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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Les femmes en lutte pour leurs droits en France se sont toujours heurt&#233;es &#224; la r&#233;sistance du pouvoir masculin</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-femmes-en-lutte-pour-leurs-droits-en-France-se-sont-toujours-heurtees-a-la</link>
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		<dc:date>2021-05-25T07:16:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josette Trat</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-05-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Josette Trat est cofondatrice des Cahiers du f&#233;minisme (1977-1998) dans le cadre de la LCR. Elle a enseign&#233; et poursuivi ses recherches sur les rapports entre f&#233;ministes [1] et mouvements sociaux dans le d&#233;partement de sociologie de l'universit&#233; de Paris 8. Elle est membre de plusieurs r&#233;seaux f&#233;ministes &#171; luttes de classe &#187;. Elle revient ici sur cette histoire tumultueuse. &lt;br class='autobr' /&gt; Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res avril 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par LARRACHE Antoine, TRAT Josette, U Agn&#232;s L'Anticapitaliste ( (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-05-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-05-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH75/arton48400-06043.jpg?1781049111' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Josette Trat est cofondatrice des Cahiers du f&#233;minisme (1977-1998) dans le cadre de la LCR. Elle a enseign&#233; et poursuivi ses recherches sur les rapports entre f&#233;ministes [1] et mouvements sociaux dans le d&#233;partement de sociologie de l'universit&#233; de Paris 8. Elle est membre de plusieurs r&#233;seaux f&#233;ministes &#171; luttes de classe &#187;. Elle revient ici sur cette histoire tumultueuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
avril 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par LARRACHE Antoine, TRAT Josette, U Agn&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Anticapitaliste ( Antoine Larrache et Agn&#232;s U) : Peux-tu expliquer en quoi le mouvement des femmes a &#233;t&#233; accus&#233; de diviser la classe ouvri&#232;re et comment il s'est en partie sorti de cette situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Josette Trat : Si l'on se situe dans la longue dur&#233;e, depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, on constate que les femmes se sont toujours investies dans la vie publique dans les p&#233;riodes de grande agitation sociale ou carr&#233;ment r&#233;volutionnaire et que la plupart du temps, quand elles revendiquent des droits pour les femmes notamment comme le droit &#224; l'&#233;ducation, au travail, le droit de vote, etc., elles suscitent la col&#232;re de nombreux hommes qui cherchent &#224; les remettre &#224; &#171; leur place &#187;, c'est-&#224;-dire le plus souvent &#224; la maison. Olympes de Gouges, fut guillotin&#233;e non seulement parce qu'elle &#233;tait royaliste, mais &#233;galement parce qu'elle avait oubli&#233; &#171; les vertus qui conviennent &#224; son sexe &#187;, en rendant publique sa D&#233;claration des droits de la femme et de la citoyenne, en 1791. Elle avait os&#233; demander le droit de vote ! Mais les femmes sont aussi critiqu&#233;es quand elles cr&#233;ent leurs propres cercles de discussion ou leurs journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut le cas &#224; nouveau, dans la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, du temps des socialistes &#171; utopiques &#187; selon la terminologie de Marx et d'Engels. On trouve des traces de ces pol&#233;miques dans des articles de militantes Saint-Simoniennes pr&#233;sent&#233;s dans la revue R&#233;voltes Logiques dans les ann&#233;es 1970. L'une d'entre elles, Jeanne, &#233;crit ainsi : &#171; &lt;i&gt;[les hommes] croient voir de notre part une tendance &#224; l'usurpation lorsque nous osons manifester notre volont&#233;. En g&#233;n&#233;ral les hommes, m&#234;me dans la famille [saint-simonienne], sont &#224; l'&#233;gard des femmes comme les gouvernements &#224; l'&#233;gard des peuples. Ils nous craignent et ne nous aiment pas encore. &lt;/i&gt; &#187; On pourrait en citer bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1848 encore, les femmes sont elles aussi tr&#232;s actives, dans des domaines tr&#232;s diversifi&#233;s comme la cr&#233;ation, par exemple, de coop&#233;ratives. Sur la question du droit de vote, elles envoient p&#233;tition sur p&#233;tition au gouvernement provisoire. Peine perdue. N&#233;anmoins, Jeanne Deroin, une ancienne Saint-Simonienne, va relancer l'affaire en se portant candidate aux &#233;lections l&#233;gislatives de juin 1849 [2]. Ce qui est strictement ill&#233;gal &#224; l'&#233;poque. G. Sand, refuse de la soutenir consid&#233;rant que les femmes doivent d'abord obtenir des droits civils et s'&#233;duquer avant de pr&#233;tendre au droit de vote. J. Deroin va demander le soutien d'un certain nombre de clubs populaires, mais Proudhon (th&#233;oricien socialiste influent avec qui Marx a beaucoup pol&#233;miqu&#233;) va tout faire pour lui mettre des b&#226;tons dans les roues. Il est tout aussi hostile au travail des femmes et il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; d&#233;clarer que &#171; la femme qui essaie d'exercer son intelligence devient laide, folle et guenon &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce courant &#233;tait d'ailleurs repr&#233;sent&#233; au sein de la Premi&#232;re internationale (AIT) qui adopta une r&#233;solution, &#224; ses d&#233;buts, dans laquelle le travail des femmes &#233;tait d&#233;nonc&#233; comme une cause majeure de la &#171; corruption de l'esp&#232;ce humaine &#187;. A l'inverse, Eug&#232;ne Varlin, membre &#233;galement de la d&#233;l&#233;gation fran&#231;aise et futur communard, a toujours soutenu le droit au travail des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la Commune, Andr&#233; L&#233;o, une journaliste &#171; f&#233;ministe &#187; connue d&#233;j&#224; sous le Second Empire, proteste, dans un long article d'une grande virulence dat&#233; du 8 mai 1871, contre la mise &#224; l'&#233;cart des femmes : elles n'ont pas pu voter ni &#234;tre &#233;lues, lors des &#233;lections municipales pour le Conseil de la Ville de Paris. Ce sont elles pourtant qui, le 18 mars, ont &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne &#224; Montmartre pour emp&#234;cher les soldats de r&#233;cup&#233;rer les canons. Andr&#233; L&#233;o met en cause personnellement le g&#233;n&#233;ral Dombrovski [4] qui s'est oppos&#233; &#224; l'int&#233;gration des femmes dans les rangs de la Garde nationale. Cela n'emp&#234;cha pas, malgr&#233; tout, un certain nombre d'entre elles, de se joindre &#224; ses bataillons, puis au cours de la semaine sanglante, de d&#233;fendre Paris, sur les barricades face aux Versaillais. Ce dont t&#233;moigne Victorine B dans son livre Souvenirs d'une morte vivante ou Louise Michel elle-m&#234;me dans ses m&#233;moires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle plus tard, en 1970, quand les f&#233;ministes de la deuxi&#232;me vague ont commenc&#233; &#224; se r&#233;unir en assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales non mixtes, et un peu plus tard dans les &#171; groupes femmes &#187;, les hommes l'ont tr&#232;s mal pris. D'ailleurs, certains militants ont m&#234;me essay&#233; de rentrer de force dans les r&#233;unions. D'une p&#233;riode historique &#224; l'autre, quand les f&#233;ministes cherchent &#224; s'organiser, elles disent souvent la m&#234;me chose, c'est m&#234;me assez &#233;tonnant : on veut se r&#233;unir entre nous, ce n'est pas par hostilit&#233; de principe vis-&#224;-vis des hommes, mais parce qu'on veut pouvoir s'exprimer plus librement sans &#234;tre sous le regard ou le jugement des hommes. &#202;tre plus libres pour avoir plus de force, parler de son oppression, &#233;laborer des projets, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le droit au travail &lt;/strong&gt; des femmes n&#233;cessita de nombreux d&#233;bats au sein du mouvement ouvrier pour qu'il soit effectivement reconnu en France, au lendemain de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Le capitalisme a cherch&#233; de tout temps &#224; faire baisser les salaires en mettant en concurrence diff&#233;rents secteurs de la main-d'&#339;uvre. C'est pourquoi le patronat a recrut&#233; massivement des femmes et des enfants dans les filatures d'abord en Angleterre puis en France, etc. Ce sera le cas dans de nombreux secteurs tout au long du XIXe jusqu'&#224; aujourd'hui, car les femmes sont souvent moins organis&#233;es et donc le plus souvent moins bien moins pay&#233;es que les hommes. Face &#224; cela, les travailleurs avaient deux positions possibles : soit ils se battaient pour l'&#233;galit&#233; des salaires et le droit des femmes de s'organiser, soit ils s'y opposaient. On a vu d&#233;j&#224; la position de Proudhon qui a influenc&#233;, en France, une grande partie des artisans et des ouvriers. Un des secteurs les plus hostiles au travail et &#224; la syndicalisation des femmes fut la f&#233;d&#233;ration CGT du Livre. N&#233;anmoins, en 1910, le congr&#232;s de Bordeaux d&#233;cida d'admettre les femmes dans ses rangs dans les m&#234;mes conditions que les hommes. Deux ans plus tard, Emma Couriau, qui &#233;tait typographe depuis dix-sept ans et travaillait au m&#234;me tarif que les hommes, demande &#224; se syndiquer &#224; Lyon. La section locale des typographes refuse sa syndicalisation et d&#233;cide en plus d'exclure son mari, syndiqu&#233; depuis dix-neuf ans &#224; la f&#233;d&#233;ration du livre, au pr&#233;texte qu'il avait tol&#233;r&#233; le travail de son &#233;pouse, un pur scandale selon la section de Lyon. Cette &#171; affaire &#187; va susciter des &#233;changes passionn&#233;s au sein de la CGT en 1913 et parmi les f&#233;ministes. Marie Guillot, institutrice f&#233;ministe et syndiqu&#233;e &#224; la CGT va r&#233;diger de nombreux articles dans la presse de la CGT et proposer la mise sur pied &#171; d'un comit&#233; d'action f&#233;minine syndicale &#187;. Dans la foul&#233;e, la CGT pr&#233;voit d'organiser un d&#233;bat sur le travail des femmes lors de son prochain congr&#232;s, mais celui-ci ne put avoir lieu avec le d&#233;clenchement de la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est-ce que cela &#233;volue ensuite, notamment avec le stalinisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le PCF a connu plusieurs phases diff&#233;rentes dans son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste qui s'est cr&#233;&#233; en 1921 dans la foul&#233;e de la R&#233;volution russe va, &#224; la diff&#233;rence d'autres secteurs du mouvement ouvrier, soutenir activement la lutte pour le droit de vote des femmes, en pr&#233;sentant des candidates tout en sachant qu'elles ne seront pas &#233;lues. Il va attirer &#224; lui un certain nombre de f&#233;ministes tr&#232;s radicales comme Madeleine Pelletier, une des premi&#232;res femmes m&#233;decins en m&#234;me temps que des syndicalistes r&#233;volutionnaires. Mais la plupart d'entre elles et d'entre eux vont quitter le PCF quand celui-ci sera soumis &#224; la &#171; bolch&#233;visation &#187; impos&#233;e par Moscou qui se traduira par des processus d'&#233;puration et de bureaucratisation parall&#232;les &#224; ceux entam&#233;s en URSS m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1920, le PCF, malgr&#233; sa sectarisation et sa minorisation, va conserver dans ses rangs des militant.es des deux sexes tr&#232;s &#171; luttes de classes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PC a d&#233;fendu le droit &#224; l'avortement jusqu'en 1927 dans un contexte tr&#232;s r&#233;pressif [5]. Mais &#224; partir des ann&#233;es 1930, en particulier au moment du Front populaire, le PCF va changer radicalement de discours, parce qu'il fait alliance avec les radicaux et qu'en plus il a le souci de gagner une partie de l'&#233;lectorat chr&#233;tien. On va donc retrouver des articles dans la presse du PC d'inspiration tr&#232;s r&#233;actionnaire, nettement patriotique et nataliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours-l&#224;, voire encore pire, on va le retrouver dans les ann&#233;es 1950. En 1956, Fran&#231;oise Giroud, qui &#233;tait journaliste &#224; l'Express [6], se lance dans une bataille d'opinion en faveur de la d&#233;p&#233;nalisation de la contraception. Elle soutient une coalition de d&#233;put&#233;s de gauche qui d&#233;pose une proposition de loi dans ce sens. Le PC, quant &#224; lui, va s'y opposer radicalement. Il pr&#233;tend que les prol&#233;taires ne doivent pas singer les comportements d&#233;bauch&#233;s des bourgeois qui eux contr&#244;lent leurs naissances par esprit d'&#233;go&#239;sme et de &#171; vice &#187;, que les prol&#233;taires doivent revendiquer les moyens d'avoir au contraire une famille nombreuse, etc. C'est l'id&#233;e que la bourgeoisie est &#171; d&#233;cadente &#187; et veut emp&#234;cher le renforcement num&#233;rique de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs mois, il y a des prises de position publiques des plus grands responsables du PCF, notamment de M. Thorez et de son &#233;pouse Jeannette Vermeersch contre &#171; le contr&#244;le des naissances &#187; assimil&#233; au n&#233;o-malthusianisme. Cette ligne officielle va constituer un traumatisme au sein du PC, notamment du c&#244;t&#233; des m&#233;decins qui eux connaissaient tr&#232;s bien la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle &#233;taient confront&#233;es les femmes prol&#233;taires qui n'avaient aucun moyen pour contr&#244;ler leurs maternit&#233;s et &#233;taient oblig&#233;es d'avorter dans des conditions &#233;pouvantables. Toute une partie des m&#233;decins va &#234;tre d&#233;go&#251;t&#233;e par cette prise de position du PCF, incompr&#233;hensible pour eux. C'est le cas &#233;galement d'un jeune journaliste et militant du PCF, Jacques Derogy, qui avait &#233;crit une s&#233;rie d'articles en 1955 dans un journal issu de la R&#233;sistance intitul&#233; Lib&#233;ration, apr&#232;s une enqu&#234;te men&#233;e en Grande-Bretagne, dans lesquels il vantait les bienfaits du &#171; contr&#244;le des naissances &#187; pratiqu&#233;s l&#224;-bas et o&#249; il d&#233;crivait et d&#233;non&#231;ait la situation des femmes de milieux populaires en France. Il va se faire virer du PC, comme un malpropre. Lui n'en revenait pas, parce qu'il pensait faire &#339;uvre d'avant-garde en r&#233;v&#233;lant cette situation. Cette position du PCF serait li&#233;e, selon certain.es [7], &#224; la volont&#233; du PCF de faire diversion &#224; l'&#233;poque, par rapport aux &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; contenues dans le fameux rapport Kroutchev qui mettait en cause la responsabilit&#233; personnelle de Staline dans l'ampleur de la r&#233;pression d&#233;velopp&#233;e en URSS depuis des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela va marquer les esprits et va &#234;tre &#224; la base de la cr&#233;ation, dans la foul&#233;e, du Planning familial, sous le nom de &#171; Maternit&#233; heureuse &#187; o&#249; vont se retrouver des militant.es progressistes, venu.es de courants tr&#232;s diversifi&#233;s. Cet &#233;pisode p&#232;sera assez lourd dans la suite des prises de position du PCF vis-&#224;-vis des f&#233;ministes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en quoi cela bouscule le PCF sur le plan &#233;lectoral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant et apr&#232;s Mai 1968, un des axes majeurs de l'agitation politique du PCF, c'est la lutte contre le &#171; gauchisme &#187; qui, selon ses termes, en effrayant la France profonde, ne peut que retarder l'acc&#232;s de la Gauche aux responsabilit&#233;s gouvernementales. Dans le viseur, le mouvement &#233;tudiant &#171; petit bourgeois &#187; et ses &#171; provocations &#187; et les organisations d'extr&#234;me gauche qui en sont largement issues. Or le mouvement f&#233;ministe est assimil&#233; au mouvement &#233;tudiant d'autant que le mouvement f&#233;ministe va effectivement adopter des modes d'action peu conformes aux traditions parlementaires. Par exemple, une des premi&#232;res initiatives est d'aller &#224; l'Arc de Triomphe, sans autorisation, en ao&#251;t 1970, pour d&#233;poser une gerbe de fleurs &#224; la femme du Soldat inconnu, plus inconnue encore que ce dernier ! En 1971, 343 femmes d&#233;clarent avoir avort&#233; dans le Nouvel observateur, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me obstacle &#224; la rencontre entre ce parti et le mouvement f&#233;ministe est d'ordre th&#233;orique. La tradition PC et CGT, consid&#232;re que c'est le capitalisme qui opprime les femmes. Pour eux, il suffit de lutter contre le capitalisme pour lutter pour l'&#233;mancipation des femmes. Il est hors de question de parler de la domination masculine comme d'un syst&#232;me, int&#233;gr&#233; au syst&#232;me capitaliste certes, mais contre lequel il faut lutter en tant que tel. Il y a une seule lutte qui compte : la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'analyse n'est pas du tout sp&#233;cifique au PC. C'est une lecture d'ailleurs tr&#232;s simpliste d'Engels et tr&#232;s dogmatique du marxisme, mais qui est tr&#232;s largement r&#233;pandue &#224; l'&#233;poque, y compris dans l'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment d'opposition : les revendications des f&#233;ministes et la d&#233;nonciation du travail &#171; gratuit &#187; des femmes dans le cadre du travail domestique. Or voil&#224; ce qu'&#233;crit le 12 d&#233;cembre 1970, Mireille Bertrand, une des dirigeantes du PC, dans la revue du PC les Cahiers du Communisme : &#171; &lt;i&gt;Les discriminations que subissent les femmes ne peuvent trouver une solution dans la lutte que sugg&#232;re le pouvoir &#224; l'int&#233;rieur de la famille pour une meilleure r&#233;partition des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res. Sous pr&#233;texte d'&#233;galit&#233;, on &#233;gare les femmes vers un f&#233;minisme outrancier, une lutte contre les hommes en g&#233;n&#233;ral, qui seraient responsables et b&#233;n&#233;ficiaires des discriminations faites aux femmes. [&#8230;] C'est le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme qui maintiennent la femme dans sa position d'inf&#233;riorit&#233; qui est n&#233;faste non seulement &#224; la femme, mais &#224; l'homme, &#224; la famille, &#224; la soci&#233;t&#233;. Les probl&#232;mes de l'&#233;mancipation de la femme, le parti communiste fran&#231;ais les pose de fa&#231;on permanente, il ne se contente pas de bavarder sur la libert&#233; sexuelle, le partage des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ou sur des probl&#232;mes d'ordre psychologique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela r&#233;sume bien la position du PC de l'&#233;poque. Au nom de cette conception, il va y avoir une lutte acharn&#233;e contre le mouvement f&#233;ministe. Mais la direction du PCF va &#234;tre confront&#233;e aux critiques de ses propres militant.es, dans diff&#233;rents secteurs. N&#233;anmoins cette position va induire un refus total du PC de mettre le pied dans la moindre structure unitaire, dans le moindre mouvement qui se r&#233;clame du f&#233;minisme. &#192; tel point que le PC et la CGT vont refuser de participer au mouvement pour la libert&#233; de l'avortement et de la contraception (MLAC) en 1973 qui joua pourtant un r&#244;le d&#233;cisif pour &#233;branler le pouvoir sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes soulev&#233;s par le mouvement f&#233;ministe sont consid&#233;r&#233;s comme des probl&#232;mes &#171; psychologiques &#187; par le PCF, alors qu'on parle de la division sociale et sexu&#233;e du travail &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; et des violences subies par les femmes. Les f&#233;ministes ont alors interpell&#233; les militants, toujours sur le m&#234;me ton de la d&#233;rision : &#171; R&#233;volutionnaires de tous les pays, qui lavent vos chaussettes ? &#187; Tr&#232;s bonne question rigolote, mais qui pose un probl&#232;me de fond. Pr&#233;cis&#233;ment, le fait que, globalement, le capitalisme patriarcal s'appuie sur la subordination des femmes dans la division du travail pour rendre la reproduction sociale la moins ch&#232;re possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'obstacle majeur &#224; la reconnaissance du mouvement f&#233;ministe par le PCF, c'est l'impossibilit&#233; pour lui d'accepter le principe d'&#171; autonomie &#187; du mouvement affirm&#233; haut et fort par les diff&#233;rentes composantes du mouvement, m&#234;me si toutes ne partageaient pas n&#233;cessairement la m&#234;me conception de cette fameuse &#171; autonomie &#187;. Pour le PCF, cela remettait totalement en cause sa conception h&#233;rit&#233;e du stalinisme, des liens de subordination entre le Parti &#171; dirigeant &#187; et les organisations de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais, est-ce qu'il n'y a pas une modification de la place des femmes dans les organisations syndicales ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du XIXe si&#232;cle, les d&#233;l&#233;gations de femmes dans les congr&#232;s syndicaux ou des partis &#233;taient tr&#232;s limit&#233;es. La pr&#233;sence des femmes &#233;tait si rare dans les congr&#232;s syndicaux qu'il arrivait souvent qu'on invite telle ou telle femme &#224; si&#233;ger la tribune sans pour autant lui donner la parole ! Trois historiennes se sont particuli&#232;rement pench&#233;es sur la place des femmes dans le mouvement syndical : Madeleine Guilbert, Marie-H&#233;l&#232;ne Zylberberg-Hocquard et Michelle Perrot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la CGT, puis la CGTU et &#224; nouveau dans la CGT r&#233;unifi&#233;e, le travail des femmes a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un axe central pour l'&#233;mancipation des femmes, &#224; la diff&#233;rence de la CFTC, puis de la CFDT jusqu'en 1964. Repensons &#224; la figure d'une syndicaliste comme Martha Desrumaux dont la biographie a &#233;t&#233; retrac&#233;e dans un documentaire r&#233;cent sur la cha&#238;ne LCP. Elle symbolise tr&#232;s bien le type de militantes qu'on met alors en avant dans la CGT : elle est n&#233;e dans une famille tr&#232;s pauvre du Nord de la France et est rentr&#233;e &#224; l'usine tr&#232;s jeune. Elle s'est syndiqu&#233;e. Elle a &#233;t&#233; r&#233;sistante pendant la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Elle s'est d&#233;vou&#233;e corps et &#226;me &#224; la d&#233;fense des travailleuses et des travailleurs. On la pousse &#224; prendre des responsabilit&#233;s aussi bien dans la CGT que dans le PC, ce qu'elle accepte sans rechigner. C'est ce mod&#232;le de militante qui est tr&#232;s valoris&#233; bien au-del&#224; des ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT a cr&#233;&#233; par ailleurs dans les ann&#233;es 1950 le journal Antoinette qui faisait &#224; la fois le r&#233;cit des luttes de femmes contre les politiques patronales et r&#233;servait quelques pages &#224; la vie quotidienne des femmes comme celle consacr&#233;e aux recettes de cuisine. Car dans la CGT, il s'agit de d&#233;fendre les femmes &#171; comme m&#232;res, &#233;pouses et travailleuses &#187;, en demandant des mesures &#171; sp&#233;cifiques &#187; en termes de baisse du temps de travail&#8230; pour les femmes. Il n'est donc pas question de mettre en cause la place des femmes dans le travail domestique. Mais apr&#232;s 1974, avec le d&#233;veloppement de l'action des militantes f&#233;ministes et syndicalistes dans les commissions femmes ou les groupes femmes dans un certain nombre d'entreprises Antoinette va se faire l'&#233;cho &#224; retardement des mobilisations f&#233;ministes et des questions qu'elles suscitent dans la conf&#233;d&#233;ration. En 1977, en particulier, il y a la 6e conf&#233;rence des femmes de la CGT, et l&#224;, il y a un v&#233;ritable chambardement comme n'en avait pas vu la direction conf&#233;d&#233;rale depuis des ann&#233;es. Tout va y passer : le sexisme dans le syndicat, la ringardise des analyses de la CGT, la n&#233;cessit&#233; pour le syndicat de se lier au mouvement f&#233;ministe, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de M. Godelier, un anthropologue marxiste, dans la sph&#232;re du PC ant&#233;rieurement, viennent &#233;branler &#233;galement les r&#233;f&#233;rences dogmatiques du courant dominant dans la CGT. Il a travaill&#233; sur une soci&#233;t&#233; qui s'appelle les Baruya, en Nouvelle-Guin&#233;e [8]. Il montrait que dans cette soci&#233;t&#233; d'horticulteurs o&#249; il n'y a ni propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ni classes sociales constitu&#233;es, mais d&#233;j&#224; une forte hi&#233;rarchie, la violence de la domination masculine, y compris physique, se traduisait dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; aussi bien mat&#233;rielles qu'id&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous f&#233;ministes, ce type de recherche, mettait totalement en cause l'analyse, compl&#232;tement simpliste, consistant &#224; consid&#233;rer que la domination masculine &#233;tait le r&#233;sultat unique du capitalisme ou de toute autre soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ouvrait la voie &#224; une r&#233;flexion sur d'autres rapports sociaux que les rapports de classe et donnait, de fait, une l&#233;gitimit&#233; suppl&#233;mentaire &#224; la lutte des femmes contre leur oppression &#171; sp&#233;cifique &#187; et &#224; leur mouvement &#171; autonome &#187;. Mouvement indispensable &#171; avant, pendant et apr&#232;s la r&#233;volution &#187;, comme disaient de nombreuses militantes f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions entre militantes et militants sur ces questions n'&#233;taient pas sp&#233;cifiques &#224; la CGT, pas du tout. Jeannette Laot, qui &#233;tait une des dirigeantes conf&#233;d&#233;rales de la CFDT dans les ann&#233;es 1970, a &#233;crit un bouquin, &#224; la fois personnel et politique. Elle explique qu'&#224; un moment donn&#233;, en tant que responsable de la question des femmes dans la CFDT, elle ne pouvait plus s'asseoir &#224; la cantine &#224; c&#244;t&#233; de ses camarades masculins, qui la mettaient &#224; part. Alors elle dit : &#171; On se demandait m&#234;me si on avait la m&#234;me vision du type de soci&#233;t&#233; pour laquelle on se battait. &#187;. La violence dans les rapports internes au mouvement syndical &#233;tait tr&#232;s forte. Car une proportion certaine de dirigeants ou de simples militants avait le sentiment que leur &#171; pouvoir &#187; &#233;tait contest&#233;. Ce qui &#233;tait vrai d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'extr&#234;me gauche aussi, il a fallu se battre. En 1971-72 sur la base d'une bataille interne, la Ligue communiste a reconnu l'importance de militer au sein du mouvement f&#233;ministe, et l'existence d'une oppression des femmes. Mais cela n'a pas du tout r&#233;gl&#233; de mani&#232;re automatique les relations entre militants et militantes. Chaque militante f&#233;ministe ou presque a fait l'exp&#233;rience suivante, quelle que soit son appartenance organisationnelle : si elle rejoint une instance &#171; mixte &#187; compos&#233;e d'une large majorit&#233; d'hommes et qu'elle se fixe comme but d'y faire avancer la lutte f&#233;ministe sur diff&#233;rents th&#232;mes et de faire prendre en charge cette lutte collectivement pour ne pas la r&#233;server aux &#171; expertes &#187; que sont les &#171; responsables &#187; en titre de ces questions, alors l&#224;, son statut se transforme assez rapidement en &#171; emmerdeuse &#187; num&#233;ro un, &#224; qui on va bien accorder la parole pour &#233;viter les accusations de &#171; sexisme &#187;, mais sans plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est malheureusement l'exp&#233;rience tr&#232;s courante partag&#233;e par de tr&#232;s nombreuses militantes f&#233;ministes qui ont quitt&#233; leur organisation, d&#233;courag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de ce survol qui, faute de place, n'a pu malheureusement entrer dans le d&#233;tail des luttes et des transformations survenues dans le champ politique et syndical [9], on peut rappeler quelques faits et id&#233;es g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1995, toutes les organisations politiques, syndicales et associatives qui se d&#233;clarent de &#171; gauche &#187;, se d&#233;clarent &#233;galement f&#233;ministes. Par ailleurs, au terme de ces longues ann&#233;es de luttes f&#233;ministes dans ces organisations, la plupart d'entre elles ont adopt&#233; le principe de quotas (comme c'est le cas &#224; la CFDT depuis longtemps) ou de parit&#233; (comme &#224; la CGT) dans leurs instances de direction pour permettre aux femmes d'&#234;tre mieux repr&#233;sent&#233;es. A la CGT, ce principe de parit&#233; au niveau conf&#233;d&#233;ral a &#233;t&#233; adopt&#233; de mani&#232;re tr&#232;s volontariste en 1999, dans un contexte de crise profonde du mouvement syndical et en particulier de ce courant, mis en demeure de prendre son ind&#233;pendance par rapport au PCF, lui-m&#234;me mis &#224; mal par la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS. Or comme nous le savons, les organisations syndicales et politiques font appel aux femmes quand elles ne peuvent plus l'&#233;viter. Si le nombre de femmes syndiqu&#233;es &#224; la CGT est de 39% (soit de 10 points inf&#233;rieurs au taux d'emploi des femmes qui est de 48%), il semble bien que la f&#233;minisation de la CGT progresse puisqu'une adh&#233;sion sur 2 est le fait d'une femme aujourd'hui comme le rappelle Rachel Silvera dans un entretien sur le site de la CGT &#224; l'occasion de la sortie d'un ouvrage collectif. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate qu'une nouvelle vague de luttes f&#233;ministes &#224; caract&#232;re de masse et internationale d&#233;ferle sur la plan&#232;te contre les violences sexistes et sexuelles et sur les questions de droit &#224; l'avortement notamment. Nous ne pouvons que nous en r&#233;jouir. Esp&#233;rons que cela va permettre de redynamiser l'ensemble des luttes f&#233;ministes dans un cadre unitaire (syndicats, associations f&#233;ministes), sur les questions de soutien aux &#171; premi&#232;res de corv&#233;es &#187; : les femmes de chambre dans les grands h&#244;tels, les aides &#224; domicile, les employ&#233;es dans les grandes surfaces, les enseignantes ou travailleuses dans les cr&#232;ches et bien s&#251;r toutes celles qui travaillent dans les h&#244;pitaux. Et nous en oublions certainement. Car nous savons bien qu'une fois l'urgence de la crise sanitaire d&#233;pass&#233;e (ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui) le gouvernement au nom de la r&#233;duction de la dette va s'en prendre &#224; tous les salari&#233;.es, fran&#231;ais.es et immigr&#233;.es : c'est d&#233;j&#224; le cas avec la r&#233;forme de l'assurance ch&#244;mage et bient&#244;t la relance de la r&#233;forme des retraites. Sur ces questions, les militantes f&#233;ministes dans les syndicats et les associations ont &#224; leur actif de nombreux combats communs [11], sachons les faire fructifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Antoine Larrache et Agn&#232;s U&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
P.-S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Version retouch&#233;e d'une interview initialement publi&#233;e dans la revue l'Anticapitaliste n&#176; 125, avril 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le mot &#171; f&#233;minisme &#187; ne prend son sens actuel qu'&#224; la fin du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier 1848, d'anciennes Saint-Simoniennes cr&#233;ent le premier quotidien &#171; f&#233;ministe &#187;, mais apr&#232;s la r&#233;pression de juin 1848, le journal devient mensuel et c'est Jeanne Deroin qui en devient l'animatrice principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cit&#233; par Beno&#238;te Groult dans F&#233;minisme au masculin, &#233;ditions Deno&#235;l-Gonthier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] A l'inverse, L&#233;o Frankel, de nationalit&#233; hongroise et membre de l'AIT, a apport&#233; son soutien au projet d'Elisabeth Dimitrief (membre &#233;galement de l'AIT et venue de Londres), en faveur du travail des femmes et de leur organisation dans des chambres syndicales. Projet inabouti comme bien d'autres, suite &#224; l'offensive des Versaillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Au lendemain de la Premi&#232;re Guerre mondiale, deux lois particuli&#232;rement r&#233;actionnaires, concernant non seulement la pratique, mais &#233;galement la propagande en faveur du contr&#244;le des naissances et de l'avortement, ont &#233;t&#233; vot&#233;es en 1921 et 1923, pour contraindre les femmes &#224; &#171; repeupler &#187; la France saign&#233;e par la guerre. Ce qui d'ailleurs ne marcha pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Journal tr&#232;s en pointe &#224; l'&#233;poque contre la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ren&#233;e Rousseau (1983) : Les femmes rouges, chez Albin Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] M. Godelier (1982) : La production des grands hommes, chez Fayard. Dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, M. Godelier avait d&#233;j&#224; fait conna&#238;tre son travail par des articles et des entretiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Pour plus de pr&#233;cisions, cf. J. Trat (2007) : &#171; L'histoire oubli&#233;e du courant f&#233;ministe &#171; luttes de classe &#187; &#187;, in Femmes, genre, f&#233;minisme, coll. Les Cahiers de Critique communiste, &#233;ditions Syllepse. Disponible sur ESSF (article 16642), L'Histoire oubli&#233;e du courant &#171; f&#233;ministe luttes de classe &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. &#233;galement J. Trat (2011) : &#8216;Dans le tourbillon du f&#233;minisme et de la lutte des classes (ouvrage collectif), Editions Syllepse. Disponible sur ESSF (article 23705), Les &#171; Cahiers du f&#233;minisme &#187; dans le tourbillon du f&#233;minisme et de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Nathalie Lepeyre, Jacqueline Laufer, S&#233;verine Lumi&#232;re, Sophie Pochic, Rachel Silvera, 2021 (sous la dir. de) : Le genre au travail. Recherches f&#233;ministes et luttes de femmes. Editions Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Toutes &#224; y gagner. Vingt ans de f&#233;minisme intersyndical, Syllepse 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;oise Verg&#232;s, une f&#233;ministe probl&#233;matique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Francoise-Verges-une-feministe-problematique</link>
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		<dc:date>2019-05-14T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josette Trat</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-05-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;oise Verg&#232;s porte un nom connu associ&#233; aux combats anticolonialistes tant &#224; la R&#233;union qu'en Alg&#233;rie. Elle pr&#233;tend aujourd'hui clarifier la lutte f&#233;ministe, en France notamment, avec son dernier livre Un f&#233;minisme d&#233;colonial [1]. De par son parcours marqu&#233; par l'exp&#233;rience familiale de la r&#233;pression coloniale et sa vie partag&#233;e entre de nombreux pays, F. Verg&#232;s pourrait aider utilement les f&#233;ministes de France &#224; s'enrichir de l'exp&#233;rience (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-05-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-05-14&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton39138-7c431.png?1781049111' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise Verg&#232;s porte un nom connu associ&#233; aux combats anticolonialistes tant &#224; la R&#233;union qu'en Alg&#233;rie. Elle pr&#233;tend aujourd'hui clarifier la lutte f&#233;ministe, en France notamment, avec son dernier livre Un f&#233;minisme d&#233;colonial [1]. De par son parcours marqu&#233; par l'exp&#233;rience familiale de la r&#233;pression coloniale et sa vie partag&#233;e entre de nombreux pays, F. Verg&#232;s pourrait aider utilement les f&#233;ministes de France &#224; s'enrichir de l'exp&#233;rience d'autres mouvements dans le monde. Malheureusement avec ce nouvel essai, elle continue d'alimenter la l&#233;gende noire &#171; d'un &#187; f&#233;minisme &#171; blanc &#187; raciste, bourgeois, homog&#232;ne et collectivement responsable de la colonisation et du n&#233;ocolonialisme de la fin du 18e si&#232;cle jusqu'&#224; aujourd'hui, le f&#233;minisme &#171; civilisationnel &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;F. Verg&#232;s fait preuve ici comme dans son pr&#233;c&#233;dent livre d'une m&#233;connaissance affligeante de la richesse de l'histoire des luttes f&#233;ministes en France sur la longue dur&#233;e et de la profondeur des d&#233;bats et/ou des divergences qui ont travers&#233; et traversent encore aujourd'hui les diff&#233;rentes composantes du f&#233;minisme en France.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le &#187; f&#233;minisme &#171; civilisationnel &#187; en question&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de son livre, F. Verg&#232;s nous fait une confidence. Elle a longtemps h&#233;sit&#233; &#224; se d&#233;clarer f&#233;ministe connaissant l'ampleur des &#171; trahisons &#187; op&#233;r&#233;es par le f&#233;minisme &#171; civilisationnel &#187;. Rappelons d'abord que Fran&#231;oise Verg&#232;s, dans sa jeunesse, a particip&#233; &#224; un courant du Mouvement de Lib&#233;ration des Femmes, Psychanalyse et politique, qui conspuait le f&#233;minisme des si&#232;cles pass&#233;s au pr&#233;texte que c'&#233;tait un mouvement &#171; bourgeois &#187; non digne d'int&#233;r&#234;t pour les &#171; vrais &#187; r&#233;volutionnaires [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grande continuit&#233; donc dans cette prise de distance vis &#224; vis du f&#233;minisme qui n'est pas sans poser probl&#232;me. Pour F. Verg&#232;s, &#171; la &#187; France, plus que tout autre pays europ&#233;en, serait porteuse collectivement d'une id&#233;ologie qui lui attribuerait une &#171; mission civilisatrice &#187; dans le monde et cette id&#233;ologie aurait contamin&#233; non seulement les classes dirigeantes de ce pays mais &#233;galement l'int&#233;gralit&#233; des mouvements sociaux, notamment les f&#233;ministes &#171; blanches &#187;, depuis la R&#233;volution fran&#231;aise jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteure pr&#233;cise que la notion de f&#233;minisme &#171; blanc &#187; n'est pas une notion &#171; biologique &#187; mais politique. Mais cela ne suffit pas &#224; lever toutes les ambigu&#239;t&#233;s dans la mesure o&#249; elle n'op&#232;re aucune distinction entre les repr&#233;sentants des &#201;tats et les mouvements sociaux, dans la mesure o&#249; elle appr&#233;hende &#171; le &#187; f&#233;minisme comme un tout homog&#232;ne. Nous savons toutes et tous que les dirigeants les plus &#233;loign&#233;s des mouvements r&#233;volutionnaires sont capables de truffer leurs discours de r&#233;f&#233;rences aux &#171; valeurs &#187; de la &#171; glorieuse &#187; r&#233;volution fran&#231;aise et ceci de Napol&#233;on jusqu'&#224; Macron ; nous savons que les gouvernements ont toujours trouv&#233; des complices pour soutenir leur entreprise de colonisation ou de guerres imp&#233;rialistes parmi les f&#233;ministes ou au sein du mouvement ouvrier mais il y a toujours eu des opposant.e.s, m&#234;me minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout aussi indispensable de distinguer entre l'affichage f&#233;ministe de bon nombre de gouvernements occidentaux depuis 1975 [3] qui m&#232;nent depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980 des politiques n&#233;olib&#233;rales et de nouvelles interventions militaires dans le monde, notamment en Irak et les militantes f&#233;ministes elles-m&#234;mes dans leur diversit&#233;. Cette distinction que ne fait pas F. Verg&#232;s est pourtant essentielle. En France notamment, plusieurs composantes du mouvement f&#233;ministe se sont oppos&#233;es, plus ou moins radicalement (nous y reviendrons) aux gouvernements successifs et essaient, encore aujourd'hui, dans des conditions difficiles, d'obtenir, gr&#226;ce &#224; leur action militante, de nouveaux droits pour les femmes, de lutter contre les violences sexuelles et sexistes, contre la pr&#233;carit&#233; et d'organiser la solidarit&#233; avec les femmes r&#233;fugi&#233;es et immigr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un r&#233;cit simpliste et anachronique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer sa th&#232;se, l'auteure, comme d'autres avant elle [4], s'en prend &#224; quelques personnalit&#233;s embl&#233;matiques. La premi&#232;re est Olympes de Gouges (1748-1793) connue &#224; juste titre pour sa d&#233;claration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791. F. Verg&#232;s reconna&#238;t qu'elle a &#233;t&#233; abolitionniste et qu'elle a suscit&#233; le scandale du lobby esclavagiste en &#233;crivant une pi&#232;ce anti-esclavagiste Zamore et Mirza mais &#224; ses yeux, cette pi&#232;ce est &#171; niaise &#187; [5] et ne va pas assez loin. Sans doute. On peut m&#234;me rajouter, comme nous le rappelle Dominique Godineau [6], qu'O. de Gouges, bien que solidaire des opprim&#233;.e.s, a toujours pr&#233;f&#233;r&#233; &#171; l'ordre &#187; aux &#233;meutes populaires, au point d'ailleurs de d&#233;noncer l'insurrection des esclaves &#224; Saint-Domingue et qu'elle a &#233;t&#233; guillotin&#233;e en 1793 autant pour avoir soutenu publiquement la royaut&#233; et les Girondins que pour avoir d&#233;nonc&#233; l'exclusion des femmes des droits politiques. Mais est-ce une raison pour la d&#233;nigrer syst&#233;matiquement au lieu de prendre en compte, malgr&#233; ses contradictions, la port&#233;e de son Manifeste en faveur des droits des femmes, sa d&#233;termination &#224; vivre libre, de sa plume et ce, dans un environnement hostile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me personnalit&#233; mise &#224; l'index est Hubertine Auclert qui a consacr&#233; toute sa vie (1848-1914) &#224; d&#233;fendre le droit de vote des femmes &#224; une &#233;poque o&#249; les bourgeois lib&#233;raux et G. Sand elle-m&#234;me pr&#233;f&#233;raient r&#233;clamer les droits civils pour les femmes consid&#233;rant que ces derni&#232;res devaient d'abord faire leur &#233;ducation en &#233;chappant &#224; la tutelle de leur mari avant de r&#233;clamer le droit de vote. Elle serait, selon F. Verg&#232;s, la repr&#233;sentante type de ce &#171; f&#233;minisme civilisationnel &#187; caract&#233;ristique des f&#233;ministes &#171; blanches &#187; en France. Nous ne pouvons revenir ici sur la pol&#233;mique autour de la personnalit&#233; d'Hubertine Auclert. Nous l'avons longuement trait&#233;e dans un article r&#233;dig&#233; en r&#233;ponse au livre Les f&#233;ministes blanches et l'Empire publi&#233; en 2012 [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons au passage n&#233;anmoins que F. Verg&#232;s ne craint pas, elle aussi, de tronquer des citations pour faire d'H. Auclert la plus raciste des racistes. Elle cite le dernier chapitre de son livre Droit de vote publi&#233; en 1908, intitul&#233; &#171; Les femmes sont les n&#232;gres &#187;. Dans ce chapitre, dans un langage impr&#233;gn&#233; effectivement de pr&#233;jug&#233;s racistes, H. Auclert cherche &#224; pousser dans leur dernier retranchement les parlementaires : &#171; Alors que les n&#232;gres votent, pourquoi les blanches ne votent-elles pas ? &#187;. Puis elle d&#233;clare : &#171; Certes, nous applaudissons &#224; l'assimilation des n&#232;gres aux blancs ; mais on nous permettra de demander - Qu'attend-on pour assimiler &#224; leur tour les femmes aux hommes blancs et noirs &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette phrase n'est pas cit&#233;e par l'auteure. Elle &#233;tait pourtant plus conforme aux positions d&#233;fendues par Hubertine Auclert apr&#232;s un s&#233;jour de quatre ans en Alg&#233;rie aux c&#244;t&#233;s de son &#233;poux nomm&#233; juge sur place. Elle avait d&#233;nonc&#233; en effet &#224; l'&#233;poque le statut des femmes alg&#233;riennes, notamment des petites filles mari&#233;es de force avant leur pubert&#233; mais &#233;galement le vol des terres des Alg&#233;riens par le pouvoir colonial et les violences multiples subies par les &#171; indig&#232;nes &#187;. Il fallait donner le droit de vote aux &#171; indig&#232;nes &#187;, selon elle, si l'on voulait laisser une chance &#224; une colonisation qui permettrait aux Alg&#233;riens et aux Fran&#231;ais de tirer b&#233;n&#233;fice de cette collaboration. Incompr&#233;hension de la logique structurelle du colonialisme, sans aucun doute mais fallait-il pour autant &#171; &#233;purer &#187; les d&#233;claration d'H. Auclert comme l'a fait F. Verg&#232;s pour les besoins de sa th&#232;se [8] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seules Flora Tristan qui a pris en consid&#233;ration la d&#233;tresse des femmes &#233;trang&#232;res et ce qu'oublie F. Verg&#232;s, l'oppression des femmes prol&#233;taires par les hommes prol&#233;taires eux-m&#234;mes ou Louise Michel qui s'est solidaris&#233;e avec les Canaques de Nouvelle Cal&#233;donie lors de sa d&#233;portation apr&#232;s la Commune, &#233;chappent &#224; la critique. Ce sont effectivement deux militantes remarquables mais il y en a eu bien d'autres. Ce qui prouve bien, contrairement &#224; ce que cherche &#224; d&#233;montrer F. Verg&#232;s, qu'il y a toujours eu une diversit&#233; de positionnements parmi les f&#233;ministes en France et plus largement parmi les femmes engag&#233;es sur le plan militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;ministes &#171; blanches &#187; seraient coupables, selon l'auteure, de ne pas avoir fait le &#171; r&#233;cit des luttes &#187; des femmes colonis&#233;es ou &#171; racis&#233;es &#187;. On ne peut citer ici la longue liste de chercheuses qui, en tant qu'historiennes, anthropologues ou sociologues, ont contribu&#233; &#224; l'analyse du syst&#232;me esclavagiste et de l'&#233;volution des rapports de genre dans ce cadre. Il est vrai que les &#233;tudes anglo-saxonnes sont nettement plus abondantes que celles en langue fran&#231;aise [9]. Que l'histoire du colonialisme et du post-colonialisme ou que le r&#233;cit des luttes des femmes &#171; maronnes &#187; ne soient pas assez pr&#233;sents dans les d&#233;bats, on peut effectivement le regretter mais pourquoi encore une fois opposer le travail des historiennes sur les f&#233;minismes en France ou dans les pays occidentaux &#224; celui que peuvent faire des chercheuses dans le cadre d'&#233;tudes &#171; postcoloniales &#187;. Je ne connais aucune f&#233;ministe hostile, par principe, &#224; ce &#171; d&#233;centrement &#187; par rapport &#224; l'Europe &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Histoire oubli&#233;e du courant f&#233;ministe &#171; luttes de classe &#187; [10]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que laisse entendre F. Verg&#232;s, toutes les f&#233;ministes &#171; blanches &#187; n'ont pas cautionn&#233; l'orientation sociale-lib&#233;rale de la &#171; gauche &#187; gouvernementale depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; en 2007 de combler en partie l'ignorance des journalistes ou des jeunes g&#233;n&#233;rations f&#233;ministes en &#233;crivant l'histoire d'un courant f&#233;ministe m&#233;connu et d&#233;cri&#233; qui a tent&#233; en permanence de faire le lien entre les luttes f&#233;ministes et celles des femmes salari&#233;es, de d&#233;fendre &#171; l'autonomie &#187; du mouvement f&#233;ministe par rapport &#224; l'&#201;tat, dans une perspective &#171; f&#233;ministe-luttes de classe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1981, les militantes de ce courant ont jou&#233; un r&#244;le charni&#232;re dans la contestation des politiques n&#233;olib&#233;rales de droite et de gauche qui se sont traduites pour les femmes par une aggravation de leurs conditions de travail et de retraite : d&#233;veloppement du temps partiel impos&#233;, de la pr&#233;carit&#233; et plus r&#233;cemment renforcement du pouvoir patronal &#224; tous les niveaux. Les f&#233;ministes &#171; luttes de classe &#187; ont popularis&#233; de nombreuses luttes des femmes parmi lesquelles celle des infirmi&#232;res entre 1988 et 1989. Cette lutte embl&#233;matique t&#233;moignait comme d'autres (celle des institutrices, des assistantes sociales etc.) de la mont&#233;e d'un salariat f&#233;minin qualifi&#233; dans le secteur public qui refusait de se laisser traiter avec m&#233;pris par le gouvernement qui leur refusait des salaires &#224; la hauteur de leur qualification, r&#233;duisait leurs effectifs et mettait en cause la qualit&#233; des soins et du service public plus g&#233;n&#233;ralement, au pr&#233;texte que toutes ces femmes dans la sant&#233;, le travail social, l'enseignement pouvaient se contenter d'&#234;tre sous-pay&#233;es dans la mesure o&#249; elles r&#233;alisaient &#171; leur vocation &#187; etc. [11]. Questions toujours &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;ministes &#171; luttes de classe &#187; ont par ailleurs &#233;t&#233; capables de prendre des initiatives nationales tr&#232;s importantes comme cette journ&#233;e du 24 novembre 1995 organis&#233;e par la Cadac [12] qui a pr&#233;c&#233;d&#233; de peu le grand mouvement social de 1995 et qui a rassembl&#233; 40 000 personnes dans les rues de Paris, contre le nouveau gouvernement de J. Chirac, pour la d&#233;fense du droit &#224; l'emploi des femmes, contre l'ordre moral et la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite, pour la d&#233;fense et l'am&#233;lioration du droit &#224; l'avortement des femmes et ce, avec le soutien de 140 associations, syndicats et partis de gauche ou d'extr&#234;me gauche [13]. Cette activit&#233; a permis de tisser de nouveaux liens avec des syndicalistes f&#233;ministes dans les diff&#233;rents syndicats et de mettre sur pied les &#171; Rencontres f&#233;ministes intersyndicales &#187; qui rassemblent plusieurs centaines de militant.e.s chaque ann&#233;e, depuis vingt et un ans [14] et de lancer un nouveau mouvement f&#233;d&#233;rateur en 1997 le Collectif national pour les droits des femmes, le CNDF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, une nouvelle g&#233;n&#233;ration de f&#233;ministes a grandi dans un monde boulevers&#233; par la chute du Mur de Berlin et la mondialisation capitaliste qui n'a pas seulement acc&#233;l&#233;r&#233; la circulation des capitaux mais mis en concurrence l'ensemble des travailleuses et travailleurs du monde entier avec d'un c&#244;t&#233; le ch&#244;mage massif dans l'industrie en particulier et la d&#233;gradation des services publics en Europe et de l'autre l'exploitation maximale d'une main d'&#339;uvre tr&#232;s f&#233;minis&#233;e dans les pays du Sud, sous la houlette des multinationales. Tout ceci s'est accompagn&#233; de mouvements de migrations tr&#232;s importants Sud/Sud, Sud/Nord, Est/Ouest, dans lesquels les femmes sont aussi nombreuses que les hommes, voire majoritaires, dans l'espoir de trouver un travail et souvent une nouvelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une association comme Attac et sa commission genre n'ont pas attendu les observations de F. Verg&#232;s pour analyser le nouveau contexte dans lequel les f&#233;ministes doivent intervenir. Il suffit de lire ou relire le livre Quand les femmes se heurtent &#224; la mondialisation publi&#233; en 2003 [15]. Mais les f&#233;ministes, notamment en France auraient-elles ignor&#233; la lutte des femmes &#171; racis&#233;es &#187; comme celles des travailleuses du nettoyage dans les grands h&#244;tels ou celle plus r&#233;cente des travailleuses du nettoyage &#224; la SNCF (les travailleuses d'ONET) qui toutes ont gagn&#233;, du moins partiellement, gr&#226;ce &#224; leur d&#233;termination et au soutien de syndicalistes hommes et femmes. Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour retrouver la trace de cette solidarit&#233; nous vous invitons &#224; relire l'intervention d'Evelyne Perrin concernant les luttes dans les Mac'Do &#224; partir de l'ann&#233;e 2000 ou celle dans la cha&#238;ne des h&#244;tels ACCOR et de l'un de ses sous-traitants ARCADE o&#249; trente femmes d'origine africaine ont fait une gr&#232;ve d'un an en 2002 [16]. Nous vous invitons &#233;galement &#224; visionner le tr&#232;s beau DVD de Corinne M&#233;lis et Christophe Cordier D'&#233;gal &#224; &#233;gales, r&#233;alis&#233; en 2010 o&#249; plusieurs femmes syndicalistes, immigr&#233;es ou filles d'immigr&#233;es expliquent leur engagement militant face &#224; des conditions de travail particuli&#232;rement &#233;prouvantes et leur r&#233;sistance contre l'exploitation, le sexisme et le racisme [17]. Toujours d'une grande actualit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore ce souci de faire converger les luttes f&#233;ministes et celle des femmes des milieux populaires qui a abouti dans plusieurs villes &#224; la fois &#224; la tenue d'AG communes entre des f&#233;ministes et des femmes du mouvement des Gilets jaunes (Gj) et &#224; la participation de f&#233;ministes au cort&#232;ge des femmes GJ, le 9 mars 2019 notamment. Est-ce l&#224; l'expression d'un f&#233;minisme &#171; pacificateur &#187; et bourgeois comme l'&#233;crit l'auteure &#224; propos &#171; des &#187; f&#233;ministes &#171; blanches &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un f&#233;minisme d&#233;colonial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Verg&#232;s aurait d&#233;cid&#233;, quant &#224; elle, de choisir le &#171; bon &#187; camp. Celui des femmes du &#171; Sud global &#187; contre le f&#233;minisme &#171; blanc &#187; qui pr&#233;tend &#234;tre &#171; innocent &#187; face au colonialisme et n&#233;ocolonialisme. On pourrait ainsi d&#233;partager un Sud o&#249; toutes et tous auraient &#233;t&#233; et sont victimes du n&#233;ocolonialisme et le &#171; Nord &#187; o&#249; tous et toutes auraient b&#233;n&#233;fici&#233; et b&#233;n&#233;ficieraient encore des &#171; privil&#232;ges &#187; associ&#233;s &#224; celui de &#171; Blanc &#187; dans les colonies et dans les m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision simpliste des camps ne permet pas de rendre compte des diff&#233;renciations sociales et hi&#233;rarchiques qui existaient d&#233;j&#224; au sein des soci&#233;t&#233;s pr&#233;coloniales. C'est &#233;galement passer par profits et pertes un peu trop rapidement les alli&#233;s qu'ont trouv&#233;s sur place les trafiquants d'esclaves et leurs successeurs. C'est surtout passer sous silence, les conditions de surexploitation subies par les femmes &#233;trang&#232;res dans les riches familles d'Asie ou dans les pays du Golfe. Les tentatives des peuples d'Afrique depuis des d&#233;cennies de se d&#233;barrasser de leur classe dirigeante corrompue (par les anciens et nouveaux colonisateurs) et la mobilisation massive des jeunes en Alg&#233;rie actuellement devraient inciter F. Verg&#232;s &#224; plus de finesse d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable qu'en tant que &#171; blanches &#187; nous ne sommes pas confront&#233;es aux multiples discriminations (logement, emploi, orientation scolaire, loisirs etc.) v&#233;cues par les jeunes descendant.e.s d'immigr&#233;.e.s d'Afrique du Nord ou subsaharienne ou les enfants de Rroms, dans leur vie quotidienne. Nous ne sommes pas imm&#233;diatement confront&#233;es au racisme en raison de la couleur de notre peau, m&#234;me si nos parents ou nos grands-parents (Juifs, Italiens, Espagnols, Portugais etc.) ont eu &#224; subir au cours de leur vie des agressions, voire des crimes racistes et antis&#233;mites qui ont marqu&#233; notre histoire et notre m&#233;moire. Nous sommes donc bien plac&#233;es pour comprendre l'importance de lutter contre les violences polici&#232;res exerc&#233;es dans les quartiers populaires et pour la r&#233;gularisation des Sans-papiers [18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il nous semble logique que de jeunes f&#233;ministes &#171; noires &#187; veuillent cr&#233;er leur propre collectif ou que de jeunes syndicalistes victimes de discriminations racistes appr&#233;cient la possibilit&#233; de moments non mixtes dans des stages syndicaux pour discuter entre eux et elles de leurs revendications propres. Mais cette analyse ne nous conduit pas &#224; &#171; essentialiser &#187; les &#171; f&#233;ministes blanches &#187; comme un groupe homog&#232;ne, ni &#224; exiger d'elles une forme de contrition destin&#233;e &#224; racheter leur pr&#233;tendue culpabilit&#233; collective et transg&#233;n&#233;rationnelle li&#233;e aux &#171; privil&#232;ges &#187; dont elles b&#233;n&#233;ficieraient [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Houria Bouteldja a utilis&#233; la notion de f&#233;minisme &#171; d&#233;colonial &#187; avant F. Verg&#232;s pour d&#233;crire ce f&#233;minisme &#171; paradoxal &#187; qui est le sien face au racisme [20]. Suivant en cela les vieilles recommandations de C. Delphy [21], elle choisit de d&#233;finir un ennemi &#171; principal &#187; le racisme et refuse de se confronter &#224; son &#171; p&#232;re ou ses fr&#232;res &#187;. Soit, mais lorsqu'elle en explicite les cons&#233;quences, cela devient nettement plus inqui&#233;tant. Son corps ne lui appartient pas &#233;crit-elle : &#171; J'appartiens &#224; ma famille, &#224; mon clan, &#224; mon quartier, &#224; ma race, &#224; l'Alg&#233;rie, &#224; l'islam. J'appartiens &#224; mon histoire et si Dieu veut, j'appartiendrai &#224; ma descendance &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Verg&#232;s, quant &#224; elle, pr&#233;f&#232;re parler de solidarit&#233; avec ses fr&#232;res, plut&#244;t que &#171; d'all&#233;geance &#187;. Nuance qui m&#233;riterait d'&#234;tre approfondie car qu'est-ce qu'un f&#233;minisme qui ne veut avoir aucun conflit avec les hommes de son groupe d'appartenance ? Les femmes qui recherchent une &#233;mancipation collective et individuelle doivent certes rechercher des alliances avec tous ceux qui sont pr&#234;ts &#224; les soutenir. C'est un gage de succ&#232;s mais &#224; la condition que ce soit elles et non pas ceux qui ont le pouvoir qui d&#233;finissent le contenu de leurs luttes et &#224; condition de se confronter, quand il le faut, &#224; leurs &#171; fr&#232;res &#187;, leurs &#171; camarades &#187; qui en appellent toujours &#224; leur sens du sacrifice pour &#171; sauver &#187; la famille, la gr&#232;ve, le parti, la r&#233;volution etc. que sais-je encore ? Les partisanes d'un f&#233;minisme d&#233;colonial devraient tirer les le&#231;ons des f&#233;ministes afro-am&#233;ricaines du Combahee River Collective qui expliquaient la cr&#233;ation de leur groupe dans les ann&#233;es 1970 par &#171; leurs exp&#233;riences et leurs d&#233;sillusions &#187;. Elles voulaient d&#233;velopper une politique &#171; antiraciste &#224; la diff&#233;rence de celle des femmes blanches &#187; et antisexiste &#171; &#224; la diff&#233;rence des hommes Noirs et Blancs &#187;. Elles avaient d&#251; assumer les conflits potentiels avec leurs compagnons de lutte. Non par plaisir mais pour pouvoir se faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un f&#233;minisme multidimensionnel &#224; vocation universelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Verg&#232;s se r&#233;clame, en conclusion, d'un f&#233;minisme &#171; multidimensionnel &#187;. Nous ne pouvons qu'&#234;tre d'accord sur ce plan. Mais &#224; une journaliste de France Culture qui lui demandait s'il y avait des combats communs qu'elle envisageait avec diff&#233;rentes composantes du f&#233;minisme, F. Verges r&#233;pondait : non, tant que les f&#233;ministes &#171; blanches &#187; n'auraient pas fait ce qu'on pourrait appeler leur &#171; autocritique &#187;. Dans ces conditions le dialogue est effectivement tr&#232;s mal engag&#233;. Ce qui est tr&#232;s pr&#233;occupant &#224; l'heure o&#249; les classes dirigeantes sont &#224; l'offensive sur tous les terrains, &#224; l'heure &#233;galement o&#249; l'aile la plus conservatrice de la droite extr&#234;me a le vent en poupe comme aux USA, au Br&#233;sil et dans plusieurs pays d'Europe ou d'Asie, &#224; l'heure o&#249; le racisme sous toutes ses formes monte en fl&#232;che dans de nombreux pays. Il faudrait au contraire essayer de faire converger toutes les luttes dans une perspective anticapitaliste et &#233;co-socialiste. A l'&#233;vidence, ce n'est pas le souci de F. Verg&#232;s. Malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi je reste persuad&#233;e, comme nous l'avons d&#233;j&#224; &#233;crit en 2011, qu'il faut d&#233;velopper un f&#233;minisme &#171; &#224; vocation universelle &#187;. Il ne s'agit pas de consid&#233;rer que &#171; toutes les femmes sont pareilles &#187;, pour reprendre les mots de F. Verg&#232;s lors d'une r&#233;union, ni de penser qu'il y a un seul chemin &#224; suivre pour l'&#233;mancipation des femmes. Ce f&#233;minisme &#224; &#171; vocation universelle &#187; ne peut &#234;tre assimil&#233; &#224; celui affich&#233; par quelques intellectuelles proches des gouvernements dits de gauche qui ont trahi toutes leurs promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons r&#233;f&#233;rence &#224; un f&#233;minisme &#171; &#224; vocation universelle &#187; car &#171; l'universel n'est pas donn&#233; une fois pour toutes mais est le r&#233;sultat de la conjonction de combats sectoriels en vue de l'&#233;galit&#233; au fil du temps. Non pas un temps lin&#233;aire qui irait pas &#224; pas vers le &#171; progr&#232;s &#187; mais un temps chaotique au cours duquel les mobilisations des opprim&#233;es et opprim&#233;s, avec leurs flux et leurs reflux, permettent d'ouvrir ou non de nouvelles perspectives d'avenir pour l'humanit&#233;. Nous avons le sentiment d'&#234;tre aujourd'hui &#224; un moment charni&#232;re : allons-nous &#234;tre submerg&#233;.e.s par la logique infernale de la recherche du profit avec son cort&#232;ge de mis&#232;re, d'in&#233;galit&#233;s multiples, avec en suppl&#233;ment l'horreur nucl&#233;aire, l'&#233;touffement des libert&#233;s par des r&#233;gimes policiers, la mont&#233;e du racisme, etc. ou parviendrons-nous &#224; faire converger les luttes [&#8230;] &#187; . Ce qui est en jeu, c'est effectivement un changement radical de soci&#233;t&#233; mais pour cela, il faut cr&#233;er un rapport de forces qui sape en profondeur les principaux rapports sociaux d'exploitation et d'oppression qui interagissent les uns sur les autres. Mais ceci n'est possible qu'en d&#233;passant tous les sectarismes. On en est encore tr&#232;s loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Josette Trat&lt;br class='autobr' /&gt;
P.-S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Article paru dans le n&#176; 41 de la revue Contretemps, avril 2019, &#233;ditions Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La Fabrique &#233;ditions, 143 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Selon A. Fouque, la dirigeante de &#171; Psy et po &#187; la lutte pour l'&#233;galit&#233; &#233;tait totalement d&#233;pass&#233;e. Il s'agissait pour elle de faire entrer dans le nouvel imaginaire de l'apr&#232;s 1968, &#171; la &#187; diff&#233;rence des sexes, la &#171; f&#233;minitude &#187;. Elle qui pr&#233;tendait donner une nouvelle dimension philosophique &#224; la lutte des femmes a fini sa carri&#232;re dans les pires compromissions avec le pouvoir socialiste et l'affairiste Bernard Tapie. Cf entr&#233;e Fouque Antoinette, par Sylvie Chaperon dans Le dictionnaire des f&#233;ministes, XVIIIe -XXIe si&#232;cle, PUF 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ann&#233;e internationale de &#171; la &#187; femmes lanc&#233;e par l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cf. Felix Boggio Ewang&#233;-Ep&#233;e, Stella Magliani-Belkacem, Les F&#233;ministes blanches et l'empire. La Fabrique 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Remarque typique d'une universitaire qui oublie qu'elle juge une femme dont l'&#233;ducation, comme celle des femmes de l'&#233;poque, a &#233;t&#233; &#171; n&#233;glig&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dominique Godineau, entr&#233;e Gouges Olympe De, Dictionnaire des f&#233;ministes, France XVIII&#232;-XXI&#232; si&#232;cle, p. 660-667, PUF 201.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] J.Trat., Les f&#233;ministes blanches et l'empire ou le r&#233;cit d'un complot f&#233;ministe fantasm&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article27144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article27144&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. pour cet article et les suivants cit&#233;s plus loin, le site ESSF : &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/&lt;/a&gt;, rubrique auteure :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=auteur&amp;id_auteur=1107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=auteur&amp;id_auteur=1107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cette censure d'H. Auclert a l'immense avantage de faire un parall&#232;le abusif entre la trahison des f&#233;ministes blanches apr&#232;s la guerre civile aux USA qui ont pr&#233;f&#233;r&#233; fortifier leur alliance avec les femmes blanches du Sud pour obtenir le droit de vote, contre les femmes noires et la &#171; trahison &#187; dont t&#233;moignerait H. Auclert en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Je citerai n&#233;anmoins trois chercheuses que les circonstances m'ont permis de rencontrer et d'appr&#233;cier : Arlette Gautier (2010) : Les s&#339;urs de Solitude, femmes et esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe si&#232;cle, Presses Universitaires de Rennes ; Martine Spensky (2015) : Le contr&#244;le du corps des femmes dans les empires coloniaux(Hommes et Soci&#233;t&#233;s), Karthala. Claudie Lesselier (2007) : &#171; Pour une histoire des mouvements de femmes de l'immigration en France &#187;, Femmes, genre, f&#233;minisme, p. 71-104, Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Titre d'un article publi&#233; par J.Trat en 2007 dans l'ouvrage collectif Femmes, genre, f&#233;minisme, p. 9-24, Syllepse, dans la collection Les cahiers de critique communiste. A retrouver sur le site ESSF, L'Histoire oubli&#233;e du courant &#171; f&#233;ministe luttes de classe &#187; : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article16642&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article16642&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Kergoat D. Imbert F. Le Doar&#233; H. Senotier D. (1992) : Les infirmi&#232;res et leur coordination, &#233;ditions Lamarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Cadac : Coordination des associations pour le droit &#224; l'avortement et &#224; la contraception cr&#233;&#233;e en 1990 pour faire &#233;chec aux commandos d'extr&#234;me droite dans les h&#244;pitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] J. Trat (1997) : Retour sur l'automne chaud de 1995 en France, Hommes et femmes dans le mouvement social, p. 39-59, Cahiers du GEDISSTn&#176; 18, L'Harmattan. cf. le site ESSF :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article16644&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article16644&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Evelyne Bechtold-Rognon, Nina Charlier, Annick Coup&#233;, Elodie De Coster, Sigrid G&#233;rardin, C&#233;cile Gondard-Lalanne, Cl&#233;mence Helfer (coordination) 2017 : Toutes &#224; y gagner, vingt ans de f&#233;minisme intersyndical. Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Livre coordonn&#233; par Christiane Marty et Esther Jeffers et publi&#233; aux &#233;ditions Mille et une nuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] De la pr&#233;carit&#233; &#224; la pauvret&#233;, brochure de compte rendu du forum-d&#233;bat organis&#233; le 16 f&#233;vrier 2008 &#224; l'H&#244;tel de ville de Paris par le CNDF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Site : http://&#233;gales.eu/ ; Contact : canal. marches@wanadoo.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Mais la mont&#233;e du racisme, ces derni&#232;res ann&#233;es, s'est accompagn&#233;e &#233;galement de crimes antis&#233;mites et de crimes antimusulmans, qui ne peuvent que nous alert&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Non, ce n'est pas la m&#234;me chose de ne pas &#234;tre discrimin&#233;es en raison de ses origines r&#233;elles ou suppos&#233;es et le fait d'h&#233;riter de trafiquants d'esclaves et de propri&#233;taires de plantations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Bouteldja H (2016) : Les Blancs, les Juifs et nous, vers une politique de l'amour r&#233;volutionnaire. p. 72. La Fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Cf. Trat j (2004) : A la recherche de l'ennemi principal, Critique Communiste n&#176; 174, hiver 2004 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4153&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4153&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Copyright&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Une existence engag&#233;e</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-existence-engagee</link>
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		<dc:date>2008-02-12T09:04:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josette Trat</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les comm&#233;morations du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir ont, trop souvent, trahi cette grande figure du f&#233;minisme. Il convient de revenir sur ce que l'auteure du &#171; Deuxi&#232;me sexe &#187; a r&#233;ellement apport&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; On mesure mal aujourd'hui le chemin parcouru par cette &#171; jeune fille rang&#233;e &#187; issue d'une &#171; bonne famille &#187;, &#233;duqu&#233;e selon les principes catholiques de sa m&#232;re, qui d&#233;cide de prendre sa vie en mains en se consacrant totalement &#224; la litt&#233;rature, et qui refuse de suivre le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L90xH150/arton1557-5b054.jpg?1781049112' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les comm&#233;morations du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir ont, trop souvent, trahi cette grande figure du f&#233;minisme. Il convient de revenir sur ce que l'auteure du &#171; Deuxi&#232;me sexe &#187; a r&#233;ellement apport&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On mesure mal aujourd'hui le chemin parcouru par cette &#171; jeune fille rang&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires d'une jeune fille rang&#233;e, Gallimard 1958, r&#233;&#233;d. Folio, .&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; issue d'une &#171; bonne famille &#187;, &#233;duqu&#233;e selon les principes catholiques de sa m&#232;re, qui d&#233;cide de prendre sa vie en mains en se consacrant totalement &#224; la litt&#233;rature, et qui refuse de suivre le chemin tout trac&#233; pour les femmes de son &#233;poque : se d&#233;vouer &#224; un mari et &#224; ses enfants. C'est dans cet &#233;tat d'esprit qu'elle rencontre Jean-Paul Sartre, &#224; la Sorbonne, alors qu'elle pr&#233;pare l'agr&#233;gation de philosophie : elle est deuxi&#232;me au concours (apr&#232;s Sartre), en 1929. D'une femme aussi brillante intellectuellement, on disait, comme son p&#232;re, qu'elle avait un &#171; cerveau d'homme &#187; ! On mesure mal &#233;galement ce que repr&#233;sentait pour une femme de vivre librement sa sexualit&#233;, en refusant pour elle la maternit&#233;, pour se consacrer enti&#232;rement &#224; son travail d'intellectuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christine Delphy et Sylvie Chaperon, Cinquantenaire du deuxi&#232;me sexe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie encore un peu vite l'audace qu'il lui fallut pour &#233;crire, en 1949, &lt;i&gt;Le Deuxi&#232;me Sexe&lt;/i&gt;. Les r&#233;actions, d'une violence inou&#239;e, au moment de la publication de certains chapitres dans Les Temps modernes, de la part du PCF et d'un certain nombre d'intellectuels de droite ou de gauche offusqu&#233;s par la libert&#233; de ton de cette femme, sont l&#224; pour en t&#233;moigner. Simone de Beauvoir &#233;crit dans un contexte marqu&#233; par la remont&#233;e du discours familialiste et nataliste dans toute la soci&#233;t&#233;, par la r&#233;pression de l'avortement et de la contraception ; ce n'est pas encore le temps de la cr&#233;ation de La Maternit&#233; heureuse (futur Planning familial), qui n'intervient qu'en 1956. Dans cette somme (1 000 pages), qui exigea un an de travail acharn&#233; &#224; la biblioth&#232;que, elle s'attaque au pr&#233;jug&#233; fondamental de l'&#233;poque concernant les femmes : elles seraient le fruit de leurs hormones et leur place subordonn&#233;e s'expliquerait par leur inf&#233;riorit&#233; &#171; naturelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pav&#233; dans la mare&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Simone de Beauvoir, au contraire, au lieu de casser les aspirations des filles &#224; devenir des &#234;tres humains &#224; part enti&#232;re, libres de forger leur destin, et de les &#233;duquer &#224; &#171; attendre &#187; leur salut de la rencontre avec un prince charmant, il faut les pr&#233;parer &#224; &#234;tre ind&#233;pendantes pour conqu&#233;rir leur libert&#233;. On trouve, dans cet ouvrage, des pages d'une finesse d'analyse extraordinaire sur l'ali&#233;nation des femmes au foyer, enferm&#233;es dans le travail domestique, et qui, pour &#233;chapper &#224; la routine et l'ennui, sont entra&#238;n&#233;es dans la spirale infernale de l'ordre et de la propret&#233; ; des pages d'un grand courage pour parler de sexualit&#233; et d'homosexualit&#233; sans fausse pudeur, revendiquer le contr&#244;le des naissances, d&#233;j&#224; pratiqu&#233; dans les pays anglo-saxons, d&#233;noncer les abus sexuels sur les petites filles ou le viol conjugal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pages consacr&#233;es &#224; &#171; l'amoureuse &#187; ou &#224; &#171; la femme ind&#233;pendante &#187; sont, elles aussi, d'une grande subtilit&#233;. Contrairement &#224; ce qu'elle pr&#233;tend dans son introduction, elle ne porte pas un regard &#171; objectif &#187; sur la situation des femmes. On sent, plus d'une fois, une profonde empathie avec elles, en particulier lorsqu'elle aborde la question de la vie amoureuse ou de &#171; la femme ind&#233;pendante &#187;. Elle montre combien, &#224; cette &#233;poque, m&#234;me les femmes qui n'ont pas accept&#233; le sort traditionnel r&#233;serv&#233; &#224; leurs &#171; compagnes de malheur &#187;, sont profond&#233;ment &#171; divis&#233;es &#187; int&#233;rieurement : comment satisfaire ses d&#233;sirs sexuels, sans se marier, sans passer pour une femme &#171; facile &#187; ? Comment une femme cultiv&#233;e peut-elle s&#233;duire l'autre sexe sans perdre son temps &#224; se transformer en objet sexuel, en &#171; proie &#187;, conforme aux normes de la f&#233;minit&#233; traditionnelle, etc. Questions qui taraudent sans doute moins les jeunes femmes d'aujourd'hui, tant les normes vestimentaires et de conduite ont pu &#233;voluer dans certains milieux socio-culturels, mais certainement pas de mani&#232;re uniforme dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le chemin de l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'on ait retenu de ce livre cette formule choc et lourde de sens : &#171; On ne na&#238;t pas femme, on le devient &#187;, les lectrices (et lecteurs) attentives ont pu d&#233;busquer nombre de contradictions dans la pens&#233;e de Simone de Beauvoir. Loin de s'&#234;tre arrach&#233;e totalement &#224; la conception naturaliste des femmes, elle y fait retour pour expliquer les &#171; origines &#187; de la domination masculine. Si les hommes ont pu marquer l'histoire, c'est parce qu'ils ne donnent pas la vie. Les femmes, de par ce &#171; handicap &#187; que repr&#233;sente leur corps, de l'adolescence jusqu'&#224; la m&#233;nopause, sont vou&#233;es &#224; &#171; l'immanence &#187;, quand les hommes peuvent, au contraire, pr&#233;tendre &#224; la &#171; transcendance &#187; en conqu&#233;rant le monde. Dans un article qui fait r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sylvie Chaperon, &#171; La deuxi&#232;me Simone de Beauvoir &#187;, Les Temps Modernes, n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
, Sylvie Chaperon a expliqu&#233; ce &#171; syndrome des pionni&#232;res &#187; qui, tout en ouvrant de nouveaux chantiers, portent encore les marques des id&#233;ologies pass&#233;es. Malgr&#233; sa conviction intime d'avoir &#233;chapp&#233; &#224; l'oppression dont sont victimes les autres femmes, Simone de Beauvoir invitent les femmes &#224; se lib&#233;rer collectivement, non par la lutte f&#233;ministe (largement m&#233;connue par elles), mais... en prenant pour mod&#232;le les hommes qui les ont devanc&#233;es sur le chemin de la libert&#233;. Cette &#233;mancipation implique en retour que les hommes appr&#233;hendent les femmes comme leurs &#233;gales et que les femmes gagnent l'&#233;galit&#233; dans le monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ses r&#233;flexions inabouties (ou &#224; cause d'elles, selon Sylvie Chaperon), ce livre a jou&#233; un r&#244;le de bou&#233;e de sauvetage pour des milliers de femmes isol&#233;es qui avaient v&#233;cu dans le malaise, voire la souffrance, leur &#171; destin &#187; de femmes. La g&#233;n&#233;ration des femmes du baby-boom, qui fut celle du f&#233;minisme des ann&#233;es 1970, eut souvent d'autres lectures avant celle du &lt;i&gt;Deuxi&#232;me Sexe&lt;/i&gt;. En revanche, pour beaucoup d'entre elles, l'existence du couple mythique (dans tous les sens du terme) Beauvoir/Sartre les avait encourag&#233;es &#224; repousser la perspective du mariage et &#224; envisager un compagnonnage avec l'homme de leur choix. Il faut se rappeler, enfin, &#224; l'heure des bilans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons-nous, comme l'a fait &#201;lisabeth Badinter (Le Magazine litt&#233;raire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'au del&#224; de ses &#233;crits th&#233;oriques, ses romans ou ses r&#233;cits autobiographiques, Simone de Beauvoir ne s'est pas content&#233;e de pr&#234;cher la bonne parole. Elle s'est engag&#233;e, comme Sartre, dans de nombreux combats. Elle signa le Manifeste des 121, qui d&#233;fendait le droit &#224; l'insoumission en pleine guerre d'Alg&#233;rie. Elle participa au tribunal Russel contre la guerre du Vi&#234;t-nam et apporta son soutien au mouvement &#233;tudiant de Mai 68. Au printemps 1971, elle s'engagea dans le mouvement f&#233;ministe en signant le Manifeste des 343, dans lequel elle d&#233;clarait avoir avort&#233; avec d'autres personnalit&#233;s ou femmes anonymes. Engagement qu'elle ne remit jamais en cause.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;a href=&#034;http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=7474&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rouge n&#176; 2238, 07/02/2008&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=7474" class="spip_out"&gt;http://orta.dynalias.org/archivesro...&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;moires d'une jeune fille rang&#233;e, Gallimard 1958, r&#233;&#233;d. Folio, .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christine Delphy et Sylvie Chaperon, Cinquantenaire du deuxi&#232;me sexe, Syllepse 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sylvie Chaperon, &#171; La deuxi&#232;me Simone de Beauvoir &#187;, Les Temps Modernes, n&#176; 593, avril-mai 1997, pp. 112 &#224; 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons-nous, comme l'a fait &#201;lisabeth Badinter (Le Magazine litt&#233;raire, n&#176; 471, janvier 2008, p. 56), les propos d'Antoinette Fouque, dans Lib&#233;ration du 15 avril 1986 : &#171; Cette mort n'est pas un &#233;v&#233;nement. C'est une p&#233;rip&#233;tie qui va peut-&#234;tre acc&#233;l&#233;rer l'entr&#233;e des femmes dans le XXIe si&#232;cle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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