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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le travail reproductif comme enjeu strat&#233;gique</title>
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		<dc:creator>Fanny Gallot, Hugo Harari-Kermadec</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-24</dc:subject>
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		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

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&lt;p&gt;On red&#233;couvre depuis quelques ann&#233;es ce fait simple que la domination du capital ne s'arr&#234;te pas aux portes des entreprises et que, sans travail reproductif, l'&#233;conomie capitaliste cesserait de fonctionner. Mais a-t-on suffisamment saisi cette dimension comme un enjeu strat&#233;gique fondamental pour une gauche aspirant &#224; rompre avec le capitalisme ? &lt;br class='autobr' /&gt; 11 mars 2026 | tir&#233; de contretemps.eu https://www.contretemps.eu/au-coeur-du-capital &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Le c&#339;ur du Capital. Ces travailleuses de l'ombre qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/femmes_et_menage-279f0.png?1781077655' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On red&#233;couvre depuis quelques ann&#233;es ce fait simple que la domination du capital ne s'arr&#234;te pas aux portes des entreprises et que, sans travail reproductif, l'&#233;conomie capitaliste cesserait de fonctionner. Mais a-t-on suffisamment saisi cette dimension comme un enjeu strat&#233;gique fondamental pour une gauche aspirant &#224; rompre avec le capitalisme ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 mars 2026 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/au-coeur-du-capital&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/au-coeur-du-capital&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&#034;https://editions.u-pariscite.fr/le-coeur-du-capital-ces-travailleuses-de-lombre-qui-font-tourner-le-monde/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le c&#339;ur du Capital. Ces travailleuses de l'ombre&lt;/a&gt; qui font tourner le monde (Universit&#233; Paris Cit&#233; &#201;ditions, 2026), Fanny Gallot et Hugo Harari-Kermadec se penchent sur les femmes peu visibles, peu consid&#233;r&#233;es, mal r&#233;mun&#233;r&#233;es, qui effectuent le travail de reproduction de la soci&#233;t&#233;, et sans qui il n'y aurait ni force de travail, ni d'&#233;conomie ; bref, ces femmes qui constituent le &#171; c&#339;ur &#187; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croisant f&#233;minismes, &#233;conomie et luttes sociales, le livre, &#233;crit pour un large public, envisage les enjeux th&#233;oriques et strat&#233;giques du travail reproductif. Nous en publions ici un extrait. Des rencontres autour du livre sont &lt;a href=&#034;https://pcc.hypotheses.org/category/travail-reproductif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'ores et d&#233;j&#224; pr&#233;vues&lt;/a&gt;. On pourra prolonger cette lecture avec les dossiers de Contretemps : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/dossier-genre-feminisme-patriarcat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;faire le genre, refaire le f&#233;minisme&lt;/a&gt; &#187; et &#171; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/dossiers/feminisme-marxisme-exploitation-travail-theories-reproduction-sociale/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;F&#233;minisme et th&#233;ories de la reproduction sociale&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre 3 : La reproduction en gr&#232;ve ! Lutter depuis le travail reproductif pour repenser le monde ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Institutionnaliser le travail reproductif &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire qu'une t&#226;che, notamment domestique, est un travail, c'est avant tout souligner qu'elle est utile &#224; quelqu'un d'autre que celui qui la r&#233;alise. C'est ce qu'affirme Delphy, dans L'ennemi principal : &#171; Selon nous, seuls peuvent &#234;tre appel&#233;s travail gratuit [en fait, travail tout court] les services fournis &#224; autrui. &#187; C'est bien la pr&#233;paration d'un repas par une femme pour son conjoint et ses enfants qui constitue un travail, pas celui qu'elle pr&#233;parerait pour elle-m&#234;me si elle vivait seule. En pr&#233;parant le repas, elle d&#233;gage du temps &#224; son conjoint, qui est donc disponible pour travailler ou se reposer. Mais si elle le pr&#233;pare pour elle-m&#234;me, elle ne d&#233;gage aucun temps pour personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail reproductif sous sa forme domestique est bien un travail parce qu'il est r&#233;alis&#233; pour quelqu'un d'autre. Mais pas n'importe qui : il n'est r&#233;alis&#233; que pour les membres de la famille (mari, enfants). En ce sens, ce travail demeure li&#233; aux personnes pour les&#173;quelles il est accompli : il n'est ni s&#233;par&#233; de la relation familiale ni transform&#233; en objet ou en marchandise. C'est dans une certaine mesure toujours vrai pour les activit&#233;s qui demandent de prendre soin d'autrui, qui engagent un rapport interpersonnel direct. Mais ce travail reproductif domestique, non r&#233;mun&#233;r&#233;, ne peut pas &#234;tre effectu&#233; dans son organisation actuelle &#224; grande &#233;chelle, au-del&#224; du cercle familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s diff&#233;rent pour le travail reproductif r&#233;mun&#233;r&#233; : les enseignantes, les aides-soignantes, ou les femmes de m&#233;nage produisent du travail reproductif pour des personnes sans entretenir de relations interpersonnelles au pr&#233;alable avec elles, donc &#224; une &#233;chelle plus large que le cercle familial. Cela participe &#224; d&#233;connecter ces t&#226;ches de leur dimension personnelle, et cette d&#233;personnalisation du travail r&#233;mun&#233;r&#233; sous le capitalisme est partie prenante du mal-&#234;tre au travail (perte de sens, ali&#233;nation). Or, cette d&#233;connexion est une condition n&#233;cessaire : si l'on souhaite reconna&#238;tre une valeur &#233;conomique au travail reproductif domestique dans le cadre familial et lui accorder une r&#233;mun&#233;ration, cela veut dire qu'il devient &#233;changeable contre tout autre type de travail r&#233;mun&#233;r&#233;. Il doit &#234;tre suffisamment abstrait, social, pour que le produit de ce travail puisse &#234;tre &#233;changeable contre de l'argent, comme le travail dans le secteur marchand (lors d'un achat) ou dans les services publics (imp&#244;ts). C'est d'ailleurs un point qui fait d&#233;bat entre les courants f&#233;ministes marxistes : comment se produirait l'objectification du travail domestique ? Comment la pr&#233;paration d'un repas pour sa famille ou le fait d'aller faire les courses pourrait-il &#234;tre rendu comparable &#224; tout travail dans le secteur marchand ? Combien de repas faudrait-il pr&#233;parer pour produire autant de valeur qu'une fourn&#233;e de baguettes du boulanger ou deux iPhones ? Le march&#233; et les institutions de la fonction publique assurent ce processus d'abstraction et de valorisation, c'est-&#224;-dire d'organisation et de mise en &#233;quivalence du travail &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;, mais cela n'existe pas pour l'instant pour le travail domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour aller plus loin&lt;/strong&gt; | &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/pour-greve-feministe-koechlin/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour la gr&#232;ve f&#233;ministe !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait alors institutionnaliser ce travail, c'est-&#224;-dire lui donner une forme symbolique et une organisation suffisamment g&#233;n&#233;rale pour &#234;tre com&#173;parable d'une famille &#224; une autre, et avec d'autres types de travail, dans d'autres secteurs. Bien s&#251;r, puisque le marxisme analyse avant tout l'&#233;conomie capitaliste, on est conduit &#224; penser qu'il n'y a pas d'autre option que de tout marchandiser, ou de ne rien r&#233;mun&#233;rer. On peut n&#233;anmoins &#234;tre plus ima&#173;ginatif, &#224; partir des formes de travail reproductif r&#233;mun&#233;r&#233;es, mais non marchandes, d&#233;j&#224; existantes. Une large partie de l'&#233;ducation des enfants, du tra&#173;vail pour les soigner ou les nourrir est d&#233;j&#224; assur&#233;e de fa&#231;on socialis&#233;e : c'est ce qui est assur&#233; dans le cadre de l'&#201;ducation nationale ou de la sant&#233; publique. Il existe aussi des formes socialis&#233;es moins &#233;tatiques, comme l'&#233;ducation populaire. Certaines activit&#233;s au domicile pourraient l'&#234;tre &#233;galement, et le sont d&#233;j&#224; en partie : le travail domestique r&#233;mun&#233;r&#233; l'est &#224; moi&#173;ti&#233; par du cr&#233;dit d'imp&#244;t (par le dispositif du ch&#232;que emploi-service, l'&#201;tat prend en charge la moiti&#233; du co&#251;t du travail de m&#233;nage, de garde d'enfant ou de jardinage, permettant ainsi aux classes moyennes et sup&#233;rieures de se d&#233;charger d'une grande partie du travail domestique sur fonds publics). Le travail de soin au domicile (infirmi&#232;res, aides-soignantes) est pris en charge par la S&#233;curit&#233; sociale. On pourrait augmenter le taux de prise en charge &#224; 100 %, assu&#173;rer un emploi p&#233;renne et un temps complet &#224; ceux et surtout celles qui les assurent et instituer ainsi un service public du travail reproductif domestique, couvrant une large partie de ce travail. Donner de nouvelles institutions au travail reproductif, ce n'est donc pas seulement reconna&#238;tre une valeur &#233;conomique l&#224; o&#249; l'on n'en cherchait pas, c'est aussi changer en retour ce travail, et c'est ce que per&#173;mettent d'appr&#233;hender les mobilisations pour la cr&#233;ation de services publics, comme c'est le cas, notamment, pour la petite enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des mobilisations donne de nombreux exemples de luttes pour de telles institutionnalisations du travail reproductif. Dans les ann&#233;es 1970 en France, oppos&#233;es &#224; la r&#233;mun&#233;ration du travail domestique, des militantes demandent plut&#244;t une meilleure r&#233;partition des t&#226;ches dans le couple et un engagement de l'&#201;tat via des structures collectives. C'est ainsi qu'est pens&#233;e la socialisation du travail domestique : puisqu'il faut bien le faire, sortons au maximum ce travail du domicile, pour qu'il ne s'agisse plus d'une affaire priv&#233;e, familiale, mais plut&#244;t d'une affaire sociale, d'un travail organis&#233; collectivement et donc pay&#233;, encadr&#233; par le droit du travail. La revendication peut s'appuyer sur un changement dans la participation des femmes au march&#233; du travail : elles reprennent d&#233;sormais de plus en plus une activit&#233; professionnelle apr&#232;s leurs maternit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, malgr&#233; une l&#233;g&#232;re hausse du nombre de cr&#232;ches, l'offre reste largement insuffisante, comme le relate l'historienne Liane Moz&#232;re. Dans les an&#173;n&#233;es 1970, l'Union des femmes fran&#231;aises d&#233;nonce ce d&#233;ficit et formule plusieurs revendications, reprises et amplifi&#233;es par la CGT et la CFDT. La CGT insiste sur la responsabilit&#233; patronale dans la cr&#233;ation de cr&#232;ches, tandis que la CFDT int&#232;gre cette question dans une approche globale du cadre de vie. En 1975, l'exemple de la Caisse nationale de s&#233;curit&#233; sociale militaire (CNSSM) de Toulon illustre une victoire syndicale concr&#232;te, avec la cr&#233;ation d'une cr&#232;che cofinanc&#233;e par l'employeur et la municipalit&#233;. Aujourd'hui, le nombre de cr&#232;ches continue d'&#234;tre insuffisant, tout comme la reconnaissance du tra&#173;vail des auxiliaires de pu&#233;riculture. Dans ce m&#233;tier typique de l'assignation du travail reproductif aux femmes, on attend des professionnelles qu'elles fassent preuve d'attachement, voire d'amour, &#224; l'&#233;gard des enfants, ce qui rend, selon la sociologue Eve Meuret-Campfort, difficile l'expression de la p&#233;nibilit&#233; du travail, tout comme sa reconnaissance, et donc sa valorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un moment particulier, en 2020, la pand&#233;&#173;mie a mis en lumi&#232;re les d&#233;faillances &#233;tatiques aux quatre coins du monde. Ainsi, en Uruguay, pour faire face &#224; la crise sanitaire et &#233;conomique, des centaines d'initiatives communautaires ont &#233;merg&#233; &#224; travers tout le pays. Loin de dispara&#238;tre apr&#232;s la premi&#232;re vague, ces initiatives se sont renforc&#233;es, organis&#233;es en r&#233;seau et ont revendiqu&#233; autonomie, solidarit&#233; et dignit&#233;. Elles s'appuient principalement sur des femmes issues des quartiers populaires, organis&#233;es autour de liens de voisinage et de solidarit&#233; locale. Ces ollas populares [cantines populaires] sont pr&#233;sen&#173;t&#233;es non seulement comme des r&#233;ponses &#224; la faim, mais aussi comme des espaces de cr&#233;ation collective, de r&#233;sistance et de reconfiguration du lien social. Selon la sociologue Anabel Rieiro et ses coauteur&#183;ices, ces femmes revendiquent une reconnaissance du tra&#173;vail de soin communautaire et d&#233;noncent la division sexu&#233;e et raciale du travail. Certaines de ces cantines reconnues et prises en charge financi&#232;rement, au moins temporairement, par les municipalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes pour la reconnaissance, la r&#233;mun&#233;ra&#173;tion ou la socialisation du travail reproductif posent plusieurs questions : qui prend en charge les besoins fondamentaux, dans quelles conditions, avec quelles ressources, et avec quelle reconnaissance sociale ? Qu'il s'agisse d'allocations, de cr&#232;ches, de revenus garantis ou de reconnaissance du travail communau&#173;taire, ces revendications s'adressent principalement &#224; l'&#201;tat comme acteur central de la redistribution, tout en r&#233;v&#233;lant les in&#233;galit&#233;s persistantes selon la classe, la race et la configuration familiale. Si elles n'&#233;puisent pas toutes les dimensions du travail reproductif, elles contribuent &#224; en d&#233;voiler la centralit&#233;, &#224; en politiser les formes, et &#224; faire &#233;merger des alternatives au mod&#232;le familial h&#233;t&#233;rosexuel normatif. Car chaque gr&#232;ve produit une pens&#233;e politique propre, in&#233;dite. En Argentine, la gr&#232;ve internationale des femmes marque ainsi un tournant irr&#233;versible : elle a pro&#173;fond&#233;ment chang&#233; la mani&#232;re dont les participantes per&#231;oivent le monde, les autres et elles-m&#234;mes. La chercheuse et th&#233;oricienne argentine Ver&#243;nica Gago pr&#233;cise en 2015, dans son livre La puissance f&#233;ministe, que cela vaut autant d'un point de vue analytique (parce qu'elle rend visibles certaines formes de travail et de production de valeur), que pratique (c'est parce qu'elle &#171; nous permet de nous d&#233;passer, de repousser les limites de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, de nos d&#233;sirs, [qu']elle provoque un change&#173;ment historique &#224; l'&#233;gard de la position des victimes et des exclues &#187;, p. 15). Autrement dit, le processus de la gr&#232;ve favorise la fabrication collective d'exp&#233;riences alternatives &#233;minemment politiques qui d&#233;passent le cadre du travail, dans la mesure o&#249; elles remettent en cause un mode de vie. La suspension des activit&#233;s permet de politiser la distinction entre travail et non-travail, et de contester l'assignation des femmes &#224; certaines t&#226;ches, par l'&#233;mancipation. Car la gr&#232;ve f&#233;ministe ne se r&#233;duit pas &#224; l'interruption d'une activit&#233; professionnelle : elle soul&#232;ve imm&#233;diatement la question de la reproduction de la force de travail. Elle met en relation des dimensions que le capitalisme tend &#224; s&#233;parer, en particulier en fragmentant et en dissociant le travail reproductif. En ce sens, la gr&#232;ve f&#233;ministe permet de r&#233;unir ces activit&#233;s, en souli&#173;gnant leur unit&#233; et leur interd&#233;pendance. Ce faisant, elle rend visible le fait que ce qui est habituellement disjoint &#8211; travail domestique gratuit, travail salari&#233;, t&#226;ches communautaires ou b&#233;n&#233;voles &#8211; constitue en r&#233;alit&#233; un m&#234;me ensemble dont d&#233;pend la possibilit&#233; m&#234;me de vivre collectivement. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Construire une autre soci&#233;t&#233; : du travail reproductif en soi au travail reproductif pour soi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, penser le travail depuis la reproduction sociale, lutter depuis le travail reproductif, c'est aussi constituer un contre-pouvoir. Se revendiquer travailleur&#183;ses de la reproduction sociale, c'est affir&#173;mer que l'on peut reprendre le contr&#244;le sur ce travail et le transformer. Puisque ce travail est au c&#339;ur de l'&#233;conomie capitaliste, ce contre-pouvoir pourrait donc prendre une place tout &#224; fait centrale dans la soci&#233;t&#233;, et marquer l'histoire sociale et politique, comme l'a fait &#224; une autre &#233;poque la classe ouvri&#232;re &#224; partir du travail industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de distinguer le travail domestique gratuit d'une part et travail salari&#233; d'autre part, nous avons fait le pari que l'on comprend mieux le travail en partant des continuit&#233;s entre les diff&#233;&#173;rentes formes du travail reproductif. Cette approche par les continuit&#233;s permet de penser plus facilement la reconnaissance &#233;conomique du travail reproductif, puisqu'une bonne part est d&#233;j&#224; reconnue comme telle : sous une forme marchandis&#233;e, dans un service public ou une association, des millions de femmes, et aussi beaucoup d'hommes, occupent contre r&#233;mun&#233;ration des emplois dans l'&#233;ducation, la sant&#233;, l'alimentation ou la culture. Cette approche permet &#233;galement de s'inspirer des mobilisations et des victoires pass&#233;es pour imaginer comment formu&#173;ler des revendications de reconnaissance &#233;conomique du travail reproductif encore ignor&#233;, c'est-&#224;-dire comment instituer une valeur pour ce travail, l&#224; o&#249; il n'en a pas. L&#224; o&#249; il en a, sa valeur est le plus souvent incompl&#232;te, du fait de la br&#232;che salariale entre hommes et femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attribuer une juste valeur au travail reproductif n'est donc pas un nouveau front qui demanderait de nouvelles organisations &#224; c&#244;t&#233; des syndicats, ou une revendication de plus &#224; porter : ce sont les m&#234;mes personnes, les travailleur&#183;ses, autour des m&#234;mes questions, le revenu du travail ; mais dans une ac&#173;ception plus large du travail, qui permet d'imaginer des rapports de force plus larges &#233;galement. C'est ce que les gr&#232;ves f&#233;ministes en Suisse ou en Espagne ont pu d&#233;montrer. Le travail reproductif est d'abord un travail concret, la reproduction mat&#233;rielle de la force de travail. Mais c'est aussi un travail abstrait, plus collectif et institutionnel, politique, c'est le travail de reproduction de la relation de travail salari&#233;, la reproduction d'&#234;tres humains comme travailleur&#183;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail reproductif, objectivement d&#233;limit&#233; par son utilit&#233; pour le capital, nous l'appelons travail reproductif en soi, comme Marx appelait classe ou&#173;vri&#232;re en soi l'ensemble des travailleur&#183;ses, lorsqu'iels &#233;taient froidement analys&#233;&#183;es &#224; travers leur r&#244;le dans l'&#233;conomie capitaliste. Mais pour devenir un acteur politique, selon Marx, cette classe devait prendre conscience d'elle-m&#234;me et de son pouvoir collectif, en se dotant d'organisations, de syndicats, de partis politiques : devenir classe pour soi. La classe ouvri&#232;re &#233;tait ainsi invit&#233;e &#224; mieux faire face au capital et m&#234;me &#224; sortir de sa d&#233;pendance vis-&#224;-vis de celui-ci, &#224; s'&#233;manciper de sa d&#233;finition originelle pour aller vers une soci&#233;t&#233; de travailleur&#183;ses sans employeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;velopper l'aspect abstrait, institutionnel, du travail reproductif, c'est le subvertir : il s'agirait de reproduire des &#234;tres humains, sans les reproduire comme force de travail au service du capital, c'est-&#224;-dire envisager le travail reproductif pour soi, plut&#244;t qu'en soi. Le travail reproductif pour soi, ce serait la r&#233;appropriation de cette force de travail au profit de celles et ceux qui l'exercent, plut&#244;t qu'au profit du capital, en se constituant en tant que classe, et en tant que force collective et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors reconsid&#233;rer de nombreuses distinc&#173;tions qui ont &#233;t&#233; faites jusqu'ici, ou plut&#244;t les mener plus avant en reprenant ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme du travail reproductif en soi ou pour soi. D'un point de vue strictement &#233;conomique, la question de l'entretien des retrait&#233;&#183;es est la plus massive, tel qu'on l'a quantifi&#233; dans le deuxi&#232;me chapitre. Puisque les retrait&#233;&#183;es ne font plus partie de la force de travail pour leur ancien employeur, nous avions &#233;tabli que le travail qui produisait les biens et services achet&#233;s avec les pensions de retraite, que le travail des aides &#224; domicile, des personnels des Ehpad, etc., n'&#233;tait pas du travail reproductif en soi ; mais il peut faire partie d'un travail reproductif pour soi. En effet, comme sujet collectif, comme classe sociale mobilis&#233;e, les travailleur&#183;ses de la reproduction peuvent revendiquer qu'il n'est acceptable de travailler aujourd'hui qu'&#224; la condition d'avoir droit &#224; une retraite demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il ne s'agit pas seulement d'en&#173;visager le travail reproductif comme les autres formes de travail, mais bien de repenser fondamentalement la notion m&#234;me de travail et sa perception : en soi, le travail reproductif a fait l'objet de th&#233;orisations f&#233;ministes permettant de penser sa centralit&#233; &#233;co-nomique. La multiplication des luttes qui s'y rapportent r&#233;v&#232;le l'acc&#233;l&#233;ration de la crise de la reproduction sociale &#224; l'&#233;chelle mondiale, &#224; laquelle l'extr&#234;me droite tente de r&#233;pondre dans une perspec&#173;tive autoritaire, raciste, antif&#233;ministe, libertarienne. Envisag&#233; pour soi, le travail reproductif est au contraire susceptible de constituer le ferment d'une soci&#233;t&#233; alternative. En effet, dans la dynamique de la contestation, la d&#233;finition de ce travail reproductif, que les acteur&#183;ices s'approprieraient, est susceptible de changer pour ne plus tant reproduire la force de travail pour le capital, mais plut&#244;t reproduire une vie d&#233;barrass&#233;e de la logique de l'accumulation et favo&#173;riser l'habitabilit&#233; de notre plan&#232;te &#224; moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silvia Federici d&#233;finit ainsi le &#171; double caract&#232;re du travail reproductif &#187; : le travail reproductif est utile au capital, mais on ne peut pas le r&#233;duire &#224; cette seule utilit&#233;. Il s'agit d'aller au-del&#224; d'une revendication &#233;conomique telle qu'elle existe dans le capitalisme, vers la construction d'une institu&#173;tionnalisation propre au travail reproductif. Plut&#244;t que de faire bouger la ligne entre productif et reproductif &#8211; ou marchandiser encore davantage des secteurs reproductifs &#8211;, cette analyse permet de concevoir autrement l'&#233;conomie, sous des formes qui seraient propres aux secteurs reproductifs, et elle permet d'&#233;largir les exemples d&#233;j&#224; existants de ces mod&#232;les (comme les services publics). Elle permet &#233;galement de produire une subjectivit&#233; politique aux travailleur&#183;ses de la reproduction sociale, ce qui implique tout d'abord de repenser cette classe sociale comme cat&#233;gorie politique. Alors, existe-t-elle, cette dynamique de constitution d'un sujet collectif, d'un groupe qui se dote d'une identit&#233; commune et d'un projet social et politique, d'une classe de la repro&#173;duction sociale ? On peut en chercher la pr&#233;sence dans les mobilisations, &#224; travers les droits sociaux acquis ou revendiqu&#233;s, et dans les exp&#233;rimentations d'organisation alternative du travail.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>France - L'&#233;ducation &#224; l'&#233;galit&#233; des sexes et des sexualit&#233;s : le c&#339;ur de la contre-offensive r&#233;actionnaire </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/France-L-education-a-l-egalite-des-sexes-et-des-sexualites-le-coeur-de-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/France-L-education-a-l-egalite-des-sexes-et-des-sexualites-le-coeur-de-la</guid>
		<dc:date>2024-10-15T07:03:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Ropiteaux, Fanny Gallot</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-10-15</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tandis que de nouveaux programmes relatifs &#224; l'&#201;ducation &#224; la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) sont &#233;labor&#233;s, l'offensive r&#233;actionnaire s'est reconfigur&#233;e depuis La manif pour tous (LMPT) qui avait obtenu le retrait des ABCD de l'&#233;galit&#233; en 2013-2014. Fanny Gallot et C&#233;cile Ropiteaux font le point sur les &#233;l&#233;ments de langage, modalit&#233;s d'action et la port&#233;e de ces groupes pour mieux les combattre [1]. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de la revue Contretemps 10 octobre 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Fanny Gallot et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-10-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-10-15&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/vs8b5268-1404477106-c91c5.jpg?1781104758' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tandis que de nouveaux programmes relatifs &#224; l'&#201;ducation &#224; la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) sont &#233;labor&#233;s, l'offensive r&#233;actionnaire s'est reconfigur&#233;e depuis La manif pour tous (LMPT) qui avait obtenu le retrait des ABCD de l'&#233;galit&#233; en 2013-2014. Fanny Gallot et C&#233;cile Ropiteaux font le point sur les &#233;l&#233;ments de langage, modalit&#233;s d'action et la port&#233;e de ces groupes pour mieux les combattre [1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
10 octobre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Fanny Gallot et C&#233;cile Ropiteaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2024, l'&#201;ducation nationale a fait conna&#238;tre son projet de nouveaux programmes pour l'&#201;ducation &#224; la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) et le 10 septembre, le Conseil &#233;conomique, social et environnemental (Cese) a publi&#233; &lt;a href=&#034;https://www.lecese.fr/travaux-publies/eduquer-la-vie-affective-relationnelle-et-sexuelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un rapport&lt;/a&gt;pour alerter sur le manque de cours d'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; dans les &#233;tablissements scolaires [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, une myriade de groupes conservateurs voire d'extr&#234;me droite s'insurge par voie de tracts distribu&#233;s devant des &#233;coles, de lettres de mise en demeure, de mails envoy&#233;s aux directeur&#183;trices des &#233;coles ou aux chef&#183;fes d'&#233;tablissements : SOS &#233;ducation a lanc&#233; une p&#233;tition intitul&#233;e &#171; A l'&#233;cole, enseignez-moi les divisions, pas l'&#233;jaculation &#187; qui a recueilli plus de 70 000 signatures. Selon les informations de la FSU-SNUipp, dans un tract distribu&#233; dans plusieurs d&#233;partements (16, 33, 39, 44, 64, 72, 90), l'arr&#234;t imm&#233;diat du projet d'&#233;laboration d'un programme est demand&#233; [3] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Plusieurs collectifs et associations se regroupent pour vous informer du programme EVARS (&#201;ducation &#224; la vie Affective, Relationnelle et Sexuelle d&#232;s la maternelle) ; de tr&#232;s nombreux signalements d'enfants et adolescents gravement choqu&#233;s, traumatis&#233;s par les informations &#224; caract&#232;re sexuel et pornographique nous sont parvenus. [&#8230;] Ce programme impos&#233; par l'&#201;ducation Nationale ne prot&#232;ge pas les enfants, au contraire il les expose et les fragilise. [&#8230;] Nous demandons l'arr&#234;t imm&#233;diat de ce programme ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la rentr&#233;e 2023, la pression de ses groupes s'intensifie du moins via les r&#233;seaux sociaux. Plus tout &#224; fait les m&#234;mes qu'en 2013-2014, ils s'inscrivent n&#233;anmoins dans leur continuit&#233;. L'ambition de cette contribution est de revenir sur la s&#233;quence 2013-2014 avant de pr&#233;ciser les &#233;l&#233;ments de langage actuels de ces groupes ainsi que leurs modes op&#233;ratoires pour mieux les combattre et emp&#234;cher le retrait du programme EVARS, ou sa r&#233;&#233;criture qui viserait &#224; fermer le champ des possibles dans une approche naturalisante h&#233;t&#233;rocentr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2013-2014 : contre la dite &#171; Th&#233;orie du genre &#187; : &#171; Touche pas &#224; mes st&#233;r&#233;otypes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 2013, apr&#232;s la d&#233;faite de sa mobilisation contre la loi ouvrant le mariage &#224; tous les couples, la (mal nomm&#233;e)&lt;i&gt; Manif pour tous &lt;/i&gt; a pris pour cible l'&#233;cole publique, et plus pr&#233;cis&#233;ment les &lt;i&gt;ABCD de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;. Ce dispositif, destin&#233; &#224; lutter contre les st&#233;r&#233;otypes de genre &#224; l'&#233;cole primaire, avait &#233;t&#233; mis en place dans 600 classes &#224; titre exp&#233;rimental, &#224; l'initiative du Minist&#232;re des Droits des Femmes et du Minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale. D&#232;s la rentr&#233;e de septembre, dans plusieurs d&#233;partements, des tracts ont commenc&#233; &#224; circuler, d&#233;non&#231;ant les m&#233;faits de la pr&#233;tendue &#171; &lt;i&gt;th&#233;orie du genre&lt;/i&gt; &#187;. Ces tracts &#233;taient distribu&#233;s par des collectifs de parents auto-proclam&#233;s, des associations catholiques traditionalistes, ou des groupuscules de type &#171; veilleurs &#187; ou &#171; vigi-gender &#187;, issus de &lt;i&gt;La Manif Pour Tous &lt;/i&gt; (LMPT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique de ces tracts est un m&#233;lange de mensonges, d'exag&#233;rations, de glissements de sens, de d&#233;tournements, de phrases extraites de leur contexte&#8230; Les groupes &#224; l'&#339;uvre se posent en d&#233;fenseurs de &#171; &lt;i&gt; la compl&#233;mentarit&#233; des sexes &lt;/i&gt; &#187;, dans une posture essentialiste. Ceci va &#234;tre symbolis&#233; par les couleurs rose et bleu, d&#233;clin&#233;es jusqu'&#224; la naus&#233;e ! Ils &#233;voquent &#171; &lt;i&gt; l'&#234;tre&lt;/i&gt; &#187; et la &#171; &lt;i&gt; nature &lt;/i&gt; &#187; (implicitement divine) des femmes et des hommes, comme si l'individu&#183;e n'&#233;tait pas une construction sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils amalgament volontairement les ABCD, dispositif institutionnel, avec un travail syndical men&#233; par la FSU-SNUipp &#171; &lt;a href=&#034;https://www.snuipp.fr/actualites/posts/eduquer-contre-l-homophobie-des-l-ecole-primaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;duquer contre l'homophobie d&#232;s l'&#233;cole primaire&lt;/a&gt; &#187;, qui va plus loin dans la d&#233;construction des st&#233;r&#233;otypes et souhaite mettre en &#339;uvre une n&#233;cessaire banalisation de l'homosexualit&#233; : ils tentent ainsi de jeter le discr&#233;dit sur toutes les actions d'&#233;ducation &#224; l'&#233;galit&#233; et de lutte contre les discriminations que l'&#233;cole peut mener, et remettent en cause l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233;. Ils d&#233;noncent les m&#233;thodes qualifi&#233;es de &#171; &lt;i&gt;totalitaires&lt;/i&gt; &#187; de l'&#201;ducation nationale, le fait que les parents seraient tenus &#224; l'&#233;cart, et revendiquent que l'&#233;cole ne s'occupe que d'instruction. Il est m&#234;me clairement pr&#233;cis&#233; qu'elle n'est pas l&#224; pour lutter contre les in&#233;galit&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains discours, plus subtils, semblent faire des concessions au constructivisme &#171; &lt;i&gt;On ne na&#238;t pas femme, on le devient&lt;/i&gt; &#187;, et pr&#233;tendent s'opposer aux discriminations. C'est en fait pour exprimer alors une homophobie plus feutr&#233;e, moins outranci&#232;re, qui consid&#232;re les personnes LGBT comme inf&#233;rieures [4]. L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est pr&#233;sent&#233;e comme la seule sexualit&#233; &#171; &lt;i&gt; naturelle&lt;/i&gt; &#187; et &#233;panouissante, car f&#233;conde. Dans l'ensemble de ces tracts, les revendications d'&#233;galit&#233; sont associ&#233;es, n&#233;gativement, &#224; de l'individualisme. Il est par ailleurs question de &#171; &lt;i&gt;contr&#244;le totalitaire des cerveaux&lt;/i&gt; &#187;, d'&#171; &lt;i&gt;enseignant&#183;es gauchistes aux m&#339;urs d&#233;prav&#233;es voulant corrompre la jeunesse &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les convergences de vocabulaire et d'arguments fallacieux montrent que, derri&#232;re la multiplicit&#233; des appellations, m&#234;me si les relais sont divers et vari&#233;s, on est dans la plus pure tradition des discours de l'extr&#234;me-droite contre l'&#233;cole publique et la&#239;que ! On a bien affaire &#224; un r&#233;seau, alliant droite traditionaliste et extr&#234;mes droites. LMPT a &#233;t&#233; l'occasion d'&#233;tablir des passerelles, des rapprochements, comme entre l'UNI [5] et les Identitaires, allant de fanatiques religieux de tous bords, jusqu'&#224; la droite plus traditionnelle, depuis les convaincu&#183;es de l'essentialisme, pour qui &#171; LA &#187; femme doit rester &#224; &#171; sa &#187; place, jusqu'aux &#233;lu&#183;es embrayant par opportunisme &#233;lectoraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela viennent s'ajouter les ennemi&#183;es de l'&#233;cole publique et les tenant&#183;es de l'anti-p&#233;dagogisme. L'emploi du mot &#171; gender &#187; dans les argumentaires r&#233;actionnaires rel&#232;ve du sexisme et des LGBTphobies, mais aussi de l'anti-am&#233;ricanisme et l'anti-intellectualisme. On retrouve tr&#232;s souvent aussi une dimension complotiste : des &#171; lobbies &#187; &#339;uvreraient &#224; la promotion d'une suppos&#233;e &#171; th&#233;orie du genre &#187;. Derri&#232;re la d&#233;fense de la mythique compl&#233;mentarit&#233; des sexes se cache le refus de l'&#233;galit&#233;. En effet, dans la vision binaire du monde de ces groupes, le masculin est assimil&#233; au principe actif et &#224; la sph&#232;re publique ; aux femmes la passivit&#233; et la sph&#232;re domestique. R&#233;partition &#244; combien hi&#233;rarchique, qui est &#224; la source m&#234;me des in&#233;galit&#233;s, et nourrit la domination patriarcale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les m&#234;mes qui s'opposent &#224; l'avortement, au partage du cong&#233; parental, etc. Leur crainte de &#171; l'indiff&#233;renciation &#187; masque leur refus de la diversit&#233;, ils pr&#244;nent en fait l'uniformit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de chaque cat&#233;gorie de sexe, exprimant homophobie et transphobie, et nient la r&#233;alit&#233; et la diversit&#233; des familles. Quant aux attaques contre l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233;, elles rel&#232;vent bien &#233;videmment de l'ordre moral, qui s'oppose &#224; l'&#233;mancipation des femmes et des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, en janvier 2014 les &lt;i&gt;Journ&#233;es de Retrait de l'&#201;cole&lt;/i&gt; (JRE) sont lanc&#233;es par Farida Belghoul et relay&#233;es par&lt;i&gt; &#201;galit&#233; et r&#233;conciliation&lt;/i&gt; et les r&#233;seaux li&#233;s &#224; la mouvance Dieudonn&#233;-Soral. Le sociologue Simon Massei souligne les &#171; in&#233;galit&#233;s de ressources et de capitaux d&#233;tenus par les militantes VigiGender et les JRE &#187;. Les premi&#232;res sont issues de la &#171; grande bourgeoisie &#233;conomique catholique, fortement dipl&#244;m&#233;es et r&#233;sidant dans les arrondissements centraux de Paris &#187; quand les secondes sont &#171; d'origine populaire, plus faiblement dipl&#244;m&#233;es, d&#233;class&#233;es pour certaines, et r&#233;sidant dans des communes moyennes ou populaires de la banlieue parisienne. &#187; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairement, si les aspirations de l'un et l'autre groupe se rejoignent ici ponctuellement, les enjeux sont diff&#233;rents. Comme l'&#233;crit Jo&#235;lle Magar-Brauner &#224; partir d'une &#233;tude de cas, &#171; si l'objet au c&#339;ur du rapport de force concerne l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233;, avec en filigrane une possible d&#233;stabilisation de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;, il s'y superpose la tension entre les r&#244;les &#233;ducatifs respectifs de l'&#233;cole et de la famille, greff&#233;e sur la question de la citoyennet&#233; dans un contexte de racialisation [notamment du sexisme] . &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, les ABCD sont enterr&#233;s en juillet 2014 et le&lt;i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.najat-vallaud-belkacem.com/2014/06/30/plan-daction-pour-legalite-entre-les-filles-et-les-garcons-a-lecole/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plan d'&#233;ducation &#224; l'&#233;galit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; par le minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale comme une g&#233;n&#233;ralisation des actions en faveur de l'&#233;galit&#233; des sexes, ne tiendra pas ses promesses faute de moyens et de &lt;a href=&#034;https://hal.science/hal-03297088/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;choix coh&#233;rents&lt;/a&gt;. Les attaques r&#233;actionnaires se poursuivent n&#233;anmoins, avec par exemple, en 2016, la brochure &lt;i&gt;Le genre en images&lt;/i&gt; (50 pages sur papier glac&#233; !), envoy&#233;e &#224; des centaines d'&#233;coles, et dans laquelle l'&#233;ducation &#224; l'&#233;galit&#233; et la lutte contre les discriminations sont discr&#233;dit&#233;es [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles reconfigurations des discours et des pratiques depuis 2023 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur le mod&#232;le des &lt;i&gt;Moms for Liberty&lt;/i&gt; (M4L), une organisation conservatrice &#233;tatsunienne menant une v&#233;ritable &#171; guerre culturelle &#187; autour des &#233;coles &#224; partir de &#171; campagnes agressives &#187; pour d&#233;noncer le &#171; wokisme &#224; l'&#233;cole &#187; [9], Eric Zemmour a lanc&#233; les &#171; Parents vigilants &#187; &#224; la rentr&#233;e 2023 : il s'agit de se pr&#233;senter aux &#233;lections de parents d'&#233;l&#232;ves pour lutter contre ce qui est qualifi&#233; de &#171; wokisme &#187; et de &#171; pros&#233;lytisme trans &#187;. Le contexte est diff&#233;rent : il est marqu&#233; par une forte contestation f&#233;ministe qui s'exprime &#233;galement m&#233;diatiquement. Les violences sexistes et sexuelles sont d&#233;nonc&#233;es, de m&#234;me que la culture du viol, tandis que, malgr&#233; les obstacles, les appels &#224; la gr&#232;ve f&#233;ministe du 8 mars sont davantage relay&#233;s. Les savoirs et les id&#233;es f&#233;ministes et LGBTQIA+ semblent en outre davantage appropri&#233;es par les plus jeunes [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la lame de fond ouvrant le champ des possibles, la panique morale s'accroit. Il n'est plus question de &#171; gender &#187;, mais de &#171; wokisme &#187;. LMPT s'est mu&#233;e en Syndicat de la famille tandis que des groupes d'abord constitu&#233;s dans les mouvances antivax r&#233;actionnaires se reconvertissent, &#224; l'image des &lt;i&gt;Mamans Louves&lt;/i&gt; qui a fait son apparition au moment du Covid. Les discours diffus&#233;s sont mensongers : &#171; Non &#224; l'apprentissage de la masturbation &#224; 4 ans, du changement de sexe &#224; 6 ans, de la fellation et de la sodomie &#224; 9 ans, de l'excitation sexuelle &#224; 12 &#187; ; &#171; Non &#224; l'incitation au consentement sexuel pr&#233;coce et au transgenrisme, non &#224; la transgression &#187; ; &#171; stop sexualit&#233; &#187;. Des deepfake circulent de fa&#231;on virale semant le doute chez de nombreux parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.parentsencolere.fr/2024/08/31/courrier-de-refus-a-la-participation-aux-seances-deducation-a-la-vie-affective-relationnelle-et-a-la-sexualite-et-ses-variantes-et-avis-dengagement-de-responsabilite-2024-parents-en-colere/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Certains groupes proposent m&#234;me&lt;/a&gt;en ligne des courriers de refus pour justifier l'absence des enfants aux s&#233;ances EVARS arguant que la sexualit&#233; rel&#232;ve de la vie priv&#233;e et familiale. Ces courriers multiplient les r&#233;f&#233;rences juridiques afin d'effrayer les chef&#183;fes d'&#233;tablissements et les directeur&#183;ices d'&#233;cole, les mena&#231;ant d'actions en justice au pr&#233;texte que l'&#233;ducation &#224; la vie affective et sexuelle ne respecterait ni la Convention Europ&#233;enne des Droits de l'Homme, ni la Convention Internationale des Droits de l'Enfant, ni le Code p&#233;nal, ni m&#234;me le Code de l'&#233;ducation. On imagine mal un minist&#232;re &#233;tablir un programme qui contreviendrait aux lois nationales et supranationales ! Et si on regarde d'un peu plus pr&#232;s les articles cit&#233;s, la baudruche se d&#233;gonfle ais&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait que certaines r&#233;f&#233;rences sont plus qu'approximatives, voire douteuses, tout l'argumentaire est bas&#233; sur l'id&#233;e que l'EVARS serait une incitation &#224; avoir des pratiques sexuelles, que les enfants seraient expos&#233;&#183;es &#224; des contenus pornographiques et &#224; une &#171; exaltation &#187; de la sexualit&#233;, bref qu'il s'agirait de corruption de mineur&#183;es et m&#234;me de harc&#232;lement sexuel. L'EVARS est &#233;galement qualifi&#233;e d'id&#233;ologie et rel&#232;verait alors d'un &#171; endoctrinement des enfants &#187;. Cette pr&#233;sentation d&#233;form&#233;e de l'EVARS ne correspond ni au contenu des programmes, ni &#224; la r&#233;alit&#233; de ce qui se passe dans les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discours se fondent sur la tension existante entre ce qui rel&#232;ve de l'&#201;cole et ce qui rel&#232;ve des familles : l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; rel&#232;verait de la sph&#232;re priv&#233;e et non de choix politiques et donc &#233;ducatifs. Tout d'abord, l'historien Yves Verneuil montre bien que cette tension n'est pas propre au XXIe si&#232;cle. A partir d'un corpus vari&#233; d'archives, il souligne que l'&#233;ducation sexuelle constitue &#171; une question chaude &#187;, d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle : les pol&#233;miques se rapportent g&#233;n&#233;ralement &#224; la &#171; perversion &#187; &#224; laquelle ces cours d'&#233;ducation sexuelle pourraient conduire les enfants et les adolescent&#183;es [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, le positionnement ad&#233;quat de l'institution ne consiste pas &#224; porter des jugements sur ce qui se fait dans les familles, ni m&#234;me &#224; aller &#224; l'encontre des choix des parents. Mais l'&#233;cole, comme les espaces o&#249; les enfants sont accueillis en dehors de l'&#233;cole ou sur les temps m&#233;ridiens dans le cadre d'une d&#233;l&#233;gation de service public, doit porter une parole propre en restant sur son terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nommer les choses, &#233;duquer &#224; la vie sexuelle, relationnelle et affective de mani&#232;re &#233;galitaire, ouvrir le champ des possibles, donner confiance aux &#233;l&#232;ves fait partie des missions de l'&#233;cole et de l'ensemble des &#233;ducateurs et &#233;ducatrices dans le cadre de l'apprentissage &#224; la citoyennet&#233;. Revoir nos pratiques enseignantes ou d'animation participe de la fabrication d'une soci&#233;t&#233; plus &#233;galitaire. L'&#233;ducation &#224; la vie affective, relationnelle et sexuelle est donc bien une des missions de l'&#233;cole : elle participe &#224; la construction de l'estime de soi et &#224; la pr&#233;vention des agressions et violences sexuelles, pour une sexualit&#233; &#233;panouie et &#233;galitaire pour toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le nouveau programme pr&#233;sent&#233; n'est pas parfait, il donne des outils aux enseignant&#183;es pour s'emparer de la question car les trois s&#233;ances par ans d'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; instaur&#233;es depuis 2001 ne sont toujours pas mises en &#339;uvre. Jusqu'&#224; r&#233;cemment, selon les chiffres de l'Inspection g&#233;n&#233;rale de l'&#233;ducation, du sport et de la recherche, moins de 15% des jeunes acc&#232;dent finalement &#224; cette information et &#224; cette &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coll&#232;gues se sentent en effet d&#233;sarm&#233;&#183;es, insuffisamment form&#233;&#183;es pour r&#233;pondre &#224; l'ensemble des questions alors m&#234;me que les enjeux sont importants : le sexisme reste pr&#233;gnant notamment chez les jeunes, comme le r&#233;v&#232;le &lt;a href=&#034;https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/stereotypes-et-roles-sociaux/travaux-du-hce/article/6eme-etat-des-lieux-du-sexisme-en-france-s-attaquer-aux-racines-du-sexisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le rapport du Haut conseil &#224; l'&#233;galit&#233;&lt;/a&gt;(HCE) de janvier 2024 ; les jeunes LGBT sont sujets &#224; &lt;a href=&#034;https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/sante-mentale/suicides-et-tentatives-de-suicide/documents/article/les-minorites-sexuelles-face-au-risque-suicidaire-en-france&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des d&#233;pressions et un risque de sur-suicidalit&#233;&lt;/a&gt;(harc&#232;lement, homophobie et/ou transphobie int&#233;rioris&#233;es, haine de soi) ; [Entre 2017 et 2022], plus de la moiti&#233; des infractions &#224; caract&#232;re sexuel ont &#233;t&#233; commises sur des mineur&#183;es (53%). Par ailleurs, 36% des viols sur mineur&#183;es et 30% des agressions sexuelles sur mineur&#183;es sont commis par des personnes mineures [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de cette offensive r&#233;actionnaire est m&#233;connue. Cependant, si ces groupes sont probablement num&#233;riquement peu importants, ils ont un pouvoir de nuisance qui pourrait s'&#233;tendre dans les semaines &#224; venir. Ils peuvent rencontrer un &#233;cho chez des parents, d&#233;stabiliser les personnels engag&#233;s autour de l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; et refroidir celles qui voudraient s'y engager. Des remont&#233;es &#233;parses &#8211; notamment via la FSU-SNUipp qui rassemble l'ensemble des informations et r&#233;alise une intervention sur le sujet depuis la rentr&#233;e 2023 &#8211; r&#233;v&#232;lent une structuration en cours et des actions plus coordonn&#233;es que le contexte politique favorise, mais il est n&#233;cessaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) d'&#233;changer et de rassurer les parents que ces discours r&#233;actionnaires font douter ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) de ne pas &#234;tre dupes des chiffres annonc&#233;s par des personnalit&#233;s comme Eric Zemmour : ils ne reposent sur rien de tangible mais participent au contraire &#224; construire un mouvement r&#233;actionnaire. Aucune enqu&#234;te quantitative ne peut &#224; notre connaissance accr&#233;diter les chiffres annonc&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) de v&#233;rifier les sources : les arguments donn&#233;s d&#233;forment la r&#233;alit&#233;. Le mode op&#233;ratoire s'appuie sur des rumeurs relay&#233;es par les r&#233;seaux sociaux sans qu'aucune preuve ne soit apport&#233;e &#224; aucun moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Wikimedia Commons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nous remercions Sophie Abraham, Julien Cristofoli, Ga&#235;l Pasquier et C&#233;line Sierra pour leur relectures et/ou informations diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] D&#233;j&#224; en 2021, l'IGESR avait publi&#233; un rapport, enterr&#233; par Jean-Michel Blanquer, pour alerter sur ce point. Un autre rapport pointait d&#233;j&#224; ces questions en rapport avec la formation des enseignant&#183;es en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir l'ensemble des associations et collectifs concern&#233;s : &lt;a href=&#034;https://linktr.ee/stopevars&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://linktr.ee/stopevars&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir l'Association des Familles Catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Union Nationale Inter-universitaire : &lt;a href=&#034;https://www.uni.asso.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.uni.asso.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &lt;strong&gt;Simon &lt;/strong&gt; Massei, &#171; S'engager contre l'enseignement de la &#171; th&#233;orie du genre &#187;. Trajectoires sociales et carri&#232;res militantes dans les mouvements anti-&#171; ABCD de l'&#233;galit&#233; &#187; &#187;,&lt;i&gt; Genre, sexualit&#233; &amp; soci&#233;t&#233; &lt;/i&gt; [En ligne], 18 | Automne 2017, mis en ligne le 01 d&#233;cembre 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Jo&#235;lle Magar-Braeuner, &#171; La m&#233;sentente &#224; l'&#233;cole des Tilleuls : Des effets et de quelques enjeux de l'appel &#224; la Journ&#233;e de retrait de l'&#233;cole dans une &#233;cole primaire &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du Genre&lt;/i&gt;, 2018/2 n&#176;65, 2018. p.59-79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Suite &#224; des interventions syndicales, le minist&#232;re avait envoy&#233; aux acad&#233;mies la consigne de bloquer ces envois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Piotr Smolar, &#171; Aux &#201;tats-Unis, la voix influente des Moms for Liberty &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 30 novembre 2023 ; H&#233;l&#232;ne Vissi&#232;re, &#171; &#201;tats-Unis : quand les mamans trumpistes r&#233;&#233;crivent les programmes scolaires &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 27 ao&#251;t 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Oscar Taupas, &#171; Les r&#233;seaux sociaux rendent-ils woke ? Les conditions de l'appropriation ordinaire par des lyc&#233;en&#183;nes des id&#233;es et savoirs f&#233;ministes et LGBTQIA+ &#187;, m&#233;moire de master 2, EHESS, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Yves Verneuil, &lt;i&gt;Une question &#171; chaude &#187;, Histoire de l'&#233;ducation sexuelle &#224; l'&#233;cole (France, XXe-XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;), Peter Lang, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &lt;a href=&#034;https://www.justice.gouv.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.justice.gouv.fr&lt;/a&gt; &#8250; sites &#8250; default &#8250; files &#8250; 2023-11 &#8250; Infos_Rapides_Justice_n9_Violences sexuelles.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Genre et sexualit&#233;s : l'offensive r&#233;actionnaire de l'extr&#234;me droite</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Genre-et-sexualites-l-offensive-reactionnaire-de-l-extreme-droite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Genre-et-sexualites-l-offensive-reactionnaire-de-l-extreme-droite</guid>
		<dc:date>2024-09-17T07:01:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cassandre Begous, Fanny Gallot</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-09-17</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue Contretemps 13 septembre 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Cassandre Begous et Fanny Gallot &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;ditions Amsterdam viennent de publier le premier livre de l'institut la Bo&#233;tie, intitul&#233; Extr&#234;me droite : la r&#233;sistible ascension. Coordonn&#233; par Ugo Palheta, accompagn&#233; d'une pr&#233;face de l'historien Johann Chapoutot et une postface de Cl&#233;ment Guett&#233;, cet ouvrage a pour ambition de fournir des armes intellectuelles, enracin&#233;es dans la recherche contemporaine sur l'extr&#234;me droite, pour comprendre et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/manif_pour_tous_paris_2013-01-13_n11-2048x1367-7bf3b.jpg?1781104759' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
13 septembre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Cassandre Begous et Fanny Gallot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;ditions Amsterdam viennent de publier le premier livre de l'&lt;a href=&#034;https://institutlaboetie.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;institut la Bo&#233;tie&lt;/a&gt;, intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://www.editionsamsterdam.fr/extreme-droite-la-resistible-ascension/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extr&#234;me droite : la r&#233;sistible ascension&lt;/a&gt;. Coordonn&#233; par Ugo Palheta, accompagn&#233; d'une pr&#233;face de l'historien Johann Chapoutot et une postface de Cl&#233;ment Guett&#233;, cet ouvrage a pour ambition de fournir des armes intellectuelles, enracin&#233;es dans la recherche contemporaine sur l'extr&#234;me droite, pour comprendre et combattre la progression du FN/RN (voir &lt;a href=&#034;http://www.editionsamsterdam.fr/wp-content/uploads/2024/07/Sommaire-Extreme-droite.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le sommaire ici&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie du succ&#232;s des extr&#234;mes droites continue de reposer sur le racisme, en particulier la x&#233;nophobie anti-immigr&#233;s et l'islamophobie, mais il est important d'analyser les nouveaux terrains qu'investissent ces forces politiques pour &#233;largir le p&#233;rim&#232;tre de leur influence. Nous publions ainsi un extrait du chapitre &#233;crit par Cassandre Begous et Fanny Gallot, qui montre comment l'extr&#234;me droite a cherch&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es &#224; politiser les questions de genre et de sexualit&#233;, fa&#231;onnant &#171; de nouvelles logiques d'exclusion et d'alt&#233;risation &#187; et permettant de red&#233;ployer et l&#233;gitimer &#171; un discours essentialiste et transphobe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les fant&#244;mes de La Manif pour tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 mars 2024, la s&#233;natrice Les R&#233;publicains (LR) Jacqueline Eustache-Brinio annonce la publication d'un rapport sur la &#171; transidentification des mineurs &#187;, ainsi qu'une proposition de loi visant &#224; interdire &#224; ces derniers les transitions de genre. Tr&#232;s vite, le Rassemblement national dit d&#233;poser une proposition de loi similaire &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette actualit&#233; s'inscrit dans la continuit&#233; d'une offensive r&#233;actionnaire bien document&#233;e et dans laquelle les questions de genre occupent une place importante, sinon centrale. Si l'on retrace la g&#233;n&#233;alogie de cette offensive, on retrouve la m&#234;me s&#233;natrice parmi les opposant&#183;es &#224; la loi de 2022 qui visait &#224; interdire les th&#233;rapies de conversion : consid&#233;rant que les personnes trans ne devaient pas &#234;tre couvertes par cette loi, elle mettait en garde ses coll&#232;gues contre &#171; l'id&#233;ologie du genre &#187; et &#171; tout ce qui nous vient des &#201;tats-Unis &#187;, que voudrait imposer, &#224; l'en croire, une &#171; minorit&#233; agissante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette petite musique n'est pas nouvelle pour quiconque a v&#233;cu les d&#233;bats autour du mariage pour tous en 2012. Soucieuse de ne pas para&#238;tre trop homophobe (malgr&#233; les d&#233;bordements bien document&#233;s de ses participants), La Manif pour tous pr&#233;f&#233;rait agiter le chiffon rouge du mariage homosexuel. Le mariage pour tous n'&#233;tait pas une simple affaire d'&#233;galit&#233; des droits, mais le vecteur d'une d&#233;cadence de notre soci&#233;t&#233;, et m&#234;me, selon la d&#233;put&#233;e Annie Genevard (LR), &#171; une atteinte irr&#233;versible &#224; l'int&#233;grit&#233; de l'esp&#232;ce humaine [1] &#187;. Il signait la fin de l'&#171; alt&#233;rit&#233; sexuelle &#187; ontologiquement &#8211; si ce n'est th&#233;ologiquement &#8211; constitutive de l'humanit&#233; et de la civilisation. En 1998, les adversaires du Pacs d&#233;non&#231;aient une menace pour la &#171; diff&#233;rence des sexes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en 2011, quand les st&#233;r&#233;otypes de sexe et l'orientation sexuelle ont &#233;t&#233; mentionn&#233;s dans les nouveaux programmes de sciences de la vie et de la terre (SVT) : Christine Boutin, alors en campagne pour la pr&#233;sidentielle, a imm&#233;diatement d&#233;gain&#233; une affiche montrant un b&#233;b&#233; et portant le slogan &#171; Tu seras une femme, mon fils &#187; [2]. La m&#234;me rh&#233;torique a &#233;t&#233; r&#233;activ&#233;e en 2014 &#224; propos des &#171; ABCD de l'&#233;galit&#233; &#187;, programme d'enseignement de l'&#233;galit&#233; filles-gar&#231;ons o&#249; ses d&#233;tracteurs voyaient l'introduction de la &#171; th&#233;orie du genre &#187; &#224; l'&#233;cole, qui am&#232;nerait, entre autres choses, &#224; enseigner la masturbation aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions de genre et de sexualit&#233; fa&#231;onnent de nouvelles logiques d'exclusion et d'alt&#233;risation et sont &#233;galement un instrument de red&#233;ploiement d'un discours essentialiste et transphobe. Sans conteste, l'extr&#234;me droite s'en sert pour construire une &#171; panique morale &#187;, c'est-&#224;-dire susciter une r&#233;action politique et m&#233;diatique disproportionn&#233;e face &#224; un fait social marginal ou minoritaire afin de l'&#233;riger en une menace existentielle pour le corps social tout entier. Elle cherche ainsi &#224; faire face &#224; la lame de fond f&#233;ministe qui embrase notamment la jeunesse, dans le cadre d'une nouvelle dynamique f&#233;ministe mondiale &#224; l'&#339;uvre depuis le milieu des ann&#233;es 2010 [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discours profond&#233;ment r&#233;actionnaires se diffusent via les r&#233;seaux sociaux et les m&#233;dias traditionnels, en particulier ceux appartenant &#224; l'empire Bollor&#233;, qui offrent une tribune importante &#224; des paroles anti-trans. On a encore eu un exemple r&#233;cemment, avec la promotion spectaculaire de&lt;i&gt; Transmania&lt;/i&gt;, ouvrage anti-trans pourtant publi&#233; par une maison d'&#233;dition confidentielle d'extr&#234;me droite [4]. Ces discours infusent d'autant plus qu'ils ne sont pas fermement condamn&#233;s par la Macronie mais confort&#233;s par les politiques publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si l'&#201;glise catholique et les mouvements anti-mariage pour tous ont pr&#233;par&#233; le terrain &#224; une hostilit&#233; vis-&#224;-vis des approches en termes de genre, l'offensive transphobe actuelle s'est dot&#233;e de nouveaux r&#233;seaux, dont fait partie la s&#233;natrice LR mentionn&#233;e plus haut. Si elle ne comptait pas parmi les h&#233;rauts de La Manif pour tous, l'ancienne maire de Saint-Gratien s'est plut&#244;t distingu&#233;e par une politique agressive contre la vie des quartiers populaires, par exemple en faisant d&#233;truire le stade de foot dans lequel devait se produire la &#171; Coupe d'Afrique des nations des quartiers [5] &#187; et en qualifiant de &#171; racailles &#187; les jeunes venus manifester contre sa destruction [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;pression est justifi&#233;e au nom d'une id&#233;e simple : l'&#233;tranger est un homme dangereux pour les femmes &#8211; sous-entendu, fran&#231;aises et blanches en particulier. Cette contribution voudrait dessiner les contours de ces offensives r&#233;actionnaires pour mieux les affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'offensive anti-trans &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 2022, le Planning familial fait l'objet d'attaques violentes sur les r&#233;seaux sociaux pour sa campagne pr&#233;sentant une personne trans. Les groupes et personnalit&#233;s que l'on vient d'&#233;voquer demandent la lev&#233;e des subventions, d&#233;j&#224; r&#233;duites &#224; peau de chagrin, dont b&#233;n&#233;ficie cette structure qui d&#233;fend historiquement les droits des femmes et le droit &#224; l'avortement. Or, paradoxalement, les responsables de ces attaques pr&#233;tendent agir au nom de la protection des femmes, ou plut&#244;t, sous la plume de Marguerite Stern et Dora Moutot [7], au nom d'une &#171; r&#233;alit&#233; biologique et scientifique [8] &#187; cens&#233;e prot&#233;ger les femmes. En clair, inclure les femmes transgenres dans la cat&#233;gorie des femmes risquerait d'effacer la condition de possibilit&#233; d'une identit&#233; f&#233;minine commune [9]. Pire, les personnes trans constitueraient un danger g&#233;n&#233;ral envers les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme trans est pr&#233;sent&#233;e comme perverse, sexuelle et dangereuse ; elle subit une essentialisation d'une pr&#233;tendue masculinit&#233; persistante, mise en avant pour justifier leur exclusion de tous les espaces de la vie sociale. Cette conception va &#224; l'encontre de d&#233;cennies de pens&#233;e f&#233;ministe radicale, qui ont d&#233;fini l'&#233;mancipation comme un affranchissement de la destin&#233;e biologique. Cela est vrai chez Simone de Beauvoir, pour qui &#171; si la situation biologique de la femme constitue pour elle un handicap, c'est &#224; cause de la perspective dans laquelle elle est saisie [10] &#187;, comme chez Christine Delphy, sociologue f&#233;ministe mat&#233;rialiste, qui explique que &#171; le genre pr&#233;c&#232;de le sexe [11] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encha&#238;nement de la condition f&#233;minine &#224; la biologie est davantage l'apanage du discours de la droite. Andrea Dworkin a montr&#233; que ce camp politique circonscrit les femmes &#224; la maternit&#233;, les consid&#232;re comme vuln&#233;rables et faibles, mais aussi comme naturellement habit&#233;es par un instinct qui les pousse &#224; nourrir et &#224; prot&#233;ger les enfants. D&#232;s lors, elles seraient &#171; naturellement &#187; conservatrices [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadrage permet &#224; la droite de transformer les aspirations f&#233;ministes &#224; l'&#233;mancipation en demandes de protection et, ainsi, de maintenir les femmes d&#233;pendantes de la domination masculine. Les femmes qui adh&#232;rent &#224; cette vision du monde entrent dans une d&#233;fense perp&#233;tuelle de leur respectabilit&#233; et de leur place dans la sph&#232;re domestique, notamment contre les homosexuels. Selon Dworkin, &#171; l'homosexualit&#233; [&#8230;] rend les femmes inutiles &#187;, particuli&#232;rement l'homosexualit&#233; masculine &#171; car elle sugg&#232;re un monde enti&#232;rement sans les femmes[13] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'engagement homophobe des femmes de droite comme Anita Bryant ou Phyllis Schlafly constitue pour elles une bataille existentielle au sens strict. D&#233;fendre la respectabilit&#233; de la femme h&#233;t&#233;rosexuelle ma&#238;tresse de son foyer revient alors &#224; d&#233;fendre l'humanit&#233; et la civilisation tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rh&#233;torique transphobe des nouvelles femmes de droite&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles femmes de droite [14] engag&#233;es dans le militantisme anti-trans r&#233;pandent une semblable rh&#233;torique du remplacement. D&#232;s 1979, dans le br&#251;lot transphobe &lt;i&gt;The Transsexual Empire&lt;/i&gt;, Janice Raymond explique que les femmes trans sont le cheval de Troie d'un &#171; empire &#187; m&#233;dical qui cherche &#224; cr&#233;er des femmes synth&#233;tiques et qui frappe les &#171; vraies femmes &#187; d'obsolescence [15]. On retrouve ce discours dans l'actuel&lt;i&gt; backlash &lt;/i&gt; [16] anti-trans, par exemple lorsque sur le plateau de Quotidien, en 2021, Elisabeth Roudinesco s'alarme d'une &#171; &#233;pid&#233;mie de transgenres &#187;, ou lorsque &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt; titre que les personnes trans &#171; veulent l'effacement de la femme [17] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transphobie est donc une actualisation du discours antif&#233;ministe de la droite &#224; destination des femmes. Mais, en r&#233;activant la peur du remplacement des femmes, la transphobie radicalise ce discours et constitue &#233;galement un vecteur majeur de diffusion de la pens&#233;e d'extr&#234;me droite, de sa politique sexuelle normative et hi&#233;rarchique comme de sa politique x&#233;nophobe et eug&#233;niste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un remplacement des femmes par les trans (hommes comme femmes [18]) fait &#233;cho au discours raciste du &#171; grand remplacement &#187;. Comme l'&#233;tranger venu accaparer &#171; nos &#187; femmes (blanches) et supplanter &#171; notre &#187; civilisation, la femme trans joue le r&#244;le d'un&lt;i&gt; autre &lt;/i&gt; monstrueux et sexuellement dangereux contre lequel la droite promet d'&#233;riger un cordon sanitaire. Le discours anti-trans poss&#232;de souvent un fond conspirationniste et pr&#233;sente par exemple l'augmentation du nombre de transitions de genre comme le r&#233;sultat d'un lobbying international et organis&#233;. La vid&#233;aste Lily Alexandre a montr&#233; que la transphobie alimentait le ph&#233;nom&#232;ne d'extr&#234;me-droitisation : c'est ainsi que la figure de Martine Rothblatt, femme d'affaires millionnaire, transgenre et juive, est devenue pour nombre de militant&#183;es anti-trans une &#171; preuve &#187; de l'existence du lobby et de sa puissance fantasm&#233;e [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours anti-trans comportent &#233;galement une dimension eug&#233;niste. Ils d&#233;crivent en effet les femmes trans comme des hommes aux perversions pathologiques, cherchant &#224; transitionner par f&#233;tichisme sexuel ou dans le but de violer des femmes dans les toilettes [20]. Les hommes trans sont, eux, consid&#233;r&#233;s comme des petites filles autistes, complex&#233;es ou influen&#231;ables par leurs amis, victimes d'un lobby qui les pousse &#224; l'automutilation. Bref, quel que soit leur genre, les personnes trans sont syst&#233;matiquement ramen&#233;es &#224; une forme de d&#233;s&#233;quilibre mental qui les rend soit dangereuses, soit moralement mineures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision de la transidentit&#233; comme maladie justifie en retour une politique autoritaire visant &#224; &#171; corriger &#187; le trouble, notamment au travers des th&#233;rapies de conversion ou de l'interdiction pure et simple de la transition de genre, l&#233;gale ou m&#233;dicale [21]. L'eug&#233;nisme s'exerce &#233;galement dans le contr&#244;le social des corps que la panique anti-trans encourage. Afin de &#171; d&#233;masquer &#187; des femmes qui seraient secr&#232;tement trans, nombre de forums internet s'affairent &#224; d&#233;cortiquer tous les attributs trop &#171; masculins &#187; qui pourraient trahir la v&#233;ritable identit&#233; d'une femme trans. Cela d&#233;bouche sur le harc&#232;lement de femmes transgenres ou cisgenres consid&#233;r&#233;es comme ayant des attributs hors des normes de la f&#233;minit&#233; [22]. Dans son expression la plus extr&#234;me, cette volont&#233; de contr&#244;le des corps s'est traduite par l'appel de la militante anti-trans Posie Parker aux hommes portant des armes &#224; feu &#224; utiliser les toilettes des femmes pour les &#171; prot&#233;ger &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; venir y agresser des femmes consid&#233;r&#233;es comme trans [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Wikimedia Commons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Yves Delahaie,&lt;i&gt; Mariage pour tous vs Manif pour tous, ou La Bataille de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Golias, 2015, p.308.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Marie Donzel, &#171; Pour ne pas faire du projet de loi-cadre sur l'&#233;galit&#233; hommes/femmes la troisi&#232;me mi-temps du d&#233;bat sur le mariage pour tous &#187;, Ladies &amp; Gentlemen (blog), 16 juillet 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] P. Delage et F. Gallot (dir.),&lt;i&gt; F&#233;minismes dans le monde. 23 r&#233;cits d'une r&#233;volution plan&#233;taire&lt;/i&gt;, Paris, Textuel, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir Lumi et Usul, &#171; Transphobie : la nouvelle panique des m&#233;dias et de l'extr&#234;me droite &#187;, Blast, 5 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] La &#171; Coupe d'Afrique des nations des quartiers &#187; est une comp&#233;tition de football amateur tr&#232;s suivie, organis&#233;e dans les quartiers populaires : s'y affrontent des &#233;quipes repr&#233;sentant diff&#233;rents pays d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir Lina Rhrissi, &#171; La s&#233;natrice Jacqueline Eustache Brinio en croisade contre les musulmans et les quartiers populaires &#187;, StreetPress, 6 juillet 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Militantes anti-trans de premier plan, qui se sont distingu&#233;es en proposant &#224; la presse (notamment &#224; &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;) les premi&#232;res tribunes fran&#231;aises visant &#224; &#171; d&#233;noncer &#187; la pr&#233;sence de femmes trans et d'alli&#233;es au sein d'organisations et collectifs f&#233;ministes, comme les &#171; collages contre les f&#233;minicides &#187; ou Nous Toutes. Ce sont &#233;galement les autrices de&lt;i&gt; Transmania&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Marguerite Stern et Dora Moutot, &#171; Mme &#201;lisabeth Borne, f&#233;ministes, nous nous inqui&#233;tons de ce que devient le Planning familial &#187;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, 22 ao&#251;t 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &#171; Mais nous avons un point commun : notre sexe longtemps d&#233;sign&#233; comme faible, le sexe f&#233;minin. Nous refusons que le mot qui nous relie soit effac&#233; au profit d'&#233;tiquettes qui nous divisent &#187; (ibid.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Simone de Beauvoir,&lt;i&gt; Le Deuxi&#232;me Sexe&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1949, chap. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Christine Delphy, &#171; Le patriarcat, le f&#233;minisme et leurs intellectuelles &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles Questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;, no 2,&#8206; 1981, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Andrea Dworkin, &lt;i&gt;Right-Wing Women : The Politics of Domesticated Females&lt;/i&gt;, New York, Women's Press, 1983, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Ces &#8220;nouvelles femmes de droite&#8221; [&#8230;] tentent de red&#233;finir le contenu de la cause des femmes. Femmes de droite parce qu'elles se positionnent contre les f&#233;minismes [&#8230;]. Nouvelles parce qu'elles se distinguent de leurs pr&#233;d&#233;cesseuses par leur rapport &#224; l'&#233;galit&#233;, leur sociologie et leur mode d'action. &#187; (Magali Della Sudda,&lt;i&gt; Les Nouvelles Femmes de droite&lt;/i&gt;, Marseille, Hors d'atteinte, 2022, p. 31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Caroll Riddell, &#171; Divided Sisterhood : A Critical Review of Janice Raymond's&lt;i&gt; The Transsexual Empire&lt;/i&gt; &#187;, in S. Stryker et S. Whittle (dir.), &lt;i&gt;The Transgender Studies Reader&lt;/i&gt;, Londres Routledge, 2006, p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] En fran&#231;ais, &#171; retour de b&#226;ton &#187; ou &#171; contrecoup &#187;, il s'agit d'une campagne politique et m&#233;diatique r&#233;actionnaire visant &#224; contrecarrer la progression du militantisme progressiste (notamment f&#233;ministe). L'autrice f&#233;ministe &#233;tats-unienne Susan Faludi a d&#233;crit ce ph&#233;nom&#232;ne dans un ouvrage portant ce titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Vincent Jolly, &#171; Quand des transsexuels veulent l'effacement de la femme &#187;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 28 octobre 2022. Notons que l'URL parle de &#171; mort des femmes &#187;, signe qu'un titre encore plus outrancier a &#233;t&#233; corrig&#233; depuis&#8230; Voir : &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/actualite-france/wokisme-quand-des-transsexuels-veulent-la-mort-des-femmes-20221028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/actualite-france/wokisme-quand-des-transsexuels-veulent-la-mort-des-femmes-20221028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Les femmes trans &#171; remplacent &#187; les femmes cis en devenant des femmes ; les hommes trans, eux, &#171; remplacent &#187; les femmes en cessant d'en &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Lily Alexandre, &#171; The Feminist to Far-Right Pipeline &#187;, YouTube, 26 mars 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Julia Serrano, &#171; Autogynephilia : A Scientific Review, Feminist Analysis, and Alternative &#8220;Embodiment Fantasies&#8221; Model &#187;, &lt;i&gt;The Sociological Review&lt;/i&gt;, vol. 68, n&#176; 4, 2020, p. 763-778.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Voir Devin Dwyer, &#171; Supreme Court Allows Idaho to Enforce Ban on Gender-Affirming Care for Minors &#187;, ABC News, 16 avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22]German Lopez, &#171; Women Are Getting Harassed in Bathrooms Because of Anti-Transgender Hysteria &#187;,&lt;i&gt; Vox&lt;/i&gt;, 19 mai 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Josh Milton, &#171; &#8220;Gender-Critical Feminist&#8221; Posie Parker Wants Men with Guns to Start Using Women's Toilets &#187;,&lt;i&gt; Pink News&lt;/i&gt;, 30 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>France - Les femmes et les minorit&#233;s de genre, en premi&#232;re ligne de la lutte pour nos retraites</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-femmes-et-les-minorites-de-genre-en-premiere-ligne-de-la-lutte-pour-nos</link>
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		<dc:date>2023-05-30T06:39:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fanny Gallot</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-30</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les m&#233;faits de la contre-r&#233;forme des retraites sur les femmes ont largement &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s : du fait des carri&#232;res incompl&#232;tes, des contrats &#224; temps partiels, des salaires plus bas, elles seraient plus nombreuses &#224; devoir attendre 67 ans pour ne pas avoir &#224; subir la d&#233;cote, qui r&#233;duit drastiquement le niveau de pension de retraite. Avec le syst&#232;me actuel, leurs pensions sont d&#233;j&#224; inf&#233;rieures de 40&#8239;% &#224; celles des hommes. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Contretemps 28 mai 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Fanny Gallot &lt;br class='autobr' /&gt;
*** &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2003, une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-05-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-05-30&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-240-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/10_-_mg_1948-modifier-039df.jpg?1781104759' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les m&#233;faits de la contre-r&#233;forme des retraites sur les femmes ont largement &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s : du fait des carri&#232;res incompl&#232;tes, des contrats &#224; temps partiels, des salaires plus bas, elles seraient plus nombreuses &#224; devoir attendre 67 ans pour ne pas avoir &#224; subir la d&#233;cote, qui r&#233;duit drastiquement le niveau de pension de retraite. Avec le syst&#232;me actuel, leurs pensions sont d&#233;j&#224; inf&#233;rieures de 40&#8239;% &#224; celles des hommes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
28 mai 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Fanny Gallot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, une tribune contre la r&#233;forme des retraites avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e gr&#226;ce aux membres de l'intersyndicale Femmes qui s'est constitu&#233;e en 1997. Cependant, leur texte &#171; &lt;i&gt; Les femmes continueront &#224; payer le prix fort !&lt;/i&gt; &#187; paru dans le journal&lt;i&gt; le Monde&lt;/i&gt; n'avait eu alors que peu d'&#233;cho. Annick Coup&#233; se souvient qu'&#224; Solidaires, &#171; &lt;i&gt; le camarade qui &#233;tait en charge du dossier retraites et de la r&#233;daction de nos tracts, quand je demandais que l'on parle des in&#233;galit&#233;s v&#233;cues par les femmes, il me disait de trouver une phrase &#224; remplacer pour surtout ne pas rallonger le texte, il fallait n&#233;gocier pied &#224; pied ! &lt;/i&gt; &#187;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e a ensuite fait son chemin, cette question &#233;tant progressivement prise en charge par les organisations syndicales. En 2010, les effets de genre de la nouvelle r&#233;forme des retraites apparaissent plus clairement. Des publications, des tracts syndicaux reviennent sp&#233;cifiquement sur les in&#233;galit&#233;s de genre de la r&#233;forme, une question qui est &#233;galement int&#233;gr&#233;e dans les tracts plus g&#233;n&#233;raux. En 2019-2020, Annick Coup&#233;, ancienne porte-parole de Solidaires et secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale d'ATTAC, confiait au journal &lt;i&gt;le Monde&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;c'est la premi&#232;re fois que cette question a une telle visibilit&#233; et que l'enjeu de l'&#233;galit&#233; hommes-femmes est devenu aussi central&lt;/i&gt; &#187;[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2023, la contestation f&#233;ministe s'appuie sur les acquis de ces mobilisations ant&#233;rieures et les effets n&#233;fastes sur les femmes apparaissent encore plus syst&#233;matiquement : les r&#233;seaux f&#233;ministes syndicalistes &#224; l'initiative des &#171; grandes perdantes &#187; de 2019 sont r&#233;activ&#233;s, de m&#234;me que les Rosies, qui acc&#232;dent &#224; davantage de visibilit&#233; encore. En outre, de nouvelles structures f&#233;ministes rassemblent une nouvelle g&#233;n&#233;ration militante, produit de la nouvelle dynamique f&#233;ministe mondiale, &#224; l'image de la Coordination f&#233;ministe rassemblant collectifs f&#233;ministes, associations et assembl&#233;es. Elles s'emparent de la question des retraites, de m&#234;me que des structures militantes veillant &#224; souligner les effets n&#233;fastes de la contre-r&#233;forme sur les minorit&#233;s de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que &lt;strong&gt;la strat&#233;gie de la gr&#232;ve f&#233;ministe&lt;/strong&gt;, reprise depuis plusieurs ann&#233;es par les organisations syndicales en France, s'est trouv&#233;e davantage port&#233;e autour des 7 et 8 mars 2023 : la lutte contre la casse de nos retraites&lt;strong&gt; constitue d&#233;sormais explicitement une lutte f&#233;ministe &lt;/strong&gt; qui &lt;strong&gt;s'articule &#233;galement &#224; un combat anticapitaliste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La casse des retraites : accentuer &#171; la crise de la reproduction sociale &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le n&#233;olib&#233;ralisme et la r&#233;duction progressive de la place de l'&#201;tat pour ouvrir de nouveaux march&#233;s, la philosophe Nancy Fraser parle de &#171; &lt;i&gt;crise de la reproduction sociale &lt;/i&gt; &#187;[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se manifeste notamment par la multiplication de politiques s'attaquant aux institutions charg&#233;es du travail reproductif &#8211; le travail, r&#233;mun&#233;r&#233; ou non, favorisant la production et la reproduction de la force de travail, c'est-&#224;-dire les travailleurs et les travailleuses elleux-m&#234;mes &#8211; telles que les cr&#232;ches, les h&#244;pitaux ou encore les EPHAD. Du fait de la pr&#233;carisation accrue et de la paup&#233;risation des classes populaires, cela se traduit par une tendance &#224; miner les capacit&#233;s &#224; se nourrir, se loger, &#234;tre &#233;duqu&#233;, etc. En d'autres termes, de produire et de reproduire cette force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de retraite par r&#233;partition, issu des organisations ouvri&#232;res et g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; partir de 1945, est un enjeu central de la reproduction sociale de par sa masse mon&#233;taire (350 milliards d'euros par an) et sa logique redistributive cens&#233;e, si ce n'est compenser, du moins r&#233;duire, une fois arriv&#233; l'&#226;ge de la retraite, les in&#233;galit&#233;s salariales subies au cours des ann&#233;es de carri&#232;re. S'y attaquer, c'est d&#233;gager d'immenses opportunit&#233;s de profit pour les fonds financiers comme BlackRock, &#224; partir des retraites par capitalisation de celles et ceux qui en auraient les moyens ; mais c'est aussi revenir &#224; une organisation sociale dans laquelle le soin des personnes &#226;g&#233;es des classes populaires repose largement sur du travail non r&#233;mun&#233;r&#233;, effectu&#233; dans la famille, essentiellement par des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des m&#233;canismes redistributifs entre ancienNEs actifVEs, le syst&#232;me actuel de retraite par r&#233;partition permet &#233;galement d'amortir &#8211; un peu &#8211; les in&#233;galit&#233;s de genre entre ex-actifs et ex-inactives gr&#226;ce aux pensions de r&#233;version que touchent les veuves au titre des droits &#224; la retraite de leur d&#233;funt mari. Ces pensions de r&#233;version constituent une forme de r&#233;mun&#233;ration &lt;i&gt;a posteriori &lt;/i&gt; du travail domestique gratuit effectu&#233; dans le cadre du mariage, selon le sociologue Paul Hobeika[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce m&#233;canisme, qui reconna&#238;t la d&#233;pendance financi&#232;re institutionnalis&#233;e des femmes dans le mariage, prot&#232;ge de moins en moins de femmes depuis l'augmentation des divorces, comme des unions libres ou des PACS : le nombre de b&#233;n&#233;ficiaires de la r&#233;version se r&#233;duit rapidement, sans que d'autres outils de solidarit&#233; adapt&#233;s aux nouvelles formes familiales ne soient mis en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#233;ments articulant la contestation du n&#233;olib&#233;ralisme &#224; celles des femmes et des minorit&#233;s de genre sont au c&#339;ur des mobilisations qui se d&#233;ploient. Il ne s'agit plus seulement d'ajouter &#171; les femmes &#187; ou les LBTQI+, mais bien de consid&#233;rer la mani&#232;re dont ces attaques font syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail reproductif au c&#339;ur d'une contestation f&#233;ministe en &#233;bullition &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lib&#233;ration compte &lt;/i&gt; 150 actions le 8 mars 2023, &#171; &lt;i&gt;y compris dans les villes moyennes &lt;/i&gt; &#187;, &#224; l'image de la g&#233;ographie de l'ensemble de la contestation, contre &#171; &lt;i&gt; une soixantaine &#224; la m&#234;me date l'an dernier &lt;/i&gt; &#187;[5]. Des garderies sont organis&#233;es pendant la gr&#232;ve le 8 mars et au-del&#224;, &#224; l'image du 6 avril &#224; Grenoble. L'AG f&#233;ministe y organise une garde d'enfants solidaire de 8h30 &#224; 19h, ainsi qu'une caisse de gr&#232;ve dont elle redistribue les ressources &#224; des personnes ayant fait gr&#232;ve le 8 mars. L'AG pr&#233;cise qu'elle a redistribu&#233; l'argent collect&#233; notamment &#171; &lt;i&gt;&#224; au moins 15 aides &#224; domicile et 15 agentes d'entretien en lyc&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, se d&#233;ploie l'id&#233;e selon laquelle ce sont les m&#233;tiers &#224; pr&#233;dominance f&#233;minine &#8211; le travail reproductif r&#233;mun&#233;r&#233; mais d&#233;qualifi&#233; dans la sph&#232;re professionnelle, des m&#233;tiers pourtant essentiels &#8211; qui p&#226;tissent le plus de l'inflation et peinent &#224; trouver les moyens de participer &#224; la gr&#232;ve. La d&#233;qualification li&#233;e &#224; la naturalisation des comp&#233;tences des femmes est ainsi d&#233;nonc&#233;e et prise en compte dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, un saut qualitatif s'est op&#233;r&#233; quant &#224; la r&#233;appropriation de la gr&#232;ve f&#233;ministe dans la dynamique de la mobilisation du 7 mars appel&#233;e par l'intersyndicale, au point que des journalistes en fassent leurs titres, &#224; l'image de &lt;i&gt;la Provence&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Si les femmes s'arr&#234;tent, il se passe quoi ?&lt;/i&gt; &#187; La centralit&#233; du travail domestique non r&#233;mun&#233;r&#233; effectu&#233; dans la famille est largement d&#233;nonc&#233;e, notamment dans la mesure o&#249; il permet d'expliquer les carri&#232;res hach&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la Collective des M&#232;res Isol&#233;es, &#224; Montreuil, d&#233;plore l'absence de prise en compte dans la contre-r&#233;forme des familles monoparentales, dont 86 % sont port&#233;es par des femmes, elles-m&#234;mes davantage exclues du march&#233; du travail : 1/3 des cheffes de familles monoparentales sont sans emploi et &lt;strong&gt;37&#8239;% des m&#232;res isol&#233;es exercent &#224; temps partiel&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'assembl&#233;e f&#233;ministe Paris-Banlieue pr&#233;pare aussi la &#171; &lt;i&gt;gr&#232;ve f&#233;ministe pour nos retraites&lt;/i&gt; &#187;,&lt;i&gt; soulignant que &#171; les femmes, les personnes LGBTQI+, les personnes racis&#233;es, les personnes handicap&#233;es sont les plus expos&#233;es par la r&#233;forme des retraites qui s'annonce. Les parcours [professionnels] hach&#233;s, souvent li&#233;s au travail reproductif, &#224; l'&#233;ducation des enfants et au soin, diminuent les pensions. Sans compter les discriminations, les exclusions et les difficult&#233;s rencontr&#233;es sur le march&#233; du travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les structures f&#233;ministes r&#233;centes font le lien entre la d&#233;valorisation de certains m&#233;tiers principalement assum&#233;s par des femmes &#8211; souvent racis&#233;es en r&#233;gion parisienne &#8211; et le travail domestique gratuit effectu&#233; dans la famille pour souligner les cons&#233;quences de cette contre-r&#233;forme, notamment sur les femmes des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face au capitalisme : invertissez-vous !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les manifestations, des &#171; pink blocs &#187; rassemblent des collectifs et des associations qui d&#233;noncent les effets n&#233;fastes de la r&#233;forme des retraites pour les personnes LGBTQI+. Elles s'inscrivent dans la dynamique de la tribune intitul&#233;e&lt;i&gt; Pour une retraite radieuse des LGBTI&lt;/i&gt; initi&#233;e par les Inverti&#183;e&#183;s, un collectif qui se d&#233;finit comme &#171; &lt;i&gt;LGBTI, trans-p&#233;d&#233;-gouine, mais &#233;galement marxiste et anticapitaliste &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al, du collectif &#171; Queers parlons travail &#187;, insiste notamment aupr&#232;s de&lt;i&gt; Mediapart &lt;/i&gt; sur les carri&#232;res &#171; &lt;i&gt;marqu&#233;es par nos transitions de genre, par des discriminations, voire par une fuite du salariat pour ne plus subir le sexisme, l'homophobie et la transphobie sur nos lieux de travail [&#8230;] nous n'avons donc pas de carri&#232;res compl&#232;tes. La majorit&#233; des personnes queers travaillent &#233;galement dans le social, l'&#233;ducatif ou l'associatif, qui sont des m&#233;tiers tr&#232;s f&#233;minis&#233;s, moins bien r&#233;mun&#233;r&#233;s, parfois &#224; temps partiel. Nos pensions en seront diminu&#233;es d'autant.&lt;/i&gt; &#187;[6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les personnes trans peinent &#224; faire valoir les trimestres travaill&#233;s avant leur transition et leur changement de nom. En outre, la solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e par le rejet dans les familles susceptibles de laisser les personnes LGBTQI+ particuli&#232;rement isol&#233;es &#224; l'&#226;ge de la retraite, d'autant que les personnes LGBTQI+ sont davantage priv&#233;es du droit d'en cr&#233;er une, &#224; l'image des m&#232;res lesbiennes qui n'ont pas toujours acc&#232;s &#224; la PMA. En bref, des moyens r&#233;duits pour financer le placement en EPHAD avec ses co&#251;ts exorbitants li&#233;s &#224; la marchandisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, l'intrication entre travail domestique non r&#233;mun&#233;r&#233; et emplois d&#233;valoris&#233;s dans la sph&#232;re professionnelle est mise en avant pour souligner les effets n&#233;fastes de la contre-r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;pression des actions&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression des actions f&#233;ministes n'est pas nouvelle, bien qu'historiquement on ait longtemps consid&#233;r&#233; qu'elles en &#233;taient pr&#233;serv&#233;es : on se souvient de la marche de nuit pour un &#171; f&#233;minisme populaire antiraciste &#187; du 7 mars 2020, charg&#233;e par les forces de l'ordre apr&#232;s que les manifestantes avaient &#233;t&#233; nass&#233;es, tandis que certaines d'entre elles avaient &#233;t&#233; litt&#233;ralement tra&#238;n&#233;es dans les escaliers du m&#233;tro[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression qui s'abat actuellement sur le mouvement n'&#233;pargne pas les f&#233;ministes. Le 7 f&#233;vrier 2023, ce sont les Rosies organisant une action devant l'Assembl&#233;e nationale pendant le d&#233;bat parlementaire qui sont plac&#233;es en garde &#224; vue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;&#8239;On a mis en danger les valeurs de la R&#233;publique, d&#233;grad&#233; le patrimoine national, d&#233;stabilis&#233; le gouvernement avec une danse et de la craie ! &#187;, ironise Youlie Yamamoto&lt;/i&gt;[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus tard, quatre colleuses du mouvement &#171; Rel&#232;ve f&#233;ministe &#187; sont &#224; leur tour arr&#234;t&#233;es alors m&#234;me que le collage ne constitue pas une infraction passible d'une peine de prison. Elles sont finalement lib&#233;r&#233;es le lendemain : elles ne sont pas poursuivies, ce qui signifie que les proc&#232;s-verbaux ne sont pas &#233;tablis. Au fond, il s'agit &lt;strong&gt;d'intimider les militantes&lt;/strong&gt;, de leur faire peur. Et cela peut s'accompagner de propos sexistes, voire de violences sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le 14 mars, ce sont quatre &#233;tudiantes qui d&#233;posent plainte pour &#171; &lt;i&gt;violences sexuelles par d&#233;positaire de l'autorit&#233; publique &lt;/i&gt; &#187;suite &#224; une fouille dans une nasse qui s'est traduite par des &#171; &lt;i&gt; palpations avec les mains &#224; l'int&#233;rieur des sous-v&#234;tements &lt;/i&gt; &#187; selon l'une des avocates, accompagn&#233;es de propos insultants et humiliants[9]. Finalement, l'&#233;largissement et la radicalisation de la contestation des femmes et des minorit&#233;s de genre fait peur au pouvoir, au point que des moyens r&#233;pressifs de toute sorte sont mis en &#339;uvre pour la faire taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#233;s&lt;i&gt;andro&lt;/i&gt;centrer &#187; le travail, un moteur implicite de la contestation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil recherche ing&#233;nierie formation pour l'&#233;galit&#233; femmes-hommes (Corif) avait calcul&#233; en 2017[10] que le rattrapage des in&#233;galit&#233;s salariales pourrait rapporter 5,5 milliards d'euros de cotisations suppl&#233;mentaires pour la retraite. La revalorisation des m&#233;tiers qui entrent dans le champ du travail reproductif, ces activit&#233;s essentielles comme l'avait r&#233;v&#233;l&#233; la pand&#233;mie de covid, conduirait, de plus, &#224; une augmentation des salaires de nombreuses femmes permettant de financer &#233;galement les retraites, comme l'ont r&#233;p&#233;t&#233; des f&#233;ministes depuis janvier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, C&#233;line Bessi&#232;re et Sybille Gollac insistent sur l'absence de reconnaissance du travail domestique et parental, t&#233;moignant de la &#171; &lt;i&gt; conception masculine du travail &lt;/i&gt; &#187;qui pr&#233;side &#224; cette contre-r&#233;forme[11] : le &#171; d&#233;s&lt;i&gt;andro&lt;/i&gt;centrement &#187; du travail constitue donc un moteur implicite de la contestation des femmes et des minorit&#233;s de genre. Et cet enjeu est &#233;minemment anticapitaliste, dans la mesure o&#249; il implique un changement de logique, une inversion des priorit&#233;s, non plus fond&#233;e sur les profits de certainEs, mais sur les besoins de touTEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanny Gallot est historienne, ma&#238;tresse de conf&#233;rences &#224; l'Universit&#233; Paris-Est Cr&#233;teil et chercheuse au Centre de recherche en histoire contemporaine compar&#233;e (CRHEC). Ses recherches portent sur le travail des femmes et le syndicalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; De 1995 &#224; aujourd'hui : la place des femmes dans les mobilisations contre les r&#233;formes des retraites &#187;, Entretien avec Annick Coup&#233;, r&#233;alis&#233; par Rachel Silvera, dans Le genre au travail. Recherches f&#233;ministes et luttes de femmes, sous la dir. de Nathalie Lapeyre, Jacqueline Laufer, S&#233;verine Lemi&#232;re, Sophie Pochic et Rachel Silvera, Syllepse, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Rapha&#235;lle Besse Desmouli&#232;res, &#171; Retraites : la voix des femmes r&#233;sonne dans le mouvement social &#187;, le Monde, 9 mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Nancy Fraser, &#171; Crise du care ? Paradoxes socio-reproductifs du capitalisme contemporain &#187;, Capitalisme et reproduction sociale. Avant 8 heures, apr&#232;s 17 heures, Blast, 2020, p. 41-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Paul Hobeika, &#171; Le patriarcat d'outre-tombe. Veuvage, r&#233;version et recomposition des rapports sociaux &#224; l'&#226;ge de la retraite &#187;, Nouvelles Questions F&#233;ministes, vol. 41, n&#176; 1, 2022, p. 48-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Anne-Sophie Lechevallier, &#171; Les actions anti-r&#233;forme au c&#339;ur de la journ&#233;e des droits des femmes &#187;, Lib&#233;ration, 8 mars 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] C&#233;lia Mebroukine, &#171; Retraites : le &#8220;pink bloc&#8221; veut r&#233;concilier luttes LGBTQI+ et luttes sociales &#187;,&lt;i&gt; Mediapart&lt;/i&gt;, 10 f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#171; &#192; Paris, les manifestantes charg&#233;es par les forces de l'ordre lors de la &#8220;Marche f&#233;ministe&#8221; &#187;, &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt;, 8 mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Nad&#232;ge Dubessay, &#171; Youlie Yamamoto, la riposte f&#233;ministe en bleu de travail &#187;, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, vendredi 10 f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Karl Laske, &#171; &#192; Nantes, quatre &#233;tudiantes qui manifestaient accusent la police de violences sexuelles &#187;,&lt;i&gt; Mediapart&lt;/i&gt;, 18 mars 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &lt;a href=&#034;https://www.corif.fr/wp-content/uploads/2018/02/le_cout_des_inegalites_version_internet-2.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.corif.fr/wp-content/uploads/2018/02/le_cout_des_inegalites_version_internet-2.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] C&#233;line Bessi&#232;re et Sibylle Gollac, &#171; Retraites : la r&#233;forme macroniste renforce une conception masculine du travail &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 30 janvier 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'intersectionnalit&#233; au travail</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-intersectionnalite-au-travail</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-intersectionnalite-au-travail</guid>
		<dc:date>2021-01-18T11:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Djaouidah S&#233;hili, Sophie Pochic , Camille No&#251;s , Fanny Gallot</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-12-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots Lettre N&#176;50 - 5 d&#233;cembre 2020 : Notes de lecture, textes, p&#233;titions, liens https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/12/01/lintersectionnalite-au-travail/ Publi&#233; le 1 d&#233;cembre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'aimable autorisation de la revue Travail, genre et soci&#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la pand&#233;mie de la Covid-19, la repr&#233;sentation de la hi&#233;rarchie sociale des m&#233;tiers a &#233;t&#233; symboliquement &#233;branl&#233;e, puisque des activit&#233;s et des services m&#233;pris&#233;s et d&#233;valoris&#233;s comme les caissi&#232;res, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Litterature-et-fiction-" rel="directory"&gt;&#201;crits et fiction&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-12-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-12-08&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton46064-51070.jpg?1781104760' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots Lettre N&#176;50 - 5 d&#233;cembre 2020 : Notes de lecture, textes, p&#233;titions, liens&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/12/01/lintersectionnalite-au-travail/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/12/01/lintersectionnalite-au-travail/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; le 1 d&#233;cembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aimable autorisation de la revue Travail, genre et soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la pand&#233;mie de la Covid-19, la repr&#233;sentation de la hi&#233;rarchie sociale des m&#233;tiers a &#233;t&#233; symboliquement &#233;branl&#233;e, puisque des activit&#233;s et des services m&#233;pris&#233;s et d&#233;valoris&#233;s comme les caissi&#232;res, les aides &#224; domicile, les aides-soignantes, les personnels de nettoyage se sont r&#233;v&#233;l&#233;s &#234;tre indispensables pour la survie de nos soci&#233;t&#233;s. Ces &#171; sales boulots &#187;, au sens d'activit&#233;s p&#233;nibles et peu r&#233;mun&#233;ratrices, souvent en contact avec la salet&#233; et la maladie [Hughes, 1996 ; Sellier, et Silvera, 2020] sont r&#233;alis&#233;s par 67% de femmes et 29% de salari&#233;&#183;e&#183;s de nationalit&#233; &#233;trang&#232;re, dans le cas du secteur du nettoyage (1). L'articulation des rapports sociaux permet de comprendre pourquoi ces travailleuses se trouvent rel&#233;gu&#233;es au plus bas de la hi&#233;rarchie dans la division sexu&#233;e et raciale du travail. Cette position qu'elles subissent est parfois renvers&#233;e par les femmes elles-m&#234;mes pour d&#233;noncer des conditions inhumaines d'exploitation du travail, le racisme et le sexisme, et revendiquer dignit&#233; et application de leurs droits. Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, en France, les gr&#232;ves s'&#233;taient d'ailleurs multipli&#233;es dans le secteur du nettoyage et des maisons de retraite, soutenues par certains syndicats (2). D'ordinaire frapp&#233;es d'invisibilit&#233;, les travailleuses racis&#233;es (3) comme leurs mobilisations marquent temporairement l'espace de leur pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;labor&#233; aux &#201;tats-Unis, &#224; partir des ann&#233;es 1970, par des th&#233;oriciennes se revendiquant du &#171; black feminism &#187; (4), le prisme de l'intersectionnalit&#233; a produit un profond renouvellement sociologique et historiographique dans les recherches anglo-saxonnes portant sur le travail et les migrations. Un dossier de la revue Gender, Work and Organization souligne que la circulation de cette approche entre disciplines, et par-del&#224; les fronti&#232;res, a multipli&#233; les d&#233;finitions &#8211; parfois contradictoires entre elles &#8211; de cette notion. Les enqu&#234;tes empiriques sur le monde du travail permettent de s'int&#233;resser heuristiquement &#224; l'exp&#233;rience subjective des personnes, d'explorer &#171; des intersections pour mettre en &#233;vidence la texture et les cons&#233;quences des in&#233;galit&#233;s subies par les individus et des groupes compte tenu de leur appartenance sociale &#187; [Rodriguez et al., 2016, p 202, traduction libre]. En France, l'approche intersectionnelle a &#233;t&#233; import&#233;e, d&#233;battue et mise en pratique plus tardivement &#8211; &#224; partir des ann&#233;es 2000 &#8211;, principalement autour de la question des migrantes, pour &#233;clairer la situation de personnes &#171; domin&#233;es &#187; dans la division du travail [Gu&#233;nif-Souilamas, 1999]. Plus tard, au sein des &#233;tudes f&#233;ministes, son usage a fait d&#233;bat puisque la th&#233;orisation de &#171; la co-substantialit&#233; des rapports sociaux &#187; proposait de penser l'articulation des syst&#232;mes d'oppression, dans la filiation du f&#233;minisme mat&#233;rialiste essentiellement attentive aux conflits sociaux de sexe et de classe [Galerant et Kergoat, 2014]. Par ailleurs, les rapports sociaux de race, d'ethnicit&#233; et de colonialit&#233; sont longtemps rest&#233;s marginaux dans la sociologie f&#233;ministe fran&#231;aise, &#224; l'exception notable de Colette Guillaumin [1992] et de Christine Delphy [2008, 1998], certaines pol&#233;miques perdurant &#224; leur sujet. Nous pensons notamment &#224; l'entreprise actuelle de d&#233;l&#233;gitimation de l'intersectionnalit&#233;, men&#233;e par certain&#183;e&#183;s universitaires ignorant leurs privil&#232;ges de race, de genre et de classe, qui r&#233;v&#232;le d'ailleurs le sympt&#244;me de strat&#233;gies actives de r&#233;sistance &#224; la prise en compte &#8211; conceptuelle, analytique et &#233;pist&#233;mologique &#8211; des rapports sociaux de race et de genre dans la recherche en sciences sociales [L&#233;pinard et Mazouz, 2018].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de ce dossier est de mettre le concept d'intersectionnalit&#233; &#224; l'&#233;preuve du r&#233;el en proposant des contributions de diff&#233;rentes disciplines (histoire, sociologie, science politique) qui s'appuient sur des enqu&#234;tes ou des archives se rapportant &#224; des terrains d'investigation vari&#233;s allant de la France m&#233;tropolitaine &#224; la R&#233;union, en passant par Duba&#239; et les &#201;tats-Unis. Il s'attache &#224; aborder les processus de racialisation en tant que rapport de pouvoir &#224; l'&#339;uvre dans le monde du travail et la mani&#232;re dont ils s'articulent avec les rapports sociaux de sexe et de classe, en particulier. En d'autres termes : comment les processus de racialisation segmentent-ils la main-d'&#339;uvre et comment les personnes r&#233;agissent-elles &#224; ces in&#233;galit&#233;s ? Il questionne &#233;galement l'usage du concept pour aborder la position des dominant&#183;e&#183;s tandis qu'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de chercheur&#183;e&#183;s analyse la blanchit&#233; comme un avantage structurel pour les classes sup&#233;rieures. Enfin, dans une acception large du travail (productif, domestique, militant, etc.), il ambitionne &#233;galement de montrer comment l'intersectionnalit&#233; est un concept critique qui peut renouveler les strat&#233;gies et modes d'organisation des mobilisations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail, un objet central de l'intersectionnalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les g&#233;n&#233;alogies multiples du concept d'intersectionnalit&#233;, le travail occupe une place centrale en tant que producteur des rapports sociaux de classe, de genre et de race. Contrairement &#224; la matrice marxiste, il vise aussi &#224; ne pas privil&#233;gier une seule forme de subordination et notamment &#224; repositionner la race au m&#234;me niveau que la classe [Sehili, 2020]. Dans les gen&#232;ses du concept, on n&#233;glige souvent le r&#244;le de la militante afro-am&#233;ricaine communiste Claudia Jones, qui a &#233;labor&#233; dans l'entre-deux-guerres le concept de &#171; triple oppression &#187; pour envisager la position sp&#233;cifique des travailleuses noires &#233;tatsuniennes marginalis&#233;es autant dans les combats f&#233;ministes qu'antiracistes [Holvino, 2010]. Dans les ann&#233;es 1970, p&#233;riode de forte conflictualit&#233; sociale, l'oppression de classe et les positions subalternes occup&#233;es par les femmes racis&#233;es sont syst&#233;matiquement &#233;voqu&#233;es par la mouvance &#171; black feminist &#187; aux &#201;tats-Unis [Dorlin, 2008], tout comme la Coordination des Femmes Noires (5) en France d&#233;nonce les discriminations &#224; leur encontre, notamment sur le march&#233; du travail. Enfin, la critique du droit anti-discriminatoire par Kimberl&#233; Crenshaw, selon laquelle la lecture unidimensionnelle du droit marginalise l'exp&#233;rience sp&#233;cifique des femmes noires, n'est pas li&#233;e qu'&#224; l'&#233;tude des violences domestiques ; elle s'est aussi nourrie de la plainte d'Emma DeGraffenreid (class&#233;e sans suite) contre General Motors, alors que les Afro-Am&#233;ricaines &#233;taient exclues de ses emplois jusqu'en 1964 [Crenshaw, 1989] (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire imbriqu&#233;e de la division raciale et sexu&#233;e du travail a &#233;t&#233; appr&#233;hend&#233;e dans une perspective intersectionnelle par Evelyn Nakano Glenn qui a retrac&#233; la chronologie &#233;tats-unienne de la racialisation du &#171; travail reproductif &#187;, assignant les femmes noires (mais &#233;galement am&#233;rindiennes et immigr&#233;es) au travail domestique et au travail de care, au b&#233;n&#233;fice des femmes (et des hommes) blanc&#183;he&#183;s, et &#233;clairant les valeurs inculqu&#233;es par l'enseignement m&#233;nager qui visait autant &#224; faire des bonnes citoyennes am&#233;ricaines que des domestiques d&#233;vou&#233;es [Glenn, 2010]. Dans ce dossier, l'historienne Margot Beal interroge la racialisation des domestiques en France m&#233;tropolitaine de la fin du XIXe si&#232;cle au milieu du XXe si&#232;cle, au moment o&#249; se constitue le corpus id&#233;ologique du racisme et au regard de la place de la domesticit&#233; dans l'Empire colonial. &#192; partir d'archives judiciaires, elle rend compte de &#171; l'infantilisation &#187;, de la &#171; m&#233;fiance exacerb&#233;e &#187; et de l'&#171; exotisation &#187; des domestiques racis&#233;&#183;e&#183;s, auxquel&#183;le&#183;s sont pr&#233;f&#233;r&#233;&#183;e&#183;s des domestiques blanc&#183;he&#183;s et femmes, migrantes de l'int&#233;rieur ou polonaises, et catholiques. De son c&#244;t&#233;, la sociologue Hanane Karimi aborde la mani&#232;re dont les femmes portant le voile (hijab) en France actuellement font l'exp&#233;rience de discriminations multiples et additives, ici dans l'acc&#232;s &#224; l'emploi. De fait, certaines d'entre elles envisagent la cr&#233;ation d'entreprise, promue par des r&#233;seaux non-mixtes d'entrepreneuses musulmanes, comme une mani&#232;re d'articuler pratique religieuse, activit&#233; professionnelle et travail parental. L'enqu&#234;te d'Hanane Karimi lui permet d'explorer les exp&#233;riences subjectives de ces femmes dans leur variation intra-cat&#233;gorielle et d'int&#233;grer au triptyque classique race-genre-classe d'autres dimensions signifiantes pour penser les privil&#232;ges et la subordination comme la religion (7). Cependant, comme d'autres groupes organis&#233;s par &#171; communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts &#187;, que ce soit des r&#233;seaux f&#233;minins ou des groupes LGTB (8), ces r&#233;seaux d'entrepreneuses justifient leur existence dans une rh&#233;torique n&#233;olib&#233;rale et participent &#224; une forme d'instrumentalisation de la promotion manag&#233;riale de la &#171; diversit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division sexu&#233;e et raciale du travail ne peut pas &#234;tre envisag&#233;e sans prendre en compte sa dimension internationale, que ce soit dans les p&#233;riodes coloniales ou, aujourd'hui, dans le capitalisme globalis&#233;. Dans ce dossier, Am&#233;lie Le Renard avance des pistes pour combiner le concept d'intersectionnalit&#233; avec des approches transnationales et postcoloniales pour porter un regard intersectionnel sur le privil&#232;ge occidental tel qu'il se d&#233;ploie entre Duba&#239; et la France &#224; partir d'une enqu&#234;te aupr&#232;s des expatri&#233;&#183;e&#183;s. Son approche longitudinale des parcours professionnels lui permet d'ailleurs de montrer la force des rapports de race, de genre et de classe au sein des titulaires d'un &#171; passeport occidental &#187;, avec des diff&#233;rences qui se creusent &#224; moyen terme, au d&#233;triment notamment des femmes non-blanches aux positions professionnelles beaucoup plus impr&#233;visibles et pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intersectionnalit&#233;, un instrument pour analyser et renforcer les luttes sociales ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Myriam Paris revient sur la lutte oubli&#233;e des employ&#233;es domestiques (9) &#224; la R&#233;union de 1945 aux ann&#233;es 1960 et sur le r&#244;le du syndicat des bonnes et des blanchisseuses, r&#233;clamant l'&#233;galit&#233; des droits politiques et sociaux entre Fran&#231;ais&#183;es et R&#233;unionnais&#183;es dans le cadre d'un large mouvement social et politique anticolonial. S'appuyant sur des archives administratives in&#233;dites, elle montre que le traitement par l'&#201;tat et le patronat, domin&#233; par les propri&#233;taires des terres et des industries sucri&#232;res, de leurs revendications (augmentation de salaire et acc&#232;s aux droits sociaux associ&#233;s &#224; la maternit&#233;) permet de saisir comment les hi&#233;rarchies socioraciales sont reproduites et reconfigur&#233;es dans les &#171; d&#233;partements d'outremer &#187; au cours du processus politique et administratif cens&#233; les abolir. Son article fait largement &#233;cho &#224; la traduction de l'article de Jennifer Chun, George Lipsitz et Young Shin qui illustre comment l'intersectionnalit&#233; a pu constituer une strat&#233;gie de lutte permettant aux ouvri&#232;res asiatiques des &#201;tatsUnis de s'auto-organiser, depuis les ann&#233;es 1990, &#224; travers l'exemple de Asian Immigrant Women Advocates (aiwa). Dans la tradition du &#171; community organizing &#187; [Talpin et Balazard, 2016], cette organisation communautaire vise &#224; faire &#233;merger des leaders de ces travailleuses &#171; sans voix &#187; et a trouv&#233; de puissants relais de ses campagnes aupr&#232;s des lyc&#233;en&#183;ne&#183;s et &#233;tudiant&#183;e&#183;s asiatiques de seconde g&#233;n&#233;ration. Outre un outil acad&#233;mique, l'intersectionnalit&#233; peut &#234;tre un mode d'action, une &#171; praxis &#187; pour intervenir dans un monde du travail marqu&#233; par des in&#233;galit&#233;s croissantes, attentif &#224; ce que les luttes sociales ne reproduisent pas en leur sein les hi&#233;rarchies de race, de genre et de classe [Cho, Crenshaw et McCall, 2013].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersectionnalit&#233; est d'abord une th&#233;orie critique car elle permet de donner voix au chapitre aux minorit&#233;s situ&#233;es &#224; l'intersection des grands axes de structuration des in&#233;galit&#233;s sociales et dont les int&#233;r&#234;ts ne sont pas ou mal repr&#233;sent&#233;s par les organisations classiques que sont les syndicats ou les partis politiques. C'est pourquoi, Fatima Ait Ben Lmadani et Nasima Moujoud [2012] se demandent : &#171; Peut-on faire de l'intersectionnalit&#233; sans les ex-colonis&#233;&#183;e&#183;s ? &#187;. Elles d&#233;plorent l'invisibilisation des savoirs minoritaires des ex-colonis&#233;&#183;e&#183;s, alors m&#234;me que l'imbrication des rapports de pouvoir au sein du monde acad&#233;mique se trouve davantage analys&#233;e depuis la r&#233;ception du concept. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, certaines d&#233;noncent le fait que l'intersectionnalit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;e de son bagage politique radical et qu'il faudrait renouer avec l'esprit contre-h&#233;g&#233;monique et transformateur qu'elle avait dans les ann&#233;es 1970 et 1980 [Bilge, 2016]. Pour conclure, l'approche intersectionnelle ne se r&#233;duit donc pas &#224; une perspective th&#233;orique d'articulation syst&#233;matique des rapports sociaux, elle s'accompagne d'un projet politique visant &#224; restituer l'exp&#233;rience des domin&#233;&#183;e&#183;s, et leur point de vue situ&#233;, dans un but d'&#233;mancipation collective. N&#233;anmoins, il reste encore beaucoup de chemin &#224; parcourir pour que les responsables et les charg&#233;&#183;e&#183;s de la mise en &#339;uvre des politiques, publiques ou organisationnelles, int&#232;grent sa dimension politique pour transformer les pratiques routini&#232;res de travail et de gestion des ressources humaines qui (re)produisent les discriminations multiples [Verloo et al., 2012].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanny Gallot, Camille No&#251;s (10), Sophie Pochic et Djaouidah S&#233;hili&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans le n&#176;44/2020 de Travail, genre et soci&#233;t&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disponible aussi en ligne sur Cairn : &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2020-2-page-25.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2020-2-page-25.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Chiffres de la F&#233;d&#233;ration des entreprises de propret&#233; et services associ&#233;s (FEP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Notamment la CGT, Solidaires et la CNT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Les racis&#233;&#183;e&#183;s sont les personnes (noires, arabes, roms, asiatiques, etc.) renvoy&#233;&#183;e&#183;s &#224; l'appartenance, r&#233;elle ou suppos&#233;e, &#224; un groupe ayant subi un processus &#224; la fois social et mental d'alt&#233;risation sur la base de la race. La notion de race s'inscrit dans la perspective constructiviste d&#233;velopp&#233;e par les sciences sociales. Oppos&#233;e &#224; l'id&#233;e de l'existence des races humaines, cette conception met l'accent sur le caract&#232;re socialement construit des cat&#233;gories ou groupes racialis&#233;s ou racis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Que certaines auteures traduisent en fran&#231;ais par &#171; f&#233;minisme noir &#187; ou &#171; f&#233;minisme africain-am&#233;ricain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Membre active de cette coordination, l'anthropologue f&#233;ministe s&#233;n&#233;galaise Awa Thian articule sexisme, racisme, capitalisme et n&#233;ocolonialisme dans son ouvrage La parole aux n&#233;gresses paru en 1978. Compte -)rendu par Ndeye Fatou Kane : &lt;a href=&#034;https://lirecrire.hypotheses.org/3267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lirecrire.hypotheses.org/3267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) La Cour avait jug&#233; que General Motors ne faisait pas de discrimination raciale ou sexu&#233;e, car des emplois &#233;taient ouverts aux noirs (hommes) et d'autres &#233;taient accessibles aux femmes (blanches) avant 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Au m&#234;me titre que l'&#226;ge, la sexualit&#233; ou le handicap permettent de complexifier le prisme de l'intersectionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) LGBT : Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) D&#233;sign&#233;es par le mot cr&#233;ole &#171; n&#233;n&#232;nes &#187; apparu au XVIIIe si&#232;cle pour nommer les femmes d&#233;tenues en esclavage affect&#233;es au soin des enfants blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) &#171; Camille No&#251;s &#187; est un consortium scientifique cr&#233;&#233; en 2020 pour affirmer le caract&#232;re collaboratif et ouvert de la cr&#233;ation et de la diffusion des savoirs, sous le contr&#244;le de la communaut&#233; acad&#233;mique, dans le cadre de la mobilisation pour une autre Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ait Ben Lmadani Fatima et Moujoud Nasima, 2012, &#171; Peut-on faire de l'intersectionnalit&#233; sans les ex-colonis&#233;-e-s ? &#187;, Mouvements, vol. 72, n&#176; 4, p. 11-21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilge Sirma, 2016, &#171; Plaidoyer pour une intersectionnalit&#233; critique non blanchie &#187;, in Farinaz Fassa, Eleonore L&#233;pinard, Marta Roca i Escoda (dir.), L'intersectionnalit&#233;, enjeux th&#233;oriques et politiques, Paris, &#201;ditions La Dispute, p. 75-102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cho Sumi, Crenshaw Kimberl&#233; Williams et McCall Leslie, 2013, &#171; Intersectionnality : Theorizing Power, Empowering Theory &#187;, Signs, vol. 38, n&#176; 4, p. 785-810.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crenshaw Kimberl&#233;, 1989, &#171; Demarginalizing the intersection of race and sex : A black feminist critique of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics &#187;, University of Chicago Legal Forum, n&#176; 1, p. 139-167. Delphy Christine, 1998, L'ennemi principal I &#171; &#201;conomie politique du patriarcat &#187;, Paris, &#201;ditions Syllepse, Coll. &#171; Nouvelles questions f&#233;ministes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delphy Christine, 2008, Classer, dominer, Paris, &#201;ditions La Fabrique. Dorlin Elsa (dir.), 2008, Black feminism. Anthologie du f&#233;minisme africainam&#233;ricain, 1975-2000, Paris, &#201;ditions L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glenn Evelyn Nakano, 2010, Forced to care : Coercion and caregiving in America, Harvard, Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galerand Elsa et Kergoat Dani&#232;le, 2014, &#171; Consubstantialit&#233; vs intersectionnalit&#233; ? &#192; propos de l'imbrication des rapports sociaux &#187;, Nouvelles pratiques sociales, vol. 26, n&#176; 2, p. 44-61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#233;nif-Souilamas Nacira, 1999, Des beurettes aux descendantes d'immigrants nordafricains, Paris, &#201;ditions Grasset, coll. &#171; Partage du savoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaumin Colette, 1992, Sexe, Race et pratique du pouvoir : l'id&#233;e de nature, Paris, &#201;ditions C&#244;t&#233;-femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Holvino Evangelina, 2010, &#171; Intersections : the Simultaneity of Race, Gender and Class in Organization Studies &#187;, Gender, Work and Organization, vol. 17, n&#176; 3, p. 248-277.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hughes Everett C., 1996, Le Regard sociologique, Essais choisis, Textes rassembl&#233;s et pr&#233;sent&#233;s par Jean-Michel, Paris, &#201;ditions de l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;pinard El&#233;onore et Mazouz Sarah, 2019, &#171; Cartographie du surplomb &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvements [En Ligne]. &lt;a href=&#034;http://mouvements.info/cartographie-du-surplomb/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://mouvements.info/cartographie-du-surplomb/&lt;/a&gt; Rodriguez Jenny K., Holvino Evangelina, Fletcher Joyce K. et Nkomo Stella M., 2016, &#171; The Theory and Praxis of Intersectionality in Work and Organizations : Where do we go from Here ? &#187;, Gender, Work and Organization, vol. 23, n&#176; 3, p. 201-222.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sehili Djaouidah, 2020, Penser l'intersectionnalit&#233; dans le travail, Paris, &#201;ditions Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sellier Pauline et Silvera Rachel (dir.), 2020, &#171; Sales boulots &#187;, Travail, genre et soci&#233;t&#233;s, n&#176; 43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Talpin Julien et Balazard H&#233;l&#232;ne, 2016, &#171; Community organizing : g&#233;n&#233;alogie, mod&#232;les et circulation d'une pratique &#233;mancipatrice &#187;, Mouvements, vol. 85, n&#176; 1, p. 11-25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Verloo Mieke, Meier Petra, Lauwers Sophie et Martens Saakia, 2012, &#171; Putting Intersectionality into Practice in Different Configurations of Equality and Architecture : Belgium and the Netherlands &#187;, Social Politics, vol. 19, n&#176; 4, p. 513-38.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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