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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Pour une internationale des peuples &#8211; Une indispensable reconstruction</title>
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		<dc:date>2018-08-14T10:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-08-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1- Le syst&#232;me en place depuis une trentaine d'ann&#233;es est caract&#233;ris&#233; par l'extr&#234;me centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, &#233;conomiques, politiques et militaires, sociales et culturelles. &lt;br class='autobr' /&gt; Quelques milliers d'entreprises g&#233;antes et quelques centaines d'institutions financi&#232;res, associ&#233;es dans des alliances cartellis&#233;es, ont r&#233;duit les syst&#232;mes productifs nationaux et mondialis&#233;s au statut de sous-traitance. De cette mani&#232;re les oligarchies (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-08-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-08-14&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH59/arton35612-dd8cf.jpg?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='59' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1- Le syst&#232;me en place depuis une trentaine d'ann&#233;es est caract&#233;ris&#233; par l'extr&#234;me centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, &#233;conomiques, politiques et militaires, sociales et culturelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelques milliers d'entreprises g&#233;antes et quelques centaines d'institutions financi&#232;res, associ&#233;es dans des alliances cartellis&#233;es, ont r&#233;duit les syst&#232;mes productifs nationaux et mondialis&#233;s au statut de sous-traitance. De cette mani&#232;re les oligarchies financi&#232;res accaparent une part croissante du produit du travail et de l'entreprise transform&#233;e en rente pour leur b&#233;n&#233;fice exclusif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant domestiqu&#233; les partis politiques traditionnels majeurs de &#171; droite &#187; et de &#171; gauche &#187;, les syndicats et les organisations de la soci&#233;t&#233; dite civile, ces oligarchies exercent d&#233;sormais &#233;galement un pouvoir politique absolu, et le clerg&#233; m&#233;diatique qui leur est soumis fabrique la d&#233;sinformation n&#233;cessaire pour la d&#233;politisation des opinions g&#233;n&#233;rales. Les oligarchies ont annihil&#233; la port&#233;e ancienne du pluripartisme et lui ont substitu&#233; un r&#233;gime de quasi parti unique du capital des monopoles. Priv&#233;e de sens, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative perd sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me du capitalisme tardif contemporain, parfaitement clos, r&#233;pond aux crit&#232;res du &#171; totalitarisme &#187;, qu'on se garde n&#233;anmoins d'invoquer &#224; son endroit. Un totalitarisme pour le moment encore &#171; doux &#187; mais toujours pr&#234;t &#224; recourir &#224; la violence extr&#234;me d&#232;s lors que, par leur r&#233;volte possible, les victimes &#8211; la majorit&#233; des travailleurs et des peuples &#8211; viendraient &#224; se r&#233;volter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transformations multiples associ&#233;es &#224; ce processus dit de &#171; modernisation &#187; doivent &#234;tre appr&#233;ci&#233;es &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;volution majeure identifi&#233;e dans les lignes pr&#233;c&#233;dentes. Il en est ainsi des d&#233;fis &#233;cologiques majeurs (la question du changement climatique en particulier) auxquels le capitalisme ne peut apporter aucune r&#233;ponse (et l'accord de Paris sur le sujet n'est rien d'autre que de la poudre jet&#233;e aux yeux des opinions na&#239;ves), comme des avanc&#233;es scientifiques et des innovations technologiques (informatique entre autre) rigoureusement soumises aux exigences de la rentabilit&#233; financi&#232;re qu'elles doivent procurer aux monopoles. L'&#233;loge de la comp&#233;titivit&#233; et de la libert&#233; des march&#233;s, que les m&#233;dias asservis pr&#233;sentent comme garants de l'expansion des libert&#233;s et de l'efficacit&#233; des interventions de la soci&#233;t&#233; civile, constitue un discours aux antipodes de la r&#233;alit&#233;, anim&#233;e par les conflits violents entre fractions des oligarchies en place et r&#233;duite aux effets destructeurs de leur gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Dans sa dimension plan&#233;taire le capitalisme contemporain proc&#232;de toujours de la m&#234;me logique imp&#233;rialiste qui a caract&#233;ris&#233; toutes les &#233;tapes de son d&#233;ploiement mondialis&#233; (la colonisation du XIX &#232; si&#232;cle constituait une forme &#233;vidente de mondialisation). La &#171; mondialisation &#187; contemporaine n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle : il s'agit d'une forme nouvelle de mondialisation imp&#233;rialiste, et rien d'autre. Ce terme passe partout, sans qualification, cache la r&#233;alit&#233; majeure : le d&#233;ploiement de strat&#233;gies syst&#233;matiques d&#233;velopp&#233;es par les puissances imp&#233;rialistes historiques (Etats Unis, pays de l'Europe occidentale et centrale, Japon) qui poursuivent l'objectif de pillage des ressources naturelles du Grand Sud et la sur exploitation de ses forces de travail que la d&#233;localisation et la sous traitance commandent. Ces puissances entendent conserver leur &#171; privil&#232;ge historique &#187; et interdire &#224; toutes les autres nations de sortir de leur statut de p&#233;riph&#233;ries domin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du si&#232;cle dernier avait pr&#233;cis&#233;ment &#233;t&#233; celle de la r&#233;volte des peuples des p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me mondial, engag&#233;s dans la d&#233;connexion socialiste ou dans les formes att&#233;nu&#233;es de la lib&#233;ration nationale, dont la page est provisoirement tourn&#233;e. La recolonisation en cours, priv&#233;e de l&#233;gitimit&#233;, demeure de ce fait fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison les puissances imp&#233;rialistes historiques de la triade ont mis en place un syst&#232;me de contr&#244;le militaire collectif de la plan&#232;te, dirig&#233; par les Etats Unis. L'appartenance &#224; l'Otan, indissociable de la construction europ&#233;enne, comme la militarisation du Japon, traduisent cette exigence du nouvel imp&#233;rialisme collectif qui a pris la rel&#232;ve des imp&#233;rialismes nationaux (des Etats Unis, de la Grande Bretagne, du Japon, de l'Allemagne, de la France et de quelques autres) nagu&#232;re en conflit permanent et violent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions la construction d'un front internationaliste des travailleurs et des peuples de toute la plan&#232;te devrait constituer l'axe majeur du combat face au d&#233;fi que repr&#233;sente le d&#233;ploiement capitaliste imp&#233;rialiste contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Face au d&#233;fi d&#233;fini dans les paragraphes pr&#233;c&#233;dents l'ampleur des insuffisances des luttes conduites par les victimes du syst&#232;me para&#238;t b&#233;ante. Les faiblesses de ces r&#233;ponses populaires sont de nature diverse que je rangerai sous les rubriques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) L'&#233;miettement extr&#234;me des luttes, du local au mondial, toujours sp&#233;cifiques, concernant des lieux et des domaines particuliers (&#233;cologie, droits des femmes, services sociaux, revendications communautaires etc.). Les rares campagnes de port&#233;e nationale ou m&#234;me mondiale n'ont gu&#232;re enregistr&#233; de succ&#232;s significatifs entra&#238;nant des changements dans les politiques mises en &#339;uvre par les pouvoirs ; et nombre de ces luttes ont &#233;t&#233; absorb&#233;es par le syst&#232;me et nourrissent l'illusion de la possibilit&#233; de sa r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode est pourtant celle de l'acc&#233;l&#233;ration prodigieuse de processus de prol&#233;tarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e : la presque totalit&#233; des populations des centres sont d&#233;sormais soumis au statut de travailleurs salari&#233;s vendeurs de leur force de travail, l'industrialisation de r&#233;gions du Sud a entra&#238;n&#233; la constitution de prol&#233;tariats ouvriers et de classes moyennes salari&#233;es, leurs paysanneries sont d&#233;sormais pleinement int&#233;gr&#233;es au syst&#232;me marchand. Mais les strat&#233;gies politiques mises en &#339;uvre par les pouvoirs sont parvenues &#224; &#233;mietter ce gigantesque prol&#233;tariat en fractions distinctes, souvent en conflit. Cette contradiction doit &#234;tre surmont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) Les peuples de la triade ont renonc&#233; &#224; la solidarit&#233; internationaliste anti imp&#233;rialiste &#224; laquelle ont &#233;t&#233; substitu&#233;es au mieux des campagnes &#171; humanitaires &#187; et des programmes &#171; d'aide &#187; contr&#244;l&#233;s par le capital des monopoles. Les forces politiques europ&#233;ennes h&#233;riti&#232;res de traditions de gauche adh&#232;rent largement de ce fait &#224; la vision imp&#233;rialiste de la mondialisation en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) Une id&#233;ologie nouvelle de droite a gagn&#233; l'adh&#233;sion des peuples.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Nord le th&#232;me central de la lutte de classe anti capitaliste est abandonn&#233; &#8211; ou r&#233;duit &#224; son expression la plus parcellaire &#8211; au b&#233;n&#233;fice d'une pr&#233;tendue d&#233;finition nouvelle de la &#171; culture soci&#233;taire de gauche &#187;, communautariste, s&#233;parant la d&#233;fense de droits particuliers du combat g&#233;n&#233;ral contre le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains pays du Sud la tradition des luttes associant le combat anti imp&#233;rialiste au progr&#232;s social a c&#233;d&#233; la place &#224; des illusions pass&#233;istes r&#233;actionnaires d'expression para religieuses ou pseudo ethniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans d'autres pays du Sud les succ&#232;s de l'acc&#233;l&#233;ration de la croissance &#233;conomique au cours des derni&#232;res d&#233;cennies nourrissent l'illusion de la possibilit&#233; de la construction d'un capitalisme national &#171; d&#233;velopp&#233; &#187; capable d'imposer sa participation active au fa&#231;onnement de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Le pouvoir des oligarchies de l'imp&#233;rialisme contemporain para&#238;t indestructible, dans les pays de la triade et m&#234;me &#224; l'&#233;chelle mondiale (la &#171; fin de l'histoire &#187; !). L'opinion g&#233;n&#233;rale souscrit &#224; son d&#233;guisement en &#171; d&#233;mocratie de march&#233; &#187; et le pr&#233;f&#232;re &#224; son adversaire du pass&#233; &#8211; le socialisme &#8211; affubl&#233; des qualificatifs les plus odieux (autocraties criminelles, nationalistes, totalitaires etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant ce syst&#232;me n'est pas viable pour beaucoup de raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) Le syst&#232;me capitaliste contemporain est pr&#233;sent&#233; comme &#171; ouvert &#187; &#224; la critique et &#224; la r&#233;forme, inventif et flexible. Des voix commencent &#224; s'exprimer qui pr&#233;tendent mettre un terme aux abus de sa finance incontr&#244;l&#233;e et aux politiques d'aust&#233;rit&#233; permanente qui l'accompagne, et ainsi de &#171; sauver le capitalisme &#187;. Mais ces appels resteront sans &#233;cho : les pratiques en cours servent les int&#233;r&#234;ts des oligarchies de la triade &#8211; les seuls qui comptent &#8211; dont elles garantissent la croissance continue de la richesse, en d&#233;pit de la stagnation &#233;conomique qui frappe la triade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) Le sous-syst&#232;me europ&#233;en fait partie int&#233;grante de la mondialisation imp&#233;rialiste. Il a &#233;t&#233; con&#231;u dans un esprit r&#233;actionnaire, anti socialiste, pro imp&#233;rialiste, soumis &#224; la direction militaire des Etats Unis. L'Allemagne y exerce son h&#233;g&#233;monie, en particulier dans le cadre de la zone euro et en Europe orientale annex&#233;e comme l'Am&#233;rique latine l'est par les Etats Unis. L' &#171; Europe allemande &#187; sert les int&#233;r&#234;ts nationalistes de l'oligarchie germanique, exprim&#233;s avec arrogance comme on l'a vu dans la crise grecque. Cette Europe n'est pas viable et son implosion est d&#233;j&#224; amorc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) La stagnation de la croissance dans les pays de la triade fait contraste avec son acc&#233;l&#233;ration dans des r&#233;gions du Sud qui ont &#233;t&#233; capables de tirer profit de la mondialisation. On en a conclu trop vite que le capitalisme est bien vivant, mais que son centre de gravit&#233; se d&#233;placerait des vieux pays de l'Occident atlantique au Grand Sud en particulier asiatique. En fait les obstacles &#224; la poursuite de ce mouvement correctif de l'histoire sont appel&#233;s &#224; prendre toujours plus d'ampleur dans la violence de leur mobilisation &#8211; par le moyen entre autre des agressions militaires. Les puissances imp&#233;rialistes n'entendent pas permettre &#224; un pays quelconque de la p&#233;riph&#233;rie &#8211; grand ou petit &#8211; de se lib&#233;rer de leur domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) Les d&#233;vastations &#233;cologiques associ&#233;es n&#233;cessairement &#224; l'expansion capitaliste viennent renforcer les raisons pour lesquelles ce syst&#232;me n'est pas viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment actuel est celui de &#171; l'automne du capitalisme &#187; sans que celui-ci ne soit renforc&#233; par l'&#233;mergence du &#171; printemps des peuples &#187; et de la perspective socialiste. La possibilit&#233; de r&#233;formes progressistes d'ampleur du capitalisme parvenu &#224; son stade actuel ne doit pas faire illusion. Il n'y a pas d'alternative autre que celle que rendrait possible un renouveau de la gauche radicale internationaliste, capable mettre en &#339;uvre &#8211; et non pas seulement d'imaginer &#8211; des avanc&#233;es socialistes. Il faut sortir du capitalisme en crise syst&#233;mique et non pas tenter l'impossible sortie de cette crise du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re hypoth&#232;se rien de d&#233;cisif ne viendrait affecter l'attachement des peuples de la triade &#224; leur option imp&#233;rialiste, en particulier en Europe. Les victimes du syst&#232;me demeureraient dans l'incapacit&#233; de concevoir la sortie des sentiers battus du &#171; projet europ&#233;en &#187;, la d&#233;construction n&#233;cessaire de ce projet, pr&#233;alable incontournable &#224; sa reconstruction, plus tard, dans une autre vision. Les exp&#233;riences de Siriza, de Podemos, de la France insoumise, les h&#233;sitations de Die Linke et d'autres t&#233;moignent de l'ampleur et de la complexit&#233; du d&#233;fi. L'accusation facile de &#171; nationalisme &#187; &#224; l'endroit des critiques de l'Europe ne tient pas la route. Le projet europ&#233;en se r&#233;duit de plus en plus visiblement dans celui du nationalisme bourgeois de l'Allemagne. Il n'y a pas d'alternative, en Europe comme ailleurs, &#224; la mise en place d'&#233;tapes de projets nationaux populaires et d&#233;mocratiques (non bourgeois, mais anti bourgeois), amor&#231;ant la d&#233;connexion de la mondialisation imp&#233;rialiste. Il faut d&#233;construire la centralisation outranci&#232;re de la richesse et du pouvoir associ&#233;e au syst&#232;me en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette hypoth&#232;se le plus probable serait un &#171; remake &#187; du 20 &#232; si&#232;cle : des avanc&#233;es amorc&#233;es exclusivement dans quelques p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me. Mail il faut savoir alors que ces avanc&#233;es demeureront fragiles comme l'ont &#233;t&#233; celles du pass&#233;, et pour la m&#234;me raison, &#224; savoir la guerre permanente que les centres imp&#233;rialistes ont poursuivi contre elles, largement &#224; l'origine de leurs limites et d&#233;rives. Par contre, l'hypoth&#232;se d'une progression de la perspective de l'internationalisme des travailleurs et des peuples ouvrirait la voie &#224; d'autres &#233;volutions, n&#233;cessaires et possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces voies est celle de la &#171; d&#233;cadence de la civilisation &#187;. Elle implique que les &#233;volutions ne sont ma&#238;tris&#233;es par personne, se creusent leur chemin par la seule &#171; force des choses &#187;. A notre &#233;poque, compte tenu de la puissance de destruction &#224; la disposition des pouvoirs (destructions &#233;cologiques et militaires) le risque, d&#233;nonc&#233; par Marx en son temps, que les combats d&#233;truisent tous les camps qui s'y affrontent, est r&#233;el. La seconde voie par contre exige l'intervention lucide et organis&#233;e du front internationaliste des travailleurs et des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- La mise en route de la construction d'une nouvelle Internationale des travailleurs et des peuples devrait constituer l'objectif majeur du travail des meilleurs militants convaincus du caract&#232;re odieux et sans avenir du syst&#232;me capitaliste imp&#233;rialiste mondial en place. La responsabilit&#233; est lourde et la t&#226;che exigera des ann&#233;es encore avant de donner des r&#233;sultats visibles. Pour ma part je soumets les propositions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) L'objectif est de cr&#233;er une Organisation (l'Internationale nouvelle) et non simplement un &#171; mouvement &#187;. Cela implique qu'on aille au-del&#224; de la conception d'un Forum de discussions. Cela implique &#233;galement qu'on prenne la mesure des insuffisances associ&#233;es &#224; l'id&#233;e, encore dominante, de &#171; mouvements &#187; pr&#233;tendus horizontaux, hostiles aux organisations dites verticales, sous pr&#233;texte que ces derni&#232;res sont par nature anti d&#233;mocratiques. L'organisation na&#238;t de l'action qui secr&#232;te par elle-m&#234;me des cercles &#171; dirigeants &#187;. Ces derniers peuvent aspirer &#224; dominer, voire manipuler les mouvements ; mais on peut &#233;galement se prot&#233;ger contre ce danger par des statuts appropri&#233;s. Mati&#232;re &#224; discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) L'exp&#233;rience de l'histoire des Internationales ouvri&#232;res doit &#234;tre &#233;tudi&#233;e s&#233;rieusement, m&#234;me si l'on pense qu'elles appartiennent au pass&#233;. Non pour &#171; choisir &#187; un mod&#232;le parmi elles, mais pour inventer la forme la mieux appropri&#233;e aux conditions contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) L'invitation doit &#234;tre adress&#233;e &#224; un bon nombre de partis et d'organisations en lutte. Un premier comit&#233; responsable de la mise en route du projet devrait &#234;tre constitu&#233; rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) Je n'ai pas souhait&#233; alourdir ce texte. Je revoie n&#233;anmoins &#224; des textes compl&#233;mentaires (en fran&#231;ais et en anglais) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) un texte fondamental concernant l'unit&#233; et la diversit&#233; dans l'histoire moderne des mouvements au socialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) un texte concernant l'implosion du projet europ&#233;en&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) quelques textes concernant : l'audacit&#233; exig&#233;e dans la perspective du renouveau de gauches radicales, la lecture de Marx, la nouvelle question agraire, la le&#231;on d'Octobre 1917 et celle du maoisme, le renouveau n&#233;cessaire de projets nationaux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samir Amin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La dette publique, moyen de razzias financi&#232;res</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-dette-publique-moyen-de-razzias-financieres</link>
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		<dc:date>2016-05-10T10:58:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>Economie mondiale</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-05-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; du site du CADTM &lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me imp&#233;rialiste en place met en &#339;uvre un &#233;ventail diff&#233;renci&#233; de moyens par lesquels il exerce sa domination sur les nations des p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me mondialis&#233; et leur exploitation. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans les pays du Sud avanc&#233;s dans l'industrialisation les segments du syst&#232;me mondialis&#233; d&#233;localis&#233;s, contr&#244;l&#233;s par le capital des monopoles financiaris&#233;s de la triade imp&#233;rialiste (Etats-Unis, Europe occidentale et centrale, Japon), r&#233;duits au statut de sous-traitants, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-05-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-05-10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton26299-f306b.png?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; du site du CADTM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me imp&#233;rialiste en place met en &#339;uvre un &#233;ventail diff&#233;renci&#233; de moyens par lesquels il exerce sa domination sur les nations des p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me mondialis&#233; et leur exploitation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les pays du Sud avanc&#233;s dans l'industrialisation les segments du syst&#232;me mondialis&#233; d&#233;localis&#233;s, contr&#244;l&#233;s par le capital des monopoles financiaris&#233;s de la triade imp&#233;rialiste (Etats-Unis, Europe occidentale et centrale, Japon), r&#233;duits au statut de sous-traitants, offrent le moyen majeur par lequel une masse grandissante de la valeur g&#233;n&#233;r&#233;e dans les &#233;conomies locales d&#233;pendantes est transform&#233;e en rente des monopoles imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreux pays du Sud, les modes d'exploitation prennent &#233;galement la forme du pillage brutal des ressources naturelles (hydrocarbures, minerais, terres agricoles, ressources en eau et en soleil) d'une part, celle de la mise en &#339;uvre de razzias financi&#232;res qui s'emparent de l'&#233;pargne nationale des pays en question d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contrainte d'assurer en priorit&#233; le service de la dette ext&#233;rieure constitue le moyen par lequel ces razzias op&#232;rent. Le d&#233;ficit structurel des finances publiques de ces pays offre l'occasion aux monopoles imp&#233;rialistes de placer fructueusement leurs exc&#233;dents financiers grandissants produits par la crise du syst&#232;me imp&#233;rialiste mondialis&#233; et financiaris&#233;, en contraignant les pays du Sud &#224; s'endetter dans des conditions l&#233;onines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du Sud n'ont qu'une seule r&#233;ponse &#224; donner au d&#233;fi constitu&#233; par la razzia financi&#232;re permanente &#224; laquelle ils sont soumis : l'annulation pure et simple de la dette l&#233;onine, au motif, parfaitement l&#233;gitime, que celle-ci est le r&#233;sultat de la mise en &#339;uvre des politiques n&#233;olib&#233;rales qui leur sont impos&#233;es. On se souviendra que dans les ann&#233;es 1920 le service de la dette de guerre de l'Allemagne, qui aurait absorb&#233; moins de 8% des exportations de ce grand pays industriel, a &#233;t&#233; jug&#233;e &#171; insupportable &#187;. Mais aujourd'hui on exige d'un pays du Sud quelconque qu'il affecte 50% ou plus de ses recettes d'exportation au service de la dette ext&#233;rieure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La razzia financi&#232;re exerce ses effets destructeurs tout &#233;galement dans les centres imp&#233;rialistes. La croissance continue du volume de la dette publique par rapport au PIB est activement recherch&#233;e et soutenue par le capital financier national et international dont elle permet le placement fructueux des exc&#233;dents. Le service de la dette publique contract&#233;e aupr&#232;s du march&#233; financier priv&#233; donne l'occasion d'une ponction op&#233;r&#233;e sur les revenus des travailleurs impos&#233;s, permettant ainsi la croissance de la rente des monopoles. Elle alimente ainsi la croissance continue de l'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;partition des revenus et des richesses. Le discours officiel qui pr&#233;tend d&#233;ployer des politiques destin&#233;es &#224; r&#233;duire la dette est parfaitement mensonger : leur objectif est en r&#233;alit&#233; l'augmentation et non la r&#233;duction de la dette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Tunisie, comme pr&#233;vu</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Tunisie-comme-prevu</link>
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		<dc:date>2016-03-08T10:45:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-03-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les protestations de masse ont repris en Tunisie, depuis le 20 Janvier, &#224; Kasserine, puis &#224; Tunis et dans tout le pays. Comme pr&#233;vu, la poursuite par le gouvernement d'une pr&#233;tendue &#171; union nationale &#187; (qui va des Islamistes de Nahda &#224; la gauche, en passant par les Bourguibistes et les rescap&#233;s du r&#233;gime d&#233;funt de Ben Ali) d'une politique n&#233;olib&#233;rale, n'a permis aucun progr&#232;s social depuis cinq ans et a m&#234;me conduit &#224; la poursuite de la d&#233;gradation des conditions sociales. Les &#233;loges (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Tunisie-+" rel="tag"&gt;Tunisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-03-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-03-08&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton25456-cd850.jpg?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les protestations de masse ont repris en Tunisie, depuis le 20 Janvier, &#224; Kasserine, puis &#224; Tunis et dans tout le pays. Comme pr&#233;vu, la poursuite par le gouvernement d'une pr&#233;tendue &#171; union nationale &#187; (qui va des Islamistes de Nahda &#224; la gauche, en passant par les Bourguibistes et les rescap&#233;s du r&#233;gime d&#233;funt de Ben Ali) d'une politique n&#233;olib&#233;rale, n'a permis aucun progr&#232;s social depuis cinq ans et a m&#234;me conduit &#224; la poursuite de la d&#233;gradation des conditions sociales. Les &#233;loges inconsid&#233;r&#233;s prodigu&#233;s &#224; l'encontre de ce gouvernement par les &#171; d&#233;mocrates &#187; occidentaux de tous poils ont d&#233;montr&#233; leur futilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la table ronde que nous (FTM-FMA) avions organis&#233;e au FSM de Tunis en mars 2015 nous avions expliqu&#233; que l'amorce d'une r&#233;ponse aux justes revendications du peuple tunisien exigeait une autre politique &#233;conomique, en rupture avec le n&#233;olib&#233;ralisme. Le Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral de l'UGTT, Hussein el Abassi, rappelait dans son intervention, avec des arguments puissants et convaincants, que &#171; rien n'&#233;tait encore r&#233;gl&#233; en Tunisie, et que la d&#233;mocratie &#233;lectorale sans la mise en &#339;uvre parall&#232;le de politiques &#233;conomiques et sociales nouvelles et audacieuses, ne donnerait rien de bon qui puisse stabiliser le pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un ni&#232;me appel au secours financier des pays occidentaux, de la France en particulier, qui permettra d'avancer dans la solution des probl&#232;mes tunisiens. L'amorce de leur solution passe par la mise en &#339;uvre d'un plan souverain de d&#233;veloppement et l'ouverture de n&#233;gociations avec des partenaires susceptibles de le soutenir, la Chine, voire l'Alg&#233;rie voisine, les BRICS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps, maintenant que le peuple tunisien reprend l'initiative, que tous les d&#233;mocrates du monde comprennent enfin ce que sont les objectifs r&#233;els de la strat&#233;gie des puissances imp&#233;rialistes, de leurs amis locaux (les Islamistes de Nahda, les Bourguibistes et les &#171; rescap&#233;s &#187; du r&#233;gime d&#233;funt de Ben Ali), et m&#234;me d'un bon nombre d'organisations engag&#233;es dans les combats d&#233;mocratiques sur de multiples fronts. Les forces r&#233;actionnaires dominantes poursuivent un seul objectif : maintenir la Tunisie dans son statut de pays subordonn&#233; aux exigences du d&#233;ploiement du capitalisme imp&#233;rialiste des monopoles financiers ; rien de plus. Les discours sur &#171; la d&#233;mocratie &#187;, les propos faussement na&#239;fs tenus &#224; l'&#233;gard de la Nahda qualifi&#233;e de &#171; convertie &#224; la cause d&#233;mocratique &#187;, ne sont l&#224; que pour jeter de la poudre aux yeux et retarder la prise de conscience politique n&#233;cessaire des classes populaires engag&#233;es dans le combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de la politique impos&#233;e par les Puissances occidentales ne peut qu'encourager l'implantation des r&#233;seaux &#171; terroristes &#187;. Les dirigeants de l'Occident &#171; d&#233;mocratique &#187; le comprennent certainement ; mais c'est ce qu'ils veulent ; leur unique crainte est que les peuples prennent en mains la conduite de leurs affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A luta continua.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Tunisie, comme pr&#233;vu</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Tunisie-comme-prevu-25124</link>
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		<dc:date>2016-02-09T12:52:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-02-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les protestations de masse ont repris en Tunisie, depuis le 20 janvier, &#224; Kasserine, puis &#224; Tunis et dans tout le pays. Comme pr&#233;vu, la poursuite par le gouvernement d'une pr&#233;tendue &#171; union nationale &#187; (qui va des islamistes de Nahda &#224; la gauche, en passant par les Bourguibistes et les rescap&#233;s du r&#233;gime d&#233;funt de Ben Ali) d'une politique n&#233;olib&#233;rale, n'a permis aucun progr&#232;s social depuis cinq ans et a m&#234;me conduit &#224; la poursuite de la d&#233;gradation des conditions sociales. Les &#233;loges (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Tunisie-+" rel="tag"&gt;Tunisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-02-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-02-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton25124-899b9.jpg?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les protestations de masse ont repris en Tunisie, depuis le 20 janvier, &#224; Kasserine, puis &#224; Tunis et dans tout le pays. Comme pr&#233;vu, la poursuite par le gouvernement d'une pr&#233;tendue &#171; union nationale &#187; (qui va des islamistes de Nahda &#224; la gauche, en passant par les Bourguibistes et les rescap&#233;s du r&#233;gime d&#233;funt de Ben Ali) d'une politique n&#233;olib&#233;rale, n'a permis aucun progr&#232;s social depuis cinq ans et a m&#234;me conduit &#224; la poursuite de la d&#233;gradation des conditions sociales. Les &#233;loges inconsid&#233;r&#233;s prodigu&#233;s &#224; l'encontre de ce gouvernement par les &#171; d&#233;mocrates &#187; occidentaux de tous poils ont d&#233;montr&#233; leur futilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la table ronde que nous (Forum du Tiers monde-Fma) avions organis&#233;e au Forum social mondial de Tunis en mars 2015, nous avions expliqu&#233; que l'amorce d'une r&#233;ponse aux justes revendications du peuple tunisien exigeait une autre politique &#233;conomique, en rupture avec le n&#233;olib&#233;ralisme. Le Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral de l'Ugtt, Hussein el Abassi, rappelait dans son intervention, avec des arguments puissants et convaincants, que &#171; rien n'&#233;tait encore r&#233;gl&#233; en Tunisie, et que la d&#233;mocratie &#233;lectorale, sans la mise en &#339;uvre parall&#232;le de politiques &#233;conomiques et sociales nouvelles et audacieuses, ne donnerait rien de bon qui puisse stabiliser le pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un &#233;ni&#232;me appel au secours financier des pays occidentaux, de la France en particulier, qui permettra d'avancer dans la solution des probl&#232;mes tunisiens. L'amorce de leur solution passe par la mise en &#339;uvre d'un plan souverain de d&#233;veloppement et l'ouverture de n&#233;gociations avec des partenaires susceptibles de le soutenir : la Chine, voire l'Alg&#233;rie voisine, les Brics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps, maintenant que le peuple tunisien reprend l'initiative, que tous les d&#233;mocrates du monde comprennent enfin ce que sont les objectifs r&#233;els de la strat&#233;gie des puissances imp&#233;rialistes, de leurs amis locaux (les Islamistes de Nahda, les Bourguibistes et les &#171; rescap&#233;s &#187; du r&#233;gime d&#233;funt de Ben Ali), et m&#234;me d'un bon nombre d'organisations engag&#233;es dans les combats d&#233;mocratiques sur de multiples fronts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces r&#233;actionnaires dominantes poursuivent un seul objectif : maintenir la Tunisie dans son statut de pays subordonn&#233; aux exigences du d&#233;ploiement du capitalisme imp&#233;rialiste des monopoles financiers ; rien de plus. Les discours sur &#171; la d&#233;mocratie &#187;, les propos faussement na&#239;fs tenus &#224; l'&#233;gard de la Nahda qualifi&#233;e de &#171; convertie &#224; la cause d&#233;mocratique &#187;, ne sont l&#224; que pour jeter de la poudre aux yeux et retarder la prise de conscience politique n&#233;cessaire des classes populaires engag&#233;es dans le combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de la politique impos&#233;e par les puissances occidentales ne peut qu'encourager l'implantation des r&#233;seaux &#171; terroristes &#187;. Les dirigeants de l'Occident &#171; d&#233;mocratique &#187; le comprennent certainement ; mais c'est ce qu'ils veulent ; leur unique crainte est que les peuples prennent en mains la conduite de leurs affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A luta continua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samir Amin est pr&#233;sident du Forum du Tiers monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://pambazuka.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pambazuka.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les victoires &#233;lectorales de l'Islam politique en &#201;gypte et en Tunisie </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-victoires-electorales-de-l-Islam-politique-en-Egypte-et-en-Tunisie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-victoires-electorales-de-l-Islam-politique-en-Egypte-et-en-Tunisie</guid>
		<dc:date>2012-03-13T12:35:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>
		<dc:subject>Egypte</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-03-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale des Fr&#232;res Musulmans et des Salafistes en Egypte (janvier 2012) n'est gu&#232;re surprenante. La d&#233;gradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entra&#238;n&#233; un gonflement prodigieux des activit&#233;s dites &#171; informelles &#187;, qui, en Egypte, fournissent leurs moyens de survie &#224; plus de la moiti&#233; de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Fr&#232;res Musulmans, sont fort bien plac&#233;s pour tirer profit de cette d&#233;gradation et en perp&#233;tuer la reproduction. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Egypte-+" rel="tag"&gt;Egypte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-en-marche-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe en marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-03-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-03-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH118/arton9635-6cd2d.png?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale des Fr&#232;res Musulmans et des Salafistes en Egypte (janvier 2012) n'est gu&#232;re surprenante. La d&#233;gradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entra&#238;n&#233; un gonflement prodigieux des activit&#233;s dites &#171; informelles &#187;, qui, en Egypte, fournissent leurs moyens de survie &#224; plus de la moiti&#233; de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Fr&#232;res Musulmans, sont fort bien plac&#233;s pour tirer profit de cette d&#233;gradation et en perp&#233;tuer la reproduction. Leur id&#233;ologie simple donne une l&#233;gitimit&#233; &#224; cette &#233;conomie primitive de march&#233;/ de bazar. Les moyens financiers fabuleux mis &#224; leur disposition (par le Golfe) permettent de le traduire en moyens d'action efficaces : avances financi&#232;res &#224; l'&#233;conomie informelle, charit&#233; d'accompagnement (centres de soins et autres).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale des Fr&#232;res Musulmans et des Salafistes en Egypte (janvier 2012) n'est gu&#232;re surprenante. La d&#233;gradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entra&#238;n&#233; un gonflement prodigieux des activit&#233;s dites &#171; informelles &#187;, qui, en Egypte, fournissent leurs moyens de survie &#224; plus de la moiti&#233; de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Fr&#232;res Musulmans, sont fort bien plac&#233;s pour tirer profit de cette d&#233;gradation et en perp&#233;tuer la reproduction. Leur id&#233;ologie simple donne une l&#233;gitimit&#233; &#224; cette &#233;conomie primitive de march&#233;/ de bazar. Les moyens financiers fabuleux mis &#224; leur disposition (par le Golfe) permettent de le traduire en moyens d'action efficaces : avances financi&#232;res &#224; l'&#233;conomie informelle, charit&#233; d'accompagnement (centres de soins et autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par ce moyen que les Fr&#232;res s'implantent dans la soci&#233;t&#233; r&#233;elle et la placent sous leur d&#233;pendance. Mais ce succ&#232;s aurait &#233;t&#233; difficile s'il n'avait pas r&#233;pondu parfaitement aux objectifs des pays du Golfe, de Washington et d'Isra&#235;l. Ces trois alli&#233;s intimes partagent la m&#234;me pr&#233;occupation : faire &#233;chouer le redressement de l'Egypte. Car une Egypte forte, debout, c'est la fin du triple h&#233;g&#233;monisme du Golfe (la soumission au discours de l'islamisation de la soci&#233;t&#233;), des Etats Unis (l'Egypte compradoris&#233;e et mis&#233;rabilis&#233;e reste dans leur giron) et d'Isra&#235;l (l'Egypte impuissante laisse faire en Palestine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avortement planifi&#233; de la &#171; r&#233;volution &#233;gyptienne &#187; garantirait donc la continuit&#233; du syst&#232;me mis en place depuis Sadate, fond&#233; sur l'alliance du commandement de l'arm&#233;e et de l'Islam politique. Une r&#233;vision du dosage dans le partage des b&#233;n&#233;fices de cette alliance au b&#233;n&#233;fice des Fr&#232;res peut n&#233;anmoins s'av&#233;rer difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e Constituante sortie des &#233;lections d'octobre 2011 en Tunisie sera domin&#233;e par un bloc de droite qui associera le parti islamiste Ennahda et les nombreux cadres r&#233;actionnaires, hier encore associ&#233;s au r&#233;gime de Ben Ali, toujours en place et infiltr&#233;s dans les &#171; nouveaux partis &#187; sous le nom de &#171; bourguibistes &#187; ! Les uns et les autres partagent le m&#234;me ralliement inconditionnel &#224; &#171; l'&#233;conomie de march&#233; &#187; telle qu'elle est, c'est-&#224;-dire un syst&#232;me de capitalisme d&#233;pendant et subalterne. La France et les Etats Unis, n'en demandent pas plus : &#171; tout changer afin que rien ne change &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux changements sont n&#233;anmoins &#224; l'ordre du jour. Positif : une d&#233;mocratie politique mais non sociale (c'est-&#224;-dire une &#171; d&#233;mocratie de faible intensit&#233; &#187;) qui tol&#233;rera la diversit&#233; des opinions, respectera davantage les &#171; droits de l'homme &#187; et mettra un terme aux horreurs polici&#232;res du r&#233;gime pr&#233;c&#233;dent. N&#233;gatif : un recul probable des droits des femmes. Autrement dit un retour &#224; un &#171; bourguibisme &#187; pluripartiste color&#233; d'islamisme. Le plan des puissances occidentales, fond&#233; sur le pouvoir du bloc r&#233;actionnaire compradore, mettra un terme &#224; cette transition qu'on voulait &#171; courte &#187; (ce que le mouvement a accept&#233; sans en mesurer les cons&#233;quences), ne laissant pas le temps aux luttes sociales pour s'organiser, et permettra la mise en place de sa &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; exclusive, &#224; travers des &#233;lections &#171; correctes &#187;. Le mouvement tunisien s'&#233;tait largement d&#233;sint&#233;ress&#233; de la &#171; politique &#233;conomique &#187; du r&#233;gime d&#233;chu, concentrant ses critiques sur la &#171; corruption &#187; du pr&#233;sident et de sa famille. Beaucoup des contestataires, m&#234;me &#171; &#224; gauche &#187; ne remettaient pas en cause les orientations fondamentales du mode de d&#233;veloppement mis en &#339;uvre Bourguiba et Ben Ali. L'issue &#233;tait donc pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les m&#234;mes causes produisent parfois les m&#234;mes effets. Que penseront et feront les classes populaires en Egypte et en Tunisie quand elles verront se poursuivre inexorablement la d&#233;gradation de leurs conditions sociales, avec son cort&#232;ge de ch&#244;mage et de pr&#233;carisation, sans compter probablement avec les d&#233;gradations suppl&#233;mentaires intensifi&#233;es par la crise g&#233;n&#233;rale de la mondialisation capitaliste ? Il est trop t&#244;t pour le dire ; mais on ne peut pas s'obstiner &#224; ignorer que seule la cristallisation rapide d'une gauche radicale, allant bien au-del&#224; de la revendication d'&#233;lections correctes, peut permettre une reprise des luttes pour un changement digne de ce nom. Il appartient &#224; cette gauche radicale de savoir formuler une strat&#233;gie de d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233; qui irait bien plus loin que la simple tenue d'&#233;lections correctes, d'associer cette d&#233;mocratisation au progr&#232;s social, ce qui implique l'abandon du mod&#232;le de d&#233;veloppement en place, et de renforcer ses initiatives par une posture internationale ind&#233;pendante et franchement anti imp&#233;rialiste. Ce ne sont pas les monopoles imp&#233;rialistes et leurs serviteurs internationaux (la Banque Mondiale, le FMI, l'OMC) qui aideront les pays du Sud &#224; sortir des orni&#232;res ; c'est en se tournant vers de nouveaux partenaires du Sud que cela deviendra moins difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces questions fondamentales ne paraissent pr&#233;occuper les acteurs politiques majeurs. Tout se passe comme si l'objectif final de la &#171; r&#233;volution &#187; avait &#233;t&#233; d'obtenir rapidement des &#233;lections. Comme si la source exclusive de l&#233;gitimit&#233; du pouvoir r&#233;sidait dans les urnes. Mais il y a pourtant une autre l&#233;gitimit&#233;, sup&#233;rieure - celle des luttes ! Ces deux l&#233;gitimit&#233;s sont appel&#233;es &#224; des confrontations s&#233;rieuses &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DES REFORMES MA&#206;TRIS&#201;ES DE L'INT&#201;RIEUR SERONT-ELLES POSSIBLES EN ALG&#201;RIE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie et l'Egypte ont &#233;t&#233;, dans le monde arabe, les deux pays d'avant-garde du premier &#171; &#233;veil du Sud &#187;, &#224; l'&#233;poque de Bandoung, du Non Alignement et du d&#233;ploiement victorieux de l'affirmation nationale post-coloniale, associ&#233; &#224; d'authentiques r&#233;alisations &#233;conomiques et sociales importantes et progressistes qui auguraient de belles possibilit&#233;s d'avenir. Mais par la suite les deux pays se sont enlis&#233;s pour finalement accepter le &#171; retour au bercail &#187; des Etats et des soci&#233;t&#233;s domin&#233;es par l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le alg&#233;rien a donn&#233; des signes &#233;vidents d'une plus forte consistance, ce qui explique qu'il ait mieux r&#233;sist&#233; &#224; sa d&#233;gradation ult&#233;rieure. De ce fait, la classe dirigeante alg&#233;rienne demeure composite et divis&#233;e, partag&#233;e entre les aspirations nationales encore pr&#233;sentes chez les uns et le ralliement soumis &#224; la compradorisation chez les autres (parfois m&#234;me ces deux composantes conflictuelles se combinent chez les m&#234;mes personnes !). En Egypte par contre, cette classe dominante est devenue int&#233;gralement, avec Sadate et Moubarak, une bourgeoisie compradore, ne nourrissant plus aucune aspiration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux raisons majeures rendent compte de cette diff&#233;rence. La guerre de lib&#233;ration en Alg&#233;rie avait produit, naturellement, une radicalisation sociale et id&#233;ologique. Par contre en Egypte le nass&#233;risme vient en fin de p&#233;riode d'essor du mouvement initi&#233; par la r&#233;volution de 1919, qui se radicalise en 1946. Le coup d'Etat ambigu de 1952 vient donc en r&#233;ponse &#224; l'impasse du mouvement. Par ailleurs, la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne avait subi, avec la colonisation, des assauts destructifs majeurs. La nouvelle soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne, issue de la reconqu&#234;te de l'ind&#233;pendance, n'avait plus rien en commun avec celle des &#233;poques pr&#233;coloniales. Elle &#233;tait devenue une soci&#233;t&#233; pl&#233;b&#233;ienne, marqu&#233;e par une tr&#232;s forte aspiration &#224; l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aspiration &#8211; avec la m&#234;me force &#8211; ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde arabe, ni au Maghreb ni au Mashrek. Par contre, l'&#201;gypte moderne a &#233;t&#233; construite d&#232;s le d&#233;part (&#224; partir de Mohamed Ali) par son aristocratie devenue progressivement une &#171; bourgeoisie aristocratique &#187; (ou une &#171; aristocratie capitaliste &#187;). De ces diff&#233;rences en d&#233;coule une autre, d'une importance &#233;vidente, concernant l'avenir de l'Islam politique. Comme Hocine Belalloufi le montre (La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie : r&#233;forme ou r&#233;volution ? ; ouvrage en cours de publication), l'Islam politique alg&#233;rien (le FIS), qui avait d&#233;voil&#233; sa figure hideuse, a &#233;t&#233; v&#233;ritablement mis en d&#233;route. Cela certes ne signifie pas que cette question soit d&#233;finitivement d&#233;pass&#233;e. Mais la diff&#233;rence est grande avec la situation en Egypte, caract&#233;ris&#233;e par la convergence solide entre le pouvoir de la bourgeoisie compradore et l'Islam politique des Fr&#232;res Musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes ces diff&#233;rences entre les deux pays d&#233;coulent des possibilit&#233;s diff&#233;rentes de r&#233;ponses aux d&#233;fis actuels. L'Alg&#233;rie me para&#238;t mieux plac&#233;e (ou moins mal plac&#233;e) pour r&#233;pondre &#224; ces d&#233;fis, dans le court terme au moins. Des r&#233;formes &#233;conomiques, politiques et sociales ma&#238;tris&#233;es de l'int&#233;rieur me semblent avoir encore leurs chances en Alg&#233;rie. Par contre, en Egypte, la confrontation entre &#171; le mouvement &#187; et le bloc r&#233;actionnaire &#171; antir&#233;volutionnaire &#187; para&#238;t devoir inexorablement s'aggraver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie et l'Egypte constituent deux exemples magistraux de l'impuissance des soci&#233;t&#233;s concern&#233;es, jusqu'&#224; ce jour, &#224; faire face au d&#233;fi. L'Alg&#233;rie et l'Egypte sont les deux pays du monde arabe qui sont des candidats possibles &#224; &#171; l'&#233;mergence &#187;. La responsabilit&#233; majeure des classes dirigeantes et des syst&#232;mes de pouvoirs en place, dans l'&#233;chec des deux pays &#224; le devenir, est certaine. Mais celle des soci&#233;t&#233;s, de leurs intellectuels, des militants des mouvements en lutte doit tout &#233;galement &#234;tre prise en s&#233;rieuse consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me espoir d'une &#233;volution d&#233;mocratique pacifique est il possible au Maroc ? J'en doute tant que le peuple marocain continuera &#224; adh&#233;rer au dogme archa&#239;que qui ne dissocie pas la Monarchie (de droit divin : &#171; amir el mouminine &#187;) de la nation. C'est sans doute l&#224; la raison pour laquelle les Marocains ne comprennent pas la question Sahraouie : les nomades fiers du Sahara ont une autre conception de l'Islam, qui leur interdit de s'agenouiller devant autre qu'Allah, fut il Roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE DRAME SYRIEN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime de Bashar el Assad n'est gu&#232;re plus qu'une dictature polici&#232;re accompagnant sa soumission aux exigences du &#171; lib&#233;ralisme &#187; mondialis&#233;. La l&#233;gitimit&#233; de la r&#233;volte du peuple syrien n'est donc pas contestable. Il reste que la destruction de la Syrie constitue l'objectif des trois partenaires que sont les Etats Unis, Israel et l'Arabie S&#233;oudite, qui mobilisent &#224; cette fin les Fr&#232;res Musulmans, voire leur procurent des armes. Leur victoire &#233;ventuelle &#8211; par l'intervention militaire &#233;trang&#232;re ou sans elle &#8211; produirait l'&#233;clatement du pays, le massacre d'Alaouites, de Druzes et de Chr&#233;tiens. Mais qu'importe. L'objectif de Washington et de ses alli&#233;s n'est pas de lib&#233;rer la Syrie de son dictateur, mais de d&#233;truire le pays, comme il n'&#233;tait pas de lib&#233;rer l'Iraq de Saddam Hussein mais de d&#233;truire le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule solution d&#233;mocratique passerait par des r&#233;formes substantielles au b&#233;n&#233;fice des forces populaires et d&#233;mocratiques qui existent et refusent de se laisser enr&#244;ler par les Fr&#232;res Musulmans. Si le r&#233;gime s'av&#232;re incapable de le comprendre, rien n'arr&#234;tera la marche du drame de se poursuivre jusqu'&#224; son terme. Il est amusant de savoir que ce sont d&#233;sormais le Sultan de Qatar et le Roi d'Arabie Saoudite qui sont les champions de la promotion de la d&#233;mocratie (chez les autres). Difficile de pousser la farce plus loin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA GEOSTRATEGIE DE L'IMPERIALISME ET LA QUESTION DEMOCRATIQUE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu montrer dans ce livre que la d&#233;politisation avait &#233;t&#233; d&#233;cisive dans la mont&#233;e en sc&#232;ne de l'Islam politique. Cette d&#233;politisation n'est certainement pas sp&#233;cifique &#224; l'Egypte nass&#233;rienne. Elle a &#233;t&#233; la pratique dominante dans toutes les exp&#233;riences nationales populaires du premier &#233;veil du Sud et m&#234;me dans celles des socialismes historiques apr&#232;s que la premi&#232;re phase de bouillonnement r&#233;volutionnaire ait &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e. D&#233;nominateur commun : la suppression de la pratique d&#233;mocratique (que je ne r&#233;duis pas &#224; la tenue d'&#233;lections pluripartites), c'est-&#224;-dire du respect de la diversit&#233; des opinions et des propositions politiques et de leur organisation &#233;ventuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politisation exige la d&#233;mocratie. Et la d&#233;mocratie n'existe que lorsque la libert&#233; est donn&#233;e aux &#171; adversaires &#187;. Dans tous les cas sa suppression, &#224; l'origine donc de la d&#233;politisation, est responsable du d&#233;sastre ult&#233;rieur. Que celui-ci prenne la forme de retours aux pass&#233;ismes (religieux ou autres). Ou qu'il prenne celle de l'adh&#233;sion au &#171; consum&#233;risme &#187; et au faux individualisme propos&#233;e par les m&#233;dias occidentaux, comme ce fut le cas chez les peuples de l'Europe orientale et de l'ex URSS, comme c'est le cas ailleurs &#233;galement non pas seulement au sein des classes moyennes (b&#233;n&#233;ficiaires &#233;ventuels du d&#233;veloppement) mais &#233;galement au sein des classes populaires qui, faute d'alternative, aspirent &#224; en b&#233;n&#233;ficier, m&#234;me &#224; une toute petite &#233;chelle (ce qui est &#233;videmment parfaitement compr&#233;hensible et l&#233;gitime).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des soci&#233;t&#233;s musulmanes, cette d&#233;politisation rev&#234;t la forme principale du &#171; retour &#187; (apparent) de l'Islam. L'articulation associant le pouvoir de l'Islam politique r&#233;actionnaire, la soumission compradore et la paup&#233;risation par l'informalisation de l'&#233;conomie de bazar n'est pas sp&#233;cifique &#224; l'Egypte. Elle caract&#233;rise d&#233;j&#224; la plupart des soci&#233;t&#233;s arabes et musulmanes, jusqu'au Pakistan et au-del&#224;. Cette m&#234;me articulation op&#232;re en Iran ; le triomphe de cette &#233;conomie de bazar avait &#233;t&#233; signal&#233; d&#232;s le d&#233;part comme le r&#233;sultat majeur de la &#171; r&#233;volution khomeyniste &#187;. Cette m&#234;me articulation pouvoir islamique/&#233;conomie de march&#233; de bazar a d&#233;vast&#233; la Somalie, d&#233;sormais effac&#233;e de la carte des nations existantes (voir mon article sur le sujet, site de Pambazuka, 1/2/2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-on donc imaginer si cet Islam politique acc&#233;dait au pouvoir en Egypte et ailleurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes envahis par des discours rassurants &#224; cet effet, d'une incroyable na&#239;vet&#233;, sinc&#232;re ou fausse. &#171; C'&#233;tait fatal, nos soci&#233;t&#233;s sont impr&#233;gn&#233;es par l'Islam ; on a voulu l'ignorer ; il s'est impos&#233; &#187; disent les uns. Comme si ce succ&#232;s de l'Islam politique n'&#233;tait pas d&#251; &#224; la d&#233;politisation et &#224; la d&#233;gradation sociale qu'on veut ignorer. &#171; Cela n'est pas si dangereux ; le succ&#232;s est passager et la faillite du pouvoir exerc&#233; par l'Islam politique am&#232;nera les opinions &#224; s'en d&#233;tacher &#187;. Comme si les Fr&#232;res en question &#233;taient acquis au principe du respect des principes d&#233;mocratiques ! Ce &#224; quoi font semblant de croire Washington, les &#171; opinions &#187; fabriqu&#233;es par les m&#233;dias dominants et la cohorte des &#171; intellectuels &#187; arabes, par opportunisme ou absence de lucidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. L'exercice du pouvoir par l'Islam politique r&#233;actionnaire serait appel&#233; &#224; durer&#8230; 50 ans ? Et alors qu'il contribuerait &#224; enfoncer les soci&#233;t&#233;s qu'il soumettrait chaque jour dans l'insignifiance sur l'&#233;chiquier mondial, les &#171; autres &#187; poursuivraient leurs avanc&#233;es. Au terme de cette triste &#171; transition &#187; les pays concern&#233;s se retrouveront au bas de l'&#233;chelle de la classification mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la politisation d&#233;mocratique constitue, dans le monde arabe comme ailleurs, l'axe central du d&#233;fi. Notre &#233;poque n'est pas celle d'avanc&#233;es d&#233;mocratiques, mais au contraire de reculs dans ce domaine. La centralisation extr&#234;me du capital des monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s permet et exige la soumission inconditionnelle et totale du pouvoir politique &#224; ses ordres. L'accentualisation de pouvoirs &#171; pr&#233;sidentiels &#187;, d'apparence individualis&#233;s &#224; l'extr&#234;me mais en fait int&#233;gralement soumis au service de la ploutocratie financi&#232;re, constitue la forme de cette d&#233;rive qui annihile la port&#233;e de la d&#233;funte d&#233;mocratie bourgeoise (elle-m&#234;me renforc&#233;e un temps par les conqu&#234;tes des travailleurs) et lui substitue la farce d&#233;mocratique. Dans les p&#233;riph&#233;ries les embryons de d&#233;mocratie, quand ils existent, associ&#233;s &#224; des r&#233;gressions sociales encore plus violentes que dans les centres du syst&#232;me, perdent leur cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recul de la d&#233;mocratie est synonyme de d&#233;politisation. Car celle-ci implique l'affirmation sur la sc&#232;ne de citoyens capables de formuler des projets de soci&#233;t&#233; alternatifs, et non seulement d'envisager, par des &#233;lections sans port&#233;e, &#171; l'alternance &#187; (sans changement !). Le citoyen capable d'imagination cr&#233;atrice disparu, l'individu d&#233;politis&#233; qui lui succ&#232;de est un spectateur passif de la sc&#232;ne politique, un consommateur model&#233; par le syst&#232;me qui se pense (&#224; tort) individu libre. Avancer sur les chemins de la d&#233;mocratisation des soci&#233;t&#233;s et de la repolitisation des peuples sont indissociables. Mais par o&#249; commencer ? Le mouvement peut &#234;tre amorc&#233; &#224; partir de l'un ou de l'autre de ces deux p&#244;les. Rien ici ne peut &#234;tre substitu&#233; &#224; l'analyse concr&#232;te des situations concr&#232;tes, en Alg&#233;rie, en Egypte, tout comme en Gr&#232;ce, en Chine, au Congo, en Bolivie, en France ou en Allemagne. A d&#233;faut d'avanc&#233;es visibles dans ces directions le monde s'engagera, comme il l'est d&#233;j&#224;, dans la tourmente chaotique associ&#233;e &#224; l'implosion du syst&#232;me. Le pire est alors &#224; craindre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Veuillez envoyer vos commentaires &#224; editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> De l'audace, encore de l'audace !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/De-l-audace-encore-de-l-audace</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/De-l-audace-encore-de-l-audace</guid>
		<dc:date>2011-12-20T13:35:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2011-12-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La conjoncture historique produite par l'implosion du capitalisme contemporain impose &#224; la gauche radicale, au Nord comme au Sud, d'avoir de l'audace dans la formulation de son alternative politique au syst&#232;me en place. L'objet de ce papier est de montrer pourquoi cette exigence puis ce que j'entends par elle. &lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi de l'audace ? &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Le capitalisme contemporain est un capitalisme de monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s. J'entends par l&#224; que les monopoles constituent d&#233;sormais non plus des &#238;les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-12-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-12-20&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/arton8983-7020e.png?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La conjoncture historique produite par l'implosion du capitalisme contemporain impose &#224; la gauche radicale, au Nord comme au Sud, d'avoir de l'audace dans la formulation de son alternative politique au syst&#232;me en place. L'objet de ce papier est de montrer pourquoi cette exigence puis ce que j'entends par elle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Pourquoi de l'audace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le capitalisme contemporain est un capitalisme de monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s. J'entends par l&#224; que les monopoles constituent d&#233;sormais non plus des &#238;les (fussent-elles importantes) dans un oc&#233;an de firmes qui ne le sont pas &#8211; et qui, de ce fait, sont encore relativement autonomes &#8211; mais un syst&#232;me int&#233;gr&#233; et que, de ce fait, ces monopoles contr&#244;lent d&#233;sormais &#233;troitement l'ensemble de tous les syst&#232;mes productifs. Les petites et moyennes entreprises, et m&#234;me les grandes entreprises qui ne rel&#232;vent pas elles-m&#234;mes de la propri&#233;t&#233; formelle des ensembles oligopolistiques concern&#233;s &#8211; sont enferm&#233;es dans des r&#233;seaux de moyens de contr&#244;le mis en place en amont et en aval par les monopoles. Leur marge d'autonomie s'est r&#233;tr&#233;cie de ce fait comme une peau de chagrin. Ces unit&#233;s de production sont devenues des sous-traitants des monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me des monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s est le produit d'une &#233;tape nouvelle de la centralisation du capital dans les pays de la triade (les &#201;tats-Unis, l'Europe occidentale et centrale, le Japon) qui s'est d&#233;ploy&#233;e au cours des ann&#233;es 1980 et 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment ces monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s dominent l'&#233;conomie mondiale. La &#171; mondialisation &#187; est le nom qu'ils ont eux-m&#234;mes donn&#233; &#224; l'ensemble des exigences par lesquelles ils exercent leur contr&#244;le sur les syst&#232;mes productifs des p&#233;riph&#233;ries du capitalisme mondial (le monde entier au-del&#224; des partenaires de la triade). Il ne s'agit de rien d'autre que d'une &#233;tape nouvelle de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le capitalisme des monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s et mondialis&#233;s constitue un syst&#232;me qui assure &#224; ces monopoles la ponction d'une rente de monopole pr&#233;lev&#233;e sur la masse de la plus value (transform&#233;e en profits) que le capital extrait de l'exploitation du travail. Dans la mesure o&#249; ces monopoles op&#232;rent dans les p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me mondialis&#233; cette rente de monopole devient une rente imp&#233;rialiste. Le proc&#232;s d'accumulation du capital &#8211; qui d&#233;finit le capitalisme dans toutes ses formes historiques successives &#8211; est, de ce fait, command&#233; par la maximisation de la rente monopolistique/imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;placement du centre de gravit&#233; de l'accumulation du capital est &#224; l'origine de la poursuite continue de la concentration des revenus et des fortunes, au b&#233;n&#233;fice de la rente des monopoles, largement accapar&#233;e par les oligarchies (&#171; ploutocraties &#187;) qui gouvernent les groupes oligopolistiques, au d&#233;triment des r&#233;mun&#233;rations du travail et m&#234;me des r&#233;mun&#233;rations du capital non monopolistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ce d&#233;s&#233;quilibre en croissance continue est lui-m&#234;me, &#224; son tour, &#224; l'origine de la financiarisation du syst&#232;me &#233;conomique. J'entends par l&#224; qu'une fraction croissante du surplus ne peut plus &#234;tre investie dans l'&#233;largissement et l'approfondissement des syst&#232;mes productifs et que le &#171; placement financier &#187; de cet exc&#233;dent croissant constitue alors la seule alternative possible pour la poursuite de l'accumulation command&#233;e par les monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place de syst&#232;mes permettant cette financiarisation op&#232;re par diff&#233;rents moyens invent&#233;s et impos&#233;s &#224; cet effet : (i) la soumission de la gestion des firmes au principe de la &#171; valeur actionnariale &#187;, (ii) la substitution de syst&#232;mes de retraites par capitalisation (les Fonds de Pension) aux syst&#232;mes de retraites par r&#233;partition, (iii) l'adoption du principe des &#171; changes flexibles &#187;, (iv) l'abandon du principe de la d&#233;termination du taux de l'int&#233;r&#234;t &#8211; le prix de la &#171; liquidit&#233; &#187; &#8211; par les banques centrales et le transfert de cette responsabilit&#233; au &#171; march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La financiarisation a transf&#233;r&#233; &#224; une trentaine de banques g&#233;antes de la triade la responsabilit&#233; majeure dans la commande de la reproduction de ce syst&#232;me de l'accumulation. Ce qu'on appelle pudiquement &#171; les march&#233;s &#187; ne sont alors rien d'autre que les lieux o&#249; se d&#233;ploient les strat&#233;gies de ces agents dominants la sc&#232;ne &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son tour cette financiarisation, qui accuse la croissance de l'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;partition des revenus (et des fortunes), g&#233;n&#232;re le surplus grandissant dont elle se nourrit. Les &#171; placements financiers &#187; (ou encore les placements de sp&#233;culation financi&#232;re) poursuivent leur croissance &#224; des rythmes vertigineux, sans commune mesure avec ceux de la &#171; croissance du PIB &#187; (elle-m&#234;me devenue de ce fait largement fictive) ou ceux de l'investissement dans l'appareil productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance vertigineuse des placements financiers exige &#8211; et alimente &#8211; entre autre celle de la dette, dans toutes ses formes, et en particulier celle de la dette souveraine. Lorsque les gouvernements en place pr&#233;tendent poursuivre l'objectif de &#171; r&#233;duction de la dette &#187;, ils mentent d&#233;lib&#233;r&#233;ment. Car la strat&#233;gie des monopoles financiaris&#233;s a besoin de la croissance de la dette (qu'ils recherchent et non combattent) &#8211; un moyen financi&#232;rement int&#233;ressant d'absorber le surplus de rente des monopoles. Les politiques d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es, &#171; pour r&#233;duire la dette &#187; dit-on, ont, au contraire, pour cons&#233;quence (recherch&#233;e) d'en augmenter le volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. C'est ce syst&#232;me &#8211; qualifi&#233; vulgairement de &#171; n&#233;olib&#233;ral &#187;, en fait le syst&#232;me du capitalisme des monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s, &#171; mondialis&#233;s &#187; (imp&#233;rialistes) et financiaris&#233;s (par n&#233;cessit&#233; impos&#233;e pour sa reproduction) &#8211; qui implose sous nos yeux. Ce syst&#232;me, visiblement incapable de surmonter ses contradictions internes grandissantes, est condamn&#233; &#224; poursuivre sa course folle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; crise &#187; du syst&#232;me n'est pas due &#224; autre chose qu'&#224; son propre &#171; succ&#232;s &#187;. En effet jusqu'&#224; ce jour la strat&#233;gie d&#233;ploy&#233;e par les monopoles a toujours donn&#233; les r&#233;sultats recherch&#233;s : les plans &#171; d'aust&#233;rit&#233; &#187;, les plans dits sociaux (en fait antisociaux) de licenciement, s'imposent toujours, en d&#233;pit des r&#233;sistances et des luttes. L'initiative demeure toujours, jusqu'&#224; ce jour, dans les mains des monopoles (&#171; les march&#233;s &#187;) et de leur serviteurs politiques (les gouvernements qui soumettent leurs d&#233;cisions aux exigences dites du &#171; march&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dans ces conditions le capital des monopoles a ouvertement d&#233;clar&#233; la guerre aux travailleurs et aux peuples. Cette d&#233;claration trouve sa formulation dans la sentence &#171; le lib&#233;ralisme n'est pas n&#233;gociable &#187;. Le capital des monopoles entend donc poursuivre sa course folle et non pas en ralentir le rythme. La critique que je ferai plus loin des propositions de &#171; r&#233;gulation &#187; s'inscrit dans cette logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas dans un moment historique o&#249; la recherche d'un &#171; compromis social &#187; constitue une alternative possible. Il y a eu de tels moments dans l'histoire, comme par exemple dans l'apr&#232;s-guerre, avec les compromis social capital/travail propres &#224; l'&#201;tat social-d&#233;mocrate en Occident, au socialisme r&#233;ellement existant de l'Est, aux projets nationaux populaires du Sud. Mais notre moment historique n'est pas de ceux-l&#224;. Le conflit oppose donc le capital des monopoles aux travailleurs et aux peuples invit&#233;s &#224; une capitulation sans condition. Les strat&#233;gies d&#233;fensives de r&#233;sistance sont, dans ces conditions, inefficaces, appel&#233;es &#224; &#234;tre toujours finalement vaincues. Face &#224; la guerre d&#233;clar&#233;e par le capital des monopoles, les travailleurs et les peuples doivent d&#233;velopper des strat&#233;gies qui leur permettent de passer &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conjoncture de guerre sociale s'accompagne n&#233;cessairement par la prolif&#233;ration des conflits politiques internationaux et des interventions militaires des puissances imp&#233;rialistes de la triade. La strat&#233;gie de &#171; contr&#244;le militaire de la Plan&#232;te &#187; par les forces arm&#233;es des &#201;tats-Unis et de leurs alli&#233;s subalternes de l'Otan constitue en dernier ressort le seul moyen par lequel les monopoles imp&#233;rialistes de la triade peuvent esp&#233;rer poursuivre leur domination sur les peuples, les nations et les Etats du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce d&#233;fi (la guerre d&#233;clar&#233;e par les monopoles), quelles sont les r&#233;ponses alternatives propos&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re r&#233;ponse : la &#171; r&#233;gulation des march&#233;s &#187; (financiers et autres).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'initiatives que les monopoles et les pouvoirs &#224; leur service pr&#233;tendent envisager. En fait il ne s'agit l&#224; que d'une rh&#233;torique creuse, destin&#233;e &#224; tromper les opinions publiques. Ces initiatives ne peuvent pas arr&#234;ter la course folle &#224; la rentabilit&#233; financi&#232;re qui est le produit de la logique de l'accumulation command&#233;e par les monopoles. Elles ne constituent donc qu'une fausse alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seconde r&#233;ponse : le retour aux mod&#232;les de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;ponses alimentent une triple nostalgie : (i) la refondation d'une &#171; social-d&#233;mocratie &#187; v&#233;ritable en Occident ; (ii) la r&#233;surrection de &#171; socialismes &#187; fond&#233;s sur les principes qui ont gouvern&#233; ceux du XXe si&#232;cle ; (iii) le retour aux formules du nationalisme populaire dans les p&#233;riph&#233;ries du Sud. Comme on peut le voir ces nostalgies imaginent pouvoir &#171; faire reculer &#187; le capitalisme des monopoles, en l'obligeant &#224; r&#233;gresser sur les positions qui &#233;taient les siennes en 1945. Elles ignorent que l'histoire ne permet jamais de tels retours en arri&#232;re. Il faut s'attaquer au capitalisme tel qu'il est aujourd'hui, et non &#224; ce qu'on aurait souhait&#233; qu'il soit, en imaginant le blocage de son &#233;volution. Il reste que ces nostalgies continuent &#224; hanter des segments importants des gauches &#224; travers le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me r&#233;ponse : la recherche d'un consensus &#171; humaniste &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;finis les v&#339;ux pieux de cette mani&#232;re pr&#233;cise : l'illusion qu'un consensus qui associe les porteurs d'int&#233;r&#234;ts fondamentalement conflictuels serait possible. L'&#233;cologie na&#239;ve, entre autre, partage cette illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me r&#233;ponse : les illusions pass&#233;istes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces illusions invoquent la &#171; sp&#233;cificit&#233; &#187; et le &#171; droit &#224; la diff&#233;rence &#187; sans se soucier d'en comprendre la port&#233;e et le sens. Le pass&#233; aurait d&#233;j&#224; r&#233;pondu aux questions d'avenir. Ces &#171; culturalismes &#187; peuvent rev&#234;tir des formes parareligieuses ou ethniques. Les th&#233;ocraties et les ethnocraties constituent alors des substituts commodes aux luttes sociales d&#233;mocratiques qu'elles &#233;vacuent de leur agenda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinqui&#232;me r&#233;ponse : la priorit&#233; aux &#171; libert&#233;s individuelles &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ventail des r&#233;ponses fond&#233;es sur cette priorit&#233;, consid&#233;r&#233;e comme la &#171; valeur supr&#234;me &#187; et m&#234;me exclusive, int&#232;gre dans ses rangs les inconditionnels de la &#171; d&#233;mocratie &#233;lectorale repr&#233;sentative &#187;, assimil&#233;e &#224; la d&#233;mocratie tout court. La formule dissocie la d&#233;mocratisation des soci&#233;t&#233;s du progr&#232;s social, et tol&#232;re m&#234;me de facto son association avec la r&#233;gression sociale, au prix de risquer de d&#233;cr&#233;dibiliser la d&#233;mocratie, r&#233;duite au statut de farce tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe des formes de cette posture encore plus dangereuses. Je fais r&#233;f&#233;rence ici &#224; certains courants &#171; postmodernistes &#187; (&#224; Toni Negri en particulier) qui imaginent que l'individu est d&#233;j&#224; devenu le sujet de l'Histoire, comme si le communisme, qui permettra &#224; l'individu r&#233;ellement &#233;mancip&#233; des ali&#233;nations marchandes de devenir effectivement le sujet de l'Histoire, &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien que toutes ces r&#233;ponses, dont celles de droite (les &#171; r&#233;gulations &#187; qui ne remettent pas en cause la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des monopoles), ne sont pas sans trouver d'&#233;chos puissants dans les majorit&#233;s des peuples de gauche tels qu'ils sont encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La guerre d&#233;clar&#233;e par le capitalisme des monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s de l'imp&#233;rialisme contemporain n'a rien &#224; craindre des fausses alternatives dont j'ai dessin&#233; ici les lignes directrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Alors, que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment nous offre l'occasion historique d'aller bien plus loin ; il impose comme seule r&#233;ponse efficace une radicalisation audacieuse dans la formulation d'alternatives capables de faire passer les travailleurs et les peuples &#224; l'offensive, de mettre en d&#233;route la strat&#233;gie de guerre de l'adversaire. Ces formulations, fond&#233;es sur l'analyse du capitalisme contemporain r&#233;ellement existant, doivent regarder en face l'avenir &#224; construire, et tourner le dos aux nostalgies du pass&#233; et aux illusions identitaires ou consensuelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Des programmes audacieux pour la gauche radicale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'organiserai les propositions g&#233;n&#233;rales qui suivent dans trois rubriques :&lt;br class='autobr' /&gt;
(i) socialiser la propri&#233;t&#233; de monopoles ;&lt;br class='autobr' /&gt;
(ii) d&#233;-financiariser la gestion de l'&#233;conomie ; &lt;br class='autobr' /&gt;
(iii) d&#233;-mondialiser les rapports internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1.- Socialiser la propri&#233;t&#233; des monopoles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;v L'efficacit&#233; de la r&#233;ponse alternative n&#233;cessaire exige la remise en cause du principe m&#234;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du capital des monopoles. Proposer de &#171; r&#233;guler &#187; les op&#233;rations financi&#232;res, de restituer aux march&#233;s leur &#171; transparence &#187; pour permettre aux &#171; anticipations des agents &#187; d'&#234;tre &#171; rationnelles &#187;, d&#233;finir les termes d'un consensus sur ces r&#233;formes, sans abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des monopoles, ce n'est rien d'autre que jeter de la poudre aux yeux des publics na&#239;fs. Car on invite alors les monopoles eux-m&#234;mes &#224; &#171; g&#233;rer &#187; ces r&#233;formes, contre leur int&#233;r&#234;t propre, en ignorant qu'ils conservent mille et un moyens d'en contourner les objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif du projet alternatif doit &#234;tre d'inverser la direction de l'&#233;volution sociale (du d&#233;sordre social) produite par les strat&#233;gies des monopoles, d'assurer l'emploi maximal et de le stabiliser, de garantir des salaires convenables en croissance parall&#232;le &#224; celle de la productivit&#233; du travail social. Cet objectif est tout simplement impossible sans exproprier le pouvoir des monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; logiciel des th&#233;oriciens de l'&#233;conomie &#187; doit &#234;tre reconstruit (comme l'&#233;crit Fran&#231;ois Morin). Car l'absurde et impossible th&#233;orie &#233;conomique des &#171; anticipations &#187; expulse la d&#233;mocratie de la gestion de la d&#233;cision &#233;conomique. Avoir de l'audace, c'est ici reformuler dans la perspective radicale exig&#233;e les r&#233;formes de l'enseignement, non seulement pour la formation des &#233;conomistes, mais &#233;galement pour celle de tous ceux appel&#233;s &#224; occuper des fonctions de cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monopoles sont des ensembles institutionnels qui doivent &#234;tre g&#233;r&#233;s selon les principes de la d&#233;mocratie, en conflit frontal avec ceux qui sacralisent la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Bien que l'expression de &#171; biens communs &#187;, import&#233; du monde anglo-saxon, soit par elle-m&#234;me toujours ambig&#252;e parce que d&#233;connect&#233;e du d&#233;bat sur le sens des conflits sociaux (le langage anglo-saxon veut ignorer d&#233;lib&#233;r&#233;ment la r&#233;alit&#233; des classes sociales), on pourrait &#224; la rigueur l'invoquer ici en qualifiant les monopoles pr&#233;cis&#233;ment de &#171; biens communs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des monopoles passe par leur nationalisation. Cette premi&#232;re mesure juridique est incontournable. Mais l'audace consiste ici &#224; proposer des plans de socialisation de la gestion des monopoles nationalis&#233;s et &#224; promouvoir des luttes sociales d&#233;mocratiques qui engagent sur cette longue route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je donnerai ici un exemple concret de ce que pourraient &#234;tre ces plans de socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs &#171; capitalistes &#187; (ceux des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s) comme les agriculteurs &#171; paysans &#187; (en majorit&#233; au Sud) sont tous prisonniers en amont des monopoles qui leur fournissent les intrants et le cr&#233;dit, en aval de ceux dont ils d&#233;pendent pour la transformation, le transport et la commercialisation de leurs produits. De ce fait ils ne disposent d'aucune autonomie r&#233;elle dans la prise de leurs &#171; d&#233;cisions &#187;. De surcroit les gains de productivit&#233; qu'ils r&#233;alisent sont pomp&#233;s par les monopoles qui les r&#233;duisent au statut de &#171; sous-traitants &#187; de fait. Quelle alternative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait pour cela substituer aux monopoles concern&#233;s des institutions publiques dont une loi cadre fixerait le mode de constitution des directoires. Ceux-ci seraient constitu&#233;s par des repr&#233;sentants : (i) des paysans (les int&#233;ress&#233;s principaux) ; (ii) des unit&#233;s d'amont (usines de fabrication des intrants, banques) et d'aval (industries agro-alimentaires, cha&#238;nes de distribution) ; (iii) des consommateurs ; (iv) des pouvoirs locaux (int&#233;ress&#233;s par l'environnement naturel et social &#8211; &#233;coles, h&#244;pitaux, urbanisme et logements, transports) ; (v) de l'Etat (les citoyens). Les repr&#233;sentants des composantes &#233;num&#233;r&#233;s ici seraient eux-m&#234;mes choisis selon des proc&#233;dures coh&#233;rentes avec leur mode propre de gestion socialis&#233;e, puisque par exemple les unit&#233;s de production d'intrants seraient elles-m&#234;mes g&#233;r&#233;es par des directoires composites associant les travailleurs directement employ&#233;s par les unit&#233;s concern&#233;es, ceux qui sont employ&#233;s par des unit&#233;s de sous-traitance, etc. On devrait concevoir ces constructions par des formules qui associent les cadres de gestion &#224; chacun de ces niveaux, comme les centres de recherche scientifique et technologique ind&#233;pendants et appropri&#233;s. On pourrait m&#234;me concevoir une repr&#233;sentation des fournisseurs de capitaux (les &#171; petits actionnaires &#187;) h&#233;rit&#233;s de la nationalisation, si on le juge utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de formules institutionnelles beaucoup plus complexes que ne le sont celles de &#171; l'autogestion &#187; ou de la &#171; coop&#233;rative &#187; telles que nous les connaissons. Il s'agit de formules &#224; inventer qui permettraient l'exercice d'une d&#233;mocratie authentique dans la gestion de l'&#233;conomie, fond&#233;e sur la n&#233;gociation ouverte entre les parties prenantes. Une formule qui associe donc syst&#233;matiquement d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233; et progr&#232;s social, en contrepoint de la r&#233;alit&#233; capitaliste qui dissocie la d&#233;mocratie &#8211; r&#233;duite &#224; la gestion formelle de la politique &#8211; des conditions sociales &#8211; abandonn&#233;es &#224; ce que le &#171; march&#233; &#187;, domin&#233; par le capital des monopoles, produit. Alors et alors seulement on pourrait parler de transparence authentique des march&#233;s, r&#233;gul&#233;s dans ces formes institutionnalis&#233;es de la gestion socialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple choisi pourrait para&#238;tre marginal dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s du fait que les agriculteurs n'y repr&#233;sentent qu'une tr&#232;s faible proportion des travailleurs (3 &#224; 7 %) Par contre cette question est centrale dans les pays du Sud dont la population rurale restera importante encore longtemps. Ici l'acc&#232;s &#224; la terre, qui doit &#234;tre garanti &#224; tous (avec la moindre in&#233;galit&#233; possible dans cet acc&#232;s) s'inscrit dans les principes fondamentaux de l'option en faveur d'une agriculture paysanne (je renvoie ici &#224; mes d&#233;veloppements plus fournis sur la question). Mais dire &#171; agriculture paysanne &#187; ne doit pas &#234;tre compris comme synonyme d'&#171; agriculture stagnante &#187; (voire &#171; r&#233;serve folklorique &#187;). Et le progr&#232;s n&#233;cessaire de cette agriculture paysanne exige certaines &#171; modernisations &#187; (m&#234;me si ce terme est impropre car il sugg&#232;re imm&#233;diatement &#224; beaucoup la modernisation par le capitalisme). Des intrants plus efficaces, des cr&#233;dits, un &#233;coulement convenable des productions sont n&#233;cessaires pour donner du sens &#224; l'am&#233;lioration de la productivit&#233; du travail paysan. Les formules propos&#233;es poursuivent l'objectif de permettre cette modernisation par des moyens et dans un esprit &#171; non capitalistes &#187;, c'est-&#224;-dire s'inscrivant dans une perspective socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment l'exemple concret choisi ici n'est pas le seul dont il faudrait imaginer l'institutionnalisation. Les nationalisations/socialisations de la gestion des monopoles de l'industrie et des transports, celles des banques et des autres institutions financi&#232;res devraient &#234;tre imagin&#233;es dans le m&#234;me esprit, mais en tenant compte pour la constitution de leurs directoires de la sp&#233;cificit&#233; de leurs fonctions &#233;conomiques et sociales. Encore une fois ces directoires devraient associer les travailleurs de l'entreprise et ceux des sous-traitants, les repr&#233;sentants des industries d'amont, les banques, les institutions de recherche, les consommateurs, les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation/socialisation des monopoles r&#233;pond &#224; une exigence fondamentale, qui constitue l'axe du d&#233;fi auquel les travailleurs et les peuples sont confront&#233;s dans le capitalisme contemporain des monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s. Elle seule permet de mettre un terme &#224; l'accumulation par d&#233;possession qui commande la logique de la gestion de l'&#233;conomie par les monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation domin&#233;e par les monopoles ne peut en effet se reproduire qu'&#224; la condition que l'aire soumise &#224; la &#171; gestion des march&#233;s &#187; soit en expansion continue. Celle-ci est obtenue par la privatisation &#224; outrance des services publics (d&#233;possession des citoyens), et de l'acc&#232;s aux ressources naturelles (d&#233;possession des peuples). La ponction que la rente des monopoles op&#232;re sur les revenus du capital des unit&#233;s &#233;conomiques &#171; ind&#233;pendantes &#187; est elle-m&#234;me une d&#233;possession (de capitalistes !) par l'oligarchie financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2.- La d&#233;-financiarisation : un monde sans Wall Street&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation/socialisation des monopoles abolit d&#233;j&#224; par elle-m&#234;me le principe de la &#171; valeur actionnariale &#187; impos&#233; par la strat&#233;gie de l'accumulation au service de la rente des monopoles. Cet objectif est essentiel pour tout programme audacieux de sortie des orni&#232;res dans lesquelles la gestion de l'&#233;conomie contemporaine est enlis&#233;e. Sa r&#233;alisation coupe l'herbe sous les pieds de la financiarisation de cette gestion. Revient-on par l&#224; m&#234;me &#224; cette fameuse &#171; euthanasie des rentiers &#187; pr&#233;conis&#233;e par Keynes en son temps ? Pas n&#233;cessairement et encore moins int&#233;gralement. L'&#233;pargne peut &#234;tre encourag&#233;e par une r&#233;compense financi&#232;re, mais &#224; condition d'en d&#233;finir d'une mani&#232;re pr&#233;cise les origines (&#233;pargne des m&#233;nages de travailleurs, des entreprises, des collectivit&#233;s) et les conditions de leur r&#233;mun&#233;ration. Le discours concernant l'&#233;pargne macro&#233;conomique dans la th&#233;orie &#233;conomique conventionnelle cache en r&#233;alit&#233; l'organisation de l'acc&#232;s exclusif des monopoles au march&#233; des capitaux. Sa pr&#233;tendue &#171; r&#233;mun&#233;ration par les march&#233;s &#187; n'est alors rien d'autre que le moyen de garantir la croissance des rentes de monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu la nationalisation/socialisation des monopoles implique celle des banques, au moins des majeures d'entre elles. Mais la socialisation de leur intervention (les &#171; politiques de cr&#233;dit &#187;) comporte des sp&#233;cificit&#233;s qui imposent une conception ad&#233;quate dans la constitution de leurs directoires. La nationalisation au sens classique du terme impliquait seulement la substitution de l'Etat aux conseils d'administration form&#233;s par les actionnaires priv&#233;s. Cela permettrait d&#233;j&#224;, en principe, la mise en &#339;uvre par les banques des politiques de cr&#233;dit formul&#233;s par l'Etat ; et cela n'est d&#233;j&#224; pas rien. Mais cela ne suffit certainement pas d&#232;s lors qu'on a pris conscience que la socialisation implique la participation directe dans la gestion bancaire des partenaires sociaux concern&#233;s. Bien entendu ici &#233;galement &#171; l'autogestion &#187; &#8211; la gestion des banques par leur personnel &#8211; n'est pas la formule qui r&#233;pond aux questions pos&#233;es. Les personnels concern&#233;s doivent certes &#234;tre associ&#233;s aux d&#233;cisions concernant leurs conditions de travail, mais gu&#232;re plus, car ils n'ont rien &#224; dire concernant les politiques de cr&#233;dit &#224; mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les directoires bancaires doivent associer les int&#233;r&#234;ts &#8211; conflictuels &#8211; de ceux qui fournissent les cr&#233;dits (les banques) et de ceux qui les re&#231;oivent (les &#171; entreprises &#187;) la formule est &#224; penser concr&#232;tement en relation avec ce que sont ces derni&#232;res et ce qu'elles demandent. Une recomposition du syst&#232;me bancaire, trop centralis&#233; surtout depuis que les r&#233;gulations financi&#232;res traditionnelles des deux si&#232;cles pass&#233;s ont &#233;t&#233; abandonn&#233;es au cours des quatre derni&#232;res d&#233;cennies, s'impose. Il y a l&#224; un argument fort pour justifier la reconstruction de sp&#233;cialisations bancaires, selon les destinataires de leurs cr&#233;dits et selon la fonction &#233;conomique de ceux-ci (fourniture de liquidit&#233;s &#224; court terme, contribution au financement des investissements &#224; moyen et long termes). On pourrait alors par exemple concevoir une &#171; banque de l'agriculture &#187; (ou un ensemble coordonn&#233; de banques de l'agriculture) dont la client&#232;le serait constitu&#233;e non pas seulement par les agriculteurs et les paysans mais &#233;galement par les unit&#233;s d'intervention en amont et en aval de l'agriculture d&#233;crites plus haut. Son directoire associerait alors d'une part les &#171; banquiers &#187; (le personnel dirigeant de la banque, eux-m&#234;mes choisis par le directoire) et d'autre part les clients (les agriculteurs ou les paysans, les unit&#233;s d'amont et d'aval). On devrait imaginer d'autres ensembles bancaires articul&#233;s sur les secteurs industriels, dont les directoires associeraient les client&#232;les industrielles, les centres de recherche et de technologies, des services comp&#233;tents dans le domaine du contr&#244;le des effets &#233;cologiques des modes de production mis en &#339;uvre, garantissant de ce fait le risque minimal (sachant bien qu'aucune action humaine ne comporte de risque z&#233;ro), objet lui-m&#234;me de d&#233;bats d&#233;mocratiques transparents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;-financiarisation de la gestion &#233;conomique implique &#233;galement deux s&#233;ries de mesures l&#233;gislatives. Les premi&#232;res concernent la suppression pure et simple des fonds de sp&#233;culation (hedge funds), dont un Etat souverain peut toujours interdire les op&#233;rations sur le territoire national. Les secondes concernent les Fonds de Pension, devenus d'ailleurs des op&#233;rateurs majeurs dans la financiarisation du syst&#232;me &#233;conomique. Ces fonds ont &#233;t&#233; con&#231;us &#8211; d'abord aux &#201;tats-Unis bien entendu &#8211; pour transf&#233;rer aux salari&#233;s les risques qui normalement sont encourus par le capital et constituent la raison m&#234;me invoqu&#233;e pour l&#233;gitimer sa r&#233;mun&#233;ration ! Il s'agit donc d'une op&#233;ration scandaleuse, en contradiction manifeste avec le discours id&#233;ologique de d&#233;fense du capitalisme ! Mais cette &#171; invention &#187; convient parfaitement au d&#233;ploiement des strat&#233;gies de l'accumulation domin&#233;e par les monopoles. Leur abolition s'impose, au b&#233;n&#233;fice de syst&#232;mes de retraites par r&#233;partition, qui, par leur nature m&#234;me, permettent et imposent le d&#233;bat d&#233;mocratique pour la d&#233;termination des montants et dur&#233;es de cotisation et des rapports entre les montants des pensions et les r&#233;mun&#233;rations salariales. Ces syst&#232;mes ont la vocation normale, dans une d&#233;mocratie respectueuse des droits sociaux, &#224; &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;s &#224; tous les travailleurs. Cependant, &#224; la rigueur, et par souci de ne rien &#171; interdire &#187; qui soit souhait&#233; par un groupe d'individus, des retraites compl&#233;mentaires servis par des fonds de pension pourraient &#234;tre autoris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des mesures de d&#233;-financiarisation sugg&#233;r&#233;es ici conduisent &#224; une conclusion &#233;vidente : &#171; un monde sans Wall Street &#187;, pour reprendre le titre du livre de Fran&#231;ois Morin, est possible et souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde la vie &#233;conomique demeure largement r&#233;gul&#233;e par le &#171; march&#233; &#187;. Mais il s'agit alors de march&#233;s pour la premi&#232;re fois r&#233;ellement transparents, r&#233;gul&#233;s par la n&#233;gociation d&#233;mocratique d'authentiques partenaires sociaux (pour la premi&#232;re fois &#233;galement ceux-ci ne sont plus des adversaires comme ils le sont n&#233;cessairement dans le capitalisme). Ce qui est aboli, c'est le &#171; march&#233; &#187; financier &#8211; opaque par nature &#8211; soumis aux exigences de sa gestion au b&#233;n&#233;fice des monopoles. On pourrait discuter davantage pour savoir s'il est utile ou non de &#171; fermer les Bourses &#187;, les op&#233;rations de transfert &#233;ventuel des droits de propri&#233;t&#233; tant dans leurs formes priv&#233;es que dans leurs formes sociales &#233;tant conduites &#171; autrement &#187;, ou si l'on conserve des Bourses refond&#233;es &#224; cette fin. Le symbole en tout cas &#8211; &#171; un monde sans Wall Street &#187; &#8211; conserve toute sa force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;-financiarisation n'implique certainement pas l'abolition de la politique macro&#233;conomique et en particulier celle de la gestion macro du cr&#233;dit. Tout au contraire elle en r&#233;tablit l'efficacit&#233; en la lib&#233;rant de sa soumission aux strat&#233;gies de maximisation de la rente des monopoles. La restauration des pouvoirs des banques centrales nationales, non plus &#171; ind&#233;pendantes &#187; mais d&#233;pendantes &#224; la fois de l'Etat et des march&#233;s r&#233;gul&#233;s par la n&#233;gociation d&#233;mocratique des partenaires sociaux, donne &#224; la formulation de la politique macro de cr&#233;dit toute son efficacit&#233; au service d'une gestion socialis&#233;e de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 3.- Au plan international : la d&#233;connexion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprendrai ici le terme de d&#233;connexion que j'ai propos&#233; il y a d&#233;j&#224; un demi si&#232;cle, auquel la langue contemporaine semble substituer le synonyme de &#171; d&#233;-globalisation/d&#233;-mondialisation &#187;. Je rappelle que je n'ai jamais entendu par d&#233;connexion un repli autarcique, mais une inversion strat&#233;gique dans la vision des rapports internes/externes, en r&#233;ponse aux exigences incontournables d'un d&#233;veloppement autocentr&#233;. La d&#233;connexion favorise la reconstruction d'une mondialisation fond&#233;e sur la n&#233;gociation, et non la soumission aux int&#233;r&#234;ts exclusifs des monopoles imp&#233;rialistes. Elle favorise la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;connexion s'impose du fait que les mesures pr&#233;conis&#233;es dans les deux sections qui pr&#233;c&#232;dent ne pourront v&#233;ritablement jamais &#234;tre mises en &#339;uvre &#224; l'&#233;chelon mondial, ni m&#234;me &#224; celui d'ensembles r&#233;gionaux (comme l'Europe). Elles ne peuvent &#234;tre amorc&#233;es que dans le cadre des Etats/nations les plus avanc&#233;s par l'ampleur et la radicalit&#233; des luttes sociales et politiques, s'assignant l'objectif de s'engager dans la voie de la socialisation de la gestion de leur &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme, dans les formes qui ont &#233;t&#233; les siennes jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, avait construit le contraste centres imp&#233;rialistes industrialis&#233;s/p&#233;riph&#233;ries domin&#233;es interdites d'industries. Les victoires des mouvements de lib&#233;ration nationale ont amorc&#233; l'industrialisation des p&#233;riph&#233;ries, &#224; travers les mises en &#339;uvre de politiques de d&#233;connexion exig&#233;es par leur option en faveur d'un d&#233;veloppement autocentr&#233;. Associ&#233;es &#224; des r&#233;formes sociales plus ou moins radicales, ces d&#233;connexions ont cr&#233;&#233; les conditions de &#171; l'&#233;mergence &#187; ult&#233;rieure de ceux de ces pays qui &#233;taient all&#233; le plus loin dans cette voie, la Chine en t&#234;te du peloton bien entendu. Cependant l'imp&#233;rialisme de la triade, contraint de reculer et de &#171; s'ajuster &#187; aux conditions de cette &#233;poque r&#233;volue, s'est reconstruit sur des bases nouvelles, fond&#233;es sur des &#171; avantages &#187; dont il entend garder le privil&#232;ge de l'exclusivit&#233; et que j'ai class&#233;s dans cinq rubriques : le contr&#244;le des technologies de pointe, de l'acc&#232;s aux ressources naturelles de la plan&#232;te, du syst&#232;me mon&#233;taire et financier int&#233;gr&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale, des syst&#232;mes de communication et d'information, des armements de destruction massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme principale de la d&#233;connexion aujourd'hui se d&#233;finit alors pr&#233;cis&#233;ment par la remise en cause de ces cinq privil&#232;ges de l'imp&#233;rialisme contemporain. Les pays &#233;mergents sont engag&#233;s sur cette voie, avec plus ou moins de d&#233;termination &#233;videmment. Certes leur succ&#232;s ant&#233;rieur lui-m&#234;me leur a permis, au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, d'acc&#233;l&#233;rer leur d&#233;veloppement, industriel en particulier, dans le syst&#232;me mondialis&#233; &#171; lib&#233;ral &#187; et par des moyens &#171; capitalistes &#187; ; et ce succ&#232;s a aliment&#233; des illusions concernant la possibilit&#233; de poursuite dans cette voie, autrement dit de se construire comme de nouveaux &#171; partenaires capitalistes &#233;gaux &#187;. La tentative de &#171; coopter &#187; les plus prestigieux de ces pays par la cr&#233;ation du G 20 a encourag&#233; ces illusions. Mais avec l'implosion en cours du syst&#232;me imp&#233;rialiste (qualifi&#233; de &#171; mondialisation &#187;) ces illusions sont appel&#233;es &#224; se dissiper. Le conflit entre les puissances imp&#233;rialistes de la triade et les pays &#233;mergents est d&#233;j&#224; visible, et est appel&#233; &#224; s'aggraver. Si elles veulent aller de l'avant les soci&#233;t&#233;s des pays &#233;mergents seront contraintes de se tourner davantage vers des modes de d&#233;veloppement autocentr&#233;s tant aux plans nationaux que par le renforcement des coop&#233;rations Sud-Sud. L'audace consiste ici &#224; s'engager avec fermet&#233; et coh&#233;rence dans cette voie, en associant les mesures de d&#233;connexion qu'elle implique &#224; des avanc&#233;es sociales progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de cette radicalisation est triple et associe la d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233;, le progr&#232;s social et des postures anti-imp&#233;rialistes cons&#233;quentes. Un engagement dans cette voie est possible, non pas seulement dans les soci&#233;t&#233;s des pays &#233;mergents, mais &#233;galement dans les &#171; laiss&#233;s pour compte &#187; du grand Sud. Ces pays avaient &#233;t&#233; v&#233;ritablement recolonis&#233;s &#224; travers les programmes d'ajustement structurel des ann&#233;es 1980. Leurs peuples sont d&#233;sormais en r&#233;volte ouverte, qu'ils aient d&#233;j&#224; marqu&#233; des points (en Am&#233;rique du Sud) ou pas encore (dans le monde arabe). L'audace consiste ici pour les gauches radicales dans les soci&#233;t&#233;s en question de prendre la mesure du d&#233;fi et de soutenir la poursuite et la radicalisation n&#233;cessaire des luttes en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;connexion des pays du Sud pr&#233;pare la d&#233;construction du syst&#232;me imp&#233;rialiste en place. La chose est particuli&#232;rement visible dans les domaines concern&#233;s par la gestion du syst&#232;me mon&#233;taire et financier mondialis&#233;, comme il l'est par l'h&#233;g&#233;monie du dollar. Mais attention : il est illusoire de penser pouvoir substituer &#224; ce syst&#232;me un &#171; autre syst&#232;me mon&#233;taire et financier mondial &#187; mieux &#233;quilibr&#233; et plus favorable au d&#233;veloppement des p&#233;riph&#233;ries. Comme toujours la recherche d'un &#171; consensus &#187; international permettant cette reconstruction par en haut rel&#232;ve des v&#339;ux pieux et de l'attente du miracle. Ce qui est &#224; l'ordre du jour c'est la d&#233;construction du syst&#232;me en place &#8211; son implosion &#8211; et la reconstruction de syst&#232;mes alternatifs nationaux (pour les pays continents) ou r&#233;gionaux, comme certains projets de l'Am&#233;rique du Sud en amorcent la construction. L'audace consiste ici &#224; aller de l'avant avec la plus grande r&#233;solution possible, sans trop s'inqui&#233;ter des ripostes de l'imp&#233;rialisme aux abois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me probl&#233;matique de la d&#233;connexion/d&#233;construction concerne l'Europe, mise en place comme sous-ensemble de la mondialisation domin&#233;e par les monopoles. Le projet europ&#233;en a &#233;t&#233; pens&#233; d&#232;s l'origine et construit syst&#233;matiquement pour d&#233;poss&#233;der les peuples concern&#233;s des moyens d'exercer leur pouvoir d&#233;mocratique. L'Union europ&#233;enne a &#233;t&#233; plac&#233;e dans un r&#233;gime de protectorat exerc&#233; par les monopoles. Avec l'implosion de la zone euro cette soumission qui abolit la d&#233;mocratie r&#233;duite au statut de farce prend des allures extr&#234;mes : comment les &#171; march&#233;s &#187; (c'est-&#224;-dire les monopoles) et les &#171; agences de notation &#187; (c'est-&#224;-dire encore les monopoles) r&#233;agissent-ils ? Voil&#224; la seule question d&#233;sormais pos&#233;e. Comment les peuples pourraient r&#233;agir ne fait plus l'objet de la moindre consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est alors &#233;vident qu'il n'y a pas ici non plus d'alternative &#224; l'audace : &#171; d&#233;sob&#233;ir &#187; aux r&#232;gles impos&#233;es par la &#171; Constitution europ&#233;enne &#187;, comme par la fausse Banque centrale de l'euro. Autrement dit d&#233;construire les institutions de l'Europe et de la zone euro. Telle est la condition incontournable pour la reconstruction ult&#233;rieure d'une &#171; autre Europe &#187; (des peuples et des nations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion : de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'ai entendu par audace c'est donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) Pour les gauches radicales dans les soci&#233;t&#233;s de la triade imp&#233;rialiste l'engagement dans la construction d'un bloc social alternatif anti-monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) Pour les gauches radicales dans les soci&#233;t&#233;s des p&#233;riph&#233;ries l'engament dans la construction d'un bloc social alternatif anti-compradore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des avanc&#233;es dans ces constructions, qui prendront leur temps, mais pourraient fort bien s'acc&#233;l&#233;rer d&#233;s lors que la gauche radicale en amorcerait avec d&#233;termination le mouvement, s'inscrivent n&#233;cessairement comme des avanc&#233;es sur la longue route du socialisme. Il s'agit donc de propositions de strat&#233;gies non pas de &#171; sortie de la crise du capitalisme &#187;, mais de &#171; sortie du capitalisme en crise &#187; pour reprendre le titre d'un de mes ouvrages r&#233;cents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une p&#233;riode cruciale de l'Histoire. La seule l&#233;gitimit&#233; du capitalisme est d'avoir cr&#233;&#233; les conditions de son d&#233;passement socialiste, entendu comme une &#233;tape sup&#233;rieure de la civilisation. Le capitalisme est d&#233;sormais un syst&#232;me obsol&#232;te, dont la poursuite du d&#233;ploiement ne produit plus que la barbarie ; et il n'y a plus d'autre capitalisme possible. L'issue de ce conflit de civilisation est incertain, comme toujours. Ou bien les gauches radicales parviendront, par l'audace de leurs initiatives, &#224; arracher des avanc&#233;es r&#233;volutionnaires, ou bien la contre-r&#233;volution l'emportera. Il n'y a pas de compromis durable entre ces deux r&#233;ponses au d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les strat&#233;gies des gauches non-radicales ne sont en fait que des non-strat&#233;gies, c'est-&#224;-dire des ajustements au jour le jour aux vicissitudes du syst&#232;me en implosion. Et si les pouvoirs en place veulent, comme le Gu&#233;pard, &#171; tout changer afin que rien ne change &#187;, les candidats de la gauche non-radicale croient possible de &#171; changer la vie sans toucher aux pouvoirs des monopoles &#187; ! Les gauches non-radicales n'arr&#234;teront pas le triomphe de la barbarie capitaliste. Elles ont d&#233;j&#224; perdu la bataille, faute de vouloir la livrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'audace : il faut pour faire co&#239;ncider l'automne du capitalisme, annonc&#233; par l'implosion de son syst&#232;me, avec un authentique printemps des peuples, devenu possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Samir Amin, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise, Le temps des cerises, 2009.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Samir Amin, Du capitalisme &#224; la civilisation, Syllepse, 2008.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Aur&#233;lien Bernier, D&#233;sob&#233;issons &#224; l'Union Europ&#233;enne, Mille et une nuits, 2011.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fran&#231;ois Morin, Un monde sans Wall Street, Le seuil, 2011.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jacques Nikonoff, Sortons de l'euro !, Mille et une nuits, 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une premi&#232;re &#233;valuation du FSM Dakar 2011</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-premiere-evaluation-du-FSM-Dakar-2011</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Une-premiere-evaluation-du-FSM-Dakar-2011</guid>
		<dc:date>2011-03-01T13:15:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>Forum Social de Dakar</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-03-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je regrette le temps consacr&#233; &#224; entendre les &#171; reproches &#187; formul&#233;es au cours de la s&#233;ance de &#171; premi&#232;re &#233;valuation &#187; par le Conseil international. On a entendu la m&#234;me litanie dans tous les Forums sociaux ant&#233;rieurs, trop longue, au d&#233;triment du d&#233;bat politique, escamot&#233;. Un comportement qui, malheureusement, rappelle davantage celui de &#171; consommateurs de services &#187; que de militants responsables et solidaires. &lt;br class='autobr' /&gt; 1 . Les r&#233;seaux du Forum du tiers-monde (FTM) et du Forum mondial des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH29/arton6681-f07d1.png?1677097343' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='29' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je regrette le temps consacr&#233; &#224; entendre les &#171; reproches &#187; formul&#233;es au cours de la s&#233;ance de &#171; premi&#232;re &#233;valuation &#187; par le Conseil international. On a entendu la m&#234;me litanie dans tous les Forums sociaux ant&#233;rieurs, trop longue, au d&#233;triment du d&#233;bat politique, escamot&#233;. Un comportement qui, malheureusement, rappelle davantage celui de &#171; consommateurs de services &#187; que de militants responsables et solidaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1 . Les r&#233;seaux du Forum du tiers-monde (FTM) et du Forum mondial des alternatives (FMA), associ&#233;s au CODESRIA et &#224; ENDA tiers-monde, soutenus par Tansform-Europe, Action, South South Peoples' Solidarity Network et M&#233;moire des luttes, ont &#233;t&#233; visiblement pr&#233;sents et actifs dans l'&#233;dition Dakar 2011, davantage sans doute que dans les &#233;ditions ant&#233;rieures du FSM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants d'Asie et d'Afrique mobilis&#233;s dans les tables rondes et conf&#233;rences organis&#233;es par les institutions et r&#233;seaux concern&#233;s ont sans doute r&#233;uni une bonne majorit&#233; des Africains et Asiatiques qui sont intervenus au cours du FSM Dakar 2011. Ces tables rondes et les conf&#233;rences ont &#233;t&#233; suivies par un bon nombre de participants (plus de 200 en permanence), sans d&#233;semparer pendant quatre jours (du lundi au jeudi inclus) de 9 heures du matin &#224; 19 heures. Des participants d'Am&#233;rique latine et d'Europe ont &#233;galement &#233;t&#233; pr&#233;sents et actifs au cours de ces quatre journ&#233;es. La qualit&#233; et le niveau des interventions ont souvent &#233;t&#233; remarquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 . De l'avis unanime, l'&#233;valuation du FSM devrait porter d'abord sur la question des progr&#232;s politiques du Forum, et ensuite, sans en aucune mani&#232;re en r&#233;duire l'importance, sur les questions d'organisation et d'intendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 . La question politique centrale pos&#233;e est la suivante : enregistre-t-on, d'une &#233;dition du Forum &#224; l'autre, des progr&#232;s dans leur capacit&#233; politique de mobiliser les forces majeures en lutte qui participent activement &#224; la transformation du monde, pour la construction &#171; d'un autre monde &#187; &#8211; meilleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 . Mon appr&#233;ciation personnelle nous invite tous &#224; faire preuve de modestie. Non, les forces majeures engag&#233;es dans les grandes luttes de notre temps sont rarement pr&#233;sentes dans les Forum sociaux. A titre d'exemple illustratif, on peut citer les cas de la Tunisie et de l'Egypte dont les mouvements populaires gigantesques ont occup&#233; le devant de la sc&#232;ne pendant le d&#233;roulement du FSM Dakar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu des organisations et des r&#233;seaux &#8211; peut-&#234;tre aucun d'entre eux &#8211; qui ont jou&#233; le r&#244;le d&#233;cisif dans ces deux pays avaient entendu parler des Forums sociaux. On pourrait tr&#232;s certainement multiplier les exemples pour chacun des continents de la Plan&#232;te. Sans doute ces mouvements en lutte trouvent-ils un &#233;cho enthousiaste chez beaucoup de participants des Forum sociaux. Les ovations accord&#233;es aux peuples tunisien et &#233;gyptien en lutte en t&#233;moignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t donc difficile de conclure que, au cours des dix ann&#233;es de leur d&#233;ploiement, les Forum sociaux ont r&#233;alis&#233; des progr&#232;s dans leur capacit&#233; de mobiliser les mouvements majeurs en lutte au rythme requis par l'urgence des d&#233;fis. En d&#233;pit des progr&#232;s, les FSM restent, me semble-t-il, &#224; la tra&#238;ne, toujours &#171; en retard &#187; par rapport aux progr&#232;s enregistr&#233;s sur le terrain par les luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jugement, m&#234;me s'il peut para&#238;tre s&#233;v&#232;re, ne signifie pas que la tenue des FSM constitue un &#233;v&#232;nement n&#233;gligeable. Le seul fait de la rencontre, &#224; l'&#233;chelle mondiale, d'un certain nombre de mouvements (m&#234;me s'il ne s'agit pas des mouvements les plus actifs sur le terrain) est d'autant plus positif qu'il n'y a gu&#232;re d'autres occasions similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les mouvements qui participent aux FSM sont certainement parfaitement l&#233;gitimes par leur intervention pour la d&#233;fense des droits d&#233;mocratiques des travailleurs, des femmes, des peuples, pour la promotion d'un autre d&#233;veloppement respectueux de la nature etc. Et cela m&#234;me si ces mouvements demeurent toujours trop fragment&#233;s. Il me semble n&#233;anmoins que des progr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s dans la prise de conscience des exigences de la construction de convergences, dans la perspective de donner au mouvement d'ensemble une strat&#233;gie d'action efficace. Le FSM Dakar me para&#238;t, sous cet angle, s'&#234;tre inscrit dans cette progression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des raisons majeures probables qui explique la pr&#233;sence faible des grands mouvements en lutte est financi&#232;re. La participation aux FSM co&#251;te cher. Les ONG qui disposent souvent de moyens importants mis &#224; leur disposition par les agences internationales et celles de la &#171; coop&#233;ration &#187; des pays nantis sont, de ce fait, naturellement sur-repr&#233;sent&#233;es en comparaison avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 . Les questions d'organisation et d' &#171; intendance &#187; sont importantes, et les d&#233;ficiences enregistr&#233;es sur ce plan ne doivent pas &#234;tre exclues de l'&#233;valuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce plan, il me para&#238;t que le FSM Dakar 2011 n'a pas &#233;t&#233; &#171; plus mal &#187; organis&#233; que d'autres. D'autant que le budget r&#233;uni pour sa r&#233;alisation (et bravo pour Taoufik d'&#234;tre parvenu, par des efforts inou&#239;s, &#224; en avoir rendu possible la collecte) a &#233;t&#233; largement inf&#233;rieur &#224; celui qui a pu &#234;tre d&#233;pens&#233; dans d'autres FSM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tiens ici &#224; f&#233;liciter les comit&#233;s d'organisation s&#233;n&#233;galais et africain. En fait, ce Forum me para&#238;t avoir &#233;t&#233; moins d&#233;ficient au plan de son organisation que d'autres, tenus dans des pays consid&#233;rablement plus favoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adresse &#233;galement mes remerciements &#224; l'Universit&#233; Cheick Anta Diop de Dakar et au gouvernement du S&#233;n&#233;gal qui ont largement contribu&#233; &#224; faciliter notre t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche de Dakar a rassembl&#233; 70 000 participants (estimation de la police, rarement g&#233;n&#233;reuse sur ce point), soit beaucoup plus que pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit de cette affluence je dois dire que, au moins pour ce qui est des activit&#233;s organis&#233;es par nos r&#233;seaux &#171; agglutin&#233;s &#187;, comme on dit dans le langage des Forums sociaux, cette organisation a &#233;t&#233; parfaite. Nous avons tenu 36 heures de discussions ininterrompues (qui ont rassembl&#233;, je le rappelle, la majorit&#233; des intervenants d'Afrique et d'Asie), sans accroc, dans les m&#234;mes bonnes salles, assist&#233;s par une interpr&#233;tation qui n'a pas fait d&#233;faut (grand merci aux Babels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;roulement du FSM dans le m&#234;me lieu &#8211; l'Universit&#233; &#8211; a permis d'&#233;viter le malheur qui a frapp&#233; d'autres Forum sociaux, diss&#233;min&#233;s dans des villes tentaculaires, imposant de longs d&#233;placements, sans, de surcro&#238;t, avoir la certitude d'arriver &#224; bon port ! Bravo pour Dakar, ville pourtant moins opulente que celles o&#249; d'autres Forums sociaux ont &#233;t&#233; tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, je regrette le temps consacr&#233; &#224; entendre les &#171; reproches &#187; formul&#233;es au cours de la s&#233;ance de &#171; premi&#232;re &#233;valuation &#187; par le Conseil international. On a entendu la m&#234;me litanie dans tous les Forums sociaux ant&#233;rieurs, trop longue, au d&#233;triment du d&#233;bat politique, escamot&#233;. Un comportement qui, malheureusement, rappelle davantage celui de &#171; consommateurs de services &#187; que de militants responsables et solidaires. La sur-repr&#233;sentation des ONG qui disposent des moyens financiers leur permettant de participer &#224; toutes les r&#233;unions &#8211; nombreuses - du Conseil international devrait faire r&#233;fl&#233;chir aux voies et moyens d'en limiter les effets n&#233;gatifs, qui portent atteinte &#224; la cr&#233;dibilit&#233; des FSM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Samir Amin est analyste politique et &#233;crivain. Directeur du Forum du Tiers-Monde &#224; Dakar (S&#233;n&#233;gal). Pr&#233;sident du Forum mondial des alternatives (FMA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interview de Samir Amin sur la r&#233;volution egyptienne</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Interview-de-Samir-Amin-sur-la-revolution-egyptienne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Interview-de-Samir-Amin-sur-la-revolution-egyptienne</guid>
		<dc:date>2011-02-15T13:39:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>Egypte</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-02-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;conomiste franco-&#233;gyptien, membre du Conseil international du Forum social mondial et pr&#233;sident du Forum mondial des alternatives, Samir Amin analyse les enjeux politiques et &#233;conomiques de la crise que traverse l'&#201;gypte. L'entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; depuis Dakar au Forum social mondial par Rosa Moussaoui, journaliste envoy&#233;e sp&#233;ciale de L'Humanit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Les &#233;v&#233;nements qui secouent la Tunisie et l'&#201;gypte rel&#232;vent-ils de simples &#171; r&#233;voltes populaires &#187; ou signent-ils l'entr&#233;e de ces pays dans des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-02-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-02-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L94xH150/arton6555-79906.png?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;conomiste franco-&#233;gyptien, membre du Conseil international du Forum social mondial et pr&#233;sident du Forum mondial des alternatives, Samir Amin analyse les enjeux politiques et &#233;conomiques de la crise que traverse l'&#201;gypte. L'entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; depuis Dakar au Forum social mondial par Rosa Moussaoui, journaliste envoy&#233;e sp&#233;ciale de L'Humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;v&#233;nements qui secouent la Tunisie et l'&#201;gypte rel&#232;vent-ils de simples &#171; r&#233;voltes populaires &#187; ou signent-ils l'entr&#233;e de ces pays dans des processus r&#233;volutionnaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samir Amin&lt;/strong&gt; - Il s'agit de r&#233;voltes sociales potentiellement porteuses de la cristallisation d'alternatives, qui peuvent &#224; long terme s'inscrire dans une perspective socialiste. C'est la raison pour laquelle le syst&#232;me capitaliste, le capital des monopoles dominants &#224; l'&#233;chelle mondiale, ne peut tol&#233;rer le d&#233;veloppement de ces mouvements. Il mobilisera tous les moyens de d&#233;stabilisation possibles, des pressions &#233;conomiques et financi&#232;res jusqu'&#224; la menace militaire. Il soutiendra, selon les circonstances, soit les fausses alternatives fascistes ou fascisantes, soit la mise en place de dictatures militaires. Il ne faut pas croire un mot de ce que dit Obama. Obama, c'est Bush, mais avec un autre langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une duplicit&#233; permanente. En fait, dans le cas de l'&#201;gypte, les &#201;tats-Unis soutiennent le r&#233;gime. Ils peuvent finir par juger plus utile le sacrifice de la personne de Moubarak. Mais ils ne renonceront pas &#224; sauvegarder l'essentiel : le syst&#232;me militaire et policier. Ils peuvent envisager le renforcement de ce syst&#232;me militaire et policier gr&#226;ce &#224; une alliance avec les Fr&#232;res musulmans. En fait, les dirigeants des &#201;tats-Unis ont en t&#234;te le mod&#232;le pakistanais, qui n'est pas un mod&#232;le d&#233;mocratique mais une combinaison entre un pouvoir dit islamique et une dictature militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, dans le cas de l'&#201;gypte, une bonne partie des forces populaires qui se sont mobilis&#233;es sont parfaitement conscientes de ces vis&#233;es. Le peuple &#233;gyptien est tr&#232;s politis&#233;. L'histoire de l'&#201;gypte est celle d'un pays qui tente d'&#233;merger depuis le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, qui a &#233;t&#233; battu par ses propres insuffisances, mais surtout par des agressions ext&#233;rieures r&#233;p&#233;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces soul&#232;vements sont surtout le fait de jeunes pr&#233;caris&#233;s, de dipl&#244;m&#233;s ch&#244;meurs. Comment les expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samir Amin&lt;/strong&gt; - L'&#201;gypte de Nasser disposait d'un syst&#232;me &#233;conomique et social critiquable, mais coh&#233;rent. Nasser a fait le pari de l'industrialisation pour sortir de la sp&#233;cialisation internationale coloniale qui cantonnait le pays &#224; l'exportation de coton. Ce syst&#232;me a su assurer une bonne distribution des revenus en faveur des classes moyennes, mais sans appauvrissement des classes populaires. Cette page s'est tourn&#233;e &#224; la suite des agressions militaires de 1956 et de 1967 qui mobilis&#232;rent Isra&#235;l. Sadate et plus encore Moubarak ont &#339;uvr&#233; au d&#233;mant&#232;lement du syst&#232;me productif &#233;gyptien, auquel ils ont substitu&#233; un syst&#232;me totalement incoh&#233;rent, exclusivement fond&#233; sur la recherche de rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les taux de croissance &#233;gyptiens pr&#233;tendument &#233;lev&#233;s, qu'exalte depuis trente ans la Banque mondiale, n'ont aucune signification. C'est de la poudre aux yeux. La croissance &#233;gyptienne est tr&#232;s vuln&#233;rable, d&#233;pendante du march&#233; ext&#233;rieur et du flux de capitaux p&#233;troliers venus des pays rentiers du Golfe. Avec la crise du syst&#232;me mondial, cette vuln&#233;rabilit&#233; s'est manifest&#233;e par un brutal essoufflement. Cette croissance s'est accompagn&#233;e d'une incroyable mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s et du ch&#244;mage, qui frappe une majorit&#233; de jeunes. Cette situation &#233;tait explosive, elle a explos&#233;. Ce qui est d&#233;sormais engag&#233;, au-del&#224; des revendications initiales de d&#233;part du r&#233;gime et d'instauration des libert&#233;s d&#233;mocratiques, c'est une bataille politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les Fr&#232;res musulmans tentent-ils d&#233;sormais de se pr&#233;senter comme des &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samir Amin&lt;/strong&gt; - Parce qu'on leur demande de jouer ce jeu. Les Fr&#232;res musulmans n'ont jamais &#233;t&#233; des mod&#233;r&#233;s. Il ne s'agit pas d'un mouvement religieux, mais d'un mouvement politique qui utilise la religion. D&#232;s sa fondation en 1920 par les Britanniques et la monarchie, ce mouvement a jou&#233; un r&#244;le actif d'agent anticommuniste, anti-progressiste, antid&#233;mocratique. C'est la raison d'&#234;tre des Fr&#232;res musulmans et ils la revendiquent. Ils l'affirment ouvertement : s'ils gagnent une &#233;lection, ce sera la derni&#232;re, parce que le r&#233;gime &#233;lectoral serait un r&#233;gime occidental import&#233; contraire &#224; la nature islamique. Ils n'ont absolument rien chang&#233; sur ce plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'islam politique a toujours &#233;t&#233; soutenu par les &#201;tats-Unis. Ils ont pr&#233;sent&#233; les talibans dans la guerre contre l'Union sovi&#233;tique comme des h&#233;ros de la libert&#233;. Lorsque les talibans ont ferm&#233; les &#233;coles de filles cr&#233;&#233;es par les communistes, il s'est trouv&#233; des mouvements f&#233;ministes aux &#201;tats-Unis pour expliquer qu'il fallait respecter les &#171; traditions &#187; de ce pays. Ceci rel&#232;ve d'un double jeu. D'un c&#244;t&#233;, le soutien. De l'autre, l'instrumentalisation des exc&#232;s naturels des fondamentalistes pour alimenter le rejet des immigr&#233;s et justifier les agressions militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment &#224; cette strat&#233;gie, le r&#233;gime de Moubarak n'a jamais lutt&#233; contre l'islam politique. Au contraire, il l'a int&#233;gr&#233; dans son syst&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moubarak a-t-il sous-trait&#233; la soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne aux Fr&#232;res musulmans ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Samir Amin - Absolument. Il leur a confi&#233; trois institutions fondamentales : la justice, l'&#233;ducation et la t&#233;l&#233;vision. Mais le r&#233;gime militaire veut conserver pour lui la direction, revendiqu&#233;e par les Fr&#232;res musulmans. Les &#201;tats-Unis utilisent ce conflit mineur au sein de l'alliance entre militaires et islamistes pour s'assurer de la docilit&#233; des uns comme des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel est que tous acceptent le capitalisme tel qu'il est. Les Fr&#232;res musulmans n'ont jamais envisag&#233; de changer les choses de mani&#232;re s&#233;rieuse. D'ailleurs lors des grandes gr&#232;ves ouvri&#232;res de 2007-2008, leurs parlementaires ont vot&#233; avec le gouvernement contre les gr&#233;vistes. Face aux luttes des paysans expuls&#233;s de leur terre par les grands propri&#233;taires fonciers, les Fr&#232;res musulmans prennent partie contre le mouvement paysan. Pour eux la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la libre entreprise et le profit sont sacr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont leurs vis&#233;es &#224; l'&#233;chelle du Proche-Orient ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samir Amin&lt;/strong&gt; - Tous sont tr&#232;s dociles. Les militaires comme les Fr&#232;res musulmans acceptent l'h&#233;g&#233;monie des &#201;tats-Unis dans la r&#233;gion et la paix avec Isra&#235;l telle qu'elle est. Les uns comme les autres continueront &#224; faire preuve de cette complaisance qui permet &#224; Isra&#235;l de poursuivre la colonisation de ce qui reste de la Palestine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'impossible gestion de l'Euro</title>
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		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2010-07-27</dc:subject>

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&lt;p&gt;La cr&#233;ation de la monnaie unique europ&#233;enne est donc revenue &#224; mettre la charrue avant les b&#339;ufs. La moindre crise s&#233;rieuse pouvait lui &#234;tre fatale et c'est qui arrive aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans la crise qu'elle conna&#238;t, l'euro semble subir les effets d'un p&#233;ch&#233; originel. Car voil&#224; une monnaie qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e sans qu'il n'y ait un Etat derri&#232;re. En effet, l'Europe politique n'existe pas, note Samir Amin. Pas plus que n'a fini de se construire l'Europe &#233;conomique et sociale. La cr&#233;ation de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-70-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L140xH150/arton4931-6fc38.png?1679107134' class='spip_logo spip_logo_right' width='140' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La cr&#233;ation de la monnaie unique europ&#233;enne est donc revenue &#224; mettre la charrue avant les b&#339;ufs. La moindre crise s&#233;rieuse pouvait lui &#234;tre fatale et c'est qui arrive aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans la crise qu'elle conna&#238;t, l'euro semble subir les effets d'un p&#233;ch&#233; originel. Car voil&#224; une monnaie qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e sans qu'il n'y ait un Etat derri&#232;re. En effet, l'Europe politique n'existe pas, note Samir Amin. Pas plus que n'a fini de se construire l'Europe &#233;conomique et sociale. La cr&#233;ation de la monnaie unique europ&#233;enne est donc revenue &#224; mettre la charrue avant les b&#339;ufs. La moindre crise s&#233;rieuse pouvait lui &#234;tre fatale et c'est qui arrive aujourd'hui. Quant aux solutions, note Amin, elles ne pourraient survenir que &#171; dans la mesure o&#249; une gauche radicale osait prendre l'initiative politique de la constitution de blocs historiques alternatifs &#171; anti-oligarchiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Il n'y a pas de monnaie sans Etat. Ensemble, Etat et monnaie constituent dans le capitalisme le moyen de la gestion de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral du capital, transcendant les int&#233;r&#234;ts particuliers des segments du capital en concurrence. La dogmatique en cours, imaginant un capitalisme g&#233;r&#233; par le &#171; march&#233; &#187;, voire sans Etat (r&#233;duit &#224; ses fonctions minimales de gardien de l'ordre), ne repose ni sur une lecture s&#233;rieuse de l'histoire du capitalisme r&#233;el, ni sur une th&#233;orie &#224; pr&#233;tention &#171; scientifique &#187; capable de d&#233;montrer que la gestion par le march&#233; produit &#8211; m&#234;me tendanciellement &#8211; un &#233;quilibre quelconque (a fortiori &#171; optimal &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'Euro a &#233;t&#233; cr&#233;e en l'absence d'un Etat europ&#233;en, substitut aux Etats nationaux, dont les fonctions essentielles de gestionnaires des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux du capital &#233;taient elles m&#234;mes en voie d'abolition. Le dogme d'une monnaie &#171; ind&#233;pendante &#187; de l'Etat exprime cette absurdit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Europe &#187; politique n'existe pas. En d&#233;pit de l'imaginaire na&#239;f appelant &#224; d&#233;passer le principe de la souverainet&#233;, les Etats nationaux demeurent seuls l&#233;gitimes. Il n'y a pas de maturit&#233; politique qui ferait accepter par le peuple d'une quelconque des nations historiques, dont l'Europe est constitu&#233;e, le r&#233;sultat d'un &#171; vote europ&#233;en &#187;. On peut le souhaiter ; il reste qu'il faudra attendre encore longtemps pour qu'une l&#233;gitimit&#233; europ&#233;enne &#233;merge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe &#233;conomique et sociale n'existe pas d'avantage. Une Europe de 25 ou 30 Etats reste une r&#233;gion profond&#233;ment in&#233;gale dans son d&#233;veloppement capitaliste. Les groupes oligopolistiques qui contr&#244;lent d&#233;sormais l'ensemble de l'&#233;conomie (et au-del&#224; la politique courante et la culture politique) de la r&#233;gion sont des groupes qui ont une &#171; nationalit&#233; &#187; d&#233;termin&#233;e par celle de leurs dirigeants majeurs. Ce sont des groupes qui sont principalement britanniques, allemands, fran&#231;ais, accessoirement n&#233;erlandais, su&#233;dois, espagnols, italiens. L'Europe de l'Est et en partie celle du Sud sont, dans un rapport &#224; l'Europe du nord ouest et du centre, analogue &#224; celui qui commande dans les Am&#233;riques la relation entre l'Am&#233;rique latine et les Etats Unis. L'Europe n'est gu&#232;re dans ces conditions qu'un march&#233; commun, voire unique, lui-m&#234;me partie du march&#233; global du capitalisme tardif des oligopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s, mondialis&#233;s et financiaris&#233;s. L'Europe est, de ce point de vue, ai-je &#233;crit, la &#171; r&#233;gion la plus mondialis&#233;e &#187; du syst&#232;me global. De cette r&#233;alit&#233;, renforc&#233;e par l'impossible Europe politique, d&#233;coule une diversit&#233; des niveaux de salaires r&#233;els et des syst&#232;mes de solidarit&#233; sociale comme des fiscalit&#233;s qui ne peut &#234;tre abolie dans le cadre des institutions europ&#233;ennes telles qu'elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La cr&#233;ation de l'Euro a donc mis la charrue avant les b&#339;ufs. Les politiciens qui en ont d&#233;cid&#233; ainsi l'ont d'ailleurs parfois avou&#233;, en pr&#233;tendant que l'op&#233;ration contraindrait &#171; l'Europe &#187; &#224; inventer son Etat transnational, repla&#231;ant par l&#224; m&#234;me les b&#339;ufs devant la charrue. Ce miracle n'a pas eu lieu ; et tout laisse entendre qu'il n'aura pas lieu. J'avais eu l'occasion, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1990, d'exprimer mes doutes sur cette man&#339;uvre. L'expression (&#171; placer la charrue avant les b&#339;ufs &#187;), qui fut la mienne a &#233;t&#233; r&#233;cemment reprise par un haut responsable de la cr&#233;ation de l'euro. Lequel, en l'occurrence, m'avait fait part de sa certitude que mon jugement &#233;tait pessimiste sans raison. Un syst&#232;me absurde de ce genre ne pouvait donner l'apparence de fonctionner sans grave accroc, ai-je &#233;crit, que tant que la conjoncture g&#233;n&#233;rale demeurait facile et favorable. Il fallait donc s'attendre &#224; ce qui est arriv&#233; : d&#232;s lors qu'une &#171; crise &#187; (fut-elle dans un premier temps d'apparence financi&#232;re) frappait le syst&#232;me, la gestion de l'Euro devait s'av&#233;rer impossible, incapable de permettre des r&#233;ponses coh&#233;rentes et efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise en cours est appel&#233;e &#224; durer, voire &#224; s'approfondir. Ses effets sont diff&#233;rents, et souvent in&#233;gaux, d'un pays europ&#233;en &#224; l'autre. Les r&#233;ponses sociales et politiques aux d&#233;fis qu'ils constituent pour les classes populaires, les classes moyennes, les syst&#232;mes de pouvoirs politiques, sont et seront de ce fait diff&#233;rentes d'un pays &#224; l'autre. La gestion de ces conflits appel&#233;s &#224; se d&#233;velopper est impossible en l'absence d'un Etat europ&#233;en, r&#233;el et l&#233;gitime ; et l'instrument mon&#233;taire de cette gestion n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses donn&#233;es par les institutions europ&#233;ennes (BCE incluse) &#224; la &#171; crise &#187; (grecque entre autre) sont de ce fait absurdes, et appel&#233;es &#224; faire faillite. Ces r&#233;ponses se r&#233;sument dans un seul terme &#8211; aust&#233;rit&#233; partout, pour tous &#8211; et sont analogues aux r&#233;ponses donn&#233;es par les gouvernements en place en 1929-1930. Et de la m&#234;me mani&#232;re que les r&#233;ponses des ann&#233;es 1930 ont aggrav&#233; la crise r&#233;elle, celles pr&#233;conis&#233;es aujourd'hui par Bruxelles produiront le m&#234;me r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ce qu'il aurait &#233;t&#233; possible de faire au cours des ann&#233;es 1990 aurait d&#251; &#234;tre d&#233;fini dans le cadre de la mise en place d'un &#171; serpent mon&#233;taire europ&#233;en &#187;. Chaque nation europ&#233;enne, demeur&#233;e de fait souveraine, aurait donc g&#233;r&#233; son &#233;conomie et sa monnaie selon ses possibilit&#233;s et ses besoins, m&#234;me limit&#233;s par l'ouverture commerciale (le march&#233; commun). L'interd&#233;pendance aurait &#233;t&#233; institutionnalis&#233;e par le serpent mon&#233;taire : les monnaies nationales auraient &#233;t&#233; &#233;chang&#233;es &#224; taux fixes (ou relativement fixes), r&#233;vis&#233;s de temps &#224; autre par des ajustements n&#233;goci&#233;s (d&#233;valuations ou r&#233;&#233;valuations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective &#8211; longue &#8211; d'un &#171; durcissement du serpent &#187; (pr&#233;parant peut &#234;tre l'adoption d'une monnaie commune) aurait alors &#233;t&#233; ouverte. Le progr&#232;s dans cette direction aurait &#233;t&#233; mesur&#233; par la convergence &#8211; lente, progressive &#8211; de l'efficacit&#233; des syst&#232;mes de production, des salaires r&#233;els et des avantages sociaux. Autrement dit le serpent aurait facilit&#233; &#8211; et non handicap&#233; &#8211; une progression possible par convergence vers le haut. Celle-ci aurait exig&#233; des politiques nationales diff&#233;renci&#233;es se donnant ces objectifs, et les moyens de ces politiques, entre autre le contr&#244;le des flux financiers, lequel implique le refus de l'absurde int&#233;gration financi&#232;re d&#233;r&#233;gul&#233;e et sans fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La crise de l'Euro en cours pourrait fournir l'occasion d'un abandon du syst&#232;me absurde de gestion de cette monnaie illusoire et la mise en place d'un serpent mon&#233;taire europ&#233;en en consonance avec les possibilit&#233;s r&#233;elles des pays concern&#233;s. La Gr&#232;ce et l'Espagne pourraient amorcer le mouvement en d&#233;cidant : &lt;br class='autobr' /&gt; de sortir (&#171; provisoirement &#187;) de l'Euro ; &lt;br class='autobr' /&gt; de d&#233;valuer ; &lt;br class='autobr' /&gt; d'instaurer le contr&#244;le des changes, au moins en ce qui concerne les flux financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pays seraient alors en position de force pour n&#233;gocier v&#233;ritablement le r&#233;&#233;chelonnement de leurs dettes, apr&#232;s audit, r&#233;pudiation des dettes associ&#233;es &#224; des op&#233;rations de corruption ou de sp&#233;culation (auxquelles les oligopoles &#233;trangers ont particip&#233; et dont ils ont tir&#233; m&#234;me de beaux b&#233;n&#233;fices !). L'exemple, j'en suis persuad&#233;, ferait &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Malheureusement la probabilit&#233; d'une sortie de crise par ces moyens est probablement proche de z&#233;ro. Car le choix de la gestion de l'euro &#171; ind&#233;pendant des Etats &#187; et le respect sacro-saint de la &#171; loi des march&#233;s financiers &#187; ne sont pas les produits d'une pens&#233;e th&#233;orique absurde. Ils conviennent parfaitement au maintien des oligopoles aux postes de commande. Ils constituent des pi&#232;ces de la construction europ&#233;enne d'ensemble, con&#231;ue elle-m&#234;me exclusivement et int&#233;gralement pour rendre impossible la remise en cause du pouvoir &#233;conomique et politique exerc&#233; par ces oligopoles, &#224; leur seul b&#233;n&#233;fice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; sur de nombreux sites web, intitul&#233; &#171; Open letter by G. Papandr&#233;ou to A. Merkel &#187;, les auteurs grecs de cette lettre imaginaire comparent l'arrogance de l'Allemagne d'hier et d'aujourd'hui. Par deux fois, au XXe si&#232;cle, les classes dirigeantes de ce pays ont poursuivi le projet chim&#233;rique de fa&#231;onner l'Europe par des moyens militaires, chaque fois surestim&#233;s. Leur objectif de leadership d'une Europe con&#231;ue comme &#171; une zone mark &#187;, n'est il pas &#224; son tour fond&#233; sur une surestimation de la sup&#233;riorit&#233; de l'&#233;conomie allemande, en fait relative et fragile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sortie de la crise ne serait possible que si et dans la mesure o&#249; une gauche radicale osait prendre l'initiative politique de la constitution de blocs historiques alternatifs &#171; anti-oligarchiques &#187;. L'Europe sera de gauche ou ne sera pas, ai-je &#233;crit. Le ralliement des gauches &#233;lectorales europ&#233;ennes &#224; l'id&#233;e que &#171; l'Europe telle qu'elle est vaut mieux que pas d'Europe &#187; ne permet pas de sortir de l'impasse, ce qui exige la d&#233;construction des institutions et des trait&#233;s europ&#233;ens. A d&#233;faut donc, le syst&#232;me de l'Euro, et derri&#232;re lui celui de &#171; l'Europe &#187; tel qu'il est, s'enfonceront dans un chaos dont l'issue est impr&#233;visible. Tous les &#171; sc&#233;narios &#187; peuvent alors &#234;tre imagin&#233;s, y compris celui qu'on pr&#233;tend vouloir &#233;viter, celui de renaissance de projets d'ultra droite. Dans ces conditions, pour les Etats Unis, la survie d'une Union Europ&#233;enne parfaitement impuissante ou son &#233;clatement ne changent pas grand-chose. L'id&#233;e d'une Europe unie et puissante contraignant Washington &#224; tenir compte de ses points de vue et de ses int&#233;r&#234;ts rel&#232;ve de l'illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. J'ai donn&#233; &#224; cette r&#233;flexion un caract&#232;re concis, pour &#233;viter les redites, m'&#233;tant &#233;tendu sur diff&#233;rents aspects de l'impasse europ&#233;enne dans des &#233;crits ant&#233;rieurs : &lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;g&#233;monisme des Etats-Unis et l'effacement du projet europ&#233;en, section II, 2000 &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; du capitalisme s&#233;nile, chapitre VI, 2002 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le virus lib&#233;ral, chapitre V, 2003 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour un monde multipolaire, chapitre I, 2005 _La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ? , chapitre I, 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samir Amin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Crise financi&#232;re ou crise syst&#233;mique ?</title>
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		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; Je crois que de nouvelles configurations des rapports de force sociaux imposant au capital &#224; s'ajuster, lui, aux revendications des classes populaires et des peuples, est possible. A condition que les luttes sociales, encore fragment&#233;es et sur la d&#233;fensive dans l'ensemble, parviennent &#224; se cristalliser dans une alternative politique coh&#233;rente. (...) La question politique centrale aujourd'hui est donc de savoir si les victimes sociales du syst&#232;me en place deviendront capables de se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH117/arton3282-9c76f.jpg?1679107135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je crois que de nouvelles configurations des rapports de force sociaux imposant au capital &#224; s'ajuster, lui, aux revendications des classes populaires et des peuples, est possible. A condition que les luttes sociales, encore fragment&#233;es et sur la d&#233;fensive dans l'ensemble, parviennent &#224; se cristalliser dans une alternative politique coh&#233;rente. (...) La question politique centrale aujourd'hui est donc de savoir si les victimes sociales du syst&#232;me en place deviendront capables de se constituer en alternative positive ind&#233;pendant, radicale et coh&#233;rente. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Questions de m&#233;thode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement financier de Septembre 2008 amorce le d&#233;veloppement d'une crise syst&#233;mique majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la nature de cette crise, des enjeux et &#224; partir de l&#224; imaginer les contours possibles des diff&#233;rents syst&#232;mes alternatifs qui &#233;mergeront progressivement des r&#233;ponses que leur donneront les forces dominantes en place, les &#201;tats et les classes dirigeantes, comme les travailleurs et les peuples domin&#233;s, il est n&#233;cessaire d'aller au-del&#224; de l'analyse du d&#233;roulement de la crise financi&#232;re &#224; proprement parler. Mais il ne suffit pas non plus de juxtaposer cette derni&#232;re analyse et celle d'autres crises en particulier : (i) la crise de l'accumulation dans l'&#233;conomie productive r&#233;elle ; (ii) la crise &#233;nerg&#233;tique, concernant a) l'&#233;puisement des ressources fossiles, b) les cons&#233;quences de la croissance associ&#233;e au mod&#232;le d'utilisation de cette &#233;nergie (effets possibles sur le climat inclus), c) les cons&#233;quences des politiques de substitution mises en &#339;uvre (agro-carburants) ; (iii) la crise des soci&#233;t&#233;s paysannes soumises &#224; une destruction acc&#233;l&#233;r&#233;e et la crise de l'agro-alimentaire qui lui est associ&#233;e. Il est n&#233;cessaire d'int&#233;grer toutes les dimensions de cette crise syst&#233;mique majeure dans une analyse holistique int&#233;gr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'amorcerai le d&#233;bat sur cette question par une s&#233;rie de propositions concernant les caract&#233;ristiques majeures nouvelles du capitalisme contemporain. Deux transformations majeures se sont produites progressivement au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Bien qu'il s'agisse d'&#233;volutions amorc&#233;es depuis longtemps, je dirai que le changement en quantit&#233; s'est transform&#233; en saut qualitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces transformations concerne le degr&#233; de centralisation du capital dans ses segments dominants. Celui-ci est sans commune mesure avec ce qu'il &#233;tait il y a seulement une quarantaine d'ann&#233;es. Certes les monopoles et les oligopoles ne sont pas une r&#233;alit&#233; nouvelle dans l'histoire du capitalisme, depuis l'&#233;poque mercantiliste jusqu'&#224; l'&#233;mergence des cartels et trusts de la fin du XIXe si&#232;cle (analys&#233;s par Hilferding, Hobson et L&#233;nine). Mais aujourd'hui on doit parler pour la premi&#232;re fois d'un capitalisme d'oligopoles g&#233;n&#233;ralis&#233; qui d&#233;sormais dominent dans tous les domaines de la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;duirai de cette observation deux cons&#233;quences majeures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces cons&#233;quences est que cette transformation a donn&#233; un visage nouveau &#224; l'imp&#233;rialisme. Celui-ci se conjuguait toujours au pluriel, et se manifestait par le conflit permanent des puissances imp&#233;rialistes concern&#233;es. D&#233;sormais on doit parler de l'imp&#233;rialisme collectif de la triade (&#201;tats-Unis, Europe, Japon), au singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde de ces cons&#233;quences est que la forme oligopolistique du capitalisme est &#224; l'origine de sa &#171; financiarisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde des transformations qualitatives majeures concerne les ressources naturelles de la Plan&#232;te. Celles-ci ne sont plus abondantes au point de pouvoir consid&#233;rer possible l'acc&#232;s illimit&#233; &#224; leur exploitation. Ces ressources sont devenues relativement consid&#233;rablement plus rares (sinon en voie d'&#233;puisement) et de ce fait l'acc&#232;s &#224; celles-ci ne peut plus &#234;tre ouvert &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce qui suit j'articulerai les analyses de chacune de ces &#233;volutions nouvelles du capitalisme/imp&#233;rialisme contemporain, ce qui permet de situer la crise de sa dimension financi&#232;re dans l'ensemble du syst&#232;me. Mais aussi de comprendre la logique et la nature des r&#233;ponses des pouvoirs dominants, et en contrepoint de pr&#233;ciser les conditions de l'&#233;mergence de r&#233;ponses alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste de &#171; ce qui est nouveau &#187; dans l'organisation des soci&#233;t&#233;s modernes d&#233;passe certainement les domaines retenus ici. La litt&#233;rature met souvent l'accent par exemple sur la r&#233;volution scientifique et technologique de notre temps (informatique, espace, nucl&#233;aire, exploitation du fond des mers, fabrication de mat&#233;riaux nouveaux etc.). Celle-ci est indiscutable et importante. Je refuse n&#233;anmoins d'appr&#233;hender cette dimension de la r&#233;alit&#233; &#224; travers les &#171; technologistes &#187; du discours dominant sur le sujet, faisant de ces lunettes innovations le moteur premier de l'histoire, appelant donc la soci&#233;t&#233; &#224; &#171; s'ajuster &#187; aux contraintes qu'elles commanderaient. En contrepoint, dans les analyses que je propose, les technologies sont elles-m&#234;mes fa&#231;onn&#233;es par les rapports sociaux dominants. Dans d'autres dimensions de la r&#233;alit&#233; la constatation de changements factuels importants ne s'impose pas moins. Au plan des rapports internationaux l'&#233;mergence de &#171; puissances nouvelles &#187; ne peut &#234;tre &#233;cart&#233;e du champ du possible. Au plan des rapports sociaux la liste des &#171; faits nouveaux &#187; indiscutables pourrait para&#238;tre illimit&#233;e. Par exemple la fragmentation des march&#233;s du travail et de l'organisation des syst&#232;mes productifs. Ou encore l'&#233;rosion des formes anciennes de l'expression politique au b&#233;n&#233;fice d'affirmations nouvelles &#8211; ou renouvel&#233;es, ou renforc&#233;es &#8211; du genre, des identit&#233;s (ethniques, religieuses, culturelles). Je crois n&#233;anmoins n&#233;cessaire d'articuler l'analyse de ces r&#233;alit&#233;s &#224; celle de la logique de la reproduction du syst&#232;me caract&#233;ris&#233; par celles des transformations majeures que j'ai retenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise est syst&#233;mique dans le sens que la poursuite du mod&#232;le de d&#233;ploiement du capitalisme des derni&#232;res d&#233;cennies devient impossible. La page en sera tourn&#233;e n&#233;cessairement, &#224; travers un temps de &#171; transition &#187; (de crise) bref ou long, ordonn&#233; ou chaotique. &#171; Un autre monde est possible &#187;, proclamaient les &#171; altermondistes &#187; de Porto All&#232;gre. Je disais &#171; Un autre monde est en voie d'&#233;merger &#187;, qui pourrait &#234;tre encore plus barbare, mais qui peut &#234;tre tout &#233;galement meilleur, &#224; des degr&#233;s divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces sociales dominantes tenteront, dans les conflits appel&#233;s &#224; s'aiguiser, de maintenir leurs positions privil&#233;gi&#233;es. Mais elles ne pourront y parvenir qu'en rompant avec beaucoup des principes et des pratiques associ&#233;s jusqu'ici &#224; leur domination. En particulier en renon&#231;ant &#224; la d&#233;mocratie, au droit international et au respect des droits des peuples du Sud. Si elles y parvenaient le monde de demain serait fond&#233; sur ce que j'ai appel&#233; &#171; l'apartheid &#224; l'&#233;chelle mondiale &#187;. Phase nouvelle du &#171; capitalisme &#187; ou syst&#232;me qualitativement diff&#233;rent et nouveau ? La question m&#233;rite discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs et les peuples qui seraient les victimes de cette &#233;volution barbare peuvent mettre en d&#233;route les forces sociales et politiques r&#233;actionnaires (et non &#171; lib&#233;rales &#187; comme elles essaient de le faire croire par leur autoqualification) &#224; l'&#339;uvre. Ils sont capables de prendre la mesure enti&#232;re des enjeux de cette crise syst&#233;mique, de se lib&#233;rer des r&#233;ponses illusoires qui ont encore souvent le vent en poupe, d'inventer les formes d'organisation et d'action ad&#233;quates, de transcender la fragmentation de leurs luttes et de surmonter les contradictions qui en d&#233;coulent. Auront-ils alors &#171; invent&#233; &#187; - ou &#171; r&#233;invent&#233; &#187; - le socialisme du XXIe si&#232;cle ? Ou seulement avanc&#233; dans cette direction, sur la longue route de la transition s&#233;culaire du capitalisme au socialisme ? Je penche pour cette seconde probabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation &#8211;ph&#233;nom&#232;ne inh&#233;rent au capitalisme, s'approfondissant au cours des &#233;tapes successives de son d&#233;ploiement &#8211; implique que le monde de demain ne sera meilleur que si les peuples du Sud (qui rassemblent 80 % de l'humanit&#233;) l'imposent par leurs luttes. A d&#233;faut le monde ne peut &#234;tre meilleur. Car l'id&#233;e que dans un mouvement de g&#233;n&#233;rosit&#233; humaniste les travailleurs du Nord &#8211; eux &#233;galement victimes du syst&#232;me en place &#8211; pourraient fa&#231;onner un syst&#232;me mondial meilleur pour les peuples du Sud reste sans fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La domination des oligopoles, fondement de la financiarisation en d&#233;route&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne qualifi&#233; de financiarisation du capitalisme contemporain trouve son expression dans l'expansion des placements sur les march&#233;s mon&#233;taires et financiers. Cette expansion exponentielle sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, d&#233;colle il y a un quart de si&#232;cle, et a port&#233; le volume des op&#233;rations conduites annuellement sur les march&#233;s mon&#233;taires et financiers &#224; plus de 2 000 tera dollars, contre &#224; peine environ 50 tera dollars pour le PIB mondial et 15 pour le commerce international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La financiarisation en question a &#233;t&#233; rendue n&#233;cessaire par, d'une part, la g&#233;n&#233;ralisation du syst&#232;me des changes flexibles (dont les taux sont d&#233;termin&#233;s par ce qu'on appelle le march&#233; au jour le jour) et par, d'autre part, la d&#233;r&#233;gulation parall&#232;le des taux d'int&#233;r&#234;ts (&#233;galement abandonn&#233;s &#224; l'offre et &#224; la demande). Dans ces conditions les op&#233;rations sur les march&#233;s mon&#233;taires et financiers ne constituent plus, principalement, la contrepartie des &#233;changes de biens et services mais sont d&#233;sormais motiv&#233;s presqu'exclusivement par le souci des agents &#233;conomiques de se prot&#233;ger des fluctuations des taux de change et d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il allait de soi que l'expansion vertigineuse de ces op&#233;rations de couverture du risque ne pouvait en aucune mani&#232;re r&#233;pondre aux attentes de ceux qui en mobilisent les moyens. Le bon sens &#233;l&#233;mentaire devrait faire comprendre que plus les moyens de r&#233;duction du risque pour une op&#233;ration donn&#233;e sont d&#233;multipli&#233;s plus le risque collectif prend de l'importance. Mais les &#233;conomistes conventionnels ne sont pas &#233;quip&#233;s pour le comprendre ; car ils ont besoin de croire au dogme absurde de l'autor&#233;gulation des march&#233;s, sans l'adh&#233;sion auquel toute leur construction de la pr&#233;tendue &#171; &#233;conomie de march&#233; &#187; s'effondre. &#171; L'&#233;conomie de march&#233; &#187;, que j'ai qualifi&#233;e ailleurs de th&#233;orie d'un syst&#232;me imaginaire qui n'a aucun rapport avec le capitalisme r&#233;ellement existant, est la pierre angulaire de l'id&#233;ologie (au sens vulgaire et n&#233;gatif du terme) du capitalisme, son moyen de lui donner sa l&#233;gitimit&#233; apparente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sera donc pas surpris que les &#233;conomistes conventionnels, en d&#233;pit de leur arrogance, aient &#233;t&#233; incapables de pr&#233;voir ce qui pour d'autres &#233;tait &#233;vident. Et lorsque l'effondrement a bien eu lieu, ils n'ont trouv&#233; aucune explication autre que purement &#171; accidentelle &#187; - les erreurs des calculs concernant les &#171; subprime &#187; et autres. Il ne pouvait s'agir pour eux que d'accidents mineurs, sans cons&#233;quences dramatiques, qui pouvaient &#234;tre corrig&#233;s rapidement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion du march&#233; mon&#233;taire et financier qui conduisait n&#233;cessairement &#224; la catastrophe a &#233;t&#233; analys&#233;e, avant m&#234;me l'effondrement de Septembre 2008, &#224; la perfection, par les &#233;conomistes politiques critiques, en particulier par Fran&#231;ois Morin, Fr&#233;d&#233;ric Lordon, Elmar Altvater, Peter Gowan, moi-m&#234;me et quelques autres (peu nombreux h&#233;las). Il n'y a rien &#224; ajouter ici &#224; ces analyses du d&#233;roulement des &#233;v&#232;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aller plus loin. Car en s'arr&#234;tant &#224; l'analyse financi&#232;re de la crise financi&#232;re on laisse entendre que celle-ci n'a pas d'autres causes que les causes directes qui sont &#224; son origine. A savoir que c'est le dogme de la lib&#233;ralisation des march&#233;s mon&#233;taires et financiers, de leur &#171; d&#233;r&#233;gulation &#187;, qui est &#224; l'origine du d&#233;sastre. Mais cela n'est vrai que dans une premi&#232;re lecture imm&#233;diate de la r&#233;alit&#233;. Au-del&#224; la question concerne l'identifiant des int&#233;r&#234;ts sociaux qui se profilent derri&#232;re l'adh&#233;sion aux dogmes concernant la d&#233;r&#233;gulation des march&#233;s en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici encore les banques et les autres institutions financi&#232;res (Assurances, Fonds de pension, Hedge Funds) paraissent bien avoir &#233;t&#233; les b&#233;n&#233;ficiaires privil&#233;gi&#233;s de cette expansion, ce qui permet au discours des pouvoirs de leur faire porter la responsabilit&#233; exclusive du d&#233;sastre. Mais en fait la financiarisation profitait &#224; l'ensemble des oligopoles, et 40 % de leurs profits provenait de leurs seules op&#233;rations financi&#232;res. Et ces oligopoles contr&#244;lent &#224; la fois les segments dominants de l'&#233;conomie productive r&#233;elle et les institutions financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc les oligopoles ont-ils d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi la voie de la financiarisation du syst&#232;me dans son ensemble ? La raison en est que cela leur permet tout simplement de concentrer &#224; leur b&#233;n&#233;fice une proportion croissante de la masse des profits r&#233;alis&#233;s dans l'&#233;conomie r&#233;elle. Des taux de rapport apparemment insignifiants sur chaque op&#233;ration financi&#232;re produisent, compte tenu de la masse gigantesque que totalisent ces op&#233;rations, des volumes de profits consid&#233;rables. Ces profits sont les produits d'une redistribution de la masse de la plus value g&#233;n&#233;r&#233;e dans l'&#233;conomie r&#233;elle et sont des rentes de monopoles. On comprend alors que le taux de rendement &#233;lev&#233; des placements financiers (de l'ordre de 15 %) ait pour contrepartie des taux de rendement m&#233;diocres pour les investissements dans l'&#233;conomie productive (de l'ordre de 5 %). Cette ponction sur la masse globale des profits op&#233;r&#233;e par la rente financi&#232;re des oligopoles interdit de dissocier la cause (le caract&#232;re oligopolistique du capitalisme contemporain) de sa cons&#233;quence (la financiarisation, c'est-&#224;-dire la pr&#233;f&#233;rence pour le placement financier par comparaison &#224; l'investissement dans l'&#233;conomie r&#233;elle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; mon&#233;taire et financier occupe de ce fait une position dominante dans le syst&#232;me des march&#233;s. Car il est le march&#233; par le moyen duquel les oligopoles (et pas seulement les banques) pr&#233;l&#232;vent leur rente de monopole d'une part, et se livrent &#224; la concurrence entre eux pour le partage de cette rente d'autre part. Les &#233;conomistes conventionnels ignorent cette hi&#233;rarchisation des march&#233;s, &#224; laquelle ils substituent le discours abstrait de &#171; l'&#233;conomie des march&#233;s g&#233;n&#233;ralis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion du march&#233; mon&#233;taire et financier conditionne celui des investissements dans l'&#233;conomie r&#233;elle, dont elle limite la croissance. A son tour cette affaiblissement de la croissance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;conomie entra&#238;ne celui de la croissance de l'emploi, avec des effets associ&#233;s bien connus (ch&#244;mage, expansion de la pr&#233;carit&#233;, stagnation &#8211; voire r&#233;duction &#8211; des salaires r&#233;els d&#233;croch&#233;s des progr&#232;s de la productivit&#233;). Le march&#233; mon&#233;taire et financier domine &#224; son tour de cette mani&#232;re celui du travail. L'ensemble de ces m&#233;canismes qui traduisent la soumission de l'&#233;conomie enti&#232;re (des &#171; march&#233;s &#187;) au march&#233; mon&#233;taire et financier dominant produisent l'in&#233;galit&#233; croissante dans la r&#233;partition du revenu (que nul ne conteste dans les faits). Le march&#233; des investissements productifs (et derri&#232;re lui celui du travail) souffre &#224; la fois de la r&#233;duction de sa rentabilit&#233; directe apparente (contrepartie de la ponction op&#233;r&#233;e au profit de la rente des oligopoles) et de celle de l'expansion de la demande finale (affaiblie par l'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;partition du revenu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination des oligopoles financiaris&#233;s enferme l'&#233;conomie dans une crise de l'accumulation du capital, qui est &#224; la fois une crise de la demande (&#171; sous-consommation &#187;) et une crise de rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les r&#233;ponses des pouvoirs : restaurer la financiarisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes maintenant &#233;quip&#233;s pour comprendre pourquoi les pouvoirs en place (les gouvernements des pays de la triade), eux-m&#234;mes au service des oligopoles, n'ont pas de projet autre que celui de remettre en selle ce m&#234;me syst&#232;me financiaris&#233;. Car les oligopoles ont besoin, de l'expansion financi&#232;re en question pour affirmer leur domination sur l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233;. Remettre en cause la domination du march&#233; mon&#233;taire et financier sur l'ensemble des march&#233;s c'est remettre en cause la rente de monopole des oligopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques mises en &#339;uvre &#224; cette fin peuvent-elles &#234;tre efficaces ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que cette restauration du syst&#232;me tel qu'il &#233;tait avant la crise de l'automne 2008 n'est pas impossible. Mais cela exige que deux conditions soient remplies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que l'Etat et les banques centrales injectent dans le syst&#232;me un volume de moyens financiers suffisant pour gommer la masse des cr&#233;ances pourries et restaurer la cr&#233;dibilit&#233; et la rentabilit&#233; de la reprise de l'expansion financi&#232;re. Il s'agit de sommes astronomiques comme quelques uns (dont moi-m&#234;me) l'avaient pr&#233;vu plusieurs ann&#233;es avant la d&#233;b&#226;cle de l'automne 2008, contre l'avis des &#233;conomistes conventionnels et des &#171; experts du FMI &#187; (qui ne nous ont rejoint dans nos estimations que trois mois apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle !). Mais d&#233;sormais on peut penser que les pouvoirs finiront par porter cette injection au niveau requis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est que les cons&#233;quences de cette injection soient accept&#233;es par la soci&#233;t&#233;. Car les travailleurs en g&#233;n&#233;ral, et les peuples du Sud en particulier, seront n&#233;cessairement les victimes de ces politiques. Celles-ci ne se donnent pas l'objectif de relancer l'&#233;conomie r&#233;elle par la relance de la demande des salaires (comme le keyn&#233;sianisme le proposait en son temps), mais, au contraire, de maintenir la ponction que constitue la rente des oligopoles, et a n&#233;cessairement au d&#233;triment des r&#233;mun&#233;rations r&#233;elles des travailleurs. Les plans des pouvoirs envisagent froidement l'aggravation de la crise de l'&#233;conomie r&#233;elle, le ch&#244;mage, la pr&#233;carisation, la d&#233;t&#233;rioration des retraites assur&#233;es par les Fonds de Pensions. Les travailleurs r&#233;agissent d&#233;j&#224;, et r&#233;agiront probablement davantage dans les mois et ann&#233;es &#224; venir. Mais si leurs luttes demeurent fragment&#233;es et d&#233;nu&#233;es de perspectives comme elles le sont encore largement, ces protestations demeureront &#171; contr&#244;lables &#187; par le pouvoir des oligopoles et des &#201;tats &#224; leur service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; toute la diff&#233;rence qui s&#233;pare la conjoncture politique et sociale de notre &#233;poque de celle qui caract&#233;risait les ann&#233;es 1930. A l'&#233;poque, deux camps de forces sociales s'affrontaient : le camp d'une gauche qui se r&#233;clamait du socialisme, compos&#233; de communistes (l'Union Sovi&#233;tique offrait l'image d'un succ&#232;s &#233;vident &#224; l'&#233;poque) et de sociaux d&#233;mocrates authentiques, tandis que le camp de la droite pouvait s'appuyer sur des mouvements fascistes puissants. C'est pourquoi en r&#233;ponse &#224; la crise de 1930, on a eu ici le New Deal ou des Fronts populaires, l&#224; le nazisme. La conjoncture politique actuelle est radicalement diff&#233;rente. La faillite du sovi&#233;tisme et le ralliement des socialistes au social lib&#233;ralisme ont terriblement affaibli les visions politiques des travailleurs, priv&#233;s de perspectives et de capacit&#233; d'expression d'une alternative socialiste authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle du capitalisme des oligopoles n'a pas &#233;t&#233; le produit d'une mont&#233;e des luttes sociales imposant le recul des ambitions des oligopoles. Elle est le produit exclusif des contradictions internes propres &#224; son syst&#232;me d'accumulation. Or &#224; mon avis, la distinction entre la crise d'un syst&#232;me produite par l'explosion de ses contradictions internes et celle d'une soci&#233;t&#233; qui subit l'assaut de forces sociales progressistes qui nourrissent l'ambition de transformer le syst&#232;me est une distinction centrale. Elle commande largement les issues diff&#233;rentes possibles. Dans la situation du premier type le chaos devient une probabilit&#233; majeure, et c'est seulement dans une situation du second type qu'une sortie progressiste devient possible. La question politique centrale aujourd'hui est donc de savoir si les victimes sociales du syst&#232;me en place deviendront capables de se constituer en alternative positive ind&#233;pendant, radicale et coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A d&#233;faut la restauration du pouvoir des oligopoles rentiers financiaris&#233;s n'est pas impossible. Mais dans ce cas le syst&#232;me ne recule que pour mieux sauter et une nouvelle d&#233;b&#226;cle financi&#232;re, encore plus profonde, sera in&#233;vitable, car les &#171; am&#233;nagements &#187; pr&#233;vus pour la gestion des march&#233;s financiers sont largement insuffisants, puisqu'ils ne remettent pas en cause le pouvoir des oligopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question de savoir comment les &#201;tats et les peuples du Sud r&#233;pondront au d&#233;fi. L'analyse du d&#233;fi auquel ils sont confront&#233;s, aggrav&#233; par la crise de la financiarisation mondialis&#233;e, s'impose ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. La question des ressources naturelles et le conflit Nord/Sud&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions relatives &#224; l'usage qu'un syst&#232;me &#233;conomique et social fait des ressources naturelles de la plan&#232;te, de sa conception philosophique des rapports entre l'&#234;tre humain (et la soci&#233;t&#233;) d'une part et la nature d'autre part, sont des questions majeures. Les r&#233;ponses historiques que les soci&#233;t&#233;s leur ont donn&#233;es d&#233;finissent le mode de rationalit&#233; qui gouverne sa gestion &#233;conomique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme historique a largement &#233;vacu&#233; ces consid&#233;rations. Il a mis en place une rationalit&#233; strictement &#233;conomique, inscrite dans une vision courte du temps (&#171; la d&#233;pr&#233;ciation du futur &#187;), et fond&#233; sur le principe que les ressources naturelles sont le plus g&#233;n&#233;ralement mises &#224; la disposition gratuite de la soci&#233;t&#233; et de surcro&#238;t disponibles en quantit&#233;s illimit&#233;es. Il n'a fait d'exception que dans la mesure o&#249; certaines de ces ressources font l'objet d'une appropriation priv&#233;e, comme le sol ou les ressources mini&#232;res, mais en soumettant leur usage aux exigences exclusives de la rentabilit&#233; du capital qui en exploite le potentiel. La rationalit&#233; de ce syst&#232;me est donc &#233;troite, et s'av&#232;re irrationalit&#233; sociale d&#232;s lors que les ressources en question deviennent rares, en voie d'&#233;puisement possible, ou que leur usage, dans les formes qu'impose la rentabilit&#233; &#233;conomique propre au capitalisme, produit des cons&#233;quences dangereuses &#224; long terme (destruction de la biodiversit&#233;, voire changement climatique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre propos ici n'est pas de discuter de ces aspects fondamentaux de la question du rapport soci&#233;t&#233;/nature, encore moins d'intervenir dans les d&#233;bats philosophiques concernant la formation des modes de pens&#233;e du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre propos ici est beaucoup plus modeste et ne concerne que l'acc&#232;s &#224; l'usage des ressources de la plan&#232;te et la r&#233;partition, en droit et en fait, &#233;gale et ouverte &#224; tous les peuples ou au contraire r&#233;serv&#233;e au b&#233;n&#233;fice exclusif de certains d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue notre syst&#232;me mondial moderne enregistre d&#233;sormais une transformation qualitative de port&#233;e d&#233;cisive. Certaines des ressources naturelles majeures sont d&#233;sormais devenues consid&#233;rablement plus rares &#8211; en termes relatifs &#8211; qu'elles ne l'&#233;taient il y a encore une cinquantaine d'ann&#233;es, que leur &#233;puisement constitue une menace r&#233;elle ou non (ce qui peut certes &#234;tre discut&#233;). Une conscience existe d&#233;sormais que l'acc&#232;s &#224; celles-ci ne peut plus &#234;tre ouvert &#224; tous, et ce, ind&#233;pendamment du fait que les formes de leur usage telles qu'elles sont selon certains mettent en danger (et selon d'autres ne le mettent pas) l'avenir de la plan&#232;te. Les &#171; pays du Nord &#187; (j'emploie &#224; dessein ce terme vague pour ne dire ni les &#201;tats, ni les peuples) entendent se r&#233;server l'exclusivit&#233; de l'acc&#232;s &#224; ces ressources pour leur seul usage, que celui-ci soit con&#231;u tel qu'il est, c'est-&#224;-dire fond&#233; sur beaucoup de gaspillage et mettant en danger un avenir qui n'est plus lointain, ou qu'on le soumette &#224; des r&#233;gulations correctives importantes comme le proposent certains Verts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;go&#239;sme des pays du Nord trouve son expression brutale dans la phrase prononc&#233;e par le Pr&#233;sident Bush (une phrase que ses successeurs quels qu'ils soient ne discuteront pas) : &#171; le mode de vie am&#233;ricain n'est pas n&#233;gociable &#187;. Beaucoup en Europe et au Japon le pensent tout &#233;galement, m&#234;me s'ils s'abstiennent de le proclamer. Cet &#233;go&#239;sme signifie tout simplement que l'acc&#232;s &#224; ces ressources sera d&#233;sormais largement interdit aux pays du Sud (80 % de l'humanit&#233;), que ceux-ci entendent faire un usage de ces ressources analogue &#224; celui du Nord, gaspilleur et dangereux, ou qu'ils envisagent &#224; leur tour des formes plus &#233;conomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que cette perspective est inacceptable pour les pays du Sud, en droit et en fait. Par ailleurs les moyens du march&#233; ne sont plus n&#233;cessairement &#224; la hauteur des exigences de la garantie de l'acc&#232;s exclusif des pays opulents &#224; ces ressources. Certains pays du Sud peuvent mobiliser des moyens importants pour se faire reconna&#238;tre sur ces march&#233;s de l'acc&#232;s aux ressources. En dernier ressort la seule garantie pour les pays du Nord r&#233;side dans leur sup&#233;riorit&#233; militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La militarisation de la mondialisation est l'expression de cette conscience &#233;go&#239;ste. Elle n'est pas le produit d'une d&#233;rive passag&#232;re de l'administration de Washington. Le plan de contr&#244;le militaire de la Plan&#232;te par les forces arm&#233;es des &#201;tats-Unis a &#233;t&#233; mis en place par le Pr&#233;sident Clinton, poursuivi par Bush et le sera par Obama. Certes dans la poursuite de ses objectifs Washington entend toujours utiliser cet &#171; avantage &#187; pour son propre b&#233;n&#233;fice, en particulier pour compenser ses d&#233;ficiences financi&#232;res et maintenir sa position de leadership, sinon d'h&#233;g&#233;monie, au sein du camp du Nord. Il n'en reste pas moins que les alli&#233;s subalternes de la triade sont bel et bien align&#233;s sur le plan de Washington de contr&#244;le militaire de la Plan&#232;te. Ni l'atlantisme des Europ&#233;ens, ni la soumission de Tokyo aux concepts de Washington concernant le Pacifique et l'Asie ne sont menac&#233;s de d&#233;sint&#233;gration, pour le moment tout au moins. Bien entendu les &#171; missions &#187; - guerres pr&#233;ventives, lutte contre le &#171; terrorisme &#187; - engag&#233;es par les forces arm&#233;es des &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s subalternes de l'OTAN sont et seront toujours envelopp&#233;es dans des discours de &#171; d&#233;fense de la d&#233;mocratie &#187;, voire de son exportation, de &#171; d&#233;fense des droits &#224; l'autod&#233;termination des peuples &#187; (tout au moins de certains, et pas d'autres). Mais ces emballages ne trompent que ceux qui veulent bien l'&#234;tre. Pour les peuples du Sud ils rappellent simplement la permanence de la tradition coloniale ancienne de la &#171; mission civilisatrice &#187;. L'objectif r&#233;el exclusif du programme militaire du Nord est le contr&#244;le des ressources de la Plan&#232;te. L'aveu en a &#233;t&#233; fait lorsque Washington a d&#233;cid&#233; r&#233;cemment de compl&#233;ter son syst&#232;me de &#171; Regional (military) Command &#187; et de bases par la cr&#233;ation d'un &#171; Africa Command &#187;. Les &#201;tats-Unis, et derri&#232;re eux l'Europe, visent ici le contr&#244;le du p&#233;trole (Golfe de Guin&#233;e, Soudan), de l'uranium (Niger, Soudan), des m&#233;taux rares (Congo, Afrique Australe), et rien d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit Nord/Sud est devenu l'axe central des contradictions majeures de la mondialisation capitaliste/imp&#233;rialiste contemporaine. Et dans ce sens ce conflit est indissociable de celui qui oppose la poursuite de la domination du capitalisme oligopolistique aux ambitions progressistes et socialistes qui pourraient faire avancer des alternatives positives ici ou l&#224;, au Sud et au Nord. Penser l'alternative, en particulier dans l'imm&#233;diat en r&#233;ponse &#224; la crise, exige que soient pris en compte le droit et la volont&#233; des pays du Sud &#224; acc&#233;der aux ressources de la Plan&#232;te. Il n'y aura pas un &#171; autre monde possible meilleur &#187; si les int&#233;r&#234;ts des peuples qui constituent 80 % de l'humanit&#233; sont l'objet d'un m&#233;pris &#224; peu pr&#232;s total dans l'opinion dominante des pays opulents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanitaire n'est pas un substitut acceptable &#224; la solidarit&#233; internationale dans les luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du centre du syst&#232;me capitaliste mondial ont toujours b&#233;n&#233;fici&#233; de ce que j'ai qualifi&#233; de &#171; rente imp&#233;rialiste &#187;, et l'accumulation du capital dans ces centres a toujours comport&#233; un volet important ayant la nature d'une &#171; accumulation par d&#233;possession &#187; des peuples des p&#233;riph&#233;ries. La pr&#233;tention aujourd'hui &#224; r&#233;server l'acc&#232;s aux ressources majeures de la Plan&#232;te aux seuls nantis en constitue la forme nouvelle contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Les conditions d'une r&#233;ponse positive au d&#233;fi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de dire que les interventions des &#201;tats peuvent modifier les r&#232;gles du jeu, att&#233;nuer les d&#233;rives. Encore faut il en d&#233;finir les logiques et la port&#233;e sociales. Certes on pourrait imaginer le retour &#224; des formules d'association des secteurs publics et priv&#233;s, d'&#233;conomie mixte comme pendant les trente glorieuses en Europe et de l'&#232;re de Bandoung en Asie et en Afrique lorsque le capitalisme d'Etat &#233;tait largement dominant, accompagn&#233; de politiques sociales fortes. Mais ce type d'interventions de l'Etat n'est pas &#224; l'ordre du jour. Et les forces sociales progressistes sont elles en mesure d'imposer une transformation de cette ampleur ? Pas encore &#224; mon humble avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative v&#233;ritable passe par le renversement du pouvoir exclusif des oligopoles, lequel est inconcevable sans finalement leur nationalisation pour une gestion s'inscrivant dans leur socialisation d&#233;mocratique progressive. Fin du capitalisme ? Je ne le pense pas. Je crois en revanche que de nouvelles configurations des rapports de force sociaux imposant au capital &#224; s'ajuster, lui, aux revendications des classes populaires et des peuples, est possible. A condition que les luttes sociales, encore fragment&#233;es et sur la d&#233;fensive dans l'ensemble, parviennent &#224; se cristalliser dans une alternative politique coh&#233;rente. Dans cette perspective l'amorce de la longue transition du capitalisme au socialisme devient possible. Les avanc&#233;es dans cette direction seront &#233;videmment toujours in&#233;gales d'un pays &#224; l'autre et d'une phase de leur d&#233;ploiement &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dimensions de l'alternative souhaitable et possible sont multiples et concernent tous les aspects de la vie &#233;conomique, sociale, politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays du Nord le d&#233;fi implique que l'opinion g&#233;n&#233;rale ne se laisse pas enfermer dans un consensus de d&#233;fense de leurs privil&#232;ges vis-&#224;-vis des peuples du Sud. L'internationalisme n&#233;cessaire passe par l'anti imp&#233;rialisme, non l'humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays du Sud la crise offre l'occasion du renouveau d'un d&#233;veloppement national, populaire et d&#233;mocratique autocentr&#233;, soumettant les rapports avec le Nord &#224; ses exigences, autrement dit la d&#233;connexion. Cela implique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) la ma&#238;trise nationale des march&#233;s mon&#233;taires et financiers (ii) la ma&#238;trise des technologies modernes d&#233;sormais possible (iii) la r&#233;cup&#233;ration de l'usage des ressources naturelles (iv) la mise en d&#233;route de la gestion mondialis&#233;e domin&#233;e par les oligopoles (l'OMC) et du contr&#244;le militaire de la plan&#232;te par les &#201;tats-Unis et leurs associ&#233;s (v) se lib&#233;rer des illusions d'un capitalisme national autonome dans le syst&#232;me et des mythes pass&#233;istes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question agraire est plus que jamais au c&#339;ur des options &#224; venir dans les pays du tiers monde. Un d&#233;veloppement digne de ce nom ne peut &#234;tre fond&#233; sur une croissance &#8211; m&#234;me forte &#8211; au b&#233;n&#233;fice exclusif d'une minorit&#233; &#8211; f&#251;t-elle de 20 % - , abandonnant les majorit&#233;s populaires &#224; la stagnation voire &#224; la paup&#233;risation. Or ce mod&#232;le de d&#233;veloppement associ&#233; &#224; l'exclusion est le seul que le capitalisme connaisse pour les p&#233;riph&#233;ries de son syst&#232;me mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique de la d&#233;mocratie politique, quand elle existe (et c'est &#233;videmment l'exception dans ces conditions), associ&#233;e &#224; la r&#233;gression sociale, demeure fragile &#224; l'extr&#234;me. En contrepoint l'alternative nationale et populaire qui associe la d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233; et le progr&#232;s social, c'est-&#224;-dire s'inscrit dans une perspective de d&#233;veloppement int&#233;grant &#8211; et non excluant &#8211; les classes populaires, implique une strat&#233;gie politique de d&#233;veloppement rural fond&#233;e sur la garantie de l'acc&#232;s au sol &#224; tous les paysans. De surcro&#238;t les formules pr&#233;conis&#233;es par les pouvoirs dominants &#8211; acc&#233;l&#233;rer la privatisation du sol agraire trait&#233; en marchandise &#8211; entra&#238;nent l'exode massif que l'on conna&#238;t. Le d&#233;veloppement industriel moderne ne pouvant pas absorber cette main d'&#339;uvre surabondante, celle-ci s'entasse dans les bidonvilles. Il y a une relation directe entre la suppression de la garantie de l'acc&#232;s au sol des paysans et l'accentuation des pressions migratoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration r&#233;gionale, en favorisant le surgissement de nouveaux p&#244;les de d&#233;veloppement, peut elle constituer une forme de r&#233;sistance et d'alternative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question n'est pas simple. Les oligopoles dominants ne sont pas hostiles &#224; des int&#233;grations r&#233;gionales qui s'inscrivent dans la logique de la mondialisation capitaliste/imp&#233;rialiste. L'Union europ&#233;enne, les march&#233;s communs r&#233;gionaux d'Am&#233;rique latine, d'Asie et d'Afrique sont des exemples de formes de r&#233;gionalisation qui deviennent des obstacles &#224; l'&#233;mergence d'alternatives progressistes et socialistes. Une autre forme de r&#233;gionalisation peut&#8211;elle &#234;tre con&#231;ue, capable de soutenir l'option du d&#233;veloppement national et populaire et d'ouvrir la porte sur la longue transition s&#233;culaire au socialisme aux peuples et nations de la Plan&#232;te ? Si cette question ne se pose pas pour les g&#233;ants comme la Chine ou l'Inde, elle ne peut &#234;tre &#233;vacu&#233;e des d&#233;bats concernant l'Am&#233;rique latine, le monde arabe, l'Afrique, l'Asie du Sud Est, et m&#234;me l'Europe. Pour cette derni&#232;re ne faut-il pas envisager que la d&#233;construction des institutions de l'UE, con&#231;ues d&#232;s l'origine pour enfermer les peuples de ce continent dans le capitalisme dit lib&#233;ral (c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaire) et l'alignement atlantiste, est le pr&#233;alable &#224; sa reconstruction &#233;ventuelle (si on la consid&#232;re comme utile) dans une perspective socialiste ? Pour l'ensemble des pays du Sud un nouveau &#171; Bandoung &#187; politique, renfor&#231;ant la capacit&#233; des pays des trois continents &#224; contraindre l'imp&#233;rialisme collectif de la triade &#224; reculer est-il possible ? Quelles en sont les conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des avanc&#233;es dans ces directions au Nord et au Sud, bases de l'internationalisme des travailleurs et des peuples, constituent les seuls gages de la reconstruction d'un monde meilleur, multipolaire et d&#233;mocratique, seule alternative &#224; la barbarie du capitalisme vieillissant. Si le capitalisme est parvenu au point que pour lui la moiti&#233; de l'humanit&#233; soit devenue une population &#171; superflue &#187;, ne doit on pas consid&#233;rer que c'est le capitalisme qui , lui, est d&#233;sormais un mode d'organisation sociale superflu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas d'alternative autre que s'inscrivant dans la perspective socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des accords n&#233;cessaires sur les strat&#233;gies d'&#233;tapes, fond&#233;es sur la construction de la convergence des luttes dans le respect de la diversit&#233;, et des avanc&#233;es que ceux-ci doivent permettre sur la longue route au socialisme mondial, la r&#233;flexion et le d&#233;bat sur l'objectif socialiste/communiste restent incontournables : imaginer l'&#233;mancipation des ali&#233;nations marchandes et autres, imaginer la d&#233;mocratisation de la vie sociale dans toutes ses dimensions, imaginer des modes de gestion de la production, du local au mondial, r&#233;pondant aux exigences de la d&#233;mocratie sociale authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment si le syst&#232;me mondial capitaliste/imp&#233;rialiste r&#233;ellement existant est fond&#233; sur l'exclusion grandissante des peuples qui constituent la majorit&#233; de l'humanit&#233;, si le mod&#232;le d'usage des ressources naturelles produit par la logique de la rentabilit&#233; capitaliste est &#224; la fois gaspilleur et dangereux, l'alternative socialiste/communiste ne peut pas ignorer les d&#233;fis que ces r&#233;alit&#233;s repr&#233;sentent. Un &#171; autre style de consommation et de vie &#187; que celui qui fait le bonheur apparent des peuples des pays opulents et celui de l'imaginaire de ses victimes s'impose. L'expression d'un &#171; solar socialism &#187; (qu'on peut traduire par socialisme plus &#233;nergie solaire), propos&#233;e par Elmar Altvater, doit &#234;tre prise au s&#233;rieux. Le socialisme ne peut pas &#234;tre le capitalisme, corrig&#233; par l'&#233;galit&#233; dans l'acc&#232;s &#224; ses b&#233;n&#233;fices, aux &#233;chelles nationales et mondiale. Il sera qualitativement sup&#233;rieur, on ne sera pas.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;a href=&#034;http://alternatives-international.net/article2877.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://alternatives-international.net/article2877.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://alternatives-international.net/article2877.html" class="spip_out"&gt;http://alternatives-international.n...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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