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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Covid et sant&#233; publique. &#171; Nous avons besoin d'un vaccin social ! &#187;</title>
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		<dc:date>2021-04-20T06:33:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joan Benach</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-04-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Joan Benach, professeur de sociologie au d&#233;partement des sciences politiques et sociales de l'universit&#233; Pompeu Fabra de Barcelone, a publi&#233; de nombreuses &#233;tudes et ouvrages sur la &#171; commercialisation de la sant&#233; &#187; comme sur les politiques de sant&#233; publique. A l'occasion de cet entretien il d&#233;veloppe ses id&#233;es et options &#224; la &#171; lumi&#232;re &#187; ou &#224; l'&#171; ombre &#187; de la pand&#233;mie du Covid-19. &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; le 11 avril 2021 tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2021 - Lettre n&#176;16 - 17 avril : Notes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-04-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-04-20&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton47844-67689.jpg?1781390062' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Joan Benach, professeur de sociologie au d&#233;partement des sciences politiques et sociales de l'universit&#233; Pompeu Fabra de Barcelone, a publi&#233; de nombreuses &#233;tudes et ouvrages sur la &#171; commercialisation de la sant&#233; &#187; comme sur les politiques de sant&#233; publique. A l'occasion de cet entretien il d&#233;veloppe ses id&#233;es et options &#224; la &#171; lumi&#232;re &#187; ou &#224; l'&#171; ombre &#187; de la pand&#233;mie du Covid-19.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 11 avril 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/04/11/covid-et-sante-publique-nous-avons-besoin-dun-vaccin-social/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt; 2021 - Lettre n&#176;16 - 17 avril : Notes de lecture, textes, mises &#224; jour avec ajouts sur anciennes publications, p&#233;titions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les causes fondamentales de la sant&#233; ? Pourquoi tombons-nous malades et pourquoi les in&#233;galit&#233;s se cr&#233;ent-elles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes fondamentales qui d&#233;terminent la sant&#233; d'une population ne sont pas, comme beaucoup le pensent, la biologie et la g&#233;n&#233;tique, les &#171; modes de vie &#187; ou les soins sociaux et de sant&#233;, mais des causes sociales. Pourquoi ? Parce que les facteurs biologiques et g&#233;n&#233;tiques sont presque toujours &#171; activ&#233;s &#187; ou non en fonction de l'environnement, parce que les comportements associ&#233;s &#224; la sant&#233;, comme les habitudes alimentaires ou le tabagisme, sont conditionn&#233;s par la famille et l'environnement social. Et parce que les soins de sant&#233;, bien qu'&#233;tant un service fondamental lorsque nous tombons malades, contribuent relativement peu &#224; la sant&#233; de la population et d&#233;pendent &#233;galement de facteurs sociopolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tombons-nous malades alors ? Principalement en raison de &#171; d&#233;terminants &#233;co-sociaux &#187; : la pr&#233;carit&#233; de l'emploi, le logement ou la pollution environnementale, pour ne citer que trois facteurs. Ces facteurs ont un impact in&#233;gal sur les diff&#233;rents groupes sociaux en fonction de leur classe sociale, de leur sexe, de leur origine ethnique, de leur situation migratoire et de leur lieu de vie, ce qui g&#233;n&#232;re des in&#233;galit&#233;s en mati&#232;re de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple. Les femmes des classes sociales inf&#233;rieures sont plus ob&#232;ses car, pour des raisons sociales et historiques, elles souffrent davantage de discrimination et d'exploitation au travail. Au fil du temps, nombre de ces femmes exprimeront la situation d'in&#233;galit&#233; sociale sous la forme de troubles m&#233;taboliques, de diab&#232;te et de d&#233;c&#232;s pr&#233;matur&#233;s. C'est pourquoi nous disons que la soci&#233;t&#233; entre de mani&#232;re in&#233;gale dans nos corps, s'exprimant biologiquement sous forme de maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;terminants sociaux de la sant&#233; sont-ils intrins&#232;quement li&#233;s au capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le facteur crucial &#224; l'origine de toute la cha&#238;ne de causalit&#233;s qui explique pourquoi nous sommes en bonne sant&#233;, tombons malades ou mourons pr&#233;matur&#233;ment est la politique. Pourquoi ? Parce que les id&#233;ologies et les rapports de force politiques in&#233;gaux conditionnent les politiques publiques qui sont faites en mati&#232;re de fiscalit&#233;, d'emploi, de logement, d'environnement, de sant&#233; ou de services sociaux, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces politiques est interd&#233;pendante et g&#233;n&#232;re des changements dans nos modes de vie, de travail, de consommation, de relations entre nous et avec l'environnement qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, m&#234;me si nous ne le voyons pas ou n'en sommes pas conscients, affecteront nos vies et, en d&#233;finitive, notre sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, les d&#233;cisions politiques sont associ&#233;es au syst&#232;me &#233;conomique et culturel dans lequel nous vivons. Comme l'a soulign&#233; Lula da Silva : &#171; tout d&#233;pend de la politique &#187;. Prenons un exemple pour comprendre la causalit&#233; syst&#233;mique et historique qui va du capitalisme &#224; la sant&#233;. Les ch&#244;meurs sont plus susceptibles d'&#234;tre d&#233;prim&#233;s et d'abuser de l'alcool. Si la situation se prolonge, ils sont plus susceptibles de se suicider ou de souffrir de maladies du foie. Or, comme l'ont montr&#233; les &#233;tudes de Marx ou de Michal Kalecki [&#233;conomiste polonais : 1899-1970], le ch&#244;mage est consubstantiel au capitalisme. Il y a donc un fil conducteur plus ou moins direct de la sant&#233; au capitalisme. La sant&#233; collective est donc un produit social &#233;troitement li&#233; &#224; l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il me semble qu'il s'agit d'une vision aussi int&#233;ressante que peu connue. Pourriez-vous donner plus d'exemples ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r, il existe de nombreux exemples li&#233;s &#224; l'histoire et &#224; l'&#233;volution du capitalisme, comme le n&#233;ocolonialisme, les pratiques mercantiles des grands oligopoles ou le patriarcat. Un exemple est la fa&#231;on dont, en quelques ann&#233;es, l'utilisation massive de sucres ajout&#233;s &#224; la production industrielle de &#171; junk food &#187; [nourriture industrielle, malbouffe] par les grandes entreprises de ce qu'on appelle la Big Food a cr&#233;&#233; une &#233;pid&#233;mie de surpoids et d'ob&#233;sit&#233; dans le monde (peut-&#234;tre 1500 millions de personnes), alors que cela coexiste avec la faim et la malnutrition (environ 1000 millions de personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple est l'&#233;pid&#233;mie de tabagisme qui est apparue au cours du XXe si&#232;cle, tr&#232;s &#233;troitement li&#233;e aux pratiques commerciales, de relations publiques et de marketing des grandes entreprises du tabac, et l'impact criminel qu'elles continuent malheureusement d'avoir. On estime qu'au XXIe si&#232;cle, il y aura environ un milliard de d&#233;c&#232;s li&#233;s au tabac, en particulier dans les pays pauvres et les classes les plus d&#233;munies de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me exemple est celui des perturbations hormonales et des cancers caus&#233;s par l'exposition massive aux produits chimiques synth&#233;tiques g&#233;n&#233;r&#233;s et commercialis&#233;s par l'industrie chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus r&#233;cemment, nous avons la pand&#233;mie de coronavirus, qui fait vivre &#224; de nombreuses femmes une crise sanitaire permanente, avec des semaines de travail interminables &#8211; &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur de la maison &#8211; qui, comme le dit Silvia Federici, est presque comparable &#224; celle des travailleurs de la r&#233;volution industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de la pand&#233;mie, o&#249; placer le discours si souvent r&#233;p&#233;t&#233; par les autorit&#233;s depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie sur la &#171; responsabilit&#233; individuelle &#187; pour &#233;viter la contagion ? Est-ce une fa&#231;on de d&#233;placer le poids des d&#233;terminants sociaux de la sant&#233; sur les modes de vie personnels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours h&#233;g&#233;monique, promu par le pouvoir politique et reproduit par les m&#233;dias grand public, parle de virus, de soins m&#233;dicaux, d'h&#244;pitaux, de traitements et de vaccins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, on parle moins de la pr&#233;vention, et lorsqu'on le fait, il s'agit presque toujours de la responsabilit&#233; personnelle. Lorsque nous parlons d'un probl&#232;me collectif comme la pand&#233;mie, avec des causes structurelles associ&#233;es &#224; la sant&#233; publique, mettre l'accent sur les facteurs personnels contribue &#224; &#171; tancer &#187; les personnes et n'est pas suffisamment efficace. De plus, l'individualisme nous isole et ne r&#233;sout pas les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que dirions-nous si, pour lutter contre la crise &#233;cologique et climatique structurelle que nous subissons, nous disions que la solution fondamentale est que chacun recycle et &#233;conomise de l'&#233;nergie &#224; la maison ? Que dirions-nous si, pour lutter contre l'&#233;pid&#233;mie de tabagisme existante, nous disions qu'il s'agit d'un &#171; probl&#232;me personnel &#187; au lieu d'introduire des lois restrictives, de contr&#244;ler les prix du tabac ou d'interdire la publicit&#233; pour le tabac, entre autres mesures de sant&#233; publique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est toujours important d'avoir une responsabilit&#233; individuelle face &#224; un risque, mais lorsque nous parlons de questions ayant trait &#224; la population telles que la sant&#233; publique, il est essentiel d'avoir une vision collective qui nous permette de comprendre et d'agir sur les causes sociales sous-jacentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De nombreux experts ont mis en garde depuis des ann&#233;es contre une telle pand&#233;mie. Pourquoi le syst&#232;me de sant&#233; n'&#233;tait-il pas pr&#233;par&#233; ? &#201;tait-il trop centr&#233; sur les h&#244;pitaux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis au moins quatre d&#233;cennies, de nombreux sp&#233;cialistes mettent en garde contre les changements socio-&#233;cologiques mondiaux qui entra&#238;nent une augmentation des maladies infectieuses. Des scientifiques l'ont dit dans leurs articles, des vulgarisateurs comme Bill Gates l'ont comment&#233;, de nombreuses institutions internationales, dont l'OMS, ont lanc&#233; des mises en garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'il y a trois raisons principales. Tout d'abord, en raison de la dynamique &#224; court terme des gouvernements qui agissent trop souvent de mani&#232;re r&#233;active. C'est-&#224;-dire qu'ils s'inqui&#232;tent &#171; lorsque Santa Barbara tonne &#187; [dicton signifiant : &#171; quand on laisse tout &#224; la derni&#232;re minute et qu'ensuite on se plaint &#187;] et que nous avons d&#233;j&#224; une catastrophe sur les bras. Par contre, ils font beaucoup moins d'efforts pour planifier et anticiper les probl&#232;mes qui peuvent ou non se produire. Le fait est que la pr&#233;vention est beaucoup moins visible et appr&#233;ci&#233;e que l'action imm&#233;diate et qu'elle est souvent d&#233;crite comme un peu ou pas efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, en raison de la marchandisation et de la pr&#233;carisation progressive de la sant&#233; publique et des services sociaux depuis des d&#233;cennies, facilit&#233;es par une vision n&#233;olib&#233;rale de la sant&#233; et les pressions du complexe commercial pharmaceutique. Apr&#232;s la crise de 2008, les politiques d'&#171; aust&#233;rit&#233; &#187; ont aggrav&#233; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et troisi&#232;mement, parce qu'on nous a r&#233;p&#233;t&#233; que nous avions l'un des meilleurs syst&#232;mes de sant&#233; publique au monde. C'est vrai qu'il est bon si nous le comparons avec de nombreux pays, mais il s'agit d'un mod&#232;le biom&#233;dical et r&#233;ductionniste, &#171; hospitalo-centr&#233; &#187; et m&#233;dicalisant, qui se concentre trop sur les maladies, les organes et la technologie et pas assez sur l'&#234;tre humain, les soins primaires, les services sociaux, les d&#233;terminants sociaux, les in&#233;galit&#233;s et la sant&#233; publique, o&#249; se trouvent des donn&#233;es aussi essentielles que la sant&#233; mentale, la sant&#233; au travail ou la sant&#233; environnementale, parmi beaucoup d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de le r&#233;p&#233;ter autant de fois que n&#233;cessaire : les &#171; services m&#233;dicaux publics &#187; ne sont pas la m&#234;me chose que la &#171; sant&#233; publique &#187;, une discipline qui vise &#224; surveiller et &#224; pr&#233;venir les maladies, &#224; prot&#233;ger, promouvoir et restaurer la sant&#233; de l'ensemble de la population, mais qui dispose de tr&#232;s peu de ressources (1,5 &#224; 2% du budget de la sant&#233;). Paradoxalement, la sant&#233; publique a donc &#233;t&#233; la grande absente de cette pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un grand nombre de pays europ&#233;ens ont opt&#233; pour le confinement et les restrictions, tandis que de nombreux pays d'Asie et d'Oc&#233;anie ont opt&#233; pour la strat&#233;gie &#171; Covid-0 &#187;. Quelles sont les diff&#233;rentes strat&#233;gies qui ont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre dans le monde, et pourquoi l'ont-elles &#233;t&#233; si diff&#233;remment ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re tr&#232;s sch&#233;matique, on peut dire qu'il y a eu trois mod&#232;les principaux pour faire face &#224; la pand&#233;mie. Il y a le mod&#232;le &#171; pr&#233;ventif institutionnel &#187; de nombreux pays d'Asie et d'Oc&#233;anie, comme Ta&#239;wan ou la Nouvelle-Z&#233;lande, d&#233;j&#224; alert&#233;s par les pr&#233;c&#233;dentes pand&#233;mies. Ils ont agi de mani&#232;re radicale pour &#233;liminer la transmission communautaire avec la strat&#233;gie &#171; Covid-0 &#187;. Ils ont men&#233; des interventions rapides et &#233;nergiques : tests et d&#233;pistage de masse, isolement des contacts, contr&#244;les stricts et suivis num&#233;riques aux fronti&#232;res ainsi que renforcement important de la sant&#233; publique. En plus d'avoir un impact sanitaire tr&#232;s faible, la crise &#233;conomique due &#224; la pand&#233;mie a &#233;galement &#233;t&#233; mineure. Notons &#233;galement le succ&#232;s de Cuba ou de la r&#233;gion du Kerala en Inde o&#249; l'action collective des communaut&#233;s a jou&#233; un r&#244;le important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me mod&#232;le est le mod&#232;le &#171; r&#233;actif entrepreneurial &#187; des pays occidentaux, qui se sont concentr&#233;s sur un blocage/lib&#233;ration permanent des activit&#233;s et des confinements pour minimiser les dommages &#233;conomiques, en essayant de r&#233;duire l'impact sur la sant&#233; uniquement lorsque le syst&#232;me de sant&#233;, effondr&#233; pour r&#233;pondre aux besoins de la population, a atteint une situation limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier mod&#232;le est celui que nous pouvons appeler &#171; n&#233;crophile &#187; repr&#233;sent&#233; par Trump et Bolsonaro (au d&#233;but, &#233;galement par Boris Johnson), caract&#233;ris&#233; par le fait d'avoir coup&#233; et d&#233;mantel&#233; tout ce qui avait &#224; voir avec la sant&#233; publique, combin&#233; avec une strat&#233;gie autoritaire aux traits n&#233;ofascistes &#233;troitement associ&#233;e aux int&#233;r&#234;ts du capital financier et des entreprises pharmaceutiques ; tout cela avec un fort m&#233;pris pour la vie de ceux qui &#171; ne sont pas dignes de vivre &#187;, si nous voulons le formuler comme les nazis le disaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez critiqu&#233; la gestion de la pand&#233;mie par les gouvernements en ce qui concerne les actions r&#233;actives et d&#233;ficientes. Pensez-vous que cela aurait pu &#234;tre mieux fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que les gouvernements espagnol et catalan (et d'autres communaut&#233;s autonomes, notamment Madrid) ont g&#233;r&#233; la pand&#233;mie de mani&#232;re d&#233;ficiente. Au d&#233;but, on pouvait &#224; juste titre affirmer qu'il s'agissait d'une surprise, et qu'il n'y avait &#8211; comme l'a reconnu Joan Guix, l'ancien secr&#233;taire catalan &#224; la Sant&#233; &#8211; ni la pr&#233;paration ni les ressources humaines et mat&#233;rielles pour agir face &#224; un risque que presque tout le monde avait minimis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a abus&#233; des slogans publicitaires (&#171; ensemble nous devons arr&#234;ter le virus &#187; ou &#171; gagner cette guerre &#187;). On a r&#233;p&#233;t&#233; que tout &#233;tait fait pour contr&#244;ler la pand&#233;mie en mettant l'accent sur la responsabilit&#233; individuelle, en improvisant, en adoptant des politiques r&#233;actives, avec peu de leadership et un &#339;il toujours tourn&#233; vers les pressions commerciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au fil des mois, il appara&#238;t clairement que l'humilit&#233; et la pr&#233;voyance ont fait d&#233;faut. Il y a eu une incapacit&#233; &#224; agir avec diligence et efficacit&#233; face &#224; une situation d'urgence, sans un investissement massif dans le syst&#232;me sanitaire et la sant&#233; publique (soins primaires, services sociaux, traceurs, tests, etc.). Il est toujours plus facile de parler que de faire. Et il faut dire qu'&#224; certains endroits, beaucoup d'actions ont &#233;t&#233; entreprises. Ainsi la mairie de Barcelone a fait un effort social important. Toutefois, je pense qu'en g&#233;n&#233;ral, dans une situation d'urgence grave et d'effondrement des services sanitaires et sociaux, il y a eu un manque de planification, de courage et de capacit&#233; de d&#233;cision pour agir dans une situation d'urgence touchant l'ensemble de la population. Cela signifie que l'accent a &#233;t&#233; mis sur la &#171; solution &#187; des confinements et des restrictions totales ou partielles lorsque la pand&#233;mie s'acc&#233;l&#232;re et se d&#233;veloppe, au lieu de mettre en &#339;uvre une strat&#233;gie radicale, utilisant rapidement et efficacement tous les instruments dont dispose la sant&#233; publique et communautaire : planification, surveillance et analyse &#233;pid&#233;miologique, &#233;ducation &#224; la sant&#233; communautaire, analyse des d&#233;terminants sociaux et de l'&#233;quit&#233;, implication massive de la communaut&#233;, entre autres outils et strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, les pays occidentaux ont opt&#233; pour une vision consistant &#224; &#171; vivre avec le virus &#187; avec des confinements et des restrictions, au lieu de vouloir le contr&#244;ler et l'&#233;liminer avec une strat&#233;gie globale de sant&#233; publique &#171; Covid-0 &#187;. Cela a produit un d&#233;sastre social et de sant&#233; publique, avec de nombreuses cons&#233;quences que nous commen&#231;ons seulement &#224; conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles auraient d&#251; &#234;tre, &#224; votre avis, les actions les plus prioritaires ? Et pour l'avenir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, j'esp&#232;re que nous aurons une &#233;valuation critique et compl&#232;te de ce qui a &#233;t&#233; fait, mais je pense qu'il y a six points prioritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il a manqu&#233; une vision plus syst&#233;mique et int&#233;gr&#233;e de la pand&#233;mie, avec une connaissance plus ad&#233;quate et plus approfondie de la sant&#233; publique et des sciences sociales que celle que nous avons eue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, une meilleure gestion avec plus de leadership et de coordination, et avec une vision plus pr&#233;ventive que r&#233;active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, une action plus transparente et d&#233;mocratique, avec des campagnes d'&#233;ducation communautaire d&#232;s le d&#233;but, avec des questions cl&#233;s telles que la pr&#233;vention, le risque, la stigmatisation, &#233;viter les fake news, etc. Quatri&#232;mement, avoir renforc&#233; de toute urgence et avec force les &#233;tablissements m&#233;dico-sociaux, la sant&#233; communautaire, les services sociaux, les soins primaires et la sant&#233; publique, avec l'utilisation massive de traceurs et de tests de diagnostic, au lieu de continuer &#224; marchandiser la sant&#233; avec la sous-traitance &#224; des entreprises priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;mement, il aurait fallu r&#233;fl&#233;chir davantage aux in&#233;galit&#233;s, en investissant massivement dans la protection sociale et &#233;conomique de la population plus &#171; vuln&#233;rable &#187; [parce que socialement l&#233;s&#233;e] que &#171; vuln&#233;rable &#187; [&#224; risque], en particulier dans les populations et les quartiers les plus d&#233;favoris&#233;s et ceux qui n'ont pas de logement. Des choses ont &#233;t&#233; faites, bien s&#251;r, mais c'est tr&#232;s insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sixi&#232;mement, nous aurions d&#251; contribuer &#224; g&#233;n&#233;rer une participation plus active de la communaut&#233; en encourageant les actions de solidarit&#233; et le soutien social collectif, comme cela s'est produit dans certains pays. Pour l'avenir, outre une &#233;valuation d&#233;taill&#233;e des r&#233;percussions de la pand&#233;mie, il sera n&#233;cessaire de renforcer et de d&#233;velopper une agence nationale de sant&#233; publique capable de pr&#233;venir et de contr&#244;ler les nombreuses menaces existantes pour la sant&#233; publique et les futures pand&#233;mies qui suivront tr&#232;s probablement. Cela n&#233;cessitera un investissement beaucoup plus important dans les ressources mat&#233;rielles et le personnel de sant&#233; publique qualifi&#233;, des programmes de formation am&#233;lior&#233;s et &#233;tendus et des syst&#232;mes de surveillance et de r&#233;action aux nouvelles pand&#233;mies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les vaccins seront-ils la solution &#224; la crise sanitaire ? Qui est favoris&#233; par le &#171; mod&#232;le de sant&#233; h&#233;g&#233;monique &#187; auquel vous faites r&#233;f&#233;rence ? Comment garantir un acc&#232;s &#233;quitable si, en fin de compte, il est entre les mains des entreprises pharmaceutiques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vaccins disponibles sont s&#251;rs et efficaces &#224; court terme, mais il reste de nombreuses questions &#224; poser sur la dur&#233;e de leur immunog&#233;nicit&#233; [la capacit&#233; qu'a un antig&#232;ne de provoquer une r&#233;ponse immunitaire] et leur efficacit&#233; contre les nouveaux variants et les mutations possibles du coronavirus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la vaccination &#224; l'&#233;chelle du monde n'est pas une question scientifique ou sanitaire, mais avant tout une question g&#233;opolitique. Au d&#233;but du mois de mars, environ 4 doses par 100 personnes avaient &#233;t&#233; administr&#233;es dans le monde, avec une grande in&#233;galit&#233;, puisque dans de nombreux pays, il n'y avait toujours pas de personnes vaccin&#233;es. Le directeur de l'OMS a lui-m&#234;me d&#233;clar&#233; que &#171; le monde est au bord d'un &#233;chec moral catastrophique &#187;. Pourquoi ? Parce que les investissements dans la recherche sur les vaccins ont &#233;t&#233; principalement publics, mais la production et la commercialisation sont aux mains du secteur priv&#233; en raison de l'accord de l'OMC de 1995 sur &#171; les aspects des droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle qui touchent au commerce &#187; (ADPIC). Cet accord impose les int&#233;r&#234;ts des transnationales pharmaceutiques aux &#201;tats, notamment du Sud, qui sont tributaires des brevets et des licences sur les produits, vaccins et m&#233;dicaments. Les grandes firmes pharmaceutiques consacrent beaucoup d'argent &#224; la publicit&#233; et non aux m&#233;dicaments et aux vaccins qui ne sont pas rentables pour elles mais qui sont absolument vitaux pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;opolitique de la sant&#233; impos&#233;e par le complexe m&#233;dico-financier-pharmaceutique mondial (Big Pharma) contr&#244;le la consommation massive de m&#233;dicaments et de technologies de sant&#233;. Ce complexe d&#233;fend ses int&#233;r&#234;ts en exer&#231;ant une grande influence sur les &#201;tats. Il d&#233;gage d'&#233;normes profits. L'Inde, l'Afrique du Sud et 90 autres pays ont tent&#233; de suspendre les accords de propri&#233;t&#233; pendant la pand&#233;mie, mais l'Union europ&#233;enne, les &#201;tats-Unis et d'autres pays anglo-saxons s'y sont oppos&#233;s. Seules la Russie, la Chine et Cuba &#233;chappent &#224; cette dynamique, mais certains de leurs vaccins sont &#233;galement marchandis&#233;s et associ&#233;s &#224; des laboratoires nationaux priv&#233;s en Inde, au Br&#233;sil, en Argentine, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous donner d'autres exemples de la puissance de ces firmes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alliance du Vaccin (GAVI-cr&#233;&#233; en 2000 sous la forme d'un partenariat public et priv&#233;) re&#231;oit 60% de son financement de firmes pharmaceutiques et de donateurs de pays riches qui, en si&#233;geant dans des comit&#233;s d'experts, d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts de l'industrie. La &#171; Coalition pour les innovations en mati&#232;re de pr&#233;paration aux &#233;pid&#233;mies &#187; (CEPI), cr&#233;&#233;e en 2015, par le Forum &#233;conomique de Davos avec l'aide de la Fondation Gates et du Wellcome Trust Fund (un fonds de la soci&#233;t&#233; GlaxoSmithKline), a annonc&#233; un plan mondial de vaccination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fonds mondial d'acc&#232;s aux vaccins Covid-19 de l'OMS, appel&#233; COVAX, ainsi que les GAVI et CEPI, font en sorte que les droits de &#171; brevet &#187; sur les vaccins suivent une logique de march&#233;, de sorte qu'ils ne fournissent des vaccins que de mani&#232;re limit&#233;e dans les pays pauvres. Une fourniture qui ne rel&#232;ve pas d'un &#171; droit &#187;, mais d'une forme de g&#233;opolitique caritative de type colonial o&#249; les pays se font concurrence s&#233;par&#233;ment pour les quotas de doses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant que la grande majorit&#233; des vaccins disponibles soient all&#233;s aux pays occidentaux riches (et au sein de ceux-ci, souvent les plus privil&#233;gi&#233;s). Il faut &#233;galement noter que 80% du budget propre de l'OMS d&#233;pend de dons et non des Etats (la Fondation Gates, par exemple, finance 90% de son programme de m&#233;dicaments), ce qui montre son degr&#233; de d&#233;pendance aux int&#233;r&#234;ts de l'industrie et des moyens priv&#233;s. Il est essentiel de d&#233;mocratiser la vaccination, en en faisant un bien commun &#224; toute l'humanit&#233;. Et pour ce faire, il sera n&#233;cessaire de g&#233;n&#233;rer une r&#233;ponse g&#233;opolitique qui lib&#232;re les brevets, en cr&#233;ant une association de pays du Sud ayant la souverainet&#233; de produire et de distribuer des vaccins pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie qu'un changement social et politique radical et profond serait le &#171; vaccin &#187; le plus efficace et qu'il est fondamental de d&#233;mocratiser la vaccination, en en faisant un bien commun pour toute l'humanit&#233;. Il sera n&#233;cessaire de g&#233;n&#233;rer une r&#233;ponse g&#233;opolitique qui lib&#232;re les brevets, et de cr&#233;er une association de pays du Sud ayant la souverainet&#233; de produire et de distribuer des vaccins pour tous. Certains cas qui peuvent aller dans ce sens sont la distribution &#233;ventuelle de vaccins fabriqu&#233;s en Inde (le pays qui en fabrique le plus), le d&#233;veloppement du vaccin cubain &#171; souverain 02 &#187; pour la population, les touristes et d'autres pays. En bref, nous avons besoin d'un &#171; vaccin social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre dernier livre La Salud es Politica. Una planeta enfermo de desigualdades (Icaria 2020), vous revenez en profondeur sur la n&#233;cessit&#233; de promouvoir un changement de mod&#232;le &#224; grande &#233;chelle pour faire face aux crises &#224; venir, produites en grande partie de l'effondrement &#233;cologique. Mais comment amorcer ce changement dans un contexte capitaliste qui privil&#233;gie les profits par-dessus tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie est un bain d'humilit&#233; qui devrait nous faire comprendre que nous faisons partie de la nature, et que lorsque nous l'ab&#238;mons, nous nous ab&#238;mons aussi. Nous sommes fragiles, et nous sommes d&#233;pendants. Toutefois, cela ne suffit pas pour r&#233;aliser les changements dont nous avons besoin, car les inerties &#233;conomiques, politiques et culturelles existantes rendent le changement tr&#232;s difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme d&#233;truit la vie, mais il &#171; infecte &#187; &#233;galement nos esprits, rendant difficile la compr&#233;hension de ce qui se passe. Si nous voulons changer, cela implique d'augmenter la conscience sociale des causes profondes et des effets de la pand&#233;mie. Pour parvenir &#224; un changement profond, il sera n&#233;cessaire, comme presque toujours dans l'histoire de l'humanit&#233;, de le faire par la lutte sociale. L'urgence climatique et la crise &#233;co-sociale et &#233;nerg&#233;tique que nous subissons &#8211; et que nous subirons &#8211; seront infiniment pires que la pand&#233;mie. L'accumulation constante, la croissance illimit&#233;e et la d&#233;possession des biens communs par le capitalisme sont notre pire &#171; virus &#187;. Les r&#233;formes sont cruciales, mais des changements syst&#233;miques tr&#232;s profonds devront &#234;tre effectu&#233;s. Soit nous changeons radicalement, soit nous sommes sur la voie de l'extinction de l'humanit&#233;, ou en tout cas d'un g&#233;nocide et d'un &#233;cocide massifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde soumis &#224; des crises syst&#233;miques &#233;co-sociales multiples et quasi in&#233;vitables, il faut &#171; tout changer &#187;, disent les f&#233;ministes. Nous devons r&#233;inventer &#8211; et nous devons le faire rapidement &#8211; l'organisation de la production et de la reproduction sociale en faisant une r&#233;volution &#233;conomique, politique et culturelle. Comment r&#233;aliser ce changement ? Je propose quatre &#233;l&#233;ments qui me semblent essentiels. Tout d'abord, faire l'exp&#233;rience d'un mode de vie diff&#233;rent, avec des coop&#233;ratives de production et de consommation, de nouvelles formes de vie et de relations o&#249; la libert&#233; des uns ne d&#233;pend pas de la souffrance des autres. Le grand &#233;crivain portugais Jos&#233; Saramago a dit : &#171; si nous ne changeons pas nos vies, nous ne changerons pas la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il s'agit de faire prendre conscience de la crise syst&#233;mique qui nous entoure et du fait qu'il est possible de vivre bien, autrement, en consommant moins, de mani&#232;re plus saine, plus humaine et v&#233;ritablement durable. Cela signifie une r&#233;&#233;ducation politique et culturelle tr&#232;s profonde des citoyens et citoyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, cr&#233;er des groupes de r&#233;flexion puissants qui fassent des analyses critiques et des propositions pour une action politique plus ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quatri&#232;mement, il faut s'unir et se mobiliser en permanence avec des mouvements sociaux &#224; la fois d&#233;centralis&#233;s et coordonn&#233;s, qui relient toutes les luttes, qui sont &#171; global-local &#187;, capables de cr&#233;er des formes collectives pour faire pression sur les politiques institutionnelles et les changer. Faire ces changements nous co&#251;tera beaucoup, mais ne pas les faire nous co&#251;tera encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joan Benach est professeur de sociologie au d&#233;partement des sciences politiques et sociales de l'universit&#233; Pompeu Fabra. Directeur du Groupe de recherche sur les in&#233;galit&#233;s en mati&#232;re de sant&#233; (GREDS-EMCONET) et directeur adjoint du Centre de politique publique JHU-UPF, Universit&#233; Pompeu Fabra de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien publi&#233; sur le site de Sin Permiso, le 24 mars 2021 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;traduction par la r&#233;daction de Alencontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des parties de cet entretien ont &#233;t&#233; utilis&#233;es dans le rapport d'Emma Pons intitul&#233; &#171; &#191;Por qu&#233; la covid no nos iguala ? La relaci&#243;n entre la salud y el c&#243;digo postal &#187;, publi&#233; en catalan et en espagnol dans le journal P&#250;blico et dans la revue Quinze de P&#250;blico, n. 73, 19/25-03-2021.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/societe/covid-et-sante-publique-nous-avons-besoin-dun-vaccin-social.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/societe/covid-et-sante-publique-nous-avons-besoin-dun-vaccin-social.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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