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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le monde merveilleux du revenu universel</title>
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		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'une soci&#233;t&#233; garantisse un revenu d&#233;cent &#224; tous ses membres est &#233;videmment un objectif l&#233;gitime. Mais cela n'implique pas l'adh&#233;sion aux projets de revenu universel, de base, etc. Ces projets reposent en effet sur un postulat erron&#233;, ils conduisent &#224; une impasse strat&#233;gique et renoncent au droit &#224; l'emploi. &lt;br class='autobr' /&gt; tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2020 - n&#176;19 - 2 mai : Notes de lecture, textes, p&#233;titions... (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-05-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-05-05&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH44/arton43402-1df13.jpg?1781035290' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='44' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'une soci&#233;t&#233; garantisse un revenu d&#233;cent &#224; tous ses membres est &#233;videmment un objectif l&#233;gitime. Mais cela n'implique pas l'adh&#233;sion aux projets de revenu universel, de base, etc. Ces projets reposent en effet sur un postulat erron&#233;, ils conduisent &#224; une impasse strat&#233;gique et renoncent au droit &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2020 - n&#176;19 - 2 mai : Notes de lecture, textes, p&#233;titions...&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2016/12/30/le-monde-merveilleux-du-revenu-universel/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2016/12/30/le-monde-merveilleux-du-revenu-universel/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; le 30 d&#233;cembre 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adieu au plein emploi, vive le revenu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un revenu inconditionnel s'incarne en de multiples projets1. Mais, au-del&#224; de leurs diff&#233;rences, ils se d&#233;veloppent tous &#224; l'intersection de deux propositions plus ou moins explicites. La premi&#232;re est connue : les gains de productivit&#233; font que le plein emploi est hors d'atteinte. Et comme toute activit&#233; humaine est cr&#233;atrice de valeur, il faut redistribuer la richesse produite par un revenu d&#233;connect&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons un instant, m&#234;me si cette pr&#233;vision est hautement discutable2, que les gains de productivit&#233; li&#233;s aux nouvelles technologies soient porteurs d'une h&#233;catombe d'emplois et qu'un emploi sur deux sera automatis&#233; dans les deux prochaines d&#233;cennies. Les tenants de la fin du travail nous disent alors :&lt;i&gt; &#171; vous voyez bien qu'il n'y aura plus d'emplois pour tout le monde, donc il faut un revenu universel pour redistribuer la richesse produite par les robots &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce &#171; donc &#187; qu'il faut absolument r&#233;cuser. Un autre raisonnement est en effet possible : &lt;i&gt;&#171; Les robots font une partie du travail &#224; notre place, donc notre temps de travail peut diminuer. &#187;&lt;/i&gt; A l'&#233;chelle historique, c'est ce qui s'est pass&#233; (pas spontan&#233;ment mais sous la pression des luttes sociales) : les gains de productivit&#233; ont &#233;t&#233; en grande partie redistribu&#233;s sous forme de r&#233;duction du temps de travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Petite &#233;conomie politique du num&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pratique, il se trouve que les gains de productivit&#233; associ&#233;s aux nouvelles technologies mettent du temps &#224; se manifester. Les &#233;conomistes sont &#224; nouveau confront&#233;s au &#171; paradoxe de Solow &#187; : on voit partout ces nouvelles technologies, sauf dans les statistiques de productivit&#233;. Les tentatives pour sortir de cette difficult&#233; consistent &#224; dire que le volume de production est mal mesur&#233; par les m&#233;thodes habituelles : il aurait &#233;t&#233; sous-estim&#233;, de telle sorte que les gains de productivit&#233; seraient finalement plus &#233;lev&#233;s qu'il n'y para&#238;t. Les correctifs propos&#233;s reposent pour la plupart sur un oubli de la vieille distinction entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change que le num&#233;rique serait en train de brouiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie de plateforme (Uber, etc.) et des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) a en effet stimul&#233; des innovations th&#233;oriques souvent impressionnistes mais qui s'appuient pour la plupart sur de nouvelles d&#233;finitions de la production ou de la captation de valeur. La question qu'il faut alors se poser est de savoir si les nouvelles technologies rendent vraiment n&#233;cessaire un tel &#171; d&#233;passement &#187; de la th&#233;orie de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un recul prudent &#8211; au risque du conservatisme &#8211; est ici n&#233;cessaire : il faut essayer de discerner ce qui est effectivement nouveau tout en prenant ses distances avec l'id&#233;e facile selon laquelle les innovations techniques d&#233;termineraient m&#233;caniquement les mutations sociales ad&#233;quates. Cette fascination devant les prouesses de la technique conduit assez rapidement &#224; la conclusion h&#226;tive que le salariat est condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'extirper de ce dispositif id&#233;ologique, le plus simple est de se demander quel est le mod&#232;le &#233;conomique des entreprises &#171; num&#233;riques &#187;. Autrement dit : comment gagnent-elles de l'argent ? Apple vend des smartphones et des tablettes ; son mod&#232;le se distingue par un quasi-monopole qui repose d'un c&#244;t&#233; sur une surexploitation de la main-d'&#339;uvre, de l'autre sur la rente que lui procure l'addiction des consommateurs &#224; son syst&#232;me clos. Mais, au bout du compte, Apple gagne de l'argent en vendant des marchandises. Il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil de ce point de vue et cela permet de souligner un ressort id&#233;ologique qui consiste &#224; m&#233;langer deux choses : les performances remarquables du produit et le fait qu'il reste une marchandise classique. On pourrait dire la m&#234;me chose d'Amazon, qui n'est pas autre chose qu'un distributeur de marchandises stock&#233;es dans d'immenses hangars (ou sur de gros serveurs pour les biens num&#233;riques) et manipul&#233;es par des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le de Google ou de Facebook est diff&#233;rent : leurs recettes proviennent de la valorisation des informations collect&#233;es sur leur parc d'usagers qui sont revendues sous forme d'espaces publicitaires ou de meilleurs r&#233;f&#233;rencements. Leur extravagante capitalisation boursi&#232;re renvoie &#224; leur capacit&#233; &#224; monopoliser une part importante du march&#233; publicitaire. Il s'agit donc d'un transfert plut&#244;t que d'une cr&#233;ation autonome de valeur, comme en t&#233;moignent les difficult&#233;s de Twitter qui n'a jamais r&#233;ussi &#224; d&#233;gager un b&#233;n&#233;fice net, faute de mordre suffisamment sur le march&#233; de la publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La typologie des plateformes est encore plus diversifi&#233;e. Par exemple, Blablacar et Uber n'ont pas exactement la m&#234;me logique. Dans le premier cas, la plateforme met en contact deux personnes qui ont choisi de faire le m&#234;me trajet et partagent les frais. Il s'agit alors d'un transfert de revenu entre individus qui ne cr&#233;e pas en soi de valeur. En revanche, la plateforme per&#231;oit sa commission qui correspond &#224; la vente d'un bien marchand, en l'occurrence le service de mise en contact. Uber, et beaucoup d'autres comme TaskRabbit aux Etats-Unis, fonctionnent plut&#244;t comme des agences d'int&#233;rim, en mettant &#224; disposition des &#171; salari&#233;s &#187; qui vont r&#233;aliser une t&#226;che pour un client qui va payer pour cette prestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les applications de mise en relation rendent ainsi possibles des transactions qui auraient &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es sous d'autres formes mais &#224; un prix plus &#233;lev&#233;, ou pas du tout. On pourrait parler d'entreprise virtuelle mettant directement en contact l'acheteur du service avec un &#171; salari&#233; &#187;. D'un point de vue strictement &#233;conomique, il n'y a rien de vraiment nouveau sous soleil. La plateforme rentabilise son investissement et ses quelques salari&#233;s en prenant sa commission : la marchandise qu'elle vend, c'est le service de mise en relation. Le travailleur re&#231;oit quant &#224; lui une r&#233;mun&#233;ration, comme le ferait un petit artisan. La grande diff&#233;rence est &#233;videmment le contournement (potentiel mais pas in&#233;vitable) de toute l&#233;gislation sociale et fiscale. Ce secteur de la gig economy s'apparente au secteur dit informel ou non enregistr&#233; des pays en d&#233;veloppement et le statut de ses participants est souvent plus proche de celui d'un journalier du XIXe si&#232;cle que de celui de salari&#233; ou m&#234;me de travailleur ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est particuli&#232;rement &#233;vident dans le cas du micro-travail qui consiste, comme l'explique le site foulefactory.com, &#224; automatiser les &#171; t&#226;ches manuelles les plus laborieuses &#187; moyennant une r&#233;mun&#233;ration minime. L'exemple embl&#233;matique est le Turc m&#233;canique (Mechanical Turk) d'Amazon : cette plateforme (mturk.com) met en contact des particuliers et des entreprises qui proposent des micro-t&#226;ches. L'appellation m&#234;me de Turc m&#233;canique est r&#233;v&#233;latrice. Elle fait r&#233;f&#233;rence &#224; une fameuse supercherie de la fin du XVIIIe si&#232;cle : un automate habill&#233; &#224; la mode turque jouait aux &#233;checs (et gagnait la plupart du temps). En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait un &#234;tre humain qui manipulait le mannequin. Amazon revendique fi&#232;rement la r&#233;f&#233;rence &#224; ce subterfuge en affichant le slogan &#171; intelligence artificielle &#187; : c'est reconna&#238;tre que beaucoup de t&#226;ches qui semblent avoir &#233;t&#233; automatis&#233;es sont en fait r&#233;alis&#233;es par de petites mains &#233;parpill&#233;es &#224; travers le monde et pay&#233;es au lance-pierres. Amazon symbolise ainsi le v&#233;ritable subterfuge id&#233;ologique qui consiste &#224; transformer le recours &#224; cette surexploitation en merveille de la technologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Adieux &#224; la th&#233;orie de la valeur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pas suppl&#233;mentaire est franchi avec les th&#233;ories du digital labor. Ce travail gratuit r&#233;alis&#233; par les consommateurs qui surfent sur Internet serait exploit&#233;, puisqu'il produit une information qui est int&#233;gralement capt&#233;e par le site et qui sera revendue : il y a donc captation de la valeur produite par les &#171; prosommateurs &#187; (prosumers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma conduit &#224; des &#233;laborations th&#233;oriques parfois saugrenues et qui peuvent m&#234;me &#234;tre pr&#233;sent&#233;es dans un cadre conceptuel &#233;voquant la th&#233;orie marxiste de la valeur. C'est le cas de Christian Fuchs qui pousse jusqu'au bout la tradition op&#233;ra&#239;ste italienne : &#171; l'usine est le lieu du travail salari&#233;, mais le salon aussi. En dehors des lieux du travail salari&#233;, l'usine n'est pas seulement &#224; la maison : elle est partout3 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Antonio Casilli, un autre th&#233;oricien du digital labor, nous cr&#233;ons donc de la valeur sans le savoir, notamment &#224; travers les objets connect&#233;s : &#171; le seul fait de se trouver dans une maison ou un bureau &#171; intelligents &#187;, c'est-&#224;-dire &#233;quip&#233;s de dispositifs connect&#233;s, est d&#233;j&#224; producteur de valeur pour les entreprises qui collectent nos informations &#187;4. Il faut alors &#171; reconna&#238;tre la nature sociale, collective, commune de tout ce qu'on produit en termes de contenu partag&#233; et de donn&#233;es interconnect&#233;es, et pr&#233;voir une r&#233;mun&#233;ration en mesure de redonner au common ce qui en a &#233;t&#233; extrait. D'o&#249; l'id&#233;e, que je d&#233;fends, du revenu de base inconditionnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette justification du revenu de base repose sur une extension ill&#233;gitime des concepts de valeur et d'exploitation, et finalement sur une incompr&#233;hension des rapports sociaux capitalistes. Le grand probl&#232;me du capitalisme num&#233;rique est au contraire son incapacit&#233; &#224; marchandiser les biens et services virtuels qu'il produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres adeptes du capitalisme cognitif vont encore plus loin en proposant un revenu social garanti qui devrait &lt;i&gt;&#171; &#234;tre con&#231;u et instaur&#233; comme un revenu primaire li&#233; directement &#224; la production, c'est-&#224;-dire comme la contrepartie d'une activit&#233; cr&#233;atrice de valeur et de richesse aujourd'hui non reconnue et non r&#233;mun&#233;r&#233;e &#187;5. Le terme de revenu &#171; primaire &#187;&lt;/i&gt; renvoie &#224; la r&#233;partition &#171; primaire &#187; des revenus, entre salaires et profits. Autrement dit, le revenu garanti est pens&#233; comme une forme suppl&#233;mentaire de revenu qui devrait se rajouter au salaire et au profit. Mais ce revenu correspondant &#224; une cr&#233;ation de valeur ex nihilo nous fait entrer dans un monde parall&#232;le fantasm&#233; qui n'est plus le capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour solde de tout compte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re impasse strat&#233;gique des projets de revenu universel est une forme de na&#239;vet&#233; rarement soulign&#233;e qui renvoie d'ailleurs au postulat de base, &#224; savoir que le plein emploi est d&#233;sormais hors d'atteinte. Il est pourtant facile de montrer, presque arithm&#233;tiquement, que le plein emploi est pour l'essentiel une question de r&#233;partition6. Dire que le plein emploi est hors de port&#233;e revient donc &#224; admettre qu'il est impossible de modifier le partage de la valeur ajout&#233;e des entreprises dans le sens d'une cr&#233;ation d'emplois par r&#233;duction du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les projets de revenu universel impliquent eux aussi une modification de la r&#233;partition des revenus n&#233;cessaire pour financer le revenu inconditionnel &#224; un niveau &#171; suffisant &#187; pour assurer un niveau de vie d&#233;cent. Mais pourquoi ce changement dans la r&#233;partition &#8211; au moins aussi drastique &#8211; serait-il plus facilement accept&#233; par les dominants qu'un partage du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du revenu universel sont ensuite confront&#233;s &#224; une contradiction fatale. Si le revenu est &#171; suffisant &#187; ou &#171; d&#233;cent &#187;, son financement implique de red&#233;ployer largement la protection sociale, parce qu'il n'y a pas de source autonome de cr&#233;ation de valeur. C'est alors une r&#233;gression sociale qui consiste &#224; remarchandiser ce qui a &#233;t&#233; socialis&#233;. Et si le revenu est fix&#233; &#224; un niveau modeste, comme &#233;tape interm&#233;diaire, alors le projet ne se distingue plus des projets n&#233;o-lib&#233;raux et leur pr&#233;pare le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En id&#233;alisant le pr&#233;cariat comme s'il relevait tout entier d'un travail plus autonome, permettant de lib&#233;rer les initiatives, on occulte ses formes les plus classiques et domin&#233;es. En appelant de ses v&#339;ux le d&#233;passement du salariat vers un post-salariat adoss&#233; &#224; un revenu de base, on fait le lit de ceux qui organisent en pratique le retour au pr&#233;-salariat. Les partisans progressistes d'un revenu &#224; 1000 euros par mois risquent bien alors de servir d'&#171; idiots utiles &#187; pour la mise en place d'un revenu universel &#224; 400 euros &#8211; pour solde de tout compte &#8211; qui permettrait en outre de r&#233;duire avantageusement les co&#251;ts de fonctionnement de l'Etat-providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Adieux au programme de transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La combinaison de fondements th&#233;oriques erron&#233;s et d'orientations programmatiques h&#233;sitantes conduit fatalement &#224; renoncer ou &#224; tourner le dos aux axes essentiels d'un projet coh&#233;rent, &#224; commencer par la r&#233;duction du temps de travail. Au-del&#224; de quelques positions conciliatrices (&#171; c'est compl&#233;mentaire &#187;) les partisans du revenu universel ignorent ou discr&#233;ditent ce levier d'action. Pour Philippe Van Parijs, l'un des grands promoteurs de l'allocation universelle, c'est &#171; une id&#233;e du XXe si&#232;cle, pas du XXIe si&#232;cle &#187; parce que &#171; la r&#233;alit&#233; du XXIe si&#232;cle &#187; (&#224; laquelle il faut donc se r&#233;signer) c'est la &#171; multiplication du travail atypique, du travail ind&#233;pendant, du travail &#224; temps partiel, des contrats de toute sorte &#187;7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se projetant dans un futur indistinct, tous ces projets sautent par-dessus la n&#233;cessaire mobilisation autour de mesures d'urgence comme l'augmentation du salaire minimum et des minima sociaux (avec leur extension aux jeunes de 18 &#224; 25 ans). Parce qu'ils se r&#233;signent &#224; la pr&#233;carisation, ils laissent en r&#233;alit&#233; le champ libre &#224; des projets lib&#233;raux d'un revenu minimum unique et insuffisant se substituant aux minima sociaux existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant miroiter un salaire &#224; vie ou un revenu inconditionnel, ces projets font aussi l'impasse d'une version radicalis&#233;e de la s&#233;curit&#233; sociale professionnelle assurant la continuit&#233; du revenu8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ces adieux au plein emploi emp&#234;chent de poser la question des besoins sociaux et d'envisager une logique d'Etat &#171; employeur en dernier ressort &#187;. La question &#233;cologique est absente, &#224; moins peut-&#234;tre que la frugalit&#233; du revenu de base ne suffise &#224; enclencher la d&#233;croissance salvatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le succ&#232;s de ces projets s'explique sans doute par les coordonn&#233;es d'une p&#233;riode assez cauchemardesque. Port&#233;s par des apprentis gourous, ils semblent repr&#233;senter autant de raccourcis permettant de contourner les obstacles et de passer &#224; nouveau &#224; l'offensive. On retrouve cette m&#234;me qu&#234;te de solutions miracle dans des domaines connexes : les monnaies magiques (&#171; libre &#187;, &#171; double &#187; ou &#171; fondante &#187;) pour cr&#233;er de l'activit&#233;, le retour aux monnaies nationales pour sortir de la crise de l'euro, le tirage au sort pour r&#233;tablir la d&#233;mocratie, etc. Ces utopies incantatoires ne sont pas seulement st&#233;riles : elles sont aussi, malheureusement, autant d'obstacles &#224; la construction d'une strat&#233;gie d'alternative ancr&#233;e dans la r&#233;alit&#233; des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Husson, 22 d&#233;cembre 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site A l'encontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/societe/le-monde-merveilleux-du-revenu-universel.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/societe/le-monde-merveilleux-du-revenu-universel.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Michel Husson, &#171; Fin du travail : le temps des gourous &#187;, A l'encontre, 23 juin 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Michel Husson, &#171; Le grand bluff de la robotisation &#187;, A l'encontre, 10 juin 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Christian Fuchs, &#171; Prolegomena to a Digital Labour Theory of Value &#187;, tripleC, 10 (2), 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Antonio Casilli, &#171; Digital labor : &#224; qui profitent nos clics ? &#187;, Le Temps, 12 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Carlo Vercellone et Jean-Marie Monnier, &#171; Mutations du travail et revenu social garanti comme revenu primaire &#187;, Les Possibles n&#176; 11, Automne 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Michel Husson, &#171; France. R&#233;duction du temps de travail et ch&#244;mage : trois sc&#233;narios &#187;, A l'encontre, 4 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Philippe Van Parijs, &#171; La r&#233;duction du temps de travail est une id&#233;e du XXe si&#232;cle &#187;, L'Obs, 7 juillet 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Laurent Garrouste, Michel Husson, Claude Jacquin, Henri Wilno, Supprimer les licenciements, Syllepse, 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La descendance de Darwin (I)</title>
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		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2020-09-08</dc:subject>

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&lt;p&gt;Darwin est-il vraiment le p&#232;re du &#8220;darwinisme social&#8221; et de l'eug&#233;nisme, voire de la sociobiologie ou m&#234;me du transhumanisme ? Si Darwin lui-m&#234;me s'est gard&#233; de s'engager sur cette voie, il en a laiss&#233; le soin &#224; d'autres [2]. De l'origine &#224; la descendance &lt;br class='autobr' /&gt; Article paru le 6 septembre 2020 sur le site Alencontre &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte accompagnant la photo - Un des dessins r&#233;alis&#233;s par un des enfants de Darwin sur une page de &#171; L'origine des esp&#232;ces &#187; (Darwin Manuscripts Project) &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Michel Husson (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L140xH150/arton44560-68447.jpg?1781035290' class='spip_logo spip_logo_right' width='140' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Darwin est-il vraiment le p&#232;re du &#8220;darwinisme social&#8221; et de l'eug&#233;nisme, voire de la sociobiologie ou m&#234;me du transhumanisme ? Si Darwin lui-m&#234;me s'est gard&#233; de s'engager sur cette voie, il en a laiss&#233; le soin &#224; d'autres [2]. De l'origine &#224; la descendance&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article paru le 6 septembre 2020 sur le site Alencontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte accompagnant la photo - Un des dessins r&#233;alis&#233;s par un des enfants de Darwin sur une page de &#171; L'origine des esp&#232;ces &#187; (Darwin Manuscripts Project)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michel Husson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre majeure de Charles Darwin, L'origine des esp&#232;ces, est parue en 1859 [2]. Cet ouvrage a eu &#233;videmment des implications disruptives (dirait-on aujourd'hui) sur lesquelles on ne reviendra pas ici. Mais il ne dit rien, ou peu de choses, sur la possible extension de la th&#233;orie &#224; l'esp&#232;ce humaine. Darwin sait bien qu'il ne peut esquiver la question, mais il faudra attendre 12 ans pour conna&#238;tre sa position qu'il exposera dans son livre La descendance de l'homme, publi&#233; en 1871 [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin y reconna&#238;t qu'il ne s'est occup&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent &#171; que des progr&#232;s qu'a d&#251; r&#233;aliser l'homme pour passer de sa condition primitive semi-humaine &#224; un &#233;tat analogue &#224; celui des sauvages actuels &#187;. Il va donc proposer &#171; quelques remarques relatives &#224; l'action de la s&#233;lection naturelle sur les nations civilis&#233;es &#187;. Ce ton tr&#232;s prudent s'explique en partie par le dilemme auquel Darwin est confront&#233;, et que Sheila Weiss a bien r&#233;sum&#233; : &#171; comment les &#234;tres humains peuvent-ils r&#233;soudre le conflit in&#233;vitable entre, d'un c&#244;t&#233;, les id&#233;aux humanitaires et les pratiques de la plus noble partie de notre nature et, de l'autre, les int&#233;r&#234;ts de la race, dont l'efficacit&#233; biologique serait suppos&#233;ment compromise par ces id&#233;aux et pratiques [4] ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc lire le livre de Darwin comme une oscillation entre les deux termes de ce dilemme. Il commence par constater que le progr&#232;s de la nature humaine passe par d'autres d&#233;terminations que la s&#233;lection naturelle : &#171; si importante que la lutte pour l'existence ait &#233;t&#233; et soit encore, d'autres influences plus importantes sont intervenues en ce qui concerne la partie la plus &#233;lev&#233;e de la nature humaine. Les qualit&#233;s morales progressent en effet directement ou indirectement, bien plus par les effets de l'habitude, par le raisonnement, par l'instruction, par la religion, etc., que par l'action de la s&#233;lection naturelle, bien qu'on puisse avec certitude attribuer &#224; l'action de cette derni&#232;re les instincts sociaux, qui sont la base du d&#233;veloppement du sens moral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin donne l'exemple des progr&#232;s de la m&#233;decine en partant du principe que &#171; chez les sauvages, les individus faibles de corps ou d'esprit sont promptement &#233;limin&#233;s &#187;. Ce point de d&#233;part est une pure p&#233;tition de principe, qui projette des comportements animaux sur les &#171; sauvages &#187;. On peut lui opposer la fameuse r&#233;ponse de l'anthropologue Margaret Mead &#224; qui on avait demand&#233; quelle &#233;tait selon elle la premi&#232;re preuve de la civilisation. Elle avait r&#233;pondu que c'&#233;tait la fracture cicatris&#233;e d'un f&#233;mur vieux de 15 000 ans. Cette d&#233;couverte impliquait qu'on avait pris soin de cette personne, incapable de se d&#233;placer et de chercher sa nourriture, tout au long des mois n&#233;cessaires &#224; sa gu&#233;rison de l'os. Pour Mead, aucune autre esp&#232;ce n'est capable de consacrer autant de temps et d'&#233;nergie &#224; soigner les plus fragiles de ses membres, les malades et les mourants [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'encontre des sauvages &#171; nous, hommes civilis&#233;s, faisons au contraire tous nos efforts pour arr&#234;ter la marche de l'&#233;limination ; nous construisons des h&#244;pitaux pour les idiots, les infirmes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos m&#233;decins d&#233;ploient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun. &#187; Cet instinct de sympathie qui &#171; nous pousse &#224; secourir les malheureux &#187; a donc pris le dessus et &#171; nous ne saurions restreindre notre sympathie, en admettant m&#234;me que l'inflexible raison nous en fit une loi, sans porter pr&#233;judice &#224; la plus noble partie de notre nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la r&#233;f&#233;rence &#224; l'inflexible raison mod&#232;re un peu cet &#233;lan g&#233;n&#233;reux, il n'en reste pas moins que ces d&#233;veloppements semblent confirmer la th&#232;se de Patrick Tort, l'un des grands sp&#233;cialistes de Darwin, qui r&#233;cuse toute filiation entre l'&#339;uvre de Darwin et le &#171; darwinisme social &#187; d'un Spencer ou d'un Galton. Pour Tort, Darwin se r&#233;clame au contraire &#171; d'une s&#233;lection &#233;volu&#233;e qui ne requiert la libre concurrence de tous qu'afin d'assurer le plus grand succ&#232;s possible aux qualit&#233;s rationnelles, affectives et morales utiles &#224; la soci&#233;t&#233; [6] &#187;. Darwin aurait ainsi mis en lumi&#232;re ce que Tort appelle &#171; l'effet r&#233;versif de l'&#233;volution &#187; : le processus de s&#233;lection aurait en quelque sorte int&#233;gr&#233; des instincts sociaux &#224; la nature humaine, ce que Tort r&#233;sume par cette formule &#233;clairante : &#171; la s&#233;lection naturelle s&#233;lectionne la civilisation qui s'oppose &#224; la s&#233;lection naturelle [7] &#187;. Est-il pour autant possible d'&#233;tablir une rupture absolue entre les tenants du darwinisme social et l'&#339;uvre de Darwin, dont ils ne manquent pas de se r&#233;clamer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Subir sans nous plaindre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la question est l&#224;, et la lecture de Tort semble unilat&#233;rale, car elle fait passer au second plan le second terme du dilemme de Darwin, &#224; savoir la p&#233;rennit&#233; de la s&#233;lection naturelle. Certes, l'hommage &#224; l'instinct de sympathie semble s'accompagner d'une prise de distance avec les th&#232;ses malthusiennes : &#171; Il ne faut donc employer aucun moyen pour diminuer de beaucoup la proportion dans laquelle s'augmente l'esp&#232;ce humaine. &#187; Mais &#224; cette d&#233;claration de principe, Darwin ajoute aussit&#244;t ce b&#233;mol : &#171; bien que cette augmentation [de la population] entra&#238;ne de nombreuses souffrances &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'ambigu&#239;t&#233; de Darwin se retrouve dans l'&#233;vocation de ces &#171; souffrances &#187;. Et le noble instinct de sympathie pr&#233;sente un autre inconv&#233;nient, puisque &#171; les membres d&#233;biles des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es peuvent donc se reproduire ind&#233;finiment &#187;. Or, continue Darwin, &#171; quiconque s'est occup&#233; de la reproduction des animaux domestiques sait, &#224; n'en pas douter, combien cette perp&#233;tuation des &#234;tres d&#233;biles doit &#234;tre nuisible &#224; la race humaine. On est tout surpris de voir combien le manque de soins, ou m&#234;me des soins mal dirig&#233;s, am&#232;ne rapidement la d&#233;g&#233;n&#233;rescence d'une race domestique ; en cons&#233;quence, &#224; l'exception de l'homme lui-m&#234;me, personne n'est assez ignorant ni assez maladroit pour permettre aux animaux d&#233;biles de reproduire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parall&#232;le entre l'esp&#232;ce humaine et les animaux domestiques (qui deviendra un classique chez les eug&#233;nistes) introduit un trouble qui cro&#238;t avec l'esp&#232;ce de r&#233;signation d&#233;sol&#233;e de Darwin face aux &#171; effets incontestablement mauvais &#187; de cette situation : &#171; les membres faibles des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es propagent leur nature et en cons&#233;quence nous devons donc subir, sans nous plaindre, les effets incontestablement mauvais qui r&#233;sultent de la persistance et de la propagation des &#234;tres d&#233;biles. &#187; Par exemple le fait que &#171; les membres insouciants, d&#233;grad&#233;s et souvent vicieux de la soci&#233;t&#233;, tendent &#224; s'accro&#238;tre dans une proportion plus rapide que ceux qui sont plus prudents et ordinairement plus sages &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait bien &#171; un frein &#224; cette propagation, en ce sens que les membres malsains de la soci&#233;t&#233; se marient moins facilement que les membres sains. Ce frein pourrait avoir une efficacit&#233; r&#233;elle si les faibles de corps et d'esprit s'abstenaient du mariage. &#187; Dans l'id&#233;al, &#171; il devrait y avoir concurrence ouverte pour tous les hommes et on devrait faire dispara&#238;tre toutes les lois et toutes les coutumes qui emp&#234;chent les plus capables de r&#233;ussir et d'&#233;lever le plus grand nombre d'enfants. &#187; Ou encore : &#171; les deux sexes devraient s'interdire le mariage lorsqu'ils se trouvent dans un &#233;tat trop marqu&#233; d'inf&#233;riorit&#233; de corps ou d'esprit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Darwin n'y croit pas vraiment. Il constate avec regret que &#171; c'est l&#224; un &#233;tat de choses qu'il est plus facile de d&#233;sirer que de r&#233;aliser &#187;. Et c'est m&#234;me utopique : &#171; exprimer de pareilles esp&#233;rances, c'est exprimer une utopie, car ces esp&#233;rances ne se r&#233;aliseront m&#234;me pas en partie, tant que les lois de l'h&#233;r&#233;dit&#233; ne seront pas compl&#232;tement connues. Tous ceux qui peuvent contribuer &#224; amener cet &#233;tat de choses rendent service &#224; l'humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc chez Darwin une forme d'incons&#233;quence qui le conduit &#224; adopter une strat&#233;gie prudente. Elle consiste &#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; trois auteurs qui &#171; ont admirablement discut&#233; ce sujet &#187; et &#224; qui il empruntera &#171; la plupart de [ses] remarques &#187; pour exprimer des positions et des recommandations qu'il pr&#233;f&#232;re ne pas assumer directement. Ces trois auteurs sont Francis Galton, Alfred Russell Wallace (sur lesquels on revient plus bas) et William Rathbone Greg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;William Greg, de la hi&#233;rarchie des races &#224; la d&#233;mocratie &#233;litiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin cite le long passage o&#249; Greg oppose &#171; l'Irlandais malpropre &#187; et &#171; l'&#201;cossais frugal &#187; auquel on a d&#233;j&#224; fait r&#233;f&#233;rence [8]. &#187; Mais il est &#233;clairant de se reporter &#224; l'int&#233;gralit&#233; de cet article de Greg [9] que Darwin ent&#233;rine sans r&#233;serve. Dans son &#171; admirable &#187; discussion, Greg donne une d&#233;finition tr&#232;s compacte de la s&#233;lection naturelle : &#171; le principe de la &#8220;s&#233;lection naturelle&#8221; selon lequel les races sup&#233;rieures et les mieux dot&#233;es de l'esp&#232;ce humaine pi&#233;tinent (trampling out) et &#233;vincent les races les moins favoris&#233;es en raison de leur aptitude sup&#233;rieure, semble &#234;tre universellement v&#233;rifi&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc bien d'un principe universel qui s'applique &#224; l'esp&#232;ce humaine, ou devrait s'appliquer, car il est en quelque sorte brid&#233; par le progr&#232;s social : &#171; nous sommes arriv&#233;s &#224; un &#233;tat de progr&#232;s social et culturel, en un mot &#224; un degr&#233; &#233;lev&#233; de civilisation. Mais la cons&#233;quence indiscutable est de contrecarrer et de suspendre l'application de cette loi juste et salutaire de la &#8220;s&#233;lection naturelle&#8221; gr&#226;ce &#224; laquelle ce sont les meilleurs sp&#233;cimens de la race &#8211; les plus forts, les plus raffin&#233;s, les plus dignes &#8211; qui survivent, l'emportent, s'imposent, r&#233;ussissent et triomphent dans la lutte pour l'existence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Darwin, Greg d&#233;plore les effets collat&#233;raux des progr&#232;s de la m&#233;decine, mais en termes bien plus gla&#231;ants : &#171; nous avons permis de vivre &#224; ceux qui, dans un &#233;tat plus naturel et moins avanc&#233;, seraient morts, et qu'il aurait mieux valu laisser mourir, du seul point de vue de la perfection physique de la race. &#187; Greg va encore plus loin : non seulement les qualit&#233;s physiques de l'esp&#232;ce sont d&#233;grad&#233;es, mais le bon fonctionnement m&#234;me de la soci&#233;t&#233; est remis en cause par la d&#233;mocratie. Car celle-ci implique &#171; que les arrangements sociaux sont g&#233;r&#233;s et contr&#244;l&#233;s par les classes les moins &#233;duqu&#233;es, les moins form&#233;es pour anticiper et mesurer les cons&#233;quences, les plus ignorantes des lois terriblement contraignantes de la transmission h&#233;r&#233;ditaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez logiquement, Greg esquisse les contours d'une soci&#233;t&#233; qui se donnerait les moyens de renouer avec la s&#233;lection naturelle. On pourrait imaginer, &#233;crit-il, une r&#233;publique (sic) &#171; qui interdirait aux indigents d'enfanter. Tous les candidats au fier et solennel privil&#232;ge de reproduire une race pure (untainted) et perfectionn&#233;e devraient &#234;tre soumis &#224; un examen comparatif (competitive examination). Seuls auraient le droit de procr&#233;er les individus capables de transmettre une constitution pure, vigoureuse et bien d&#233;velopp&#233;e aux g&#233;n&#233;rations futures. La paternit&#233; serait ainsi un droit r&#233;serv&#233; &#224; l'&#233;lite de la nation, de telle sorte que l'humanit&#233; pourrait avancer en toute s&#233;curit&#233; sur une voie d&#233;barrass&#233;e de tout obstacle &#224; ses possibilit&#233;s ultimes de progr&#232;s. Les traits d&#233;grad&#233;s ou inf&#233;rieurs pourraient &#234;tre &#233;limin&#233;s, tandis que les caract&#233;ristiques sup&#233;rieures seraient s&#233;lectionn&#233;es et confirm&#233;es, jusqu'&#224; ce que la race humaine devienne une glorieuse congr&#233;gation de saints, de sages et d'athl&#232;tes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Greg conclut en &#233;crivant que &#171; le destin de l'humanit&#233; d&#233;pend de l'issue de la course engag&#233;e entre l'&#233;volution morale et mentale et la d&#233;t&#233;rioration de la constitution physique qui d&#233;coule de la d&#233;faite de la loi de la s&#233;lection naturelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution de Greg est int&#233;ressante parce qu'elle met en lumi&#232;re la double approche de la s&#233;lection naturelle selon qu'elle s'applique entre les races, ou aux individus &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me race. La position de Darwin quant &#224; la premi&#232;re acception est clairement qu'il existe une hi&#233;rarchie explicite entre les races. Ainsi il d&#233;nie &#224; certains sauvages &#171; l'humanit&#233; [qui] est pour eux une vertu inconnue &#187;, et il affirme que &#171; les anciens n'avaient pas plus l'id&#233;e du progr&#232;s que ne l'ont, de nos jours, les nations orientales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Darwin, comme on l'a vu, est plus ambigu en ce qui concerne la mani&#232;re dont le principe de s&#233;lection pourrait ou devrait s'appliquer une fois atteint un certain degr&#233; de civilisation. Effectivement il ne franchit pas le pas, et laisse la porte ouverte &#224; des implications que l'on pourrait qualifier &#8211; au moins &#8211; de &#8220;pr&#233;&#8221;-eug&#233;nistes en s'abritant derri&#232;re d'autres auteurs, tels que Greg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donner un autre exemple de ces d&#233;tours quand Darwin reprend &#224; son compte l'id&#233;e exprim&#233;e par Henry Maine, un anthropologue qui est aussi juriste, selon laquelle : &#171; la plus grande partie de l'humanit&#233; n'a jamais manifest&#233; le moindre d&#233;sir de voir am&#233;liorer ses institutions civiles &#187;. Cependant Darwin ne mentionne pas le reste de la phrase : &#171; depuis le moment o&#249; la compl&#233;tude ext&#233;rieure leur a &#233;t&#233; donn&#233;e pour la premi&#232;re fois par leur incarnation dans un enregistrement permanent [10]. &#187; Cette formule obscure (et qui n'est pas plus claire dans la version anglaise) signifie que certaines soci&#233;t&#233;s ont en quelque sorte fig&#233; l'&#233;volution des rapports sociaux dans un corset institutionnel. On peut certes discuter cette th&#232;se, mais elle n'a en tout &#233;tat de cause rien &#224; voir avec une quelconque s&#233;lection naturelle et Darwin n'a pu s'y r&#233;f&#233;rer que sur la base d'un contresens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; Henry Maine est cependant &#233;clairante, si on la rapporte &#224; ce que dernier &#233;crira un peu plus tard sur la d&#233;mocratie : &#171; la st&#233;rilit&#233; l&#233;gislative de la d&#233;mocratie tient &#224; des causes permanentes. Les pr&#233;jug&#233;s du peuple sont bien plus enracin&#233;s que ceux des classes privil&#233;gi&#233;es, outre qu'ils sont d'une nature beaucoup plus vulgaire ; et ils offrent beaucoup plus de danger, parce qu'ils courent le risque d'aller &#224; l'encontre de toute conclusion scientifique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me th&#233;matique que celle de Greg, qui revient &#224; dire que ce sont les classes domin&#233;es qui, par leur ignorance et leurs pr&#233;jug&#233;s, font obstacle &#224; l'&#233;volution optimale du corps social. Et c'est exactement ce que d&#233;veloppe Maine en faisant &#224; son tour r&#233;f&#233;rence &#224; Darwin : &#171; m&#234;me aujourd'hui, il existe un antagonisme marqu&#233; entre les opinions d&#233;mocratiques et les v&#233;rit&#233;s scientifiques, appliqu&#233;es aux soci&#233;t&#233;s humaines. Le point culminant de toute &#233;conomie politique a &#233;t&#233;, d&#232;s le d&#233;but, occup&#233; par la th&#233;orie de la population. Cette th&#233;orie, aujourd'hui g&#233;n&#233;ralis&#233;e par Darwin et ses disciples, affirme en principe la survivance du plus capable ; et, comme telle, elle est devenue la v&#233;rit&#233; centrale de toute science biologique. Et cependant elle est &#233;videmment antipathique &#224; la multitude ; et ceux que la multitude veut bien mettre &#224; sa t&#234;te la rejettent dans l'ombre [11]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boucle est boucl&#233;e : Darwin se r&#233;f&#232;re &#224; Maine, et ce dernier utilise Darwin dans sa critique de la d&#233;mocratie. On voit appara&#238;tre un raisonnement qui sera maintes fois repris par les eug&#233;nistes : les &#171; pr&#233;jug&#233;s du peuple &#187; l'emp&#234;chent d'adh&#233;rer &#224; la &#171; v&#233;rit&#233; centrale de toute science biologique. &#187; On pourrait remarquer que le peuple n'a peut-&#234;tre pas tort de refuser la &#171; v&#233;rit&#233; centrale &#187; puisque celle-ci consiste &#224; dire qu'il est compos&#233; d'&#234;tres inf&#233;rieurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les arri&#232;re-pens&#233;es de Darwin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre dans certains commentaires priv&#233;s de Darwin que l'on trouve le fond de sa pens&#233;e. Ainsi c'est dans une lettre de 1881 qu'il exprime, plus clairement que dans ses publications, le lien qu'il &#233;tablit entre s&#233;lection naturelle et hi&#233;rarchie raciale : &#171; la s&#233;lection naturelle a plus fait pour le progr&#232;s de la civilisation que vous ne semblez vouloir l'admettre. Rappelez-vous le risque couru par les nations europ&#233;ennes, il y a quelques si&#232;cles &#224; peine, d'&#234;tre submerg&#233;es par les Turcs, et combien cette id&#233;e est aujourd'hui ridicule ! Les races caucasiennes les plus civilis&#233;es ont triomph&#233; de la vacuit&#233; turque dans la lutte pour l'existence. En envisageant le proche avenir du monde, quelle liste interminable de races inf&#233;rieures auront &#233;t&#233; &#233;limin&#233;es par les races civilis&#233;es sup&#233;rieures dans le monde entier. [12] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment, Richard Weikart a exhum&#233; une lettre in&#233;dite qui expose cette fois les conceptions sociales de Darwin. Elle date de 1872 et est adress&#233;e &#224; Heinrich Fick, un juriste suisse. En voici le texte : &#171; J'aimerais beaucoup que vous preniez le temps de discuter d'un point connexe (&#8230;) &#224; savoir la r&#232;gle instaur&#233;e par tous nos syndicats ouvriers selon laquelle tout travailleur, qu'il soit bon ou mauvais, fort ou faible, devrait avoir la m&#234;me dur&#233;e du travail et le m&#234;me salaire. Les syndicats s'opposent &#233;galement au travail &#224; la pi&#232;ce, bref &#224; toute concurrence. Et j'ai bien peur que les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives, que beaucoup consid&#232;rent comme le principal espoir pour l'avenir, n'excluent elles aussi le principe de concurrence. Cela me semble un grand mal pour le progr&#232;s futur de l'humanit&#233;. N&#233;anmoins, dans n'importe quel syst&#232;me, les travailleurs sobres et pr&#233;voyants seront avantag&#233;s et laisseront plus de descendants que les ivrognes et les insouciants. [13] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre est importante, en ceci qu'elle montre comment la science darwinienne est profond&#233;ment articul&#233;e &#224; des pr&#233;jug&#233;s de classe et &#224; des positions r&#233;actionnaires : pour le salaire au m&#233;rite et aux pi&#232;ces, contre les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives ; tout cela au nom de la concurrence qui n'est que la transposition dans le champ social du principe de s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'id&#233;e selon laquelle l'intelligence se transmet de mani&#232;re h&#233;r&#233;ditaire est fortement ancr&#233;e chez Darwin m&#234;me si ses implications ne sont pas, elles non plus, pleinement d&#233;velopp&#233;es. Cela va de soi pour les animaux : &#171; la transmission est &#233;vidente chez nos chiens, chez nos chevaux et chez nos autres animaux domestiques &#187;. Et on observe &#171; chez l'homme des faits analogues dans presque toutes les familles &#187;. Pour aller au-del&#224; de ces observations subjectives, Darwin renvoie aux &#171; travaux admirables de M. Galton &#187; (en l'occurrence Hereditary Genius) qui &#171; nous ont maintenant appris que le g&#233;nie, qui implique une combinaison merveilleuse et complexe des plus hautes facult&#233;s, tend &#224; se transmettre h&#233;r&#233;ditairement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin y revient dans son autobiographie. Apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; son fr&#232;re Erasmus &#224; qui il ne doit &#171; pas grand-chose sur le plan intellectuel &#187; et ses quatre s&#339;urs, qui ont toujours &#233;t&#233; affectueuses &#224; son &#233;gard, Darwin ajoute cette phrase, qui sera souvent mise en exergue par ses successeurs eug&#233;nistes : &#171; J'ai tendance &#224; &#234;tre de l'avis de Francis Galton, &#224; savoir que l'&#233;ducation et le milieu n'ont qu'un faible effet sur le caract&#232;re, et que nos qualit&#233;s sont pour la plupart inn&#233;es [14]. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alfred Wallace et l'hypoth&#232;se spiritualiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en venir &#224; Galton, il faut &#233;voquer rapidement Alfred Russel Wallace (1823-1913), cet autre auteur auquel se r&#233;f&#232;re Darwin. Il y aurait beaucoup de choses &#224; dire sur cette personnalit&#233; fascinante. Issu d'une famille de la classe moyenne, Wallace exerce plusieurs m&#233;tiers, se passionne pour l'entomologie. Puis, &#224; 25 ans, il part avec un ami en Amazonie pour constituer une collection d'insectes, qu'il pr&#233;voit de vendre &#224; des mus&#233;es anglais. Mais le bateau prend feu et tout est perdu. Tout au long de sa longue vie, Wallace fut un auteur tr&#232;s prolifique. En 1907, il &#233;crit ainsi un livre pour d&#233;montrer que Mars n'est pas habitable [15]. Il a &#233;t&#233; influenc&#233; par les id&#233;es socialistes, mais a plus tard vers&#233; dans le spiritisme et men&#233; campagne contre la vaccination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wallace est surtout connu pour avoir &#233;t&#233;, avec Darwin, le co-inventeur de la s&#233;lection naturelle. En 1858, il adresse &#224; Darwin une longue lettre jetant les bases de cette th&#233;orie. Darwin en est boulevers&#233;, car il retrouve dans le texte de Wallace ses propres id&#233;es, mieux exprim&#233;es que lui, de son propre aveu. Deux de ses amis imaginent alors un moyen de conserver &#224; Darwin sa pr&#233;&#233;minence : lors d'une r&#233;union de la Soci&#233;t&#233; linn&#233;enne, ils exposent la contribution de Wallace, mais en la faisant pr&#233;c&#233;der d'un manuscrit de Darwin et d'un extrait de sa correspondance, de mani&#232;re &#224; &#233;tablir son ant&#233;riorit&#233;. Ni Darwin, ni Wallace qui se trouve &#224; l'autre bout du monde, ne sont pr&#233;sents. L'ensemble de ces contributions sera publi&#233; dans la revue de la Soci&#233;t&#233; [16]. Puis Darwin se h&#226;te de terminer la r&#233;daction de L'origine des esp&#232;ces qui para&#238;tra en 1859. A son grand soulagement, Wallace ne mettra jamais en cause l'ant&#233;riorit&#233; de celui qu'il ne cessera d'admirer et &#224; qui il rendra plus tard hommage avec un livre sobrement intitul&#233; Le darwinisme [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'itin&#233;raire intellectuel de Wallace est int&#233;ressant, parce qu'il met en cause la pertinence de la s&#233;lection naturelle appliqu&#233;e &#224; l'homme. Dans un article de 1864 [18], il avance deux arguments pour expliquer pourquoi l'homme a pu &#171; s'affranchir &#187; de la s&#233;lection naturelle. La premi&#232;re raison est que son intelligence sup&#233;rieure lui a permis de se procurer sa nourriture en cultivant le sol et de confectionner des v&#234;tements et des armes. Tout cela &#171; rend inutile la modification de son corps en fonction des conditions changeantes, &#224; la diff&#233;rence des animaux inf&#233;rieurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me diff&#233;rence est que, gr&#226;ce &#224; ses &#171; sentiments sympathiques et moraux sup&#233;rieurs &#187;, l'homme peut faire soci&#233;t&#233; : &#171; il cesse de piller les individus plus faibles de sa tribu (&#8230;) il sauve les malades et les bless&#233;s de la mort &#187;, etc. L'action de la s&#233;lection naturelle est ainsi doublement limit&#233;e : &#171; les plus faibles, les nains, ceux dont les membres sont moins agiles, ou qui ont une vue moins per&#231;ante, ne subissent pas le ch&#226;timent extr&#234;me qui frappe les animaux aussi d&#233;fectueux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wallace ajoute d'autres arguments dans un article de 1869 [19]. C'est pour lui une &#233;vidence que la s&#233;lection naturelle &#171; n'aurait pas pu produire le corps sans poils de l'homme par l'accumulation de variations d'un anc&#234;tre velu &#187;. De mani&#232;re plus subtile, Wallace se demande comment la survie des plus aptes (une expression qu'il pr&#233;f&#232;re &#224; celle de s&#233;lection naturelle) aurait pu &#171; favoriser le d&#233;veloppement de pouvoirs mentaux si &#233;loign&#233;s des n&#233;cessit&#233;s mat&#233;rielles des hommes sauvages, et qui, m&#234;me pour notre civilisation relativement avanc&#233;e, semblent plut&#244;t pr&#233;figurer l'avenir de l'esp&#232;ce que refl&#233;ter son statut actuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces remarques auraient pu conduire Wallace &#224; &#233;tablir une rupture qualitative et &#224; affirmer que l'esp&#232;ce humaine est dor&#233;navant r&#233;gie par des lois sp&#233;cifiques qui ne sont plus r&#233;ductibles &#224; celle de s&#233;lection. Mais toutes les objections de Wallace le conduisent &#224; une autre solution, d&#233;j&#224; esquiss&#233;e dans l'article de 1864. Les progr&#232;s intellectuels et moraux ne pouvant &#171; en aucune fa&#231;on &#234;tre imput&#233;s &#224; la survie des plus aptes &#187;, Wallace y voit la &#171; preuve la plus s&#251;re qu'il existe des existences autres et plus &#233;lev&#233;es que nous, de qui ces qualit&#233;s pourraient avoir &#233;t&#233; h&#233;rit&#233;es et vers lesquelles nous tendrions constamment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans plus tard, Wallace syst&#233;matise cette hypoth&#232;se : c'est une &#171; intelligence sup&#233;rieure [qui] a guid&#233; le d&#233;veloppement de l'homme dans une direction d&#233;finie et dans un but sp&#233;cial. L'univers &#171; n'est pas simplement le produit de la volont&#233; d'intelligences sup&#233;rieures ou d'une seule Intelligence Supr&#234;me : il est cette volont&#233; elle-m&#234;me &#187;. Cette d&#233;rive spiritualiste ne fera que s'affirmer : en 1875, Wallace publie un livre consacr&#233; au &#171; spiritualisme moderne [20] &#187;. Engels le lira et s'efforcera &#8211; assez longuement &#8211; &#224; d&#233;construire les &#171; exp&#233;riences magn&#233;ticophr&#233;nologiques &#187; d&#233;crites par Wallace, dans un manuscrit de 1878 reproduit dans Dialectique de la nature sous le titre &#171; La science de la nature et le monde des esprits [21]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wallace n'en reste pas moins un progressiste. Certes, il &#233;tablissait une distinction entre les races, mais il ne partageait pas le racisme inh&#233;rent &#224; l'arrogance colonialiste. Dans un article que lui avait demand&#233; Herbert Spencer, il &#233;crit par exemple : &#171; dans nos colonies, les hommes blancs sont trop souvent les v&#233;ritables sauvages, et ils ont besoin d'&#234;tre &#233;duqu&#233;s et christianis&#233;s tout autant que les indig&#232;nes [22]. &#187; Un an avant sa mort, Wallace est interrog&#233; par un journaliste [23]. C'est l'occasion pour lui de formuler &#224; nouveau ses convictions sociales : &#171; la division actuelle de la soci&#233;t&#233; entre riches et pauvres est absurde. Que certains soient riches au-del&#224; des r&#234;ves d'avarice, tandis que d'autres souffrent de la faim au milieu de l'abondance, voil&#224; un scandale auquel il est essentiel de porter rem&#232;de. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Wallace prend clairement ses distances avec l'eug&#233;nisme : &#171; vous ne devez pas penser un instant que j'approuve les h&#233;r&#233;sies eug&#233;niques que l'on pr&#244;ne aujourd'hui (&#8230;) O&#249; ai-je d&#233;fendu des th&#233;ories aussi absurdes ? Jamais je n'ai donn&#233; la moindre approbation &#224; l'eug&#233;nisme [qui] n'est que l'ing&#233;rence d'un clerg&#233; scientifique arrogant. La s&#233;gr&#233;gation des inaptes n'est qu'un pr&#233;texte pour &#233;tablir une tyrannie m&#233;dicale. &#187; Au lieu de pr&#244;ner la s&#233;gr&#233;gation des unfit, Wallace parie sur le progr&#232;s social : &#171; donnez aux gens de bonnes conditions, am&#233;liorez leur environnement, et ils &#233;volueront tous vers le type le plus &#233;lev&#233;. Il n'y a pas de personnes totalement mauvaises, mais seulement diff&#233;rents degr&#233;s de bont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que la trajectoire de Wallace vers le spiritualisme est une mani&#232;re de r&#233;pondre &#224; la question cruciale de l'extension de la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle &#224; l'esp&#232;ce humaine. En cela, m&#234;me s'il lui rend constamment hommage, Wallace se distingue de la r&#233;ponse implicite et pr&#233;cautionneuse de Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Je remercie Alain Bihr pour ses remarques sur une premi&#232;re version de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Charles R. Darwin, On the Origin of Species by Means of Natural Selection, 1859 ; De l'origine des esp&#232;ces au moyen de la s&#233;lection naturelle, traduction par Edmond Barbier de la 6e &#233;dition anglaise, 1876.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Charles R. Darwin, The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, 1871 ; La descendance de l'homme et la s&#233;lection sexuelle, traduction par Edmond Barbier de la seconde &#233;dition anglaise revue et augment&#233;e, 1874. Il existe une autre traduction sous le titre La Filiation de l'homme et la s&#233;lection li&#233;e au sexe, publi&#233;e aux Editions Syllepse en 1999, sous la direction de Patrick Tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sheila F. Weiss, Race Hygiene and National Efficiency. The Eugenics of Wilhelm Schallmayer, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] L'anecdote est rapport&#233;e par Ira Byock dans son livre The Best Care Possible, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Patrick Tort, Darwin n'est pas celui qu'on croit, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Patrick Tort, ed., Mis&#232;re de la sociobiologie, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] voir Michel Husson, &#171; Comment justifier l'injustifiable ? Le cas de la famine irlandaise &#187;, A l'encontre, 29 avril 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] William R. Greg, &#171; On the Failure of &#8216;Natural Selection' in the Case of Man &#187;, Fraser's Magazine n&#176; 78, September 1868.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] since the moment when external completeness was first given to them by their embodiment in some permanent record. Henry S. Maine, Ancient Law, 1861 ; traduction fran&#231;aise : L'ancien droit, 1874.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Henry S Maine, Popular Government , 1885 ; traduction fran&#231;aise : Essais sur le gouvernement populaire, 1887.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Charles Darwin, lettre &#224; William Graham, 3 juillet 1881 dans Life And Letters of Charles Darwin, edited by Francis Darwin, Vol.1, 3&#232;me &#233;dition, 1887, p.316.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Richard Weikart, &#171; A Recently Discovered Darwin Letter on Social Darwinism&#171; , Isis, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Charles Darwin, The Autobiography, Edited by his grand-daughter Nora Barlow, 1958, p. 21. Traduction fran&#231;aise : L'autobiographie, Le Seuil, 2011, p. 42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Alfred Wallace, Is Mars Habitable ?, 1907. Voir l'article de Wikipedia, tr&#232;s document&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Charles Darwin, Alfred Wallace, On the Tendency of Species to form Varieties, Journal of the Linnean Society, July 1858.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Alfred Wallace, Darwinism, 1889 ; traduction fran&#231;aise : Le darwinisme, 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Alfred Wallace, &#171; The development of human races under the law of natural selection &#187;, Anthropological Review, May 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19]Alfred Wallace, &#171; The Limits of Natural Selection as Applied to Man &#187;, Quarterly Review, April 1869.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Alfred Russel Wallace, &#171; On miracles and modern spiritualism &#187;, 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Friedrich Engels, Dialectique de la nature, 1883, p. 26-34.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Alfred Russel Wallace, &#171; How to Civilize Savages &#187;, The Reader, June 17, 1865, p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Alfred Russel Wallace, &#171; The Last of the Great Victorians &#187;, Interview, The Millgate Monthly, July 1912.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La descendance de Darwin (II)</title>
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		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2020-09-08</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans La descendance de l'homme, Darwin fait plusieurs fois r&#233;f&#233;rence &#224; son cousin Galton, d'abord pour un article de 1865 et surtout pour son &#171; grand ouvrage &#187;, Hereditary genius [1]. On pourrait dire, l&#224; encore, qu'en le citant aussi &#233;logieusement, Darwin passe le relais et lui laisse le soin de r&#233;soudre son dilemme ou en tout cas de syst&#233;matiser et tirer toutes les cons&#233;quences de l'application du principe de s&#233;lection naturelle &#224; l'esp&#232;ce humaine. Cette d&#233;marche conduira &#224; la construction (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L92xH150/arton44562-b100f.jpg?1781035290' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans La descendance de l'homme, Darwin fait plusieurs fois r&#233;f&#233;rence &#224; son cousin Galton, d'abord pour un article de 1865 et surtout pour son &#171; grand ouvrage &#187;, Hereditary genius [1]. On pourrait dire, l&#224; encore, qu'en le citant aussi &#233;logieusement, Darwin passe le relais et lui laisse le soin de r&#233;soudre son dilemme ou en tout cas de syst&#233;matiser et tirer toutes les cons&#233;quences de l'application du principe de s&#233;lection naturelle &#224; l'esp&#232;ce humaine. Cette d&#233;marche conduira &#224; la construction par Galton d'une nouvelle &#171; science &#187;, l'eug&#233;nisme, dont la d&#233;finition appara&#238;t dans un livre de 1883 [2].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru sur le site Alencontre le 6 septembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La descendance de l'homme, Darwin fait plusieurs fois r&#233;f&#233;rence &#224; son cousin Galton, d'abord pour un article de 1865 et surtout pour son &#171; grand ouvrage &#187;, Hereditary genius [1]. On pourrait dire, l&#224; encore, qu'en le citant aussi &#233;logieusement, Darwin passe le relais et lui laisse le soin de r&#233;soudre son dilemme ou en tout cas de syst&#233;matiser et tirer toutes les cons&#233;quences de l'application du principe de s&#233;lection naturelle &#224; l'esp&#232;ce humaine. Cette d&#233;marche conduira &#224; la construction par Galton d'une nouvelle &#171; science &#187;, l'eug&#233;nisme, dont la d&#233;finition appara&#238;t dans un livre de 1883 [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie repose sur un postulat : il existe entre les diff&#233;rents groupes humains des diff&#233;rences inn&#233;es, biologiquement fond&#233;es, et transmises de mani&#232;re h&#233;r&#233;ditaire. L'esp&#232;ce humaine est donc soumise aux m&#234;mes lois que celles qui s'appliquent au monde animal. C'est ce que Galton &#233;crit en 1873 dans un magazine conservateur [3] : &#171; Une majorit&#233; des autorit&#233;s en mati&#232;re d'h&#233;r&#233;dit&#233; reconna&#238;t volontiers que les hommes sont soumis &#224; ses lois, physiques et mentales, comme peut l'&#234;tre tout autre animal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus dot&#233;s de ces groupes devraient en principe &#233;vincer les autres mais cette am&#233;lioration de l'esp&#232;ce se heurte &#224; deux obstacles qui se combinent : les groupes les moins dot&#233;s tendent &#224; se reproduire plus rapidement, et les institutions sociales les prot&#232;gent. Le processus de s&#233;lection naturelle est ainsi fauss&#233; par une &#171; s&#233;lection artificielle &#187; et Galton le d&#233;plore en s'exclamant : &#171; si seulement un vingti&#232;me des d&#233;penses et des efforts consacr&#233;s &#224; l'am&#233;lioration des chevaux et du b&#233;tail &#233;tait affect&#233; &#224; des mesures visant &#224; am&#233;liorer la race humaine, quelle galaxie de g&#233;nies ne pourrait-on pas cr&#233;er [4] ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque-l&#224;, rien dans ces propositions ne se d&#233;marque vraiment des analyses de Darwin. La diff&#233;rence r&#233;side dans les recommandations qu'en d&#233;duit Galton et qui sont &#224; vrai dire d'une simplicit&#233; biblique : &#171; Faisons ce qui est en notre pouvoir pour encourager la multiplication des races les mieux dot&#233;es [races best fitted] pour inventer une civilisation &#233;lev&#233;e et g&#233;n&#233;reuse et nous y conformer. Et abandonnons l'instinct trompeur qui, en nous poussant &#224; aider les faibles, fait obstacle &#224; l'&#233;mergence d'individus forts et g&#233;n&#233;reux. &#187; Pour se justifier, Galton invoque une sorte de droit du plus apte : &#171; il peut sembler monstrueux que les faibles soient &#233;vinc&#233;s par les forts, mais il est encore plus monstrueux que les races les mieux &#224; m&#234;me de jouer leur r&#244;le sur la sc&#232;ne de la vie soient &#233;vinc&#233;es par les incomp&#233;tents, les malades et les d&#233;sesp&#233;r&#233;s [5]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet eug&#233;niste est clairement expos&#233; par Galton dans l'introduction &#224; son livre sur le g&#233;nie h&#233;r&#233;ditaire [6] : puisque &#171; les capacit&#233;s naturelles d'un homme sont h&#233;rit&#233;es &#187;, il serait &#171; tout &#224; fait possible de produire une race d'hommes sup&#233;rieurement dot&#233;s, gr&#226;ce &#224; des mariages judicieux pendant plusieurs g&#233;n&#233;rations cons&#233;cutives &#187; de la m&#234;me mani&#232;re qu'une &#171; s&#233;lection minutieuse permet d'obtenir une race permanente de chiens ou de chevaux dot&#233;s de capacit&#233;s sp&#233;cifiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galton se heurte alors &#224; une question tactique : comment avancer sans appara&#238;tre trop &#171; monstrueux &#187; ? C'est pourquoi il met de l'eau dans son vin en reconnaissant que si l'on veut &#171; se d&#233;barrasser des ind&#233;sirables et multiplier les d&#233;sirables (&#8230;) les m&#233;thodes utilis&#233;es pour la s&#233;lection animale sont de toute &#233;vidence tout &#224; fait inappropri&#233;es pour la soci&#233;t&#233; humaine. &#187; Peut-&#234;tre alors &#171; y aurait-il des moyens plus doux d'atteindre le m&#234;me but, sans doute plus lentement, mais presque aussi s&#251;rement ? &#187; A cette question, &#233;crit Galton, &#171; la r&#233;ponse &#224; ces questions fut un &#8220;oui&#8221; d&#233;cid&#233; et c'est ainsi que j'entrepris ce que nous appelons maintenant &#8220;l'eug&#233;nisme&#8221;. [7] &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La biom&#233;trie ou la perversion de la science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Galton partage &#233;videmment l'id&#233;e d'une hi&#233;rarchie entre les races. Mais son projet est de calibrer &#171; scientifiquement &#187; l'&#233;cart qui existe entre les races. Dans Hereditary genius, il trouve par exemple que &#171; le niveau intellectuel moyen de la race noire est inf&#233;rieur de deux degr&#233;s environ &#224; la n&#244;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction de la nouvelle &#171; science &#187;, l'eug&#233;nisme, introduit un &#233;l&#233;ment nouveau, &#224; savoir la quantification des diff&#233;rences [8]. Ce pas en avant doit beaucoup &#224; la collaboration de Galton avec Karl Pearson, un statisticien de renom, qui est notamment l'inventeur du test du Khi2 (que l'on utilise encore aujourd'hui). Auteur d'une oeuvre consid&#233;rable, il a consacr&#233; une grande partie de son activit&#233; &#224; la biom&#233;trie, en co-&#233;ditant durant plusieurs d&#233;cennies la revue Biometrika de Francis Galton. Le premier num&#233;ro de la revue s'ouvre sur une photographie d'une statue de Darwin et se place clairement sous son autorit&#233;. Les auteurs &#8211; anonymes &#8211; de l'&#233;ditorial qui pr&#233;sente les objectifs de la revue [9] &#233;largissent implicitement la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle &#224; l'esp&#232;ce humaine et insistent sur la n&#233;cessit&#233; de quantification en affirmant que &#171; toutes les id&#233;es de Darwin peuvent s'inscrire dans une d&#233;finition alg&#233;brique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen de la table des mati&#232;res des num&#233;ros ult&#233;rieurs de la revue montre que l'objet de cette nouvelle science baptis&#233;e &#171; biom&#233;trie &#187; concerne principalement l'esp&#232;ce humaine. D&#232;s 1904, Galton fonde le Eugenics Record Office, rebaptis&#233; Francis Galton Laboratory for National Eugenics en 1907. Son travail consiste &#224; reconstituer des g&#233;n&#233;alogies de familles porteuses de diverses maladies et troubles physiques, du nanisme &#224; la tuberculose. Il s'agit bien de constituer un corpus permettant de valider les th&#232;ses eug&#233;niques sur l'h&#233;r&#233;dit&#233;. Le laboratoire de Galton publie ainsi, sous la direction de Pearson, un volumineux recueil intitul&#233; Treasury of Human Inheritance [10]. Plut&#244;t que d'un tr&#233;sor, l'ouvrage est un recueil documentaire assorti de photographies de difformit&#233;s physiques plus ou moins obsc&#232;nes (que nous ne reproduirons pas) et de planches g&#233;n&#233;alogiques comme celle qui figure ci-dessous o&#249; il s'agit de rep&#233;rer la transmission des cas de polydactylie (pr&#233;sence d'un ou plusieurs doigts suppl&#233;mentaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un projet de soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'action de Galton est en fait sous-tendue par un programme de purification et de s&#233;gr&#233;gation sociale. Mais ce projet se heurte aux pr&#233;jug&#233;s, &#224; l'ignorance des enseignements de la science, et il faut avancer pas &#224; pas et emporter la conviction. Par exemple Galton n'a jamais pr&#233;conis&#233; explicitement le recours &#224; la st&#233;rilisation. C'est la ligne officielle de l'Eugenics Review, la revue publi&#233;e par le Galton Institute. Dans un de ses premiers num&#233;ros, Havelock Ellis (par ailleurs l'un des fondateurs de la sexologie) explique qu'elle ne doit pas en tout &#233;tat de cause &#234;tre obligatoire et doit recevoir l'accord des personnes concern&#233;es [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, l&#224; encore, cette d&#233;n&#233;gation est en r&#233;alit&#233; d'ordre tactique, face &#224; une opinion qui n'est pas pr&#234;te. Dans un article publi&#233; dans le Fraser's Magazine, Galton constate que &#171; le monde est en g&#233;n&#233;ral incr&#233;dule face &#224; l'&#233;tendue du mal &#187;, le mal &#233;tant &#171; le mauvais &#233;tat de notre race [12]. &#187; La feuille de route est trac&#233;e : il faut d'abord faire prendre conscience de la situation, de mani&#232;re &#224; &#171; cr&#233;er, par le seul processus d'enqu&#234;te approfondie et de publication des r&#233;sultats, un sentiment de caste parmi ceux qui sont naturellement dot&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet &#224; plus long terme est une v&#233;ritable s&#233;cession sociale. La &#171; caste &#187; ainsi constitu&#233;e par la promotion de mariages entre les plus dot&#233;.e.s, un conseil de sages pourrait d&#233;cerner aux heureux &#233;lu.e.s &#171; un dipl&#244;me, qui serait en pratique un brevet de noblesse naturelle. &#187; L'&#233;tape suivante serait l'exil vers des colonies, loin des &#171; villes insalubres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galton se garde bien de pr&#233;coniser la coercition : &#171; Je n'envisagerai pas un instant la contrainte pour d&#233;cider avec qui une personne donn&#233;e devrait se marier ; une telle id&#233;e serait aujourd'hui presque aussi rejet&#233;e que la polygamie ou l'infanticide. &#187; Il voit bien le risque que le &#171; sentiment d&#233;mocratique s'oppose frontalement &#224; la cr&#233;ation d'une classe aussi favoris&#233;e et exceptionnelle &#187;. Certes, ce sentiment &#171; m&#233;rite la plus grande admiration &#187; mais il devient &#171; ind&#233;niablement faux et ne peut pas durer &#187; quand il soutient que &#171; les hommes ont tous la m&#234;me valeur en tant qu'individus, qu'ils sont &#233;galement capables de voter, et ainsi de suite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie selon Galton est donc une d&#233;mocratie restreinte. Dans ses m&#233;moires, il exprime le souhait &#171; que notre d&#233;mocratie finisse par refuser son consentement &#224; cette libert&#233; d'engendrer des enfants qui est maintenant accord&#233;e aux classes ind&#233;sirables. &#187; C'est la survie m&#234;me de la d&#233;mocratie galtonienne qui est en jeu : elle &#171; ne peut perdurer que si elle est compos&#233;e de citoyens accomplis ; elle doit donc, en l&#233;gitime d&#233;fense, r&#233;sister &#224; la libre introduction d'une lign&#233;e d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e [13]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'information n&#233;cessaire aura &#233;t&#233; pleinement diffus&#233;e, alors et seulement alors, ce sera le moment propice pour d&#233;clarer un &#8216;Djihad', la Guerre Sainte contre les coutumes et les pr&#233;jug&#233;s qui portent atteinte aux qualit&#233;s physiques et morales de notre race [14]. &#187; Telle est la phase de conclusion du livre de Galton consacr&#233; &#224; la probabilit&#233;. On voit &#224; quel point cette science est compl&#232;tement d&#233;voy&#233;e. Elle date de 1907 et sera reprise en 1925 dans l'&#233;ditorial du premier num&#233;ro des Annales de l'eug&#233;nisme [15]. Cet &#233;ditorial, qui tient lieu de manifeste, est co-sign&#233; par Karl Pearson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la soci&#233;t&#233; eug&#233;niste de Eccleson square affiche &#224; Londres que &#171; seules des semences saines doivent &#234;tre sem&#233;es &#187; le parti nazi affirme qu'il garantit la s&#233;curit&#233; de la communaut&#233; populaire &#187; (voir ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dominantes ont toujours combin&#233; deux attitudes &#224; l'&#233;gard des classes inf&#233;rieures. D'un c&#244;t&#233;, il y a la volont&#233; de comprendre la persistance d'une couche de surnum&#233;raires et en m&#234;me temps de l&#233;gitimer son existence, par exemple en invoquant la perte de sens moral engendr&#233; par la pauvret&#233;. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, est toujours pr&#233;sente la m&#233;fiance voire l'effroi engendr&#233; par les classes dangereuses et leurs jacqueries ou &#233;meutes r&#233;currentes. Avec ce qui a &#233;t&#233; qualifi&#233; de &#171; darwinisme social &#187;, les pauvres peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#234;tres physiquement diminu&#233;s qui ont tendance &#224; se reproduire sans contrainte, plus rapidement que les classes les mieux dot&#233;es qui ont le tort de subvenir &#224; leurs besoins. La d&#233;termination biologique remplace la stigmatisation moralisatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme a fini ainsi par devenir sup&#233;rieur &#224; la femme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre complet du livre de Darwin est &#171; La descendance de l'homme et la s&#233;lection sexuelle &#187; (Selection in Relation to Sex). Il s'y interroge notamment sur l'effet de cette s&#233;lection sexuelle sur la &#171; diff&#233;rence dans les facult&#233;s intellectuelles des deux sexes &#187;. On n'est pas d&#233;&#231;u. &#171; Il est probable &#187;, &#233;crit Darwin, que &#171; la s&#233;lection sexuelle a jou&#233; un r&#244;le important dans les diff&#233;rences de cette nature qui se remarquent entre l'homme et la femme &#187;. Certes, il y a &#171; quelques auteurs [qui] doutent qu'il y ait aucune diff&#233;rence inh&#233;rente &#187;. Mais Darwin avance un argument irr&#233;futable : &#171; personne ne contestera que le caract&#232;re du taureau ne diff&#232;re de celui de la vache, le caract&#232;re du sanglier sauvage de celui de la truie, le caract&#232;re de l'&#233;talon de celui de la jument (&#8230;) La femme semble diff&#233;rer de l'homme dans ses facult&#233;s mentales, surtout par une tendresse plus grande et un &#233;go&#239;sme moindre &#187; (p. 615-616).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes appr&#233;cieront ces r&#233;f&#233;rences animales, mais le meilleur reste &#224; venir : &#171; ce qui &#233;tablit la distinction principale dans la puissance intellectuelle des deux sexes, c'est que l'homme atteint, dans tout ce qu'il entreprend, un point auquel la femme ne peut arriver, quelle que soit, d'ailleurs, la nature de l'entreprise, qu'elle exige ou une pens&#233;e profonde, la raison, l'imagination, ou simplement l'emploi des sens et des mains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est scientifiquement prouv&#233; ; ici encore Darwin s'abrite derri&#232;re son cousin : &#171; nous pouvons ainsi d&#233;duire de la loi de la d&#233;viation des moyennes, si bien expliqu&#233;e par M. Galton dans son livre sur le G&#233;nie h&#233;r&#233;ditaire, que si les hommes ont une sup&#233;riorit&#233; d&#233;cid&#233;e sur les femmes en beaucoup de points, la moyenne de la puissance mentale chez l'homme doit exc&#233;der celle de la femme &#187; (p. 616).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la concurrence entre individus dot&#233;s de &#171; qualit&#233;s mentales &#233;galement parfaites &#187;, c'est l'homme qui triomphe parce qu'il a plus &#171; d'&#233;nergie, de pers&#233;v&#233;rance et de courage &#187;. Darwin glisse ici une note path&#233;tique qui cherche &#224; sugg&#233;rer que c'est aussi la position de John Stuart Mill. Puis Darwin explique comment la domination masculine est en quelque sorte un sous-produit de la s&#233;lection naturelle : &#171; ces derni&#232;res facult&#233;s ont &#233;t&#233;, comme les premi&#232;res d&#233;velopp&#233;es chez l'homme, en partie par l'action de la s&#233;lection sexuelle &#8211; c'est-&#224;-dire par la concurrence avec des m&#226;les rivaux &#8211; et en partie par l'action de la s&#233;lection naturelle, c'est-&#224;-dire la r&#233;ussite dans la lutte g&#233;n&#233;rale pour l'existence ; or, comme dans les deux cas, cette lutte a lieu dans l'&#226;ge adulte, les caract&#232;res acquis ont d&#251; se transmettre plus compl&#232;tement &#224; la descendance m&#226;le qu'&#224; la descendance femelle &#187;. Voil&#224; comment &#171; l'homme a fini ainsi par devenir sup&#233;rieur &#224; la femme &#187;. Mais Darwin se contredit et invoque une &#171; loi de l'&#233;gale transmission des caract&#232;res aux deux sexes &#187; qui amoindrit l'&#233;cart, sinon, &#171; il est probable que l'homme serait devenu aussi sup&#233;rieur &#224; la femme par ses facult&#233;s mentales que le paon par son plumage d&#233;coratif relativement &#224; celui de la femelle &#187; (pp. 617-8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage sans doute le plus violent est celui o&#249; Darwin assimile les facult&#233;s propres aux femmes (intuition, perception rapide, et peut-&#234;tre imitation) &#224; celles des races inf&#233;rieures : &#171; quelques-unes au moins de ces facult&#233;s caract&#233;risent les races inf&#233;rieures, elles ont, par cons&#233;quent, pu exister &#224; un &#233;tat de civilisation inf&#233;rieure &#187; (p. 616).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note, Darwin se risque &#224; esquisser ce qui sera une grande occupation des eug&#233;nistes, en citant l'hypoth&#232;se avanc&#233;e par Carl Vogt selon laquelle &#171; la distance qui r&#232;gne entre les deux sexes, relativement &#224; la capacit&#233; cr&#226;nienne, augmente avec la perfection de la race, de sorte que l'Europ&#233;en s'&#233;l&#232;ve plus au-dessus de l'Europ&#233;enne que le n&#232;gre au-dessus de la n&#233;gresse [16] &#187;. Il omet de citer la phrase pr&#233;c&#233;dente o&#249; Vogt affirme qu'en g&#233;n&#233;ral, le type du cr&#226;ne f&#233;minin se rapproche, sous plusieurs rapports, du cr&#226;ne de l'enfant, et encore plus de celui des races inf&#233;rieures &#187; qui allait pourtant dans son sens, mais qu'il n'&#233;tait pas dispos&#233; &#224; assumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces passages montrent bien comment Darwin combine s&#233;lection sexuelle et s&#233;lection naturelle pour donner un fondement scientifique &#224; une suppos&#233;e inf&#233;riorit&#233; biologique des femmes. L'argument selon lequel il faudrait &#171; contextualiser &#187; pour prendre en compte les conceptions de l'&#233;poque n'est pas recevable, pour deux raisons. La premi&#232;re est d'ordre &#233;pist&#233;mologique : quand une th&#233;orie est fausse, il faut la rejeter et non pas chercher &#224; relativiser l'erreur en invoquant l'environnement de l'&#233;poque. La terre n'est pas plate et tourne autour du soleil, m&#234;me si on a pu penser l'inverse dans les si&#232;cles pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde raison est d'ordre historique : d'autres auteurs contemporains, certes minoritaires, s'&#233;levaient contre la th&#232;se d'une inf&#233;riorit&#233; consubstantielle des femmes. On a vu que Darwin y fait allusion. On pourrait par exemple citer un article du r&#233;v&#233;rend Sydney Smith, un humoriste non-conformiste qui divisait l'humanit&#233; en trois sexes : les hommes, les femmes et les eccl&#233;siastiques. Le paradis &#233;tait selon lui un endroit o&#249; l'on d&#233;guste du foie gras au son des trompettes. Il n'aimait pas vraiment Angleterre o&#249; &#171; les seules distractions sont le vice et la religion &#187;, et pr&#233;tendait ne jamais lire un livre avant d'en rendre compte [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'&#233;tait aussi un humaniste soucieux de r&#233;formes sociales, et sa position sur les in&#233;galit&#233;s entre hommes et femmes &#233;tait tranch&#233;e : &#171; on a beaucoup parl&#233; de la diff&#233;rence initiale de capacit&#233; entre les hommes et les femmes, comme si les femmes &#233;taient plus rapides et les hommes plus r&#233;fl&#233;chis (&#8230;) tout cela, nous l'avouons, nous para&#238;t tr&#232;s fantaisiste (&#8230;) Il n'y a certainement aucune diff&#233;rence qui ne puisse &#234;tre expliqu&#233;e par la diff&#233;rence des circonstances dans lesquelles ils ont &#233;t&#233; plac&#233;s, sans se r&#233;f&#233;rer &#224; une quelconque hypoth&#232;se sur la conformation d'esprit originale (&#8230;) Il n'y a certainement pas besoin d'un raisonnement plus profond ou plus abscons, pour expliquer un ph&#233;nom&#232;ne aussi simple [18] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte, qui date de 1810, est cit&#233; par Harriet Stuart Mill, dans son c&#233;l&#232;bre essai sur l'&#233;mancipation des femmes publi&#233; anonymement en 1851, puis en 1868 sous son nom [19]. Elle y plaide pour le droit de vote des femmes, leur acc&#232;s aux m&#234;mes emplois que les hommes et leur autonomie financi&#232;re. Elle a eu une longue influence sur celui qui devait devenir son second mari, John Stuart Mill. Ce dernier et Darwin avaient au d&#233;part de l'admiration l'un pour l'autre, mais leur opposition l'a emport&#233;, sur un point &#233;videmment d&#233;cisif, celui du r&#244;le de l'h&#233;r&#233;dit&#233;. D&#233;j&#224; en 1848, Mill &#233;crivait dans ses Principes d'&#233;conomie politique que : &#171; de tous les moyens vulgaires de se dispenser de l'&#233;tude des effets des influences sociales et morales sur l'&#226;me humaine, le plus vulgaire est d'attribuer les diff&#233;rences de conduite et de caract&#232;re &#224; des diff&#233;rences naturelles et indestructibles [20]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mill deviendra un ardent d&#233;fenseur des droits des femmes. Alors d&#233;put&#233;, il avait propos&#233; sans succ&#232;s un amendement &#224; la loi de 1867 d'&#233;largissement de la base &#233;lectorale (on &#233;tait loin du suffrage universel) qui rempla&#231;ait &#171; hommes &#187; par &#171; personnes &#187; dans le texte, ce qui aurait donn&#233; le droit de vote &#224; des femmes. En 1869, il publie son livre sur l'assujettissement des femmes o&#249; il &#233;crit, &#224; l'encontre de Darwin : &#171; je crois qu'il y a de la pr&#233;somption &#224; dire ce que les femmes sont ou ne sont pas, ce qu'elles peuvent &#234;tre ou ne pas &#234;tre, en vertu de leur constitution naturelle. Au lieu de les laisser se d&#233;velopper spontan&#233;ment, on les a tenues jusqu ici dans un &#233;tat si contraire &#224; la nature, qu'elles ont d&#251; subir des modifications artificielles (&#8230;) parmi les diff&#233;rences actuelles, les moins contestables peuvent fort bien &#234;tre le produit des circonstances, sans qu'il y ait une diff&#233;rence dans les capacit&#233;s naturelles [21]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; contexte historique &#187; n'explique donc pas tout. La croyance en une inf&#233;riorit&#233; des femmes h&#233;rit&#233;e de la s&#233;lection sexuelle est chez Darwin un &#233;l&#233;ment constitutif de sa th&#233;orie, et non le simple effet des conceptions de l'&#233;poque. Mais il est vrai aussi que sa position est renforc&#233;e par les pr&#233;jug&#233;s personnels de Darwin. En t&#233;moigne l'&#233;change de lettres [22] qu'il a eu vers la fin de sa vie avec Caroline Augusta Kennard, une f&#233;ministe am&#233;ricaine. Celle-ci a assist&#233; &#224; une conf&#233;rence o&#249; Darwin &#233;tait cit&#233; comme autorit&#233; scientifique validant la th&#232;se de l'inf&#233;riorit&#233; des femmes. Ne pouvant croire &#224; cette interpr&#233;tation, elle &#233;crit donc respectueusement &#224; Darwin (avec une enveloppe pour la r&#233;ponse) pour lui demande un &#233;claircissement : &#171; si une erreur a &#233;t&#233; commise, votre opinion et votre autorit&#233; doivent &#234;tre corrig&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Darwin est affligeante : &#171; la question &#224; laquelle vous faites r&#233;f&#233;rence est tr&#232;s difficile. J'en ai parl&#233; bri&#232;vement [sic] dans ma &#8216;Descent of Man'. Je suis persuad&#233; que les femmes, bien que g&#233;n&#233;ralement sup&#233;rieures aux hommes sur le plan des qualit&#233;s morales, sont inf&#233;rieures sur le plan intellectuel ; et il me semble que les lois de l'h&#233;r&#233;dit&#233; font obstacle (si je comprends bien ces lois) &#224; ce qu'elles deviennent les &#233;gales de l'homme sur le plan intellectuel. Il y a certes des raisons de penser que les hommes et les femmes &#233;taient &#233;gaux de ce point de vue chez les aborig&#232;nes (et jusqu'&#224; aujourd'hui dans le cas des sauvages), et cela plaide grandement en faveur d'un r&#233;tablissement de cette &#233;galit&#233;. Mais pour ce faire, les femmes devraient &#224; mon sens devenir des &#8220;soutiens de famille&#8221; (bread-winners) aussi r&#233;guliers que les hommes ; or nous pouvons soup&#231;onner que dans ce cas l'&#233;ducation de nos jeunes enfants, sans parler du bonheur de nos foyers, en souffrirait grandement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Kennard sera ferme, faisant valoir que les femmes n'ont pas &#224; &#234;tre confin&#233;es &#224; la maison, et qu'elles contribuent tout autant que les hommes &#224; la soci&#233;t&#233;. Et elle se termine sur ce souhait : &#171; Attendons que l'&#8220;environnement&#8221; de la femme soit similaire &#224; celui de l'homme, avec les m&#234;mes opportunit&#233;s, avant de juger &#233;quitablement de son inf&#233;riorit&#233; intellectuelle, s'il vous pla&#238;t &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mieux qu'un chien de toute fa&#231;on&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sont donc destin&#233;es &#224; l'&#233;ducation de nos jeunes enfants et au &#171; bonheur de nos foyers &#187;, parce que le mariage est constitutif de la civilisation. Dans la Descendance de l'homme, il reconna&#238;t que selon certains auteurs &#171; l'habitude du mariage ne s'est d&#233;velopp&#233;e que graduellement, et que la promiscuit&#233; &#233;tait autrefois tr&#232;s commune dans le monde &#187;. Mais il ne peut se faire &#224; cette id&#233;e : &#171; n&#233;anmoins, je ne puis croire que la promiscuit&#233; absolue ait pr&#233;valu &#224; une &#233;poque extr&#234;mement recul&#233;e peu avant que l'homme ait atteint son rang actuel dans l'&#233;chelle zoologique. &#187; et revient au seul argument de preuve dont il dispose, &#224; savoir &#171; l'analogie avec les animaux, et surtout avec ceux qui sont les plus voisins de l'homme &#187; (pp. 459-460).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruth Hubbard accompagne cette citation de ce commentaire ironique : &#171; Ne vous y trompez pas, o&#249; que vous regardiez parmi les animaux, vous verrez des m&#226;les, enthousiastes adeptes de la promiscuit&#233;, poursuivant des femelles qui les observent derri&#232;re des paupi&#232;res langoureusement baiss&#233;es pour rep&#233;rer les plus forts et les plus beaux. N'est-ce pas le r&#234;ve d'un vrai gentleman victorien [23] ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;jug&#233;s &#233;taient fortement ancr&#233;s chez Darwin. En t&#233;moigne l'exercice qu'il avait men&#233; en juillet 1838, quelques mois avant de demander la main de sa cousine, Emma Wedgwood. H&#233;sitant sur la question de savoir s'il devait se marier ou non, Darwin avait, en bon scientifique, dress&#233; un tableau en deux colonnes (reproduit ci-dessous) r&#233;pertoriant les cons&#233;quences de chacun des choix possibles : se marier ou ne pas se marier, this is the question [24]. Dans la colonne en faveur du mariage, Darwin se repr&#233;sente &#171; une jolie femme douce sur un sofa, avec un bon feu, des livres et peut-&#234;tre de la musique (&#8230;) une compagne permanente (amie une fois l'&#226;ge venu), qui s'int&#233;resse &#224; vous, objet &#224; aimer et avec qui se divertir &#8211; mieux qu'un chien de toute fa&#231;on (better than a dog anyhow). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses de Darwin sur les femmes d&#233;coulent donc de mani&#232;re inextricable des exigences internes de sa th&#233;orie et de ses propres pr&#233;jug&#233;s. Comme l'explique tr&#232;s bien Evelleen Richards, &#171; les conclusions de Darwin ont d&#233;termin&#233; autant par son engagement en faveur d'une explication naturaliste ou scientifique des caract&#233;ristiques mentales et morales de l'homme que par ses hypoth&#232;ses socialement induites sur l'inf&#233;riorit&#233; inn&#233;e et la domesticit&#233; des femmes [25] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut &#233;tendre cette conclusion &#224; l'ensemble de l'&#339;uvre de Darwin, comme le fait Evelleen Richards : &#171; &#224; quelques exceptions pr&#232;s, Darwin est pr&#233;sent&#233; comme le jeune naturaliste du &#8220;Beagle&#8221;, le futur &#233;leveur de pigeons et le diss&#233;queur de bernacles ; et, surtout, comme un observateur et un th&#233;oricien d&#233;tach&#233; et objectif, loin des pr&#233;occupations politiques de ses compatriotes victoriens qui ont d&#233;tourn&#233; ses concepts scientifiques pour rationaliser leur imp&#233;rialisme, leur &#233;conomie du laisser-faire et leur racisme. La concordance de ses &#233;crits, en particulier de La descendance de l'homme, avec le darwinisme social florissant &#224; la fin de l'&#233;poque victorienne, est soit ignor&#233;e, soit laborieusement expliqu&#233;e. Si bien que Darwin est absous de toute intention politique et sociale et ses constructions th&#233;oriques de biais id&#233;ologique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le cauteleux Darwin a toujours pris, comme on l'a montr&#233;, la pr&#233;caution de s'abriter derri&#232;re les prises de position d'autres auteurs, en particulier son cousin Francis Galton. Mais jamais il ne s'est d&#233;solidaris&#233; des interpr&#233;tations de sa th&#233;orie cherchant &#224; en faire le fondement d'in&#233;galit&#233;s de toutes sortes, qu'il s'agisse des races ou des sexes. C'est pourquoi, il n'est pas d&#233;cid&#233;ment pas possible d'absoudre Darwin du darwinisme social [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Francis Galton, &#171; Hereditary Talent and Character &#187;, Macmillan's Magazine, volume XII, 1865 ; Hereditary Genius. An Inquiry Into its Laws and Consequences, 1869.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Francis Galton, Inquiries into Human Faculty and its Development, 1883.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Francis Galton, &#171; Hereditary Improvement &#187;, Fraser's Magazine, n&#176;87, 1873.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Francis Galton, &#171; Hereditary Talent and Character &#187;, Macmillan's Magazine, volume XII, 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Francis Galton, Hereditary Genius : An Inquiry into Its Laws and Consequences, 1869, Londres, Macmillan &amp; Co, 1892, p. 343.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Francis Galton, Hereditary Genius : An Inquiry into Its Laws and Consequences, 1869.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Cit&#233; (sans r&#233;f&#233;rence) dans Karl F. Pearson, The Life, Letters and Labours of Francis Galton, volume IIIA, 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Voir Michel Husson, &#171; La statistique au risque de l'eug&#233;nisme &#187;, A l'encontre, f&#233;vrier 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] The Scope of Biometrics &#187;, Editorial, Biometrika, vol. 1, n&#176;1, October 1901.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Karl Pearson (ed.), Treasury of Human Inheritance, Volume 1, 1912.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Havelock Ellis, &#171; The Sterilization of the Unfit &#187;, Eugenics Review, vol. 1, n&#176;3, September 1909.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Francis Galton, &#171; Hereditary Improvement &#187;, Fraser's Magazine, n&#176;87, 1873.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Therefore it must in self-defence withstand the free introduction of degenerate stock, Francis Galton, Memories of my Life, 1908, p.311.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Francis Galton, Probability, the Foundation of Eugenics, The Herbert Spencer Lecture, June 1907.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ethel M. Elderton, Karl F. Pearson, &#171; Foreword &#187;, Annals of Eugenics, vol. I, October 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Carl Vogt, Le&#231;ons sur l'homme. Sa place dans la cr&#233;ation et dans l'histoire de la terre, 1865, p. 99. Vogt est l'auteur de la pr&#233;face &#224; l'&#233;dition fran&#231;aise de La descendance de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Stanley L. Wallace, &#171; A wit and his gout : The Reverend Sydney Smith &#187;, Arthritis &amp; Rheumatism, vol. 5, n&#176; 6, December 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Sydney Smith, &#171; Female Education &#187;, Edinburgh Review, XV, January 1810.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Harriet Stuart Mill, &#171; The Enfranchisement of Women&#171; Westminster and Foreign Quarterly Review, July 1851 ; &#171; L'affranchissement des femmes &#187; dans Ecrits sur l'&#233;galit&#233; des sexes. John Stuart Mill et Harriet Taylor. Textes traduits et pr&#233;sent&#233;s par Fran&#231;oise Orazi, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] James Stuart Mill, The Principles of Political Economy, 1848, Book II, p. 319. Traduction fran&#231;aise : Principes d'&#233;conomie politique, pp. 366-7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] John Stuart Mill, The Subjection of Women, 1869. Traduction fran&#231;aise : De l'assujettissement des femmes, 1869, p. 137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Caroline Kennard, &#171; Correspondance avec Charles Darwin &#187;, 1881-2 dans : Samantha Evans, ed., Darwin and Women. A Selection of Letters, 2017, pp. 225-7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Ruth Hubbard, &#171; Have Only Men Evolved ? &#187;, dans : R. Hubbard et al., eds, Women Look at Biology Looking at Women, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Darwin sur le mariage : &#171; Mieux qu'un chien en tout cas &#187;, document hussonet n&#176;2, 26 mars 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Evelleen Richards, &#171; Darwin and the Descent of Woman &#187;, dans : in David Oldroyd &amp; Ian Langham (eds.), The Wider Domain of Evolutionary Thought, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Ce que l'on cherchera &#224; montrer dans des livraisons ult&#233;rieures. Sur des prolongements r&#233;cents, voir Michel Husson, &#171; La tentation du darwinisme social &#187;, A l'encontre, f&#233;vrier 2019&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Etats-Unis. Biden : miracle ou mirage ?</title>
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		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


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&lt;p&gt;La &#171; relance keyn&#233;sienne ph&#233;nom&#233;nale &#187; [1] des Etats-Unis a de quoi impressionner. Il y a en fait trois plans Biden, qui repr&#233;sentent une somme totale de 6000 milliards de dollars, soit plus d'un quart du PIB actuel. Mais cette pr&#233;sentation risque d'&#234;tre trompeuse, et il faut y aller voir de plus pr&#232;s. Le premier (American Rescue Plan) est un plan d'urgence, autrement dit une r&#233;ponse imm&#233;diate &#224; la crise pand&#233;mique. Son montant est de 1900 milliards de dollars et il est en cours d'ex&#233;cution. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton48913-6912d.jpg?1781035290' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La &#171; relance keyn&#233;sienne ph&#233;nom&#233;nale &#187; [1] des Etats-Unis a de quoi impressionner. Il y a en fait trois plans Biden, qui repr&#233;sentent une somme totale de 6000 milliards de dollars, soit plus d'un quart du PIB actuel. Mais cette pr&#233;sentation risque d'&#234;tre trompeuse, et il faut y aller voir de plus pr&#232;s. Le premier (American Rescue Plan) est un plan d'urgence, autrement dit une r&#233;ponse imm&#233;diate &#224; la crise pand&#233;mique. Son montant est de 1900 milliards de dollars et il est en cours d'ex&#233;cution. Sa mesure la plus significative est la distribution des ch&#232;ques de 1400 dollars, une sorte de &#171; monnaie h&#233;licopt&#232;re &#187;. C'est assur&#233;ment beaucoup, plus que les plans analogues en Europe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;&lt;/code&gt;16 juin 2021 | tir&#233; du site alencontre.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-biden-miracle-ou-mirage.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-biden-miracle-ou-mirage.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre l'ampleur de la crise, deux facteurs expliquent le tournant vers un plan aussi massif. Il y a d'abord le souvenir de la crise pr&#233;c&#233;dente. Comme l'explique Chuck Schumer, le chef de la majorit&#233; d&#233;mocrate au S&#233;nat : &#171; En 2009 et 2010, nous avons essay&#233; de travailler avec les R&#233;publicains, le programme final &#233;tait sous-dimensionn&#233; et la r&#233;cession a dur&#233; cinq ans : les gens se sont aigris et nous avons perdu les &#233;lections[2] &#187;. Ensuite, Donald Trump, avec ses baisses d'imp&#244;ts, a mis &#224; mal le dogme budg&#233;taire, m&#234;me si le plan de soutien prend l'exact contre-pied de la politique de Trump. Les d&#233;penses sont en effet clairement cibl&#233;es vers les moins favoris&#233;s. L'argent distribu&#233; sous la forme de ch&#232;ques, d'indemnit&#233;s ch&#244;mage et d'allocations familiales, devrait augmenter les revenus des 60% des Am&#233;ricains les moins riches de 11% en moyenne, et de 33% pour les 20% les plus pauvres [3]. L'objectif est &#233;videmment de regagner une partie de l'&#233;lectorat de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la question est de savoir si ce tournant sera prolong&#233;. La r&#233;ponse est apparemment positive, puisque Biden a pr&#233;sent&#233; deux ambitieux plans &#224; moyen terme, lors de son premier discours au Congr&#232;s [4]. Il y a d'abord un &#171; plan emploi &#187; (American Jobs Plan) qui porte pour l'essentiel sur les infrastructures ; il repr&#233;sente 2300 milliards de dollars. Puis vient le &#171; plan familles &#187; (American Families Plan) qui vise &#224; am&#233;liorer le sort des plus d&#233;favoris&#233;s, notamment en mati&#232;re d'&#233;ducation, pour une somme totale de 1900 milliards de dollars. L'examen plus d&#233;taill&#233; de ces plans [5] permet d'en comprendre la logique, m&#234;me si, comme on le verra, ils sont loin d'&#234;tre grav&#233;s dans le marbre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_sphere.jpg?5875/7db846c8eccbc6976becf7bb1f72eb653e28683b0cdffad8d96350299427d2c0&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH388/7db846c8eccbc697-04459d06-26217.jpg?1781035292' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;American Jobs Plan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; plan emplois &#187; [6] vise avant tout la remise &#224; niveau des infrastructures : routes, ponts, transports publics, eau, &#233;lectricit&#233; ; il inclut aussi un volet social avec plus de 300 milliards allant aux logements sociaux (affordable housing) et aux &#233;coles publiques. L'objectif implicite est de r&#233;tablir ou consolider la supr&#233;matie technologique des Etats-Unis (notamment vis-&#224;-vis de la Chine) par un soutien &#224; l'industrie domestique et &#224; la recherche. C'est tr&#232;s clair dans le discours de Biden : il s'agit de cr&#233;er &#171; des millions de bons emplois &#187;, de &#171; reconstruire l'infrastructure de notre pays &#187; mais aussi &#171; de permettre aux &#201;tats-Unis d'&#234;tre plus comp&#233;titifs que la Chine (out-compete) [7] &#187;. On voit que le nom du plan (Jobs plan) est un peu usurp&#233; : il ne contient &#224; peu pr&#232;s aucune mesure destin&#233;e &#224; cr&#233;er directement des emplois dans une logique d'&#233;tat employeur en dernier ressort, comme le propose la gauche du parti d&#233;mocrate. Les cr&#233;ations d'emploi attendues ne sont donc que le sous-produit de la relance de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Green New Deal au rabais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le r&#233;chauffement climatique est pr&#233;sente, sans &#234;tre centrale. La priorit&#233; est donn&#233;e aux v&#233;hicules &#233;lectriques (174 milliards) mais seulement 46 milliards sont consacr&#233;s aux &#233;nergies propres : on est assez loin du Green New Deal port&#233; par l'aile gauche du parti d&#233;mocrate. Beaucoup de critiques d&#233;noncent le plan Biden comme &#171; terriblement insuffisant &#187; en mati&#232;re de lutte contre le changement climatique. Les d&#233;penses qui y sont consacr&#233;es sont notoirement inf&#233;rieures aux 10 000 milliards de dollars pr&#233;vus par les projets de Green New Deal. Pour Brett Hartl, du Center for Biological Diversity, le plan d'infrastructure favorise l'industrie et &#171; gaspille l'une de nos derni&#232;res chances de faire face &#224; l'urgence climatique (&#8230;) Au lieu d'une approche de type plan Marshall pour une transition vers les &#233;nergies renouvelables, il se borne &#224; des subventions gadgets pour la capture du carbone, et ne prend aucune mesure significative pour &#233;liminer progressivement les &#233;nergies fossiles [8] &#187;. &#171; C'est loin d'&#234;tre suffisant &#187;, d&#233;clare Alexandria Ocasio-Cortez [9] qui rappelle que les 2300 milliards du plan infrastructure vont &#234;tre &#233;tal&#233;s sur pr&#232;s de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5877 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH214/5719089899139038-bf8ed3f4-a048c.jpg?1781035292' width='500' height='214' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;American Families Plan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me plan qui cible les familles est en quelque sorte un substitut &#224; un &#201;tat social peu d&#233;velopp&#233; aux Etats-Unis. Sur les 1900 milliards, 800 milliards correspondent &#224; des r&#233;ductions d'imp&#244;ts ou &#224; la distribution de ch&#232;ques destin&#233;s aux m&#233;nages &#224; faibles revenus ou en difficult&#233;. 500 milliards sont consacr&#233;s &#224; l'&#233;ducation sous forme de bourses et de financement des &#233;tablissements scolaires. Mais, l&#224; encore, les d&#233;penses sont &#233;tal&#233;es sur 10 ans, de 2022 &#224; 2031, comme le montre le graphique ci-dessous &#233;tabli par Oxford Economics.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5878 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH181/5736c550563cb039-30394bc3-41ba8.jpg?1781035293' width='500' height='181' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce plan prolonge les mesures d'urgence prises pendant la pand&#233;mie. Il s'agit d'un rattrapage en mati&#232;re de protection sociale &#224; partir d'un point de d&#233;part &#171; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment bas par rapport aux normes de l'OCDE &#187;, comme le souligne Susan Watkins : &#171; en proportion du PIB, les d&#233;penses sociales en France et en Italie sont environ 50% plus &#233;lev&#233;es qu'aux &#201;tats-Unis. Les d&#233;penses publiques pour les familles am&#233;ricaines repr&#233;sentent &#224; peine un quart des niveaux allemands, fran&#231;ais et britanniques [10] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne vise pas &#224; la mise en place d'un v&#233;ritable &#201;tat social : &#171; plut&#244;t que d'&#233;tendre Medicare ou de mettre en place une option d'assurance sant&#233; publique, on va distribuer des dizaines de milliards de dollars aux compagnies d'assurance sant&#233;, renfor&#231;ant ainsi un syst&#232;me de soins de sant&#233; &#224; but lucratif qui continue &#224; causer tant de douleur et de souffrance [11] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lev&#233;e de boucliers des riches&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois plans se heurtent d'embl&#233;e &#224; une triple opposition : les r&#233;publicains &#233;videmment, (notamment au S&#233;nat o&#249; la majorit&#233; d&#233;mocrate ne tient qu'&#224; la voix pr&#233;pond&#233;rante de la vice-pr&#233;sidente Kamala Harris) ; les &#233;conomistes orthodoxes ; les milliardaires. Pour r&#233;sumer, les plans Biden reviendraient &#224; jeter de l'argent par les fen&#234;tres, ils conduiraient tout droit &#224; l'inflation, et ils auraient le tort d'&#234;tre financ&#233;s en partie par des hausses d'imp&#244;ts, &#224; la fois sur les plus riches et sur les profits des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;nateurs r&#233;publicains m&#232;nent une guerre de tranch&#233;es aux rebondissements multiples d&#233;crits en d&#233;tail par Romaric Godin [12]. Mais ils ne sont pas les seuls : les d&#233;mocrates de l'aile droite du parti cherchent &#224; &#233;dulcorer ce qu'ils voient comme un tournant trop radical et, au S&#233;nat, &#224; trouver des accords avec les R&#233;publicains. Quant &#224; la classe dominante (celle qui a en partie financ&#233; la campagne de Biden), elle voit d'un tr&#232;s mauvais &#339;il sa politique fiscale. Elle a oubli&#233; les propos rassurants que Biden adressait &#224; ses donateurs pendant sa campagne : &#171; nous ne voulons pas diaboliser ceux qui ont gagn&#233; de l'argent (&#8230;) Personne ne verra son niveau de vie changer. Rien ne changerait fondamentalement [13] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme initial de Biden ciblait clairement les 1,5% les plus riches au revenu sup&#233;rieur &#224; 400 000 dollars, dont le revenu baisserait de 17,7 % selon une &#233;tude de l'universit&#233; de Pennsylvanie [14]. Pr&#232;s de 80% des recettes fiscales suppl&#233;mentaires proviendraient du 1 % des plus riches. Le projet &#233;tant de r&#233;duire les &#233;normes in&#233;galit&#233;s devant l'imp&#244;t, le plan Biden pr&#233;voyait aussi 80 milliards pour renforcer l'administration fiscale (IRS, Internal Revenue Service) [15]. Celle-ci avait &#233;t&#233; progressivement priv&#233;e des moyens d'agir contre l'&#233;vasion fiscale. Selon un rapport officiel [16], l'agence avait perdu 20% de son budget et de ses effectifs. Les contr&#244;les des d&#233;clarations fiscales avaient baiss&#233; de 46% pour les particuliers et de 37% pour les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est une perte de ressources consid&#233;rable : selon Gabriel Zucman et ses co-auteurs [17], la sous-d&#233;claration du 1 % le plus riche d&#233;passe 20 % de leurs revenus. Une autre &#233;tude [18] &#233;valuait &#224; 630 milliards de dollars les pertes de ressources li&#233;es &#224; l'&#233;vasion fiscale, soit 15 % du total. A l&#233;gislation inchang&#233;e, la perte serait de 7500 milliards de dollars entre 2020 et 2029. L'un des auteurs de cette &#233;tude n'est autre que Lawrence Summers, l'ancien pr&#233;sident du Conseil &#233;conomique national d'Obama. M&#234;me s'il critique la taille du plan de relance, il souscrit au moins &#224; ce volet du plan Biden qui pourrait selon lui rapporter 1000 milliards d'imp&#244;ts suppl&#233;mentaires au cours des 10 ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le taux d'imposition des b&#233;n&#233;fices devait &#234;tre augment&#233; de 21 % &#224; 28 %, mais resterait en de&#231;&#224; des 35 % en vigueur avant Trump. Il n'emp&#234;che que cette mesure suffisait &#224; financer plus de la moiti&#233; du plan (1400 milliards de dollars sur 2300). Biden pr&#233;voyait aussi de faire passer de 10,5 %&#224; 21 % le taux de minimum de pr&#233;l&#232;vement sur les multinationales, ce qui aurait rapport&#233; 800 milliards de dollars [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra que ces mesures sont d'ores et d&#233;j&#224; remises en cause. Mais leur port&#233;e &#233;tait de toute fa&#231;on assez limit&#233;e, ce qui permet en creux d'illustrer l'ampleur des in&#233;galit&#233;s fiscales. C'est ce que montre le New York Times [20], qui a utilis&#233; les donn&#233;es de Gabriel Zucman pour &#233;valuer ce que donnerait l'application des mesures fiscales de Biden. Le r&#233;sultat est que le taux d'imposition global des plus riches retrouverait &#224; peine le niveau des ann&#233;es 1990 et resterait largement inf&#233;rieur aux ann&#233;es pr&#233;-Reagan (voir graphique ci-dessous). Cela n'emp&#234;che pas divers repr&#233;sentants du patronat de d&#233;noncer cette r&#233;forme comme &#171; scandaleuse &#187;, &#171; archa&#239;que &#187; ou &#171; injuste &#187;. Mais ce faisant, &#171; ils ne font qu'exprimer leur go&#251;t pour de faibles taux d'imposition &#187;, conclut l'article du New York Times.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5879 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH280/712c21d376cda4d0-a0531d66-a33f0.jpg?1781035294' width='500' height='280' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le recul sur le salaire minimum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biden s'&#233;tait engag&#233; &#224; faire passer le salaire minimum f&#233;d&#233;ral de 7,25 dollars de l'heure &#224; 15 dollars, mais il a d&#233;j&#224; renonc&#233; &#224; cette mesure qui est report&#233;e &#224; 2025 dans le meilleur des cas. Pourtant, l'augmentation du salaire minimum &#224; 15 dollars b&#233;n&#233;ficierait &#224; un tiers des travailleurs, puisque c'est la proportion de ceux qui re&#231;oivent un salaire inf&#233;rieur &#224; ce seuil, soit 48 millions sur les 144 millions de personnes employ&#233;es. Ces travailleurs recoupent en grande partie la cat&#233;gorie des travailleurs dits &#171; essentiels &#187; dont deux chercheurs ont propos&#233; une typologie [21]. Ils trouvent que sur ces 144 millions d'emplois, 90 millions sont exerc&#233;s dans des secteurs d&#233;finis comme essentiels, et parmi eux 50 millions peuvent &#234;tre qualifi&#233;s de travailleurs de premi&#232;re ligne (frontline workers). Une autre &#233;tude compl&#233;mentaire [22] &#233;tablit que pr&#232;s de la moiti&#233; d'entre eux sont employ&#233;s dans des secteurs o&#249; le salaire m&#233;dian est inf&#233;rieur &#224; 15 dollars de l'heure. Les auteurs concluent qu'ils &#171; m&#233;riteraient de passer &#224; 15 dollars &#187;, mais ils devront attendre des jours meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le spectre de l'inflation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace de l'inflation est agit&#233;e par les tenants de l'orthodoxie. Ils se servent d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; court terme qui est la hausse de certains prix (mati&#232;res premi&#232;res, biens interm&#233;diaires, co&#251;t du fret maritime, etc.) qui refl&#232;te surtout les p&#233;nuries transitoires li&#233;es &#224; un red&#233;marrage dans le d&#233;sordre. C'est ce qu'explique tr&#232;s clairement Joseph Stiglitz : &#171; l'actuelle pression inflationniste r&#233;sulte pour l'essentiel de goulots d'&#233;tranglements du c&#244;t&#233; de l'offre &#224; court terme, qui sont in&#233;vitables lorsque red&#233;marre une &#233;conomie stopp&#233;e temporairement. Nous ne manquons pas de capacit&#233; mondiale dans la fabrication d'automobiles ou de semi-conducteurs ; seulement voil&#224;, lorsque toutes les nouvelles voitures recourent &#224; des semi-conducteurs, et que la demande automobile se trouve plong&#233;e dans l'incertitude (comme elle l'a &#233;t&#233; durant la pand&#233;mie), alors la production de semi-conducteurs est n&#233;cessairement limit&#233;e [23]. &#187; En r&#233;alit&#233;, on peut consid&#233;rer que &#171; les entreprises utilisent les p&#233;nuries d'approvisionnement comme un pr&#233;texte pour augmenter les prix et pour tester les march&#233;s, en vue de compenser les pertes de 2020 et les baisses de prix pendant la pand&#233;mie [24] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Salaires et profit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive est de toute mani&#232;re plus large. Quand les &#233;conomistes orthodoxes annoncent que Biden, en mettant l'&#233;conomie &#171; en surchauffe &#187;, va d&#233;clencher un processus inflationniste durable, il faut traduire l'argument : c'est l'inflation salariale qui repr&#233;sente le vrai danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, le sujet n'est abord&#233; que par la bande, avec un argument classique selon lequel les allocations de ch&#244;mage inciteraient ceux qui en b&#233;n&#233;ficient de ne pas revenir sur le march&#233; du travail. Que certains ch&#244;meurs, dans ce climat d'incertitude, choisissent d'attendre et voir, c'est apr&#232;s tout possible. Mais les plaintes tout aussi classiques des employeurs qui ont des difficult&#233;s &#224; embaucher doivent &#234;tre contextualis&#233;es. Le Washington Post a trouv&#233; un moyen habile de contourner la p&#233;nurie de travailleurs : augmenter les salaires &#224; 15 dollars de l'heure ou plus [25]. Plusieurs employeurs confront&#233;s &#224; une difficult&#233; d'embaucher ont tent&#233; cette &#171; exp&#233;rience naturelle &#187; (comme disent les &#233;conomistes) et, miracle, les candidats ont afflu&#233;. Gina Schaefer, qui dirige un r&#233;seau de quincailleries, s'indigne : &#171; Personne ne dit que l'&#233;conomie va s'effondrer quand les avocats gagnent 300 000 dollars. C'est seulement &#224; propos des bas salaires que l'on entend cela. Et je pense que du point de vue de la soci&#233;t&#233;, c'est juste vraiment injurieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En creusant un peu, on s'aper&#231;oit m&#234;me que la pand&#233;mie a eu un effet paradoxal, celui de modifier le rapport de forces entre capital et travail. Ainsi, le New York Times peut-il annoncer que &#171; les travailleurs gagnent du terrain sur les employeurs sous nos yeux [26] &#187;. Il s'appuie sur des donn&#233;es d'enqu&#234;tes cherchant &#224; mesurer la r&#233;mun&#233;ration minimale que les travailleurs demandent pour accepter un emploi. Le graphique ci-dessous [27] montre l'&#233;volution de ce que les &#233;conomistes appellent le &#171; salaire de r&#233;serve &#187;. On constate qu'apr&#232;s une petite baisse en mars 2020, la courbe est orient&#233;e &#224; la hausse. Pour les travailleurs sans dipl&#244;me universitaire, la progression est de 19 % entre novembre 2019 et mars 2021. Une autre enqu&#234;te [28] montre en outre que les employeurs ont des difficult&#233;s &#224; conserver leurs salari&#233;s : c'est le cas en avril 2021 pour 49 % des entreprises employant principalement des ouvriers et des employ&#233;s, contre 30% avant la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5880 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH279/39a63d7d024ba9cf-6578bd1c-04239.jpg?1781035294' width='500' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certes, il peut s'agir de d&#233;sajustements transitoires appel&#233;s &#224; dispara&#238;tre &#224; mesure que l'&#233;conomie reviendra &#224; la normale. Mais, du point de vue des capitalistes, la mesure de la normalit&#233;, c'est la rentabilisation de leurs capitaux. Or, les choses ne se pr&#233;sentent pas tr&#232;s bien. Si l'on regarde l'&#233;volution de la part du profit dans la valeur ajout&#233;e (voir graphique ci-dessous), on constate qu'elle s'&#233;tait plut&#244;t bien r&#233;tablie apr&#232;s la crise ouverte en 2008, puis stabilis&#233;e. Mais &#224; partir de 2014, le recul est notable, jusqu'au plongeon en 2020. Les mesures de renflouement et les licenciements secs ont conduit au zigzag de la fin de p&#233;riode. Mais il est clair que toute revalorisation des salaires, &#224; commencer par celle du salaire minimum, mettrait en p&#233;ril l'&#233;volution ult&#233;rieure de la profitabilit&#233; des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5881 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH268/a9fda162469838e0-68fccd8a-01712.jpg?1781035295' width='500' height='268' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un keyn&#233;sianisme imp&#233;rialiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relance de l'activit&#233; aux Etats-Unis va profiter au reste du monde en lui ouvrant des d&#233;bouch&#233;s. Mais en m&#234;me temps, la croissance des importations va creuser le d&#233;ficit commercial des Etats-Unis. Celui-ci a d&#233;j&#224; augment&#233; comme l'illustre le graphique ci-dessous : au premier trimestre 2021, la balance courante a enregistr&#233; un d&#233;ficit de 844 milliards de dollars (3,8 % du PIB) alors que la moyenne de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dant la pand&#233;mie &#233;tait de l'ordre de 400 milliards (2,2 % du PIB).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5882 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH288/f8855df8647c24a5-c4193fba-3bd6d.jpg?1781035295' width='500' height='288' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici une caract&#233;ristique durable de l'&#233;conomie des Etats-Unis, &#224; savoir un d&#233;ficit commercial structurel. Le financement de ce d&#233;ficit est assur&#233; par des entr&#233;es de capitaux en provenance du reste du monde, principalement de la zone euro et des pays &#233;mergents autres que la Chine. Patrick Artus a donc raison de parler d'une &#171; strat&#233;gie &#233;go&#239;ste [29] &#187; et de pointer une question rarement soulev&#233;e. Son sch&#233;ma est le suivant : &#171; un soutien, contracyclique et structurel, de l'&#233;conomie am&#233;ricaine financ&#233; par des entr&#233;es de capitaux facilit&#233;es par la hausse (modeste) des taux d'int&#233;r&#234;t &#224; long terme &#187;. C'est donc l'&#233;pargne du reste du monde qui va financer le soutien &#224; la croissance des &#201;tats-Unis. Et le processus a d&#233;j&#224; commenc&#233; comme l'illustre le graphique ci-dessous qui montre que les achats d'actions ont augment&#233;, jusqu'&#224; atteindre 4 % du PIB. L'avertissement d'Artus est clair : &#171; il faut donc bien comprendre que le redressement, &#224; court terme et &#224; long terme, de la croissance des &#201;tats-Unis se fait au d&#233;triment de la croissance du reste du monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5883 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH364/8b4646155cd92d50-13098d03-9bfa6.jpg?1781035295' width='500' height='364' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parler, comme le fait Ashley Smith d'un &#171; keyn&#233;sianisme imp&#233;rialiste [30] &#187; qui comporte un autre volet, celui des cha&#238;nes de valeur mondiales. La pand&#233;mie a r&#233;v&#233;l&#233; la d&#233;pendance des Etats-Unis de sources d'approvisionnement ext&#233;rieures, mettant en danger sa s&#233;curit&#233; d&#233;finie au sens large. Le gouvernement a command&#233; un rapport sur cette question, qui vient d'&#234;tre rendu public. Son titre est en soi un programme : &#171; cr&#233;er des cha&#238;nes d'approvisionnement r&#233;silientes, revitaliser l'industrie manufacturi&#232;re am&#233;ricaine et favoriser une croissance g&#233;n&#233;ralis&#233;e [31] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de parcourir la feuille de route [32] tir&#233;e de ce rapport pour constater que la cible principale est la Chine qui &#171; en recourant &#224; des interventions hors march&#233; dirig&#233;es par l'&#201;tat [donc ill&#233;gitimes] s'est empar&#233;e de larges segments des cha&#238;nes de valeur de plusieurs min&#233;raux critiques et mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; la s&#233;curit&#233; nationale et &#233;conomique &#187;. L'objectif est donc de r&#233;duire cette d&#233;pendance, par exemple en investissant dans l'extraction et le traitement des terres rares &#171; hors de Chine &#187;. Ou encore : &#171; les &#201;tats-Unis doivent travailler avec leurs alli&#233;s et partenaires pour diversifier les cha&#238;nes d'approvisionnement en dehors des nations hostiles (adversarial) et des sources dont les normes environnementales et de travail sont inacceptables. Bref, il s'agit de d&#233;velopper ou consolider les liens avec les partenaires acceptables, comme la Cor&#233;e et le Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport propose aussi la formation d'un groupe de travail charg&#233; &#171; d'identifier les sites o&#249; les min&#233;raux critiques pourraient &#234;tre produits et trait&#233;s aux &#201;tats-Unis &#187; mais &#233;videmment &#171; en respectant les normes les plus &#233;lev&#233;es en mati&#232;re d'environnement, de travail et de durabilit&#233; &#187;. On collaborera avec les &#171; nations tribales &#187; et on consultera les &#171; communaut&#233;s impact&#233;es &#187;, mais ces clauses rassurantes n'emp&#234;chent pas de fr&#233;mir &#224; la perspective de d&#233;sastres &#233;cologiques et sociaux &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mirage et miracle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen de la logique des plans Biden auquel on vient de proc&#233;der &#233;tait sans doute utile mais l'exercice a sans doute quelque chose de trompeur. Jack Rasmus avait raison de remarquer que les sommes annonc&#233;es &#171; n'auront d'effets sur l'&#233;conomie qu'en 2022 ou apr&#232;s, voire pas du tout &#187;. Ces r&#233;serves sont pleinement confirm&#233;es par la proposition que Biden vient de faire r&#233;cemment aux R&#233;publicains [33]. Il abandonnerait le projet d'augmenter le taux d'imposition des soci&#233;t&#233;s jusqu'&#224; 28% pour fixer &#224; la place un taux d'imposition minimum de 15% visant &#224; garantir que toutes les soci&#233;t&#233;s paient des imp&#244;ts. C'est ce m&#234;me taux de 15% que Biden a mis en avant au sommet du G7, une &#171; co&#239;ncidence &#187; qui n'a pas &#233;t&#233; suffisamment soulign&#233;e. En &#233;change, les R&#233;publicains devraient accepter de consacrer au moins 1000 milliards de dollars &#224; de nouvelles d&#233;penses d'infrastructure, ou peut-&#234;tre 1700, alors que, rappelons-le, le Jobs Plan &#233;tait chiffr&#233; &#224; 2300 milliards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Sirota et ses co-auteurs, d&#233;j&#224; cit&#233;s, avaient donc raison d'ironiser sur les riches qui sont certes pr&#234;ts &#224; accepter que l'on distribue de l'argent aux pauvres, mais &#224; condition &#171; de ne pas payer plus d'imp&#244;ts, de ne pas &#224; avoir &#224; r&#233;mun&#233;rer leurs travailleurs de mani&#232;re plus &#233;quitable et de ne pas payer plus pour sa livraison DoorDash [une plate-forme] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart entre les annonces fracassantes de Biden et leur mise en &#339;uvre a donc d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se creuser. Mais il est sans doute trop t&#244;t pour conclure qu'il s'agissait exclusivement d'effets d'annonce. Il y a eu une bifurcation id&#233;ologique dont l'empreinte sur le contexte social et politique ne devrait pas &#234;tre effac&#233;e du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce rapide examen, il faut peut-&#234;tre retenir cette id&#233;e que le projet de Biden est avant tout de r&#233;affirmer la supr&#233;matie des Etats-Unis vis-&#224;-vis de la Chine. Cela passe par un r&#233;armement de l'industrie nationale et un contr&#244;le plus &#233;troit des fournisseurs, le tout &#233;tant financ&#233; gr&#226;ce au &#171; privil&#232;ge exorbitant &#187; du dollar. Cela veut dire que la m&#234;me politique n'est pas possible pour une Union europ&#233;enne par ailleurs profond&#233;ment divis&#233;e. Soit dit en passant, on touche l&#224; &#224; un point aveugle de la fameuse &#171; th&#233;orie mon&#233;taire moderne &#187; qui professe qu'il n'existe pas de limite au d&#233;ficit puisqu'il suffit d'&#233;mettre de la monnaie. Sauf qu'il faut aussi, semble-t-il, pouvoir attirer des capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, &#171; rien n'a fondamentalement chang&#233; dans la dynamique de pouvoir entre les travailleurs et les employeurs &#187; comme le notent David Sirota et ses co-auteurs. De ce point de vue, le crit&#232;re est sans doute le destin du &#171; Plan familles &#187; qui pourrait potentiellement modifier la r&#233;partition des revenus et &#233;tablir un rapport de force diff&#233;rent. En tout &#233;tat de cause, la mise en &#339;uvre effective de la politique annonc&#233;e par Biden va donc passer par un bras de fer avec les classes dominantes et il est permis de douter de sa capacit&#233; ou de sa volont&#233; d'imposer des &#171; compromis &#187; qui leur seraient trop d&#233;favorables. Mais il a aussi &#233;veill&#233; des aspirations peut-&#234;tre plus durables que ses promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [1] Olivier Passet, &#171; La relance keyn&#233;sienne ph&#233;nom&#233;nale des Etats-Unis &#187;, Xerfi, 8 f&#233;vrier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [2] cit&#233; par Jeff Stein, &#171; Biden's $1.9 trillion relief plan reflects seismic shifts in U.S. politics &#187;, The Washington Post, March 7, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [3] Steve Wamhoff, &#171; Estimates of Cash Payment and Tax Credit Provisions in American Rescue Plan &#187;, Institute on Taxation and Economic Policy, March 7, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [4] Joe Biden, &#171; first address to Congress &#187;, CNN, April 28, 2021. Voir aussi : &#171; Biden's big 3 : What the president said about his American Rescue, Jobs and Families Plans &#187;, Spectrum News, April 28, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [5] voir : &#171; Biden's $4 Trillion Economic Plan &#187;, The New York Times, May 25, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [6] White House, &#171; The American Jobs Plan &#187;, Fact Sheet, March 31, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [7] Joe Biden, &#171; first address to Congress &#187;, d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [8] cit&#233; par Jake Johnson, &#171; Critics Warn Biden Infrastructure Plan &#8216;Falls Woefully Short' on Climate Crisis &#187;, Common dreams, March 31, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [9] Kenny Stancil, &#171; Ocasio-Cortez Says Biden Infrastructure Plan &#8216;Needs To Be Way Bigger&#8216; &#187;, Common dreams, March 31, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [10] Susan Watkins, &#171; Paradigm shifts. US and EU recovery programmes &#187;, New Left Review n&#176; 128, march-april 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [11] David Sirota, Julia Rock, and Andrew Perez, &#171; The American Rescue Plan's Money Cannon Is Great, But Not Enough &#187;, dailyposter, March 11, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [12] Romaric Godin, &#171; Que reste-t-il des ambitions &#233;conomiques de Joe Biden ? &#187; Mediapart, 5 juin 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [13] Jennifer Epstein, &#171; Biden Tells Elite Donors He Doesn't Want to &#8216;Demonize' the Rich &#187;, Bloomberg, 19 juin 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [14] Penn Wharton Budget Model, &#171; Analysis of the Biden Platform &#187; October 28, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [15] &#171; Biden Seeks $80 Billion to Beef Up I.R.S. Audits of High-Earners &#187;, The New York Times, April 27, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [16] Congressional Budget Office, &#171; Trends in the Internal Revenue Service's Funding and Enforcement &#187;, July 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [17] John Guyton, Patrick Langetieg, Daniel Reck, Max Risch, Gabriel Zucman, &#171; Tax evasion at the top of the income distribution : theory and evidence &#187;, NBER, March 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [18] Natasha Sarin &amp; Lawrence H. Summers, &#171; Shrinking the Tax Gap : Approaches and Revenue Potential &#187;, taxnotes, November 18, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [19] &#171; Biden's American Jobs Plan offers lots of fuel for growth &#187;, Oxford Economics, 8 June 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [20] David Leonhardt, &#171; Biden's Modest Tax Plan &#187;, The New York Times, May 4, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [21] Adie Tomer, Joseph W. Kane, &#171; To protect frontline workers during and after COVID-19, we must define who they are &#187;, Brookings, June 10, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [22] Molly Kinder and Laura Stateler, &#171; Essential workers comprise about half of all workers in low-paid occupations. They deserve a $15 minimum wage &#187;, Brookings, February 5, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [23] Joseph E. Stiglitz, &#171; La fausse piste de l'inflation &#187;, Project Syndicate, June 7, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [24] Jack Rasmus, &#171; Inflation Myths &amp; the US Economic Rebound 2021 &#187;, May 12, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [25] &#171; These businesses found a way around the worker shortage &#187;, Washington Post, June 10, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [26] Neil Irwin, &#171; Workers Are Gaining Leverage Over Employers Right Before Our Eyes &#187;, The New York Times, June 5, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [27] En milliers de dollars par an. Source : Federal Reserve Bank of New York, Center for Microeconomic Data.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [28] The Conference Board, &#171; The Reimagined Workplace a Year Later &#187;, May 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [29] Patrick Artus, &#171; Une strat&#233;gie compl&#232;tement &#233;go&#239;ste des &#201;tats-Unis &#187;, 26 mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [30] Ashley Smith, &#171; Imperialist Keynesianism &#187;, Tempest, May 18, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [31] The White House, &#171; Building Resilient Supply Chains, Revitalizing American Manufacturing, and Fostering Broad-Based Growth &#187;, June 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [32] The White House, &#171; Biden-Harris Administration Announces Supply Chain Disruptions Task Force to Address ShortTerm Supply Chain Discontinuities &#187;, June 8, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [33] Jarrett Renshaw, David Shepardson, &#171; Biden proposes 15% corporate minimum tax to win Republican backing of infrastructure plan &#187; Reuters, June 4, 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;conomie politique : apr&#232;s l'hibernation</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Economie-politique-apres-l-hibernation</link>
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		<dc:date>2021-02-09T07:28:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La crise du Covid est une gigantesque d&#233;flagration dont les effets seront durables. Tout le monde comprend maintenant qu'il n'y aura donc pas de retour &#224; la normale. On pourrait en tirer la conclusion optimiste que la crise va ouvrir des &#171; jours meilleurs &#187;. Mais un point de vue plus r&#233;aliste est que le capitalisme, en tant que syst&#232;me, va faire de la r&#233;sistance et m&#234;me chercher &#224; mettre &#224; profit la crise pour renforcer sa supr&#233;matie. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru sur le site Alencontre 2 f&#233;vrier 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Economie-" rel="directory"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton46641-0e262.jpg?1781035296' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise du Covid est une gigantesque d&#233;flagration dont les effets seront durables. Tout le monde comprend maintenant qu'il n'y aura donc pas de retour &#224; la normale. On pourrait en tirer la conclusion optimiste que la crise va ouvrir des &#171; jours meilleurs &#187;. Mais un point de vue plus r&#233;aliste est que le capitalisme, en tant que syst&#232;me, va faire de la r&#233;sistance et m&#234;me chercher &#224; mettre &#224; profit la crise pour renforcer sa supr&#233;matie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru sur le site Alencontre&lt;br class='autobr' /&gt;
2 f&#233;vrier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michel Husson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En attendant l'ann&#233;e derni&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel aurait pu &#234;tre le titre de cette contribution, en hommage &#224; Philip K. Dick (1928-1982). Elle est centr&#233;e sur la question de l'emploi qui concentre les enjeux sociaux de la p&#233;riode &#224; venir. Il faut commencer par prendre la mesure de cette crise et de ses effets d&#233;vastateurs sur l'emploi. Le bilan r&#233;alis&#233; par l'OIT [1] (Organisation internationale du travail) est &#233;clairant : &#171; les pertes en heures de travail pour 2020 ont &#233;t&#233; environ quatre fois plus importantes que pendant la crise financi&#232;re mondiale de 2009 &#187;. Et le monde entier est concern&#233;, comme l'illustre cette mappemonde &#233;tablie par l'OIT qui donne les pertes d'heures travaill&#233;es depuis la fin de 2019.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna2-1024x543.jpg?5516/b78ef764b532f6581fd3a923938fc9fa87a6fe82f616426b56934d7c83383d09&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH265/b78ef764b532f658-0ebc87da-774ba.jpg?1781035296' width='500' height='265' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette perte d'heures de travail se r&#233;partit &#224; parts &#224; peu pr&#232;s &#233;gales entre destructions d'emplois et maintien de l'emploi gr&#226;ce aux dispositifs de ch&#244;mage partiel ou assimil&#233;s, ce que l'OIT appelle &#171; r&#233;duction des heures de travail au sein de l'emploi &#187;. Ensuite, les destructions d'emplois conduisent en majorit&#233; &#224; une sortie du march&#233; du travail (&#171; glissement vers l'inactivit&#233; &#187;) et pour un tiers environ &#224; une augmentation du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna3-1024x442.jpg?5517/107d627f791dd04a1ee63c7243d33e32eb86a72256eadcf969c10e0ff7208a96&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH216/107d627f791dd04a-8570b6f3-b06d6.jpg?1781035297' width='500' height='216' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le bilan &#224; l'&#233;chelle de la zone euro [2] est analogue, et on retrouve ce m&#234;me constat d'une chute significative des heures travaill&#233;es qui ne conduit qu'&#224; une hausse mod&#233;r&#233;e du ch&#244;mage. Il y a &#224; cela deux explications importantes qui ont des implications quant &#224; une (&#233;ventuelle) sortie de crise. La premi&#232;re est que, pour la plupart d'entre eux, les gouvernements europ&#233;ens ont recouru &#224; ce que l'on pourrait appeler une r&#233;duction &#171; d&#233;fensive &#187; de la dur&#233;e de travail, sous forme de ch&#244;mage partiel ou technique. Entre 2019 et 2020, le nombre total d'heures de travail a baiss&#233; d'environ 12% dans la zone euro, ce qui repr&#233;sente environ 35 milliards d'heures : c'est &#224; peu pr&#232;s le nombre total d'heures de travail effectu&#233;es en Espagne en 2019. Pourtant, l'emploi n'a baiss&#233;, dans le m&#234;me temps, &#171; que de &#187; 5 millions, soit environ 3%, alors que l'activit&#233; &#233;conomique (le PIB) a recul&#233; de 8%. Si l'on rapproche ces deux chiffres, la dur&#233;e moyenne de travail aurait baiss&#233; de l'ordre de 10%, passant de 1800 &#224; 1630 heures annuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est le m&#234;me en France : selon l'Insee [3], le nombre d'heures travaill&#233;es a baiss&#233; de 20% entre mi-2019 et mi-2020, alors que l'emploi salari&#233; n'a recul&#233; que de 2,8%. L'OFCE [4] &#233;value &#224; 2,7 milliards le nombre d'heures ch&#244;m&#233;es prises en charge par le dispositif dit d'activit&#233; partielle, soit 1,5 million d'emplois &#233;quivalents temps plein &#8211; et 29 milliards d'euros d'indemnisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les pertes d'emplois, le taux de ch&#244;mage n'a augment&#233; que de 1,2 point dans la zone euro entre f&#233;vrier et octobre 2020. C'est l&#224; qu'intervient un second facteur clairement &#233;nonc&#233; par l'&#233;tude de la BCE d&#233;j&#224; cit&#233;e : &#171; la population active a baiss&#233; d'environ cinq millions de personnes au premier semestre 2020 &#187;. Une partie significative du volume d'emploi a &#233;t&#233; mis &#171; en hibernation &#187; avec le ch&#244;mage partiel, ou s'y est plac&#233; en se retirant du march&#233; du travail. Cette image de l'hibernation, emprunt&#233;e au dernier rapport du Conseil national de productivit&#233; [5], est heureuse car elle pose la bonne question : celle du r&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De sombres perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des hypoth&#232;ses moyennement optimistes de lev&#233;e progressive des contraintes sanitaires, les perspectives sont sombres. Selon la Commission europ&#233;enne, le ch&#244;mage dans la zone euro augmenterait ainsi de 1,9 million en 2021, apr&#232;s 1,3 en 2020, portant le nombre de ch&#244;meurs &#224; pr&#232;s de 16 millions, et cela malgr&#233; une reprise de la croissance estim&#233;e &#224; 4%. Dans le cas de la France, les estimations convergent pour dire que 700 &#224; 800 000 emplois auront &#233;t&#233; d&#233;truits en 2020. En revanche, les pr&#233;visions pour 2021 ne font pas consensus [6] : 435 000 emplois seraient cr&#233;&#233;s selon le gouvernement dans son projet de budget, mais &#224; peu pr&#232;s z&#233;ro pour la Banque de France et l'OFCE. Le taux de ch&#244;mage devrait donc continuer &#224; augmenter, passant de 8,5 &#224; 10,7% selon la Commission europ&#233;enne. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces pr&#233;visions sont &#233;videmment tr&#232;s al&#233;atoires dans la mesure o&#249; elles d&#233;pendent grandement de l'&#233;volution globale de la pand&#233;mie : le rythme de sa diffusion (ou de son extinction progressive) imprime un profil sp&#233;cifique aux &#233;volutions &#233;conomiques. L'imbrication entre crise sanitaire et cycle &#233;conomique est l'une des caract&#233;ristiques in&#233;dites de cette crise que nous avions soulign&#233;e dans une pr&#233;c&#233;dente contribution [8], et illustr&#233;e par le graphique reproduit ci-dessous (&#224; gauche). On peut le comparer avec le graphique de droite, qui illustre la pr&#233;vision de l'OCDE pour la zone euro [9], selon laquelle le niveau d'activit&#233; d'avant la crise ne sera retrouv&#233; qu'&#224; la fin 2022. On y remarque l'impact des confinements, mais la courbe reprend ensuite sa trajectoire. Toutes les pr&#233;visions ant&#233;rieures de l'OCDE (comme des autres institutions) sont ainsi &#224; la remorque des rebondissements sanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna4-1024x428.jpg?5518/c991b1c75c9ec5c19a76914fb1fd51f586770ec694f4654f41a72cc6d406f33e&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH209/c991b1c75c9ec5c1-79144d51-fbbb1.jpg?1781035297' width='500' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation de profonde incertitude o&#249; les param&#232;tres de la crise sanitaire sont mal ma&#238;tris&#233;s, la bourgeoisie et ses institutions se trouvent confront&#233;es &#224; un dilemme essentiel : quel doit &#234;tre le dosage optimal entre mesures de sauvegarde du syst&#232;me et retour &#224; un fonctionnement normal (business as usual). Ce dilemme porte sur deux questions essentielles : la gestion de la dette-Covid et le r&#233;tablissement du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire de la dette-Covid ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine comme dans d'autres, la crise a conduit les classes dirigeantes &#224; faire des choix qui sont en contradiction totale avec leurs principes id&#233;ologiques : les normes budg&#233;taires europ&#233;ennes ont &#233;t&#233; suspendues, un plan de soutien coordonn&#233; a &#233;t&#233; mis en place. Il y a deux fa&#231;ons d'examiner ces volte-face. La premi&#232;re consiste &#224; d&#233;noncer de telles mesures comme insuffisantes ou provisoires, et ces critiques sont l&#233;gitimes. Mais ce serait sans doute une erreur de ne pas prendre acte de ces changements de politique, en montrant qu'ils indiquent, involontairement, la voie &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant le plus net est la gestion des dettes publiques qui ont, &#233;videmment, fortement augment&#233; en Europe. En France, par exemple, la dette publique va passer de 100% &#224; 120% du PIB. Or, cette &#171; dette-Covid &#187; a &#233;t&#233; g&#233;r&#233;e de mani&#232;re tout &#224; fait in&#233;dite. Elle a &#233;t&#233; &#233;mise de mani&#232;re en partie mutualis&#233;e, facilement plac&#233;e, puis rachet&#233;e en majeure partie par la BCE. La BCE a ainsi absorb&#233; une grande partie de la dette publique &#233;mise en 2020 : 76% pour l'Espagne, 73% pour la France, 70% pour l'Italie et 66% pour l'Allemagne [10]. Tout cela &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s faibles, voire n&#233;gatifs et avec des &#233;carts minimes entre les diff&#233;rents pays. Il faut encore une fois se f&#233;liciter de cet abandon des dogmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose est alors : que faire de cette nouvelle dette ? Il y a sur ce sujet un d&#233;bat extr&#234;mement complexe &#8211; et virulent &#8211; entre les &#233;conomistes fran&#231;ais, y compris parmi les h&#233;t&#233;rodoxes. Il est difficile &#224; r&#233;sumer, d'autant plus qu'il renvoie &#224; des controverses sur la th&#233;orie mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A court terme, la prise en charge de cette dette suppl&#233;mentaire par les Banques centrales est un moindre mal et ne pose pas de probl&#232;me. Mais le droit de regard des march&#233;s financiers ne dispara&#238;t pas pour autant, puisque les titres de la dette publique sont toujours &#233;mis sur le march&#233; primaire : il serait na&#239;f de ne pas voir qu'ils restent en embuscade. L'objectif central devrait &#234;tre de se lib&#233;rer de cette emprise. Plut&#244;t que de viser &#224; une annulation de la partie de la dette d&#233;tenue par les banques centrales, il vaudrait mieux proposer une taxe-Covid d'urgence &#8211; et plus g&#233;n&#233;ralement la taxation des patrimoines les plus &#233;lev&#233;s &#8211;, la lutte contre l'&#233;vasion fiscale, l'institution d'un p&#244;le financier public, l'obligation faite aux banques d'un plancher de titres publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intrins&#232;quement r&#233;versible&lt;/strong&gt;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui va se poser assez vite est de savoir jusqu'&#224; quand &#8211; et jusqu'&#224; quel niveau &#8211; les gouvernements et la BCE vont poursuivre leur politique du &#171; quoi qu'il en co&#251;te &#187;. En 2009, le FMI adressait cette recommandation &#224; la zone euro : &#171; &lt;i&gt;les mesures prises pour soutenir la r&#233;duction de la dur&#233;e de travail et l'augmentation des avantages sociaux &#8211; aussi importantes qu'elles soient pour accro&#238;tre les revenus et maintenir la main-d'&#339;uvre sur le march&#233; du travail &#8211; devraient &#234;tre intrins&#232;quement r&#233;versibles &lt;/i&gt; [11]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait ce qu'il en advint : en passant &#224; une politique de stricte aust&#233;rit&#233; en 2010, les pays europ&#233;ens ont aggrav&#233; la crise des dettes souveraines, s'infligeant un double dip (&#171; double creux &#187;) qui a repouss&#233; de plusieurs ann&#233;es une v&#233;ritable reprise de l'activit&#233;. La m&#234;me question se pose &#224; nouveau de choisir le bon timing : &#233;viter que le retour aux politiques pass&#233;es n'intervienne trop t&#244;t, sous peine de casser la reprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements ont sans doute appris de leurs erreurs pass&#233;es mais l'id&#233;e que les mesures prises dans l'adversit&#233; doivent &#234;tre &#171; intrins&#232;quement r&#233;versibles &#187; (pour reprendre cette d&#233;licieuse formule du FMI) n'a pas disparu de l'inconscient n&#233;o-lib&#233;ral. Voici ce que le m&#234;me FMI recommande aujourd'hui &#224; la France : &#171; &lt;i&gt;&#224; mesure que la reprise s'installera, les mesures d'urgence globales devraient c&#233;der la place &#224; des aides cibl&#233;es aux secteurs les plus dynamiques de l'&#233;conomie, tout en mettant en place un filet de s&#233;curit&#233; pour les personnes souffrant de la transition. Les efforts de r&#233;&#233;quilibrage ne devraient commencer que lorsque la reprise est confirm&#233;e mais le processus de planification, en revanche, devrait commencer d&#232;s maintenant afin de proposer une solution budg&#233;taire &#224; moyen terme cr&#233;dible, qui vise la r&#233;duction de la dette publique &lt;/i&gt; [12] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OCDE adopte, comme le FMI, un ton mesur&#233;, mais qui n'en est pas moins inqui&#233;tant : &#171; &lt;i&gt;au cours des prochains mois, les pays devront vraisemblablement modifier et ajuster la composition et les caract&#233;ristiques de leurs programmes d'aides. En raison du co&#251;t des mesures d&#233;j&#224; mises en place, ils seront aussi confront&#233;s &#224; des d&#233;cisions difficiles pour d&#233;terminer comment cibler les d&#233;penses sans risquer de mettre pr&#233;matur&#233;ment fin au soutien octroy&#233; aux entreprises ou aux m&#233;nages qui en ont encore besoin&lt;/i&gt;[13] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre fran&#231;ais du budget est encore plus explicite : &#171; l&lt;i&gt;e pr&#233;sident de la R&#233;publique a &#233;t&#233; tr&#232;s clair &#224; ce sujet : nous avons su faire face &#224; la crise avec des dispositifs d'aides massives, mais ces dispositifs d'urgence sont amen&#233;s &#224; s'&#233;teindre progressivement au moment de la sortie de la crise. Le niveau de d&#233;penses que nous connaissons aujourd'hui n'est pas soutenable dans le temps &#187;. Bref, il faudra sortir, d&#232;s 2021, du &#171; quoi qu'il en co&#251;te &lt;/i&gt; [14] &#187;. Le gouvernement fran&#231;ais vient d'ailleurs de cr&#233;er une commission &#171; sur l'avenir des finances publiques &#187; dont la composition suffit &#224; montrer que son objectif est de justifier et organiser l'aust&#233;rit&#233; &#224; venir [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exub&#233;rance capitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un certain point de vue, le ministre du budget fran&#231;ais a raison : la politique actuelle de rachat par la BCE n'est pas &#171; soutenable dans le temps &#187;. Ces achats massifs de titres &#8211; le Quantitative easing &#8211; ont permis en effet de doper les cours boursiers, et c'est l'une des caract&#233;ristiques de cette crise de n'avoir n'a pas impact&#233; durablement les Bourses. Le graphique ci-dessous montre que le choc initial de la pand&#233;mie a certes fait chuter les cours d'un tiers environ, entre janvier et la fin mars 2020. Ensuite, gr&#226;ce &#224; la politique d'intervention massive des banques centrales, les cours boursiers ont retrouv&#233; un mouvement &#224; la hausse, plus marqu&#233; aux Etats-Unis (Dow Jones) qu'en France (CAC40).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH317/dd1bfbd0424a85f8-822e05a9-c2ebe.jpg?1781035297' width='500' height='317' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'effet collat&#233;ral de cet &#233;norme ballon d'oxyg&#232;ne est un creusement spectaculaire des in&#233;galit&#233;s de patrimoine, et en particulier immobilier : &#171; &lt;i&gt;cette politique mon&#233;taire va faire monter fortement les prix des actifs (ce mouvement a d&#233;j&#224; d&#233;but&#233;), donc va accro&#238;tre violemment les in&#233;galit&#233;s de patrimoine &#187; comme l'explique Patrick Artus, qui s'en inqui&#232;te : cela &#171; entra&#238;nera une critique encore plus violente du capitalisme, et peut-&#234;tre &#224; terme sa chute si une grande majorit&#233; des opinions consid&#232;re ces in&#233;galit&#233;s patrimoniales, qui ne r&#233;sultent pas d'un effort particulier, comme insupportables &lt;/i&gt; [16]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'ils ne vont pas &#224; &#233;voquer une chute du capitalisme, les &#233;conomistes du FMI sont pr&#233;occup&#233;s par cette exub&#233;rance boursi&#232;re. Ils reprennent &#224; leur compte l'inqui&#233;tude exprim&#233;e par &#171; divers analystes et investisseurs &#187; pour qui &#171; la valeur r&#233;elle des actifs &#224; risque, comme les actions et les obligations d'entreprises, semble ne pas correspondre &#224; la valeur du march&#233;. Ils soulignent les d&#233;calages existant entre les prix (tr&#232;s &#233;lev&#233;s) des march&#233;s des actions et les &#233;valuations d&#233;coulant des fondamentaux &#233;conomiques (encore faibles), en d&#233;pit de consid&#233;rables incertitudes &#233;conomiques &#187;. Ce d&#233;calage est mesur&#233; par le &#171; Q de Tobin &#187; qui rapporte la valeur des entreprises en Bourse &#8211; leur capitalisation &#8211; &#224; la valeur r&#233;elle de leurs actifs productifs. Le graphique ci-dessous [17] montre l'&#233;volution de cet indicateur depuis 30 ans pour les Etats-Unis. On constate effectivement qu'il atteint un sommet historique en d&#233;cembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L354xH255/fd619b9e4228c67f-3fc875c4-64a88.jpg?1781035298' width='354' height='255' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;conomistes du FMI d&#233;j&#224; cit&#233;s, &#171; les investisseurs font le pari d'un soutien politique constant, et il en r&#233;sulte une sorte d'exc&#232;s de confiance sur les march&#233;s [qui] augmente le risque d'une correction ou d'une &#8220;r&#233;&#233;valuation&#8221;. Une correction brutale et soudaine des prix des actifs &#8211; par exemple, &#224; la suite d'une hausse persistante des taux d'int&#233;r&#234;t &#8211; entra&#238;nerait un resserrement des conditions financi&#232;res. Cela pourrait interagir avec les vuln&#233;rabilit&#233;s financi&#232;res existantes, cr&#233;ant des r&#233;percussions sur la confiance et mettant en p&#233;ril la stabilit&#233; macrofinanci&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, les cours boursiers devraient refl&#233;ter les anticipations de profit. La d&#233;connexion que l'on peut observer signifie que les entreprises comptent sur une injection continue de liquidit&#233;s par la Banque centrale qui conduit &#224; la formation de &#171; bulles monstrueuses &#187;, comme le souligne Romaric Godin qui insiste sur &#171; &lt;i&gt;l'immense dilemme du prisonnier dans lequel les banques centrales sont enferm&#233;es, o&#249; les march&#233;s atteignent des niveaux injustifiables mais o&#249; elles ne peuvent se permettre de r&#233;tablir le rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#233;conomique [18]. &#187; Les &#233;conomistes du FMI ne disent pas autre chose : les d&#233;cideurs politiques vont donc &#234;tre confront&#233;s &#224; un &#171; dilemme difficile &#187; : ils doivent &#171; maintenir des conditions financi&#232;res faciles pour assurer la transition vers les vaccins et la reprise &#233;conomique. Mais ils doivent &#233;galement prot&#233;ger le syst&#232;me financier contre les cons&#233;quences involontaires de leurs politiques, tout en restant en accord avec leurs mandats &lt;/i&gt; [19] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave encore, et on se borne &#224; le signaler ici, le danger est que l'accumulation actuelle de dettes publiques serve d'argument pour restreindre le n&#233;cessaire financement public de la transition &#233;cologique [20].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna8.jpg?5521/121161d08d07017da77be139060a81ddf3bd6279678383ff9a2cdb8b2f06d10a&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH414/121161d08d07017d-d8a46ce5-5a2b6.jpg?1781035298' width='500' height='414' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour vers le profit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interrogations sur la gestion de la dette publique montrent que les gouvernements se projettent d&#233;j&#224; dans un retour &#224; la &#171; bonne sant&#233; &#187; budg&#233;taire, m&#234;me s'ils se pr&#233;occupent de son calibrage. Au-del&#224; des d&#233;bats techniques, il serait donc na&#239;f de penser qu'ils ont renonc&#233; &#224; leurs dogmes et que les &#171; jours d'apr&#232;s &#187; conduiront spontan&#233;ment &#224; une nouvelle &#171; gouvernance &#187;. Il en va de m&#234;me pour les capitalistes qui ont enregistr&#233; des pertes et dont l'objectif premier sera de r&#233;tablir la profitabilit&#233; mise &#224; mal par la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le graphique ci-dessous [21] retrace l'&#233;volution en France du taux de marge, c'est-&#224;-dire la part du profit dans la valeur ajout&#233;e des soci&#233;t&#233;s non financi&#232;res. On observe la trace durable de la crise de 2008, puisque le taux de marge baisse jusqu'en 2013. Le profit se r&#233;tablit ensuite par paliers, le premier entre 2014 et 2015 (sous la pr&#233;sidence Hollande), le second &#224; partir de 2018 (sous la pr&#233;sidence Macron). Juste avant la crise du Covid, la rentabilit&#233; des entreprises fran&#231;aises avait &#233;t&#233; r&#233;tablie : le taux de marge &#233;tait alors de 33,3%, proche du niveau atteint avant la crise de 2008 (33,6 %) et m&#234;me du pic de 1989 &#224; 34% (apr&#232;s une petite d&#233;cennie d'aust&#233;rit&#233; socialiste). Le confinement l'a fait plonger &#224; un niveau tr&#232;s bas au deuxi&#232;me trimestre. La reprise au troisi&#232;me trimestre a permis de r&#233;cup&#233;rer m&#233;caniquement une partie du recul, mais les estimations de l'Insee pour le quatri&#232;me trimestre montrent que ce mouvement s'est interrompu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna7-1024x633.jpg?5522/50ae3588c5eb8d25fe59385f98dd59c92c06a4f0a247fdb7e0a68c2783646182&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH309/50ae3588c5eb8d25-5cd2b62c-f8477.jpg?1781035298' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, apr&#232;s une r&#233;cession, &#171; les entreprises ont une capacit&#233; d'ajustement et de redressement tr&#232;s rapide, ce qui n'est pas le cas pour le reste de l'&#233;conomie [22] &#187;. Une enqu&#234;te de l'Eurogroup consulting [23] montre d'ailleurs que le r&#233;tablissement de leurs profits est la principale pr&#233;occupation des grandes entreprises, hormis l'adaptation aux incertitudes li&#233;es &#224; la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux grandes m&#233;thodes pour atteindre cet objectif : la plus moderne consiste &#224; augmenter la productivit&#233; plus vite que le salaire, ce que le vieux Marx appelait plus-value relative. Cette crise serait alors l'occasion d'un coup de fouet par g&#233;n&#233;ralisation des formes diverses d'automatisation &#8211; d&#233;finie ici au sens large &#8211; depuis la robotisation jusqu'&#224; la &#171; plateformisation &#187;, en passant par le t&#233;l&#233;travail [24]. On pourrait ainsi mettre un terme &#224; la longue baisse tendancielle des gains de productivit&#233; ou en tout cas &#233;ponger les pertes de productivit&#233; li&#233;es &#224; la crise. C'est ce qu'esp&#232;rent certains, les &#171; techno-optimistes &#187;, comme l'expriment tr&#232;s clairement trois &#233;conomistes de la Banque de France : &#171; ces technologies pourraient contribuer fortement au rebond &#233;conomique apr&#232;s la crise du COVID-19 qui en a stimul&#233; le recours [25] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te de McKinsey aupr&#232;s de 800 chefs d'entreprise &#224; travers le monde montre qu'ils ont d&#233;j&#224; acc&#233;l&#233;r&#233; l'informatisation et l'automatisation pendant la pand&#233;mie, notamment sous forme de t&#233;l&#233;travail [26]. McKinsey estime par ailleurs que 10% des emplois europ&#233;ens seraient &#8220;doublement expos&#233;s&#8221; &#224; l'automatisation et &#224; la Covid-19, les femmes &#233;tant deux fois plus susceptibles que les hommes d'occuper ces emplois &#224; haut risque [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant les choses ne sont pas si simples : une &#233;tude portant sur les pr&#233;c&#233;dentes &#233;pid&#233;mies [28] montre qu'elles ont stimul&#233; l'automatisation, mais qu'elles ont malgr&#233; tout durablement r&#233;duit la productivit&#233; en raison de leurs effets perturbateurs : dislocation de la main-d'&#339;uvre, baisse de l'innovation et de l'investissement, etc. [29]. Cela supposerait en outre que les entreprises soient en mesure d'investir et de d&#233;penser en recherche-d&#233;veloppement. Or, ce n'est pas garanti, comme le signalent par exemple deux syndicalistes fran&#231;aises : &#171; la liste des entreprises qui profitent de la crise pour tailler dans leurs effectifs d'ing&#233;nierie, de recherche et d'encadrement est longue : Sanofi, Renault, Danone, Nokia, General Electric, Total, IBM, Airbus, Akka, Alten, CGG, Renault Trucks, etc. [30] &#187;. Reporter dans le temps de nouvelles d&#233;penses d'investissement est apr&#232;s tout un moyen de r&#233;tablir les comptes qui peut para&#238;tre raisonnable tant que l'on n'est pas sorti d'un climat d'incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des explications donn&#233;es au ralentissement des gains de productivit&#233; est la pr&#233;sence d'entreprises &#171; zombies &#187; qui feraient obstacle &#224; la diffusion des innovations technologiques. Cette th&#233;matique rebondit aujourd'hui &#224; propos des aides accord&#233;es aux entreprises pendant la crise. Le Conseil national de la productivit&#233; insiste sur le &#171; n&#233;cessaire retrait des mesures de soutien &#187; ; il signale le risque qu'il y aurait &#224; &#171; trop prot&#233;ger les entreprises d&#233;j&#224; &#233;tablies et peu productives [ce qui] emp&#234;cherait une r&#233;allocation du capital, des comp&#233;tences et des parts de march&#233; vers des entreprises plus productives &#187;. Certes, ce risque est pr&#233;sent&#233; comme mod&#233;r&#233;, cependant &#171; il est important de ne pas soutenir artificiellement des entreprises non viables une fois que l'activit&#233; sera repartie [31] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question des &#171; entreprises zombies &#187; est un bon exemple de la difficult&#233; &#224; d&#233;terminer le r&#233;glage optimal dans le temps. Elle est bien illustr&#233;e par la chef &#233;conomiste de la Direction du Tr&#233;sor : &#171; l'argument schump&#233;t&#233;rien devra, encore pour plusieurs mois, passer au second plan par rapport &#224; la n&#233;cessit&#233; de limiter les liquidations pour pr&#233;server le tissu productif et les comp&#233;tences, car l'incertitude va demeurer quant &#224; l'impact durable de la crise sur les mod&#232;les d'affaires [32] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rattraper le temps (de travail) perdu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;crit plus haut la r&#233;tention d'effectifs li&#233;e aux dispositifs de ch&#244;mage partiel. Ce m&#233;canisme est encore mieux illustr&#233; par le graphique ci-dessous [33]. On peut y observer que la chute de l'activit&#233; du deuxi&#232;me trimestre 2020 a entra&#238;n&#233; une baisse &#233;quivalente du nombre d'heures travaill&#233;es. Mais la baisse de l'emploi a &#233;t&#233; en grande partie amortie par diverses formes de r&#233;duction du temps de travail (RTT) que l'on a qualifi&#233;e de &#171; d&#233;fensive &#187; : c'est la zone verte du graphique. Le creux a &#233;t&#233; en partie combl&#233; au troisi&#232;me trimestre mais il reste un &#233;cart d'environ 4% entre l'emploi et celui qui serait &#171; conforme &#187; (toutes choses &#233;gales par ailleurs) au niveau de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna9-1024x631.jpg?5523/ac6b65e1a3111f64534f71ec16da23ad20f8648a6b4f65e36aa682f2e773bbcf&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH308/ac6b65e1a3111f64-322c48ec-8656e.jpg?1781035299' width='500' height='308' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement des employeurs va donc &#234;tre, naturellement, qu'il faut rattraper ce temps (de travail) perdu. La situation pour eux est d'autant moins tenable que la prise en charge d'une bonne partie de la masse salariale par les finances publiques ne saurait durer &#233;ternellement. La premi&#232;re solution est &#233;videmment de licencier, et elle est d&#233;j&#224; mise en &#339;uvre avec la multiplication par 3 en 2020 des plans de licenciements (cyniquement baptis&#233;s &#171; plans de sauvegarde de l'emploi &#187;), y compris dans les entreprises qui ne sont pas parmi les plus touch&#233;es par la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est d'allonger la dur&#233;e du travail en contournant la l&#233;gislation, et on en revient &#224; la vieille plus-value absolue de Marx. Telle est l'id&#233;e simple qui sous-tend une note de l'Institut Montaigne publi&#233;e d&#232;s mai dernier [34], insistant sur la &#171; n&#233;cessaire augmentation de la dur&#233;e moyenne du travail &#187;. Cette note, &#233;manant du principal think tank du patronat (et de la macronie [35]) est r&#233;v&#233;latrice. Elle contenait un catalogue de mesures visant &#224; d&#233;tricoter la l&#233;gislation sur le temps de travail : &#171; d&#233;roger au temps de repos de 11 heures minimum par jour (&#8230;) donner des incitations nouvelles &#224; l'accroissement du temps de travail &#187;, etc. et tout cela, si possible &#171; au niveau de l'entreprise &#187;. Enfin, les fonctionnaires, notamment les enseignants, n'&#233;taient pas oubli&#233;s : il faudra bien &#171; rattraper les semaines de retard scolaire &#187;. Au niveau des entreprises, le patronat fera valoir cet argument : ce n'est pas le moment de se tourner les pouces ! A vrai dire, le terrain a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; largement pr&#233;par&#233; par les r&#233;formes r&#233;centes du march&#233; du travail, toutes sous-tendues par l'id&#233;e qu'il faut que &#231;a se passe &#171; au niveau des entreprises &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5524 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna10-1024x670.jpg?5524/9633c4e605968d8281d42829fcbeced29deae0e3143314e3fa0137e5779b701c&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH327/9633c4e605968d82-73323a7a-7e16e.jpg?1781035299' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du ch&#244;mage a toujours pour effet de modifier le rapport de forces au d&#233;triment de salari&#233;s. Cette crise ne fait pas exception &#224; ce principe : une enqu&#234;te de l'Un&#233;dic [36], l'organisme qui g&#232;re l'indemnisation du ch&#244;mage en France, rel&#232;ve que &#171; les salari&#233;s comme les demandeurs d'emploi se disent pr&#234;ts &#224; des concessions pour se donner de meilleures chances de voir leur projet professionnel aboutir &#187; constate. Ce qu'un directeur d'agence de P&#244;le emploi (paraphrasant Marx) traduit ainsi : &#171; &#224; cause de la crise, il y a davantage de main-d'&#339;uvre disponible. Les employeurs peuvent se permettre de rester exigeants. Voire de l'&#234;tre davantage [37] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement contribue par anticipation &#224; ce durcissement des rapports sociaux. Il maintient une r&#233;forme r&#233;gressive de l'indemnisation du ch&#244;mage, se refuse &#224; l'extension aux jeunes de 18 &#224; 25 ans du RSA (une forme de revenu garanti) et il pr&#233;parerait en sous-main une ordonnance qui supprimerait la priorit&#233; accord&#233;e au versement des salaires en cas de faillite d'une entreprise [38].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;amorcer la pompe &#224; profit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ventuelle sortie de crise exacerbe une contradiction classique et permanente du capitalisme. Pour fonctionner, il a en effet besoin &#224; la fois de profit et de d&#233;bouch&#233;s. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ce qui am&#233;liore le profit a pour effet de r&#233;duire les d&#233;bouch&#233;s, et c'est encore plus vrai dans la situation actuelle. Autrement dit, s'il est rationnel pour une entreprise donn&#233;e de r&#233;duire l'emploi pour redresser le profit, le r&#233;sultat global peut tr&#232;s bien &#234;tre un resserrement des d&#233;bouch&#233;s. Si, par ailleurs, l'Etat cherche &#224; restreindre ses d&#233;penses pour r&#233;duire le d&#233;ficit, le r&#233;sultat peut &#234;tre une r&#233;cession auto-inflig&#233;e. On a vu que, m&#234;me si les Etats semblent avoir tir&#233; la le&#231;on de la crise des dettes souveraines, ils restent anim&#233;s par le principe selon lequel une dette doit &#234;tre rembours&#233;e. Dans les deux cas, gestion des finances publiques et gestion de la main-d'&#339;uvre, la question est donc la m&#234;me : &#224; quel moment faudra-t-il passer aux ajustements forc&#233;ment brutaux n&#233;cessaires pour r&#233;cup&#233;rer le temps perdu et revenir &#224; un fonctionnement &#171; normal &#187; ? A quel moment les dispositifs d'urgence &#171; intrins&#232;quement r&#233;versibles &#187; devront-ils &#234;tre abandonn&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, on l'aura compris, n'est pas de savoir s'il faut r&#233;tablir le profit, mais &#224; quelle vitesse. Le dilemme est encore accentu&#233; par l'extraordinaire h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de cette crise. Elle implique que le red&#233;marrage risque de se faire dans le d&#233;sordre, ce qui conduit les &#233;conomistes &#224; parler de reprise &#171; en K &#187; o&#249; certains repartent, tandis que d'autres p&#233;riclitent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5525 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/hiberna11-1024x781.jpg?5525/37cce09716962906fde5fde4b43402c185f741ed3960d2622ddb1d41a23b61a8&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH381/37cce09716962906-f8c16f9d-edc09.jpg?1781035300' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De plus, tout le monde n'a pas &#233;t&#233; frapp&#233; de la m&#234;me mani&#232;re, ce qui veut dire que les cicatrices de la crise ne dispara&#238;tront pas toutes, ou en tout cas pas &#224; la m&#234;me vitesse. Il y a les pr&#233;caires, les &#233;tudiants et les jeunes en g&#233;n&#233;ral, les salari&#233;s des secteurs particuli&#232;rement frapp&#233;s (restauration, culture, a&#233;ronautique, secteur associatif). A propos des &#233;tudiants, la revue du FMI [39] a publi&#233; un article au titre r&#233;v&#233;lateur : &#171; L'ombre permanente d'un d&#233;marrage malheureux &#187;. Au plan macro&#233;conomique, c'est la m&#234;me &#171; ombre permanente &#187; qui p&#232;se sur les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de la demande : les consommateurs (ou plut&#244;t les 20% les plus riches) vont-ils d&#233;penser leur &#171; &#233;pargne forc&#233;e &#187; ? Les entreprises vont-elles investir ? Les exportations vont-elles reprendre ? La fragilit&#233; des r&#233;ponses des &#233;conomistes &#224; ces questions est un bon indicateur du degr&#233; d'incertitude de la conjoncture actuelle [40].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les formes d'ajustement de l'emploi seront elles aussi diff&#233;renci&#233;es : destructions pures et simples, faillites, plans sociaux, dispositifs de pr&#233;retraites, cong&#233;s sp&#233;ciaux, allongement et flexibilisation du temps de travail, extension des plateformes et du travail le dimanche, tout va &#234;tre mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question majeure va &#234;tre de coordonner une &#233;ventuelle reprise, de r&#233;tablir des circuits &#233;conomiques qui ne pourront l'&#234;tre &#224; l'identique. Il est &#233;videmment inutile de compter sur les entreprises pour r&#233;aliser cette coordination : chacune cherchera &#224; sortir du marasme dans un climat de concurrence exacerb&#233;e. Cette fonction devrait revenir &#224; l'Etat qui devrait organiser une &#171; planification &#187; de la reprise : on a vu que m&#234;me le FMI ne craignait pas d'utiliser ce mot sulfureux. Mais l'Etat n'a pas l'intention de s'engager sur cette voie, et d'ailleurs il ne dispose pas &#8211; ou plus &#8211; des leviers permettant d'assurer ce r&#233;glage. Il est par exemple incapable de moduler le retrait progressif des mesures de soutien (ch&#244;mage partiel, aides aux PME, pr&#234;ts bancaires, report d'imp&#244;ts et de cotisations, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus d'imposer aux entreprises la moindre contrainte est manifeste quand on examine le plan de relance fran&#231;ais. On n'y trouve rien ou presque en faveur des m&#233;nages les plus pauvres, aucune cr&#233;ation d'emplois publics, aucun contr&#244;le sur la gestion de l'emploi priv&#233;, mais en revanche des baisses d'imp&#244;ts significatives en faveur des entreprises, sans aucune condition. Ce refus de toute conditionnalit&#233; est le point-cl&#233; qui r&#233;v&#232;le une incompr&#233;hension profonde de la nature sp&#233;cifique de cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-nous les violentes attaques lors de l'instauration des 35 heures en France. Elles allaient au-del&#224; de la d&#233;fense rationnelle des int&#233;r&#234;ts mis en cause. Il y a l&#224; un facteur subjectif qui va sans doute refaire surface, sous forme d'un &#171; esprit de revanche &#187; des classes dominantes, d&#233;cid&#233;es &#224; effacer tout ce que la crise leur a impos&#233;, et il est d&#233;j&#224; implicite dans certains discours et certaines pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'attendre &#224; un brutal retour de b&#226;ton social et politique, et s'y pr&#233;parer. Il n'y a pas une voie unique de sortie de crise qui serait dict&#233;e par des lois &#233;conomiques intangibles : tout d&#233;pendra des rapports de force. Il est donc urgent d'adopter des positions faisant le lien entre r&#233;sistance imm&#233;diate et projet de transformation sociale. Plut&#244;t que de s'&#233;charper sur la th&#233;orie de la monnaie, il faudrait redonner un contenu concret &#224; deux id&#233;es en mati&#232;re d'emploi. La premi&#232;re est celle de la r&#233;duction du temps de travail, puisque apr&#232;s tout elle a permis de r&#233;duire l'ampleur du choc. La seconde est celle d'une garantie de l'emploi et des revenus sociaux. C'est en tout cas sur ces questions vitales que porteront les conflits sociaux post-Covid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] OIT, Le COVID ?19 et le monde du travail, septi&#232;me &#233;dition, 25 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Robert Anderton et al., &#171; L'incidence de la pand&#233;mie de COVID-19 sur le march&#233; du travail de la zone euro &#187;, Bulletin &#233;conomique de la BCE, n&#176; 8, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Insee, Comptes des branches, r&#233;sultats trimestriels. Donn&#233;es t&#233;l&#233;chargeables ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] OFCE, &#171; Impact &#233;conomique de la pand&#233;mie en France et perspectives pour 2021 &#187;, 11 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Conseil national de productivit&#233;, Les effets de la crise Covid-19 sur la productivit&#233; et la comp&#233;titivit&#233;, janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Alain Ruello et Guillaume Calignon, &#171; Les &#233;conomistes et le gouvernement font le grand &#233;cart sur l'&#233;volution de l'emploi &#187;, Les Echos, 16 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] European Commission, European Economic Forecast, November 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Michel Husson, &#171; Rebond ou plongeon ? &#187;, A l'encontre, 29 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] OCDE, Perspectives &#233;conomiques, d&#233;cembre 2020, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Christophe Blot et Paul Hubert, &#171; Dettes publiques : les banques centrales &#224; la rescousse ? &#187;, OFCE, 27 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] FMI, &#171; D&#233;claration de la mission du FMI sur les politiques mises en oeuvre dans la zone euro &#187;, 8 juin 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Jeffrey Franks, Bertrand Gruss, Manasa Patnam et Sebastian Weber, &#171; Comprendre les priorit&#233;s de la France pendant la crise de la COVID-19 &#187;, FMI, 19 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] OCDE, Perspectives de l'emploi, 2020, p.92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Olivier Dussopt, &#171; Il faut que 2021 marque la sortie du &#8216;quoi qu'il en co&#251;te &#187;, Les Echos, 20 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Romaric Godin, &#171; Finances publiques : une commission pour justifier l'aust&#233;rit&#233; future &#187;, Mediapart, 4 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Patrick Artus, &#171; La politique mon&#233;taire tr&#232;s expansionniste va-t-elle soutenir ou faire chuter le capitalisme ? &#187;, 21 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] source : Jill Mislinski, &#171; The Q Ratio and Market Valuation : December Update &#187;, advisorperpectives.com, January 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Romaric Godin, &#171; Apr&#232;s le Covid-19, un retour aux &#171; Ann&#233;es folles &#187; semble peu cr&#233;dible &#187;, Mediapart, 27 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Tobias Adrian and Fabio Natalucci, &#171; Financial Perils in Check for Now, Eyes Turn to Risk of Market Correction &#187;, blog IMF, January 27, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Esther Jeffers, Fran&#231;ois Morin, Dominique Plihon et Jean-Marie Harribey, &#171; Que la BCE prenne sa part pour le climat ! &#187;, blog Mediapart, 21 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Sources : Insee, Note de conjoncture, 15 d&#233;cembre 2020 ; Insee, Comptes nationaux trimestriels au 4&#232;me trimestre 2020, janvier 2021. Les donn&#233;es peuvent &#234;tre t&#233;l&#233;charg&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Patrick Artus, &#171; Qu'est-ce qui se normalise rapidement apr&#232;s une r&#233;cession ? &#187;, 18 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Guillaume de Calignon, &#171; L'&#233;tonnant optimisme des grandes entreprises fran&#231;aises &#187;, Les Echos, 12 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Voir notre pr&#233;c&#233;dente contribution : &#171; Automatisation, productivit&#233; et Covid-19 &#187;, A l'encontre, 21 octobre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Gilbert Cette, Sandra Nevoux et Loriane Py, &#171; Les technologies digitales : une source de rebond de la productivit&#233; ? &#187;, Banque de France, 18 d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] McKinsey Global Institute, What 800 executives envision for the postpandemic workforce, September 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] McKinsey Global Institute, The future of work in Europe, June 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Alistair Dieppe, Sinem Kilic Celik, Cedric Okou, &#171; Implications of Major Adverse Events on Productivity &#187;, The World Bank, September 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Sur cette question on renvoie aux pr&#233;cieuses contributions de Martin Anota : &#171; Quel est l'impact de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 sur la productivit&#233; ? &#187;, 28 d&#233;cembre 2020 ; &#171; Avec la pand&#233;mie, les travailleurs doivent-ils craindre de voir arriver une vague de robots ? &#187; 16 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Sophie Binet, Marie-Jos&#233; Kotlicki, &#171; Recherche et ing&#233;nierie : catastrophe industrielle en vue &#187;, Les Echos, 17 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Conseil national de productivit&#233;, Les effets de la crise Covid-19 sur la productivit&#233; et la comp&#233;titivit&#233;, janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Agn&#232;s B&#233;nassy-Qu&#233;r&#233;, &#171; 2021, l'ann&#233;e des zombis ? &#187;, 7 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Source : Insee, Comptes nationaux trimestriels au 4&#232;me trimestre 2020, janvier 2021. Les donn&#233;es peuvent &#234;tre t&#233;l&#233;charg&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Bernard Martinot, &#171; Rebondir face au Covid-19 : l'enjeu du temps de travail &#187;, Institut Montaigne, mai 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] J&#233;r&#244;me Lefilli&#226;tre, &#171; L'Institut Montaigne, la tr&#232;s riche bo&#238;te &#224; id&#233;es de la macronie &#187;, Lib&#233;ration, 9 janvier 2021. Durant la campagne pr&#233;sidentielle de Macron, son &#233;quipe &#233;tait domicili&#233;e dans les locaux de l'Institut Montaigne : Laurent Mauduit, &#171; Le patronat h&#233;berge discr&#232;tement Emmanuel Macron &#187;, Mediapart, 7 avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Un&#233;dic, &#171; Crise de la Covid-19 et march&#233; du travail &#187;, d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] C&#233;cile Hautefeuille, &#171; Les ch&#244;meurs font des concessions, les employeurs ne transigent pas &#187;, Alternatives &#233;conomiques, 4 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Laurent Mauduit, &#171; Le r&#233;gime de garantie des salaires en grave danger &#187;, Mediapart, 21 janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Hannes Schwandt et Till von Wachter, &#171; L'ombre permanente d'un d&#233;marrage malheureux &#187;, Finances &amp; D&#233;veloppement, d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Pierre Madec et Herv&#233; P&#233;l&#233;raux, &#171; L'&#233;conomie fran&#231;aise en 2020-2022 selon le panel des pr&#233;visionnistes &#187;, OFCE, 29 janvier 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;bat. D&#233;compter les in&#233;galit&#233;s ne suffit pas, il faut les expliquer</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Debat-Decompter-les-inegalites-ne-suffit-pas-il-faut-les-expliquer</link>
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		<dc:date>2020-12-01T07:21:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-12-01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Thomas Piketty et ses coll&#232;gues, qui ont rassembl&#233; un volume impressionnant de donn&#233;es, la question des in&#233;galit&#233;s est devenue un sujet majeur. Mais, faute d'explication aboutie, leurs pr&#233;conisations ne vont pas &#224; la racine du ph&#233;nom&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt; 27 novembre 2020 | Paru sur le site Alencontre 27 novembre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Michel Husson &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette contribution propose un examen critique de la grille th&#233;orique de Piketty, puis une esquisse d'analyse alternative. Au-del&#224; du caract&#232;re forc&#233;ment un peu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-12-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-12-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton45879-b94ab.jpg?1781035300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Thomas Piketty et ses coll&#232;gues, qui ont rassembl&#233; un volume impressionnant de donn&#233;es, la question des in&#233;galit&#233;s est devenue un sujet majeur. Mais, faute d'explication aboutie, leurs pr&#233;conisations ne vont pas &#224; la racine du ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;27 novembre 2020 | Paru sur le site Alencontre&lt;br class='autobr' /&gt;
27 novembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michel Husson&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH276/f7f7b316ab138b17-452a3c8c-8d665.jpg?1781035300' width='500' height='276' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution propose un examen critique de la grille th&#233;orique de Piketty, puis une esquisse d'analyse alternative. Au-del&#224; du caract&#232;re forc&#233;ment un peu technique de cette discussion, il y a des enjeux programmatiques qui seront &#233;voqu&#233;s en conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#233;orie &#233;clectique de Thomas Piketty&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut partir ici de ce que Piketty appelle la premi&#232;re &#171; loi fondamentale &#187; du capitalisme dans son livre Le capital au XXI&#232;me si&#232;cle. Elle dit que le profit (prof) est calcul&#233; en appliquant au capital (K) le taux de profit (r) que Piketty pr&#233;f&#232;re appeler taux de rendement. On a donc prof = r.K. Il a &#233;t&#233; maintes fois [1] signal&#233; qu'il ne s'agit pas d'une loi, mais d'une relation comptable qu'on devait plut&#244;t &#233;crire &#224; l'envers, pour retrouver la d&#233;finition classique du taux de profit comme le rapport entre le profit et le capital, que l'on &#233;crirait plut&#244;t r = prof/K.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la r&#232;gle de lecture inhabituelle retenue par Piketty ne permet pas d'analyser des conjonctures concr&#232;tes, ce que l'on peut montrer en l'appliquant &#224; la phase de restauration du profit en France, entre 1982 et 1989. Les donn&#233;es de Piketty [2] montrent que la part des profits dans le revenu national est pass&#233;e entre ces deux dates de 23,1% &#224; 32%, soit une hausse de 39%. Comment se d&#233;compose cette hausse ? Le rapport entre capital et revenu est rest&#233; &#224; peu pr&#232;s constant sur cette m&#234;me p&#233;riode, passant de 3,74 &#224; 3,82 (soit une hausse de 2%). Le taux de rendement est pass&#233; quant &#224; lui de 6,2% &#224; 8,4%, en hausse de 36%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit que d'un constat statistique. Si on le lit &#224; la mani&#232;re de Piketty, on dira que le taux de profit a augment&#233;, entra&#238;nant une augmentation de la part des profits, pour un capital qui a faiblement progress&#233;. Un &#233;conomiste courant (quelle que soit son ob&#233;dience) dira que l'augmentation de la part du profit a conduit &#224; une augmentation du taux de profit. Cette lecture est conforme aux particularit&#233;s de cette p&#233;riode : elle a &#233;t&#233; marqu&#233;e par une politique d'aust&#233;rit&#233; rigoureuse qui a fait baisser la part des salaires et donc augmenter celle des profits. La hausse du taux de profit que l'on observe n'est donc que la r&#233;sultante de ce brusque mouvement dans le partage de la valeur ajout&#233;e entre capital et travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture en sens inverse de Piketty ne serait acceptable que si le taux de profit &#233;tait d&#233;termin&#233; &#171; ailleurs &#187;, par exemple par la &#171; productivit&#233; marginale du capital &#187;, comme le professe la th&#233;orie n&#233;o-classique. Dans Le capital au XXI&#232;me si&#232;cle, Piketty discute de cette th&#233;orie et semble &#233;mettre des r&#233;serves &#224; l'&#233;gard des &#171; mod&#232;les &#233;conomiques les plus simples &#187; selon lesquels &#171; le taux de rendement du capital devrait &#234;tre exactement &#233;gal &#224; la &#8220;productivit&#233; marginale du capital&#8221; &#187; (p. 336). Un peu plus loin il semble &#224; nouveau douter : &#171; le rendement moyen du capital r &#8211; &#224; supposer qu'il soit &#233;gal &#224; la productivit&#233; marginale du capital &#187; (p. 341). Cependant ces r&#233;serves n'emp&#234;chent pas Piketty de se r&#233;f&#233;rer explicitement &#224; la th&#233;orie n&#233;o-classique. C'est tr&#232;s clair dans une pr&#233;sentation [3] o&#249; il r&#233;sume ainsi son mod&#232;le : &#171; la question de savoir si une augmentation du ratio capital/revenu b conduit &#224; une augmentation de la part des profits d&#233;pend de l'&#233;lasticit&#233; de substitution du capital au travail : si elle est sup&#233;rieure &#224; 1, alors la baisse de r = Fk est moindre que la hausse de b de sorte que la part des profits augmente &#187;. Or, le hi&#233;roglyphe Fk d&#233;signe la productivit&#233; marginale du capital. La formule r= Fk signifie que le taux de profit est &#233;gal &#224; cette productivit&#233; marginale du capital, autrement dit qu'il est un attribut &#171; technique &#187; du stock de capital, son &#171; rendement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Piketty ajoute : &#171; c'est exactement ce qui s'est pass&#233; depuis les ann&#233;es 1970-1980 &#187;. Ainsi la baisse de la part des salaires sur cette p&#233;riode s'expliquerait selon lui par le fait que l'&#233;lasticit&#233; de la fonction de production est sup&#233;rieure &#224; 1 (ce qui est d'ailleurs contest&#233; par la plupart des &#233;tudes). Cela revient &#224; dire que le taux d'exploitation, car c'est de cela qu'il s'agit, est d&#233;termin&#233; par les propri&#233;t&#233;s de la fonction de production.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5348 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L314xH397/983f9c7873437549-f8a13868-68aa2.jpg?1781035301' width='314' height='397' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point qu'appara&#238;t l'&#233;clectisme d&#233;brid&#233; de Piketty. Apr&#232;s avoir reli&#233; le taux de profit &#224; des param&#232;tres technologiques, il ne craint pas de dire le contraire en affirmant que le taux de rendement du capital d&#233;pend de &#171; nombreux param&#232;tres technologiques, psychologiques, sociaux, culturels, etc., dont la conjonction semble g&#233;n&#233;ralement d&#233;boucher sur un rendement de l'ordre de 4%-5% &#187; (p. 572). Ceci n'est manifestement pas une th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer la concentration des patrimoines ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque-l&#224;, le mod&#232;le th&#233;orique de Piketty traite des in&#233;galit&#233;s de revenu entre capital et travail. Mais il faut aussi expliquer les in&#233;galit&#233;s de patrimoine. La r&#233;ponse de Piketty tient en une formule cabalistique : r &gt; g o&#249; r est le taux de rendement du capital et g le taux de croissance de l'&#233;conomie. L'id&#233;e sous-jacente est simple : r d&#233;termine la croissance du patrimoine, et g celle du revenu. Quand r est sup&#233;rieur &#224; g, le patrimoine augmente plus vite que le revenu, ce qui conduit &#224; accro&#238;tre la concentration de la richesse. C'est pour Piketty une autre &#171; loi fondamentale &#187; du capitalisme, qu'il r&#233;sume avec cette formule lapidaire, tir&#233;e de la pr&#233;sentation d&#233;j&#224; cit&#233;e : &#171; en r&#233;gime permanent, le niveau de concentration de la richesse est une fonction croissante de l'&#233;cart entre r et g &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va tenter d'appliquer cette r&#232;gle au cas de la France sur la p&#233;riode 1980-2010 en proc&#233;dant par &#233;tapes. Dans un premier temps (graphique A), on constate que la relation ne fonctionne pas : la part des 10% les plus riches (Top10) augmente, tandis que l'&#233;cart entre r et g se r&#233;duit tendanciellement &#224; partir de 1990 (c'est sans doute le c&#244;t&#233; marxiste de Piketty).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une pr&#233;c&#233;dente contribution, nous avions calcul&#233;, &#224; partir des donn&#233;es de l'Insee, un taux de profit R &#224; partir du seul capital engag&#233; dans la production [iv]. On observe alors (graphique B) qu'il existe une corr&#233;lation satisfaisante entre le Top10 et l'&#233;cart entre ce taux de profit et le taux de croissance. La r&#232;gle serait donc plut&#244;t R &gt; g.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc celle de la mesure statistique du taux de profit chez Piketty. Si on compare son taux de rendement r avec le taux de profit R calcul&#233; &#224; partir du capital productif, on observe un d&#233;crochage tr&#232;s net entre les deux s&#233;ries. Le taux de rendement de Piketty chute durant la derni&#232;re d&#233;cennie, alors que le taux de profit baisse, mais beaucoup moins (graphique C).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La source de l'&#233;cart entre les deux mesures du taux de profit est assez facile &#224; identifier. Elle provient de la d&#233;finition trop large du capital de Piketty qui ajoute au capital productif tous les actifs susceptibles de procurer un revenu. Dans Le capital au XXI&#232;me si&#232;cle, il d&#233;finit le capital comme &#171; l'ensemble des actifs non humains qui peuvent &#234;tre poss&#233;d&#233;s et &#233;chang&#233;s sur un march&#233;. Le capital comprend notamment l'ensemble du capital immobilier (immeubles, maisons) utilis&#233; pour le logement et du capital financier et professionnel (b&#226;timents, &#233;quipements, machines, brevets, etc.) utilis&#233; par les entreprises et les administrations &#187; (p. 82). Et Piketty assume pleinement ce qui est pourtant une erreur th&#233;orique flagrante : &#171; pour simplifier l'exposition, nous utiliserons les mots &#8220;capital&#8221; et &#8220;patrimoine&#8221; comme des synonymes parfaits &#187; (p. 84).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital ainsi d&#233;fini diverge du capital productif chaque fois que le prix des autres composantes (logement, actifs financiers, etc.) augmente plus vite que le prix du capital productif. Le graphique D montre ainsi que l'&#233;cart entre les deux mesures du taux de profit s'accro&#238;t en m&#234;me temps qu'augmente le prix relatif du logement [5].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5349 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_a.jpg?5349/93674281ad50c91f8153ece517e0d7dce0d81b60a0bc35be63b5f4c0686f920e&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH369/93674281ad50c91f-989e66a8-56045.jpg?1781035301' width='500' height='369' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Top10 : part des 10% les plus riches dans le patrimoine total&lt;br class='autobr' /&gt;
r : taux de rendement de Piketty&lt;br class='autobr' /&gt;
R : taux de profit classique (source : Insee)&lt;br class='autobr' /&gt;
g : taux de croissance&lt;br class='autobr' /&gt;
Plog : prix relatif du logement (source : OCDE)&lt;br class='autobr' /&gt;
Une grille de lecture alternative&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication fournie par Piketty ne fonctionne donc pas, pour des raisons qui renvoient &#224; sa d&#233;finition erron&#233;e du capital. Il est donc utile d'esquisser une approche alternative. On reprend ici une pr&#233;c&#233;dente contribution [6] qui proposait un sch&#233;ma explicatif tr&#232;s simple. Il consiste &#224; postuler que la part des revenus allant aux plus riches d&#233;pend de deux facteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la baisse de la part salariale ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; la politique de distribution des profits des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se de travail repose sur une lecture [7] du fonctionnement du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, autour de deux &#171; faits stylis&#233;s &#187; majeurs. Le premier est la baisse de la part des salaires dans la valeur ajout&#233;e des entreprises qui conduit &#224; une augmentation de la part des profits. Or, celle-ci ne conduit pas &#224; une croissance de l'investissement mais plut&#244;t &#224; une plus grande distribution de dividendes. La base sur laquelle se d&#233;veloppent les in&#233;galit&#233;s est donc la baisse de la part des salaires, autrement dit l'augmentation du taux d'exploitation. Ensuite, la plus-value suppl&#233;mentaire ainsi d&#233;gag&#233;e et non investie va aller aux d&#233;tenteurs d'actifs financiers qui vont pouvoir faire grossir leur patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une application &#224; la France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment &#224; notre petit mod&#232;le, on utilisera deux variables tir&#233;es des comptes nationaux &#233;labor&#233;s par l'Insee. La premi&#232;re (parsal) est la part des salaires dans la valeur ajout&#233;e des soci&#233;t&#233;s non financi&#232;res. La seconde (distrib) est le rapport entre les revenus distribu&#233;s par ces soci&#233;t&#233;s et leur masse salariale ; c'est un indicateur simple de l'arbitrage entre actionnaires et salari&#233;s. La variable &#224; expliquer (Top10) sera la part des 10% les plus riches dans le revenu national, telle que la calcule une &#233;tude fouill&#233;e du World Inequality Database qui porte sur la p&#233;riode 1900-2014 [8].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_e.jpg?5350/2756096289fa8d43245b07e8f2b4a02dad672ea5b56f60ce92d3402be56e2ca8&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH309/2756096289fa8d43-44a29b39-60d33.jpg?1781035302' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es utilis&#233;es sont visualis&#233;es dans le graphique ci-dessous qui retrace l'&#233;volution de la part du &#171; Top10 &#187; et celle des variables explicatives : part des profits et taux de redistribution. Les variables sont norm&#233;es (&#171; centr&#233;es r&#233;duites &#187;) de mani&#232;re &#224; faciliter leur comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate que la part du &#171; Top10 &#187; augmente, moyennant d'assez amples fluctuations, jusqu'&#224; la crise. Puis, &#224; partir de 2009, elle est orient&#233;e &#224; la baisse. La part du profit augmente fortement au cours des ann&#233;es 1980, puis se stabilise et baisse avec l'entr&#233;e en crise. Enfin, le taux de distribution du profit augmente contin&#251;ment jusqu'&#224; la crise, puis baisse assez nettement [9]. Cette pr&#233;sentation graphique permet de mettre en lumi&#232;re un r&#233;sultat important : la marche d'escalier franchie par la part du profit durant les ann&#233;es 1980 (en raison de la politique d'aust&#233;rit&#233; salariale) a conduit &#224; une augmentation &#233;quivalente de la part du &#171; Top10 &#187; dans le revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut maintenant proc&#233;der &#224; l'estimation &#233;conom&#233;trique de ce petit mod&#232;le, qui conduit &#224; l'&#233;quation pr&#233;sent&#233;e dans le tableau ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_f.jpg?5351/5f8245ad4285cb677834d20f3ecc4faf8db4094150fc03fe077cf2cd6165a850&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH115/5f8245ad4285cb67-bd0f57f8-78739.jpg?1781035302' width='500' height='115' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les coefficients sont tous significatifs et, comme le montre le graphique ci-dessous, l'&#233;quation rend correctement compte de l'&#233;volution de la part du &#171; Top10 &#187; entre 1978 et 2014.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_g.jpg?5352/b670b046fb2cfc2b5172ecb82e87f76089e3135adf8569aeaf5f6c2c31b1591a&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH310/b670b046fb2cfc2b-13c5f571-ab6e0.jpg?1781035303' width='500' height='310' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas des Etats-Unis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On partira ici du graphique classique &#233;labor&#233; par l'EPI (Economic Policy Institute), un think tank qui analyse depuis 1986 la situation de la classe ouvri&#232;re aux Etats-Unis [10]. Ce graphique souligne le d&#233;couplage entre le salaire et la productivit&#233; du travail : le salaire reste &#224; peu pr&#232;s plat &#224; partir des ann&#233;es 1970, alors que la productivit&#233; du travail continue &#224; augmenter. L'&#233;cart entre ces deux courbes mesure le d&#233;placement dans le partage entre salaires et profit, autrement dit l'augmentation du taux d'exploitation. C'est la premi&#232;re variable explicative qui sera donc baptis&#233;e exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_h.jpg?5353/08250d95968c5e754f2732c2fcd7669e71f26c315079d8a8088f1ac9bcf31dba&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH309/08250d95968c5e75-470a0435-61f37.jpg?1781035303' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme dans le cas de la France, la seconde variable explicative porte sur la distribution des dividendes en proportion du profit. On utilise ici les donn&#233;es du BEA (Bureau of Economic Analysis) [11]. Le graphique ci-dessous retrace l'&#233;volution de ce taux de distribution. Il enregistre de fortes fluctuations (notamment lors de la derni&#232;re crise) mais on remarque une nette inflexion &#224; la hausse au d&#233;but des ann&#233;es 1980, interrompue &#233;videmment lors de la crise de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_i.jpg?5354/c9816fabd6b4be7df6bcd27e9004dc0a2a16000623158f01fc122edd051e6f43&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH309/c9816fabd6b4be7d-d4e54d0e-503d7.jpg?1781035303' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La variable expliqu&#233;e est ici le &#171; Top 0,1% &#187;, autrement dit la part de la richesse nationale d&#233;tenue par les 0,1% des plus riches [12]. Le graphique ci-dessous retrace les &#233;volutions des variables prises en compte. On constate qu'elles &#233;voluent en phase.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_j.jpg?5357/bd297ec8827302abd0005923a997d26f19799b3396094a000eae3b409c70ec16&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH309/bd297ec8827302ab-586f3dd1-3e9ac.jpg?1781035304' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut maintenant proc&#233;der &#224; nouveau &#224; l'estimation &#233;conom&#233;trique de notre sch&#233;ma. Il conduit &#224; l'&#233;quation pr&#233;sent&#233;e dans le tableau ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5358 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH168/755eb0f571e99c6f-fdace4a6-bf56e.jpg?1781035304' width='500' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, les coefficients sont tous significatifs et, comme le montre le graphique ci-dessous, l'&#233;quation rend correctement compte de l'&#233;volution de la part du &#171; Top 0,1 &#187; entre 1980 et 2018.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5359 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH308/2c195eba0a69081d-a6755e82-76bac.jpg?1781035305' width='500' height='308' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles implications programmatiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions de Thomas Piketty en France, ou d'Emmanuel Saez et Gabriel Zucman aux Etats-Unis, portent pour l'essentiel sur une r&#233;forme fiscale qui permettrait de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s de richesse. Il n'est &#233;videmment pas question ici de remettre en cause leur l&#233;gitimit&#233; : ce serait &#233;videmment une bonne chose ! Mais force est de constater qu'elles se bornent &#224; corriger les in&#233;galit&#233;s &#171; apr&#232;s coup &#187; au lieu de les traiter &#171; &#224; la source &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche est logique, si l'on consid&#232;re, comme le fait Piketty, que les in&#233;galit&#233;s sont un ph&#233;nom&#232;ne en quelque sorte &#171; naturel &#187; dans la mesure o&#249; elles r&#233;sultent de m&#233;canismes &#233;conomiques qu'on ne peut pas (ou qu'on ne veut pas) modifier. C'est pourquoi il est important d'interroger les soubassements th&#233;oriques des analyses de ce type. Si notre grille de lecture est correcte, si les in&#233;galit&#233;s se nouent au c&#339;ur de la production, alors c'est &#224; ce niveau qu'il faut faire porter la transformation sociale. Cette derni&#232;re doit viser &#224; modifier le partage de la richesse cr&#233;&#233;e entre le capital et le travail, encore une fois &#171; &#224; la source &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de &#171; socialisme participatif &#187; de Piketty ne r&#233;pond pas &#224; ce crit&#232;re. Au reste, il faudrait plut&#244;t parler de &#171; capitalisme participatif &#187;, un projet utopique qui repose essentiellement sur double r&#233;forme : de la fiscalit&#233; &#8211; certes radicale &#8211; et de la composition des conseils d'administration des entreprises. Sur ces deux points, Piketty entre dans un d&#233;tail absurde en proposant par exemple un bar&#232;me tr&#232;s pr&#233;cis de l'imp&#244;t, avec la croyance illusoire que cela pourrait renforcer la cr&#233;dibilit&#233; de son mod&#232;le. Et surtout, il y a d'&#233;normes b&#233;ances dans ce projet qui ne dit rien, par exemple, du droit &#224; l'emploi (si ce n'est une invocation abstraite aux bienfaits de la formation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi ce que tu proposes, et je te dirai quelle est ta th&#233;orie. Toutes les faiblesses du projet de Piketty trouvent en effet leur source dans les imperfections de son mod&#232;le th&#233;orique et dans son incompr&#233;hension de ce qu'est le capitalisme [13].&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] voir par exemple Michel Husson, &#171; Le capital au XXI&#232;me si&#232;cle Richesse des donn&#233;es, pauvret&#233; de la th&#233;orie &#187;, Contretemps, f&#233;vrier 2014 ; version PDF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Tableaux 5.3 et 6.6 de Le capital au XXI&#232;me si&#232;cle, accessibles ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Thomas Piketty, &#171; Capital in the 21st century &#187;, pr&#233;sentation, Cologne, d&#233;cembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] voir &#224; nouveau &#171; Richesse des donn&#233;es, pauvret&#233; de la th&#233;orie &#187;, d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] voir Michel Husson, &#171; Capital et richesse chez Piketty &#187;, note hussonet n&#176;78, 9 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Michel Husson, &#171; Recul salarial, financiarisation, in&#233;galit&#233;s &#187;, note hussonet n&#176;111, 13 d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Michel Husson, &#171; Dix ans de crise &#8230; et puis Macron &#187;, A l'encontre, 25 ao&#251;t 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Bertrand Garbinti, Jonathan Goupille-Lebret, Thomas Piketty, &#171; Inequality Dynamics in France, 1900-2014 : Evidence from Distributional National Accounts &#187;, WID.world Working Paper, April 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ce dernier r&#233;sultat est cependant entach&#233; par un doute sur les donn&#233;es de l'Insee. Voir Michel Husson, &#171; O&#249; sont pass&#233;s les dividendes ? &#187;, Alternatives &#233;conomiques, 17 octobre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] voir ici la derni&#232;re version de ce graphique : EPI, The Productivity&#8211;Pay Gap, juillet 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11]Le taux de distribution est mesur&#233; par le rapport entre les dividendes nets vers&#233;s (net dividends) et les profits apr&#232;s taxes (profits after tax with inventory valuation and capital consumption adjustments). Les donn&#233;es proviennent du tableau 1.16 du BEA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Les donn&#233;es sont tir&#233;es d'un document r&#233;cent d'Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, &#171; Trends in US Income and Wealth Inequality : Revising After the Revisionists &#187;, NBER, October 2020. Elles sont t&#233;l&#233;chargeables ici. C'est l'occasion de remercier Gabriel Zucman pour mettre ces donn&#233;es &#224; disposition sur son site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Cette critique est d&#233;velopp&#233;e plus longuement dans le livre co-r&#233;dig&#233; avec Alain Bihr : Thomas Piketty, une critique illusoire du capital, Editions Page deux/Syllepse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; France relance &#187; : ceci n'est pas un plan</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/France-relance-ceci-n-est-pas-un-plan</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/France-relance-ceci-n-est-pas-un-plan</guid>
		<dc:date>2020-09-15T08:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-09-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fond&#233; sur une confiance aveugle dans les &#171; lois du march&#233; &#187;, le plan de relance pr&#233;sent&#233; jeudi par le gouvernement n'a pas pris la mesure de la crise que traverse le pays. Le plan &#171; France relance &#187; semble &#224; premi&#232;re vue &#233;quilibr&#233; : un tiers pour l'&#233;cologie, un tiers pour la comp&#233;titivit&#233;, un tiers pour la &#171; coh&#233;sion &#187; (le social). &lt;br class='autobr' /&gt; 9 septembre 2020 | tir&#233; du site A l'encontre &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains critiques disent &#8211; en m&#234;me temps &#8211; que le plan est sous-dimensionn&#233; et qu'il est mauvais. Cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-09-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-09-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/arton44634-2a946.png?1781035305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fond&#233; sur une confiance aveugle dans les &#171; lois du march&#233; &#187;, le plan de relance pr&#233;sent&#233; jeudi par le gouvernement n'a pas pris la mesure de la crise que traverse le pays. Le plan &#171; France relance &#187; semble &#224; premi&#232;re vue &#233;quilibr&#233; : un tiers pour l'&#233;cologie, un tiers pour la comp&#233;titivit&#233;, un tiers pour la &#171; coh&#233;sion &#187; (le social).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;9 septembre 2020 | tir&#233; du site &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/europe/france/france-relance-ceci-nest-pas-un-plan.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A l'encontre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains critiques disent &#8211; en m&#234;me temps &#8211; que le plan est sous-dimensionn&#233; et qu'il est mauvais. Cette approche fait penser &#224; la plaisanterie de Woody Allen au d&#233;but de son film Annie Hall : &#171; La nourriture de ce restaurant est vraiment inf&#226;me &#187;, s'exclame une dame. Et son amie lui r&#233;pond : &#171; Oui je sais, et en plus les portions sont si petites ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise particuli&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut penser effectivement que 100 milliards d'euros sur deux ans, incluant des mesures d&#233;j&#224; prises, et dont les effets seront diff&#233;r&#233;s, c'est trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'essentiel est de discuter l'objectif principal de ce plan, qui est de faire rentrer le fleuve dans son lit, autrement dit de revenir au business as usual. C'est sans doute une t&#226;che impossible, parce que le plan ne prend pas pleinement en compte les sp&#233;cificit&#233;s in&#233;dites de cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne s'agit pas d'une r&#233;cession, mais d'un &#171; blocage de la production &#187;, comme le souligne l'&#233;conomiste Robert Boyer dans les annexes &#8211; d&#233;j&#224; disponibles en ligne &#8211; de son prochain livre (Les capitalismes &#224; l'&#233;preuve de la pand&#233;mie, La D&#233;couverte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi un arr&#234;t simultan&#233; de l'offre et de la demande. D&#232;s lors, les d&#233;bats sur la relance par l'offre ou la demande passent &#224; c&#244;t&#233; du probl&#232;me, qui est celui de la relance du circuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la crise a frapp&#233; de mani&#232;re in&#233;gale les secteurs, les cat&#233;gories sociales et les r&#233;gions de l'&#233;conomie mondiale, de telle sorte que la reprise ne pourrait &#234;tre qu'in&#233;gale et d&#233;synchronis&#233;e. Or, le plan de relance n'en tient pas compte et se contente de paris assez al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pari sur &#171; l'&#233;pargne forc&#233;e &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan donne la priorit&#233; aux mesures dites d'offre parce qu'il fait l'hypoth&#232;se implicite que la consommation va reprendre spontan&#233;ment. Mais la constitution d'une &#171; &#233;pargne forc&#233;e &#187;, que la Banque de France &#233;value &#224; 85 milliards d'euros, ne garantit en rien que cette reprise aura bien lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait pour cela que disparaissent les incertitudes &#233;conomiques et sanitaires. Or, c'est loin d'&#234;tre acquis. Quand on &#233;voque 800 000 emplois d&#233;truits, une hausse des faillites, la multiplication des accords de performance collective pouvant amener &#224; des baisses de revenus et ainsi de suite, un tel climat incite &#224; &#234;tre tr&#232;s prudent. Sans parler d'une seconde vague dont l'&#233;ventualit&#233; ne peut &#234;tre &#233;cart&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu Plane, &#233;conomiste &#224; l'OFCE, sugg&#232;re dans les colonnes d'Alternatives Economiques une baisse de TVA en faveur des secteurs les plus touch&#233;s (h&#244;tellerie-restauration, spectacles, etc.). Le retour aux conditions d'usage et aux comportements ant&#233;rieurs &#224; la crise d&#233;pend toutefois d'autres facteurs que les prix. En outre, si une bonne partie des m&#233;nages a moins consomm&#233;, et donc &#233;pargn&#233;, il en est d'autres que la crise a plong&#233;s dans le d&#233;nuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude assez fascinante men&#233;e aux Etats-Unis &#224; partir de micro-donn&#233;es d'entreprises, crois&#233;es avec les statistiques locales, fait appara&#238;tre d'importants r&#233;sultats. Le plus significatif est sans doute que les comportements de consommation ne diff&#232;rent pas selon les mesures locales en mati&#232;re de confinement. Ce r&#233;sultat confirme ce qu'un article du New York Times avait mis en lumi&#232;re, &#224; savoir que les comportements de distanciation &#233;taient apparus avant m&#234;me la mise en place des mesures officielles de confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me &#233;tude pointe plusieurs exemples d'impact diff&#233;renci&#233; de la crise, et en particulier que les m&#233;nages aux revenus les plus &#233;lev&#233;s (le premier quartile) ont r&#233;duit leurs d&#233;penses de 17 %, contre 4 % pour les m&#233;nages &#224; faibles revenus du dernier quartile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vraisemblable que la ventilation soit la m&#234;me en France, ce qui veut dire que le plan table sur la reprise de la consommation des riches, ceux qui ont le plus &#233;pargn&#233; et qui sont aussi ceux que la crise a le plus &#233;pargn&#233;s. Mais ce pari risque d'&#234;tre en grande partie perdu, si cette &#233;pargne &#171; forc&#233;e &#187; reste &#224; l'&#233;tat d'&#233;pargne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un &#233;ditorial, le journal Le Monde se f&#233;licite que le plan &#171; &#233;vite de se focaliser sur une stimulation de la consommation, qui a surtout abouti dans le pass&#233; &#224; favoriser les importations au d&#233;triment du made in France &#187;. Si telle est l'intention du plan, elle est contradictoire. De deux choses l'une en effet : ou bien on table sur la consommation de l'&#233;pargne Covid, ou bien on veut l'&#233;viter parce qu'elle serait trop co&#251;teuse en importations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction souligne le d&#233;phasage entre la reprise de l'activit&#233; &#224; court terme et la reconstitution d'une offre domestique (relocalisations et r&#233;industrialisation) qui ne pourrait, en tout &#233;tat de cause, &#234;tre r&#233;alis&#233;e du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Sur l'investissement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les entreprises aussi, le choc a &#233;t&#233; in&#233;gal et on se retrouve dans une situation contradictoire. D'un c&#244;t&#233;, comme le constate Olivier Passet, directeur de la recherche de Xerfi, &#171; les entreprises ont fait bien mieux que sauvegarder leur liquidit&#233;, elles ont engrang&#233; des r&#233;serves pour la suite &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, de nombreuses entreprises de petite taille sont expos&#233;es au risque de faillite, et le plan ne pr&#233;voit que 3 milliards d'euros pour le renforcement de leurs fonds propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont pu passer le cap, notamment gr&#226;ce aux PGE (pr&#234;ts garantis par l'Etat), pour une somme cumul&#233;e de 116,6 milliards fin juillet. La Banque de France pr&#233;cise que &#171; les entreprises ayant accumul&#233; de la tr&#233;sorerie ne sont pas n&#233;cessairement celles qui ont le plus recouru &#224; l'endettement durant cette p&#233;riode &#187;. Les pr&#234;ts garantis devront &#234;tre rembours&#233;s au printemps prochain et, comme le souligne Mathieu Plane, &#171; la question de leur capacit&#233; &#224; affronter le mur de la dette qui arrive se pose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il suffisait de baisser les cotisations ou les imp&#244;ts des entreprises, cela se saurait. Rien ne garantit que la baisse des fameux imp&#244;ts de production suffira &#224; stimuler l'investissement (pas plus que le CICE ou le CIR auparavant). Il faudrait que les perspectives de d&#233;bouch&#233;s soient suffisamment incitatives, que la priorit&#233; ne soit pas donn&#233;e au d&#233;sendettement ou&#8230; aux actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, se pose un double probl&#232;me de ciblage : sectoriel tout d'abord, car la finance et les industries extractives seront les grandes gagnantes de cette mesure, ce qui est contradictoire avec son orientation &#233;cologique, et aberrant quand on sait que la finance se porte bien en ce moment. Probl&#232;me de ciblage g&#233;ographique ensuite : ce sont les r&#233;gions Ile-de-France et Auvergne-Rh&#244;ne-Alpes, d&#233;j&#224; les plus dynamiques &#233;conomiquement en France, qui vont le plus en b&#233;n&#233;ficier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne nous pr&#233;munit donc vraiment contre une &#171; spirale an&#233;mique par laquelle le faible investissement r&#233;duirait progressivement les capacit&#233;s de production, ce qui p&#232;serait sur l'emploi et les revenus et donc sur la consommation, laquelle &#224; son tour d&#233;couragerait l'investissement, etc. &#187;. C'est en tout cas ce sc&#233;nario qui inqui&#232;te Agn&#232;s B&#233;nassy-Qu&#233;r&#233;, chef &#233;conomiste de la Direction g&#233;n&#233;rale du Tr&#233;sor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Et sur l'Europe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 100 milliards d'euros du plan, 40 seront pris en charge par l'Europe. Mais pas automatiquement. Deux conditions au moins doivent &#234;tre r&#233;unies. La premi&#232;re (il faut 30 % de &#171; verdissement &#187; de l'&#233;conomie) ne devrait pas poser probl&#232;me, la seconde va en revanche soulever quelques difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le &#171; semestre europ&#233;en &#187; a &#233;t&#233; rang&#233; au magasin des accessoires, mais les plans nationaux devront toujours &#234;tre assortis des fameuses &#171; r&#233;formes structurelles &#187;. Est-ce pour cette raison que le gouvernement s'obstine &#224; remettre au programme une r&#233;forme des retraites ? Celle-ci sera-t-elle le prix &#224; payer pour l'octroi des pr&#234;ts europ&#233;ens ? Plus largement, les &#171; partenaires &#187; europ&#233;ens accepteront-ils facilement de cofinancer les efforts de comp&#233;titivit&#233; de leur concurrent ? Autant de questions qui restent en suspens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'emploi entre parenth&#232;ses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'esp&#232;re que le plan de relance en 2021 cr&#233;era 160 000 emplois. C'est notre objectif &#187;, a d&#233;clar&#233; Jean Castex sur RTL, le 3 septembre. Son autre objectif est que la France retrouve d&#232;s la fin de 2022 le niveau de richesse atteint avant la pand&#233;mie. Bref, croissance nulle entre mars 2020 et d&#233;cembre 2022. On &#233;value par ailleurs &#224; 800 000 le nombre de destructions d'emplois d'ici &#224; la fin de 2020. Ces chiffres &#233;parpill&#233;s conduisent donc &#224; un pronostic tr&#232;s sombre quant &#224; la situation sur le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan se borne &#224; compter sur la reprise de l'activit&#233; et donc de l'emploi, qu'il entend accompagner par des actions de formation et des primes &#224; l'embauche qui repr&#233;sentent la moiti&#233; de son volet &#171; coh&#233;sion &#187;. Mais ce sont l&#224; autant de mesures d&#233;j&#224; utilis&#233;es (et sans doute d&#233;j&#224; budg&#233;t&#233;es) sans que leur efficacit&#233; ait jamais &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;e de mani&#232;re convaincante. Changer l'ordre des individus dans la &#171; file d'attente &#187; ne suffit pas &#224; cr&#233;er des emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une information du Canard encha&#238;n&#233; du 26 ao&#251;t donne une id&#233;e assez &#233;vocatrice de la conception qu'a le gouvernement de ce qu'est un emploi utile. A Jean-Michel Blanquer qui demandait &#224; Bercy l'embauche de 3 000 enseignants suppl&#233;mentaires, le Pr&#233;sident et son Premier ministre auraient r&#233;pondu que : &#171; C'est le genre de cr&#233;ations d'emplois qui vont aggraver le d&#233;ficit et qui ne servent pas &#224; redresser le pays. &#187; Que l'anecdote soit av&#233;r&#233;e ou non, la r&#233;ticence du gouvernement &#224; relancer l'emploi public est manifeste et, l&#224; encore, les le&#231;ons de la crise ne sont pas tir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de la &#171; confiance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan ne tient pas compte du fait que l'emploi n'a pas &#233;t&#233; frapp&#233; de mani&#232;re homog&#232;ne et qu'il a donc subi des distorsions durables. Cela signifie que la question ne sera pas seulement le volume d'emploi total, mais aussi les r&#233;allocations sectorielles n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croit-on par exemple que le transport a&#233;rien va red&#233;marrer comme avant ? Et, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, peut-on imaginer qu'une v&#233;ritable transition &#233;nerg&#233;tique ne n&#233;cessite pas une profonde restructuration de l'emploi ? Il faut en tout cas beaucoup de confiance &#224; l'&#233;ditorialiste du Monde pour &#233;crire : &#171; Il faudra que la formation professionnelle, r&#233;form&#233;e au d&#233;but du quinquennat, montre sa capacit&#233; &#224; accompagner les salari&#233;s face &#224; la transformation de notre &#233;conomie. C'est &#224; ce prix que se gagnera la confiance n&#233;cessaire pour que les entreprises, les salari&#233;s, les collectivit&#233;s locales et les m&#233;nages jouent le jeu d'une relance qui doit profiter &#224; tous &#187;. Comme s'il s'agissait de &#171; confiance &#187; et de &#171; jouer le jeu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, on pourrait imaginer accompagner cette restructuration par des cr&#233;ations ex nihilo d'emplois publics ou assimil&#233;s et une r&#233;duction du temps de travail qui permettrait d'&#233;viter les licenciements et cr&#233;erait un contexte favorable aux r&#233;allocations. En Allemagne, le syndicat IG Metall sugg&#232;re par exemple d'instaurer une semaine de quatre jours. Mais le plan tourne le dos &#224; ces pistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les oubli&#233;s de la crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pari sur la lib&#233;ration de l'&#233;pargne &#171; forc&#233;e &#187; fait aussi l'impasse sur tous ceux qui sont pass&#233;s &#224; travers les mailles du filet des mesures d&#233;j&#224; prises. Les ind&#233;pendants, par exemple, ne peuvent plus pr&#233;tendre aux aides de l'Etat depuis le mois de juillet, et leur syndicat demande que cette aide soit prolong&#233;e jusqu'en d&#233;cembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, tout le monde a remarqu&#233; que seulement 800 millions d'euros &#233;taient pr&#233;vus par le plan en faveur des plus d&#233;munis. Il aurait &#233;t&#233; pourtant judicieux de &#171; profiter &#187; de la crise pour augmenter le Smic (en hommage aux travailleurs &#171; essentiels &#187;) ainsi que les minima sociaux (avec &#233;videmment le risque d'une mesure p&#233;renne). Noam Leandri et Louis Maurin de l'Observatoire des in&#233;galit&#233;s avaient &#233;valu&#233; &#224; 7 milliards d'euros ce que co&#251;terait l'&#233;radication de la grande pauvret&#233;. Elargir le RSA aux jeunes de moins de 25 ans, comme le sugg&#232;re Tom Chevalier, chercheur au CNRS, aurait &#233;t&#233; opportun pour la p&#233;riode &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sym&#233;triquement, le plan n'envisage pas &#171; de faire contribuer les gagnants de la crise &#224; la relance &#187;, constatent l'&#233;conomiste David Cayla et le politiste Thomas Gu&#233;nol&#233;. Mais s'agit-il vraiment d'un &#171; &#233;cueil grave du plan gouvernemental &#187; ? On pourrait plut&#244;t consid&#233;rer qu'il s'agit d'un trait caract&#233;ristique de ce plan : il ne pr&#233;voit &#224; peu pr&#232;s rien pour parer au creusement des in&#233;galit&#233;s que la crise va engendrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un plan impuissant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, le gouvernement n'a pas compris que les objectifs de r&#233;orientation de l'&#233;conomie ne sauraient &#234;tre atteints par les seuls m&#233;canismes de march&#233;. C'est pourtant Emmanuel Macron qui affirmait en mars dernier : &#171; Ce que r&#233;v&#232;le cette pand&#233;mie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent &#234;tre plac&#233;s en dehors des lois du march&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de la r&#233;industrialisation et des relocalisations. Selon le ministre de la Relance Bruno Le Maire : &#171; D&#233;localiser notre industrie a &#233;t&#233; une faute majeure. &#187; Mais &#224; qui la faute ? Dans une &#233;conomie mondialis&#233;e, les d&#233;localisations vers des zones &#224; bas salaires sont parfaitement rationnelles, et elles ont &#233;t&#233; en partie un facteur de comp&#233;titivit&#233; des grands groupes fran&#231;ais. Qu'est-ce qui, dans le plan de relance, peut r&#233;ellement inciter ceux-ci &#224; rapatrier leurs sources d'approvisionnement ? La montagne accouche d'ailleurs d'une souris : en cumulant les lignes relocalisation et d&#233;carbonation, on n'arrive qu'&#224; 2,5 milliards d'euros, comme le souligne l'&#233;conomiste Gabriel Colletis, dans un entretien &#224; Alternatives Economiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui garantit que certains de ces grands groupes, par exemple PSA, ne sont pas d&#233;j&#224; en train de planifier le red&#233;ploiement de leurs sous-traitants vers des pays moins-disants ? L'obstination &#224; faire passer des trait&#233;s de libre-&#233;change, comme le Ceta, est-elle vraiment en phase avec la volont&#233; affich&#233;e de relocaliser les activit&#233;s ? L&#224; encore, on ne peut que constater l'absence totale de toute conditionnalit&#233;, de toute contrepartie aux aides publiques. Les grands groupes planifient, mais l'Etat ne le fait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le plan de relance fait l'impasse sur les disruptions engendr&#233;es par la crise. Il est donc incapable d'anticiper sur la trajectoire &#224; suivre. Le minimum aurait &#233;t&#233; d'instaurer une v&#233;ritable conditionnalit&#233;, voire sous le contr&#244;le (r&#234;vons un peu) des organisations syndicales. La crise du coronavirus a en quelque sorte r&#233;v&#233;l&#233; toutes les limites du mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral et fait appara&#238;tre la n&#233;cessit&#233; d'une bifurcation. Or, toutes les transformations n&#233;cessaires supposent une dose de planification permettant de tordre les fameuses lois du march&#233; pour faire pr&#233;valoir les grandes orientations que se donne la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement, ce ne sera pas la feuille de route du nouveau haut-commissaire au Plan Fran&#231;ois Bayrou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; (Article publi&#233; dans Alternatives &#233;conomiques, le 7 septembre 2020)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;conomie mondiale en plein chaos</title>
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		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2020-05-19</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; N'importe quel enfant sait que toute nation cr&#232;verait, qui cesserait le travail, je ne veux pas dire pour un an, mais ne f&#251;t-ce que pour quelques semaines. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; par A l'encontre le 17 - mai - 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
La pand&#233;mie a profond&#233;ment d&#233;sorganis&#233; l'&#233;conomie mondiale. Plut&#244;t que de chercher &#224; faire des pr&#233;visions, cet article voudrait montrer pourquoi c'est un exercice impossible. La logique de cette crise est en effet in&#233;dite, et la mani&#232;re d'en sortir va d&#233;pendre de facteurs non seulement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-05-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-05-19&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH88/arton43620-30ae6.jpg?1781035305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; N'importe quel enfant sait que toute nation cr&#232;verait, qui cesserait le travail, je ne veux pas dire pour un an, mais ne f&#251;t-ce que pour quelques semaines. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; par &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/laune/leconomie-mondiale-en-plein-chaos.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A l'encontre&lt;/a&gt; le 17 - mai - 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie a profond&#233;ment d&#233;sorganis&#233; l'&#233;conomie mondiale. Plut&#244;t que de chercher &#224; faire des pr&#233;visions, cet article voudrait montrer pourquoi c'est un exercice impossible. La logique de cette crise est en effet in&#233;dite, et la mani&#232;re d'en sortir va d&#233;pendre de facteurs non seulement &#233;conomiques, mais aussi sanitaires et socio-politiques. On insistera plus longuement sur les cons&#233;quences de cette crise pour la gestion des dettes en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;sarticulation de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise est d'une brutalit&#233; inou&#239;e, comme l'illustre, parmi d'autres, ce graphique spectaculaire, qui donne le nombre de ch&#244;meurs d&#233;clar&#233;s aux &#201;tats-Unis [1].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_1.jpg?5052/8eea0de160b887b74e52f2c215f7d87577a90eb8af70260e0021e5d8960f68d1&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH309/8eea0de160b887b7-4e354e79-df743.jpg?1781035306' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avions rappel&#233; dans une pr&#233;c&#233;dente contribution que &#171; le coronavirus ne contamine pas un organisme sain mais un organisme d&#233;j&#224; atteint de maladies chroniques [2] &#187;. Cependant l'impact de la crise ne peut totalement s'expliquer par les faiblesses du syst&#232;me r&#233;ellement existant. On peut d'ailleurs penser que la pand&#233;mie aurait eu de toute mani&#232;re des effets violents, m&#234;me sur une &#233;conomie &#171; saine &#187;. Cette crise n'est pas n&#233;e dans la sph&#232;re financi&#232;re, mais directement dans ce que l'on appelle l'&#233;conomie &#171; r&#233;elle &#187;. On ne peut donc l'analyser de la m&#234;me mani&#232;re que la crise pr&#233;c&#233;dente, celle de 2008. Ce sont en effet les relations productives qui ont &#233;t&#233; directement bloqu&#233;es, et les canaux de transmission sont donc compl&#232;tement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes distinguent volontiers les &#171; chocs d'offre &#187; et les &#171; chocs de demande &#187;, mais cette distinction, qui n'a sans doute jamais eu grand sens, n'en a manifestement aucun dans le cas de cette crise. C'est l'ensemble des sch&#233;mas de reproduction &#8211; pour reprendre une notion marxiste &#8211; qui ont &#233;t&#233; d&#233;sarticul&#233;s. L'important dans l'analyse de Marx est que les conditions de cette reproduction portent &#224; la fois sur la production de marchandises &#8211; et de plus-value (&#171; l'offre &#187;) &#8211; et sur la demande sociale capable de &#171; r&#233;aliser &#187; cette plus-value. Or, les conditions de cette reproduction ne sont plus assur&#233;es dans les circonstances actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de regarder les diff&#233;rentes composantes de cette offre et de cette demande pour comprendre pourquoi. Le confinement a pour effet imm&#233;diat la chute de la consommation et de la production : des entreprises sont &#224; l'arr&#234;t et donc ne produisent plus rien, des commerces sont ferm&#233;s, et les consommateurs sont confin&#233;s. Les investissements sont &#233;videmment au point mort en raison de la chute des carnets de commandes, mais aussi de l'incertitude sur les perspectives. Enfin, le commerce mondial s'est r&#233;tract&#233;. On voit bien l'interaction indissoluble entre offre et demande, dont les pr&#233;visions officielles ne tiennent pas compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas de reprise &#171; en V &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On partira ici des derni&#232;res pr&#233;visions de la Commission europ&#233;enne (celles du FMI ne sont pas qualitativement diff&#233;rentes) [3]. La lecture du tableau ci-dessous montre que, pour tous les pays, la Commission pr&#233;voit une reprise &#171; en V &#187;, autrement dit une chute en 2020, suivie d'une reprise en 2021 : -7,7 % en 2020 puis +6,3 % en 2021 pour la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH356/38370c810a8ca13f-c64e663e-2801f.jpg?1781035306' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es concernant 2020 sont provisoires et illustrent l'ampleur du choc. Mais, comme il s'agit de croissance moyenne d'une ann&#233;e sur l'autre, elles supposent implicitement une reprise &#233;norme d&#232;s la seconde moiti&#233; de l'ann&#233;e. Dans le cas de la France, le gouvernement a construit son dernier budget sur une hypoth&#232;se de recul du PIB de 8 % pour 2020 mais, compte tenu de la baisse d&#233;j&#224; enregistr&#233;e, cela revient &#224; postuler une croissance tr&#232;s improbable de 35% au troisi&#232;me trimestre et 16% au quatri&#232;me [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur intimit&#233;, les &#233;conomistes sont angoiss&#233;s (ou devraient l'&#234;tre) devant cette &#171; &#233;conomie du trou noir [5] &#187;. En tout cas, leurs pr&#233;visions pour 2021 sont absolument ridicules. Elles postulent en effet que le d&#233;confinement sera total &#224; partir du second semestre de 2020. Mais c'est ignorer une caract&#233;ristique essentielle de cette crise, celle de combiner deux m&#233;canismes : la mise &#224; l'arr&#234;t de l'&#233;conomie &#8211; une r&#233;cession que l'on pourrait qualifier de &#171; normale &#187; si elle n'&#233;tait pas d'une violence exceptionnelle &#8211; et une crise sanitaire qui induit un cycle sp&#233;cifique. Autrement dit, la reprise sera brid&#233;e par des facteurs extra-&#233;conomiques qui pourraient enclencher des fluctuations de type ondulatoire. C'&#233;tait l'hypoth&#232;se formul&#233;e dans une pr&#233;c&#233;dente contribution [6] qui est corrobor&#233;e par une &#233;tude r&#233;cente [7], dont on tire le graphique ci-dessous : il illustre bien la trajectoire possible du nombre de personnes contamin&#233;es dans le sc&#233;nario le moins pessimiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5054 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH196/141c4c43a063aa75-294c60c7-48512.jpg?1781035306' width='500' height='196' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous nos sc&#233;narios en forme de V, nous les avons mis de c&#244;t&#233; &#187;, reconna&#238;t un &#233;conomiste d'entreprise [8]. Bref, une reprise en V para&#238;t exclue parce que l'arr&#234;t de l'&#233;conomie a &#233;t&#233; brutal, alors que le d&#233;confinement sera n&#233;cessairement progressif. A cela s'ajoutent des facteurs proprement &#233;conomiques qui font obstacle &#224; une reprise rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confinement mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;sarticulation des cha&#238;nes de valeur mondiales va bloquer durablement les &#233;changes de marchandises. La crise pr&#233;c&#233;dente avait d&#233;j&#224; fait reculer durablement leur progression : &#224; partir de 2011, la tendance est inf&#233;rieure &#224; ce qu'elle &#233;tait entre 1990 et 2008, comme le montre le graphique ci-dessous. La crise actuelle aura &#224; court terme le m&#234;me effet, et c'est le sc&#233;nario pessimiste de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) [9] qui semble le plus vraisemblable : ici encore pas de retour &#224; la tendance ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5055 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_4.jpg?5055/e95ac7992d1473ae173d4e8192a3db83d90384dadc7e0d8a037eb403f9d253d9&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH301/e95ac7992d1473ae-f797f89f-19f86.jpg?1781035307' width='500' height='301' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent les r&#233;percussions de la crise sur les pays du Sud. Contrairement aux craintes que l'on pouvait avoir, la pand&#233;mie s'est relativement peu &#233;tendue en Afrique pour l'instant, et c'est heureux. Mais dans un grand nombre de pays du Sud, on craint davantage la faim que le virus, parce que la crise r&#233;duit l'activit&#233; &#233;conomique et les ressources disponibles [10]. En outre, les cha&#238;nes d'approvisionnement alimentaires, fortement mondialis&#233;es, ont &#233;t&#233; comme les autres d&#233;sorganis&#233;es [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le choc du Covid-19 ne fait que mettre en lumi&#232;re ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; une crise de la dette souveraine &#224; &#233;volution rapide dans les pays en d&#233;veloppement &#187; &lt;/i&gt; signale la CNUCED (Conf&#233;rence des Nations Unies sur le commerce et le d&#233;veloppement) [12]. Ces pays &#233;taient d&#233;j&#224; &#233;cras&#233;s par le poids de la dette : par exemple, les pays africains y consacraient plus d'argent qu'&#224; la sant&#233;. Avec la crise, ils sont confront&#233;s &#224; une d&#233;gradation de leur commerce ext&#233;rieur, la chute des prix (le p&#233;trole !) et au reflux des capitaux internationaux. Certes, le FMI a d&#233;cid&#233; de suspendre les remboursements et les int&#233;r&#234;ts de la dette pour cette ann&#233;e et la suivante, et le Club de Paris, qui regroupe les principaux cr&#233;anciers, a fait de m&#234;me pour cette ann&#233;e en ce qui concerne les pays africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la CNUCED a raison de souligner que cette suspension&lt;i&gt; &#171; repose sur l'hypoth&#232;se h&#233;ro&#239;que que le choc du Covid-19 sera de courte dur&#233;e, et que le business as usual reprendra en 2021 &#187;. &lt;/i&gt; Elle lance un appel solennel &#224; une annulation des dettes car &#171; la d&#233;vastation que la crise risque de causer si des mesures d&#233;cisives ne sont pas prises devrait constituer une motivation plus que suffisante pour que la communaut&#233; internationale s'oriente enfin vers un cadre coh&#233;rent et complet pour traiter de la dette souveraine insoutenable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, la reconstitution des cha&#238;nes de valeur globales va &#234;tre &#233;galement frein&#233;e par la volont&#233; de nombreux gouvernements d'aider sp&#233;cifiquement leurs entreprises et d'encourager la relocalisation de productions. M&#234;me si ces tentatives resteront sans doute vaines, elles illustrent &#224; nouveau l'imbrication des dimensions sanitaire et &#233;conomique de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autre dette : les entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_5.jpg?5056/82385805fd22bc51a4fe94f26b78766728ef6eabe6925d302abf2271f51199b2&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH299/82385805fd22bc51-7bfc00d9-0d96b.jpg?1781035307' width='500' height='299' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endettement des entreprises avait d&#233;j&#224; atteint un niveau &#233;lev&#233; de pr&#232;s de 110 % du PIB dans la zone euro, soit plus que les dettes publiques. Le graphique ci-contre [13] montre en outre que la courbe augmente en escalier : chaque augmentation de l'endettement (par exemple avec la crise de 2008) est suivie d'une p&#233;riode de d&#233;sendettement. Puis la courbe repart &#224; la hausse, etc. On peut facilement la prolonger : la crise du coronavirus va conduire &#224; une nouvelle mont&#233;e de l'endettement qui va conduire les entreprises &#224; chercher &#224; se d&#233;sendetter en freinant les salaires et l'investissement (mais sans doute pas les dividendes, il faut bien rassurer les actionnaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les obstacles &#224; une reprise &#171; normale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les obstacles &#224; une reprise rapide, il faudrait encore citer la d&#233;formation de la structure sectorielle de la demande au d&#233;triment des biens industriels, les stocks &#224; &#233;couler et les pertes de productivit&#233; du travail, sans parler du risque de rebond de l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire. Nous nous bornerons &#224; reproduire ici la conclusion d'une pr&#233;c&#233;dente contribution d&#233;j&#224; cit&#233;e (note 7).&lt;br class='autobr' /&gt;
1.Les entreprises, endett&#233;es et aux d&#233;bouch&#233;s incertains, vont h&#233;siter &#224; investir et chercher &#224; r&#233;duire les emplois et les salaires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.Les m&#233;nages, appauvris ou inquiets, vont r&#233;duire leur consommation, privil&#233;gier une &#233;pargne de pr&#233;caution ou reporter leurs achats de biens durables ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.Les Etats vont finir par chercher &#224; &#171; assainir &#187; les finances publiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.Les cha&#238;nes de valeur sont d&#233;sorganis&#233;es et le commerce international va ralentir ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.Les pays &#233;mergents, impact&#233;s par les sorties de capitaux et par la baisse des prix des mati&#232;res premi&#232;res, vont contribuer &#224; la r&#233;tractation de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'endettement public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_6.jpg?5057/deb994daaf0fbb9b1769a6c96151a03059bfe1ec975cf5faf47278abfc22b37e&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH283/deb994daaf0fbb9b-a15aebd0-79232.jpg?1781035308' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'impact imm&#233;diat de la crise est un creusement spectaculaire des d&#233;ficits publics et donc une augmentation des dettes publiques, en raison des pertes de ressources li&#233;es &#224; la baisse de l'activit&#233; et des d&#233;penses de soutien aux m&#233;nages et aux entreprises. C'est vrai pour tous les pays de la zone euro, comme le montre le tableau ci-dessous &#233;tabli par la Commission europ&#233;enne [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont &#233;videmment provisoires, mais ils permettent de prendre la mesure de l'ampleur du choc. Pour l'Espagne, le d&#233;ficit public devrait passer de 2,8 % du PIB en 2019 &#224; 10,1 % en 2020. Quant &#224; l'encours de dette publique, il devrait augmenter de 95,5 % du PIB en 2019 &#224; 115,6 % en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la question est alors de savoir comment cette dette va &#234;tre &#171; pay&#233;e &#187;. Il y a plusieurs m&#233;thodes, dont on peut faire rapidement la liste : inflation, restructuration, annulation, mon&#233;tisation, taxation, aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, l'inflation a souvent &#233;t&#233; (notamment apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale) un moyen de r&#233;duire le poids r&#233;el de l'endettement. Elle jouera peut-&#234;tre un r&#244;le dans les ann&#233;es &#224; venir, mais ce n'est pas un instrument que l'on peut manipuler, et la d&#233;flation semble tout aussi probable. En outre, c'est un m&#233;canisme aveugle qui, certes, frappe les rentiers, mais peut aussi appauvrir les salari&#233;s et les retrait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aust&#233;rit&#233; ne peut avoir que des effets d&#233;sastreux pour la majorit&#233; de la population, comme les exp&#233;riences r&#233;centes en Gr&#232;ce, en Espagne ou au Portugal l'ont suffisamment montr&#233;. Mais si l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire semble exclue pour l'instant, l'aust&#233;rit&#233; salariale risque d'&#234;tre au rendez-vous. L'un des enjeux de la sortie de crise sera de tout faire pour emp&#234;cher que &#171; le financement d'aujourd'hui soit la dette de demain et les ajustements structurels d'apr&#232;s-demain &#187; pour reprendre la formule tr&#232;s juste de Daniel Albarrac&#237;n [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration de la dette consiste &#224; r&#233;duire son poids r&#233;el &#224; l'issue d'une n&#233;gociation avec les cr&#233;anciers. L'annulation est quant &#224; elle une mesure unilat&#233;rale. Nous reviendrons sur ces options plus radicales, apr&#232;s avoir examin&#233; celles qui animent plus largement le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dieu merci, il y a la BCE !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re proposition consiste &#224; utiliser le MES (M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233;) mis en place lors de la pr&#233;c&#233;dente crise. Il dispose actuellement de 410 milliards d'euros mais pourrait &#233;mettre de nouvelles obligations au cas o&#249; davantage de ressources seraient n&#233;cessaires. Mais on se retrouverait dans la situation o&#249; les pays demandeurs devraient accepter en contrepartie un protocole d'accord (MoU, Memory of Understanding) semblable &#224; ceux, de sinistre m&#233;moire, qui avaient &#233;t&#233; impos&#233;s notamment &#224; la Gr&#232;ce ou &#224; l'Espagne. Les pays devraient en pratique se soumettre aux institutions qui seraient incit&#233;es &#224; pr&#244;ner rapidement des mesures d'aust&#233;rit&#233;. Certes, on pourrait toujours imaginer une moindre conditionnalit&#233;, mais cette perspective est trop &#233;loign&#233;e de la logique de contr&#244;le qui a permis la mise en &#339;uvre de ce dispositif. En outre, sans la conditionnalit&#233;, les march&#233;s auraient une probable r&#233;ticence &#224; souscrire &#224; de nouvelles &#233;missions du MES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me option est de prolonger ce que la BCE a d&#233;j&#224; mis en place, et qui est d'ores et d&#233;j&#224; consid&#233;rable. Apr&#232;s un faux pas de Christine Lagarde &#8211; sa pr&#233;sidente, affirmant que la BCE n'avait pas &#224; se pr&#233;occuper des spreads (les diff&#233;rences entre les taux d'int&#233;r&#234;t de chaque Etat de la zone euro) &#8211; le pas a &#233;t&#233; franchi, avec le lancement d'un &#171; programme d'achats d'urgence face &#224; la pand&#233;mie &#187; (Pandemic Emergency Purchase Programme, PEPP) de 750 milliards d'euros. La BCE pourra racheter des titres de la dette des &#201;tats membres sur le march&#233; secondaire et n'aura pas &#224; suivre la r&#232;gle ant&#233;rieure sur les proportions &#224; respecter selon le poids de chaque Etat dans le capital de la BCE. Par ailleurs, les r&#232;gles pr&#233;vues par le Pacte de stabilit&#233; et de croissance en mati&#232;re de d&#233;ficit et d'endettement publics sont suspendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en r&#233;alit&#233; une rupture par rapport aux r&#232;gles, une forme de contournement des trait&#233;s europ&#233;ens. Les juges de la cour de Karlsruhe (le Tribunal constitutionnel f&#233;d&#233;ral allemand) ne s'y sont pas tromp&#233;s, en cherchant &#224; brider cette initiative de la BCE. C'est l'occasion de rendre &#224; la BCE un hommage certes inhabituel : elle a pour l'instant mieux r&#233;agi, et plus vite, que lors de la pr&#233;c&#233;dente crise : &#171; Dieu merci, il y a la BCE ! &#187;, voil&#224; comment les responsables du minist&#232;re des Finances fran&#231;ais expriment leur soulagement [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coronabonds&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me proposition serait l'&#233;mission de coronabonds, qui reprend celle d'eurobonds, d&#233;j&#224; avanc&#233;e sans succ&#232;s lors de la pr&#233;c&#233;dente crise. Les titres de la dette publique seraient &#233;mis directement au niveau europ&#233;en. Autrement dit, il s'agirait d'une dette europ&#233;enne et non plus d'une dette espagnole, fran&#231;aise, etc. Cette mutualisation aurait l'avantage de supprimer les &#233;carts de taux d'int&#233;r&#234;t d'un pays &#224; l'autre et de pr&#233;venir ainsi toute crise sp&#233;cifique frappant les pays les plus fragiles, comme cela s'&#233;tait produit lors de la crise des dettes souveraines en Europe. Le taux d'int&#233;r&#234;t unique serait sans doute interm&#233;diaire entre celui de l'Allemagne et ceux de l'Italie ou de l'Espagne, mais peut-&#234;tre relativement proche de celui de l'Allemagne, si les march&#233;s sont &#171; rassur&#233;s &#187; par la garantie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que ces eurobonds, ou coronabonds en l'occurrence, resteraient soumis au bon vouloir des march&#233;s. En outre, si ce dispositif &#233;tait limit&#233; aux nouvelles obligations li&#233;es &#224; la crise, il ne supprimerait pas tout risque. En effet les diff&#233;rents pays &#233;mettent chaque ann&#233;e de nouvelles obligations destin&#233;es &#224; rembourser celles qui sont arriv&#233;es &#224; &#233;ch&#233;ance (ils font &#171; rouler &#187; la dette) et c'est &#224; ce moment que les march&#233;s pourraient faire pression et introduire de nouveaux &#233;carts entre les pays. Enfin, l'argent d&#233;vers&#233; par la BCE quand elle rach&#232;te des titres de la dette publique sur le march&#233; ne peut que susciter une hausse des achats d'actifs financiers et donc de leur prix, et c'est d'ailleurs pour cette raison que les bourses, apr&#232;s avoir fortement chut&#233;, ont r&#233;cup&#233;r&#233; pr&#232;s de la moiti&#233; de cette baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le non-paper espagnol&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des propositions les plus innovantes est celle que le gouvernement espagnol a avanc&#233;e timidement, sous forme d'un non-paper [17]. Un fonds de soutien serait mis en place, financ&#233; par une dette perp&#233;tuelle europ&#233;enne ; il devrait &#234;tre de l'ordre de 1500 milliards d'euros, soit environ 10 % du PIB europ&#233;en. Des subventions et non des pr&#234;ts seraient accord&#233;es aux Etats membres par le biais du budget de l'Union europ&#233;enne, proportionnellement aux d&#233;g&#226;ts encourus par chaque Etat membre (pourcentage de la population touch&#233;e, baisse du PIB, augmentation du ch&#244;mage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs points importants dans le plan espagnol. Le premier est la proposition d'une dette perp&#233;tuelle. Une dette perp&#233;tuelle est, comme son nom l'indique, une dette qui n'est jamais rembours&#233;e : seuls les int&#233;r&#234;ts sont vers&#233;s. On pourrait imaginer que ce soit chaque Etat membre qui &#233;mette ses propres obligations perp&#233;tuelles (ou &#224; &#233;ch&#233;ance tr&#232;s &#233;loign&#233;e dans le temps, &#224; 50 ou 100 ans). C'est, soit dit en passant, ce que Yanis Varoufakis, le ministre des Finances grec, avait propos&#233;, sans succ&#232;s, au d&#233;but de 2015. Le budget de la zone euro, &#233;ventuellement &#233;largi, servirait de garantie. Mais faudrait-il encore que les march&#233;s acceptent de souscrire &#224; ces &#233;missions : ils resteraient ici encore les d&#233;cideurs en dernier ressort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e suppl&#233;mentaire du plan espagnol est que cette dette perp&#233;tuelle serait &#233;mise au niveau europ&#233;en et que les int&#233;r&#234;ts seraient pay&#233;s &#224; partir de nouveaux imp&#244;ts &#233;tablis eux aussi au niveau europ&#233;en. Pour le Financial Times, les m&#233;rites de ce projet sont &#171; irr&#233;futables [18] &#187;. En premier lieu, il est &#224; la hauteur de la crise. La taille du fonds propos&#233; est en effet du m&#234;me ordre de grandeur que le choc attendu sur l'activit&#233; &#233;conomique : 10 % du PIB. En dessous de cette taille, il s'agirait d'une &#171; r&#233;ponse budg&#233;taire inad&#233;quate &#224; la r&#233;cession du Covid-19 &#187;. Le deuxi&#232;me grand avantage de ce plan est qu'il permet de r&#233;duire les divergences entre pays et &#224; promouvoir l'id&#233;e d'une harmonisation fiscale au niveau europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on ne peut que partager l'avertissement du Financial Times : &#171; Le seul v&#233;ritable argument contre ce projet est tr&#232;s simple : il y en a qui pr&#233;f&#233;reraient que chaque gouvernement reste seul en charge des besoins de ses propres citoyens. Mais ils devraient faire preuve d'honn&#234;tet&#233; quant aux effets de ce qu'ils pr&#233;conisent. Si la r&#233;ponse &#224; la crise reste avant tout nationale, l'Europe sera soumise &#224; des divergences &#233;conomiques encore plus marqu&#233;es, et peut-&#234;tre de fa&#231;on permanente. Si cela se produit, ce sera par choix et non par accident &#187;. Il est vrai que ce plan a peu de chance d'&#234;tre mis en place : il suffit de se rappeler la dispute entre Etats &#224; propos du budget europ&#233;en, pr&#232;s de dix fois inf&#233;rieure &#224; la proposition espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une annulation discr&#232;te ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il aller vers une annulation, en tout ou partie, des dettes publiques ? Ce serait conforme, selon Alain Minc, &#224; la &#171; logique intellectuelle &#187;. Que cet admirateur de la &#171; mondialisation heureuse &#187; et conseiller discret de Macron en vienne &#224; de telles affirmations est aussi un effet de la crise. Mais comme l'annulation des dettes serait une provocation inacceptable pour les march&#233;s, Minc se rabat sur une proposition qui apr&#232;s tout fait sens : &#171; La voie la plus naturelle serait que la Banque centrale &#233;change des bons du Tr&#233;sor contre des titres &#224; bas taux d'int&#233;r&#234;t, perp&#233;tuels ou &#224; 50 ou 100 ans. La dette publique serait ainsi divis&#233;e en deux parties : une dette priv&#233;e [fonctionnant comme avant] et une dette publique, perp&#233;tuelle ou &#224; tr&#232;s longue &#233;ch&#233;ance, qui ne p&#232;serait pas sur la solvabilit&#233; du d&#233;biteur [19] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une proposition analogue est int&#233;ressante parce qu'elle fait le lien entre la question de la dette et la lutte contre le r&#233;chauffement climatique a &#233;t&#233; avanc&#233;e. Le dispositif &#171; consisterait en une annulation des dettes publiques d&#233;tenues par la BCE qui serait conditionn&#233;e &#224; l'engagement de sommes &#233;quivalentes, par les &#201;tats, dans des investissements bas carbone [20] &#187;. Il faudrait syst&#233;matiser ce qui existe d&#233;j&#224;, &#224; savoir que, depuis la mise en place du quantitative easing, la BCE d&#233;tient une partie importante de la dette publique, comme on le voit dans le graphique ci-dessous [21]. Et la BCE n'a plus vraiment d'autres munitions. L'alternative est peut-&#234;tre finalement la suivante : soit cette solution rationnelle est adopt&#233;e, soit la zone euro &#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5058 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/husson_7.jpg?5058/ab8d7a9a93b84e273e4ec448c5fc9fca014beee67f0320e69064caf0a725c28a&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH337/ab8d7a9a93b84e27-86ccbccb-42644.jpg?1781035308' width='500' height='337' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire payer les puissants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que la mont&#233;e des dettes publiques, avant la crise, &#233;tait en partie la cons&#233;quence d'une auto-r&#233;duction des recettes fiscales des Etats. C'est de ce principe aussi qu'il faut s'inspirer pour envisager la gestion des d&#233;ficits li&#233;s &#224; la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occasion est donn&#233;e de revenir sur des d&#233;cennies de contre-r&#233;formes fiscales en r&#233;introduisant au niveau qui est n&#233;cessaire l'imposition du capital, des b&#233;n&#233;fices et des dividendes des grandes entreprises et des hauts revenus. Les circonstances appellent une r&#233;forme fiscale durable permettant d'&#233;ponger l'impact de la crise et d'accompagner une bifurcation sociale et &#233;cologique. L'id&#233;al serait &#233;videmment de r&#233;aliser cette r&#233;forme &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, afin d'&#233;viter fuites de capitaux et dumping fiscal. M&#234;me si cela peut sembler hors de port&#233;e, il faut affirmer la n&#233;cessit&#233; et le droit pour chaque Etat d'entamer de telles r&#233;formes, tout en menant le combat pour qu'elle puisse &#234;tre &#233;tendue au plus grand nombre possible de pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute utile de mettre en avant une mesure phare comme le r&#233;tablissement de l'ISF en France, ou l'instauration d'une &#171; taxe-Covid &#187;, dont la formulation actuelle pr&#233;sente cependant des limites, dans la mesure o&#249; il s'agit d'une taxe exceptionnelle et propos&#233;e directement au niveau europ&#233;en [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insoumission aux &#171; march&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des dettes est un bon r&#233;v&#233;lateur des enjeux europ&#233;ens. Derri&#232;re les d&#233;bats tr&#232;s techniques, il y a des questions &#233;minemment politiques. La premi&#232;re est soulev&#233;e par le principe de mutualisation, qu'elle qu'en soit la forme instrumentale. L'alternative est la suivante : soit chaque pays se d&#233;brouille seul face &#224; ses probl&#232;mes, soit un degr&#233; suppl&#233;mentaire d'int&#233;gration est mis en &#339;uvre &#224; l'occasion de cette crise, ce qui serait &#233;videmment la solution rationnelle face &#224; une pand&#233;mie qui ne conna&#238;t pas de fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le risque est grand que cette &#233;tape ne soit pas franchie et qu'au contraire on assiste &#224; un repli sur les suppos&#233;s int&#233;r&#234;ts nationaux, port&#233; par des orientations politiques de type souverainiste. Mais cela signifierait une divergence accrue entre les pays de l'Union europ&#233;enne, avec une tendance &#224; la vassalisation des pays du Sud (&#224; l'image de la Gr&#232;ce) qui pourrait par contrecoup conduire &#224; l'&#233;clatement de la zone euro, dont on peut penser qu'il serait un d&#233;sastre partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second enjeu est le rapport aux &#171; march&#233;s &#187;, &#224; savoir les puissances financi&#232;res et &#233;conomiques. Toute la construction europ&#233;enne s'est faite selon le principe de la soumission &#224; ces &#171; march&#233;s &#187; qu'il convient de constamment &#171; rassurer &#187;, notamment dans la gestion de la dette publique et en mati&#232;re fiscale. La crise a conduit la BCE &#224; se soustraire, au moins partiellement, &#224; cette soumission, mais cette &#171; infraction &#187; risque bien d'&#234;tre temporaire. Au moins la crise sanitaire aura-t-elle pos&#233; en termes tr&#232;s concrets cette question fondamentale : un Etat doit pouvoir mener les politiques publiques qu'il entend pour produire des &#171; biens communs &#187; tels que la sant&#233; sans avoir &#224; rendre des comptes aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s dont les march&#233;s sont les repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin la conditionnalit&#233; devrait &#234;tre une exigence essentielle. Au plus fort de la crise, les gouvernements soutiennent les m&#233;nages et les entreprises, et c'est &#233;videmment utile. Mais les aides aux entreprises devraient &#234;tre au moins assorties de conditions, par exemple dans le cas des 7 milliards d'euros que le gouvernement est dispos&#233; &#224; verser &#224; Air France. Plut&#244;t que de chercher &#224; revenir &#224; l'&#233;tat ant&#233;rieur, mieux vaudrait restructurer toute une s&#233;rie d'industries, apr&#232;s les avoir nationalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les orientations les plus favorables au bien-&#234;tre des peuples se heurteront aussi aux dogmes de l'&#233;conomie dominante et aux appels &#224; l'effort et aux restrictions. Mais derri&#232;re ces dogmes se profilent, comme toujours, les int&#233;r&#234;ts des poss&#233;dants, dont l'&#233;go&#239;sme et la cupidit&#233; peuvent se combiner avec l'invocation des int&#233;r&#234;ts nationaux. Voil&#224; pourquoi les pr&#233;visions &#233;conomiques sont impossibles dans les p&#233;riodes de tourmente sociale. Voil&#224; aussi pourquoi la sortie de crise sera l'enjeu de confrontations sociales et politiques. (15 mai 2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Source : Bureau of Labor Statistics. Voir aussi cette animation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Michel Husson, &#171; Le n&#233;o-lib&#233;ralisme contamin&#233; &#187;, A l'encontre, 31 mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Commission europ&#233;enne, Forecast Spring 2020 ; FMI, The Great Lockdown, World Economic Outlook, April 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Eric Heyer, &#171; Une croissance de -8 % en 2020 est-elle encore possible ? &#187;, OFCE, 5 mai 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marie Charrel, &#171; Face &#224; la crise, les &#233;conomistes angoiss&#233;s par l'&#233;conomie du trou noir &#187;, Le Monde,14 mai 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Michel Husson, &#171; Rebond ou plongeon ? &#187;, A l'encontre, 29 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Kristine A. Moore et al., &#171; The Future of the COVID-19 Pandemic : Lessons Learned from Pandemic Influenza &#187;, CIDRAP, April 30th, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] cit&#233; par Paul Hannon et Saabira Chaudhuri, &#171; Why the Economic Recovery Will Be More of a 'Swoosh' Than V-Shaped &#187;, The Wall Street Journal, May 11, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] WTO, &#171; Trade set to plunge as COVID-19 pandemic upends global economy &#187;, April 8, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Paul Anthem, &#171; Le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde risque de doubler en 2020 &#187;, World Food Program, April 22, 2020 ; Mathilde G&#233;rard, &#171; Apr&#232;s la pand&#233;mie, une grave crise alimentaire menace au Nord comme au Sud &#187;, Le Monde, 12 mai 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] &#171; The global food supply chain is passing a severe test &#187;, The Economist, May 9 2020, &lt;a href=&#034;https://bit.ly/360cmjg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bit.ly/360cmjg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] UNCTAD, &#171; From the Great Lockdown to the Great Meltdown : Developing Country Debt in the Time of Covid-19 &#187;, April 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Patrick Artus, &#171; Comment corriger, compenser, la hausse de l'endettement des entreprises de la zone euro ? &#187;, 13 mai 2020, &lt;a href=&#034;https://bit.ly/3cuRLpO&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bit.ly/3cuRLpO&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Comisi&#243;n Europea, Forecast Spring 2020, &lt;a href=&#034;https://bit.ly/3cpbbwj&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bit.ly/3cpbbwj&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Daniel Albarrac&#237;n, &#171; &#191;Del plan Marshall so&#241;ado a la farsa de los Pactos de la Moncloa ? &#187;, Viento Sur, 23 de abril de 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Rapha&#235;l Legendre, &#171; Dette des Etats : le contre la montre a commenc&#233; &#187;, L'Opinion, 30 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Spain's non-paper on a European recovery strategy, April 19, 2020. Un non-paper d&#233;signe un document proposant des points &#224; discuter, mais qui n'est pas officiellement assum&#233; par l'exp&#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Martin Sandbu, &#171; The merits of Spain's proposed recovery fund are irrefutable &#187;, The Financial Times, April 21, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Alain Minc, &#171; Pour une dette publique &#224; perp&#233;tuit&#233; &#187;, Les Echos, 16 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau, &#171; Crise &#233;conomique et &#233;cologique : osons des d&#233;cisions de rupture &#187;, Terra Nova, 2 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Source : Patrick Artus, &#171; L'arr&#234;t de la Cour de Karlsruhe r&#233;v&#232;le l'ambigu&#239;t&#233; du comportement de la BCE &#187;, 13 mai 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Miguel Urb&#225;n, &#171; Por un tasa europea COVID-19 a multimillonarios y multinacionales &#187;, El Diario, 27 de abril de 2020 ; Juli&#225;n Moreno, Manolo Gar&#237;, &#171; No tropezar nuevamente con la misma piedra &#187;, El Salto, 3 de mayo de 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Rebond ou plongeon ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Rebond-ou-plongeon</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>Economie internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-05</dc:subject>

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&lt;p&gt;Tout ce qui &#233;tait solide et stable est &#233;branl&#233;, tout ce qui &#233;tait sacr&#233; est profan&#233; ; et les hommes sont forc&#233;s d'envisager leurs conditions d'existence et leurs relations r&#233;ciproques avec des yeux d&#233;gris&#233;s [1]. &lt;br class='autobr' /&gt; 29 avril 2929 | Publi&#233; par Alencontre &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette crise combine une crise sanitaire et une crise &#233;conomique &#224; l'&#233;chelle mondiale. L'interaction entre ces deux dimensions de la crise risque donc de d&#233;clencher un cycle sp&#233;cifique alternant freinages et red&#233;marrages et s'inscrivant dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-internationale-+" rel="tag"&gt;Economie internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Coronavirus-1579-+" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH62/arton43430-3a0de.png?1781035308' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='62' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tout ce qui &#233;tait solide et stable est &#233;branl&#233;, tout ce qui &#233;tait sacr&#233; est profan&#233; ; et les hommes sont forc&#233;s d'envisager leurs conditions d'existence et leurs relations r&#233;ciproques avec des yeux d&#233;gris&#233;s [1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;29 avril 2929 | Publi&#233; par Alencontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise combine une crise sanitaire et une crise &#233;conomique &#224; l'&#233;chelle mondiale. L'interaction entre ces deux dimensions de la crise risque donc de d&#233;clencher un cycle sp&#233;cifique alternant freinages et red&#233;marrages et s'inscrivant dans une trajectoire r&#233;cessive. Telle est l'hypoth&#232;se examin&#233;e dans cette contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le difficile r&#233;glage du d&#233;-confinement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures de confinement concernent aujourd'hui pr&#232;s de 2,7 milliards de travailleurs, soit environ 81% de la main-d'&#339;uvre mondiale [2] : il s'agit bien d'une crise &#224; nulle autre pareille. L'effet de la mise &#224; l'arr&#234;t d'une bonne partie de l'activit&#233; &#233;conomique est d&#233;multipli&#233; par ses effets indirects, et une boucle infernale s'est mise en place. Cependant, le confinement ne peut &#233;videmment &#234;tre total, ni prolong&#233; ind&#233;finiment, sous peine de mettre &#224; mal les conditions m&#234;me de subsistance de la population. C'est la r&#233;troaction (feedback) majeure qui conduit &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un difficile arbitrage [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce v&#233;ritable dilemme, on peut distinguer trois formes de r&#233;actions des Etats, en reprenant la classification propos&#233;e par J&#233;r&#244;me Baschet : &#171; le minimalisme sanitaire lib&#233;ral-darwiniste ; l'att&#233;nuation mise en place par des &#201;tats bien pr&#233;par&#233;s et dot&#233;s de puissants moyens mat&#233;riels et techniques ; les mesures de confinement g&#233;n&#233;ralis&#233;, mises en &#339;uvre de fa&#231;on plus ou moins autoritaire [4]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re orientation, minimaliste, a &#233;t&#233; initialement celle de Boris Johnson ou Donald Trump. Elle a aussi &#233;t&#233; envisag&#233;e aux Pays-Bas et, ce qui est moins connu, au Mexique, par lequel un petit d&#233;tour est &#233;clairant. Son pr&#233;sident, Andr&#233;s Manuel L&#243;pez Obrador (AMLO), a pu en effet brandir des images religieuses comme le meilleur rempart contre le virus [5]. C'&#233;tait le 18 mars dernier. Mais la d&#233;rive d'AMLO est aussi politique. Quand il &#233;tait maire de la capitale, entre 2000 et 2005, il avait gagn&#233; un fort soutien populaire, gr&#226;ce &#224; ses programmes sociaux [6]. Mais c'est le m&#234;me AMLO qui a supprim&#233;, &#224; compter du 1er janvier, le programme Seguro Popular qui procurait jusqu'alors une protection sociale aux personnes d&#233;pourvues de couverture sant&#233; pour le remplacer par un fantomatique &#171; Institut de sant&#233; pour le bien-&#234;tre &#187; (Instituto de salud para el bienestar). Le contraste est grand avec la position de la direction zapatiste qui, deux jours avant cette fameuse conf&#233;rence du pr&#233;sident, avait d&#233;cr&#233;t&#233; l'alerte rouge dans les territoires rebelles, et invit&#233; &#171; les peuples du monde &#224; prendre la mesure de la gravit&#233; de la maladie et &#224; adopter des mesures sanitaires exceptionnelles, sans pour autant abandonner les luttes en cours [7] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne &#171; lib&#233;rale-darwiniste &#187; a cependant &#233;t&#233; progressivement abandonn&#233;e face &#224; la r&#233;alit&#233; et n'est plus vraiment suivie que par Trump (en sous-main) et par Jair Bolsonaro, qui vient, pour faire bonne mesure, de limoger son ministre de la sant&#233;, Luiz Henrique Mandetta. Dans les deux cas, la crise conduit &#224; un conflit entre le pouvoir f&#233;d&#233;ral et certains des &#233;tats. C'est donc en pratique une politique de confinement qui est men&#233;e dans la plupart des pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment a priori le moyen le plus efficace pour r&#233;duire les possibilit&#233;s de transmission, comme l'illustre ce graphique d'un &#233;pid&#233;miologiste (tr&#232;s) amateur. A gauche, chaque personne infect&#233;e en contamine trois autres en fonction de l'&#233;valuation du taux de reproduction initial (R0) du virus. A droite, le confinement bloque la propagation.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4991 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH205/ce817d338a31a159-760128a4-f7fff.png?1781035309' width='500' height='205' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce m&#233;canisme d'att&#233;nuation d&#233;pend &#233;videmment de la dur&#233;e du confinement, comme a su l'expliquer Angela Merkel dans une intervention tr&#232;s p&#233;dagogique [8]. Mais le confinement ne peut &#234;tre maintenu trop longtemps, pour des raisons qui ne renvoient pas seulement &#224; l'imp&#233;ratif &#233;conomique, mais sont aussi d'ordre social, dans tous les sens de ce terme. En m&#234;me temps, il reste cependant beaucoup d'incertitudes sur le mode exact de transmission du virus, sur la proportion de personnes contamin&#233;es mais asymptomatiques, sur l'efficacit&#233; des tests, sur la possibilit&#233; de r&#233;infections, etc. Un internaute en a dress&#233; un tableau assez dr&#244;le (voir encadr&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Les apories du confinement &lt;/strong&gt; [9]&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;1. Vous ne pouvez pas sortir de chez vous, mais si vous devez le faire, vous pouvez. &lt;br class='autobr' /&gt; 2. Les masques sont inutiles, mais peut-&#234;tre devriez-vous en porter un, cela peut vous sauver. Il se pourrait qu'ils ne servent &#224; rien, mais ils pourraient aussi bien &#234;tre obligatoires. &lt;br class='autobr' /&gt; 3. Les magasins sont ferm&#233;s, sauf ceux qui sont ouverts. &lt;br class='autobr' /&gt; 4. Ce virus est mortel mais pas vraiment redoutable, sauf que vous pourriez en mourir, ou que vous pourriez l'avoir d&#233;j&#224; eu sans m&#234;me pas le savoir. &lt;br class='autobr' /&gt; 5. Les gants n'aideront pas, mais ils peuvent quand m&#234;me servir. &lt;br class='autobr' /&gt; 6. Tout le monde doit rester &#224; la maison, mais sortez pour faire de l'exercice, sauf que vous pourriez prendre des risques, &#224; moins que personne d'autre ne fasse de l'exercice l&#224; o&#249; vous &#234;tes. &lt;br class='autobr' /&gt; 7. Le supermarch&#233; est bien approvisionn&#233;, mais il manque beaucoup de choses, sauf le matin. Parfois. &lt;br class='autobr' /&gt; 8. Le virus n'a aucun effet sur les enfants, sauf ceux qui sont affect&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; 9. Vous aurez de nombreux sympt&#244;mes si vous tombez malade, mais vous pouvez &#234;tre malade sans sympt&#244;mes, ou avoir des sympt&#244;mes sans &#234;tre malade. &lt;br class='autobr' /&gt; 10. Vous pouvez manger imm&#233;diatement les aliments livr&#233;s chez vous par un restaurant, mais faites d&#233;contaminer vos courses &#224; l'ext&#233;rieur pendant trois heures. &lt;br class='autobr' /&gt; 11. Vous &#234;tes en s&#233;curit&#233; si vous gardez une distance d'un m&#232;tre avec les autres, tant que ces personnes sont des &#233;trangers. Il est interdit de voir ses amis &#224; une distance de s&#233;curit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; 12. Le virus reste actif sur diff&#233;rentes surfaces pendant deux heures, non, quatre, non, six, non, peut-&#234;tre des jours ? Mais il faut un environnement humide. Mais aussi un environnement sec. &lt;br class='autobr' /&gt; 13. Nous comptons le nombre de morts mais nous ne savons pas combien de personnes sont infect&#233;es car nous ne testons que celles qui &#233;taient presque mortes pour savoir si c'est de cela qu'elles vont mourir. &lt;br class='autobr' /&gt; 14. Nous n'avons pas de traitement, mais y en a peut-&#234;tre un qui fonctionne, sauf si on prend la mauvaise dose. Il n'y a aucun moyen de savoir. &lt;br class='autobr' /&gt; 15. Nous devrions rester enferm&#233;s jusqu'&#224; ce que le virus disparaisse, mais cela ne fera que retarder l'immunit&#233; collective, qui n&#233;cessite de quitter votre maison. Donc sortez avec mod&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ces incertitudes, il est permis d'envisager une succession de phases de re/d&#233;confinement, comme l'illustre le sch&#233;ma ci-dessous &#233;manant de l'Imperial College [10].&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4992 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/les_vagues_2020_2021_husson.png?4992/889b55ae9401c4ac8db21f01b99c1b676ea05139ad8f7de6fc94be6f86fa07a7' width='393' height='649' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4993 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH173/b2a36e1453dd2d1b-0c0e5a3a-09634.jpg?1781035309' width='500' height='173' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sc&#233;nario induirait une trajectoire de red&#233;marrage puis de freinage de l'activit&#233; &#233;conomique, qui conduirait &#224; une reprise h&#233;sitante de l'&#233;conomie, en forme d'une succession de W. Les &#233;conomistes font d'ailleurs assaut d'imagination pour distinguer les diff&#233;rents profils possibles : certains &#233;voquent le sigle d'une c&#233;l&#232;bre marque de chaussures de sport ou m&#234;me la lettre Baa de l'alphabet arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer un rel&#226;chement du confinement avec, par exemple, le red&#233;marrage progressif des activit&#233;s (mais avec au moins 50% des activit&#233;s non essentielles restant &#224; l'arr&#234;t), le maintien de la fermeture des &#233;tablissements scolaires et l'isolation des personnes &#226;g&#233;es. Tel est le sc&#233;nario envisag&#233; dans une &#233;tude minutieuse de l'Inserm [11] qui apporte des &#233;l&#233;ments compl&#233;mentaires. Le premier est que le niveau actuel d'immunit&#233; serait faible &#8211; de 1 &#224; 6 % de personnes d&#233;j&#224; infect&#233;es [12] &#8211; alors que le seuil d'au moins 60 % est n&#233;cessaire pour assurer une immunit&#233; collective et l'&#233;radication du virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre un tel sc&#233;nario ne peut fonctionner que s'il est accompagn&#233; d'une campagne massive de tests et de mise &#224; disposition des masques. Or, les moyens mat&#233;riels et logistiques ne sont pas disponibles dans l'imm&#233;diat, en tout cas en France. Bref, on peut au mieux gagner du temps et &#171; aplatir &#187; les courbes, mais on ne pourra pas &#233;viter une rechute, au mieux la repousser et en amoindrir l'impact. Comme le dit Vittoria Colizza, l'une des responsables de l'&#233;tude : &#171; le confinement va durer longtemps car on ne peut pas vivre normalement avec cette &#233;pid&#233;mie [13] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incertitude n'est pas lev&#233;e par l'examen compar&#233; des politiques men&#233;es dans les diff&#233;rents pays. Certains succ&#232;s sont difficilement transposables : en admettant m&#234;me la v&#233;racit&#233; des statistiques officielles, la Chine a eu recours &#224; des mesures ultra-autoritaires, voire totalitaires. La r&#233;ussite de l'Allemagne est probablement fond&#233;e (comme en Cor&#233;e du Sud) au moins en partie sur une politique syst&#233;matique de tests, mais celle-ci est hors de port&#233;e d'autres pays. On cite le cas de la Su&#232;de qui a eu recours &#224; un confinement tr&#232;s mod&#233;r&#233;, mais il y a des ombres au tableau si on la compare &#224; des pays voisins comme le Danemark, la Norv&#232;ge ou la Finlande [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Annie Th&#233;baud-Mony, une sp&#233;cialiste des maladies professionnelles, la p&#233;nurie de tests n'est pas une explication satisfaisante : &#171; nos dirigeants avancent l&#224; une raison technique, alors qu'ils ont clairement fait un choix strat&#233;gique : le choix de ne pas tester [15]. &#187; La formule devrait sans doute &#234;tre nuanc&#233;e : le gouvernement fran&#231;ais a certes fait preuve d'une d&#233;sorganisation profonde, comme dans le cas des masques, et a m&#234;me carr&#233;ment menti [16]. Mais cette d&#233;b&#226;cle renvoie aussi &#224; un choix de m&#233;thode, &#224; savoir le refus &#8211; ou l'incapacit&#233; &#8211; &#224; prendre en main les choses, en inventoriant les capacit&#233;s de production, en r&#233;quisitionnant, bref en planifiant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce contexte d'incertitude, la possibilit&#233; d'un rebond pr&#233;occupe aussi les banques, comme Morgan Stanley, qui pr&#233;voit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment une seconde vague au d&#233;but de 2021 [17]. C'est ce qu'illustre le graphique ci-dessous qui ne figure ici qu'&#224; titre d'exemple de la complexit&#233; hasardeuse des mod&#232;les mis en &#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4994 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH288/6f9879e3ae3d20ed-48f48d01-685d4.png?1781035309' width='500' height='288' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Les allers et retours du virus &#224; l'&#233;chelle mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode d'organisation de la production mondiale sous forme de cha&#238;nes de valeur est brutalement impact&#233; par la crise, et cela de plusieurs mani&#232;res. A l'int&#233;rieur d'un territoire ou d'un pays, la baisse de la demande entra&#238;ne la faillite &#224; court ou moyen terme de producteurs qui n'ont pas les reins (financiers) assez solides. Ce ph&#233;nom&#232;ne, en s'&#233;tendant aux entreprises de transports, peut m&#234;me conduire &#224; ce qu'une production de biens d'alimentation soit perdue, faute de pouvoir &#234;tre livr&#233;e aux acheteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, le ph&#233;nom&#232;ne est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre. D'un c&#244;t&#233;, certains agriculteurs sont contraints de d&#233;truire leurs r&#233;coltes et, de l'autre, les citadins d&#233;pourvus de ressources font la queue aupr&#232;s des food banks pour obtenir de quoi se nourrir. L'image ci-dessous, qui rapproche deux articles du New York Times, symbolise l'absurdit&#233; d'une telle situation [18].&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4995 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/images_newyorktimes_husson.png?4995/76f3ae5a9ffa94be48312a0cbff890748d4f8f187338faf11f36f61db4f1f0eb' width='455' height='647' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou bien, variante fran&#231;aise r&#233;v&#233;latrice, certaines r&#233;coltes manquent de main-d'&#339;uvre parce que celle-ci &#233;tait habituellement compos&#233;e de saisonniers &#233;trangers qui ne peuvent plus venir assurer cette production [19]. Il en va de m&#234;me au Royaume-Uni, qui tente de&#171; r&#233;importer &#187; les travailleurs &#233;trangers expuls&#233;s par le Brexit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce international est d&#233;j&#224; fortement r&#233;duit mais il risque de l'&#234;tre encore plus avec les perturbations des cha&#238;nes d'approvisionnement. Concernant les denr&#233;es alimentaires de base, l'OCDE craint qu'&#224; terme &#171; des cha&#238;nes d'approvisionnement alimentaire sp&#233;cifiques soient gravement perturb&#233;es, notamment par le manque de travailleurs saisonniers pour la plantation ou la r&#233;colte de cultures essentielles, par des contraintes logistiques et par des mesures sanitaires [20] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or de tels m&#233;canismes sont d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre, comme le montre un rapport de la Banque mondiale sur l'Afrique subsaharienne [21]. La diffusion du virus y a commenc&#233; plus tard, et reste relativement limit&#233;e (5425 cas recens&#233;s dans 45 des 48 pays). Mais ses effets &#233;conomiques sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents, et la Banque mondiale en dresse un tableau tr&#232;s sombre, avec une croissance n&#233;gative pour 2020, entre -2,1 et -5,1 %. Au-del&#224; des chiffrages, le rapport pointe de mani&#232;re synth&#233;tique les principaux canaux de transmission de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier canal est la perturbation du commerce et des cha&#238;nes de valeur. Il frappe les exportateurs de produits de base de la r&#233;gion, avec l'effondrement des prix internationaux des mati&#232;res premi&#232;res, ainsi que les pays fortement int&#233;gr&#233;s dans les cha&#238;nes de valeur, comme l'&#201;thiopie ou le Kenya. Le second choc r&#233;sulte du retrait brutal des capitaux et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de la r&#233;duction de tous les flux de financement &#233;trangers (investissements directs, aide, transferts de fonds, revenus du tourisme). Au total, les pays seront confront&#233;s &#224; de graves crises de balance des paiements, avec des d&#233;ficits commerciaux qui se creusent et une chute des taux de change. Viennent ensuite les effets proprement sanitaires qui auront un effet multiplicateur, compte tenu de la difficult&#233; d'organiser un confinement [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait encore compl&#233;ter ce tableau d&#233;j&#224; sombre en y ajoutant la forte d&#233;pendance de plusieurs pays africains aux importations agricoles. On observe en effet que certains pays producteurs sont en train de prendre des mesures d'auto-protection qui consistent &#224; restreindre leurs exportations de biens agricoles. Cela pourrait d&#233;clencher une crise alimentaire dans des pays, comme l'Alg&#233;rie, l'Egypte, le Maroc, ou le Niger, qui sont particuli&#232;rement d&#233;pendants de leurs approvisionnements ext&#233;rieurs [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de pays d'Am&#233;rique latine sont expos&#233;s aux m&#234;mes dangers, et pour des raisons similaires. Ils vont, comme le montre Pierre Salama, &#171; conna&#238;tre de fortes baisses de leurs recettes fiscales du fait du d&#233;clin des exportations de mati&#232;res premi&#232;res ajout&#233;es &#224; la chute des cours mondiaux. Ce qui pourrait entra&#238;ner une crise fiscale diminuant d'autant leurs capacit&#233;s budg&#233;taires de r&#233;ponses &#224; la crise &#233;conomique et sociale [24] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les pays &#233;mergents et en voie de d&#233;veloppement sont donc concern&#233;s : ils font face aux m&#234;mes difficult&#233;s et doivent emprunter au m&#234;me moment. Les sorties de capitaux ont d&#233;j&#224; commenc&#233;, dans des proportions sans pr&#233;c&#233;dent, car les march&#233;s financiers pr&#233;f&#232;rent r&#233;duire les risques et financer les &#201;tats-Unis, la Chine ou les pays europ&#233;ens. C'est pourquoi la pand&#233;mie est une &#171; bombe &#224; retardement de d&#233;fauts souverains [25] &#187;. Il n'est donc pas surprenant que de nombreux pays aient d&#233;j&#224; demand&#233; une aide financi&#232;re d'urgence au FMI, qui l'a accord&#233; malgr&#233; l'opposition de Trump. Mais cette aide arrive au compte-gouttes et la suspension de la dette accord&#233;e &#224; certains pays n'est que provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire que la pand&#233;mie conna&#238;t, comme l'&#233;conomie mondiale un &#171; d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; &#187; et elle en est d'ailleurs le r&#233;v&#233;lateur. Les &#233;changes internationaux vont &#234;tre soumis aux m&#234;mes zigzags que les conjonctures nationales, parce qu'il est impossible d'adapter en temps r&#233;el les cha&#238;nes de valeur mondiales. Si un pays de la &#171; p&#233;riph&#233;rie &#187; ne peut plus assurer l'approvisionnement d'un pays du &#171; centre &#187; parce qu'il est &#224; son tour frapp&#233; par la pand&#233;mie, cet arr&#234;t soudain de la production dans le premier pays se r&#233;percutera sur l'activit&#233; &#233;conomique du second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les effets rebond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les constats pr&#233;c&#233;dents ne sont pas partag&#233;s par les tenants d'une reprise &#171; en V &#187; qui permettrait, d&#232;s 2021, de combler le trou de 2020. La version la plus radicale de cette th&#232;se est sans doute celle de l'Office for Budget Responsability qui est quelque sorte l'&#233;quivalent britannique de la Cour des Comptes. Il pr&#233;voit une chute de -12,8 % du PIB en 2020, suivie d'une reprise de +17,9 % en 2021 ! Cela donne le graphique &#233;pur&#233; ci-dessous [26].&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/les_effets_rebonds.png?4996/b09c7e76c9b6f2a9e663d2e850ddea51480596a10e008306e88528b7d2d8ada1' width='451' height='647' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me registre drolatique, on peut citer l'interview &#171; trumpo&#239;de &#187; de Larry Summers ex-secr&#233;taire d'Etat de Clinton, ex-conseiller d'Obama, etc. Son intuition &#171; sans doute optimiste &#187;, dit-il, est que &#171; la reprise peut &#234;tre plus rapide que l'on s'y attendrait, car elle est de m&#234;me nature que ce qui se passe apr&#232;s la d&#233;pression totale qui frappe l'&#233;conomie du Cap Cod chaque hiver [Cape Cod est le lieu de vill&#233;giature favori des &#233;lites bostonienne et new-yorkaise] ou que la reprise du PIB am&#233;ricain tous les lundis &#187;. Apr&#232;s ce trait d'humour, Summers ajoute : &#171; je pense donc que si nous parvenons &#224; ma&#238;triser la situation sanitaire, le retour &#224; la normale sera plus rapide que lors des crises financi&#232;res ou des r&#233;cessions habituelles &#187; mais, prudent, il ajoute &#171; je n'en suis pas s&#251;r [27] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les pr&#233;visions quantifi&#233;es ne sombrent pas dans ce ridicule, m&#234;me s'il faut quand m&#234;me avoir bien du courage pour mener &#224; bien de tels exercices. On observe en tout cas que la plupart de ces projections s'&#233;vertuent &#224; pr&#233;senter des trajectoires optimistes. Il est difficile de dire si c'est &#224; cause d'une m&#233;thode qui sous-estime la port&#233;e de cette crise, ou bien pour rassurer (les investisseurs ?) en minimisant la port&#233;e du choc. En tout cas, les graphiques ci-dessous s'apparentent &#224; des v&#339;ux pieux, wishful thinking, dit-on en anglais. A gauche, figure la pr&#233;vision de Xerfi pour la France, &#224; droite celle du FMI, plut&#244;t en forme de &#171; swoosh [28] &#187;. Que les pays &#233;mergents et en d&#233;veloppement devraient, selon le FMI, rattraper rapidement le creux et cro&#238;tre de 10 % d'ici &#224; la fin de 2021, cela &#224; vrai dire d&#233;passe l'entendement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4997 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH231/ea2d05832c8232dd-9cec1aa4-d1c0f.png?1781035309' width='500' height='231' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour boucler la boucle, on peut citer un article par ailleurs assez &#233;clairant [29], o&#249; l'auteur &#233;tablit un parall&#232;le (certes d'un go&#251;t douteux) avec le jeu de la taupe (whack a mole) o&#249; il faut assommer le plus grand nombre de taupes qui ne cessent de dresser la t&#234;te hors de leur trou.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4998 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/whackamole_husson.png?4998/c037f516e2bd72557f11065ce9664482c7f2d5a887e6018322d4eaadb592ba64' width='227' height='643' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La fable de l'&#233;pargne forc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4999 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L429xH308/5a01baa23631cce7-801caa29-41fb2.png?1781027890' width='429' height='308' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'un des effets du confinement est que les d&#233;penses de consommation chutent plus que les revenus. Dans le cas de la France, le taux d'&#233;pargne qui oscillait autour de 15 % devrait bondir jusqu'&#224; 35 % au deuxi&#232;me trimestre 2020 [30]. Cette &#171; &#233;pargne forc&#233;e &#187; repr&#233;senterait environ 55 milliards d'euros pour huit semaines de confinement [31]. Si le taux d'&#233;pargne revenait &#224; son niveau d'avant-crise, la consommation impossible pendant le confinement rattraperait son retard et soutiendrait une reprise rapide &#171; en V &#187;. Le graphique ci-contre, tir&#233; de l'&#233;tude d&#233;j&#224; cit&#233;e de Xerfi, illustre bien ce sc&#233;nario ultra-optimiste dont la vraisemblance est proche de z&#233;ro (on aimerait bien voir &#171; l'&#233;quation &#187; qui conduit &#224; ce r&#233;sultat).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs cet optimisme a &#233;t&#233; aussit&#244;t temp&#233;r&#233; par l'auteur de l'&#233;tude : &#171; sur le papier &#187;, explique-t-il, on pourrait compter sur &#171; le bas de laine de la fameuse France des fins de mois &#187; mais &#171; cette issue heureuse, on ne la verra pourtant pas. Il n'y aura ni lendemain qui chante ni m&#234;me un choc adouci [32] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de ces sc&#233;narios est qu'ils postulent implicitement un arr&#234;t int&#233;gral du confinement et un red&#233;marrage imm&#233;diat de la production. En cela ils sous-estiment la boucle pand&#233;mie/&#233;conomie et la boucle demande/offre. En outre, ils se heurtent &#224; une difficult&#233; classique concernant le taux d'&#233;pargne. M&#234;me avant la crise, il s'agissait de l'une des variables d&#233;terminantes lors d'un exercice de pr&#233;vision &#233;conomique, et sans doute l'une des plus difficiles &#224; mod&#233;liser. La raison est qu'il n'existe pas un taux d'&#233;pargne qui serait d&#233;termin&#233; par le comportement d'un &#171; agent repr&#233;sentatif &#187;, autrement dit d'un consommateur moyen. Depuis Keynes, on sait que les riches &#233;pargnent plus. Le graphique ci-dessous l'illustre &#224; la perfection : les 20 % de m&#233;nages aux plus bas revenus (quintile Q1) ont m&#234;me un taux d'&#233;pargne n&#233;gatif (ils s'endettent), les 20 % suivants ont un taux d'&#233;pargne nul, et le gros de l'&#233;pargne provient des plus hauts revenus [33]. Quelques &#233;tudes ponctuelles montrent que le comportement d'&#233;pargne d&#233;pend de la structure des revenus : globalement, les salari&#233;s &#233;pargnent moins [34].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L428xH299/2069caaeb6eb4d4b-83d9206f-e7544.png?1781027890' width='428' height='299' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Compter sur la lib&#233;ration de cette &#171; &#233;pargne forc&#233;e &#187; pour relancer l'&#233;conomie est donc r&#233;v&#233;lateur d'une forme de distanciation sociale, qui revient &#224; ignorer le sort des plus d&#233;favoris&#233;s, ceux qui gal&#232;rent parce qu'ils ont perdu emploi et revenu, qui font la queue pour avoir de quoi manger. S'appuyant sur l'enqu&#234;te logement de l'Insee et sur un sondage de l'Ifop [35], Pierre Concialdi montre que la baisse de l'activit&#233; a eu &#171; un impact sur les revenus de plus d'un tiers des actifs &#187;, les plongeant dans d'importantes difficult&#233;s financi&#232;res. Des mesures ont certes &#233;t&#233; prises en mati&#232;re de ch&#244;mage partiel, mais elles &#171; sont loin de compenser l'int&#233;gralit&#233; de la perte de revenus. En moyenne, pour les salari&#233;s concern&#233;s, on peut estimer que la perte est de 400 euros par mois, soit 800 euros apr&#232;s deux mois de confinement &#187;. Concialdi &#233;value &#224; &#171; environ 2,5 &#224; 2,8 millions le nombre de m&#233;nages d'actifs locataires ou acc&#233;dants (soit 6 &#224; 7 millions de personnes) [qui] sont ainsi durement frapp&#233;es par la r&#233;cession &#187; et sugg&#232;re &#171; une intervention plus vigoureuse des pouvoirs publics &#224; l'&#233;chelle nationale, que ce soit &#224; travers un moratoire des loyers et/ou la mise en place d'un fonds de solidarit&#233; [36] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si diverses mesures ont permis d'emp&#234;cher une chute brutale des salaires, c'est essentiellement sur les riches que l'on compte pour relancer la consommation et l'emploi des autres. Mais c'est oublier qu'ils vont enregistrer des pertes sur leur patrimoine, et on ne voit pas dans ces conditions pourquoi ils seraient incit&#233;s &#224; surconsommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#233;tudes cit&#233;es (OFCE et Xerfi) fournissent un calibrage minutieux, elles pointent une autre difficult&#233;. L'OFCE signale que &#171; les huit semaines de confinement conduiraient &#224; r&#233;duire le taux de marge des entreprises de 2,9 points de valeur ajout&#233;e sur l'ann&#233;e, soit l'&#233;quivalent d'une perte de 35 milliards d'euros &#187;. L'un des effets imm&#233;diats de la crise est bien de r&#233;duire la profitabilit&#233; des entreprises, leur taux de marge (pour celles qui n'auront pas fait faillite). Il faudrait alors tout faire &#171; pour sauver le soldat Ryan &#187; La reprise &#171; en V &#187; ne suppose pas seulement un rebond de la consommation, mais aussi, &#224; terme, de l'investissement. Sauf qu'&#171; on ne saurait faire boire un &#226;ne qui n'a pas soif &#187;. L'investissement sera durablement contraint par l'endettement des entreprises et par l'absence de visibilit&#233; sur la demande. Apr&#232;s la crise de 2008, les entreprises avaient &#233;t&#233; confront&#233;es &#224; cette m&#234;me n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire leur endettement et l'avaient fait en freinant l'investissement, les salaires ou l'emploi. Ces &#233;volutions &#171; risquent donc de se reproduire apr&#232;s la crise du coronavirus &#187; comme nous en avertit Patrick Artus [37].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rebond, vous avez dit rebond ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer un effet rebond a priori favorable &#224; la reprise &#233;conomique : soulag&#233;s d'&#234;tre sortis de la crise, les consommateurs d&#233;cideraient de compenser les affres de la crise sanitaire en d&#233;pensant leur &#171; &#233;pargne forc&#233;e &#187; et en consommant de plus belle pour, en quelque sorte, rattraper leur retard. La confiance reviendrait et l'activit&#233; &#233;conomique pourrait red&#233;marrer vigoureusement. On a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; les raisons pour lesquels un tel sc&#233;nario qui, encore une fois, suppose implicitement un d&#233;confinement int&#233;gral et imm&#233;diat, ne tient pas compte du champ de ruines dans lequel cette reprise aurait lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sc&#233;nario oublie un autre facteur : la peur de la maladie. C'est ce que souligne l'analyse de l'&#233;pid&#233;miologiste Johsua Epstein qui propose le concept de &#171; contagion coupl&#233;e &#187; combinant la maladie elle-m&#234;me et la peur de la maladie [38]. Selon ce mod&#232;le, la peur de la maladie conduit dans un premier temps &#224; prendre des mesures qui limitent la propagation de l'&#233;pid&#233;mie. Quand les choses semblent aller mieux, la peur s'estompe et les mesures de protection sont progressivement rel&#226;ch&#233;es ou abandonn&#233;es. C'est alors &#171; le recul de la peur qui fait des ravages. Si m&#234;me quelques cas infect&#233;s sont encore en circulation, la reprise des activit&#233;s revient &#224; verser de l'essence sur ces braises infectieuses (sous la forme de personnes expos&#233;es), et une deuxi&#232;me vague s'enflamme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tout autre type de rebond qu'il faut envisager, celui d'un retour aux politiques de r&#233;&#233;quilibrage budg&#233;taire. Il faut ouvrir ici, avec prudence, une petite parenth&#232;se pour &#233;valuer les mesures prises ou annonc&#233;es aujourd'hui. Au risque de la vindicte, on peut dire, au moins pour ce qui concerne l'Europe, que les gouvernements ont accept&#233; un effort budg&#233;taire important, ou en tout cas s'y r&#233;signent. On peut en prendre la mesure en comparant le taux de ch&#244;mage qui explose aux Etats-Unis alors qu'il est relativement contenu en Europe. Les mesures prises sont &#233;videmment insuffisantes, imparfaitement cibl&#233;es et insuffisamment coordonn&#233;es. Mais, malgr&#233; ces limites, elles impliquent en tout &#233;tat de cause un accroissement significatif de l'endettement public.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5001 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L388xH274/11ce457b9cef4baa-32549bae-eee14.png?1781027891' width='388' height='274' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Les &#233;valuations du FMI [39] reproduites dans le tableau ci-contre donnent des ordres de grandeur : pour l'ensemble de la zone euro, la dette publique passerait de 84,1 &#224; 97,4 % du PIB, soit une progression de 13 points. Mais cet impact serait encore plus fort &#8211; et dramatique &#8211; pour la Gr&#232;ce, suivie par les pays du &#171; Sud &#187;, Italie, Espagne, Portugal et &#8230; France. Pour d'autres pays, comme l'Allemagne et les Pays-Bas, l'impact serait moins fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre hypoth&#232;se est alors que les gouvernements vont profiter de la moindre &#233;claircie pour justifier des mesures d'&#171; assainissement &#187; selon des modalit&#233;s &#233;ventuellement diff&#233;rentes d'un pays &#224; l'autre. L'exp&#233;rience de la pr&#233;c&#233;dente crise renforce cette hypoth&#232;se : les politiques d'aust&#233;rit&#233; men&#233;es d&#232;s 2010 et 2011 ont engendr&#233; un retour de la r&#233;cession. Les gouvernements ont sans doute appris et ils tenteront de ne pas resserrer la vis trop t&#244;t. Mais le d&#233;bat portera plus sur le moment appropri&#233; que sur la n&#233;cessit&#233; d'un tel tournant. Les oppositions entre pays &#171; frugaux &#187; et &#171; dispendieux &#187; ne pourront que s'attiser, malgr&#233; les interventions de la BCE, et en d&#233;pit des propositions diverses qui fleurissent (et sur lesquelles il faudra revenir). Les va-et-vient de politiques budg&#233;taires d&#233;synchronis&#233;es, en se combinant avec les flux et reflux de l'&#233;pid&#233;mie risquent ainsi apporter leur contribution &#224; une reprise h&#233;sitante, en dents de scie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, on ne pourra pas dire que nous n'&#233;tions pas pr&#233;venus, comme le montre ce petit floril&#232;ge [40] : &#171; Il faudra faire des efforts pour r&#233;duire la dette &#187; (le ministre fran&#231;ais de l'&#233;conomie) ; &#171; travailler plus que nous ne l'avons fait avant &#187; (sa secr&#233;taire d'Etat) ; &#171; le traitement des dettes h&#233;rit&#233;es de la crise supposera n&#233;cessairement un effort budg&#233;taire rigoureux avec des d&#233;penses publiques enfin plus s&#233;lectives &#187; (le gouverneur de la Banque de France) ; &#171; il faudra bien se poser la question t&#244;t ou tard du temps de travail, des jours f&#233;ri&#233;s et des cong&#233;s pay&#233;s pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la cr&#233;ation de croissance suppl&#233;mentaire &#187; (le patron des patrons fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est sans doute Philipe Aghion qui a fourni la cl&#233; essentielle. Dans un entretien radiophonique, il a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; plusieurs reprises l'id&#233;e selon laquelle, en mati&#232;re d'endettement public, &#171; l'important, c'est la confiance que vous inspirez aux march&#233;s [41] &#187;. Il a mis le doigt sur un point fondamental : au-del&#224; des d&#233;bats techniques, la r&#233;alit&#233; est bien que les dettes publiques cens&#233;es financer les besoins sociaux (et environnementaux) doivent passer sous les fourches caudines des march&#233;s financiers, autrement dit, en fin de compte, s'ajuster aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s dont les fameux march&#233;s ne sont au fond que les porte-parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos dirigeants sont donc en train de pr&#233;parer le coup d'apr&#232;s. Ils sont accompagn&#233;s d'exhortations d'&#233;ditorialistes comme Eric Le Boucher qui affirme que &#171; la pr&#233;servation de la vie est un principe sacr&#233;, mais le retour au travail et la d&#233;fense des libert&#233;s individuelles repr&#233;sentent aussi une valeur humaine [42] &#187;. Pour un autre, pr&#233;sident d'un institut ultralib&#233;ral, &#171; la vie est un risque et c'est son prix [43] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommet est atteint par le journaliste de Lib&#233;ration, Jean Quatremer, qui se l&#226;che dans un tweet du 9 avril, o&#249; il &#233;crit : &#171; c'est dingue quand on y songe : plonger le monde dans la plus grave r&#233;cession depuis la seconde guerre mondiale pour une pand&#233;mie qui a tu&#233; pour l'instant moins de 100'000 personnes (sans parler de leur &#226;ge avanc&#233;) dans un monde de 7 milliards d'habitants. &#187; Deux minutes plus tard, il r&#233;it&#232;re son indignation : &#171; Je me demande quand on va revenir &#224; la raison ? Lorsque la r&#233;cession atteindra -20% ? [44] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vautours sont aussi &#224; l'aff&#251;t. Aux Etats-Unis, le Wall Street Journal [45] rel&#232;ve qu'un &#171; nombre croissant d'investisseurs se pr&#233;parent &#224; ce qu'ils croient &#234;tre une occasion unique d'acheter des biens immobiliers en difficult&#233; &#224; des prix avantageux. Des soci&#233;t&#233;s d'investissement comme Blackstone Group Inc, Brookfield Asset Management et Starwood Capital Group disposent de milliards de dollars [et] s'int&#233;ressent aux h&#244;tels, aux commerces, aux titres adoss&#233;s &#224; des cr&#233;ances hypoth&#233;caires et &#224; d'autres actifs qui ont subi des tensions ces derni&#232;res semaines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise pourrait alors &#234;tre une &#171; aubaine &#187; (bonanza), comme l'explique David Schechtman, du Meridian Capital Group. Certes, il prend soin d'exprimer toute sa compassion : &#171; nos pens&#233;es et nos pri&#232;res vont &#224; tous nos concitoyens am&#233;ricains et personne ne cherche &#224; profiter du malheur de quiconque &#187; puis il &#171; laisse l'&#233;motion de c&#244;t&#233; &#187; pour exprimer le fond de sa pens&#233;e : &#171; mais je vais vous dire : un grand nombre d'investisseurs immobiliers attendent cela depuis une d&#233;cennie &#187;. Cet exemple parmi d'autres montre que la sortie de crise sera un enjeu politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capitalisme &#233;branl&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a pris un s&#233;rieux coup, et il ne s'en remettra pas facilement. Ce rapide tour d'horizon a fait appara&#238;tre au moins cinq m&#233;canismes qui vont freiner une &#233;ventuelle reprise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; 1. Les entreprises, endett&#233;es et aux d&#233;bouch&#233;s incertains, vont h&#233;siter &#224; investir et chercher &#224; r&#233;duire les emplois et les salaires ; &lt;br class='autobr' /&gt; 2. Les m&#233;nages, appauvris ou inquiets, vont r&#233;duire leur consommation, privil&#233;gier une &#233;pargne de pr&#233;caution ou reporter leurs achats de biens durables ; &lt;br class='autobr' /&gt; 3. Les &#201;tats vont finir par chercher &#224; &#171; assainir &#187; les finances publiques ; &lt;br class='autobr' /&gt; 4. Les cha&#238;nes de valeur sont d&#233;sorganis&#233;es et le commerce international va ralentir ; &lt;br class='autobr' /&gt; 5. Les pays &#233;mergents, impact&#233;s par les sorties de capitaux et par la baisse des prix des mati&#232;res premi&#232;res, vont contribuer &#224; la r&#233;tractation de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette crise exacerbe ainsi des tendances ou des tensions qui existaient d&#233;j&#224; avant son &#233;clatement. Mais elle se combine avec la crise sanitaire qui a pour effet d'introduire un climat g&#233;n&#233;ral d'incertitude et d'imprimer &#224; la reprise un profil h&#233;sitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le graphique ci-dessous permet d'illustrer le pronostic que l'on peut avancer aujourd'hui : il s'agit &#233;videmment de conjecture plut&#244;t que d'une impossible pr&#233;vision. La courbe verte correspond &#224; la tendance d'avant-crise. La courbe bleue repr&#233;sente de mani&#232;re stylis&#233;e la trajectoire possible de l'activit&#233; &#233;conomique. Pendant une premi&#232;re p&#233;riode, on observe des fluctuations (on pourrait aussi bien parler d'oscillations) provoqu&#233;es par les alternances de confinement et de d&#233;confinement. Elles contribuent &#224; engendrer (en se combinant avec les contradictions &#233;conomiques) une tendance r&#233;cessive. L'ampleur de ces oscillations se r&#233;duit progressivement si bien que l'&#233;conomie peut retrouver &#224; peu pr&#232;s la tendance ant&#233;rieure &#224; la crise, mais &#224; un niveau inf&#233;rieur. (28 avril 2020)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5002 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH323/3e12c1de283c70ce-36b414b2-1a186.png?1781035310' width='500' height='323' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Karl Marx, Friedrich Engels, Le manifeste du parti communiste, 1848. Traduction de Laura Lafargue revue par Friedrich Engels.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] ILO, &#171; COVID-19 and the world of work. Updated estimates and analysis &#187;, 7 April 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] voir Michel Husson, &#171; Sur l'inanit&#233; de la science &#233;conomique officielle : de l'arbitrage entre activit&#233; &#233;conomique et risques sanitaires &#187;, A l'encontre, 14 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] J&#233;r&#244;me Baschet, &#171; Qu'est-ce qu'il nous arrive ? &#187;, LundiMatin, 13 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] &#171; AMLO usa im&#225;genes religiosas como &#8216;escudo protector' contra el Covid-19 &#187;, Diario de M&#233;xico, 18 de marzo de 2020. Voir un extrait (assez hallucinant) de sa conf&#233;rence de presse ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Il avait notamment institu&#233; une prestation pour les adultes de plus de 70 ans (Pensi&#243;n Universal Alimenticia para Adultos Mayores), les m&#232;res c&#233;libataires et les handicap&#233;s, et mis &#224; disposition des soins m&#233;dicaux et des m&#233;dicaments gratuits pour 750 000 familles pauvres sans protection sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] EZLN, &#171; Communiqu&#233; du Comit&#233; Clandestin R&#233;volutionnaire Indig&#232;ne &#187;, 16 mars 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Angela Merkel, &#171; Conf&#233;rence de presse du 15 avril 2020 &#187;, extraits transmis par @BenjAlvarez1 (avec sous-titres anglais).&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] rapport&#233; par Jane Maher, une oncologiste, sur twitter.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Imperial College, &#171; Impact of non-pharmaceutical interventions (NPIs) to reduce COVID-19 mortality and healthcare demand &#187;, March 16, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Laura Di Domenico et al., &#171; Expected impact of lockdown in &#206;le-de-France and possible exit strategies &#187;, Inserm, 12 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Cette proportion serait &#171; tr&#232;s vraisemblablement inf&#233;rieure &#224; 15%, y compris dans les zones les plus touch&#233;es par la premi&#232;re vague de l'&#233;pid&#233;mie &#187; estime le Conseil scientifique COVID-19 dans son avis du 2 avril 2020 : &#171; Etat des lieux du confinement et crit&#232;res de sortie &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] cit&#233;e par Paul Benkimoun, &#171; Une lev&#233;e du confinement sans mesures strictes de tests et d'isolement serait inefficace &#187;, Le Monde, 12 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Hans Bergstrom, &#171; The Grim Truth About the Swedish Model &#187;, Project Syndicate, 17 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] Annie Th&#233;baud-Mony, &#171; Le gouvernement affaiblit notre capacit&#233; collective &#224; lutter contre le virus &#187;, Bastamag, 10 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] Yann Philippin, Antton Rouget, Marine Turchi, &#171; Masques : les preuves d'un mensonge d'Etat &#187;, Mediapart, 2 avril 2020 ; Isma&#235;l Halissat et Pauline Moullot, &#171; Masques : un fiasco et des mensonges &#187;, Lib&#233;ration, 28 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] Morgan Stanley, &#171; COVID-19 : A Prescription To Get The US Back To Work &#187;, April 3, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] Merci &#224; Gilles Raveaud d'avoir signal&#233; ce montage r&#233;alis&#233; par Matt Huber.&lt;br class='autobr' /&gt;
[19] C'est le cas des fraises et des asperges rendues c&#233;l&#232;bres par l'in&#233;narrable porte-parole de notre gouvernement qui &#233;voquait au passage les enseignants confin&#233;s &#171; qui ne travaillent pas &#187;. Voir : Sibeth Ndiaye, &#171; Fraises et asperges &#187;, BFMTV, 25 mars 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] OCDE, &#171; Covid-19 and International Trade : Issues and Actions &#187;, April 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[21] The World Bank, &#171; Assessing the Economic Impact of Covid-19 and Policy Responses in Sub-Saharan Africa &#187;, April 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[22] Sarah Diffalah, &#171; Comment g&#233;rer l'impossible confinement en Afrique &#187;, L'Obs, 13 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[23] Antoine Bou&#235;t, &#171; Coronavirus et s&#233;curit&#233; alimentaire en Afrique &#187;, Telos, 9 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[24] Pierre Salama, &#171; En Am&#233;rique latine, la pand&#233;mie s'ajoute &#224; d'autres crises &#187;, Lib&#233;ration, 8 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[25] Pierre-Olivier Gourinchas, Chang-Tai Hsieh, &#171; COVID-19 : Une bombe &#224; retardement de d&#233;fauts souverains &#187;, Project Syndicate, 9 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[26] Office for Budget Responsibility, &#171; OBR coronavirus reference scenario &#187;, April 14, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[27] Larry Summers, &#171; Recovery Could Be Faster Than Anticipated &#187; , Vanity Fair, April 2, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[28] Olivier Passet, &#171; Covid-19 : la contagion sectorielle de l'&#233;conomie r&#233;elle L'ampleur du choc, les limites du rebond &#187;, Xerfi, 20 avril 2020 ; FMI, &#171; The Great Lockdown &#187;, World Economic Outlook, April 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[29] Ed Yong, &#171; How the Pandemic Will End &#187;, The Atlantic, March 25, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[30] Olivier Passet, &#171; Covid-19 : la contagion sectorielle de l'&#233;conomie r&#233;elle L'ampleur du choc, les limites du rebond &#187;, Xerfi, 20 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[31] OFCE, &#171; &#201;valuation de l'impact &#233;conomique de la pand&#233;mie &#187;, 20 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[32] Olivier Passet, &#171; Le rattrapage apr&#232;s-crise : les illusions perdues &#187; Xerfi, 24 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[33] Mikael Beatriz, Thomas Laboureau, Sylvain Billot, &#171; Quel lien entre pouvoir d'achat et consommation des m&#233;nages ?, Note de conjoncture, Insee, juin 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
[34] Jean-Fran&#231;ois Ouvrard et Camille Thubin, &#171; La composition du revenu aide &#224; comprendre l'&#233;volution du taux d'&#233;pargne des m&#233;nages en France &#187;, Bulletin de la Banque de France, f&#233;vrier 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[35] Ifop/Fondation Jean Jaur&#232;s, &#171; Les actifs et le t&#233;l&#233;travail &#224; l'heure du confinement &#187;, mars 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[36] Pierre Concialdi, &#171; Confinement, r&#233;cession et baisse des revenus ? &#187;, Ires, avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[37] Patrick Artus, &#171; Comment les entreprises se d&#233;sendettent-elles ? &#187;, 21 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[38] Joshua M. Epstein, Jon Parker, Derek Cummings, Ross A. Hammond, &#171; Coupled Contagion Dynamics of Fear and Disease : Mathematical and Computational Explorations &#187;, PLoS ONE, Volume 3, Issue 12, 1st December 2008.&lt;br class='autobr' /&gt;
[39] FMI, &#171; Policies to Support People During the COVID-19 Pandemic &#187;, Fiscal Monitor, April 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[40] Dans l'ordre d'apparition : Bruno Le Maire, &#171; Il faudra faire des efforts pour r&#233;duire la dette &#187;, Reuters, 10 avril 2020 ; Agn&#232;s Pannier-Runacher, &#171; Travailler plus que nous ne l'avons fait avant &#187;, AFP, 11 avril 2020 ; Fran&#231;ois Villeroy de Galhau, &#171; Il n'y a pas de miracle : nous devrons porter plus longtemps des dettes publiques plus &#233;lev&#233;es &#187;, Le Monde, 8 avril 2020 ; Geoffroy Roux de B&#233;zieux, &#171; La reprise, c'est maintenant ! &#187; Le Figaro, 10 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[41] Philippe Aghion, &#171; Penser l'&#233;conomie de demain &#187;, France Culture, 24 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[42] &#201;ric Le Boucher, &#171; Il faut sortir la France du confinement &#187;, Les Echos, 10 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[43] Jean-Philippe Delsol, &#171; Confinement : jusqu'o&#249; peut-on aller ? &#187;, Les Echos, 10 avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[44] Jean Quatremer, &#171; Une s&#233;lection de tweets &#187; tweet, avril 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[45] Konrad Putzier and Peter Grant, &#171; Real-Estate Investors Eye Potential Bonanza in Distressed Sales &#187;, The Wall Street Journal, April 7, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Covid-19 : la bourse ou la vie ? Sur l'inanit&#233; de la science &#233;conomique officielle</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Covid-19-la-bourse-ou-la-vie-Sur-l-inanite-de-la-science-economique-officielle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Covid-19-la-bourse-ou-la-vie-Sur-l-inanite-de-la-science-economique-officielle</guid>
		<dc:date>2020-04-28T07:25:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tous les gouvernements m&#232;nent aujourd'hui une recherche t&#226;tonnante de l'arbitrage optimal entre activit&#233; &#233;conomique et risques sanitaires. L'un des effets collat&#233;raux de cette situation est de jeter une lumi&#232;re cruelle sur l'inanit&#233; de la science &#233;conomique officielle. Le th&#232;me de l'arbitrage permet d'en montrer les limites, et de pointer &#8211; en creux &#8211; les probl&#232;mes auxquels nous sommes et serons confront&#233;s. On commencera par une parodie. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arbitrage (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Coronavirus-1579-+" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton43278-c570e.jpg?1781035312' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tous les gouvernements m&#232;nent aujourd'hui une recherche t&#226;tonnante de l'arbitrage optimal entre activit&#233; &#233;conomique et risques sanitaires. L'un des effets collat&#233;raux de cette situation est de jeter une lumi&#232;re cruelle sur l'inanit&#233; de la science &#233;conomique officielle. Le th&#232;me de l'arbitrage permet d'en montrer les limites, et de pointer &#8211; en creux &#8211; les probl&#232;mes auxquels nous sommes et serons confront&#233;s. On commencera par une parodie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/economie-covid19/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitrage entre PIB et d&#233;c&#232;s : une (semi-)parodie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse d'un &#233;conomiste orthodoxe pourrait &#234;tre la suivante. Premier point : il existe une relation inverse entre le nombre de morts et la perte de PIB. Pour obtenir le nombre minimum de morts (Nmin), il faudrait freiner drastiquement l'&#233;conomie en gelant toutes les activit&#233;s non essentielles. Mais la perte de PIB serait alors maximale (Qmax). Si on donne au contraire la priorit&#233; &#224; l'activit&#233; &#233;conomique, le nombre de morts sera maximal (Nmax), mais la perte de PIB sera r&#233;duite au minimum (Qmin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le segment bleu du graphique ci-dessous repr&#233;sente les combinaisons possibles entre les deux objectifs consistant &#224; r&#233;duire alternativement le nombre de morts et la perte de PIB. On supposera &#8211; pour l'instant &#8211; que cette &#171; contrainte budg&#233;taire &#187; est lin&#233;aire, et surtout donn&#233;e, en fonction des caract&#233;ristiques de l'&#233;pid&#233;mie, et de la capacit&#233; de r&#233;ponse de l'appareil sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH330/770e072b0bf2af24-70912b0f-45494.jpg?1781035313' width='500' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment alors choisir la meilleure combinaison ? La th&#233;orie fournit la r&#233;ponse : il existe, au moins implicitement, une fonction de pr&#233;f&#233;rence qui exprime les choix de &#171; l'agent repr&#233;sentatif &#187; &#224; l'&#233;gard des deux d&#233;terminants de sa fonction d'utilit&#233; U : le revenu (Q) et la sant&#233;, mesur&#233;e par le nombre de morts (D).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fonction peut s'&#233;crire : U = f (Q, D). L'utilit&#233; augmente avec le revenu et d&#233;cro&#238;t avec le nombre de morts. On a donc : dU/dQ &gt; 0 et dU/dD &lt; 0.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courbe verte est une courbe d'indiff&#233;rence : c'est le lieu g&#233;om&#233;trique des couples (Q,D) procurant un m&#234;me niveau d'utilit&#233;, ou plut&#244;t d'&#171; oph&#233;limit&#233; &#187;, pour reprendre le terme forg&#233; par Vilfredo Pareto. Ce dernier proposait d'employer ce terme &#171; pour exprimer le rapport de convenance qui fait qu'une chose satisfait un besoin ou un d&#233;sir, l&#233;gitime ou non &#187;2. L'auteur d'un support de cours m&#233;diocre &#8211; mais en cela repr&#233;sentatif &#8211; avan&#231;ait le terme d'&#171; isoph&#233;lime &#187;, sans doute pour apporter sa petite pierre p&#233;dante &#224; la science3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le graphique ne fait figurer qu'une seule courbe d'&#171; isoph&#233;lime &#187;, celle qui est tangente &#224; la &#171; contrainte budg&#233;taire &#187;. Situ&#233;e plus haut, elle correspondrait &#224; un niveau d'utilit&#233; plus &#233;lev&#233;, mais incompatible avec la contrainte. Plus bas, elle serait &#233;videmment sous-optimale. Bref, la combinaison optimale (Qopt, Nopt) est obtenue au point O o&#249; la courbe d'indiff&#233;rence est tangente &#224; la droite figurant la contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitrage &#224; la Trump&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne pouvons pas laisser le rem&#232;de &#234;tre pire que le probl&#232;me &#187;, &#233;crivait Trump dans un tweet du 23 mars dernier. Il compl&#233;tait l'&#233;nonc&#233; de ce principe d'une orientation strat&#233;gique limpide : &#171; &#224; la fin de cette p&#233;riode de 15 jours, nous prendrons une d&#233;cision quant &#224; la voie &#224; suivre &#187;4. A la suite de son patron, Lawrence (Larry) Kudlow, son conseiller &#233;conomique en chef, enfon&#231;ait le clou sur Fox News. Pour lui, le pr&#233;judice &#233;conomique caus&#233; par la distanciation sociale est &#171; tout simplement trop grand (just too great). Nous ne pouvons pas arr&#234;ter l'&#233;conomie, et nous aurons &#224; faire des arbitrages (trade-offs) difficiles entre la protection des Am&#233;ricains contre le virus et le retour du march&#233; boursier &#224; son niveau ant&#233;rieur &#187;5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons au passage que, pour Kudlow, l'activit&#233; &#233;conomique se mesure en cours de bourse. Il vaut d'ailleurs la peine de s'arr&#234;ter sur le personnage dont le portrait permet de mesurer le degr&#233; de d&#233;liquescence intellectuelle atteint aux Etats-Unis. Celui qui fait fonction de conseiller &#233;conomique en chef de Trump a pu en effet &#234;tre qualifi&#233; de &#171; pseudo-&#233;conomiste qui-se-trompe-tout-le-temps &#187; (Always-Wrong Pseudo-Economist)6. En 1994, Kudlow avait &#233;t&#233; renvoy&#233; de la banque Bear Stearns en raison de son addiction &#224; la coca&#239;ne et de son alcoolisme : c'est d'ailleurs une bonne illustration de la distinction op&#233;r&#233;e par Pareto entre oph&#233;limit&#233; et utilit&#233;. Il se reconvertira en &#233;ditorialiste &#233;conomique sur la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision CNBC7. Il accumule les erreurs tout au long de sa carri&#232;re, d&#233;non&#231;ant par exemple en d&#233;cembre 2009 (!) : &#171; le refus obstin&#233; de l'&#233;quipe d'Obama de faire confiance au libre march&#233;. Dans certaines des r&#233;gions les plus durement touch&#233;es du pays, les march&#233;s sont d&#233;j&#224; en train de r&#233;soudre le probl&#232;me du logement &#187;. Le 25 f&#233;vrier dernier, il d&#233;clarait encore que l'&#233;pid&#233;mie &#233;tait &#171; contenue &#187; et qu'en d&#233;pit de la &#171; trag&#233;die humaine &#187; qu'elle repr&#233;sente, elle ne devrait pas conduire &#224; une &#171; trag&#233;die &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitrage en courbes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre petit mod&#232;le pr&#233;sent&#233; ci-dessus peut para&#238;tre un peu trop caricatural. Pourtant il repr&#233;sente bien le substrat de la pens&#233;e &#233;conomique dominante, comme le confirme Emanuel Ornelas, professeur d'&#233;conomie &#224; la Sao Paulo School of Economics : &#171; au plus fort d'une grave &#233;pid&#233;mie, &#233;crit-il, un confinement presque complet est mieux que rien dans les pays non pr&#233;par&#233;s. Toutefois, le confinement ne doit pas &#234;tre de longue dur&#233;e, sa dur&#233;e &#233;tant d&#233;termin&#233;e par ses b&#233;n&#233;fices (sanitaires) et ses co&#251;ts (&#233;conomiques) marginaux. &#187;8 Et il produit le graphique ci-dessous, qui n'est qu'une autre fa&#231;on de repr&#233;senter l'arbitrage entre PIB et nombre de morts. Les deux courbes se coupent en un point qui d&#233;termine la dur&#233;e optimale du confinement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH409/4b177a8ab3f39f20-fd9a0cad-4ad90.jpg?1781035313' width='500' height='409' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois &#233;conomistes, probablement plus s&#233;rieux que Kudlow, ont publi&#233; r&#233;cemment un article modestement intitul&#233; &#171; Macro&#233;conomie des &#233;pid&#233;mies &#187;9. Ils s'inspirent d'un mod&#232;le ancien, puisqu'il date de 192710. Ce mod&#232;le s'appelle SIR : S pour Susceptible (d'&#234;tre contamin&#233;s) I pour Infected (contamin&#233;s) et R pour Recovered (gu&#233;ris). On y rajoute parfois un E pour expos&#233;s. Le message central du papier est qu'il existe &#171; in&#233;vitablement un arbitrage entre la gravit&#233; de la r&#233;cession &#224; court terme caus&#233;e par l'&#233;pid&#233;mie et les cons&#233;quences sanitaires de celle-ci. G&#233;rer cet arbitrage est un d&#233;fi majeur pour les d&#233;cideurs politiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut &#233;viter que &#171; l'&#233;quilibre concurrentiel ne soit pas socialement optimal &#187;, il faut doser les efforts et accepter une r&#233;duction plus forte de la consommation afin de r&#233;duire le nombre de morts, comme l'illustre le graphique ci-dessous. L&#224; encore, ce n'est qu'une version d&#233;riv&#233;e de notre sch&#233;ma de base o&#249; il existe un arbitrage entre perte de PIB (ici de consommation) et nombre de morts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH291/33d6730109319601-49187d1b-19ef4.jpg?1781035314' width='500' height='291' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes italiens s'y sont mis &#224; six pour trouver les moyens d'organiser la lutte contre l'&#233;pid&#233;mie, avec le m&#234;me souci de ne pas &#171; tuer l'&#233;conomie mondiale &#187;11. Puisque les jeunes sont suppos&#233;s &#234;tre moins vuln&#233;rables aux effets du virus, la principale suggestion est alors de les &#171; remettre rapidement au travail &#187;, en les munissant d'une application permettant de &#171; suivre imm&#233;diatement la contagion qu'ils peuvent propager ou recevoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Richard Balwin, un &#233;conomiste fascin&#233; par la mondialisation12 &#8211; qui est pour lui une sorte de seconde nature de l'humanit&#233; &#8211; la question la plus pr&#233;occupante est celle de l'inflation. Selon lui, la crise va provoquer une raret&#233; relative des biens essentiels, et donc une augmentation de leurs prix13. Sa d&#233;monstration s'appuie sur l'un de ces &#171; crobards &#187; &#224; la lecture desquels sont dress&#233;s les &#233;tudiants en sciences &#233;conomiques, d&#232;s leur premi&#232;re ann&#233;e d'&#233;tudes. Nous le reproduisons ci-dessous pour son int&#233;r&#234;t p&#233;dagogique &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH327/a8995fbd7e108fa7-59eef627-413bd.jpg?1781035314' width='500' height='327' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui inqui&#232;te surtout Baldwin c'est que les citoyens pourraient trouver &#171; d&#233;loyale &#187; (unfair) cette hausse des prix des biens essentiels et &#171; peut-&#234;tre m&#234;me inacceptable &#187;. Or, selon lui, l'histoire a montr&#233; &#224; maintes reprises que cette configuration risque d'engendrer &#171; des forces politiques qui conduisent &#224; un contr&#244;le des prix et &#224; un rationnement (pour r&#233;partir les biens rares) &#187;. Derri&#232;re les courbes qui se d&#233;placent sur le graphique, on discerne l'effroi des dominants : et si cette crise d&#233;clenchait un mouvement en faveur de la planification de l'&#233;conomie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitrage entre court terme et moyen terme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e m&#234;me qu'il existe un arbitrage a &#233;t&#233; r&#233;cus&#233;e dans une d&#233;claration commune de la directrice g&#233;n&#233;rale du FMI et du directeur g&#233;n&#233;ral de l'OMS : &#171; A premi&#232;re vue, il y aurait un arbitrage &#224; faire : soit sauver des vies, soit pr&#233;server les moyens de subsistance. Il s'agit d'un faux dilemme : ma&#238;triser le virus est, en fait, une condition pr&#233;alable pour pr&#233;server les ressources &#187;14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francisco Saraceno critique lui aussi l'id&#233;e &#171; absurde &#187; d'un arbitrage : &#171; sauver des vies est bon pour l'&#233;conomie &#187;15. Il prend l'exemple de la strat&#233;gie envisag&#233;e au d&#233;part par Boris Johnson. Si celle-ci avait &#233;t&#233; mise en &#339;uvre et provoqu&#233; l'infection de dizaines de millions de Britanniques, &#171; l'offre de main-d'&#339;uvre aurait chut&#233; pendant des mois, et il s'en serait suivi une forte perturbation de la production &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est au fond que l'arbitrage est d'une autre nature. On peut r&#233;duire le choc productif en acceptant plus de d&#233;c&#232;s, mais ce choix conduirait &#224; des d&#233;g&#226;ts durables sur l'&#233;tat de l'&#233;conomie. Autrement dit, les choix &#224; court terme conditionnent la trajectoire &#224; moyen-long terme. En voulant &#233;viter une chute imm&#233;diate trop marqu&#233;e, on aurait une sortie de crise &#171; en U &#187;, voire &#171; en L &#187; plut&#244;t qu'&#171; en V &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents modes de sortie de crise, en V, en U ou en L, sont bien illustr&#233;s par le graphique ci-dessous16 qui s'appuie sur l'exp&#233;rience de la derni&#232;re crise. La sortie en L est illustr&#233;e par le cas de la Gr&#232;ce, et on peut d'ailleurs se demander si cette trajectoire ne pr&#233;figure pas celle qui sera suivie, au moins dans un certain nombre de pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH188/419859e08cc12d80-b7d4b456-20196.jpg?1781035315' width='500' height='188' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Saraceno d&#233;taille ainsi les ressorts de sa d&#233;monstration : m&#234;me si on laissait l'&#233;pid&#233;mie se propager pour pr&#233;server l'activit&#233; &#233;conomique, certains secteurs (voyages, tourisme, services) conna&#238;traient de toute mani&#232;re des baisses d'activit&#233; importantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les cha&#238;nes de valeur mondiales seraient d&#233;sorganis&#233;es, et le commerce serait impact&#233; (&#8230;) La confiance des consommateurs et les anticipations des entreprises resteraient d&#233;prim&#233;s pendant des mois, la consommation et l'investissement stagneraient, l'intervention des pouvoirs publics serait n&#233;cessaire autant qu'elle l'est dans le cadre du confinement. Enfin, le lourd tribut pay&#233; &#224; la crise pand&#233;mique aurait un impact sur le capital humain et donc sur la productivit&#233; et la croissance &#224; long terme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il n'est m&#234;me pas assur&#233; que ces effets ne seraient pas de toute mani&#232;re pr&#233;sents, m&#234;me dans le cas o&#249; on accepterait une r&#233;cession forte mais plus concentr&#233;e dans le temps. Les auteurs d'un r&#233;cent papier pr&#233;sentant une &#171; th&#233;orie des chocs d'offre keyn&#233;siens &#187;17 soutiennent que les chocs li&#233;s &#224; l'&#233;pid&#233;mie de COVID-19 (arr&#234;ts de travail, licenciements, faillites) peuvent conduire &#224; une chute de la demande plus importante encore que les chocs eux-m&#234;mes. Cette approche, encens&#233;e par Paul Krugman, est effectivement fascinante par la sophistication de sa mod&#233;lisation. Elle a l'int&#233;r&#234;t de montrer &#224; quel point est absurde l'opposition entre &#171; choc d'offre &#187; et &#171; choc de demande &#187; : la question-cl&#233; est celle de la reproduction du capital. Il ne s'agit pas de d&#233;terminer un &#171; &#233;quilibre &#187; entre offre et demande, mais d'examiner les conditions de cette reproduction qui ne peuvent &#234;tre analys&#233;es qu'en dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitrage entre la vie et les finances publiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe toute une litt&#233;rature sur les choix exerc&#233;s en mati&#232;re de sant&#233; publique. Elle mobilise le concept de &#171; valeur de la vie &#187;18 dans une logique de calcul co&#251;ts-b&#233;n&#233;fices. Il s'agit donc bien d'un arbitrage, clairement revendiqu&#233;, comme l'expliquent deux th&#233;oriciens de la chose : &#171; parce que nous ne sommes pas pr&#234;ts &#224; tout sacrifier pour augmenter notre esp&#233;rance de vie, cela signifie que notre vie a une valeur, et que celle-ci est finie. Puisque la vie consciente est l'art de la d&#233;cision, et puisque la d&#233;cision est l'art de comparer les valeurs, les &#234;tres humains n'ont d'autre choix que de donner une valeur relative &#224; toute chose. Il n'y a tout simplement pas d'alternative. Le sage qui s'y refuse est respectable, mais il laisse le d&#233;cideur devant l'ab&#238;me de ses choix. &#187;19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des signataires de cette forte proposition, Christian Gollier, est le directeur de la Toulouse School of Economics [sic] pr&#233;sid&#233;e par Jean Tirole, &#171; prix Nobel &#187; d'&#233;conomie en 2014. Dans un r&#233;cent entretien20, Gollier fait la d&#233;monstration de sa perspicacit&#233; en &#233;crivant que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; l'avantage si l'on peut dire de cette crise, c'est qu'elle n'est pas structurelle comme en 1929 ou plus r&#233;cemment en 2008 (&#8230;) On est dans un choc totalement exog&#232;ne, avec une possibilit&#233; de rebond tr&#232;s forte et pas du tout dans un choc qui n&#233;cessite une restructuration de l'&#233;conomie (&#8230;) D&#232;s que l'on pourra ressortir, on pourra de nouveau consommer et relancer l'&#233;conomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arbitrage n'est apr&#232;s tout pas si compliqu&#233; : &#171; il faut que les producteurs ram&#232;nent les travailleurs dans l'entreprise et reprennent la production &#187;. M&#234;me si Gollier mod&#232;re ses propos dans la suite de l'entretien, sa formule, qui implique que les travailleurs ne seraient pas des producteurs et qu'il suffirait de les &#171; ramener dans l'entreprise &#187;, dit tout du caract&#232;re quasi-f&#233;odal et inhumain de cette &#171; science &#187; &#233;conomique-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs sp&#233;cialistes de la sant&#233; publique viennent de publier une courte contribution21 au d&#233;bat ouvert par l'&#233;pid&#233;mie. Ils proc&#232;dent selon un calcul de coin de table qui conduit &#224; ce r&#233;sultat essentiel : la r&#233;duction maximale de consommation visant &#224; &#233;viter les d&#233;c&#232;s li&#233;s au coronavirus est de 26 %. La mani&#232;re dont ce r&#233;sultat &#233;nigmatique est obtenu m&#233;rite d'&#234;tre examin&#233;e plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le mobilise les variables suivantes : d est le taux de d&#233;c&#232;s susceptible de frapper la population &#224; risque qui repr&#233;sente une fraction 1/n de la population totale, et dont le nombre d'ann&#233;es qui lui restent &#224; vivre est en moyenne de L ann&#233;es. La valeur d'une ann&#233;e, v, est mesur&#233;e en ann&#233;es de consommation par t&#234;te : si par exemple une ann&#233;e de vie vaut 150 000 dollars et que la consommation par habitant est de 50'000 dollars, alors v = 322.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter le risque repr&#233;sent&#233; par l'&#233;pid&#233;mie, la soci&#233;t&#233; serait alors pr&#234;te &#224; renoncer &#224; une fraction d'une ann&#233;e de consommation donn&#233;e par cette formule : a = d.v.L/n. Les auteurs donnent un exemple num&#233;rique, avec v = 3, L = 10 et n = 6. Dans ce cas, l'&#233;pid&#233;mie risque donc de frapper le sixi&#232;me de la population dont l'esp&#233;rance de vie restante est de 10 ann&#233;es. Comme une ann&#233;e restant &#224; vivre vaut 3 ann&#233;es de consommation par t&#234;te, la formule ci-dessus s'&#233;crit simplement a = 5d. Autrement dit, r&#233;sument les auteurs, &#171; la soci&#233;t&#233; est pr&#234;te &#224; renoncer pendant un an &#224; 5 % de la consommation pour chaque point de pourcentage de mortalit&#233; due au covid-19 ; si ce taux de mortalit&#233; (d) est de 4 %, cela correspondrait &#224; 20 % de la consommation &#187;. CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette arithm&#233;tique simpliste, on trouve un mod&#232;le plus sophistiqu&#233; qui utilise une fonction d'utilit&#233; sociale (utilitarian social welfare). Elle d&#233;pend de la r&#233;duction de consommation pour un taux de d&#233;c&#232;s donn&#233; et devrait nous aider, pensent les auteurs, &#224; penser &#171; l'arbitrage entre la consommation des survivants et les d&#233;c&#232;s dus au covid-19 &#187;. Dans un premier temps, les auteurs examinent le cas d'un &#171; agent repr&#233;sentatif &#187;, avant d'introduire une distinction entre les &#171; vieux &#187; (expos&#233;s) et les jeunes (en principe &#233;pargn&#233;s). Dans le second cas, l'acceptation d'une baisse de la consommation est moindre : 26 % au lieu de 35 %. Mais qui d&#233;cide de cette &#171; acceptation &#187; ? Et comment r&#233;gler les mesures de sant&#233; publique de mani&#232;re &#224; ne pas d&#233;passer le seuil fatidique de 26 % ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitrage entre profit et ch&#244;mage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il y avait aussi un arbitrage entre profit et ch&#244;mage ? C'est ce que sugg&#232;re Patrick Artus &#224; partir d'une comparaison entre les Etats-Unis et la zone euro : &#171; le mod&#232;le europ&#233;en d'ajustement de l'emploi dans une r&#233;cession (lent, amorti le plus possible) est sup&#233;rieur au mod&#232;le am&#233;ricain (ajustement brutal de l'emploi) parce qu'il &#233;vite d'aggraver la crise par le recul de la demande des m&#233;nages, de perte du capital humain. Mais le d&#233;faut du mod&#232;le europ&#233;en est que l'ajustement lent et amorti de l'emploi conduit &#224; un recul de la profitabilit&#233; des entreprises et de leur capacit&#233; &#224; investir &#187;23. Et Artus d'enfoncer le clou : pour faire baisser le ch&#244;mage apr&#232;s la crise le plus rapidement possible, il faudra &#171; &#233;viter quelques erreurs &#187; et, en particulier &#171; mettre en place la mod&#233;ration salariale, pour redresser les marges b&#233;n&#233;ficiaires des entreprises. &#187;24 Peut-&#234;tre a-t-il raison : les vrais arbitrages &#224; traiter sont encore devant nous. Par exemple : nos vies ou leurs profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arbitrage entre science-bidon et critique sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;r&#233;grination montre que le coronavirus est aussi un r&#233;v&#233;lateur des terribles insuffisances de la th&#233;orie &#233;conomique dominante. L'approche plut&#244;t micro&#233;conomique (celle qui pr&#233;tend fournir les fondements d'une analyse macro&#233;conomique) se heurte &#224; plusieurs obstacles que nous avons rencontr&#233;s. Le premier est qu'une logique d'&#233;quilibre est absolument inop&#233;rante, en g&#233;n&#233;ral mais encore plus dans le contexte actuel. Tous les param&#232;tres se modifient au jour le jour et, face &#224; l'incertitude engendr&#233;e par l'&#233;volution de l'&#233;pid&#233;mie, l'analyse &#233;conomique traditionnelle (celle que l'on enseigne aujourd'hui) ne peut rien apporter &#224; la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre sch&#233;ma parodique initial, la contrainte d&#233;crivant la relation entre perte de PIB et nombre de d&#233;c&#232;s (le segment bleu) est suppos&#233;e connue. Or, ce n'est manifestement pas le cas : il existe une incertitude fondamentale sur sa forme, et c'est ce qui permet de comprendre les h&#233;sitations quant &#224; la bonne m&#233;thode pour lutter contre l'&#233;pid&#233;mie : quelle dur&#233;e de confinement, quelles modalit&#233;s de sortie, etc.? En outre, cette courbe fictive est conditionn&#233;e par les choix op&#233;r&#233;s ant&#233;rieurement (stock de masques, nombre de lits et de soignants, etc.) et il faut donc g&#233;rer aujourd'hui une situation pr&#233;alablement d&#233;termin&#233;e par un calcul &#233;conomique &#224; courte vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se qu'il existe une &#171; fonction collective d'utilit&#233; sociale &#187; ou un &#171; agent repr&#233;sentatif &#187; exer&#231;ant des choix inform&#233;s ne r&#233;siste pas &#224; l'&#233;preuve des faits, parce que le capitalisme ne fonctionne pas de cette mani&#232;re. Pour revenir &#224; notre sch&#233;ma parodique, la question fondamentale est de savoir (et elle se pose d&#233;j&#224;) : qui d&#233;termine la forme et la position de la courbe verte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au recours obsc&#232;ne &#224; un calcul &#233;conomique fond&#233; sur une &#233;valuation statistique de la &#171; valeur de la vie &#187;, il nous plonge dans les &#171; eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste &#187;. L&#224; encore, le r&#233;v&#233;lateur fonctionne : le capitalisme est une soci&#233;t&#233; o&#249; les choix qui devraient &#234;tre collectifs, produits d'une d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratique, sont abandonn&#233;s aux d&#233;cisions priv&#233;es &#233;tablies sur la base d'un calcul marchand &#233;triqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	I have always had a certain horror of political economists since I heard one of them say that he feared the famine in Ireland would not kill more than a million people, and that would scarcely be enough to do much good, Benjamin Jowett (&#224; propos de Nassau Senior) cit&#233; par Cecil Woodham-Smith, The Great Hunger. Ireland 1845-1849, 1962, p. 375-6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Vilfredo Pareto, Cours d'&#233;conomie politique, Tome 1, 1896, p. 3. Pareto pr&#233;f&#233;rait le terme d'oph&#233;limit&#233; &#224; celui d'utilit&#233;, parce qu'on peut trouver du plaisir dans des consommations inutiles, voire nuisibles. Les exemples ne manquent pas &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Trong Giao Dao Dang, Le lib&#233;ralisme &#233;conomique, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	@realDonaldTrump, &#171; We cannot let the cure be worse than the problem &#187;, tweet, March 23, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Lawrence Kudlow, &#171; Economic cost of prolonged coronavirus shutdown is just too great &#187;, Axios, March 23, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Source : Wikipedia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	Un peu comme Nicolas Bouzou (et d'autres) en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	Emanuel Ornelas, &#171; Managing economic lockdowns in an epidemic &#187;, voxeu, 28 March 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	Martin S. Eichenbaum, Sergio Rebelo, Mathias Trabandt, &#171; The Macroeconomics of Epidemics &#187;, NBER, March 20, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	William O. Kermack &amp; Anderson G. McKendrick, &#171; Contribution to the Mathematical Theory of Epidemics &#187;, Proceedings of the Royal Society of London, series A, vol. 115, no. 772, 1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.	Andrea Ichino, Giacomo Calzolari, Andrea Mattozzi, Aldo Rustichini, Giulio Zanella, Massimo Anelli, &#171; Transition steps to stop COVID-19 without killing the world economy &#187;, March 25, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12.	Richard Baldwin, The Great Convergence. Information Technology and the New Globalization, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13.	Richard Baldwin, &#171; The supply side matters : Guns versus butter, COVID-style &#187;, voxeu, 22 March 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.	Kristalina Georgieva &amp; Tedros Adhanom Ghebreyesus, &#171; Some say there is a trade-off : save lives or save jobs &#8211; this is a false dilemma &#187;, IMF, April 3, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15.	Francesco Saraceno, &#171; There is no Trade-off. Saving Lives is Good for the Economy &#187;, March 29, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16.	Source : Philipp Carlsson-Szlezak , Martin Reeves and Paul Swartz, &#171; Understanding the Economic Shock of Coronavirus &#187;, Harvard Business Review, March 27, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17.	Veronica Guerrieri, Guido Lorenzoni, Ludwig Straub, Iv&#225;nWerning, &#171; Macroeconomic Implications of COVID-19 : Can Negative Supply Shocks Cause Demand Shortages ? &#187;, April 2, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18.	Pour une critique de cette approche, voir : Jean-Marie Harribey, &#171; La vie au ralenti, journal d'un confin&#233; (21) &#187;, blog Alternatives &#233;conomiques, 6 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19.	Christian Gollier et James Hammitt, &#171; Nous ne sommes pas pr&#234;ts &#224; tout sacrifier pour augmenter notre esp&#233;rance de vie &#187;, Le Monde, 3 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20.	Christian Gollier, &#171; L'avantage de cette crise, c'est qu'elle n'est pas structurelle &#187;, France Info, 6 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21.	Robert E. Hall, Charles I. Jones, and Peter J. Klenow &#171; Trading Off Consumption and COVID-19 Deaths &#187;, Stanford University and NBER, April 3, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22.	pour choisir cette valeur, les auteurs font r&#233;f&#233;rence &#224; une m&#233;ta-analyse qui donne une id&#233;e du caract&#232;re d&#233;lirant de ces &#233;laborations : W. Kip Viscusi and Joseph E Aldy, &#171; The value of a statistical life : a critical review of market estimates throughout the world &#187; Journal of risk and uncertainty, vol.27, n&#176;1, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23.	Patrick Artus, &#171; Fonctionnement du march&#233; du travail dans une crise aux Etats-Unis et dans la zone euro &#187;, 2 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24.	Patrick Artus, &#171; Qu'est-ce qui peut acc&#233;l&#233;rer la baisse du ch&#244;mage apr&#232;s une r&#233;cession ? &#187;, 6 avril 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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