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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le Hamas dans le mouvement national palestinien : une mise en perspective historique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Hamas-dans-le-mouvement-national-palestinien-une-mise-en-perspective</link>
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		<dc:date>2023-11-28T12:28:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Denvir, Tareq Baconi</dc:creator>


		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-11-28</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l - Palestine</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans cet entretien, Tareq Baconi analyse les origines, la strat&#233;gie et l'&#233;volution du Hamas qui ont conduit &#224; l'attaque du 7 octobre. Son hypoth&#232;se est qu'il s'agit d'une r&#233;action &#224; la strat&#233;gie isra&#233;lienne d'endiguement du mouvement et de confinement de son action &#224; la gouvernance de la bande de Gaza, dans des conditions de plus en plus d&#233;grad&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Contretemps 23 novembre 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Tareq Baconi et Daniel Denvir &lt;br class='autobr' /&gt;
Mise en &#339;uvre depuis 2007, cette strat&#233;gie s'&#233;tait pourtant r&#233;v&#233;l&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-11-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-11-28&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH89/yasin_rantisi_hamas_wahlkampf-scaled-e1700673899934-2048x1213-ddbdc.jpg?1701445798' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='89' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cet entretien, Tareq Baconi analyse les origines, la strat&#233;gie et l'&#233;volution du Hamas qui ont conduit &#224; l'attaque du 7 octobre. Son hypoth&#232;se est qu'il s'agit d'une r&#233;action &#224; la strat&#233;gie isra&#233;lienne d'endiguement du mouvement et de confinement de son action &#224; la gouvernance de la bande de Gaza, dans des conditions de plus en plus d&#233;grad&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
23 novembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Tareq Baconi et Daniel Denvir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise en &#339;uvre depuis 2007, cette strat&#233;gie s'&#233;tait pourtant r&#233;v&#233;l&#233;e efficace en permettant une forme de coexistence avec l'&#201;tat colonial dans le cadre d'une conflictualit&#233; asym&#233;trique mais relativement contr&#244;l&#233;e. L'explosion du 7 octobre a r&#233;v&#233;l&#233; qu'elle &#233;tait &#224; terme insoutenable &#224; la fois pour le Hamas et pour la population palestinienne enferm&#233;e dans cette bande de terre devenue prison &#224; ciel ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tareq Baconi est pr&#233;sident du centre d'&#233;tudes transnational palestinien ind&#233;pendant Al Shakaba, bas&#233; en Californie. Sp&#233;cialiste internationalement reconnu du Hamas, il est l'auteur de &lt;i&gt;Hamas Contained : The Rise and Pacification of Palestinian Resistance (L'endiguement du Hamas : l'ascension et la pacification de la r&#233;sistance palestinienne&lt;/i&gt;), publi&#233; chez Stanford University Press en 2018. Ses articles sont publi&#233;s dans la&lt;i&gt; London Review of Books&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;New York Review of Books&lt;/i&gt;, le Washington Post et Jacobin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;LE MOMENT DE FONDATION DU HAMAS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Commen&#231;ons cette histoire par son d&#233;but. Le Hamas a &#233;t&#233; fond&#233; en d&#233;cembre 1987, dans le camp de r&#233;fugi&#233;.es d'Al-Shati &#224; Gaza, au moment o&#249; les soul&#232;vements massifs de la premi&#232;re Intifada palestinienne battaient leur plein. C'&#233;tait vingt ans apr&#232;s la premi&#232;re occupation par Isra&#235;l de Gaza, de J&#233;rusalem-Est et de la Cisjordanie et pr&#232;s de quarante ans apr&#232;s la fondation de l'Etat d'Isra&#235;l par des colons juifs, en 1948, lorsque la&lt;i&gt; Nakba&lt;/i&gt; (&#171; catastrophe &#187; en arabe, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'exil forc&#233; des populations palestiniennes) avait entra&#238;n&#233; l'expulsion de centaines de milliers de Palestinien.nes au-del&#224; des fronti&#232;res de ce qui est devenu l'&#201;tat juif. Qu'est-ce qui a motiv&#233; les fondateurs du Hamas &#224; cr&#233;er cette nouvelle organisation &#224; ce moment pr&#233;cis ? Pourquoi pensaient-ils alors qu'une organisation de r&#233;sistance islamiste &#233;tait n&#233;cessaire pour poursuivre la lutte ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Le Hamas est n&#233; &#224; un moment pr&#233;cis, qui faisait suite &#224; une dizaine d'ann&#233;es de r&#233;flexion interne parmi ceux qui en sont devenus les dirigeants. Pour replacer ce moment de 1987 dans son contexte plus large, il faut remonter &#224; avant la &lt;i&gt;Nakba&lt;/i&gt;, lorsque les Fr&#232;res musulmans, fond&#233;s en &#201;gypte en 1928, ont ouvert des branches en Palestine, qui ont op&#233;r&#233; tout au long des ann&#233;es 1940, puis des ann&#233;es 1950 et des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie des Fr&#232;res musulmans, ax&#233;e sur l'islamisation, est bien particuli&#232;re ; elle consiste en tout premier lieu &#224; promouvoir la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; vertueuse, fond&#233;e sur l'islam et qui en respecte les valeurs morales. En Palestine, l'organisation a ainsi d'abord d&#233;fendu l'id&#233;e selon laquelle la voie de la lib&#233;ration nationale passait par la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; vertueuse et morale &#8211; en somme, l'id&#233;e qu'au lieu de r&#233;sister ouvertement &#224; la force d'occupation, il fallait se concentrer sur l'islamisation. Dans cette veine, les Fr&#232;res musulmans ont investi beaucoup de temps et de ressources dans le d&#233;veloppement d'infrastructures pour l'&#233;ducation, de fondations caritatives, de centres de soins de sant&#233; et d'autres formes d'aide sociale fond&#233;es sur les valeurs islamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au cours des ann&#233;es 1980, un changement s'est op&#233;r&#233;. Les Palestinien.nes sous occupation &#8211; c'est-&#224;-dire les r&#233;sident.es de la Cisjordanie, de J&#233;rusalem-Est et de la bande de Gaza &#8211; ont commenc&#233; &#224; se mobiliser activement contre les forces d'occupation isra&#233;liennes. Dans la bande de Gaza en particulier, un groupe dissident, le Jihad islamique, a pris, en quelque sorte, l'id&#233;ologie des Fr&#232;res musulmans &#224; contrepied. Plut&#244;t que de voir la voie vers la lib&#233;ration dans l'islamisation, ils ont d&#233;clar&#233; que le seul moyen d'y parvenir &#233;tait la r&#233;sistance, la lutte arm&#233;e. Ce ne serait qu'une fois la lib&#233;ration obtenue qu'il deviendrait possible de se concentrer sur la production d'une soci&#233;t&#233; islamique et vertueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution a cr&#233;&#233; une certaine pression au sein de la section des Fr&#232;res musulmans agissant dans les territoires palestiniens et les a pouss&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; des moyens de s'engager plus activement dans la r&#233;sistance &#224; l'occupation. Ainsi, alors que par le pass&#233; ils &#233;taient plut&#244;t consentants voire, &#224; certains &#233;gards, ouvertement d&#233;pendants des forces d'occupation pour leurs activit&#233;s de terrain, au cours des ann&#233;es 1980 les Fr&#232;res musulmans ont commenc&#233; &#224; envisager une r&#233;sistance plus claire &#224; l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens, c'est en 1987 que cette &#233;volution a atteint son point culminant, avec le d&#233;but de la premi&#232;re Intifada palestinienne, comme vous l'avez soulign&#233;. C'&#233;tait une p&#233;riode de r&#233;sistance populaire et de d&#233;sob&#233;issance civile massives. C'est &#224; ce moment- l&#224; qu'il est devenu tr&#232;s clair que l'id&#233;e de la lib&#233;ration comme un projet de long terme, par la voie de l'islamisation de la soci&#233;t&#233;, devait c&#233;der la place &#224; quelque chose de plus conflictuel. Au d&#233;part, le mouvement pensait se d&#233;tacher des Fr&#232;res musulmans afin de cr&#233;er s&#233;par&#233;ment le Hamas, le Mouvement de r&#233;sistance nationale islamique. En fin de compte, le Hamas en tant que mouvement a englob&#233; son organisation m&#232;re. D'une certaine mani&#232;re, toute l'infrastructure sociale d&#233;velopp&#233;e par les Fr&#232;res musulmans s'est int&#233;gr&#233;e au Hamas et a particip&#233; &#224; sa croissance politique et militaire, et &#224; sa transformation en un mouvement engag&#233; dans la r&#233;sistance &#224; l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Tout au long des ann&#233;es 1950, 1960 et 1970, les Fr&#232;res musulmans avaient d&#251; naviguer sur une sc&#232;ne politique arabe domin&#233;e par des courants radicaux profond&#233;ment la&#239;ques, des courants tels que le nass&#233;risme panarabe ainsi que, chez les Palestiniens plus sp&#233;cifiquement, le Fatah, fond&#233; en 1959. Je voudrais revenir sur cette p&#233;riode, parce qu'on ne peut pas comprendre la cr&#233;ation du Hamas sans saisir la trajectoire suivie par le Fatah et l'Organisation de lib&#233;ration de la Palestine (OLP), que le Fatah dirigeait. Ceci est d'autant plus important que, comme vous le dites, le Hamas a &#233;t&#233; fond&#233; en r&#233;action et en critique par rapport &#224; ce qu'&#233;taient devenus l'OLP et le Fatah &#224; la fin des ann&#233;es 80. En m&#234;me temps, le Hamas a conserv&#233; une sorte de respect pour le Fatah et l'OLP tels qu'ils op&#233;raient &#224; leurs d&#233;buts. Le Hamas a &#233;t&#233; fond&#233; en tant que projet visant &#224; ressusciter un engagement sans compromis en faveur de la lib&#233;ration nationale, par le biais de la lutte arm&#233;e. Ainsi, avant de revenir &#224; 1987, pourriez-vous nous parler de la p&#233;riode historique qui a pr&#233;c&#233;d&#233;, celle de la fondation du Fatah, dans un contexte global de r&#233;volution anticoloniale dans le Tiers Monde. De quelle th&#233;orie et de quelle pratique de la r&#233;sistance le Fatah se revendiquait-il, de quelles sources le mouvement s'inspirait-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Il est tr&#232;s important de comprendre ce contexte afin de bien voir comment le Hamas s'est diff&#233;renci&#233; &#224; la fois du panarabisme la&#239;c et de l'islamisation, en s'&#233;loignant de l'id&#233;e que ces deux projets devraient se d&#233;ployer avant que les Palestinien.nes ne s'affrontent &#224; la situation qui &#233;tait la leur, &#224; savoir l'occupation et la colonisation de leur terre. En 1987, le Hamas a donc rompu avec ces courants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme vous l'avez soulign&#233;, cette rupture avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; entam&#233;e dans le cadre du nationalisme la&#239;c, sous l'&#233;gide en particulier du Fatah [fond&#233; en 1959 au Koweit], qui s'est ensuite hiss&#233; &#224; la t&#234;te de l'OLP. A ses d&#233;buts, le Fatah &#233;tait une organisation ancr&#233;e dans les communaut&#233;s de r&#233;fugi&#233;.es. Ces personnes, expuls&#233;.es de Palestine en 1948 dans le cadre d'un nettoyage ethnique, se sont retrouv&#233;.es dans des camps autour de leur terre d'origine : en Jordanie, au Liban, en Syrie et en &#201;gypte, ainsi que, bien s&#251;r, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'inspirait fortement de mouvements anticoloniaux de lib&#233;ration nationale, &#224; la diff&#233;rence (et c'est une diff&#233;rence cruciale) que le Fatah devait op&#233;rait depuis l'ext&#233;rieur. Contrairement aux autres mouvements anticoloniaux qui luttaient contre leurs colonisateurs sur leur territoire, le peuple palestinien &#233;tait dispers&#233; et menait ses attaques contre Isra&#235;l &#224; partir de camps de r&#233;fugi&#233;.es dans les pays voisins. Isra&#235;l s'est donc employ&#233; &#224; fortifier ses fronti&#232;res et a r&#233;prim&#233; les r&#233;fugi&#233;.es qui tentaient de rentrer chez eux, en mena&#231;ant de les abattre ou en les expulsant &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Fatah s'est impos&#233; comme un mouvement capable d'attaquer, &#224; partir de communaut&#233;s de r&#233;fugi&#233;.es dispers&#233;es, ce qui &#233;tait devenu un &#201;tat &#233;tabli, cette situation le pla&#231;ait n&#233;anmoins dans une position tr&#232;s difficile. En menant des attaques depuis les pays d'accueil des Palestinien.nes, comme la Jordanie et le Liban, le Fatah exposait aussi ces pays aux repr&#233;sailles isra&#233;liennes. Pendant cette p&#233;riode, le Fatah &#8211; ainsi que d'autres mouvements, comme le Front populaire de lib&#233;ration de la Palestine (FPLP) et le Front d&#233;mocratique de lib&#233;ration de la Palestine (FDLP) &#8211; menait donc une r&#233;sistance arm&#233;e r&#233;volutionnaire contre Isra&#235;l au-del&#224; des fronti&#232;res de l'&#201;tat : tout un chacun.e se souvient des d&#233;tournements d'avions mais aussi des combats en Jordanie et ailleurs, qui opposaient des Palestinien.nes, qui sacrifiaient leur vie pour la lutte, aux forces arm&#233;es isra&#233;liennes. Il s'agissait par ailleurs d'une p&#233;riode d'essor de l'anticolonialisme, pendant laquelle de nombreux mouvements anticoloniaux ont remport&#233; de grandes victoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des ann&#233;es 1970 et le d&#233;but des ann&#233;es 1980 ont marqu&#233; un changement &#224; deux niveaux. Le premier &#233;tait que les limites de la r&#233;sistance arm&#233;e, en tout cas celle que l'OLP &#233;tait en mesure de mener, sont devenues de plus en plus &#233;videntes. Et le second concernait la communaut&#233; diplomatique et internationale, qui a pos&#233; des conditions &#224; l'OLP en stipulant que l'organisation pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un interlocuteur &#224; condition qu'elle reconnaisse l'&#201;tat d'Isra&#235;l et qu'elle renonce &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e. La pression s'est donc accrue sur l'OLP et sur les dirigeants palestiniens. Tout au long des ann&#233;es 1980, nous assistons &#224; des discussions internes au cours desquelles l'OLP &#233;tudie la possibilit&#233; de c&#233;der &#224; ces exigences. En fin de compte, en 1988, l'OLP publie une d&#233;claration d&#233;clarant l'ind&#233;pendance de l'&#201;tat de Palestine, ce qui &#233;quivalait en r&#233;alit&#233; &#224; une concession historique de la part des Palestinien.nes. En substance, l'OLP a accept&#233; la perte de 78 % de la Palestine historique au profit d'Isra&#235;l et la formation d'un &#201;tat palestinien sur 22 % du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette concession que le Hamas a ensuite contest&#233;e. Le Hamas se pr&#233;sente donc comme un mouvement qui remet en cause ce compromis de l'OLP, cette sortie de l'action r&#233;volutionnaire par le d&#233;p&#244;t des armes et le repli sur la voie diplomatique. Au contraire, le Hamas consid&#232;re qu'il est imp&#233;ratif de rester engag&#233; dans la r&#233;sistance arm&#233;e jusqu'&#224; une lib&#233;ration totale, et le mouvement exprime cette vision dans le cadre d'une id&#233;ologie islamique et non plus la&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;CHEC D'OSLO ET LA PREMI&#200;RE STRAT&#201;GIE DU HAMAS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Comment cette pacification de l'OLP a-t-elle continu&#233; de fa&#231;onner le Hamas au-del&#224; de sa fondation, au cours de ses premi&#232;res ann&#233;es d'existence ? Quelle vision alternative le Hamas a-t-il propos&#233;e en reprenant le flambeau de la r&#233;sistance ? Quelle &#233;tait la th&#233;orie du Hamas sur la mani&#232;re dont sa strat&#233;gie m&#232;nerait &#224; la lib&#233;ration et comment &#233;valuait-il les raisons de l'&#233;chec de l'OLP ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211; &lt;/strong&gt; Je pense que la concession historique de l'OLP en 1988, qui s'est ensuite concr&#233;tis&#233;e par les accords d'Oslo, est un &#233;pisode dont le Hamas a tir&#233; des le&#231;ons tr&#232;s profondes, de diff&#233;rentes mani&#232;res, au cours de son existence. &#192; ses d&#233;buts, le Hamas &#233;tait assez na&#239;f en croyant que la concession faite par l'OLP ne se r&#233;pliquerait jamais en son sein, car le mouvement &#233;tait id&#233;ologiquement oppos&#233; &#224; la notion m&#234;me de partition. Il a cru na&#239;vement qu'il ne serait jamais plac&#233; dans une situation o&#249; il devrait &#233;galement accepter la notion de partition. Il pensait que l'islam et l'id&#233;ologie islamique fourniraient un appui id&#233;ologique suffisant pour lui permettre de repousser ou de survivre &#224; toutes les formes de pression qui l'obligeraient &#224; accepter la partition. Je dis qu'il s'agissait d'une croyance na&#239;ve parce qu'au fil des ann&#233;es, le Hamas a compris que le maintien de cette position d'opposition &#224; la partition &#233;tait un engagement beaucoup plus difficile &#224; tenir que ce qu'il avait anticip&#233; au d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; votre question, je pense que ce que le Hamas a appris de la concession historique de l'OLP, c'est que renoncer &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e et accepter la partition ne pouvait pas mener &#224; la lib&#233;ration. Au contraire, cela a conduit &#224; de nouvelles d&#233;faites et de nouvelles concessions. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les Palestinien.nes, au-del&#224; du Hamas, ont constat&#233; que m&#234;me apr&#232;s avoir c&#233;d&#233; 78 % de leurs terres historiques, la communaut&#233; internationale n'avait absolument pas fait pression pour qu'Isra&#235;l fasse &#224; son tour des concessions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le projet de colonisation isra&#233;lien s'est poursuivi. Les Palestinien.nes n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;.es par une quelconque forme d'autod&#233;termination. Au contraire, leurs concessions ont &#233;t&#233; utilis&#233;es pour affaiblir toute voix palestinienne susceptible d'obtenir des contreparties de la part d'Isra&#235;l. La le&#231;on durable que le Hamas a tir&#233;e de la trajectoire de l'OLP est donc que les concessions ne servent pas la cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette le&#231;on fa&#231;onne toujours la strat&#233;gie du Hamas ces derni&#232;res ann&#233;es : s'il peut envisager de n&#233;gocier avec Isra&#235;l, il persiste &#224; ne pas d&#233;poser les armes tant que les n&#233;gociations ne seront pas termin&#233;es. Contrairement &#224; l'OLP, qui a conc&#233;d&#233; et attendu une forme de r&#233;compense, le Hamas a compris que les parties oppos&#233;es ne feraient pas preuve de bonne foi et qu'il ne fallait pas entrer dans des n&#233;gociations depuis une position de faiblesse. Pour le mouvement, des concessions ou des n&#233;gociations ne serviront l'avanc&#233;e de la cause que si elles sont r&#233;alis&#233;es dans le cadre de la continuation de la r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Comment expliquer la d&#233;cision pour le mouvement national palestinien et l'OLP de faire cette concession et d'accepter m&#234;me de participer &#224; ce que l'on appelle par euph&#233;misme la coordination s&#233;curitaire avec Isra&#235;l ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; En conc&#233;dant la partition de la Palestine, l'OLP est entr&#233;e dans le jeu des n&#233;gociations diplomatiques. &#192; un moment donn&#233;, et je me r&#233;f&#232;re plus particuli&#232;rement aux n&#233;gociations de Madrid en 1991, les n&#233;gociateurs palestiniens ont fait pression pour garantir la cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien sur 22 % du territoire de la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous sommes oppos&#233;s &#224; la partition de la Palestine, il faut reconnaitre qu'&#224; un certain moment la concession de l'OLP aurait pu donner naissance &#224; un &#201;tat palestinien. Ceci a en r&#233;alit&#233; &#233;t&#233; enti&#232;rement remis en cause par les accords d'Oslo. Comme vous l'avez dit pr&#233;c&#233;demment, les accords d'Oslo ont permis au gouvernement isra&#233;lien d'obtenir de l'OLP la reconnaissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, mais en &#233;change, Isra&#235;l n'a fait que reconna&#238;tre l'OLP comme repr&#233;sentant l&#233;gitime du peuple palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords d'Oslo ne contenaient aucune disposition relative &#224; un &#201;tat palestinien, &#224; l'autod&#233;termination des Palestinien.nes, au droit au retour des r&#233;fugi&#233;.es ou &#224; l'arr&#234;t par Isra&#235;l de son projet de construction de colonies. Il s'agit d'une d&#233;faite majeure. Pour de nombreux Palestinien.nes, les accords d'Oslo repr&#233;sentaient la capitulation totale de l'OLP face aux exigences d'Isra&#235;l. C'est pour cela qu'Edward Said les a qualifi&#233;s de &#171; Versailles palestinien &#187; [en r&#233;f&#233;rence au trait&#233; de Versailles de 1919 qui a impos&#233; des conditions humiliantes &#224; l'Allemagne d&#233;faite].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a &#233;t&#233; institutionnalis&#233; par les accords d'Oslo, c'est la cr&#233;ation d'une entit&#233; gouvernementale appel&#233;e Autorit&#233; palestinienne. Th&#233;oriquement, l'Autorit&#233; palestinienne &#233;tait cens&#233;e &#234;tre l'embryon d'un futur &#201;tat palestinien mais, en r&#233;alit&#233;, il s'agissait essentiellement d'un bantoustan, d'une autorit&#233; qui s'engageait &#224; gouverner la population civile, tout en op&#233;rant dans le cadre g&#233;n&#233;ral de l'apartheid et de l'occupation isra&#233;lienne. Elle est donc devenue une autorit&#233; qui a &#339;uvr&#233; &#224; apaiser les Palestinien.nes tout en demeurant dans le cadre du r&#233;gime d'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie plusieurs choses. Tout d'abord, cela a permis &#224; Isra&#235;l de ne pas avoir &#224; s'occuper de la population civile palestinienne : ceci constitue une violation du droit international, qui stipule qu'une force d'occupation a la responsabilit&#233; de prendre en charge les civils sous son contr&#244;le. En assumant cette responsabilit&#233;, l'Autorit&#233; Palestine a donc permis &#224; Isra&#235;l de se d&#233;charger de ses responsabilit&#233;s en tant que force d'occupation. Dans ce sc&#233;nario, contrairement &#224; ce qui &#233;tait pr&#233;tendu devant la communaut&#233; internationale, &#224; savoir la mise en place des fondations d'un futur &#201;tat palestinien, l'Autorit&#233; palestinienne n'est devenue en r&#233;alit&#233; qu'une autorit&#233; exerc&#233;e sous occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et c'est le plus important, la situation induite par les accords d'Oslo a fractionn&#233; la communaut&#233; palestinienne et a emp&#234;ch&#233; que la lutte de lib&#233;ration se poursuive au nom de cette communaut&#233; toute enti&#232;re. Les r&#233;fugi&#233;.es palestinien.nes, les Palestinien.nes de la diaspora, les citoyen.nes palestinien.nes d'Isra&#235;l se sont retrouv&#233;.es exclu.es du mandat de l'Autorit&#233; palestinienne. Ainsi, au lieu d'&#234;tre porteuse d'un projet de lib&#233;ration au nom des Palestinien.nes en tant que peuple, l'Autorit&#233; palestinienne est devenue une autorit&#233; parlant au seul nom des Palestinien.nes sous occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ann&#233;es, l'OLP, aujourd'hui consid&#233;r&#233;e comme seul repr&#233;sentant l&#233;gitime du peuple palestinien, s'est transform&#233;e : elle est pass&#233;e d'un mouvement de lib&#233;ration anticolonial qui, &#224; son apog&#233;e, appelait &#224; la lib&#233;ration totale de la Palestine, &#224; une autorit&#233; qui gouverne une fraction des Palestinien.nes sous contr&#244;le isra&#233;lien. Elle s'est m&#234;me engag&#233;e &#224; assurer la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l par le biais de la &#171; coordination s&#233;curitaire &#187;. La formation de l'Autorit&#233; palestinienne a donc en fin de compte affaibli le projet de lib&#233;ration palestinienne, en le transformant en un simple projet de gouvernance dans le cadre de l'apartheid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; En 1994, sept ans avant que le Hamas ne lance sa premi&#232;re roquette sur Isra&#235;l, le mouvement a commis son premier attentat suicide, tuant sept Isra&#233;lien.nes. Comment expliquer que cette tactique soit apparue &#224; ce moment-l&#224;, juste apr&#232;s la signature des accords d'Oslo par l'OLP ? En effet, selon vous, l'opinion publique palestinienne s'opposait aux attentats suicides. Vous expliquez d'ailleurs qu'en Isra&#235;l les attentats ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par [Benjamin] Netanyahou, qui a r&#233;ussi &#224; devenir premier ministre pour la premi&#232;re fois en 1996. Evidemment, du point de vue du Hamas les autres formes d'action avaient toutes &#233;chou&#233;. L'issue des accords d'Oslo, qui m&#232;nent finalement &#224; un nouveau syst&#232;me de contr&#244;le de la part d'Isra&#235;l, vient d'ailleurs confirmer cette lecture. La question se pose n&#233;anmoins : pourquoi le choix des attentats-suicides &#224; ce moment pr&#233;cis ? Quelle &#233;tait la vision du Hamas en mati&#232;re de lutte arm&#233;e, y compris en ce qui concerne le ciblage des civil.es isra&#233;lien.nes ? Et quel rapport cette vision de la lutte arm&#233;e entretient-elle avec celle pr&#233;c&#233;demment promue par un mouvement de lib&#233;ration nationale dirig&#233; par des forces la&#239;ques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Je pense que le contexte dans lequel le Hamas se lance dans la lutte arm&#233;e comporte une diff&#233;rence fondamentale par rapport &#224; celui de l'OLP, puisque cette derni&#232;re coordonnait ses attaques depuis l'ext&#233;rieur d'Isra&#235;l. De fait, dans le cas de l'OLP, la grande majorit&#233; des combattants auxquels la r&#233;sistance arm&#233;e faisaient face &#233;taient des responsables militaires. L'OLP n'avait de toute fa&#231;on pas acc&#232;s aux civil.es juif.ves isra&#233;lien.nes, &#233;tant donn&#233; son impossibilit&#233; &#224; op&#233;rer sur le territoire isra&#233;lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'histoire de l'OLP contient &#233;galement des attaques contre des civil.es juif.ves, pas n&#233;cessairement des Isra&#233;lien.nes, par exemple lors de d&#233;tournements d'avions et dans d'autres contextes. Le discours a toujours consist&#233; &#224; dire qu'il s'agissait d'une tactique politique n&#233;cessaire afin de faire pression sur Isra&#235;l et les membres de la communaut&#233; internationale et de les emp&#234;cher d'ignorer la question de la Palestine. Chacun peut avoir son opinion quant &#224; la moralit&#233; des luttes de l'OLP, notamment les d&#233;tournements d'avions ou les massacres qu'elle a perp&#233;tu&#233;s &#8211; mais d'un point de vue strat&#233;gique, elle a r&#233;ussi &#224; placer la question palestinienne &#224; l'ordre du jour des affaires internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la tactique de l'attentat-suicide plus pr&#233;cis&#233;ment, elle a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e du r&#233;pertoire d'action du Hezbollah. En 1994, le gouvernement isra&#233;lien a organis&#233; le transfert de centaines de responsables et de membres du Hamas vers le Liban. Cela revenait &#224; une expulsion forc&#233;e en dehors des fronti&#232;res de l'&#201;tat de Palestinien.nes vivant sous l'occupation isra&#233;lienne. Cette mesure s'est retourn&#233;e contre Isra&#235;l : au lieu d'&#233;loigner le mouvement, de le placer loin des regards et des esprits, elle a braqu&#233; les projecteurs sur la situation difficile des Palestinien.nes et a permis au Hamas de commencer &#224; s'organiser aux c&#244;t&#233;s du Hezbollah au Liban. C'est l&#224; que le mouvement a recouru pour la premi&#232;re fois &#224; la tactique de l'attentat-suicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le mouvement a adopt&#233; cette tactique dans les ann&#233;es 1990, il s'est concentr&#233; sur une chose. Il cherchait &#224; saper les discussions d'Oslo, car il pensait, &#224; juste titre, que ces n&#233;gociations ne feraient pas progresser les droits des Palestinien.nes mais qu'elles consolideraient plut&#244;t les d&#233;faites palestiniennes. Le recours aux attentats-suicides a donc &#233;t&#233; tr&#232;s sp&#233;cifiquement utilis&#233; pour emp&#234;cher les n&#233;gociations et pour embarrasser l'OLP, qui s'&#233;tait assur&#233;e le contr&#244;le de territoires palestiniens et promettait la s&#233;curit&#233; aux juif.ves isra&#233;lien.nes. Le but &#233;tait &#233;galement de faire pression sur le gouvernement isra&#233;lien afin qu'il abandonne les n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait donc d'une tactique d'interf&#233;rence qui n'&#233;tait pas simple &#224; mettre en &#339;uvre. Elle a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses questions morales et strat&#233;giques au sein du mouvement. Mais r&#233;trospectivement, il s'agit d'une approche &#8211; consid&#233;rations &#233;thiques mises &#224; part &#8211; qui a r&#233;ussi dans son but de mettre &#224; mal les n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s difficile de dire si les n&#233;gociations auraient abouti &#224; la cr&#233;ation d'un v&#233;ritable &#201;tat palestinien s'il n'y avait pas eu ces attentats-suicides. Personnellement, je ne le pense pas. Je pense que le gouvernement isra&#233;lien &#233;tait d&#233;termin&#233; &#224; &#233;tendre son projet de colonisation envers et contre tout. Et nous comprenons aujourd'hui qu'Oslo &#233;tait un projet visant &#224; garantir une forme d'autonomie palestinienne, et non la cr&#233;ation d'un &#201;tat. Il n'en reste pas moins qu'&#224; l'&#233;poque, les attentats-suicides ont jou&#233; un r&#244;le consid&#233;rable dans l'&#233;chec des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE TOURNANT DE LA SECONDE INTIFADA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Comment le Hamas a-t-il r&#233;agi &#224; la seconde Intifada et comment ce nouveau soul&#232;vement a-t-il fa&#231;onn&#233; le mouvement national palestinien dans son ensemble, et la place qu'y occupe le Hamas en particulier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211; &lt;/strong&gt; La seconde Intifada est n&#233;e d'une p&#233;riode de profond d&#233;sespoir. Cela faisait une dizaine d'ann&#233;es que les Palestinien.nes et leurs dirigeants tentaient tout ce qui &#233;tait en leur pouvoir pour faire avancer leur cause : ils avaient m&#234;me reconnu l'&#201;tat d'Isra&#235;l pour essayer de s&#233;curiser les territoires palestiniens occup&#233;s. Or, pendant tout ce temps, l'&#201;tat d'Isra&#235;l continuait son projet de colonisation et renfor&#231;ait encore l'occupation. La date fix&#233;e pour la cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien ne cessait d'&#234;tre report&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que se sont tenues les n&#233;gociations de Camp David &#8211; l'ultime tentative des &#201;tats-Unis pour parvenir &#224; un accord portant sur toutes les questions relatives &#224; ce qu'ils appellent &#171; le statut final &#187;. Mais m&#234;me dans ce contexte, force est de constater que ce que les Isra&#233;liens &#233;taient pr&#234;ts &#224; proposer &#233;tait bien loin de r&#233;pondre aux exigences minimales du peuple palestinien. Il est d&#232;s lors devenu &#233;vident que toutes les n&#233;gociations avaient &#233;t&#233; totalement futiles et qu'en r&#233;alit&#233;, pour Isra&#235;l et son protecteur, les &#201;tats-Unis, elles n'avaient &#233;t&#233; qu'un moyen de continuer l'occupation sans n'imposer &#224; Isra&#235;l aucune responsabilit&#233; pour ses violations du droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque cette r&#233;alit&#233; devient flagrante, elle conduit &#224; une &#233;norme rupture au sein de la population palestinienne. Cette rupture, pr&#233;cipit&#233;e par la visite provocatrice du Premier ministre isra&#233;lien de l'&#233;poque, Ariel Sharon, &#224; la mosqu&#233;e Al-Aqsa de J&#233;rusalem, m&#232;ne &#224; un nouveau soul&#232;vement populaire et &#224; des actions de d&#233;sob&#233;issance civile dans l'ensemble des territoires occup&#233;s, selon des modalit&#233;s tr&#232;s similaires &#224; celles de la premi&#232;re Intifada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale diff&#233;rence &#233;tait que, lors de la premi&#232;re Intifada, qui &#233;tait rest&#233;e un mouvement de d&#233;sob&#233;issance civile populaire, Yitzhak Rabin [premier ministre isra&#233;lien de 1974 &#224; 1977 et de 1992 &#224; 1995] avait demand&#233; &#224; l'arm&#233;e de &#171; briser les os &#187; de tous les manifestant.es. La r&#233;ponse isra&#233;lienne &#224; la seconde Intifada reprend ce discours, mais cette fois-ci il ne s'agissait pas seulement de briser des os mais aussi de tirer &#224; balles r&#233;elles. Ainsi, tr&#232;s rapidement, d&#232;s le premier jour du soul&#232;vement, Isra&#235;l a utilis&#233; une force consid&#233;rable, des centaines de milliers de balles, contre des civil.es non arm&#233;.es qui se mobilisaient sur l'ensemble du territoire. Dans ce contexte, contrairement &#224; la premi&#232;re, la seconde Intifada s'est militaris&#233;e tr&#232;s rapidement, ce qui a entra&#238;n&#233; l'effondrement de toute possibilit&#233; de n&#233;gociations, du moins en ce qui concernait le Hamas, devenu le leader le plus visible au sein de la population palestinienne. Au cours des ann&#233;es 1990, le mouvement avait &#233;t&#233; cibl&#233; par la &#171; coordination s&#233;curitaire &#187; [entre Isra&#235;l et l'Autorit&#233; palestienienne], ce qui avait entra&#238;n&#233; le d&#233;mant&#232;lement d'une grande partie de son infrastructure. Mais dans les premiers mois de la seconde Intifada, il a &#233;t&#233; tr&#232;s rapidement capable de se mobiliser et s'est engag&#233; dans ce qu'il a appel&#233; la campagne de &#171; l'&#233;quilibre de la terreur &#187;. Cette campagne avait un objectif tr&#232;s clair. Le mouvement pensait qu'il pourrait forcer Isra&#235;l &#224; reculer et &#224; mettre fin &#224; son occupation par une guerre d'usure : il consid&#233;rait que s'il terrorisait suffisamment les civil.es isra&#233;lien.nes, celleux-ci demanderaient &#224; leur gouvernement de cesser l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message &#233;tait le suivant : &#171; Vous &#234;tes confront&#233;s &#224; des campagnes d'attentats-suicides dans vos rues et vous aspirez &#224; la s&#233;curit&#233; ? Mettez fin &#224; l'occupation &#187;. C'&#233;tait le message que le mouvement voulait faire passer. D'une certaine mani&#232;re, il s'agissait bien d'une guerre d'usure. Ainsi, chaque fois qu'Isra&#235;l envahissait les territoires occup&#233;s ou traitait la r&#233;sistance palestinienne avec brutalit&#233;, le Hamas lan&#231;ait des kamikazes dans les rues isra&#233;liennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour diverses raisons, cette situation du d&#233;but de la seconde Intifada s'est rapidement retourn&#233;e contre les Palestinien.nes, en particulier parce qu'elle se d&#233;roulait apr&#232;s les attaques du 11 septembre contre les &#201;tats-Unis, et que la doctrine de la guerre contre la terreur battait son plein. Les autorit&#233;s isra&#233;liennes ont r&#233;ussi &#224; convaincre l'administration am&#233;ricaine que la seconde Intifada &#233;quivalait au 11 septembre isra&#233;lien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; &#8230; et que toute r&#233;sistance palestinienne, particuli&#232;rement mais pas exclusivement le Hamas, faisait partie int&#233;grante du terrorisme islamique contre lequel les &#201;tats-Unis &#233;taient entr&#233;s dans une guerre existentielle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Exactement. Et cela voulait dire que le r&#233;gime isra&#233;lien avait essentiellement carte blanche pour agir et pouvait utiliser une force disproportionn&#233;e contre les Palestinien.nes. Ainsi, au lieu que les attentats-suicides poussent au retrait d'Isra&#235;l des territoires, ils ont en fait cr&#233;&#233; une dynamique d'enracinement des forces arm&#233;es isra&#233;liennes. C'est ainsi que l'on assiste aux plus grandes invasions des camps de r&#233;fugi&#233;.es, comme dans celui de J&#233;nine et d'autres dans toute la Cisjordanie. Isra&#235;l utilise toute sa force militaire pour revenir dans les territoires occup&#233;s qu'il avait ostensiblement c&#233;d&#233;s &#224; l'Autorit&#233; palestinienne. Il r&#233;investit tous les territoires et &#233;crase toute forme de r&#233;sistance palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette phase, les exigences du Hamas &#233;voluent. Plut&#244;t que la strat&#233;gie d'&#171; &#233;quilibre de la terreur &#187;, reposant sur des attentats suicides pour pousser Isra&#235;l &#224; renoncer &#224; son occupation, le Hamas commence &#224; envisager d'autres moyens d'interpeller les autorit&#233;s isra&#233;liennes. Le mouvement se concentre de plus en plus sur les territoires occup&#233;s : il cible les colons plut&#244;t que d'envoyer des kamikazes op&#233;rer &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res d'Isra&#235;l. Et il commence &#224; explorer d'autres formes de r&#233;sistance, y compris la r&#233;sistance politique et diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, les attaques du Hamas n'ont pas eu un effet dissuasif, comme le souhaitait le mouvement, mais plut&#244;t le contraire en provoquant des repr&#233;sailles isra&#233;liennes de plus en plus brutales. Celles-ci ont atteint de nouveaux sommets de violence avec l'invasion des camps de r&#233;fugi&#233;.es et de nombreuses attaques dans le cadre de l'op&#233;ration &#171; Bouclier d&#233;fensif &#187; en 2002. Cela dit, il est dans un m&#234;me temps difficile d'affirmer que le mouvement aurait d&#251; essayer d'autres m&#233;thodes, puisqu'Isra&#235;l n'a jamais donn&#233; une r&#233;elle chance &#224; des approches alternatives. En fait, et c'est une r&#233;alit&#233; r&#233;currente dans cette histoire et un th&#232;me cl&#233; de notre entretien, Isra&#235;l, avec le soutien des &#201;tats-Unis, ne cherche &#224; d&#233;montrer qu'une seule chose : qu'aucune m&#233;thode ne fonctionnera, et que la seule option est la capitulation. Dans ce contexte, ce que cherche le Hamas, c'est forcer Isra&#235;l &#224; remettre en question les moyens utilis&#233;s pour traiter la question palestinienne. Et, &#224; la fin de la deuxi&#232;me Intifada, plusieurs &#233;v&#233;nements allant dans ce sens prennent place, comme la d&#233;cision de Sharon de se d&#233;sengager de la bande de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, au sein du Hamas, l'engagement en faveur de la r&#233;sistance arm&#233;e commence &#224; se fissurer, et le mouvement commence &#224; penser qu'il existe peut-&#234;tre d'autres formes d'engagement, politique ou diplomatique, afin de garantir les droits des Palestinien.nes. Cependant, il demeure conscient que ces formes d'engagement ont &#233;chou&#233; dans le pass&#233; et qu'Isra&#235;l a &#233;touff&#233; toutes les initiatives palestiniennes autres que la lutte arm&#233;e. C'est la le&#231;on tir&#233;e de l'exemple de l'OLP, dont les concessions et le d&#233;p&#244;t des armes n'ont finalement men&#233; qu'&#224; une plus grande pr&#233;sence militaire isra&#233;lienne dans les territoires occup&#233;s. C'est ainsi que le Hamas commence &#224; explorer des perspectives d'engagement politique sans pour autant d&#233;poser les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA DEUXI&#200;ME STRAG&#201;GIE DU HAMAS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; En d&#233;pit de ce que vous venez de dire, ce sont pourtant toujours les Palestinien.nes et le Hamas qui sont pr&#233;sent&#233;s comme la partie intransigeante, celle qui ne veut pas n&#233;gocier&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; En fait, la puissance de l'attaque isra&#233;lienne contre les Palestinien.nes lors de la seconde Intifada a r&#233;v&#233;l&#233; au Hamas les limites de sa r&#233;sistance arm&#233;e. Il est devenu tr&#232;s clair pour le mouvement que la lib&#233;ration totale n'&#233;tait pas possible, tout du moins pas dans le rapport de forces de l'&#233;poque. Ainsi, au cours des cinq ann&#233;es de la seconde Intifada, le Hamas a initi&#233; de mani&#232;re tr&#232;s active et tr&#232;s ouverte des interventions politiques dans le but de limiter les pertes civiles, en r&#233;pondant aux attentes de la communaut&#233; internationale c'est-&#224;-dire en acceptant de limiter la Palestine aux territoires palestiniens occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A plusieurs reprises, le mouvement a propos&#233; une &lt;i&gt;hudna&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une tr&#234;ve, aux autorit&#233;s isra&#233;liennes selon la modalit&#233; suivante : &#171; Nous retirerons tous nos combattants si vous d&#233;mantelez l'occupation &#187;. Les cibles de la r&#233;sistance arm&#233;e se limitaient aux colons des territoires occup&#233;s &#8211; c'est-&#224;-dire qu'elle n'attaquait pas les civil.es juif.ves isra&#233;lien.nes vivant au sein des fronti&#232;res de la Palestine historique, mais uniquement les colons r&#233;sidant ill&#233;galement dans des colonies en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le mouvement a mentionn&#233; implicitement &#8211; et m&#234;me dans certains cas explicitement &#8211; la cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien dans les fronti&#232;res de 1967. Ceci &#233;quivalait donc &#224; accepter la demande officielle des autorit&#233;s isra&#233;liennes et de la communaut&#233; internationale : une solution &#224; deux &#201;tats. Et pourtant, plut&#244;t que de dialoguer avec le Hamas, plut&#244;t que d'essayer de limiter les morts de civil.es sur le terrain et de n&#233;gocier politiquement avec le Hamas, Isra&#235;l a tout mis en &#339;uvre pour continuer &#224; diaboliser le mouvement, le pr&#233;sentant comme un parti irrationnel qui ne proposait aucune solution viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e selon laquelle la seule fa&#231;on de traiter le Hamas (et les Palestinien.nes en g&#233;n&#233;ral) est de recourir &#224; la force militaire fait &#233;cho au traitement historique des Palestinien.nes par Isra&#235;l, et pr&#233;sage aussi des confrontations &#224; venir. En effet, historiquement, les Isra&#233;liens ont toujours essay&#233; de d&#233;politiser les mouvements palestiniens, en les pr&#233;sentant comme terroristes. C'est par exemple ce qu'ils ont fait avec le projet politique de l'OLP au Liban, afin de justifier l'invasion de Beyrouth en 1982. Plus r&#233;cemment, Isra&#235;l a refus&#233; toute discussion avec le Hamas sur le plan politique, pr&#233;f&#233;rant le d&#233;peindre comme un mouvement terroriste, et ce alors m&#234;me que le mouvement utilisait des moyens non violents pour d&#233;fendre les droits palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Suite au cessez-le-feu de 2005, Isra&#235;l a ordonn&#233; le retrait de huit mille colons qui contr&#244;laient 30 % des terres de la bande de Gaza. Le Hamas y a vu une victoire pour la r&#233;sistance, mais vous affirmez qu'Isra&#235;l y a vu un &#233;l&#233;ment d'une strat&#233;gie visant &#224; annexer la Cisjordanie. De ces deux strat&#233;gies, laquelle a effectivement &#233;t&#233; mise en &#339;uvre ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; C'&#233;tait les deux &#224; la fois. Le Hamas s'est appuy&#233; sur ce qu'il appelle le mod&#232;le du Hezbollah, c'est-&#224;-dire le mod&#232;le de r&#233;sistance que le Hezbollah a men&#233; contre les Isra&#233;liens et qui a finalement abouti &#224; l'abandon par Isra&#235;l de son contr&#244;le et de son occupation du Sud- Liban. Le Hamas a consid&#233;r&#233; le retrait par Isra&#235;l de huit mille colons de la bande de Gaza comme une victoire dans la mesure o&#249; il &#233;tait clair que l'&#201;tat &#233;tait incapable de supporter le co&#251;t du maintien de cette colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clairs : il s'agissait de huit mille colons qui contr&#244;laient 30 % du territoire et de deux millions de Palestiniens qui occupaient les 70 % restants. L'ampleur du confinement des Palestiniens pour faire de la place aux colons juif.ves &#233;tait donc extr&#234;me dans la bande de Gaza. Ces huit mille colons se trouvaient sur les terres les plus fertiles, b&#233;n&#233;ficiaient d'infrastructures &#233;tendues directement reli&#233;es &#224; Isra&#235;l et jouissaient d'une vie de banlieue europ&#233;enne avec piscines et pelouses, tandis que deux millions de Palestiniens vivaient tout autour, dans des camps de r&#233;fugi&#233;s d&#233;pourvus d'infrastructures et sans possibilit&#233; de se d&#233;placer. Il s'agit l&#224; des formes les plus brutales de l'apartheid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les colons se sont retir&#233;s et que la structure d'occupation d'Isra&#235;l a chang&#233; &#8211; c'est &#224; dire qu'elle s'est reconfigur&#233;e en blocus impos&#233; sur Gaza de l'ext&#233;rieur au lieu d'une occupation de l'int&#233;rieur pour prot&#233;ger les colons &#8211; le Hamas ne s'est pas fait d'illusions sur la fin de l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'une certaine mani&#232;re &#8211; et je n'aurais pas pu le dire avec autant de certitude il y a trois semaines &#8211; ce que nous avons vu le 7 octobre 2023 est le r&#233;sultat de la capacit&#233; du Hamas &#224; g&#233;rer cette bande de terre comme un &#171; territoire lib&#233;r&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le blocus signifie &#233;videmment que les Palestinien.nes sont toujours sous occupation, le Hamas jouit dans la bande de Gaza d'une autonomie relative que n'ont pas les Palestinien.nes de Cisjordanie, car l'arm&#233;e isra&#233;lienne envahit quotidiennement la Cisjordanie : elle lance des raids, terrorise les civils, d&#233;mant&#232;le toutes les formes d'organisation. C'est ce qui se passe en Cisjordanie, mais pas dans la bande de Gaza. Gaza &#233;tait donc un espace o&#249; le Hamas pouvait se concentrer sur le d&#233;veloppement de son infrastructure et des projets politiques, sociaux et militaires qui lui ont permis de mener l'offensive qu'il a lanc&#233;e en octobre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA VICTOIRE &#201;LECTORALE DU HAMAS EN 2006 ET SES CONS&#201;QUENCES&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; En 2005, le Hamas est entr&#233; dans l'ar&#232;ne &#233;lectorale pour la premi&#232;re fois de son histoire, en briguant le pouvoir au sein de l'Autorit&#233; palestinienne &#8211; d'abord lors des &#233;lections municipales, puis, en 2006, en remportant la majorit&#233; lors des &#233;lections l&#233;gislatives. Mais vous &#233;crivez que le Hamas voulait vraiment r&#233;former l'OLP plut&#244;t que de diriger une Autorit&#233; palestinienne qu'il consid&#233;rait &#224; juste titre comme un outil d'administration de l'occupation. Que cherchait &#224; obtenir le Hamas en voulant r&#233;former l'OLP, et pourquoi ? Si tel &#233;tait son objectif principal et qu'il consid&#233;rait l'Autorit&#233; palestinienne comme fondamentalement compromise, pourquoi a-t-il d&#233;cid&#233; de participer aux &#233;lections ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; C'est une question tr&#232;s importante, et je pense que c'est une question &#224; laquelle le Hamas s'est confront&#233; en interne, et je ne suis pas s&#251;r qu'il soit parvenu &#224; une r&#233;ponse v&#233;ritablement satisfaisante. Permettez-moi donc de rappeler quelques &#233;l&#233;ments. Tout d'abord, l'OLP est le seul repr&#233;sentant du peuple palestinien ; c'est ce que les Palestiniens ont obtenu avec les accords d'Oslo. Le Hamas et le Jihad islamique ont toujours &#233;t&#233; marginalis&#233;s par rapport &#224; l'OLP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout a donc &#233;t&#233; mis en &#339;uvre pour que ces partis n'int&#232;grent pas l'OLP. Historiquement, le Hamas a toujours refus&#233; cela et a estim&#233; qu'il jouissait d'une l&#233;gitimit&#233; suffisante au sein du peuple palestinien pour faire partie de cette organisation-parapluie qui rassemble tous les mouvements palestiniens luttant pour la lib&#233;ration. S'il a &#233;t&#233; marginalis&#233; par l'OLP, c'est en partie parce que cette derni&#232;re, en 1988 et jusqu'aux accords d'Oslo, a reconnu l'&#201;tat d'Isra&#235;l et accept&#233; le cadre d'Oslo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hamas est oppos&#233; &#224; ces accords. L'entr&#233;e du Hamas dans l'OLP signifierait que l'OLP devrait remettre en cause cette concession historique, ce qu'elle s'est refus&#233; de faire. Ainsi, en 2005 et 2006, des &#233;lections ont &#233;t&#233; impos&#233;es au peuple palestinien dans le contexte de la guerre contre le terrorisme : la pr&#233;sidence Bush s'est efforc&#233;e de cr&#233;er un leadership palestinien d&#233;mocratique. Les &#201;tats-Unis ont pouss&#233; &#224; l'organisation d'&#233;lections apr&#232;s l'assassinat ou la mort de nombreux dirigeants palestiniens de premier plan. Ils ont fait pression pour que des &#233;lections aient lieu au sein de l'Autorit&#233; palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hamas d&#233;clare alors que l'Autorit&#233; palestinienne est ill&#233;gitime. Ses dirigeants disent que les accords d'Oslo ont &#233;chou&#233;, qu'ils ne peuvent donc pas reconna&#238;tre les autorit&#233;s palestiniennes instaur&#233;es dans le cadre des accords d'Oslo. Si, malgr&#233; tout, ils se pr&#233;sentent &#224; ces &#233;lections, ils le font dans le contexte de l'apr&#232;s-seconde Intifada, &#224; un moment o&#249; les Palestiniens cherchent &#224; reconstruire leur projet politique apr&#232;s cette violence &#233;crasante qui a &#233;t&#233; utilis&#233;e contre eux &#8211; apr&#232;s la reconfiguration de l'occupation, apr&#232;s la mort de nombreux dirigeants palestiniens, y compris Arafat et d'autres. C'&#233;tait un moment de renaissance possible pour le projet de lib&#233;ration palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tort ou &#224; raison, le Hamas pensait pouvoir int&#233;grer l'Autorit&#233; palestinienne et, gr&#226;ce &#224; cet ancrage, r&#233;volutionner l'establishment politique palestinien. Il esp&#233;rait utiliser l'assise de l'Autorit&#233; palestinienne pour entrer r&#233;ellement dans l'OLP, ou ouvrir le d&#233;bat sur tous les principes fondamentaux que l'OLP avait accept&#233;s &#224; ce moment-l&#224;, y compris la reconnaissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Le mouvement &#233;tait convaincu qu'aucune n&#233;gociation n'&#233;tait possible apr&#232;s la seconde Intifada, compte tenu l'&#233;tat du projet politique palestinien. Cependant, le revers de la m&#233;daille est que ce n'&#233;tait pas l&#224; le point de vue d'Isra&#235;l, de l'OLP ou de la communaut&#233; internationale. Ces acteurs pensaient que le projet politique palestinien avait &#233;t&#233; suffisamment affaibli, et que c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le moment o&#249; ils pouvaient renforcer l'id&#233;e de l'Autorit&#233; palestinienne et reprendre les n&#233;gociations avec les Palestiniens sur une base encore plus r&#233;duite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une incompatibilit&#233; des attentes appara&#238;t d&#232;s lors. Le Hamas se pr&#233;sente aux &#233;lections, ce qui d&#233;clenche imm&#233;diatement une r&#233;action en cha&#238;ne. Tout d'abord, le Hamas est d&#233;mocratiquement &#233;lu lors d'&#233;lections encourag&#233;es par l'Union europ&#233;enne (UE) et les &#201;tats-Unis et jug&#233;es &#233;quitables par les observateurs internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Y compris par Jimmy Carter, qui &#233;tait pr&#233;sent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Oui, y compris par Jimmy Carter [pr&#233;sident des &#201;tats-Unis de 1977 &#224; 1981] et des observateurs de l'Union europ&#233;enne, qui disent que ces &#233;lections sont &#233;quitables. Le Hamas gagne d&#233;mocratiquement. Voil&#224; ce que produit la d&#233;mocratie palestinienne. Et, une fois de plus, je dois &#234;tre clair, il s'agit de Palestinien.nes sous occupation. Les r&#233;fugi&#233;.es palestiniens, la diaspora et les citoyen.nes palestiniens d'Isra&#235;l ne votent pas, mais c'est le choix que les Palestinien.nes ont fait en 2006 pour diverses raisons. La r&#233;ponse de la communaut&#233; internationale est de se lancer dans des tentatives de &#171; changement de r&#233;gime &#187; (&lt;i&gt;regime change&lt;/i&gt;) &#8211; de commencer &#224; pr&#233;parer un coup d'&#201;tat pour saper le parti &#233;lu et r&#233;tablir le Fatah, qui est le parti qui s'est engag&#233; &#224; n&#233;gocier dans le cadre de l'apartheid isra&#233;lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;paratifs prennent la forme d'un soutien financier, militaire et diplomatique dirig&#233; contre le Hamas et en faveur du Fatah. Pendant un an environ, le Hamas tente de surmonter cette tentative de coup d'&#201;tat et de cr&#233;er une Autorit&#233; palestinienne unie, qui int&#232;gre m&#234;me le Fatah au sein de l'instance dirigeante. Il tente de cr&#233;er une Autorit&#233; palestinienne qui accepte les exigences internationales, reconna&#238;t un &#201;tat palestinien sur la base des fronti&#232;res de 1967, accepte la partition d'une certaine mani&#232;re et fait des concessions majeures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de s'occuper de ces questions, la communaut&#233; internationale, par le biais de ce qu'elle appelle le cadre du Quartet [&#201;tats-Unis, Russie, Union europ&#233;enne, ONU], pose les m&#234;mes conditions que celles qu'elle avait auparavant pos&#233;es &#224; l'OLP &#8211; renoncer &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e, reconna&#238;tre l'&#201;tat d'Isra&#235;l et accepter les accords d'Oslo &#8211; alors que ces conditions ne sont ni appliqu&#233;es ni accept&#233;es par Isra&#235;l, qui utilise toujours la force arm&#233;e contre les civils, sape les accords d'Oslo et continue d'&#233;tendre ses colonies de peuplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'une tentative visant &#224; marginaliser le Hamas, et cela fonctionne. Elle facilite une guerre civile entre le Hamas et le Fatah et aboutit &#224; une situation o&#249; le Hamas prend le contr&#244;le de la bande de Gaza et o&#249; le Fatah devient l'autorit&#233; dirigeante en Cisjordanie. C'est alors que la division institutionnelle et politique au sein des territoires palestiniens commence &#224; s'installer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Comment le Hamas a-t-il remport&#233; ces &#233;lections ? A-t-il gagn&#233; les &#233;lecteur.ices en raison de sa r&#233;sistance &#224; Isra&#235;l, ou plut&#244;t pour des raisons de bonne gouvernance et de critique incessante de la corruption du Fatah, ou encore pour les deux, d'une mani&#232;re peut-&#234;tre interd&#233;pendante ? Et comment le Hamas envisageait-il de faire de la politique d'une mani&#232;re qui combinait la gouvernance et la r&#233;sistance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Il y a eu beaucoup de sp&#233;culations sur la fa&#231;on dont le Hamas a remport&#233; ces &#233;lections. L'une des positions que nous entendons souvent est qu'il a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un vote de protestation contre le Fatah. Pour situer le contexte, le Fatah a perdu beaucoup de sa l&#233;gitimit&#233;, non seulement parce qu'il s'est engag&#233; dans des n&#233;gociations qui ne m&#232;nent manifestement nulle part, mais aussi parce que ses dirigeants sont de plus en plus corrompus et ne s'expriment pas au nom de ce que veulent les Palestinien.nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment des &#233;lections, c'&#233;tait un parti qui vivait sur sa gloire pass&#233;e, qui n'&#233;tait plus en phase avec les Palestinien.nes. Toutefois, je pense que pr&#233;senter la victoire &#233;lectorale du Hamas comme un vote de protestation contre le Fatah minimise ce qui s'est r&#233;ellement pass&#233;. Le Hamas a pr&#233;sent&#233; un programme politique tr&#232;s coh&#233;rent et astucieux, ax&#233; sur la n&#233;cessit&#233; de mettre fin &#224; la corruption de l'Autorit&#233; palestinienne. Il a donc pr&#244;n&#233; la r&#233;forme, s'est oppos&#233; &#224; la corruption et s'est concentr&#233; sur les besoins des Palestinien.nes sous occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, il s'est vraiment rapproch&#233; des Palestinien.nes vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Mais la r&#233;sistance du Hamas est &#233;galement soutenue par les Palestinien.nes. Il peut y avoir des diff&#233;rences id&#233;ologiques, car tous les Palestinien.nes ne sont pas islamistes, &#233;videmment, et aussi des diff&#233;rences tactiques, car tous les Palestinien.nes ne sont pas favorables au ciblage des civils [isra&#233;liens]. Mais l'id&#233;e d'une r&#233;sistance qui s'attaque &#224; Isra&#235;l par la force est quelque chose que les Palestinien.nes appr&#233;cient, car ils et elles la consid&#232;rent comme une forme de d&#233;fense contre la violence coloniale agressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Palestiniens, l'id&#233;e d'une &#171; coordination s&#233;curitaire &#187; et d'une collaboration signifie accepter une situation dans laquelle des civils palestinien.nes sont tu&#233;.es quotidiennement, sans possibilit&#233; de riposte ni forme de protection. Ainsi, le projet de r&#233;sistance du Hamas, &#224; l'&#233;poque et aujourd'hui, est toujours quelque chose que les Palestinien.nes admirent et appr&#233;cient parce qu'ils et elles consid&#232;rent qu'il les prot&#232;ge de la force isra&#233;lienne. Tous ces facteurs r&#233;unis ont permis au Hamas d'obtenir une position tr&#232;s solide lors des &#233;lections, et je dois dire qu'il a &#233;t&#233; beaucoup plus efficace en termes de mobilisation et d'organisation que le Fatah au cours de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour ce qui est de la deuxi&#232;me partie de votre question sur la gouvernance, je pense que le Hamas &#233;tait profond&#233;ment ambivalent &#224; ce sujet. Je ne pense pas que le Hamas voulait &#233;merger en tant qu'autorit&#233; gouvernante. D'une certaine mani&#232;re, la victoire &#233;lectorale a &#233;t&#233; une surprise, m&#234;me pour le Hamas. Ce que le mouvement voulait faire, &#224; mon sens, c'&#233;tait reconstituer l'id&#233;e m&#234;me de gouvernance, l'&#233;loigner des pratiques de l'administration de l'Autorit&#233; Palestinienne pour l'orienter vers la r&#233;sistance : comment mobiliser les gens sous occupation pour qu'ils et elles cessent d'imaginer qu'ils et elles ont une bonne vie et qu'ils et elles commencent &#224; se concentrer sur la r&#233;sistance &#224; l'occupation ? Telle &#233;tait leur id&#233;e de la gouvernance. Et d'une certaine mani&#232;re, c'est ce que nous voyons dans la bande de Gaza dans l'espace qu'ils ont effectivement gouvern&#233; au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE HAMAS DANS LA G&#201;OPOLITIQUE DU MOYEN-ORIENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Nous devons maintenant faire une pause dans l'histoire pour parler de la place du Hamas dans l'ordre g&#233;opolitique r&#233;gional. Traditionnellement, le Hamas d&#233;pend du soutien de l'Iran et de la Syrie, et aussi du Hezbollah en tant que puissant alli&#233; militaire &#224; la fronti&#232;re nord d'Isra&#235;l. C'&#233;tait du moins la dynamique qui pr&#233;valait jusqu'&#224; ce que le &#171; printemps arabe &#187; vienne compliquer les choses. Comment le soutien et l'opposition au Hamas se sont inscrits dans la g&#233;opolitique r&#233;gionale depuis la fin des ann&#233;es 1980 jusqu'au soul&#232;vement de la place Tahrir au Caire [en 2011] ? Et comment ces manifestations massives contre les r&#233;gimes en place &#224; travers le monde arabe &#8211; qui ont, entre autres, bri&#232;vement port&#233; leurs alli&#233;s des Fr&#232;res musulmans au pouvoir au Caire &#8211; ont-elles chang&#233; la dynamique g&#233;opolitique pour le Hamas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Le Hamas et l'OLP avant lui ont donc toujours compris qu'en tant qu'organisation et peuple disposant de peu de ressources, les Palestinien.nes devaient compter sur des parrains dans la r&#233;gion pour obtenir un soutien financier, militaire et diplomatique. Le Hamas &#233;tait en fait tr&#232;s dou&#233; pour obtenir ce soutien de la part de diff&#233;rentes instances. Au cours de son existence, il s'est donc engag&#233; dans des discussions avec l'&#201;gypte, l'Arabie saoudite, le Liban, la Jordanie, la Syrie, l'Iran, le Qatar et la Turquie. Ce processus a toujours connu des hauts et des bas, et le mouvement a souvent jou&#233; certains de ces m&#233;c&#232;nes contre les autres. Mais ce qu'il a toujours su faire, c'est s'assurer que son projet ne s'&#233;tende jamais au-del&#224; de son objectif imm&#233;diat, &#224; savoir la lib&#233;ration de la terre de Palestine. En d'autres termes, le Hamas n'a jamais &#233;t&#233; coopt&#233;, pour autant que je sache, pour intervenir dans d'autres guerres pour le compte de ses soutiens r&#233;gionaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hamas entretenait de bonnes relations avec l'Arabie saoudite, la Turquie et d'autres pays. Les choses ont commenc&#233; &#224; changer et sont devenues assez tumultueuses apr&#232;s le d&#233;but des r&#233;volutions au Moyen-Orient. Deux &#233;l&#233;ments ont jou&#233; un r&#244;le majeur. Premi&#232;rement, au d&#233;but des r&#233;volutions, le Hamas &#8211; qui se consid&#232;re toujours comme un mouvement tr&#232;s li&#233; &#224; la population en raison de son infrastructure sociale &#8211; s'est align&#233; sur le peuple syrien contre le r&#233;gime de [Bashar] al-Assad, ce qui a cr&#233;&#233; une fissure majeure. Son aile politique, qui &#233;tait bas&#233;e &#224; Damas, a &#233;t&#233; expuls&#233;e de Syrie. Et le financement qu'il recevait de l'Iran, qui est bien s&#251;r un alli&#233; du r&#233;gime Assad, a &#233;t&#233; brusquement interrompu au moment o&#249; le Hamas gouvernait Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; expuls&#233; de Syrie, il a transf&#233;r&#233; son bureau politique au Qatar et a commenc&#233; &#224; n&#233;gocier d'autres formes de financement. C'est donc l'un des grands changements qui s'est produit apr&#232;s le d&#233;but des r&#233;volutions. Par ailleurs, dans les premiers jours et les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, les Fr&#232;res musulmans sont arriv&#233;s au pouvoir en &#201;gypte. [Mohamed] Morsi a &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;mocratiquement pr&#233;sident [en juin 2012] et le mouvement a tr&#232;s vite pris le train en marche. Certains commentateurs y ont vu une forme de renaissance islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce que nous n'avons pas encore mentionn&#233; &#8211; mais la plupart des auditeurs le savent d&#233;j&#224; sans doute &#8211; c'est que l'&#201;gypte est fondamentalement complice du blocus [de Gaza] en maintenant le point de passage de Rafah ferm&#233;, ou presque. Lorsque le blocus a &#233;t&#233; instaur&#233;, il a eu pour effet d'&#233;trangler compl&#232;tement le Hamas. &#192; l'&#233;poque, le mouvement a investi beaucoup de ressources pour creuser des tunnels reliant la bande de Gaza &#224; la p&#233;ninsule du Sina&#239;, en passant par Rafah. Ces tunnels sont devenus une v&#233;ritable bou&#233;e de sauvetage pour le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Hosni] Moubarak [l'ancien pr&#233;sident &#233;gyptien] &#233;tait complice du r&#233;gime isra&#233;lien pour ce qui est de l'instauration du blocus contre la bande de Gaza. Mais il a ferm&#233; les yeux sur les tunnels. Ainsi, pendant les ann&#233;es Moubarak, le Hamas &#233;tait toujours en mesure d'acheminer des marchandises et des personnes par les tunnels situ&#233;s sous le poste-fronti&#232;re de Rafah. Lorsque Morsi est arriv&#233; au pouvoir, la situation a &#233;videmment chang&#233; de mani&#232;re radicale. Les tunnels &#8211; et pas seulement les tunnels mais le poste-fronti&#232;re de Rafah lui-m&#234;me &#8211; sont devenus beaucoup plus perm&#233;ables. Le blocus a &#233;t&#233; en quelque sorte all&#233;g&#233;. La complicit&#233; du r&#233;gime &#233;gyptien avec Isra&#235;l autour de la bande de Gaza a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e, ce qui explique la liesse des Palestinien.nes de Gaza &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voyait des affiches &#224; l'effigie de Morsi partout dans la bande de Gaza. On pensait que l'id&#233;e que les Palestinien.nes resteraient sous blocus &#233;tait d&#233;sormais fondamentalement remise en question et qu'ils et elles auraient un protecteur r&#233;gional qui s'opposerait &#224; l'apartheid isra&#233;lien et au blocus. Mais la tournure des &#233;v&#233;nements en &#201;gypte a rapidement mis fin &#224; cette id&#233;e. En fait, lorsque [Abdel Fattah] al-Sissi est arriv&#233; au pouvoir, l'une de ses premi&#232;res initiatives a &#233;t&#233; de bloquer tous les tunnels, de raser une grande partie des zones autour de Rafah et de renforcer le blocus, ce qui nous am&#232;ne &#224; la situation actuelle : le r&#233;gime de al-Sissi est activement complice du blocus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA CRISE DU HAMAS AU POUVOIR&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Les accusations de al-Sissi selon lesquelles le Hamas soutient les militants salafistes op&#233;rant dans le Sina&#239; sont une erreur &#224; bien des &#233;gards. Nous n'en avons pas beaucoup parl&#233;, mais le Hamas est th&#233;ologiquement et id&#233;ologiquement oppos&#233; au salafisme antinational et nihiliste d'Al-Qa&#239;da ou de l'&#201;tat islamique. Il a d'ailleurs r&#233;prim&#233; &#224; plusieurs reprises les activit&#233;s de Daech &#224; Gaza et fait de la propagande contre sa th&#233;ologie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Absolument. Et le mouvement est en fait tr&#232;s strict &#224; ce sujet. Il ne tol&#232;re aucune forme d'id&#233;ologie qui s'engage dans la violence comme fin en soi ou la violence transnationale que nous voyons dans des organisations comme Daech ou d'autres. Il lutte activement contre les r&#233;seaux salafistes dans la bande de Gaza et s'est engag&#233; par le pass&#233; dans des programmes &#233;ducatifs pour tenter de d&#233;tourner les jeunes de ce type de propagande sur les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, l'amalgame entre les Fr&#232;res musulmans et ces organisations est sinistre, et il est fait en fonction d'un agenda politique tr&#232;s particulier, qui est de pr&#233;senter les propositions &#233;manant de partis islamiques comme une forme de terreur transnationale. Apr&#232;s le coup d'&#201;tat qui a renvers&#233; le gouvernement Morsi, le r&#233;gime de al-Sissi s'est malheureusement ralli&#233; au discours d&#233;politis&#233; sur le terrorisme islamique, accusant le Hamas d'&#234;tre &#224; l'origine des troubles dans la p&#233;ninsule du Sina&#239;, et il s'en sert pour justifier le blocage de la bande de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; En 2014, le Hamas cherchait activement &#224; se d&#233;charger de ses responsabilit&#233;s gouvernementales. Pourquoi voulait-il cesser de gouverner la bande de Gaza et pourquoi Isra&#235;l &#233;tait-il si d&#233;termin&#233; &#224; faire en sorte que cela ne se produise pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211; &lt;/strong&gt; &#192; l'&#233;poque, Isra&#235;l ne souhaitait pas que cela se produise, pour la simple raison qu'il voulait qu'une entit&#233; gouvernementale stabilise la bande de Gaza et l'exon&#232;re de la responsabilit&#233; de s'occuper de deux millions de Palestiniens sous occupation. Isra&#235;l croyait fermement qu'il avait suffisamment endigu&#233; le Hamas et limit&#233; son influence &#224; la bande de Gaza. Il a fait le calcul que quelques roquettes tous les deux mois valaient le prix du maintien de Gaza sous blocus et de la stabilisation du Hamas dans la bande de Gaza. C'est quelque chose qu'Isra&#235;l pouvait administrer et tol&#233;rer relativement facilement. Il voulait donc s'assurer que le Hamas reste au pouvoir. Comme vous l'avez dit, il est amusant de faire un saut dans le temps, et d'entendre maintenant le discours isra&#233;lien selon lequel le Hamas a toujours &#233;t&#233; l'&#233;quivalent de Daech et qu'il doit &#234;tre d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a bien s&#251;r pas de diff&#233;rence entre le Hamas de cette &#233;poque et le Hamas actuel. Mais du point de vue de la sph&#232;re politique isra&#233;lienne, la diff&#233;rence est que le Hamas n'&#233;tait pas aussi fort ou aussi explicite dans sa r&#233;sistance que le Hamas actuel, apr&#232;s le 7 octobre. Et le probl&#232;me ici, c'est la r&#233;sistance. Le probl&#232;me est que, pour Isra&#235;l, les Palestinien.nes n'ont pas le droit de r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l voulait maintenir le Hamas en tant qu'autorit&#233; gouvernementale. Dans l'apr&#232;s-Morsi, avec les lignes d'approvisionnement du Hamas par les tunnels devenus inaccessibles, une grave crise financi&#232;re s'en est suivie. Le mouvement est devenu incapable de fournir des services aux Palestinien.nes de Gaza, et ces derniers ont commenc&#233; &#224; se retourner contre lui et &#224; voir dans le Hamas la raison de leurs souffrances. Bien s&#251;r, les Gazaoui.es comprennent que le blocus est la raison fondamentale, mais le blocus est quelque chose dont il n'ont pas leur pouvoir de se d&#233;barrasser. Alors que le Hamas, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le mouvement devient la cible de la col&#232;re dans la bande de Gaza. Pour revenir &#224; ce que je disais pr&#233;c&#233;demment, le Hamas a toujours &#233;t&#233; fondamentalement ambivalent en mati&#232;re de gouvernance. Il ne voulait gouverner que dans la mesure o&#249; il &#233;tait capable d'utiliser sa gouvernance pour mettre en &#339;uvre un projet politique palestinien engag&#233; dans la r&#233;sistance. En 2014, tous ces &#233;l&#233;ments signifiaient que la gouvernance entravait en fait le Hamas : il &#233;tait incapable de continuer &#224; fonctionner comme une autorit&#233; efficace en raison des contraintes financi&#232;res, ou de mener un projet de r&#233;sistance vraiment efficace contre les Isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; &#192; ce moment-l&#224;, en 2014, le Hamas respectait un cessez-le-feu en vigueur depuis 2012, depuis l'op&#233;ration &#171; Pilier de d&#233;fense &#187; men&#233;e par Isra&#235;l contre Gaza. Cela a montr&#233; que le Hamas pouvait contr&#244;ler et emp&#234;cher les tirs de roquettes depuis Gaza, tant de la part des soldats du Hamas que de ceux d'autres mouvements comme le Jihad islamique. Mais vous &#233;crivez que les politiques isra&#233;liennes d'agression se sont poursuivies sans rel&#226;che. En fait, elles se sont intensifi&#233;es cette ann&#233;e-l&#224;. Isra&#235;l a lanc&#233; l'op&#233;ration &#171; Bordure protectrice &#187;, qui, selon vous, repr&#233;sentait une nouvelle escalade dans l'attaque d'Isra&#235;l contre la vie des civils. Pendant ce temps, les frappes a&#233;riennes rasaient des immeubles d'habitation entiers, un peu comme ce que nous voyons aujourd'hui : 2 200 Palestinien.nes ont &#233;t&#233; tu&#233;s, dont 1 492 civils et 551 enfants. Vous avez affirm&#233; qu'il s'agissait du plus grand nombre de victimes civiles qu'Isra&#235;l ait inflig&#233; aux Palestinien.nes au cours d'une ann&#233;e depuis 1967 ; le nombre exceptionnellement &#233;lev&#233; d'enfants de moins de 16 ans a donn&#233; lieu &#224; des accusations selon lesquelles Isra&#235;l ciblait syst&#233;matiquement la jeunesse de Gaza. Expliquez-nous cette longue s&#233;rie de conflits, de guerres ou d'assauts depuis 2007 jusqu'&#224; la veille de la r&#233;cente op&#233;ration du Hamas. Les op&#233;rations militaires d'Isra&#235;l contre Gaza sont-elles devenues plus extr&#234;mes et plus &#233;crasantes au fil du temps, ou s'agit-il simplement d'un sch&#233;ma plus coh&#233;rent, comme l'expression &#171; tondre la pelouse &#187; utilis&#233;e par les services de s&#233;curit&#233; isra&#233;liens pourrait le sugg&#233;rer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Ce qu'Isra&#235;l a fini par appeler &#171; tondre la pelouse &#187; &#233;tait fondamentalement une doctrine visant &#224; saper de mani&#232;re intermittente les capacit&#233;s militaires du Hamas. A quelques mois ou ann&#233;es d'intervalle, Isra&#235;l lan&#231;ait une op&#233;ration visant th&#233;oriquement l'infrastructure militaire du Hamas. Au cours des premi&#232;res ann&#233;es du Hamas au pouvoir, la puissance de feu du mouvement n'&#233;tait pas aussi d&#233;velopp&#233;e qu'elle le deviendra par la suite. D'une certaine mani&#232;re, les attaques militaires isra&#233;liennes &#233;taient donc moins s&#233;v&#232;res que par la suite. Mais je pense qu'il est important de dire que les attaques militaires d'Isra&#235;l sur la bande de Gaza ne se sont jamais concentr&#233;es uniquement sur l'infrastructure militaire, en raison de la nature de la bande de Gaza, de la densit&#233; de sa population et de sa configuration sur le terrain, qui consiste essentiellement en une s&#233;rie de camps de r&#233;fugi&#233;s reli&#233;s les uns aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hamas op&#233;rait dans des zones civiles et Isra&#235;l y r&#233;pondait par une force disproportionn&#233;e qui visait &#224; saper ses capacit&#233;s militaires, mais aussi la d&#233;termination du Hamas, et celle des Palestinien.nes de Gaza en g&#233;n&#233;ral, &#224; poursuivre la r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, Isra&#235;l s'est donc efforc&#233; d'ajouter des co&#251;ts civils &#224; ses assauts militaires. Ce qui commence &#224; changer en 2014, c'est qu'Isra&#235;l commence &#224; employer une doctrine appel&#233;e la &#171; doctrine Dahiya &#187;. Il s'agit d'une doctrine qu'Isra&#235;l a utilis&#233;e contre les Palestinien.nes au Liban dans le pass&#233;, et qui se r&#233;f&#232;re sp&#233;cifiquement &#224; Dahiya, qui se trouve au Sud-Liban. C'est une zone r&#233;sidentielle tr&#232;s peupl&#233;e, o&#249; Hezbollah avait install&#233; une grande partie de sa direction politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine en question consistait &#224; raser les immeubles r&#233;sidentiels et &#224; attaquer sans distinction les zones civiles afin d'infliger un lourd tribut au Hezbollah. C'est une doctrine qu'Isra&#235;l a ensuite employ&#233;e en 2014. Il s'agit toujours de &#171; tondre la pelouse &#187;, une op&#233;ration consid&#233;r&#233;e comme une tentative r&#233;currente d'affaiblir les capacit&#233;s militaires du Hamas. Mais en raison de la mani&#232;re dont l'assaut de 2014 a commenc&#233; &#8211; il &#233;tait par exemple clair que le Hamas poss&#233;dait une capacit&#233; de tir de roquettes sup&#233;rieure &#224; celle de 2008 -, le blocus a &#233;t&#233; instaur&#233; peu de temps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait des difficult&#233;s int&#233;rieures de Netanyahou &#224; l'&#233;poque, le gouvernement devait se montrer beaucoup plus exigeant. Il a donc lanc&#233; une attaque de 51 jours qui a &#233;t&#233; brutale et, pour les Palestinien.nes, plus brutale que tout ce qui avait &#233;t&#233; mis en &#339;uvre auparavant. Dans le cadre de cette strat&#233;gie, les Isra&#233;liens ont dirig&#233; leurs tirs sur des immeubles d'habitation. Ils ont commenc&#233; &#224; raser certaines des plus hautes tours de Gaza, dans les zones les plus dens&#233;ment peupl&#233;es, ce qui a constitu&#233; une &#233;volution tr&#232;s choquante pour les Palestinien.nes et pour Gaza. Et d'une certaine mani&#232;re, c'est en partie la raison pour laquelle, pendant les ann&#233;es qui ont suivi, le Hamas s'est montr&#233; plus actif pour limiter la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Pourriez-vous expliquer le mode de gouvernance du Hamas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211; &lt;/strong&gt; Le Hamas a &#233;volu&#233; en fonction des s&#233;quence politiques ; apr&#232;s avoir remport&#233; les &#233;lections, en 2006, il a tr&#232;s activement tent&#233; de mettre en avant un programme politique inclusif. Il a, par exemple, essay&#233; d'int&#233;grer le Fatah dans la structure gouvernementale. Je ne pense pas que le Hamas soit totalement oppos&#233; &#224; une politique pluraliste. Le probl&#232;me est que lorsqu'il engage des discussions aujourd'hui avec le Fatah &#8211; disons en vue d'&#233;ventuels accords de r&#233;conciliation &#8211; il croit fondamentalement que le projet du Fatah est bas&#233; sur la capitulation palestinienne. Il a donc adopt&#233; une position ferme contre un certain pluralisme ou du moins une forme de cohabitation politique avec le Fatah. Je pense donc que les accords de r&#233;conciliation entre les deux mouvements sont au point mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vraiment important de situer la gouvernance du Hamas dans le contexte du blocus. Elle est limit&#233;e dans ce qu'elle peut faire ou pas, ce qui signifie qu'elle est loin d'&#234;tre id&#233;ale. Je la qualifierais d'&#171; autoritarisme mou &#187;, car le mouvement a certainement sap&#233; le pluralisme politique. Il n'a pas permis, par exemple, la mobilisation ou l'organisation du Fatah &#224; Gaza. Cela s'explique en partie &#8211; sans vouloir le justifier &#8211; par un certain degr&#233; de parano&#239;a. La mobilisation pass&#233;e du Fatah avait pour but, apr&#232;s les &#233;lections de 2006, d'initier un coup d'&#201;tat et de saper l'acc&#232;s d&#233;mocratique au pouvoir du Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement a &#233;galement fait preuve d'autoritarisme sous d'autres formes. Il a r&#233;prim&#233; les activit&#233;s sociales. Il n'y a pas beaucoup de libert&#233; d'expression et d'organisation dans la bande de Gaza, et des mesures de r&#233;pression ont &#233;t&#233; prises &#224; l'encontre des manifestant.es &#224; plusieurs reprises au cours des seize derni&#232;res ann&#233;es. Je pense donc qu'il est important de critiquer les d&#233;faillances dans l'exercice du pouvoir de la part du Hamas tout en les repla&#231;ant dans le contexte des d&#233;fis particuliers pos&#233;s par l'occupation et plus particuli&#232;rement le blocus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE CONTEXTE DE L'ATTAQUE DU 7 OCTOBRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; Quel &#233;tait le contexte de l'op&#233;ration du Hamas et pourquoi a-t-elle &#233;t&#233; ressentie comme un point de rupture du statu quo ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Il y a &#224; la fois la question du contexte g&#233;n&#233;ral et celle du moment imm&#233;diat. Le contexte g&#233;n&#233;ral est celui d'un Hamas qui, d'une certaine mani&#232;re, &#233;tait effectivement endigu&#233; et qui commen&#231;ait &#224; limiter l'action de r&#233;sistance dans la bande de Gaza, certainement celle &#233;manant d'autres mouvements comme le Jihad islamique et d'autres, afin de maintenir le calme. Pour les Isra&#233;liens et d'autres, cela ressemblait &#224; une forme de &#171; coordination s&#233;curitaire &#187; et &#224; une r&#233;duction du pouvoir du Hamas, qui le confinait &#224; la bande de Gaza, sans trop de perturbation pour les civils isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette p&#233;riode, le Hamas n'a jamais chang&#233; d'id&#233;ologie, contrairement au Fatah, dont la &#171; coordination s&#233;curitaire &#187; est fond&#233;e sur la reconnaissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l et la partition de la Palestine. Le Hamas n'a jamais c&#233;d&#233; sur le plan id&#233;ologique, et c'est pourquoi je soutiens dans mon livre que si l'endiguement a &#233;t&#233; efficace, il pouvait se r&#233;v&#233;ler temporaire, car le Hamas pouvait toujours revenir &#224; sa v&#233;ritable id&#233;ologie, qui souligne l'importance de la lutte arm&#233;e pour la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte plus large est que l'endiguement du Hamas a rendu le r&#233;gime d'apartheid &#224; la fois plus vicieux et plus acceptable au niveau international et r&#233;gional. Plus vicieux dans le sens o&#249; il y a davantage de restrictions sur la bande de Gaza, davantage d'attaques de colons contre les Palestinien.nes en Cisjordanie, davantage de remise en cause du statu quo &#224; J&#233;rusalem, davantage d'agitation au sein m&#234;me d'Isra&#235;l pour accro&#238;tre les exactions et la violence &#224; l'encontre des communaut&#233;s palestiniennes. Isra&#235;l, sous le gouvernement fasciste de droite le plus explicite qu'il ait jamais eu, met maintenant en avant des projets de colonisation et de nettoyage ethnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la pr&#233;sidence de [Joe] Biden se rapproche d'Isra&#235;l, en appliquant un programme d'exemption de visa pour les citoyen.nes de ce pays et en faisant avancer les accords de normalisation avec l'Arabie Saoudite. Il s'agit donc d'une s&#233;rie affligeante d'&#233;v&#233;nements o&#249; les Palestinien.nes sont de plus en plus expos&#233;.es &#224; la violence coloniale isra&#233;lienne tandis qu'Isra&#235;l est de mieux en mieux accueilli sur le plan politique et diplomatique. C'est dans ce contexte que le Hamas choisit de d&#233;mentir l'id&#233;e qu'il a &#233;t&#233; endigu&#233; et de r&#233;appara&#238;tre en tant que parti arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le calendrier du passage &#224; l'acte, nous devons garder &#224; l'esprit qu'il s'agissait clairement d'une op&#233;ration planifi&#233;e de longue date. Je pense que plusieurs facteurs ont d&#233;termin&#233; le moment pr&#233;cis de son d&#233;clenchement. Le plus important &#224; mes yeux, d'autres pourraient ne pas &#234;tre d'accord, est la faiblesse per&#231;ue de l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Le fait qu'il y ait eu autant de r&#233;servistes protestant contre les r&#233;formes [du syst&#232;me judiciaire] que le gouvernement Netanyahou voulait mettre en &#339;uvre signifiait que l'arm&#233;e n'avait jamais &#233;t&#233; aussi faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait, de la part des militaires, un certain degr&#233; de suffisance, car ils pensaient vraiment avoir r&#233;ussi &#224; r&#233;primer la r&#233;sistance dans la bande de Gaza. L'arm&#233;e a donc en quelque sorte laiss&#233; tomber sa capacit&#233; d'intervention dans l'ensemble de la bande de Gaza et s'est concentr&#233;e sp&#233;cifiquement sur la protection des colons tout en d&#233;ployant sa violence contre les Palestinien.nes en Cisjordanie. Du point de vue du Hamas, c'&#233;tait le bon moment pour agir militairement, pour infliger le co&#251;t maximal &#224; l'arm&#233;e isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; La &#171; Marche du retour &#187; de 2018 et 2019 &#224; la barri&#232;re de Gaza a donn&#233; lieu &#224; des manifestations non violentes de masse, auxquelles Isra&#235;l a r&#233;pondu en tuant plus de 200 personnes et en en blessant des milliers d'autres. Le mouvement de boycott, de d&#233;sinvestissement et de sanctions (BDS), une strat&#233;gie classique de r&#233;sistance non violente, a &#233;galement &#233;t&#233; f&#233;rocement diabolis&#233; et r&#233;prim&#233;. Comment est-il possible de mener un d&#233;bat strat&#233;gique s&#233;rieux dans un contexte o&#249; Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis font tout ce qui est en leur pouvoir pour s'assurer que toute strat&#233;gie possible &#233;chouera ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211; &lt;/strong&gt; Je pense que c'est vraiment l&#224; o&#249; nous en sommes avec l'establishment politique isra&#233;lien et les pr&#233;sidences &#233;tatsuniennes : &#171; un bon Palestinien est un Palestinien mort ou un Palestinien silencieux &#187;. Toutes les formes de r&#233;sistance sont combattues par la force ; les boycotts, le d&#233;sinvestissement et la r&#233;sistance &#233;conomique sont qualifi&#233;s d'antis&#233;mites ou de terroristes. Les politiciens isra&#233;liens qualifient de terrorisme l&#233;gal le fait de s'adresser &#224; la Cour p&#233;nale internationale ou &#224; la Cour internationale de justice. Et m&#234;me l'&#233;criture, la culture ou le plaidoyer dans les universit&#233;s sont consid&#233;r&#233;s comme une forme de terrorisme intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous voyons en r&#233;alit&#233;, c'est une tentative de faire dispara&#238;tre les Palestinien.nes, parce que c'est la seule chose que les Isra&#233;liens peuvent accepter. En r&#233;alit&#233;, Isra&#235;l est un &#201;tat colonial, et dans les &#201;tats coloniaux, les autochtones doivent dispara&#238;tre, ils et elles doivent &#234;tre &#233;limin&#233;s &#8211; sans quoi ils et elles continuent &#224; rappeler l'injustice qui demeure au c&#339;ur de la cr&#233;ation de cet &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible qu'Isra&#235;l et les colons isra&#233;liens ne comprennent pas que le fondement de leur &#201;tat est le nettoyage ethnique. Ils peuvent le justifier par le fait qu'il s'est produit dans un contexte de guerre, mais il n'en reste pas moins que la pr&#233;sence des Palestinien.nes rappelle les fondements de leur &#201;tat. Ainsi, plut&#244;t que d'affronter cette histoire et cette r&#233;alit&#233; politique que les Palestinien.nes mettent sur la table, Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis, au fil des pr&#233;sidences successives, se sont attach&#233;s &#224; faire en sorte que les Palestinien.nes soient d&#233;politis&#233;.es &#8211; qu'ils et elles soient accept&#233;.es uniquement comme un peuple qui vit avec certains droits civiques, tranquillement, avec gratitude, et que toute forme de revendication politique de sa part soit r&#233;prim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au 7 octobre, l'ann&#233;e en cours a &#233;t&#233; la plus meurtri&#232;re pour les Palestinien.nes. Plus de cinquante enfants avaient &#233;t&#233; assassin&#233;s par les forces isra&#233;liennes avant le 7 octobre. Mais cette question ne figurait nulle part &#224; l'ordre du jour dans le reste du monde. D'aucuns diront que la r&#233;sistance arm&#233;e a permis d'inscrire cette question &#224; l'ordre du jour, mais qu'elle a ensuite d&#233;clench&#233; le nettoyage ethnique et le g&#233;nocide des Palestinien.nes. C'est exact. Mais le Hamas a probablement consid&#233;r&#233; l'alternative comme une mort lente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Palestinien.nes continuaient &#224; &#234;tre asphyxi&#233;s dans la bande de Gaza et &#224; voir des civils tu&#233;s jour apr&#232;s jour sans que personne ne dise rien. L'incapacit&#233; &#224; traiter la politique au c&#339;ur de la question palestinienne revient &#224; dire que nous acceptons la mort des Palestinien.nes et que c'est un juste prix &#224; payer pour maintenir Isra&#235;l en tant qu'&#201;tat juif. Malheureusement, cela ne sera pas viable, car les Palestinien.nes r&#233;sisteront toujours tant qu'ils et elles existeront en tant que peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PENSER LA D&#201;COLONISATION DE LA PALESTINE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Denvir &#8211; A quoi ressemblait la d&#233;colonisation de la Palestine selon vous ? &#192; quoi ont men&#233; les d&#233;bats sur la mani&#232;re de lib&#233;rer la Palestine au cours de la longue histoire du mouvement national palestinien ? Et dans quelles directions pourraient-ils, en ce moment sombre, s'orienter ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq Baconi &#8211;&lt;/strong&gt; Je pense que ces enjeux sont plus importants que jamais en ce moment, et je crois fermement que la d&#233;colonisation en Palestine d&#233;pendra du contexte. Nous avons appris de l'Alg&#233;rie et de l'Afrique du Sud, mais aucun de ces exemples n'offre la solution &#224; la lib&#233;ration palestinienne. Nous devons faire le gros du travail en tant que Palestinien.nes et alli&#233;s pour comprendre ce que la d&#233;colonisation signifie pour nous. Et cela n'est pas seulement sp&#233;cifique &#224; la Palestine, c'est quelque chose d'universel. Nous vivons au 21e si&#232;cle. La Palestine est l'un des deux derniers &#201;tats d'apartheid coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fis auxquels les Palestinien.nes sont confront&#233;.es sont sp&#233;cifiques &#224; la Palestine, mais ils ont &#233;galement des implications universelles qui touchent &#224; l'oppression raciale, au pouvoir et &#224; la domination. Nous le voyons d&#233;j&#224; : ce qui s'est pass&#233; le 7 octobre lance de nouveaux d&#233;bats &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale et mondiale. La Palestine est donc, d'une certaine mani&#232;re, au centre de ce que signifie pour nous la r&#233;flexion sur la d&#233;colonisation, ce que signifie pour nous l'entr&#233;e dans un monde postcolonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, la d&#233;colonisation, si elle veut &#234;tre efficace, ne sera pas fond&#233;e sur des effusions de sang et des meurtres de civils. Il s'agira d'un processus fond&#233; sur le d&#233;mant&#232;lement d'une structure d'oppression. Et bien s&#251;r, il y aura de la violence dans ce processus. Je ne pense pas qu'il y ait de lutte anticoloniale qui ne soit pas violente, mais il y a une diff&#233;rence entre la r&#233;sistance arm&#233;e et le type d'effusion de sang qui pourrait &#233;chapper &#224; tout contr&#244;le en l'absence d'un projet politique, id&#233;ologique et strat&#233;gique efficace. Et je pense que c'est le travail que nous devons faire : d&#233;terminer quel projet peut porter une strat&#233;gie efficace de d&#233;colonisation et la faire avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par Daniel Denvir sur Jacobin Radio dans le cadre de la s&#233;rie de podcast &lt;i&gt;The Dig&lt;/i&gt;. Daniel Denvir est chercheur &#224; l'Institut Watson de l'universit&#233; Brown (Etats-Unis) et animateur de&lt;i&gt; The Dig&lt;/i&gt;. Une transcription a &#233;t&#233; initialement publi&#233;e le 5 novembre 2023 dans Jacobin (Etats-Unis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction et intertitres par &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;. Illustration : &lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://commons.wikimedia.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Diviser pour r&#233;gner, Comment Isra&#235;l a aid&#233; &#224; l'&#233;tablissement du Hamas pour affaiblir les espoirs des Palestiniens d'avoir leur propre &#201;tat</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Diviser-pour-regner-Comment-Israel-a-aide-a-l-etablissement-du-Hamas-pour</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Diviser-pour-regner-Comment-Israel-a-aide-a-l-etablissement-du-Hamas-pour</guid>
		<dc:date>2023-10-31T10:49:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Amy Goodman, Tareq Baconi</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-10-31</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l - Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ces derniers jours, Isra&#235;l a aussi arr&#234;t&#233; et d&#233;tient 750 Palestiniens.nes dont des &#233;lus.es et des journalistes. &lt;br class='autobr' /&gt; Democracy Now, 20 octobre 2023 Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr &lt;br class='autobr' /&gt;
Amy Godman : (&#8230;) Isra&#235;l amplifie ses attaques dans les territoires occup&#233;s. L'arm&#233;e isra&#233;lienne a tu&#233; 13 Palestiniens dans un raid contre Nur Shams, un camp de r&#233;fugi&#233;s.es pr&#232;s de la ville de Tulkarm. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces derniers jours, Isra&#235;l a aussi arr&#234;t&#233; et d&#233;tient 750 Palestiniens.nes dont des &#233;lus.es et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-10-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-10-31&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Israel-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Israel-Palestine-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l - Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/palestine23-2-9bc8f.jpg?1701876893' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derniers jours, Isra&#235;l a aussi arr&#234;t&#233; et d&#233;tient 750 Palestiniens.nes dont des &#233;lus.es et des journalistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Democracy Now, 20 octobre 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amy Godman : (&#8230;) Isra&#235;l amplifie ses attaques dans les territoires occup&#233;s. L'arm&#233;e isra&#233;lienne a tu&#233; 13 Palestiniens dans un raid contre Nur Shams, un camp de r&#233;fugi&#233;s.es pr&#232;s de la ville de Tulkarm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours, Isra&#235;l a aussi arr&#234;t&#233; et d&#233;tient 750 Palestiniens.nes dont des &#233;lus.es et des journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi soir, le Pr&#233;sident Biden a donn&#233; une courte allocution depuis son bureau ovale. Il demande au Congr&#232;s de voter en faveur de 14 milliards de dollars d'aide &#224; Isra&#235;l, de 60 pour l'Ukraine et un autre montant pour Ta&#239;wan. Selon un reportage du HuffPost, il y aurait &#171; une mutinerie en d&#233;veloppement &#187; au D&#233;partement d'&#201;tat &#224; propos de sa politique envers Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rejoignons &#224; New York Tareq Baconi, analyste et &#233;crivain palestinien pr&#233;sident du conseil d'administration de Al-Shabaka, le Palestinian Policy Network et qui a fait partie du International Crisis Group sur Isra&#235;l/Palestine &#224; titre d'analyste s&#233;nior. Son dernier article, publi&#233; dans The New York Revue, est intitul&#233; : Gaza Without Pretenses : For years Isra&#235;l and Hamas maintained an unstable equilibrium that kept the Gaza Strip contained. But,it was always likely to be temporary. Il est aussi l'auteur d'un ouvrage intitul&#233; : Hamas Contained : The Rise and Pacification of Palestine Resistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tareq, soyez le bienvenu sur Democracy Now. (&#8230;) (Que pensez-vous) de la situation actuelle ? Aux derni&#232;res nouvelles, il semble bien qu'une invasion terrestre soit imminente. La fronti&#232;re &#224; Rafah est toujours ferm&#233;e m&#234;me si un accord a permis &#224; 20 camions d'entrer &#224; Gaza depuis l'&#201;gypte mais ceux et celles qui sont &#224; l'int&#233;rieur, les groupes m&#233;dicaux entre autres, disent que 100 camions par jour ne suffiraient m&#234;me pas devant les besoins durant cette crise.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tareq Baconi : Amy, la situation dans la bande de Gaza est assez sinistre. Ce que nous voyons maintenant n'est en fait que la continuation des effets du blocus complet impos&#233; par Isra&#235;l sur ce territoire qui dure depuis 16 ans. Apr&#232;s l'attaque du Hamas le 7 octobre dernier, Isra&#235;l a d&#233;cr&#233;t&#233; ce qu'il appelle un si&#232;ge total. Cela veut dire qu'il emp&#234;che l'entr&#233;e de l'eau, du carburant, de l'&#233;lectricit&#233; et des m&#233;dicaments dans la bande de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une forme de punition collective. &#192; Gaza, vivent 2 millions 300 mille Palestiniens.nes. Les deux tiers de ces gens sont des r&#233;fugi&#233;s.es qui ont perdu leurs lieux de vie dans ce qui est maintenant Isra&#235;l (en 1948,dans la foul&#233;e de la cr&#233;ation d'Isra&#235;l. N.D.T.). La moiti&#233; environ sont des mineurs.es, des enfants. C'est une forme de punition collective qui ne repose que sur leur d&#233;shumanisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes mis devant une r&#233;alit&#233; : l'aide humanitaire est devenue un argument politique, l'aide &#224; la population civile est li&#233;e &#224; des buts politiques. Tous les efforts vers une d&#233;sescalade ont &#233;t&#233; bloqu&#233;s par les &#201;tats-Unis. Leur v&#233;to &#224; la r&#233;solution du Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies hier indiquent qu'ils sont d'accord pour laisser Isra&#235;l bombarder la bande de Gaza et continuer &#224; &#233;trangler la population avec le refus d'entr&#233;e de l'aide humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.G. : Expliquez-nous, ce qu'&#233;tait cette r&#233;solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T.B. : Elle a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e par le Br&#233;sil et appelait &#224; une d&#233;sescalade et un cessez-le-feu imm&#233;diats. Il s'agissait d'un cessez-le&#8211;feu humanitaire qui impliquait un arr&#234;t des bombardements de la part d'Isra&#235;l pour permettre &#224; l'aide d'entrer &#224; Gaza et un all&#232;gement des restrictions relatives &#224; cette aide. Mais nous constatons que tout continue comme d'habitude, les &#201;tats-Unis ayant bloqu&#233; la r&#233;solution. Depuis, toutefois, une entente est intervenue qui permet l'entr&#233;e de 20 camions ce qui est vraiment moins que le minimum n&#233;cessaire pour le soutien &#224; la population ; il y a encore des obstacles &#224; l'entr&#233;e des camions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons aussi comprendre que la population de Gaza a &#233;t&#233; oblig&#233;e par Isra&#235;l d'&#233;vacuer la majeure partie du nord de la bande. C'est le d&#233;placement forc&#233; de plus d'un million cent mille personnes du territoire le plus dens&#233;ment peupl&#233; du monde. Toute forme d'&#233;vacuation est impossible. Il n'y a nulle part o&#249; aller pour ces gens. Les Palestiniens.nes ne peuvent partir o&#249; que ce soit. Ce qui signifie que les bombardements ordonn&#233;s par les autorit&#233;s isra&#233;liennes sur ce territoire les tuent par milliers. Et contrairement aux attaques pr&#233;c&#233;dentes, cette fois Isra&#235;l est tr&#232;s clair : il veut cibler les infrastructures civiles, les ambulances, les centres m&#233;dicaux et les cliniques. Et on rapporte de l&#224;-bas, que les bombardements sont au hasard sans distinction de quoi que ce soit, intentionnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.G. : Voici une intervention du Premier ministre Netanyahu, mardi dernier, &#224; propos du Hamas : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Netanyahu : Ils font partie de l'axe du mal : Iran, Hezbollah et Hamas. Leur but explicite est d'&#233;radiquer l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Le but exprim&#233; par le Hamas est de tuer un maximum de Juifs. La seule diff&#233;rence ici, c'est qu'ils les auraient tu&#233;s jusqu'au dernier s'ils avaient pu. Tout simplement, ils ne le peuvent pas. Mais, extraordinairement ils ont tu&#233; 1,300 civils.es, ce qui selon les termes am&#233;ricains repr&#233;sente plusieurs, vraiment plusieurs 11 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.G. : (&#8230;) Tareq Baconi, vous qui avez &#233;crit Hamas Contained, que r&#233;pondez-vous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T.B. : Cette fa&#231;on de dire a &#233;t&#233; employ&#233;e par Isra&#235;l et par les &#201;tats-Unis pour diaboliser le Hamas. Elle repose compl&#232;tement sur un effort pour d&#233;politiser la lutte palestinienne pour pr&#233;senter toute forme de r&#233;sistance contre ce qui est un puissant et violent apartheid comme du terrorisme. Elle donne carte blanche &#224; Isra&#235;l pour continuer &#224; traiter la question palestinienne et r&#233;pondre &#224; la revendication de sa population pour le respect de ses droits inali&#233;nables, par la force et la doctrine de la s&#233;curit&#233;. Les liens que fait le Pr&#233;sident Biden autour de l'attaque du 7 octobre avec le 11 septembre (aux &#201;tats-Unis) donne clairement carte blanche &#224; Isra&#235;l pour faire ce qu'il veut dans la bande de Gaza. Et cette affirmation que toutes les le&#231;ons apprises apr&#232;s cet &#233;v&#233;nement (doivent &#234;tre retenues) &#8230; Elles sont vraiment perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce langage n'a rien de nouveau. Les gouvernements isra&#233;liens successifs ont li&#233; la r&#233;sistance palestinienne de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et le Hamas particuli&#232;rement, au 11 septembre et au terrorisme. Ces liens ont permis de renforcer et resserrer l'occupation. Ce qu'il faut comprendre en ce moment, c'est qu'il ne s'agit pas, de la part d'Isra&#235;l, d'une tentative d'&#233;touffer ou de d&#233;truire le Hamas sp&#233;cifiquement. C'est la poursuite du nettoyage ethnique dans la bande de Gaza et au-del&#224;, car nous pouvons observer une mont&#233;e de la violence dans les territoires occup&#233;s. Tenter de lier le Hamas et les attaques du 11 septembre ne sert qu'&#224; cacher la poursuite des tendances g&#233;nocidaires que l'establishment politique isra&#233;lien professait d&#233;j&#224; avant le 7 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.G. : Donc, les militaires isra&#233;liens.nes semblent s'accrocher &#224; cette analyse quand ils parlent de l'attaque du 7 octobre et des 1,300 personnes tu&#233;es. Le Pr&#233;sident Biden aussi y adh&#232;re fortement. Plus de 200 otages sont d&#233;tenus.es par le Hamas et il semble que la majorit&#233; soit en vie selon le gouvernement isra&#233;lien qui ajoute qu'ils servent de bouclier humain au Hamas. Le commandement militaire isra&#233;lien d&#233;clare avoir feu vert pour entrer dans Gaza quand il sera pr&#234;t. Le ministre de l'&#233;conomie, dans une entrevue sur ABC News, parlant des otages, a d&#233;clar&#233;, que leur survie &#233;tait secondaire &#224; l'&#233;radication du Hamas. Avez-vous &#233;t&#233; surpris par les attaques du 7 octobre ? Et parlez-nous de ce que dit Isra&#235;l en ce moment et de ce qui arrive &#224; Gaza. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T.B. : Les attaques du 7 octobre ont &#233;t&#233; une surprise totale pour quelqu'un comme moi qui &#233;tudie le Hamas depuis longtemps. Mais je pense que &#231;a a &#233;t&#233; le cas aussi pour beaucoup de Palestiniens.nes de la bande de Gaza et probablement pour les dirigeants.es du Hamas. Ce n'est pas le moment de l'attaque, non plus la nature de l'offensive ni comment cela s'est d&#233;roul&#233; qui &#233;taient &#233;tonnants. Le plus surprenant a &#233;t&#233; surtout l'ampleur de l'attaque, et l'habilet&#233; du Hamas &#224; p&#233;n&#233;trer le territoire contr&#244;l&#233; par Isra&#235;l autour de la bande de Gaza et la longueur de temps que les membres du Hamas et de d'autres groupes ont pu passer dans les villes isra&#233;liennes. Il faut savoir que la plupart des Palestiniens.nes et bien d'autres, partagent un mythe &#224; propos de l'invincibilit&#233; d'Isra&#235;l, que son territoire est imp&#233;n&#233;trable au moins depuis la bande de Gaza et que son arm&#233;e est sans comparaison. Probablement que la direction du Hamas avait cela en t&#234;te en pr&#233;parant l'attaque. Et au lieu de d&#233;fense r&#233;elle de la part d'Isra&#235;l, nous avons assist&#233; &#224; l'&#233;miettement de ce mythe. Nous avons pu constater la r&#233;alit&#233; : l'arm&#233;e isra&#233;lienne n'est pas invincible, et il est parfaitement possible de forcer le blocus de Gaza. Le Hamas a pu d&#233;faire ce mythe de l'invincibilit&#233; tr&#232;s, tr&#232;s vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que l'ampleur de l'attaque et le nombre d'otages ramen&#233;s.es &#224; Gaza a d&#233;pass&#233; les attentes du Hamas. Ce qui veut aussi dire que ce que nous observons comme repr&#233;sailles en ce moment d&#233;passe aussi ce qu'il avait anticip&#233;. Je ne dis pas qu'il n'ait pas anticip&#233; les repr&#233;sailles, car il y en a toujours eues depuis 16 ans, qui servaient &#224; l'&#233;quilibre entre Isra&#235;l et le Hamas quand il tentait, avec des roquettes ou autres moyens de faire &#233;liminer ou all&#233;ger des restrictions maintenues par le blocus. Car ce blocus est une forme de violence qui &#233;trangle les 2 millions de Palestiniens.nes de Gaza. Isra&#235;l r&#233;pond avec une force militaire disproportionn&#233;e avec la mort de milliers de personnes sur ce territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l s'est toujours attendu &#224; ce que la situation soit d&#233;fendable, qu'elle puisse durer et il a adopt&#233; la doctrine militaire dite &#171; la tonte du gazon &#187; qu'il ferait de temps en temps et qu'ainsi l'&#233;quilibre pourrait durer ind&#233;finiment. Le 7 octobre nous avons vu que le Hamas a bris&#233; l'&#233;quilibre en disant : &#171; le calme et la s&#233;curit&#233; de vos citoyens.nes ne peuvent durer tant que vos bottes continuent &#224; peser sur nos gorges. Les Palestiniens.nes n'accepteront pas leur emprisonnement en silence &#187;. Donc l'&#233;quilibre ancien est maintenant termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.G. : Je veux vous demander de nous expliquer le r&#244;le d'Isra&#235;l dans la prise du pouvoir par le Hamas. En 2009, Avner Cohen, un ancien fonctionnaire des affaires religieuses en Isra&#235;l, qui a travaill&#233; &#224; Gaza plus de 20 ans, a d&#233;clar&#233; &#224; The Wall Street Journal : &#171; &#192; mon grand regret, le Hamas est une cr&#233;ature d'Isra&#235;l &#187;. Un autre ancien fonctionnaire isra&#233;lien, le brigadier g&#233;n&#233;ral Yitzhak Segev a d&#233;clar&#233; qu'on lui avait d&#233;f&#233;r&#233; un budget pour aider &#224; financer les mouvements islamistes de Gaza de fa&#231;on &#224; contrer Yasser Arafat et son mouvement, le Fatah. Et un autre ancien membre de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, M. David Hacham a aussi d&#233;clar&#233; : &#171; Quand je revois la chaine des &#233;v&#233;nements, je pense que nous avons fait erreur. Mais &#224; l'&#233;poque personne n'a pens&#233; aux possibles r&#233;sultats &#187;. Que r&#233;pondez-vous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T.B. : &#192; l'origine, le Hamas est une &#233;manation du chapitre des Fr&#232;res musulmans dans la bande de Gaza qui n'&#233;tait pas un parti politique. C'&#233;tait une organisation sociale. Les forces d'occupation d'Isra&#235;l lui avait donn&#233; le droit d'intervenir &#224; Gaza et dans les territoires occup&#233;s. Donc, les Fr&#232;res musulmans avaient le droit d'agir dans la bande de Gaza. Lors de son lancement en 1987, le Hamas est devenu un parti politique et militaire. Il s'est engag&#233; activement dans la r&#233;sistance contre l'occupation. Les politiques du gouvernement isra&#233;lien ont chang&#233; ; &#233;videmment il &#233;tait moins dispos&#233; &#224; laisser le Hamas op&#233;rer. Mais cela n'a pas emp&#234;ch&#233; ces autorit&#233;s d'encourager et promouvoir des tactiques de division pour r&#233;gner entre le mouvement islamiste national, donc le Hamas et le mouvement nationaliste la&#239;que autour du Fatah. Globalement, les forces coloniales ont toujours us&#233; de telles tactiques et de toute &#233;vidence, Isra&#235;l ne fait pas exception. Il a donc atteint directement et implicitement les r&#233;sultats de sa politique &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est devenu probl&#233;matique en 2007, quand le Hamas apr&#232;s avoir gagn&#233; les &#233;lections en 2006, est arriv&#233; au pouvoir. Isra&#235;l, avec le concours des &#201;tats-Unis, a tent&#233; de changer ce r&#233;gime ce qui a favoris&#233; le d&#233;clenchement d'une guerre civile entre le Hamas et le Fatah qui a permis au Hamas de s'arroger le pouvoir dans la bande de Gaza. Depuis ce moment, les autorit&#233;s isra&#233;liennes ont accept&#233; qu'il &#233;tait le gouvernement de Gaza. Ce calcul prend en compte qu'il y a 2 millions de Palestiniens.nes dans Gaza. C'est un enjeu d&#233;mographique pour Isra&#235;l qui voulait s&#233;parer la bande des territoires historiques de la Palestine pour renforce son objectif de demeurer un &#201;tat &#224; majorit&#233; juive. En retirant 2 millions d'entre eux de la population palestinienne dont les deux tiers sont des r&#233;fugi&#233;s.es revendiquant leur droit au retour, Isra&#235;l peut clamer &#234;tre un &#201;tat juif et une d&#233;mocratie. Il peut aussi restructurer son r&#233;gime d'apartheid. Pour arriver &#224; faire cela, il a consenti &#224; maintenir le gouvernement du Hamas mais en installant le blocus sur la bande de Gaza parce que le Hamas y &#233;tait au pouvoir. La communaut&#233; internationale a accept&#233; cet arrangement ; le Hamas &#233;tant qualifi&#233; d'organisation terroriste, d'axe du mal, le blocus avait tout son sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les responsables politiques ne comprennent pas, c'est qu'Isra&#235;l s'est engag&#233; dans un blocus autour de la bande de Gaza et a tent&#233; de se d&#233;barrasser de sa population longtemps avant que le Hamas ne soit devenu un parti. Mais sa prise du pouvoir a &#233;t&#233; le pr&#233;texte voulu pour qu'Isra&#235;l en fasse un territoire &#224; part. Et pour y arriver il fallait qu'il acquiesce et, d'une certaine fa&#231;on, rende le Hamas capable de maintenir sa position et de gouverner. Cela lui a aussi permis de renforcer ses efforts pour maintenir la division dans le leadership palestinien en jouant sa politique de &#171; diviser pour r&#233;gner &#187; entre l'Autorit&#233; palestinienne et le Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.G. : En ce moment m&#234;me, qu'aimeriez-vous voir arriver, Tareq Baconi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T.B. : La d&#233;sescalade est ce qui doit arriver au plus t&#244;t. Les leaders mondiaux, sp&#233;cifiquement les &#201;tats-Unis et l'administration Biden, doivent comprendre que nous ne sommes pas devant des repr&#233;sailles contre le Hamas. Nous sommes devant l'entreprise d'Isra&#235;l de poursuivre sa campagne de nettoyage ethnique, une continuation de la Nakba qui a commenc&#233; en 1948 et qui persiste ici et l&#224;. Ce que nous voyons c'est une rupture importante dans le nettoyage ethnique quotidien dans les territoires occup&#233;s et &#224; J&#233;rusalem est, tout comme dans la bande de Gaza. Ce qui se passe en ce moment c'est le passage du nettoyage ethnique quotidien continu &#224; une entreprise plus concentr&#233;e pour se d&#233;barrasser des millions de Palestiniens.es. Il faut une d&#233;sescalade et assurer que l'aide humanitaire arrive &#224; Gaza parce que c'est la population civile qui souffre le plus. Ce serait un premier pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre pas est de reconnaitre qu'Isra&#235;l est un r&#233;gime d'apartheid qui maintient sa domination sur des millions de Palestiniens.nes. C'est le seul pouvoir souverain sur la terre historique de Palestine qui n'accorde de droits qu'aux citoyens.nes de d&#233;nomination juive, pas aux Palestiniens.nes. Ce qui s'est pass&#233; le 7 octobre t&#233;moigne du fait que cette situation ne peut plus durer. Il faut refuser l'id&#233;e que les am&#233;ricains et les pouvoirs r&#233;gionaux ont toujours eue &#224; savoir qu'Isra&#235;l peut continuer &#224; agir en toute impunit&#233; sans qu'il en co&#251;te rien &#224; ses citoyens.nes. Je ne crois pas que ce paradigme puisse durer plus longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.M. : Tareq Baconi, je vous remercie beaucoup d'avoir &#233;t&#233; avec nous. (&#8230;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*****&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Abonnez-vous &#224; notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir acc&#232;s aux articles publi&#233;s chaque semaine. &lt;/h2&gt;
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		<title>Ce que veut dire Apartheid dans le cas d'Isra&#235;l</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ce-que-veut-dire-Apartheid-dans-le-cas-d-Israel-50775</link>
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		<dc:date>2021-12-14T12:34:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tareq Baconi</dc:creator>


		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-12-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un consensus croissant s'est form&#233; autour du terme &#8211; non comme une comparaison rh&#233;torique avec l'Afrique du Sud, mais pour d&#233;crire un syst&#232;me de domination construit sur la partition de la Palestine. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; le 9 d&#233;cembre 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les historiens du futur pourraient bien distinguer 2021 comme l'ann&#233;e o&#249; le vent a tourn&#233; en faveur de la lutte palestinienne &#8211;] m&#234;me si c'&#233;tait difficile de le voir venir. Les derniers mois de 2020 ont &#233;t&#233; parmi les plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-12-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-12-14&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton50775-7c196.png?1679107284' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un consensus croissant s'est form&#233; autour du terme &#8211; non comme une comparaison rh&#233;torique avec l'Afrique du Sud, mais pour d&#233;crire un syst&#232;me de domination construit sur la partition de la Palestine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/12/09/ce-que-veut-dire-apartheid-dans-le-cas-disrael-plus-texte-de-edo-konrad/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; le 9 d&#233;cembre 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens du futur pourraient bien distinguer 2021 comme l'ann&#233;e o&#249; le vent a tourn&#233; en faveur de la lutte palestinienne &#8211;] m&#234;me si c'&#233;tait difficile de le voir venir. Les derniers mois de 2020 ont &#233;t&#233; parmi les plus sombres depuis des d&#233;cennies, l'administration am&#233;ricaine s'attachant &#224; encourager la vision expansionniste de droite d'Isra&#235;l qui vise &#224; d&#233;manteler, morceau par morceau, les pr&#233;occupations centrales composant la cause palestinienne : le droit des r&#233;fugi&#233;s &#224; retourner dans les maisons dont ils ont &#233;t&#233; expuls&#233;s en 1948, le statut de J&#233;rusalem comme capitale de la Palestine et le droit &#224; l'auto-d&#233;termination sur des terres actuellement occup&#233;es par Isra&#235;l. A la fin de l'ann&#233;e, le coup de gr&#226;ce est arriv&#233; lorsque plusieurs &#201;tats arabes ont tourn&#233; le dos &#224; la Palestine, en normalisant les relations diplomatiques et &#233;conomiques avec Isra&#235;l malgr&#233; son assujettissement persistant des Palestiniens. Le peuple palestinien a paru vaincu, pendant qu'Isra&#235;l poursuivait son annexion du territoire occup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des perc&#233;es inattendues ont eu lieu. En janvier 2021, B'Tselem, la principale organisation de d&#233;fense des droits humains en Isra&#235;l, a publi&#233; un rapport intitul&#233; sans ambigu&#239;t&#233; &#171; Un r&#233;gime de supr&#233;matie juive du Jourdain &#224; la M&#233;diterran&#233;e : c'est un apartheid &#187;. Dans ce rapport, les auteurs arguaient que le mandat de leur organisation depuis sa fondation en 1989 &#8211; &#233;clairer les violations isra&#233;liennes des droits humains dans les Territoires occup&#233;s &#8211; n'&#233;tait plus ad&#233;quat. &#171; La situation a chang&#233; &#187;, expliquait le rapport. &#171; Ce qui arrive dans les Territoires occup&#233;s ne peut plus &#234;tre trait&#233; s&#233;par&#233;ment de la r&#233;alit&#233; dans la r&#233;gion enti&#232;re sous contr&#244;le isra&#233;lien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de ce rapport n'&#233;tait pas dans l'accusation, port&#233;e par une organisation isra&#233;lienne, qu'Isra&#235;l pratiquait l'apartheid ; Yesh Din, une organisation isra&#233;lienne de d&#233;fense des droits humains engag&#233;e dans la protection des Palestiniens vivant sous le r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l en Cisjordanie, avait formul&#233; cette accusation six mois plus t&#244;t, ainsi que plusieurs importantes personnalit&#233;s isra&#233;liennes. De fait, de nombreuses voix isra&#233;liennes et internationales ont averti depuis des ann&#233;es que les pratiques isra&#233;liennes, si on les laissait incontr&#244;l&#233;es, reviendraient &#224; un syst&#232;me d'apartheid. Ce qui &#233;tait diff&#233;rent dans l'analyse de B'Tselem &#233;tait sa contestation d'un mythe g&#233;n&#233;ralis&#233;, celui auquel souscrit la majeure partie de la communaut&#233; internationale, &#224; savoir que le r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l dans le territoire palestinien occup&#233; peut &#234;tre trait&#233; d'une certaine fa&#231;on s&#233;par&#233;ment de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. L'organisation, au contraire, a caract&#233;ris&#233; Isra&#235;l comme un unique &#171; r&#233;gime qui gouverne la totalit&#233; de la r&#233;gion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois plus tard, Human Rights Watch, la principale organisation mondiale de d&#233;fense des droits humains, a fait &#233;cho &#224; ces r&#233;sultats en publiant un rapport exhaustif, dont une analyse juridique &#233;tendue, qui concluait de mani&#232;re accablante qu'un seuil historique avait &#233;t&#233; franchi : les autorit&#233;s isra&#233;liennes commettaient des crimes contre l'humanit&#233;, sous la forme d'un apartheid et d'une pers&#233;cution du peuple palestinien. Par-del&#224; l'origine sud-africaine du terme, l'apartheid est universellement interdit selon la Convention internationale pour la suppression et la punition du crime d'apartheid de 1973 et le Statut de Rome de la Cour p&#233;nale internationale de 1998, qui interdit aussi le crime de pers&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier leur assertion sur le seuil historique, B'Tselem et Human Rights Watch citaient plusieurs d&#233;veloppements : l'annexion continue de facto du territoire palestinien par Isra&#235;l ; les lois &#224; statut constitutionnel &#224; l'int&#233;rieur d'Isra&#235;l, qui consacrent la supr&#233;matie juive ; l'enracinement du syst&#232;me de contr&#244;le d'Isra&#235;l sur les Palestiniens ; la mort du processus de paix ; et les efforts des &#201;tats-Unis pour ratifier et formaliser cette r&#233;alit&#233; sous le masque d'un engagement nominal &#224; une solution &#224; deux &#201;tats. Pour les deux organisations, comme pour beaucoup d'autres analystes, militants et responsables politiques, la convention de traiter comme temporaire l'occupation par Isra&#235;l de la Cisjordanie, y compris J&#233;rusalem-Est et la Bande de Gaza &#8211; et donc comme une question qui pourrait potentiellement &#234;tre r&#233;solue en dehors des confins et du contr&#244;le de l'&#233;tat d'Isra&#235;l &#8211; n'&#233;tait plus une description exacte de la r&#233;alit&#233;. Il n'y avait aucune indication d'autre chose que la permanence de l'emprise d'Isra&#235;l sur &#171; la totalit&#233; de la r&#233;gion &#187;, comme l'a &#233;crit B'Tselem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, en mai, a &#233;clat&#233; le soul&#232;vement que les Palestiniens ont fini par surnommer &#171; l'Intifada de l'unit&#233; &#187;, d&#233;clench&#233; par l'expulsion planifi&#233;e par Isra&#235;l de plusieurs familles palestiniennes, chass&#233;es de leurs maisons dans J&#233;rusalem-Est. Dans l'espace de quelques jours, Isra&#235;l a &#233;t&#233; confront&#233; &#224; des manifestations populaires de Palestiniens dans J&#233;rusalem et en Cisjordanie, une mobilisation de masse dans les cit&#233;s isra&#233;liennes contre la violence approuv&#233;e par l'&#233;tat et des manifestations parmi les communaut&#233;s des r&#233;fugi&#233;s palestiniens et de la diaspora. Alors que la r&#233;pression par la police isra&#233;lienne &#224; J&#233;rusalem s'intensifiait en violence et en &#233;tendue, des militants dans la Bande de Gaza contr&#244;l&#233;e par le Hamas lui ont offert une r&#233;sistance arm&#233;e, en envoyant des salves de roquettes plus loin en Isra&#235;l qu'ils n'avaient fait dans les conflits pr&#233;c&#233;dents ; cette escalade a conduit in&#233;vitablement &#224; une r&#233;ponse militaire disproportionn&#233;e de la part d'Isra&#235;l. Avant qu'une tr&#234;ve ne soit d&#233;clar&#233;e, au moins 248 Palestiniens de Gaza avaient &#233;t&#233; tu&#233;s, dont soixante-six enfants ; une douzaine d'Isra&#233;liens avaient p&#233;ri, dont deux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point z&#233;ro du soul&#232;vement, le quartier de Sheikh Jarrah &#224; J&#233;rusalem, en a &#233;merg&#233; tout &#224; la fois comme un sympt&#244;me et comme un symbole du r&#233;gime identifi&#233; par B'Tselem et Human Rights Watch : un r&#233;seau tentaculaire d'institutions juridiques, militaires et &#233;conomiques, &#224; la fois de l'&#201;tat et de ses substituts, dont l'objectif premier &#233;tait de consolider l'appropriation de la terre en vue d'installations juives en d&#233;poss&#233;dant les Palestiniens. En une nuit, Sheikh Jarrah est devenu embl&#233;matique de ce que le sionisme a forg&#233; en Palestine pendant plus d'un si&#232;cle, et le soul&#232;vement dans tout le pays a proclam&#233; le rejet des efforts du r&#233;gime, depuis des d&#233;cennies, pour diviser et fragmenter l'unit&#233; palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre Isra&#235;l-Palestine ni comme un conflit, ni comme une crise, mais comme un syst&#232;me d'apartheid, est une repr&#233;sentation plus exacte de ce que les Palestiniens ont longtemps d&#233;crit comme &#233;tant leur exp&#233;rience. La correction n&#233;cessaire, maintenant en cours, a mis longtemps &#224; venir, men&#233;e principalement par la mobilisation palestinienne. Souvent, l'accusation d'apartheid est faite par analogie &#224; l'Afrique du Sud d'avant 1994, et est pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re historique et comparative. De plus en plus, cependant, et de mani&#232;re importante, il y a un &#233;lan puissant pour comprendre l'apartheid isra&#233;lien dans ses propres termes. Le rapport de Human Rights Watch est une contribution cruciale &#224; cet &#233;gard, parce qu'il argumente juridiquement en mettant en lumi&#232;re l'apartheid comme un crime bas&#233; sur l'intention d'Isra&#235;l de maintenir la domination d'un groupe ethnique sur un autre. La g&#233;n&#233;alogie de ce sch&#233;ma de domination en Palestine date de plus d'un si&#232;cle et a ses propres caract&#233;ristiques historiques et g&#233;ographiques sp&#233;cifiques, qui ont &#233;t&#233; effac&#233;es dans les machinations politiques du pr&#233;tendu processus de paix. La t&#226;che de d&#233;finir les caract&#233;ristiques de l'apartheid isra&#233;lien est un pr&#233;requis pour une solution politique juste en Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de B'Tselem et de Human Rights Watch sont les marqueurs &#224; la fois d'un nouveau commencement et de la conclusion du travail des Palestiniens et de leurs alli&#233;s. Il y a quelque vingt ans, pendant la deuxi&#232;me Intifada, les organisations palestiniennes de d&#233;fense des droits humains al-Haq, Badil, et Adalah ont particip&#233; en 2001 &#224; la Conf&#233;rence mondiale de Durban contre le racisme, qui a lanc&#233; une campagne mondiale anti-apartheid pour mettre fin au &#171; type isra&#233;lien d'apartheid &#187;. Les presque huit cents organisations pr&#233;sentes ont publi&#233; une bilan de la conf&#233;rence qui d&#233;clarait Isra&#235;l &#171; un &#233;tat raciste d'apartheid &#187; et appelait &#224; une &#171; politique d'isolement complet et total d'Isra&#235;l en tant qu'&#233;tat d'apartheid comme dans le cas de l'Afrique du Sud &#187;. Apr&#232;s cela, en 2005, des militants palestiniens et pro-palestiniens ont initi&#233; l'Israeli Apartheid Week [Semaine contre l'apartheid isra&#233;lien], qui est devenue traditionnelle sur les campus universitaires en Europe, aux &#201;tats-Unis et ailleurs. Une ann&#233;e plus tard, &#171; inspir&#233;e par le mouvement anti-apartheid sud-africain &#187;, une coalition d'organisations palestiniennes dans les Territoires occup&#233;s a lanc&#233; le mouvement de Boycott, D&#233;sinvestissement et Sanctions sous la banni&#232;re d'une campagne pour la libert&#233;, la justice et l'&#233;galit&#233;. Ensuite, en 2007, le rapporteur sp&#233;cial des Nations Unies pour les Territoires occup&#233;s, John Dugard, a pr&#233;sent&#233; un rapport au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies notant que l'occupation prolong&#233;e d'Isra&#235;l incluait des &#233;l&#233;ments de colonialisme et d'apartheid. Son intervention a &#233;t&#233; reprise par le Conseil de la recherche en sciences humaines d'Afrique du Sud, qui a men&#233; sa propre enqu&#234;te juridique, concluant qu'Isra&#235;l &#171; est devenue une entreprise coloniale qui met en oeuvre un syst&#232;me d'apartheid &#187; dans les Territoires occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tribunal Russell &#224; Cape Town, une commission d'enqu&#234;te juridique ind&#233;pendante cr&#233;&#233;e par des personnalit&#233;s connues repr&#233;sentant des pays vari&#233;s pour surveiller les violations des droits sur lesquelles la communaut&#233; internationale ne voulait ou ne pouvait pas enqu&#234;ter, a conclu en 2011 que &#171; la domination d'Isra&#235;l sur le peuple palestinien, o&#249; qu'il r&#233;side, revient collectivement &#224; un unique r&#233;gime int&#233;gr&#233; d'apartheid &#187;. En 2014, Richard Falk, dans son rapport final comme rapporteur sp&#233;cial des Nations Unies pour les Territoires occup&#233;s, a inform&#233; les Nations Unies que les mesures isra&#233;liennes contre les Palestiniens &#171; revenaient &#224; un apartheid &#187;. Falk a poursuivi en 2017 lorsque, avec sa co-autrice Virginia Tilley, il a publi&#233; un autre rapport influent, &#171; Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid &#187; [Pratiques isra&#233;liennes envers le peuple palestinien et la question de l'apartheid], publi&#233; par la Commission &#233;conomique et sociale des Nations Unies pour l'Asie occidentale. Celui-ci a conclu qu'Isra&#235;l avait &#233;tabli un r&#233;gime d'apartheid sur le peuple palestinien par un syst&#232;me juridique &#224; &#233;tages et une politique de fragmentation strat&#233;gique. Ensuite, en 2019, une coalition d'organisations de d&#233;fense des droits humains, palestiniennes, r&#233;gionales et internationales, a soumis un rapport &#171; sur l'apartheid isra&#233;lien &#187; au Comit&#233; des Nations Unies pour l'&#233;limination de la discrimination raciale (un organisme des Nations Unis sous l'&#233;gide du Bureau du Haut-Commissaire aux droits humains) ; celui-ci identifiait globalement un r&#233;gime syst&#233;matique de domination sur les Palestiniens, y compris les citoyens d'Isra&#235;l et les r&#233;fugi&#233;s &#224; l'&#233;tranger &#224; qui le droit de retour a &#233;t&#233; refus&#233; depuis 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce travail a &#233;t&#233; largement redevable aux d&#233;cennies de mobilisation palestinienne pour obtenir une reconnaissance plus vaste de l'apartheid isra&#233;lien. Reconna&#238;tre cet effort sous-jacent soul&#232;ve une question : pourquoi fallait-il la ratification par des organisations isra&#233;liennes et internationales, r&#233;it&#233;rant ce que les Palestiniens ont dit depuis longtemps &#224; quiconque pr&#234;t &#224; l'entendre, pour faire les gros titres dans les principaux m&#233;dias occidentaux ? N&#233;anmoins, cette r&#233;serve ne d&#233;tourne pas de la puissance de ce moment : l'&#233;mergence d'un large consensus qui a rendu bien plus difficile de d&#233;nier tant le caract&#232;re singulier du r&#233;gime isra&#233;lien que l'unit&#233; essentielle du peuple palestinien. Cette r&#233;alisation menace la conviction de pr&#232;s d'un si&#232;cle qu'une partition de la Palestine, le pays s'&#233;tendant du Jourdain &#224; la M&#233;diterran&#233;e, est la meilleure fa&#231;on de r&#233;soudre les aspirations juives et palestiniennes &#224; l'auto-d&#233;termination. Ce qui est devenu de plus en plus clair est que l'adoption d'une partition comme &#171; solution &#187; au conflit &#8211; loin d'&#234;tre la base d'un accord juste et durable &#8211; a permis &#224; Isra&#235;l d'avancer pendant des d&#233;cennies des politiques qui ont conduit &#224; la r&#233;alit&#233; de l'apartheid d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche par partition &#233;tait la conclusion de la Commission Peel de l'Empire britannique de 1937, commission qui a not&#233; tardivement &#8211; vingt ans apr&#232;s que la D&#233;claration de Balfour a contribu&#233; &#224; cr&#233;er le probl&#232;me en ratifiant unilat&#233;ralement l'&#233;tablissement d'une patrie juive en Palestine &#8211; qu' &#171; un conflit irr&#233;pressible est n&#233; entre deux communaut&#233;s nationales dans les limites &#233;troites d'un petit pays &#8230; leurs aspirations nationales sont incompatibles &#8230; Aucun des deux id&#233;aux nationaux ne permet une combinaison dans les services d'un &#233;tat unique &#187;. En cons&#233;quence, une d&#233;cennie plus tard, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies a promulgu&#233; la R&#233;solution 181, qui appelait &#224; la cr&#233;ation d'&#171; &#201;tats arabe et juif ind&#233;pendants &#187; (ainsi qu'un &#171; r&#233;gime international sp&#233;cial pour la cit&#233; de J&#233;rusalem &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la majorit&#233; des &#233;tats asiatiques et africains &#233;taient encore sous un r&#233;gime colonial, la partition a &#233;t&#233; propos&#233;e &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies nouvellement form&#233;e. Comme Fayez A. Sayegh, un intellectuel palestinien de premier plan, l'a remarqu&#233; dans sa monographie de 1965 intitul&#233;e &#171; Colonalisme sioniste en Palestine &#187;, &#171; un &#201;tat &#233;tranger devait &#234;tre plant&#233; dans une terre reliant l'Asie et l'Afrique sans le libre consentement d'aucun pays voisin, africain ou asiatique &#187;. Personne ne rechercha non plus le consentement des Palestiniens : le peuple et ses dirigeants rejet&#232;rent le plan de partition, le voyant comme un outil n&#233;ocolonial pour justifier l'imposition d'une entit&#233; &#233;trang&#232;re sur leurs terres, analogue aux pratiques de partition colonialistes de l'Empire britannique partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition palestinienne, cependant, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme insignifiante. La Ligne verte, d&#233;finissant la fronti&#232;re &#233;tablie par l'armistice qui a mis fin aux hostilit&#233;s entre Isra&#235;l et les &#201;tats arabes voisins en 1949, a codifi&#233; la partition dans le droit international, alors m&#234;me que les Nations Unies avaient &#224; cette date interdit l'acquisition de territoire par la force et reconnu le droit &#224; l'auto-d&#233;termination palestinienne dans ce territoire. Les &#201;tats-Unis et d'autres pays, principalement occidentaux, ont embrass&#233; l'&#201;tat ind&#233;pendant d'Isra&#235;l, l&#233;gitimant &#8211; par l'obtention de la b&#233;n&#233;diction des Nations Unies &#8211; la colonisation sioniste de plus des trois quarts de la terre de Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de toutes les all&#233;gations qu'il en serait autrement, cette partition s'est av&#233;r&#233;e ne pas &#234;tre du tout un accord durable. Apr&#232;s la nouvelle flamb&#233;e des hostilit&#233;s en 1967, qui r&#233;sultait de la conqu&#234;te et de l'occupation par Isra&#235;l de territoires palestiniens, syriens et &#233;gyptiens, une fausse distinction a &#233;t&#233; faite entre &#171; Isra&#235;l proprement dit &#187;, la nation dans les fronti&#232;res de 1948 &#8211; devenue &#224; cette date un membre &#224; part enti&#232;re de la communaut&#233; internationale &#8211; et son entreprise coloniale s'&#233;tendant au-del&#224; de la Ligne verte. Cette s&#233;paration imaginaire efface la r&#233;alit&#233; historique que le projet de colonies au-del&#224; de la Ligne verte, vieux de plusieurs d&#233;cennies, est une continuation de l'assujettissement des peuples autochtones, essay&#233;, test&#233; et poursuivi en de&#231;&#224; jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Palestiniens, donc, le pr&#233;tendu tournant que B'Tselem et Human Rights Watch ont identifi&#233; n'est pas un tournant du tout, mais une &#233;tape dans un continuum. Avant que l'occupation d'Isra&#235;l n'ait m&#234;me commenc&#233;, les Palestiniens avaient accus&#233; l'&#201;tat de pratiquer l'apartheid contre leur peuple. Dans sa monographie de 1965, Sayegh avait &#233;crit : &#171; alors que les ap&#244;tres afrikaners de l'apartheid en Afrique du Sud proclament insolemment leur p&#233;ch&#233;, les praticiens sionistes de l'apartheid en Palestine envo&#251;tent par leurs protestations d'innocence ! &#187; Au moment o&#249; il &#233;crivait, les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l, que Sayegh d&#233;crivait comme &#171; les vestiges du peuple arabe palestinien qui sont rest&#233;s obstin&#233;ment derri&#232;re, dans leur patrie, malgr&#233; tous les efforts pour les d&#233;poss&#233;der et les chasser &#187;, vivaient sous droit militaire. Isra&#235;l a mis fin au r&#233;gime militaire pour les Palestiniens &#224; l'int&#233;rieur d'Isra&#235;l en d&#233;cembre 1966, mais pour imposer virtuellement le m&#234;me syst&#232;me de l'autre c&#244;t&#233; de la Ligne verte tout juste un peu de plus de six mois plus tard. Le calvaire de ces Palestiniens abandonn&#233;s, trait&#233;s comme une cinqui&#232;me colonne dans l'&#233;tat qui les gouvernait, &#233;tait un barom&#232;tre pour Sayegh, indiquant comment Isra&#235;l allait traiter les Palestiniens sous son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Palestiniens, l'id&#233;e qu'&#171; Isra&#235;l proprement dit &#187; pouvait &#234;tre s&#233;par&#233; de son entreprise sur le territoire entier a toujours &#233;t&#233; un sophisme, ce qui est la raison pour laquelle la lutte palestinienne s'est focalis&#233;e sur la lib&#233;ration de toute la Palestine. Comme la charte de l'Organisation de lib&#233;ration de la Palestine (OLP), fond&#233;e en 1964, le proclamait : &#171; La Palestine, dans ses fronti&#232;res de l'&#233;poque du Mandat britannique, est une unit&#233; territoriale indivisible &#8230; La partition de la Palestine en 1947 et l'&#233;tablissement de l'&#201;tat d'Isra&#235;l sont enti&#232;rement ill&#233;gaux &#8230; La D&#233;claration Balfour, le Mandat pour la Palestine et tout ce qui a &#233;t&#233; bas&#233; sur eux, sont nuls et non avenus. &#187; Au milieu des ann&#233;es 1970, cependant, la lutte de lib&#233;ration de l'OLP avait &#233;chou&#233; &#224; r&#233;aliser des gains strat&#233;giques et sa direction a commenc&#233; &#224; consid&#233;rer des voies de compromis : accorder la reconnaissance d'Isra&#235;l et, avec elle, l'installation sioniste sur trois quarts du pays natal des Palestiniens, dans un march&#233; pour gagner une l&#233;gitimit&#233; aupr&#232;s de la communaut&#233; internationale et pour paver le chemin vers un accord diplomatique qui verrait leur auto-d&#233;termination dans un croupion de la Palestine historique. Dans ce quid pro quo, les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l &#8211; les &#171; vestiges &#187; de Sayegh &#8211; seraient n&#233;cessairement exclus de l'architecture du pr&#233;tendu processus de paix qui commen&#231;ait dans les ann&#233;es 1980. Car, &#224; ce moment, la logique de la partition a d&#233;termin&#233; que le conflit isra&#233;lo-palestinien existait seulement en dehors des fronti&#232;res d'Isra&#235;l de 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la partition qui a ainsi fa&#231;onn&#233; la qu&#234;te ult&#233;rieure pour la solution &#224; deux &#233;tats. Les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l en sont venus &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une question isra&#233;lienne interne, un groupe minoritaire confront&#233; &#224; des lois discriminatoires d'un type malheureux (bien qu'il ne soit certainement pas inconnu dans les d&#233;mocraties coloniales ailleurs), plut&#244;t que comme membres d'une communaut&#233; nationale unifi&#233;e qui &#233;taient les victimes de l'apartheid. La partition a aussi signifi&#233; que les r&#233;fugi&#233;s palestiniens et leurs descendants, qui atteindraient un nombre de plus de sept millions de personnes, ne pouvaient exercer de mani&#232;re r&#233;aliste leur droit au retour dans des maisons d'o&#249; ils avaient &#233;t&#233; expuls&#233;s. Par l'usure graduelle de n&#233;gociations prolong&#233;es, le droit au retour des r&#233;fugi&#233;s a &#233;t&#233; balay&#233; au service d'un engagement &#224; maintenir Isra&#235;l comme un &#201;tat ethnique avec une majorit&#233; juive en Palestine. De fait, la demande des Palestiniens a &#233;t&#233; repouss&#233;e dans les marges si efficacement qu'elle a finalement &#233;t&#233; diabolis&#233;e comme &#233;quivalente &#224; de l'antis&#233;mitisme, puisque les acteurs dominants de la communaut&#233; internationale en sont arriv&#233;s &#224; la consid&#233;rer comme synonyme d'un appel &#224; la destruction d'Isra&#235;l comme &#201;tat juif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la poursuite de la partition, l'industrie pacificatrice post-1967 a d&#233;coup&#233; des constituants cruciaux du peuple palestinien : ceux expuls&#233;s de Palestine en 1948-49 et ceux qui restaient en Isra&#235;l, laissant seulement les entre-deux, ceux qui, depuis la guerre de 1967, ont &#233;t&#233; g&#233;r&#233;s par le r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l dans le territoire occup&#233; de Cisjordanie et de Gaza. Un tel compte s&#233;lectif a &#233;t&#233; justifi&#233; par le d&#233;sir de cr&#233;er une patrie juive au Moyen-Orient, en accord avec l'engagement colonial que l'Empire britannique a consacr&#233; dans sa D&#233;claration Balfour de 1917, qui continue &#224; former la colonne vert&#233;brale de la position de la communaut&#233; internationale vis-&#224;-vis d'Isra&#235;l, particuli&#232;rement apr&#232;s l'Holocauste. Pour r&#233;aliser cet objectif, l'approche des pacificateurs &#224; la r&#233;solution du conflit a d&#251; embrasser la m&#234;me logique de manipulation d&#233;mographique. Elle implique aussi l'acceptation par la communaut&#233; internationale, au fil du temps, du droit unilat&#233;ral d'un c&#244;t&#233;, celui d'Isra&#235;l, &#224; changer la ligne de facto de partition en expropriant le territoire occup&#233; et en construisant dessus des colonies. Comme beaucoup en viennent maintenant &#224; le reconna&#238;tre, s'opposer &#224; la chim&#232;re de la partition signifie tourner l'objectif vers Isra&#235;l lui-m&#234;me, pour prendre en compte enfin les racines coloniales et le pr&#233;sent apartheid de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partition est, en fait, une pierre angulaire de l'apartheid. En Afrique du Sud, des euph&#233;mismes vari&#233;s &#8211; &#171; bon voisinage &#187; et &#171; d&#233;veloppement s&#233;par&#233; &#187; &#8211; ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s pour reformuler la s&#233;gr&#233;gation comme un syst&#232;me b&#233;n&#233;fique. Le gouvernement sud-africain a m&#234;me invoqu&#233; le concept d'&#171; apartheid positif &#187;, une ligne de pens&#233;e propag&#233;e entre autres par Werner Eiselen, secr&#233;taire des affaires autochtones du Premier ministre Hendrik Verwoerd au d&#233;but des ann&#233;es 1950, pour justifier la s&#233;gr&#233;gation sous la domination d'une minorit&#233; blanche comme un moyen de permettre aux Noirs de maintenir leurs cultures et leurs modes de vie, &#224; l'int&#233;rieur des foyers pr&#233;tendument tribaux connus sous le nom de bantoustans. Des notions similaires pr&#233;valent en Isra&#235;l et dans les territoires palestiniens, o&#249; la partition est souvent formul&#233;e comme b&#233;n&#233;fique parce qu'Isra&#233;liens et Palestiniens ont des sentiments nationaux forts et que chaque peuple m&#233;rite son propre &#201;tat. Cette orthodoxie s'est av&#233;r&#233;e persistante &#8211; elle a &#233;tay&#233; le plan pour le Moyen-Orient de l'administration Trump, qui s'est concentr&#233;e sur le fait de rendre les bantoustans palestiniens plus durables gr&#226;ce &#224; des incitations &#233;conomiques et l'approche de l'Union europ&#233;enne qui a subventionn&#233; des institutions et le gouvernement d'un pseudo-&#233;tat sous occupation, l'Autorit&#233; palestinienne (AP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la Conf&#233;rence de Bandung de 1955, un bloc de pays africains et asiatiques uni aux Nations Unies s'est empar&#233; de l'apartheid comme d'un terme qui &#171; exemplifie les maux jumeaux du colonialisme et du racisme statutaire &#187;. Par leurs propres exp&#233;riences des luttes d'ind&#233;pendance nationale, beaucoup de ces mouvements anticoloniaux du tiers monde ont compris les r&#233;gimes d'apartheid avant tout comme un produit du colonialisme ou du colonialisme d'occupation et un fl&#233;au &#224; &#233;radiquer. L'Afrique du Sud avait d&#233;j&#224;, avant Bandung, commenc&#233; &#224; codifier l'apartheid comme un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation raciale et de domination qui est devenu un arch&#233;type internationalement notoire. A partir de 1948, les gouvernements successifs du Parti national domin&#233; par les Afrikaners ont favoris&#233; des l&#233;gislations comme la Loi d'&#233;ducation bantoue de 1953 qui &#233;tablissait l'autorit&#233; des bantoustans sur les &#233;coles, dans un effort paternaliste pour conf&#233;rer un vernis de l&#233;gitimit&#233; au syst&#232;me par l'objectif apparent de pr&#233;server les diff&#233;rences culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de rater les r&#233;sonances avec l'Autorit&#233; palestinienne. Les Accords d'Oslo qui l'ont &#233;tablie ont transf&#233;r&#233; l'administration de la sant&#233;, de l'&#233;ducation et de la police aux Palestiniens &#224; Gaza et dans des zones restreintes de la Cisjordanie, institutionnalisant la vision isra&#233;lienne de remplacer la demande palestinienne de souverainet&#233; en leur accordant une autonomie limit&#233;e. Cela a cr&#233;&#233; une impression d'auto-d&#233;termination qui a camoufl&#233; la structure plus vaste de la domination. L'engagement des dirigeants palestiniens &#224; cultiver cette autonomie &#224; l'int&#233;rieur de leurs enclaves majoritairement urbaines est, bien s&#251;r, un pr&#233;requis pour maintenir le r&#233;gime d'apartheid isra&#233;lien. De m&#234;me, en Afrique du Sud, l'apartheid n'aurait peut-&#234;tre pas dur&#233; aussi longtemps sans l'acceptation de quelques dirigeants sud-africains noirs qui avaient un int&#233;r&#234;t dans le contr&#244;le des bantoustans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comparaisons plus pouss&#233;es avec l'Afrique du Sud deviennent &#233;videntes d&#232;s qu'on voit Isra&#235;l-Palestine non &#224; travers l'illusion de la partition mais comme un seul territoire, une Palestine colonis&#233;e. En Afrique du Sud, la Loi sur les autochtones (Abolition des passes et coordination des documents) de 1952, plus commun&#233;ment connu sous le nom de Loi des passes, a r&#233;gul&#233; les conditions sous lesquelles les Noirs pouvaient rester dans des zones blanches, afin de contr&#244;ler le flux du travail (lui-m&#234;me un produit de la Loi sur les terres autochtones de 1913, qui a jou&#233; un r&#244;le central dans la d&#233;possession des Sud-Africains noirs autochtones de leurs terres). Cet instrument juridique a un analogue dans les permis dont ont besoin les Palestiniens des Territoires occup&#233;s pour passer &#224; travers les checkpoints isra&#233;liens. Le confinement des Palestiniens &#224; la zone A de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza refl&#232;te de m&#234;me le mod&#232;le bantoustan sud-africain. L'infrastructure tentaculaire des autoroutes et des colonies construites pour l'usage exclusif des Isra&#233;liens &#8211; m&#234;me lorsqu'elles traversent des zones palestiniennes &#8211; &#233;voque le mod&#232;le sud-africain des espaces &#171; pour Blancs seulement &#187;. Les similarit&#233;s s'&#233;tendent &#224; la protection de l'apartheid sur la sc&#232;ne internationale. Pendant les ann&#233;es 1980, les &#201;tats-Unis et le Royaume-Uni ont &#233;t&#233; deux des acteurs les plus influents pour soutenir le r&#233;gime d'apartheid d'Afrique du Sud aux Nations Unies, y compris par leur opposition aux sanctions et aux boycotts, et leur protection contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raser les quartiers et d&#233;placer des millions d'Africains noirs et &#171; color&#233;s &#187; en Afrique du Sud pour fa&#231;onner des enclaves urbaines pour les Blancs seulement a &#233;t&#233; un aspect essentiel de l'apartheid, enracin&#233; dans un imp&#233;ratif s&#233;gr&#233;gationniste. Le District 6 de Cape Town est peut-&#234;tre la plus notoire de ces localit&#233;s. De m&#234;me les d&#233;possessions historiques en Isra&#235;l ont pav&#233; la voie pour que l'apartheid se construise dans la gouvernance m&#234;me de l'&#201;tat. Les camps de r&#233;fugi&#233;s au Liban, en Syrie, en Jordanie et dans les Territoires occup&#233;s, dans lesquels les Palestiniens ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement exil&#233;s pour faire place &#224; l'&#201;tat juif, repr&#233;sentent un transfert de population comparable. Et c'&#233;taient ces concitoyens qui &#233;taient exclus du processus de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comparaisons, pourtant, sont imparfaites. Comme avec toutes ces analogies historiques, il y a autant de diff&#233;rences que de similarit&#233;s. Les caract&#233;ristiques d&#233;mographiques des b&#233;n&#233;ficiaires de l'apartheid et ses victimes n'ont aucune relation directe entre elles : les Blancs &#8211; comprenant principalement deux populations distinctes, une de lign&#233;e anglaise, l'autre hollandaise &#8211; &#233;taient une petite minorit&#233; en Afrique du Sud (&#224; peu pr&#232;s 15%), alors que Juifs et Palestiniens sont en gros &#224; parit&#233; num&#233;rique entre le fleuve et la mer. L'&#233;conomie de l'apartheid sud-africain d&#233;pendait largement du travail autochtone, contrairement &#224; celle d'Isra&#235;l. Malgr&#233; une s&#233;gr&#233;gation brutale, les Sud-Africains noirs avaient des droits nominaux en tant que contribuables. Et dans ses derni&#232;res d&#233;cennies, les p&#233;riodes d'immigration de l'Empire britannique et de colonisation hollandaise, celles des premiers temps de l'Afrique du Sud de l'apartheid, &#233;taient pass&#233;es depuis longtemps, alors la colonisation sioniste se porte bien, gr&#226;ce &#224; la Loi du retour qui continue &#224; encourager l'immigration juive du monde entier en Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup de militants pro-palestiniens, l'attrait de mettre en lumi&#232;re les similarit&#233;s repose largement dans le d&#233;sir de faire de l'histoire sud-africaine un exemple pour mobiliser le soutien international en faveur des Palestiniens et d'inspirer de l'espoir, dans la perspective de mettre fin &#224; l'apartheid. L'apartheid isra&#233;lien, cependant, doit &#234;tre compris dans ses propres termes, comme un syst&#232;me qui a &#233;volu&#233; &#224; travers plusieurs &#233;tapes depuis 1948 et se reconstitue de mani&#232;re coh&#233;rente sous diff&#233;rents d&#233;guisements et des gouvernements vari&#233;s (bien que tous engag&#233;s dans la cons&#233;cration de la supr&#233;matie juive en Palestine). Il n'est pas possible d'atteindre une compr&#233;hension de l'apartheid isra&#233;lien simplement en notant les exemples de gouvernance raciste ou les pratiques de s&#233;gr&#233;gation quotidienne, au lieu du syst&#232;me plus large qui les organise : la barri&#232;re qu'Isra&#235;l a construite pendant la deuxi&#232;me Intifada pour s&#233;parer J&#233;rusalem du reste de la Cisjordanie, et auquel les Palestiniens se r&#233;f&#232;rent comme au Mur de l'apartheid &#224; cause de la mani&#232;re dont il limite leur libert&#233; de mouvement et facilite la colonisation de leur terre, est seulement une manifestation de l'apartheid isra&#233;lien ; de la m&#234;me mani&#232;re, les lois discriminatoires auxquelles sont confront&#233;s les citoyens palestiniens en Isra&#235;l et le syst&#232;me juridique &#224; &#233;tages qui s'applique aux Palestiniens (des citoyens en Isra&#235;l aux r&#233;sidents permanents &#224; J&#233;rusalem et aux sujets sans &#233;tat des Territoires occup&#233;s) sont les ph&#233;nom&#232;nes superficiels d'une structure sous-jacente. L'apartheid isra&#233;lien fonctionne comme un appareil global de manipulation territoriale et d&#233;mographique, un appareil enracin&#233; dans la colonisation sioniste de la Palestine avant 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutenir Isra&#235;l comme un &#201;tat juif &#8211; la priorit&#233; ultime du soutien occidental &#8211; n'a &#233;t&#233; possible qu'en d&#233;peuplant la Palestine et en emp&#234;chant les r&#233;fugi&#233;s de revenir. Il ne pourrait y avoir de participation palestinienne &#224; la Knesset en tant que groupe minoritaire, une participation que ses supporters vendent comme preuve de la nature pr&#233;tendument d&#233;mocratique d'Isra&#235;l en partie pour d&#233;tourner l'accusation d'apartheid, sans le nettoyage ethnique original du peuple palestinien de cette terre. Et Isra&#235;l ne pourrait pas non plus maintenir sa majorit&#233; juive sans imposer un blocus sur la Bande de Gaza, o&#249; deux tiers de ses deux millions d'habitants palestiniens sont des r&#233;fugi&#233;s aspirant au retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l ne persiste aujourd'hui comme patrie juive en Palestine qu'&#224; travers des syst&#232;mes de contr&#244;le et de fragmentation b&#226;tis pour emp&#234;cher toute inversion de la Nakba. La partition a donc &#233;t&#233;, et est, un pilier central de l'architecture de s&#233;paration d&#233;mographique d'Isra&#235;l, qui &#233;taye sa logique d'apartheid, comme un moyen de sauvegarder un &#233;tat juif et de perp&#233;tuer la Nakba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre l'apartheid isra&#233;lien &#224; la fois dans ses formes historiques et actuelles en Palestine, c'est comprendre que le sionisme est une id&#233;ologie raciste. Sayegh a expliqu&#233; qu'en tant que colonie de peuplement d&#233;di&#233;e &#224; l'autod&#233;termination juive en Palestine, trois caract&#233;ristiques vitales sont intrins&#232;ques &#224; l'&#201;tat sioniste : son caract&#232;re ethnocentrique et sa conduite raciste, son addiction &#224; la violence et son id&#233;ologie expansionniste. Le racisme, selon Sayegh, n'est pas fortuit, &#171; c'est cong&#233;nital, essentiel et permanent. Parce que ce racisme est inh&#233;rent &#224; l'id&#233;ologie m&#234;me du sionisme et &#224; la motivation fondamentale de la colonisation et de l'&#233;tatisation sionistes &#187;. En 1975, l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale de l'ONU a vot&#233; la r&#233;solution 3379 assimilant le sionisme au racisme et l'identifiant comme une id&#233;ologie visant &#224; maintenir la domination raciale d'un groupe sur un autre. La race, dans cet exemple, est, selon les conventions de l'ONU, comme fond&#233;e sur &#171; la base de l'ascendance et de l'origine nationale ou ethnique &#187;. Construite sur la base de r&#233;solutions ant&#233;rieures, dont la R&#233;solution 1904 (de 1963) qui d&#233;clarait que &#171; toute doctrine de diff&#233;renciation raciale ou de sup&#233;riorit&#233; est scientifiquement fausse, moralement condamnable, socialement injuste et dangereuse, la R&#233;solution 3379 &#233;tablissait que, &#224; l'instar d'Isra&#235;l, &#171; les r&#233;gimes racistes du Zimbabwe et d'Afrique du Sud&#8230; (sont) organiquement li&#233;s dans leur politique orient&#233;e &#224; la r&#233;pression de la dignit&#233; et de l'int&#233;grit&#233; de l'&#234;tre humain &#187;. La r&#233;solution fut vot&#233;e, mais ult&#233;rieurement r&#233;voqu&#233;e apr&#232;s un lobbying intense de la part des &#201;tats-Unis et d'Isra&#235;l, accusant notamment d'antis&#233;mitisme ceux qui soutenaient la r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La controverse n'a pas pris fin. Elle est revenue en 2001 avec encore plus de force &#8211; et pour s&#251;r en Afrique du Sud &#8211; &#224; la conf&#233;rence mondiale contre le racisme de Durban, que l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale de l'ONU avait d&#233;cid&#233; en 1997 de tenir comme &#171; un rep&#232;re dans la lutte pour l'&#233;radication de toutes les formes de racisme &#187;. La D&#233;claration de Durban, ainsi qu'elle est connue, a appel&#233; &#224; la restitution de la R&#233;solution 3379 ; cela a provoqu&#233; une violente r&#233;action des soutiens d'Isra&#235;l et a pouss&#233; les &#201;tats-Unis et Isra&#235;l &#224; se retirer et &#224; rejeter l'ONU comme anti-Isra&#235;l. (&#192; cette m&#234;me conf&#233;rence, les &#201;tats-Unis ont aussi condamn&#233; l'inscription dans la m&#234;me d&#233;claration d'un appel &#224; des r&#233;parations pour l'esclavage). Plusieurs it&#233;rations de cette m&#234;me controverse ont eu lieu dans les d&#233;cennies depuis Durban. En 2005, par exemple, &#224; la conf&#233;rence mondiale contre le racisme qui a rassembl&#233; 16 organisations non gouvernementales du monde entier, Isra&#235;l a de nouveau &#233;t&#233; labellis&#233; &#201;tat d'apartheid ; la conf&#233;rence a aussi recommand&#233; la restauration de la R&#233;solution 3379, qu'Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis ont de nouveau condamn&#233;e comme antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soutiens d'Isra&#235;l ont appuy&#233; cette r&#233;clamation sur le fait que mettre sur un pied d'&#233;galit&#233; le sionisme et le racisme d&#233;signait &#224; l'opprobre le droit &#224; l'autod&#233;termination d'un seul groupe particulier, le peuple juif. Ces critiques ont d&#233;fini l'antisionisme comme le &#171; nouvel antis&#233;mitisme &#187;, la derni&#232;re it&#233;ration des formes historiques de la haine antijuive, masqu&#233;e d&#233;sormais en critique d'Isra&#235;l. Dans ce sc&#233;nario, le droit &#224; l'autod&#233;termination du peuple juif &#233;tait une cause &#233;minemment juste, &#224; c&#244;t&#233; de laquelle la Nakba palestinienne &#233;tait regrettable, mais in&#233;vitable et finalement acceptable comme dommage collat&#233;ral. Voici les mots du journaliste isra&#233;lien Ari Shavit, qui &#233;crivait dans le New Yorker sur les Isra&#233;liens qui ont massacr&#233; des Palestiniens &#224; Lydda en 1948 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne condamnerai pas le commandant de la brigade ni le gouverneur militaire, ni les soldats du troisi&#232;me bataillon. Au contraire. Si n&#233;cessaire, je soutiendrai les condamn&#233;s parce que je sais que sans eux, l'&#201;tat d'Isra&#235;l ne serait pas n&#233;. Sans eux, je ne serais pas n&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de Shavit, le meurtre de centaines de Palestiniens par les combattants juifs et l'expulsion de plus de 70 000 de leurs maisons &#8211; dans ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; la Marche de la Mort de Lydda &#8211; a &#233;t&#233; tragique mais n&#233;cessaire : &#171; Ils (les auteurs juifs du massacre) ont fait le sale travail qui permet &#224; mon peuple, ma nation, ma fille, mes fils, et moi de vivre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de la violence et des expulsions de Palestiniens largement r&#233;pandues qui avaient accompagn&#233; l'ind&#233;pendance d'Isra&#235;l, le sionisme &#224; ses d&#233;buts paraissait encore tenir la promesse des id&#233;aux socialistes et d&#233;mocratiques de nombre de ses fondateurs. En 1961, Isra&#235;l a vot&#233; &#224; l'ONU la condamnation de l'apartheid sud-africain, incitant le premier ministre Hendrick Verwoerd, l'architecte en chef de l'apartheid, &#224; r&#233;pliquer : &#171; Isra&#235;l n'est pas coh&#233;rent dans sa nouvelle attitude anti-apartheid. Ils ont enlev&#233; Isra&#235;l aux Arabes apr&#232;s que les Arabes y ont v&#233;cu pendant mille ans&#8230; Isra&#235;l, comme l'Afrique du Sud, est un &#201;tat d'apartheid &#187;. Malgr&#233; la pertinence de cette d&#233;claration, le point de vue dominant et largement progressiste dans le monde &#224; la fois en Isra&#235;l et parmi les puissances occidentales a accueilli la possibilit&#233; d'un sionisme diff&#233;rent qui faisait apparaitre la comparaison avec l'apartheid et l'accusation de racisme grossi&#232;res et r&#233;ductrices. Golda Meir, la femme politique travailliste qui fut la premi&#232;re ministre d'Isra&#235;l de 1969 &#224; 1974, a incarn&#233; cette dissonance en insistant sur l'opposition d'Isra&#235;l &#224; l'apartheid sud-africain et en alignant Isra&#235;l sur les mouvements anticoloniaux d'Afrique. &#192; la cr&#233;ation d'Isra&#235;l en 1948, la gauche internationale ne le vit pas majoritairement comme un projet de colonisation de peuplement mais plut&#244;t comme un projet socialiste et anti-imp&#233;rialiste, au moins jusqu'au commencement de l'occupation en 1967. Ils furent alors peu nombreux &#224; voir dans les douleurs de l'enfantement de l'&#201;tat sioniste un probl&#232;me moral ou politique, si m&#234;me ils en voyaient un du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es, l'&#233;rosion &#233;lectorale et politique du bloc travailliste de Meir a ouvert la voie &#224; l'&#233;volution &#224; droite d'Isra&#235;l jusqu'&#224; ce qu'il devienne un fervent soutien du r&#233;gime d'apartheid d'Afrique du Sud. Cela amena une implication dans l'extension de l'assistance militaire &#224; cette r&#233;publique voyou et dans la collusion avec ses repr&#233;sentants officiels sur la recherche du meilleur moyen d'&#233;chapper aux sanctions &#233;conomiques et &#224; la pression diplomatique qui gagnaient du soutien en Occident. La relation &#233;tait impuls&#233;e autant par d'impitoyables int&#233;r&#234;ts de politique &#233;trang&#232;re que par une affinit&#233; politique et id&#233;ologique. Les deux colonies de peuplement trouv&#232;rent une cause commune en se voyant elles-m&#234;mes comme des avant-postes frontaliers europ&#233;ens menant une bataille civilisationnelle dans de mauvais endroits et toutes deux s'identifiaient avec la n&#233;cessit&#233; de r&#233;pondre &#224; un imp&#233;ratif de maintien du contr&#244;le ethnique dans leurs &#201;tats respectifs. Comme le dit un ancien chef d'&#233;tat-major isra&#233;lien &#224; un congr&#232;s &#233;tudiant &#224; l'universit&#233; de Tel Aviv en 1987, quelques ann&#233;es avant l'effondrement du r&#233;gime d'apartheid :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Noirs en Afrique du Sud veulent prendre le contr&#244;le sur la minorit&#233; blanche, tout comme les Arabes ici veulent prendre le contr&#244;le sur nous. Et nous aussi, comme la minorit&#233; blanche d'Afrique du Sud, nous devons agir pour les emp&#234;cher de prendre le dessus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le sionisme est tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'id&#233;al socialiste, d&#233;mocratique que beaucoup de ceux qui soutiennent Isra&#235;l ont toujours esp&#233;r&#233; qu'il devienne et il est d&#233;sormais plus difficile de l'approuver, m&#234;me pour des lib&#233;raux ayant pr&#233;c&#233;demment justifi&#233; ses crimes, ou pour d'autres qui s'y sont accroch&#233;s comme &#224; une id&#233;ologie repr&#233;sentant un collectif juif, ind&#233;pendamment de la fa&#231;on dont il s'est effectivement manifest&#233; sous la forme de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Pour les Palestiniens, cette trajectoire &#233;tait in&#233;luctable et les mots de Sayegh de 1965 sur un &#201;tat engag&#233; dans l'expansion et la violence apparaissent pr&#233;monitoires. Les simples faits sont ceux-ci : Isra&#235;l a d&#233;sormais pr&#232;s de 700 000 colons vivant ill&#233;galement sur un territoire occup&#233;, dont une quantit&#233; de plus en plus importante est annex&#233;e et d&#233;clar&#233;e partie int&#233;grante d'Isra&#235;l ; depuis le d&#233;but de la deuxi&#232;me Intifada, en septembre 2000, les forces de s&#233;curit&#233; isra&#233;liennes et des civils ont tu&#233; plus de 10 000 Palestiniens ; et en 2018, la s&#233;gr&#233;gation raciale et la supr&#233;matie juive ont &#233;t&#233; inscrites dans la Loi Fondamentale d'Isra&#235;l sous la forme de la Loi de l'&#201;tat-Nation du peuple juif, qui &#233;tablit que les Juifs ont un droit unique &#224; l'autod&#233;termination en Isra&#235;l, qui est &#171; l'&#201;tat-nation du peuple juif &#187;. La loi a &#233;t&#233; d&#233;fendue par la Cour supr&#234;me et c&#233;l&#233;br&#233;e par les acteurs et institutions politiques isra&#233;liens &#8211; le Premier ministre d'alors, Benjamin Netanyahou, d&#233;clarant Isra&#235;l &#171; l'&#201;tat national, non de tous ses citoyens, mais seulement du peuple juif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;solution 3379 peut &#234;tre apparue comme pr&#233;matur&#233;e en 2001. Mais, &#224; la lumi&#232;re de la pouss&#233;e plus rude de l'&#201;tat d'Isra&#235;l dans les ann&#233;es r&#233;centes pour maintenir les populations palestiniennes sous son contr&#244;le dans des enclaves de type bantoustans, les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents de la conf&#233;rence de Durban semblent avoir pr&#233;sag&#233; du d&#233;bat qui se d&#233;roule maintenant sur l'apartheid isra&#233;lien. En tandem avec ce d&#233;bat, est venue une nouvelle r&#233;sistance contre l'&#233;vocation instrumentalis&#233;e de l'antis&#233;mitisme pour verrouiller la critique l&#233;gitime de ce qui a &#233;t&#233; forg&#233; au nom du sionisme. Le changement signal&#233; par la reconnaissance &#224; la fois par Human Rights Watch des &#201;tats-Unis et par B'Tselem d'Isra&#235;l de ce que les Palestiniens avaient depuis longtemps affirm&#233; sur l'apartheid isra&#233;lien, est remarquable. Isra&#235;l &#233;tant maintenant dirig&#233; par un Premier ministre qui a &#233;t&#233; un leader de colonie et qui s'est fi&#232;rement engag&#233; &#224; abolir la Ligne verte, la description de la situation comme apartheid ne peut que difficilement &#234;tre controvers&#233;e. Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; des efforts redoubl&#233;s pour supprimer cette terminologie. De nombreux soutiens d'Isra&#235;l ont une conscience aigu&#235; de la fa&#231;on dont une vaste perte de l&#233;gitimit&#233; aux yeux de la communaut&#233; internationale serait d&#233;vastatrice pour le projet sioniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, une organisation intergouvernementale appel&#233;e l'Alliance Internationale pour la M&#233;moire de l'Holocauste a publi&#233; un document qui met en avant des exemples de ce qui constitue l'antis&#233;mitisme contemporain. Ces exemples incluent &#171; le fait de nier le droit du peuple juif &#224; l'autod&#233;termination, par exemple en pr&#233;tendant que l'existence de l'&#201;tat d'Isra&#235;l est une entreprise raciste &#187;. Avec un soutien significatif d'entit&#233;s isra&#233;liennes officielles, l'IHRA a rapidement gagn&#233; en attractivit&#233; : des institutions publiques ou &#233;ducatives dans le monde ainsi que plusieurs gouvernements ont adopt&#233; cette d&#233;finition comme la norme &#224; partir de laquelle se mesure le comportement antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines communaut&#233;s juives &#224; l'ext&#233;rieur d'Isra&#235;l ont manifest&#233; leur opposition ; ces critiques voient un danger pour les Juifs de la diaspora &#224; porter des accusations d'antis&#233;mitisme de la fa&#231;on int&#233;ress&#233;e qu'ont eue les gouvernements isra&#233;liens successifs en la mati&#232;re. Leur inqui&#233;tude est qu'en utilisant la d&#233;finition de l'IHRA comme, en fait, un outil du &#171; soft power &#187; isra&#233;lien, ils seront conduits &#224; des erreurs dans l'identification du v&#233;ritable antis&#233;mitisme, pouvant ainsi mettre en danger la vie des Juifs en dehors d'Isra&#235;l. Cela complique aussi le d&#233;sir d'identification &#224; un collectif juif non impliqu&#233; dans les violations isra&#233;liennes des droits humains et du droit international. Ce recul est visible par exemple, dans la D&#233;claration de J&#233;rusalem sur l'Antis&#233;mitisme (JDA), sign&#233;e par plus de trois cents sp&#233;cialistes majeurs de l'histoire juive, des &#233;tudes sur l'Holocauste et des &#233;tudes sur le Moyen-Orient, qui ont propos&#233; une nouvelle d&#233;finition de l'antis&#233;mitisme dont les lignes directrices apportent plus de clart&#233; et distinguent clairement l'antis&#233;mitisme de la critique d'Isra&#235;l et du sionisme. Ces lignes directrices permettent de m&#234;me des critiques valides d'Isra&#235;l en tant qu'&#201;tat colonial de peuplement ou &#201;tat d'apartheid, plut&#244;t que d'amalgamer automatiquement cette critique &#224; la haine antijuive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation palestinienne qui a &#233;tay&#233; ces changements a &#233;t&#233; men&#233;e de fa&#231;on pr&#233;dominante par des groupes locaux en Palestine et dans la diaspora. La d&#233;signation par le gouvernement isra&#233;lien, cinq mois apr&#232;s l'Intifada de l'Unit&#233;, en octobre 2021, de six des groupes palestiniens humanitaires les plus connus, y compris ceux qui font avancer la proc&#233;dure juridique contre Isra&#235;l de la Cour P&#233;nale Internationale (CPI) &#171; d'organisations terroristes &#187; t&#233;moigne du pouvoir et de l'effectivit&#233; d'une telle action de la soci&#233;t&#233; civile. Ces groupes ont gagn&#233; en influence en d&#233;pit d'une absence de direction strat&#233;gique et d&#233;mocratique du mouvement national palestinien officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 juin 2021, apr&#232;s un mois d'Intifada palestinienne de l'Unit&#233;, l'OLP a publi&#233; son propre rapport, &#171; C'est un apartheid : la r&#233;alit&#233; de l'occupation coloniale de la Palestine par Isra&#235;l &#187;. Bien qu'elle reconnaisse les pratiques d'apartheid contre le peuple palestinien du fleuve &#224; la mer, l'&#233;tude de l'OLP a limit&#233; sa recherche aux pratiques isra&#233;liennes d'apartheid au sein de l'&#201;tat nominal de Palestine (c'est-&#224;-dire le Territoire occup&#233; de Cisjordanie, dont J&#233;rusalem et la bande de Gaza), qui en 2012 s'&#233;tait vu attribuer le statut d'observateur non-membre &#224; l'ONU. Cela va dans le sens de la d&#233;cision historique de l'OLP de repr&#233;senter les Palestiniens des territoires occup&#233;s et les r&#233;fugi&#233;s, sans parler au nom des Palestiniens d'Isra&#235;l (qui forment au total un cinqui&#232;me de la population du pays) ; cette d&#233;cision peut avoir eu du sens dans la perspective d'un &#201;tat palestinien, mais c'est une omission criante maintenant que le dit &#201;tat semble extr&#234;mement improbable. Selon cette analyse, dans ce territoire que l'OLP consid&#232;re comme un futur &#201;tat-nation, l'apartheid se manifeste dans le syst&#232;me juridique dual qu'Isra&#235;l maintient en Cisjordanie (l'un pour plus de 700 000 colons juifs et l'autre pour les sujets palestiniens &#233;parpill&#233;s dans 168 enclaves) et dans l'isolement et la s&#233;paration de Gaza, qu'Isra&#235;l maintient sous un blocus militaris&#233; presque total. En limitant son focus au r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l dans le territoire [occup&#233;], le rapport de l'OLP est le dernier en date d'une longue s&#233;rie d'efforts pour condamner l'apartheid isra&#233;lien tout en maintenant la logique de la partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative a commenc&#233; en 2012, lorsque la Convention Internationale de l'ONU sur l'&#233;limination de la discrimination raciale (CIEDR) a averti Isra&#235;l en lui disant de prendre imm&#233;diatement des mesures pour interdire et &#233;radiquer la politique d'apartheid ou les pratiques de s&#233;gr&#233;gation raciale dans les Territoires palestiniens occup&#233;s en violation de ses articles. Deux ans plus tard, la Palestine a int&#233;gr&#233; la convention, ce qui a marqu&#233; le point de d&#233;part de la recherche d'une rem&#233;diation juridique internationale aux pratiques d'apartheid d'Isra&#235;l sur son territoire. Puis, en 2015, apr&#232;s que la Palestine a acc&#233;d&#233; au Statut de Rome qui a mis en place la CPI, le bureau du procureur de la CPI a entam&#233; une enqu&#234;te pr&#233;liminaire sur la suspicion de crimes de guerre dans l'&#201;tat de Palestine. Bien qu'il se soit centr&#233; sur les colonies de Cisjordanie et sur les hostilit&#233;s &#224; Gaza, le bureau du procureur de la CPI a remarqu&#233; qu'il avait commenc&#233; &#224; recevoir des informations sur &#171; la pr&#233;tendue installation d'un r&#233;gime institutionnalis&#233; de discrimination syst&#233;matique &#187; dans l'&#201;tat de Palestine. Le bureau du procureur de la CPI a conclu cette enqu&#234;te pr&#233;liminaire en 2019 et, pus t&#244;t cette ann&#233;e, il a ouvert une enqu&#234;te formelle. Cette ann&#233;e &#233;galement, la CPI a d&#233;cid&#233; qu'elle est comp&#233;tente sur de graves crimes internationaux commis en Palestine, des offenses pouvant inclure l'apartheid. Dans son soutien aux efforts de la CPI, l'organisation palestinienne de premier plan de d&#233;fense des droits civils et humains Al-Haq a constamment argument&#233; contre la notion qu'une critique de l'apartheid isra&#233;lien pouvait &#234;tre limit&#233;e aux territoires occup&#233;s. Pour elle, cette erreur ne servirait qu'&#224; aggraver la s&#233;gr&#233;gation raciale et la discrimination syst&#233;mique en approuvant tacitement la fragmentation du peuple palestinien &#8211; en d'autres termes la logique de partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite par la direction palestinienne d'une strat&#233;gie d'&#201;tat-nation limitant son attention &#224; l'apartheid isra&#233;lien dans les Territoires occup&#233;s a involontairement aid&#233; cet enracinement. Les Palestiniens en Isra&#235;l, toujours tenus &#224; l'&#233;cart du processus de paix, r&#233;p&#232;tent souvent que la d&#233;cision historique de l'OLP de reconna&#238;tre Isra&#235;l et d'accepter la partition consistait &#224; approuver une entente sur l'apartheid qui les traitait diff&#233;remment de la fa&#231;on dont &#233;taient trait&#233;s les Palestiniens dans les territoires occup&#233;s &#8211; bien que, de part et d'autre, ils fussent dans un m&#234;me syst&#232;me. Un avocat palestinien important m'a dit que l'OLP &#171; l&#233;gitimait le sionisme &#187; en acceptant la partition et il a ajout&#233; que &#171; ceux de 48 (les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l) sont le seul groupe palestinien qui&#8230; d&#233;fie la juda&#239;t&#233; de l'&#201;tat &#187;. La r&#233;sistance &#224; la discrimination institutionnalis&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'Isra&#235;l est la lutte principale contre le sionisme, disent ces Palestiniens, alors que la strat&#233;gie de l'OLP se fonde sur l'acceptation de la conqu&#234;te sioniste de la Palestine comme un fait accompli et sur l'action au sein de ce cadre de compromis pour assurer quelques restes de leurs droits, loin d'une v&#233;ritable autod&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une acceptation pragmatique de la partition a pr&#233;valu parmi les Palestiniens ordinaires comme parmi leurs dirigeants. M&#234;me s'ils reconnaissent la r&#233;alit&#233; du projet de colonisation de peuplement et du r&#233;gime d'apartheid d'Isra&#235;l, de nombreux Palestiniens consentent en pratique &#224; la partition comme voie vers une autonomie limit&#233;e, &#233;tant donn&#233; qu'elle offre la s&#233;paration et donc un certain soulagement, par rapport au fait de vivre sous le regard de leurs oppresseurs. Apr&#232;s des d&#233;cennies de discrimination et d'occupation, de nombreux Palestiniens, y compris parmi ceux qui d&#233;fendent un &#201;tat unique, admettent souvent ouvertement leur incapacit&#233; &#224; accepter de vivre dans les m&#234;mes quartiers que ceux qu'ils voient in&#233;vitablement comme les acteurs de leur oppression ; il leur semble pr&#233;f&#233;rable de pr&#233;server un &#233;cosyst&#232;me exclusivement palestinien. La partition et la solution fugace &#224; deux &#201;tats ont offert l'illusion de cet apaisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le paradoxe que beaucoup de Palestiniens endossent quand ils insistent sur la responsabilit&#233; face &#224; l'apartheid isra&#233;lien. Le seul repr&#233;sentant officiel du peuple palestinien, l'OLP, est investi des pouvoirs diplomatiques et l&#233;gaux qui lui ont &#233;t&#233; accord&#233;s seulement apr&#232;s son acceptation de la partition et sa reconnaissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Le prix de l'admission &#224; la communaut&#233; internationale pour l'OLP a &#233;t&#233; de souscrire au m&#234;me ordre g&#233;opolitique auquel avait souscrit d'embl&#233;e la colonisation sioniste de la Palestine. Les choses sont rest&#233;es en l'&#233;tat jusqu'&#224; ce que l'OLP retrouve un potentiel, significativement contraint, pour fournir des accusations &#224; la CPI sur l'apartheid isra&#233;lien. Pour un des membres de cette direction palestinienne, inverser le cours des choses et contester la partition est non seulement impensable mais serait &#171; suicidaire &#187; ; pour un autre, ce serait &#171; (la) chose la plus dangereuse&#8230; Nous perdrons tout &#8230; Quid des r&#233;solutions de l'ONU ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est une paralysie politique &#8211; et un statu quo d&#233;sastreux soutenu par la perspective chim&#233;rique d'une solution &#224; deux &#201;tats &#224; laquelle presque personne ne croit plus. Le syst&#232;me du droit international sur lequel l'OLP a plac&#233; ses espoirs et que les Palestiniens invoquent constamment pour souligner les violations isra&#233;liennes de leurs droits, offre cependant des outils importants, telle la R&#233;solution 3236 de l'ONU qui affirme le droit des Palestiniens &#224; &#171; l'ind&#233;pendance nationale et &#224; la souverainet&#233; &#187; et le droit au retour des r&#233;fugi&#233;s. Pour autant, du m&#234;me coup, elle agit comme un carcan, conditionnant la reconnaissance internationale des aspirations palestiniennes &#224; un &#201;tat &#224; la l&#233;gitimation du colonialisme de peuplement isra&#233;lien. En d'autres termes, l'OLP est fortement incit&#233;e &#224; &#233;carter toute reconnaissance de la fa&#231;on dont l'ensemble fonctionne comme syst&#232;me d'apartheid. Il en r&#233;sulte une &#233;lite palestinienne corrompue, collaboratrice et autoritaire qui accepte ce syst&#232;me plut&#244;t que de proposer une strat&#233;gie de lib&#233;ration qui puisse fonctionner &#224; travers cette complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mant&#232;lement de l'apartheid isra&#233;lien &#8211; simple manifestation d'une histoire de colonialisme de peuplement qui a pr&#233;par&#233; 1948 &#8211; n'est qu'un aspect d'un processus de d&#233;colonisation dans lequel sont engag&#233;s les Palestiniens. Ce projet, complexe, multiforme et tr&#232;s mal compris, contient des tensions pouvant para&#238;tre irr&#233;solubles. Pour les dirigeants de l'OLP, une de ces tensions vient de la peur de ne pouvoir mener simultan&#233;ment la lutte contre l'occupation et contre l'apartheid. Cette pens&#233;e est inutilement binaire ; ce qui est encore plus important, c'est qu'elle est trop d&#233;f&#233;rente vis-&#224;-vis de la jurisprudence internationale et de la doctrine de l'ONU sur la Palestine (incarn&#233;e dans diff&#233;rentes r&#233;solutions de l'ONU comme la 242 qui affirme l'ill&#233;galit&#233; des colonies isra&#233;liennes) qui ont toutes les deux des imperfections, des contradictions intrins&#232;ques et sont marqu&#233;es de l'empreinte du colonialisme. On peut insister sur l'ill&#233;galit&#233; de l'installation territoriale d'Isra&#235;l dans les Territoires occup&#233;s comme voie l&#233;gale pour tenir Isra&#235;l responsable, quel que puisse &#234;tre finalement l'engagement dans la partition. Un mouvement palestinien efficace peut s'opposer &#224; l'occupation et &#224; l'apartheid comme &#224; deux &#233;l&#233;ments d'une strat&#233;gie globale qui doit comporter un plaidoyer pour l'&#233;galit&#233; et pour le droit au retour. En d'autres termes, il revient aux Palestiniens de casser la mainmise du paradigme de la terre-contre-la-paix, qui tient la direction officielle sous son emprise, parce que c'est la logique de la partition qui a fait obstacle &#224; la qu&#234;te de leurs droits universels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre incompr&#233;hension, souvent visible chez les Isra&#233;liens et leurs soutiens progressistes &#224; l'&#233;tranger, est que l'objectif de d&#233;mant&#232;lement de l'apartheid et de la recherche de l'&#233;galit&#233; vise &#224; assurer une pleine &#233;galit&#233; &#224; tous les Palestiniens en Isra&#235;l. J'ai entendu un nombre incalculable de fois de la part d'acteurs politiques isra&#233;liens et de repr&#233;sentants officiels qu'il est compr&#233;hensible que les Palestiniens recherchent l'&#233;galit&#233; avec les Isra&#233;liens &#233;tant donn&#233; qu'Isra&#235;l offre une meilleure qualit&#233; de vie que celle que pourrait offrir un &#201;tat palestinien. Assez &#233;trangement, les dirigeants palestiniens admettent &#8211; sans toutefois de connotations paternalistes &#8211; que rechercher l'&#233;galit&#233; c'est viser la citoyennet&#233; en Isra&#235;l. Un dirigeant de l'OLP m'a dit avec passion : &#171; Je ne veux pas &#234;tre isra&#233;lien. Je ne veux pas qu'ils prennent la Palestine avec mon approbation &#187;. Comme toujours, ce point de vue est tellement attach&#233; &#224; une solution fond&#233;e sur la partition, qu'il &#233;choue &#224; saisir un mouvement anti-apartheid comme &#233;l&#233;ment crucial d'un processus plus large de d&#233;colonisation. &#171; Reddition &#187; a &#233;t&#233; le mot qu'un Palestinien en Isra&#235;l a employ&#233; pour me d&#233;crire la recherche de citoyennet&#233; en Isra&#235;l, avant de clarifier le terme de d&#233;colonisation : &#171; Nous avons besoin d'&#234;tre citoyens, non pas d'Isra&#235;l &#187; a-t-il dit, &#171; mais d'un &#201;tat compl&#232;tement diff&#233;rent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu d'une d&#233;colonisation effective d'un r&#233;gime largement plus puissant, des points de vue tant &#233;conomique que diplomatique et militaire, est vraiment &#233;norme. Le seul moyen, pour les Palestiniens, de d&#233;marrer, c'est une strat&#233;gie politique de d&#233;colonisation qui apporte une argumentation claire en rejetant la partition comme une impasse destructrice. Reconna&#238;tre ce fait ne signifie pas que les Palestiniens aient &#224; renoncer aux principes du droit international qui ont donn&#233; lieu &#224; cette partition, mais plut&#244;t qu'une nouvelle strat&#233;gie doit &#234;tre suffisamment intelligente pour utiliser ces outils, aussi &#233;mouss&#233;s et limit&#233;s soient-ils, au service d'un &#233;lan plus vaste pour la d&#233;colonisation de la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appr&#233;hension de la direction palestinienne officielle mise &#224; part, la question n'est pas de savoir si les Palestiniens devraient ou non adopter ce nouveau cadre &#8211; car le mouvement est d&#233;j&#224; en vitesse de croisi&#232;re, dirig&#233; non pas par le sommet mais par la base. La Grande Marche du Retour de Gaza en 2018-2019 a &#233;t&#233; un exemple puissant de la mobilisation populaire palestinienne reprenant le langage des droits et s'&#233;loignant de l'&#233;troitesse de la partition. Cette campagne ne s'est estomp&#233;e que lorsque le Hamas a affirm&#233; son contr&#244;le de la r&#233;sistance, tandis que la communaut&#233; internationale a largement d&#233;tourn&#233; le regard lorsqu'Isra&#235;l a us&#233; d'une violence l&#233;tale indiscrimin&#233;e pour la r&#233;primer. Plus r&#233;cemment, l'Intifada de l'Unit&#233; en mai a produit un Manifeste de la Dignit&#233; et de l'Espoir qui s'est positionn&#233; contre la fragmentation de la &#171; prison d'Oslo &#187;, ainsi qu'il a nomm&#233; les accords du processus de paix. Le manifeste a affirm&#233; que l'intifada &#171; r&#233;unit la soci&#233;t&#233; palestinienne dans toutes ses diff&#233;rentes parties ; et r&#233;unit notre volont&#233; politique et nos moyens de lutte pour nous confronter au sionisme dans toute la Palestine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs ann&#233;es, avant le r&#233;alignement de B'Tselem et de Human Rights Watch, j'ai demand&#233; &#224; un diplomate de l'UE si son pays continuerait &#224; soutenir Isra&#235;l s'il y avait une large reconnaissance que c'&#233;tait un &#201;tat d'apartheid. Sa r&#233;ponse est r&#233;v&#233;latrice de sa franchise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est d&#233;j&#224; de l'apartheid. Lorsque les Palestiniens m&#232;neront vraiment une lutte anti-apartheid, je ne sais pas. Isra&#235;l a maintenu un syst&#232;me de fait &#224; deux vitesses depuis cinquante ans et les relations UE-Isra&#235;l s'approfondissent encore. &#192; quel point faut-il que l'apartheid devienne tellement flagrant que cela embarrasse les gouvernements de l'UE ? La situation est tr&#232;s &#233;lastique ; le mensonge peut tenir encore longtemps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Palestiniens, les enjeux ne sont pas simples quant &#224; savoir quelle strat&#233;gie pourrait finalement r&#233;ussir ; ce sont des enjeux de survie. Le but de la colonisation sioniste de la Palestine appara&#238;t clairement : ce n'est pas l'approfondissement de l'apartheid mais la d&#233;possession &#224; venir des Palestiniens et la consolidation de la terre offerte &#224; l'&#233;tablissement juif. Quand des voix de la droite isra&#233;lienne appellent &#224; des transferts de population dans des termes de plus en plus explicites, de m&#234;me que lorsque les Conseils des colonies accueillent favorablement des transferts dans les territoires occup&#233;s pour faire de la place aux exercices militaires comme &#171; une autre fa&#231;on d'accro&#238;tre la gouvernance et le contr&#244;le sur un espace ouvert &#187;, nous devrions les croire. Ce &#224; quoi ont appel&#233; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, et qui nagu&#232;re pouvait sembler farfelu et extr&#234;me, a fini par triompher. La Nakba n'a jamais pris fin &#8211; et elle pourrait encore entrainer une autre expulsion massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de mai nous ont rappel&#233; que nous, Palestiniens, sommes un peuple uni dans l'opposition &#224; un m&#234;me r&#233;gime. Dans cette unit&#233;, il y a une grande diversit&#233; de tactiques, d'id&#233;ologies et de sentiments. Notre mouvement doit &#234;tre suffisamment large pour inclure l'ensemble, mais il doit aussi y avoir une vision singuli&#232;re de ce que veut dire l'&#233;mancipation : l'abolition du r&#233;gime colonial de peuplement en Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tareq Baconi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What Apartheid Means for Israel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nybooks.com/daily/2021/11/05/what-apartheid-means-for-israel/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nybooks.com/daily/2021/11/05/what-apartheid-means-for-israel/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.aurdip.org/ce-que-veut-dire-apartheid-dans-le.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.aurdip.org/ce-que-veut-dire-apartheid-dans-le.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tareq Baconi est l'auteur de Hamas Contained : The Rise and Pacification of Palestinian Resistance(2018) (le Hamas ma&#238;tris&#233; : Croissance et pacification de la r&#233;sistance palestinienne). Anciennement analyste en chef de l'International Crisis Group sur Isra&#235;l-Palestine, il a &#233;t&#233; en 2012 chercheur invit&#233;, associ&#233; au Centre de recherches en sciences humaines de l'Universit&#233; du Cap Ouest et a &#233;t&#233; nomm&#233; pr&#233;sident du directoire de Al-Shabaka, le r&#233;seau palestinien de politologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que veut dire Apartheid dans le cas d'Isra&#235;l</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ce-que-veut-dire-Apartheid-dans-le-cas-d-Israel</link>
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		<dc:date>2021-11-23T11:41:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tareq Baconi</dc:creator>


		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-11-23</dc:subject>

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&lt;p&gt;Un consensus croissant s'est form&#233; autour du terme &#8212; non comme une comparaison rh&#233;torique avec l'Afrique du Sud, mais pour d&#233;crire un syst&#232;me de domination construit sur la partition de la Palestine. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Association France-Palestine Solidarit&#233;. Article traduit de la New York review of books par AURDIP. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les historiens du futur pourraient bien distinguer 2021 comme l'ann&#233;e o&#249; le vent a tourn&#233; en faveur de la lutte palestinienne &#8212; m&#234;me si c'&#233;tait difficile de le voir venir. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Israel-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Conflit-Israelo-palestinien-+" rel="tag"&gt;Conflit Isra&#233;lo-palestinien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-11-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-11-23&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH103/arton50470-89579.jpg?1679107284' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un consensus croissant s'est form&#233; autour du terme &#8212; non comme une comparaison rh&#233;torique avec l'Afrique du Sud, mais pour d&#233;crire un syst&#232;me de domination construit sur la partition de la Palestine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.france-palestine.org/Ce-que-veut-dire-Apartheid-dans-le-cas-d-Israel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Association France-Palestine Solidarit&#233;&lt;/a&gt;. Article traduit de la New York review of books par &lt;a href=&#034;https://www.aurdip.org/ce-que-veut-dire-apartheid-dans-le.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AURDIP&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens du futur pourraient bien distinguer 2021 comme l'ann&#233;e o&#249; le vent a tourn&#233; en faveur de la lutte palestinienne &#8212; m&#234;me si c'&#233;tait difficile de le voir venir. Les derniers mois de 2020 ont &#233;t&#233; parmi les plus sombres depuis des d&#233;cennies, l'administration am&#233;ricaine s'attachant &#224; encourager la vision expansionniste de droite d'Isra&#235;l qui vise &#224; d&#233;manteler, morceau par morceau, les pr&#233;occupations centrales composant la cause palestinienne : le droit des r&#233;fugi&#233;s &#224; retourner dans les maisons dont ils ont &#233;t&#233; expuls&#233;s en 1948, le statut de J&#233;rusalem comme capitale de la Palestine et le droit &#224; l'auto-d&#233;termination sur des terres actuellement occup&#233;es par Isra&#235;l. A la fin de l'ann&#233;e, le coup de gr&#226;ce est arriv&#233; lorsque plusieurs &#201;tats arabes ont tourn&#233; le dos &#224; la Palestine, en normalisant les relations diplomatiques et &#233;conomiques avec Isra&#235;l malgr&#233; son assujettissement persistant des Palestiniens. Le peuple palestinien a paru vaincu, pendant qu'Isra&#235;l poursuivait son annexion du territoire occup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des perc&#233;es inattendues ont eu lieu. En janvier 2021, B'Tselem, la principale organisation de d&#233;fense des droits humains en Isra&#235;l, a publi&#233; un rapport intitul&#233; sans ambigu&#239;t&#233; &#171; Un r&#233;gime de supr&#233;matie juive du Jourdain &#224; la M&#233;diterran&#233;e : c'est un apartheid &#187;. Dans ce rapport, les auteurs arguaient que le mandat de leur organisation depuis sa fondation en 1989 &#8212; &#233;clairer les violations isra&#233;liennes des droits humains dans les Territoires occup&#233;s &#8212; n'&#233;tait plus ad&#233;quat. &#171; La situation a chang&#233; &#187;, expliquait le rapport. &#171; Ce qui arrive dans les Territoires occup&#233;s ne peut plus &#234;tre trait&#233; s&#233;par&#233;ment de la r&#233;alit&#233; dans la r&#233;gion enti&#232;re sous contr&#244;le isra&#233;lien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de ce rapport n'&#233;tait pas dans l'accusation, port&#233;e par une organisation isra&#233;lienne, qu'Isra&#235;l pratiquait l'apartheid ; Yesh Din, une organisation isra&#233;lienne de d&#233;fense des droits humains engag&#233;e dans la protection des Palestiniens vivant sous le r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l en Cisjordanie, avait formul&#233; cette accusation six mois plus t&#244;t, ainsi que plusieurs importantes personnalit&#233;s isra&#233;liennes. De fait, de nombreuses voix isra&#233;liennes et internationales ont averti depuis des ann&#233;es que les pratiques isra&#233;liennes, si on les laissait incontr&#244;l&#233;es, reviendraient &#224; un syst&#232;me d'apartheid. Ce qui &#233;tait diff&#233;rent dans l'analyse de B'Tselem &#233;tait sa contestation d'un mythe g&#233;n&#233;ralis&#233;, celui auquel souscrit la majeure partie de la communaut&#233; internationale, &#224; savoir que le r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l dans le territoire palestinien occup&#233; peut &#234;tre trait&#233; d'une certaine fa&#231;on s&#233;par&#233;ment de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. L'organisation, au contraire, a caract&#233;ris&#233; Isra&#235;l comme un unique &#171; r&#233;gime qui gouverne la totalit&#233; de la r&#233;gion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois plus tard, Human Rights Watch, la principale organisation mondiale de d&#233;fense des droits humains, a fait &#233;cho &#224; ces r&#233;sultats en publiant un rapport exhaustif, dont une analyse juridique &#233;tendue, qui concluait de mani&#232;re accablante qu'un seuil historique avait &#233;t&#233; franchi : les autorit&#233;s isra&#233;liennes commettaient des crimes contre l'humanit&#233;, sous la forme d'un apartheid et d'une pers&#233;cution du peuple palestinien. Par-del&#224; l'origine sud-africaine du terme, l'apartheid est universellement interdit selon la Convention internationale pour la suppression et la punition du crime d'apartheid de 1973 et le Statut de Rome de la Cour p&#233;nale internationale de 1998, qui interdit aussi le crime de pers&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier leur assertion sur le seuil historique, B'Tselem et Human Rights Watch citaient plusieurs d&#233;veloppements : l'annexion continue de facto du territoire palestinien par Isra&#235;l ; les lois &#224; statut constitutionnel &#224; l'int&#233;rieur d'Isra&#235;l, qui consacrent la supr&#233;matie juive ; l'enracinement du syst&#232;me de contr&#244;le d'Isra&#235;l sur les Palestiniens ; la mort du processus de paix ; et les efforts des &#201;tats-Unis pour ratifier et formaliser cette r&#233;alit&#233; sous le masque d'un engagement nominal &#224; une solution &#224; deux &#201;tats. Pour les deux organisations, comme pour beaucoup d'autres analystes, militants et responsables politiques, la convention de traiter comme temporaire l'occupation par Isra&#235;l de la Cisjordanie, y compris J&#233;rusalem-Est et la Bande de Gaza &#8212;et donc comme une question qui pourrait potentiellement &#234;tre r&#233;solue en dehors des confins et du contr&#244;le de l'&#233;tat d'Isra&#235;l &#8212;n'&#233;tait plus une description exacte de la r&#233;alit&#233;. Il n'y avait aucune indication d'autre chose que la permanence de l'emprise d'Isra&#235;l sur &#171; la totalit&#233; de la r&#233;gion &#187;, comme l'a &#233;crit B'Tselem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, en mai, a &#233;clat&#233; le soul&#232;vement que les Palestiniens ont fini par surnommer &#171; l'Intifada de l'unit&#233; &#187;, d&#233;clench&#233; par l'expulsion planifi&#233;e par Isra&#235;l de plusieurs familles palestiniennes, chass&#233;es de leurs maisons dans J&#233;rusalem-Est. Dans l'espace de quelques jours, Isra&#235;l a &#233;t&#233; confront&#233; &#224; des manifestations populaires de Palestiniens dans J&#233;rusalem et en Cisjordanie, une mobilisation de masse dans les cit&#233;s isra&#233;liennes contre la violence approuv&#233;e par l'&#233;tat et des manifestations parmi les communaut&#233;s des r&#233;fugi&#233;s palestiniens et de la diaspora. Alors que la r&#233;pression par la police isra&#233;lienne &#224; J&#233;rusalem s'intensifiait en violence et en &#233;tendue, des militants dans la Bande de Gaza contr&#244;l&#233;e par le Hamas lui ont offert une r&#233;sistance arm&#233;e, en envoyant des salves de roquettes plus loin en Isra&#235;l qu'ils n'avaient fait dans les conflits pr&#233;c&#233;dents ; cette escalade a conduit in&#233;vitablement &#224; une r&#233;ponse militaire disproportionn&#233;e de la part d'Isra&#235;l. Avant qu'une tr&#234;ve ne soit d&#233;clar&#233;e, au moins 248 Palestiniens de Gaza avaient &#233;t&#233; tu&#233;s, dont soixante-six enfants ; une douzaine d'Isra&#233;liens avaient p&#233;ri, dont deux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point z&#233;ro du soul&#232;vement, le quartier de Sheikh Jarrah &#224; J&#233;rusalem, en a &#233;merg&#233; tout &#224; la fois comme un sympt&#244;me et comme un symbole du r&#233;gime identifi&#233; par B'Tselem et Human Rights Watch : un r&#233;seau tentaculaire d'institutions juridiques, militaires et &#233;conomiques, &#224; la fois de l'&#201;tat et de ses substituts, dont l'objectif premier &#233;tait de consolider l'appropriation de la terre en vue d'installations juives en d&#233;poss&#233;dant les Palestiniens. En une nuit, Sheikh Jarrah est devenu embl&#233;matique de ce que le sionisme a forg&#233; en Palestine pendant plus d'un si&#232;cle, et le soul&#232;vement dans tout le pays a proclam&#233; le rejet des efforts du r&#233;gime, depuis des d&#233;cennies, pour diviser et fragmenter l'unit&#233; palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre Isra&#235;l-Palestine ni comme un conflit, ni comme une crise, mais comme un syst&#232;me d'apartheid, est une repr&#233;sentation plus exacte de ce que les Palestiniens ont longtemps d&#233;crit comme &#233;tant leur exp&#233;rience. La correction n&#233;cessaire, maintenant en cours, a mis longtemps &#224; venir, men&#233;e principalement par la mobilisation palestinienne. Souvent, l'accusation d'apartheid est faite par analogie &#224; l'Afrique du Sud d'avant 1994, et est pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re historique et comparative. De plus en plus, cependant, et de mani&#232;re importante, il y a un &#233;lan puissant pour comprendre l'apartheid isra&#233;lien dans ses propres termes. Le rapport de Human Rights Watch est une contribution cruciale &#224; cet &#233;gard, parce qu'il argumente juridiquement en mettant en lumi&#232;re l'apartheid comme un crime bas&#233; sur l'intention d'Isra&#235;l de maintenir la domination d'un groupe ethnique sur un autre. La g&#233;n&#233;alogie de ce sch&#233;ma de domination en Palestine date de plus d'un si&#232;cle et a ses propres caract&#233;ristiques historiques et g&#233;ographiques sp&#233;cifiques, qui ont &#233;t&#233; effac&#233;es dans les machinations politiques du pr&#233;tendu processus de paix. La t&#226;che de d&#233;finir les caract&#233;ristiques de l'apartheid isra&#233;lien est un pr&#233;requis pour une solution politique juste en Palestine.*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de B'Tselem et de Human Rights Watch sont les marqueurs &#224; la fois d'un nouveau commencement et de la conclusion du travail des Palestiniens et de leurs alli&#233;s. Il y a quelque vingt ans, pendant la deuxi&#232;me Intifada, les organisations palestiniennes de d&#233;fense des droits humains al-Haq, Badil, et Adalah ont particip&#233; en 2001 &#224; la Conf&#233;rence mondiale de Durban contre le racisme, qui a lanc&#233; une campagne mondiale anti-apartheid pour mettre fin au &#171; type isra&#233;lien d'apartheid &#187;. Les presque huit cents organisations pr&#233;sentes ont publi&#233; une bilan de la conf&#233;rence qui d&#233;clarait Isra&#235;l &#171; un &#233;tat raciste d'apartheid &#187; et appelait &#224; une &#171; politique d'isolement complet et total d'Isra&#235;l en tant qu'&#233;tat d'apartheid comme dans le cas de l'Afrique du Sud &#187;. Apr&#232;s cela, en 2005, des militants palestiniens et pro-palestiniens ont initi&#233; l'Israeli Apartheid Week [Semaine contre l'apartheid isra&#233;lien], qui est devenue traditionnelle sur les campus universitaires en Europe, aux &#201;tats-Unis et ailleurs. Une ann&#233;e plus tard, &#171; inspir&#233;e par le mouvement anti-apartheid sud-africain &#187;, une coalition d'organisations palestiniennes dans les Territoires occup&#233;s a lanc&#233; le mouvement de Boycott, D&#233;sinvestissement et Sanctions sous la banni&#232;re d'une campagne pour la libert&#233;, la justice et l'&#233;galit&#233;. Ensuite, en 2007, le rapporteur sp&#233;cial des Nations Unies pour les Territoires occup&#233;s, John Dugard, a pr&#233;sent&#233; un rapport au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies notant que l'occupation prolong&#233;e d'Isra&#235;l incluait des &#233;l&#233;ments de colonialisme et d'apartheid. Son intervention a &#233;t&#233; reprise par le Conseil de la recherche en sciences humaines d'Afrique du Sud, qui a men&#233; sa propre enqu&#234;te juridique, concluant qu'Isra&#235;l &#171; est devenue une entreprise coloniale qui met en oeuvre un syst&#232;me d'apartheid &#187; dans les Territoires occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tribunal Russell &#224; Cape Town, une commission d'enqu&#234;te juridique ind&#233;pendante cr&#233;&#233;e par des personnalit&#233;s connues repr&#233;sentant des pays vari&#233;s pour surveiller les violations des droits sur lesquelles la communaut&#233; internationale ne voulait ou ne pouvait pas enqu&#234;ter, a conclu en 2011 que &#171; la domination d'Isra&#235;l sur le peuple palestinien, o&#249; qu'il r&#233;side, revient collectivement &#224; un unique r&#233;gime int&#233;gr&#233; d'apartheid &#187;. En 2014, Richard Falk, dans son rapport final comme rapporteur sp&#233;cial des Nations Unies pour les Territoires occup&#233;s, a inform&#233; les Nations Unies que les mesures isra&#233;liennes contre les Palestiniens &#171; revenaient &#224; un apartheid &#187;. Falk a poursuivi en 2017 lorsque, avec sa co-autrice Virginia Tilley, il a publi&#233; un autre rapport influent, &#171; Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid &#187; [Pratiques isra&#233;liennes envers le peuple palestinien et la question de l'apartheid], publi&#233; par la Commission &#233;conomique et sociale des Nations Unies pour l'Asie occidentale. Celui-ci a conclu qu'Isra&#235;l avait &#233;tabli un r&#233;gime d'apartheid sur le peuple palestinien par un syst&#232;me juridique &#224; &#233;tages et une politique de fragmentation strat&#233;gique. Ensuite, en 2019, une coalition d'organisations de d&#233;fense des droits humains, palestiniennes, r&#233;gionales et internationales, a soumis un rapport &#171; sur l'apartheid isra&#233;lien &#187; au Comit&#233; des Nations Unies pour l'&#233;limination de la discrimination raciale (un organisme des Nations Unis sous l'&#233;gide du Bureau du Haut-Commissaire aux droits humains) ; celui-ci identifiait globalement un r&#233;gime syst&#233;matique de domination sur les Palestiniens, y compris les citoyens d'Isra&#235;l et les r&#233;fugi&#233;s &#224; l'&#233;tranger &#224; qui le droit de retour a &#233;t&#233; refus&#233; depuis 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce travail a &#233;t&#233; largement redevable aux d&#233;cennies de mobilisation palestinienne pour obtenir une reconnaissance plus vaste de l'apartheid isra&#233;lien. Reconna&#238;tre cet effort sous-jacent soul&#232;ve une question : pourquoi fallait-il la ratification par des organisations isra&#233;liennes et internationales, r&#233;it&#233;rant ce que les Palestiniens ont dit depuis longtemps &#224; quiconque pr&#234;t &#224; l'entendre, pour faire les gros titres dans les principaux m&#233;dias occidentaux ? N&#233;anmoins, cette r&#233;serve ne d&#233;tourne pas de la puissance de ce moment : l'&#233;mergence d'un large consensus qui a rendu bien plus difficile de d&#233;nier tant le caract&#232;re singulier du r&#233;gime isra&#233;lien que l'unit&#233; essentielle du peuple palestinien. Cette r&#233;alisation menace la conviction de pr&#232;s d'un si&#232;cle qu'une partition de la Palestine, le pays s'&#233;tendant du Jourdain &#224; la M&#233;diterran&#233;e, est la meilleure fa&#231;on de r&#233;soudre les aspirations juives et palestiniennes &#224; l'auto-d&#233;termination. Ce qui est devenu de plus en plus clair est que l'adoption d'une partition comme &#171; solution &#187; au conflit &#8212; loin d'&#234;tre la base d'un accord juste et durable &#8212; a permis &#224; Isra&#235;l d'avancer pendant des d&#233;cennies des politiques qui ont conduit &#224; la r&#233;alit&#233; de l'apartheid d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche par partition &#233;tait la conclusion de la Commission Peel de l'Empire britannique de 1937, commission qui a not&#233; tardivement &#8212; vingt ans apr&#232;s que la D&#233;claration de Balfour a contribu&#233; &#224; cr&#233;er le probl&#232;me en ratifiant unilat&#233;ralement l'&#233;tablissement d'une patrie juive en Palestine &#8212; qu' &#171; un conflit irr&#233;pressible est n&#233; entre deux communaut&#233;s nationales dans les limites &#233;troites d'un petit pays &#8230; leurs aspirations nationales sont incompatibles &#8230; Aucun des deux id&#233;aux nationaux ne permet une combinaison dans les services d'un &#233;tat unique &#187;. En cons&#233;quence, une d&#233;cennie plus tard, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies a promulgu&#233; la R&#233;solution 181, qui appelait &#224; la cr&#233;ation d'&#171; &#201;tats arabe et juif ind&#233;pendants &#187; (ainsi qu'un &#171; r&#233;gime international sp&#233;cial pour la cit&#233; de J&#233;rusalem &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la majorit&#233; des &#233;tats asiatiques et africains &#233;taient encore sous un r&#233;gime colonial, la partition a &#233;t&#233; propos&#233;e &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies nouvellement form&#233;e. Comme Fayez A. Sayegh, un intellectuel palestinien de premier plan, l'a remarqu&#233; dans sa monographie de 1965 intitul&#233;e &#171; Colonalisme sioniste en Palestine &#187;, &#171; un &#201;tat &#233;tranger devait &#234;tre plant&#233; dans une terre reliant l'Asie et l'Afrique sans le libre consentement d'aucun pays voisin, africain ou asiatique &#187;. Personne ne rechercha non plus le consentement des Palestiniens : le peuple et ses dirigeants rejet&#232;rent le plan de partition, le voyant comme un outil n&#233;ocolonial pour justifier l'imposition d'une entit&#233; &#233;trang&#232;re sur leurs terres, analogue aux pratiques de partition colonialistes de l'Empire britannique partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition palestinienne, cependant, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme insignifiante. La Ligne verte, d&#233;finissant la fronti&#232;re &#233;tablie par l'armistice qui a mis fin aux hostilit&#233;s entre Isra&#235;l et les &#201;tats arabes voisins en 1949, a codifi&#233; la partition dans le droit international, alors m&#234;me que les Nations Unies avaient &#224; cette date interdit l'acquisition de territoire par la force et reconnu le droit &#224; l'auto-d&#233;termination palestinienne dans ce territoire. Les &#201;tats-Unis et d'autres pays, principalement occidentaux, ont embrass&#233; l'&#201;tat ind&#233;pendant d'Isra&#235;l, l&#233;gitimant &#8212; par l'obtention de la b&#233;n&#233;diction des Nations Unies &#8212; la colonisation sioniste de plus des trois quarts de la terre de Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de toutes les all&#233;gations qu'il en serait autrement, cette partition s'est av&#233;r&#233;e ne pas &#234;tre du tout un accord durable. Apr&#232;s la nouvelle flamb&#233;e des hostilit&#233;s en 1967, qui r&#233;sultait de la conqu&#234;te et de l'occupation par Isra&#235;l de territoires palestiniens, syriens et &#233;gyptiens, une fausse distinction a &#233;t&#233; faite entre &#171; Isra&#235;l proprement dit &#187;, la nation dans les fronti&#232;res de 1948 &#8212; devenue &#224; cette date un membre &#224; part enti&#232;re de la communaut&#233; internationale &#8212; et son entreprise coloniale s'&#233;tendant au-del&#224; de la Ligne verte. Cette s&#233;paration imaginaire efface la r&#233;alit&#233; historique que le projet de colonies au-del&#224; de la Ligne verte, vieux de plusieurs d&#233;cennies, est une continuation de l'assujettissement des peuples autochtones, essay&#233;, test&#233; et poursuivi en de&#231;&#224; jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Palestiniens, donc, le pr&#233;tendu tournant que B'Tselem et Human Rights Watch ont identifi&#233; n'est pas un tournant du tout, mais une &#233;tape dans un continuum. Avant que l'occupation d'Isra&#235;l n'ait m&#234;me commenc&#233;, les Palestiniens avaient accus&#233; l'&#201;tat de pratiquer l'apartheid contre leur peuple. Dans sa monographie de 1965, Sayegh avait &#233;crit : &#171; alors que les ap&#244;tres afrikaners de l'apartheid en Afrique du Sud proclament insolemment leur p&#233;ch&#233;, les praticiens sionistes de l'apartheid en Palestine envo&#251;tent par leurs protestations d'innocence ! &#187; Au moment o&#249; il &#233;crivait, les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l, que Sayegh d&#233;crivait comme &#171; les vestiges du peuple arabe palestinien qui sont rest&#233;s obstin&#233;ment derri&#232;re, dans leur patrie, malgr&#233; tous les efforts pour les d&#233;poss&#233;der et les chasser &#187;, vivaient sous droit militaire. Isra&#235;l a mis fin au r&#233;gime militaire pour les Palestiniens &#224; l'int&#233;rieur d'Isra&#235;l en d&#233;cembre 1966, mais pour imposer virtuellement le m&#234;me syst&#232;me de l'autre c&#244;t&#233; de la Ligne verte tout juste un peu de plus de six mois plus tard. Le calvaire de ces Palestiniens abandonn&#233;s, trait&#233;s comme une cinqui&#232;me colonne dans l'&#233;tat qui les gouvernait, &#233;tait un barom&#232;tre pour Sayegh, indiquant comment Isra&#235;l allait traiter les Palestiniens sous son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Palestiniens, l'id&#233;e qu' &#171; Isra&#235;l proprement dit &#187; pouvait &#234;tre s&#233;par&#233; de son entreprise sur le territoire entier a toujours &#233;t&#233; un sophisme, ce qui est la raison pour laquelle la lutte palestinienne s'est focalis&#233;e sur la lib&#233;ration de toute la Palestine. Comme la charte de l'Organisation de lib&#233;ration de la Palestine (OLP), fond&#233;e en 1964, le proclamait : &#171; La Palestine, dans ses fronti&#232;res de l'&#233;poque du Mandat britannique, est une unit&#233; territoriale indivisible &#8230; La partition de la Palestine en 1947 et l'&#233;tablissement de l'&#201;tat d'Isra&#235;l sont enti&#232;rement ill&#233;gaux &#8230; La D&#233;claration Balfour, le Mandat pour la Palestine et tout ce qui a &#233;t&#233; bas&#233; sur eux, sont nuls et non avenus. &#187; Au milieu des ann&#233;es 1970, cependant, la lutte de lib&#233;ration de l'OLP avait &#233;chou&#233; &#224; r&#233;aliser des gains strat&#233;giques et sa direction a commenc&#233; &#224; consid&#233;rer des voies de compromis : accorder la reconnaissance d'Isra&#235;l et, avec elle, l'installation sioniste sur trois quarts du pays natal des Palestiniens, dans un march&#233; pour gagner une l&#233;gitimit&#233; aupr&#232;s de la communaut&#233; internationale et pour paver le chemin vers un accord diplomatique qui verrait leur auto-d&#233;termination dans un croupion de la Palestine historique. Dans ce quid pro quo, les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l &#8212; les &#171; vestiges &#187; de Sayegh &#8212;seraient n&#233;cessairement exclus de l'architecture du pr&#233;tendu processus de paix qui commen&#231;ait dans les ann&#233;es 1980. Car, &#224; ce moment, la logique de la partition a d&#233;termin&#233; que le conflit isra&#233;lo-palestinien existait seulement en dehors des fronti&#232;res d'Isra&#235;l de 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la partition qui a ainsi fa&#231;onn&#233; la qu&#234;te ult&#233;rieure pour la solution &#224; deux &#233;tats. Les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l en sont venus &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme une question isra&#233;lienne interne, un groupe minoritaire confront&#233; &#224; des lois discriminatoires d'un type malheureux (bien qu'il ne soit certainement pas inconnu dans les d&#233;mocraties coloniales ailleurs), plut&#244;t que comme membres d'une communaut&#233; nationale unifi&#233;e qui &#233;taient les victimes de l'apartheid. La partition a aussi signifi&#233; que les r&#233;fugi&#233;s palestiniens et leurs descendants, qui atteindraient un nombre de plus de sept millions de personnes, ne pouvaient exercer de mani&#232;re r&#233;aliste leur droit au retour dans des maisons d'o&#249; ils avaient &#233;t&#233; expuls&#233;s. Par l'usure graduelle de n&#233;gociations prolong&#233;es, le droit au retour des r&#233;fugi&#233;s a &#233;t&#233; balay&#233; au service d'un engagement &#224; maintenir Isra&#235;l comme un &#201;tat ethnique avec une majorit&#233; juive en Palestine. De fait, la demande des Palestiniens a &#233;t&#233; repouss&#233;e dans les marges si efficacement qu'elle a finalement &#233;t&#233; diabolis&#233;e comme &#233;quivalente &#224; de l'antis&#233;mitisme, puisque les acteurs dominants de la communaut&#233; internationale en sont arriv&#233;s &#224; la consid&#233;rer comme synonyme d'un appel &#224; la destruction d'Isra&#235;l comme &#201;tat juif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la poursuite de la partition, l'industrie pacificatrice post-1967 a d&#233;coup&#233; des constituants cruciaux du peuple palestinien : ceux expuls&#233;s de Palestine en 1948-49 et ceux qui restaient en Isra&#235;l, laissant seulement les entre-deux, ceux qui, depuis la guerre de 1967, ont &#233;t&#233; g&#233;r&#233;s par le r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l dans le territoire occup&#233; de Cisjordanie et de Gaza. Un tel compte s&#233;lectif a &#233;t&#233; justifi&#233; par le d&#233;sir de cr&#233;er une patrie juive au Moyen-Orient, en accord avec l'engagement colonial que l'Empire britannique a consacr&#233; dans sa D&#233;claration Balfour de 1917, qui continue &#224; former la colonne vert&#233;brale de la position de la communaut&#233; internationale vis-&#224;-vis d'Isra&#235;l, particuli&#232;rement apr&#232;s l'Holocauste. Pour r&#233;aliser cet objectif, l'approche des pacificateurs &#224; la r&#233;solution du conflit a d&#251; embrasser la m&#234;me logique de manipulation d&#233;mographique. Elle implique aussi l'acceptation par la communaut&#233; internationale, au fil du temps, du droit unilat&#233;ral d'un c&#244;t&#233;, celui d'Isra&#235;l, &#224; changer la ligne de facto de partition en expropriant le territoire occup&#233; et en construisant dessus des colonies. Comme beaucoup en viennent maintenant &#224; le reconna&#238;tre, s'opposer &#224; la chim&#232;re de la partition signifie tourner l'objectif vers Isra&#235;l lui-m&#234;me, pour prendre en compte enfin les racines coloniales et le pr&#233;sent apartheid de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partition est, en fait, une pierre angulaire de l'apartheid. En Afrique du Sud, des euph&#233;mismes vari&#233;s &#8212; &#171; bon voisinage &#187; et &#171; d&#233;veloppement s&#233;par&#233; &#187; &#8212;ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s pour reformuler la s&#233;gr&#233;gation comme un syst&#232;me b&#233;n&#233;fique. Le gouvernement sud-africain a m&#234;me invoqu&#233; le concept d'&#171; apartheid positif &#187;, une ligne de pens&#233;e propag&#233;e entre autres par Werner Eiselen, secr&#233;taire des affaires autochtones du Premier ministre Hendrik Verwoerd au d&#233;but des ann&#233;es 1950, pour justifier la s&#233;gr&#233;gation sous la domination d'une minorit&#233; blanche comme un moyen de permettre aux Noirs de maintenir leurs cultures et leurs modes de vie, &#224; l'int&#233;rieur des foyers pr&#233;tendument tribaux connus sous le nom de bantoustans. Des notions similaires pr&#233;valent en Isra&#235;l et dans les territoires palestiniens, o&#249; la partition est souvent formul&#233;e comme b&#233;n&#233;fique parce qu'Isra&#233;liens et Palestiniens ont des sentiments nationaux forts et que chaque peuple m&#233;rite son propre &#201;tat. Cette orthodoxie s'est av&#233;r&#233;e persistante &#8212; elle a &#233;tay&#233; le plan pour le Moyen-Orient de l'administration Trump, qui s'est concentr&#233;e sur le fait de rendre les bantoustans palestiniens plus durables gr&#226;ce &#224; des incitations &#233;conomiques et l'approche de l'Union europ&#233;enne qui a subventionn&#233; des institutions et le gouvernement d'un pseudo-&#233;tat sous occupation, l'Autorit&#233; palestinienne (AP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la Conf&#233;rence de Bandung de 1955, un bloc de pays africains et asiatiques uni aux Nations Unies s'est empar&#233; de l'apartheid comme d'un terme qui &#171; exemplifie les maux jumeaux du colonialisme et du racisme statutaire &#187;. Par leurs propres exp&#233;riences des luttes d'ind&#233;pendance nationale, beaucoup de ces mouvements anticoloniaux du tiers monde ont compris les r&#233;gimes d'apartheid avant tout comme un produit du colonialisme ou du colonialisme d'occupation et un fl&#233;au &#224; &#233;radiquer. L'Afrique du Sud avait d&#233;j&#224;, avant Bandung, commenc&#233; &#224; codifier l'apartheid comme un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation raciale et de domination qui est devenu un arch&#233;type internationalement notoire. A partir de 1948, les gouvernements successifs du Parti national domin&#233; par les Afrikaners ont favoris&#233; des l&#233;gislations comme la Loi d'&#233;ducation bantoue de 1953 qui &#233;tablissait l'autorit&#233; des bantoustans sur les &#233;coles, dans un effort paternaliste pour conf&#233;rer un vernis de l&#233;gitimit&#233; au syst&#232;me par l'objectif apparent de pr&#233;server les diff&#233;rences culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de rater les r&#233;sonances avec l'Autorit&#233; palestinienne. Les Accords d'Oslo qui l'ont &#233;tablie ont transf&#233;r&#233; l'administration de la sant&#233;, de l'&#233;ducation et de la police aux Palestiniens &#224; Gaza et dans des zones restreintes de la Cisjordanie, institutionnalisant la vision isra&#233;lienne de remplacer la demande palestinienne de souverainet&#233; en leur accordant une autonomie limit&#233;e. Cela a cr&#233;&#233; une impression d'auto-d&#233;termination qui a camoufl&#233; la structure plus vaste de la domination. L'engagement des dirigeants palestiniens &#224; cultiver cette autonomie &#224; l'int&#233;rieur de leurs enclaves majoritairement urbaines est, bien s&#251;r, un pr&#233;requis pour maintenir le r&#233;gime d'apartheid isra&#233;lien. De m&#234;me, en Afrique du Sud, l'apartheid n'aurait peut-&#234;tre pas dur&#233; aussi longtemps sans l'acceptation de quelques dirigeants sud-africains noirs qui avaient un int&#233;r&#234;t dans le contr&#244;le des bantoustans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comparaisons plus pouss&#233;es avec l'Afrique du Sud deviennent &#233;videntes d&#232;s qu'on voit Isra&#235;l&#8211;Palestine non &#224; travers l'illusion de la partition mais comme un seul territoire, une Palestine colonis&#233;e. En Afrique du Sud, la Loi sur les autochtones (Abolition des passes et coordination des documents) de 1952, plus commun&#233;ment connu sous le nom de Loi des passes, a r&#233;gul&#233; les conditions sous lesquelles les Noirs pouvaient rester dans des zones blanches, afin de contr&#244;ler le flux du travail (lui-m&#234;me un produit de la Loi sur les terres autochtones de 1913, qui a jou&#233; un r&#244;le central dans la d&#233;possession des Sud-Africains noirs autochtones de leurs terres). Cet instrument juridique a un analogue dans les permis dont ont besoin les Palestiniens des Territoires occup&#233;s pour passer &#224; travers les checkpoints isra&#233;liens. Le confinement des Palestiniens &#224; la zone A de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza refl&#232;te de m&#234;me le mod&#232;le bantoustan sud-africain. L'infrastructure tentaculaire des autoroutes et des colonies construites pour l'usage exclusif des Isra&#233;liens &#8212; m&#234;me lorsqu'elles traversent des zones palestiniennes &#8212; &#233;voque le mod&#232;le sud-africain des espaces &#171; pour Blancs seulement &#187;. Les similarit&#233;s s'&#233;tendent &#224; la protection de l'apartheid sur la sc&#232;ne internationale. Pendant les ann&#233;es 1980, les &#201;tats-Unis et le Royaume-Uni ont &#233;t&#233; deux des acteurs les plus influents pour soutenir le r&#233;gime d'apartheid d'Afrique du Sud aux Nations Unies, y compris par leur opposition aux sanctions et aux boycotts, et leur protection contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raser les quartiers et d&#233;placer des millions d'Africains noirs et &#171; color&#233;s &#187; en Afrique du Sud pour fa&#231;onner des enclaves urbaines pour les Blancs seulement a &#233;t&#233; un aspect essentiel de l'apartheid, enracin&#233; dans un imp&#233;ratif s&#233;gr&#233;gationniste. Le District 6 de Cape Town est peut-&#234;tre la plus notoire de ces localit&#233;s. De m&#234;me les d&#233;possessions historiques en Isra&#235;l ont pav&#233; la voie pour que l'apartheid se construise dans la gouvernance m&#234;me de l'&#201;tat. Les camps de r&#233;fugi&#233;s au Liban, en Syrie, en Jordanie et dans les Territoires occup&#233;s, dans lesquels les Palestiniens ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement exil&#233;s pour faire place &#224; l'&#201;tat juif, repr&#233;sentent un transfert de population comparable. Et c'&#233;taient ces concitoyens qui &#233;taient exclus du processus de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comparaisons, pourtant, sont imparfaites. Comme avec toutes ces analogies historiques, il y a autant de diff&#233;rences que de similarit&#233;s. Les caract&#233;ristiques d&#233;mographiques des b&#233;n&#233;ficiaires de l'apartheid et ses victimes n'ont aucune relation directe entre elles : les Blancs &#8212; comprenant principalement deux populations distinctes, une de lign&#233;e anglaise, l'autre hollandaise &#8212; &#233;taient une petite minorit&#233; en Afrique du Sud (&#224; peu pr&#232;s 15%), alors que Juifs et Palestiniens sont en gros &#224; parit&#233; num&#233;rique entre le fleuve et la mer. L'&#233;conomie de l'apartheid sud-africain d&#233;pendait largement du travail autochtone, contrairement &#224; celle d'Isra&#235;l. Malgr&#233; une s&#233;gr&#233;gation brutale, les Sud-Africains noirs avaient des droits nominaux en tant que contribuables. Et dans ses derni&#232;res d&#233;cennies, les p&#233;riodes d'immigration de l'Empire britannique et de colonisation hollandaise, celles des premiers temps de l'Afrique du Sud de l'apartheid, &#233;taient pass&#233;es depuis longtemps, alors la colonisation sioniste se porte bien, gr&#226;ce &#224; la Loi du retour qui continue &#224; encourager l'immigration juive du monde entier en Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup de militants pro-palestiniens, l'attrait de mettre en lumi&#232;re les similarit&#233;s repose largement dans le d&#233;sir de faire de l'histoire sud-africaine un exemple pour mobiliser le soutien international en faveur des Palestiniens et d'inspirer de l'espoir, dans la perspective de mettre fin &#224; l'apartheid. L'apartheid isra&#233;lien, cependant, doit &#234;tre compris dans ses propres termes, comme un syst&#232;me qui a &#233;volu&#233; &#224; travers plusieurs &#233;tapes depuis 1948 et se reconstitue de mani&#232;re coh&#233;rente sous diff&#233;rents d&#233;guisements et des gouvernements vari&#233;s (bien que tous engag&#233;s dans la cons&#233;cration de la supr&#233;matie juive en Palestine). Il n'est pas possible d'atteindre une compr&#233;hension de l'apartheid isra&#233;lien simplement en notant les exemples de gouvernance raciste ou les pratiques de s&#233;gr&#233;gation quotidienne, au lieu du syst&#232;me plus large qui les organise : la barri&#232;re qu'Isra&#235;l a construite pendant la deuxi&#232;me Intifada pour s&#233;parer J&#233;rusalem du reste de la Cisjordanie, et auquel les Palestiniens se r&#233;f&#232;rent comme au Mur de l'apartheid &#224; cause de la mani&#232;re dont il limite leur libert&#233; de mouvement et facilite la colonisation de leur terre, est seulement une manifestation de l'apartheid isra&#233;lien ; de la m&#234;me mani&#232;re, les lois discriminatoires auxquelles sont confront&#233;s les citoyens palestiniens en Isra&#235;l et le syst&#232;me juridique &#224; &#233;tages qui s'applique aux Palestiniens (des citoyens en Isra&#235;l aux r&#233;sidents permanents &#224; J&#233;rusalem et aux sujets sans &#233;tat des Territoires occup&#233;s) sont les ph&#233;nom&#232;nes superficiels d'une structure sous-jacente. L'apartheid isra&#233;lien fonctionne comme un appareil global de manipulation territoriale et d&#233;mographique, un appareil enracin&#233; dans la colonisation sioniste de la Palestine avant 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutenir Isra&#235;l comme un &#201;tat juif &#8212; la priorit&#233; ultime du soutien occidental &#8212; n'a &#233;t&#233; possible qu'en d&#233;peuplant la Palestine et en emp&#234;chant les r&#233;fugi&#233;s de revenir. Il ne pourrait y avoir de participation palestinienne &#224; la Knesset en tant que groupe minoritaire, une participation que ses supporters vendent comme preuve de la nature pr&#233;tendument d&#233;mocratique d'Isra&#235;l en partie pour d&#233;tourner l'accusation d'apartheid, sans le nettoyage ethnique original du peuple palestinien de cette terre. Et Isra&#235;l ne pourrait pas non plus maintenir sa majorit&#233; juive sans imposer un blocus sur la Bande de Gaza, o&#249; deux tiers de ses deux millions d'habitants palestiniens sont des r&#233;fugi&#233;s aspirant au retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l ne persiste aujourd'hui comme patrie juive en Palestine qu'&#224; travers des syst&#232;mes de contr&#244;le et de fragmentation b&#226;tis pour emp&#234;cher toute inversion de la Nakba. La partition a donc &#233;t&#233;, et est, un pilier central de l'architecture de s&#233;paration d&#233;mographique d'Isra&#235;l, qui &#233;taye sa logique d'apartheid, comme un moyen de sauvegarder un &#233;tat juif et de perp&#233;tuer la Nakba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre l'apartheid isra&#233;lien &#224; la fois dans ses formes historiques et actuelles en Palestine, c'est comprendre que le sionisme est une id&#233;ologie raciste. Sayegh a expliqu&#233; qu'en tant que colonie de peuplement d&#233;di&#233;e &#224; l'autod&#233;termination juive en Palestine, trois caract&#233;ristiques vitales sont intrins&#232;ques &#224; l'&#201;tat sioniste : son caract&#232;re ethnocentrique et sa conduite raciste, son addiction &#224; la violence et son id&#233;ologie expansionniste. Le racisme, selon Sayegh, n'est pas fortuit, &#171; c'est cong&#233;nital, essentiel et permanent. Parce que ce racisme est inh&#233;rent &#224; l'id&#233;ologie m&#234;me du sionisme et &#224; la motivation fondamentale de la colonisation et de l'&#233;tatisation sionistes &#187;. En 1975, l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale de l'ONU a vot&#233; la r&#233;solution 3379 assimilant le sionisme au racisme et l'identifiant comme une id&#233;ologie visant &#224; maintenir la domination raciale d'un groupe sur un autre. La race, dans cet exemple, est, selon les conventions de l'ONU, comme fond&#233;e sur &#171; la base de l'ascendance et de l'origine nationale ou ethnique&#8221;. Construite sur la base de r&#233;solutions ant&#233;rieures, dont la R&#233;solution 1904 (de 1963) qui d&#233;clarait que &#171; toute doctrine de diff&#233;renciation raciale ou de sup&#233;riorit&#233; est scientifiquement fausse, moralement condamnable, socialement injuste et dangereuse, la R&#233;solution 3379 &#233;tablissait que, &#224; l'instar d'Isra&#235;l, &#171; les r&#233;gimes racistes du Zimbabwe et d'Afrique du Sud&#8230; (sont) organiquement li&#233;s dans leur politique orient&#233;e &#224; la r&#233;pression de la dignit&#233; et de l'int&#233;grit&#233; de l'&#234;tre humain &#187;. La r&#233;solution fut vot&#233;e, mais ult&#233;rieurement r&#233;voqu&#233;e apr&#232;s un lobbying intense de la part des &#201;tats-Unis et d'Isra&#235;l, accusant notamment d'antis&#233;mitisme ceux qui soutenaient la r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La controverse n'a pas pris fin. Elle est revenue en 2001 avec encore plus de force &#8211; et pour s&#251;r en Afrique du Sud &#8211; &#224; la conf&#233;rence mondiale contre le racisme de Durban, que l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale de l'ONU avait d&#233;cid&#233; en 1997 de tenir comme &#171; un rep&#232;re dans la lutte pour l'&#233;radication de toutes les formes de racisme &#187;. La D&#233;claration de Durban, ainsi qu'elle est connue, a appel&#233; &#224; la restitution de la R&#233;solution 3379 ; cela a provoqu&#233; une violente r&#233;action des soutiens d'Isra&#235;l et a pouss&#233; les &#201;tats-Unis et Isra&#235;l &#224; se retirer et &#224; rejeter l'ONU comme anti-Isra&#235;l. (&#192; cette m&#234;me conf&#233;rence, les &#201;tats-Unis ont aussi condamn&#233; l'inscription dans la m&#234;me d&#233;claration d'un appel &#224; des r&#233;parations pour l'esclavage). Plusieurs it&#233;rations de cette m&#234;me controverse ont eu lieu dans les d&#233;cennies depuis Durban. En 2005, par exemple, &#224; la conf&#233;rence mondiale contre le racisme qui a rassembl&#233; 166 organisations non gouvernementales du monde entier, Isra&#235;l a de nouveau &#233;t&#233; labellis&#233; &#201;tat d'apartheid ; la conf&#233;rence a aussi recommand&#233; la restauration de la R&#233;solution 3379, qu'Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis ont de nouveau condamn&#233;e comme antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soutiens d'Isra&#235;l ont appuy&#233; cette r&#233;clamation sur le fait que mettre sur un pied d'&#233;galit&#233; le sionisme et le racisme d&#233;signait &#224; l'opprobre le droit &#224; l'autod&#233;termination d'un seul groupe particulier, le peuple juif. Ces critiques ont d&#233;fini l'antisionisme comme le &#171; nouvel antis&#233;mitisme &#187;, la derni&#232;re it&#233;ration des formes historiques de la haine antijuive, masqu&#233;e d&#233;sormais en critique d'Isra&#235;l. Dans ce sc&#233;nario, le droit &#224; l'autod&#233;termination du peuple juif &#233;tait une cause &#233;minemment juste, &#224; c&#244;t&#233; de laquelle la Nakba palestinienne &#233;tait regrettable, mais in&#233;vitable et finalement acceptable comme dommage collat&#233;ral. Voici les mots du journaliste isra&#233;lien Ari Shavit, qui &#233;crivait dans le New Yorker sur les Isra&#233;liens qui ont massacr&#233; des Palestiniens &#224; Lydda en 1948 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne condamnerai pas le commandant de la brigade ni le gouverneur militaire, ni les soldats du troisi&#232;me bataillon. Au contraire. Si n&#233;cessaire, je soutiendrai les condamn&#233;s parce que je sais que sans eux, l'&#201;tat d'Isra&#235;l ne serait pas n&#233;. Sans eux, je ne serais pas n&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de Shavit, le meurtre de centaines de Palestiniens par les combattants juifs et l'expulsion de plus de 70 000 de leurs maisons &#8211; dans ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; la Marche de la Mort de Lydda &#8211; a &#233;t&#233; tragique mais n&#233;cessaire : &#171; Ils (les auteurs juifs du massacre) ont fait le sale travail qui permet &#224; mon peuple, ma nation, ma fille, mes fils, et moi de vivre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de la violence et des expulsions de Palestiniens largement r&#233;pandues qui avaient accompagn&#233; l'ind&#233;pendance d'Isra&#235;l, le sionisme &#224; ses d&#233;buts paraissait encore tenir la promesse des id&#233;aux socialistes et d&#233;mocratiques de nombre de ses fondateurs. En 1961, Isra&#235;l a vot&#233; &#224; l'ONU la condamnation de l'apartheid sud-africain, incitant le premier ministre Hendrick Verwoerd, l'architecte en chef de l'apartheid, &#224; r&#233;pliquer : &#171; Isra&#235;l n'est pas coh&#233;rent dans sa nouvelle attitude anti-apartheid. Ils ont enlev&#233; Isra&#235;l aux Arabes apr&#232;s que les Arabes y ont v&#233;cu pendant mille ans&#8230; Isra&#235;l, comme l'Afrique du Sud, est un &#201;tat d'apartheid &#187;. Malgr&#233; la pertinence de cette d&#233;claration, le point de vue dominant et largement progressiste dans le monde &#224; la fois en Isra&#235;l et parmi les puissances occidentales a accueilli la possibilit&#233; d'un sionisme diff&#233;rent qui faisait apparaitre la comparaison avec l'apartheid et l'accusation de racisme grossi&#232;res et r&#233;ductrices. Golda Meir, la femme politique travailliste qui fut la premi&#232;re ministre d'Isra&#235;l de 1969 &#224; 1974, a incarn&#233; cette dissonance en insistant sur l'opposition d'Isra&#235;l &#224; l'apartheid sud-africain et en alignant Isra&#235;l sur les mouvements anticoloniaux d'Afrique. &#192; la cr&#233;ation d'Isra&#235;l en 1948, la gauche internationale ne le vit pas majoritairement comme un projet de colonisation de peuplement mais plut&#244;t comme un projet socialiste et anti-imp&#233;rialiste, au moins jusqu'au commencement de l'occupation en 1967. Ils furent alors peu nombreux &#224; voir dans les douleurs de l'enfantement de l'&#201;tat sioniste un probl&#232;me moral ou politique, si m&#234;me ils en voyaient un du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es, l'&#233;rosion &#233;lectorale et politique du bloc travailliste de Meir a ouvert la voie &#224; l'&#233;volution &#224; droite d'Isra&#235;l jusqu'&#224; ce qu'il devienne un fervent soutien du r&#233;gime d'apartheid d'Afrique du Sud. Cela amena une implication dans l'extension de l'assistance militaire &#224; cette r&#233;publique voyou et dans la collusion avec ses repr&#233;sentants officiels sur la recherche du meilleur moyen d'&#233;chapper aux sanctions &#233;conomiques et &#224; la pression diplomatique qui gagnaient du soutien en Occident. La relation &#233;tait impusl&#233;e autant par d'impitoyables int&#233;r&#234;ts de politique &#233;trang&#232;re que par une affinit&#233; politique et id&#233;ologique. Les deux colonies de peuplement trouv&#232;rent une cause commune en se voyant elles-m&#234;mes comme des avant-postes frontaliers europ&#233;ens menant une bataille civilisationnelle dans de mauvais endroits et toutes deux s'identifiaient avec la n&#233;cessit&#233; de r&#233;pondre &#224; un imp&#233;ratif de maintien du contr&#244;le ethnique dans leurs &#201;tats respectifs. Comme le dit un ancien chef d'&#233;tat-major isra&#233;lien &#224; un congr&#232;s &#233;tudiant &#224; l'universit&#233; de Tel Aviv en 1987, quelques ann&#233;es avant l'effondrement du r&#233;gime d'apartheid :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Noirs en Afrique du Sud veulent prendre le contr&#244;le sur la minorit&#233; blanche, tout comme les Arabes ici veulent prendre le contr&#244;le sur nous. Et nous aussi, comme la minorit&#233; blanche d'Afrique du Sud, nous devons agir pour les emp&#234;cher de prendre le dessus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le sionisme est tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'id&#233;al socialiste, d&#233;mocratique que beaucoup de ceux qui soutiennent Isra&#235;l ont toujours esp&#233;r&#233; qu'il devienne et il est d&#233;sormais plus difficile de l'approuver, m&#234;me pour des lib&#233;raux ayant pr&#233;c&#233;demment justifi&#233; ses crimes, ou pour d'autres qui s'y sont accroch&#233;s comme &#224; une id&#233;ologie repr&#233;sentant un collectif juif, ind&#233;pendamment de la fa&#231;on dont il s'est effectivement manifest&#233; sous la forme de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Pour les Palestiniens, cette trajectoire &#233;tait in&#233;luctable et les mots de Sayegh de 1965 sur un &#201;tat engag&#233; dans l'expansion et la violence apparaissent pr&#233;monitoires. Les simples faits sont ceux-ci : Isra&#235;l a d&#233;sormais pr&#232;s de 700 000 colons vivant ill&#233;galement sur un territoire occup&#233;, dont une quantit&#233; de plus en plus importante est annex&#233;e et d&#233;clar&#233;e partie int&#233;grante d'Isra&#235;l ; depuis le d&#233;but de la deuxi&#232;me Intifada, en septembre 2000, les forces de s&#233;curit&#233; isra&#233;liennes et des civils ont tu&#233; plus de 10 000 Palestiniens ; et en 2018, la s&#233;gr&#233;gation raciale et la supr&#233;matie juive ont &#233;t&#233; inscrites dans la Loi Fondamentale d'Isra&#235;l sous la forme de la Loi de l'&#201;tat-Nation du peuple juif, qui &#233;tablit que les Juifs ont un droit unique &#224; l'autod&#233;termination en Isra&#235;l, qui est &#171; l'&#201;tat-nation du peuple juif &#187;. La loi a &#233;t&#233; d&#233;fendue par la Cour supr&#234;me et c&#233;l&#233;br&#233;e par les acteurs et institutions politiques isra&#233;liens &#8211; le Premier ministre d'alors, Benjamin Netanyahou, d&#233;clarant Isra&#235;l &#171; l'&#201;tat national, non de tous ses citoyens, mais seulement du peuple juif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;solution 3379 peut &#234;tre apparue comme pr&#233;matur&#233;e en 2001. Mais, &#224; la lumi&#232;re de la pouss&#233;e plus rude de l'&#201;tat d'Isra&#235;l dans les ann&#233;es r&#233;centes pour maintenir les populations palestiniennes sous son contr&#244;le dans des enclaves de type bantoustans, les &#233;pisodes pr&#233;c&#233;dents de la conf&#233;rence de Durban semblent avoir pr&#233;sag&#233; du d&#233;bat qui se d&#233;roule maintenant sur l'apartheid isra&#233;lien. En tandem avec ce d&#233;bat, est venue une nouvelle r&#233;sistance contre l'&#233;vocation instrumentalis&#233;e de l'antis&#233;mitisme pour verrouiller la critique l&#233;gitime de ce qui a &#233;t&#233; forg&#233; au nom du sionisme. Le changement signal&#233; par la reconnaissance &#224; la fois par Human Rights Watch des &#201;tats-Unis et par B'Tselem d'Isra&#235;l de ce que les Palestiniens avaient depuis longtemps affirm&#233; sur l'apartheid isra&#233;lien, est remarquable. Isra&#235;l &#233;tant maintenant dirig&#233; par un Premier ministre qui a &#233;t&#233; un leader de colonie et qui s'est fi&#232;rement engag&#233; &#224; abolir la Ligne verte, la description de la situation comme apartheid ne peut que difficilement &#234;tre controvers&#233;e. Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; des efforts redoubl&#233;s pour supprimer cette terminologie. De nombreux soutiens d'Isra&#235;l ont une conscience aigu&#235; de la fa&#231;on dont une vaste perte de l&#233;gitimit&#233; aux yeux de la communaut&#233; internationale serait d&#233;vastatrice pour le projet sioniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, une organisation intergouvernementale appel&#233;e l'Alliance Internationale pour la M&#233;moire de l'Holocauste a publi&#233; un document qui met en avant des exemples de ce qui constitue l'antis&#233;mitisme contemporain. Ces exemples incluent &#171; le fait de nier le droit du peuple juif &#224; l'autod&#233;termination, par exemple en pr&#233;tendant que l'existence de l'&#201;tat d'Isra&#235;l est une entreprise raciste &#187;. Avec un soutien significatif d'entit&#233;s isra&#233;liennes officielles, l'IHRA a rapidement gagn&#233; en attractivit&#233; : des institutions publiques ou &#233;ducatives dans le monde ainsi que plusieurs gouvernements ont adopt&#233; cette d&#233;finition comme la norme &#224; partir de laquelle se mesure le comportement antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines communaut&#233;s juives &#224; l'ext&#233;rieur d'Isra&#235;l ont manifest&#233; leur opposition ; ces critiques voient un danger pour les Juifs de la diaspora &#224; porter des accusations d'antis&#233;mitisme de la fa&#231;on int&#233;ress&#233;e qu'ont eue les gouvernements isra&#233;liens successifs en la mati&#232;re. Leur inqui&#233;tude est qu'en utilisant la d&#233;finition de l'IHRA comme, en fait, un outil du &#171; soft power &#187; isra&#233;lien, ils seront conduits &#224; des erreurs dans l'identification du v&#233;ritable antis&#233;mitisme, pouvant ainsi mettre en danger la vie des Juifs en dehors d'Isra&#235;l. Cela complique aussi le d&#233;sir d'identification &#224; un collectif juif non impliqu&#233; dans les violations isra&#233;liennes des droits humains et du droit international. Ce recul est visible par exemple, dans la D&#233;claration de J&#233;rusalem sur l'Antis&#233;mitisme (JDA), sign&#233;e par plus de trois cents sp&#233;cialistes majeurs de l'histoire juive, des &#233;tudes sur l'Holocauste et des &#233;tudes sur le Moyen-Orient, qui ont propos&#233; une nouvelle d&#233;finition de l'antis&#233;mitisme dont les lignes directrices apportent plus de clart&#233; et distinguent clairement l'antis&#233;mitisme de la critique d'Isra&#235;l et du sionisme. Ces lignes directrices permettent de m&#234;me des critiques valides d'Isra&#235;l en tant qu'&#201;tat colonial de peuplement ou &#201;tat d'apartheid, plut&#244;t que d'amalgamer automatiquement cette critique &#224; la haine antijuive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation palestinienne qui a &#233;tay&#233; ces changements a &#233;t&#233; men&#233;e de fa&#231;on pr&#233;dominante par des groupes locaux en Palestine et dans la diaspora. La d&#233;signation par le gouvernement isra&#233;lien, cinq mois apr&#232;s l'Intifada de l'Unit&#233;, en octobre 2021, de six des groupes palestiniens humanitaires les plus connus, y compris ceux qui font avancer la proc&#233;dure juridique contre Isra&#235;l de la Cour P&#233;nale Internationale (CPI) &#171; d'organisations terroristes &#187; t&#233;moigne du pouvoir et de l'effectivit&#233; d'une telle action de la soci&#233;t&#233; civile. Ces groupes ont gagn&#233; en influence en d&#233;pit d'une absence de direction strat&#233;gique et d&#233;mocratique du mouvement national palestinien officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 juin 2021, apr&#232;s un mois d'Intifada palestinienne de l'Unit&#233;, l'OLP a publi&#233; son propre rapport, &#171; C'est un apartheid : la r&#233;alit&#233; de l'occupation coloniale de la Palestine par Isra&#235;l &#187;. Bien qu'elle reconnaisse les pratiques d'apartheid contre le peuple palestinien du fleuve &#224; la mer, l'&#233;tude de l'OLP a limit&#233; sa recherche aux pratiques isra&#233;liennes d'apartheid au sein de l'&#201;tat nominal de Palestine (c'est-&#224;-dire le Territoire occup&#233; de Cisjordanie, dont J&#233;rusalem et la bande de Gaza), qui en 2012 s'&#233;tait vu attribuer le statut d'observateur non-membre &#224; l'ONU. Cela va dans le sens de la d&#233;cision historique de l'OLP de repr&#233;senter les Palestiniens des territoires occup&#233;s et les r&#233;fugi&#233;s, sans parler au nom des Palestiniens d'Isra&#235;l (qui forment au total un cinqui&#232;me de la population du pays) ; cette d&#233;cision peut avoir eu du sens dans la perspective d'un &#201;tat palestinien, mais c'est une omission criante maintenant que le dit &#201;tat semble extr&#234;mement improbable. Selon cette analyse, dans ce territoire que l'OLP consid&#232;re comme un futur &#201;tat-nation, l'apartheid se manifeste dans le syst&#232;me juridique dual qu'Isra&#235;l maintient en Cisjordanie (l'un pour plus de 700 000 colons juifs et l'autre pour les sujets palestiniens &#233;parpill&#233;s dans 168 enclaves) et dans l'isolement et la s&#233;paration de Gaza, qu'Isra&#235;l maintient sous un blocus militaris&#233; presque total. En limitant son focus au r&#233;gime militaire d'Isra&#235;l dans le territoire [occup&#233;], le rapport de l'OLP est le dernier en date d'une longue s&#233;rie d'efforts pour condamner l'apartheid isra&#233;lien tout en maintenant la logique de la partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative a commenc&#233; en 2012, lorsque la Convention Internationale de l'ONU sur l'&#233;limination de la discrimination raciale (CIEDR) a averti Isra&#235;l en lui disant de prendre imm&#233;diatement des mesures pour interdire et &#233;radiquer la politique d'apartheid ou les pratiques de s&#233;gr&#233;gation raciale dans les Territoires palestiniens occup&#233;s en violation de ses articles. Deux ans plus tard, la Palestine a int&#233;gr&#233; la convention, ce qui a marqu&#233; le point de d&#233;part de la recherche d'une rem&#233;diation juridique internationale aux pratiques d'apartheid d'Isra&#235;l sur son territoire. Puis, en 2015, apr&#232;s que la Palestine a acc&#233;d&#233; au Statut de Rome qui a mis en place la CPI, le bureau du procureur de la CPI a entam&#233; une enqu&#234;te pr&#233;liminaire sur la suspicion de crimes de guerre dans l'&#201;tat de Palestine. Bien qu'il se soit centr&#233; sur les colonies de Cisjordanie et sur les hostilit&#233;s &#224; Gaza, le bureau du procureur de la CPI a remarqu&#233; qu'il avait commenc&#233; &#224; recevoir des informations sur &#171; la pr&#233;tendue installation d'un r&#233;gime institutionnalis&#233; de discrimination syst&#233;matique &#187; dans l'&#201;tat de Palestine. Le bureau du procureur de la CPI a conclu cette enqu&#234;te pr&#233;liminaire en 2019 et, pus t&#244;t cette ann&#233;e, il a ouvert une enqu&#234;te formelle. Cette ann&#233;e &#233;galement, la CPI a d&#233;cid&#233; qu'elle est comp&#233;tente sur de graves crimes internationaux commis en Palestine, des offenses pouvant inclure l'apartheid. Dans son soutien aux efforts de la CPI, l'organisation palestinienne de premier plan de d&#233;fense des droits civils et humains Al-Haq a constamment argument&#233; contre la notion qu'une critique de l'apartheid isra&#233;lien pouvait &#234;tre limit&#233;e aux territoires occup&#233;s. Pour elle, cette erreur ne servirait qu'&#224; aggraver la s&#233;gr&#233;gation raciale et la discrimination syst&#233;mique en approuvant tacitement la fragmentation du peuple palestinien &#8211; en d'autres termes la logique de partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite par la direction palestinienne d'une strat&#233;gie d'&#201;tat-nation limitant son attention &#224; l'apartheid isra&#233;lien dans les Territoires occup&#233;s a involontairement aid&#233; cet enracinement. Les Palestiniens en Isra&#235;l, toujours tenus &#224; l'&#233;cart du processus de paix, r&#233;p&#232;tent souvent que la d&#233;cision historique de l'OLP de reconna&#238;tre Isra&#235;l et d'accepter la partition consistait &#224; approuver une entente sur l'apartheid qui les traitait diff&#233;remment de la fa&#231;on dont &#233;taient trait&#233;s les Palestiniens dans les territoires occup&#233;s &#8211; bien que, de part et d'autre, ils fussent dans un m&#234;me syst&#232;me. Un avocat palestinien important m'a dit que l'OLP &#171; l&#233;gitimait le sionisme &#187; en acceptant la partition et il a ajout&#233; que &#171; ceux de 48 (les citoyens palestiniens d'Isra&#235;l) sont le seul groupe palestinien qui&#8230; d&#233;fie la juda&#239;t&#233; de l'&#201;tat &#187;. La r&#233;sistance &#224; la discrimination institutionnalis&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'Isra&#235;l est la lutte principale contre le sionisme, disent ces Palestiniens, alors que la strat&#233;gie de l'OLP se fonde sur l'acceptation de la conqu&#234;te sioniste de la Palestine comme un fait accompli et sur l'action au sein de ce cadre de compromis pour assurer quelques restes de leurs droits, loin d'une v&#233;ritable autod&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une acceptation pragmatique de la partition a pr&#233;valu parmi les Palestiniens ordinaires comme parmi leurs dirigeants. M&#234;me s'ils reconnaissent la r&#233;alit&#233; du projet de colonisation de peuplement et du r&#233;gime d'apartheid d'Isra&#235;l, de nombreux Palestiniens consentent en pratique &#224; la partition comme voie vers une autonomie limit&#233;e, &#233;tant donn&#233; qu'elle offre la s&#233;paration et donc un certain soulagement, par rapport au fait de vivre sous le regard de leurs oppresseurs. Apr&#232;s des d&#233;cennies de discrimination et d'occupation, de nombreux Palestiniens, y compris parmi ceux qui d&#233;fendent un &#201;tat unique, admettent souvent ouvertement leur incapacit&#233; &#224; accepter de vivre dans les m&#234;mes quartiers que ceux qu'ils voient in&#233;vitablement comme les acteurs de leur oppression ; il leur semble pr&#233;f&#233;rable de pr&#233;server un &#233;cosyst&#232;me exclusivement palestinien. La partition et la solution fugace &#224; deux &#201;tats ont offert l'illusion de cet apaisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le paradoxe que beaucoup de Palestiniens endossent quand ils insistent sur la responsabilit&#233; face &#224; l'apartheid isra&#233;lien. Le seul repr&#233;sentant officiel du peuple palestinien, l'OLP, est investi des pouvoirs diplomatiques et l&#233;gaux qui lui ont &#233;t&#233; accord&#233;s seulement apr&#232;s son acceptation de la partition et sa reconnaissance de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Le prix de l'admission &#224; la communaut&#233; internationale pour l'OLP a &#233;t&#233; de souscrire au m&#234;me ordre g&#233;opolitique auquel avait souscrit d'embl&#233;e la colonisation sioniste de la Palestine. Les choses sont rest&#233;es en l'&#233;tat jusqu'&#224; ce que l'OLP retrouve un potentiel, significativement contraint, pour fournir des accusations &#224; la CPI sur l'apartheid isra&#233;lien. Pour un des membres de cette direction palestinienne, inverser le cours des choses et contester la partition est non seulement impensable mais serait &#171; suicidaire &#187; ; pour un autre, ce serait &#171; (la) chose la plus dangereuse&#8230; Nous perdrons tout&#8230; Quid des r&#233;solutions de l'ONU ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est une paralysie politique &#8211; et un statu quo d&#233;sastreux soutenu par la perspective chim&#233;rique d'une solution &#224; deux &#201;tats &#224; laquelle presque personne ne croit plus. Le syst&#232;me du droit international sur lequel l'OLP a plac&#233; ses espoirs et que les Palestiniens invoquent constamment pour souligner les violations isra&#233;liennes de leurs droits, offre cependant des outils importants, telle la R&#233;solution 3236 de l'ONU qui affirme le droit des Palestiniens &#224; &#171; l'ind&#233;pendance nationale et &#224; la souverainet&#233; &#187; et le droit au retour des r&#233;fugi&#233;s. Pour autant, du m&#234;me coup, elle agit comme un carcan, conditionnant la reconnaissance internationale des aspirations palestiniennes &#224; un &#201;tat &#224; la l&#233;gitimation du colonialisme de peuplement isra&#233;lien. En d'autres termes, l'OLP est fortement incit&#233;e &#224; &#233;carter toute reconnaissance de la fa&#231;on dont l'ensemble fonctionne comme syst&#232;me d'apartheid. Il en r&#233;sulte une &#233;lite palestinienne corrompue, collaboratrice et autoritaire qui accepte ce syst&#232;me plut&#244;t que de proposer une strat&#233;gie de lib&#233;ration qui puisse fonctionner &#224; travers cette complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mant&#232;lement de l'apartheid isra&#233;lien &#8211; simple manifestation d'une histoire de colonialisme de peuplement qui a pr&#233;par&#233; 1948 &#8211; n'est qu'un aspect d'un processus de d&#233;colonisation dans lequel sont engag&#233;s les Palestiniens. Ce projet, complexe, multiforme et tr&#232;s mal compris, contient des tensions pouvant para&#238;tre irr&#233;solubles. Pour les dirigeants de l'OLP, une de ces tensions vient de la peur de ne pouvoir mener simultan&#233;ment la lutte contre l'occupation et contre l'apartheid. Cette pens&#233;e est inutilement binaire ; ce qui est encore plus important, c'est qu'elle est trop d&#233;f&#233;rente vis-&#224;-vis de la jurisprudence internationale et de la doctrine de l'ONU sur la Palestine (incarn&#233;e dans diff&#233;rentes r&#233;solutions de l'ONU comme la 242 qui affirme l'ill&#233;galit&#233; des colonies isra&#233;liennes) qui ont toutes les deux des imperfections, des contradictions intrins&#232;ques et sont marqu&#233;es de l'empreinte du colonialisme. On peut insister sur l'ill&#233;galit&#233; de l'installation territoriale d'Isra&#235;l dans les Territoires occup&#233;s comme voie l&#233;gale pour tenir Isra&#235;l responsable, quel que puisse &#234;tre finalement l'engagement dans la partition. Un mouvement palestinien efficace peut s'opposer &#224; l'occupation et &#224; l'apartheid comme &#224; deux &#233;l&#233;ments d'une strat&#233;gie globale qui doit comporter un plaidoyer pour l'&#233;galit&#233; et pour le droit au retour. En d'autres termes, il revient aux Palestiniens de casser la mainmise du paradigme de la terre-contre-la-paix, qui tient la direction officielle sous son emprise, parce que c'est la logique de la partition qui a fait obstacle &#224; la qu&#234;te de leurs droits universels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre incompr&#233;hension, souvent visible chez les Isra&#233;liens et leurs soutiens progressistes &#224; l'&#233;tranger, est que l'objectif de d&#233;mant&#232;lement de l'apartheid et de la recherche de l'&#233;galit&#233; vise &#224; assurer une pleine &#233;galit&#233; &#224; tous les Palestiniens en Isra&#235;l. J'ai entendu un nombre incalculable de fois de la part d'acteurs politiques isra&#233;liens et de repr&#233;sentants officiels qu'il est compr&#233;hensible que les Palestiniens recherchent l'&#233;galit&#233; avec les Isra&#233;liens &#233;tant donn&#233; qu'Isra&#235;l offre une meilleure qualit&#233; de vie que celle que pourrait offrir un &#201;tat palestinien. Assez &#233;trangement, les dirigeants palestiniens admettent &#8211; sans toutefois de connotations paternalistes &#8211; que rechercher l'&#233;galit&#233; c'est viser la citoyennet&#233; en Isra&#235;l. Un dirigeant de l'OLP m'a dit avec passion : &#171; Je ne veux pas &#234;tre isra&#233;lien. Je ne veux pas qu'ils prennent la Palestine avec mon approbation &#187;. Comme toujours, ce point de vue est tellement attach&#233; &#224; une solution fond&#233;e sur la partition, qu'il &#233;choue &#224; saisir un mouvement anti-apartheid comme &#233;l&#233;ment crucial d'un processus plus large de d&#233;colonisation. &#171; Reddition &#187; a &#233;t&#233; le mot qu'un Palestinien en Isra&#235;l a employ&#233; pour me d&#233;crire la recherche de citoyennet&#233; en Isra&#235;l, avant de clarifier le terme de d&#233;colonisation : &#171; Nous avons besoin d'&#234;tre citoyens, non pas d'Isra&#235;l &#187; a-t-il dit, &#171; mais d'un &#201;tat compl&#232;tement diff&#233;rent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu d'une d&#233;colonisation effective d'un r&#233;gime largement plus puissant, des points de vue tant &#233;conomique que diplomatique et militaire, est vraiment &#233;norme. Le seul moyen, pour les Palestiniens, de d&#233;marrer, c'est une strat&#233;gie politique de d&#233;colonisation qui apporte une argumentation claire en rejetant la partition comme une impasse destructrice. Reconna&#238;tre ce fait ne signifie pas que les Palestiniens aient &#224; renoncer aux principes du droit international qui ont donn&#233; lieu &#224; cette partition, mais plut&#244;t qu'une nouvelle strat&#233;gie doit &#234;tre suffisamment intelligente pour utiliser ces outils, aussi &#233;mouss&#233;s et limit&#233;s soient-ils, au service d'un &#233;lan plus vaste pour la d&#233;colonisation de la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appr&#233;hension de la direction palestinienne officielle mise &#224; part, la question n'est pas de savoir si les Palestiniens devraient ou non adopter ce nouveau cadre &#8211; car le mouvement est d&#233;j&#224; en vitesse de croisi&#232;re, dirig&#233; non pas par le sommet mais par la base. La Grande Marche du Retour de Gaza en 2018-2019 a &#233;t&#233; un exemple puissant de la mobilisation populaire palestinienne reprenant le langage des droits et s'&#233;loignant de l'&#233;troitesse de la partition. Cette campagne ne s'est estomp&#233;e que lorsque le Hamas a affirm&#233; son contr&#244;le de la r&#233;sistance, tandis que la communaut&#233; internationale a largement d&#233;tourn&#233; le regard lorsqu'Isra&#235;l a us&#233; d'une violence l&#233;tale indiscrimin&#233;e pour la r&#233;primer. Plus r&#233;cemment, l'Intifada de l'Unit&#233; en mai a produit un Manifeste de la Dignit&#233; et de l'Espoir qui s'est positionn&#233; contre la fragmentation de la &#171; prison d'Oslo &#187;, ainsi qu'il a nomm&#233; les accords du processus de paix. Le manifeste a affirm&#233; que l'intifada &#171; r&#233;unit la soci&#233;t&#233; palestinienne dans toutes ses diff&#233;rentes parties ; et r&#233;unit notre volont&#233; politique et nos moyens de lutte pour nous confronter au sionisme dans toute la Palestine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs ann&#233;es, avant le r&#233;alignement de B'Tselem et de Human Rights Watch, j'ai demand&#233; &#224; un diplomate de l'UE si son pays continuerait &#224; soutenir Isra&#235;l s'il y avait une large reconnaissance que c'&#233;tait un &#201;tat d'apartheid. Sa r&#233;ponse est r&#233;v&#233;latrice de sa franchise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est d&#233;j&#224; de l'apartheid. Lorsque les Palestiniens m&#232;neront vraiment une lutte anti-apartheid, je ne sais pas. Isra&#235;l a maintenu un syst&#232;me de fait &#224; deux vitesses depuis cinquante ans et les relations UE-Isra&#235;l s'approfondissent encore. &#192; quel point faut-il que l'apartheid devienne tellement flagrant que cela embarrasse les gouvernements de l'UE ? La situation est tr&#232;s &#233;lastique ; le mensonge peut tenir encore longtemps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Palestiniens, les enjeux ne sont pas simples quant &#224; savoir quelle strat&#233;gie pourrait finalement r&#233;ussir ; ce sont des enjeux de survie. Le but de la colonisation sioniste de la Palestine appara&#238;t clairement : ce n'est pas l'approfondissement de l'apartheid mais la d&#233;possession &#224; venir des Palestiniens et la consolidation de la terre offerte &#224; l'&#233;tablissement juif. Quand des voix de la droite isra&#233;lienne appellent &#224; des transferts de population dans des termes de plus en plus explicites, de m&#234;me que lorsque les Conseils des colonies accueillent favorablement des transferts dans les territoires occup&#233;s pour faire de la place aux exercices militaires comme &#171; une autre fa&#231;on d'accro&#238;tre la gouvernance et le contr&#244;le sur un espace ouvert &#187;, nous devrions les croire. Ce &#224; quoi ont appel&#233; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, et qui nagu&#232;re pouvait sembler farfelu et extr&#234;me, a fini par triompher. La Nakba n'a jamais pris fin &#8211; et elle pourrait encore entrainer une autre expulsion massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de mai nous ont rappel&#233; que nous, Palestiniens, sommes un peuple uni dans l'opposition &#224; un m&#234;me r&#233;gime. Dans cette unit&#233;, il y a une grande diversit&#233; de tactiques, d'id&#233;ologies et de sentiments. Notre mouvement doit &#234;tre suffisamment large pour inclure l'ensemble, mais il doit aussi y avoir une vision singuli&#232;re de ce que veut dire l'&#233;mancipation : l'abolition du r&#233;gime colonial de peuplement en Palestine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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