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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Socialiser le travail du care, transformer l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2024-09-17T06:45:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tica Moreno</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-09-17</dc:subject>
		<dc:subject>Pays Basque</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lisez le r&#233;sum&#233; du s&#233;minaire &#171; Socialiser le travail du care : exp&#233;riences et luttes f&#233;ministes &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s des d&#233;cennies d'organisation, de mobilisation et de lutte, ayant r&#233;cemment travers&#233; la pand&#233;mie de covid-19, il est aujourd'hui possible d'affirmer que le travail du care est entr&#233; dans l'agenda public dans diff&#233;rentes parties du monde. Les horizons et perspectives mobilis&#233;.e.s autour de ce m&#234;me agenda sont divers &#8211; et m&#234;me antagonistes. Les exp&#233;riences de mouvement-pens&#233;e f&#233;ministe nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-09-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-09-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pays-Basque-+" rel="tag"&gt;Pays Basque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH79/sante-mentale-4-e3f88.jpg?1781494839' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lisez le r&#233;sum&#233; du s&#233;minaire &#171; &lt;i&gt;Socialiser le travail du care : exp&#233;riences et luttes f&#233;ministes &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s des d&#233;cennies d'organisation, de mobilisation et de lutte, ayant r&#233;cemment travers&#233; la pand&#233;mie de covid-19, il est aujourd'hui possible d'affirmer que le travail du care est entr&#233; dans l'agenda public dans diff&#233;rentes parties du monde. Les horizons et perspectives mobilis&#233;.e.s autour de ce m&#234;me agenda sont divers &#8211; et m&#234;me antagonistes. Les exp&#233;riences de mouvement-pens&#233;e f&#233;ministe nous aident &#224; comprendre les diff&#233;rends autour des soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est une synth&#232;se du s&#233;minaire &#171; &lt;i&gt;Socialiser le travail du care : exp&#233;riences et luttes f&#233;ministes &lt;/i&gt; &#187;, qui s'est tenu virtuellement le 4 juin 2024, avec la participation d'Amanda Verrone, du Syndicat LAB du Pays Basque, Cec&#237;lia Kitombe, d'Ondjango Feminista d'Angola, Dory Capera, de la Conf&#233;d&#233;ration Syndicale des Am&#233;riques, Magdalena Le&#243;n, du R&#233;seau latinoam&#233;ricain des femmes pour la transformation de l'&#233;conomie (Remte), d'&#201;quateur, et Yessica Restrepo, de la Confluencia de Mujeres, de Colombie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Points de d&#233;part &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective qui nous guide consid&#232;re le travail du care comme un vrai travail, une pratique et des relations qui fa&#231;onnent la durabilit&#233; de la vie. C'est une compr&#233;hension qui ne se limite pas aux soins directs d'une personne, mais qui implique l'ensemble des conditions de possibilit&#233; de vie, c'est-&#224;-dire les personnes, la nourriture, les semences et les biens communs, ainsi que les diff&#233;rentes formes de relation &#233;conomique qui vont au-del&#224; de ce qui est achet&#233; et vendu sur le march&#233;. Nous situons les soins dans des relations interd&#233;pendantes, affirmant l'autonomie et l'autod&#233;termination comme principes. Nous consid&#233;rons &#233;galement les soins comme faisant partie de l'&#233;cod&#233;pendance, allant au-del&#224; de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme partag&#233; par le R&#233;seau lationoam&#233;ricain des femmes pour la transformation de l'&#233;conomie (Remte), le travail du care est une exp&#233;rience &#233;conomique et int&#233;grale des femmes. C'est un travail f&#233;minis&#233; et racialis&#233; qui se d&#233;roule dans diff&#233;rents contextes, espaces et circonstances et qui est impr&#233;gn&#233; de contradictions. Bien qu'elle puisse mobiliser et cr&#233;er des principes &#233;thiques pour vivre ensemble (tels que la solidarit&#233; et la r&#233;ciprocit&#233;), la responsabilit&#233; des soins est immerg&#233;e dans des relations oppressives de genre, de race et de classe. Un d&#233;fi de d&#233;part est de r&#233;cup&#233;rer cette exp&#233;rience comme catalyseur de transformations structurelles dans les mani&#232;res de (re)produire la vie en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on appelle maintenant le travail du care a ses racines dans ce que le f&#233;minisme socialiste a &#233;labor&#233; pendant des d&#233;cennies en termes de reproduction et que l'&#233;conomie f&#233;ministe a syst&#233;matis&#233; dans le pari sur la durabilit&#233; de la vie. Cette perspective est &#233;galement li&#233;e &#224; l'&#233;largissement de la notion de conflit capital-travail &#224; la notion de conflit capital-vie, expliquant que la logique de l'accumulation du capital est incompatible avec la logique du soin et du maintien de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soin &#224; l'ordre du jour de la construction du mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe plusieurs strat&#233;gies et outils pour placer le travail du care au centre de l'agenda politique. En Angola, par exemple, Ondjango Feminista a organis&#233; une enqu&#234;te aupr&#232;s des femmes pour introduire ce th&#232;me dans la soci&#233;t&#233;. Sur les places, sur les march&#233;s et dans les &#233;coles, le groupe a parl&#233; aux femmes de la fa&#231;on dont elles utilisent leur temps. Avec un taux de f&#233;condit&#233; sup&#233;rieur &#224; la moyenne mondiale (5,3 en Angola ; 2,2 dans la moyenne mondiale), les femmes ont d&#233;clar&#233; que s'occuper de leurs enfants fait partie des responsabilit&#233;s qui les accablent le plus dans leur vie quotidienne. Elles ont conclu que m&#234;me sans politique de soins, il existe effectivement un syst&#232;me de soins soutenu par le travail non r&#233;mun&#233;r&#233; des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, le travail du care a &#233;t&#233; au centre des r&#233;ponses des femmes aux offensives n&#233;olib&#233;rales visant &#224; privatiser l'&#233;ducation publique et les services de sant&#233;, par exemple. La m&#233;moire et l'actualit&#233; de ces luttes sont la r&#233;f&#233;rence pour se m&#233;fier des propositions d'organisations telles que le Fonds mon&#233;taire international (FMI) autour des soins. Les pr&#233;l&#232;vements du FMI sur les politiques &#233;conomiques des pays endett&#233;s augmentent le co&#251;t de la vie et r&#233;duisent les investissements de l'&#201;tat dans les services publics, ce qui implique davantage de travail non r&#233;mun&#233;r&#233; pour les femmes. Le FMI consid&#232;re que la responsabilit&#233; accrue des femmes en mati&#232;re de soins constitue un obstacle &#224; leur participation au march&#233; du travail. Sans changer ses conditions, il encourage de fausses solutions bas&#233;es sur le secteur priv&#233; et la pr&#233;carit&#233;. Il s'agit d'une perspective d'inclusion des femmes dans ce syst&#232;me, sans transformer les structures d'oppression. Il ne convient donc pas &#224; la majorit&#233; des femmes de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes territorialis&#233;es pour le droit &#224; la garderie et aux espaces collectifs pour la nourriture sont &#224; la base des &#233;laborations autour du droit aux soins &#8211; qui implique &#224; la fois les droits de ceux qui sont soign&#233;s et de ceux qui soignent. Dans cette perspective, il existe un mouvement simultan&#233; de reconnaissance, de redistribution et de valorisation sociale et &#233;conomique du travail du care, comme le rapportent les camarades de la Conf&#233;d&#233;ration Syndicale des Am&#233;riques. &#192; ce titre, nous comprenons que le travail n'est pas seulement un travail r&#233;mun&#233;r&#233; &#8211; ce qui a &#233;t&#233; fondamental dans les luttes des personnes qui s'occupent des autres &#224; domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division sexuelle du travail, toujours articul&#233;e avec la division raciale du travail, constitue la base mat&#233;rielle de l'oppression des femmes. En plus de s&#233;parer le travail des hommes et des femmes, la production et la reproduction, cette division hi&#233;rarchise encore ces sph&#232;res. Qu'ils soient non r&#233;mun&#233;r&#233;s ou mal r&#233;mun&#233;r&#233;s, le travail domestique et de soins et les personnes qui le font &#8211; femmes, noires, immigr&#233;es &#8211; sont d&#233;valoris&#233;es. Lorsqu'ils sont pay&#233;s, ces travaux sont effectu&#233;es en conditions de pr&#233;carit&#233; et sans protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades du Syndicat LAB ont partag&#233; le chemin de la mobilisation d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour la socialisation du travail du care au Pays Basque en novembre 2023. Men&#233;e par le mouvement f&#233;ministe, il s'agissait d'une construction qui impliquait diff&#233;rents secteurs du syndicalisme, y compris les travailleurs de l'industrie et des t&#233;l&#233;communications. La gr&#232;ve a des ant&#233;c&#233;dents dans un processus de recomposition de la classe ouvri&#232;re dans le syndicat. Les soins ont ainsi &#233;t&#233; mis &#224; l'ordre du jour des luttes contre la privatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicalistes f&#233;ministes ont plac&#233; la lutte pour les conditions de vie et de travail des travailleuses domestiques et des soignantes au centre de leurs revendications, ainsi que la perspective de lutter pour le temps de soins pour l'ensemble de la classe ouvri&#232;re. Ces axes sont li&#233;s &#224; la lutte pour un syst&#232;me de soins public-communautaire. Cela s'est fait par l'auto-organisation des femmes dans un secr&#233;tariat f&#233;ministe, la consolidation d'une perspective antiraciste, la construction d'alliances et une combinaison d'outils de mobilisation et de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En organisant une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avec de telles revendications, il est devenu clair que toutes les travailleuses n'ont pas le droit de gr&#232;ve, car il y a des emplois qui ne peuvent tout simplement pas &#234;tre laiss&#233;s de c&#244;t&#233;, comme c'est le cas avec le travail du care. Ce processus a &#233;t&#233; historique pour le mouvement syndical et a reformul&#233;, dans la pratique, le concept classique de gr&#232;ve, car il &#233;largit la notion de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire d'avancer dans l'&#233;laboration de la r&#233;alit&#233; concr&#232;te du travail du care. Une grande partie de ce qui est compris sur le travail du care est comme un miroir du travail salari&#233;. Il y a eu des progr&#232;s dans les discussions sur la redistribution, les temps et les droits, mais on discute peu de la logique de ce travail. Cela ne peut &#234;tre d&#233;battu qu'en consid&#233;rant les exp&#233;riences des femmes, leurs r&#233;seaux, leurs relations et aussi les technologies. Cela s'articule n&#233;cessairement avec les conditions de travail et les possibilit&#233;s de socialisation, articulant les dimensions publique et communautaire. Un indice partag&#233; &#233;tait de retrouver les principes, les relations et la dynamique des soins qui sont au c&#339;ur de la durabilit&#233; de la vie &#8211; et donc de l'&#233;conomie &#8211; pour la transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des politiques publiques pour r&#233;organiser les soins et mettre la vie au centre &lt;br class='autobr' /&gt;
Diff&#233;rentes exp&#233;riences de construction de politiques nationales de travail du care sont en cours, notamment en Am&#233;rique latine, comme c'est le cas du Br&#233;sil. Certaines d'entre elles prennent la forme de syst&#232;mes nationaux de soins. Ces constructions sont plus susceptibles de contribuer &#224; transformer les fondements de l'in&#233;galit&#233; lorsqu'elles sont en phase avec les politiques redistributives des gouvernements en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades de la Confluence des femmes de Colombie ont partag&#233; leur exp&#233;rience actuelle. Dans le pays, l'&#201;tat a soutenu la cr&#233;ation d'un syst&#232;me de soins qui combine des politiques pour les femmes et des exp&#233;riences de politiques territorialis&#233;es. L'exemple principal est les Manzanas de Cuidado, des espaces publics de soins qui favorisent &#233;galement l'autonomie des femmes. Ils cr&#233;ent les possibilit&#233;s de collectiviser le travail et d'effectuer des t&#226;ches qui seraient r&#233;alis&#233;es dans les foyers, comme laver les v&#234;tements. Cela contribue &#224; ce que les femmes aient le temps de se reposer, de socialiser et d'avoir plus d'autonomie. Dans un territoire affect&#233; par de nombreuses ann&#233;es de conflits arm&#233;s et de forces paramilitaires et par l'avanc&#233;e des soci&#233;t&#233;s mini&#232;res transnationales, les femmes partagent cet engagement car elles comprennent que, &#224; la campagne et en ville, les soins communautaires sont un travail et une pratique de leadership f&#233;minin, ce qui implique des besoins en temps et en organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, il y a les syst&#232;mes de soins id&#233;aux et les syst&#232;mes de soins de facto, o&#249; il y a simultan&#233;ment surcharge et protagonisme des femmes. Prendre soin implique du temps de travail, l'organisation de r&#233;seaux de soins et la mobilisation de diverses ressources autour du soin de la vie en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la limite de survie de l'humanit&#233; et de la plan&#232;te, il est n&#233;cessaire de construire les conditions pour rompre avec la logique d'accumulation, transformer la reproduction mais aussi changer la production (qu'est-ce qui est produit, comment, pour quoi et pour qui ?) de la logique du soin et de la durabilit&#233; de la vie. C'est l&#224; que r&#233;side le pouvoir de transformer toute l'&#233;conomie de la logique et des temps de soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le webinaire a &#233;t&#233; organis&#233; par l'organisation f&#233;ministe SOF Sempreviva, la Marche mondiale des femmes du Br&#233;sil et Capire, avec le soutien du Minist&#232;re des femmes du Gouvernement f&#233;d&#233;ral du Br&#233;sil par le financement public n&#176;954083/2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit par Tica Moreno&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit du portugais par Andr&#233;ia Manfrin Alves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://capiremov.org/fr/analyse/socialiser-le-travail-du-care-transformer-leconomie/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://capiremov.org/fr/analyse/socialiser-le-travail-du-care-transformer-leconomie/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des &#171; femmes de r&#233;confort &#187; &#224; la prostitution sur les bases militaires</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-femmes-de-reconfort-a-la-prostitution-sur-les-bases-militaires</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Des-femmes-de-reconfort-a-la-prostitution-sur-les-bases-militaires</guid>
		<dc:date>2023-08-29T06:27:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Enriquez, Tica Moreno</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Philippines</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-08-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jean Enriquez analyse les continuit&#233;s historiques et les r&#233;sistances actuelles au capitalisme patriarcal en Asie de l'Est et du Sud-Est &lt;br class='autobr' /&gt;
Imp&#233;rialisme, exploitation sexuelle et bases militaires. La confrontation avec ces processus violents de domination capitaliste, patriarcale et raciste s'articule dans les luttes historiques et actuelles des femmes aux Philippines. Pour comprendre ces continuit&#233;s, Capire a interview&#233; Jean Enriquez, de la coordination de la Marche Mondiale des Femmes aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Philippines-+" rel="tag"&gt;Philippines&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/fem_phillipines-115e7.jpg?1781527807' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean Enriquez analyse les continuit&#233;s historiques et les r&#233;sistances actuelles au capitalisme patriarcal en Asie de l'Est et du Sud-Est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imp&#233;rialisme, exploitation sexuelle et bases militaires. La confrontation avec ces processus violents de domination capitaliste, patriarcale et raciste s'articule dans les luttes historiques et actuelles des femmes aux Philippines. Pour comprendre ces continuit&#233;s, Capire a interview&#233; Jean Enriquez, de la coordination de la Marche Mondiale des Femmes aux Philippines et de la Coalition Contre la Traite des Femmes &#8211; Asie-Pacifique (CATW-AP).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/07/23/des-femmes-de-reconfort-a-la-prostitution-sur-les-bases-militaires/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/07/23/des-femmes-de-reconfort-a-la-prostitution-sur-les-bases-militaires/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*-*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans les pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est, l'exploitation de milliers de femmes en tant que &#171; femmes de r&#233;confort &#187; a &#233;t&#233; l'une des marques les plus violentes de la guerre et des occupations japonaises. Nous aimerions en savoir plus sur votre point de vue sur cette histoire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des femmes dans des pays comme les Philippines, la Cor&#233;e du Sud, le Vietnam, la Chine et d'autres pays d'Asie de l'Est ont &#233;t&#233; victimes d'esclavage sexuel militaire, en particulier aux mains des forces imp&#233;riales japonaises et pendant la Seconde Guerre mondiale. Des filles &#8211; et parfois des gar&#231;ons &#8211; &#226;g&#233;es de 9 &#224; 16 ans ont &#233;t&#233; captur&#233;es par les militaires et utilis&#233;es comme &#171; femmes de r&#233;confort &#187;, comme ils les appelaient autrefois. Les militaires pensaient que les femmes devaient &#234;tre l&#224; pour les r&#233;conforter sexuellement. Dans un pass&#233; r&#233;cent, la m&#234;me pratique qui consid&#232;re les femmes comme l'objet de divertissements sexuels s'est produite chez les soldats &#233;tats-uniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais une jeune militante f&#233;ministe, j'ai interview&#233; certaines de ces femmes, qui &#233;taient d&#233;j&#224; grands-m&#232;res dans les ann&#233;es 1990. Certains avocats du Japon voulaient d&#233;fendre la cause des &#171; femmes de r&#233;confort philippines &#187;. Lorsque nous leur avons parl&#233;, nous avons vu qu'il &#233;tait difficile pour ces femmes, alors plus &#226;g&#233;es, de parler de leurs exp&#233;riences car, surtout &#224; cette &#233;poque, la stigmatisation des victimes &#233;tait forte. Elles ont &#233;t&#233; victimes de violences sexuelles, de viols, d'esclavage sexuel et aussi de prostitution, car parfois les militaires donnaient de l'argent ou faisaient des faveurs &#224; certaines d'entre elles en &#233;change de relations sexuelles. Dans un sens, c'&#233;tait aussi l'une des origines de la prostitution aux Philippines, bien que les premiers cas document&#233;s datent de l'&#233;poque de l'occupation espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, ces femmes n'ont re&#231;u aucune forme d'indemnisation pour les dommages qu'elles ont subis en tant que victimes de l'esclavage sexuel. Il n'y avait m&#234;me pas d'excuses admettant ce qui s'&#233;tait pass&#233;. La question est consid&#233;r&#233;e comme un sujet tr&#232;s sensible pour le gouvernement japonais, et nous organisons des actions chaque fois que le dirigeant des Philippines se rend au Japon. Nous voulons que cette question soit au centre de l'agenda du gouvernement. Le Japon a une dette historique envers notre pays et en particulier envers nos femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moignages bien document&#233;s de grands-m&#232;res courageuses en Cor&#233;e du Sud ont &#233;t&#233; publi&#233;s &#224; ce sujet, et le Japon &#233;vite le d&#233;bat. J'imagine que cela arrive aussi aux femmes en Chine, au Vietnam et dans d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment cette histoire d'esclavage sexuel est-elle li&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; actuelle de l'exploitation sexuelle et de la militarisation dans la r&#233;gion ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est li&#233; aux bases militaires &#233;tats-uniennes actuellement install&#233;es dans la r&#233;gion. Il y a une &#233;norme concentration de femmes victimes de la traite provenant de diff&#233;rentes r&#233;gions des Philippines pour r&#233;pondre &#224; la demande des soldats &#233;tats-uniens en mati&#232;re de divertissement sexuel. Nous avons de nombreux dossiers d'abus sexuels commis par des soldats et de traitement raciste des femmes philippines autour des bases militaires. Ces histoires sont profond&#233;ment racistes et tr&#232;s violentes. Un cas s'est produit pendant la dictature de Ferdinand Marcos soutenue par les &#201;tats-Unis, lors du d&#233;c&#232;s d'une tr&#232;s jeune fille prostitu&#233;e. Beaucoup de ces histoires sont violentes, et c'est la m&#234;me chose en Cor&#233;e du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous avons essay&#233; de faire adopter une loi aux Philippines pour punir les consommateurs de services de prostitution, dans le cadre de la l&#233;gislation contre la traite des &#234;tres humains, je me suis rendue en Cor&#233;e du Sud parce qu'il y a des membres tr&#232;s actives des groupes de femmes autour des bases militaires. J'ai d&#233;couvert qu'il y avait plus de 1 000 philippines autour de ces bases en Cor&#233;e du Sud. Ils recrutent des femmes dans l'ancien emplacement des bases militaires &#233;tats-uniennes aux Philippines, &#192; Angeles Pampanga, o&#249; se trouve la Clark Base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre comment l'industrie capitaliste du sexe est favoris&#233;e par l'assimilation de la culture de la marchandisation des femmes, ce qui rend tr&#232;s facile d'attirer et d'emmener les femmes dans d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pratiquement une mondialisation de la prostitution, qui n'est rien de plus que de la traite. Il y a un lien tr&#232;s fort entre les prox&#233;n&#232;tes et les trafiquants ici et la satisfaction de la demande des soldats &#233;tats-uniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Philippines, les femmes prostitu&#233;es autour des bases militaires viennent des zones rurales. Elles ont perdu leurs terres, elles n'ont pas assez de sources de revenus, donc il est clair que cela exploite &#233;galement la pauvret&#233; des femmes rurales, les filles d'agriculteurs et de p&#234;cheurs des zones rurales. C'est leur origine. Les soldats sont s&#251;rs de leur droit sur les femmes chaque fois qu'ils viennent ici. Mais il est important de dire qu'il y a encore un accord sur les forces visiteuses aux Philippines avec les &#201;tats-Unis, m&#234;me si nous avons expuls&#233; leurs bases militaires entre 1991 et 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourriez-vous parler de la lutte pour faire sortir les bases militaires &#233;tats-uniennes des Philippines ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vote a eu lieu en 1991. Nous avons fait pression sur le S&#233;nat philippin pour qu'il vote la suppression des bases militaires, et, en 1992, ils ont finalement quitt&#233; les Philippines. L'occupation &#233;tats-unienne a commenc&#233; apr&#232;s l'espagnole, en 1898. L&#224;, ils ont commenc&#233; &#224; construire les bases pendant la p&#233;riode de colonisation par les &#201;tats-Unis, de 1898 jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des Japonais. Ce fut une longue p&#233;riode de 90 ans, et ils se sont lentement install&#233;s dans diff&#233;rentes parties du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait des bases militaires &#233;tats-uniennes des Philippines a &#233;t&#233; un &#233;v&#233;nement historique, car c'est &#224; ce moment pr&#233;cis que nous avons renvers&#233; la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute de la dictature de Marcos en 1986, nous avons poursuivi la bataille pour expulser les bases militaires &#233;tats-uniennes. Mais le gouvernement lib&#233;ral de Cory Aquino a &#233;galement donn&#233; la pr&#233;f&#233;rence aux &#201;tats-Unis. Les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le vote du S&#233;nat ont &#233;t&#233; critiques. Nous avons march&#233; en signe de protestation de la r&#233;gion m&#233;tropolitaine de Manille aux bases militaires, exigeant leur retrait. Apr&#232;s tout, il &#233;tait important d'avoir des alli&#233;s au S&#233;nat pour obtenir la majorit&#233; des voix et pouvoir l&#233;galement dire que les soldats n'&#233;taient plus n&#233;cessaires aux Philippines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que les pr&#233;sidents suivants ont continu&#233; &#224; penser qu'ils avaient besoin des &#201;tats-Unis. Nous nous opposons &#224; ces nouveaux accords dits &#171; de forces visiteuses &#187;, qui pr&#233;voient essentiellement l'accostage de navires dans un plus grand nombre de r&#233;gions du pays. Ils ont choisi les plus beaux endroits du pays pour que les soldats se reposent, et nous savons que lorsqu'ils disent &#171; repos &#187;, ils veulent dire &#171; femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu appliquer une politique de tol&#233;rance z&#233;ro contre la pratique des soldats incitant les femmes &#224; se prostituer. Donc on ne les voit pas dans les bars. Mais les prox&#233;n&#232;tes les emm&#232;nent secr&#232;tement sur les bateaux. Nous le savons tr&#232;s bien d'apr&#232;s les r&#233;cits de survivantes de la prostitution, qui racontent que certaines femmes sont emmen&#233;es sur les bateaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, oui, il est possible d'expulser les bases militaires. Mais il est tr&#232;s complexe de voir comment, une fois de plus, l'imp&#233;rialisme se r&#233;invente avec seulement un accord par lequel ils ne sont pas physiquement visibles, alors qu'en fait, ils continuent d'exercer leur pouvoir en ayant acc&#232;s &#224; nos plages et &#224; d'autres environnements qui sont des sanctuaires de notre pays. Et aussi, influen&#231;ant nos politiques, l'Organisation internationale du commerce et d'autres institutions multilat&#233;rales dans lesquelles les &#201;tats-Unis sont dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maintenant, le fils de Marcos est le pr&#233;sident ; qu'est-ce que cela signifie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s dur pour nous, militantes, dont les proches sont morts dans la bataille contre la dictature. Nous avons organis&#233; des forums, diverses campagnes d'information en ligne pour expliquer aux gens comment la torture &#233;tait &#233;troitement li&#233;e au syst&#232;me. Certaines des personnes &#226;g&#233;es parmi nous ont racont&#233; les tortures qu'elles ont subies pendant la dictature de Marcos. Mais le monde num&#233;rique a &#233;t&#233; tr&#232;s puissant pour propager l'id&#233;e que le jeune Marcos &#233;tait diff&#233;rent de l'ancien. Ils ont continuellement produit des vid&#233;os absurdes sur TikTok sur la famille du jeune Marcos pour montrer qu'il &#233;tait accessible, quelqu'un &#224; qui il &#233;tait facile de parler, tout ce qui pouvait l'humaniser. Nous ne pouvions pas rivaliser avec sa campagne m&#233;diatique num&#233;rique. Nous savons &#233;galement qu'ils ont d&#233;pens&#233; beaucoup d'argent pour se connecter avec Cambridge Analytica. Nous avons perdu cette bataille, et le sentiment est terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que notre discussion r&#233;gionale de la MMF en Asie de l'Est et du Sud-Est et en Oc&#233;anie a mis en garde contre la situation dangereuse &#224; laquelle nous sommes confront&#233;es. En Indon&#233;sie et ailleurs, les dirigeants semblent toujours &#234;tre populaires. Ils n'utilisent pas n&#233;cessairement la force, mais ils l&#233;gitiment l'oppression en adoptant des lois, en particulier des lois &#233;conomiques, qui donnent &#224; leurs familles un meilleur acc&#232;s &#224; la terre et qui les enrichissent de diverses mani&#232;res. En plus d'&#234;tre pr&#233;sident, Marcos est &#233;galement Secr&#233;taire du D&#233;partement de la R&#233;forme agraire. Il est tr&#232;s clair que sa famille et son &#233;lite s'int&#233;ressent aux terres arables et aux plantations de nos agriculteurs. C'est un int&#233;r&#234;t &#233;conomique tr&#232;s direct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur les violations des droits humains, nous devons &#233;galement retracer leur relation avec l'accaparement des terres et les implications de ces politiques pour les agriculteurs et agricultrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs et agricultrices meurent d&#233;j&#224; &#224; cause de l'accaparement des terres. C'est pourquoi la Marche Mondiale des Femmes aux Philippines se concentre sur les probl&#232;mes des femmes rurales, car leurs voix dans les provinces et les r&#233;gions rurales ne sont pas entendues dans la r&#233;gion m&#233;tropolitaine de Manille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview r&#233;alis&#233;e par Tica Moreno&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit du portugais par Andr&#233;ia Manfrin Alves&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dition par Bianca Pessoa et Tica Moreno&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://capiremov.org/fr/entrevue/des-femmes-de-reconfort-a-la-prostitution-sur-les-bases-militaires/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://capiremov.org/fr/entrevue/des-femmes-de-reconfort-a-la-prostitution-sur-les-bases-militaires/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour mettre fin &#224; la violence envers les femmes : champ d'action de la Marche Mondiale des Femmes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pour-mettre-fin-a-la-violence-envers-les-femmes-champ-d-action-de-la-Marche</link>
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		<dc:date>2022-11-29T07:00:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marche mondiale des femmes, Tica Moreno</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-11-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des militantes f&#233;ministes d'Europe, d'Asie et des Am&#233;riques commentent les d&#233;fis actuels de la lutte contre la violence. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'occasion de la Journ&#233;e internationale pour l'&#233;limination de la violence envers les femmes, le 25 novembre, nous reprenons l'&#233;laboration politique de la Marche Mondiale des Femmes sur ce combat. Le champ d'action sur les violences faites aux femmes a &#233;t&#233; construit collectivement en vue de la 3&#232;me Action Internationale du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-11-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-11-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton55055-ba01c.png?1781527807' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des militantes f&#233;ministes d'Europe, d'Asie et des Am&#233;riques commentent les d&#233;fis actuels de la lutte contre la violence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/11/26/journee-internationale-de-lutte-pour-lelimination-des-violences-masculines-a-legard-des-femmes-et-autres-textes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la Journ&#233;e internationale pour l'&#233;limination de la violence envers les femmes, le 25 novembre, nous reprenons l'&#233;laboration politique de la Marche Mondiale des Femmes sur ce combat. Le champ d'action sur les violences faites aux femmes a &#233;t&#233; construit collectivement en vue de la 3&#232;me Action Internationale du mouvement en 2010, aux c&#244;t&#233;s de trois autres champs d'action : paix et d&#233;militarisation, biens communs et services publics, travail et autonomie &#233;conomique. Les champs d'action expriment la synth&#232;se politique de cette p&#233;riode, et ont servi depuis lors de lignes directrices pour l'action politique de la Marche Mondiale des Femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douze ans plus tard, les fondements de ce document restent en place. Capire s'est entretenu avec des membres du Comit&#233; international de la Marche Mondiale des Femmes sur les d&#233;fis que repr&#233;sente l'actualisation des strat&#233;gies de lutte contre la violence envers les femmes dans la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#233;l&#233;ments de continuit&#233; dans le champ d'action, il y a le point de vue politique selon lequel la strat&#233;gie f&#233;ministe contre la violence devrait se concentrer sur la lutte contre ses causes, et pas seulement sur la r&#233;paration de ses effets. Pour Nalu Faria, repr&#233;sentante des Am&#233;riques au Comit&#233; international, &#171; combattre la violence, c'est affronter le syst&#232;me patriarcal dans son imbrication avec le capitalisme, le racisme, le colonialisme et la LGBTphobie &#187;. Le document souligne que la violence affecte toutes les femmes en tant que groupe social, mais qu'elle est tr&#232;s li&#233;e aux contextes sp&#233;cifiques, qu'elle se recoupe avec les diff&#233;rentes oppressions auxquelles les femmes sont confront&#233;es en raison de leur classe, de leur race et de leur sexualit&#233;. Nalu souligne l'importance de comprendre les d&#233;fis de la lutte contre la violence dans le contexte de l'aggravation du conflit capital-vie. La violence, le racisme et la militarisation ont &#233;t&#233; des instruments pour &#233;tendre le contr&#244;le sur les corps, le travail et les territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien entre la violence, la militarisation et l'avanc&#233;e du capital est un d&#233;fi soulign&#233; par Luciana Alfaro et Marianna Fernandes, repr&#233;sentantes de l'Europe. Les militantes mettent en &#233;vidence la violence des fronti&#232;res militaris&#233;es et d&#233;noncent la pr&#233;carit&#233; &#224; laquelle sont soumises les femmes migrantes tout en assurant une partie de la reproduction sociale en Europe. Les flux d'accumulation du capital transnational sont li&#233;s &#224; la violation des droits et &#224; la d&#233;possession dans les pays du Sud : &#171; &lt;i&gt;en tant que f&#233;ministes vivant dans cette r&#233;gion, il nous appartient &#233;galement de d&#233;noncer le pouvoir corporatif des entreprises transnationales &#224; capitaux europ&#233;ens, qui op&#232;rent en toute impunit&#233; dans les territoires du Sud&lt;/i&gt; &#187;. Luciana et Marianna soulignent &#233;galement le besoin de &#171; &lt;i&gt; reconnaissance de solidarit&#233; f&#233;ministe avec les compagnes qui, pour avoir d&#233;nonc&#233; et r&#233;sist&#233;, sont criminalis&#233;es, menac&#233;es et viol&#233;es par les &#201;tats et par le pouvoir des soci&#233;t&#233;s transnationales.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence envers les femmes est utilis&#233;e comme une arme de guerre. Bushra Khaliq, repr&#233;sentante de l'Asie et de l'Oc&#233;anie, souligne que les femmes sont confront&#233;es &#224; des situations brutales en raison des interventions militaires des &#201;tats-Unis et de l'OTAN. En 2010, le champ d'action a remis en question l'instrumentalisation de la d&#233;fense des droits des femmes, utilis&#233;e comme &#171; justification &#187; pour l&#233;gitimer les strat&#233;gies imp&#233;rialistes d'occupations, de guerres et de sanctions. Le document mentionnait explicitement l'Afghanistan ; aujourd'hui, plus de dix ans apr&#232;s l'occupation du pays par les &#201;tats-Unis et un an apr&#232;s leur retrait qui a ramen&#233; les talibans au pouvoir, les femmes afghanes sont confront&#233;es &#224; des restrictions dans toutes les dimensions de leur vie. &#171; &lt;i&gt; Nous devons garder l'Afghanistan dans nos esprits, nos c&#339;urs et nos voix. Nous ne pouvons accepter ce type de restrictions &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revisiter le champ d'action de la Marche Mondiale des Femmes sur la violence nous permet d'&#233;valuer les r&#233;alisations et les enjeux de cette lutte. L'une des marques du temps sur le document est la n&#233;cessit&#233; d'expliquer le terme &#171; f&#233;minicide &#187;, dans une note de bas de page qui le d&#233;finit comme &#171; &lt;i&gt;g&#233;nocide misogyne et exceptionnellement brutal des femmes, souvent accompagn&#233; de violences sexuelles extr&#234;mes et d'impunit&#233; pour leurs agresseurs&lt;/i&gt; &#187;. La lutte des femmes a d&#233;j&#224; fait prendre conscience au monde de la signification politique de ce terme, et de la brutalit&#233; de sa r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de la marchandisation du corps et du contr&#244;le de la sexualit&#233; fait partie int&#233;grante de la lutte contre la violence patriarcale dans le n&#233;olib&#233;ralisme. Une autre marque du temps est la n&#233;cessit&#233; de d&#233;noncer les dynamiques de violence contenue dans le mod&#232;le capitaliste et h&#233;t&#233;ropatriarcal d'organisation de la Coupe du Monde de football masculin de la FIFA. En 2010, l'&#233;v&#233;nement a eu lieu en Afrique du Sud et les f&#233;ministes ont d&#233;nonc&#233; l'augmentation de la traite des femmes et de l'exploitation sexuelle. En 2022, la Coupe du monde a lieu au Qatar, et il y a des plaintes pour violence, violation des droits des femmes et de la population LGBT+, et d'exploitation des travailleurs migrants dans le pays. Pour Bushra, &#171; les personnes transgenres et LGBT+ sont menac&#233;es, leurs vies, leurs espaces et leurs voix sont menac&#233;s &#187;. Et cette r&#233;alit&#233; va bien au-del&#224; du Qatar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision politique de la Marche Mondiale des Femmes sur la lutte contre la violence met en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de contester les politiques publiques et la justice, en ayant comme horizon la transformation mondiale du mod&#232;le, en s'attaquant aux causes de la pauvret&#233; et de la violence. Pour cette raison, son pari strat&#233;gique est de renforcer l'auto-organisation et la solidarit&#233; entre les femmes, ainsi que de renforcer les alliances pour int&#233;grer la confrontation de la violence dans l'agenda des mouvements mixtes, tout comme le fait Via Campesina. Pour Bushra, le f&#233;minisme d'aujourd'hui apporte beaucoup d'espoir &#171; parce qu'il y a une r&#233;sistance et une mobilisation, y compris face &#224; la r&#233;pression. Nous marchons pour notre libert&#233;, et nous continuerons notre combat jusqu'&#224; ce que nous soyons toutes libres &#187;. Lisez ci-dessous le texte du champ d'action de la Marche Mondiale des Femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*-*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Violence envers les femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
Champ d'action Marche Mondiale des Femmes &#8211; 2010&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence envers les femmes est structurelle. Il s'agit d'une caract&#233;ristique inh&#233;rente au syst&#232;me patriarcal et capitaliste dont les hommes, les groupes d'hommes, les institutions patriarcales et les Etats se servent pour contr&#244;ler la vie, le corps et la sexualit&#233; des femmes. Bien que la violence touche les femmes en tant que groupe social, il faut comprendre ses diff&#233;rentes formes, l'&#233;poque o&#249; elle a lieu et les raisons qui l'engendrent car chacune des violences commises est ins&#233;r&#233;e dans un contexte diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte particulier, quels sont m&#233;canismes qui occasionnent la violence dirig&#233;e &#224; l'encontre des femmes &#224; cause de leur propre sexe ? Selon les id&#233;es re&#231;ues, la violence survient dans des situations extr&#234;mes et localis&#233;es et elle ne concerne que des individus. Or, elle nous touche toutes, puisque nous avons toutes d&#233;j&#224; eu peur, chang&#233; notre comportement ou limit&#233; nos choix sous la menace de la violence. Les id&#233;es re&#231;ues font aussi croire que la violence envers les femmes est un probl&#232;me sp&#233;cifique des classes populaires et des cultures &#171; barbares &#187;. Cependant, nous savons que la violence envers les femmes est transversale et qu'on la retrouve dans toutes les couches sociales quelles que soient la culture, la religion et la situation g&#233;opolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que plus fr&#233;quente dans la sph&#232;re priv&#233;e &#8211; sous forme de violence domestique, que ce soit sexuelle, physique, psychologique ou abus sexuel &#8211; la violence contre les femmes et les fillettes est &#233;galement pr&#233;sente dans la sph&#232;re sociale entre autres sous forme de f&#233;minicide, harc&#232;lement sexuel ou physique au travail, diff&#233;rentes formes de viol, marchandisation du corps des femmes, trafic de femmes et de fillettes, prostitution, pornographie, esclavage, st&#233;rilisation forc&#233;e, lesbophobie, n&#233;gation de l'avortement s&#251;r, des options reproductives et de l'autod&#233;termination, etc. Le silence, la discrimination, l'impunit&#233;, la d&#233;pendance des femmes vis-&#224;-vis des hommes et les justifications th&#233;oriques et psychologiques font en sorte que la violence envers les femmes devienne tol&#233;rable et s'aggrave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a recours &#224; la violence, &#224; la menace ou &#224; la peur de la violence pour exclure les femmes de l'espace public. Les femmes payent de leur vie le fait de travailler en dehors de la maison au lieu de rester chez elles comme le dicte la culture patriarcale, le fait d'aller &#224; l'&#233;cole ou &#224; l'universit&#233;, d'&#171; oser &#187; vivre leur sexualit&#233; ouvertement ou de se prostituer par manque d'options. Dans un contexte de criminalisation des mouvements sociaux, la r&#233;pression contre les femmes revendicatrices prend tr&#232;s souvent la forme d'une violence sexuelle. De plus, la discrimination contre les femmes est aggrav&#233;e par la superposition avec d&#180;autres formes de discrimination telles que celles dues &#224; la couleur de leur peau, leur langue, race, ethnie, classe (et situation financi&#232;re), religion, sexualit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence contre les femmes est enracin&#233;e dans le syst&#232;me patriarcal et le capitalisme qui imposent un besoin de contr&#244;le, d'appropriation et d'exploitation du corps de la femme. Le patriarcat se fonde sur deux principes : la notion selon laquelle les femmes sont la propri&#233;t&#233; des hommes (c&#180;est &#224; dire, les femmes seraient au service des hommes et ne devraient jamais leur dire non) et la s&#233;paration des femmes en deux cat&#233;gories : les &#171; saintes &#187; et les &#171; putes &#187;. Dans ce syst&#232;me, celles qui ne se conforment pas au r&#244;le de &#171; saintes &#187;, bonnes m&#232;res et &#233;pouses sont punies et subissent des violences. Par exemple, des hommes se justifient souvent d'avoir agress&#233; leur &#233;pouse verbalement ou physiquement parce que le repas n'&#233;tait pas pr&#234;t ou parce que les v&#234;tements qu'ils voulaient porter n'avaient pas &#233;t&#233; lav&#233;s. On exerce aussi des violences sur les femmes consid&#233;r&#233;es &#171; putes &#187; pour les punir et, dans ce cas, les agresseurs et la soci&#233;t&#233; justifient l'agression en all&#233;guant soit que la femme marchait seule la nuit, soit qu'elle est lesbienne et qu'on doit lui apprendre &#224; &#234;tre h&#233;t&#233;rosexuelle ou encore que sa tenue &#233;tait ind&#233;cente..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'&#233;l&#233;ment de la culture patriarcale, la masculinit&#233; est associ&#233;e &#224; l'agressivit&#233; et on apprend aux jeunes hommes qu'&#234;tre violents (et ne pas montrer ses &#233;motions) c'est &#234;tre &#171; v&#233;ritablement un homme &#187; ; on les pousse, dans certains cas, &#224; s'unir &#224; des gangs sexistes ou racistes. De nouvelles formes de violence &#224; l'&#233;gard des jeunes femmes, comme l'harc&#232;lement sexuel des &#233;coli&#232;res et des &#233;tudiantes, et des violences de groupes dans les &#233;coles voient le jour et s'amplifient instaurant des relations et des divisions de r&#244;les sexistes entre filles et gar&#231;ons. Ces st&#233;r&#233;otypes d&#233;vastateurs ne sont pas remis en question publiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion impos&#233;e par le patriarcat selon laquelle les femmes sont la propri&#233;t&#233; des hommes a aussi un aspect &#233;conomique qui s'exprime par l'union du patriarcat et du capitalisme et qui impose une division sexuelle du travail en d&#233;terminant les r&#244;les &#171; naturels &#187; des femmes et des hommes. Ainsi, les femmes sont consid&#233;r&#233;es une main-d'&#339;uvre tr&#232;s bon-march&#233;e, toujours disponibles pour s'occuper des autres et ex&#233;cuter le travail que cela engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous assistons donc &#224; deux niveaux de domination de la femme par le syst&#232;me patriarcal et capitaliste : d'une part, l'exploitation du travail de la femme et d'autre part, la violence qu&#180;elle subit et qui vise &#224; maintenir la domination de l'homme. Par cons&#233;quent, nous ne pouvons pas parler d'&#233;limination de la violence envers les femmes sans demander l'&#233;radication des syst&#232;mes patriarcaux, capitalistes et colonialistes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence envers les femmes et la misogynie s&#180;intensifient tandis que les acteurs et les politiques de la globalisation n&#233;olib&#233;rale renforcent leur prise sur l'&#233;conomie. Le f&#233;minicide s'accro&#238;t lorsqu'on favorise et signe des accords de libre-&#233;change dans les Am&#233;riques (comme le ALENA &#8211; Accord de libre-&#233;change nord-am&#233;ricain &#8211; par le biais duquel les locaux de travail, comme les usines, profitent de la flexibilit&#233; des lois du travail et de l'environnement) : de nombreuses femmes mexicaines sont assassin&#233;es, par exemple, quand elles franchissent la fronti&#232;re des Etats-Unis et dans la ville frontali&#232;re de Ciudad Ju&#225;rez. L'attaque aux droits reproductifs et aux services de sant&#233; augmente alors que les services sociaux sont privatis&#233;s ou supprim&#233;s du budget. Etant donn&#233; la globalisation de l'industrie sexuelle, on trafique de plus en plus de femmes plus jeunes. Les femmes sont viol&#233;es au cours des guerres d&#233;clar&#233;es au nom de la &#171; propagation de la libert&#233; &#187; et des invasions r&#233;alis&#233;es par les puissances &#233;trang&#232;res (comme l'invasion am&#233;ricaine en Afghanistan) &#171; se justifient &#187; au nom de la d&#233;fense des droits des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pouvons-nous lutter contre la violence envers les femmes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans de nombreux pays, il existe d&#233;j&#224; des lois et des conventions internationales telles que la Convention sur l'&#233;limination de toutes les formes de discriminations &#224; l'&#233;gard des femmes (CEDAW) qui ont pour but de &#171; prot&#233;ger &#187; celles-ci. Cependant, elles sont insuffisantes car, dans la plupart des cas, elles ne sont m&#234;me pas appliqu&#233;es. De plus, ces lois et conventions traitent la violence &#224; l'&#233;gard des femmes comme si c'&#233;tait un probl&#232;me &#224; nous, un probl&#232;me que nous devrions g&#233;rer tandis que, comme nous l'avons vu auparavant, c'est le r&#244;le des hommes dans la violence qui doit &#234;tre remis en question et le fait que la violence est structurelle qui doit &#234;tre d&#233;nonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que les mesures punitives sont n&#233;cessaires mais insuffisantes pour &#233;liminer la violence ; dans les pays o&#249; elles existent, les femmes n'appartenant pas &#224; la classe moyenne, urbaine et blanche y ont difficilement acc&#232;s. Il faut exiger la responsabilisation des Etats, revendiquer des politiques publiques pour les femmes qui ont surv&#233;cues aux violences, pour les femmes et enfants trafiqu&#233;s, les groupes minoritaires (femmes de couleur, d'une religion sp&#233;cifique, etc.), les femmes rurales, les migrants et les autochtones. Nous avons besoin de mesures pour enrayer et punir les actes de violence avant m&#234;me que ceux-ci ne soient r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons aussi d&#233;battre le r&#244;le des gouvernements et des Etats. Aujourd'hui, l'Etat est &#224; la fois protecteur et oppresseur, &#224; la fois porteur d'int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux et d&#233;fenseur des privil&#232;ges, mais aussi patriarcal et violent envers les femmes, les peuples autochtones, les migrants, les personnes color&#233;es. D&#180;une part, la police fait respecter de nombreuses politiques que nous avons revendiqu&#233;es, d&#180;autre part elle ex&#233;cute la violence envers les femmes, r&#233;prime les mouvements sociaux et n'est pas impartiale en termes de questions sociales et raciales. Nous reconnaissons les contradictions inh&#233;rentes &#224; ce contexte dans la mesure o&#249; beaucoup de femmes ne peuvent compter que sur l'Etat, qui repr&#233;sente le pouvoir ext&#233;rieur et sup&#233;rieur, pour se d&#233;fendre contre la violence au sein de leur communaut&#233; et famille. L'Etat que nous r&#233;clamons est un Etat qui promeut les libert&#233;s et droits pour tous et toutes, qui intervienne dans l'&#233;conomie et qui soit structur&#233; et ait des formes diversifi&#233;es de d&#233;mocratie participative et un contr&#244;le citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes continuent de r&#233;sister individuellement et collectivement. Toutes les fois qu'une femme agit de fa&#231;on &#224; d&#233;noncer la violence envers elle-m&#234;me ou envers les femmes de sa communaut&#233;, elle casse le paradigme dominant. Nous devons soutenir sa r&#233;sistance, condamner et d&#233;noncer les hommes qui commettent des violences &#224; l'&#233;gard des femmes. Nous devons aussi confronter publiquement les hommes et la soci&#233;t&#233; sur la violence envers les femmes, d&#233;noncer la complicit&#233; entre les hommes, les Etats et les institutions telles que les forces arm&#233;es et les religions. Il faut mobiliser la soci&#233;t&#233; civile, penser strat&#233;giquement et promouvoir des actions radicales afin de pr&#233;venir et d&#233;noncer le violence masculine envers les femmes. Dans ce proc&#232;s, les femmes du secteur non lucratif &#8211; qui proposent des services essentiels pour donner du pouvoir et de l'attention aux femmes &#8211; et les mouvements locaux forts &#8211; ayant comme protagonistes les femmes des communaut&#233;s &#8211; jouent un r&#244;le d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, membres de la Marche mondiale des femmes, voulons nous engager dans des d&#233;bats et actions politiques d'envergure qui promeuvent des changements dans nos cultures patriarcales et devancent la violence afin d&#180;&#234;tre v&#233;ritablement pr&#233;ventifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Nous connaissons d&#233;j&#224; l'&#233;tendue et l'intensit&#233; de la violence ; par cons&#233;quent, il ne faut pas attendre encore une d&#233;nonciation, mais placer ce th&#232;me &#224; l'ordre du jour au sein des groupes de femmes, organisations mixtes, radios communautaires, ainsi que dans les journaux et les autres moyens de communication des diff&#233;rents mouvements. C'est la raison pour laquelle nous sommes d'avis que le mouvement f&#233;ministe doit &#233;laborer une auto-organisation de femmes, forte et d'envergure, pour lutter pour notre autonomie (&#233;conomique, sexuelle, reproductive, personnelle, etc.) et autod&#233;termination. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes de femmes se consolident lors des r&#233;unions, conversations, d&#233;bats, manifestations et cours d'autod&#233;fense. L'objectif n'est pas de reconnaitre la violence sexiste comme &#233;tant un probl&#232;me propre &#224; certaines femmes, mais de nous fortifier toutes, en apprenant et r&#233;apprenant &#224; r&#233;sister, &#224; construire et reconstruire nos vies, sans violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons que le fait que des mouvements mixtes &#8211; urbains et ruraux &#8211; se disposent &#224; braver la violence envers les femmes est un pas important dans la lutte en question. Ainsi, nous d&#233;clarons notre solidarit&#233; &#224; la &#171; Campagne Mondiale pour en finir avec les violences envers les femmes &#187; de la Via Campesina qui a &#233;t&#233; lanc&#233;e lors de sa cinqui&#232;me conf&#233;rence internationale qui s'est tenue au Mozambique, en octobre 2008. Nous reconnaissons l'importance du fait que non seulement les femmes mais aussi les hommes s'engagent &#224; responsabiliser les hommes pour la violence &#224; l'&#233;gard des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour faire face &#224; la violence envers les femmes, nous demandons :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'adoption de mesures d&#233;montrant l'engagement des diff&#233;rents acteurs &#224; reconna&#238;tre les femmes comme des individus et des citoyens de plein droit, d&#232;s l'enfance. Par exemple : l'utilisation d'un langage inclusif dans le mat&#233;riel didactique, la promotion de l'&#233;ducation non-sexiste rompant avec la division sexuelle et hi&#233;rarchique des r&#244;les entre gar&#231;ons et filles, des campagnes de sensibilisation populaire et la garantie des espaces de participation politique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le soutien financier des mouvements et groupes de femmes sans buts lucratifs qui appuient celles qui se remettent de discriminations, abus et violences ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Que les mass media, en tant que porte-paroles du syst&#232;me patriarcal et capitaliste, soient tenus responsables de la mauvaise repr&#233;sentation, appropriation et abus du corps f&#233;minin ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La pr&#233;vention de la violence envers les femmes et les fillettes par le biais d'activit&#233;s de sensibilisation qui expliquent comment la violence a lieu, quelles en sont les causes et comment elle se manifeste, et &#233;galement &#224; travers l'encouragement de l'auto-organisation des femmes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La condamnation de l'utilisation syst&#233;matique du corps des femmes comme butin de guerre lors des conflits arm&#233;s ainsi que du rejet de leur famille et communaut&#233; qui les consid&#232;rent coupables de la violence qu'elles ont subie et auquel elles doivent faire face (elles et leurs enfants, fruits des viols) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La punition des auteurs des violences exerc&#233;es envers les femmes &#8211; que ce soit dans la sph&#232;re priv&#233;e ou publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et nous r&#233;affirmons notre engagement &#224; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; D&#233;noncer les diverses expressions de violence patriarcale dans les diff&#233;rents pays telles qu&#180;entre autres le f&#233;minicide, les mutilations g&#233;nitales, le l&#233;virat &#8211; sororat, les crimes d'honneur, le tourisme sexuel, le trafic des femmes et des enfants, la st&#233;rilisation forc&#233;e, et les situations de violence que les femmes engag&#233;es et actives dans les luttes, les femmes incarc&#233;r&#233;es, les lesbiennes et les femmes handicap&#233;es ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Travailler pour transf&#233;rer vers les hommes auteurs de violences la stigmatisation qui retombe actuellement sur les femmes victimes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; D&#233;noncer la marchandisation du corps des femmes et poursuivre le d&#233;bat sur la prostitution, en particulier lors de la Coupe du monde 2010 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Donner de la visibilit&#233; &#224; toutes les formes de r&#233;sistance des femmes contre la violence des hommes, surtout au niveau collectif, de mani&#232;re &#224; rompre la culture du silence qui entoure cette violence au sein de nos communaut&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Combattre la violence par des actions de sensibilisation aupr&#232;s des mouvements sociaux alli&#233;s ainsi que par des campagnes d'&#233;ducation populaire favorisant la prise de conscience f&#233;ministe ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Mettre en &#233;vidence les liens existant entre les politiques patriarcales qui entretiennent la violence envers les femmes (telles que l'impunit&#233; des agresseurs, le refus de l'autod&#233;termination reproductive, la criminalisation des femmes activistes, l'interdiction de l'avortement, etc.) et les acteurs et politiques n&#233;olib&#233;rales. Il faut, par exemple, mettre en lumi&#232;re le rapport existant entre le f&#233;minicide et les accords de libre-&#233;change ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Travailler avec des mouvements sociaux mixtes (auxquels femmes et hommes participent) ayant comme principe directeur la construction d'un contexte dans lequel la violence envers les femmes ne soit pas acceptable et l&#180;&#233;tablissement d'espaces sans violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction de Tica Moreno&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dition de Helena Zelic&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://capiremov.org/fr/analyse/pour-mettre-fin-a-la-violence-envers-les-femmes-champ-daction-de-la-marche-mondiale-des-femmes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://capiremov.org/fr/analyse/pour-mettre-fin-a-la-violence-envers-les-femmes-champ-daction-de-la-marche-mondiale-des-femmes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les femmes pour l'annulation des dettes : &#171; {Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits } &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-femmes-pour-l-annulation-des-dettes-Nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-femmes-pour-l-annulation-des-dettes-Nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits</guid>
		<dc:date>2022-11-15T07:01:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Bruneau, Christine Vanden Daelen , Tica Moreno</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-11-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les lectures f&#233;ministes de l'&#233;conomie placent la durabilit&#233; de la vie comme point de d&#233;part des analyses. Cela permet d'inverser les priorit&#233;s, d'&#233;laborer de nouvelles questions et de cr&#233;er des propositions d'alternatives. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Capire a interview&#233; Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen, auteures d'un livre sur les r&#233;ponses f&#233;ministes aux dettes ill&#233;gitimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Face aux dettes croissantes des &#201;tats et des gens, cette voie a &#233;t&#233; emprunt&#233;e par le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-11-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-11-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L113xH150/arton54820-e9b5f.jpg?1781376112' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les lectures f&#233;ministes de l'&#233;conomie placent la durabilit&#233; de la vie comme point de d&#233;part des analyses. Cela permet d'inverser les priorit&#233;s, d'&#233;laborer de nouvelles questions et de cr&#233;er des propositions d'alternatives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/11/08/les-femmes-pour-lannulation-des-dettes-nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capire a interview&#233; Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen, auteures d'un livre sur les r&#233;ponses f&#233;ministes aux dettes ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux dettes croissantes des &#201;tats et des gens, cette voie a &#233;t&#233; emprunt&#233;e par le f&#233;minisme dans diff&#233;rentes parties du monde, et est r&#233;cup&#233;r&#233;e dans les pages du livre Nos vies valent plus que leurs cr&#233;dits &#8211; Face aux dettes, des r&#233;ponses f&#233;ministes. La dette est pr&#233;sent&#233;e comme l'un des m&#233;canismes de l'accumulation capitaliste et remise en question &#224; partir des exp&#233;riences collectives, intimes et politiques des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'interview pour Capire, les auteures Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen ont rendu compte du processus collectif de construction de cette &#233;laboration, depuis les luttes contre les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui ont suivi la crise financi&#232;re de 2008-2009, en passant par les luttes &#233;cof&#233;ministes et autour de la reproduction sociale. L'&#233;criture s'est nourrie d'un dialogue avec l'&#233;volution et la diversit&#233; des luttes f&#233;ministes et du processus d'articulation du Comit&#233; pour l'Abolition des Dettes Ill&#233;gitimes (CADTM). Le livre est un instrument de lutte f&#233;ministe et internationaliste. Il apporte la puissance des actions politiques pour l'annulation des dettes et nous pr&#233;sente des issues possibles qui s'opposent &#224; la naturalisation des pi&#232;ges de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les dettes sont-elles consid&#233;r&#233;es ill&#233;gitimes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : Ce livre part du principe qu'on parle de dettes ill&#233;gitimes et odieuses. Que sont en gros les dettes ill&#233;gitimes ? Une dette ill&#233;gitime est une dette qui n'a pas servi &#224; financer ou &#224; r&#233;pondre aux besoins des populations. Elle a par contre directement aliment&#233; les profits et int&#233;r&#234;ts des cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les dettes ill&#233;gitimes sont largement majoritaires, que ce soit dans les Suds ou dans le Nord. Les dettes ill&#233;gitimes s'autoalimentent les unes les autres, dans le sens o&#249; au nom de la dette, on impose aust&#233;rit&#233; et ajustement structurel qui g&#233;n&#232;rent une r&#233;cession obligeant les &#201;tats &#224; recourir toujours plus &#224; l'endettement. Les dettes ill&#233;gitimes forment ainsi un cercle vicieux qui, si on ne l'arr&#234;te pas, ne produit que saccage social, aust&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e et destruction de tout bien &#234;tre collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : Il y a, en plus, la notion de dette odieuse, c'est-&#224;-dire qu'elle n'a pas servi les int&#233;r&#234;ts de la population et ce en connaissance de cause &#8211; soit du cr&#233;ancier, soit du d&#233;biteur. Ce n'est pas juste &#171; on a fait une erreur &#187; ; si cela se passe &#224; r&#233;p&#233;tition, c'est parce que c'est devenu structurel, cela alimente le capitalisme et le renforcement des in&#233;galit&#233;s. C'est pour cette raison qu'on dit que c'est criminel. Il y a un certain nombre d'arguments et de normes juridiques qui existent pour expliquer pourquoi ces dettes ne devraient pas &#234;tre rembours&#233;es. Ils ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; utilis&#233;s lors de la r&#233;alisation d'audits de dettes publiques comme ce fut le cas pour l'&#201;quateur, par exemple. En droit international, il y a d'autres arguments comme les changements fondamentaux de circonstances et la force majeure par exemple. Il est donc n&#233;cessaire de d&#233;montrer que ces dettes peuvent ne pas &#234;tre pay&#233;es, et c'est &#231;a qu'on essaie de mettre en avant dans le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; On invite &#224; d&#233;passer le sentiment d'obligation presque &#171; morale &#187;, o&#249; l'on se dit &#171; on s'est endett&#233;.e, il fau trembourser &#187;, et de rappeler que m&#234;me juridiquement, on peut exiger l'annulation des dettes ill&#233;gitimes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment diff&#233;rents &#233;l&#233;ments du capitalisme h&#233;t&#233;ropatriarcal colonialiste, c'est-&#224;-dire, l'extraction des ressources naturelles, l'exploitation par le travail salari&#233; et le travail gratuit, s'articulent dans la logique syst&#233;mique de la dette ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : La dette est vraiment un outil de renforcement de l'accaparement et l'extraction que le capitalisme met en place pour cr&#233;er de l'accumulation. Qu'il s'agisse de r&#233;aliser des &#233;conomies via un travail gratuit ou un travail de plus en plus d&#233;valoris&#233;, ou que ce soit via une exploitation de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;e et d&#233;vastatrice des ressources naturelles, ou des travailleurs et des travailleuses, la dette est l'instrument qui va permettre d'acc&#233;l&#233;rer ce processus n&#233;cessaire pour cr&#233;er l'accumulation capitaliste. C'est le r&#233;sultat d'avoir enlev&#233; toute valeur &#224; ces proc&#233;d&#233;s ; la capacit&#233; r&#233;g&#233;n&#233;ratrice de la nature, la reproduction sociale qui est effectu&#233;e en majeur partie par les femmes, mais aussi, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, par les petit.es paysan.nes, par toutes les personnes qui prennent soin du monde et des autres, et par tous les travailleurs et travailleuses des secteurs essentiels. En effet, la culture dominante, donc capitaliste et h&#233;t&#233;ropatriarcale, d&#233;valorise ces processus et activit&#233;s, ce qui justifie le fait de pouvoir les exploiter de plus en plus, et la dette va justifier le fait qu'on doit, de mani&#232;re de plus en plus rapide, extraire de la richesse de toutes ces choses qu'on consid&#232;re comme infinies, sans valeur et extensibles, pour cr&#233;er, finalement, la valeur mon&#233;taire n&#233;cessaire au remboursement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit la dette comme une continuation de la colonisation, comme un outil de colonisation continu, pas seulement du Nord envers les Suds, mais aussi de tous ces corps marginalis&#233;s, de tous ces processus. Nous, ce qu'on propose c'est, effectivement, une lecture conjointe de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : La dette colonise l'intime des femmes, comme le soulignent V&#233;ronica Gago, Luci Cavallero et Silvia Federici dans la pr&#233;face du livre. Il est important de comprendre &#224; quel point d&#233;sormais la dette p&#233;n&#232;tre les foyers, les communaut&#233;s, dont le bien-&#234;tre voire bien souvent la survie est une responsabilit&#233; assign&#233;e aux femmes par le patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Puisqu'au nom du remboursement de la dette publique, l'&#201;tat social et les services publics ont &#233;t&#233; d&#233;truits, toute augmentation de dette publique est synonyme d'endettement priv&#233; accru pour les femmes. De fait, pour pallier le manque de soutien public &#224; la reproduction sociale et continuer &#224; assurer vaille qui vaille la survie de leurs proches, toujours plus de femmes tombent dans la spirale infernale du surendettement. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette colonise ainsi l'intime et le quotidien des femmes qui surendett&#233;es deviennent de plus en plus insolvables et connaissent d&#232;s lors des violences sp&#233;cifiques : on parle d'esclavage par la dette et de prostitution pour dette. On voit &#224; quel point, au-del&#224; des concepts, dans l'intime des femmes, la dette a des cons&#233;quences criminelles, violentes et machistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exemple des cas concrets dans diff&#233;rents pays est un aspect tr&#232;s int&#233;ressant du livre. Comment voyez-vous le r&#244;le des luttes contre la dette dans les diff&#233;rentes strat&#233;gies anticapitalistes des pays du Nord et des Suds ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : La dette a des cons&#233;quences tellement concr&#232;tes dans la vie des gens que, toutes les luttes peuvent, de la mani&#232;re qui leur sont la plus coh&#233;rente dans leurs contextes et dans leurs v&#233;cus, presque toujours quelque chose &#224; dire au sujet de la dette et de l'aust&#233;rit&#233;. Quand j'&#233;tais au S&#233;n&#233;gal, au s&#233;minaire sur les microcr&#233;dits, bien que chaque t&#233;moignage concernait des cas individuels et localis&#233;s de microcr&#233;dits, on pouvait quasi toujours faire le lien avec le fait que l'endettement public a augment&#233; et que c'est &#231;a qui les a emmen&#233;es aux situations tr&#232;s concr&#232;tes qu'elles vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, ce qui peut &#234;tre vraiment renfor&#231;ant c'est de faire justement le lien avec la dette publique, ce que nous permet, &#224; des &#233;chelles beaucoup plus internationales, d'avoir des revendications communes par rapport &#224; son annulation. Parce qu'au final ce que vivent les femmes du S&#233;n&#233;gal par rapport au microcr&#233;dit, ce n'est pas seulement &#224; cause des institutions de microfinances, mais c'est tr&#232;s intimement li&#233; aussi &#224; ce que, par exemple, en tant que belges ou fran&#231;aises, on pourrait avoir revendiqu&#233; envers nos gouvernements. On peut et on doit revendiquer la fin de l'aust&#233;rit&#233; chez nous, mais aussi exiger l'annulation des cr&#233;ances envers le S&#233;n&#233;gal par exemple. Donc, les demandes d'annulation dans d'autres pays peuvent &#234;tre traduites en exigences d'annulation chez nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : J'ai eu la chance de pouvoir, ces 20 derni&#232;res ann&#233;es, avoir &#233;t&#233; en contact avec les mouvements f&#233;ministes &#224; un niveau international, europ&#233;en mais aussi en Belgique. J'ai pu voir &#224; quel point les mouvements f&#233;ministes se sont empar&#233;s de la question des dettes et comment ils ont su personnaliser les questions d'endettement. Puisque &#231;a touche les femmes pour toutes les raisons qu'on explique dans le livre, dans le quotidien d'une mani&#232;re tr&#232;s concr&#232;te, les f&#233;minismes ont pris en compte les v&#233;cus des personnes les plus impact&#233;es par les dettes et des v&#233;cus qui, parce qu'on est dans un syst&#232;me patriarcal, &#233;taient, en g&#233;n&#233;ral, invisibilis&#233;s ou non-&#233;cout&#233;s. Les mouvements f&#233;ministes ont apport&#233;, avec le temps, des r&#233;ponses parfois bien plus innovantes, surtout en termes de luttes, contre les dettes que les mouvements anti-dettes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous pouvez donner quelques exemples de ce type de r&#233;ponse f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine : Par exemple, les gr&#232;ves f&#233;ministes qui ont permis de mettre en avant tout le travail invisible. Si l'on se pose la question de pourquoi ce travail est invisible, on se pose la question de quels sont les syst&#232;mes de domination qui rendent ce travail invisible et on arrive au capitalisme aliment&#233; par les dettes. Le fait d'avoir pu travailler la th&#233;matique des f&#233;minismes tout en militant pour l'annulation des dettes m'a permis de passer de pr&#233;occupations li&#233;es &#224; la &#171; macro&#233;conomie &#187; &#224; des domaines plus li&#233;s au v&#233;cu, au vivant, au personnel et aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : Par rapport &#224; la dette, les f&#233;minismes ont continu&#233; &#224; faire ce qu'ils ont toujours fait, c'est-&#224;-dire mettre sur la place publique et rendre collectif ce qu'on nommait priv&#233; et intime. Ils r&#233;alisent une lecture structurelle, collective et politique de la dette, comme le fait le CADTM &#233;galement. Ils permettent d'affirmer que la dette n'est pas un probl&#232;me individuel auquel il faut trouver une solution individuelle, que ce n'est pas une honte ni de la malchance ou encore une tare d&#233;coulant du fait qu'on ait mal g&#233;r&#233; son budget mal fait ses calculs, qu'on doit r&#233;gler seul.es. Ils ont su d&#233;montrer que c'est le r&#233;sultat des logiques et des d&#233;cisions politiques structurelles, qui d&#233;coulent d'une culture de domination, qui est profond&#233;ment capitaliste et h&#233;t&#233;ropatriarcal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview r&#233;alis&#233;e par Tica Moreno&lt;br class='autobr' /&gt;
Transcription en fran&#231;ais et traduction vers le portugais par Andr&#233;ia Manfrin Alves&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://capiremov.org/fr/entrevue/les-femmes-pour-lannulation-des-dettes-nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://capiremov.org/fr/entrevue/les-femmes-pour-lannulation-des-dettes-nos-vies-valent-plus-que-leurs-credits/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le capitalisme vert attaque la souverainet&#233; alimentaire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-capitalisme-vert-attaque-la-souverainete-alimentaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-capitalisme-vert-attaque-la-souverainete-alimentaire</guid>
		<dc:date>2021-08-24T07:10:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tica Moreno</dc:creator>


		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-08-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;couvrez les critiques des femmes &#224; l'&#233;gard du Sommet sur les syst&#232;mes alimentaires et de l'avancement du pouvoir des entreprises sur l'alimentation et la nature &lt;br class='autobr' /&gt; Par Capire 24/07/2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mouvements sociaux luttant pour la souverainet&#233; alimentaire et l'agro&#233;cologie d&#233;noncent et rejettent l'offensive du pouvoir des entreprises sur l'alimentation et la nature, offensive repr&#233;sent&#233;e par le Sommet des Nations Unies sur les Syst&#232;mes alimentaires (UNFSS &#8211; Sommet sur les Syst&#232;mes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-08-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-08-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton49156-93c44.png?1781527808' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;couvrez les critiques des femmes &#224; l'&#233;gard du Sommet sur les syst&#232;mes alimentaires et de l'avancement du pouvoir des entreprises sur l'alimentation et la nature&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par Capire 24/07/2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux luttant pour la souverainet&#233; alimentaire et l'agro&#233;cologie d&#233;noncent et rejettent l'offensive du pouvoir des entreprises sur l'alimentation et la nature, offensive repr&#233;sent&#233;e par le Sommet des Nations Unies sur les Syst&#232;mes alimentaires (UNFSS &#8211; Sommet sur les Syst&#232;mes alimentaires des Nations Unies).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sommet est le r&#233;sultat d'un accord entre l'ONU et le Forum &#233;conomique mondial et sert de strat&#233;gie aux grandes entreprises transnationales pour avancer sur la question de l'alimentation. Le sommet est organis&#233; selon le mod&#232;le &#8220;multiples parties prenantes&#8221;, qui place les entreprises transnationales au c&#339;ur de la d&#233;finition politique. De cette mani&#232;re, la privatisation de la politique et la p&#233;n&#233;tration par les entreprises du syst&#232;me des Nations Unies se renforce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommet passe outre les processus et les instances construits il y a des d&#233;cennies avec la participation de mouvements paysans et autochtones, ignore la D&#233;claration des Nations Unies sur les droits des paysan&#183;ne&#183;s et attaque directement la souverainet&#233; alimentaire. Pour cette raison, Via Campesina appelle au boycott de ce sommet avec le slogan : &#171; Pas en notre nom ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes de La Marche Mondiale des Femmes, Amis de la Terre International, FIAN et Via Campesina ont d&#233;nonc&#233;[1] l'offensive d'appropriation du march&#233; sur la nature, les territoires et l'alimentation. Plusieurs fronts du capitalisme raciste et patriarcal ainsi que du colonialisme convergent dans cette offensive. L'appropriation des syst&#232;mes alimentaires, l'agriculture 4.0, l'&#233;conomie verte et les solutions bas&#233;es sur la nature sont interd&#233;pendantes et ont pour toile de fond la num&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, les &#233;lites &#233;conomiques utilisent la crise profonde que nous vivons pour justifier leurs fausses solutions, qui int&#232;gre plus de nature dans le circuit financiaris&#233; de l'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;sistance part de la critique et de l'affirmation du fait que les vraies solutions se trouvent dans la fa&#231;on dont les gens, les paysans, les peuples autochtones et les femmes font historiquement l'agriculture et interagissent avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La place de l'alimentation et de la nature dans le conflit capital-vie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alimentation ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e de fa&#231;on isol&#233;e, car elle est au centre de l'organisation de la soci&#233;t&#233; et de notre vie commune. Lorsque les entreprises transnationales s'organisent pour contr&#244;ler l'ensemble du syst&#232;me alimentaire, elles veulent contr&#244;ler la soci&#233;t&#233; et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes attirent l'attention sur le fait que ce qui est en jeu c'est un changement de sens des aliments et de l'alimentation. Cela concerne le processus en cours de refonte de l'industrie alimentaire. Dans ce processus, les produits alimentaires ultra-transform&#233;s sont dit &#171; enrichis &#187; en guise de solution. Le lait est &#171; enrichi en calcium &#187; ou le sucre du Coca-cola est remplac&#233; par du stevia, comme si &#234;tre en bonne sant&#233; se r&#233;sumait &#224; cela. Un produit &#171; nutritif &#187; se mesure par la fragmentation des substances, qui peuvent &#234;tre produites en laboratoire, dans un processus avanc&#233; d'artificialisation de tout ce que nous mangeons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc important que nous restions attentives dans nos analyses int&#233;grales, en comprenant la relation entre l'accaparement des terres, l'expulsion des paysans par l'agro-industrie, et les investissements en biologie synth&#233;tique et mol&#233;culaire, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bill Gates est l'une des figures qui repr&#233;sentent cette articulation des entreprises pour le contr&#244;le des syst&#232;mes alimentaires : ses fondations et fonds d'investissement ach&#232;tent simultan&#233;ment de grandes quantit&#233;s de terres, investissant dans des pesticides, dans des soci&#233;t&#233;s de semences, dans la propri&#233;t&#233; intellectuelle et dans des applications pour que les petits agriculteurs et les paysans soient sous leur contr&#244;le num&#233;rique, comme les entreprises de prot&#233;ines v&#233;g&#233;tales, entre autres. Ce n'est pas pour rien que la personne &#224; la t&#234;te du Sommet sur les syst&#232;mes alimentaires soit aussi pr&#233;sidente de l'AGRA (Alliance pour une R&#233;volution verte en Afrique), initiative financ&#233;e par Bill Gates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un aspect central de la r&#233;flexion f&#233;ministe sur les dangers du Sommet c'est la relation entre l'alimentation et la nature. Le jalon de cette relation est le capitalisme vert. R&#233;duisant la complexit&#233; de la crise environnementale au changement climatique, les projets d'&#233;conomie verte sont orient&#233;s vers la cr&#233;ation de nouveaux march&#233;s, ins&#233;r&#233;s dans la logique de la sp&#233;culation et de la financiarisation. Il s'agit des march&#233;s du carbone, dont le REDD+ est une r&#233;f&#233;rence, et des march&#233;s &#233;cosyst&#233;miques normalis&#233;s notamment par des paiements pour services &#233;cologiques. Les fonds d'investissement &#224; impact sur &#171; les syst&#232;mes alimentaires intelligents face au climat &#187; sont exemplaires dans l'int&#233;gration de l'agriculture dans le circuit de l'&#233;conomie verte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit politique autour de l'alimentation et de la nature passe par l'explication de l'incompatibilit&#233; entre deux logiques : celle de la durabilit&#233; et du soin de la vie, d'une part, et celle de l'accumulation de capital (qui comprend l'accumulation de donn&#233;es en tant que capital), d'autre part. Ce sont des logiques inconciliables, avec des conceptions totalement diff&#233;rentes de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diversit&#233; et complexit&#233; contre la r&#233;duction et l'homog&#233;n&#233;isation&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des applications, des drones et des capteurs sont propos&#233;s avec la promesse de faciliter le travail agricole. Derri&#232;re cela se trouve le kit technologique des entreprises. Ces technologies ne sont pas neutres. Leur sens est de tout fragmenter et de tout r&#233;duire &#224; des donn&#233;es binaires, d'homog&#233;n&#233;iser et de s'approprier ce qui est vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les algorithmes parlent le langage de l'agro-industrie : ils ne connaissent qu'une seule forme de culture (en ligne), avec des semences et des pesticides modifi&#233;s et brevet&#233;s. Cette fa&#231;on de faire de l'agriculture n'a rien &#224; voir avec la culture agro&#233;cologique, dans laquelle la complexit&#233; et la diversit&#233; pr&#233;dominent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La datafication vise &#224; artificialiser la vie, en acc&#233;l&#233;rant les rythmes sans respecter les temps de r&#233;g&#233;n&#233;ration de la nature, des corps, des soins du vivant. Et pour ce faire, elle cache la d&#233;pendance que nous avons entre nous et envers la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le Sommet sur les syst&#232;mes alimentaires, Bayer, Syngenta et le Conseil mondial des affaires pour le d&#233;veloppement durable [World Business Council for Sustainable Development &#8211; WBCSD] (Organisation internationale de plus de 200 entreprises autour du d&#233;veloppement durable) conduisent des discussions sur les &#171; opportunit&#233;s d'investissement dans les terres &#187;. Ces entreprises sont guid&#233;es par une vision qui r&#233;duit le sol &#224; un puits de carbone. En revanche, les agricultrices agro&#233;cologiques consid&#232;rent le sol comme un organisme vivant et diversifi&#233;. L'une des contributions des femmes dans l'agriculture agro&#233;cologique est de prendre soin et de cultiver des sols fertiles, riches et complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;largissant la discussion, les compagnes d&#233;noncent le discours des entreprises qui arrivent sur des terres promettant d'investir dans des &#171; terres inactives &#187;. Au Mozambique, par exemple, les entreprises nomment &#171; terres inactives &#187; les terres qui ne sont pas utilis&#233;es pour le machamba (culture). Mais il n'y a pas d'espace inutilis&#233; sur les territoires des communaut&#233;s. C'est de cet espace que les femmes extraient les plantes m&#233;dicinales et ce sont ces espaces qui sont utilis&#233;s pour les services et les pri&#232;res et l&#224; m&#234;me o&#249; les communaut&#233;s trouvent leurs forces pour la r&#233;sistance et la vie commune. Ces espaces vitaux sont ni&#233;s et r&#233;appropri&#233;s au nom d'une vision d&#233;vastatrice du progr&#232;s. Revendiquer ces territoires et leurs usages, c'est reconna&#238;tre les pratiques ancestrales et l'apprentissage interg&#233;n&#233;rationnel, pratiques qui ont m&#234;me &#233;t&#233; criminalis&#233;es par des projets d'&#233;conomie verte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pilot&#233;e par des organisations transnationales telles que WWF et TNC, la politique environnementale &#233;cologiste porte en son sein un racisme environnemental profond&#233;ment colonialiste. Elles expulsent les communaut&#233;s de leurs territoires au nom de la conservation de l'environnement, comme si les modes de vie des communaut&#233;s traditionnelles &#233;taient contradictoires avec la nature. Ce sont ces communaut&#233;s qui, historiquement, nourrissent et prennent soin de la biodiversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'agro&#233;cologie f&#233;ministe ne peut pas &#234;tre enlev&#233;e par les entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grands dangers du Sommet est d'&#233;tablir les jalons n&#233;cessaires pour ins&#233;rer l'agro&#233;cologie dans le circuit de l'&#233;conomie verte. &#192; partir de l'id&#233;e de &#171; neutralit&#233; carbone &#187; avec des solutions bas&#233;es sur la nature, ces agents ont discut&#233; de l'expansion du march&#233; du carbone pour les mangroves, les oc&#233;ans et l'agro&#233;cologie ainsi que de l'expansion de la financiarisation de la nature. L'agro&#233;cologie est pratique, science et mouvement. Elle ne peut &#234;tre appropri&#233;e de mani&#232;re fragment&#233;e et s&#233;lective, encore moins d&#233;tach&#233;e du sujet politique qui la construit. Ce qui est consid&#233;r&#233; comme science et technologie fait &#233;galement d&#233;bat lors du Sommet. Le pouvoir des entreprises vise &#224; l&#233;gitimer une science anthropocentrique et androcentrique[2] pour les syst&#232;mes alimentaires, li&#233;e aux int&#233;r&#234;ts des entreprises et &#224; la r&#233;organisation du langage du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agro&#233;cologie est une connaissance strat&#233;gique. Les femmes revendiquent les savoirs et les technologies des peuples et d&#233;noncent l'&#233;pist&#233;micide, qui est la destruction des connaissances et des cultures des peuples racialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le greenwashing se teinte de lilas dans l'agenda corporatif du sommet, avec pour axe transversal l'autonomisation des femmes dans une perspective n&#233;olib&#233;rale. Ainsi naissent des slogans tels que &#171; la nature embauche des femmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les projets de carbone bleu dans les oc&#233;ans et les mangroves (comme Vida Manglar en Colombie), la propagande vise &#224; embaucher des femmes comme gardiennes. Il s'agit de projets fond&#233;s sur des partenariats public-priv&#233;, qui aboutissent &#224; l'accaparement des terres et &#224; l'expulsion des communaut&#233;s. Par cons&#233;quent, les mouvements ont d&#233;cid&#233; de les appeler &#171; oppressions et exclusions fond&#233;es sur la nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elles arrivent sur les territoires, les entreprises trouvent des communaut&#233;s en situation de pr&#233;carit&#233; et en manque de politiques publiques. Elles arrivent avec des contreparties qui ins&#232;rent davantage les communaut&#233;s sur le march&#233;, avec des instruments de culture et d'&#233;levage d'animaux davantage technicis&#233;s, ce qui cr&#233;e une d&#233;pendance entre la communaut&#233; et les propri&#233;taires des technologies. Les compagnes br&#233;siliennes ont &#233;voqu&#233; l'installation d'aquariums dans les communaut&#233;s autochtones comme exemple de contrepartie de projets REDD+. Ce sont des communaut&#233;s o&#249; la p&#234;che a toujours &#233;t&#233; pratiqu&#233;e dans les rivi&#232;res, celles-ci souffrant souvent de contamination dues &#224; l'exploitation mini&#232;re ou &#224; d'autres interventions. Peu &#224; peu, le pouvoir des entreprises d&#233;sint&#232;gre les &#233;conomies locales et accro&#238;t les obstacles &#224; l'autod&#233;termination et &#224; la souverainet&#233; des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes s'opposent &#224; cette offensive, et misent sur l'affirmation de leurs pratiques et de leurs mouvements : la diversit&#233; de la nature, ses multiples fonctions et relations. Et comme le disent les compagnes : le jardin d'une agricultrice a beaucoup plus de diversit&#233; que n'importe quel programme de bio&#233;conomie des entreprises pharmaceutiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;manteler le discours qui int&#232;gre les femmes et l'agro&#233;cologie dans le capital est une t&#226;che du f&#233;minisme populaire dans la lutte pour la souverainet&#233; alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che est li&#233;e &#224; l'affirmation de l'agriculture faite par les paysannes et les peuples traditionnels, par la diversit&#233; et la complexit&#233; de l'agro&#233;cologie. Cette &#171; pratique, science et mouvement &#187; passe par la contestation des significations des territoires et la remise en cause de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e (fonci&#232;re et intellectuelle), d&#233;clarant territoires et technologies libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contre-sommet des peuples sera un moment de convergence entre les diff&#233;rents mouvements sociaux et de construction des forces des peuples contre le pouvoir des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit &#224; partir de la synth&#232;se de l'atelier tenu le 6 juillet, auquel ont particip&#233; les compagnes de la Marche Mondiale des Femmes, Amis de la Terre International, FIAN et Via Campesina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'anthropocentrisme consid&#232;re dans ses analyses que &#234;tres humains sont la priorit&#233; et au centre de tout. L'androcentrisme fait r&#233;f&#233;rence aux exp&#233;riences masculines et les universalise pour tous les &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;daction de Tica Moreno&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dition de Helena Zelic&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit du portugais par Claire Laribe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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