale de la soci&#233;t&#233;. La pr&#233;sence tonitruante d'un Elon Musk et ses gesticulations tout aussi grotesques que celles de Trump ne doivent pas dissimuler la strat&#233;gie sous-jacente : transformer les inqui&#233;tudes et les difficult&#233;s des classes populaires jusqu'au point o&#249; les repr&#233;sentations du monde forgent une &#171; culture &#187; aculturelle faite de fake news de plus en plus &#233;normes, laquelle doit avoir pour effet d'anesth&#233;sier toute compr&#233;hension du monde r&#233;el, tout en faisant miroiter une super-conqu&#234;te de l'espace comme eldorado interstellaire. Le climato-scepticisme n'est pas simplement le d&#233;ni de la mont&#233;e inexorable de la temp&#233;rature, des tornades, des tsunamis et des inondations, c'est aussi le d&#233;ni de toute science et le d&#233;cha&#238;nement de l'hubris, de la d&#233;mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, l'&#233;cart&#232;lement entre des int&#233;r&#234;ts largement contradictoires au sein de la bourgeoisie est &#233;galement flagrant. Devant le quasi-arr&#234;t de la croissance &#233;conomique, toutes les branches du patronat qui ont une activit&#233; productive sont demandeuses de subventions publiques, d'all&#232;gements d'imp&#244;ts et d'exon&#233;rations de cotisations sociales, qui s'&#233;l&#232;vent &#224; environ 190 milliards d'euros par an[2]. Mais les branches du capital dont l'activit&#233; est soit directement financi&#232;re (banques, assurances, fonds sp&#233;culatifs), soit engag&#233;e dans des activit&#233;s productives internationales (les deux &#233;tant aujourd'hui tr&#232;s imbriqu&#233;es) ne voient pas les choses du m&#234;me &#339;il. D'une part, elles auraient objectivement moins besoin du soutien public, et, d'autre part, elles exigent maintenant un respect de l'orthodoxie budg&#233;taire en r&#233;duisant les d&#233;penses publiques. Le &#171; quoi qu'il en co&#251;te &#187; de la Banque centrale europ&#233;enne et de l'&#201;tat est d&#233;sormais termin&#233;, place &#224; la discipline du march&#233;. Quand on voit &#224; quoi ont men&#233; l'orthodoxie budg&#233;taire la plus rigoureuse de l'Allemagne et la soi-disant excellence de son mod&#232;le, on peut craindre le pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise politique fran&#231;aise s'&#233;claire ainsi d'un nouveau jour. Elle traduit les contradictions d'une classe dominante confront&#233;e &#224; une convulsion de son propre syst&#232;me. Elle refuse tout compromis avec un projet authentiquement r&#233;formiste. Elle laisse filer la d&#233;gradation des services publics de sant&#233; et d'&#233;ducation qui craquent de toutes parts. Elle s'appr&#234;te &#224; achever la partition de la SNCF pour l'ouvrir totalement &#224; la concurrence. Elle ent&#233;rine le r&#233;tr&#233;cissement des ambitions &#233;cologiques (en mati&#232;re de Z&#233;ro artificialisation nette, d'agriculture soumise aux pesticides et insecticides, etc.). Et elle affuble du qualificatif de social-d&#233;mocrates les vell&#233;it&#233;s d'ajustements &#224; la marge des d&#233;faillances sociales du syst&#232;me les plus graves, tandis qu'elle laisse prosp&#233;rer, voire avalise, les id&#233;es de pr&#233;f&#233;rence nationale de l'extr&#234;me droite, la r&#233;pression et la criminalisation des mouvements sociaux. Le compromis social &#233;tant devenu inenvisageable pour la classe bourgeoise, celle-ci n'a plus qu'un moyen &#224; sa disposition pour att&#233;nuer ses propres contradictions : unifier ses fractions autour du seul projet r&#233;conciliant temporairement leurs int&#233;r&#234;ts respectifs en faisant payer aux travailleurs la crise capitaliste par un surcro&#238;t d'aust&#233;rit&#233;, d'in&#233;galit&#233;s, de services publics appauvris, de renoncements &#224; la protection sociale et &#224; la protection &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a bien s&#251;r pas de cause unique &#224; la mont&#233;e des pouvoirs dits illib&#233;raux dans le monde et en Europe, ni de d&#233;terminisme &#233;conomique in&#233;luctable. Mais on doit constater la simultan&#233;it&#233; de la crise du capitalisme et de la remise en cause des proc&#233;dures d&#233;mocratiques, &#224; laquelle s'ajoutent guerres et menaces de guerres. Car il ne s'agit pas d'une crise de la d&#233;mocratie en elle-m&#234;me comme on l'entend, c'est une crise du respect de la d&#233;mocratie, une crise des formes dans lesquelles la d&#233;mocratie a &#233;t&#233; organis&#233;e et d&#233;voy&#233;e. Le non-respect du r&#233;sultat des &#233;lections l&#233;gislatives de juillet 2024 par le pr&#233;sident Macron est le pendant light de la tentative de prise d'assaut du Capitole par les troupes de Trump le 6 janvier 2021. Cela n'emp&#234;chera pas l'un et l'autre de &#171; communier &#187; aujourd'hui &#224; la belle entente bourgeoise pendant l'inauguration de la cath&#233;drale de Paris restaur&#233;e. Avec les plus riches de France, comme de bien entendu&#8230; De quoi sceller l'alliance du sabre, du goupillon et du pognon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de complot mondial. Mais il y a une coh&#233;rence dans l'invraisemblable accumulation de crises et de d&#233;r&#232;glements de tous ordres. Le d&#233;ni du r&#233;el (climat, biodiversit&#233;, d&#233;gradation du travail&#8230;), le d&#233;ni des droits humains &#224; Gaza et dans toutes les guerres et le d&#233;ni de la science par les partis et mouvements r&#233;actionnaires sont les sympt&#244;mes d'une convulsion capitaliste qui atteint un caract&#232;re anthropologique : tous les &#233;quilibres sociaux sont menac&#233;s et la mani&#232;re d'&#234;tre au monde des humains est chamboul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir Benjamin B&#252;rbaumer, Chine/&#201;tats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, Paris, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans son rapport de 2022, le Clers&#233; de l'Universit&#233; de Lille chiffrait &#224; 8,39 % du PIB et 40,65 % du budget de l'&#201;tat le montant total des aides publiques aux entreprises en 2019. Et on ne parle pas ici des 80 milliards de fraude fiscale en plus.&lt;/p&gt;
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		<title>La fin de la croissance &#233;conomique approche</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-fin-de-la-croissance-economique-approche</link>
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		<dc:date>2024-06-04T10:36:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-06-04</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#233;veil risque d'&#234;tre brutal car le r&#234;ve de la croissance &#233;conomique infinie s'&#233;vanouit. La chose est entendue maintenant aussi bien dans certains cercles h&#233;t&#233;rodoxes (pas tous h&#233;las !) que dans ceux plus orthodoxes (pas beaucoup encore !). On fait le point ici sur deux s&#233;ries de travaux qui rompent avec la doxa dominante qui tend &#224; faire accroire &#224; un capitalisme vert sous la d&#233;nomination d'une croissance verte. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'&#192; l'encontre. &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Vers la postcroissance[1] &lt;br class='autobr' /&gt;
Un demi-si&#232;cle de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-06-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-06-04&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;veil risque d'&#234;tre brutal car le r&#234;ve de la croissance &#233;conomique infinie s'&#233;vanouit. La chose est entendue maintenant aussi bien dans certains cercles h&#233;t&#233;rodoxes (pas tous h&#233;las !) que dans ceux plus orthodoxes (pas beaucoup encore !). On fait le point ici sur deux s&#233;ries de travaux qui rompent avec la doxa dominante qui tend &#224; faire accroire &#224; un capitalisme vert sous la d&#233;nomination d'une croissance verte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ecologie/la-fin-de-la-croissance-economique-approche.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Vers la postcroissance[1]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un demi-si&#232;cle de capitalisme n&#233;olib&#233;ral a pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me les deux contradictions qui lui sont inh&#233;rentes : la d&#233;valorisation de la condition du travail, pourtant seule source de la valeur, et la d&#233;gradation de la nature, les deux ensemble conditions de la richesse, selon les mots de William Petty et de Karl Marx[2]. Ces deux contradictions jumel&#233;es m&#232;nent &#224; l'&#233;puisement des gains de productivit&#233; du travail d'un c&#244;t&#233; et au r&#233;chauffement climatique et &#224; l'&#233;puisement de la biodiversit&#233; de l'autre. Les choses sont claires : poursuivre le r&#234;ve de l'accumulation infinie est une impasse. Au moins trois livres qui viennent d'&#234;tre publi&#233;s remettent en question de nouvelle mani&#232;re le dogme de la croissance &#233;conomique &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc prendre acte que le d&#233;bat sur la post-croissance est pos&#233;. Sans tomber dans une chim&#232;re comme celle de la croissance verte ou dans une d&#233;croissance uniforme sans transition. Post-croissance a un sens s'il s'agit de sortir de la logique du capitalisme que la croissance sert : bannir le crit&#232;re du taux de profit devient la priorit&#233; et non pas en finir avec l'indicateur PIB. C'est la croissance de ce dernier qui est une illusion, ce n'est pas le PIB lui-m&#234;me qui donne la somme des revenus bruts annuels produits dans l'&#233;conomie. Aussi, c'est le sous-titre du livre de l'&#233;conomiste britannique du d&#233;veloppement Tim Jackson, Post-croissance (Actes Sud, 2024) qui est important : Vivre apr&#232;s le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une institution-cl&#233; doit &#234;tre mise en &#339;uvre pour amorcer ce passage : la planification &#233;cologique. Mais plusieurs conditions doivent &#234;tre r&#233;unies. D'abord, l'instauration d'un d&#233;bat d&#233;mocratique pour d&#233;cider des besoins &#224; satisfaire prioritairement. Ensuite, dresser des comptabilit&#233;s mati&#232;res sur les ressources disponibles et &#224; sauvegarder. Mais l&#224; se loge la principale difficult&#233; : la comptabilit&#233; &#171; en nature &#187; ne se substitue pas &#224; la comptabilit&#233; mon&#233;taire, comme le croient l'&#233;conomiste C&#233;dric Durand et le sociologue Razmig Keucheyan dans Comment bifurquer, Les principes de la planification &#233;cologique (La D&#233;couverte, 2024). Dans une &#233;conomie post-capitaliste, o&#249; subsistera une division du travail importante, il faudra comptabiliser l'amortissement des &#233;quipements, les consommations interm&#233;diaires de mati&#232;res premi&#232;res et d'&#233;nergie et les salaires. Les prix seront donc n&#233;cessaires, m&#234;me si leur mode de fixation ne d&#233;coulera pas exclusivement du march&#233; parce qu'ils seront, au moins partiellement, administr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela n'a rien &#224; voir avec l'illusion de ce que les &#233;conomistes lib&#233;raux appellent &#171; capital naturel &#187; auquel il faudrait donner un prix, comme si la nature avait une valeur &#233;conomique intrins&#232;que. Cette id&#233;e trop fr&#233;quemment colport&#233;e par les mouvements &#233;cologistes, croyant bien faire, est le leitmotiv des institutions internationales comme l'ONU, la Banque mondiale, cette derni&#232;re cherchant &#224; se disculper d'avoir diligent&#233; les politiques productivistes. Cette notion de capital naturel est parfois reprise par des experts tout &#224; fait conscients de la n&#233;cessit&#233; de la planification, tels les &#233;conomistes Michel Aglietta et &#201;tienne Espagne dans Pour une &#233;cologie politique, Au-del&#224; du Capitaloc&#232;ne (Odile Jacob, 2024), mais en oubliant le caract&#232;re incommensurable des &#233;cosyst&#232;mes &#224; quoi que ce soit de produit par l'Homme, c'est-&#224;-dire qui est inestimable[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le changement climatique fera baisser la production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude du National Bureau of Economic Research (NBER), men&#233;e par Adrien Bilal et Diego R. K&#228;nzig, respectivement de l'Universit&#233; de Harvard et de l'Universit&#233; Northwestern, &#233;value l'impact macro&#233;conomique mondial du changement climatique[4]. Prenant &#224; rebours les &#233;valuations traditionnelles aboutissant &#224; chiffrer &#224; hauteur de seulement &#224; 1 &#224; 3 % la r&#233;duction de la production mondiale &#224; cause d'une hausse de 1 &#176;C de la temp&#233;rature mondiale, ils aboutissent &#224; des impacts &#171; six fois plus importants &#187;, c'est-&#224;-dire 12 % de produit brut mondial en moins au bout de six ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_46742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH210/cb80fec18188bc9f-4dcbc8de-08376.png?1717497511' width='500' height='210' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notes : La figure montre l'&#233;volution de la temp&#233;rature moyenne mondiale, calcul&#233;e &#224; partir des donn&#233;es d'anomalie de la temp&#233;rature mondiale et de la climatologie correspondante de la NOAA, dans le graphique de gauche, et l'&#233;volution du PIB r&#233;el mondial par habitant (en 2017 USD) calcul&#233;e &#224; partir des donn&#233;es PWT dans le graphique de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilal et D.R. K&#228;nzig, p. 9&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_46741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH336/fddada180f38dc26-4fb2fa45-60ec7.png?1717497512' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notes : La figure montre les r&#233;ponses impulsionnelles du PIB r&#233;el mondial par habitant &#224; un choc de temp&#233;rature mondial, estim&#233;es sur la base des dates de r&#233;cession retenues par la Banque mondiale (note 2 p. 12)). La ligne continue est l'estimation ponctuelle et les zones ombr&#233;es fonc&#233;es et claires sont les intervalles de confiance de 68 et 90 %, respectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilal et D.R. K&#228;nzig, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ces auteurs parviennent-ils &#224; une &#233;valuation bien plus pessimiste que les &#233;tudes ant&#233;rieures, notamment celle fameuse de Nordhaus[5] ? Parce qu'ils &#233;tudient l'impact d'une hausse de la temp&#233;rature moyenne mondiale au lieu de celui des hausses de temp&#233;ratures locales, c'est-&#224;-dire dans un pays ou une r&#233;gion donn&#233;s. Ils expliquent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous &#233;tudions l'impact de ces chocs sur la probabilit&#233; d'&#233;v&#233;nements m&#233;t&#233;orologiques extr&#234;mes, tels que des temp&#233;ratures extr&#234;mes, des vitesses de vent extr&#234;mes et des pr&#233;cipitations extr&#234;mes. [&#8230;] Les chocs thermiques locaux entra&#238;nent une augmentation du nombre de jours de chaleur extr&#234;me. Cependant, les chocs thermiques mondiaux entra&#238;nent une augmentation nettement plus importante du nombre de jours de chaleur extr&#234;me. Le contraste est encore plus marqu&#233; pour les pr&#233;cipitations extr&#234;mes et la vitesse extr&#234;me du vent : les chocs de temp&#233;rature globale pr&#233;voient une forte augmentation de leur fr&#233;quence, ce qui n'est pas le cas des chocs de temp&#233;rature locale. Ces r&#233;sultats sont coh&#233;rents avec la litt&#233;rature g&#233;oscientifique : la vitesse du vent et les pr&#233;cipitations sont des r&#233;sultats du climat mondial &#8211; par le biais du r&#233;chauffement oc&#233;anique et de l'humidit&#233; atmosph&#233;rique &#8211; plut&#244;t que des r&#233;sultats de la distribution locale des temp&#233;ratures. &#201;tant donn&#233; que les &#233;v&#233;nements climatiques extr&#234;mes sont connus pour causer des dommages &#233;conomiques, l'effet diff&#233;rentiel des chocs de temp&#233;rature mondiaux par rapport aux chocs de temp&#233;rature locaux sur les &#233;v&#233;nements climatiques extr&#234;mes peut expliquer les effets &#233;conomiques beaucoup plus importants des chocs de temp&#233;rature mondiaux. &#187;[6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de Bilal et K&#228;nzig a le m&#233;rite d'anticiper ce qu'il se passerait si l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature atteignait 2 &#176;C, voire 3 &#176;C en 2100. Dans ce dernier cas, &#224; cause des effets cumulatifs, le produit brut mondial baisserait de 50 % par rapport &#224; ce qu'il aurait &#233;t&#233; sans changement du climat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_46740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH374/9dd3be01d69f0bbf-2cd5fbb2-cf868.png?1717497512' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notes : La figure montre la dynamique de transition de notre mod&#232;le estim&#233; dans le cadre de notre sc&#233;nario o&#249; le monde se r&#233;chauffe de 3&#176;C au-dessus des niveaux pr&#233;industriels d'ici 2100. Les lignes continues bleues repr&#233;sentent la dynamique de transition lorsque nous estimons le mod&#232;le sur la base des chocs de temp&#233;rature mondiaux, ainsi que les intervalles de confiance &#224; 68 % (bleu ombr&#233;). Les lignes bleues en pointill&#233; repr&#233;sentent la dynamique de transition lorsque nous n'utilisons que les dommages caus&#233;s &#224; la production par les chocs de temp&#233;rature mondiaux. Les lignes rouges en pointill&#233; repr&#233;sentent la dynamique de transition lorsque nous utilisons uniquement les chocs de productivit&#233; estim&#233;s en fonction des chocs de temp&#233;rature locaux, ainsi que les intervalles de confiance &#224; 68 % (en rouge ombr&#233;). Intervalles de confiance bas&#233;s sur 1000 tirages bootstrap de production, de capital et de temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilal et D.R. K&#228;nzig, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesur&#233; en termes de bien-&#234;tre, l'impact du changement climatique est consid&#233;rable, m&#234;me en ne prenant en compte que la consommation qui baisserait autant que la production :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette baisse substantielle de la consommation se traduit par une importante perte de bien-&#234;tre. Le graphique (e) montre que l'impact du changement climatique sur le bien-&#234;tre &#233;quivaut &#224; une perte de bien-&#234;tre de 31 %, en pourcentage &#233;quivalent de consommation. Cette perte de bien- &#234;tre d&#233;passe l'impact sur la consommation, car les m&#233;nages ne tiennent pas compte des baisses futures de la consommation, mais les valorisent &#233;galement. Comme la temp&#233;rature continue d'augmenter, le bien-&#234;tre continue de diminuer et atteint une perte de 52 %. Nos r&#233;sultats indiquent que l'impact du changement climatique est consid&#233;rable. En termes de bien-&#234;tre, le co&#251;t du changement climatique est 640 fois sup&#233;rieur au co&#251;t des cycles &#233;conomiques, ou dix fois sup&#233;rieur au co&#251;t du passage des relations commerciales actuelles &#224; une autarcie compl&#232;te. Ce qui est peut-&#234;tre le plus frappant, c'est qu'en termes de production, de capital, de consommation et donc de bien-&#234;tre, le changement climatique est comparable, en termes d'ampleur, &#224; l'effet d'une guerre majeure sur le plan national. Cependant, le changement climatique est permanent. Ainsi, les pertes li&#233;es &#224; la vie dans un monde avec changement climatique par rapport &#224; un monde sans changement climatique sont comparables au fait de mener une guerre majeure au niveau national, et ce pour toujours. &#187;[7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les facteurs qui expliquent la perte de production et de bien-&#234;tre, il y a l'augmentation consid&#233;rable du co&#251;t social du carbone qui est de l'ordre de &#171; 1056 dollars par tonne de dioxyde de carbone (tCO2) [&#8230;] six fois sup&#233;rieure &#224; la limite sup&#233;rieure des estimations existantes &#187;[8]. Si la temp&#233;rature augmentait de 5 &#176;C en 2100, la perte de bien-&#234;tre atteindrait plus de 60 %[9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le mod&#232;le d'impact du changement climatique &#224; travers le monde de Bilal et K&#228;nzig est b&#226;ti sur une fonction de production Cobb-Douglas avec une productivit&#233; totale des facteurs (c'est-&#224;-dire ici le progr&#232;s technique) d&#233;pendant du temps, fonction dont on conna&#238;t les graves limites. Ce qui, peut-&#234;tre, permet au chef &#233;conomiste de TotalEnergies, Thomas-Olivier L&#233;autier, de d&#233;clarer : &#171; Cette &#233;tude permet de r&#233;concilier la litt&#233;rature &#233;conomique n&#233;oclassique avec la vision des scientifiques &#187;[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef &#233;conomiste de TotalEnergies aurait d&#251; lire attentivement les auteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Enfin, notre article alimente le d&#233;bat de longue date sur la question de savoir si les mod&#232;les d'&#233;valuation int&#233;gr&#233;e sont bien adapt&#233;s pour repr&#233;senter le co&#251;t du changement climatique (Nordhaus, 2013 ; Stern et al., 2022). Notre article d&#233;montre que ces mod&#232;les ont historiquement produit des co&#251;ts faibles du changement climatique non pas tant parce qu'ils reposaient sur des bases incompl&#232;tes, mais plut&#244;t parce qu'ils &#233;taient calibr&#233;s sur des dommages &#233;conomiques qui ne repr&#233;sentaient pas l'impact total du changement climatique. &#187;[11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de Bilal et K&#228;nzig vient &#224; point nomm&#233; au moment o&#249; l'Union europ&#233;enne d&#233;fait le modeste Pacte vert qu'elle venait d'adopter, au moment aussi o&#249; le gouvernement fran&#231;ais se r&#233;jouit de la diminution des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre en France de 5,8 % en 2023, en oubliant de comptabiliser les &#233;missions import&#233;es, et au moment enfin o&#249; le gouvernement fait voter &#224; l'Assembl&#233;e nationale une loi sur l'agriculture qui envoie &#224; la poubelle toute consid&#233;ration environnementale &#224; la grande satisfaction de la FNSEA. La croyance en la possibilit&#233; d'une fuite en avant perp&#233;tuelle rel&#232;ve de l'aveuglement sinon du cynisme de classe. (Article publi&#233; sur le blog de Jean-Marie Harribey &#171; L'&#233;conomie par terre ou sur terre ? &#187; le 29 mai 2024, blog d'Alternatives &#233;conomiques. Nous profitons d'indiquer ici l'ouvrage de Jean-Marie Harribey qui doit para&#238;tre en ao&#251;t, En qu&#234;te de valeur(s), Editions du Croquant)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cette premi&#232;re partie a &#233;t&#233; en largement publi&#233;e dans Politis, n&#176; 1808, 2 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] K. Marx, Le Capital, Livre I, 1867, &#338;uvres, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome I, 1965, p. 998-999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Recension de ces livres sur &lt;a href=&#034;https://blogs.alternatives-economiques.fr/harribey&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce blog&lt;/a&gt;. Sur le caract&#232;re inestimable de la nature et des services &#233;cosyst&#233;miques, voir J.-M. Harribey, La richesse, la valeur et l'inestimable, Fondements d'une critique socio-&#233;cologique de l'&#233;conomie capitaliste, Les Liens qui lib&#232;rent, 2013, en libre acc&#232;s ; et dans En qu&#234;te de valeur(s), Paris, &#201;d. du Croquant, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] A. Bilal et D.R. K&#228;nzig, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.nber.org/system/files/working_papers/w32450/w32450.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The macroeconomic impact of climate change : Global vs local temperature&lt;/a&gt; &#187;, WP 32450.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] William D. Nordhaus, &#171; &lt;a href=&#034;http://pinguet.free.fr/nordhaus1992.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;An Optimal Transition Path for Controlling Greenhouse Gases&lt;/a&gt; &#187;, Science, vol. 258, 20 november 1992, p. 1316-1319.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] A. Bilal et D.R. K&#228;nzig., p. 44-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ibid, p. 40-41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8] Ibid, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ibid, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Propos rapport&#233;s par Anne Feitz, &#171; Le r&#233;chauffement climatique freinera la croissance nettement plus que pr&#233;vu &#187;, Les &#201;chos, 28 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] A. Bilal et D.R. K&#228;nzig, p. 7.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'enjeu de la retraite pour les femmes, une contribution majeure de Christiane Marty</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-enjeu-de-la-retraite-pour-les-femmes-une-contribution-majeure-de-Christiane</link>
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		<dc:date>2023-08-22T11:25:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

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&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/07/11/lenjeu-de-la-retraite-pour-les-femmes-une-contribution-majeure-de-christiane-marty/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la mobilisation sociale contre la r&#233;forme des retraites impos&#233;e de force par le gouvernement Macron-Borne a connu une ampleur consid&#233;rable, il &#233;tait n&#233;cessaire de marquer un point d'&#233;tape pour en cerner les enjeux essentiels. C'est ce que vient de faire, mais sous un angle particulier et quasiment (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L93xH150/retraite_marly-81d0e.webp?1701486246' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/07/11/lenjeu-de-la-retraite-pour-les-femmes-une-contribution-majeure-de-christiane-marty/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/07/11/lenjeu-de-la-retraite-pour-les-femmes-une-contribution-majeure-de-christiane-marty/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la mobilisation sociale contre la r&#233;forme des retraites impos&#233;e de force par le gouvernement Macron-Borne a connu une ampleur consid&#233;rable, il &#233;tait n&#233;cessaire de marquer un point d'&#233;tape pour en cerner les enjeux essentiels. C'est ce que vient de faire, mais sous un angle particulier et quasiment in&#233;dit, Christiane Marty dans l'ouvrage L'enjeu f&#233;ministe des retraites (Paris, La Dispute, 2023). Christiane Marty est d&#233;j&#224; connue pour ses tr&#232;s nombreux travaux sur les retraites, soit comme auteure, soit comme coordinatrice d'ouvrages collectifs [1]. Ici, elle propose une synth&#232;se de ses contributions qui se sont &#233;chelonn&#233;es en parall&#232;le avec les nombreuses r&#233;formes du syst&#232;me de retraites en France depuis les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la situation v&#233;cue par les femmes quant &#224; leur droit &#224; une retraite et aux conditions de celle-ci renvoie &#224; leur condition dans le travail pendant leur vie professionnelle et &#224; leur acc&#232;s &#224; l'emploi. Mais, et c'est l&#224; l'une des originalit&#233;s et l'un des int&#233;r&#234;ts de ce livre, regarder la retraite des femmes am&#233;liore le regard qu'on peut porter sur notre syst&#232;me de retraites dans son ensemble ; de m&#234;me, les propositions pour renforcer les droits directs des femmes &#224; la retraite seraient sans doute la meilleure mani&#232;re d'am&#233;liorer le principe m&#234;me d'une retraite fond&#233;e sur la solidarit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre la r&#233;forme de Macron et Borne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Christiane Marty est structur&#233; en quatre grands chapitres. Pour des raisons p&#233;dagogiques, elle commence par un expos&#233; de la r&#233;forme pr&#233;sent&#233;e au cours de l'hiver 2023 par le gouvernement. En pleine bataille sur les retraites, rappeler d'embl&#233;e l'essentiel des arguments contre cette r&#233;forme &#233;tait le bon choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;forme &#233;tait &#171; injuste et injustifi&#233;e &#187; &#233;crit Christiane Marty (p.15), d'autant que le pr&#233;sident du Conseil d'orientation des retraites (COR) avait lui-m&#234;me d&#233;clar&#233; &#171; que les d&#233;penses de retraites ne d&#233;rapent pas, simplement elles ne sont pas compatibles avec les objectifs de politique &#233;conomique et de finances publiques du gouvernement &#187; (p.16). On voit l&#224; la premi&#232;re marque de la duplicit&#233; du gouvernement, qui tant&#244;t disait vouloir &#233;quilibrer un syst&#232;me de retraites qui n'&#233;tait pas en d&#233;s&#233;quilibre, tant&#244;t laissait entendre d'autres objectifs &#224; atteindre mais passant par la r&#233;duction des d&#233;penses sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la quasi-totalit&#233; des travailleurs et les trois-quarts de la population ont compris que la r&#233;forme p&#233;naliserait les plus pr&#233;caires, toutes les personnes ayant eu des carri&#232;res courtes ou fragment&#233;es, dont les femmes, et toutes les personnes ayant commenc&#233; &#224; travailler t&#244;t et que l'allongement de la dur&#233;e de cotisation, li&#233; au report de l'&#226;ge de la retraite &#224; 64 ans, p&#233;naliserait en premier. La d&#233;cote, double peine pour les personnes qui ont des pensions basses, est particuli&#232;rement injuste pour les femmes. Comme les r&#233;formes ant&#233;rieures ont conduit &#224; un processus de baisse progressive du niveau des pensions relativement aux salaires, l'acc&#233;l&#233;ration de ce processus &#224; cause de la r&#233;forme en cours sera d&#233;sastreuse pour les femmes. Et ce n'est pas la promesse mensong&#232;re de la pension minimum &#224; 1 200 euros mensuels, qui ne sera jamais &#233;gale &#224; 85% du Smic, qui les sauvera. Enfin, la prise en compte de la p&#233;nibilit&#233;, d&#233;j&#224; r&#233;duite par les concessions de Macron au Medef pendant son premier quinquennat, est d'autant plus douloureuse pour les femmes que la p&#233;nibilit&#233; des travaux exerc&#233;s par elles est tr&#232;s mal reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;fauts de notre syst&#232;me de retraites envers les femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans son deuxi&#232;me chapitre que Christiane Marty examine plus pr&#233;cis&#233;ment en quoi l'&#233;volution du syst&#232;me de retraite est lourde de cons&#233;quences n&#233;gatives pour les femmes. Cela tient moins aux principes &#233;tablis lors de la cr&#233;ation de la S&#233;curit&#233; sociale, &#224; partir du programme du Conseil national de la R&#233;sistance, qu'aux mauvaises conditions d'emploi des femmes. Et beaucoup de faits vont dans le mauvais sens. Le temps partiel d'abord, au d&#233;triment des salaires et des futures pensions ; la pr&#233;carit&#233; des emplois ; les carri&#232;res discontinues ; la moindre dur&#233;e de carri&#232;re valid&#233;e ; et bien entendu, l'inf&#233;riorit&#233; des salaires f&#233;minins de 20% en moyenne par rapport aux salaires masculins. Mais le plus grave est que les in&#233;galit&#233;s dans la sph&#232;re du travail sont accrues &#224; la retraite, puisque les pensions de droit direct sont inf&#233;rieures de 40% &#224; celles des hommes. Et Christiane Marty cite une &#233;tude d&#233;j&#224; ancienne, mais h&#233;las toujours repr&#233;sentative, selon laquelle &#171; les 10% de femmes ayant les pensions de femmes les plus &#233;lev&#233;es percevaient une pension 9,4 fois sup&#233;rieure &#224; celle des 10% de femmes ayant les pensions les plus faibles (c'est ce qu'on appelle le rapport interd&#233;cile [D9/D1]), alors que ce rapport est de 4,5 chez les hommes, soit deux fois plus faible &#187; (p.34). Certes, les &#233;carts de pension entre hommes et femmes se r&#233;duisent, mais il s'agit d'&#171; une am&#233;lioration tr&#232;s lente &#187; (p.35). De m&#234;me, la dur&#233;e de carri&#232;re valid&#233;e augmente pour les femmes mais reste &#171; encore inf&#233;rieure de pr&#232;s de deux ans &#224; celles des hommes : 38,2 ans contre 40,3 ans pour les hommes &#187; (p.36). En bref, la retraite est &#171; un miroir grossissant des in&#233;galit&#233;s salariales &#187; (p.39), au sens global de &#171; salariales &#187;, c'est-&#224;- dire au-del&#224; du salaire proprement dit, englobant donc l'ensemble des conditions au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christiane Marty ne manque pas d'examiner la port&#233;e des dispositifs de solidarit&#233; pour les femmes, notamment leurs droits sp&#233;cifiques pour la maternit&#233; et l'&#233;ducation des enfants, en dehors donc des pensions de r&#233;version. Elle explique que deux philosophies de ces droits s'opposent. Selon les f&#233;ministes, les femmes &#171; doivent se voir reconna&#238;tre des droits ind&#233;pendamment de la maternit&#233;. Elles revendiquent l'&#233;galit&#233; professionnelle entre hommes et femmes et luttent contre la domination sexuelle des hommes &#187; (p.41). Mais, selon les conceptions familialistes et natalistes, il s'agit de d&#233;fendre &#171; les normes familiales traditionnelles magnifiant la famille et la m&#232;re au foyer qui se consacre aux t&#226;ches domestiques et aux enfants &#187; (p.41-42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Les dispositifs attribu&#233;s au titre des enfants, dits familiaux, regroupent quatre droits diff&#233;rents : les majorations pour dur&#233;e d'assurance (MDA), l'assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), les majorations de pension pour 3 enfants et plus, et les d&#233;parts anticip&#233;s pour motifs familiaux dans les r&#233;gimes sp&#233;ciaux. Ces droits b&#233;n&#233;ficient pour 14,2 milliards aux femmes et pour 5,2 milliards aux hommes. Ensuite, un dispositif &#233;galement essentiel pour les femmes est le minimum de pension. Elles b&#233;n&#233;ficient de plus des trois quarts des sommes vers&#233;es &#224; ce titre : 6,7 milliards contre 1,8 milliard pour les hommes &lt;/i&gt; &#187; (p.42). Mais ces chiffres peuvent donner lieu &#224; une interpr&#233;tation biais&#233;e car &#171; &lt;i&gt; les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes dans les effectifs &#224; la retraite&lt;/i&gt; &#187; ; de ce fait, le &#171; &lt;i&gt;montant moyen distribu&#233; au titre de la solidarit&#233; [est] l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieur pour les hommes &lt;/i&gt; &#187; (p.43). Sans parler des majorations pour 3 enfants et plus qui sont &#171; doublement anti-redistributives &#187; (p.44) parce qu'elles &#233;quivalent &#224; 10% du montant de la pension, celle-ci &#233;tant bien sup&#233;rieure pour les hommes. Au total, le plafonnement des d&#233;penses de retraites programm&#233; par les gouvernements successifs et le renforcement de la contributivit&#233; du syst&#232;me de retraite indiquent le sens g&#233;n&#233;ral des diff&#233;rentes r&#233;formes des retraites.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De contre-r&#233;forme en contre-r&#233;forme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour le temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas conna&#238;tre&lt;/i&gt; &#187;, comme dit la chanson, le troisi&#232;me chapitre de Christiane Marty sera tr&#232;s utile, car il rappelle les principales caract&#233;ristiques des r&#233;formes ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1993, r&#233;forme Balladur pour les salari&#233;s du priv&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; augmentation de la dur&#233;e de cotisation n&#233;cessaire pour une pension &#224; taux plein de 37,5 ans &#224; 40 ans ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; passage de 10 aux 25 meilleures ann&#233;es de salaire prises en compte dans le calcul de la pension ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; indexation des pensions et des &#171; salaires port&#233;s au compte &#187; sur les prix et non plus sur l'&#233;volution du salaire moyen ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; invention de la d&#233;cote de 10% par ann&#233;e manquante de cotisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
1996 : baisse du rendement du &#8220;point&#8221; dans les accords Agirc-Arrco.&lt;br class='autobr' /&gt;
2003 : r&#233;forme Fillon :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; allongement de dur&#233;e de cotisation &#224; 40 ans pour les fonctionnaires et le secteur public ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; annonce de l'allongement de la dur&#233;e de cotisation &#224; 41 ans en 2008 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; d&#233;cote ramen&#233;e &#224; 5% par ann&#233;e manquante pour tous les salari&#233;s du priv&#233; et du public ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; mise en place des plans d'&#233;pargne populaire (Perp) et d'&#233;pargne collective (Perco) favoris&#233;s par des exon&#233;rations fiscales ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; diminution des MDA pour les femmes fonctionnaires de un an &#224; six mois ; au nom de la non-discrimination entre les femmes et les hommes, ce qui conduit Christiane Marty &#224; dire : &#171; au nom de l'&#233;galit&#233; ente les sexes, on en arrive d'une part &#224; r&#233;duire ce qui &#233;tait pourtant con&#231;u pour compenser les in&#233;galit&#233;s, d'autre part &#224; favoriser un comportement qui entrave l'&#233;galit&#233; et l'autonomie des femmes &#187; (p.59).&lt;br class='autobr' /&gt;
2008 : r&#233;forme des r&#233;gimes sp&#233;ciaux des entreprises publiques (EDF, GDF, SNCF, RATP) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; 40 ans de cotisation ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; indexation des salaires port&#233;s au compte et des pensions sur les prix ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; d&#233;cote et surcote ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#224; partir de 2009, pensions revaloris&#233;es au 1er avril au lieu du 1er janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2010 : r&#233;forme Woerth :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; report de l'&#226;ge de la retraite de 60 &#224; 62 ans pour tous ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; allongement de la dur&#233;e de cotisation &#224; 41,5 ans en 2020 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; durcissement des conditions pour b&#233;n&#233;ficier de d&#233;parts anticip&#233;s pour carri&#232;res longues ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; dispositif de retraite pour p&#233;nibilit&#233; (incapacit&#233; &#233;gale ou sup&#233;rieure &#224; 20%) &#224; partir de 60 ans ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; plans d'&#233;pargne retraite pouvant &#234;tre liquid&#233;es sous forme de capital ; &#8211; suppression de la MDA de deux ans dans le priv&#233;, remplac&#233;e par une &#8220;majoration maternelle&#8221; d'un an par enfant pour toutes les m&#232;res, et par une &#8220;majoration d'&#233;ducation&#8221; &#224; partager entre les deux parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2013-2014 : r&#233;forme Touraine :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; allongement de la dur&#233;e de cotisation &#224; 43 ans pour la g&#233;n&#233;ration de 1973, &#224; raison d'un trimestre par an de 2020 &#224; 2035 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; compte personnel de p&#233;nibilit&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; revalorisation annuelle retard&#233;e du 1er avril au 1er octobre ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; validation des temps partiels soumis &#224; 150 heures de Smic au lieu de 200.&lt;br class='autobr' /&gt;
2015 : bonus-malus dans l'Agirc-Arrco :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; report d'un an de l'&#226;ge o&#249; l'on peut toucher la pension compl&#233;mentaire, sous peine de malus de 10%, sauf pour les pensions &#233;ligibles &#224; un taux nul ou r&#233;duit de CSG ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; revalorisation annuelle report&#233;e du 1er avril au 1er novembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
2019 : r&#233;forme Macron-Delevoye avort&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; syst&#232;me par points pour tous prenant en compte toute la carri&#232;re, particuli&#232;rement d&#233;savantageux pour les femmes ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#226;ge du taux plein dit &#8220;&#226;ge d'&#233;quilibre financier&#8221;, qui &#233;quivaut &#224; augmenter l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; pension de r&#233;version envisag&#233;e en recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;l&#233;ments au moins sont soulign&#233;s par Christiane Marty au terme de ce rappel historique. Le premier est la disparition progressive de l'effet dit de &#171; noria &#187;, selon lequel l'am&#233;lioration des salaires parall&#232;le au d&#233;veloppement &#233;conomique conduisait &#224; une &#233;l&#233;vation progressive du niveau des pensions depuis l'apr&#232;s-guerre jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 2010. Le deuxi&#232;me aspect est la &#171; mont&#233;e de la question des retraites des femmes dans le d&#233;bat public et dans les mobilisations &#187; (p.95). L'influence des mouvements f&#233;ministes et celle des associations comme Attac et la Fondation Copernic furent importantes pour aller dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une vraie r&#233;forme en faveur des droits des femmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me et dernier chapitre de Christiane Marty donne des perspectives pour concevoir un syst&#232;me r&#233;form&#233; au bon sens du terme, c'est-&#224;-dire progressiste. C'est ici qu'on d&#233;couvre combien la &#171; &lt;i&gt; retraite des femmes [est] un enjeu de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187; (p.109). L'auteure pr&#233;cise que dans ce chapitre elle &#171; &lt;i&gt;privil&#233;gie la pr&#233;sentation du lien entre l'enjeu f&#233;ministe et une r&#233;forme progressiste &lt;/i&gt; &#187;, parce que &#171; &lt;i&gt; l'enjeu &#233;cologique modifie radicalement la d&#233;finition de l'efficacit&#233; &#233;conomique. L'exploitation de la nature et celle de la force de travail &#8211; dont le travail des femmes &#8211; rel&#232;ve d'une m&#234;me r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; (p.111). Nous reconnaissons l&#224; un th&#232;me qui nous est cher. Ce chapitre est extr&#234;mement pr&#233;cis et d&#233;taill&#233;. Donnons quelques &#233;l&#233;ments pour inciter le lecteur &#224; aller les approfondir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; &lt;i&gt;mod&#232;le d'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes&lt;/i&gt; &#187; (p.113) ne doit pas &#171; &lt;i&gt;se limiter &#224; r&#233;parer au moment de la retraite, c'est-&#224;-dire a posteriori, les in&#233;galit&#233;s qui existent en amont sans agir sur leur source. Cela pourrait para&#238;tre positif &#224; premi&#232;re vue, mais ce serait passer &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel. Faire durenforcement de mesures de &#8220;r&#233;paration&#8221; l'outil d'une politique en faveur de l'&#233;galit&#233; de pension serait contradictoire avec une politique visant l'&#233;galit&#233; de genre dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; (p.114). Mais tant que l'&#233;galit&#233; ne sera pas r&#233;alis&#233;e en amont, les dispositifs de solidarit&#233; resteront n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, la r&#233;duction du temps de travail peut aider &#224; la remise en question du partage sexu&#233; des t&#226;ches domestiques, tout en facilitant l'acc&#232;s &#224; l'emploi des femmes. Et Christiane Marty r&#233;affirme &#224; juste titre &#171; &lt;i&gt;la dimension contradictoire du travail : il est &#224; la fois source d'ali&#233;nation et aussi acte social porteur d'&#233;mancipation &lt;/i&gt; &#187; (p. 117), une contradiction souvent ignor&#233;e ou stigmatis&#233;e dans les milieux alternatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un th&#232;me essentiel chez Christiane Marty revient dans ce chapitre pour concevoir des &#171; &lt;i&gt;droits familiaux en coh&#233;rence avec l'&#233;galit&#233; entre femmes et hommes&lt;/i&gt; &#187; (p.117). Elle explique que nous sommes plac&#233;s devant une difficult&#233; : bien que les dispositifs familiaux soient, sur le papier, neutres puisqu'ils s'adressent aux parents et non plus aux seules m&#232;res, &#171; &lt;i&gt; la r&#233;alit&#233; de la prise en charge des enfants n'en est pas devenue neutre pour autant !&lt;/i&gt; &#187; (p.118). Elle propose de &#171; &lt;i&gt;refonder les majorations pour les enfants pour les rendre forfaitaires et unifi&#233;es &#187;&lt;/i&gt; (p.120). Pour tenir compte de l'&#233;volution de la conjugalit&#233; et de la famille, la r&#233;version doit &#234;tre con&#231;ue &#224; nouveau, afin d'accompagner le renforcement des droits propres pour les femmes. Ce dernier point ne sera r&#233;alisable que si les carri&#232;res courtes cessent d'&#234;tre discrimin&#233;es, notamment par la d&#233;cote, &#224; supprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cl&#233; des droits propres est de &#171; &lt;i&gt; lever les obstacles &#224; l'emploi des femmes en amont de la retraite&lt;/i&gt; &#187; (p.133). &#192; ce titre, l'accueil de la petite enfance doit &#234;tre d&#233;velopp&#233;, ainsi que le partage des cong&#233;s parentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, Christiane Marty m&#232;ne bataille pour qu'on en finisse avec le quotient conjugal qui induit &#171; &lt;i&gt; une fiscalit&#233; d&#233;favorable &#224; l'activit&#233; des femmes &#187; (p.142). En effet, ce quotient entra&#238;ne &#171; une r&#233;duction d'imp&#244;t qui cro&#238;t tr&#232;s sensiblement avec le revenu et le nombre de parts &#187; (p.14), et cela d'autant plus qu'il y a un &#233;cart de revenu entre les deux conjoints, au d&#233;triment des femmes le plus souvent. Il s'agirait alors de passer &#224; un &#171; mode d'imposition s&#233;par&#233;e&lt;/i&gt; &#187; (p.145).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; des salaires f&#233;minins et masculins doit passer par une &#171; &lt;i&gt; revalorisation des m&#233;tiers &#224; dominante f&#233;minine &lt;/i&gt; &#187; (p.153). Et ce n'est pas qu'une question de gros sous, car &#171; la valorisation de l'&#233;conomie du soin et du lien social renverse la hi&#233;rarchie des valeurs &#187; (p.155).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve &#224; la fin de son livre ce qu'annon&#231;ait Christiane Marty au d&#233;but : les retraites vues sous l'angle f&#233;ministe aident &#224; voir ensemble sens du travail, r&#233;duction du temps de travail, mode de vie et partage des richesses. Parce que, comme elle l'&#233;crit en conclusion, &#171; &lt;i&gt;le fil des in&#233;galit&#233;s de salaires ouvre un questionnement f&#233;cond sur ce qu'est la valeur d'un travail, qui d&#233;bouche sur l'exigence de la revalorisation des m&#233;tiers f&#233;minis&#233;s. &lt;/i&gt; &#187; Au-del&#224;, ce questionnement devrait faire &#233;voluer la repr&#233;sentation sociale de l'ensemble des activit&#233;s accomplies dans les sph&#232;res productives et reproductives. Il restera alors, ajouterons-nous, &#224; red&#233;finir ce qu'est un travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure ce compte rendu de lecture, Christiane Marty nous offre un livre de r&#233;f&#233;rence sur la question des retraites, &#224; la fois dans une perspective historique et strat&#233;gique. Et elle a eu la bonne id&#233;e de le terminer par un glossaire fort utile et une s&#233;rie d'annexes sur des questions un peu techniques mais qui raviront les curieux et les militants pour les droits des femmes, et donc de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Signalons entre autres les contributions de coordinatrice de Christiane Marty des deux livres d'Attac et de la Fondation Copernic, Retraites : l'heure de v&#233;rit&#233; (coord. avec J.-M. Harribey et P. Khalfa), Paris, Syllepse, 2010 ; Retraites : l'alternative cach&#233;e (coord. avec J.-M. Harribey), Paris, Syllepse, 2013 ; ainsi qu'un grand nombre de contributions personnelles de l'auteure, tant sur l'impact des r&#233;formes sur les femmes que sur un plan plus g&#233;n&#233;ral : par exemple, Retraites, Saison 2022, Paris, &#201;d. du Croquant, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey&lt;br class='autobr' /&gt;
Article paru dans la revue Les Possibles n&#176;36 &#8211; Et&#233; 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-36-ete-2023/dossier-les-pratiques-de-l-etat-neoliberal-aujourd-hui/article/l-enjeu-de-la-retraite-pour-les-femmes-une-contribution-majeure-de-christiane&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-36-ete-2023/dossier-les-pratiques-de-l-etat-neoliberal-aujourd-hui/article/l-enjeu-de-la-retraite-pour-les-femmes-une-contribution-majeure-de-christiane&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En amont de la retraite, le travail</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-amont-de-la-retraite-le-travail</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/En-amont-de-la-retraite-le-travail</guid>
		<dc:date>2023-01-31T11:48:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-01-31</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;forme des retraites d'Emmanuel Macron est non seulement injuste, elle est aussi absurde : travailler plus longtemps sans changer le travail est une aberration. &lt;br class='autobr' /&gt; 25 janvier 2023 | tir&#233; de Politis No 1742 | Photo : &#169; Aurelien Romain / Unsplash. https://www.politis.fr/articles/2023/01/en-amont-de-la-retraite-le-travail/ &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;forme des retraites est une attaque en r&#232;gle contre le travail. &#192; trois dimensions. La premi&#232;re est de faire travailler deux ans de plus tout le monde, et m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-01-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-01-31&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/le_travail-03ce7.png?1675165750' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;forme des retraites d'Emmanuel Macron est non seulement injuste, elle est aussi absurde : travailler plus longtemps sans changer le travail est une aberration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;25 janvier 2023 | tir&#233; de Politis No 1742 | Photo : &#169; Aurelien Romain / Unsplash.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.politis.fr/articles/2023/01/en-amont-de-la-retraite-le-travail/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.politis.fr/articles/2023/01/en-amont-de-la-retraite-le-travail/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme des retraites est une &lt;strong&gt;attaque&lt;/strong&gt; en r&#232;gle contre le travail. &#192; trois dimensions. La premi&#232;re est de faire travailler deux ans de plus tout le monde, et m&#234;me davantage ceux ayant commenc&#233; &#224; travailler t&#244;t. Deux ans de plus comme &lt;strong&gt;punition&lt;/strong&gt; pour avoir gagn&#233; un mois d'esp&#233;rance de vie par an depuis une d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la baisse du nombre d'actifs par rapport aux retrait&#233;s est un argument pertinent, pourquoi faire travailler ceux qui ont d&#233;j&#224; un emploi, alors qu'il y a 5,5 millions de ch&#244;meurs ? Pourquoi le taux d'emploi des &lt;strong&gt;femmes&lt;/strong&gt; resterait ind&#233;finiment &lt;strong&gt;inf&#233;rieur&lt;/strong&gt; de 8 points &#224; celui des hommes ? Comment le recul de l'&#226;ge de la retraite pourrait-il cr&#233;er un seul emploi suppl&#233;mentaire pour les seniors, sauf &#224; supposer que le ch&#244;mage r&#233;sulte de leur choix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire notre dossier&lt;/strong&gt; &gt; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.politis.fr/dossiers/retraites-plus-de-100-intellectuels-et-artistes-sengagent-contre-la-reforme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Non &#224; la r&#233;forme Macron !&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me dimension est plus &lt;strong&gt;sournoise&lt;/strong&gt;. 57 % des personnes seulement passent directement de l'emploi &#224; la retraite ; les autres connaissent au moins une ann&#233;e sans travail entre 50 et 67 ans (Drees, 2021) et 16 % des plus de 53 ans ne sont ni en emploi ni en retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc un &lt;strong&gt;sas de pauvret&#233;&lt;/strong&gt; dans lequel les seules ressources des individus sont le RSA ou une allocation d'invalidit&#233;. Avec la r&#233;forme des retraites, ce sas s'&#233;largira, d'autant plus que les r&#233;formes de l'assurance-ch&#244;mage r&#233;duisent les allocations et leur dur&#233;e. La pension minimale &#224; hauteur de 85 % du Smic net ne concernera que les &lt;strong&gt;carri&#232;res compl&#232;tes&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Augmenter la dur&#233;e du travail de chacun va totalement &#224; l'encontre d'une r&#233;elle transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me dimension atteint le &lt;strong&gt;comble&lt;/strong&gt; de l'absurdit&#233;. Faire travailler plus pour produire plus ! Mais produire quoi ? Augmenter la dur&#233;e du travail de chacun va totalement &#224; l'encontre d'une r&#233;elle transition &#233;cologique. Alors qu'il faudrait saisir l'occasion de la crise pour transformer les processus productifs, les finalit&#233;s du travail et les conditions de celui-ci, la fuite en avant tient lieu de planification ! Qu'est-ce donc qui agite un pr&#233;sident &#171; d&#233;couvrant &#187; le r&#233;chauffement du climat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la volont&#233; de ne pas toucher aux avantages de la &lt;strong&gt;classe qui domine&lt;/strong&gt; tout et s'approprie une grande part des richesses. Aussi, la seule v&#233;ritable mesure qui &#233;viterait un d&#233;ficit des retraites, au demeurant modeste, serait d'augmenter les cotisations. Horreur pour un gouvernement qui entend &lt;strong&gt;r&#233;duire&lt;/strong&gt; les pensions pour r&#233;duire les d&#233;penses publiques et qui professe de faire reposer tous les efforts sur le travail et aucun sur le capital. Quoi qu'il en co&#251;te au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.politis.fr/articles/2023/01/retraites-et-ecologie-meme-combat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le m&#234;me sujet&lt;/a&gt; : Retraites et &#233;cologie, m&#234;me combat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, comme on ne peut plus fonder un mod&#232;le social sur une croissance forte de la productivit&#233; du travail, la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s devient un &lt;strong&gt;imp&#233;ratif cat&#233;gorique&lt;/strong&gt; (1). C'est la seule mani&#232;re de r&#233;soudre conjointement les questions sociale et &#233;cologique, c'est-&#224;-dire d'enclencher simultan&#233;ment la r&#233;habilitation du travail et la red&#233;finition de ses finalit&#233;s. Travailler plus longtemps sans changer le travail est une aberration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Voir le chiffrage : &#171; &lt;a href=&#034;https://urlz.fr/kwo7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des retraites soutenables socialement et &#233;cologiquement&lt;/a&gt; &#187;, 11 janvier 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Hommage &#224; Fran&#231;ois Chesnais</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Hommage-a-Francois-Chesnais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Hommage-a-Francois-Chesnais</guid>
		<dc:date>2022-11-08T12:03:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Serfati, Dominique Plihon, Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Les n&#244;tres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais a &#233;t&#233; un compagnon de route fid&#232;le et pr&#233;cieux dont la pens&#233;e clairvoyante et les analyses du capitalisme, selon une grille d'analyse marxiste qu'il a cherch&#233; &#224; approfondir, nous ont beaucoup apport&#233;. En tant qu'&#233;conomiste &#224; l'OCDE, de 1962 &#224; 1992, il a coordonn&#233; des travaux sur le r&#244;le de la technologie. Il s'est ensuite particuli&#232;rement int&#233;ress&#233; &#224; l'industrie de l'armement. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devenu professeur associ&#233; &#224; l'Universit&#233; Paris 13, il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Gauche-politique-intellectuelle-et-debats-" rel="directory"&gt;Gauche politique, intellectuelle et d&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Les-notres-145-+" rel="tag"&gt;Les n&#244;tres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton54703-4d35e.jpg?1674685062' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais a &#233;t&#233; un compagnon de route fid&#232;le et pr&#233;cieux dont la pens&#233;e clairvoyante et les analyses du capitalisme, selon une grille d'analyse marxiste qu'il a cherch&#233; &#224; approfondir, nous ont beaucoup apport&#233;. En tant qu'&#233;conomiste &#224; l'OCDE, de 1962 &#224; 1992, il a coordonn&#233; des travaux sur le r&#244;le de la technologie. Il s'est ensuite particuli&#232;rement int&#233;ress&#233; &#224; l'industrie de l'armement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article64529&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu professeur associ&#233; &#224; l'Universit&#233; Paris 13, il a anim&#233; des travaux de recherche sur le capitalisme mondialis&#233; et le r&#244;le dominant de la finance, conduisant &#224; la publication en 1994 de La mondialisation du capital, un ouvrage dans lequel il analyse le r&#233;gime d'accumulation &#224; dominante financi&#232;re qui se met en place. Il a ensuite coordonn&#233; plusieurs ouvrages collectifs, en particulier La mondialisation financi&#232;re : gen&#232;se, co&#251;ts et enjeux (1994) r&#233;&#233;dit&#233; en 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais &#233;tait &#233;galement un observateur avis&#233; de l'Am&#233;rique latine et de ses crises, ce qui l'a notamment amen&#233; &#224; publier en 2002 Que se vayan todos ! Le peuple argentin se soul&#232;ve. Sa curiosit&#233; et son esprit de recherche lui avaient fait saisir tr&#232;s t&#244;t l'importance de lier l'&#233;cologie &#224; la question sociale. Ainsi, il n'a jamais abandonn&#233; la perspective de d&#233;passer les rapports sociaux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais &#233;tait un militant actif . Il fut en 1995 un des fondateurs de la revue Carr&#233; rouge et participa &#224; la fondation du NPA en 2009. Il &#233;t&#233; un membre actif d'Attac et de son conseil scientifique d&#232;s sa cr&#233;ation. Il a publi&#233; dans les revues d'Attac Grains de sable, puis r&#233;cemment dans Les Possibles, gardant jusqu'&#224; la fin un regard sans concession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey, Dominique Plihon, Claude Serfati&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les obs&#232;ques de Fran&#231;ois Chesnais auront lieu mardi 8 novembre &#224; 16h, au cimeti&#232;re du P&#232;re Lachaise, Paris 20e , salle Maum&#233;jean&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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