<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_auteur=11993&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Les r&#233;voltes arabes de 2011 au fil de l'histoire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-revoltes-arabes-de-2011-au-fil-de-l-histoire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-revoltes-arabes-de-2011-au-fil-de-l-histoire</guid>
		<dc:date>2021-03-23T07:17:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aya Khalil, Georges Corm</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-23</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une &#339;uvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-23&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton47385-7c6bc.jpg?1781844090' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une &#339;uvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, la fracture imaginaire (La D&#233;couverte, 2002), Le Liban contemporain (La D&#233;couverte, 2003), ou encore La Nouvelle Question d'Orient (La D&#233;couverte, 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article57248&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;f&#233;rence au printemps des peuples europ&#233;ens de 1848, les r&#233;voltes de 2011 seront vite d&#233;sign&#233;es par le terme de &#171; Printemps arabe &#187;, autant par les commentateurs occidentaux que ceux du monde arabe. Si l'analogie avec 1848 a pour m&#233;rite d'inscrire la s&#233;quence r&#233;volutionnaire arabe dans le temps long de l'histoire, elle rend moins &#233;vidente sa g&#233;n&#233;alogie avec les mouvements d'ind&#233;pendance et de lib&#233;ration nationale des ann&#233;es 1950 et 1960. Comment peut-on penser les soul&#232;vements arabes de 2011 au fil de l'histoire des r&#233;voltes populaires arabes ? Quelles sont les continuit&#233;s et les ruptures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je n'aime pas l'expression de &#171; Printemps arabe &#187;. C'est une expression import&#233;e d'une histoire diff&#233;rente du continent europ&#233;en, et qui emp&#234;che d'envisager l'historicit&#233; plus imm&#233;diate de ces r&#233;voltes. Je pr&#233;f&#232;re donc parler des &#171; r&#233;voltes arabes de 2011 &#187;, qui ont ouvert une nouvelle p&#233;riode de l'histoire arabe. Par ailleurs, je suis &#233;tonn&#233; de constater l'omission r&#233;currente dans les productions acad&#233;miques occidentales de l'influence de ces r&#233;voltes sur les soul&#232;vements qui les ont suivis de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Les Indign&#233;s en Espagne, en Gr&#232;ce, jusqu'aux &#201;tats-Unis avec Occupy Wall Street&#8230; Ce type d'omission est r&#233;v&#233;lateur de la permanence en Occident d'une vision essentialisante du monde arabe, et ce malgr&#233; l'existence de courants universitaires postcoloniaux ou postmodernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne donc la g&#233;n&#233;alogie historique de ces r&#233;voltes, on peut dans un premier temps faire le lien avec les grands mouvements populaires de l'&#233;poque nass&#233;rienne. Gamal Abdel Nasser dont on a f&#234;t&#233; il y a trois mois le cinquanti&#232;me anniversaire de son d&#233;c&#232;s a &#233;t&#233; une figure majeure de l'histoire contemporaine arabe et mondiale. Il a incarn&#233; la lutte anticoloniale et tiersmondiste avec une force d'autant plus grande qu'elle puisait sa source dans la volont&#233; populaire. Les rassemblements gigantesques qui ont marqu&#233; l'&#233;pop&#233;e nass&#233;rienne n'&#233;taient pas de nature contestataire, mais ils sont int&#233;ressants &#224; &#233;voquer puisqu'ils montraient des peuples arabes en mouvement qui appelaient &#224; la lutte et &#224; la r&#233;sistance, dans une relation d'osmose avec Nasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte plus loin, au IXe si&#232;cle, on peut &#233;voquer les Qarmates qui sont &#224; l'origine d'un grand mouvement de protestation r&#233;unissant intellectuels, travailleurs des villes et paysans s'&#233;tendant jusqu'au Bahre&#239;n, Oman et le Yemen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, bien s&#251;r, il y a la longue s&#233;quence des luttes anticoloniales auxquelles ont massivement particip&#233; les peuples d&#232;s la fin du 19e si&#232;cle et ce dans l'ensemble du monde arabe (&#224; l'exception de la p&#233;ninsule arabique, qui est un cas particulier). En Alg&#233;rie contre l'invasion puis l'occupation fran&#231;aise, en &#201;gypte contre l'occupation britannique, puis entre 1920 et 1940 en Syrie et au Liban contre le colonialisme fran&#231;ais et son projet de tron&#231;onnage de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens rapidement sur cet &#233;pisode tant il a d&#233;termin&#233; les conflits futurs de la r&#233;gion. La France avait d&#233;tach&#233; le Liban de la Syrie et, suite &#224; cela, elle comptait cr&#233;er de toute pi&#232;ce un &#201;tat alaouite, un &#201;tat druze, un &#201;tat d'Alep, etc, &#224; l'encontre de la volont&#233; des peuples de la Syrie g&#233;ographique qui souhaitaient leur ind&#233;pendance dans un &#201;tat syrien uni comprenant la Syrie actuelle, le Liban et la Palestine. En 1925, une insurrection populaire se d&#233;clenche contre le mandat fran&#231;ais et pour l'ind&#233;pendance d'une Syrie arabe unie. La France la r&#233;prima de mani&#232;re extr&#234;mement brutale, par des bombardements f&#233;roces sur Damas et le Jabal druze. Puis, pourtant cens&#233;e &#234;tre fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise, elle c&#233;da &#224; la Turquie en 1939 la r&#233;gion syrienne d'Antioche, berceau historique des &#201;glises naissantes. Je pense qu'il reste des traces tr&#232;s fortes de cette p&#233;riode du mandat dans l'actuelle politique de la France &#224; l'&#233;gard de la Syrie. D'une certaine fa&#231;on, la France ne pardonne pas &#224; la Syrie de lui avoir tant tenu t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de 2011 ne sont pas directement anticoloniales ou antiimp&#233;rialistes. Cependant, la &#171; libert&#233; &#187; et la &#171; dignit&#233; &#187; qui revenaient souvent dans les slogans des manifestants doivent s'entendre dans la continuit&#233; des luttes anticoloniales, comme des revendications de lib&#233;ration collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui connait votre &#339;uvre sait l'importance que vous donnez &#224; la dialectique de la fragmentation et de l'unit&#233; dans l'histoire de la r&#233;gion arabe depuis la chute de l'Empire ottoman. Que ce soit dans votre monumental Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) [1], ou dans l'un de vos derniers ouvrages Pens&#233;e et politique dans le monde arabe [2], il s'agit &#224; chaque fois d'examiner la fa&#231;on dont cette dialectique structure la vie politique et intellectuelle de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, vous parliez de &#171; balkanisation &#187; du Proche-Orient, entendu comme le travail des imp&#233;rialismes europ&#233;ens puis &#233;tasunien(-isra&#233;lien) visant &#224; d&#233;pecer la r&#233;gion sur des crit&#232;res ethniques et religieux selon la c&#233;l&#232;bre devise : diviser pour mieux r&#233;gner. Alors que cette vague de protestations semblait rassembler les soci&#233;t&#233;s arabes dans une unit&#233; de destin, comment la dynamique de la fragmentation a-t-elle (une fois encore) pris le dessus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de la fragmentation fait partie de tout groupement humain, mais en tant que th&#233;matique elle est particuli&#232;rement pr&#233;sente dans la culture arabe, avec le terme de &#171; fitna &#187; qui se traduit en fran&#231;ais par d&#233;sordre et antagonisme &#224; la fois. L'histoire des Arabes est rythm&#233;e par cette dialectique constante entre l'appel &#224; l'unit&#233; et l'appel &#224; la dissidence ; dialectique qui a commenc&#233; tr&#232;s t&#244;t ainsi que le montre Hichem Dja&#239;t dans son livre La grande discorde [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la fragmentation (ou la balkanisation) du Proche-Orient, qui a longtemps fait l'objet de mes travaux, rel&#232;ve de dynamiques exog&#232;nes. Elle trouve ses racines dans les d&#233;coupages coloniaux de la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale. Lorsque l'Empire ottoman s'effondre, le mouvement d'unit&#233; arabe &#233;tait alors puissant. Il a &#233;t&#233; bris&#233; par la pr&#233;sence militaire des colonialismes europ&#233;ens et leur d&#233;pe&#231;age de la r&#233;gion en entit&#233;s politiques plus ou moins viables, sur des bases ethniques et confessionnelles, et aux dimensions territoriales et d&#233;mographiques vari&#233;es. Le nom de la Syrie en arabe c'est Bilad As-Sham, Pays de Damas (au pluriel) &#8211; appellation magnifique qui illustre &#224; elle seule la conception plurielle et inclusive du sentiment d'appartenance des peuples de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le rappelle souvent : d&#232;s 1840, avant m&#234;me la naissance du mouvement sioniste, les Britanniques pr&#233;conisaient de convaincre les citoyens anglais de confession juive de s'installer en Palestine pour contrebalancer l'influence fran&#231;aise en M&#233;diterran&#233;e de l'Est, une des r&#233;gions les plus strat&#233;giques du monde car elle est la route vers les Indes. La D&#233;claration Balfour ensuite en 1917, et le soutien europ&#233;en et &#233;tasunien vibrant au sionisme plus g&#233;n&#233;ralement, s'inscrit dans le cadre du contr&#244;le colonial du monde arabe. Du point de vue de la fragmentation, la seule cr&#233;ation d'Isra&#235;l a coup&#233; g&#233;ographiquement le Maghreb arabe du Machrek arabe, et l'&#201;gypte de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi les colonialismes europ&#233;ens auraient admis &#224; la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale les formations d'un grand &#201;tat turc et d'un grand &#201;tat iranien, et pas celle d'un grand &#201;tat arabe ? C'est une opposition que vous notez dans votre livre Pens&#233;e et politique dans le monde arabe, je vous cite : &#171; Cette fragmentation contraste comme on l'a vu avec la reconstitution d'un &#201;tat turc moderne d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1920, arc-bout&#233; sur le vaste territoire anatolien et ses fa&#231;ades maritimes en M&#233;diterran&#233;e et en mer Noire. Elle contraste aussi avec la continuit&#233; de l'&#201;tat iranien &#187; (p.133)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la Turquie et l'Iran &#233;taient des entit&#233;s politiques massives et unies &#224; la fin du 19e si&#232;cle. Ensuite, Ataturk a r&#233;alis&#233; une r&#233;volution modernisante, brutale certes, mais qui a chass&#233; militairement les envahisseurs occidentaux du territoire turc. En comparaison, l'espace social arabe ne constituait plus une entit&#233; politique unie et coh&#233;rente depuis des si&#232;cles. L'&#201;gypte avait maintenu une certaine coh&#233;sion sur les bases de l'&#201;tat pharaonique lui permettant d'arracher une certaine autonomie politique durant la p&#233;riode mamelouke, mais cela restait fragile. Or, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, se former en &#201;tat-nation exigeait &#224; la fois un certain degr&#233; de totalisation au sein d'un territoire donn&#233;, et les moyens de se d&#233;fendre contre le colonialisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, ces politiques coloniales de fragmentation de la r&#233;gion ne se sont &#233;videmment pas poursuivies sans heurts. Les populations ont r&#233;sist&#233; autant que faire se peut &#224; cette dynamique. C'est d'ailleurs de ces r&#233;sistances continues qu'ont &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1950 et 1960 les mouvements radicaux antiimp&#233;rialistes. De fait, la lutte anticoloniale a redynamis&#233; le panarabisme sous diff&#233;rentes variantes (baathiste, nass&#233;rienne, marxisante&#8230;). En 1958, l'&#201;gypte de Nasser et la Syrie baathiste d&#233;cident de ne faire qu'un seul &#201;tat &#8211; la R&#233;publique arabe unie. Une tentative qui n'a pas tenue pour un tas de raisons, mais qui refl&#233;tait la forte volont&#233; populaire de s'unir dans un projet &#233;mancipateur. Or, l'imp&#233;rialisme occidental n'a eu qu'un objectif : casser ce mouvement d'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une guerre redoutable a &#233;t&#233; men&#233;e contre le panarabisme par des agressions militaires directes d'une part, et par l'instrumentalisation des mouvances islamistes d'autre part. Des ressources financi&#232;res immenses ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;es pour propager le wahhabisme saoudien afin de contrer le panarabisme socialisant, dans le contexte de la guerre froide. Et cette guerre se poursuit aujourd'hui encore. L'imp&#233;rialisme occidental ne tol&#232;re pas la pr&#233;sence de grands &#201;tats arabes qui ne lui soient pas assujettis sur les plans &#233;conomique et politique ; la non-suj&#233;tion &#224; l'imp&#233;rialisme se traduisant par le refus de la normalisation avec Isra&#235;l. L'invasion de l'Irak en 2003 et la guerre de Syrie quelques ann&#233;es apr&#232;s ont eu pour cons&#233;quence l'implosion de ces &#201;tats, avec le d&#233;veloppement des logiques tribales et r&#233;gionales qui en d&#233;coule. Que Daech ait pu se constituer et s'&#233;tendre ainsi est le produit d'une longue histoire d'instrumentalisation des mouvements islamistes par l'imp&#233;rialisme occidental ; histoire dont est &#233;galement issu Oussama Ben Laden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;voltes arabes ont provoqu&#233; des reconfigurations politiques diff&#233;rentes d'un pays &#224; l'autre. Les tyrans &#224; la t&#234;te de l'&#201;gypte et de la Tunisie ont pris leurs jambes &#224; leur cou, quand dans d'autres pays des conflits arm&#233;s extr&#234;mement violents ont &#233;clat&#233;. Comment les soul&#232;vements populaires de 2011 ont-ils agi sur les crises que traversaient les &#201;tats arabes ? En quoi se sont-ils heurt&#233;s aux antagonismes g&#233;opolitiques structurels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la Syrie, j'aimerais rappeler la d&#233;claration de l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res fran&#231;aises Laurent Fabius en 2012 : &#171; Al Nosra fait du bon boulot en Syrie &#187;. Pendant au moins deux ans, de 2011 &#224; 2013, par un tour de passe-passe discursif et id&#233;ologique &#233;tonnant, les mouvements jihadistes terroristes &#233;taient devenus des mouvements de lib&#233;ration de la Syrie dans les grands m&#233;dias occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, s&#251;rement est-il utile de rappeler le contexte d'alors. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, une offensive imp&#233;rialiste men&#233;e par le couple franco-&#233;tasunien fut lanc&#233;e contre le r&#233;gime syrien pour son soutien au Hezbollah et son alliance avec l'Iran. En octobre 2003, soit quelques mois apr&#232;s le d&#233;clenchement de la guerre d'Irak, Bush adopte le Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act (SALSRA) qui accuse le r&#233;gime syrien de &#171; soutenir le terrorisme international &#187; et pr&#233;voit des sanctions si la Syrie poursuivait la politique d&#233;nonc&#233;e. Le mois suivant, Bush explique qu'il s'agit de cr&#233;er un nouveau Moyen-Orient, avec des r&#233;gimes arabes appel&#233;s &#224; devenir &#171; d&#233;mocratiques &#187; et &#224; partager les &#171; valeurs &#187; de l'Occident, parmi lesquelles le souci de la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l, ce qui implique la normalisation. En 2008, Sarkozy tente une autre approche : faire adh&#233;rer la Syrie &#224; l'Union pour la M&#233;diterran&#233;e, esp&#233;rant par l&#224; que le r&#233;gime changerait son positionnement g&#233;ostrat&#233;gique. Or, les r&#233;sultats escompt&#233;s n'ont pas suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le r&#233;gime syrien porte une lourde responsabilit&#233; dans la fa&#231;on dont les choses ont d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et dans la propagation de pratiques particuli&#232;rement violentes, cela ne fait aucun doute. Par ailleurs, sur le plan &#233;conomique, le gouvernement syrien avait commis une erreur consid&#233;rable dans les ann&#233;es 2000 en engageant le pays vers des politiques n&#233;olib&#233;rales. Par la voix de son vice-premier ministre des affaires &#233;conomiques, Al-Dardari, il avait diminu&#233; les subventions &#224; l'agriculture, alors qu'elle &#233;tait affect&#233;e par la s&#233;cheresse et qu'elle repr&#233;sentait un des secteurs &#233;conomiques cl&#233; de la Syrie lui assurant &#8211; et ce n'est pas rien &#8211; son autosuffisance alimentaire. De plus, le gouvernement avait inconsid&#233;r&#233;ment conclu un accord de libre-&#233;change avec la Turquie dont l'&#233;conomie &#233;tait beaucoup plus avanc&#233;e ; cela a permis par la suite &#224; la Turquie de devenir un acteur majeur &#224; l'int&#233;rieur de la Syrie. Cette orientation n&#233;olib&#233;rale du r&#233;gime syrien, pensant ainsi se rapprocher des puissances occidentales, n'a &#233;videmment pas permis de r&#233;pondre &#224; la tr&#232;s forte pression d&#233;mographique et aux besoins des habitants, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les manifestations commencent en mars 2011, l'agitation occidentale en faveur d'un changement de r&#233;gime en Syrie s'inscrivait dans le cadre de l'offensive imp&#233;rialiste ; il n'&#233;tait aucunement question de soutenir les Syriens dans leur qu&#234;te de justice sociale et d'une vie politique d&#233;mocratique. La multiplication des conf&#233;rences internationales et les d&#233;clarations am&#233;ricaines et fran&#231;aises ont confirm&#233; l'instrumentalisation des manifestations populaires pour faire valoir des agendas g&#233;opolitiques qui n'ont rien &#224; voir avec les revendications des Syriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Libye, un tout autre sc&#233;nario s'est jou&#233;. Le r&#233;gime libyen &#233;tait lui aussi autoritaire, voire dictatorial, d'o&#249; la col&#232;re populaire, mais la redistribution des revenus issus de l'exploitation du p&#233;trole permettait un niveau de vie digne aux Libyens, ainsi qu'aux &#201;gyptiens et aux Tunisiens qui travaillaient en Libye. Si Khadafi est tomb&#233; aussi vite, c'est tout simplement parce qu'il y a eu une campagne de bombardements massifs de l'OTAN dont l'objectif principal &#233;tait d'&#233;liminer Kadhafi. Rien ne peut r&#233;sister &#224; cela. Sarkozy souhaitait &#233;touffer l'affaire du financement de sa campagne &#233;lectorale, et au passage mettre la main sur les ressources du pays. Cela a justifi&#233; que sans scrupules un pays soit d&#233;truit, avec les cons&#233;quences terribles que l'on connait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour ce qui est de la Tunisie et de l'&#201;gypte, un facteur fondamental a pr&#233;cipit&#233; la chute de ces r&#233;gimes : le positionnement de l'arm&#233;e. Il faudrait sans doute proc&#233;der &#224; une analyse plus approfondie des liens entre les r&#233;gimes de ces &#201;tats avec leurs arm&#233;es. Grosso modo, dans les deux cas, la pression &#233;norme des r&#233;voltes populaires a soit cr&#233;&#233; soit exacerb&#233; la dissension entre les arm&#233;es et les r&#233;gimes de telle sorte que &#8211; &#224; un moment donn&#233; &#8211; les arm&#233;es ont l&#226;ch&#233; les r&#233;gimes. Ce facteur est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nombre d'intellectuels conviennent que le panarabisme socialisant est d&#233;sormais r&#233;volu, en tant qu'&#233;poque et en tant qu'id&#233;e. Qu'on date sa disparition &#224; 1967, 1970 ou 1982, une sorte de proc&#232;s permanent en souligne les erreurs ; erreurs qui seraient inh&#233;rentes &#224; l'id&#233;e elle-m&#234;me. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui se rapproche sensiblement de la condamnation du communisme &#224; partir des ann&#233;es 1980. Il n'est plus bon de s'en revendiquer : communisme ou panarabisme appartiendraient &#224; des &#233;poques pass&#233;es. Pourtant, les constats sociaux et politiques au principe du panarabisme restent relativement actuels&#8230; Quels seraient selon vous les contours d'un nouveau panarabisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas en la d&#233;faite ou en la r&#233;signation des peuples. L'id&#233;e panarabe contemporaine fait son chemin dans le monde arabe depuis la fin du 19e si&#232;cle, elle condense des aspirations populaires tr&#232;s vives et tr&#232;s anciennes de lib&#233;ration et d'unit&#233;. Lorsque Isra&#235;l officialise en 1948 le rapt de la Palestine, les peuples du Maghreb et du Machrek se sont sentis directement concern&#233;s et ont particip&#233; comme ils pouvaient &#224; une guerre qui &#233;tait perdue d'avance. Lorsque Nasser redonne vie au panarabisme &#224; partir de 1956, les peuples arabes sont spontan&#233;ment avec lui. Lib&#233;rer les territoires occup&#233;s, assurer l'ind&#233;pendance politique et &#233;conomique face &#224; l'imp&#233;rialisme occidental et &#233;difier une &#233;conomie socialisante &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale restaient les seuls recours possibles aux peuples arabes pour sortir du marasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'unit&#233; arabe doit &#234;tre pens&#233;e sous la forme concr&#232;te de f&#233;d&#233;ration, et non pas d'&#201;tat-nation. Je pense que ce qui manque actuellement c'est un pays phare qui puisse &#234;tre pr&#233;sent et actif sur la sc&#232;ne arabe, comme ont pu l'&#234;tre par exemple l'&#201;gypte, ou l'Alg&#233;rie &#224; sa suite puisque l'&#201;gypte de Sadate fut expuls&#233;e de la Ligue arabe durant plusieurs ann&#233;es pour avoir sign&#233; la paix avec Isra&#235;l par l'accord de Camp David.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenez qu'il y a en tout cas un lien indestructible entre les Arabes : leur langue. Vous avez beau fragmenter, appuyer les clivages communautaires ou religieux, il reste qu'une langue rassemble ces peuples. La langue arabe est le r&#233;servoir de la culture collective ; il suffit de constater combien les chansons, po&#232;mes et romans circulent d'un bout &#224; l'autre des pays de la r&#233;gion. Les intellectuels arabes se connaissent tous, de l'Irak au Maroc en passant par le Liban ; ils se lisent et discutent leurs travaux. Nous avons &#233;galement le Centre des &#233;tudes pour l'unit&#233; arabe et l'Institut d'&#233;tudes palestiniennes &#224; Beyrouth qui sont deux lieux de la pens&#233;e nationale arabe. Ils font un travail formidable de publication : on parle de plusieurs centaines de revues, ouvrages, essais publi&#233;s, qui pr&#233;sentent des analyses sociales et politiques sur le monde arabe sous de multiples angles, et assurent une conservation de la m&#233;moire. Ces institutions organisent de surcro&#238;t des conf&#233;rences et des colloques acad&#233;miques dans les capitales arabes permettant aux intellectuels de se rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et surtout, il y a la Palestine : elle f&#233;d&#232;re les sentiments panarabes. Et je ne crois pas qu'il soit possible d'&#233;touffer la question palestinienne, quelques soient les moyens d&#233;ploy&#233;s, parmi eux la normalisation des relations entre Isra&#235;l et les petites royaut&#233;s b&#233;douines de la P&#233;ninsule arabique. &#192; cet &#233;gard, je trouve la r&#233;sistance palestinienne r&#233;ellement admirable. C'est en d&#233;finitive &#224; partir de la Palestine que se dessineront les contours d'un nouveau panarabisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Corm&lt;br class='autobr' /&gt;
Aya Khalil&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les r&#233;voltes arabes de 2011 au fil de l'histoire. Entretien avec Georges Corm</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-revoltes-arabes-de-2011-au-fil-de-l-histoire-Entretien-avec-Georges-Corm</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-revoltes-arabes-de-2011-au-fil-de-l-histoire-Entretien-avec-Georges-Corm</guid>
		<dc:date>2021-03-02T07:13:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georges Corm</dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une oeuvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton47053-c263a.png?1781844091' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parce que le temps social &#8211; toujours pluriel et souvent contradictoire &#8211; ne peut souffrir qu'on l'ampute du lent mouvement de la longue histoire, nous avons rencontr&#233;, &#224; l'occasion des dix ans des r&#233;voltes arabes de 2011, l'historien et &#233;conomiste Georges Corm. Figure intellectuelle et progressiste majeure, sp&#233;cialiste du monde arabe, Georges Corm est l'auteur d'une oeuvre prolifique. Parmi ses ouvrages, l'incontournable Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012) (Gallimard, 1983), Orient-Occident, la fracture imaginaire (La D&#233;couverte, 2002), Le Liban contemporain (La D&#233;couverte, 2003), ou encore La Nouvelle Question d'Orient (La D&#233;couverte, 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/revoltes-arabes-histoire-monde-arabe-entretien-corm/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En r&#233;f&#233;rence au printemps des peuples europ&#233;ens de 1848, les r&#233;voltes de 2011 seront vite d&#233;sign&#233;es par le terme de &#171; Printemps arabe &#187;, autant par les commentateurs occidentaux que ceux du monde arabe. Si l'analogie avec 1848 a pour m&#233;rite d'inscrire la s&#233;quence r&#233;volutionnaire arabe dans le temps long de l'histoire, elle rend moins &#233;vidente sa g&#233;n&#233;alogie avec les mouvements d'ind&#233;pendance et de lib&#233;ration nationale des ann&#233;es 1950 et 1960. Comment peut-on penser les soul&#232;vements arabes de 2011 au fil de l'histoire des r&#233;voltes populaires arabes ? Quelles sont les continuit&#233;s et les ruptures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je n'aime pas l'expression de &#171; Printemps arabe &#187;. C'est une expression import&#233;e d'une histoire diff&#233;rente du continent europ&#233;en, et qui emp&#234;che d'envisager l'historicit&#233; plus imm&#233;diate de ces r&#233;voltes. Je pr&#233;f&#232;re donc parler des &#171; r&#233;voltes arabes de 2011 &#187;, qui ont ouvert une nouvelle p&#233;riode de l'histoire arabe. Par ailleurs, je suis &#233;tonn&#233; de constater l'omission r&#233;currente dans les productions acad&#233;miques occidentales de l'influence de ces r&#233;voltes sur les soul&#232;vements qui les ont suivis de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Les Indign&#233;s en Espagne, en Gr&#232;ce, jusqu'aux &#201;tats-Unis avec Occupy Wall Street&#8230; Ce type d'omission est r&#233;v&#233;lateur de la permanence en Occident d'une vision essentialisante du monde arabe, et ce malgr&#233; l'existence de courants universitaires postcoloniaux ou postmodernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne donc la g&#233;n&#233;alogie historique de ces r&#233;voltes, on peut dans un premier temps faire le lien avec les grands mouvements populaires de l'&#233;poque nass&#233;rienne. Gamal Abdel Nasser dont on a f&#234;t&#233; il y a trois mois le cinquanti&#232;me anniversaire de son d&#233;c&#232;s a &#233;t&#233; une figure majeure de l'histoire contemporaine arabe et mondiale. Il a incarn&#233; la lutte anticoloniale et tiersmondiste avec une force d'autant plus grande qu'elle puisait sa source dans la volont&#233; populaire. Les rassemblements gigantesques qui ont marqu&#233; l'&#233;pop&#233;e nass&#233;rienne n'&#233;taient pas de nature contestataire, mais ils sont int&#233;ressants &#224; &#233;voquer puisqu'ils montraient des peuples arabes en mouvement qui appelaient &#224; la lutte et &#224; la r&#233;sistance, dans une relation d'osmose avec Nasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte plus loin, au IX&#232;me si&#232;cle, on peut &#233;voquer les Qarmates qui sont &#224; l'origine d'un grand mouvement de protestation r&#233;unissant intellectuels, travailleurs des villes et paysans s'&#233;tendant jusqu'au Bahre&#239;n, Oman et le Yemen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, bien s&#251;r, il y a la longue s&#233;quence des luttes anticoloniales auxquelles ont massivement particip&#233; les peuples d&#232;s la fin du 19&#232;me si&#232;cle et ce dans l'ensemble du monde arabe (&#224; l'exception de la p&#233;ninsule arabique, qui est un cas particulier). En Alg&#233;rie contre l'invasion puis l'occupation fran&#231;aise, en &#201;gypte contre l'occupation britannique, puis entre 1920 et 1940 en Syrie et au Liban contre le colonialisme fran&#231;ais et son projet de tron&#231;onnage de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens rapidement sur cet &#233;pisode tant il a d&#233;termin&#233; les conflits futurs de la r&#233;gion. La France avait d&#233;tach&#233; le Liban de la Syrie et, suite &#224; cela, elle comptait cr&#233;er de toute pi&#232;ce un &#201;tat alaouite, un &#201;tat druze, un &#201;tat d'Alep, etc, &#224; l'encontre de la volont&#233; des peuples de la Syrie g&#233;ographique qui souhaitaient leur ind&#233;pendance dans un &#201;tat syrien uni comprenant la Syrie actuelle, le Liban et la Palestine. En 1925, une insurrection populaire se d&#233;clenche contre le mandat fran&#231;ais et pour l'ind&#233;pendance d'une Syrie arabe unie. La France la r&#233;prima de mani&#232;re extr&#234;mement brutale, par des bombardements f&#233;roces sur Damas et le Jabal druze. Puis, pourtant cens&#233;e &#234;tre fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise, elle c&#233;da &#224; la Turquie en 1939 la r&#233;gion syrienne d'Antioche, berceau historique des &#201;glises naissantes. Je pense qu'il reste des traces tr&#232;s fortes de cette p&#233;riode du mandat dans l'actuelle politique de la France &#224; l'&#233;gard de la Syrie. D'une certaine fa&#231;on, la France ne pardonne pas &#224; la Syrie de lui avoir tant tenu t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de 2011 ne sont pas directement anticoloniales ou antiimp&#233;rialistes. Cependant, la &#171; libert&#233; &#187; et la &#171; dignit&#233; &#187; qui revenaient souvent dans les slogans des manifestants doivent s'entendre dans la continuit&#233; des luttes anticoloniales, comme des revendications de lib&#233;ration collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui connait votre &#339;uvre sait l'importance que vous donnez &#224; la dialectique de la fragmentation et de l'unit&#233; dans l'histoire de la r&#233;gion arabe depuis la chute de l'Empire ottoman. Que ce soit dans votre monumental Le Proche-Orient &#233;clat&#233; (1956-2012)[1], ou dans l'un de vos derniers ouvrages Pens&#233;e et politique dans le monde arabe[2], il s'agit &#224; chaque fois d'examiner la fa&#231;on dont cette dialectique structure la vie politique et intellectuelle de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, vous parliez de &#171; balkanisation &#187; du Proche-Orient, entendu comme le travail des imp&#233;rialismes europ&#233;ens puis &#233;tasunien(-isra&#233;lien) visant &#224; d&#233;pecer la r&#233;gion sur des crit&#232;res ethniques et religieux selon la c&#233;l&#232;bre devise : diviser pour mieux r&#233;gner. Alors que cette vague de protestations semblait rassembler les soci&#233;t&#233;s arabes dans une unit&#233; de destin, comment la dynamique de la fragmentation a-t-elle (une fois encore) pris le dessus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de la fragmentation fait partie de tout groupement humain, mais en tant que th&#233;matique elle est particuli&#232;rement pr&#233;sente dans la culture arabe, avec le terme de &#171; fitna &#187; qui se traduit en fran&#231;ais par d&#233;sordre et antagonisme &#224; la fois. L'histoire des Arabes est rythm&#233;e par cette dialectique constante entre l'appel &#224; l'unit&#233; et l'appel &#224; la dissidence ; dialectique qui a commenc&#233; tr&#232;s t&#244;t ainsi que le montre Hichem Dja&#239;t dans son livre La grande discorde[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la fragmentation (ou la balkanisation) du Proche-Orient, qui a longtemps fait l'objet de mes travaux, rel&#232;ve de dynamiques exog&#232;nes. Elle trouve ses racines dans les d&#233;coupages coloniaux de la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale. Lorsque l'Empire ottoman s'effondre, le mouvement d'unit&#233; arabe &#233;tait alors puissant. Il a &#233;t&#233; bris&#233; par la pr&#233;sence militaire des colonialismes europ&#233;ens et leur d&#233;pe&#231;age de la r&#233;gion en entit&#233;s politiques plus ou moins viables, sur des bases ethniques et confessionnelles, et aux dimensions territoriales et d&#233;mographiques vari&#233;es. Le nom de la Syrie en arabe c'est Bilad As-Sham, Pays de Damas (au pluriel) &#8211; appellation magnifique qui illustre &#224; elle seule la conception plurielle et inclusive du sentiment d'appartenance des peuples de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le rappelle souvent : d&#232;s 1840, avant m&#234;me la naissance du mouvement sioniste, les Britanniques pr&#233;conisaient de convaincre les citoyens anglais de confession juive de s'installer en Palestine pour contrebalancer l'influence fran&#231;aise en M&#233;diterran&#233;e de l'Est, une des r&#233;gions les plus strat&#233;giques du monde car elle est la route vers les Indes. La D&#233;claration Balfour ensuite en 1917, et le soutien europ&#233;en et &#233;tasunien vibrant au sionisme plus g&#233;n&#233;ralement, s'inscrit dans le cadre du contr&#244;le colonial du monde arabe. Du point de vue de la fragmentation, la seule cr&#233;ation d'Isra&#235;l a coup&#233; g&#233;ographiquement le Maghreb arabe du Machrek arabe, et l'&#201;gypte de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi les colonialismes europ&#233;ens auraient admis &#224; la fin de la Premi&#232;re guerre mondiale les formations d'un grand &#201;tat turc et d'un grand &#201;tat iranien, et pas celle d'un grand &#201;tat arabe ? C'est une opposition que vous notez dans votre livre Pens&#233;e et politique dans le monde arabe, je vous cite : &#171; Cette fragmentation contraste comme on l'a vu avec la reconstitution d'un &#201;tat turc moderne d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1920, arc-bout&#233; sur le vaste territoire anatolien et ses fa&#231;ades maritimes en M&#233;diterran&#233;e et en mer Noire. Elle contraste aussi avec la continuit&#233; de l'&#201;tat iranien &#187; (p.133)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la Turquie et l'Iran &#233;taient des entit&#233;s politiques massives et unies &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle. Ensuite, Ataturk a r&#233;alis&#233; une r&#233;volution modernisante, brutale certes, mais qui a chass&#233; militairement les envahisseurs occidentaux du territoire turc. En comparaison, l'espace social arabe ne constituait plus une entit&#233; politique unie et coh&#233;rente depuis des si&#232;cles. L'&#201;gypte avait maintenu une certaine coh&#233;sion sur les bases de l'&#201;tat pharaonique lui permettant d'arracher une certaine autonomie politique durant la p&#233;riode mamelouke, mais cela restait fragile. Or, au d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle, se former en &#201;tat-nation exigeait &#224; la fois un certain degr&#233; de totalisation au sein d'un territoire donn&#233;, et les moyens de se d&#233;fendre contre le colonialisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, ces politiques coloniales de fragmentation de la r&#233;gion ne se sont &#233;videmment pas poursuivies sans heurts. Les populations ont r&#233;sist&#233; autant que faire se peut &#224; cette dynamique. C'est d'ailleurs de ces r&#233;sistances continues qu'ont &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1950 et 1960 les mouvements radicaux antiimp&#233;rialistes. De fait, la lutte anticoloniale a redynamis&#233; le panarabisme sous diff&#233;rentes variantes (baathiste, nass&#233;rienne, marxisante&#8230;). En 1958, l'&#201;gypte de Nasser et la Syrie baathiste d&#233;cident de ne faire qu'un seul &#201;tat &#8211; la R&#233;publique arabe unie. Une tentative qui n'a pas tenue pour un tas de raisons, mais qui refl&#233;tait la forte volont&#233; populaire de s'unir dans un projet &#233;mancipateur. Or, l'imp&#233;rialisme occidental n'a eu qu'un objectif : casser ce mouvement d'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une guerre redoutable a &#233;t&#233; men&#233;e contre le panarabisme par des agressions militaires directes d'une part, et par l'instrumentalisation des mouvances islamistes d'autre part. Des ressources financi&#232;res immenses ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;es pour propager le wahhabisme saoudien afin de contrer le panarabisme socialisant, dans le contexte de la guerre froide. Et cette guerre se poursuit aujourd'hui encore. L'imp&#233;rialisme occidental ne tol&#232;re pas la pr&#233;sence de grands &#201;tats arabes qui ne lui soient pas assujettis sur les plans &#233;conomique et politique ; la non-suj&#233;tion &#224; l'imp&#233;rialisme se traduisant par le refus de la normalisation avec Isra&#235;l. L'invasion de l'Irak en 2003 et la guerre de Syrie quelques ann&#233;es apr&#232;s ont eu pour cons&#233;quence l'implosion de ces &#201;tats, avec le d&#233;veloppement des logiques tribales et r&#233;gionales qui en d&#233;coule. Que Daech ait pu se constituer et s'&#233;tendre ainsi est le produit d'une longue histoire d'instrumentalisation des mouvements islamistes par l'imp&#233;rialisme occidental ; histoire dont est &#233;galement issu Oussama Ben Laden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;voltes arabes ont provoqu&#233; des reconfigurations politiques diff&#233;rentes d'un pays &#224; l'autre. Les tyrans &#224; la t&#234;te de l'&#201;gypte et de la Tunisie ont pris leurs jambes &#224; leur cou, quand dans d'autres pays des conflits arm&#233;s extr&#234;mement violents ont &#233;clat&#233;. Comment les soul&#232;vements populaires de 2011 ont-ils agi sur les crises que traversaient les &#201;tats arabes ? En quoi se sont-ils heurt&#233;s aux antagonismes g&#233;opolitiques structurels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la Syrie, j'aimerais rappeler la d&#233;claration de l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res fran&#231;aises Laurent Fabius en 2012 : &#171; Al Nosra fait du bon boulot en Syrie &#187;. Pendant au moins deux ans, de 2011 &#224; 2013, par un tour de passe-passe discursif et id&#233;ologique &#233;tonnant, les mouvements jihadistes terroristes &#233;taient devenus des mouvements de lib&#233;ration de la Syrie dans les grands m&#233;dias occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, s&#251;rement est-il utile de rappeler le contexte d'alors. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, une offensive imp&#233;rialiste men&#233;e par le couple franco-&#233;tasunien fut lanc&#233;e contre le r&#233;gime syrien pour son soutien au Hezbollah et son alliance avec l'Iran. En octobre 2003, soit quelques mois apr&#232;s le d&#233;clenchement de la guerre d'Irak, Bush adopte le Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act (SALSRA) qui accuse le r&#233;gime syrien de &#171; soutenir le terrorisme international &#187; et pr&#233;voit des sanctions si la Syrie poursuivait la politique d&#233;nonc&#233;e. Le mois suivant, Bush explique qu'il s'agit de cr&#233;er un nouveau Moyen-Orient, avec des r&#233;gimes arabes appel&#233;s &#224; devenir &#171; d&#233;mocratiques &#187; et &#224; partager les &#171; valeurs &#187; de l'Occident, parmi lesquelles le souci de la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l, ce qui implique la normalisation. En 2008, Sarkozy tente une autre approche : faire adh&#233;rer la Syrie &#224; l'Union pour la M&#233;diterran&#233;e, esp&#233;rant par l&#224; que le r&#233;gime changerait son positionnement g&#233;ostrat&#233;gique. Or, les r&#233;sultats escompt&#233;s n'ont pas suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le r&#233;gime syrien porte une lourde responsabilit&#233; dans la fa&#231;on dont les choses ont d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et dans la propagation de pratiques particuli&#232;rement violentes, cela ne fait aucun doute. Par ailleurs, sur le plan &#233;conomique, le gouvernement syrien avait commis une erreur consid&#233;rable dans les ann&#233;es 2000 en engageant le pays vers des politiques n&#233;olib&#233;rales. Par la voix de son vice-premier ministre des affaires &#233;conomiques, Al-Dardari, il avait diminu&#233; les subventions &#224; l'agriculture, alors qu'elle &#233;tait affect&#233;e par la s&#233;cheresse et qu'elle repr&#233;sentait un des secteurs &#233;conomiques cl&#233; de la Syrie lui assurant &#8211; et ce n'est pas rien &#8211; son autosuffisance alimentaire. De plus, le gouvernement avait inconsid&#233;r&#233;ment conclu un accord de libre-&#233;change avec la Turquie dont l'&#233;conomie &#233;tait beaucoup plus avanc&#233;e ; cela a permis par la suite &#224; la Turquie de devenir un acteur majeur &#224; l'int&#233;rieur de la Syrie. Cette orientation n&#233;olib&#233;rale du r&#233;gime syrien, pensant ainsi se rapprocher des puissances occidentales, n'a &#233;videmment pas permis de r&#233;pondre &#224; la tr&#232;s forte pression d&#233;mographique et aux besoins des habitants, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les manifestations commencent en mars 2011, l'agitation occidentale en faveur d'un changement de r&#233;gime en Syrie s'inscrivait dans le cadre de l'offensive imp&#233;rialiste ; il n'&#233;tait aucunement question de soutenir les Syriens dans leur qu&#234;te de justice sociale et d'une vie politique d&#233;mocratique. La multiplication des conf&#233;rences internationales et les d&#233;clarations am&#233;ricaines et fran&#231;aises ont confirm&#233; l'instrumentalisation des manifestations populaires pour faire valoir des agendas g&#233;opolitiques qui n'ont rien &#224; voir avec les revendications des Syriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Libye, un tout autre sc&#233;nario s'est jou&#233;. Le r&#233;gime libyen &#233;tait lui aussi autoritaire, voire dictatorial, d'o&#249; la col&#232;re populaire, mais la redistribution des revenus issus de l'exploitation du p&#233;trole permettait un niveau de vie digne aux Libyens, ainsi qu'aux &#201;gyptiens et aux Tunisiens qui travaillaient en Libye. Si Khadafi est tomb&#233; aussi vite, c'est tout simplement parce qu'il y a eu une campagne de bombardements massifs de l'OTAN dont l'objectif principal &#233;tait d'&#233;liminer Kadhafi. Rien ne peut r&#233;sister &#224; cela. Sarkozy souhaitait &#233;touffer l'affaire du financement de sa campagne &#233;lectorale, et au passage mettre la main sur les ressources du pays. Cela a justifi&#233; que sans scrupules un pays soit d&#233;truit, avec les cons&#233;quences terribles que l'on connait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour ce qui est de la Tunisie et de l'&#201;gypte, un facteur fondamental a pr&#233;cipit&#233; la chute de ces r&#233;gimes : le positionnement de l'arm&#233;e. Il faudrait sans doute proc&#233;der &#224; une analyse plus approfondie des liens entre les r&#233;gimes de ces &#201;tats avec leurs arm&#233;es. Grosso modo, dans les deux cas, la pression &#233;norme des r&#233;voltes populaires a soit cr&#233;&#233; soit exacerb&#233; la dissension entre les arm&#233;es et les r&#233;gimes de telle sorte que &#8211; &#224; un moment donn&#233; &#8211; les arm&#233;es ont l&#226;ch&#233; les r&#233;gimes. Ce facteur est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nombre d'intellectuels conviennent que le panarabisme socialisant est d&#233;sormais r&#233;volu, en tant qu'&#233;poque et en tant qu'id&#233;e. Qu'on date sa disparition &#224; 1967, 1970 ou 1982, une sorte de proc&#232;s permanent en souligne les erreurs ; erreurs qui seraient inh&#233;rentes &#224; l'id&#233;e elle-m&#234;me. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui se rapproche sensiblement de la condamnation du communisme &#224; partir des ann&#233;es 1980. Il n'est plus bon de s'en revendiquer : communisme ou panarabisme appartiendraient &#224; des &#233;poques pass&#233;es. Pourtant, les constats sociaux et politiques au principe du panarabisme restent relativement actuels&#8230; Quels seraient selon vous les contours d'un nouveau panarabisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas en la d&#233;faite ou en la r&#233;signation des peuples. L'id&#233;e panarabe contemporaine fait son chemin dans le monde arabe depuis la fin du 19&#232;me si&#232;cle, elle condense des aspirations populaires tr&#232;s vives et tr&#232;s anciennes de lib&#233;ration et d'unit&#233;. Lorsque Isra&#235;l officialise en 1948 le rapt de la Palestine, les peuples du Maghreb et du Machrek se sont sentis directement concern&#233;s et ont particip&#233; comme ils pouvaient &#224; une guerre qui &#233;tait perdue d'avance. Lorsque Nasser redonne vie au panarabisme &#224; partir de 1956, les peuples arabes sont spontan&#233;ment avec lui. Lib&#233;rer les territoires occup&#233;s, assurer l'ind&#233;pendance politique et &#233;conomique face &#224; l'imp&#233;rialisme occidental et &#233;difier une &#233;conomie socialisante &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale restaient les seuls recours possibles aux peuples arabes pour sortir du marasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'unit&#233; arabe doit &#234;tre pens&#233;e sous la forme concr&#232;te de f&#233;d&#233;ration, et non pas d'&#201;tat-nation. Je pense que ce qui manque actuellement c'est un pays phare qui puisse &#234;tre pr&#233;sent et actif sur la sc&#232;ne arabe, comme ont pu l'&#234;tre par exemple l'&#201;gypte, ou l'Alg&#233;rie &#224; sa suite puisque l'&#201;gypte de Sadate fut expuls&#233;e de la Ligue arabe durant plusieurs ann&#233;es pour avoir sign&#233; la paix avec Isra&#235;l par l'accord de Camp David.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenez qu'il y a en tout cas un lien indestructible entre les Arabes : leur langue. Vous avez beau fragmenter, appuyer les clivages communautaires ou religieux, il reste qu'une langue rassemble ces peuples. La langue arabe est le r&#233;servoir de la culture collective ; il suffit de constater combien les chansons, po&#232;mes et romans circulent d'un bout &#224; l'autre des pays de la r&#233;gion. Les intellectuels arabes se connaissent tous, de l'Irak au Maroc en passant par le Liban ; ils se lisent et discutent leurs travaux. Nous avons &#233;galement le Centre des &#233;tudes pour l'unit&#233; arabe et l'Institut d'&#233;tudes palestiniennes &#224; Beyrouth qui sont deux lieux de la pens&#233;e nationale arabe. Ils font un travail formidable de publication : on parle de plusieurs centaines de revues, ouvrages, essais publi&#233;s, qui pr&#233;sentent des analyses sociales et politiques sur le monde arabe sous de multiples angles, et assurent une conservation de la m&#233;moire. Ces institutions organisent de surcro&#238;t des conf&#233;rences et des colloques acad&#233;miques dans les capitales arabes permettant aux intellectuels de se rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et surtout, il y a la Palestine : elle f&#233;d&#232;re les sentiments panarabes. Et je ne crois pas qu'il soit possible d'&#233;touffer la question palestinienne, quelques soient les moyens d&#233;ploy&#233;s, parmi eux la normalisation des relations entre Isra&#235;l et les petites royaut&#233;s b&#233;douines de la P&#233;ninsule arabique. &#192; cet &#233;gard, je trouve la r&#233;sistance palestinienne r&#233;ellement admirable. C'est en d&#233;finitive &#224; partir de la Palestine que se dessineront les contours d'un nouveau panarabisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Ayman Baalbaki, Untitled (Lost and Destruction), 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
