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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Comprendre &#171; les rapports de forces &#187;. Des puissances pas si extraordinaires sur une plan&#232;te dangereuse</title>
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		<dc:date>2022-04-12T07:19:12Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michael T. Klare</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-04-12</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans les cercles militaires occidentaux, il est courant de parler de &#171; l'&#233;quilibre des forces &#187;, c'est-&#224;-dire de l'alignement de chars, d'avions, de navires, de missiles et de formations de combat de camps oppos&#233;s de tout conflit. Si l'un des camps dispose de deux fois plus de moyens de combat que son adversaire et que les capacit&#233;s de commandement de chaque camp sont approximativement &#233;gales, elle devrait gagner. Sur la base de ce raisonnement, la plupart des analystes occidentaux ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton52318-198dc.png?1781914357' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les cercles militaires occidentaux, il est courant de parler de &#171; l'&#233;quilibre des forces &#187;, c'est-&#224;-dire de l'alignement de chars, d'avions, de navires, de missiles et de formations de combat de camps oppos&#233;s de tout conflit. Si l'un des camps dispose de deux fois plus de moyens de combat que son adversaire et que les capacit&#233;s de commandement de chaque camp sont approximativement &#233;gales, elle devrait gagner. Sur la base de ce raisonnement, la plupart des analystes occidentaux ont suppos&#233; que l'arm&#233;e russe &#8211; avec un avantage apparemment &#233;crasant en termes de nombre et d'&#233;quipement &#8211; prendrait rapidement le dessus sur les forces ukrainiennes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;6 avril 2022 | tir&#233; du site &#224;alentcontre.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/laune/comprendre-les-rapports-de-forces-des-puissances-pas-si-extraordinaires-sur-une-planete-dangereuse.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/laune/comprendre-les-rapports-de-forces-des-puissances-pas-si-extraordinaires-sur-une-planete-dangereuse.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les choses ne se sont pas exactement pass&#233;es ainsi. L'arm&#233;e ukrainienne a, en fait, combattu les Russes jusqu'&#224; provoquer un quasi-blocage. Les raisons de cette situation seront sans aucun doute d&#233;battues par les th&#233;oriciens militaires pendant des ann&#233;es. Lorsqu'ils le feront, ils pourraient commencer par le fait que Moscou n'a &#233;tonnamment pas pr&#234;t&#233; attention &#224; une &#233;quation militaire diff&#233;rente &#8211; les &#171; rapports des forces &#187; &#8211; d&#233;velopp&#233;e &#224; l'origine dans l'ancienne Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion diff&#232;re de l'&#171; &#233;quilibre des forces &#187; en accordant plus de poids aux facteurs intangibles. Elle stipule que le plus faible des deux bellig&#233;rants, mesur&#233; en termes conventionnels, peut n&#233;anmoins l'emporter sur le plus fort si son arm&#233;e poss&#232;de un meilleur moral, un soutien plus fort &#224; l'int&#233;rieur du pays et l'appui d'alli&#233;s importants. Un tel calcul, s'il avait &#233;t&#233; effectu&#233; d&#233;but f&#233;vrier 2022, aurait abouti &#224; la conclusion que les perspectives de l'Ukraine &#233;taient loin d'&#234;tre aussi mauvaises que les analystes russes ou occidentaux le supposaient g&#233;n&#233;ralement, tandis que celles de la Russie &#233;taient bien pires. Cela devrait nous rappeler &#224; quel point la compr&#233;hension des &#171; rapports de forces &#187; est cruciale dans de telles situations, si l'on veut &#233;viter les erreurs de calcul et les trag&#233;dies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le concept en vigueur, avant l'invasion de l'Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &#171; rapports de forces &#187; a une longue histoire dans la pens&#233;e militaire et strat&#233;gique. On peut en trouver un exemple dans l'&#233;pilogue du roman &#233;pique de L&#233;on Tolsto&#239;, Guerre et Paix. Ecrivant &#224; propos de l'invasion d&#233;sastreuse de la Russie par Napol&#233;on en 1812, Tolsto&#239; observe que les guerres sont gagn&#233;es non pas par les qualit&#233;s sup&#233;rieures de strat&#232;ge de chefs charismatiques, mais par l'esprit combatif de simples soldats prenant les armes contre un ennemi d&#233;testable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective sera plus tard int&#233;gr&#233;e &#224; la doctrine militaire des bolcheviks russes, qui cherchaient &#224; calculer non seulement la force des troupes et des &#233;quipements, mais aussi le degr&#233; de conscience de classe et de soutien des masses dans les camps se faisant face dans tout potentiel conflit. Apr&#232;s la r&#233;volution de 1917, en pleine Premi&#232;re Guerre mondiale, le dirigeant russe Vladimir L&#233;nine s'est prononc&#233;, par exemple, contre la poursuite de la guerre avec l'Allemagne, car les rapports de forces n'&#233;taient pas encore ad&#233;quats pour mener une &#171; guerre r&#233;volutionnaire &#187; contre les Etats capitalistes (comme le pr&#233;conisait son concitoyen L&#233;on Trotsky). &#171; En r&#233;sumant les arguments en faveur d'une guerre r&#233;volutionnaire imm&#233;diate &#187;, disait L&#233;nine, &#171; il faut conclure qu'une telle politique r&#233;pondrait peut-&#234;tre aux besoins de l'humanit&#233; de rechercher le beau, le spectaculaire et le saisissant, mais qu'elle m&#233;conna&#238;trait totalement les rapports de forces objectifs des forces de classe et des facteurs mat&#233;riels au stade actuel de la r&#233;volution socialiste d&#233;j&#224; commenc&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les bolcheviks de son &#233;poque, les rapports de forces &#233;taient un concept &#171; scientifique &#187;, bas&#233; sur une &#233;valuation des facteurs mat&#233;riels (nombre de troupes et de canons de chaque c&#244;t&#233;) et qualitatifs (le degr&#233; de conscience de classe impliqu&#233;). En 1918, par exemple, L&#233;nine observait que &#171; la paysannerie pauvre de Russie&#8230; n'est pas en mesure, imm&#233;diatement et &#224; l'heure actuelle, d'entamer une guerre r&#233;volutionnaire s&#233;rieuse. Ignorer ce rapport objectif des forces de classe sur la question actuelle serait une erreur fatale. &#187; C'est pourquoi, en mars 1918, les Russes ont conclu une paix s&#233;par&#233;e [Trait&#233; de Brest-Litovsk] avec les puissances centrales dirig&#233;es par l'Allemagne, leur c&#233;dant de nombreux territoires et mettant fin au r&#244;le de leur pays dans la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que le parti bolchevique devenait une dictature institutionnalis&#233;e sous la direction de Joseph Staline, le concept de rapport des forces s'est transform&#233; en un article de foi fond&#233; sur la croyance en la victoire finale du socialisme sur le capitalisme. Au cours des p&#233;riodes de Khrouchtchev [1953-1964] et Brejnev [1966-1982] , dans les ann&#233;es 1960 et 1970, les dirigeants sovi&#233;tiques ont r&#233;guli&#232;rement affirm&#233; que le capitalisme mondial &#233;tait en d&#233;clin irr&#233;versible et que le camp socialiste, renforc&#233; par les r&#233;gimes r&#233;volutionnaires du &#171; tiers-monde &#187;, &#233;tait destin&#233; &#224; atteindre la supr&#233;matie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet optimisme a pr&#233;valu jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970, lorsque la mar&#233;e socialiste dans le &#171; tiers-monde &#187; a commenc&#233; &#224; reculer. La r&#233;volte contre le gouvernement communiste en Afghanistan a &#233;t&#233; la plus significative &#224; cet &#233;gard. Lorsque le Parti d&#233;mocratique populaire d'Afghanistan, soutenu par l'Union sovi&#233;tique, a &#233;t&#233; attaqu&#233; par des insurg&#233;s islamiques, ou moudjahidines, les forces sovi&#233;tiques ont envahi et occup&#233; le pays. Malgr&#233; l'envoi de contingents de plus en plus importants et l'utilisation d'une puissance de feu consid&#233;rable contre les moudjahidines et leurs partisans locaux, l'Arm&#233;e rouge a finalement &#233;t&#233; contrainte de rentrer &#171; chez elle &#187; en 1989, pour voir l'Union sovi&#233;tique elle-m&#234;me imploser peu de temps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les strat&#232;ges des Etats-Unis, la d&#233;cision sovi&#233;tique d'intervenir et, malgr&#233; des pertes incessantes, de pers&#233;v&#233;rer &#233;tait la preuve que les dirigeants russes avaient ignor&#233; les rapports de forces, une vuln&#233;rabilit&#233; &#224; exploiter par Washington. Dans les ann&#233;es 1980, sous la pr&#233;sidence de Ronald Reagan, la politique des Etats-Unis consiste &#224; armer et &#224; aider les insurg&#233;s anticommunistes du monde entier dans le but de renverser les r&#233;gimes pro-sovi&#233;tiques &#8211; une strat&#233;gie parfois appel&#233;e &#171; doctrine Reagan &#187;. D'&#233;normes quantit&#233;s de munitions ont &#233;t&#233; donn&#233;es aux moudjahidines et aux rebelles comme les Contras au Nicaragua, g&#233;n&#233;ralement via des canaux secrets mis en place par la Central Intelligence Agency (CIA). Bien qu'ils ne fussent pas toujours couronn&#233;s de succ&#232;s, ces efforts ont g&#233;n&#233;ralement accabl&#233; les dirigeants sovi&#233;tiques. Comme l'&#233;crivait avec ravissement le secr&#233;taire d'Etat George Shultz en 1985, alors que la d&#233;faite des Etats-Unis au Vietnam avait amen&#233; les Sovi&#233;tiques &#224; croire &#171; que ce qu'ils appelaient les &#8220;rapports de forces &#224; l'&#233;chelle mondiale&#8221; tournait en leur faveur &#187;, aujourd'hui, gr&#226;ce aux efforts des Etats-Unis en Afghanistan et ailleurs, &#171; nous avons des raisons d'&#234;tre confiants que les &#8220;rapports de forces&#8221; tournent &#224; nouveau en notre faveur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et oui, l'&#233;chec sovi&#233;tique en Afghanistan a effectivement refl&#233;t&#233; une incapacit&#233; &#224; peser correctement les poids respectifs de tous les facteurs en jeu : la mesure dans laquelle le moral des moudjahidines surpassait celui des Sovi&#233;tiques ; le soutien r&#233;serv&#233; &#224; la guerre parmi les populations sovi&#233;tique et afghane ; et le r&#244;le de l'aide ext&#233;rieure fournie par la CIA. Mais les le&#231;ons ne s'arr&#234;tent pas l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Washington n'avait jamais envisag&#233; les implications de l'armement de volontaires arabes sous le commandement d'Oussama Ben Laden ou de l'autorisation donn&#233;e &#224; ce dernier de cr&#233;er une entreprise djihadiste internationale, &#171; la base &#187; (Al-Qaida), qui s'est ensuite retourn&#233;e contre les Etats-Unis. Ce qui a conduit aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 et &#224; une &#171; guerre mondiale contre le terrorisme &#187; d&#233;sastreuse, d'une dur&#233;e de 20 ans, qui a englouti des milliers de milliards de dollars et affaibli l'arm&#233;e des Etats-Unis, sans &#233;liminer la menace du terrorisme. Les dirigeants &#233;tatsuniens n'ont pas non plus calcul&#233; les rapports de forces lorsqu'ils ont entrepris leur propre guerre en Afghanistan, ignorant les facteurs qui ont conduit &#224; la d&#233;faite sovi&#233;tique, et subissant ainsi le m&#234;me sort, 32 ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mauvais calculs de Poutine &#224; propos de l'Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;crit sur les mauvais calculs du pr&#233;sident russe Vladimir Poutine concernant l'Ukraine. Mais tout a commenc&#233; par son incapacit&#233; &#224; &#233;valuer correctement les rapports des forces en pr&#233;sence dans le conflit &#224; venir. Et cela, de mani&#232;re assez &#233;trange, a r&#233;sult&#233; de la mauvaise interpr&#233;tation par Poutine de la signification du retrait des Etats-Unis d'Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup &#224; Washington &#8211; en particulier dans l'aile n&#233;oconservatrice du Parti r&#233;publicain &#8211; Poutine et ses proches conseillers ont consid&#233;r&#233; le retrait soudain comme un signe &#233;vident de faiblesse des Etats-Unis et, en particulier, de d&#233;sarroi au sein de l'alliance occidentale. La puissance &#233;tatsunienne &#233;tait en plein recul, pensaient-ils, et les puissances de l'OTAN irr&#233;vocablement divis&#233;es. &#171; Aujourd'hui, nous assistons &#224; l'effondrement de la politique &#233;trang&#232;re des Etats-Unis &#187;, a d&#233;clar&#233; Viatcheslav Volodine, le pr&#233;sident de la Douma d'Etat russe. D'autres hauts fonctionnaires ont fait &#233;cho &#224; son point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poutine et son cercle restreint &#233;taient donc convaincus que la Russie pouvait agir avec une relative impunit&#233; en Ukraine, ce qui constituait une erreur radicale d'appr&#233;ciation de la situation mondiale. En fait, &#224; l'instar des hauts responsables militaires &#233;tatsuniens, la Maison Blanche de Joe Biden &#233;tait impatiente de quitter l'Afghanistan. Elle souhaitait se concentrer sur des priorit&#233;s jug&#233;es bien plus importantes, notamment la revitalisation des alliances des Etats-Unis en Asie et en Europe afin de mieux contenir la Chine et la Russie. &#171; Les Etats-Unis ne devraient pas et ne s'engageront pas dans des &#8220;guerres &#233;ternelles&#8221; qui ont co&#251;t&#233; des milliers de vies et des milliers de milliards de dollars &#187;, a affirm&#233; l'administration dans son orientation strat&#233;gique provisoire en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; nationale de mai 2021 (National Security Strategic Guidance). En lieu et place, les Etats-Unis se positionneront &#171; pour dissuader nos adversaires et d&#233;fendre nos int&#233;r&#234;ts&#8230; [et] notre pr&#233;sence sera la plus robuste dans l'Indo-Pacifique et en Europe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, Moscou s'est affront&#233; &#224; l'exact oppos&#233; de ce que les conseillers de Poutine avaient sans doute pr&#233;vu : non pas un Occident faible et divis&#233;, mais une alliance Etats-Unis-OTAN nouvellement dynamis&#233;e et d&#233;termin&#233;e &#224; aider les forces ukrainiennes en leur fournissant des armes essentielles (bien que limit&#233;es), tout en visant &#224; isoler la Russie sur la sc&#232;ne internationale. Des troupes suppl&#233;mentaires sont maintenant d&#233;ploy&#233;es en Pologne et dans d'autres Etats de la &#171; ligne de front &#187; face &#224; la Russie, ce qui met encore plus en danger sa s&#233;curit&#233; &#224; long terme. Et, ce qui est peut-&#234;tre le plus dommageable pour les calculs g&#233;opolitiques de Moscou, l'Allemagne a abandonn&#233; sa position pacifiste, adh&#233;rant pleinement &#224; l'OTAN et approuvant une &#233;norme augmentation des d&#233;penses militaires [voir &#224; ce propos l'article publi&#233; sur ce site le 7 mars].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les plus grandes erreurs de calcul de Poutine concernent les capacit&#233;s de combat de ses forces militaires compar&#233;es &#224; celles de l'Ukraine. Lui et ses conseillers pensaient manifestement qu'ils envoyaient en Ukraine la monstrueuse Arm&#233;e rouge de l'&#233;poque sovi&#233;tique, et non l'arm&#233;e russe de 2022, beaucoup plus faible. Plus grave encore, ils semblent avoir cru que les soldats ukrainiens accueilleraient les envahisseurs russes &#224; bras ouverts ou n'opposeraient qu'une r&#233;sistance symbolique, avant de se rendre. Cette illusion est due, du moins en partie, &#224; la conviction in&#233;branlable du pr&#233;sident russe que les Ukrainiens sont vraiment des Russes dans l'&#226;me et qu'ils accueilleraient donc naturellement leur propre &#171; lib&#233;ration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le savons, tout d'abord, parce que bon nombre des troupes envoy&#233;es en Ukraine &#8211; qui n'ont re&#231;u que de la nourriture, du carburant et des munitions pour quelques jours de combat &#8211; n'&#233;taient pas pr&#233;par&#233;es &#224; un conflit prolong&#233;. Il n'est pas surprenant qu'elles aient affich&#233; un moral &#233;tonnamment bas. Le contraire est vrai pour les forces ukrainiennes qui, apr&#232;s tout, d&#233;fendent leurs foyers et leur pays. Elles ont pu exploiter les faiblesses de l'ennemi, comme les convois d'approvisionnement longs et lents, pour leur infliger de lourdes pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons &#233;galement que les principaux responsables du renseignement de Poutine lui ont fourni des informations inexactes sur la situation politique et militaire en Ukraine, ce qui a contribu&#233; &#224; le convaincre que les forces de d&#233;fense se rendraient apr&#232;s seulement quelques jours de combat. Il a ensuite arr&#234;t&#233; certains de ces responsables, dont Sergey Beseda, chef de la branche des renseignements ext&#233;rieurs du FSB (le successeur du KGB). Bien qu'ils aient &#233;t&#233; accus&#233;s de d&#233;tournement de fonds publics, la v&#233;ritable raison de leur arrestation, selon Vladimir Osechkin (The Independent, 12 mars 2022), militant russe des droits de l'homme en exil, &#233;tait de fournir au pr&#233;sident russe des &#171; informations peu fiables, incompl&#232;tes et partiellement fausses sur la situation politique en Ukraine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le red&#233;couvrent les dirigeants russes, quelque trois d&#233;cennies apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle sovi&#233;tique en Afghanistan, le fait de ne pas &#233;valuer correctement les rapports de forces lorsqu'on s'engage dans une bataille contre des ennemis suppos&#233;s plus faibles sur leur propre terrain peut conduire &#224; des r&#233;sultats d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;valuations erron&#233;es de la Chine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, les dirigeants du Parti communiste chinois ont pris soin d'&#233;valuer les rapports de forces face &#224; des adversaires &#233;trangers. Ils ont fourni une aide militaire consid&#233;rable, par exemple, aux Nord-Vietnamiens pendant la guerre du Vietnam, mais pas au point d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s par Washington comme un bellig&#233;rant actif n&#233;cessitant une contre-attaque. De m&#234;me, malgr&#233; leurs revendications concernant l'&#238;le de Ta&#239;wan, ils ont jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;vit&#233; toute action directe visant &#224; s'en emparer par la force et &#224; risquer un affrontement &#224; grande &#233;chelle avec des forces &#233;tatsuniennes potentiellement sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ce bilan, il est surprenant que, pour autant que nous le sachions, les dirigeants chinois n'aient pas r&#233;ussi &#224; produire une estimation pr&#233;cise des plans de Poutine concernant l'Ukraine ou de la probabilit&#233; d'une lutte intense pour le contr&#244;le de ce pays. En fait, les dirigeants chinois entretiennent depuis longtemps des relations cordiales avec leurs homologues ukrainiens et leurs services de renseignement ont s&#251;rement fourni &#224; P&#233;kin des informations fiables sur les capacit&#233;s de combat de ce pays. Il est donc frappant qu'ils aient &#233;t&#233; pris &#224; ce point au d&#233;pourvu par l'invasion et la r&#233;sistance acharn&#233;e des Ukrainiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, ils auraient d&#251; &#234;tre en mesure de tirer les m&#234;mes conclusions que leurs homologues occidentaux &#224; partir des donn&#233;es satellitaires montrant le renforcement massif de l'arm&#233;e russe aux fronti&#232;res de l'Ukraine. Pourtant, lorsque l'administration Biden leur a pr&#233;sent&#233; des renseignements indiquant clairement que Poutine avait l'intention de lancer une invasion &#224; grande &#233;chelle, les hauts dirigeants ont simplement r&#233;gurgit&#233; les affirmations de Moscou selon lesquelles il s'agissait de pure propagande. En cons&#233;quence, la Chine n'a m&#234;me pas &#233;vacu&#233; des milliers de ses ressortissants d'Ukraine lorsque les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux l'ont fait, les laissant sur place lorsque la guerre a &#233;clat&#233;. Et m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;, les responsables gouvernementaux ont affirm&#233; que la Russie ne menait qu'une op&#233;ration de police mineure dans la r&#233;gion de Donbass, ce qui les fait para&#238;tre d&#233;connect&#233;s des r&#233;alit&#233;s du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine semble &#233;galement avoir s&#233;rieusement sous-estim&#233; l'ampleur de la r&#233;action &#233;tatsunienne et europ&#233;enne &#224; l'attaque russe. Bien que personne ne sache vraiment ce qui s'est pass&#233; lors des discussions politiques dans les sph&#232;res dirigeantes, il est probable qu'ils aient eux aussi mal interpr&#233;t&#233; la signification du retrait des Etats-Unis d'Afghanistan. Comme les Russes, il est possible qu'ils aient suppos&#233; que cela signifiait le retrait de Washington d'un engagement mondial. &#171; Si les Etats-Unis ne peuvent m&#234;me pas assurer une victoire dans un affrontement avec de petits pays, &#224; quel point pourraient-ils &#234;tre plus efficaces dans des rapports conflictuels de grande puissance avec la Chine ? &#187; demandait le Global Times, quotidien officiel, en ao&#251;t 2021. Il poursuivait : &#171; La prise de contr&#244;le &#233;tonnamment rapide de l'Afghanistan par les talibans a montr&#233; au monde entier que la capacit&#233; des Etats-Unis &#224; dominer les rapports conflictuels entre grandes puissances s'effrite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette erreur de calcul &#8211; si &#233;vidente dans la r&#233;ponse muscl&#233;e de Washington &#224; l'invasion russe et dans son renforcement militaire dans la r&#233;gion indo-pacifique &#8211; a plac&#233; les dirigeants chinois dans une position d&#233;licate, alors que l'administration Biden accentue la pression sur P&#233;kin pour qu'il refuse toute aide mat&#233;rielle &#224; la Russie et n'autorise pas l'utilisation des banques chinoises comme interm&#233;diaires pour les entreprises russes qui cherchent &#224; &#233;chapper aux sanctions occidentales. Lors d'une t&#233;l&#233;conf&#233;rence, le 18 mars, le pr&#233;sident Biden aurait averti le pr&#233;sident Xi Jinping des &#171; implications et cons&#233;quences &#187; pour la Chine si elle &#171; fournit un soutien mat&#233;riel &#224; la Russie &#187;. Vraisemblablement, cela pourrait impliquer l'imposition de &#171; sanctions secondaires &#187; aux entreprises chinoises accus&#233;es d'agir en tant qu'agents pour des entreprises ou des agences russes. Le fait que Biden se soit senti en position de lancer de tels ultimatums au dirigeant chinois t&#233;moigne d'un nouveau regain, potentiellement dangereux, de volont&#233; d'influence politique &#224; Washington, fond&#233;e sur l'apparente absence de d&#233;fense de la Russie face aux sanctions impos&#233;es par l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eviter la surench&#232;re des Etats-Unis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les rapports de forces &#224; l'&#233;chelle mondiale semblent effectivement favorables pour les Etats-Unis et cela, dans un sens &#233;trange, devrait nous inqui&#233;ter tous. Leurs principaux alli&#233;s se sont ralli&#233;s &#224; eux en r&#233;ponse &#224; l'agression russe ou, de l'autre c&#244;t&#233; de la plan&#232;te, face &#224; la crainte de la mont&#233;e en puissance de la Chine. Et les perspectives pour les principaux adversaires de Washington ne sont pas de bon augure. M&#234;me si Vladimir Poutine devait sortir de la guerre actuelle avec une plus grande partie du territoire ukrainien, il pr&#233;sidera certainement une Russie nettement diminu&#233;e. D&#233;j&#224; un p&#233;tro-Etat chancelant avant le d&#233;but de l'invasion, elle est maintenant largement coup&#233;e du monde occidental et condamn&#233;e &#224; un retard perp&#233;tuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie &#233;tant d&#233;j&#224; affaiblie, la Chine pourrait conna&#238;tre un sort similaire, apr&#232;s avoir plac&#233; de si grands espoirs dans un partenariat majeur avec un pays chancelant. Dans ces circonstances, il sera tentant pour l'administration Biden d'exploiter davantage ce moment unique en recherchant un avantage encore plus grand sur ses rivaux, par exemple en soutenant un &#171; changement de r&#233;gime &#187; &#224; Moscou ou un nouvel encerclement de la Chine. Le commentaire du pr&#233;sident Biden, le 26 mars, &#224; propos de Poutine &#8211; &#171; cet homme ne peut pas rester au pouvoir &#187; &#8211; a certainement exprim&#233; un d&#233;sir d'un tel avenir. (La Maison Blanche a par la suite tent&#233; de revenir sur ses propos, affirmant qu'il voulait simplement dire que Poutine &#171; ne peut &#234;tre autoris&#233; &#224; exercer son pouvoir sur ses voisins &#187;). Quant &#224; la Chine, les r&#233;cents commentaires inqui&#233;tants de hauts responsables du Pentagone, selon lesquels Ta&#239;wan est &#171; essentiel &#224; la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts vitaux des Etats-Unis dans la r&#233;gion indo-pacifique &#187;, sugg&#232;rent une tendance &#224; abandonner la politique am&#233;ricaine d'une seule Chine et &#224; reconna&#238;tre officiellement Ta&#239;wan comme un Etat ind&#233;pendant, ce qui le placerait sous la protection militaire des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mois &#224; venir, nous pouvons nous attendre &#224; ce que les discussions sur les m&#233;rites de telles mesures soient beaucoup plus nombreuses. Les experts et les politiciens de Washington, qui r&#234;vent encore des Etats-Unis comme d'une puissance in&#233;gal&#233;e sur la plan&#232;te Terre, soutiendront sans aucun doute que c'est le moment o&#249; les Etats-Unis pourraient vraiment &#233;craser leurs adversaires. Une telle d&#233;mesure &#8211; impliquant de nouvelles aventures qui d&#233;passeraient les capacit&#233;s des Etats-Unis et conduiraient &#224; de nouveaux d&#233;sastres &#8211; est un v&#233;ritable danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercher &#224; changer de r&#233;gime en Russie (ou ailleurs, d'ailleurs) ne manquerait pas de s'ali&#233;ner de nombreux gouvernements &#233;trangers qui soutiennent actuellement le leadership de Washington. De m&#234;me, une action pr&#233;cipit&#233;e visant &#224; attirer Ta&#239;wan dans l'orbite militaire des Etats-Unis pourrait d&#233;clencher une guerre entre les Etats-Unis et la Chine qu'aucune des parties ne souhaite, avec des cons&#233;quences catastrophiques. Les rapports de forces peuvent maintenant sembler &#234;tre en faveur des Etats-Unis, mais s'il y a une chose &#224; apprendre du moment pr&#233;sent, c'est &#224; quel point ces calculs peuvent s'av&#233;rer changeants et &#224; quel point la situation mondiale peut facilement se retourner contre nous si nous [le pouvoir aux Etats-Unis] nous comportons de mani&#232;re irraisonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginez donc un monde dans lequel les trois &#171; grandes &#187; puissances ont mal interpr&#233;t&#233; les rapports de forces de situations dans lesquelles elles &#233;taient et sont incluses. Alors que les hauts responsables russes continuent de parler de l'utilisation d'armes nucl&#233;aires, tout le monde devrait s'inqui&#233;ter d'un avenir marqu&#233; par une surench&#232;re extr&#234;me qui n'apportera rien de bon. (Article publi&#233; sur le site de Tom Dispatch, le 3 avril 2022 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michael T. Klare est professeur &#233;m&#233;rite d'&#233;tudes sur la paix et la s&#233;curit&#233; mondiale au Hampshire College et chercheur invit&#233; senior &#224; l'Arms Control Association. Il est l'auteur de 15 livres, dont le dernier s'intitule All Hell Breaking Loose : The Pentagon's Perspective on Climate Change (Metropolitan Books, 2019). Il est l'un des fondateurs du Committee for a Sane U.S.-China Policy.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment sauver la plan&#232;te d'un Armageddon climatique. La place des Etats-Unis et de la Chine</title>
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		<dc:date>2021-10-26T07:09:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael T. Klare</dc:creator>


		<dc:subject>Changements climatiques</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-10-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[En 2019, Michael T. Klare, analyste avis&#233; des questions militaires internationales, a publi&#233; un ouvrage sur la crise climatique examin&#233;e dans la perspective du Pentagone. Dans l'article publi&#233; ici, sous l'angle d'une hypoth&#232;se qui &#171; interroge &#187;, il souligne en quoi une initiative conjointe, des deux &#171; g&#233;ants &#187; &#8211; Etats-Unis et Chine &#8211; serait d&#233;cisive pour initier un d&#233;but s&#233;rieux de d&#233;carbonation. Leur place respective dans les &#233;missions de CO2 devrait en faire les incontournables &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Changements-climatiques-+" rel="tag"&gt;Changements climatiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-10-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-10-26&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton50062-e625b.jpg?1781914358' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[En 2019, Michael T. Klare, analyste avis&#233; des questions militaires internationales, a publi&#233; un ouvrage sur la crise climatique examin&#233;e dans la perspective du Pentagone. Dans l'article publi&#233; ici, sous l'angle d'une hypoth&#232;se qui &#171; interroge &#187;, il souligne en quoi une initiative conjointe, des deux &#171; g&#233;ants &#187; &#8211; Etats-Unis et Chine &#8211; serait d&#233;cisive pour initier un d&#233;but s&#233;rieux de d&#233;carbonation. Leur place respective dans les &#233;missions de CO2 devrait en faire les incontournables &#171; animateurs &#187; d'un processus m&#234;me tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire, mais indispensable dans la temporalit&#233; effective de la crise climatique. Toutefois, l'antagonisme accentu&#233; &#8211; commercial et militaire &#8211; entre ces &#171; g&#233;ants &#187; fonctionne comme le facteur de pr&#233;paratifs militaires guerriers fort &#233;loign&#233;s &#8211; de fait oppos&#233;s &#8211; &#224; une &#171; guerre &#187; contre les d&#233;sastres climatiques. A la veille de la COP26 de Glasgow, voil&#224; de quoi ne pas se contenter des &#171; discours bien intentionn&#233;s &#187;. R&#233;d.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site A l'encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
19 octobre 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michael T. Klare&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;, nous avons assist&#233;, avec une clart&#233; brutale, au &#171; d&#233;but de la fin &#187; : la fin de la Terre telle que nous la connaissions &#8211; un monde de for&#234;ts luxuriantes, de terres cultiv&#233;es abondantes, de villes vivables et de littoraux viables. A sa place, nous avons vu les premi&#232;res manifestations d'une plan&#232;te ravag&#233;e par le r&#233;chauffement climatique, avec des for&#234;ts br&#251;l&#233;es, des champs dess&#233;ch&#233;s, des villes embras&#233;es et des c&#244;tes balay&#233;es par les temp&#234;tes. Dans une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'emp&#234;cher le pire, les dirigeants du monde entier se r&#233;uniront bient&#244;t &#224; Glasgow [du 31 octobre au 12 novembre], en Ecosse, pour un sommet des Nations unies sur le climat (COP 26). Mais vous pouvez compter sur une chose : tous leurs plans seront loin de r&#233;pondre aux besoins s'ils ne sont pas soutenus par la seule strat&#233;gie capable de sauver la plan&#232;te : une &#171; Alliance Etats-Unis-Chine pour la survie climatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les politiciens, les groupes scientifiques et les organisations environnementales proposeront toutes sortes de plans &#224; Glasgow pour r&#233;duire les &#233;missions mondiales de carbone et ralentir le processus d'incin&#233;ration de la plan&#232;te. Les repr&#233;sentants du pr&#233;sident Joe Biden vanteront sa promesse de promouvoir les &#233;nergies renouvelables et d'installer des stations de recharge de voitures &#233;lectriques dans tout le pays, tandis que le pr&#233;sident fran&#231;ais Macron pr&#233;sentera ses propres propositions ambitieuses, comme le feront de nombreux autres dirigeants. Toutefois, aucune combinaison de ces mesures, m&#234;me si elles &#233;taient mises en &#339;uvre, ne suffira &#224; emp&#234;cher une catastrophe mondiale, tant que la Chine et les Etats-Unis continueront &#224; privil&#233;gier la &lt;strong&gt;concurrence commerciale&lt;/strong&gt; et les&lt;strong&gt; pr&#233;paratifs de guerre&lt;/strong&gt; au d&#233;triment de la survie de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, ce n'est pas compliqu&#233;. Si les deux &#171; grandes &#187; puissances de la plan&#232;te refusent de coop&#233;rer de mani&#232;re significative pour faire face &#224; la menace climatique, nous sommes cuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dure r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence en septembre 2021. Les Nations Unies ont alors publi&#233;, le 17 septembre, un rapport [&#171; &lt;i&gt;Framework Convention on Climate Change&lt;/i&gt; &#187;] sur l'impact probable des promesses d&#233;j&#224; faites par les nations signataires de l'Accord de Paris sur le climat de 2015 (dont le pr&#233;sident Trump s'est retir&#233; en 2017 et que les Etats-Unis n'ont r&#233;int&#233;gr&#233; que r&#233;cemment). Selon l'analyse de l'ONU, m&#234;me si les 200 signataires respectaient leurs engagements &#8211; et presque aucun ne l'a fait &#8211; les temp&#233;ratures mondiales devraient augmenter de 2,7 degr&#233;s Celsius par rapport aux niveaux pr&#233;industriels d'ici la fin du si&#232;cle. La plupart des scientifiques s'accordent &#224; dire que cela entra&#238;nera des changements catastrophiques et irr&#233;versibles de l'&#233;cosph&#232;re plan&#233;taire, notamment une &#233;l&#233;vation du niveau de la mer qui inondera la plupart des villes c&#244;ti&#232;res des Etats-Unis (et beaucoup d'autres dans le monde) et une chaleur, des incendies et des s&#233;cheresses qui transformeront l'Ouest des Etats-Unis en un terrain vague inhabitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scientifiques s'accordent g&#233;n&#233;ralement &#224; dire que, pour &#233;viter ces cons&#233;quences catastrophiques, le r&#233;chauffement de la plan&#232;te ne doit pas d&#233;passer, au pire, 2 degr&#233;s Celsius par rapport aux niveaux pr&#233;industriels &#8211; et de pr&#233;f&#233;rence, pas plus de 1,5 degr&#233; Celsius. Il faut voir &#224; l'esprit que la plan&#232;te s'est d&#233;j&#224; r&#233;chauff&#233;e d'un degr&#233; Celsius. Or nous n'avons vu que r&#233;cemment les d&#233;g&#226;ts que m&#234;me cette quantit&#233; de chaleur suppl&#233;mentaire peut produire. Selon les scientifiques, pour limiter le r&#233;chauffement &#224; 2 degr&#233;s Celsius d'ici &#224; 2030, il faudrait r&#233;duire les &#233;missions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) de 25% par rapport aux niveaux de 2018 ; pour limiter le r&#233;chauffement &#224; 1,5 degr&#233; : la r&#233;duction devrait se situer &#224; 55%. Or, ces &#233;missions &#8211; tir&#233;es, entre autres, par la forte croissance &#233;conomique de la Chine, de l'Inde et d'autres pays en voie d'industrialisation rapide &#8211; ont en fait suivi une trajectoire ascendante, augmentant en moyenne de 1,8% par an entre 2009 et 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs pays europ&#233;ens, dont le Danemark, la Norv&#232;ge et les Pays-Bas, ont d&#233;ploy&#233; des efforts courageux pour r&#233;duire leurs &#233;missions afin d'atteindre l'objectif de 1,5 degr&#233;, donnant ainsi l'exemple &#224; des nations aux &#233;conomies bien plus importantes. Mais aussi admirables soient-ils, ces efforts ne suffiront pas &#224; sauver la plan&#232;te. Seuls les Etats-Unis et la Chine, de loin les deux premiers &#233;metteurs de CO2 au monde, sont en mesure de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se r&#233;sume &#224; ceci : pour sauver la civilisation humaine, les Etats-Unis et la Chine doivent r&#233;duire consid&#233;rablement leurs &#233;missions de CO2, tout en travaillant ensemble pour persuader les autres grandes nations &#233;mettrices de carbone, &#224; commencer par l'Inde en pleine expansion, de suivre leur exemple. Cela implique, bien entendu, de &#171; mettre de c&#244;t&#233; &#187; leurs antagonismes actuels, quelle que soit l'importance qu'ils rev&#234;tent aujourd'hui pour les dirigeants des Etats-Unis et de la Chine. Et de la sorte de faire de la survie du climat leur priorit&#233; et leur objectif politique num&#233;ro un. Sinon, pour faire simple, tout est jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etats-Unis et Chine : le rouleau compresseur du carbone&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre &#224; quel point la Chine et les Etats-Unis (le plus grand pollueur de carbone de l'histoire) jouent un r&#244;le central dans l'&#233;quation du changement climatique mondial, il faut comprendre leur r&#244;le actuel dans la consommation de carbone et les &#233;missions de CO2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, selon le &lt;i&gt;BP Statistical Review of World Energy&lt;/i&gt; 2021 (une source fort respect&#233;e), la Chine &#233;tait le premier utilisateur mondial de charbon, le plus intense en &#233;mission de carbone des trois combustibles fossiles. Ce pays &#233;tait responsable de 54,3% de la consommation mondiale totale, l'Inde arrivait en deuxi&#232;me position avec 11,6% et les Etats-Unis en troisi&#232;me position avec 6,1%. En ce qui concerne la consommation de p&#233;trole, les Etats-Unis occupent la premi&#232;re place avec 19,9% de la consommation mondiale et la Chine arrive en deuxi&#232;me position avec 15,7%. Les Etats-Unis sont &#233;galement en t&#234;te pour la consommation de gaz naturel, suivis par la Russie et la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regroupe ces trois types de consommation, la Chine et les Etats-Unis sont conjointement responsables de 42% de la consommation mondiale totale de combustibles fossiles en 2020. Aucun autre pays ne s'en approche, m&#234;me de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pleine ascension dans le domaine de l'&#233;nergie, l'Inde a contribu&#233; &#224; 6,2 % de la consommation mondiale de combustibles fossiles et l'Union europ&#233;enne &#224; 8,5 %, ce qui devrait vous donner une id&#233;e de la mani&#232;re dont Chine et Etats-Unis dominent l'&#233;quation &#233;nerg&#233;tique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas surprenant qu'&#233;tant donn&#233; qu'ils sont responsables d'une fraction aussi importante de la consommation de combustibles fossiles chaque ann&#233;e et que la combustion de ces combustibles est responsable de la tr&#232;s vaste majorit&#233; des &#233;missions mondiales de carbone, la Chine et les Etats-Unis produisent &#233;galement une part relativement fort importante de ces rejets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le&lt;i&gt; BP Statistical Review of World Energy 2021&lt;/i&gt;, la Chine &#233;tait la premi&#232;re source mondiale d'&#233;missions de CO2 en 2020, responsable de 30,7% du total mondial, tandis que les Etats-Unis arrivaient en deuxi&#232;me position avec 13,8%. Aucun autre pays n'a atteint un taux &#224; deux chiffres et l'Union europ&#233;enne dans son ensemble n'a repr&#233;sent&#233; que 7,9%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le r&#233;chauffement de la plan&#232;te ne pourra pas &#234;tre ralenti et finalement arr&#234;t&#233; si les Etats-Unis et la Chine ne r&#233;duisent pas radicalement leurs &#233;missions de carbone au cours des prochaines d&#233;cennies et n'investissent pas massivement &#8211; &#224; une &#233;chelle comparable &#224; la pr&#233;paration d'une guerre mondiale &#8211; dans des syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques alternatifs. Nous parlons de billions de dollars de d&#233;penses futures. Mais il n'y a vraiment pas le choix, pas si nous voulons sauver notre civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mastodonte dans la pi&#232;ce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute strat&#233;gie visant &#224; r&#233;duire substantiellement les &#233;missions mondiales de CO2 et &#224; emp&#234;cher que le r&#233;chauffement de la plan&#232;te ne d&#233;passe 2 degr&#233;s Celsius (sans parler de 1,5 degr&#233;) par rapport aux niveaux pr&#233;industriels doit affronter le plus grand obstacle au succ&#232;s : la Chine continue de d&#233;pendre du charbon pour assurer la plus grande partie de son approvisionnement &#233;nerg&#233;tique. Selon le &lt;i&gt;BP Statistical Review of World Energy 2021&lt;/i&gt;, en 2020, la Chine obtiendra 57% de ses besoins en &#233;nergie primaire gr&#226;ce au charbon. Aucun autre pays ne s'approche de ce chiffre. Si la Chine &#233;tait responsable de 26% de la consommation mondiale totale d'&#233;nergie cette ann&#233;e-l&#224;, sa combustion de charbon repr&#233;sentait &#224; elle seule 15% de la consommation mondiale d'&#233;nergie, soit une part plus importante que celle de l'Europe, toutes sources d'&#233;nergie confondues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Chine supprime progressivement ses centrales au charbon durant cette d&#233;cennie et que les autres pays respectent les engagements pris &#224; Paris, il serait au moins possible d'atteindre l'objectif de 1,5 &#224; 2 degr&#233;s Celsius et, ainsi, d'&#233;viter une catastrophe climatique. Mais ce n'est pas la direction que prend la Chine. Pas le moins du monde. Selon certains rapports, ce pays devrait en fait augmenter (oui, augmenter !) sa consommation de charbon au cours de cette d&#233;cennie en ajoutant 88 gigawatts de capacit&#233; de production d'&#233;lectricit&#233; au charbon. (Une grande centrale au charbon moderne peut produire environ 1 gigawatt d'&#233;lectricit&#233; &#224; la fois). Pire encore, ses responsables r&#233;fl&#233;chissent &#224; des plans pour construire t&#244;t ou tard 159 gigawatts suppl&#233;mentaires. Le charbon &#233;tant le combustible fossile &#224; la plus forte intensit&#233; de carbone, la construction et l'exploitation d'un si grand nombre de nouvelles centrales au charbon augmenteront de fa&#231;on gigantesque les &#233;missions de CO2 de la Chine, rendant impossible une forte r&#233;duction des &#233;missions mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident chinois Xi Jinping a en effet parl&#233; de la construction d'une &#171; civilisation &#233;cologique &#187; et a &#233;galement promis de mettre un terme &#224; l'augmentation des &#233;missions de carbone de la Chine d'ici &#224; 2030. Pendant un temps, il a m&#234;me sembl&#233; qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; prendre des mesures s&#233;v&#232;res pour stopper la croissance de la consommation de charbon en Chine. Il s'est en effet engag&#233; &#224; ce que son pays atteigne le pic de consommation de p&#233;trole d'ici &#224; 2025 et &#224; cesser de financer la construction de centrales au charbon &#224; l'&#233;tranger dans le cadre de son initiative &#171; &#171; La ceinture et la route &#187; (Belt and Road Initiative, BRI). C'&#233;tait [en 2020] un changement majeur de politique. Mais il semble que son gouvernement ait autrement ferm&#233; les yeux sur les efforts d&#233;ploy&#233;s par les gouvernements provinciaux et les puissantes entreprises publiques du secteur de l'&#233;nergie pour acc&#233;l&#233;rer la construction de nouvelles centrales au charbon dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analystes occidentaux pensent que les dirigeants de Chine cherchent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; propulser l'expansion &#233;conomique dans la foul&#233;e de la pand&#233;mie de covid. Offrir une &#233;nergie bon march&#233; &#224; partir du charbon est un moyen &#233;vident de faciliter les investissements dans de nouveaux projets d'infrastructure, une tactique commune pour stimuler la croissance. Certains analystes soup&#231;onnent &#233;galement P&#233;kin d'avoir laiss&#233; la production de charbon augmenter en r&#233;ponse aux sanctions commerciales des Etats-Unis et &#224; d'autres manifestations hostiles de Washington. &#171; La r&#233;cente guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a encore accru les pr&#233;occupations de la Chine en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; &#233;nerg&#233;tique, &#233;tant donn&#233; que le pays importe environ 70% de ses besoins en p&#233;trole et 40% de ses besoins en gaz &#187;, a soulign&#233; Daniel Gardner du&lt;strong&gt; High Meadows Environmental Institute (HMEI)&lt;/strong&gt; de l'Universit&#233; de Princeton dans le &lt;i&gt;Los Angeles Times&lt;/i&gt;. Il a ajout&#233; que &#171; le charbon, abondant et relativement bon march&#233;, semble &#234;tre une source d'&#233;nergie fiable et &#233;prouv&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi une alliance Etats-Unis Chine pour la survie du climat est essentielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment, lors d'une r&#233;union avec de hauts responsables &#224; Tianjin [nord de la Chine], l'envoy&#233; du pr&#233;sident Biden pour le climat mondial &#8211; l'ancien secr&#233;taire d'Etat John Kerry &#8211; a fustig&#233; les Chinois pour leur d&#233;pendance au charbon. &#171; L'ajout de plus de 200 gigawatts de charbon au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es et la mise en service d'environ 200 gigawatts suppl&#233;mentaires selon la planification, s'ils se concr&#233;tisaient, r&#233;duiraient &#224; n&#233;ant la capacit&#233; du reste du monde &#224; atteindre une limite de 1,5 degr&#233; [Celsius] &#187;, aurait-il d&#233;clar&#233; lors de leur &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait cependant aucune chance que les dirigeants chinois r&#233;pondent positivement &#224; ses &#171; supplications &#187;, &#233;tant donn&#233; l'hostilit&#233; croissante entre les Etats-Unis et la Chine. Plus encore que pendant les derni&#232;res ann&#233;es de Trump, Washington, sous la direction du pr&#233;sident Biden, a exprim&#233; son soutien &#224; Ta&#239;wan &#8211; consid&#233;r&#233;e comme une province ren&#233;gate par P&#233;kin &#8211; tout en cherchant &#224; encercler la Chine avec un r&#233;seau d'alliances anti-chinoises de plus en plus militaris&#233;. Ces alliances comprennent le nouveau pacte &#171; AUKUS &#187; (Australie, Royaume-Uni et Etats-Unis), qui comporte &#233;galement l'engagement inqui&#233;tant de vendre des sous-marins &#233;tatsunien &#224; propulsion nucl&#233;aire aux Australiens [un nucl&#233;aire qui a une dimension militaire]. Les dirigeants chinois ont r&#233;pondu avec irritation que tout progr&#232;s sur le changement climatique devait attendre une am&#233;lioration de ce qu'ils consid&#232;rent comme des aspects plus primordiaux de leur relation avec l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La coop&#233;ration sino-am&#233;ricaine sur le changement climatique ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de la situation g&#233;n&#233;rale des relations sino-am&#233;ricaines&lt;/i&gt; &#187;, a d&#233;clar&#233; le ministre des affaires &#233;trang&#232;res Wang Yi &#224; John Kerry lors de sa visite en Chine en septembre. &#171; &lt;i&gt;Les Etats-Unis souhaitent que la coop&#233;ration sur le changement climatique soit une &#8220;oasis&#8221; des relations sino-am&#233;ricaines. Cependant, si &#8220;l'oasis&#8221; est entour&#233;e de d&#233;serts, t&#244;t ou tard, &#8220;l'oasis&#8221; se d&#233;sertifiera.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, les deux pays pourraient poursuivre l'objectif d'une d&#233;carbonation radicale chacun de leur c&#244;t&#233; &#8211; chacun d&#233;pensant ind&#233;pendamment les milliers de milliards de dollars n&#233;cessaires &#224; la transformation &#233;nerg&#233;tique nationale. Il est toutefois pratiquement impossible d'imaginer un tel r&#233;sultat dans le monde actuel o&#249; la concurrence militaire et &#233;conomique s'intensifie. En mars 2021, par exemple, la Chine a annonc&#233; une augmentation de 6,8% de ses d&#233;penses militaires pour 2021, portant le budget officiel de l'Arm&#233;e populaire de lib&#233;ration &#224; 209 milliards de dollars. De m&#234;me, le 23 septembre, la Chambre des repr&#233;sentants des Etats-Unis a autoris&#233; des d&#233;penses de d&#233;fense de 740 milliards de dollars pour l'exercice fiscal 2022, soit 24 milliards de plus que la somme faramineuse demand&#233;e par l'administration Biden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux pays s'emploient &#233;galement &#224; &#171; d&#233;coupler &#187; leurs lignes d'approvisionnement critiques, tout en investissant des sommes consid&#233;rables dans la course &#224; la domination de technologies telles que l'intelligence artificielle, la robotique et la micro&#233;lectronique, suppos&#233;es &#234;tre essentielles au succ&#232;s futur, que ce soit dans le cadre de guerres commerciales ou de v&#233;ritables guerres. Ni l'un ni l'autre ne pr&#233;voit d'investir quoi que ce soit de comparable dans les efforts visant &#224; ralentir le rythme du r&#233;chauffement climatique et &#224; sauver ainsi la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que lorsque la Chine et les Etats-Unis placeront la menace du changement climatique au-dessus de leur rivalit&#233; g&#233;opolitique qu'il sera possible d'envisager une action &#224; une &#233;chelle suffisante pour &#233;viter la &#171; combustion &#187; future de cette plan&#232;te et l'effondrement de la civilisation humaine. Cela ne devrait pas &#234;tre un effort politique ou intellectuel impossible. Le 27 janvier 2021, dans un d&#233;cret portant sur la lutte contre la crise climatique, le pr&#233;sident Biden a en effet d&#233;cr&#233;t&#233; que &#171; &lt;i&gt;les consid&#233;rations climatiques seront un &#233;l&#233;ment essentiel de la politique &#233;trang&#232;re et de la s&#233;curit&#233; nationale des Etats-Unis&lt;/i&gt; &#187;. Le m&#234;me jour, le secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense, Lloyd Austin, a publi&#233; une d&#233;claration compl&#233;mentaire, indiquant que son &#171; &lt;i&gt;minist&#232;re prendra imm&#233;diatement les mesures politiques appropri&#233;es pour donner la priorit&#233; aux consid&#233;rations relatives au changement climatique dans nos activit&#233;s et nos &#233;valuations des risques, afin d'att&#233;nuer ce facteur d'ins&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. (Pour l'instant, cependant, l'id&#233;e que les r&#233;publicains du Congr&#232;s soutiennent de telles positions, et encore moins les financent, est inimaginable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, de tels arguments ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;clips&#233;s par l'obsession de l'administration Biden d'assurer une domination au niveau mondial face &#224; la Chine ; de m&#234;me une impulsion comparable se manifeste de la part des dirigeants chinois. Il n'en reste pas moins que la compr&#233;hension est l&#224; : le changement climatique constitue une menace existentielle majeure pour la &#8220;s&#233;curit&#233; &#187; &#233;tatsunienne et chinoise, une r&#233;alit&#233; qui ne fera que s'aggraver &#224; l'avenir. Pour d&#233;fendre leurs &#171; patries respectives &#187; &#8211; non pas l'une contre l'autre mais contre le d&#233;r&#232;glement climatique &#8211; les deux parties seront de plus en plus contraintes de consacrer toujours plus de fonds et de ressources &#224; la protection contre les inondations, aux secours en cas de catastrophe, &#224; la lutte contre les incendies, &#224; la construction de digues, au remplacement des infrastructures, &#224; la r&#233;installation des populations et &#224; d'autres entreprises li&#233;es au &#171; d&#233;sordre climatique &#187;, dont les co&#251;ts sont vertigineux. A un moment donn&#233;, ces co&#251;ts d&#233;passeront de loin les montants n&#233;cessaires pour mener une guerre entre Etats-Unis et Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'ils auront pris conscience de cette r&#233;alit&#233;, peut-&#234;tre les responsables des Etats-Unis et de la Chine commenceront-ils &#224; forger une alliance visant &#224; d&#233;fendre leurs propres pays et le monde contre les ravages &#224; venir du changement climatique. Si John Kerry devait retourner en Chine et dire &#224; ses dirigeants : &#171; Nous supprimons progressivement toutes nos centrales &#224; charbon, nous travaillons &#224; &#233;liminer notre d&#233;pendance au p&#233;trole et nous sommes pr&#234;ts &#224; n&#233;gocier une r&#233;duction mutuelle des forces navales et des missiles dans le Pacifique &#187;, il pourrait &#233;galement dire &#224; ses homologues chinois : &#171; Vous devez commencer &#224; supprimer progressivement votre utilisation du charbon d&#232;s maintenant &#8211; et voici comment nous pensons que vous pouvez le faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois cet accord conclu, les pr&#233;sidents Biden et Xi pourraient se tourner vers le Premier ministre indien Narendra Modi et lui dire : &#171; Vous devez suivre nos traces et &#233;liminer votre d&#233;pendance aux combustibles fossiles. &#187; Puis, tous trois ensemble, ils pourraient dire aux dirigeants de toutes les autres nations : &#171; Faites comme nous, et nous vous soutiendrons. Opposez-vous &#224; nous, et vous serez coup&#233;s de l'&#233;conomie mondiale et p&#233;rirez. &#187; C'est ainsi que l'on peut sauver la plan&#232;te d'un Armageddon climatique. Il n'y a vraiment pas d'autre moyen. (Article publi&#233; sur le site TomDispatch, le 14 octobre 2021 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michael T. Klare&lt;/strong&gt; est professeur &#233;m&#233;rite d'&#233;tudes sur la paix et la s&#233;curit&#233; mondiale au Hampshire College et chercheur invit&#233; senior &#224; l'Arms Control Association. Il est l'auteur de plus de 15 ouvrages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lithium, cobalt et terres rares : la course aux ressources de l'apr&#232;s-p&#233;trole</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Lithium-cobalt-et-terres-rares-la-course-aux-ressources-de-l-apres-petrole</link>
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		<dc:date>2021-06-01T07:29:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael T. Klare</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-05-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; son nom m&#234;me &#8211; &#233;nergie renouvelable &#8211; nous pouvons imaginer un avenir pas trop lointain o&#249; notre besoin de combustibles non renouvelables comme le p&#233;trole, le gaz naturel et le charbon dispara&#238;tra. En effet, l'administration Biden a annonc&#233; qu'elle s'&#233;tait fix&#233;e comme objectif d'&#233;liminer totalement la d&#233;pendance des &#201;tats-Unis &#224; l'&#233;gard de ces combustibles non renouvelables pour la production d'&#233;lectricit&#233; d'ici 2035. Cet objectif serait atteint en &#171; d&#233;ployant des ressources de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-05-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-05-25&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH103/arton48491-b592a.jpg?1781914358' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; son nom m&#234;me &#8211; &#233;nergie renouvelable &#8211; nous pouvons imaginer un avenir pas trop lointain o&#249; notre besoin de combustibles non renouvelables comme le p&#233;trole, le gaz naturel et le charbon dispara&#238;tra. En effet, l'administration Biden a annonc&#233; qu'elle s'&#233;tait fix&#233;e comme objectif d'&#233;liminer totalement la d&#233;pendance des &#201;tats-Unis &#224; l'&#233;gard de ces combustibles non renouvelables pour la production d'&#233;lectricit&#233; d'ici 2035. Cet objectif serait atteint en &#171; d&#233;ployant des ressources de production d'&#233;lectricit&#233; sans pollution par le carbone &#187;, principalement l'&#233;nergie perp&#233;tuelle du vent et du soleil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
25 mai 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michael T. Klare&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres pays s'engageant dans la m&#234;me voie, il est tentant de conclure que l'&#233;poque o&#249; la concurrence pour des ressources &#233;nerg&#233;tiques limit&#233;es &#233;tait une source r&#233;currente de conflits sera bient&#244;t r&#233;volue. Malheureusement, d&#233;trompez-vous : si le soleil et le vent sont effectivement renouvelables &#224; l'infini, les mat&#233;riaux n&#233;cessaires pour convertir ces ressources en &#233;lectricit&#233; &#8211; des min&#233;raux comme le cobalt, le cuivre, le lithium, le nickel et les &#233;l&#233;ments de terres rares, ou ETR &#8211; sont tout sauf renouvelables. Certains d'entre eux, en fait, sont beaucoup plus rares que le p&#233;trole, ce qui laisse penser que les conflits mondiaux autour de ressources vitales pourraient bien ne pas dispara&#238;tre &#224; l'&#232;re des &#233;nergies renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce paradoxe inattendu, il est n&#233;cessaire d'examiner comment les &#233;nergies &#233;olienne et solaire sont converties sous formes utilisables d'&#233;lectricit&#233; et de propulsion. L'&#233;nergie solaire est en grande partie collect&#233;e par des cellules photovolta&#239;ques [panneaux solaires photovolta&#239;ques], souvent d&#233;ploy&#233;es en grand nombre [les centrales solaires], tandis que le vent est r&#233;colt&#233; par des turbines g&#233;antes, g&#233;n&#233;ralement d&#233;ploy&#233;es dans de vastes parcs &#233;oliens. Pour utiliser l'&#233;lectricit&#233; dans les transports, les voitures et les camions doivent &#234;tre &#233;quip&#233;s de batteries perfectionn&#233;es capables de maintenir une charge sur de longues distances. Chacun de ces appareils utilise des quantit&#233;s consid&#233;rables de cuivre pour la transmission de l'&#233;lectricit&#233;, ainsi qu'une vari&#233;t&#233; d'autres min&#233;raux non renouvelables. Ces &#233;oliennes, par exemple, ont besoin de mangan&#232;se, de molybd&#232;ne, de nickel, de zinc et de terres rares pour leurs g&#233;n&#233;rateurs &#233;lectriques, tandis que les v&#233;hicules &#233;lectriques (VE) ont besoin de cobalt, de graphite, de lithium, de mangan&#232;se et de terres rares pour leurs moteurs et leurs batteries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, comme les &#233;nergies &#233;olienne et solaire ne repr&#233;sentent qu'environ 7% de la production mondiale d'&#233;lectricit&#233; et que les v&#233;hicules &#233;lectriques constituent moins de 1% des voitures en circulation, la production de ces min&#233;raux est &#224; peu pr&#232;s suffisante pour r&#233;pondre &#224; la demande mondiale. Toutefois, si les Etats-Unis et d'autres pays s'orientent r&#233;ellement vers un avenir &#233;nerg&#233;tique vert tel qu'envisag&#233; par le pr&#233;sident Joe Biden, la demande de ces min&#233;raux montera en fl&#232;che et la production mondiale sera loin de r&#233;pondre aux besoins pr&#233;vus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L446xH686/d92ceac340d37cd4-5cfe7b4b-a3c79.jpg?1781035864' width='446' height='686' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Selon une &#233;tude r&#233;cente de l'Agence internationale de l'&#233;nergie (AIE), intitul&#233;e &#171; The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions &#187;, la demande de lithium en 2040 pourrait &#234;tre 50 fois sup&#233;rieure &#224; celle d'aujourd'hui et celle de cobalt et de graphite 30 fois sup&#233;rieure si le monde s'empresse de remplacer les v&#233;hicules fonctionnant au p&#233;trole par des v&#233;hicules &#233;lectriques. Cette hausse de la demande incitera bien s&#251;r l'industrie &#224; d&#233;velopper de nouvelles sources d'approvisionnement de ces min&#233;raux, mais les sources potentielles sont limit&#233;es et leur mise en service sera co&#251;teuse et compliqu&#233;e. En d'autres termes, le monde pourrait &#234;tre confront&#233; &#224; d'importantes p&#233;nuries de mat&#233;riaux critiques. (&#171; Alors que la transition vers les &#233;nergies propres s'acc&#233;l&#232;re au niveau mondial &#187;, note sinistrement le rapport de l'AIE, &#171; et que les panneaux solaires, les &#233;oliennes et les voitures &#233;lectriques sont d&#233;ploy&#233;s &#224; une &#233;chelle croissante, ces march&#233;s &#224; croissance rapide pour les min&#233;raux cl&#233;s pourraient &#234;tre soumis &#224; la volatilit&#233; des prix, &#224; l'influence g&#233;opolitique et m&#234;me &#224; des perturbations de l'approvisionnement &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici une autre complication : pour un certain nombre des mat&#233;riaux les plus critiques, notamment le lithium, le cobalt et les &#233;l&#233;ments de terres rares, la production est fortement concentr&#233;e dans quelques pays seulement, une r&#233;alit&#233; qui pourrait entra&#238;ner le genre de luttes g&#233;opolitiques qui ont accompagn&#233; la d&#233;pendance du monde &#224; l'&#233;gard de quelques grandes sources de p&#233;trole. Selon l'AIE, un seul pays, la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC), fournit actuellement plus de 80% du cobalt mondial, et un autre &#8211; la Chine &#8211; 70% des &#233;l&#233;ments de terres rares. De m&#234;me, la production de lithium se fait essentiellement dans deux pays, l'Argentine et le Chili, qui repr&#233;sentent ensemble pr&#232;s de 80% de l'offre mondiale, tandis que quatre pays &#8211; l'Argentine, le Chili, la RDC et le P&#233;rou &#8211; fournissent la majeure partie de notre cuivre. En d'autres termes, ces r&#233;serves futures sont beaucoup plus concentr&#233;es sur un nombre beaucoup plus restreint de pays que le p&#233;trole et le gaz naturel, ce qui am&#232;ne les analystes de l'AIE &#224; s'inqui&#233;ter des luttes futures pour leur acc&#232;s dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du p&#233;trole au lithium : les implications g&#233;opolitiques de la r&#233;volution de la voiture &#233;lectriqu&lt;/strong&gt;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le du p&#233;trole dans le fa&#231;onnement de la g&#233;opolitique mondiale est bien connu. Depuis que le p&#233;trole est devenu essentiel au transport mondial &#8211; et donc au bon fonctionnement de l'&#233;conomie mondiale &#8211; il a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, pour des raisons &#233;videntes, comme une ressource &#171; strat&#233;gique &#187;. Les plus grandes concentrations de p&#233;trole &#233;tant situ&#233;es au Moyen-Orient, une r&#233;gion historiquement &#233;loign&#233;e des principaux centres d'activit&#233; industrielle d'Europe et d'Am&#233;rique du Nord et r&#233;guli&#232;rement sujette &#224; des convulsions politiques, les principales nations importatrices ont donc longtemps cherch&#233; &#224; exercer un certain contr&#244;le sur la production et l'exportation de p&#233;trole de cette r&#233;gion. Cela a bien s&#251;r conduit &#224; un imp&#233;rialisme de niveau sup&#233;rieur sur les ressources. Il a commenc&#233; apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, lorsque la Grande-Bretagne et les autres puissances europ&#233;ennes se sont disput&#233; le contr&#244;le colonial des zones productrices de p&#233;trole de la r&#233;gion du golfe Persique. Cette lutte s'est poursuivie apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, lorsque les &#201;tats-Unis se sont lanc&#233;s dans cette comp&#233;tition de fa&#231;on spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#201;tats-Unis, garantir l'acc&#232;s au p&#233;trole du Moyen-Orient est devenu une priorit&#233; strat&#233;gique apr&#232;s les &#171; chocs p&#233;troliers &#187; de 1973 et 1979 &#8211; le premier caus&#233; par un embargo p&#233;trolier arabe en repr&#233;sailles au soutien apport&#233; par Washington &#224; Isra&#235;l lors de la guerre d'octobre de cette ann&#233;e-l&#224; ; le second par une rupture des approvisionnements provoqu&#233;e par la r&#233;volution islamique en Iran. En r&#233;ponse aux files d'attente interminables dans les stations-service des Etats-Unis et aux r&#233;cessions qui ont suivi, les pr&#233;sidents successifs se sont engag&#233;s &#224; prot&#233;ger les importations de p&#233;trole par &#171; tous les moyens n&#233;cessaires &#187;, y compris le recours &#224; la force arm&#233;e. C'est cette m&#234;me position qui a conduit le pr&#233;sident George H.W. Bush [1989-1993] &#224; mener la premi&#232;re guerre du Golfe contre l'Irak de Saddam Hussein en 1991 et son fils [George W. Bush, 2001-2009] &#224; envahir ce m&#234;me pays en 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2021, les Etats-Unis ne sont plus aussi d&#233;pendants du p&#233;trole du Moyen-Orient, &#233;tant donn&#233; l'ampleur de l'exploitation par la technologie de fracturation des gisements nationaux de schiste et d'autres roches s&#233;dimentaires imbib&#233;es de p&#233;trole. Pourtant, le lien entre l'utilisation du p&#233;trole et les conflits g&#233;opolitiques n'a gu&#232;re disparu. La plupart des analystes pensent que le p&#233;trole continuera &#224; fournir une part importante de l'&#233;nergie mondiale dans les d&#233;cennies &#224; venir, ce qui ne manquera pas de susciter des luttes politiques et militaires pour les r&#233;serves restantes. Par exemple, des conflits ont d&#233;j&#224; &#233;clat&#233; au sujet de r&#233;serves offshore contest&#233;es dans les mers de Chine m&#233;ridionale et orientale. Certains analystes pr&#233;disent une lutte pour le contr&#244;le des gisements de p&#233;trole et de min&#233;raux inexploit&#233;s dans la r&#233;gion arctique &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5798 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_2-2.jpg?5798/94af14201bba965d32d441ca26bd6bd40b9fc866bf4a109ecd57ff3c2b65864a&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH348/94af14201bba965d-3ad9e5d5-155ec.jpg?1781914359' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici donc la question de l'heure : l'explosion du nombre de propri&#233;taires de voitures &#233;lectriques va-t-elle changer tout cela ? La part de march&#233; des VE augmente d&#233;j&#224; rapidement et devrait atteindre 15% des ventes mondiales d'ici 2030. Les grands constructeurs automobiles investissent massivement dans ces v&#233;hicules, anticipant une forte hausse de la demande. Il y avait environ 370 mod&#232;les de VE disponibles &#224; la vente dans le monde en 2020 &#8211; soit une augmentation de 40% par rapport &#224; 2019 &#8211; et les grands constructeurs automobiles ont r&#233;v&#233;l&#233; leur intention de mettre &#224; disposition 450 mod&#232;les suppl&#233;mentaires d'ici 2022. En outre, General Motors a annonc&#233; son intention de supprimer compl&#232;tement les v&#233;hicules &#224; essence et diesel conventionnels d'ici 2035, tandis que le PDG de Volvo a indiqu&#233; que l'entreprise ne vendrait que des VE d'ici 2030.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut raisonnablement penser que cette &#233;volution ne fera que s'acc&#233;l&#233;rer, avec de profondes cons&#233;quences sur le commerce mondial des ressources. Selon l'AIE, une voiture &#233;lectrique typique n&#233;cessite six fois plus d'intrants min&#233;raux qu'un v&#233;hicule classique fonctionnant au p&#233;trole. Il s'agit notamment du cuivre pour le c&#226;blage &#233;lectrique, ainsi que du cobalt, du graphite, du lithium et du nickel n&#233;cessaires pour garantir les performances, la long&#233;vit&#233; et la densit&#233; &#233;nerg&#233;tique (l'&#233;nergie produite par unit&#233; de poids) de la batterie. En outre, les &#233;l&#233;ments de terres rares seront essentiels pour les aimants permanents install&#233;s dans les moteurs des VE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lithium, composant principal des batteries lithium-ion utilis&#233;es dans la plupart des VE, est le m&#233;tal le plus l&#233;ger connu. Bien qu'il soit pr&#233;sent &#224; la fois dans les d&#233;p&#244;ts d'argile et dans les minerais composites, il est rarement pr&#233;sent en concentrations facilement exploitables, bien qu'il puisse &#233;galement &#234;tre extrait de la saumure dans des r&#233;gions comme le Salar de Uyuni en Bolivie, la plus grande &#233;tendue de sel du monde. &#192; l'heure actuelle, environ 58% du lithium mondial provient d'Australie, 20% du Chili, 11% de Chine, 6% d'Argentine et des pourcentages plus faibles d'ailleurs. Une entreprise am&#233;ricaine, Lithium Americas, est sur le point d'entreprendre l'extraction de quantit&#233;s importantes de lithium d'un gisement d'argile dans le nord du Nevada, mais elle se heurte &#224; la r&#233;sistance des &#233;leveurs locaux et des Am&#233;rindiens, qui craignent la contamination de leurs r&#233;serves d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cobalt est un autre composant cl&#233; des batteries lithium-ion. On le trouve rarement dans des gisements uniques et on l'obtient le plus souvent comme sous-produit de l'extraction du cuivre et du nickel. Aujourd'hui, il est presque enti&#232;rement produit gr&#226;ce &#224; l'extraction du cuivre dans la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC), pays marqu&#233; par les conflits et chaotique, principalement dans ce que l'on appelle la ceinture de cuivre de la province du Katanga, une r&#233;gion qui a autrefois cherch&#233; &#224; se d&#233;tacher du reste du pays et qui nourrit encore des vell&#233;it&#233;s s&#233;cessionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de terres rares englobent un groupe de 17 substances m&#233;talliques dispers&#233;es &#224; la surface de la Terre, mais rarement pr&#233;sentes en concentrations exploitables. Parmi elles, plusieurs sont essentielles pour les futures solutions &#233;nerg&#233;tiques vertes, notamment le dysprosium, le lanthane, le n&#233;odyme et le terbium. Lorsqu'ils sont utilis&#233;s en tant qu'alliages avec d'autres min&#233;raux, ils contribuent &#224; perp&#233;tuer la magn&#233;tisation des moteurs &#233;lectriques dans des conditions de haute temp&#233;rature, une exigence cl&#233; pour les v&#233;hicules &#233;lectriques et les &#233;oliennes. Actuellement, environ 70% des ETR (terres rares) proviennent de Chine, peut-&#234;tre 12% d'Australie et 8% des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un simple coup d'&#339;il &#224; la localisation de ces concentrations sugg&#232;re que la transition vers l'&#233;nergie verte envisag&#233;e par le pr&#233;sident Joe Biden et d'autres dirigeants mondiaux pourrait se heurter &#224; de graves probl&#232;mes g&#233;opolitiques, qui ne sont pas sans rappeler ceux g&#233;n&#233;r&#233;s dans le pass&#233; par la d&#233;pendance au p&#233;trole. Pour commencer, la nation la plus puissante militairement de la plan&#232;te, les &#201;tats-Unis, ne peut s'approvisionner qu'avec de minuscules pourcentages d'ETR, ainsi que d'autres min&#233;raux essentiels comme le nickel et le zinc n&#233;cessaires aux technologies vertes avanc&#233;es. Si l'Australie, un proche alli&#233;, restera sans aucun doute un fournisseur important de certains d'entre eux, la Chine, d&#233;j&#224; de plus en plus consid&#233;r&#233;e comme un adversaire, est cruciale en ce qui concerne les ETR. Le Congo, l'une des pays de la plan&#232;te les plus d&#233;vast&#233;s par les conflits, est le principal producteur de cobalt. N'imaginez donc pas une seconde que la transition vers un avenir fond&#233; sur les &#233;nergies renouvelables sera facile ou exempte de conflits.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le choc &#224; venir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la perspective d'un approvisionnement insuffisant ou difficile d'acc&#232;s de ces mat&#233;riaux critiques, les strat&#232;ges de l'&#233;nergie appellent d&#233;j&#224; &#224; des efforts importants pour d&#233;velopper de nouvelles sources d'approvisionnement dans le plus grand nombre d'endroits possibles. &#171; Aujourd'hui, les plans d'approvisionnement et d'investissement pour de nombreux min&#233;raux critiques sont bien loin de ce qui est n&#233;cessaire pour soutenir un d&#233;ploiement acc&#233;l&#233;r&#233; de panneaux solaires, d'&#233;oliennes et de v&#233;hicules &#233;lectriques &#187;, a d&#233;clar&#233; Fatih Birol, directeur ex&#233;cutif de l'Agence internationale de l'&#233;nergie. &#171; Ces risques sont r&#233;els, mais ils sont surmontables. La r&#233;ponse des d&#233;cideurs politiques et des entreprises d&#233;terminera si les min&#233;raux d&#233;cisifs restent un catalyseur essentiel pour les transitions &#233;nerg&#233;tiques propres ou deviennent un goulot d'&#233;tranglement dans le processus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, comme Fatih Birol et ses associ&#233;s de l'AIE ne l'ont que trop clairement indiqu&#233;, surmonter les obstacles &#224; l'augmentation de la production de min&#233;raux sera tout sauf facile. Pour commencer, le lancement de nouvelles entreprises mini&#232;res peut &#234;tre extraordinairement co&#251;teux et comporter de nombreux risques. Les entreprises mini&#232;res peuvent &#234;tre pr&#234;tes &#224; investir des milliards de dollars dans un pays comme l'Australie, o&#249; le cadre juridique est accueillant et o&#249; elles peuvent s'attendre &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;es contre les expropriations ou les guerres futures, mais de nombreuses sources de minerai prometteuses se trouvent dans des pays comme la RDC, le Myanmar, le P&#233;rou et la Russie, o&#249; ces conditions ne s'appliquent gu&#232;re. Par exemple, les &#171; troubles &#187; actuels au Myanmar, un important producteur de certains &#233;l&#233;ments de terres rares, ont d&#233;j&#224; suscit&#233; des inqui&#233;tudes quant &#224; leur disponibilit&#233; future et provoqu&#233; une hausse des prix.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_3-2.jpg?5799/9d90e02ecc5c4732bed9af116204f4f2852896abf74a5e4080df753d9c2c5fca&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH307/9d90e02ecc5c4732-ab4a9d86-0b972.jpg?1781914359' width='500' height='307' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La baisse de la qualit&#233; des minerais est &#233;galement un sujet de pr&#233;occupation. En ce qui concerne les sites miniers, cette plan&#232;te a fait l'objet de fouilles approfondies &#8211; parfois depuis le d&#233;but de l'&#226;ge de bronze &#8211; et bon nombre des meilleurs gisements ont &#233;t&#233; d&#233;couverts et exploit&#233;s depuis longtemps. &#171; Ces derni&#232;res ann&#233;es, la qualit&#233; des minerais a continu&#233; &#224; baisser pour toute une s&#233;rie de produits de base &#187;, note l'AIE dans son rapport sur les min&#233;raux cruciaux et les technologies vertes. &#171; Par exemple, la teneur moyenne du minerai de cuivre au Chili a diminu&#233; de 30% au cours des 15 derni&#232;res ann&#233;es. L'extraction du contenu m&#233;tallique de minerais &#224; plus faible teneur n&#233;cessite plus d'&#233;nergie, ce qui exerce une pression &#224; la hausse sur les co&#251;ts de production, les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et les volumes de d&#233;chets. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, l'extraction des min&#233;raux des formations rocheuses souterraines implique souvent l'utilisation d'acides et d'autres substances toxiques et n&#233;cessite g&#233;n&#233;ralement de grandes quantit&#233;s d'eau, qui sont contamin&#233;es apr&#232;s utilisation. Ce probl&#232;me s'est aggrav&#233; depuis la promulgation de la l&#233;gislation sur la protection de l'environnement et la mobilisation des communaut&#233;s locales. Dans de nombreuses r&#233;gions du monde, comme au Nevada pour le lithium, les nouveaux efforts d'extraction et de traitement du minerai vont se heurter &#224; une opposition locale de plus en plus farouche. Lorsque, par exemple, la soci&#233;t&#233; australienne Lynas Corporation a cherch&#233; &#224; se soustraire aux lois australiennes sur l'environnement en exp&#233;diant en Malaisie les minerais de sa mine de terres rares de Mount Weld pour qu'ils y soient trait&#233;s, les militants locaux ont organis&#233; une longue campagne pour l'en emp&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Washington, aucun probl&#232;me n'est peut-&#234;tre plus &#233;pineux, lorsqu'il s'agit de la disponibilit&#233; de mat&#233;riaux essentiels &#224; une &#171; r&#233;volution verte &#187;, que la d&#233;t&#233;rioration des relations de ce pays avec P&#233;kin. Apr&#232;s tout, la Chine fournit actuellement 70% des terres rares du monde et rec&#232;le d'importants gisements d'autres min&#233;raux essentiels. De plus, ce pays est responsable du raffinage et du traitement de nombreux mat&#233;riaux cl&#233;s extraits ailleurs. En fait, en ce qui concerne le traitement des min&#233;raux, les chiffres sont &#233;tonnants. La Chine ne produit peut-&#234;tre pas de grandes quantit&#233;s de cobalt ou de nickel, mais elle repr&#233;sente environ 65% du cobalt et 35% du nickel trait&#233;s dans le monde. Si la Chine produit 11% du lithium mondial, elle est responsable de pr&#232;s de 60% du lithium transform&#233;. Cependant, en ce qui concerne les &#233;l&#233;ments de terres rares, la Chine domine de mani&#232;re stup&#233;fiante. Elle fournit non seulement 60% des mati&#232;res premi&#232;res du monde, mais aussi pr&#232;s de 90% des ETR transform&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dire les choses simplement, il est impossible que les Etats-Unis ou d'autres pays puissent entreprendre une transition massive des combustibles fossiles vers une &#233;conomie bas&#233;e sur les &#233;nergies renouvelables sans s'engager &#233;conomiquement avec la Chine. Sans aucun doute, des efforts seront faits pour r&#233;duire le degr&#233; de cette d&#233;pendance, mais il n'y a aucune perspective r&#233;aliste, dans un avenir pr&#233;visible, d'&#233;liminer la d&#233;pendance de la Chine pour les terres rares, le lithium et d'autres mat&#233;riaux cl&#233;s. En d'autres termes, si les &#201;tats-Unis devaient passer d'une position l&#233;g&#232;rement semblable &#224; celle de la guerre froide &#224; l'&#233;gard de P&#233;kin &#224; une position encore plus hostile, et s'ils devaient s'engager dans de nouvelles tentatives de type trumpien pour &#171; d&#233;coupler &#187; leur &#233;conomie de celle de la R&#233;publique populaire, comme le pr&#233;conisent au Congr&#232;s de nombreux &#171; faucons &#187; face &#224; la Chine &#187;, il n'y a aucun doute : l'administration Biden devrait abandonner ses plans pour un avenir &#233;nerg&#233;tique vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible, bien s&#251;r, d'imaginer un avenir dans lequel les nations commencent &#224; se disputer les r&#233;serves mondiales de min&#233;raux essentiels, tout comme elles se sont autrefois disput&#233; le p&#233;trole. Dans le m&#234;me temps, il est parfaitement possible de concevoir un monde dans lequel des pays comme le n&#244;tre abandonnent tout simplement leurs plans pour un avenir &#233;nerg&#233;tique vert par manque de mati&#232;res premi&#232;res ad&#233;quates et reviennent aux guerres du p&#233;trole du pass&#233;. Mais avec une plan&#232;te d&#233;j&#224; en surchauffe, cela conduirait &#224; un destin civilisationnel pire que la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, Washington et P&#233;kin n'ont gu&#232;re d'autre choix que de collaborer entre eux et avec de nombreux autres pays pour acc&#233;l&#233;rer la transition vers l'&#233;nergie verte en cr&#233;ant de nouvelles mines et installations de traitement des min&#233;raux essentiels, en d&#233;veloppant des substituts pour les mat&#233;riaux en p&#233;nurie, en am&#233;liorant les techniques d'exploitation mini&#232;re pour r&#233;duire les risques environnementaux et en augmentant consid&#233;rablement le recyclage des min&#233;raux vitaux provenant des batteries et autres produits mis au rebut. Toute alternative est garantie de s'av&#233;rer un d&#233;sastre de premier ordre &#8211; ou plus. (Contribution diffus&#233;e par TomDispatch, le 21 mai 2021 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michael T. Klare enseigne aupr&#232;s du Hampshire Colledge (Massachusetts) et &#233;crit pour l'hebdomadaire The Nation sur les th&#232;mes relatifs &#171; &#224; la guerre et &#224; la paix &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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