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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Lutter en f&#233;ministes dans les mouvements sociaux. De la riposte &#224; l'&#233;laboration d'une strat&#233;gie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Lutter-en-feministes-dans-les-mouvements-sociaux-De-la-riposte-a-l-elaboration</link>
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		<dc:date>2021-02-23T07:28:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Des militantes du Comit&#233; de mobilisation de l'EHESS - France</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-02-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le texte ci-dessous est un effort de th&#233;orisation du sexisme &#224; partir d'une exp&#233;rience dans un groupe politique particulier. Il ne pr&#233;tend pas &#224; l'exhaustivit&#233;, ni proposer d'explication totalisante. En revanche, nous aimerions qu'il serve de base de discussions entre militantes f&#233;ministes sur les tactiques anti-sexistes &#233;labor&#233;es dans des groupes politiques, mixtes ou non. &lt;br class='autobr' /&gt; Contretemps 17 f&#233;vrier 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Des militantes du comit&#233; de mobilisation de l'EHESS (L'&#233;cole des Hautes &#201;tudes en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-02-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-02-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton46869-7258a.jpg?1781863409' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte ci-dessous est un effort de th&#233;orisation du sexisme &#224; partir d'une exp&#233;rience dans un groupe politique particulier. Il ne pr&#233;tend pas &#224; l'exhaustivit&#233;, ni proposer d'explication totalisante. En revanche, nous aimerions qu'il serve de base de discussions entre militantes f&#233;ministes sur les tactiques anti-sexistes &#233;labor&#233;es dans des groupes politiques, mixtes ou non.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
17 f&#233;vrier 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des militantes du comit&#233; de mobilisation de l'EHESS (L'&#233;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales) 2020 France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de publier ce texte s'inscrit aussi dans un constat, partag&#233; par plusieurs camarades f&#233;ministes, de l'absence d'espace et d'occasion de discuter de strat&#233;gie f&#233;ministe. Mieux se conna&#238;tre entre militantes, entre collectifs et pouvoir discuter ensemble de strat&#233;gies nous aiderait &#224; imposer le f&#233;minisme comme une priorit&#233; dans les espaces politiques de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous avons cr&#233;&#233; une adresse mail pour pouvoir &#234;tre contact&#233;es, recevoir des retours, des commentaires, des critiques, et/ou des partages d'exp&#233;riences, d'analyses. Si les circonstances sanitaires le permettent nous envisagerions m&#234;me volontiers d'organiser dans quelques mois un moment de rencontres/d&#233;bats pour faire le bilan et dresser des perspectives de luttes avec celles qui auraient trouv&#233; ce texte utile. Si l'une ou l'autre de ces perspectives vous int&#233;ressent vous pouvez donc nous &#233;crire &#224; : riposteantisexiste@riseup.net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est issu d'un collectif en mixit&#233; choisie[1] (femmes et personnes transmasculines) qui s'est form&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un comit&#233; de mobilisation mixte constitu&#233; dans le cadre du mouvement universitaire de soutien &#224; la gr&#232;ve interprofessionnelle contre la r&#233;forme des retraites ayant dur&#233; de d&#233;cembre 2019 &#224; mars 2020. Il est le produit de nos exp&#233;riences et r&#233;flexions autour des mobilisations et luttes men&#233;es au sein et en dehors de nos lieux d'&#233;tudes et de travail. Ce texte n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit par l'ensemble des membres du comit&#233; en mixit&#233; choisie, et il ne saurait repr&#233;senter la diversit&#233; des positions et des points de vue. Il s'appuie n&#233;anmoins sur une mise au point antisexiste effectu&#233;e par le comit&#233; en mixit&#233; choisie aupr&#232;s des hommes cis du comit&#233; mixte au d&#233;but d'une r&#233;union quelque temps avant le premier confinement (mars 2020), confinement qui a mis fin au mouvement social. Les comportements sexistes gangrenaient alors le comit&#233;. Certaines des membres du comit&#233; en mixit&#233; choisie, majoritairement des lesbiennes et bisexuelles, ont souhait&#233; approfondir les r&#233;flexions sur les effets structurants du sexisme dans les groupes politiques mixtes en partant de leur exp&#233;rience au sein du comit&#233; de mobilisation et ont &#233;labor&#233; ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sexisme s'est impos&#233; tout au long du mouvement comme un obstacle &#224; la mobilisation, un frein &#224; son &#233;largissement, et un facteur de dispersion des militantes. Ces obstacles que nous avons rencontr&#233;s dans la mise en place d'un fonctionnement horizontal et d'une auto-organisation anti-sexiste nous ont pouss&#233;Es &#224; former ce groupe de r&#233;flexion et d'action en mixit&#233; choisie. Cet espace nous a permis de revenir sur nos v&#233;cus, et sur les probl&#232;mes de sexisme au sein de la mobilisation, puis dans un second temps d'&#233;crire ce texte pour pr&#233;senter nos analyses et les esquisses de solutions que nous avons pu trouver. Ce texte d'intervention antisexiste est destin&#233; &#224; nos camarades de lutte et prioritairement aux femmes et autres minoritaires de genre qui souhaitent s'organiser en mixit&#233;, mais aussi aux camarades hommes qui souhaitent comprendre l'impact du sexisme. Il n'est pas question pour nous de fournir un guide pour que les hommes se &#171; d&#233;construisent &#187; mais plut&#244;t de partager des outils analytiques et pratiques pour favoriser l'autonomie politique et les capacit&#233;s d'organisation des femmes en g&#233;n&#233;ral, et dans des collectifs mixtes. Quoiqu'elle soit tr&#232;s en vogue dans le milieu militant, nous ne souscrivons pas &#224; la rh&#233;torique de la d&#233;construction qui d&#233;compose les syst&#232;mes d'oppression en myriades de comportements &#171; oppressifs &#187;, tend &#224; localiser l'enjeu de la lutte au seul niveau individuel et ne donne aucun outil pour construire un rapport de force. Cette rh&#233;torique r&#233;sulte principalement en un classement aussi illusoire qu'inutilisable entre les soi-disant &#171; personnes d&#233;construites &#187; et les autres. Le classement des militantEs selon leur plus ou moins grand degr&#233; de d&#233;construction tend encore &#224; r&#233;duire le sexisme &#224; un probl&#232;me moral, et donc &#224; en &#233;vacuer la mat&#233;rialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos liminaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;l&#233;ments de contexte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de d&#233;ployer une analyse en termes de rapports sociaux, il nous importe de d&#233;crire les contextes structurels et conjoncturels dans lesquels notre collectif s'est form&#233; et a exist&#233;, par un rapide retour sur l'historique de la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de mobilisation de l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales (EHESS) dont il est question ici s'est form&#233; lors du mouvement de gr&#232;ve interprofessionnel contre la contre-r&#233;forme du gouvernement Macron pr&#233;sent&#233;e en d&#233;cembre 2019. Le 5 d&#233;cembre marquait le d&#233;but, &#224; la SNCF et la RATP notamment, d'une gr&#232;ve historique, massive et reconductible, la plus longue depuis mai 68. &#192; l'EHESS comme dans de nombreuses autres universit&#233;s, la direction a d&#233;cid&#233; la fermeture tout le mois de d&#233;cembre de son site principal, ce qui y a emp&#234;ch&#233; la constitution d'un mouvement universitaire dans le sillage de la gr&#232;ve de la RATP et de la SNCF. L'EHESS a rouvert ses portes en janvier, ce qui a permis l'organisation d'une Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale (AG) par les BIATOSS (personnels techniques, administratifs, biblioth&#233;caires, ing&#233;nieurEs) et les enseignantEs-chercheur.euses avec la pr&#233;sence de plusieurs &#233;tudiantEs. Dans la foul&#233;e, des AG &#233;tudiantes se sont tenues par fili&#232;re[2] (sociologie, histoire, art et langages&#8230;) permettant d'&#233;largir le mouvement. Un noyau dur d'&#233;tudiantEs mobilis&#233;Es, accompagn&#233; de rares enseignantEs-chercheur.euses et de quelques membres du personnel administratif et technique s'est form&#233;. Ils et elles ont commenc&#233; &#224; intervenir dans les s&#233;minaires et &#224; tenir des piquets de gr&#232;ve &#224; l'entr&#233;e de l'EHESS afin de sensibiliser plus largement, tant sur la r&#233;forme des retraites que sur la LPPR (Loi de Programmation Pluri-annuelle pour la Recherche, devenu LPR, voir encadr&#233; &#224; la fin du texte) et les encourager &#224; se mobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tudiantEs de l'EHESS et de l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure (ENS) dont le lieu d'&#233;tude commun, sur un autre site, n'a pas &#233;t&#233; ferm&#233; en d&#233;cembre se sont engag&#233;Es avec les conducteurs et conductrices de la RATP, sur un d&#233;p&#244;t voisin. Un collectif efficace et des liens interprofessionnels de confiance ont ainsi pu &#234;tre constitu&#233;s. Vers la mi-janvier et avec la baisse de la gr&#232;ve &#224; la RATP, ce groupe s'est d&#233;plac&#233; et engag&#233; aupr&#232;s de travailleur.euses du secteur de la propret&#233; &#224; l'occasion de l'occupation de la TIRU (incin&#233;rateur de d&#233;chets) d'Ivry (voir en annexe pour une description d&#233;taill&#233;e du secteur et des activit&#233;s men&#233;es en lien avec lui). Elles et ils ont ainsi cr&#233;&#233; des liens militants suivis dans ces secteurs d'activit&#233;. Ces travailleurs ont encourag&#233;, dans nos AG, les &#233;tudiantEs et personnels militantEs de l'EHESS &#224; se joindre &#224; leurs actions, convaincus que la mobilisation ne pouvait remporter des victoires qu'en &#233;tant v&#233;ritablement interprofessionnelle. Comme celui de la RATP, le secteur de la propret&#233; est un secteur-cl&#233;, fondamental dans le fonctionnement des villes. Les travailleurs et travailleuses de ce secteur ont largement d&#233;montr&#233; leur capacit&#233; &#224; cr&#233;er un r&#233;el rapport de force contre le gouvernement et ses r&#233;formes. L'amoncellement des d&#233;chets non collect&#233;s &#224; Paris et dans la petite couronne a rapidement attir&#233; l'attention des m&#233;dias et des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de l'EHESS, afin de r&#233;fl&#233;chir et organiser les activit&#233;s militantes, un comit&#233; de mobilisation, issu de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, s'est rapidement form&#233; (comme classiquement dans les &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur). Nous abr&#233;gerons le terme &#171; comit&#233; de mobilisation &#187; en comob. Les comit&#233;s de mobilisation sont en quelque sorte l'instance ex&#233;cutive de l'AG : ils sont ouverts &#224; touTEs et se r&#233;unissent plus fr&#233;quemment que les AG. Les d&#233;cisions politiques n'y sont pas prises n&#233;anmoins puisque l'AG est l'instance d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la composition de ce comob a vari&#233; entre janvier et mars, une base compos&#233;e d'une quarantaine de personnes s'est maintenue tout du long. Elle &#233;tait essentiellement constitu&#233;e d'&#233;tudiantEs (masterantEs et doctorantEs), en majorit&#233; des femmes, dont une part non-n&#233;gligeable de femmes lesbiennes et bisexuelles. Le comit&#233; de mobilisation a rassembl&#233; des personnes issues de la petite bourgeoisie intellectuelle ou &#233;conomique, ainsi qu'un petit nombre de personnes issues de classes populaires et d'autres de fractions plus &#233;lev&#233;es de la bourgeoisie. Il a &#233;t&#233; compos&#233; majoritairement, mais pas exclusivement, de personnes blanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de nos actions en lien avec les salari&#233;Es du secteur de la propret&#233;, nous avons r&#233;alis&#233; diff&#233;rentes activit&#233;s. De nombreux blocages/tractages devant les garages de camions bennes et les TIRU ont encourag&#233; les travailleur.euses &#224; se mettre en gr&#232;ve ou en demi-gr&#232;ve (c'est-&#224;-dire en gr&#232;ve sur la moiti&#233; de leur tourn&#233;e) dans le public. Nous avons &#233;galement cr&#233;&#233; de nombreux liens avec les travailleur.euses du priv&#233;. Nos actions se sont toujours d&#233;roul&#233;es en coordination avec des travailleur.euses mobilis&#233;Es et des syndicalistes de l'int&#233;rieur, qui encourageaient nos actions. Pour ces derniers, nous &#233;tions un appui potentiel pour construire la gr&#232;ve dans ce secteur. Les actions et les strat&#233;gies de mobilisation &#233;taient discut&#233;es collectivement, ce qui nous permettait m&#234;me en tant qu'ext&#233;rieurEs d'avoir un r&#244;le politique dans cette lutte. Nous avons &#233;norm&#233;ment appris sur ce secteur en nous mobilisant &#224; son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons bien entendu particip&#233; et initi&#233; un ensemble d'autres activit&#233;s pendant cette p&#233;riode. Au sein notre &#233;tablissement, nous avons contribu&#233; &#224; la construction d'une gr&#232;ve, que ce soit par la tenue de piquets de gr&#232;ve, l'organisation et la participation aux AG hebdomadaires r&#233;unissant personnels et &#233;tudiantEs et &#224; celles propres aux &#233;tudiantEs, la constitution de cort&#232;ges dans les manifestations nationales et locales, interprofessionnelles et propres au secteur de la recherche et de l'enseignement. Nous avons men&#233; en interne des batailles pour permettre aux &#233;tudiantEs de se mobiliser, notamment par la revendication d'une validation automatique des enseignements. Nous avons particip&#233; aux initiatives contre la pr&#233;carit&#233; dans l'ESR aux c&#244;t&#233;s des Pr&#233;caires de l'ESR, et &#224; leurs &#201;tats G&#233;n&#233;raux, mis en place une caisse de gr&#232;ve en soutien aux secteurs o&#249; la gr&#232;ve prenait une forme dure, organis&#233; plusieurs soir&#233;es de soutien au sein de l'&#233;tablissement, un d&#233;jeuner solidaire avec les travailleurs du secteur de la propret&#233;. Nous avons effectu&#233; du suivi anti-r&#233;pression suite &#224; des arrestations ou des violences exerc&#233;es envers certainEs d'entre nous par les forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Naissance du comit&#233; en mixit&#233; choisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des premiers temps d'existence de notre comob, la place des femmes comme les revendications f&#233;ministes sont peu discut&#233;es, malgr&#233; une pr&#233;sence de militantes f&#233;ministes en son sein. Sur la question des retraites, des collectifs f&#233;ministes comme Nous Toutes ont publi&#233; une documentation soulignant les cons&#233;quences sp&#233;cifiques pour les femmes de la contre-r&#233;forme des retraites. De notre c&#244;t&#233;, nous n'avons pas consacr&#233;, ni produit de r&#233;flexion sp&#233;cifique &#224; ce sujet. Le fait d'&#234;tre particuli&#232;rement mobilis&#233;Es au c&#244;t&#233; d'un secteur tr&#232;s majoritairement masculin, comme celui de la propret&#233; et de la fili&#232;re du d&#233;chet, n'a probablement pas encourag&#233; le d&#233;veloppement de ce type de r&#233;flexions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant apr&#232;s un mois de lutte &#233;coul&#233;, et de r&#233;guli&#232;res expositions aux violences polici&#232;res, un besoin de discussion et d'organisation sur la question du sexisme au sein du comob s'est fait sentir. A plusieurs reprises, lors d'actions et de manifestations, les CRS ou la BRAV nous avaient sembl&#233; cibler particuli&#232;rement les femmes du collectif. Ces derni&#232;res avaient ainsi subi de la part des policiers, en plus des coups, des actes d'&#233;tranglement. Dans le contexte de notre comob, cette pratique n'a &#233;t&#233; effectu&#233;e qu'&#224; l'encontre de femmes ; elle nous para&#238;t comporter un caract&#232;re particuli&#232;rement humiliant. Ces situations ont contribu&#233; &#224; faire &#233;merger des r&#233;flexions en termes de rapports sociaux de sexe. Une premi&#232;re discussion, informelle et spontan&#233;e, en mixit&#233; mais avec une majorit&#233; de femmes, &#224; la suite d'un tractage sur un garage, a ensuite permis d'aborder la question des dynamiques sexistes dans la mobilisation et de la division du travail militant en d&#233;faveur des femmes sur l'ensemble des activit&#233;s (dans le cadre de l'universit&#233; comme dans le secteur de la propret&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons alors d&#233;cid&#233; de r&#233;aliser une r&#233;union en mixit&#233; choisie. Si toutes les femmes du comit&#233; de mobilisation n'&#233;taient pas pr&#233;sentes &#224; cette premi&#232;re r&#233;union, celle-ci a tout de m&#234;me rassembl&#233; une vingtaine de personnes et s'est r&#233;v&#233;l&#233;e extr&#234;mement riche. A partir de ce moment, nous avons d&#233;cid&#233; de p&#233;renniser cette organisation en mixit&#233; choisie, par la cr&#233;ation d'un fil de discussion sp&#233;cifique, des r&#233;unions hebdomadaires, et de mani&#232;re informelle, par la consolidation des rapports entre femmes et autres minoritaires de genre. Pour certaines militantes il s'agissait d'une premi&#232;re exp&#233;rience d'espace en mixit&#233; choisie, tandis que d'autres y &#233;taient au contraire habitu&#233;es. Via le partage d'exp&#233;riences, cet espace s'est vite r&#233;v&#233;l&#233; un lieu de r&#233;flexions et de r&#233;organisation politique. Des probl&#232;mes rencontr&#233;s par certaines d'entre nous depuis des semaines ont &#233;t&#233; port&#233;s &#224; la connaissance collective. La majeure partie de ces probl&#232;mes &#233;tait alors v&#233;cue sur le mode de difficult&#233;s interpersonnelles et relationnelles ou d'enjeux intimes. En discuter nous a permis de mettre au jour comment ils &#233;taient en r&#233;alit&#233; le produit de diff&#233;rents m&#233;canismes sexistes qui traversaient et structuraient notre comit&#233; de mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Construire une conscience collective du sexisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de situations tr&#232;s concr&#232;tes, v&#233;cues dans le cadre de la mobilisation, qu'a &#233;merg&#233; ce besoin d'organisation f&#233;ministe. Les situations face &#224; la police, ainsi que certaines autres v&#233;cues sur les garages (sans commune mesure n&#233;anmoins) ont aliment&#233; nos premi&#232;res conversations sur le sexisme dans la mobilisation. Alors que ces comportements &#233;taient identifi&#233;s par l'ensemble d'entre nous comme sexistes, cela n'allait pas de soi pour le sexisme interne &#224; notre comit&#233; de mobilisation. Cette discussion a r&#233;v&#233;l&#233; des fractures de classe et de sexualit&#233; dans le collectif. Un travail de construction commun impuls&#233; par les militantes les plus form&#233;es au f&#233;minisme a &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour arriver &#224; une compr&#233;hension syst&#233;mique du sexisme et faciliter l'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De nos exp&#233;riences interpro&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des tractages sur les garages, comme dans tous les milieux mixtes, il arrivait que des hommes nous fassent des remarques sexistes et des invitations &#224; connotations sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines de nos premi&#232;res interrogations tournaient autour de la mani&#232;re dont nous pouvions ou devions y r&#233;pondre. Certaines militantes se trouvaient face &#224; un dilemme : ne pas r&#233;agir, et ainsi se confronter au sexisme pour esp&#233;rer construire le lien politique, ou le nommer mais en prenant le risque de rompre la conversation. L'exposition aux remarques sexistes &#233;tait d'autant plus forte que, sur les garages, le travail de conversation &#233;tait beaucoup effectu&#233; par les femmes comme nous le d&#233;crirons plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rapidement conclu que l'un des plus simples moyens de parer aux remarques sexistes &#233;tait de rediriger la conversation sur l'action. Ainsi, s'il nous &#233;tait demand&#233; si nous avions &#171; un num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone &#187;, il &#233;tait assez efficace de r&#233;pondre &#171; je suis pas l&#224; pour &#231;a &#187;. Cette &#171; solution &#187; demeure insatisfaisante puisqu'elle nous oblige &#224; un travail sur nos &#233;motions et notre pr&#233;sentation pour opposer &#224; des remarques sexistes des r&#233;ponses qui restent humoristiques, ou complaisantes. Nous pensons qu'il est illusoire d'imaginer corriger un rapport sexiste en une interaction mais que cela ne doit pas non plus nous entra&#238;ner &#224; un &#171; laisser-faire &#187; d&#233;faitiste et d&#233;mobilisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de nos relations directes avec les travailleurs, nous avons constat&#233; un usage sp&#233;cifique du sexisme par le patronat des garages ou des TIRU ainsi que par la police qui visait &#224; d&#233;cr&#233;dibiliser le travail politique alors en train de s'effectuer. Lorsqu'un travailleur prenait un tract ou entamait avec nous une conversation, des responsables de site affirmaient parfois &#224; voix haute, et &#224; plusieurs reprises, que ce n'&#233;tait qu'une man&#339;uvre pour obtenir notre num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone. Nous &#233;tions sans cesse r&#233;assign&#233;es &#224; notre statut de femmes et l'interaction recadr&#233;e en termes de rapport de s&#233;duction. Cela permettait aux chefs ou aux forces de l'ordre de d&#233;cr&#233;dibiliser notre travail militant et de nier aux travailleurs leur agentivit&#233; politique. Sous couvert d'une expression ironique de solidarit&#233; masculine, cette codification de l'&#233;change dans le registre de la drague renvoyait les ouvriers &#224; un statut de baratineurs int&#233;ress&#233;s exclusivement par l'obtention de faveurs sexuelles. Cette sexualisation des travailleurs de la part des chefs actualise un rapport de domination raciste au travail (direction blanche &#8211; ouvriers noirs ou arabes). Ces remarques insidieuses r&#233;assignant les travailleurs &#224; une position subalterne servaient aussi &#224; entraver les associations politiques entre &#233;boueurs et &#233;tudiantEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; au sexisme de nos camarades du comit&#233; de mobilisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rep&#233;rer et analyser le fonctionnement du sexisme bourgeois de nos camarades de lutte (et le combattre) a &#233;t&#233; plus long et complexe pour nous, notamment en raison d'un entre-soi bourgeois et h&#233;t&#233;rosexuel qui rendait le groupe moins critique envers cette &#233;manation du sexisme. Certaines, issues d'autres milieux sociaux et/ou d'autres formations politiques et/ou moins complaisantes envers les hommes en raison de leur sexualit&#233;, s'y sont n&#233;anmoins d'embl&#233;e montr&#233;es plus attentives. Elles ont aussi permis d'amorcer les discussions sur le fonctionnement en interne. Ces militantes ont permis de prendre conscience de la mani&#232;re dont les rapports de classe et/ou de race visibilisent ou au contraire invisibilisent le sexisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans le comit&#233; en mixit&#233; choisie nous avons pu d&#233;velopper une analyse &#233;labor&#233;e du sexisme et de son fonctionnement, nous nous sommes vite rendu compte que l'appr&#233;hension du sexisme par nos camarades hommes de l'EHESS &#233;tait des plus simplistes ou inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite aux discussions informelles &#224; propos des remarques sexistes re&#231;ues pendant les piquets sur les garages, la r&#233;action spontan&#233;e de nombreux camarades hommes de l'EHESS a &#233;t&#233; de nous proposer de nous accompagner syst&#233;matiquement sur ces actions. Qu'un homme propose &#224; une femme de l'accompagner pour la d&#233;fendre du sexisme, t&#233;moigne du fait que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ il se vit comme sujet non-sexiste. Sans doute s'estime-t-il &#171; d&#233;construit &#187; ou tout de m&#234;me &#171; plus d&#233;construit &#187;, que les travailleurs du secteur de la propret&#233;. Il s'est individuellement extrait du probl&#232;me du sexisme, mais ce faisant le r&#233;duit &#224; une position morale, en niant son aspect structurel. Dans cette situation pr&#233;cise cette tendance &#224; l'abstraction de nos camarades &#233;tait facilit&#233;e par la division de classe et de race. Le sexisme serait l'affaire d'hommes racialis&#233;s et/ou des classes populaires. Comme si eux-m&#234;mes ne pouvaient &#234;tre que des remparts face au sexisme (des autres) et jamais des auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, la masculinit&#233; blanche et bourgeoise de nos camarades aurait form&#233; un rempart contre celle, plus &#171; agressive &#187;, des &#233;boueurs. Cette proposition pr&#233;sente le sexisme comme l'apanage des hommes des classes populaires et/ou racialis&#233;s[3]. En se positionnant comme des protecteurs ils ent&#233;rinent cette fracture entre masculinit&#233; bourgeoise non-sexiste et &#171; masculinit&#233; marginalis&#233;e &#187; sexiste[4]. Cette solution &#233;quivaut &#224; troquer du sexisme contre du sexisme, &#224; nous faire prot&#233;ger des hommes par des hommes, mais d&#233;montre aussi la capacit&#233; de nos camarades, du fait de leur capital culturel et scolaire, &#224; s'approprier les codes du discours f&#233;ministe lib&#233;ral, qui individualise et racialise le sexisme[5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ il se pense plus apte que les femmes elles-m&#234;mes &#224; fournir une r&#233;ponse au sexisme. Sous couvert de prot&#233;ger un groupe opprim&#233;, la r&#233;ponse paternaliste coupe celui-ci du terrain de lutte. Ce faisant, il atomise le groupe et l'emp&#234;che d'&#233;laborer des r&#233;ponses et ripostes collectives. En se reposant sur un groupe &#171; plus puissant &#187; (ici des hommes &#233;tudiants issus en grande majorit&#233; de classes favoris&#233;es), l'autre groupe &#8211; les femmes &#8211; se place dans une position de d&#233;pendance par rapport aux hommes et tend donc &#224; s'affaiblir politiquement. D&#233;pendre des hommes pour lutter contre le sexisme revient &#224; d&#233;pendre du groupe oppresseur et constitue un complet contresens. Venir accompagn&#233;e d'un homme pour &#233;ventuellement contrer les remarques d'autres hommes (sur le mode bien connu de l'appropriation des femmes : une femme accompagn&#233;e d'un homme a d&#233;j&#224; un propri&#233;taire&#8230;) ne peut constituer une r&#233;ponse f&#233;ministe ! Favoriser l'autonomie politique du groupe opprim&#233; s'av&#232;re la seule r&#233;ponse coh&#233;rente. Seules les femmes peuvent se prot&#233;ger collectivement du sexisme, et inventer des parades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette proposition &#8211; se faire accompagner &#8211; a d'abord fait d&#233;bat dans nos rangs, mais nous avons finalement d&#233;cid&#233; de la refuser.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de nos camarades sont par ailleurs tomb&#233;s des nues lorsque nous leur avons parl&#233; du sexisme au sein du comit&#233; de mobilisation. Certains ont avou&#233; na&#239;vement ne s'&#234;tre jamais questionn&#233;s sur ces probl&#232;mes, alors m&#234;me qu'ils militaient depuis un certain temps. Le sexisme est rarement analys&#233; dans les milieux politiques mixtes : il rel&#232;verait d'un en de&#231;&#224; du politique, d'un pr&#233;jug&#233; dont on pourrait facilement se d&#233;barrasser et non d'un rapport de pouvoir structurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, la proposition faite par un camarade du comob de la tenue d'un atelier en non-mixit&#233; hommes sur le probl&#232;me du sexisme, nous a confirm&#233; l'ignorance candide (mais n&#233;anmoins int&#233;ress&#233;e) que les hommes entretenaient &#224; l'&#233;gard de leur sexisme, comme s'ils &#233;taient les mieux plac&#233;s pour l'analyser. Non seulement cet atelier se serait tenu entre hommes tous n&#233;ophytes &#224; ce sujet, mais surtout il n'avait pas &#233;t&#233; propos&#233; en concertation avec le comit&#233; en mixit&#233; choisie. Ainsi il ne pouvait pas viser &#224; agir en tant qu'&#171; alli&#233; &#187;, puisqu'il n'&#233;manait pas d'une demande des femmes. Cet atelier aurait plut&#244;t eu pour effet r&#233;el de consolider l'entre-soi masculin sur le dos de la lutte contre le sexisme[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sexisme de nos camarades blancs et bourgeois a &#233;t&#233; parfois moins &#233;vident &#224; faire reconna&#238;tre comme tel &#224; certaines d'entre nous. Depuis son institutionnalisation par l'&#201;tat, une partie du f&#233;minisme a contribu&#233; &#224; construire le sexisme comme l'apanage des classes populaires et/ou racis&#233;es et, lorsque c'est &#233;voqu&#233;, comme un simple pr&#233;jug&#233; individuel chez les hommes blancs et/ou de classes bourgeoises (individualisation et moralisation du sexisme). Cette perspective s'illustre par exemple dans la constitution du &#171; harc&#232;lement de rue &#187; comme enjeu quasi-exclusif de la cause des femmes et de sa criminalisation comme une revendication unanime. Les politiques publiques visant &#224; &#171; lutter pour l'&#233;galit&#233; &#187; construisent cette conception bourgeoise et raciste du sexisme. Les femmes sont invit&#233;es &#224; ent&#233;riner cette construction du sexisme en s'alliant avec des hommes blancs et/ou bourgeois au vernis f&#233;ministe. Les hommes de ces classes, gr&#226;ce &#224; leur capital culturel, peuvent s'approprier &#224; peu de frais la vulgate du f&#233;minisme lib&#233;ral et ainsi se distinguer des hommes racis&#233;s et/ou de classes populaires. Ils r&#233;alisent ainsi la r&#233;duction du sexisme &#224; un probl&#232;me interindividuel. Cette individualisation du sexisme le d&#233;politise, et tend &#224; le faire dispara&#238;tre comme objet de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur du collectif nous avons r&#233;ussi &#224; ne pas segmenter la r&#233;flexion, et &#224; r&#233;inscrire cette discussion dans une perspective de classe, de race et dans des consid&#233;rations pratiques. Sans minimiser le sexisme subi &#171; &#224; l'ext&#233;rieur &#187;, en lien avec des travailleurs d'autres secteurs, celui qui avait le plus d'impact sur notre dynamique militante &#233;tait celui que nous vivions dans nos rangs, de la part nos camarades de lutte du m&#234;me secteur. C'est aussi l'endroit o&#249; nous avions le plus de leviers pour tenter de casser ces dynamiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La division sexu&#233;e du travail militant dans la mobilisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout travail, r&#233;mun&#233;r&#233; ou non, le travail militant est le lieu d'une division sexuelle. Les rapports sociaux de sexe assignent les femmes et les hommes &#224; des t&#226;ches in&#233;galement valoris&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de ces collectifs menant bien souvent &#224; l'invisibilisation du travail des femmes. Ces derni&#232;res sont par exemple souvent les seules &#224; r&#233;aliser un certain nombre de t&#226;ches logistiques peu valoris&#233;es bien qu'elles profitent &#224; l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#244;les militants sont distincts et hi&#233;rarchis&#233;s selon le sexe. L'invisibilisation op&#232;re avec la naturalisation des r&#244;les dans la mobilisation : certains &#233;tant per&#231;us comme &#171; masculins &#187; (prise de d&#233;cisions, d&#233;cisions strat&#233;giques et d&#233;finitions des priorit&#233;s politiques, etc.) d'autres comme &#171; f&#233;minins &#187; (organisation des r&#233;unions, &#233;coute&#8230;). Dans une perspective critique (et pas seulement descriptive), la division sexuelle du travail d&#233;signe &#171; l'assignation prioritaire des hommes &#224; la sph&#232;re productive, et des femmes au travail &#224; la sph&#232;re reproductive[7], ainsi que, simultan&#233;ment, la captation par les hommes des fonctions &#224; forte valeur sociale ajout&#233;e (politiques, religieuses, militaires etc.) &#187;[8]. Cette forme de division sociale du travail a deux principes organisateurs : le principe de s&#233;paration (il y a des travaux d'hommes et des travaux de femmes) et le principe hi&#233;rarchique (un travail d'homme &#171; vaut &#187; plus qu'un travail de femme &#187;[9]). Cette organisation permet la captation par les militants hommes des fonctions &#224; &#171; forte valeur sociale ajout&#233;e &#187; dans le mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de notre mobilisation la division des t&#226;ches correspondait effectivement &#224; cette logique. Ici nous allons poursuivre l'examen des r&#244;les attribu&#233;s aux femmes. Nous analyserons plus loin, dans la partie consacr&#233;e au capital politique et militant, les activit&#233;s que les hommes se r&#233;servent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travail logistique : une activit&#233; essentielle et d&#233;valoris&#233;e assign&#233;e aux femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du comit&#233; de mobilisation les femmes assuraient la majeure partie de la logistique des r&#233;unions et des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales (AG) : la prise de compte-rendus (CR) et leur relecture, l'organisation des tours de parole, la gestion du temps, l'organisation de l'agenda, la diffusion et le rappel des informations sur les r&#233;seaux sociaux en interne comme en externe, la mod&#233;ration sur les boucles de diffusion&#8230; En somme, nous assurions l'essentiel des t&#226;ches qui permettent &#224; une mobilisation de s'organiser, de s'ancrer dans la dur&#233;e, mais aussi de s'&#233;largir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes ne se proposaient que tr&#232;s rarement pour effectuer ce genre de t&#226;ches. Dans des moments de flottement pour la prise du CR par exemple, une camarade finissait toujours par &#171; se d&#233;vouer &#187;. Lorsque nous avons fait remonter ce constat, certains hommes ont tent&#233; de s'y mettre, mais nous nous sommes rendu compte qu'ils &#233;taient en fait souvent incapables de le faire correctement. Ainsi, pour les tours de parole[10], ils ne faisaient pas vraiment l'effort de regarder autour d'eux qui souhaitait parler, et avaient tendance &#224; ne noter que les gens qui &#233;taient dans leur champ de vision. Bien souvent, une femme se trouvait &#224; faire la suppl&#233;ante invisible pour leur d&#233;signer les personnes qui souhaitaient s'inscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, pour contrebalancer les fr&#233;quentes prises de parole masculines, nous avons propos&#233; une prise de parole paritaire mais nous nous sommes rendu compte que les hommes appliquaient en fait un principe d'alternance homme/femme. Si une femme venait de parler et qu'une autre &#233;tait inscrite &#224; la suite, mais qu'entre temps un homme levait la main, la seconde &#233;tait redescendue dans la liste et l'homme passait avant, ce qui, en d&#233;finitive, d&#233;favorisait les femmes, et est compl&#232;tement contraire au principe de ce mode de r&#233;gulation des prises de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assignation des femmes aux t&#226;ches logistiques organise plus largement la division genr&#233;e du travail militant. D'autant que l'accaparement de l'attention par les t&#226;ches logistiques est un frein concret qui emp&#234;che de se concentrer sur la strat&#233;gie. Il est donc imp&#233;ratif qu'une rotation de ce genre de t&#226;ches soit mise en place de mani&#232;re syst&#233;matique pour &#233;viter que les m&#234;mes &#8211; les femmes &#8211; ne se &#171; d&#233;vouent &#187; et ne soient ainsi d&#233;poss&#233;d&#233;es de leur capacit&#233; d'agir politique et strat&#233;gique par le groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du comit&#233; de mobilisation nous avons essay&#233; d'imposer de nouveaux cadres (refus de prendre les CR et les tours de parole, attention port&#233;e aux coupures intempestives de parole, prises de parole paritaires et effort conscient de nous adresser aux femmes dans les moments de prise de d&#233;cision et d'&#233;laboration de strat&#233;gie). C'est un travail sur lequel il faut syst&#233;matiquement revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque des hommes &#233;taient mandat&#233;s pour tenir la tribune en AG, d'une part, ils se montraient moins attentifs &#224; la gestion du temps, et d'autre part, ils avaient tendance &#224; s'en servir comme un lieu d'expression de leur avis politique. Ils sortaient fr&#233;quemment du r&#244;le assign&#233; au facilitateur (t&#226;che logistique qui permet le bon d&#233;roulement de l'AG) pour commenter des propositions, voire donner leur avis personnel avant un vote. L'exercice de neutralit&#233; et de d&#233;personnalisation que demande la tribune &#233;tait loin d'&#234;tre &#233;vidente pour nos camarades masculins qui s'emparaient de cette position pour imposer leur avis non sollicit&#233; sur l'orientation de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des d&#233;jeuners, buffets ou soir&#233;es de soutien, la prise en charge des repas et de la vaisselle, du rangement, de la communication &#8211; ces t&#226;ches qui rel&#232;vent du travail reproductif &#8211; mobilisent peu les hommes. Sans surprise, elles sont donc d&#233;valoris&#233;es et invisibilis&#233;es comme partie int&#233;grante de la lutte. Mais d&#232;s lors qu'un homme s'en empare, notamment pour montrer patte blanche et rassurer au sujet de sa conscience f&#233;ministe, ces t&#226;ches peuvent &#234;tre soudainement mises en lumi&#232;re. Le temps pass&#233; &#224; couper des l&#233;gumes, cuire des cakes ou faire des courses sera soudainement comptabilis&#233;, publicis&#233;, diffus&#233;, revendiqu&#233;. Prises en main par un homme, elles changent de nature et peuvent &#234;tre brandies contre toute sorte de remarques ou de critiques. C'est le cas lorsque les initiatives sont particuli&#232;rement ambitieuses : grands buffets, soir&#233;es de soutien&#8230; N&#233;anmoins, elles ne restent jamais longtemps visibilis&#233;es et retombent vite dans le monde des t&#226;ches subsidiaires, d&#232;s qu'il s'agit seulement de nourrir plus prosa&#239;quement les militantEs &#224; la sortie d'une AG et d'assurer la quotidiennet&#233; de la reproduction de nos forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A l'encontre des logiques h&#233;ro&#239;ques de la lutte : le temps des bilans&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre t&#226;che, tr&#232;s souvent laiss&#233;e &#224; l'initiative des militantes, &#233;tait l'organisation de bilans des actions. Il s'agit pourtant d'un outil important d'organisation. Les bilans sont des moments de confrontation et de partage des exp&#233;riences, d'analyses des &#233;checs et des r&#233;ussites et constituent un moment clef pour r&#233;&#233;valuer les objectifs et la tactique. Ce sont &#233;galement des moments importants pour partager l'information et r&#233;pondre aux probl&#232;mes de r&#233;tention de l'information (que nous d&#233;velopperons plus loin). Les bilans permettent de collectiviser un travail effectu&#233; parfois plus sp&#233;cifiquement par certainEs militantEs. La r&#233;ticence des hommes &#224; participer &#224; ce genre de r&#233;union semble caract&#233;ristique d'une course &#224; l'accumulation d'actions, au d&#233;triment de l'ancrage de la mobilisation dans la dur&#233;e. De m&#234;me, nos camarades semblent peu enclins &#224; revenir sur les &#233;checs. Selon nous, ce temps de r&#233;flexion et d'analyse permet au contraire de solidifier un mouvement collectif et aussi d'apprendre &#224; identifier collectivement les dangers. L'absence fr&#233;quente des hommes &#224; ce genre de discussions favorise la reproduction d'erreurs qui mettent le groupe en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s une action particuli&#232;rement rat&#233;e et dangereuse, le bilan qui nous semblait n&#233;cessaire a &#233;t&#233; sans cesse ajourn&#233;, pour n'occuper finalement que quelques minutes au d&#233;but d'une grande r&#233;union interpro, o&#249; il n'avait pas sa place. Cette action consistait en un blocage &#233;conomique d'un lieu strat&#233;gique pour la gr&#232;ve, ayant rassembl&#233; bien au-del&#224; des militantEs du comit&#233; de mobilisation apr&#232;s &#234;tre pass&#233; sur de nombreux canaux de diffusion. Elle avait manifestement fuit&#233;, et nous &#233;tions attenduEs par des cars de CRS. La r&#233;orientation de l'action n'a pas &#233;t&#233; possible, et la dispersion s'est op&#233;r&#233;e de mani&#232;re h&#226;tive et dangereuse. Alors que nous &#233;tions clairement incapables de r&#233;sister aux d&#233;ploiements des forces polici&#232;res, des militants hommes renversaient des poubelles sur la route, pour ensuite courir en t&#234;te, cr&#233;ant des mouvements de panique. Un nombre important de femmes s'&#233;tait plac&#233; en queue de cort&#232;ge pour s'assurer que les CRS n'isolent pas de militantEs afin de proc&#233;der &#224; des interpellations. Ainsi, elles &#233;taient les plus proches des CRS, et ce sont elles qui se sont retrouv&#233;es nass&#233;es. Dans la nasse, certaines femmes de notre comob &#233;taient toutes occup&#233;es &#224; s'inqui&#233;ter du sort d'un camarade, plut&#244;t qu'&#224; penser &#224; leur s&#233;curit&#233;. Elles supposaient et craignaient qu'il soit en train de prendre part &#224; une action d&#233;cisive et dangereuse et angoissaient pour lui. Or, ce camarade n'&#233;tait m&#234;me pas pr&#233;sent sur l'action. Alors m&#234;me qu'elles subissaient les cons&#233;quences de la r&#233;pression polici&#232;re, leur pr&#233;occupation les orientait vers le souci d'un homme, forc&#233;ment plus courageux et suppos&#233;ment plus expos&#233; &#224; la r&#233;pression qu'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception du danger et de la violence par les militantEs &#8211; malheureusement facteur d'&#233;valuation de la port&#233;e radicale d'une action &#8211; s'&#233;tablit manifestement toujours au b&#233;n&#233;fice des hommes. Alors que certaines demandaient que soit r&#233;alis&#233; un bilan de cette action ayant vir&#233; au fiasco, ce temps d'analyse n'a pas &#233;t&#233; permis. En cons&#233;quence, et sans concertation, l'organisation d'actions de cette ampleur a &#233;t&#233; abandonn&#233;e. Au lieu de travailler &#224; la construction d'actions massives &#8211; ce qui aurait pu se passer si nous avions tir&#233; les cons&#233;quences de notre &#233;chec &#8211; nous avons simplement laiss&#233; tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bilans sont aussi des moments importants d'ext&#233;riorisation des tensions, et des souffrances &#233;ventuelles. Les frustrations &#233;prouv&#233;es peuvent s'y exprimer, et &#234;tre potentiellement d&#233;samorc&#233;es. Les bilans exemplifient l'imbrication du travail logistique, relationnel et th&#233;orique. En d&#233;l&#233;gant aux femmes le travail de bilan, et en d&#233;politisant ces temps de leur potentiel strat&#233;gique, les hommes privent la mobilisation d'un temps fort d'articulation entre th&#233;orie et pratique. La d&#233;sertion des bilans par les hommes t&#233;moigne de la d&#233;l&#233;gation de la charge mentale aux femmes. Elle d&#233;sarticule et genre l'exp&#233;rience du terrain et l'&#233;laboration politique. Cela contribue &#224; produire d'un c&#244;t&#233; des strat&#233;gies masculines hors-sol et individualistes, et de l'autre l'expression et le partage asphyxiant des &#171; ressentis &#187; entre femmes et autres minoritaires de genre. Cette division sexiste entre travail th&#233;orico-strat&#233;gique et travail de terrain, qui d&#233;coule de la diff&#233;renciation et de la hi&#233;rarchisation entre travail intellectuel et manuel, r&#233;duit l'efficacit&#233; de notre action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assignation des femmes aux t&#226;ches logistiques s'incarne dans leur gestion unilat&#233;rale de la charge mentale[11] g&#233;n&#233;r&#233;e par les besoins de la mobilisation. Face invisible du travail logistique, elle contribue &#224; construire et maintenir les collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire exister et durer la mobilisation : de la n&#233;cessit&#233; du travail relationnel des femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail relationnel comprend la capacit&#233; d'exprimer clairement ses &#233;motions, de les contr&#244;ler, d'&#233;couter, de prendre en compte celles des autres, notamment pour les apaiser. Il est socialement assign&#233; aux femmes qui sont responsables de maintenir l'entente et le dialogue dans toutes sortes de groupes. Il permet d'&#233;largir les groupes militants par l'accueil des nouveaux et nouvelles, et cr&#233;e un sentiment de coh&#233;sion entre les membres. L'action militante nous expose qui plus est &#224; un ensemble de violences (institutionnelles, polici&#232;res, &#8230;) et le travail de r&#233;paration, de soin, d'&#233;coute est dans ce cadre particuli&#232;rement important. N&#233;gocier cette bonne entente s'effectue parfois pour les femmes au d&#233;triment de leurs propres &#233;motions. Un double standard organise les possibilit&#233;s ou non d'expression des sentiments. Typiquement, la col&#232;re devient de l'agressivit&#233; lorsqu'une femme se permet de la faire ressortir. Les hommes, eux, s'octroient le droit de se mettre en col&#232;re notamment dans des situations caract&#233;ris&#233;es par un fort niveau de stress, ou en public (r&#233;unions, AG&#8230;), alors que ces moments sont v&#233;cus en collectif. Par cons&#233;quent, alors m&#234;me que plusieurs personnes ressentiront de la col&#232;re et/ou du stress dans ces situations, les hommes s'autoriseront davantage &#224; lui laisser libre cours. La manifestation du stress ou de la col&#232;re est g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s individuelle, c'est-&#224;-dire fond&#233;e sur l'oubli qu'il s'agit d'un moment v&#233;cu &#224; plusieurs, et que ce comportement peut impacter n&#233;gativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes justifient souvent l'expression de la col&#232;re et d'autres &#233;motions moins autoris&#233;es aux femmes par le fait qu'ils sont tr&#232;s investis dans le collectif. Ce d&#233;vouement &#224; la lutte les autoriserait &#224; exprimer leurs &#233;motions de mani&#232;re violente, mais aussi parfois &#224; s'adresser de mani&#232;re col&#233;rique ou moqueuse envers d'autres personnes moins impliqu&#233;es. S'octroyer une reconnaissance pour avoir fait plus de travail que d'autres n'a aucun sens dans une mobilisation, car ce ne sont pas des individus qui la font avancer mais la force du collectif. Le degr&#233; d'implication dans la lutte ne peut &#234;tre un passe-droit pour aucun type de violence. Ces justifications t&#233;moignent d'une conception autoritaire du militantisme. Le bon fonctionnement du collectif doit primer et ne peut servir de justification &#224; des comportements d&#233;l&#233;t&#232;res qui, sur le long terme, vont miner la dynamique collective. Quand le comportement est d&#233;grad&#233; par le niveau de fatigue et de stress, c'est qu'on en a trop fait, et qu'il est alors pr&#233;f&#233;rable de prendre une pause pour ne pas menacer le collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le personnel et l'intime tendent &#224; &#234;tre rel&#233;gu&#233;s dans les groupes politiques au plan du priv&#233; et &#224; l'ext&#233;rieur de l'espace militant, c'est en raison d'une perception androcentr&#233;e du travail politique. Il est ind&#233;niable que les relations interpersonnelles et les &#233;tats mentaux individuels influent grandement sur la coh&#233;sion de groupe et la possibilit&#233; d'agir collectivement de mani&#232;re efficace mais &#233;galement sereine. La fa&#231;on dont on se sent impacte directement ce que l'on se sent capable de faire. Les groupes politiques se d&#233;sagr&#232;gent souvent du fait de conflits interpersonnels qui n'ont pas &#233;t&#233; pris en charge suffisamment t&#244;t et ont d&#233;fait les liens de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment d'une dynamique collective est en partie le fruit d'un travail sur les &#233;motions, et d'une prise en charge collective de ces derni&#232;res. Il est difficile de produire une r&#233;flexion collective si les individus se sentent isol&#233;s et g&#234;n&#233;s. Instaurer la confiance et l'&#233;coute ne sont pas des donn&#233;es &#233;videntes ni des fins en soi : elles sont n&#233;cessaires au travail politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Redistribuer les capitaux politiques et militants&lt;br class='autobr' /&gt;
Monopolisation d'une partie du travail politique par les hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assignation des femmes au travail logistique et de reproduction permet aux hommes de se concentrer sur la partie la plus valoris&#233;e du travail politique. Cette division du travail donne aux hommes acc&#232;s &#224; des pratiques qui n'ont pas la m&#234;me rentabilit&#233; sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division des r&#244;les telle qu'elle s'est mise en place dans les actions en lien avec le secteur de la propret&#233; permet d'illustrer la rentabilit&#233; politique diff&#233;rentielle de certaines activit&#233;s. Lors des tractages ou des blocages tr&#232;s matinaux, les femmes s'occupaient d'amener du mat&#233;riel et de veiller &#224; limiter l'inconfort des membres pendant l'action. En plus des tracts, elles apportaient souvent, de fa&#231;on &#224; la fois spontan&#233;e (c'est-&#224;-dire non formalis&#233;e) mais attendue, des choses &#224; manger ou &#224; boire, du caf&#233; bien chaud, alors que les hommes arrivaient le plus souvent les mains vides. Ensuite, les femmes s'occupaient souvent du premier travail de conversation avec les travailleurs du site : saluer, inciter &#224; arr&#234;ter les camions et baisser les vitres, entreprendre de commencer une discussion, mettre en confiance, faire la conversation autour d'un caf&#233;, autant d'&#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour la construction d'un &#233;change. Assurer une atmosph&#232;re chaleureuse sur les lieux d'action nous incombait. Les hommes se pr&#233;occupaient peu de ce travail relationnel. Pour autant, les conversations o&#249; les informations politiques importantes circulaient, et o&#249; s'&#233;laborait une partie de la tactique entre les deux groupes se tenaient en apart&#233; et principalement entre hommes. Ces hommes repartaient donc avec des informations importantes &#224; propos des sites, des num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone et une connaissance &#233;largie de la situation locale et globale. Les camarades avec lesquels ils avaient &#233;chang&#233; devenaient leur contact, leur permettant l'acc&#232;s &#224; d'autres contacts (souvent, mais pas seulement, les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux) et ainsi de suite, selon un effet boule de neige. Des garages, les femmes repartaient les mains vides, leur travail ayant &#233;t&#233; appropri&#233; pour permettre la construction du mouvement. Le rapport de confiance qui s'est &#233;tabli entre hommes, s'il a permis &#224; notre mobilisation de devenir interprofessionnelle, s'est constitu&#233; via un quasi entre-soi masculin, au moins jusqu'&#224; ce que nous nous organisions en mixit&#233; choisie. Notre pr&#233;sence en grand nombre confirme pourtant notre cr&#233;dibilit&#233; politique aupr&#232;s des travailleurs des sites. Mais du c&#244;t&#233; EHESS comme du c&#244;t&#233; de la propret&#233;, les hommes n'ont pas fait en sorte d'inclure syst&#233;matiquement les femmes aux discussions politiques. Nous y avons &#233;t&#233; associ&#233;es r&#233;guli&#232;rement &#224; partir du moment o&#249; nous avons organis&#233; des r&#233;unions interpro, qui permettaient entre autres de r&#233;affirmer un cadre collectif de discussion et de prise de d&#233;cision[12]. En effet, les discussions en apart&#233; et l'entre-soi masculin privatisent le travail politique et sapent la dimension collective. Pour int&#233;grer le terrain de la prise des d&#233;cisions strat&#233;giques, nous avons donc d&#251; fournir un travail suppl&#233;mentaire pour organiser et animer ces r&#233;unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne entre la sp&#233;cialisation et la r&#233;tention d'informations est parfois mince &#224; d&#233;partager, mais elle est importante &#224; garder en t&#234;te. Si, parfois, des comp&#233;tences sp&#233;cifiques dans un domaine peuvent justifier le poids particulier de l'avis d'une personne, la r&#233;tention d'informations ou de contacts contribue &#224; attribuer un cr&#233;dit et un pouvoir &#224; une personne au d&#233;triment du groupe. La connaissance mat&#233;rielle du secteur par les hommes permise par leurs &#233;changes avec des travailleurs et notamment les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux, et leur propension &#224; centraliser sans repartager les informations, leur donnaient une place clef dans la mobilisation. Ils &#233;taient ainsi plus &#224; m&#234;me de peser en tant que groupe dans les discussions et les d&#233;cisions collectives. Individuellement et collectivement, ils occupaient une position de pouvoir dans la mobilisation et &#233;taient en mesure d'imposer leur vision masculine du travail politique, c'est-&#224;-dire de d&#233;signer quelles &#233;taient les t&#226;ches d&#233;cisives, qui &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment celles qu'ils accaparaient. L'appropriation du travail ex&#233;cutif, relationnel et logistique des femmes par les hommes leur permet de se concentrer exclusivement sur le travail d&#233;sign&#233; comme proprement politique (strat&#233;gies et orientation g&#233;n&#233;rale, contacts syndicaux et interpro etc.), qui est dans les organisations militantes, le plus valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hi&#233;rarchisation des t&#226;ches est l'un des m&#233;canismes qui contribuent &#224; la valorisation diff&#233;renci&#233;e des militantEs elleux-m&#234;mes. En effet, mener certaines activit&#233;s est davantage &#171; payant &#187; et contribue &#224; la construction d'une comp&#233;tence militante et d'une cr&#233;dibilit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir analys&#233; cette division et hi&#233;rarchisation du travail militant, nous allons d&#233;peindre les cons&#233;quences structurantes de cette organisation de la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital militant : un ensemble de savoir-faire de lutte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette division du travail permet aux militants hommes d'acqu&#233;rir deux types de ressources que nous diff&#233;rencierons : capital politique et capital militant. Le capital militant peut &#234;tre d&#233;fini comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; il &#171; recouvre un ensemble de savoirs et de savoir-faire mobilisables lors des actions collectives, (&#8230;), mais aussi exportables, convertibles dans d'autres univers &#187;[13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit par exemple de connaissances techniques sur le droit du travail ou la mise en page de tracts, ou de connaissances relationnelles (r&#233;seaux militants, contacts avec des personnes ressources, et des journalistes et/ou avocatEs, connaissances de lieux militants pour organiser des r&#233;unions, etc.)&#8230; Au cours de notre mobilisation, la fructification et l'entretien de leur capital militant par les hommes s'effectuaient par diff&#233;rents biais, &#224; commencer par la r&#233;tention d'informations, et la monopolisation des contacts strat&#233;giques d&#233;crite plus haut. Le partage d'un langage syndical entre &#233;tudiants de l'EHESS et travailleurs de la propret&#233; a encore contribu&#233; &#224; consolider l'entre-soi masculin, et &#224; accro&#238;tre le capital militant des hommes. Si l'usage du capital militant de certains hommes s'est impos&#233; d'embl&#233;e, pour les femmes c'est en majorit&#233; apr&#232;s l'organisation en mixit&#233; choisie que leurs comp&#233;tences ont pu &#234;tre utilis&#233;es. A ce ph&#233;nom&#232;ne s'en ajoute un autre d'ordre plus symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital politique : la constitution de personnalit&#233;s charismatiques&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement au premier, le capital politique rel&#232;ve davantage du capital symbolique. Il d&#233;pend de la mani&#232;re dont un individu est consid&#233;r&#233; par les autres, par le groupe. Le genre intervient dans la transformation du capital militant en capital politique, c'est-&#224;-dire qu'&#224; comp&#233;tences et carri&#232;res militantes similaires, les hommes sont plus souvent per&#231;us comme des personnalit&#233;s charismatiques que les femmes. L'approbation repose alors moins sur des caract&#233;ristiques et des qualit&#233;s objectives que sur le charisme du militant. Si dans cette mobilisation des hommes comme des femmes avaient des exp&#233;riences militantes ant&#233;rieures et disposaient donc d'un certain capital politique, ce sont les hommes qui ont pu le faire valoir notamment gr&#226;ce &#224; leur implication syndicale. Ces deux formes de capital ne sont pas &#224; s&#233;parer compl&#232;tement l'une de l'autre. En effet, le capital militant favorise le d&#233;veloppement du capital politique car l'acquisition de connaissances et de savoir-faire militants permet aux individus de gagner en &#171; aura militante &#187; et en cr&#233;dibilit&#233; aupr&#232;s des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, &#224; un moment de notre mobilisation o&#249; la fatigue se faisait d&#233;j&#224; sentir, deux camarades d&#233;tenant un important capital militant et politique ont commenc&#233; &#224; s'investir de fa&#231;on soudaine sur un espace de lutte qui venait d'&#233;merger. Ils ont rapidement utilis&#233; le groupe pour recruter des personnes sur ce terrain, qui n&#233;cessitait notamment d'&#234;tre pr&#233;sentEs plusieurs heures par jour sur un site occup&#233;. Alors m&#234;me que ces camarades n'ont jamais pris la peine de pr&#233;senter l'action ou d'en discuter collectivement les objectifs, de nombreuses personnes ont commenc&#233; &#224; les suivre dans cette lutte, en d&#233;sertant brutalement les terrains sur lesquels ils et elles &#233;taient pr&#233;c&#233;demment investi.es depuis plusieurs semaines. Nous n'avons eu aucune discussion politique sur la pertinence de l'action ni sur sa &#171; justesse &#187; politique, alors qu'un d&#233;bat aurait permis de faire &#233;merger de nombreux points discutables. L'absence de d&#233;bat politique collectif nous permet de conclure que nos camarades se sont embarqu&#233;Es sur cette action principalement du fait du capital politique de ceux qui la proposaient. Or, &#224; l'&#233;chelle de notre mobilisation cette dispersion des forces a &#233;t&#233; dommageable, car elle a acc&#233;l&#233;r&#233; l'essoufflement de notre comit&#233;. Cette intervention a contribu&#233; &#224; mettre en concurrence des terrains de lutte &#224; l'int&#233;rieur de notre comit&#233; de mobilisation, et &#224; nourrir une logique individuelle visant plus &#224; &#171; briller &#187; sur plusieurs terrains (ou &#224; se positionner sur le terrain le plus &#171; radical &#187;) qu'&#224; mener un combat collectif jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fructification de ces diff&#233;rents capitaux&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait que les hommes se soient construit un capital militant et/ou politique plus important, les informations qu'ils distillent sont aussi consid&#233;r&#233;es comme plus fiables, selon le principe du cercle &#171; vertueux &#187;. Nous faisions souvent spontan&#233;ment moins confiance aux informations d&#233;tenues par une femme. M&#234;me sur des sujets mineurs, comme une heure ou un lieu de r&#233;union, le fait qu'une femme ait la r&#233;ponse rem&#233;diait rarement &#224; l'interrogation g&#233;n&#233;rale, que ce soit parce qu'on ne l'&#233;coutait pas ou parce qu'on ne la croyait pas. Mais quand un homme &#171; se souvenait &#187; de l'heure deux minutes plus tard, la situation &#233;tait r&#233;gl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitalisation de cr&#233;dit politique permet aux hommes d'avoir une position de pouvoir et d'influence au sein du groupe et particuli&#232;rement sur les femmes. En effet, ce pouvoir s'exerce entre autres par des ph&#233;nom&#232;nes de redistribution de ce cr&#233;dit politique. Cela passe notamment par des avis et commentaires non sollicit&#233;s sur le r&#233;sultat des activit&#233;s effectu&#233;es par les femmes. Les militants hommes au fort capital politique font alors office de figures d'autorit&#233; &#224; m&#234;me d'&#233;valuer et de sanctionner le travail effectu&#233; par les femmes. Ces derni&#232;res et notamment celles dot&#233;es d'un faible capital militant, ont d&#232;s lors eu tendance &#224; chercher leur approbation[14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes, tr&#232;s conscients de ce ph&#233;nom&#232;ne n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; le mettre en sc&#232;ne. Par exemple, l'un de nos camarades s'est permis de lancer publiquement &#224; une jeune militante qui venait de faire une proposition, qu'elle n'&#233;tait, finalement, &#171; pas si b&#234;te &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cr&#233;dit dont disposent les hommes les place dans une position de r&#233;f&#233;rents. Il les rend &#233;galement plus enclins &#224; adopter des comportements autoritaires. Ils s'autorisent, par exemple, des prises de d&#233;cision unilat&#233;rales dont certaines ont consist&#233; &#224; revenir sur des choix effectu&#233;s collectivement. Par exemple, nous avons organis&#233; un d&#233;jeuner-buffet pour un &#233;v&#233;nement politique important. Nous avions pris la d&#233;cision de r&#233;aliser un maximum d'&#233;conomies, en favorisant la r&#233;cup' (r&#233;cup&#233;ration d'invendus notamment sur les march&#233;s). Cette d&#233;cision a ensuite &#233;t&#233; contredite dans un petit groupe de travail, et deux hommes, un chercheur titulaire et un camarade &#233;tudiant, ont insist&#233; pour engager des frais importants dans l'achat d'un dessert, dans une vis&#233;e purement symbolique. Lorsque ce qui aurait d&#251; &#234;tre une proposition est revenue en comit&#233; de mobilisation sous forme de d&#233;cision, elle a soulev&#233; de longs d&#233;bats. Bien que globalement impopulaire, la &#171; proposition &#187; a &#233;t&#233; impos&#233;e par l'usure quand l'opposition s'est tue de guerre lasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;galement pu constater qu'il n'&#233;tait pas rare que les hommes s'engagent publiquement &#224; r&#233;aliser certaines t&#226;ches qu'ils d&#233;l&#233;guaient finalement &#224; d'autres personnes souvent des femmes proches d'eux. Le cr&#233;dit associ&#233; &#224; ces activit&#233;s finissait n&#233;anmoins par leur revenir puisque la contribution des femmes &#233;tait invisibilis&#233;e. Par exemple, dans certaines r&#233;unions, les hommes avaient tendance &#224; prendre de nombreux mandats lorsque tout le monde &#233;tait pr&#233;sent. Mais &#224; la fin de la r&#233;union, pendant les discussions informelles pour s'organiser, ils n'avaient finalement pas le temps pour participer aux groupes de travail d&#233;di&#233;s et une charge de travail suppl&#233;mentaire incombait ainsi aux autres militantEs qui avaient &#233;t&#233; moins ambitieu.ses.x. Souvent, c'&#233;taient les femmes qui se d&#233;vouaient &#224; la derni&#232;re minute pour colmater les br&#232;ches, de fa&#231;on bien plus discr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques tactiques de riposte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre femmes, un certain nombre de pratiques peuvent &#234;tre mises en place pour contrer ces dynamiques. Il est notamment possible de s'efforcer de valoriser davantage les copines en cherchant par exemple l'information aupr&#232;s d'elles prioritairement plut&#244;t que de se tourner syst&#233;matiquement vers les hommes, ou encore en redistribuant m&#233;thodiquement aupr&#232;s d'elles les informations que l'on parviendrait &#224; obtenir. Cela peut aussi passer par le fait de se tourner plut&#244;t vers elles que vers les hommes quand on cherche &#224; avoir un avis avant de faire quelque chose. Un avis n'est d'ailleurs pas une validation, et personne du groupe ne devrait &#234;tre en position de valider ses camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement faire en sorte de mettre en &#233;vidence la parole des femmes en se citant mutuellement, notamment lors des prises de parole en r&#233;union. Ce m&#233;canisme s'appelle l'amplification : il s'agit d'amplifier la voix d'une camarade en citant ce qu'elle a pu dire dans une intervention pr&#233;c&#233;dente et en ramenant ainsi ses propos dans la discussion sans que soit laiss&#233;e la possibilit&#233; aux hommes de les n&#233;gliger ou de se les r&#233;approprier. Dans le m&#234;me esprit, on peut tenter de syst&#233;matiquement rappeler qui a effectivement r&#233;alis&#233; quelle t&#226;che lorsque le travail des femmes se voit appropri&#233; par un homme. A l'&#233;chelle d'un groupe, il est aussi possible d'instaurer des m&#233;canismes pour que l'information circule mieux. A cet &#233;gard, les bilans (comme nous l'avons pr&#233;cis&#233; plus haut) peuvent permettre de limiter la r&#233;tention d'informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;t&#233;rosexisme et division du groupe des femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monopolisation des informations, des contacts, du &#171; savoir militant &#187; permet &#224; certains de s'attribuer des r&#244;les clefs au sein de la mobilisation. Ils deviennent indispensables &#224; la bonne marche de cette derni&#232;re. Ce faisant, les autres militantEs sont aussi dans une position de d&#233;pendance vis-&#224;-vis d'eux. Si les hommes se partagent plus facilement les informations et les contacts, les femmes doivent tr&#232;s souvent demander, ou s'immiscer dans une conversation pour les obtenir. Cela cr&#233;e une situation de d&#233;pendance o&#249; les femmes sont oblig&#233;es d'&#234;tre proches (&#233;motionnellement, physiquement) d'hommes pour avoir les bonnes informations politiques, et plus largement pour &#234;tre impliqu&#233;es dans le travail politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hi&#233;rarchisation des militantes selon une logique (h&#233;t&#233;ro)affinitaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il s'agit de revenir &#224; la derni&#232;re minute sur des d&#233;cisions et/ou actions &#233;labor&#233;es collectivement, cette impulsion est souvent le fait de hommes qui s'en montrent moins respectueux et sont plus confiants envers leur avis personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi lorsqu'un/des homme(s) d&#233;cide(nt) de revenir sur un choix, ils peuvent, pour assurer un minimum de l&#233;gitimit&#233; &#224; leur initiative individuelle, consulter des camarades femmes. Auquel cas ils se tourneront souvent voire exclusivement vers celles qui sont proches d'eux : selon une logique affinitaire (flirts, relations amicales) ou g&#233;ographique (celles pr&#233;sentes sur le moment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, deux militants du comob ont souhait&#233; faire annuler &#224; la derni&#232;re minute une action de blocage d&#233;cid&#233;e collectivement. Ils ont d'abord consult&#233; les femmes qui &#233;taient sur place, puis en ont appel&#233; d'autres en nous assurant au t&#233;l&#233;phone, que nous avions toutes &#233;t&#233; consult&#233;es. Le lendemain nous nous sommes rendu compte, par un travail d'enqu&#234;te informel, que c'&#233;tait faux. De nombreuses militantes avaient &#233;t&#233; &#171; oubli&#233;es &#187;, ce qui m&#232;ne &#224; leur exclusion politique. Cette pratique constitue plus globalement une faute politique faisant primer l'inter-individuel sur l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militantes &#171; oubli&#233;es &#187; n'&#233;taient pas forc&#233;ment les moins investies, mais plut&#244;t celles qui n'avaient pas particuli&#232;rement cherch&#233; ou r&#233;ussi &#224; tisser des liens de proximit&#233; avec des hommes. Ainsi, les militantes qui ne font pas ou font moins l'effort de cr&#233;er des liens d'affinit&#233; avec leurs camarades hommes sont moins souvent consult&#233;es, et plus souvent exclues des boucles d&#233;cisionnaires de derni&#232;re minute. Leur poids politique en est donc amoindri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette organisation permet aux hommes de s'imposer &#171; naturellement &#187; comme des moteurs dans la mobilisation. Il est difficile de contrebalancer ces dynamiques de pouvoir. Les femmes qui, consciemment, d&#233;cident de s'organiser le moins possible avec des hommes, notamment pour court-circuiter ce ph&#233;nom&#232;ne de concentration du pouvoir politique, sont souvent en marge de la mobilisation, et il leur est impossible &#8211; sans un soutien et une volont&#233; commune de la part des autres femmes &#8211; d'inverser la tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dynamiques de s&#233;duction h&#233;t&#233;rosexuelle : m&#233;canismes d'amplification du capital politique des hommes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'h&#233;t&#233;rosexisme, le capital politique sup&#233;rieur des hommes a pour effet de les rendre d&#233;sirables. Depuis cette position de pouvoir, les hommes ont pu initier plusieurs relations de flirts avec plusieurs militantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces situations, ils retirent principalement deux b&#233;n&#233;fices dans la mobilisation : un appui politique (sous forme d'attention et de validation) lors des r&#233;unions et prises de d&#233;cisions, et un soutien mat&#233;riel et logistique qui leur permet de r&#233;aliser plus de t&#226;ches et/ou de para&#238;tre plus efficaces dans l'ex&#233;cution de ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans les r&#233;unions, les femmes engag&#233;es dans des relations de flirt ont pu avoir tendance &#224; soutenir publiquement les propositions/points de vue de l'homme, et &#224; argumenter &#224; ses c&#244;t&#233;s quand il y avait un diff&#233;rend. Ainsi le militant voit son poids amplifi&#233; dans les d&#233;bats. Nous avons constat&#233; &#224; plusieurs reprises que ces ph&#233;nom&#232;nes d'all&#233;geance avaient orient&#233; des discussions politiques dans le sens d&#233;fendu par un homme. Ce soutien peut aussi se manifester par le fait de le f&#233;liciter publiquement pour l'ex&#233;cution de t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les hommes paraissent plus efficaces parce que, via la s&#233;duction, ils s'am&#233;nagent du soutien mat&#233;riel. Pour maximiser le temps pass&#233; aupr&#232;s d'un b&#233;guin, certaines femmes se retrouvaient finalement en position de le seconder dans l'ex&#233;cution de t&#226;ches. Les hommes entretenant ce type de relations sont ainsi assur&#233;s d'&#234;tre toujours assist&#233;s pour le travail qu'ils doivent r&#233;aliser, ce qui multiplie leur efficacit&#233; et leur propension &#224; prendre des mandats. C'est pourquoi ils peuvent donner parfois l'impression d'&#234;tre sur tous les fronts de la mobilisation quand les femmes paraissent moins capables de se multiplier. La propension des hommes &#224; endosser plusieurs casquettes leur permet de d&#233;velopper une image de militant polyvalent et donc d'&#234;tre &#224; la fois plus sollicit&#233; et plus &#233;cout&#233; lorsqu'il s'agit de d&#233;finir une strat&#233;gie globale. Au contraire les femmes apparaissent sp&#233;cialis&#233;es et moins capables de d&#233;velopper une vue d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les hommes, une mani&#232;re efficace d'accro&#238;tre leur capital politique est donc d'engager des flirts avec une ou plusieurs militantes. Les femmes engag&#233;es dans ces relations se retrouvent potentiellement en concurrence pour se rapprocher d'un homme &#224; fort capital politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mise en concurrence des militantes entre elles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;bell hooks dans son ouvrage Sororit&#233; livre une analyse des effets de la comp&#233;tition entre femmes qui d&#233;coule de la domination masculine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Entre hommes et femmes, le sexisme prend en g&#233;n&#233;ral la forme de la domination masculine et de ses corollaires &#8722; discrimination, exploitation, oppression. Mais les valeurs supr&#233;macistes masculines se traduisent &#233;galement dans la m&#233;fiance, la peur et la concurrence qui opposent les femmes les unes aux autres. C'est le sexisme qui conduit les femmes &#224; se percevoir comme des menaces les unes pour les autres sans raison apparente &#187;[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce qui rend possible cette concentration de pouvoir par les hommes, c'est la mise en concurrence des femmes. La rivalit&#233; entre femmes pour attirer l'attention des hommes sape les possibilit&#233;s &#8211; d&#233;j&#224; faibles &#8211; de sororit&#233;. Les femmes peuvent essayer de disqualifier leurs potentielles rivales, en ne soutenant pas leur proposition, voire en s'y opposant pour des raisons non directement politiques, en les excluant ou en perp&#233;trant leur exclusion tacite de certaines discussions in/formelles, et en participant aussi &#224; la r&#233;tention d'informations. Elles peuvent prolonger les effets du sexisme. Ces dynamiques de comp&#233;tition entre femmes ont un effet d&#233;mobilisateur. Les ph&#233;nom&#232;nes de concurrence entre femmes avaient, dans notre groupe, isol&#233; certaines militantes qui s'impliquaient moins dans les actions. Les enjeux de confidentialit&#233; mis en place par les hommes pour couvrir leurs relations pouvaient encore renforcer l'isolement des femmes au sein du groupe, qui n'osaient pas se confier. La constitution du comit&#233; en mixit&#233; choisie a contribu&#233; &#224; corriger cette tendance, mais elle n'allait pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait, en effet, strat&#233;giquement moins int&#233;ressant pour une femme de cr&#233;er des alliances ou de se mettre en bin&#244;me avec d'autres femmes, puisqu'elles sont moins dot&#233;es en capital politique. En investissant du temps et de l'&#233;nergie dans la construction d'un lien entre femmes, elles r&#233;duisent encore leur chance d'&#234;tre proches des hommes clefs. Si les hommes, en flirtant, maximisent leur emprise sur un comit&#233;, les femmes en se liant avec d'autres femmes, plut&#244;t qu'avec des hommes, minimisent leur capacit&#233; &#224; intervenir dans la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus les femmes sont atomis&#233;es en tant que groupe, plus il est difficile pour elles d'inverser la tendance. A l'inverse les militants ne se divisent pas pour obtenir l'aval des femmes. S'ils ont plus de poids de mani&#232;re individuelle ils en ont aussi davantage en tant que groupe. La solidarit&#233; masculine dont ils se font b&#233;n&#233;ficier les uns les autres, et la concurrence qui divise les femmes, ne cessent de les renforcer collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absorption dans ces histoires de c&#339;ur et de rivalit&#233; prend du temps et de l'&#233;nergie et rogne les possibilit&#233;s et le d&#233;sir de se concentrer sur l'activit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est un vaste leurre, qui fait miroiter aux femmes que la meilleure fa&#231;on d'acqu&#233;rir du capital politique dans la mobilisation est de se rapprocher d'un homme. Cette perspective se r&#233;v&#232;le illusoire : elle repose sur l'id&#233;e que les femmes b&#233;n&#233;ficieront &#171; par ruissellement &#187; du capital de leur homme et/ou de leur flirt alors que dans les faits, elles contribueront avant tout &#224; entretenir le sien, en le secondant dans ses t&#226;ches. Elles seront &#233;clips&#233;es derri&#232;re lui car la relation h&#233;t&#233;rosexuelle en tant que telle ne permet pas aux femmes de mobilit&#233; ascendante. Par ailleurs, cette poursuite de capital militant par l'entremise d'un homme rel&#232;ve d'une logique de distinction individuelle. Il est plus int&#233;ressant de construire entre femmes une sororit&#233; suffisamment forte pour conscientiser et contrebalancer ces dynamiques individualisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effets sur les personnes queers : entre &#233;puisement et marginalisation&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en concurrence a &#233;galement un impact sur les personnes queers (dans le cadre de notre mobilisation il s'agissait de lesbiennes, bisexuelles et de hommes trans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes queers, positionn&#233;es en dehors des relations h&#233;t&#233;rosexuelles qui ont eu lieu dans notre comob, ne sont que peu ou pas prises dans cette forme de concurrence pour la validation des hommes &#224; fort capital politique. Iels font donc facilement office de &#171; confidentEs &#187; pour les autres militantEs. Cependant cette place requiert souvent d'elleux une forme de travail &#233;motionnel important, dont iels ne b&#233;n&#233;ficient pas toujours en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, lorsqu'il faut rappeler &#224; l'ordre un militant sur son comportement sexiste se sont souvent des personnes queers, et particuli&#232;rement des lesbiennes, qui sont d&#233;sign&#233;es/s'auto-d&#233;signent pour le faire. La distance par rapport aux hommes &#8211; qui les d&#233;savantage dans les dynamiques de groupe &#8211; est ici sollicit&#233;e pour contrer des militants &#224; fort capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela renforce encore leur marginalisation dans le groupe, parce qu'iels sont misEs &#224; contribution pour assumer des t&#226;ches conflictuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu constater des formes de d&#233;nigrement des personnes queers et de leur position politique suppos&#233;e alors m&#234;me qu'entre personnes queers les positionnements &#233;taient loin d'&#234;tre homog&#232;nes. Le groupe des hommes se montrait g&#233;n&#233;ralement hostile face &#224; un &#171; f&#233;minisme misandre &#187; qu'ils jugeaient agressif et d&#233;valorisant, ce qui est renforc&#233; par le fait que les femmes lesbiennes notamment &#233;taient envoy&#233;es en premi&#232;re ligne pour s'opposer &#224; eux. Ce faisant les hommes se mettaient en position de d&#233;terminer les limites du f&#233;minisme acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a constat&#233; ici encore les m&#234;mes effets d&#233;mobilisateurs de cet h&#233;t&#233;rosexisme. Entre isolement, sollicitation sp&#233;cifique pour aller au conflit, et ciblage privil&#233;gi&#233; des remarques sur les exc&#232;s du f&#233;minisme, les personnes queers se trouvaient pouss&#233;es sur le c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls de longues explications et d'importants efforts en r&#233;unions en mixit&#233; choisie ont permis in extremis d'emp&#234;cher le d&#233;part de certaines personnes queers en r&#233;tablissant des relations de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques strat&#233;gies contre la logique de division h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre femmes nous pouvons rester attentives &#224; la mani&#232;re dont les hommes utilisent les flirts, et en particulier le discours et les pratiques du &#171; polyamour &#187; pour consolider leur position politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire des hommes, les femmes ne b&#233;n&#233;ficieront pas de leur engagement avec plusieurs militants. Bien que cela ne se soit pas produit dans notre groupe, on peut penser qu'au contraire elles seraient mal per&#231;ues, et/ou qu'elles risqueraient de voir les raisons politiques de leur engagement mises en doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains cas ouvrir des espaces de discussion sur les relations au sein de la mobilisation, dans le but, entres autres, d'afficher les hommes qui entretiennent plusieurs relations cach&#233;es rel&#232;ve de la riposte antisexiste. L'int&#233;r&#234;t individuel et collectif des femmes doit primer sur la culture h&#233;t&#233;rosexuelle de la privatisation. Une telle discussion permet de s'assurer que les militantes sont conscientes et inform&#233;es de la situation, ainsi que de faire dialoguer celles qui sont mises en rivalit&#233; pour d&#233;samorcer les tensions et, si possible, de cr&#233;er de la solidarit&#233; l&#224; o&#249; il n'y en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de remobilisation, d'&#233;coute et de r&#233;assurance peut &#234;tre une base, pour d&#233;velopper un sentiment de sororit&#233; et cr&#233;er une dynamique f&#233;ministe. La cr&#233;ation du comit&#233; en mixit&#233; choisi a permis aussi de mieux r&#233;partir la charge de travail &#233;motionnel qui incombait avant davantage aux personnes queers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sexisme figure souvent sur la liste des diff&#233;rentes oppressions catalogu&#233;es par les milieux militants de gauche. Ces listes constituent trop souvent une d&#233;claration de principe purement rh&#233;torique. Au-del&#224; des d&#233;clarations d'intention, les modalit&#233;s concr&#232;tes du sexisme et ses impacts mat&#233;riels sont rarement pris au s&#233;rieux. Outre la r&#233;duction du sexisme &#224; un tiret sur une liste d'obligation morale, une nouvelle mani&#232;re de l'aborder dans les espaces militants tend &#224; s'imposer, via le prisme du safe. Tr&#232;s en vogue dans certains cercles, le safe promeut un usage d&#233;politisant des &#233;motions qui met en concurrence et hi&#233;rarchise les souffrances pour faire taire les d&#233;saccords politiques et/ou strat&#233;giques. Jackie Wang souligne &#224; cet &#233;gard que &#171; la volont&#233; d'&#233;liminer tous les risques et dangers aboutit &#224; une politique r&#233;formiste qui reconduit souvent l'ordre social. Les espaces safe peuvent avoir un effet pacifiant sur la combativit&#233; &#187;[16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de s'interroger sur la fa&#231;on de produire un espace o&#249; personne ne serait jamais inconfortable ou bouscul&#233;E, nous avons cherch&#233; &#224; construire un espace de d&#233;bats et d'expression de nos d&#233;saccords politiques, et de nos col&#232;res[17] qui les a rendues aussi fertiles que formatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte se veut une synth&#232;se de nos discussions et des strat&#233;gies que nous avons mises en place pour effectivement prendre en charge les impacts du sexisme, pour recomposer le rapport de forces au sein du comit&#233; de mobilisation et se r&#233;approprier l'intelligence et le travail militant qui avaient &#233;t&#233; accapar&#233;s par les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cherch&#233; &#224; comprendre ce que le sexisme a fait &#224; notre collectif militant et aux moyens de maintenir l'action collective malgr&#233; les rapports sociaux qui le traversent. Sinon le sexisme pousse les militantes hors des mobilisations et/ou les assigne &#224; des places subalternes au sein de ces derni&#232;res. La d&#233;valorisation du travail logistique emp&#234;che la mobilisation de tenir dans la dur&#233;e et de construire les cadres de l'interpro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet espace nous a encore permis de red&#233;finir nos modes d'action (apprentissage d'une gestion plus collective du groupe en manif notamment, mais aussi valorisation de la parole des femmes et d&#233;veloppement de meilleures ripostes face au sexisme) et nos terrains de lutte. Le partage d'outils, d'exp&#233;riences et de th&#233;ories f&#233;ministes a b&#233;n&#233;fici&#233; &#224; l'ensemble de la mobilisation, et a permis &#224; certaines de mieux s'ins&#233;rer dans le groupe mixte. Il a &#233;galement permis de faire &#233;voluer les perceptions, repr&#233;sentations et place de la parole des hommes et des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans tomber dans l'ang&#233;lisme, nous pouvons nous r&#233;jouir de la constitution d'un v&#233;ritable collectif f&#233;ministe &#224; l'int&#233;rieur du collectif, qui a pu travailler, entre autres, sur la r&#233;flexion ayant men&#233; &#224; la r&#233;daction de ce texte pendant plusieurs mois, y compris pendant et apr&#232;s la p&#233;riode de confinement ; tout en maintenant une diversit&#233; des profils (d'&#226;ge, de statut, d'orientation sexuelle, d'exp&#233;riences militantes et de milieux sociaux) en bonne intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, militer en mixit&#233; s'est av&#233;r&#233; possible &#224; condition que les femmes et autres minoritaires de genre s'organisent en mixit&#233; choisie. Le f&#233;minisme offre des outils concrets pour contrer les logiques individualistes et la concentration du pouvoir par certains et pour agir dans un cadre davantage collectif. La sororit&#233; n'&#233;tant pas spontan&#233;e, le f&#233;minisme permet &#233;galement de la construire par la prise de conscience du v&#233;cu d'une domination commune (quoique pas uniforme). Cette sororit&#233; devient une ressource de th&#233;orisation, d'organisation et d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Glossaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; cisgenre : adjectif, s'utilise pour qualifier une personne dont l'identit&#233; de genre correspond &#224; celui qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; &#224; la naissance (contraire de transgenre), exemple : une femme cisgenre, une personne cisgenre, un homme cisgenre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; transgenre : adjectif, s'utilise pour qualifier une personne dont l'identit&#233; de genre ne correspond pas &#224; celui qui lui a &#233;t&#233; assign&#233; &#224; la naissance (contraire de cisgenre), exemple : une femme transgenre, une personne transgenre, un homme transgenre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; par &#171; femme &#187; ou &#171; femme &#187; : nous entendons les personnes assign&#233;es femmes dans la vie courante et qui subissent le sexisme. Notre comit&#233; de mobilisation &#233;tait majoritairement compos&#233; de femmes cisgenres, et c'est &#224; partir de cette position que nous avons exp&#233;riment&#233; et r&#233;fl&#233;chi. Pour autant nous esp&#233;rons qu'il puisse s'adresser aux femmes cis et trans, mais il serait malhonn&#234;te de laisser croire que nous avons &#233;t&#233; confront&#233;es aux enjeux sp&#233;cifiques que peuvent rencontrer les femmes trans dans les mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; mixit&#233; choisie : Mixit&#233; &#224; g&#233;om&#233;trie variable recompos&#233;e selon les objectifs. Dans notre comit&#233; de mobilisation elle &#233;tait &#224; l'exclusion des hommes cis. Voir note de bas de page 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; charge mentale : &#171; d&#233;signe, dans la sph&#232;re domestique comme professionnelle, le poids psychologique li&#233; &#224; une t&#226;che : il faut non seulement accomplir la t&#226;che, mais penser &#224; la faire, quand et comment la faire. Il s'agit par exemple, alors qu'on est au travail, de penser &#224; ce qu'on va faire &#224; manger le soir, aux courses qu'il reste &#224; faire et au temps qu'on va pouvoir consacrer &#224; la cuisine entre la sortie de l'&#233;cole, l'accompagnement des enfants &#224; leurs activit&#233;s extrascolaires, l'aide aux devoirs, etc. &#187;[18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collecte des ordures m&#233;nag&#232;res &#224; Paris est divis&#233;e entre le secteur public et le secteur priv&#233;. La collecte des ordures d'une partie des arrondissements est effectu&#233;e par des salari&#233;Es employ&#233;Es par la mairie de Paris ; une autre a &#233;t&#233; d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; des groupes priv&#233;s, parmi lesquels Derichebourg, Veolia, Urbaser&#8230; qui emploient directement leurs salari&#233;Es avec des contrats de droit priv&#233; et un ensemble de conditions de travail et d'emploi souvent d&#233;favorables en comparaison de leurs coll&#232;gues du public. Le recours &#224; l'interim y est fr&#233;quent. Les conditions de travail, si elles sont difficiles pour l'ensemble de ces travailleur.euses, le sont encore davantage dans le priv&#233;, ce qui rend le mouvement assez difficile &#224; construire. Cette fragmentation du secteur de la propret&#233; permet l'instrumentalisation d'une concurrence opposant les nombreuses divisions entre les travailleur.euse.s ; les salari&#233;Es du public sont en permanence menac&#233;Es de &#171; passer au priv&#233; &#187; s'ils et elles sortent du rang, se mettent en gr&#232;ve ou s'organisent, tandis que les salari&#233;Es du priv&#233; sont invit&#233;Es &#224; se distinguer de leurs coll&#232;gues du public, d&#233;critEs comme privil&#233;gi&#233;Es ou tirs-au-flanc. Les salari&#233;Es du priv&#233; sont surtout maintenuEs dans l'ignorance des conditions de travail dans le public comme nous avons pu le constater dans des discussions sur les piquets. Cette division entre secteurs priv&#233; et public cause &#233;galement une division entre les syndicats, puisque ce ne sont pas les m&#234;mes branches qui sont repr&#233;sent&#233;es dans chaque secteur : par exemple pour la CGT, c'est la CGT FTDNEEA (Fili&#232;re Traitement des D&#233;chets, Nettoiement, Eau, Egout et Assainissement) qui regroupe les agents de la Propret&#233; et de l'Assainissement de la Mairie de Paris, mais c'est la branche CGT Transports qui regroupe les salari&#233;Es de la collecte priv&#233;e des d&#233;chets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de loi de programmation de la recherche pour les ann&#233;es 2021 &#224; 2030 et portant diverses dispositions relatives &#224; la recherche et &#224; l'enseignement sup&#233;rieur (dite &#171; LPR &#187; ; et ant&#233;rieurement projet de loi de programmation pluri-annuelle de la recherche, dite &#171; LPPR &#187;) est un projet de loi pr&#233;sent&#233; le 24 juillet 2020, adopt&#233; en premi&#232;re lecture &#224; l'Assembl&#233;e nationale le 23 septembre 2020 avant de passer (en proc&#233;dure acc&#233;l&#233;r&#233;e) au S&#233;nat les 29 et 30 octobre 2020, et d'&#234;tre finalis&#233; par la commission mixte paritaire le 9 novembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'annonce du projet, d&#233;but f&#233;vrier 2019, celui-ci a suscit&#233; des vives oppositions &#224; tous les niveaux de l'ESR, en aboutissant notamment &#224; une journ&#233;e de mobilisation nationale et de gr&#232;ve de la recherche le 5 mars 2019 &#224; travers le collectif Facs et Labos en Lutte. La principale inqui&#233;tude est celle d'une pr&#233;carisation majeure de la recherche &#224; tous les &#233;tages. Le projet pr&#233;voit par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une ouverture de voie au contournement : de la coll&#233;gialit&#233;, de la d&#233;mocratie scientifique et universitaire, du statut des personnels, de la libert&#233; de revendiquer (SNTRS-CGT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des financements sur projet : augmentation du budget de l'ANR (Agence Nationale de la Recherche) au d&#233;triment des laboratoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La cr&#233;ation de &#171; chaires junior &#187; travaillant sur des &#171; sujets porteurs &#187; dont les &#233;lus pourront embaucher des postes plus pr&#233;caires tout en exploitant leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La cr&#233;ation des &#171; CDI de mission scientifique &#187; qui n'a rien d'un CDI : le financement s'arr&#234;te &#224; la fin de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, deux nouveaux amendements propos&#233;s &#233;taient particuli&#232;rement liberticides :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il &#233;tait propos&#233; de cr&#233;er le d&#233;lit &#171; d'atteinte au bon ordre et &#224; la tranquillit&#233; des &#233;tablissements &#187;, faisant du fait le manifester au sein des facult&#233;s un d&#233;lit passible de 3 ans d'emprisonnement et de 42000&#8364; d'amende. Cette proposition visait &#224; mettre un terme aux occupations et blocages au sein des universit&#233;s qui &#233;taient jusqu'&#224; maintenant et depuis les ann&#233;es 1960 parmi les outils privil&#233;gi&#233;s des luttes &#233;tudiantes. L'article 38 qui cr&#233;ait ce d&#233;lit a &#233;t&#233; censur&#233; par le Conseil Constitutionnel car consid&#233;r&#233; comme un &#171; cavalier l&#233;gislatif &#187; ; il peut donc tout &#224; fait &#234;tre inscrit dans un autre projet de loi. Pour plus d'informations sur ce point, cf. sur le carnet Hypoth&#232;ses d'Academia : &lt;a href=&#034;https://academia.hypotheses.org/29702&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://academia.hypotheses.org/29702&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le recrutement des enseignantEs-chercheu.se.rs entre les mains de potentats locaux tout en &#233;cartant le Conseil National des Universit&#233;s (CNU), organisme majoritairement &#233;lu, institu&#233; &#224; la Lib&#233;ration pour prot&#233;ger les universitaires du pouvoir administratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet de loi s'inscrit dans une politique liberticide plus large, dans la prolongation de l'autoritarisme du pouvoir politique actuel et dans la casse du service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'inclusion des hommes trans dans les espaces f&#233;ministes est sujette &#224; de nombreux d&#233;bats sur lesquels nous ne reviendrons pas. Dans le contexte de notre comit&#233; de mobilisation le choix de la mixit&#233; choisie plut&#244;t que de la non-mixit&#233; s'est impos&#233; du fait d'une proximit&#233; des exp&#233;riences. Pour diverses raisons les hommes trans n'&#233;taient pas incorpor&#233;s au groupe des hommes. Le groupe que nous d&#233;signerons par la suite comme celui des hommes et/ou des hommes &#233;tait compos&#233; uniquement d'hommes cis, m&#234;me si nous le repr&#233;cisons pas syst&#233;matiquement par la suite. Pour autant nous pensons que la composition de la mixit&#233; est contextuelle et devrait donc pouvoir &#234;tre red&#233;battue et se recomposer en fonction de la fluctuation des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des femmes et autres minoritaires de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'EHESS ne comporte que des masters.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Dans cette configuration pr&#233;cise, il nous a paru p&#233;rilleux de distinguer analytiquement ce qui &#233;tait de l'ordre des rapports sociaux de race ou de classe. Dans d'autres situations, cf. Christelle Hamel, &#171; De la racialisation du sexisme au sexisme identitaire &#187;, Migrations et Soci&#233;t&#233;, 2005, 99-100, pp. 91-104.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le concept de &#171; masculinit&#233; marginalis&#233;e &#187; provient du travail de la sociologue Raewyn Connell, qui se propose de distinguer quatre types de masculinit&#233;s : h&#233;g&#233;monique, subordonn&#233;e, complice ou marginalis&#233;e, Raewyn Connell, Masculinit&#233;s, enjeux sociaux de l'h&#233;g&#233;monie, Amsterdam, 2014, p.72. La masculinit&#233; marginalis&#233;e est celle d'hommes qui n'occupent pas de position de dominante dans la structure sociale (en raison de plusieurs facteurs comme l'interaction race/classe), et qui sont m&#234;mes marginalis&#233;s dans l'ordre du genre mais qui pour autant b&#233;n&#233;ficient des &#171; dividendes du patriarcat &#187; p.77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Nous avons eu une discussion sur le terme &#224; employer pour qualifier cette instrumentalisation du f&#233;minisme par les hommes. Nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; r&#233;server le terme de &#171; f&#233;monationalisme &#187; &#224; un niveau d'analyse portant sur l'Etat et les relations internationales. Le f&#233;minisme lib&#233;ral, tel qu'il s'est d&#233;velopp&#233; avec l'institutionnalisation des luttes f&#233;ministes par les pouvoirs publics, repr&#233;sente pour sa part la conception h&#233;g&#233;monique du f&#233;minisme. Cette notion permet de qualifier le glissement d'une compr&#233;hension du sexisme en terme syst&#233;mique &#224; un &#233;clatement en termes de responsabilit&#233; morale et individuelle (&#171; &#234;tre &#187; sexiste ou non). Nous serions heureuses de poursuivre ces r&#233;flexions avec d'autres militantes et collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Francis Dupuis-D&#233;ri, 2008, &#171; Les hommes prof&#233;ministes : compagnons de route ou faux amis ? &#187;, Recherches f&#233;ministes, 21 (1), pp. 149&#8211;169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le terme de travail productif se r&#233;f&#232;re au travail cr&#233;ant de la valeur, c'est notamment le travail r&#233;mun&#233;r&#233; ; le travail reproductif d&#233;signe l'ensemble des t&#226;ches non directement cr&#233;atrices de valeur, du moins tant qu'elles sont prises en charge de mani&#232;re gratuite. Il n'est pas syst&#233;matiquement sanctionn&#233; par un salaire et ne fait pas l'objet d'une reconnaissance de la part des pairs : il s'agit notamment de &#171; l'&#233;levage &#187; des enfants et le travail domestique plus largement. Ce qui est (re)produit par le travail reproductif, c'est la force de travail. Aurore Koechlin, 2019, La R&#233;volution f&#233;ministe, Amsterdam, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dani&#232;le Kergoat, 2012, &#171; Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe &#187;, Se battre, disent-elles&#8230;, p.214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Dans une r&#233;union politique o&#249; les participantEs sont nombreux.ses, il est fr&#233;quent de prendre une liste de parole : une personne est d&#233;sign&#233;e pour noter au fur et &#224; mesure les personnes souhaitant intervenir qui l&#232;vent la main pour le lui signifier. Ainsi, la prise de parole ne se fait pas par la force ou le charisme et les vell&#233;it&#233;s de couper la parole sont mod&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Sur cette notion, voire les explications de la dessinatrice Emma : dans le cadre du m&#233;nage h&#233;t&#233;rosexuel ; &#171; Fallait demander &#187; &lt;a href=&#034;https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes/&lt;/a&gt;, &#171; Tu veux que je le fasse (Non) &#187; &lt;a href=&#034;https://emmaclit.com/2019/01/16/tu-veux-que-jle-fasse-non/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://emmaclit.com/2019/01/16/tu-veux-que-jle-fasse-non/&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href=&#034;https://emmaclit.com/2020/03/22/le-pouvoir-de-lamour/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://emmaclit.com/2020/03/22/le-pouvoir-de-lamour/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Rappelons que l'existence de structures formelles permet la participation de touTEs aux prises de d&#233;cisions, tandis que l'absence apparente de structures signifie un fonctionnement uniquement par structures informelles, affinitaires et &#233;litaires. Jo Freeman, &#171; La tyrannie de l'absence de structure &#187; : &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://infokiosques.net/spip.php?article2&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.jofreeman.com/joreen/tyranny.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jofreeman.com/joreen/tyranny.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Fr&#233;d&#233;rique Matonti et Franck Poupeau, &#171; Le capital militant. Essai de d&#233;finition &#187;, Actes de la recherche en sciences sociales, 2004/5 no 155, p.8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] En effet, le groupe des militantes &#233;taient loin d'&#234;tre homog&#232;ne. En plus d'exp&#233;riences politiques ant&#233;rieures, des facteurs exog&#232;nes &#224; la lutte comme l'&#226;ge et le niveau de dipl&#244;me (d'&#233;tudiantes de premi&#232;re ann&#233;e de master &#224; doctorantes en fin de th&#232;se) distribuaient in&#233;galement le capital politique dans le groupe des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] bell hooks, [1984] Sororit&#233;. La solidarit&#233; politique entre les femmes, pp.9-10. &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/spip.php?article1161&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://infokiosques.net/spip.php?article1161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Jackie Wang, Capitalisme carc&#233;ral, Paris, &#201;ditions Divergences, series : &#171; Cybern&#233;tique &#187;, 2019, traduit de l'anglais par Philippe Bouin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Cf. Audre Lorde, &#171; De l'usage de la col&#232;re : la r&#233;ponse des femmes au racisme &#187;, &lt;a href=&#034;https://infokiosques.net/lire.php?id_article=387&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://infokiosques.net/lire.php?id_article=387&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] D&#233;finition donn&#233;e par C&#233;line Bessi&#232;res et Sibylle Gollac dans Le genre du capital, La D&#233;couverte, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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