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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Comment le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien a r&#233;sist&#233; &#224; l'antif&#233;minisme</title>
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		<dc:date>2022-02-01T07:06:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vincent Streichhahn</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-02-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement socialiste allemand &#224; ses d&#233;buts &#233;tait une affaire d'hommes, impr&#233;gn&#233; d'attitudes sexistes qui s'ajoutaient &#224; l'interdiction faite aux femmes de participer &#224; la politique. Mais dans les ann&#233;es 1900, le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien a mis au premier plan les revendications des femmes de la classe travailleuse, en insistant sur le fait qu'elles n'avaient pas besoin de p&#232;res, de maris ou des bourgeoises pour parler en leur nom. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru sur le site Gauche anticapitaliste 27 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-02-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-02-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton51217-52113.jpg?1781310664' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement socialiste allemand &#224; ses d&#233;buts &#233;tait une affaire d'hommes, impr&#233;gn&#233; d'attitudes sexistes qui s'ajoutaient &#224; l'interdiction faite aux femmes de participer &#224; la politique. Mais dans les ann&#233;es 1900, le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien a mis au premier plan les revendications des femmes de la classe travailleuse, en insistant sur le fait qu'elles n'avaient pas besoin de p&#232;res, de maris ou des bourgeoises pour parler en leur nom.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru sur le site Gauche anticapitaliste&lt;br class='autobr' /&gt;
27 janvier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Vincent Streichhahn&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une intervention au congr&#232;s du Parti social-d&#233;mocrate (SPD) &#224; Halle en 1890, Emma Ihrer s'adressa tr&#232;s clairement aux congressistes : &#171; Nous avons le droit d'&#234;tre trait&#233;es comme des camarades &#224; part enti&#232;re &#187;. Il s'agissait du premier congr&#232;s l&#233;gal du Parti apr&#232;s la lev&#233;e des lois antisocialistes en vigueur entre 1878 et 1890 dans l'empire allemand r&#233;cemment unifi&#233;. Mais, alors que les hommes pouvaient &#224; nouveau s'organiser l&#233;galement dans des associations ouvri&#232;res, les femmes n'avaient pas le droit d'adh&#233;rer &#224; des associations politiques ni de participer &#224; des r&#233;unions politiques. Ces restrictions ne seront lev&#233;es que le 19 avril 1908 apr&#232;s l'adoption de la loi imp&#233;riale sur les associations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'emp&#234;cha pas des femmes comme Emma Ihrer, Helma Steinbach ou Clara Zetkin de trouver des moyens alternatifs de s'organiser au sein du SPD. Elles durent cependant s'imposer dans les organisations ouvri&#232;res face &#224; la r&#233;sistance des hommes. Les plaintes concernant le manque de soutien et le comportement sexiste &#233;taient monnaie courante. Lors du congr&#232;s du SPD &#224; Gotha en 1896, une d&#233;l&#233;gu&#233;e de Hambourg, Luise K&#228;hler, interpella ainsi les hommes en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; De nombreux camarades traitent la question des femmes avec tant de l&#233;g&#232;ret&#233; qu'on doit vraiment se demander si ces camarades de parti d&#233;fendent r&#233;ellement l'&#233;galit&#233; des droits.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport au mouvement ouvrier, le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien &#233;tait encore un ph&#233;nom&#232;ne relativement nouveau au d&#233;but des ann&#233;es 1890. Les femmes avaient commenc&#233; &#224; s'organiser en syndicats dans les ann&#233;es 1880 au sein, par exemple, de l'Association pour la promotion des int&#233;r&#234;ts des femmes au travail (Verein zur Vertretung der Interessen der Arbeiterinnen) et de l'Association professionnelle des couturi&#232;res de Berlin (Fachverein der Berliner Manteln&#228;herinne), toutes deux fond&#233;es en 1885. L'exp&#233;rience commune de la criminalisation, de la pers&#233;cution et de l'exil sous les lois antisocialistes avait rapproch&#233; les deux mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier allemand se caract&#233;risait, surtout dans ses premi&#232;res ann&#233;es, par un antif&#233;minisme exacerb&#233;. Bien que d'importants progr&#232;s aient &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s au moment du congr&#232;s du SPD &#224; Halle en 1890, les attitudes antif&#233;ministes et les structures patriarcales continuaient de repr&#233;senter un obstacle &#224; l'organisation du mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le probl&#232;me de l'antif&#233;minisme prol&#233;tarien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien Werner Th&#246;nnessen a invent&#233; le terme &#171; antif&#233;minisme prol&#233;tarien &#187; pour caract&#233;riser les d&#233;buts du mouvement ouvrier allemand. Cette description vise surtout l'Association g&#233;n&#233;rale des travailleurs allemands (en allemand ADAV), fond&#233;e en 1863 par Ferdinand Lassalle. L'ADAV demandait l'interdiction du travail r&#233;mun&#233;r&#233; des femmes, arguant du fait que la main-d'&#339;uvre f&#233;minine faisait baisser les salaires et acc&#233;l&#233;rait la dissolution de la famille. Les droits politiques pour le sexe f&#233;minin n'&#233;taient pas s&#233;rieusement envisag&#233;s. Le droit de vote devait continuer &#224; &#234;tre un privil&#232;ge exclusivement masculin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces revendications reposaient sur une image de la femme qui la r&#233;duisait principalement &#224; son r&#244;le de m&#232;re et d'&#233;pouse. Reinhold Schlingmann s'appuyait sur les mod&#232;les hi&#233;rarchiques de genre qui dominaient dans la bourgeoisie lorsqu'il argumenta, lors d'une r&#233;union de l'ADAV &#224; Berlin en 1866, que les femmes ne devaient pas travailler parce qu'elles &#233;taient &#171; physiquement diff&#233;rentes, plus faibles, leurs formes douces et rondes, moins muscl&#233;es ; leurs corps ne sont pas capables d'efforts physiques &#187;. Comme les femmes sont &#233;galement diff&#233;rentes sur le plan intellectuel, il existe une division &#171; naturelle &#187; du travail : l'homme va travailler &#224; l'usine tandis que la femme s'occupe des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res. C'est le capital, affirme Schlingmann, qui pousse les femmes (et les enfants) &#224; travailler dans les usines, les &#233;loignant de &#171; leur v&#233;ritable vocation &#187;, c'est-&#224;-dire le travail de reproduction, les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et l'&#233;ducation des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension programmatique et contextuelle de l'antif&#233;minisme prol&#233;tarien d&#233;crite par Th&#246;nnessen est toutefois trop limit&#233;e. Des historiens comme Thomas Welskopp soulignent les origines socio-historiques du mouvement ouvrier allemand, qui se situaient en dehors du prol&#233;tariat industriel. Au d&#233;but, la base sociale du mouvement ouvrier &#233;tait plut&#244;t concentr&#233;e dans l'artisanat, la ma&#231;onnerie et les compagnons. Welskopp soutient que la principale racine de l'antif&#233;minisme prol&#233;tarien r&#233;side dans la culture misogyne qui pr&#233;valait dans ces milieux. L'examen de ces questions &#224; travers le prisme de l'histoire sociale et de la sociologie culturelle nous permet de regarder au-del&#224; du comportement sexiste (tr&#232;s r&#233;el) des militants qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; analys&#233; dans les travaux classiques sur le mouvement f&#233;ministe et de mettre en &#233;vidence les bases structurelles de l'antif&#233;minisme prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sph&#232;re associative &#233;tait le seul espace social dans lequel les travailleurs pouvaient exprimer et d&#233;velopper librement leur personnalit&#233;. Dans les associations ouvri&#232;res, comme le dit Welskopp,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;ils pouvaient y acqu&#233;rir de la &#698;dignit&#233;&#698; afficher leur &#698;respectabilit&#233;&#698; habituelle et d&#233;battre d'&#233;gal &#224; &#233;gal ; ils &#233;taient des protagonistes actifs de la vie publique et politique &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation d'alcool et les d&#233;bats dans les r&#233;unions enfum&#233;es cultivaient un habitus exclusivement masculin. Le &#171; revers de la m&#233;daille &#233;tait l'exclusion des femmes, au cours de la transformation et de l'universalisation d'une culture de compagnonnage misogyne &#187;. En ce sens, l'exclusion des femmes &#233;tait une condition constitutive de l'&#233;mergence d'un citoyen masculin militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de l'antif&#233;minisme prol&#233;tarien &#233;tait la conservation des rapports patriarcaux entre les sexes : l'homme comme &#171; unique soutien de famille &#187; et la femme dans son r&#244;le suppos&#233; &#171; naturel &#187; de m&#232;re et de femme au foyer). Les revendications des antif&#233;ministes prol&#233;tariens peuvent &#233;galement &#234;tre comprises comme une r&#233;action quelque peu impuissante &#224; l'&#233;rosion croissante des rapports familiaux dans le cadre du d&#233;veloppement industriel de l'&#233;poque moderne. En r&#233;alit&#233;, il n'a jamais &#233;t&#233; question d'interdire tout emploi r&#233;mun&#233;r&#233; pour les femmes. Les femmes ont toujours travaill&#233; et devraient continuer &#224; le faire, mais pas dans des m&#233;tiers &#224; connotation &#171; masculine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antif&#233;minisme prol&#233;tarien &#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne complexe, avec des aspects culturels aussi bien que programmatiques et id&#233;ologiques. L'&#233;chec de la r&#233;volution bourgeoise de 1848 fut suivi d'une phase de restauration r&#233;actionnaire. La loi prussienne sur les associations promulgu&#233;e en 1850 interdisait aux femmes de s'organiser politiquement. En outre, la &#171; Lex Otto &#187; interdisait aux femmes de travailler dans la presse. Apr&#232;s la constitution du mouvement ouvrier, l'antif&#233;minisme prol&#233;tarien de ce dernier &#233;tait ainsi prot&#233;g&#233; par la loi. Il a fallu du temps au mouvement ouvrier pour faire face &#224; cet h&#233;ritage antif&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le marxisme comme programme d'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lutte longue et difficile fut n&#233;cessaire pour que le mouvement social-d&#233;mocrate des femmes l'emporte sur l'antif&#233;minisme prol&#233;tarien et obtienne l'espace n&#233;cessaire &#224; son &#233;panouissement. Les contributions marxistes les plus importantes dans ce combat ont &#233;t&#233; La femme et le socialisme d'August Bebel (1879) et &#171; L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat &#187; de Friedrich Engels (1884). Ces deux ouvrages sur la &#171; question f&#233;minine &#187; ont eu une grande influence dans le mouvement ouvrier, mais ils sont longtemps rest&#233;s les seules analyses socialistes majeures sur ce th&#232;me. Les publications sociales-d&#233;mocrates ont continu&#233; &#224; &#233;voquer la &#171; question f&#233;minine &#187;, mais les avanc&#233;es th&#233;oriques substantielles furent rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de son livre La femme et le socialisme Bebel &#233;voque longuement les revendications d'interdiction du travail des femmes, qu'il qualifie de &#171; myopie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;S'opposer au travail des femmes est aussi futile que de lutter contre l'introduction des machines ou de tenter d'arr&#234;ter le d&#233;clin de la petite industrie par des mesures r&#233;actionnaires et inad&#233;quates &#187; &#233;crit Bebel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, la th&#233;orie marxiste a d&#233;montr&#233; que le travail des femmes &#233;tait une condition pr&#233;alable &#224; leur &#233;mancipation dans le cadre du mouvement ouvrier. Comme le dit Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; L'&#233;mancipation de la femme ne sera possible que lorsque la femme pourra prendre part &#224; la production sur une grande &#233;chelle sociale et que le travail domestique ne r&#233;clamera plus qu'une quantit&#233; insignifiante de son temps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il consid&#233;rait l'industrialisation comme le moteur de ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces positions, en rupture avec le communisme dit artisanal du mouvement ouvrier pr&#233;industriel, ne sont pas tomb&#233;es du ciel. Les id&#233;es nouvelles ont d'abord pris racine dans des parties du mouvement qui &#233;taient plus fortement influenc&#233;es par le lib&#233;ralisme, comme le Parti ouvrier social-d&#233;mocrate fond&#233; en 1869 par August Bebel et Wilhelm Liebknecht. L'influence lib&#233;rale est ind&#233;niable dans les premi&#232;res &#233;ditions de La femme et le socialisme. Ce n'est que dans les nombreuses &#233;ditions ult&#233;rieures que Bebel affina l'orientation marxiste de son argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces deux ouvrages qui ont fa&#231;onn&#233; les d&#233;bats socialistes sur l'&#233;mancipation des femmes au cours des d&#233;cennies suivantes. Clara Zetkin s'est inspir&#233;e de Bebel et d'Engels dans son discours lors de la conf&#233;rence fondatrice de la Deuxi&#232;me Internationale en 1889 &#224; Paris, publi&#233; en brochure la m&#234;me ann&#233;e. Zetkin esquissa un programme d'action pour le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien, qu'elle d&#233;veloppa au cours des ann&#233;es 1890. Ces trois contributions ont &#233;t&#233; &#233;crites pour le mouvement ouvrier et ont &#233;t&#233; d'une importance capitale pour la mise &#224; l'&#233;cart des id&#233;es antif&#233;ministes au sein du Parti, m&#234;me si elles n'ont certainement jamais disparu enti&#232;rement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;er un espace pour le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; une multitude d'obstacles, le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien s'est organis&#233; au sein des organisations de la social-d&#233;mocratie, apr&#232;s l'abrogation des lois antisocialistes en 1890. Afin de pouvoir fonctionner dans le milieu sexiste du mouvement ouvrier, elles ont d&#233;velopp&#233; ce que j'appellerais une pratique spatiale. Ces concepts organisationnels n'ont pas &#233;t&#233; con&#231;us par des th&#233;oricien.ne.s, mais ont plut&#244;t &#233;merg&#233; empiriquement avec la mise en place de structures autonomes au sein du SPD qui &#233;taient &#233;galement essentielles pour contourner la l&#233;gislation r&#233;pressive visant l'ensemble des sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers temps, il fut d&#233;cid&#233; de cr&#233;er des comit&#233;s d'agitation (Agitationskomitees) pour contourner l'interdiction faite aux femmes de rejoindre des organisations politiques. Ces comit&#233;s n'avaient ni statuts, ni r&#232;glement int&#233;rieur, ni direction, ni membres officiels. Lors du congr&#232;s du Parti &#224; Halle en 1890, les militantes critiqu&#232;rent s&#233;v&#232;rement le peu d'espace accord&#233; aux femmes dans les journaux du Parti. Helma Steinbach, une militante de Hambourg, protesta contre le fait que le journal social-d&#233;mocrate Arbeiterblatt refusait de publier ses articles et r&#233;clama son &#171; petit bout de papier blanc &#187;. &#192; partir de 1892, le p&#233;riodique Die Gleichheit, &#233;dit&#233; par Clara Zetkin, devint la voix incontest&#233;e du mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s d'agitation se d&#233;velopp&#232;rent et se r&#233;pandirent dans toute l'Allemagne En 1893, le comit&#233; de Berlin fut d&#233;sign&#233; comme Bureau Central lors du congr&#232;s du SPD &#224; Cologne, mais une vague de r&#233;pression, qui d&#233;buta cette ann&#233;e-l&#224;, eut raison de cette forme organisationnelle. Les comit&#233;s furent transform&#233;s en associations et peu &#224; peu liquid&#233;s jusqu'&#224; ce que le mod&#232;le ne soit plus une option viable en 1895. Il fallait donc &#233;laborer un nouveau concept pour canaliser le travail vers des structures plus fiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, les militantes eurent recours &#224; ce que l'on appelait les &#171; personnes de confiance &#187; (Vertrauenspersonen), derri&#232;re lesquelles se cachaient des groupes plus ou moins importants de femmes socialistes. Lors de leurs r&#233;unions, elles d&#233;battaient de la situation politique, &#233;laboraient des positions et organisaient des gr&#232;ves. Au fil du temps, un r&#233;seau de plus en plus dense &#233;mergea, dirig&#233; de 1900 &#224; 1908 par Ottilie Baader. Le nombre de &#171; personnes de confiance &#187; passa de 25 en 1901 &#224; 407 en 1908. Pour tenir compte de cette croissance rapide, une structure r&#233;gionale fut mise en place, structure que le SPD reconn&#251;t officiellement en 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance des conf&#233;rences des femmes social-d&#233;mocrates, qui se tenaient tous les deux ans avant les congr&#232;s r&#233;guliers du Parti de 1900 &#224; 1908, reste aujourd'hui encore s&#233;rieusement sous-estim&#233;e. Lors de ces rencontres, le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien de tout l'Empire allemand se r&#233;unissait pour d&#233;battre des probl&#232;mes de la p&#233;riode et des solutions &#224; proposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place de ces structures autonomes &#224; partir de 1890 a constitu&#233; une &#233;tape significative pour le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien dans les conditions sp&#233;cifiques de l'&#233;poque. Mais cette pratique a &#233;galement g&#233;n&#233;r&#233; des tensions entre l'objectif d'organiser ensemble les hommes et les femmes et la r&#233;alit&#233; des structures qui &#233;taient dans les faits largement s&#233;par&#233;es. Cette tension a &#233;t&#233; r&#233;solue de la fa&#231;on suivante : les structures s&#233;par&#233;es seraient tol&#233;r&#233;es tant que les restrictions l&#233;gales ext&#233;rieures emp&#234;chaient une organisation commune. Il n'est donc gu&#232;re surprenant qu'apr&#232;s la lev&#233;e, en 1908, de l'interdiction faite aux femmes d'adh&#233;rer &#224; des organisations politiques, le SPD ait rapidement commenc&#233; &#224; d&#233;manteler les structures autonomes du mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien et &#224; les int&#233;grer dans l'ensemble du Parti, y compris, dans certains cas, contre la volont&#233; de leurs membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son intervention &#224; la conf&#233;rence des femmes de Nuremberg en 1908, Luise Zietz insista :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Ces conf&#233;rences ont contribu&#233; de mani&#232;re exceptionnelle &#224; ce que nous ayons aujourd'hui tant de camarades femmes exp&#233;riment&#233;es&#8230; Ce serait un grand recul pour le mouvement des femmes si les conf&#233;rences de femmes &#233;taient abolies. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cette r&#233;sistance, le congr&#232;s suivant du Parti formalisa l'int&#233;gration des organisations de femmes dans les structures du SPD. Le r&#233;seau des &#171; personnes de confiance &#187; fut supprim&#233;, de m&#234;me que l'&#233;lection s&#233;par&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;es aux congr&#232;s du Parti par des r&#233;unions de femmes. Les conf&#233;rences de femmes continu&#232;rent certes d'exister formellement (la derni&#232;re fut organis&#233;e &#224; I&#233;na en 1911, apr&#232;s d'importants conflits), mais par la suite, elles n'eurent lieu qu'au niveau r&#233;gional et furent soumises au contr&#244;le de la direction du Parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que reste-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien allemand a-t-il &#233;chou&#233; ? Au moins jusqu'&#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un mod&#232;le florissant pour les partis de la Deuxi&#232;me Internationale. Il est remarquable que sa pratique spatiale d'avant 1908 ait inspir&#233; les socialistes au niveau international. Alexandra Kollontai a &#233;crit dans son autobiographie qu'elle avait assist&#233; &#224; la conf&#233;rence des femmes de Mannheim en 1906 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt; Les rencontres et les discussions avec Clara Zetkin, avec l'ouvri&#232;re Ottilie Baader&#8230; et d'autres m'ont convaincue du bien-fond&#233; de mes efforts pour cr&#233;er un appareil au sein du parti pour le travail parmi les femmes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement international des femmes communistes, fond&#233; &#224; Moscou en 1920, a renou&#233; avec cette tradition de pratique spatiale. Il a imm&#233;diatement cr&#233;&#233; son propre organe officiel et un secr&#233;tariat pour coordonner le travail des sections f&#233;minines dans les partis communistes du monde entier. Le Secr&#233;tariat international des femmes a fonctionn&#233; de mani&#232;re autonome pendant six ans avant d'&#234;tre rel&#233;gu&#233; au rang de d&#233;partement du Comit&#233; Ex&#233;cutif de l'Internationale Communiste en 1926, durant la stalinisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, le processus d'int&#233;gration du mouvement f&#233;ministe prol&#233;tarien dans les structures de la social-d&#233;mocratie &#233;tait truff&#233; de contradictions. En 1908, la direction du SPD a enterr&#233; un espace d&#233;mocratique qui avait un grand potentiel dans la lutte pour l'&#233;mancipation des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; initialement publi&#233; le 9 mars 2021 dans Jacobin (Etats-Unis), traduit par Christian Dubucq pour Contretemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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