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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Travailler en Chine, 2026 : vue d'ensemble depuis le bas</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Travailler-en-Chine-2026-vue-d-ensemble-depuis-le-bas</link>
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		<dc:date>2026-04-28T14:02:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-04-28</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Monde du travail et syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intelligence artificielle, stages forc&#233;s, d&#233;c&#232;s dus au surmenage, ouvriers agricoles &#226;g&#233;s dans les champs. Un voyage &#224; travers les conditions de travail en Chine &#224; partir de sources chinoises &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/24/travailler-en-chine-2026-vue-densemble-depuis-le-bas/?jetpack_skip_subscription_popup &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours du dernier mois, la cha&#238;ne militante LaborInfo a publi&#233; une s&#233;rie d'articles sur les conditions de travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-mouvement-syndical-international-" rel="directory"&gt;Le mouvement syndical international&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-04-28&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chine-+" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Monde-ouvrier-et-syndicalisme-+" rel="tag"&gt;Monde du travail et syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/trav_chinois-2-0c227.webp?1777386819' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intelligence artificielle, stages forc&#233;s, d&#233;c&#232;s dus au surmenage, ouvriers agricoles &#226;g&#233;s dans les champs. Un voyage &#224; travers les conditions de travail en Chine &#224; partir de sources chinoises&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/24/travailler-en-chine-2026-vue-densemble-depuis-le-bas/?jetpack_skip_subscription_popup&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/24/travailler-en-chine-2026-vue-densemble-depuis-le-bas/?jetpack_skip_subscription_popup&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du dernier mois, la cha&#238;ne militante LaborInfo a publi&#233; une s&#233;rie d'articles sur les conditions de travail en Chine, provenant de sources tr&#232;s diverses. On y trouve des enqu&#234;tes du Qilu Evening News et du China Youth Daily, des reportages de CBN/Yicai et de LatePost, des analyses de Huxiu, des donn&#233;es du Beijing Youth Daily, un documentaire en plusieurs &#233;pisodes de la cha&#238;ne Jidian et une analyse du China Workers' Liberation Daily, un journal d'orientation marxiste. Pris individuellement, chacun de ces articles raconte un fragment sp&#233;cifique du monde du travail chinois. Lus ensemble, ils composent un tableau plus large et plus coh&#233;rent que leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ne le laisserait supposer, car ils convergent tous vers une r&#233;alit&#233; structurelle qui traverse diff&#233;rents secteurs, g&#233;n&#233;rations et zones g&#233;ographiques du pays, du village agricole du Yunnan au bureau high-tech de Shenzhen, de l'institut professionnel du Henan au plateau de tournage de Hengdian. Il s'agit de la vuln&#233;rabilit&#233; structurelle des travailleurs chinois face &#224; n'importe quel interlocuteur, qu'il s'agisse d'une entreprise priv&#233;e, d'une plateforme num&#233;rique, d'un &#233;tablissement scolaire ou d'un donneur d'ordre agricole.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intelligence artificielle comme machine d'expulsion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi tous les facteurs qui redessinent le march&#233; du travail chinois, l'intelligence artificielle est le plus visible et le plus discut&#233;. Trois des articles recueillis par LaborInfo analysent ses effets sous diff&#233;rents angles au sein de deux secteurs contigus : celui des &#171; short dramas &#187;, ces s&#233;ries en &#233;pisodes tr&#232;s courts con&#231;ues pour &#234;tre visionn&#233;es sur smartphone qui, en Chine, ont g&#233;n&#233;r&#233; un march&#233; estim&#233; &#224; plus de 50 milliards de yuans en 2025, et celui des jeux vid&#233;o. Il en r&#233;sulte un tableau &#224; plusieurs niveaux o&#249; le ph&#233;nom&#232;ne appara&#238;t bien plus complexe qu'un simple remplacement des travailleurs par l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau est celui de l'impact imm&#233;diat sur l'emploi. &#192; Hengdian, le district du Zhejiang qui abrite les plus grands studios de cin&#233;ma du pays et qui a fonctionn&#233; pendant des ann&#233;es comme p&#244;le de production pour l'industrie des s&#233;ries courtes, le travail s'est brusquement rar&#233;fi&#233; au cours des premiers mois de 2026. Les groupes de messagerie par lesquels les acteurs et les figurants recevaient leurs convocations sur les plateaux, qui jusqu'&#224; il y a quelques mois encore &#233;taient satur&#233;s de notifications, sont devenus silencieux. Selon les estimations qui circulent parmi les professionnels du secteur, le nombre de productions en prise de vues r&#233;elles lanc&#233;es a chut&#233; de pr&#232;s de 80% par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, et le volume total des engagements a plus que diminu&#233; de moiti&#233;. L'arriv&#233;e des mini-s&#233;ries g&#233;n&#233;r&#233;es par l'intelligence artificielle a rendu superflue une grande partie de la cha&#238;ne de production traditionnelle, des acteurs aux techniciens des effets sp&#233;ciaux. Certains travailleurs se sont reconvertis dans la livraison de repas &#224; domicile ou la vente en direct en streaming, d'autres sont retourn&#233;s dans leurs villes d'origine. Ceux qui sont rest&#233;s attendent une reprise que personne n'est en mesure de garantir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau concerne un probl&#232;me qui pr&#233;c&#232;de l'intelligence artificielle et que son apparition a rendu ing&#233;rable. Le secteur des courts m&#233;trages dramatiques traversait d&#233;j&#224; une crise de liquidit&#233;s li&#233;e au fonctionnement m&#234;me de son mod&#232;le &#233;conomique. Les plateformes de distribution avaient attir&#233; les soci&#233;t&#233;s de production en offrant un &#171; &lt;i&gt;minimum garanti &lt;/i&gt; &#187; pour chaque titre livr&#233;, un m&#233;canisme qui a encourag&#233; une course &#224; la quantit&#233; au d&#233;triment de la qualit&#233;. Certaines soci&#233;t&#233;s ont exploit&#233; ces fonds pour multiplier les plateaux actifs simultan&#233;ment, fragmentant ainsi les ressources et abaissant les normes. Lorsque les plateformes ont suspendu le m&#233;canisme des minimums garantis, la cha&#238;ne des paiements s'est rompue. Les fonds &#233;taient vers&#233;s par tranches successives, et souvent les premi&#232;res versements couvraient &#224; peine les co&#251;ts logistiques, tandis que les r&#233;mun&#233;rations du personnel d&#233;pendaient de versements ult&#233;rieurs qui, dans de nombreux cas, ne sont jamais arriv&#233;s. Il en r&#233;sulte un ph&#233;nom&#232;ne d'insolvabilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui touche des centaines de travailleurs dans des villes comme Xi'an, Zhengzhou et Chengdu, toutes consid&#233;r&#233;es comme des capitales de la production de courts m&#233;trages dramatiques. Cam&#233;ramans, acteurs et figurants attendent depuis des mois le paiement de leurs prestations d&#233;j&#224; effectu&#233;es, et certaines soci&#233;t&#233;s de production sont devenues injoignables. Dans ce contexte, l'arriv&#233;e de l'intelligence artificielle a ajout&#233; une incitation suppl&#233;mentaire &#224; suspendre les productions traditionnelles, car le co&#251;t d'une mini-s&#233;rie g&#233;n&#233;r&#233;e par l'IA peut &#234;tre dix fois moins &#233;lev&#233; que celui d'une production avec de vrais acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me niveau concerne la restructuration planifi&#233;e dans l'industrie technologique &#233;tablie. NetEase, l'un des plus grands groupes chinois du secteur des jeux vid&#233;o, a int&#233;gr&#233; l'intelligence artificielle dans l'ensemble de la cha&#238;ne de d&#233;veloppement, de la conception artistique aux mod&#232;les 3D, de l'animation aux tests, annon&#231;ant des gains d'efficacit&#233; pouvant atteindre 300% &#224; certaines &#233;tapes. Les postes les plus touch&#233;s sont ceux en sous-traitance, qui repr&#233;sentent dans le secteur chinois du jeu vid&#233;o entre 20% et 30% des effectifs des moyennes et grandes entreprises et couvrent des fonctions op&#233;rationnelles telles que le service client, les essais de base et une partie de la production graphique. Selon les analyses du secteur, un employ&#233; qui utilise des outils d'IA &#233;quivaut, en termes de productivit&#233;, &#224; trois employ&#233;s qui ne les utilisent pas, tandis que le co&#251;t quotidien des outils d'IA pour une entreprise de cinq cents personnes s'&#233;l&#232;ve &#224; environ cinquante mille yuans par mois, soit l'&#233;quivalent du salaire d'une dizaine de programmeurs de niveau interm&#233;diaire. Ce ph&#233;nom&#232;ne ne concerne pas uniquement NetEase. Des entreprises telles que miHoYo, Perfect World, Yoozoo Games et 37Games ont toutes lanc&#233; des processus similaires d'int&#233;gration de l'IA dans la production. Il s'agit d'une restructuration &#224; l'&#233;chelle industrielle dans laquelle la promesse selon laquelle l'IA g&#233;n&#233;rera de nouveaux emplois reste pour l'instant sans fondement. Le remplacement est &#224; sens unique, et les travailleurs &#233;vinc&#233;s des postes de base ne trouvent pas de r&#233;affectation au sein du secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui relie ces trois niveaux, c'est un &#233;l&#233;ment commun. Dans tous les cas, les premiers &#224; payer le prix de cette transformation sont les travailleurs aux contrats les plus pr&#233;caires, &#224; savoir les figurant.es, les ind&#233;pendant.es, les sous-traitant.es, des personnes d&#233;pourvues de toute protection formelle et de tout pouvoir de n&#233;gociation. La convention d'autor&#233;gulation sign&#233;e en f&#233;vrier 2026 par trente-huit acteurs du secteur des micro-drames, qui pr&#233;voit le paiement ponctuel et int&#233;gral des salaires ainsi que la mise en place de d&#233;p&#244;ts de garantie, n'a jusqu'&#224; pr&#233;sent pas eu d'effets concrets sur les conditions de ces travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_56037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/ia_chinois1.jpg?56037/b1dd8e16dc77a3fbc84983fa0eb8cb100f9239cf955eb4a176d883a629b1e9fe&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH372/b1dd8e16dc77a3fb-3d3dcb8a-cb5a2.jpg?1777386819' width='500' height='372' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes, entre travail forc&#233; et fuite vers la stabilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression que l'intelligence artificielle exerce sur les travailleurs d&#233;j&#224; actifs sur le march&#233; se r&#233;percute, par des m&#233;canismes diff&#233;rents, sur la g&#233;n&#233;ration qui tente d'entrer sur le march&#233; du travail. Deux des articles recueillis par LaborInfo dressent un portrait de la condition des jeunes Chinois aux deux extr&#233;mit&#233;s oppos&#233;es du syst&#232;me &#233;ducatif, et le tableau qui en ressort est celui d'un &#233;tau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#233;mit&#233; la plus basse, celle de l'enseignement professionnel, le cas du Coll&#232;ge professionnel des sciences et technologies de Xinyang, dans la province du Henan, illustre une pratique r&#233;pandue et attest&#233;e depuis des ann&#233;es. L'&#233;tablissement a envoy&#233; des &#233;tudiant.es de deuxi&#232;me ann&#233;e travailler en usine &#224; des t&#226;ches sans aucun rapport avec leur cursus, en mena&#231;ant de retirer cinquante cr&#233;dits universitaires &#224; celles et ceux qui refusaient et en leur faisant signer des &#171; &lt;i&gt;lettres d'engagement volontaire&lt;/i&gt; &#187; dont le caract&#232;re volontaire &#233;tait manifestement fictif. L'environnement de travail avait &#233;t&#233; d&#233;crit comme d&#233;grad&#233; et le travail consistait en des t&#226;ches r&#233;p&#233;titives &#224; la cha&#238;ne. Sous la pression de l'opinion publique, l'&#233;cole est revenue sur sa position officielle en d&#233;clarant que la participation &#233;tait facultative et a rappel&#233; les &#233;tudiant&#183;e&#183;s, mais le m&#233;canisme sous-jacent reste inchang&#233;. Dans des cas similaires document&#233;s pr&#233;c&#233;demment, comme celui du lyc&#233;e professionnel Jiangxi de technologie des &#233;nergies nouvelles, il est apparu que les &#233;tablissements pr&#233;l&#232;vent des commissions sur les salaires des &#233;tudiant&#183;e&#183;s de l'ordre de 10 &#224; 30%, parfois par l'interm&#233;diaire d'agences d'int&#233;rim qui pr&#233;l&#232;vent une commission suppl&#233;mentaire. Le r&#232;glement du minist&#232;re de l'&#201;ducation de 2022 sur la gestion des stages des &#233;l&#232;ves des &#233;tablissements professionnels interdit explicitement ces pratiques, mais l'application de ces r&#232;gles est largement inefficace. Dans le cas du Henan, les journalistes qui ont contact&#233; les autorit&#233;s scolaires locales n'ont obtenu aucune r&#233;ponse. L'&#233;cole professionnelle fonctionne, en r&#233;alit&#233;, comme une agence de placement de main-d'&#339;uvre &#224; bas co&#251;t d&#233;guis&#233;e en &#233;tablissement d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'autre extr&#233;mit&#233;, celle des dipl&#244;m&#233;s des universit&#233;s g&#233;n&#233;ralistes, le ph&#233;nom&#232;ne est similaire dans la forme et analogue dans le fond. Selon le livre blanc publi&#233; par 51job en mars 2026, 25,1% des dipl&#244;m&#233;.es de l'ann&#233;e ont choisi de postuler &#224; des postes dans le secteur public, c'est-&#224;-dire &#224; des concours pour devenir fonctionnaires, &#224; des organismes publics ou &#224; des postes d'enseignant.e, soit une augmentation de 2,6 points de pourcentage par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. La part des dipl&#244;m&#233;.es qui choisissent d'entrer sur le march&#233; du travail priv&#233; a baiss&#233;, bien que l&#233;g&#232;rement, passant de 36,6% &#224; 36,2%. La nouveaut&#233; la plus significative est la croissance de ce qu'on appelle le &#171; slow employment &#187;, qui concerne 10,3% des nouveaux dipl&#244;m&#233;s et consiste en un report d&#233;lib&#233;r&#233; de la recherche d'emploi dans l'attente de conditions plus favorables, avec une augmentation de pr&#232;s d'un point de pourcentage en un an seulement. Parall&#232;lement, la propension &#224; poursuivre ses &#233;tudes, tant en Chine qu'&#224; l'&#233;tranger, a diminu&#233;, ce qui sugg&#232;re que le choix d'attendre n'est pas motiv&#233; par une ambition acad&#233;mique mais par des consid&#233;rations d&#233;fensives. Le suivi du parcours post-embauche des dipl&#244;m&#233;.es de 2024 confirme la fragilit&#233; de l'emploi priv&#233; chez les jeunes. Le taux d'abandon le plus &#233;lev&#233; est enregistr&#233; dans le secteur de la restauration, de l'h&#244;tellerie et du tourisme, avec 20,6%, suivi de l'immobilier et de la logistique. Les secteurs les plus aptes &#224; retenir les nouveaux embauch&#233;s sont la finance, l'&#233;nergie et les services professionnels, tous per&#231;us comme plus stables et mieux prot&#233;g&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien entre ces deux extr&#234;mes est &#233;vident. Les &#233;l&#232;ves des &#233;tablissements professionnels et les dipl&#244;m&#233;.es des universit&#233;s occupent des positions sociales diff&#233;rentes, mais les deux groupes r&#233;agissent de la m&#234;me mani&#232;re face &#224; ce vide. Le march&#233; du travail priv&#233; chinois n'offre pas aux jeunes des conditions per&#231;ues comme acceptables, et les r&#233;ponses qui en d&#233;coulent &#8211; l'exploitation directe pour les plus faibles et la fuite vers la stabilit&#233; pour les plus qualifi&#233;.es &#8211; sont les deux faces d'une m&#234;me insuffisance structurelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_56038 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/ia_chinois2.jpg?56038/229a096b68fc5e93a31138228795f045e7d681db093e555022aab28e0e11fe61&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH394/229a096b68fc5e93-fce47aa6-eb00d.jpg?1777386820' width='500' height='394' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;La vie comme prolongement du travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux qui sont d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233;s au march&#233; du travail, la question se d&#233;place alors de l'acc&#232;s &#224; l'exercice quotidien de l'activit&#233; professionnelle, et le tableau qui se dessine ici est celui d'une perm&#233;abilit&#233; croissante entre le temps de travail et le temps de vie, avec des cons&#233;quences mesurables sur la sant&#233; physique et mentale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te men&#233;e par le Centre de recherche sociale du China Youth Daily aupr&#232;s de 1 335 salari&#233;s, publi&#233;e en mars 2026, a r&#233;v&#233;l&#233; que 77,5% des personnes interrog&#233;es per&#231;oivent la fronti&#232;re entre leur vie personnelle et leur travail comme floue. 52,5% continuent de r&#233;pondre &#224; des messages professionnels apr&#232;s la fin de leur journ&#233;e de travail, 45,7% renoncent &#224; leurs projets du week-end pour des raisons professionnelles, 44,5% re&#231;oivent r&#233;guli&#232;rement des communications professionnelles via WeChat, par t&#233;l&#233;phone ou par e-mail en dehors des heures de travail, et 42,8% sont convoqu&#233;.es pour des activit&#233;s professionnelles pendant leurs p&#233;riodes de repos. 65% des personnes interrog&#233;es d&#233;clarent avoir l'impression que leur vie est &#171; &lt;i&gt;envahie &lt;/i&gt; &#187; par le travail. Ce chiffre est transversal, mais touche particuli&#232;rement les jeunes travailleurs et ceux des grandes villes, o&#249; la pression concurrentielle est plus intense. 55,8% attribuent cette &#233;rosion des fronti&#232;res &#224; la diffusion des outils de communication instantan&#233;e, qui rendent chaque employ&#233;.e joignable &#224; tout moment et effacent de fait la s&#233;paration entre espace professionnel et espace domestique. Dans ce contexte, la journ&#233;e de travail de huit heures h&#233;rit&#233;e du pass&#233; appara&#238;t comme une convention de plus en plus &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue par les travailleurs chinois du secteur tertiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette situation sur la sant&#233; sont document&#233;es dans un long reportage de LatePost consacr&#233; au ph&#233;nom&#232;ne de la mort subite due au surmenage, initialement publi&#233; en 2021 et republi&#233; de mani&#232;re significative par LaborInfo en 2026, ce qui confirme la persistance et l'aggravation du probl&#232;me. La seule donn&#233;e &#233;pid&#233;miologique disponible &#224; l'&#233;chelle nationale remonte &#224; une &#233;tude de 2006 men&#233;e par l'h&#244;pital Fuwai de l'Acad&#233;mie chinoise des sciences m&#233;dicales, qui estimait &#224; 544 000 le nombre de d&#233;c&#232;s soudains par an, soit une incidence de 41,8 cas pour 100 000 habitant.es. Cette statistique, qui n'a jamais &#233;t&#233; mise &#224; jour et qui est encore cit&#233;e dans les rapports officiels de 2020 sur les maladies cardiovasculaires, est consid&#233;r&#233;e par les observateurs du secteur comme largement d&#233;pass&#233;e, des estimations officieuses situant le total annuel &#224; plus d'un million de cas. L'&#226;ge moyen des personnes victimes d'un infarctus du myocarde a progressivement baiss&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, passant de 60 &#224; 70 ans dans les ann&#233;es 1980 &#224; des cas de plus en plus fr&#233;quents chez les 20-40 ans. Les m&#233;decins des urgences signalent comme facteurs r&#233;currents le tabagisme, le manque de sommeil chronique, les horaires de travail prolong&#233;s et le stress psychologique constant. La litt&#233;rature m&#233;dicale internationale a depuis longtemps &#233;tabli un lien entre le stress psychologique et &#233;motionnel et les anomalies cardiaques potentiellement mortelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse institutionnelle reste insuffisante sur ces deux fronts. En mati&#232;re de protection du temps libre, les recommandations qui ressortent des enqu&#234;tes elles-m&#234;mes se concentrent sur la capacit&#233; individuelle &#224; g&#233;rer son temps, faisant porter la responsabilit&#233; sur le travailleur individuel et laissant intacte la structure organisationnelle &#224; l'origine du probl&#232;me. En mati&#232;re d'urgence sanitaire, la couverture en d&#233;fibrillateurs automatiques externes dans les lieux publics et sur les lieux de travail en Chine reste bien inf&#233;rieure &#224; celle des pays &#224; revenu &#233;lev&#233;. Shenzhen, la ville la mieux &#233;quip&#233;e du pays, dispose de 17,5 appareils pour 100 000 habitants, contre 700 aux &#201;tats-Unis et 276 au Japon. La culture d'entreprise de la &#171; disponibilit&#233; permanente &#187; et la culture du &#171; 996 &#187; (travailler de 9 heures du matin &#224; 9 heures du soir, six jours sur sept) continuent d'agir comme un facteur environnemental que les travailleurs individuels peuvent tout au plus att&#233;nuer, mais pas modifier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_56039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/ia_chinois3.jpg?56039/51e1ec392ddb6d065fc39ca465780519572a2c2d5c3e23e2957ec52d1734115d&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH350/51e1ec392ddb6d06-7b79bbee-9ced7.jpg?1777386820' width='500' height='350' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour &#224; la terre, fin d'un cycle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans les villes, le travail se transforme ou dispara&#238;t sous la pression de l'intelligence artificielle et de la pr&#233;carit&#233; contractuelle, dans les campagnes chinoises s'ach&#232;ve un cycle long qui trouve ses racines dans l'exode rural des derni&#232;res d&#233;cennies. Le dernier article du recueil de LaborInfo rapporte les conclusions d'un reportage documentaire dont les auteurs ont visit&#233; plus d'un millier de villages et hameaux entre 2021 et 2025, d&#233;couvrant partout la m&#234;me configuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans ont c&#233;d&#233; les droits de gestion de leurs terres &#224; des entrepreneurs locaux ou ext&#233;rieurs, souvent originaires des r&#233;gions c&#244;ti&#232;res orientales, et travaillent d&#233;sormais comme ouvriers agricoles &#224; la journ&#233;e sur les champs qui leur appartenaient autrefois. Le sch&#233;ma se r&#233;p&#232;te du Guangdong au Heilongjiang, des plantations de canne &#224; sucre du Lingnan aux champs de ma&#239;s de la plaine du nord de la Chine et aux cultures de th&#233; du Jiangxi. La r&#233;mun&#233;ration horaire du travail agricole oscille entre 10 et 20 yuans de l'heure, avec des pics plus &#233;lev&#233;s pour les t&#226;ches les plus p&#233;nibles. Il n'y a pas de contrats, le paiement est quotidien et en esp&#232;ces, et la main-d'&#339;uvre est compos&#233;e presque exclusivement de femmes d'&#226;ge m&#251;r et de personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique &#233;conomique qui sous-tend ce syst&#232;me est simple. Cultiver soi-m&#234;me des c&#233;r&#233;ales sur de petites parcelles ne rapporte que des revenus minimes, avec un revenu horaire qui peut descendre &#224; quelques yuans apr&#232;s d&#233;duction des co&#251;ts des semences, des engrais et des pesticides. Les cultures commerciales &#224; plus forte valeur ajout&#233;e, comme les fleurs, le th&#233; ou les fruits, n&#233;cessitent des investissements en capital, des comp&#233;tences techniques de pointe et des d&#233;bouch&#233;s commerciaux dont le petit agriculteur ne dispose pas. La location de la terre &#224; un entrepreneur, qui varie de 500 &#224; 1 300 yuans par mu et par an selon la zone et la qualit&#233; du sol, garantit un revenu s&#251;r et imm&#233;diat, aussi modeste soit-il. Le programme national de remembrement a acc&#233;l&#233;r&#233; le processus, en aplanissant les talus entre les petites parcelles et en les regroupant en grands champs adapt&#233;s &#224; la m&#233;canisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui travaillent encore dans les champs sont, dans la grande majorit&#233; des cas, celles qui n'ont pas d'autre choix. Ce sont les m&#234;mes travailleurs migrants qui, dans leur jeunesse, ont travaill&#233; sur les chantiers de construction des villes de la c&#244;te est et qui, pass&#233;s la soixantaine, ont &#233;t&#233; exclus du secteur du b&#226;timent parce que les ma&#238;tres d'ouvrage ne veulent pas prendre en charge la responsabilit&#233; civile li&#233;e &#224; l'emploi de main-d'&#339;uvre &#226;g&#233;e. De retour au village, ils et elles acceptent n'importe quel emploi disponible. Certaines personnes ramassent dans les champs les d&#233;chets laiss&#233;s par les moissonneuses, une pratique de glanage qui a parfois des cons&#233;quences tragiques lorsque les personnes &#226;g&#233;es s'approchent trop pr&#232;s des machines en marche. L'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne est amplifi&#233;e par le d&#233;peuplement des campagnes. Les jeunes travaillent en ville, ne reviennent que quelques jours par an pour le Nouvel An lunaire et parlent mandarin, tandis que le dialecte local dispara&#238;t. Les liens familiaux se distendent, les maisons restent ferm&#233;es et sont envahies par les mauvaises herbes, les tombes des anc&#234;tres se d&#233;sagr&#232;gent et deviennent impossibles &#224; identifier. Dans certains villages, des personnes &#226;g&#233;es isol&#233;es meurent dans les champs et restent &#224; la vue de tout le monde pendant des jours, car personne ne vient les chercher.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_56040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/ia_chinois4.jpg?56040/71f4b0cd8364daaa1c29dc9ced302323c89d85d20b30c8032486ce3d4ff21689&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH401/71f4b0cd8364daaa-a0961600-cc939.jpg?1777386820' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier article publi&#233; par LaborInfo compl&#232;te le tableau esquiss&#233; par les pr&#233;c&#233;dents. La personne &#226;g&#233;e, travailleur migrant, qui retourne au village et accepte de travailler comme ouvrier agricole sur ses propres terres est le point d'arriv&#233;e d'un parcours qui commence avec les jeunes &#233;tudiant.es en formation professionnelle envoy&#233;.es &#224; l'usine et passe par l'employ&#233;.e du secteur technologique qui r&#233;pond &#224; des messages professionnels &#224; deux heures du matin. &#192; chaque &#233;tape, le d&#233;nominateur commun est l'absence d'outils collectifs de protection et le fait que l'emploi est r&#233;duit &#224; une transaction individuelle dans laquelle le travailleur est toujours la partie la plus faible. L'intelligence artificielle acc&#233;l&#232;re ce processus dans le secteur urbanis&#233; et technologique, le march&#233; foncier le reproduit dans les campagnes, le syst&#232;me &#233;ducatif y pr&#233;pare d&#232;s l'&#233;cole. La convention d'autor&#233;gulation du secteur des micro-drames, le r&#232;glement minist&#233;riel sur les stages, les recommandations des experts sur la gestion du temps sont autant d'outils qui restent lettre morte ou qui font porter la responsabilit&#233; sur l'individu, sans toucher aux conditions structurelles &#224; l'origine du probl&#232;me. Ce que la synth&#232;se de LaborInfo met en &#233;vidence, c'est la simultan&#233;it&#233; et l'interconnexion de ces crises, et le fait que dans chacune d'elles, le co&#251;t est r&#233;percut&#233;, avec une pr&#233;cision calcul&#233;e, sur celles et ceux qui produisent la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;br class='autobr' /&gt;
Source &#8211; Andrea Ferrario, 15 avril 2026 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://andreaferrario1.substack.com/p/lavorare-in-cina-2026-una-panoramica&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://andreaferrario1.substack.com/p/lavorare-in-cina-2026-una-panoramica&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78545&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78545&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Analyse - Travailler en Chine, 2026 : vue d'ensemble depuis le bas</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/ANALYSE-Travailler-en-Chine-2026-vue-d-ensemble-depuis-le-bas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/ANALYSE-Travailler-en-Chine-2026-vue-d-ensemble-depuis-le-bas</guid>
		<dc:date>2026-04-21T10:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-04-21</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Monde du travail et syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Intelligence artificielle, stages forc&#233;s, d&#233;c&#232;s dus au surmenage, ouvriers agricoles &#226;g&#233;s dans les champs. Un voyage &#224; travers les conditions de travail en Chine &#224; partir de sources chinoises &lt;br class='autobr' /&gt; 15 avril 2026 | tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours du dernier mois, la cha&#238;ne militante LaborInfo a publi&#233; une s&#233;rie d'articles sur les conditions de travail en Chine, provenant de sources tr&#232;s diverses. On y trouve des enqu&#234;tes du Qilu Evening News et du China Youth Daily, des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-mouvement-syndical-international-" rel="directory"&gt;Le mouvement syndical international&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-04-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-04-21&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chine-+" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Monde-ouvrier-et-syndicalisme-+" rel="tag"&gt;Monde du travail et syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/ouvrieres_chinoises-b4d92.png?1776767682' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intelligence artificielle, stages forc&#233;s, d&#233;c&#232;s dus au surmenage, ouvriers agricoles &#226;g&#233;s dans les champs. Un voyage &#224; travers les conditions de travail en Chine &#224; partir de sources chinoises&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;15 avril 2026 | tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78545&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;res&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du dernier mois, la cha&#238;ne militante LaborInfo a publi&#233; une s&#233;rie d'articles sur les conditions de travail en Chine, provenant de sources tr&#232;s diverses. On y trouve des enqu&#234;tes du Qilu Evening News et du China Youth Daily, des reportages de CBN/Yicai et de LatePost, des analyses de Huxiu, des donn&#233;es du Beijing Youth Daily, un documentaire en plusieurs &#233;pisodes de la cha&#238;ne Jidian et une analyse du China Workers' Liberation Daily, un journal d'orientation marxiste. Pris individuellement, chacun de ces articles raconte un fragment sp&#233;cifique du monde du travail chinois. Lus ensemble, ils composent un tableau plus large et plus coh&#233;rent que leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; ne le laisserait supposer, car ils convergent tous vers une r&#233;alit&#233; structurelle qui traverse diff&#233;rents secteurs, g&#233;n&#233;rations et zones g&#233;ographiques du pays, du village agricole du Yunnan au bureau high-tech de Shenzhen, de l'institut professionnel du Henan au plateau de tournage de Hengdian. Il s'agit de la vuln&#233;rabilit&#233; structurelle des travailleurs chinois face &#224; n'importe quel interlocuteur, qu'il s'agisse d'une entreprise priv&#233;e, d'une plateforme num&#233;rique, d'un &#233;tablissement scolaire ou d'un donneur d'ordre agricole.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'intelligence artificielle comme machine d'expulsion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parmi tous les facteurs qui redessinent le march&#233; du travail chinois, l'intelligence artificielle est le plus visible et le plus discut&#233;. Trois des articles recueillis par LaborInfo analysent ses effets sous diff&#233;rents angles au sein de deux secteurs contigus : celui des &#171; short dramas &#187;, ces s&#233;ries en &#233;pisodes tr&#232;s courts con&#231;ues pour &#234;tre visionn&#233;es sur smartphone qui, en Chine, ont g&#233;n&#233;r&#233; un march&#233; estim&#233; &#224; plus de 50 milliards de yuans en 2025, et celui des jeux vid&#233;o. Il en r&#233;sulte un tableau &#224; plusieurs niveaux o&#249; le ph&#233;nom&#232;ne appara&#238;t bien plus complexe qu'un simple remplacement des travailleurs par l'IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau est celui de l'impact imm&#233;diat sur l'emploi. &#192; Hengdian, le district du Zhejiang qui abrite les plus grands studios de cin&#233;ma du pays et qui a fonctionn&#233; pendant des ann&#233;es comme p&#244;le de production pour l'industrie des s&#233;ries courtes, le travail s'est brusquement rar&#233;fi&#233; au cours des premiers mois de 2026. Les groupes de messagerie par lesquels les acteurs et les figurants recevaient leurs convocations sur les plateaux, qui jusqu'&#224; il y a quelques mois encore &#233;taient satur&#233;s de notifications, sont devenus silencieux. Selon les estimations qui circulent parmi les professionnels du secteur, le nombre de productions en prise de vues r&#233;elles lanc&#233;es a chut&#233; de pr&#232;s de 80 % par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, et le volume total des engagements a plus que diminu&#233; de moiti&#233;. L'arriv&#233;e des mini-s&#233;ries g&#233;n&#233;r&#233;es par l'intelligence artificielle a rendu superflue une grande partie de la cha&#238;ne de production traditionnelle, des acteurs aux techniciens des effets sp&#233;ciaux. Certains travailleurs se sont reconvertis dans la livraison de repas &#224; domicile ou la vente en direct en streaming, d'autres sont retourn&#233;s dans leurs villes d'origine. Ceux qui sont rest&#233;s attendent une reprise que personne n'est en mesure de garantir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau concerne un probl&#232;me qui pr&#233;c&#232;de l'intelligence artificielle et que son apparition a rendu ing&#233;rable. Le secteur des courts m&#233;trages dramatiques traversait d&#233;j&#224; une crise de liquidit&#233;s li&#233;e au fonctionnement m&#234;me de son mod&#232;le &#233;conomique. Les plateformes de distribution avaient attir&#233; les soci&#233;t&#233;s de production en offrant un &#171; minimum garanti &#187; pour chaque titre livr&#233;, un m&#233;canisme qui a encourag&#233; une course &#224; la quantit&#233; au d&#233;triment de la qualit&#233;. Certaines soci&#233;t&#233;s ont exploit&#233; ces fonds pour multiplier les plateaux actifs simultan&#233;ment, fragmentant ainsi les ressources et abaissant les normes. Lorsque les plateformes ont suspendu le m&#233;canisme des minimums garantis, la cha&#238;ne des paiements s'est rompue. Les fonds &#233;taient vers&#233;s par tranches successives, et souvent les premi&#232;res versements couvraient &#224; peine les co&#251;ts logistiques, tandis que les r&#233;mun&#233;rations du personnel d&#233;pendaient de versements ult&#233;rieurs qui, dans de nombreux cas, ne sont jamais arriv&#233;s. Il en r&#233;sulte un ph&#233;nom&#232;ne d'insolvabilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui touche des centaines de travailleurs dans des villes comme Xi'an, Zhengzhou et Chengdu, toutes consid&#233;r&#233;es comme des capitales de la production de courts m&#233;trages dramatiques. Cam&#233;ramans, acteurs et figurants attendent depuis des mois le paiement de leurs prestations d&#233;j&#224; effectu&#233;es, et certaines soci&#233;t&#233;s de production sont devenues injoignables. Dans ce contexte, l'arriv&#233;e de l'intelligence artificielle a ajout&#233; une incitation suppl&#233;mentaire &#224; suspendre les productions traditionnelles, car le co&#251;t d'une mini-s&#233;rie g&#233;n&#233;r&#233;e par l'IA peut &#234;tre dix fois moins &#233;lev&#233; que celui d'une production avec de vrais acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me niveau concerne la restructuration planifi&#233;e dans l'industrie technologique &#233;tablie. NetEase, l'un des plus grands groupes chinois du secteur des jeux vid&#233;o, a int&#233;gr&#233; l'intelligence artificielle dans l'ensemble de la cha&#238;ne de d&#233;veloppement, de la conception artistique aux mod&#232;les 3D, de l'animation aux tests, annon&#231;ant des gains d'efficacit&#233; pouvant atteindre 300 % &#224; certaines &#233;tapes. Les postes les plus touch&#233;s sont ceux en sous-traitance, qui repr&#233;sentent dans le secteur chinois du jeu vid&#233;o entre 20 % et 30 % des effectifs des moyennes et grandes entreprises et couvrent des fonctions op&#233;rationnelles telles que le service client, les essais de base et une partie de la production graphique. Selon les analyses du secteur, un employ&#233; qui utilise des outils d'IA &#233;quivaut, en termes de productivit&#233;, &#224; trois employ&#233;s qui ne les utilisent pas, tandis que le co&#251;t quotidien des outils d'IA pour une entreprise de cinq cents personnes s'&#233;l&#232;ve &#224; environ cinquante mille yuans par mois, soit l'&#233;quivalent du salaire d'une dizaine de programmeurs de niveau interm&#233;diaire. Ce ph&#233;nom&#232;ne ne concerne pas uniquement NetEase. Des entreprises telles que miHoYo, Perfect World, Yoozoo Games et 37Games ont toutes lanc&#233; des processus similaires d'int&#233;gration de l'IA dans la production. Il s'agit d'une restructuration &#224; l'&#233;chelle industrielle dans laquelle la promesse selon laquelle l'IA g&#233;n&#233;rera de nouveaux emplois reste pour l'instant sans fondement. Le remplacement est &#224; sens unique, et les travailleurs &#233;vinc&#233;s des postes de base ne trouvent pas de r&#233;affectation au sein du secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui relie ces trois niveaux, c'est un &#233;l&#233;ment commun. Dans tous les cas, les premiers &#224; payer le prix de cette transformation sont les travailleurs aux contrats les plus pr&#233;caires, &#224; savoir les figurant.es, les ind&#233;pendant.es, les sous-traitant.es, des personnes d&#233;pourvues de toute protection formelle et de tout pouvoir de n&#233;gociation. La convention d'autor&#233;gulation sign&#233;e en f&#233;vrier 2026 par trente-huit acteurs du secteur des micro-drames, qui pr&#233;voit le paiement ponctuel et int&#233;gral des salaires ainsi que la mise en place de d&#233;p&#244;ts de garantie, n'a jusqu'&#224; pr&#233;sent pas eu d'effets concrets sur les conditions de ces travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55893 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH371/c1448c236cafc6e9-49d871e4-b5011.png?1776767683' width='500' height='371' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Les jeunes, entre travail forc&#233; et fuite vers la stabilit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pression que l'intelligence artificielle exerce sur les travailleurs d&#233;j&#224; actifs sur le march&#233; se r&#233;percute, par des m&#233;canismes diff&#233;rents, sur la g&#233;n&#233;ration qui tente d'entrer sur le march&#233; du travail. Deux des articles recueillis par LaborInfo dressent un portrait de la condition des jeunes Chinois aux deux extr&#233;mit&#233;s oppos&#233;es du syst&#232;me &#233;ducatif, et le tableau qui en ressort est celui d'un &#233;tau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#233;mit&#233; la plus basse, celle de l'enseignement professionnel, le cas du Coll&#232;ge professionnel des sciences et technologies de Xinyang, dans la province du Henan, illustre une pratique r&#233;pandue et attest&#233;e depuis des ann&#233;es. L'&#233;tablissement a envoy&#233; des &#233;tudiant.es de deuxi&#232;me ann&#233;e travailler en usine &#224; des t&#226;ches sans aucun rapport avec leur cursus, en mena&#231;ant de retirer cinquante cr&#233;dits universitaires &#224; celles et ceux qui refusaient et en leur faisant signer des &#171; lettres d'engagement volontaire &#187; dont le caract&#232;re volontaire &#233;tait manifestement fictif. L'environnement de travail avait &#233;t&#233; d&#233;crit comme d&#233;grad&#233; et le travail consistait en des t&#226;ches r&#233;p&#233;titives &#224; la cha&#238;ne. Sous la pression de l'opinion publique, l'&#233;cole est revenue sur sa position officielle en d&#233;clarant que la participation &#233;tait facultative et a rappel&#233; les &#233;tudiant&#183;e&#183;s, mais le m&#233;canisme sous-jacent reste inchang&#233;. Dans des cas similaires document&#233;s pr&#233;c&#233;demment, comme celui du lyc&#233;e professionnel Jiangxi de technologie des &#233;nergies nouvelles, il est apparu que les &#233;tablissements pr&#233;l&#232;vent des commissions sur les salaires des &#233;tudiant&#183;e&#183;s de l'ordre de 10 &#224; 30 %, parfois par l'interm&#233;diaire d'agences d'int&#233;rim qui pr&#233;l&#232;vent une commission suppl&#233;mentaire. Le r&#232;glement du minist&#232;re de l'&#201;ducation de 2022 sur la gestion des stages des &#233;l&#232;ves des &#233;tablissements professionnels interdit explicitement ces pratiques, mais l'application de ces r&#232;gles est largement inefficace. Dans le cas du Henan, les journalistes qui ont contact&#233; les autorit&#233;s scolaires locales n'ont obtenu aucune r&#233;ponse. L'&#233;cole professionnelle fonctionne, en r&#233;alit&#233;, comme une agence de placement de main-d'&#339;uvre &#224; bas co&#251;t d&#233;guis&#233;e en &#233;tablissement d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'autre extr&#233;mit&#233;, celle des dipl&#244;m&#233;s des universit&#233;s g&#233;n&#233;ralistes, le ph&#233;nom&#232;ne est similaire dans la forme et analogue dans le fond. Selon le livre blanc publi&#233; par 51job en mars 2026, 25,1 % des dipl&#244;m&#233;.es de l'ann&#233;e ont choisi de postuler &#224; des postes dans le secteur public, c'est-&#224;-dire &#224; des concours pour devenir fonctionnaires, &#224; des organismes publics ou &#224; des postes d'enseignant.e, soit une augmentation de 2,6 points de pourcentage par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. La part des dipl&#244;m&#233;.es qui choisissent d'entrer sur le march&#233; du travail priv&#233; a baiss&#233;, bien que l&#233;g&#232;rement, passant de 36,6 % &#224; 36,2 %. La nouveaut&#233; la plus significative est la croissance de ce qu'on appelle le &#171; slow employment &#187;, qui concerne 10,3 % des nouveaux dipl&#244;m&#233;s et consiste en un report d&#233;lib&#233;r&#233; de la recherche d'emploi dans l'attente de conditions plus favorables, avec une augmentation de pr&#232;s d'un point de pourcentage en un an seulement. Parall&#232;lement, la propension &#224; poursuivre ses &#233;tudes, tant en Chine qu'&#224; l'&#233;tranger, a diminu&#233;, ce qui sugg&#232;re que le choix d'attendre n'est pas motiv&#233; par une ambition acad&#233;mique mais par des consid&#233;rations d&#233;fensives. Le suivi du parcours post-embauche des dipl&#244;m&#233;.es de 2024 confirme la fragilit&#233; de l'emploi priv&#233; chez les jeunes. Le taux d'abandon le plus &#233;lev&#233; est enregistr&#233; dans le secteur de la restauration, de l'h&#244;tellerie et du tourisme, avec 20,6 %, suivi de l'immobilier et de la logistique. Les secteurs les plus aptes &#224; retenir les nouveaux embauch&#233;s sont la finance, l'&#233;nergie et les services professionnels, tous per&#231;us comme plus stables et mieux prot&#233;g&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien entre ces deux extr&#234;mes est &#233;vident. Les &#233;l&#232;ves des &#233;tablissements professionnels et les dipl&#244;m&#233;.es des universit&#233;s occupent des positions sociales diff&#233;rentes, mais les deux groupes r&#233;agissent de la m&#234;me mani&#232;re face &#224; ce vide. Le march&#233; du travail priv&#233; chinois n'offre pas aux jeunes des conditions per&#231;ues comme acceptables, et les r&#233;ponses qui en d&#233;coulent &#8211; l'exploitation directe pour les plus faibles et la fuite vers la stabilit&#233; pour les plus qualifi&#233;.es &#8211; sont les deux faces d'une m&#234;me insuffisance structurelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH411/fcb5bc958acc4634-9082333b-176ac.png?1776767683' width='500' height='411' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La vie comme prolongement du travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux qui sont d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233;s au march&#233; du travail, la question se d&#233;place alors de l'acc&#232;s &#224; l'exercice quotidien de l'activit&#233; professionnelle, et le tableau qui se dessine ici est celui d'une perm&#233;abilit&#233; croissante entre le temps de travail et le temps de vie, avec des cons&#233;quences mesurables sur la sant&#233; physique et mentale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te men&#233;e par le Centre de recherche sociale du China Youth Daily aupr&#232;s de 1 335 salari&#233;s, publi&#233;e en mars 2026, a r&#233;v&#233;l&#233; que 77,5 % des personnes interrog&#233;es per&#231;oivent la fronti&#232;re entre leur vie personnelle et leur travail comme floue. 52,5 % continuent de r&#233;pondre &#224; des messages professionnels apr&#232;s la fin de leur journ&#233;e de travail, 45,7 % renoncent &#224; leurs projets du week-end pour des raisons professionnelles, 44,5 % re&#231;oivent r&#233;guli&#232;rement des communications professionnelles via WeChat, par t&#233;l&#233;phone ou par e-mail en dehors des heures de travail, et 42,8 % sont convoqu&#233;.es pour des activit&#233;s professionnelles pendant leurs p&#233;riodes de repos. 65 % des personnes interrog&#233;es d&#233;clarent avoir l'impression que leur vie est &#171; envahie &#187; par le travail. Ce chiffre est transversal, mais touche particuli&#232;rement les jeunes travailleurs et ceux des grandes villes, o&#249; la pression concurrentielle est plus intense. 55,8 % attribuent cette &#233;rosion des fronti&#232;res &#224; la diffusion des outils de communication instantan&#233;e, qui rendent chaque employ&#233;.e joignable &#224; tout moment et effacent de fait la s&#233;paration entre espace professionnel et espace domestique. Dans ce contexte, la journ&#233;e de travail de huit heures h&#233;rit&#233;e du pass&#233; appara&#238;t comme une convention de plus en plus &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue par les travailleurs chinois du secteur tertiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette situation sur la sant&#233; sont document&#233;es dans un long reportage de LatePost consacr&#233; au ph&#233;nom&#232;ne de la mort subite due au surmenage, initialement publi&#233; en 2021 et republi&#233; de mani&#232;re significative par LaborInfo en 2026, ce qui confirme la persistance et l'aggravation du probl&#232;me. La seule donn&#233;e &#233;pid&#233;miologique disponible &#224; l'&#233;chelle nationale remonte &#224; une &#233;tude de 2006 men&#233;e par l'h&#244;pital Fuwai de l'Acad&#233;mie chinoise des sciences m&#233;dicales, qui estimait &#224; 544 000 le nombre de d&#233;c&#232;s soudains par an, soit une incidence de 41,8 cas pour 100 000 habitant.es. Cette statistique, qui n'a jamais &#233;t&#233; mise &#224; jour et qui est encore cit&#233;e dans les rapports officiels de 2020 sur les maladies cardiovasculaires, est consid&#233;r&#233;e par les observateurs du secteur comme largement d&#233;pass&#233;e, des estimations officieuses situant le total annuel &#224; plus d'un million de cas. L'&#226;ge moyen des personnes victimes d'un infarctus du myocarde a progressivement baiss&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, passant de 60 &#224; 70 ans dans les ann&#233;es 1980 &#224; des cas de plus en plus fr&#233;quents chez les 20-40 ans. Les m&#233;decins des urgences signalent comme facteurs r&#233;currents le tabagisme, le manque de sommeil chronique, les horaires de travail prolong&#233;s et le stress psychologique constant. La litt&#233;rature m&#233;dicale internationale a depuis longtemps &#233;tabli un lien entre le stress psychologique et &#233;motionnel et les anomalies cardiaques potentiellement mortelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse institutionnelle reste insuffisante sur ces deux fronts. En mati&#232;re de protection du temps libre, les recommandations qui ressortent des enqu&#234;tes elles-m&#234;mes se concentrent sur la capacit&#233; individuelle &#224; g&#233;rer son temps, faisant porter la responsabilit&#233; sur le travailleur individuel et laissant intacte la structure organisationnelle &#224; l'origine du probl&#232;me. En mati&#232;re d'urgence sanitaire, la couverture en d&#233;fibrillateurs automatiques externes dans les lieux publics et sur les lieux de travail en Chine reste bien inf&#233;rieure &#224; celle des pays &#224; revenu &#233;lev&#233;. Shenzhen, la ville la mieux &#233;quip&#233;e du pays, dispose de 17,5 appareils pour 100 000 habitants, contre 700 aux &#201;tats-Unis et 276 au Japon. La culture d'entreprise de la &#171; disponibilit&#233; permanente &#187; et la culture du &#171; 996 &#187; (travailler de 9 heures du matin &#224; 9 heures du soir, six jours sur sept) continuent d'agir comme un facteur environnemental que les travailleurs individuels peuvent tout au plus att&#233;nuer, mais pas modifier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55895 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH360/0ff1304dc8615abc-3414f303-1edc3.png?1776767683' width='500' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le retour &#224; la terre, fin d'un cycle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans les villes, le travail se transforme ou dispara&#238;t sous la pression de l'intelligence artificielle et de la pr&#233;carit&#233; contractuelle, dans les campagnes chinoises s'ach&#232;ve un cycle long qui trouve ses racines dans l'exode rural des derni&#232;res d&#233;cennies. Le dernier article du recueil de LaborInfo rapporte les conclusions d'un reportage documentaire dont les auteurs ont visit&#233; plus d'un millier de villages et hameaux entre 2021 et 2025, d&#233;couvrant partout la m&#234;me configuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans ont c&#233;d&#233; les droits de gestion de leurs terres &#224; des entrepreneurs locaux ou ext&#233;rieurs, souvent originaires des r&#233;gions c&#244;ti&#232;res orientales, et travaillent d&#233;sormais comme ouvriers agricoles &#224; la journ&#233;e sur les champs qui leur appartenaient autrefois. Le sch&#233;ma se r&#233;p&#232;te du Guangdong au Heilongjiang, des plantations de canne &#224; sucre du Lingnan aux champs de ma&#239;s de la plaine du nord de la Chine et aux cultures de th&#233; du Jiangxi. La r&#233;mun&#233;ration horaire du travail agricole oscille entre 10 et 20 yuans de l'heure, avec des pics plus &#233;lev&#233;s pour les t&#226;ches les plus p&#233;nibles. Il n'y a pas de contrats, le paiement est quotidien et en esp&#232;ces, et la main-d'&#339;uvre est compos&#233;e presque exclusivement de femmes d'&#226;ge m&#251;r et de personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique &#233;conomique qui sous-tend ce syst&#232;me est simple. Cultiver soi-m&#234;me des c&#233;r&#233;ales sur de petites parcelles ne rapporte que des revenus minimes, avec un revenu horaire qui peut descendre &#224; quelques yuans apr&#232;s d&#233;duction des co&#251;ts des semences, des engrais et des pesticides. Les cultures commerciales &#224; plus forte valeur ajout&#233;e, comme les fleurs, le th&#233; ou les fruits, n&#233;cessitent des investissements en capital, des comp&#233;tences techniques de pointe et des d&#233;bouch&#233;s commerciaux dont le petit agriculteur ne dispose pas. La location de la terre &#224; un entrepreneur, qui varie de 500 &#224; 1 300 yuans par mu et par an selon la zone et la qualit&#233; du sol, garantit un revenu s&#251;r et imm&#233;diat, aussi modeste soit-il. Le programme national de remembrement a acc&#233;l&#233;r&#233; le processus, en aplanissant les talus entre les petites parcelles et en les regroupant en grands champs adapt&#233;s &#224; la m&#233;canisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui travaillent encore dans les champs sont, dans la grande majorit&#233; des cas, celles qui n'ont pas d'autre choix. Ce sont les m&#234;mes travailleurs migrants qui, dans leur jeunesse, ont travaill&#233; sur les chantiers de construction des villes de la c&#244;te est et qui, pass&#233;s la soixantaine, ont &#233;t&#233; exclus du secteur du b&#226;timent parce que les ma&#238;tres d'ouvrage ne veulent pas prendre en charge la responsabilit&#233; civile li&#233;e &#224; l'emploi de main-d'&#339;uvre &#226;g&#233;e. De retour au village, ils et elles acceptent n'importe quel emploi disponible. Certaines personnes ramassent dans les champs les d&#233;chets laiss&#233;s par les moissonneuses, une pratique de glanage qui a parfois des cons&#233;quences tragiques lorsque les personnes &#226;g&#233;es s'approchent trop pr&#232;s des machines en marche. L'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne est amplifi&#233;e par le d&#233;peuplement des campagnes. Les jeunes travaillent en ville, ne reviennent que quelques jours par an pour le Nouvel An lunaire et parlent mandarin, tandis que le dialecte local dispara&#238;t. Les liens familiaux se distendent, les maisons restent ferm&#233;es et sont envahies par les mauvaises herbes, les tombes des anc&#234;tres se d&#233;sagr&#232;gent et deviennent impossibles &#224; identifier. Dans certains villages, des personnes &#226;g&#233;es isol&#233;es meurent dans les champs et restent &#224; la vue de tout le monde pendant des jours, car personne ne vient les chercher.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55896 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH410/d5debfdca212a918-c4da58f3-08d77.png?1776767683' width='500' height='410' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier article publi&#233; par LaborInfo compl&#232;te le tableau esquiss&#233; par les pr&#233;c&#233;dents. La personne &#226;g&#233;e, travailleur migrant, qui retourne au village et accepte de travailler comme ouvrier agricole sur ses propres terres est le point d'arriv&#233;e d'un parcours qui commence avec les jeunes &#233;tudiant.es en formation professionnelle envoy&#233;.es &#224; l'usine et passe par l'employ&#233;.e du secteur technologique qui r&#233;pond &#224; des messages professionnels &#224; deux heures du matin. &#192; chaque &#233;tape, le d&#233;nominateur commun est l'absence d'outils collectifs de protection et le fait que l'emploi est r&#233;duit &#224; une transaction individuelle dans laquelle le travailleur est toujours la partie la plus faible. L'intelligence artificielle acc&#233;l&#232;re ce processus dans le secteur urbanis&#233; et technologique, le march&#233; foncier le reproduit dans les campagnes, le syst&#232;me &#233;ducatif y pr&#233;pare d&#232;s l'&#233;cole. La convention d'autor&#233;gulation du secteur des micro-drames, le r&#232;glement minist&#233;riel sur les stages, les recommandations des experts sur la gestion du temps sont autant d'outils qui restent lettre morte ou qui font porter la responsabilit&#233; sur l'individu, sans toucher aux conditions structurelles &#224; l'origine du probl&#232;me. Ce que la synth&#232;se de LaborInfo met en &#233;vidence, c'est la simultan&#233;it&#233; et l'interconnexion de ces crises, et le fait que dans chacune d'elles, le co&#251;t est r&#233;percut&#233;, avec une pr&#233;cision calcul&#233;e, sur celles et ceux qui produisent la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source - Andrea Ferrario, 15 avril 2026 :&lt;br class='autobr' /&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le Japon apr&#232;s les &#233;lections : les fissures derri&#232;re la victoire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Japon-apres-les-elections-les-fissures-derriere-la-victoire</link>
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		<dc:date>2026-02-24T11:13:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-02-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le PLD remporte les deux tiers de la Chambre basse, mais derri&#232;re le triomphe de Takaichi se cachent un consensus r&#233;el limit&#233;, des salaires en baisse et un jeu g&#233;opolitique ouvert avec P&#233;kin et S&#233;oul. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lections du 8 f&#233;vrier dernier &#224; la Chambre basse japonaise ont donn&#233; &#224; Sanae Takaichi un r&#233;sultat sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate. Le PLD a obtenu 316 si&#232;ges sur 465, d&#233;passant pour la premi&#232;re fois depuis 1955 le seuil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Japon-+" rel="tag"&gt;Japon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-02-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-02-24&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/capture_d_e_cran_le_2026-02-23_a_15.44_52-a5021.png?1771879560' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le PLD remporte les deux tiers de la Chambre basse, mais derri&#232;re le triomphe de Takaichi se cachent un consensus r&#233;el limit&#233;, des salaires en baisse et un jeu g&#233;opolitique ouvert avec P&#233;kin et S&#233;oul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78119&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections du 8 f&#233;vrier dernier &#224; la Chambre basse japonaise ont donn&#233; &#224; Sanae Takaichi un r&#233;sultat sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate. Le PLD a obtenu 316 si&#232;ges sur 465, d&#233;passant pour la premi&#232;re fois depuis 1955 le seuil des deux tiers atteint par un seul parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son partenaire au sein de la coalition, le Parti nippon de l'innovation (Nippon Ishin no Kai, 36 si&#232;ges), le bloc gouvernemental atteint 352 si&#232;ges, une majorit&#233; qui lui permet de contourner la Chambre haute, o&#249; le PLD reste minoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition est sortie du scrutin en lambeaux. L'Alliance centriste pour la r&#233;forme, le cartel &#233;lectoral n&#233; en janvier de la fusion entre le Parti constitutionnel d&#233;mocratique et le Komeito, a chut&#233; de 167 &#224; 49 si&#232;ges, le pire r&#233;sultat pour un parti d'opposition important depuis la fin de la guerre. Son co-dirigeant Yoshihiko Noda, ancien Premier ministre qui avait mis&#233; sa carri&#232;re politique sur cette op&#233;ration, a annonc&#233; sa d&#233;mission. La gauche parlementaire a subi un effondrement encore plus net, le Parti communiste voit son nombre de si&#232;ges r&#233;duit de moiti&#233;, passant de 8 &#224; 4, le Reiwa Shinsengumi [1] est r&#233;duit de 8 &#224; un seul si&#232;ge et le Parti social-d&#233;mocrate est r&#233;duit &#224; n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s personnel de Takaichi, sa trajectoire politique et les implications pour le r&#233;armement japonais et la r&#233;vision constitutionnelle ont fait couler beaucoup d'encre, au Japon et &#224; l'&#233;tranger. Il convient toutefois de s'attarder sur les aspects les plus contradictoires que ce vote met en lumi&#232;re et que le r&#233;cit de la &#171; victoire &#233;crasante &#187; tend &#224; occulter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55002 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH378/ee5b060e36ff809e-0d80d94f-847a4.png?1771879560' width='500' height='378' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un consensus moins solide qu'il n'y para&#238;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux de participation a &#233;t&#233; de 56,26 %, en l&#233;g&#232;re hausse par rapport au minimum historique de 2024, mais n&#233;anmoins le cinqui&#232;me plus bas depuis la fin de la guerre. Ce chiffre prend une signification diff&#233;rente lorsqu'on le croise avec les votes effectifs. Dans le volet proportionnel du scrutin, le PLD a recueilli environ 21 millions de voix, soit 36 % des suffrages exprim&#233;s. Si l'on rapporte ce chiffre &#224; l'ensemble de l'&#233;lectorat, cela signifie que moins d'un.e Japonais.e sur cinq a inscrit &#171; LDP &#187; sur son bulletin de vote. Plus de 60 % des &#233;lecteurs se sont prononc&#233;s en faveur d'un autre parti. La disproportion entre ce chiffre et les 316 si&#232;ges remport&#233;s s'explique par le m&#233;canisme du scrutin uninominal &#224; un tour, o&#249; le vainqueur remporte tous les si&#232;ges et o&#249; les voix destin&#233;es aux perdants sont dispers&#233;es. Dans les circonscriptions uninominales, selon les donn&#233;es du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, le LDP a recueilli 49,1 % des voix, mais a obtenu 85,8 % des si&#232;ges, avec un &#233;cart de pr&#232;s de 37 points de pourcentage, le deuxi&#232;me plus &#233;lev&#233; depuis l'introduction du syst&#232;me en 1996. L'effet inverse a touch&#233; l'Alliance centriste, qui, avec 21,6 % des voix, s'est retrouv&#233;e avec seulement 2,4 % des si&#232;ges. Takaichi est populaire, et son style de communication direct lui a valu un large soutien, en particulier parmi les jeunes. Cependant, cette &#171; avalanche &#187; est avant tout un effet amplificateur du syst&#232;me &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;compte des si&#232;ges donne une image de domination incontest&#233;e, celui des petits partis brosse un tableau diff&#233;rent et plus nuanc&#233;. Le Sanseito, la formation d'extr&#234;me droite dirig&#233;e par Sohei Kamiya, est pass&#233; de 2 &#224; 15 si&#232;ges, tous obtenus au scrutin proportionnel. Une croissance significative, mais qui doit &#234;tre mesur&#233;e par rapport &#224; l'objectif d&#233;clar&#233; de 30 si&#232;ges et &#224; l'espoir de percer &#233;galement dans les circonscriptions &#224; scrutin uninominal, o&#249; le parti est rest&#233; &#224; z&#233;ro. Pendant la campagne &#233;lectorale, son nouveau slogan a suscit&#233; sur les r&#233;seaux sociaux la moiti&#233; de l'attention dont il avait b&#233;n&#233;fici&#233; lors des &#233;lections &#224; la Chambre haute en 2025. La raison est simple. Takaichi a r&#233;int&#233;gr&#233; au sein du PLD une grande partie de l'&#233;lectorat conservateur qui s'&#233;tait &#233;loign&#233; du parti, et ses vid&#233;os virales ont pr&#233;cis&#233;ment priv&#233; le Sanseito de l'oxyg&#232;ne m&#233;diatique sur lequel il construisait son consensus. Kamiya lui-m&#234;me a reconnu ce ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; la plus frappante, et pratiquement inconnue en dehors du Japon, est Team Mirai (&#171; &#233;quipe pour l'avenir &#187;), le parti fond&#233; en mai 2025 par l'ing&#233;nieur en intelligence artificielle Takahiro Anno. Sans aucun si&#232;ge avant les &#233;lections, il a remport&#233; 11 si&#232;ges &#224; la proportionnelle, soit plus du double de son objectif de cinq. Ce qui le distingue dans le paysage japonais, c'est sa position &#224; contre-courant sur la question fiscale qui a domin&#233; la campagne. Alors que tous les partis, du PLD &#224; l'extr&#234;me gauche, se sont livr&#233;s &#224; une course aux promesses de r&#233;duction de la taxe &#224; la consommation, Anno a soutenu que la priorit&#233; devait &#234;tre la r&#233;duction des cotisations sociales, plus lourdes pour les travailleurs &#224; faibles revenus. Il a fait valoir qu'une relance de la demande par des r&#233;ductions d'imp&#244;ts risquait d'alimenter davantage l'inflation. Une position h&#233;r&#233;tique, qui a manifestement s&#233;duit une partie de l'&#233;lectorat sceptique &#224; l'&#233;gard du populisme fiscal des deux grands partis. Sur la question du march&#233; du travail, Team Mirai propose d'accueillir des travailleur.es &#233;tranger.es hautement qualifi&#233;s et de restreindre l'entr&#233;e de main-d'&#339;uvre peu qualifi&#233;e, arguant que l'intelligence artificielle pourra la remplacer. Une position qui, au-del&#224; du langage technocratique, v&#233;hicule une hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'immigration qui n'est pas tr&#232;s diff&#233;rente de celle des autres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement de la gauche parlementaire m&#233;rite une lecture qui va au-del&#224; du simple d&#233;compte des si&#232;ges. L'ensemble des voix au scrutin proportionnel obtenues par le Parti communiste, le Reiwa Shinsengumi et les sociaux-d&#233;mocrates est tomb&#233; sous la barre des 5 millions, passant pour la premi&#232;re fois sous le seuil des 7 &#224; 8 millions qui avait tenu pendant des ann&#233;es, notamment gr&#226;ce &#224; l'effet compensatoire de la mont&#233;e du Reiwa par rapport au d&#233;clin des deux autres partis. Dans ses analyses post-&#233;lectorales, la gauche radicale japonaise elle-m&#234;me reconna&#238;t franchement que ses discours sont invisibles pour les g&#233;n&#233;rations de moins de trente ans et que la rh&#233;torique selon laquelle le renforcement de la d&#233;fense &#171; m&#232;ne &#224; la guerre &#187; a perdu de son &#233;cho aupr&#232;s d'un &#233;lectorat qui est quotidiennement confront&#233; aux pressions chinoises, &#224; la guerre en Ukraine et &#224; l'impr&#233;visibilit&#233; de la politique am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une inflation qui &#233;rode sans enrichir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le consensus autour de Takaichi s'est largement construit sur la promesse de relancer une &#233;conomie qui, apr&#232;s plus de trois d&#233;cennies de stagnation d&#233;flationniste, a fini par retrouver l'inflation, mais qui a d&#233;couvert que le retour de la hausse des prix n'entra&#238;ne pas automatiquement le bien-&#234;tre. Les salaires r&#233;els japonais ont baiss&#233; pendant les douze mois de 2025, pour la quatri&#232;me ann&#233;e cons&#233;cutive. Le salaire nominal moyen a augment&#233; de 2,3 %, mais l'indice des prix &#224; la consommation a augment&#233; de 3,7 %, annulant cette hausse et laissant les travailleur.es dans une situation pire que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Le prix du riz, aliment de base de la cuisine japonaise, a augment&#233; de plus de 60 %, et les achats alimentaires absorbent d&#233;sormais une part record des d&#233;penses des m&#233;nages, comprimant tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le chiffre le plus r&#233;v&#233;lateur n'est pas conjoncturel. Une enqu&#234;te comparative men&#233;e aupr&#232;s de travailleur.es de cinq pays avanc&#233;s montre qu'au Japon, seuls 4 % des personnes interrog&#233;es s'attendent &#224; une am&#233;lioration de leur salaire r&#233;el, contre environ 13 % au Royaume-Uni, aux &#201;tats-Unis et en Allemagne. 78 % des Japonai.ses s'attendent &#224; une nouvelle d&#233;t&#233;rioration. Ce pessimisme ne s'explique pas par la conjoncture actuelle, car il trouve ses racines dans trois d&#233;cennies de stagnation salariale qui ont ancr&#233; la profonde conviction que les salaires n'augmenteront tout simplement jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte d'&#233;rosion quotidienne du pouvoir d'achat, le PIB du quatri&#232;me trimestre 2025 n'a augment&#233; que de 0,1 %, bien en de&#231;&#224; des pr&#233;visions et apr&#232;s une contraction de 0,7 % au trimestre pr&#233;c&#233;dent. Les exportations sont en baisse, les d&#233;penses de consommation sont pratiquement au point mort et les investissements des entreprises restent timides. M. Takaichi r&#233;pond par un programme de d&#233;penses publiques agressif, un budget record de 122 300 milliards de yens et la promesse de suspendre pendant deux ans la taxe sur la consommation alimentaire. Il est convaincu que seule une forte injection de ressources publiques peut relancer le cercle vertueux de la croissance et des salaires. Les march&#233;s financiers se sont r&#233;jouis, le Nikkei 225 ayant atteint un niveau historique, mais la dette publique a franchi la barre des 1 342 milliards de yens, son plus haut niveau jamais atteint, et les projections du minist&#232;re des Finances indiquent que d'ici 2029, le service de la dette absorbera 30 % du budget national, soit dix points de plus qu'aujourd'hui. Le pari de Takaichi est que la croissance g&#233;n&#233;r&#233;e par les d&#233;penses compensera le co&#251;t de la dette. Les sceptiques font remarquer que la recette du &#171; ruissellement &#187; (trickle-down), c'est-&#224;-dire la confiance dans le fait que la richesse produite au sommet finira par redescendre vers le bas, n'a fonctionn&#233; dans aucun des pays qui l'ont exp&#233;riment&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre signal en provenance du monde patronal complique encore le tableau. Un nombre croissant de grandes entreprises japonaises en bonne sant&#233; financi&#232;re ont recours &#224; des programmes de pr&#233;retraite et &#224; des r&#233;ductions de personnel. Mitsubishi Electric, qui pr&#233;voit des b&#233;n&#233;fices nets records, a propos&#233; une retraite anticip&#233;e &#224; son personnel &#226;g&#233; de plus de 53 ans, et environ 2 400 personnes ont accept&#233;. Panasonic et Olympus, toutes deux en bonne sant&#233; financi&#232;re, s'appr&#234;tent &#224; supprimer des milliers d'emplois. Parmi les entreprises cot&#233;es en bourse qui ont lanc&#233; des programmes similaires au cours de l'ann&#233;e derni&#232;re, environ 70 % &#233;taient dans le vert. L'objectif d&#233;clar&#233; est de renouveler la composition de la main-d'&#339;uvre pour faire face &#224; la transition num&#233;rique, mais le message implicite est que le mod&#232;le japonais de l'emploi &#224; vie, d&#233;j&#224; mis &#224; mal par la g&#233;n&#233;ralisation massive du travail pr&#233;caire, s'effrite &#233;galement dans ses bastions traditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55001 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH393/91cebfde25a79521-d5b9a4b2-6b5e3.png?1771879561' width='500' height='393' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une soci&#233;t&#233; vieillissante et ferm&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions &#233;conomiques s'ajoutent &#224; une transformation d&#233;mographique et sociale qui red&#233;finit la physionomie m&#234;me du pays. Le Japon perd de la population depuis 2010, o&#249; il comptait 128 millions d'habitant.e.s contre 123 millions aujourd'hui. Les personnes &#226;g&#233;es ont d&#233;pass&#233; les enfants en nombre d&#232;s 1995. On compte aujourd'hui 9 millions de logements vides dans tout le pays, soit 14 % du patrimoine immobilier total, concentr&#233;s principalement dans les zones rurales o&#249; des villages entiers se vident parce que les jeunes migrent vers les villes et que personne n'h&#233;rite de la maison de ses parents. De nombreuses &#233;coles ferment faute d'&#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; du travail souffre d'une contradiction structurelle. En 2025, la population active a atteint 70 millions de personnes, un record d&#251; &#224; l'augmentation de l'emploi des femmes et des personnes &#226;g&#233;es. Mais le nombre d'heures travaill&#233;es continue de diminuer, notamment parce que de nombreux travailleurs, en particulier les conjoint(e)s &#224; charge, r&#233;duisent leur temps de travail afin de ne pas d&#233;passer les seuils qui d&#233;clencheraient des cotisations d'assurance. La productivit&#233; horaire dans des secteurs tels que la restauration et les transports est en baisse constante et reste bien inf&#233;rieure &#224; celle des &#201;tats-Unis. &#192; cela s'ajoute une culture d'entreprise qui continue de p&#233;naliser celles et ceux qui tentent de concilier vie professionnelle et vie familiale. Takaichi elle-m&#234;me, lors de son entr&#233;e en fonction, a d&#233;clar&#233; vouloir &#171; abandonner l'expression &#233;quilibre entre vie professionnelle et vie priv&#233;e &#187;, une formule qui, dans un pays marqu&#233; par le traumatisme du karoshi, la mort par surmenage, a suscit&#233; des r&#233;actions contrast&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malaise social alimente &#233;galement le sentiment de m&#233;fiance envers les &#233;tranger.es, qui a au Japon des racines plus complexes que ne le sugg&#232;re la simple &#233;tiquette de x&#233;nophobie politique. Les enqu&#234;tes sociologiques montrent que la m&#233;fiance envers les r&#233;sident.es &#233;tranger.es augmente surtout parmi ceux qui ont peu de contacts directs avec eux, dans des contextes o&#249; les questions sur qui ils sont, ce qu'ils font et combien de temps ils ont l'intention de rester restent sans r&#233;ponse et se transforment en angoisses amplifi&#233;es par les r&#233;seaux sociaux. La circulation en ligne d'informations d&#233;form&#233;es et d'affirmations non v&#233;rifi&#233;es sur des crimes pr&#233;sum&#233;s commis par des &#233;trangers cr&#233;e une spirale dans laquelle les peurs se nourrissent mutuellement. &#192; l'inverse, dans les r&#233;gions o&#249; la cohabitation quotidienne avec des travailleur.es &#233;tranger.es est bien &#233;tablie depuis des ann&#233;es, le ph&#233;nom&#232;ne est beaucoup moins marqu&#233;. C'est un m&#233;canisme exploit&#233; par l'agitation politique, qui alimente une peur diffuse envers l'inconnu, &#224; un moment o&#249; le pays a atteint le chiffre record de 2,5 millions de travailleurs &#233;trangers et o&#249; le gouvernement pr&#233;voit d'en accueillir plus de 1,2 million suppl&#233;mentaires d'ici 2029 pour combler les p&#233;nuries de main-d'&#339;uvre dans de nombreux secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P&#233;kin, S&#233;oul et les enjeux importants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions internes au Japon, de l'&#233;rosion salariale &#224; la crise d&#233;mographique en passant par la r&#233;organisation du paysage politique, ne se d&#233;veloppent pas dans un vide g&#233;opolitique. L'archipel est au centre d'un syst&#232;me de tensions r&#233;gionales qui influencent profond&#233;ment ses choix, et les &#233;lections du 8 f&#233;vrier en ont &#233;t&#233; en partie le reflet. Parmi les relations internationales de Tokyo, celles avec ses deux grands voisins, la Chine et la Cor&#233;e du Sud, m&#233;ritent une attention particuli&#232;re, car c'est l&#224; que se jouent les enjeux les plus complexes pour le Japon apr&#232;s les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;clarations de Takaichi le 7 novembre dernier, lorsqu'il a affirm&#233; au Parlement qu'une attaque chinoise contre Ta&#239;wan pourrait constituer une &#171; situation mena&#231;ant la survie &#187; du Japon et ouvrir la voie &#224; une intervention militaire d&#233;fensive aux c&#244;t&#233;s des &#201;tats-Unis, ont d&#233;clench&#233; une spirale de repr&#233;sailles de la part de P&#233;kin. La Chine a bloqu&#233; les importations de produits de la mer japonais, d&#233;courag&#233; le tourisme de groupe et impos&#233; des restrictions sur les exportations de min&#233;raux rares. Cette strat&#233;gie a toutefois eu un effet contre-productif retentissant. La pression chinoise a renforc&#233; le consensus autour de Takaichi, consolidant son image de leader qui ne recule pas devant les intimidations. M&#234;me dans les r&#233;gions qui auraient d&#251; souffrir &#233;conomiquement de la baisse du nombre de touristes chinois, la popularit&#233; de la Premi&#232;re ministre s'est maintenue. Les partis japonais qui avaient historiquement adopt&#233; des positions plus conciliantes envers P&#233;kin, comme l'Alliance centriste, sont sortis lamin&#233;s des &#233;lections. Pour la premi&#232;re fois depuis 1996, le PLD a remport&#233; les quatre circonscriptions d'Okinawa, un bastion traditionnel de l'opposition, alors m&#234;me que la Chine remettait en question le statut des &#238;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de ce mandat, Takaichi a rapidement traduit cette victoire en programme politique. Dans son premier discours au Parlement apr&#232;s le vote, il y a quelques heures, ce 20 f&#233;vrier, elle a d&#233;nonc&#233; la &#171; coercition &#187; chinoise en mer de Chine orientale et m&#233;ridionale, annonc&#233; la r&#233;vision des trois documents strat&#233;giques de s&#233;curit&#233; du Japon d'ici la fin de l'ann&#233;e, propos&#233; la cr&#233;ation d'un conseil national du renseignement sous sa pr&#233;sidence directe, et anticip&#233; la mise en place d'un comit&#233; de contr&#244;le des investissements &#233;trangers dans les secteurs sensibles, sur le mod&#232;le du CFIUS am&#233;ricain. Le m&#234;me jour, le PLD a pr&#233;sent&#233; une proposition visant &#224; supprimer les restrictions qui limitent les exportations militaires aux seuls &#233;quipements non l&#233;taux, ouvrant ainsi la voie &#224; la vente &#224; l'&#233;tranger de l'ensemble du catalogue de l'industrie militaire japonaise. La rapidit&#233; avec laquelle ces mesures ont &#233;t&#233; mises sur la table indique que le programme &#233;tait pr&#234;t depuis longtemps et n'attendait plus que la l&#233;gitimation &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;sormais &#233;vident que la strat&#233;gie de P&#233;kin s'est av&#233;r&#233;e contre-productive. Les raisons pour lesquelles les dirigeants chinois ont pu se tromper aussi lourdement dans leurs pr&#233;visions sont moins &#233;videntes. Au cours du dernier quart de si&#232;cle, le nombre de fonctionnaires et de chercheur.es chinois.es sp&#233;cialis&#233;s dans les affaires japonaises a consid&#233;rablement diminu&#233;. La croissance &#233;conomique rapide de la Chine, qui a d&#233;pass&#233; le Japon en 2010 pour devenir la deuxi&#232;me &#233;conomie mondiale, a entra&#238;n&#233; une sous-estimation syst&#233;matique de Tokyo. &#192; cela s'ajoute le fait qu'en Chine, l'analyse publique des r&#233;sultats &#233;lectoraux japonais est soumise &#224; la censure, et les commentateurs ont tendance &#224; &#233;crire ce qu'ils pensent que le gouvernement veut entendre, plut&#244;t que de proposer des interpr&#233;tations r&#233;alistes. Une erreur similaire a &#233;t&#233; commise avec Ta&#239;wan, o&#249; la pression militaire chinoise a paradoxalement favoris&#233; le maintien au pouvoir pendant trois mandats cons&#233;cutifs du Parti progressiste d&#233;mocratique, la force politique la plus favorable aux sentiments ind&#233;pendantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique est toutefois plus insidieuse qu'une simple erreur d'appr&#233;ciation. Les secteurs les plus nationalistes de l'opinion publique et des institutions chinoises ont accueilli la victoire de Takaichi avec une certaine satisfaction, car &#224; leurs yeux, elle confirme d&#233;finitivement que le Japon a choisi la voie de la confrontation et que le r&#233;tablissement du militarisme japonais est d&#233;sormais un fait accompli, constate Think China. Dans ce contexte, tout futur conflit entre les deux pays cesse d'&#234;tre un diff&#233;rend politique, est replac&#233; dans une perspective de continuit&#233; historique, et toute r&#233;ponse muscl&#233;e de P&#233;kin peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme un &#171; r&#232;glement de comptes l&#233;gitime &#187;. Le pari de Takaichi est que son positionnement inflexible finira par contraindre la Chine au pragmatisme. Le risque est que l'inverse se produise, car plus forte est la l&#233;gitimit&#233; de la Premi&#232;re ministre japonaise, moins les dirigeants chinois peuvent se permettre d'appara&#238;tre conciliants sans en payer le prix sur le plan politique interne. La combinaison de la m&#233;moire historique de l'agression japonaise et de la perception du Japon comme une puissance en d&#233;clin cr&#233;e un m&#233;lange particuli&#232;rement explosif, dans lequel le m&#233;pris de l'adversaire r&#233;duit la crainte des cons&#233;quences d'un &#233;ventuel affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte plus incertain et plus tendu que Takaichi tente n&#233;anmoins de reproduire un sc&#233;nario d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233;. La trajectoire diplomatique qu'elle semble vouloir suivre rappelle celle de son mentor politique Shinzo Abe, qui a visit&#233; en 2013 le sanctuaire Yasukuni, lieu o&#249; l'on rend &#233;galement hommage &#224; des criminels de guerre, avant de passer pr&#232;s de deux ans &#224; r&#233;tablir les conditions d'un sommet avec Xi Jinping en marge de l'APEC en 2014. La logique &#233;tait alors que Xi finirait par accepter le dialogue avec un dirigeant qui avait montr&#233; qu'il &#233;tait solide et que son pouvoir &#233;tait durable. Takaichi a parl&#233; de &#171; cr&#233;er les conditions propices &#187; &#224; une visite &#224; Yasukuni, et le sommet de l'APEC pr&#233;vu &#224; Shenzhen en novembre 2026 pourrait &#234;tre le moment id&#233;al pour un r&#233;ajustement, si le calendrier le permet. Une visite au sanctuaire en octobre, un mois avant la rencontre, repr&#233;senterait le pire sc&#233;nario diplomatique possible. Pour l'instant, P&#233;kin reste dans l'expectative, dans l'attente du sommet Takaichi-Trump du 19 mars et de la rencontre Xi-Trump pr&#233;vue en avril. Avant de recalibrer son attitude envers Tokyo, le leadership chinois veut comprendre quel type d'accord &#233;mergera entre Washington et P&#233;kin, et quelle marge de man&#339;uvre restera.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_55000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH395/ffb44dea9bd8e511-4a5e7609-caf28.png?1771879561' width='500' height='395' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les relations avec la Cor&#233;e du Sud ajoutent un niveau suppl&#233;mentaire de complexit&#233; au tableau r&#233;gional. Dans un contexte qui aurait pu facilement se d&#233;t&#233;riorer, le pr&#233;sident sud-cor&#233;en Lee Jae-myung et Takaichi ont d&#233;velopp&#233; une relation &#233;tonnamment op&#233;rante, avec trois rencontres bilat&#233;rales au cours des trois premiers mois du gouvernement et le lancement d'une &#171; diplomatie de la navette &#187; entre les deux capitales. Le sommet de Nara en janvier, dans la circonscription &#233;lectorale de Takaichi, s'est conclu par une session o&#249; les deux dirigeant.es ont jou&#233; de la batterie en m&#234;me temps, ce qui est devenu viral sur les r&#233;seaux sociaux asiatiques. Les raisons de ce rapprochement sont plus strat&#233;giques que sentimentales. Tokyo et S&#233;oul doivent toutes deux faire face &#224; la pression conjointe de la politique douani&#232;re am&#233;ricaine, &#224; la menace nucl&#233;aire nord-cor&#233;enne et &#224; un contexte r&#233;gional de plus en plus instable, et aucune des deux ne peut se permettre de s'ali&#233;ner l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions sous-jacentes n'ont toutefois pas disparu. L'aggravation du conflit entre la Chine et le Japon place S&#233;oul dans une position d&#233;licate, car la Cor&#233;e du Sud cherche &#224; la fois &#224; renforcer ses liens avec Tokyo et &#224; maintenir le dialogue avec P&#233;kin. Lors du sommet de Nara, le pr&#233;sident Lee a insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'une coop&#233;ration r&#233;gionale incluant &#233;galement la Chine, tandis que la partie japonaise a mis l'accent sur l'alignement avec Washington. Deux tests imm&#233;diats permettront de mesurer la solidit&#233; de cet accord. Le premier est le &#171; Jour de Takeshima &#187; le 22 f&#233;vrier, journ&#233;e d&#233;di&#233;e par la pr&#233;fecture de Shimane aux &#238;les contest&#233;es (que la Cor&#233;e du Sud appelle Dokdo et contr&#244;le de facto). Pendant la campagne &#233;lectorale, Takaichi a sugg&#233;r&#233; qu'il serait opportun d'envoyer un ministre plut&#244;t qu'un vice-ministre, rompant ainsi avec une coutume vieille de trente ans. Le deuxi&#232;me test sera une &#233;ventuelle visite &#224; Yasukuni, que S&#233;oul et P&#233;kin consid&#232;rent comme un symbole du pass&#233; militariste japonais. L'histoire non r&#233;solue du colonialisme japonais en Cor&#233;e, avec ses blessures encore ouvertes concernant le travail forc&#233; et les &#171; femmes de r&#233;confort &#187;, reste la faille sismique sous le sol des relations bilat&#233;rales. Le paradoxe est que les pressions chinoises, loin de diviser Tokyo et S&#233;oul, semblent les pousser &#224; coop&#233;rer, du moins pour l'instant. Mais l'&#233;quilibre est fragile, et un geste symbolique disproportionn&#233; suffirait &#224; le remettre en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source - &lt;a href=&#034;https://andreaferrario1.substack.com/p/giappone-dopo-il-voto-le-crepe-dietro?utm_source=post-email-title&amp;publication_id=4017313&amp;post_id=188605836&amp;utm_campaign=email-post-title&amp;isFreemail=true&amp;r=65nktr&amp;triedRedirect=true&amp;utm_medium=email&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog d'Andrea Ferrario&lt;/a&gt;, 20 f&#233;vr. 2026 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Parti populiste de centre gauche cr&#233;&#233; par l'acteur &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Taro_Yamamoto&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Taro Yamamoto&lt;/a&gt; en 2019 qui obtint alors 4% des voix et 2 si&#232;ges.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Chine creuse en Afrique : fer, dette et catastrophes environnementales</title>
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		<dc:subject>Edition du 2026-01-27</dc:subject>
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		<dc:subject>Afrique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le projet de 20 milliards de P&#233;kin pour le fer de Simandou marque un tournant : la Chine ne finance plus seulement les infrastructures, mais contr&#244;le directement les mines, les chemins de fer et les ports africains. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res 19 janvier 2026 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Andrea Ferrario &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gisement de Simandou, cach&#233; dans les montagnes du sud-est de la Guin&#233;e, contient l'une des plus grandes r&#233;serves de fer haut de gamme au monde. Pendant pr&#232;s de trois d&#233;cennies, il est rest&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le projet de 20 milliards de P&#233;kin pour le fer de Simandou marque un tournant : la Chine ne finance plus seulement les infrastructures, mais contr&#244;le directement les mines, les chemins de fer et les ports africains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
19 janvier 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gisement de Simandou, cach&#233; dans les montagnes du sud-est de la Guin&#233;e, contient l'une des plus grandes r&#233;serves de fer haut de gamme au monde. Pendant pr&#232;s de trois d&#233;cennies, il est rest&#233; inutilis&#233; malgr&#233; les &#233;tudes de faisabilit&#233; men&#233;es pendant des ann&#233;es par Rio Tinto, une multinationale anglo-australienne, qui a tent&#233; &#224; plusieurs reprises d'en lancer l'exploitation. Le probl&#232;me n'&#233;tait pas d'ordre g&#233;ologique, mais logistique et &#233;conomique. L'extraction du minerai n&#233;cessitait la construction simultan&#233;e d'une voie ferr&#233;e de 600 kilom&#232;tres, d'un port capable de g&#233;rer d'&#233;normes volumes et de syst&#232;mes de transfert pour charger les navires. L'investissement n&#233;cessaire, estim&#233; &#224; l'&#233;poque &#224; plus de 15 milliards de dollars rien que pour les infrastructures, d&#233;courageait tout investisseur ayant une approche traditionnelle. Mais en novembre dernier, le navire Winning Youth a quitt&#233; pour la premi&#232;re fois le nouveau port atlantique de Morebaya, sur la c&#244;te guin&#233;enne, avec une cargaison de pr&#232;s de 10 000 tonnes de minerai de fer extrait de Simandou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;dition a marqu&#233; la fin d'un blocage qui a dur&#233; pr&#232;s de trois d&#233;cennies. Le projet, dont le co&#251;t a entre-temps grimp&#233; &#224; 20 milliards de dollars, soit pratiquement l'&#233;quivalent du produit int&#233;rieur brut annuel de la Guin&#233;e, a &#233;t&#233; d&#233;bloqu&#233; gr&#226;ce &#224; un mod&#232;le op&#233;rationnel qui int&#232;gre des capitaux, une ing&#233;nierie et un contr&#244;le logistique enti&#232;rement chinois dans un syst&#232;me vertical allant de la mine au navire. Cette transformation marque un tournant d&#233;cisif dans la pr&#233;sence &#233;conomique de P&#233;kin sur le continent africain. La Chine ne se contente plus de financer des infrastructures par le biais de pr&#234;ts dans le cadre du programme des Nouvelles routes de la soie, mais exploite directement les gisements miniers en contr&#244;lant l'ensemble de la cha&#238;ne de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant s'est produit lorsque le consortium Winning, dirig&#233; par l'entrepreneur chinois Sun Xiushun, a obtenu en 2019 les droits sur deux des quatre gisements miniers. Sun avait d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; sa capacit&#233; &#224; construire des syst&#232;mes logistiques complexes en Guin&#233;e &#224; travers l'extraction de bauxite, en d&#233;veloppant depuis 2015 un r&#233;seau int&#233;gr&#233; de ports, de chemins de fer et de navires qui a fait de la Guin&#233;e le premier exportateur mondial de bauxite, qui assure environ 70 % des importations chinoises. L'application au fer des le&#231;ons apprises avec la bauxite a permis de d&#233;bloquer un projet qui semblait irr&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapidit&#233; d'ex&#233;cution a surpris tout le secteur minier. En quelques ann&#233;es, des dizaines d'entreprises chinoises ont travaill&#233; simultan&#233;ment sur des chantiers complexes, souvent dans des conditions environnementales extr&#234;mes. La nouvelle ligne ferroviaire transguin&#233;enne, achev&#233;e dans des d&#233;lais et &#224; des co&#251;ts inf&#233;rieurs aux pr&#233;visions initiales, est aujourd'hui l'une des infrastructures les plus ambitieuses du continent. M&#234;me les observateurs occidentaux ont d&#251; reconna&#238;tre que les capacit&#233;s op&#233;rationnelles chinoises, bas&#233;es sur une forte coordination entre l'industrie, l'ing&#233;nierie et la logistique, ont longtemps &#233;t&#233; sous-estim&#233;es. &#192; la base de cette capacit&#233; d'ex&#233;cution se trouve un r&#233;seau dense de partenariats qui r&#233;unit de grands groupes publics chinois et des entreprises formellement priv&#233;es. Gr&#226;ce &#224; une s&#233;rie de coentreprises, P&#233;kin a r&#233;ussi &#224; exercer une influence significative sur les deux principaux volets du projet Simandou. Une fois qu'il sera pleinement op&#233;rationnel, le gisement deviendra une source importante de fer pour le march&#233; mondial, offrira &#224; la Chine une alternative strat&#233;gique aux approvisionnements traditionnels et renforcera son poids dans les n&#233;gociations dans un secteur cl&#233; de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand l'or noir devient poison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'or noir devient poison : catastrophes environnementales et strat&#233;gies d'endiguement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours sur les prouesses de la Chine se heurtent toutefois &#224; une r&#233;alit&#233; de terrain faite de pollution, de catastrophes et de tentatives syst&#233;matiques de faire taire ceux qui en d&#233;noncent les cons&#233;quences. En f&#233;vrier 2025, l'effondrement en Zambie d'un barrage propri&#233;t&#233; de Sino Metals, contr&#244;l&#233;e par China Nonferrous Mining, a provoqu&#233; le d&#233;versement dans l'environnement d'une quantit&#233; de d&#233;chets toxiques dont la soci&#233;t&#233; a initialement d&#233;clar&#233; qu'elle s'&#233;levait &#224; 50 000 tonnes. Les enqu&#234;tes ult&#233;rieures ont r&#233;v&#233;l&#233; que le volume r&#233;el d&#233;passait 1,5 million de tonnes, soit trente fois plus. L'arsenic, le cyanure et les m&#233;taux lourds ont contamin&#233; plus de cent kilom&#232;tres du fleuve Kafue, l'une des principales ressources en eau pour des millions de personnes. Des milliers de poissons morts ont &#233;chou&#233; sur les rives, tandis qu'&#224; Kitwe, la ville universitaire en aval, des dizaines d'&#233;tudiant.e.s ont &#233;t&#233; hospitalis&#233;.e.s apr&#232;s avoir bu de l'eau contamin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuf mois plus tard, en novembre, un sc&#233;nario similaire s'est r&#233;p&#233;t&#233; en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo. La rupture du barrage de Congo Dongfang Mining, filiale de Zhejiang Huayou Cobalt, a d&#233;vers&#233; de l'eau acide dans la banlieue de Lubumbashi, la deuxi&#232;me ville du pays. Les canaux le long des routes se sont remplis jusqu'&#224; d&#233;border, inondant les maisons et les march&#233;s. L'eau a atteint le fleuve Lubumbashi, d&#233;truit la faune aquatique et contamin&#233; les puits dont d&#233;pendent les familles qui n'ont pas les moyens de disposer de l'eau courante. La pauvret&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e a pouss&#233; certains habitants &#224; manger les poissons morts ramass&#233;s sur les berges malgr&#233; les avertissements sur leur toxicit&#233;, simplement parce qu'ils n'avaient rien d'autre &#224; donner &#224; leurs familles ce jour-l&#224;. Il ne s'agit pas d'accidents fortuits, mais des cons&#233;quences pr&#233;visibles de pratiques bien &#233;tablies. Au Ghana, le &#171; galamsey &#187;, terme local d&#233;signant l'extraction ill&#233;gale d'or contr&#244;l&#233;e en grande partie par des op&#233;rateurs chinois, a d&#233;truit plus de 100 000 hectares de plantations de cacao, selon les informations fournies par l'association locale des cultivateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de r&#233;glementation dans le secteur minier a caus&#233; des catastrophes environnementales dans toute l'Afrique, comme l'empoisonnement au plomb extrait ill&#233;galement dans l'&#201;tat nig&#233;rian de Zamfara, qui a caus&#233; la mort de centaines d'enfants en 2010. En ce qui concerne plus particuli&#232;rement les activit&#233;s des entreprises chinoises, la d&#233;vastation s'&#233;tend &#233;galement au secteur forestier. Au Cameroun, la demande asiatique a favoris&#233; la d&#233;forestation acc&#233;l&#233;r&#233;e du bassin du Congo, le deuxi&#232;me poumon vert de la plan&#232;te. La demande mondiale pour les essences tropicales rares abondantes dans le bassin du Congo a intensifi&#233; l'exploitation industrielle depuis 1990. Lorsque l'Europe a mis en place des mesures pour garantir la l&#233;galit&#233; du bois en 2018, la demande s'est d&#233;plac&#233;e vers l'Asie. En 2019, la Chine &#233;tait devenue le principal acheteur de bois camerounais, avec des importations d'un milliard de dollars. Les pratiques frauduleuses sont similaires &#224; celles de l'exploitation mini&#232;re : les op&#233;rateurs locaux obtiennent des permis non conformes utilis&#233;s pour couvrir les volumes extraits ill&#233;galement, le bois est transport&#233; &#224; travers des fronti&#232;res poreuses vers les pays voisins, d'o&#249; il est ensuite export&#233; avec des documents falsifi&#233;s. Le Cameroun perd des milliards de francs CFA en taxes et en droits de coupe non per&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;es au pr&#233;judice caus&#233;, les entreprises chinoises ont adopt&#233; des strat&#233;gies pour contenir les protestations. En Zambie, dans les mois qui ont suivi la catastrophe, des responsables de Sino Metals accompagn&#233;s de repr&#233;sentants du gouvernement ont offert aux habitants des sommes comprises entre 100 et 150 dollars en &#233;change d'accords qui leur imposaient de ne pas parler de la catastrophe, de ne pas intenter d'actions en justice et de ne pas r&#233;v&#233;ler l'existence m&#234;me de l'accord, le tout accompagn&#233; de mesures judiciaires intimidantes. En mai dernier, la Chambre de commerce chinoise en Zambie a obtenu une injonction pour bloquer la diffusion d'un film documentaire d'investigation sur les probl&#232;mes environnementaux li&#233;s aux entreprises chinoises dans le pays. Reporters sans fronti&#232;res a qualifi&#233; cette affaire d'exemple de poursuite-b&#226;illon, c'est-&#224;-dire de recours &#224; une proc&#233;dure judiciaire abusive pour r&#233;duire les journalistes au silence en les faisant crouler sous les frais de justice. En outre, Sino Metals utilise des drones dans la zone du site minier pour identifier les militant.es ; et les journalistes, tandis que la police a arr&#234;t&#233; plus d'une dizaine de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces abus sont rendus possibles par la faiblesse structurelle des syst&#232;mes de r&#233;glementation et de contr&#244;le. Les agences environnementales de nombreux &#201;tats d'Afrique occidentale et centrale sont chroniquement sous-financ&#233;es, d&#233;pourvues d'ind&#233;pendance r&#233;elle et infiltr&#233;es par la corruption. Les fonctionnaires et les dirigeants politiques re&#231;oivent des pots-de-vin ou d&#233;livrent des permis dans le cadre de proc&#233;dures opaques, tandis que les &#233;valuations d'impact environnemental, bien qu'obligatoires sur le papier, sont ignor&#233;es dans la pratique ou utilis&#233;es pour extorquer de l'argent. Le chevauchement des comp&#233;tences entre les autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales, provinciales et locales cr&#233;e &#233;galement des zones d'ombre o&#249; les responsabilit&#233;s sont dilu&#233;es. De nombreux pays africains disposent d'une l&#233;gislation moderne, mais leurs capacit&#233;s de contr&#244;le sont inexistantes, ce qui permet aux entreprises, chinoises ou non, d'op&#233;rer sans enregistrement ad&#233;quat, prot&#233;g&#233;es par des r&#233;seaux de complicit&#233; qui remontent jusqu'aux plus hauts niveaux de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les zones d'ombre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zones d'ombre : extraction ill&#233;gale, r&#233;seaux criminels et travailleurs chinois victimes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corruption et la fragilit&#233; institutionnelle, qui permettent aux grandes entreprises d'op&#233;rer avec peu de contr&#244;le, favorisent &#233;galement le d&#233;veloppement d'activit&#233;s parall&#232;les difficiles &#224; surveiller. Parall&#232;lement aux grands projets officiels, une industrie mini&#232;re ill&#233;gale prosp&#232;re &#224; l'&#233;chelle semi-industrielle, int&#233;gr&#233;e dans des r&#233;seaux transnationaux et souvent li&#233;e &#224; des groupes criminels qui finit par entra&#238;ner une implication directe des travailleurs chinois et &#224; leur porter pr&#233;judice. En novembre dernier, l'ambassade chinoise en R&#233;publique centrafricaine a diffus&#233; un avertissement inhabituel &#224; l'intention de ses ressortissants, rapportant des cas de confiscation de documents, de violences, de morts suspectes et de maladies contract&#233;es sur les sites d'extraction aurif&#232;re. Le tout dans un pays d&#233;vast&#233; par plus d'une d&#233;cennie de guerre civile, mais riche en ressources mini&#232;res de grande valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs chinois qui arrivent en Afrique, attir&#233;s par des promesses de gains faciles, d&#233;couvrent souvent une r&#233;alit&#233; tr&#232;s diff&#233;rente de celle qu'ils imaginaient. Le ralentissement structurel de l'&#233;conomie chinoise, avec un secteur de la construction en crise profonde et une demande int&#233;rieure stagnante, a laiss&#233; des millions de personnes sans perspectives d'avenir. Les histoires de fortune rapide faite en extrayant de l'or en Afrique circulent sur les r&#233;seaux sociaux et dans les provinces les plus pauvres de l'est de la Chine, incitant des personnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es &#224; investir les &#233;conomies de toute une vie pour rejoindre des pays dont elles ne savent rien. Une fois arriv&#233;s &#224; destination, ces gens se retrouvent dans des environnements o&#249; la violence est end&#233;mique, o&#249; les institutions &#233;tatiques sont inexistantes ou complices des trafiquants, et o&#249; les voies de sortie sont bloqu&#233;es par les dettes accumul&#233;es et la confiscation des documents. La propagande nationaliste chinoise, qui, &#224; travers des films commerciaux &#224; succ&#232;s tels que &#171; Wolf Warrior 2 &#187;, alimente l'id&#233;e d'une Chine puissante pr&#234;te &#224; prot&#233;ger ses citoyens o&#249; qu'ils se trouvent, se heurte &#224; l'abandon r&#233;el dans lequel se trouvent ces travailleurs. Le communiqu&#233; de l'ambassade chinoise en R&#233;publique centrafricaine, qui reconna&#238;t publiquement le risque d'esclavage, constitue un aveu inhabituel et embarrassant. Dans la plupart des cas, les autorit&#233;s chinoises pr&#233;f&#232;rent garder le silence afin de ne pas nuire aux relations bilat&#233;rales avec les gouvernements africains et de ne pas remettre en question le discours officiel sur la coop&#233;ration mutuellement avantageuse. Les travailleurs chinois deviennent ainsi &#224; la fois les victimes et les instruments d'un syst&#232;me extractif qui op&#232;re en marge de la l&#233;galit&#233;, les exploitant eux-m&#234;mes ainsi que les communaut&#233;s locales au nom de profits qui finissent ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ressources strat&#233;giques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ressources strat&#233;giques : concurrence, dette et avenir incertain&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vuln&#233;rabilit&#233; des travailleurs chinois et la destruction des communaut&#233;s locales sont des ph&#233;nom&#232;nes qui s'inscrivent dans une concurrence plus large pour le contr&#244;le des ressources mini&#232;res africaines. Cette concurrence oppose non seulement la Chine, mais aussi les &#201;tats-Unis et l'Europe, engag&#233;s dans une course pour s'assurer un acc&#232;s privil&#233;gi&#233; aux gisements gr&#226;ce au financement d'infrastructures concurrentes. En novembre, le Premier ministre chinois Li Qiang s'est rendu en Zambie pour relancer la ligne ferroviaire Tanzanie-Zambie, une infrastructure historique aujourd'hui r&#233;activ&#233;e comme corridor strat&#233;gique vers l'oc&#233;an Indien. Ce projet est en concurrence directe avec le corridor de Lobito, soutenu par les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne, qui vise &#224; acheminer les m&#234;mes ressources mini&#232;res vers l'Atlantique. L'enjeu n'est pas seulement le transport des mati&#232;res premi&#232;res, mais aussi le contr&#244;le des flux commerciaux et des relations politiques tout au long de la cha&#238;ne logistique. Parall&#232;lement, l'attention croissante port&#233;e &#224; la s&#233;curit&#233; des routes et des n&#339;uds infrastructurels montre &#224; quel point la concurrence &#233;conomique est de plus en plus li&#233;e &#224; une dimension d'influence et de pr&#233;sence sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le op&#233;rationnel que la Chine applique aujourd'hui en Afrique &#224; travers des projets tels que Simandou a des racines qui aident &#224; comprendre son &#233;volution et les risques qui y sont li&#233;s. L'Angola occupe une place centrale dans le discours chinois sur le d&#233;veloppement : un rapport publi&#233; en 2017 par l'universit&#233; Renmin de P&#233;kin le d&#233;crit comme le premier banc d'essai &#224; grande &#233;chelle de ce qui allait &#234;tre appel&#233; le &#171; mod&#232;le angolais &#187;, un syst&#232;me dans lequel les pr&#234;ts destin&#233;s aux infrastructures sont rembours&#233;s par les exportations de ressources. Ce mod&#232;le est apparu au d&#233;but des ann&#233;es 2000, alors que le pays sortait d'une guerre civile et &#233;tait lourdement endett&#233;. Il se pr&#233;sentait comme une alternative aux conditions strictes impos&#233;es par le Fonds mon&#233;taire international et le Club de Paris, avec des &#233;ch&#233;ances plus longues et l'absence de contraintes politiques. Pr&#233;sent&#233; comme mutuellement avantageux, ce mod&#232;le a toutefois &#233;t&#233; appliqu&#233; durant une p&#233;riode de prix &#233;lev&#233;s du p&#233;trole, qui n'ont att&#233;nu&#233; que temporairement les tensions financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'Angola est l'un des principaux d&#233;biteurs africains de la Chine et, apr&#232;s l'effondrement des prix du p&#233;trole, le service de la dette a progressivement r&#233;duit la marge de man&#339;uvre budg&#233;taire pour les d&#233;penses publiques. Les &#233;valuations des institutions financi&#232;res multilat&#233;rales continuent de mettre en &#233;vidence une vuln&#233;rabilit&#233; structurelle. Des projets tels que le barrage de La&#250;ca, souvent cit&#233;s dans les discours chinois comme des exemples de coop&#233;ration verte, illustrent bien ces ambigu&#239;t&#233;s : si, d'un c&#244;t&#233;, l'hydro&#233;lectricit&#233; a augment&#233; la capacit&#233; de production, de l'autre, l'acc&#232;s &#224; l'&#233;nergie reste tr&#232;s in&#233;gal. De grandes infrastructures embl&#233;matiques coexistent ainsi avec la persistance de la pr&#233;carit&#233; &#233;nerg&#233;tique et des questions non r&#233;solues quant aux v&#233;ritables b&#233;n&#233;ficiaires de ces investissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de la Chine de renforcer sa pr&#233;sence dans le secteur minier africain r&#233;pond &#224; des besoins strat&#233;giques bien identifi&#233;s. La Chine importe plus de 70 % de son fer d'Australie et du Br&#233;sil, une d&#233;pendance que P&#233;kin consid&#232;re comme une vuln&#233;rabilit&#233;, accentu&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es par les tensions commerciales et diplomatiques avec Canberra. Les entreprises chinoises contr&#244;lent aujourd'hui environ 8 % de la production mondiale de fer transport&#233; par voie maritime, une part qui devrait augmenter consid&#233;rablement avec la mise en service de Simandou et d'autres projets africains. Cette expansion s'inscrit toutefois dans un contexte contradictoire : la demande int&#233;rieure d'acier est en baisse, tandis que les nouvelles capacit&#233;s de production risquent d'alimenter une offre exc&#233;dentaire et de comprimer davantage les prix. En outre, les co&#251;ts d'exploitation de Simandou restent plus &#233;lev&#233;s que ceux des principaux gisements australiens et br&#233;siliens, en raison des distances et de la complexit&#233; logistique. Les investisseurs chinois se trouvent donc dans une position ambivalente, tiraill&#233;s entre le gain d'influence strat&#233;gique &#224; long terme et des rendements &#233;conomiques incertains &#224; court et moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute l'utilisation de la dette comme instrument d'influence. Gr&#226;ce &#224; la restructuration des pr&#234;ts et &#224; leur conversion dans sa propre monnaie, P&#233;kin offre &#224; plusieurs pays africains, tels que le Kenya, l'&#201;thiopie et la Zambie, un soulagement financier imm&#233;diat, tout en renfor&#231;ant son poids dans leurs budgets publics. Cette dynamique peut att&#233;nuer les tensions budg&#233;taires &#224; court terme, mais elle tend &#224; accro&#238;tre la d&#233;pendance politique et &#233;conomique, ce qui complique les tentatives de diversification des partenaires et r&#233;duit la marge de man&#339;uvre des gouvernements vis-&#224;-vis des grandes entreprises chinoises actives sur le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les promesses de transformation &#233;conomique li&#233;es aux m&#233;gaprojets miniers se heurtent &#224; des obstacles structurels qui rendent tout r&#233;sultat incertain. Dans la litt&#233;rature universitaire chinoise, Simandou est pr&#233;sent&#233; comme un mod&#232;le vertueux de d&#233;veloppement durable : un article publi&#233; en d&#233;cembre dernier par la Lee Kuan Yew School of Public Policy le d&#233;crit comme un syst&#232;me int&#233;gr&#233; capable de surmonter les limites qui ont bloqu&#233; pendant des d&#233;cennies les grands groupes miniers occidentaux. Dans cette vision, la Guin&#233;e acquerrait un corridor infrastructurel central pour son &#233;conomie, utile non seulement pour le secteur minier, mais aussi pour l'agriculture, le commerce et le d&#233;veloppement urbain, tout en b&#233;n&#233;ficiant de la possibilit&#233; de profiter de rendements &#224; long terme et de comp&#233;tences industrielles. Ce discours entre toutefois en contradiction avec les donn&#233;es disponibles. Le plan Simandou 2040 vise &#224; quadrupler l'&#233;conomie, et l'agence de notation Standard &amp; Poor's a relev&#233; la note souveraine &#224; B+, citant le projet comme un tournant, tandis que le gouvernement a annonc&#233; que 5 % des revenus miniers et 20 % des revenus ferroviaires seraient consacr&#233;s &#224; l'&#233;ducation et aux bourses d'&#233;tudes dans un pays o&#249; plus de la moiti&#233; de la population reste analphab&#232;te. Cependant, les quelque 50 000 travailleurs employ&#233;s pendant la phase de construction passeront &#224; 10 000-15 000 une fois le projet achev&#233;, ce qui laisse en suspens la question de la r&#233;insertion des autres. Le pr&#233;c&#233;dent de la r&#233;vocation d'une concession de bauxite en ao&#251;t dernier montre &#233;galement que la junte de Mamadi Doumbouya n'h&#233;site pas &#224; intervenir de mani&#232;re autoritaire contre les investisseurs jug&#233;s d&#233;faillants. Sur un horizon de trente ans, le risque de ren&#233;gociations forc&#233;es ou de blocages locaux le long des 600 kilom&#232;tres de voie ferr&#233;e reste r&#233;el, surtout dans un contexte politique fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion mini&#232;re chinoise en Afrique repose donc sur des bases instables : l'interd&#233;pendance entre les investisseurs et les gouvernements h&#244;tes ne garantit pas la stabilit&#233;, tandis que les co&#251;ts environnementaux et sociaux d&#233;passent les avantages escompt&#233;s, et que le foss&#233; entre les discours officiels et les r&#233;alit&#233;s v&#233;cues par les communaut&#233;s locales continue de se creuser.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Andrea Ferrario&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source - Andrea Ferrario, 19 janvier 2026 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://andreaferrario1.substack.com/p/la-cina-scava-in-africa-ferro-debito&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://andreaferrario1.substack.com/p/la-cina-scava-in-africa-ferro-debito&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Exploit&#233;s partout : les travailleurs nord-cor&#233;ens en Russie et en Chine</title>
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		<dc:date>2026-01-20T11:42:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Monde du travail et syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-01-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des centaines de milliers de Nord-Cor&#233;ens travaillent en Russie et en Chine dans des conditions d'exploitation extr&#234;me, contr&#244;l&#233;s par un syst&#232;me de surveillance qui ne conna&#238;t pas de fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
NOTE INTRODUCTIVE : Avec cet article, je poursuis le cheminement commenc&#233; il y a un mois avec un article pour AsiaNews (&#171; Quand les travailleurs de Pyongyang rel&#232;vent la t&#234;te &#187;), dans lequel j'avais mis l'accent sur les conditions extr&#234;mes dans lesquelles vit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-01-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-01-20&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/chine_surveillance_trav-1013a.webp?1768909402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des centaines de milliers de Nord-Cor&#233;ens travaillent en Russie et en Chine dans des conditions d'exploitation extr&#234;me, contr&#244;l&#233;s par un syst&#232;me de surveillance qui ne conna&#238;t pas de fronti&#232;res&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/12/27/exploites-partout-les-travailleurs-nord-coreens-en-russie-et-en-chine/?jetpack_skip_subscription_popup&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE INTRODUCTIVE : Avec cet article, je poursuis le cheminement commenc&#233; il y a un mois avec un article pour AsiaNews&lt;i&gt; (&#171; &lt;a href=&#034;https://www.asianews.it/notizie-it/Quando-i-lavoratori-di-Pyongyang-alzano-la-testa-64179.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quand les travailleurs de Pyongyang rel&#232;vent la t&#234;te&lt;/a&gt; &#187;),&lt;/i&gt; dans lequel j'avais mis l'accent sur les conditions extr&#234;mes dans lesquelles vit la classe ouvri&#232;re nord-cor&#233;enne. Cet article approfondit cette premi&#232;re intervention car, malgr&#233; l'ampleur et la gravit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne, le sujet est presque totalement n&#233;glig&#233; par les m&#233;dias. Quand on parle de la Cor&#233;e du Nord, m&#234;me de la part de personnes qui devraient &#234;tre du c&#244;t&#233; des travailleurs, ce sont presque toujours les aspects les plus grotesques du r&#233;gime qui pr&#233;valent, transform&#233;s en curiosit&#233;s &#224; observer &#224; distance. C'est une fa&#231;on de raconter qui r&#233;duit toute une communaut&#233; &#224; un d&#233;cor folklorique et qui finit par effacer ce qui d&#233;finit r&#233;ellement la vie de la grande majorit&#233; de la population. Il est important de rappeler que les travailleurs nord-cor&#233;ens ne constituent certainement pas un groupe marginal, mais la quasi-totalit&#233; de la soci&#233;t&#233;, &#224; l'exception seulement des quelques bureaucrates, des appareils de s&#233;curit&#233; et d'un cercle tr&#232;s restreint d'entrepreneurs. Nous parlons de pr&#232;s de 25 millions de femmes et d'hommes dont l'existence quotidienne est marqu&#233;e par une exploitation syst&#233;matique. Ignorer cette r&#233;alit&#233; signifie accepter une repr&#233;sentation fauss&#233;e de l'ensemble du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette nouvelle contribution, je tente de montrer comment les dynamiques d'exploitation ne s'&#233;puisent pas sur le territoire national, mais prennent une forme transnationale qui implique un syst&#232;me articul&#233; autour des gouvernements, des capitalistes et des appareils de s&#233;curit&#233;, et dont le contr&#244;le s'&#233;tend bien au-del&#224; des fronti&#232;res de la Cor&#233;e du Nord.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'architecture du contr&#244;le transnational&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour, des dizaines de milliers de ressortissants nord-cor&#233;ens se r&#233;veillent dans des dortoirs surpeupl&#233;s diss&#233;min&#233;s entre la Sib&#233;rie orientale et les provinces chinoises frontali&#232;res, pour entamer des journ&#233;es de travail de douze, quatorze, voire seize heures cons&#233;cutives. Ils travaillent sur des chantiers et dans le b&#226;timent, dans les for&#234;ts, dans les chantiers navals et dans les usines textiles, d&#233;plac&#233;s d'un secteur &#224; l'autre selon les besoins du moment et sans aucune possibilit&#233; de faire des choix. Les salaires, lorsqu'ils sont effectivement vers&#233;s, finissent presque enti&#232;rement entre les mains d'interm&#233;diaires au service du r&#233;gime de Pyongyang, ce qui ne laisse aux travailleurs que des sommes symboliques, souvent insuffisantes pour subvenir &#224; leurs besoins essentiels. Priv&#233;s de passeport, ils vivent dans un &#233;tat de d&#233;pendance absolue, sans &#234;tre en mesure de d&#233;cider o&#249; ils habitent, &#224; qui ils parlent ou ce qu'ils lisent, tandis que leur quotidien est rythm&#233; par des r&#233;unions d'autocritique et des inspections inopin&#233;es. Ce syst&#232;me, qui rapporte &#224; la Cor&#233;e du Nord des centaines de millions de dollars par an en devises fortes, repr&#233;sente l'une des formes les plus sophistiqu&#233;es et invisibles d'exploitation du travail au XXIe si&#232;cle. Mais le r&#233;duire &#224; une simple question &#233;conomique reviendrait &#224; en m&#233;conna&#238;tre radicalement la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue le travail nord-cor&#233;en &#224; l'&#233;tranger des autres formes d'exploitation des migrants, c'est l'architecture m&#234;me du dispositif de contr&#244;le. Le r&#233;gime de Kim Jong Un ne se contente pas d'exporter de la main-d'&#339;uvre bon march&#233;, il projette au-del&#224; de ses fronti&#232;res tout l'appareil de surveillance et de r&#233;pression qui caract&#233;rise la soci&#233;t&#233; nord-cor&#233;enne. Les travailleurs restent soumis au contr&#244;le du Bowibu, le minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat, par le biais d'un r&#233;seau de superviseurs politiques qui reproduisent &#224; l'&#233;tranger les structures du syst&#232;me inminban, les unit&#233;s de contr&#244;le de quartier qui surveillent tous les aspects de la vie quotidienne en Cor&#233;e du Nord. Les superviseurs exercent des fonctions essentiellement politiques, sans aucun r&#244;le productif. Ils sont charg&#233;s de surveiller les communications avec les familles rest&#233;es au pays et de signaler tout comportement jug&#233; d&#233;viant, exer&#231;ant ainsi un contr&#244;le constant sur la vie des travailleurs. Leur pr&#233;sence transforme les chantiers russes et les usines chinoises en avant-postes extraterritoriaux du contr&#244;le totalitaire nord-cor&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension transnationale de ce syst&#232;me repose sur une complicit&#233; structurelle avec les pays d'accueil. La Russie et la Chine tol&#232;rent et, dans certains cas, facilitent activement ces pratiques, qui leur permettent de b&#233;n&#233;ficier d'une main-d'&#339;uvre disciplin&#233;e et &#224; un co&#251;t extr&#234;mement bas. En Russie, les autorit&#233;s charg&#233;es de l'inspection du travail s'abstiennent dans la plupart des cas d'intervenir sur les chantiers o&#249; travaillent des Nord-Cor&#233;ens, et lorsqu'elles le font, les violations recens&#233;es ont rarement des cons&#233;quences concr&#232;tes. La corruption locale et la volont&#233; politique de maintenir de bonnes relations avec Pyongyang cr&#233;ent un climat d'impunit&#233;. En Chine, la situation est diff&#233;rente. Les autorit&#233;s chinoises ont d&#233;velopp&#233; des infrastructures sophistiqu&#233;es de surveillance num&#233;rique qu'elles appliquent &#224; la fois aux Nord-Cor&#233;ens &#233;migr&#233;s ill&#233;galement et aux travailleurs envoy&#233;s par Pyongyang pour travailler sur leur territoire, cr&#233;ant ainsi un r&#233;seau de contr&#244;le qui sert &#224; la fois les int&#233;r&#234;ts de P&#233;kin et ceux du r&#233;gime nord-cor&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette convergence entre l'autoritarisme nord-cor&#233;en et les technologies de surveillance chinoises repr&#233;sente peut-&#234;tre l'aspect le plus insidieux du syst&#232;me. Au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es, le gouvernement chinois a mis en place l'un des syst&#232;mes d'identification et de suivi de la population les plus avanc&#233;s au monde, bas&#233; sur des cartes d'identit&#233; &#233;lectroniques, des bases de donn&#233;es biom&#233;triques nationales, la reconnaissance faciale g&#233;n&#233;ralis&#233;e et des applications de suivi GPS. Lorsque ce syst&#232;me est appliqu&#233; aux Nord-Cor&#233;ens pr&#233;sents en Chine, qu'ils soient r&#233;fugi&#233;s ou travailleurs r&#233;guliers, il g&#233;n&#232;re des formes hybrides de contr&#244;le. Les agents du Bowibu op&#232;rent sur le territoire chinois en exploitant les infrastructures de surveillance locales pour identifier les fugitifs potentiels, tandis que les autorit&#233;s chinoises partagent des informations biom&#233;triques qui rendent pratiquement impossible pour un Nord-Cor&#233;en de se d&#233;placer librement ou de changer d'identit&#233;. Il en r&#233;sulte un panoptique transnational dans lequel le contr&#244;le d&#233;passe les fronti&#232;res nationales et accompagne les travailleurs o&#249; qu'ils se trouvent, transformant leur situation en une forme de d&#233;tention ouverte qui se poursuit m&#234;me apr&#232;s leur rapatriement ou m&#234;me apr&#232;s une fuite vers des pays tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;canismes de l'exploitation &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de gestion &#233;conomique du syst&#232;me de travail nord-cor&#233;en &#224; l'&#233;tranger repose sur une cha&#238;ne d'interm&#233;diation qui traverse les fronti&#232;res et les juridictions, ce qui rend difficile l'identification des responsabilit&#233;s pr&#233;cises. Au sommet se trouvent les entreprises d'&#201;tat nord-cor&#233;ennes, souvent directement li&#233;es aux organes du Parti des travailleurs ou aux structures militaires, qui d&#233;tiennent le monopole l&#233;gal sur l'exportation de main-d'&#339;uvre. Ces entit&#233;s concluent des contrats avec des entreprises russes ou chinoises qui op&#232;rent en tant que sous-traitants, embauchant officiellement les travailleurs mais transf&#233;rant la majeure partie des paiements directement &#224; leurs homologues nord-cor&#233;ens. Les travailleurs signent des contrats dont les salaires semblent conformes aux normes locales, mais en r&#233;alit&#233;, ils ne re&#231;oivent qu'une fraction minime de ce qui a &#233;t&#233; convenu. La retenue varie entre 70 et 90% du salaire nominal et est officiellement justifi&#233;e en partie comme une contribution volontaire et en partie comme une couverture des frais de transport et d'h&#233;bergement. Ce qui reste aux travailleurs est souvent &#224; peine suffisant pour acheter de la nourriture et des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extorsion syst&#233;matique de valeur s'accompagne de conditions de travail qui violent toutes les normes internationales. Les horaires de travail d&#233;passent r&#233;guli&#232;rement les douze heures par jour, atteignant souvent seize heures pendant les p&#233;riodes de forte activit&#233;. Dans la branche russe du b&#226;timent, o&#249; se concentre la plus grande partie des travailleurs nord-cor&#233;ens, les journ&#233;es de travail s'&#233;tendent sans interruption pendant des semaines ou des mois, rythm&#233;es uniquement par les pauses pour dormir et prendre des repas frugaux. L'absence de jours de repos est la norme, &#224; quelques rares exceptions pr&#232;s li&#233;es aux f&#234;tes nord-cor&#233;ennes, pendant lesquelles les travailleurs sont n&#233;anmoins tenus de participer &#224; des rituels d'endoctrinement id&#233;ologique. Les lieux de travail pr&#233;sentent des risques &#233;lev&#233;s pour la s&#233;curit&#233;, avec des &#233;quipements obsol&#232;tes, une formation insuffisante en mati&#232;re de pr&#233;vention des accidents et des &#233;quipements de protection individuelle inad&#233;quats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accidents sont fr&#233;quents mais rarement enregistr&#233;s, et lorsqu'un travailleur est victime d'un accident grave, il est simplement rapatri&#233; sans que l'incident ne laisse de traces officielles.La proc&#233;dure contractuelle est con&#231;ue pour maximiser le contr&#244;le du r&#233;gime nord-cor&#233;en sur les flux financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paiements ne passent jamais directement entre les mains des travailleurs, mais sont achemin&#233;s par l'interm&#233;diaire des superviseurs politiques ou vers&#233;s sur des comptes bancaires contr&#244;l&#233;s par les entreprises d'&#201;tat nord-cor&#233;ennes. Lorsque les travailleurs re&#231;oivent leur part, cela se fait souvent en esp&#232;ces lors de distributions collectives qui ont lieu en pr&#233;sence des superviseurs, ce qui transforme le moment du paiement en un acte public soumis &#224; un contr&#244;le social. Certains travailleurs parviennent &#224; accumuler de petites sommes gr&#226;ce &#224; des travaux suppl&#233;mentaires le week-end ou &#224; la vente d'objets, mais m&#234;me ces &#233;conomies restent &#224; la merci de confiscations arbitraires. Le syst&#232;me est con&#231;u pour emp&#234;cher toute accumulation d'argent personnel qui pourrait financer des tentatives de fuite ou cr&#233;er une marge d'autonomie par rapport aux structures de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sanctions internationales impos&#233;es par le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies, en particulier la r&#233;solution 2397 de 2017 qui exigeait le rapatriement de tous les travailleurs nord-cor&#233;ens dans un d&#233;lai de vingt-quatre mois, ont modifi&#233; mais pas &#233;limin&#233; ce syst&#232;me. En Russie, o&#249; l'on estimait avant les sanctions &#224; cinquante mille le nombre de travailleurs nord-cor&#233;ens, g&#233;n&#233;rant entre cent vingt et deux cents millions de dollars de revenus annuels, le nombre officiel de permis de travail a consid&#233;rablement diminu&#233;. Cependant, l'application de la r&#233;solution a &#233;t&#233; irr&#233;guli&#232;re et accompagn&#233;e de dispositifs de contournement. Certains travailleurs ont &#233;t&#233; officiellement rapatri&#233;s, puis r&#233;introduits avec des visas touristiques ou des documents falsifi&#233;s. D'autres ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s dans le cadre de contrats triangulaires impliquant des entreprises de pays tiers, de sorte que leur nationalit&#233; r&#233;elle est devenue opaque. En Chine, la situation est encore plus complexe, car de nombreux Nord-Cor&#233;ens travaillent dans des zones frontali&#232;res o&#249; les contr&#244;les sont faibles et o&#249; la distinction entre travailleurs r&#233;guliers, travailleurs ill&#233;gaux et r&#233;fugi&#233;s devient extr&#234;mement floue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale diff&#233;rence entre les deux environnements concerne la visibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne. En Russie, les travailleurs nord-cor&#233;ens op&#232;rent souvent sur des chantiers urbains ou p&#233;riurbains, potentiellement expos&#233;s &#224; des interactions avec la population locale ou les syndicats. Cette visibilit&#233; th&#233;orique se heurte toutefois &#224; des barri&#232;res linguistiques et &#224; une intimidation syst&#233;matique qui emp&#234;chent toute forme de d&#233;nonciation ou de demande d'aide. En Chine, les travailleurs sont plus souvent confin&#233;s dans des zones rurales ou industrielles contr&#244;l&#233;es, o&#249; la surveillance est moins visible mais plus &#233;tendue. Le couplage entre le syst&#232;me de contr&#244;le chinois et l'appareil r&#233;pressif nord-cor&#233;en cr&#233;e en Chine des conditions de contr&#244;le total qui, malgr&#233; l'autoritarisme du r&#233;gime de Poutine, ne sont pas encore pleinement reproduites en Russie. Il en r&#233;sulte une situation dans laquelle l'ouverture apparente ne se traduit pas par de meilleures chances d'&#233;chapper &#224; l'exploitation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appareil de surveillance et le contr&#244;le social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confiscation des documents d'identit&#233; est le moyen le plus &#233;l&#233;mentaire mais le plus efficace de restreindre la libert&#233;. &#192; leur arriv&#233;e dans le pays d'accueil, les travailleurs remettent leurs passeports aux superviseurs ou aux repr&#233;sentants des entreprises d'&#201;tat nord-cor&#233;ennes, et ne les revoient pas avant leur rapatriement. Cette pratique, officiellement justifi&#233;e comme une mesure de s&#233;curit&#233; visant &#224; &#233;viter les pertes, rend impossible tout d&#233;placement autonome. Sans passeport, un Nord-Cor&#233;en ne peut ni s&#233;journer &#224; l'h&#244;tel ni acheter de billets de train ou d'avion. La limitation physique des d&#233;placements s'accompagne de r&#232;gles explicites sur le confinement sur les lieux de travail et de r&#233;sidence. Les travailleurs sont souvent log&#233;s dans des dortoirs construits &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des chantiers ou dans des structures isol&#233;es accessibles uniquement par des moyens de transport contr&#244;l&#233;s par les employeurs. Les sorties sont strictement r&#233;glement&#233;es, autoris&#233;es uniquement en groupe accompagn&#233; de superviseurs et limit&#233;es &#224; des horaires et des lieux pr&#233;d&#233;termin&#233;s. M&#234;me lorsqu'ils sont officiellement autoris&#233;s &#224; se d&#233;placer, les travailleurs savent que tout &#233;cart par rapport &#224; l'itin&#233;raire &#233;tabli ou tout retard dans leur retour entra&#238;nera des interrogatoires et des sanctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me des punitions repose principalement sur un ensemble de sanctions &#233;conomiques et de menaces qui touchent &#224; la fois le travailleur et sa famille en Cor&#233;e du Nord, tandis que la violence physique directe, bien que pr&#233;sente dans certaines circonstances, joue un r&#244;le plus marginal. Les amendes pour infractions disciplinaires sont d&#233;duites du salaire d&#233;j&#224; maigre des travailleurs, ce qui le r&#233;duit encore davantage ou le fait dispara&#238;tre compl&#232;tement pendant de longues p&#233;riodes. Les infractions consid&#233;r&#233;es comme graves, telles que la possession de mat&#233;riel interdit ou les contacts non autoris&#233;s avec des &#233;trangers, peuvent entra&#238;ner un rapatriement anticip&#233;. Cette mesure, qui pourrait sembler &#234;tre une lib&#233;ration, est en r&#233;alit&#233; redout&#233;e car le retour pr&#233;matur&#233; est consid&#233;r&#233; par le r&#233;gime comme un &#233;chec ou une insubordination, avec des cons&#233;quences qui retombent sur toute la famille du travailleur, qui risque d'&#234;tre r&#233;trograd&#233;e dans le syst&#232;me de classification sociale songbun ou encore de subir dans son ensemble des discriminations dans l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et au travail. La menace n'a pas besoin d'&#234;tre constamment exprim&#233;e, car chaque travailleur conna&#238;t parfaitement ces m&#233;canismes et les a int&#233;rioris&#233;s avant m&#234;me de quitter la Cor&#233;e du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, cet appareil de contr&#244;le traditionnel se confond avec les infrastructures de surveillance num&#233;rique que le gouvernement de P&#233;kin a d&#233;velopp&#233;es au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es. Lorsque les Nord-Cor&#233;ens, qu'ils soient r&#233;fugi&#233;s ou travailleurs r&#233;guliers, entrent en contact avec les autorit&#233;s chinoises, ils sont soumis &#224; des proc&#233;dures d'enregistrement qui comprennent la prise d'empreintes digitales, de photographies faciales, d'&#233;chantillons d'ADN et de scans de l'iris. Ces informations sont stock&#233;es dans les archives num&#233;riques du syst&#232;me Yi Biao San Shi qui enregistre l'identit&#233;, le lieu de r&#233;sidence et l'unit&#233; de travail de chaque individu &#224; l'aide de donn&#233;es certifi&#233;es. Pour les travailleurs nord-cor&#233;ens employ&#233;s l&#233;galement en Chine, cet enregistrement se fait officiellement dans le cadre des proc&#233;dures de d&#233;livrance des visas de travail, mais les informations collect&#233;es vont bien au-del&#224; de ce qui est n&#233;cessaire &#224; des fins administratives normales.+&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surveillance num&#233;rique au quotidien est assur&#233;e par des technologies sp&#233;cifiques qui transforment les smartphones en dispositifs de suivi permanent. Les autorit&#233;s chinoises imposent l'installation d'applications telles que Yuandao Jingwei Xiangji, un appareil photo qui ins&#232;re automatiquement sur chaque image prise un filigrane contenant la date, l'heure, les coordonn&#233;es GPS, l'altitude et le code IMEI de l'appareil. Les travailleurs nord-cor&#233;ens soumis &#224; ce r&#233;gime de contr&#244;le doivent envoyer quotidiennement des selfies g&#233;olocalis&#233;s via WeChat, prouvant qu'ils se trouvent &#224; l'endroit voulu. L'application installe &#233;galement des logiciels espions qui continuent &#224; transmettre la position de l'appareil m&#234;me apr&#232;s sa d&#233;sinstallation apparente. Des cam&#233;ras en circuit ferm&#233; sont install&#233;es dans les dortoirs pour surveiller les cours et les entr&#233;es, tandis que les communications via l'application WeChat, indispensable pour ceux qui vivent en Chine, sont soumises &#224; un contr&#244;le syst&#233;matique. Ce syst&#232;me g&#233;n&#232;re ce que les sp&#233;cialistes de la surveillance appellent l'autosurveillance int&#233;rioris&#233;e. Les travailleurs savent qu'ils sont constamment observ&#233;s, m&#234;me lorsqu'ils ne peuvent pas voir qui les observe ou lorsque l'observation effective n'est pas pratiqu&#233;e. Cette conscience modifie profond&#233;ment les comportements, induit des limitations volontaires des mouvements et une autocensure dans les conversations. Il en r&#233;sulte une forme de contr&#244;le qui ne n&#233;cessite pas de surveillance physique continue, car elle agit directement sur le psychisme des personnes contr&#244;l&#233;es, les transformant en complices involontaires de leur propre oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Complicit&#233; internationale et convergences autoritaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me nord-cor&#233;en de travail forc&#233; &#224; l'&#233;tranger ne pourrait se maintenir sans la coop&#233;ration active ou l'acquiescement d&#233;lib&#233;r&#233; des gouvernements des pays d'accueil. En Russie, cette complicit&#233; prend des formes vari&#233;es, allant de la corruption locale &#224; l'indiff&#233;rence institutionnelle. Les autorit&#233;s r&#233;gionales de l'Extr&#234;me-Orient russe, o&#249; se concentre la majorit&#233; des travailleurs nord-cor&#233;ens, d&#233;pendent &#233;conomiquement de cette main-d'&#339;uvre pour mener &#224; bien des projets d'infrastructure qui, sans elle, seraient trop co&#251;teux ou impossibles &#224; r&#233;aliser dans les d&#233;lais pr&#233;vus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, la dynamique est diff&#233;rente car le contr&#244;le n'est pas occasionnel mais extr&#234;mement structur&#233;. La politique chinoise &#224; l'&#233;gard des Nord-Cor&#233;ens pr&#233;sents sur son territoire s'inscrit dans un cadre plus large de gestion des populations &#233;trang&#232;res vuln&#233;rables. Le gouvernement chinois a d&#233;velopp&#233; des politiques sophistiqu&#233;es de gestion dynamique des &#171; &#233;pouses &#233;trang&#232;res ill&#233;gales &#187;, des femmes victimes de trafic en provenance du Vietnam, du Myanmar ou du Laos qui ont form&#233; des unions de fait avec des hommes chinois dans les zones rurales. Ces femmes sont enregistr&#233;es, soumises &#224; un recensement biom&#233;trique et surveill&#233;es par des visites domiciliaires p&#233;riodiques et des obligations de d&#233;claration, dans un syst&#232;me qui &#233;quilibre la tol&#233;rance s&#233;lective de leur statut irr&#233;gulier avec un contr&#244;le minutieux de leurs mouvements. Le m&#234;me mod&#232;le est appliqu&#233; aux Nord-Cor&#233;ens, ce qui cr&#233;e une forme de gestion que le r&#233;gime chinois ne qualifie pas de r&#233;pressive, mais d'administrative. Pour P&#233;kin, il s'agit de maintenir la stabilit&#233; sociale dans les r&#233;gions frontali&#232;res et de pr&#233;server de bonnes relations avec un alli&#233; strat&#233;gique. Pour Pyongyang, cette infrastructure de contr&#244;le chinoise devient un outil que le Bowibu peut exploiter pour &#233;tendre sa capacit&#233; r&#233;pressive au-del&#224; des fronti&#232;res nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collaboration entre les appareils de s&#233;curit&#233; nord-cor&#233;ens et chinois atteint des niveaux d'int&#233;gration particuli&#232;rement profonds. Les agents du Bowibu op&#232;rent ouvertement sur le territoire chinois, souvent sous couverture en tant que chauffeurs de taxi dans les villes frontali&#232;res ou interm&#233;diaires commerciaux, utilisant leur position pour identifier des fugitifs potentiels ou recruter des informateurs parmi les Nord-Cor&#233;ens pr&#233;sents en Chine. Les autorit&#233;s chinoises partagent les informations biom&#233;triques contenues dans leurs bases de donn&#233;es, ce qui permet d'identifier rapidement les Nord-Cor&#233;ens, m&#234;me lorsqu'ils utilisent des documents falsifi&#233;s. Ce partage cr&#233;e des situations paradoxales o&#249; les enregistrements que certains r&#233;fugi&#233;s avaient effectu&#233;s dans l'espoir d'obtenir une protection ou un statut l&#233;gal se transforment en outils qui rendent impossible toute &#233;chappatoire &#224; la surveillance. Il en r&#233;sulte au bout du compte un syst&#232;me trilat&#233;ral dans lequel chaque r&#233;gime tire des avantages particuliers de la m&#234;me population vuln&#233;rable : le r&#233;gime nord-cor&#233;en obtient des devises fortes et une projection extraterritoriale de son contr&#244;le, tandis que la Russie et la Chine b&#233;n&#233;ficient d'une main-d'&#339;uvre disciplin&#233;e &#224; moindre co&#251;t tout en renfor&#231;ant leurs liens avec Pyongyang. Les travailleurs existent simultan&#233;ment en tant que ressource &#233;conomique, sujets de surveillance et instruments de relations diplomatiques, r&#233;duits &#224; une marchandise qui peut se substituer &#224; une autre dans un syst&#232;me qui les traite comme des objets d'exploitation o&#249; qu'ils se trouvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Sources : deux rapports publi&#233;s cette ann&#233;e par le Database Center for North Korean Human Rights (NKDB), respectivement &#171; Transnational Repression and Exploitation of North Korean Workers in Russia &#187; et &#171; Caught in the Net : China's Digital Surveillance of North Korean Refugees &#187; ; articles publi&#233;s par Daily NK, Radio Free Asia, Diplomat)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario, 28 novembre 2025 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://andreaferrario1.substack.com/p/sfruttati-ovunque-i-lavoratori-nordcoreani&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://andreaferrario1.substack.com/p/sfruttati-ovunque-i-lavoratori-nordcoreani&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77171&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article77171&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Chine : quand le syst&#232;me de s&#233;curit&#233; se d&#233;vore lui-m&#234;me</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chine-quand-le-systeme-de-securite-se-devore-lui-meme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Chine-quand-le-systeme-de-securite-se-devore-lui-meme</guid>
		<dc:date>2025-11-18T11:28:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-18</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Asie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le minist&#232;re chinois de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat contr&#244;le 800 000 agents et op&#232;re dans les domaines de l'&#233;conomie et des infrastructures. Mais surveiller l'&#233;lite elle-m&#234;me engendre des contradictions insoutenables. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de entreleslignesentrelesmots 8 novembre 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Andrea Ferrario &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union du bureau politique du Parti communiste chinois, qui s'est tenue en juin 2025, est pass&#233;e presque inaper&#231;ue dans les m&#233;dias internationaux, mais elle a marqu&#233; une fracture souterraine dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le minist&#232;re chinois de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat contr&#244;le 800 000 agents et op&#232;re dans les domaines de l'&#233;conomie et des infrastructures. Mais surveiller l'&#233;lite elle-m&#234;me engendre des contradictions insoutenables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de entreleslignesentrelesmots&lt;br class='autobr' /&gt;
8 novembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union du bureau politique du Parti communiste chinois, qui s'est tenue en juin 2025, est pass&#233;e presque inaper&#231;ue dans les m&#233;dias internationaux, mais elle a marqu&#233; une fracture souterraine dans le syst&#232;me politique chinois. Le communiqu&#233; officiel a omis deux formules qui accompagnaient depuis des ann&#233;es tous les documents du Parti communiste, celles selon laquelle Xi Jinping &#233;tait le &#171; noyau &#187; de la direction et les r&#233;f&#233;rences explicites &#224; la &#171; pens&#233;e de Xi Jinping &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un syst&#232;me o&#249; chaque virgule est pes&#233;e, l'absence parle autant que la pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;carts par rapport au rite s'inscrivent dans un ensemble plus large de disparitions de la sc&#232;ne publique qui, au cours des mois pr&#233;c&#233;dents, avaient aliment&#233; toutes sortes de conjectures. En juillet, Xi &#233;tait devenu le premier dirigeant chinois &#224; ne pas participer au sommet des BRICS, remplac&#233; par le Premier ministre Li Qiang. Lors des conf&#233;rences militaires de septembre et octobre de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, c'est le g&#233;n&#233;ral Zhang Youxia qui avait pr&#233;sid&#233;, sans qu'aucune allusion ne soit faite au commandant supr&#234;me Xi. Lors des n&#233;gociations commerciales cruciales avec les &#201;tats-Unis &#224; Gen&#232;ve et &#224; Londres, le vice-Premier ministre He Lifeng avait men&#233; les discussions sans jamais mentionner Xi ou son id&#233;ologie. M&#234;me le Quotidien du Peuple, temple de la propagande d'&#201;tat, avait publi&#233; le 10 juin un article en premi&#232;re page sur les nouvelles politiques sociales sans mentionner le dirigeant. Pour un syst&#232;me fond&#233; sur le culte de la personnalit&#233;, ces absences avaient pris le poids de d&#233;clarations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les observateurs sont divis&#233;s sur des interpr&#233;tations diam&#233;tralement oppos&#233;es. Certains y voient un Xi affaibli, contraint de c&#233;der du terrain aux factions qu'il a r&#233;prim&#233;es pendant des ann&#233;es : les v&#233;t&#233;rans de la Ligue de la jeunesse communiste li&#233;s &#224; l'ancien pr&#233;sident Hu Jintao, les &#171; petits princes &#187; (fils de hauts fonctionnaires qui ont converti les relations politiques familiales en fortunes &#233;conomiques) avec des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques &#224; l'&#233;tranger, les hauts responsables militaires qui conservent des r&#233;seaux de pouvoir autonomes. D'autres y voient plut&#244;t le choix de d&#233;l&#233;guer strat&#233;giquement, le calcul d'un leader qui conserve le contr&#244;le par d'autres moyens tout en donnant l'impression de se retirer. La cl&#233; pour d&#233;chiffrer cette &#233;nigme r&#233;side dans ce qui se passe parall&#232;lement &#224; ces absences : alors que Xi semble rel&#226;cher son emprise dans les domaines traditionnels de l'&#233;conomie et de la diplomatie, l'appareil s&#233;curitaire de l'&#201;tat &#233;tend massivement ses pouvoirs. Chen Yixin, ministre de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat, assume des fonctions sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de la R&#233;publique populaire. Chen Wenqing, chef de la Commission des affaires politiques et juridiques, s'aventure dans des domaines &#233;conomiques traditionnellement ferm&#233;s aux hommes de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui agite les cercles du pouvoir chinois ne concerne pas tant le d&#233;clin de Xi que la nature de sa mutation. L'&#233;t&#233; 2023 avait vu circuler pour la premi&#232;re fois des rumeurs concr&#232;tes de dissidence au sommet. Selon le journal japonais Nikkei, lors de la session d'&#233;t&#233; &#224; Beidaihe, trois anciens membres du Parti auraient ouvertement critiqu&#233; Xi : Chi Haotian, ancien ministre de la D&#233;fense, Zeng Qinghong, ancien vice-pr&#233;sident et faiseur de rois qui avait contribu&#233; &#224; l'ascension de Xi lui-m&#234;me, et Zhang Dejiang, ancien pr&#233;sident du Comit&#233; permanent de l'Assembl&#233;e populaire nationale. Si cela se confirme, cet &#233;pisode marquerait la premi&#232;re fissure publique dans le consensus monolithique construit depuis plus d'une d&#233;cennie. Mais la v&#233;ritable crise &#224; laquelle Xi est confront&#233; est structurelle, enracin&#233;e dans une contradiction qu'il a lui-m&#234;me aliment&#233;e. Il a concentr&#233; plus de pouvoir que n'importe quel dirigeant depuis Mao, en abolissant les limites des mandats et en vidant les organes coll&#233;giaux de leur substance. Ce faisant, il a d&#233;truit les m&#233;canismes informels de succession qui garantissaient la stabilit&#233; du r&#233;gime. Aujourd'hui &#226;g&#233; de 72 ans et alors que sa sant&#233; fait l'objet de sp&#233;culations r&#233;currentes, le syst&#232;me qu'il a fa&#231;onn&#233; &#224; son image n'apporte aucune r&#233;ponse &#224; la question &#233;l&#233;mentaire de savoir ce qui se passera apr&#232;s lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gardien du r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe le plus flagrant de la Chine contemporaine est incarn&#233; par la figure de Chen Yixin. L'homme qui dirige l'agence la plus secr&#232;te du pays est devenu une figure publique, presque m&#233;diatique. Le minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat (MSS), qui a op&#233;r&#233; dans l'ombre totale pendant des d&#233;cennies, dispose aujourd'hui d'un compte WeChat suivi par des millions d'abonn&#233;s, sur lequel il publie des vid&#233;os &#233;ducatives sur la menace de l'espionnage &#233;tranger et des bandes dessin&#233;es sur les risques pour la s&#233;curit&#233; nationale. Chen lui-m&#234;me appara&#238;t r&#233;guli&#232;rement dans des conf&#233;rences, prononce des discours publics et dirige des d&#233;l&#233;gations en Asie du Sud-Est. Cette transformation radicale r&#233;v&#232;le une m&#233;tamorphose plus profonde : le MSS n'est plus simplement une agence de contre-espionnage, il est devenu un super appareil de contr&#244;le total qui p&#233;n&#232;tre des domaines traditionnellement &#233;trangers au travail de renseignement. Le parcours personnel de Chen en dit long. Il a travaill&#233; aux c&#244;t&#233;s de Xi entre 2002 et 2007, lorsque le futur dirigeant &#233;tait secr&#233;taire provincial du Parti dans la province du Zhejiang. De 2018 &#224; 2022, il a dirig&#233; la Commission des affaires politiques et juridiques, orchestrant une campagne de &#171; rectification et d'&#233;ducation &#187; de l'appareil de s&#233;curit&#233; qu'il a lui-m&#234;me compar&#233;e aux purges men&#233;es par Mao en 1942. Lorsqu'il est nomm&#233; ministre de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat en juillet 2022, il devient le premier chef des services de renseignement &#224; si&#233;ger au bureau politique depuis l'&#233;poque du Grand Timonier. Selon les estimations du FBI rapport&#233;es par la presse am&#233;ricaine, il dirigerait aujourd'hui 800 000 agent.e.s, soit dix fois plus que le personnel du KGB &#224; son apog&#233;e pendant la guerre froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation du fonctionnement du MSS trouve ses racines dans des r&#233;formes organisationnelles ant&#233;rieures &#224; l'arriv&#233;e de Chen, mais qu'il a men&#233;es &#224; bien. N&#233; en 1983 de la fusion du d&#233;partement du contre-espionnage du minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; publique et du d&#233;partement central d'enqu&#234;te du Parti, le MSS a fonctionn&#233; pendant des d&#233;cennies avec une structure d&#233;centralis&#233;e. Les bureaux locaux r&#233;pondaient &#224; une double cha&#238;ne de commandement qui, verticalement, remontait aux sup&#233;rieurs du syst&#232;me de s&#233;curit&#233; de l'&#201;tat et, horizontalement, aux comit&#233;s du Parti au niveau provincial et municipal. Cette &#171; double direction &#187; cr&#233;ait des espaces d'autonomie, permettait aux potentats locaux de bloquer les op&#233;rations ind&#233;sirables, engendrait des dysfonctionnements et des poches de corruption. Les r&#233;formes de 2016 et 2017 ont rompu cet &#233;quilibre en instaurant une &#171; direction verticale &#187; qui transf&#232;re tout le contr&#244;le &#224; P&#233;kin. Les comit&#233;s locaux du Parti ont perdu le pouvoir de nommer les chefs des bureaux provinciaux, de fixer leurs budgets et d'interf&#233;rer dans leurs op&#233;rations. Le MSS central contr&#244;le d&#233;sormais le personnel, le financement et tous les aspects op&#233;rationnels gr&#226;ce &#224; une cha&#238;ne de commandement directe qui contourne compl&#232;tement les autorit&#233;s territoriales. Cette centralisation ne sert pas seulement &#224; am&#233;liorer l'efficacit&#233;, elle transforme &#233;galement le MSS en &#171; yeux et oreilles &#187; du centre contre toute forme d'autonomie locale, pr&#233;cis&#233;ment dans les territoires o&#249; les petits princes et les fils des v&#233;t&#233;rans ont construit leurs bases de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion horizontale du MSS vers des secteurs d'activit&#233; de nature &#233;conomique repr&#233;sente la v&#233;ritable r&#233;volution. En janvier de cette ann&#233;e, le minist&#232;re a acquis le pouvoir de superviser les projets de construction de b&#226;timents gouvernementaux, d'installations militaires et de structures de l'industrie de la d&#233;fense. Tout nouveau projet ou toute r&#233;novation n&#233;cessite d&#233;sormais l'autorisation du MSS. Les agents effectuent des inspections sur le terrain et ont le pouvoir d'infliger des sanctions. Pour qui conna&#238;t la structure de l'&#233;conomie politique chinoise, la signification est claire : le MSS p&#233;n&#232;tre dans des secteurs o&#249; les enfants des v&#233;t&#233;rans et les petits princes ont traditionnellement g&#233;r&#233; des contrats de plusieurs milliards, tels que l'&#233;nergie, les t&#233;l&#233;communications, les transports et les infrastructures critiques. Dans le m&#234;me temps, l'agence intensifie la pression sur les soci&#233;t&#233;s de conseil &#233;trang&#232;res. La loi sur le contre-espionnage, r&#233;vis&#233;e la m&#234;me ann&#233;e, &#233;largit la d&#233;finition de l'espionnage pour inclure les activit&#233;s &#233;conomiques consid&#233;r&#233;es comme pr&#233;judiciables &#224; la s&#233;curit&#233; nationale. Les comptes WeChat du MSS publient r&#233;guli&#232;rement des avertissements sur les risques li&#233;s aux services de conseil &#233;trangers qui servent de couverture &#224; la collecte de renseignements. Cela a un effet dissuasif sur les investisseurs &#233;trangers, mais touche tout autant les entrepreneurs nationaux et leurs r&#233;seaux internationaux. Le cas du fils de Liu He, le vice-Premier ministre qui a n&#233;goci&#233; l'accord commercial avec la premi&#232;re administration Trump, illustre &#224; quel point le syst&#232;me est aveugle. Liu Tianran, c'est le nom du fils, a fait l'objet d'une enqu&#234;te pour corruption financi&#232;re li&#233;e &#224; la tentative d'introduction en bourse d'Ant Group. Sa soci&#233;t&#233; d'investissement, Skycus Capital, avait lev&#233; des fonds aupr&#232;s de la Banque de d&#233;veloppement de Chine, de China Mobile et de g&#233;ants technologiques tels que Tencent. Le fait que m&#234;me les familles des n&#233;gociateurs cl&#233;s soient surveill&#233;es par le MSS montre qu'aucun r&#233;seau de pouvoir n'est plus &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension transnationale du nouveau MSS compl&#232;te le tableau. Entre 2016 et 2022, les forces de s&#233;curit&#233; chinoises ont &#233;tabli 102 &#171; commissariats &#224; l'&#233;tranger &#187; dans 53 pays. Officiellement, ils servent &#224; fournir des services administratifs aux citoyens chinois qui vivent &#224; l'&#233;tranger, mais des enqu&#234;tes men&#233;es aux Pays-Bas et aux &#201;tats-Unis ont d&#233;montr&#233; leur implication dans des op&#233;rations de coercition &#224; l'encontre de dissident.e.s. Les groupes de pirates informatiques affili&#233;s au MSS ont atteint un niveau de perfectionnement qui alarme les agences de renseignement occidentales. En avril 2025, ils ont exploit&#233; une vuln&#233;rabilit&#233; dans SharePoint Server pour porter atteinte &#224; 400 serveurs et 148 organisations &#224; travers le monde, y compris des laboratoires nucl&#233;aires am&#233;ricains tels que la National Nuclear Security Administration et le Fermi National Accelerator Laboratory. Les groupes impliqu&#233;s, suivis par les soci&#233;t&#233;s de cybers&#233;curit&#233; du nom de Linen Typhoon et Violet Typhoon, ont agi sous mandat des bureaux de s&#233;curit&#233; provinciaux, en particulier celui de la province du Hubei. Le r&#233;seau de surveillance interne qui soutient ces op&#233;rations est tout aussi impressionnant et s'appuie sur sept cents millions de cam&#233;ras install&#233;es en Chine, soit 70% du total mondial. Le projet Sharp Eyes promet &#171; une couverture totale, un r&#233;seau total, une disponibilit&#233; totale, un contr&#244;le total &#187;. Les r&#233;glementations sur la s&#233;curit&#233; des donn&#233;es promulgu&#233;es en novembre 2024 &#233;tablissent un cadre de supervision qui s'applique tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur des fronti&#232;res nationales. Toutes les donn&#233;es consid&#233;r&#233;es comme &#171; importantes &#187; doivent &#234;tre catalogu&#233;es, prot&#233;g&#233;es et communiqu&#233;es au MSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier dernier, la nouvelle de la construction d'un nouveau centre de commandement &#224; P&#233;kin a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e. Le complexe s'&#233;tend sur 1 500 acres (607 hectares), soit dix fois la taille du Pentagone. Il int&#232;gre des bunkers souterrains con&#231;us pour r&#233;sister &#224; des attaques nucl&#233;aires. La presse occidentale le qualifie de &#171; centre de commandement en temps de guerre &#187;, mais la question qui se pose est in&#233;vitable : s'agit-il d'une pr&#233;paration &#224; une guerre contre Ta&#239;wan ou &#224; des sc&#233;narios de crise interne ? La r&#233;ponse englobe probablement les deux possibilit&#233;s. Le MSS de Chen Yixin est une institution hybride, qui fusionne le renseignement ext&#233;rieur, le contr&#244;le interne et la r&#233;pression politique en un seul appareil centralis&#233;, int&#233;gr&#233; verticalement et relevant directement de Xi Jinping.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La surveillance de l'&#233;lite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours occidental sur la surveillance en Chine se concentre g&#233;n&#233;ralement sur les outils de contr&#244;le de la population. Les cam&#233;ras &#224; reconnaissance faciale, le syst&#232;me de cr&#233;dit social, la censure d'Internet. Ces &#233;l&#233;ments existent, mais une analyse qui se limite &#224; cela perd de vue la dynamique plus lourde de sens qui ressort des documents officiels et des affaires judiciaires de ces deux derni&#232;res ann&#233;es. Le minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat dirig&#233; par Chen Yixin ne vise pas principalement &#224; discipliner les masses. Sa cible principale est repr&#233;sent&#233;e par les r&#233;seaux de l'&#233;lite qui pourraient constituer des p&#244;les de pouvoir alternatifs &#224; Xi Jinping. La surveillance sert &#224; cartographier, fragmenter et faire chanter les groupes qui ont b&#226;ti leur fortune, leur carri&#232;re et leur loyaut&#233; mutuelle au cours de d&#233;cennies de r&#233;formes &#233;conomiques. Ce renversement de perspective permet de voir sous un autre angle les purges militaires et les enqu&#234;tes sur les princes du monde &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2023, plus de quarante-cinq officiers de l'Arm&#233;e populaire de lib&#233;ration ont fait l'objet d'enqu&#234;tes pour corruption. Il ne s'agit pas d'une liste al&#233;atoire. Beaucoup d'entre eux &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme fid&#232;les &#224; Xi Jinping, des hommes qui avaient b&#226;ti leur carri&#232;re dans le syst&#232;me militaire de la province du Fujian lorsque Xi y travaillait dans les ann&#233;es 1990, ou des personnalit&#233;s que le leader lui-m&#234;me avait personnellement promues &#224; des postes de haut niveau. He Weidong, vice-pr&#233;sident de la Commission militaire centrale, a &#233;t&#233; purg&#233; sans aucune explication claire. Miao Hua, responsable du d&#233;partement du travail politique de la commission, qui contr&#244;lait l'id&#233;ologie et les nominations au sein de l'arm&#233;e, a &#233;t&#233; expuls&#233; en juin de la m&#234;me ann&#233;e. Li Shangfu, ministre de la D&#233;fense, et Li Hanjun, amiral de la marine, ont subi le m&#234;me sort &#224; des moments diff&#233;rents. Le mod&#232;le qui se dessine n'est pas celui d'une lutte entre factions ennemies, mais quelque chose de plus inqui&#233;tant. Xi purge ses propres hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hypoth&#232;ses se multiplient. Selon une premi&#232;re lecture, Xi a perdu le contr&#244;le et des factions hostiles au sein de l'appareil militaire imposent des purges pour l'affaiblir. Selon une deuxi&#232;me interpr&#233;tation, le minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat aurait d&#233;couvert des cas r&#233;els de corruption ou de d&#233;loyaut&#233; parmi des personnes que Xi consid&#233;rait comme fid&#232;les. Mais il existe une troisi&#232;me possibilit&#233;, plus troublante. Le syst&#232;me de surveillance est devenu si vaste et automatis&#233; que toute personne entrant en contact avec les r&#233;seaux &#233;conomiques des familles des v&#233;t&#233;rans ou des petits princes est automatiquement signal&#233;e, ind&#233;pendamment de ses loyaut&#233;s politiques ant&#233;rieures. Dans ce sc&#233;nario, la machine de s&#233;curit&#233; produit des accusations non pas parce qu'elle d&#233;couvre de v&#233;ritables complots, mais parce que ses proc&#233;dures techniques classent comme suspectes des connexions qui sont in&#233;vitables au sein de l'&#233;lite chinoise. Chaque g&#233;n&#233;ral, chaque haut fonctionnaire, chaque dirigeant d'entreprise publique a des parents, d'anciens camarades d'universit&#233;, des partenaires commerciaux qui sont d'une mani&#232;re ou d'une autre li&#233;s aux circuits du pouvoir &#233;conomique informel. Lorsque le MSS acquiert le pouvoir de surveiller les projets d'infrastructure, les contrats de d&#233;fense, les investissements technologiques, le r&#233;seau se resserre sur tout le monde, y compris les fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul &#171; aristocrate rouge &#187; militaire qui semble intouchable est Zhang Youxia (les &#171; aristocrates rouges &#187; sont les descendants des fondateurs de la R&#233;publique populaire, dont la l&#233;gitimit&#233; d&#233;coule des &#233;tats de service r&#233;volutionnaires de leurs p&#232;res). Il a 75 ans, d&#233;passant la limite d'&#226;ge que Xi lui-m&#234;me a impos&#233;e aux dirigeants du parti, mais il reste vice-pr&#233;sident de la Commission militaire centrale. Son p&#232;re, Zhang Zongxun, &#233;tait un v&#233;t&#233;ran de la guerre civile qui a combattu aux c&#244;t&#233;s du p&#232;re de Xi. Ce lien familial historique lui garantit une certaine protection, mais son r&#244;le semble de plus en plus ambigu. &#192; l'automne 2024, il a pr&#233;sid&#233; d'importantes conf&#233;rences militaires en l'absence de Xi. La Commission militaire a &#233;t&#233; r&#233;duite &#224; quatre membres titulaires apr&#232;s les purges. En d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, le Quotidien de l'Arm&#233;e populaire de lib&#233;ration a publi&#233; une s&#233;rie d'articles soulignant l'importance du &#171; leadership collectif &#187; par rapport &#224; l'autorit&#233; d'une &#171; voix unique &#187;, formule que Xi avait utilis&#233;e pendant des ann&#233;es pour d&#233;crire sa primaut&#233; d&#233;cisionnelle. Ces signaux peuvent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s de mani&#232;re contradictoire. Zhang pourrait &#234;tre le dernier pilier de Xi au sein de l'arm&#233;e, ou bien il pourrait &#233;merger comme un successeur potentiel, voire un rival, au moment o&#249; le chef supr&#234;me viendrait &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un paradoxe insoutenable&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xi Jinping a r&#233;solu le probl&#232;me classique de tout r&#233;gime autoritaire, celui de savoir qui contr&#244;le les contr&#244;leurs, en cr&#233;ant un minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat ultra-centralis&#233;, verticalement int&#233;gr&#233; et personnellement fid&#232;le. Mais cette solution engendre trois contradictions impossibles &#224; r&#233;soudre. La premi&#232;re concerne le conflit entre s&#233;curit&#233; et efficacit&#233; &#233;conomique. Les fonctionnaires locaux ont d&#233;velopp&#233; une strat&#233;gie de survie qu'ils appellent &#171; rester allong&#233; &#187;, une expression qui d&#233;signe une conformit&#233; superficielle accompagn&#233;e d'une inaction d&#233;lib&#233;r&#233;e. Ils craignent que toute initiative puisse &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une erreur, les exposer &#224; des enqu&#234;tes et ruiner leur carri&#232;re. Cette paralysie se traduit par des retards dans les projets d'infrastructure, o&#249; les contr&#244;les de s&#233;curit&#233; s'&#233;tendent sur des mois. Les investissements priv&#233;s s'enfuient &#224; l'&#233;tranger parce que les entrepreneurs ne savent plus quelles activit&#233;s risquent d'&#234;tre class&#233;es dans la cat&#233;gorie des menaces pour la s&#233;curit&#233; nationale. Le secteur du capital-risque technologique s'est effondr&#233; apr&#232;s que le MSS a men&#233; des op&#233;rations de perquisition dans les locaux de soci&#233;t&#233;s de conseil internationales en 2023. Le Premier ministre Li Qiang a annonc&#233; des politiques favorables aux entreprises, mais les interventions du MSS contredisent syst&#233;matiquement ces signes d'ouverture. Lors des Deux Sessions du printemps 2025, l'Assembl&#233;e populaire nationale (le &#171; parlement &#187; chinois) n'a pas r&#233;ussi &#224; faire passer une loi pour favoriser le secteur priv&#233;, signe d'un conflit interne au Parti communiste entre ceux qui donnent la priorit&#233; &#224; la croissance &#233;conomique et ceux qui subordonnent tout &#224; la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me contradiction oppose la l&#233;gitimit&#233; r&#233;volutionnaire &#224; la technocratie surveill&#233;e. Les soi-disant &#171; aristocrates rouges &#187; ne sont pas simplement des arrivistes. Ils ont une l&#233;gitimit&#233; historique, car leurs p&#232;res ont fond&#233; la R&#233;publique populaire. Zhang Youxia, Hu Chunhua, les petits princes sont porteurs d'un capital symbolique qui d&#233;coule du sang vers&#233; et des services rendus par leurs p&#232;res dans les guerres civiles et les campagnes de construction du socialisme. Les remplacer par des technocrates soumis &#224; une surveillance permanente &#233;rode le consensus interne au Parti. L'universit&#233; Fudan de Shanghai continue d'&#234;tre l'incubateur des r&#233;seaux alternatifs. Wang Huning, membre du Comit&#233; permanent du bureau politique et architecte id&#233;ologique du r&#233;gime, y a fait ses &#233;tudes, tout comme Guo Guangchang, fondateur du conglom&#233;rat Fosun International. Xi ne peut pas &#233;liminer ce capital intellectuel sans vider le Parti communiste lui-m&#234;me des comp&#233;tences qui lui permettent de gouverner une &#233;conomie qui p&#232;se 18 000 milliards de dollars. De plus, la famille de Xi est impliqu&#233;e dans ces m&#234;mes trafics &#233;conomiques que les campagnes anti-corruption sont cens&#233;es combattre. Un rapport des services de renseignement am&#233;ricains publi&#233; en janvier 2025 affirme que les proches du dirigeant d&#233;tiennent des millions de dollars en int&#233;r&#234;ts commerciaux et en investissements financiers. L'hebdomadaire allemand Die Zeit a v&#233;rifi&#233; ces informations de mani&#232;re ind&#233;pendante dans le cadre d'une enqu&#234;te. Ce double standard sape la cr&#233;dibilit&#233; de l'ensemble de l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me contradiction, la plus grave, concerne la succession gel&#233;e qui engendre une instabilit&#233; structurelle. Le syst&#232;me informel par lequel Deng Xiaoping avait garanti des transitions ordonn&#233;es, selon lequel chaque dirigeant d&#233;signe son successeur de la g&#233;n&#233;ration suivante, a &#233;t&#233; d&#233;truit. Hu Chunhua a &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;. Sun Zhengcai, l'autre candidat d&#233;sign&#233; par Hu Jintao pour succ&#233;der &#224; Xi, est en prison depuis 2018, condamn&#233; &#224; la prison &#224; vie pour corruption. Il n'y a pas d'h&#233;ritier visible et Xi est d&#233;sormais &#226;g&#233;. Des rumeurs r&#233;currentes sur sa sant&#233; alimentent toutes sortes de conjectures. Cai Qi appara&#238;t comme un possible m&#233;diateur. Il est le premier fonctionnaire depuis Mao &#224; occuper simultan&#233;ment trois fonctions essentielles : membre du Comit&#233; permanent du bureau politique, secr&#233;taire du secr&#233;tariat central, directeur du bureau g&#233;n&#233;ral du comit&#233; central. Mais Cai d&#233;pend lui aussi de la machine de surveillance qu'il a contribu&#233; &#224; mettre en place. Si Xi venait &#224; dispara&#238;tre, Cai pourrait-il vraiment gouverner de mani&#232;re ind&#233;pendante ou finirait-il par &#234;tre pris en otage par l'appareil de s&#233;curit&#233; qu'il utilise aujourd'hui pour maintenir son contr&#244;le ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;c&#233;dent historique des cycles de Staline et Mao est utile pour comprendre cette dynamique. Les purges engendrent la parano&#239;a, la parano&#239;a d&#233;clenche de nouvelles purges, le syst&#232;me implose. La disparition de He Weidong en mars 2025 repr&#233;sente l'un de ces moments o&#249; l'appareil s&#233;curitaire d&#233;vore ses propres partisans. La diff&#233;rence cruciale par rapport aux deux r&#233;gimes du XXe si&#232;cle r&#233;side dans le fait que Staline utilisait le NKVD et Mao les Gardes rouges, des organes ext&#233;rieurs &#224; l'&#233;lite qui frappaient de l'ext&#233;rieur. Xi, en revanche, effectue ses purges par l'interm&#233;diaire du minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; d'&#201;tat, qui fait partie de l'&#233;lite elle-m&#234;me. Cela soul&#232;ve la question ultime. Qui contr&#244;le le MSS ? Chen Yixin est personnellement fid&#232;le &#224; Xi, mais apr&#232;s Xi ? Un appareil qui compte 800 000 agent.e.s finit in&#233;vitablement par servir ses propres int&#233;r&#234;ts. Le pr&#233;c&#233;dent du KGB sovi&#233;tique est instructif. L'appareil charg&#233; de la s&#233;curit&#233; est devenu un acteur autonome et a contribu&#233; &#224; l'effondrement du syst&#232;me en 1991. La centralisation verticale fonctionne &#224; court terme, mais elle est fragile &#224; long terme si le sommet vacille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union du bureau politique en juin dernier, avec ses &#233;carts et omissions par rapport aux rites et avec l'extension simultan&#233;e des pouvoirs du MSS sur les infrastructures, n'a pas mis en &#233;vidence des contradictions. Elle a plut&#244;t r&#233;v&#233;l&#233; une strat&#233;gie coh&#233;rente. Xi a renonc&#233; &#224; la mise en sc&#232;ne du consensus politique traditionnel parce qu'il a construit une alternative, celle du contr&#244;le permanent par la surveillance, qui englobe &#233;galement l'&#233;lite. Mais cela n'a pas r&#233;solu la crise de succession, cela l'a seulement gel&#233;e. Un syst&#232;me qui repose sur la discipline de l'&#233;lite obtenue en r&#233;pandant la peur peut durer aussi longtemps que la vie de Xi. Apr&#232;s, le vide au sommet deviendra un gouffre. En novembre dernier, Xi a serr&#233; la main de Jack Ma, PDG d'Alibaba, dans un geste public d'ouverture en direction des entrepreneurs du secteur de la technologie. Au m&#234;me moment, Chen Yixin annon&#231;ait les nouvelles comp&#233;tences du minist&#232;re en mati&#232;re de projets de construction strat&#233;giques. Il ne s'agissait pas d'atteindre un &#233;quilibre, mais de prolonger artificiellement la tension. La surveillance universelle, qui inclut les aristocrates rouges, ne cr&#233;e pas la stabilit&#233;, mais ce que certains appellent la &#171; paix du cimeti&#232;re &#187;, un silence qui ne r&#233;sulte pas du consensus mais de la terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andrea Ferrario&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source &#8211; Andrea Ferrario, 20 octobre 2025 :&lt;br class='autobr' /&gt;
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Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro.&lt;br class='autobr' /&gt;
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		<title>Purges et paralysie : la crise silencieuse de l'arm&#233;e chinoise</title>
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		<dc:date>2025-11-11T11:16:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-11-11</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les purges sans pr&#233;c&#233;dent au sein de l'arm&#233;e chinoise r&#233;v&#232;lent une crise profonde. Entre corruption syst&#233;mique et paralysie d&#233;cisionnelle, l'APL fait face au d&#233;fi le plus grave depuis l'&#232;re Mao. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mois dernier, lors du quatri&#232;me pl&#233;num du Comit&#233; central du Parti communiste chinois, les cam&#233;ras de la t&#233;l&#233;vision d'&#201;tat ont cadr&#233; avec insistance quatre rang&#233;es de si&#232;ges vides dans la Grande Salle du Peuple. Il ne s'agissait pas d'un simple incident (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/capture_d_e_cran_le_2025-11-10_a_15.13_52-32056.png?1762859855' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les purges sans pr&#233;c&#233;dent au sein de l'arm&#233;e chinoise r&#233;v&#232;lent une crise profonde. Entre corruption syst&#233;mique et paralysie d&#233;cisionnelle, l'APL fait face au d&#233;fi le plus grave depuis l'&#232;re Mao.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76942&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois dernier, lors du quatri&#232;me pl&#233;num du Comit&#233; central du Parti communiste chinois, les cam&#233;ras de la t&#233;l&#233;vision d'&#201;tat ont cadr&#233; avec insistance quatre rang&#233;es de si&#232;ges vides dans la Grande Salle du Peuple. Il ne s'agissait pas d'un simple incident technique. Sur les 205 membres titulaires du Comit&#233; central, seuls 168 ont particip&#233; aux travaux, soit un taux d'absent&#233;isme de 18 %, le plus &#233;lev&#233; depuis la R&#233;volution culturelle. Parmi les membres suppl&#233;ants, 24 sur 147 ne se sont pas pr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de ces si&#232;ges vides a fait passer un message politique clair : les dirigeants militaires chinois sont confront&#233;s &#224; une crise d'une ampleur historique, qui d&#233;passe les cas individuels de corruption pour prendre les contours d'un ph&#233;nom&#232;ne de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres t&#233;moignent d'une purge qui a peu de pr&#233;c&#233;dents dans l'&#232;re post-mao&#239;ste. En 2024, la Commission centrale d'inspection disciplinaire a ouvert pr&#232;s de 900 000 enqu&#234;tes, un record absolu, tandis que les sanctions administratives ont touch&#233; 889 000 fonctionnaires, soit une augmentation de 45 % par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. La temp&#234;te a &#233;galement touch&#233; les dirigeants de l'APL (Arm&#233;e populaire de lib&#233;ration), la Commission militaire centrale, organe supr&#234;me de commandement des forces arm&#233;es pr&#233;sid&#233; par Xi Jinping, passant de sept &#224; quatre membres, la configuration la plus restreinte depuis la fondation de la R&#233;publique populaire en 1949. La contraction n'est pas seulement num&#233;rique et la nouvelle composition r&#233;v&#232;le un d&#233;s&#233;quilibre structurel sans pr&#233;c&#233;dent, puisque la marine, l'arm&#233;e de l'air et les forces cr&#233;&#233;es apr&#232;s les r&#233;formes de 2016 ne sont plus repr&#233;sent&#233;es au sein de la Commission. Seuls l'arm&#233;e de terre et les unit&#233;s de missiles balistiques &#233;galement comp&#233;tentes en mati&#232;re nucl&#233;aire, restent repr&#233;sent&#233;es. Il convient de noter que l'arm&#233;e a, entre autres, pour mission de &#171; g&#233;rer &#187; les &#233;ventuelles manifestations internes impliquant plus de cinq mille personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens qui existent entre les officiers purg&#233;s permettent de voir que derri&#232;re la rh&#233;torique officielle de la lutte contre la corruption se cache un r&#233;seau de relations qui traversait les centres n&#233;vralgiques du commandement militaire. Sur les neuf g&#233;n&#233;raux expuls&#233;s du Parti et des forces arm&#233;es le 17 octobre dernier, six avaient servi dans la 31e arm&#233;e de groupe, rebaptis&#233;e 73e, une unit&#233; d'&#233;lite stationn&#233;e &#224; Xiamen, dans la province du Fujian. Cette m&#234;me province o&#249; Xi Jinping a travaill&#233; comme fonctionnaire local dans les ann&#233;es 80 et 90, construisant ce que les analystes et les observateurs ont appel&#233; la &#171; clique du Fujian &#187;, un r&#233;seau de loyaut&#233;s personnelles sur lequel le leader chinois a fond&#233; une partie de son pouvoir. Sept des neuf g&#233;n&#233;raux destitu&#233;s avaient &#233;galement des liens avec le Commandement du th&#233;&#226;tre oriental, responsable des op&#233;rations vers Ta&#239;wan. Il ne s'agit donc pas d'&#233;pisodes isol&#233;s, mais d'un complot qui reliait les dirigeants politiques de l'arm&#233;e aux commandements op&#233;rationnels les plus sensibles pour la strat&#233;gie de P&#233;kin dans le d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nomination &#224; la vice-pr&#233;sidence de la Commission militaire centrale de Zhang Shengmin, 67 ans, ancien secr&#233;taire de la Commission d'inspection disciplinaire de la CMC elle-m&#234;me, confirme que la campagne destin&#233;e &#224; semer la peur est loin d'&#234;tre termin&#233;e. Zhang est issu des Forces de missiles, o&#249; il a travaill&#233; de 2004 &#224; 2015, et supervise depuis 2017 la lutte contre la corruption au sein de l'APL. Sa promotion est particuli&#232;rement significative car il conserve sa double fonction : en plus de devenir vice-pr&#233;sident, il continue &#224; diriger la Commission disciplinaire militaire. Cette concentration de fonctions en une seule personne indique que Xi a l'intention d'intensifier, et non de rel&#226;cher, le contr&#244;le sur les cadres militaires. Le message implicite est que les enqu&#234;tes se poursuivront et que personne, quelle que soit sa position dans la hi&#233;rarchie, ne peut se consid&#233;rer en s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_53658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH161/01ef7ab440055d09-96bb2a91-0b61d.png?1762859855' width='500' height='161' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre corruption et factions : la nature profonde de la crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage officiel utilis&#233; par P&#233;kin pour justifier les purges a subi des changements significatifs au fil du temps, r&#233;v&#233;lant des aspects qui vont au-del&#224; du discours anti-corruption. Au d&#233;part, les accusations se limitaient &#224; des formules g&#233;n&#233;riques telles que &#171; crimes li&#233;s au service &#187; ou &#171; violations de la discipline du Parti &#187;. Avec le temps, cependant, des expressions archa&#239;ques et politiquement charg&#233;es ont fait leur apparition. En particulier, contre le g&#233;n&#233;ral Wei Fenghe, ministre de la D&#233;fense de 2018 &#224; 2023 et ancien commandant des Forces de missiles, l'expression &#171; perte de loyaut&#233; et d'int&#233;grit&#233; morale &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233;e, un terme qui remonte &#224; la Chine ancienne, o&#249; il d&#233;signait la d&#233;gradation morale de l'&#233;lite. Dans l'histoire chinoise post&#233;rieure, cette expression a pris des connotations encore plus lourdes, signalant la trahison du souverain. Pendant la guerre civile, Mao Zedong l'a utilis&#233;e pour condamner les hauts fonctionnaires communistes qui avaient trahi le Parti en passant au Kuomintang de Chiang Kai-shek. L'utilisation de cette formule contre Wei, ainsi que l'&#233;ditorial du quotidien de l'APL qui accusait les responsables d&#233;mis de leurs fonctions d'avoir &#171; gravement port&#233; atteinte au principe selon lequel le pr&#233;sident de la CMC [c'est-&#224;-dire Xi Jinping lui-m&#234;me] a la responsabilit&#233; ultime &#187;, indiquent que les accusations d&#233;passent la corruption financi&#232;re pour toucher &#224; des questions de loyaut&#233; politique et de subordination au commandement supr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable n&#339;ud de la crise semble r&#233;sider dans la gestion du personnel militaire et dans les r&#233;seaux client&#233;listes qui se sont consolid&#233;s pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce au syst&#232;me de promotions. He Weidong, vice-pr&#233;sident de la Commission militaire centrale charg&#233; des ressources humaines, Miao Hua et He Hongjun, respectivement directeur et directeur adjoint du d&#233;partement du travail politique de la CMC, occupaient tous des postes cl&#233;s dans les dispositifs d'&#233;valuation et d'affectation des officiers. Outre les aspects id&#233;ologiques et d'endoctrinement, le d&#233;partement du travail politique contr&#244;le &#233;galement les nominations &#224; tous les niveaux. Sa fonction est de garantir que chaque avancement de carri&#232;re refl&#232;te non seulement les comp&#233;tences techniques, mais surtout la fiabilit&#233; politique. Lorsque ces gardiens du syst&#232;me sont eux-m&#234;mes accus&#233;s de &#171; relations interpersonnelles inappropri&#233;es &#187;, cela signifie que le m&#233;canisme m&#234;me de s&#233;lection des cadres s'est corrompu, et que, d'un filtre m&#233;ritocratique, il est devenu un outil permettant de consolider des r&#233;seaux de client&#233;lisme qui contournaient les crit&#232;res officiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction la plus flagrante r&#233;side dans le fait que tous ces officiers avaient &#233;t&#233; soigneusement s&#233;lectionn&#233;s par Xi Jinping lui-m&#234;me, dans de nombreux cas avec des promotions acc&#233;l&#233;r&#233;es qui contournaient les &#233;tapes habituelles. En 2022, He Weidong avait &#233;t&#233; promu de commandant du Th&#233;&#226;tre oriental &#224; vice-pr&#233;sident de la Commission militaire centrale, sautant ainsi l'&#233;tape traditionnelle de membre ordinaire du Comit&#233; central. Il avait fait l'objet de deux promotions de grade en seulement deux ans, en 2017 et en 2019. He Hongjun avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233; au rang de g&#233;n&#233;ral en juillet 2024, moins d'un an avant sa destitution. Wang Houbin, nomm&#233; commandant des Forces de missiles en avril 2023 apr&#232;s la purge de son pr&#233;d&#233;cesseur Li Yuchao, a lui aussi &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions apr&#232;s seulement quinze mois. Ces officiers repr&#233;sentaient une nouvelle g&#233;n&#233;ration de fid&#232;les : ils &#233;taient prot&#233;g&#233;s par Xi, soigneusement s&#233;lectionn&#233;s et rapidement promus pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme fiables, et non parce qu'ils &#233;taient les h&#233;ritiers des dirigeants pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes militaires lanc&#233;es par Xi en 2015, qui ont remplac&#233; sept r&#233;gions militaires par cinq th&#233;&#226;tres op&#233;rationnels et supprim&#233; les quatre puissants d&#233;partements g&#233;n&#233;raux pour cr&#233;er quinze d&#233;partements relevant directement de la CMC, devaient briser les anciens r&#233;seaux de client&#233;lisme r&#233;gional et emp&#234;cher tout g&#233;n&#233;ral de construire des bases ind&#233;pendantes gr&#226;ce &#224; une centralisation absolue qui aurait d&#251; rendre chaque officier directement d&#233;pendant du pr&#233;sident. Cependant, la n&#233;cessit&#233; de nommer rapidement de nouveaux cadres fid&#232;les aux nouveaux postes cr&#233;&#233;s a donn&#233; naissance &#224; de nouveaux r&#233;seaux client&#233;listes, cette fois centr&#233;s sur les prot&#233;g&#233;s de Xi, qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;s tout aussi imperm&#233;ables au contr&#244;le central que ceux qu'ils &#233;taient cens&#233;s remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effet domino : paralysie d&#233;cisionnelle et crise op&#233;rationnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blocage des promotions est le signe le plus &#233;vident de la paralysie qui touche l'APL. En 2024, il n'y a eu que deux nominations au grade de g&#233;n&#233;ral et aucune en 2025, ce qui contraste fortement avec les mandats pr&#233;c&#233;dents. Toutes les voies d'avancement sont bloqu&#233;es et de nombreux postes restent vacants. Parmi ceux-ci, le commandement du Th&#233;&#226;tre oriental, en charge des op&#233;rations &#224; Ta&#239;wan, est toujours vacant, tout comme les postes de commandement de la marine, de l'arm&#233;e de terre et des forces de missiles. Les candidats, officiellement &#171; en cours d'&#233;valuation &#187;, font en r&#233;alit&#233; l'objet d'une enqu&#234;te ou d'une proc&#233;dure de destitution, signe que Xi n'a pas de collaborateurs fiables &#224; promouvoir. En cons&#233;quence, le climat d'incertitude mine la coh&#233;sion interne et bloque toute la cha&#238;ne de commandement. Apr&#232;s les purges au sommet, plus personne n'ose prendre d'initiatives et il est plus prudent d'attendre les ordres que de risquer de para&#238;tre ambitieux ou non align&#233;. Dans un contexte militaire, cette attitude se traduit par une immobilit&#233; op&#233;rationnelle et une perte d'efficacit&#233;, ind&#233;pendamment de la qualit&#233; de l'arsenal ou des doctrines. La centralisation croissante aggrave la situation. Cette ann&#233;e, le quotidien de l'APL a annonc&#233; que toute modification des priorit&#233;s tactiques devait &#234;tre approuv&#233;e par les &#233;chelons sup&#233;rieurs, ce qui &#233;limine la libert&#233; d'action des commandants sur le terrain. Une mesure qui contredit la rh&#233;torique m&#234;me de la modernisation militaire, fond&#233;e sur l'autonomie et l'adaptation rapide des &#171; forces de nouvelle qualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise interne est clairement apparue lors du d&#233;fil&#233; militaire du 3 septembre, &#224; l'occasion du 80e anniversaire de la victoire sur le Japon. Cet &#233;v&#233;nement, con&#231;u pour montrer la puissance de l'APL, s'est d&#233;roul&#233; dans des conditions inhabituelles. Zhang Youxia, num&#233;ro deux des forces arm&#233;es chinoises apr&#232;s Xi, &#233;tait le seul officier en uniforme et occupait une position de second plan derri&#232;re le Comit&#233; permanent du bureau politique. Le d&#233;fil&#233; n'&#233;tait pas pr&#233;sid&#233; par un commandant en chef, mais par un g&#233;n&#233;ral de brigade de l'arm&#233;e de l'air, un grade inhabituel pour une fonction aussi importante. De plus, aucune unit&#233; n'a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e sous le nom de son commandant, contrairement aux d&#233;fil&#233;s de 2015 et 2019. Cela indique que de nombreux officiers faisaient d&#233;j&#224; l'objet d'une enqu&#234;te ou que le commandement central craignait de mettre en avant des personnalit&#233;s susceptibles d'&#234;tre victimes des prochaines vagues de purges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction la plus flagrante concerne les op&#233;rations &#224; l'&#233;gard de Ta&#239;wan, que Xi a maintes fois d&#233;sign&#233;es comme une priorit&#233; absolue, fixant 2027, ann&#233;e du centenaire de la fondation de l'APL, comme date butoir &#224; laquelle l'arm&#233;e doit &#234;tre pr&#234;te et capable de mener des op&#233;rations militaires contre le pays, si P&#233;kin le jugeait n&#233;cessaire. Tous les commandants importants pour d'&#233;ventuelles actions dans le d&#233;troit ont &#233;t&#233; d&#233;mis de leurs fonctions : Lin Xiangyang, commandant du th&#233;&#226;tre oriental, a &#233;t&#233; exclu du Parti ; He Weidong, vice-pr&#233;sident de la Commission militaire centrale et ancien commandant du m&#234;me secteur, a &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions ; Wang Xiubin, directeur du Centre de commandement des op&#233;rations conjointes, a &#233;t&#233; remplac&#233;. Malgr&#233; ce d&#233;mant&#232;lement, l'activit&#233; militaire autour de Ta&#239;wan est rest&#233;e intense et a m&#234;me augment&#233; en partie. Les incursions a&#233;riennes quotidiennes dans la zone d'identification ta&#239;wanaise se sont poursuivies tout au long de l'ann&#233;e 2025, et les survols de drones &#224; longue port&#233;e sont pass&#233;s de 3 en 2024 &#224; 8 en 2025. Cette situation peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e de deux mani&#232;res : soit Xi ne pr&#233;voit pas d'action imminente, soit les op&#233;rations se poursuivent par inertie bureaucratique, tandis que l'incertitude r&#232;gne au sommet quant au commandement effectif.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_53657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH321/9a62e93165e34f23-7993fd53-353f3.png?1762859855' width='500' height='321' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aust&#233;rit&#233; dans le budget militaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire r&#233;cente de la PLA, le discours sur l'aust&#233;rit&#233; a officiellement fait son entr&#233;e dans le discours militaire chinois. R&#233;cemment, le g&#233;n&#233;ral Qiu Yang, directeur adjoint du Bureau g&#233;n&#233;ral de la Commission militaire centrale, a publi&#233; un essai dans un recueil officiel relatif au plan quinquennal 2026-2030 dans lequel il invite l'APL &#224; &#171; adopter un mode de fonctionnement sobre &#187;, &#224; r&#233;duire les co&#251;ts et le gaspillage et &#224; miser sur l'efficacit&#233; et l'innovation &#224; faible co&#251;t. Cet appel marque un changement de ton par rapport aux ann&#233;es d'expansion illimit&#233;e, dict&#233; par la d&#233;t&#233;rioration de la situation &#233;conomique. Avec un budget officiel de d&#233;fense de 1 810 milliards de yuans (plus de 250 milliards de dollars, le budget r&#233;el &#233;tant certainement sup&#233;rieur) et une croissance annuelle de 7,2 %, l'augmentation des d&#233;penses militaires d&#233;passe celle de l'&#233;conomie r&#233;elle, qui ralentit &#224; 4,5 % selon les chiffres officiels, voire moins. Les tensions commerciales avec Washington et la crise immobili&#232;re accentuent les contraintes budg&#233;taires, poussant &#233;galement l'appareil militaire &#224; contenir ses d&#233;penses. La crise &#233;conomique s'accompagne de purges qui ont touch&#233; les forces de missiles et l'industrie de la d&#233;fense, o&#249; la fraude et la corruption ont compromis des infrastructures strat&#233;giques telles que les silos de missiles balistiques. P&#233;kin r&#233;agit une fois de plus en centralisant le contr&#244;le et en renfor&#231;ant les audits conjoints entre l'arm&#233;e et les autorit&#233;s locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dilemme strat&#233;gique qui &#233;merge de cette conjonction entre pressions &#233;conomiques et crise institutionnelle est profond. D'une part, Xi a besoin d'une PLA puissante et moderne pour soutenir ses ambitions g&#233;opolitiques, et en particulier pour maintenir la pression sur Ta&#239;wan, affirmer son contr&#244;le sur la mer de Chine m&#233;ridionale et projeter sa puissance dans la r&#233;gion indo-pacifique. Le discours sur le &#171; grand renouveau de la nation chinoise &#187; que Xi a plac&#233; au centre de sa politique d&#233;pend en partie de sa capacit&#233; &#224; convaincre que la Chine est redevenue une grande puissance militaire apr&#232;s le &#171; si&#232;cle d'humiliation &#187; subi de la part des puissances occidentales et du Japon. D'autre part, la combinaison de la corruption end&#233;mique qui a min&#233; l'efficacit&#233; de certains programmes d'armement et des pressions fiscales r&#233;sultant du ralentissement &#233;conomique limite concr&#232;tement les options disponibles. La lutte contre la corruption devrait, en th&#233;orie, lib&#233;rer des ressources actuellement gaspill&#233;es, ce qui permettrait de rendre les d&#233;penses militaires plus efficaces. Dans la pratique, cependant, la paralysie qu'elle engendre sape pr&#233;cis&#233;ment l'efficacit&#233; op&#233;rationnelle que la purge est cens&#233;e r&#233;tablir. Il en r&#233;sulte un cercle vicieux o&#249; la tentative de r&#233;soudre le probl&#232;me aggrave ses cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le probl&#232;me de la succession et les sc&#233;narios futurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise dans le domaine militaire met en &#233;vidence un probl&#232;me encore plus fondamental qui concerne la nature m&#234;me du pouvoir de Xi Jinping et sa p&#233;rennit&#233;. Si le dirigeant chinois &#233;limine des officiers qu'il a lui-m&#234;me soigneusement s&#233;lectionn&#233;s, y compris des membres de sa &#171; clique du Fujian &#187; sur laquelle il avait construit une partie de son r&#232;gne, qui peut encore b&#233;n&#233;ficier de sa confiance ? La question d&#233;passe le domaine militaire et touche l'ensemble de l'architecture du pouvoir en Chine. &#192; chaque purge, le cercle des &#171; intimes &#187; se r&#233;tr&#233;cit, mais ce r&#233;tr&#233;cissement ne g&#233;n&#232;re pas automatiquement plus de s&#233;curit&#233;. Les rescap&#233;s savent qu'ils sont sous surveillance constante, ils savent que la loyaut&#233; dont ils ont fait preuve hier ne garantit pas leur position aujourd'hui, et que toute erreur, toute relation suspecte, toute interpr&#233;tation ind&#233;pendante des directives peut devenir un pr&#233;texte &#224; leur destitution. Cette dynamique cr&#233;e un cercle vicieux dans lequel, &#224; mesure que Xi concentre le pouvoir entre ses mains, il est contraint de d&#233;pendre d'un groupe de collaborateurs de plus en plus restreint qui, soumis &#224; des pressions croissantes, finissent par devenir moins fiables, car un climat de peur ne produit pas une loyaut&#233; v&#233;ritable, mais seulement une ob&#233;issance opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les postes vacants dans la structure de commandement pourraient rester inoccup&#233;s pendant longtemps. Si le syst&#232;me de gestion du personnel est vraiment compromis, comme l'indiquent les purges, les pourvoir rapidement avec des officiers qui n'ont pas encore &#233;t&#233; &#233;valu&#233;s reviendrait &#224; r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes erreurs. Cela explique pourquoi Dong Jun, ministre de la D&#233;fense depuis pr&#232;s de deux ans, n'a pas encore &#233;t&#233; admis &#224; la Commission militaire centrale, un si&#232;ge qui revient traditionnellement de droit &#224; ceux qui occupent cette fonction, signe d'une confiance encore suspendue. Si et quand Xi d&#233;cidera de compl&#233;ter les nominations, il est probable qu'il choisira des personnalit&#233;s politiquement dociles plut&#244;t que comp&#233;tentes ou influentes. Ce crit&#232;re de s&#233;lection, fond&#233; sur la loyaut&#233; personnelle plut&#244;t que sur la capacit&#233; strat&#233;gique, risque d'affaiblir encore davantage la qualit&#233; des dirigeants de l'APL et de transformer le haut commandement en un appareil de bureaucrates craintifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la succession politique dans son ensemble semble encore plus complexe et non r&#233;solue. Xi est &#226;g&#233; de 72 ans et, contrairement &#224; tous les dirigeants chinois depuis Deng Xiaoping, il n'a d&#233;sign&#233; aucun successeur. La tradition pass&#233;e des transitions planifi&#233;es, aussi imparfaite soit-elle, garantissait une certaine pr&#233;visibilit&#233; et stabilit&#233; dans le transfert du pouvoir. Xi a rompu avec cette tradition. Avec un quatri&#232;me mandat probable qui d&#233;butera en 2027, voire des perspectives de maintien au pouvoir encore plus longues, son successeur pourrait &#234;tre un fonctionnaire n&#233; dans les ann&#233;es 1970, actuellement dans une administration provinciale ou une agence du gouvernement central, qui ne dispose pas encore d'une visibilit&#233; nationale. Mais Xi se m&#233;fie profond&#233;ment des fonctionnaires avec lesquels il n'a pas de relations personnelles solides, et en vieillissant, il a de moins en moins de liens avec la g&#233;n&#233;ration qui pourrait lui succ&#233;der. Il a travaill&#233; avec des officiers et des fonctionnaires n&#233;s dans les ann&#233;es 1950 et 1960, avec lesquels il a partag&#233; des exp&#233;riences formatrices, mais la g&#233;n&#233;ration suivante lui est plus &#233;trang&#232;re, et cette distance alimente sa m&#233;fiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hauts rangs du Parti, et de l'APL en particulier, pourraient conna&#238;tre une p&#233;riode de fluctuation croissante dans les ann&#233;es &#224; venir, Xi testant et &#233;cartant les candidats potentiels aux postes de direction. En coulisses, les fonctionnaires et les officiers de son entourage pourraient se livrer &#224; une concurrence plus intense pour gagner en influence et/ou survivre politiquement, g&#233;n&#233;rant ce que les observateurs appellent des &#171; luttes de pouvoir de bas niveau &#187;. Ces luttes ne prendraient pas la forme de d&#233;fis ouverts ou de confrontations id&#233;ologiques publiques, comme c'&#233;tait le cas &#224; l'&#233;poque mao&#239;ste. Elles se manifesteraient plut&#244;t par des man&#339;uvres bureaucratiques et des tentatives de discr&#233;diter des rivaux par le biais de signalements &#224; la Commission d'inspection disciplinaire, ou par la manipulation des informations qui parviennent &#224; Xi. Dans un syst&#232;me o&#249; tout d&#233;pend de la confiance du dirigeant supr&#234;me, et o&#249; cette confiance peut &#234;tre r&#233;voqu&#233;e &#224; tout moment sans explication, l'incitation &#224; faire du tort &#224; des coll&#232;gues potentiellement concurrents devient tr&#232;s forte. Ce type de concurrence souterraine corrode davantage la coh&#233;sion institutionnelle et rend encore plus difficile le fonctionnement coordonn&#233; et efficace qu'exige une arm&#233;e moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sc&#233;narios possibles pour l'avenir de la PLA s'articulent autour d'un &#233;ventail diversifi&#233; d'hypoth&#232;ses, dont aucune n'est sans risque. Le premier sc&#233;nario, le plus optimiste du point de vue de P&#233;kin, verrait les purges &#233;liminer efficacement la corruption et les r&#233;seaux client&#233;listes et, apr&#232;s une phase de transition douloureuse, &#233;merger une arm&#233;e plus professionnelle et plus efficace. Dans ce sc&#233;nario, les sacrifices actuels seraient le prix &#224; payer pour construire une PLA v&#233;ritablement capable de &#171; combattre et gagner des guerres &#187;, selon le slogan constamment r&#233;p&#233;t&#233; par Xi. Mais des doutes subsistent quant &#224; la faisabilit&#233; d'un tel sc&#233;nario. &#201;liminer les individus corrompus ne r&#233;sout pas les probl&#232;mes syst&#233;miques. Sans r&#233;formes structurelles pour introduire la transparence et des m&#233;canismes de contr&#244;le mutuel entre les institutions, le probl&#232;me de la corruption r&#233;appara&#238;tra in&#233;vitablement. Dans un syst&#232;me o&#249; le pouvoir est concentr&#233; et opaque, et o&#249; les promotions d&#233;pendent d'&#233;valuations subjectives de la &#171; fiabilit&#233; politique &#187; plut&#244;t que de mesures objectives de comp&#233;tence, les opportunit&#233;s et les incitations &#224; des comportements corrompus restent intactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me sc&#233;nario, le plus d&#233;favorable au r&#233;gime, est celui d'une paralysie prolong&#233;e, dans laquelle la peur et les contr&#244;les &#233;touffants alimenteraient une culture de prudence extr&#234;me qui traverserait toute la structure militaire. &#192; tous les niveaux, les officiers &#233;viteraient de prendre des responsabilit&#233;s, pr&#233;f&#233;rant se cacher derri&#232;re la bureaucratie plut&#244;t que de prendre des d&#233;cisions autonomes. Dans ce climat, l'APL perdrait sa capacit&#233; d'initiative tactique et d'adaptation rapide, indispensables dans la guerre moderne, tandis que les postes cl&#233;s resteraient vacants ou seraient confi&#233;s &#224; des personnalit&#233;s m&#233;diocres, politiquement fiables mais d&#233;pourvues des qualit&#233;s n&#233;cessaires pour exercer un v&#233;ritable commandement. L'analogie historique la plus pertinente est celle des purges staliniennes de l'Arm&#233;e rouge entre 1937 et 1938, lorsque trois mar&#233;chaux sur cinq, treize commandants d'arm&#233;e sur quinze et environ 35 000 officiers au total ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s. Les cons&#233;quences en ont &#233;t&#233; d&#233;sastreuses. Lors de la guerre d'hiver contre la Finlande en 1939-1940, l'Arm&#233;e rouge, malgr&#233; sa sup&#233;riorit&#233; num&#233;rique &#233;crasante, a subi des pertes catastrophiques contre une arm&#233;e finlandaise beaucoup plus petite, en raison de l'incomp&#233;tence des nouveaux commandants promus pour leur loyaut&#233; politique plut&#244;t que pour leurs capacit&#233;s militaires.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH444/109e399702fd6869-a3fe5752-bcfbd.png?1762859856' width='500' height='444' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me sc&#233;nario possible concerne l'instabilit&#233; qui pourrait &#233;merger au moment de la succession de Xi. Lorsque son pouvoir prendra fin, pour des raisons d'&#226;ge, de sant&#233; ou de pressions politiques accumul&#233;es, l'absence d'un successeur d&#233;sign&#233; et de m&#233;canismes de transition ordonn&#233;e pourrait d&#233;clencher des luttes entre factions similaires &#224; celles qui ont suivi la mort de Mao. Dans un contexte militaire d&#233;j&#224; perturb&#233; par les purges, avec des r&#233;seaux de commandement fragment&#233;s et des loyaut&#233;s incertaines, une crise de succession pourrait cr&#233;er des situations dangereuses dans lesquelles diff&#233;rents g&#233;n&#233;raux ou factions militaires pourraient tenter d'influencer l'issue de la lutte politique, rompant ainsi le tabou de la non-ing&#233;rence de l'arm&#233;e dans la politique qui a pr&#233;valu, &#224; quelques exceptions pr&#232;s pendant la R&#233;volution culturelle, depuis la fondation de la R&#233;publique populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction centrale semble insoluble &#224; court terme. Xi a besoin d'une PLA forte pour soutenir les ambitions g&#233;opolitiques chinoises, mais le syst&#232;me de contr&#244;le individualis&#233; qu'il a mis en place g&#233;n&#232;re pr&#233;cis&#233;ment la faiblesse institutionnelle qu'il redoute. Chaque purge d&#233;montre son pouvoir absolu mais r&#233;v&#232;le &#233;galement la fragilit&#233; des fondements sur lesquels ce pouvoir repose. Pour Ta&#239;wan, pour les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s asiatiques tels que le Japon et la Cor&#233;e du Sud, pour l'Inde qui partage avec la Chine une fronti&#232;re contest&#233;e et une histoire de conflits militaires, la question cruciale n'est pas tant de savoir si l'APL est forte ou faible aujourd'hui, mais &#224; quel point elle sera impr&#233;visible demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une organisation paralys&#233;e par la peur peut &#234;tre inefficace sur le plan op&#233;rationnel et incapable de coordonner des op&#233;rations complexes qui n&#233;cessitent une initiative &#224; plusieurs niveaux. Mais elle peut aussi &#234;tre dangereuse &#224; bien des &#233;gards. Une arm&#233;e qui n'est pas s&#251;re de sa coh&#233;sion interne pourrait tenter de compenser cette ins&#233;curit&#233; par l'agressivit&#233;, trouvant dans la mobilisation contre des ennemis ext&#233;rieurs un ciment pour la coh&#233;sion qui fait d&#233;faut en interne. Un dirigeant qui a b&#226;ti sa l&#233;gitimit&#233; sur la promesse de restaurer la grandeur nationale et qui voit vaciller les moyens de r&#233;aliser cette promesse pourrait &#234;tre tent&#233; par des aventures militaires risqu&#233;es afin de d&#233;montrer sa d&#233;termination et de d&#233;tourner l'attention des probl&#232;mes internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable test n'est pas et ne sera pas les parades militaires, aussi spectaculaires soient-elles, mais une &#233;ventuelle crise r&#233;elle, dans laquelle des d&#233;cisions rapides et coordonn&#233;es, la confiance entre les niveaux de commandement, l'initiative tactique et la flexibilit&#233; strat&#233;gique feront la diff&#233;rence entre le succ&#232;s et l'&#233;chec. Ce n'est qu'&#224; ce moment-l&#224; qu'il sera possible de v&#233;rifier si les purges ont r&#233;ellement rendu l'APL plus efficace ou si, au contraire, elles ont compromis sa capacit&#233; de combat. En esp&#233;rant, bien s&#251;r, que ce moment n'arrivera jamais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_53655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source - &lt;a href=&#034;https://andreaferrario1.substack.com/p/purghe-e-paralisi-la-crisi-silenziosa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Andrea Ferrario&lt;/a&gt;, 10 novembre 2025&lt;/p&gt;
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		<title>Chine, le travail comme champ de bataille</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chine-le-travail-comme-champ-de-bataille</link>
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		<dc:date>2025-10-07T10:23:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-10-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Usines, administrations publiques, chantiers : un syst&#232;me de travail qui consume les corps et les vies, cr&#233;ant ainsi de la pr&#233;carit&#233;. Des ouvri&#232;res aux fonctionnaires, le m&#233;contentement grandit. Les actions de protestation augmentent de 73 %. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une s&#233;rie d'analyses et de reportages r&#233;alis&#233;s au cours du dernier mois permet de dresser, &#224; partir de cas pr&#233;cis, un tableau g&#233;n&#233;ral de la situation difficile des travailleurs chinois et de la tendance en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chine-+" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-10-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-10-07&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/capture_d_e_cran_le_2025-10-06_a_16.26_29-cdbae.png?1759832699' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Usines, administrations publiques, chantiers : un syst&#232;me de travail qui consume les corps et les vies, cr&#233;ant ainsi de la pr&#233;carit&#233;. Des ouvri&#232;res aux fonctionnaires, le m&#233;contentement grandit. Les actions de protestation augmentent de 73 %.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76454&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une s&#233;rie d'analyses et de reportages r&#233;alis&#233;s au cours du dernier mois permet de dresser, &#224; partir de cas pr&#233;cis, un tableau g&#233;n&#233;ral de la situation difficile des travailleurs chinois et de la tendance en Chine &#224; protester davantage et de mani&#232;re nouvelle. Des usines de chaussures du Fujian aux cha&#238;nes de montage des iPhone, de l'administration publique aux services de livraison, on voit &#233;merger un syst&#232;me de travail en profonde mutation, marqu&#233; par une pr&#233;carit&#233; croissante, une exploitation syst&#233;matique et des formes in&#233;dites de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'arm&#233;e des pr&#233;caires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie chinoise a g&#233;n&#233;r&#233; une arm&#233;e de travailleurs pr&#233;caires d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent. Deux cents millions de personnes, soit environ 40 % de la main-d'&#339;uvre urbaine du pays et environ un quart de la main-d'&#339;uvre totale, vivent aujourd'hui dans des conditions d'emploi flexibles, &#233;crit The Economist. Cette masse de travailleurs pr&#233;caires repr&#233;sente l'&#233;pine dorsale invisible de l'&#233;conomie chinoise, mais elle reste largement exclue des protections et des droits que le syst&#232;me garantit officiellement aux salari&#233;.e.s fixes. Leur situation est d&#233;sormais devenue un ph&#233;nom&#232;ne structurel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les histoires individuelles r&#233;v&#232;lent une profonde modification d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre : des millions de jeunes Chinois.e.s ont rejet&#233; le mod&#232;le de travail des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, celui des usines-villes o&#249; l'on restait pendant des ann&#233;es en acceptant la monotonie et la discipline en &#233;change de la stabilit&#233;. Une partie importante de ces travailleurs a consciemment embrass&#233; la pr&#233;carit&#233;, pr&#233;f&#233;rant la libert&#233; de partir quand ils le souhaitent &#224; la s&#233;curit&#233; d'un contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e. Beaucoup utilisent les plateformes num&#233;riques pour passer d'un emploi &#224; l'autre, alternant constamment entre diff&#233;rentes applications afin de maximiser leurs gains &#224; court terme. Cette ma&#238;trise de l'&#233;conomie des plateformes permet &#224; de nombreux travailleurs flexibles de gagner plus que les employ&#233;s r&#233;guliers, du moins &#224; l'heure actuelle, cr&#233;ant ainsi l'illusion d'un contr&#244;le personnel qui masque la r&#233;alit&#233; structurelle de leur vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composition d&#233;mographique de cette arm&#233;e de pr&#233;caires pr&#233;sente des caract&#233;ristiques particuli&#232;res. Dans les usines, l'&#226;ge moyen est de 26 ans. 80 % sont des hommes, 75 &#224; 80 % sont c&#233;libataires et sans enfants. Dans des villes comme Kunshan, de plus en plus de jeunes travailleurs dorment dans les parcs et sous les ponts routiers. Jusqu'&#224; r&#233;cemment, on pouvait en voir des dizaines dormir dans l'un des plus grands parcs de la ville apr&#232;s le travail, souvent avec leurs bagages, avant que la police ne les expulse. De grandes foules se rassemblent sur les march&#233;s dits &#171; du travail &#187;, o&#249; des agences interm&#233;diaires embauchent des personnes pour des emplois temporaires dans le b&#226;timent ou dans les usines.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52972 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH185/4a4d3a3f58f3f40a-baa80f5e-fc551.png?1759832699' width='500' height='185' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance s'inscrit dans le contexte plus large des difficult&#233;s &#233;conomiques du pays. En ao&#251;t, la croissance des ventes au d&#233;tail a atteint son niveau le plus bas. Les prix et les ventes immobili&#232;res continuent de baisser, ce qui d&#233;prime encore davantage le climat g&#233;n&#233;ral, le ch&#244;mage urbain est en hausse et le d&#233;clin d&#233;mographique a contraint les dirigeants du pays &#224; instaurer un syst&#232;me d'allocations pour encourager les naissances. Dans ce contexte, les travailleurs flexibles repr&#233;sentent &#224; la fois une ressource et un probl&#232;me : ils offrent aux entreprises la flexibilit&#233; n&#233;cessaire pour s'adapter aux fluctuations du march&#233; mais leur situation pr&#233;caire en fait des consommateurs m&#233;diocres et des parents incertains. La contradiction appara&#238;t clairement lorsque l'on consid&#232;re que le gouvernement chinois vise &#224; stabiliser la consommation int&#233;rieure et &#224; encourager la formation de familles, mais qu'il alimente en m&#234;me temps un syst&#232;me de travail qui entrave ces deux objectifs. Sans contrat formel, ces travailleurs ne cotisent pas pour leur retraite, n'ont pas acc&#232;s aux services urbains en raison du syst&#232;me hukou et n'ont souvent pas les moyens d'acheter une maison. Leur libert&#233; de mouvement, qui peut sembler lib&#233;ratrice au premier abord, s'av&#232;re &#234;tre un pi&#232;ge qui les condamne &#224; rester &#233;ternellement en marge de la soci&#233;t&#233; urbaine chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'usine comme dispositif de contr&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette masse de travailleurs pr&#233;caires s'inscrit dans un syst&#232;me de production qui a radicalement transform&#233; les m&#233;thodes de contr&#244;le et d'exploitation par rapport au pass&#233;. Les usines chinoises modernes fonctionnent comme des dispositifs disciplinaires qui fa&#231;onnent le corps et l'esprit des travailleurs &#224; travers des rythmes de production qui d&#233;passent les limites de la r&#233;sistance humaine. Le cas de l'usine de chaussures du Fujian &#233;tudi&#233; par le chercheur Zhu Zhanyuan met &#224; nu ces m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne de montage de l'usine produit jusqu'&#224; 3 000 paires de chaussures par jour, &#224; une vitesse de 300 tours par minute. Chaque personne doit produire plusieurs paires par minute, ce qui est pr&#233;sent&#233; comme &#171; une v&#233;ritable guerre &#187;. Xie Silan, une ouvri&#232;re de 53 ans originaire du Jiangxi, travaille &#224; l'endroit le plus d&#233;licat de la cha&#238;ne, la pose des semelles. Elle ne se trompe jamais : elle parvient &#224; sentir au toucher si la semelle est correctement positionn&#233;e. Ses mains sont ab&#238;m&#233;es, ses ongles poussent pr&#232;s des doigts et se recourbent vers l'int&#233;rieur. Le manque de sommeil chronique fait d'elle la personne qui c&#232;de le plus souvent &#224; la fatigue pendant le travail. Le syst&#232;me de surveillance est omnipr&#233;sent et sophistiqu&#233;, et l'usine dispose de cam&#233;ras de surveillance avec un grand &#233;cran accroch&#233; dans le bureau. Le propri&#233;taire exerce un contr&#244;le strict : lorsqu'il aper&#231;oit des travailleurs qui rient ou plaisantent, son message d'avertissement est si fort que tout le monde baisse instinctivement la t&#234;te, intimid&#233;. Dans les usines Foxconn de Zhengzhou, selon l'enqu&#234;te de China Labor Watch, les travailleurs doivent se soumettre &#224; des contr&#244;les encore plus intrusifs, y compris des radiographies qui excluent de fait les femmes enceintes ; les minorit&#233;s ethniques, notamment les Ou&#239;ghours, les Tib&#233;tains et les Hui, font l'objet d'une discrimination syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rythmes de travail sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment planifi&#233;s de mani&#232;re &#224; tester les limites de la r&#233;sistance humaine. La vitesse de la cha&#238;ne de montage d&#233;passe les capacit&#233;s d'une personne, &#224; tel point que si quelqu'un parvient &#224; suivre le rythme, il est consid&#233;r&#233; comme un h&#233;ros. Les travailleurs essaient de s'adapter progressivement &#224; ces rythmes impossibles, s'effor&#231;ant de ne pas cr&#233;er de probl&#232;mes &#224; leur niveau par crainte de ralentir l'ensemble de la cha&#238;ne. Le contr&#244;le est si strict que lorsqu'un ouvrier a secr&#232;tement tent&#233; de ralentir son indicateur r&#233;glable, la direction a r&#233;agi violemment. La longueur des cha&#238;nes ajoute &#224; la difficult&#233;, avec le risque constant que les chaussures se chevauchent au cours du parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de travail ont un impact direct sur la sant&#233; physique des travailleurs. Outre les probl&#232;mes gastriques caus&#233;s par des repas irr&#233;guliers, des ann&#233;es pass&#233;es pench&#233;es sur le tapis roulant ont &#233;galement d&#233;form&#233; le cou et le dos de nombreuses femmes, qui se sont retrouv&#233;es avec une bosse. Selon le rapport de China Labor Watch, dans la production de composants pour iPhone, de nombreux travailleurs doivent effectuer 60 heures par semaine, voire jusqu'&#224; 75 heures pour certains. Les salari&#233;.e.s en contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e re&#231;oivent un salaire de base de 2 100 yuans par mois (environ 300 euros), soit le salaire minimum dans la province du Henan, et doivent accumuler les heures suppl&#233;mentaires pour survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le ne se limite pas &#224; la dimension physique du travail, il envahit &#233;galement le temps libre. Apr&#232;s plus de dix heures de travail quotidien, 80 % des travailleuses les plus &#226;g&#233;es de l'usine continuent &#224; travailler &#224; temps partiel &#224; lacer des chaussures. Elles sont assises sur de petits tabourets, des paquets de lacets entre leurs jambes. Une comp&#233;tition silencieuse s'installe : certaines cachent le mat&#233;riel de peur que leurs coll&#232;gues plus rapides ne parviennent &#224; le r&#233;cup&#233;rer, d'autres viennent se servir directement lorsqu'elles n'en ont plus. Les erreurs dans la distribution des lacets ou dans les commandes alimentent automatiquement cette rivalit&#233;. La r&#233;mun&#233;ration pour le la&#231;age des chaussures est similaire d'une usine &#224; l'autre : g&#233;n&#233;ralement 0,25 yuan (0,03 euro) par paire, avec une diff&#233;rence maximale d'un ou deux centimes. Pendant les quelques jours de pause mensuelle, Xie Silan continue &#224; faire ce travail &#224; temps partiel, heureuse de pouvoir lacer des chaussures pendant trois quarts de travail et de gagner plus que ce qu'elle aurait touch&#233; avec son salaire normal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52971 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH167/daf7f08ba3935cc8-f199c45c-163be.png?1759832699' width='500' height='167' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les corps sacrifi&#233;s : morts au travail et sant&#233; bafou&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de travail extr&#234;mes d&#233;crites jusqu'&#224; pr&#233;sent trouvent leur &#233;pilogue le plus dramatique dans les d&#233;c&#232;s qui constellent r&#233;guli&#232;rement le paysage du travail chinois. Le 27 juillet 2025, quatorze personnes travaillant &#224; la journ&#233;e ont perdu la vie lorsque leur minibus a quitt&#233; la route en raison de fortes pluies pr&#232;s de la ville de Guqianbao, dans la province du Shanxi. Les dix corps r&#233;cup&#233;r&#233;s par l'&#233;quipe de secours ont r&#233;v&#233;l&#233; que les victimes &#233;taient des habitants du village local, principalement des femmes d'&#226;ge moyen et &#226;g&#233;es qui travaillaient &#224; temps partiel, parties sous la pluie pour gagner seulement quelques centaines de yuans afin de compl&#233;ter le revenu familial. Un an auparavant, dans le comt&#233; de Ye, dans la province du Henan, c'&#233;tait un camion frigorifique, charg&#233; ill&#233;galement de passagers, qui avait caus&#233; la mort de huit travailleuses qui avaient fait des heures suppl&#233;mentaires jusque tard dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des travailleuses &#226;g&#233;es d'aujourd'hui sont n&#233;es dans les ann&#233;es 60 et 70. Certaines n'ont jamais travaill&#233; en dehors de leur ville natale, tandis que d'autres n'ont travaill&#233; loin de chez elles que pendant leurs premi&#232;res ann&#233;es d'activit&#233;. Apr&#232;s leur accouchement, elles ont d&#251; rester dans les zones rurales pendant de longues p&#233;riodes afin de s'occuper des personnes &#226;g&#233;es et des enfants, ce qui les a emp&#234;ch&#233;es de partir travailler loin. Le syst&#232;me de sant&#233; repr&#233;sente un luxe inaccessible pour ces femmes. Une &#233;tude men&#233;e dans les r&#233;gions du centre et de l'ouest a r&#233;v&#233;l&#233; que les travailleuses &#226;g&#233;es reprennent souvent pr&#233;matur&#233;ment le travail agricole apr&#232;s l'accouchement, ce qui entra&#238;ne des probl&#232;mes de sant&#233; chroniques. Le fait qu'elles exercent pendant longtemps des emplois physiquement p&#233;nibles augmente encore les risques pour leur sant&#233;. Avec l'&#226;ge, leurs d&#233;penses m&#233;dicales d&#233;passent celles des femmes urbaines, tandis que leur acc&#232;s aux soins reste limit&#233;. Elles n&#233;gligent souvent les troubles mineurs et, lorsqu'elles consultent un m&#233;decin, leur &#233;tat est d&#233;j&#224; grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vuln&#233;rabilit&#233; se refl&#232;te &#233;galement de mani&#232;re dramatique chez les jeunes g&#233;n&#233;rations. Une trag&#233;die embl&#233;matique, d&#233;crite par Sohu, est celle de Xiaoxiang, un &#233;tudiant de 20 ans qui a effectu&#233; un stage dans une entreprise de logistique dans le cadre d'un partenariat avec son universit&#233; pendant les vacances d'&#233;t&#233; de sa deuxi&#232;me ann&#233;e. Responsable de l'&#233;quipe de nuit charg&#233;e de la manutention des colis et du d&#233;chargement des marchandises, Xiaoxiang a travaill&#233; sans interruption du 25 ao&#251;t au 13 septembre, sans aucun jour de repos. Son planning pr&#233;voyait 26 jours de travail en ao&#251;t avec 5 jours de cong&#233;, et 26 jours en septembre avec 4 jours de cong&#233;. Selon sa famille, Xiaoxiang s'est plaint &#224; son &#233;tablissement de sa trop grande fatigue, mais il a &#233;t&#233; menac&#233; de sanctions. Le 13 septembre, il a &#233;t&#233; transport&#233; &#224; l'h&#244;pital au retour du travail. Malgr&#233; les efforts d&#233;ploy&#233;s pour le sauver, il est d&#233;c&#233;d&#233;, le certificat de d&#233;c&#232;s indiquant &#171; mort cardiaque subite &#187;. Ce cas illustre comment m&#234;me des jeunes en pleine forme peuvent &#234;tre &#233;puis&#233;s par un syst&#232;me qui traite les corps humains comme des composants rempla&#231;ables d'une machine de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une machine bureaucratique malade&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; du d&#233;sespoir se retrouve dans une situation parall&#232;le inqui&#233;tante au sein m&#234;me de l'appareil &#233;tatique chinois, o&#249; se dessine un tableau de d&#233;gradation psychologique syst&#233;matique d&#233;crit en d&#233;tail par le journal ta&#239;wanais Initium Media. Le &#171; Rapport sur le d&#233;veloppement de la sant&#233; mentale nationale chinoise (2017-2018) &#187; a r&#233;v&#233;l&#233; que parmi les fonctionnaires, le pourcentage de personnes pr&#233;sentant des niveaux moyens &#224; &#233;lev&#233;s d'anxi&#233;t&#233;, de d&#233;pression et de stress a atteint respectivement 35 %, 33 % et 52 %. Zou Jia, fonctionnaire dans un organisme gouvernemental &#224; P&#233;kin, a fait l'exp&#233;rience de cette d&#233;gradation &#224; ses d&#233;pens. Un mois avant d'obtenir son contrat d&#233;finitif, lorsqu'une coll&#232;gue lui a demand&#233; si elle &#233;tait heureuse, elle a r&#233;pondu par un &#171; pas du tout &#187; cat&#233;gorique. Au cours de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, elle n'avait jamais eu un week-end complet de cong&#233; et, en semaine, elle travaillait souvent jusqu'&#224; minuit. La veille du Nouvel An, elle avait &#233;t&#233; r&#233;primand&#233;e par son sup&#233;rieur pour un document de 400 mots qui avait &#233;t&#233; remani&#233; quinze fois. En pensant que c'&#233;tait pour elle le r&#233;sultat de plus de dix ans d'&#233;tudes, elle avait eu des haut-le-c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de domestication des nouveaux fonctionnaires suit des sch&#233;mas pr&#233;cis. Zou Jia subit ce qu'on appelle un &#171; test d'ob&#233;issance &#187;, le premier niveau de ce qui est appel&#233; la transformation syst&#233;mique. Tout comme un prisonnier qui vient d'entrer en prison doit se faire raser les cheveux et apprendre &#224; crier &#171; Je demande l'autorisation &#187; avant chaque action, le nouveau fonctionnaire est soumis &#224; une s&#233;rie d'&#233;preuves destin&#233;es &#224; &#233;touffer tout esprit d'autonomie. Il est d&#233;lib&#233;r&#233;ment affect&#233; &#224; des t&#226;ches pour lesquelles il n'a pas les comp&#233;tences requises, charg&#233; de missions qui cr&#233;ent des conflits avec ses coll&#232;gues, critiqu&#233; et f&#233;licit&#233; tour &#224; tour afin de brouiller ses crit&#232;res de jugement, jusqu'&#224; ce qu'il apprenne &#224; tout &#233;valuer selon les normes de son sup&#233;rieur. Xu Ming, qui travaille dans un bureau financier du district de P&#233;kin depuis deux ans avant Zou Jia, a &#233;chou&#233; au deuxi&#232;me niveau de ce test. Dipl&#244;m&#233;e en sciences, elle raisonnait en fonction de la logique et des informations disponibles, et avait du mal &#224; se soumettre &#224; l'autorit&#233;. Ses coll&#232;gues ont commenc&#233; &#224; lui confier tous les documents &#224; r&#233;diger. Au plus fort de son activit&#233;, elle devait produire plus de quatre-vingts documents par jour, allant des demandes d'ordinateurs aux rapports d'audit financier municipal. Lorsqu'elle s'est adress&#233;e &#224; son sup&#233;rieur, elle a &#233;t&#233; accus&#233;e de ne pas &#234;tre solidaire avec ses coll&#232;gues et de ne penser qu'&#224; son travail sans tenir compte des int&#233;r&#234;ts de la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie a d&#233;clench&#233; des m&#233;canismes d'autodestruction &#224; tous les niveaux. En mars 2018, la loi sur la supervision a transform&#233; la commission disciplinaire du Parti communiste, qui &#233;tait un organe purement administratif, en une institution dot&#233;e &#233;galement de pouvoirs ex&#233;cutifs. Pour consolider sa position, cette structure doit continuellement enqu&#234;ter sur des affaires importantes, ce qui cr&#233;e un climat de peur qui pousse chaque fonctionnaire &#224; d&#233;noncer ses coll&#232;gues pour s'attirer des m&#233;rites, d&#233;tourner l'attention de ses propres erreurs ou &#233;liminer ses rivaux. La parano&#239;a a atteint des niveaux grotesques. Un fonctionnaire local en d&#233;placement, trouvant tous les v&#233;hicules de service occup&#233;s, accepte de se faire conduire par un subordonn&#233; dans sa propre voiture. Son sup&#233;rieur propose de rembourser l'essence, mais un coll&#232;gue le d&#233;nonce &#224; la commission disciplinaire en l'accusant d'appropriation de biens publics. Heureusement, la commission locale ne l'a pas arr&#234;t&#233;, se contentant de lui faire r&#233;diger une autocritique, de lui faire rembourser l'essence et de lui faire reconna&#238;tre publiquement son erreur devant tout le monde lors d'une r&#233;union sp&#233;ciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chen Lu, fonctionnaire de niveau interm&#233;diaire, estime que seulement 10 % de l'&#233;nergie est consacr&#233;e au travail effectif, principalement &#224; la r&#233;daction de documents, 40 % est gaspill&#233;e en r&#233;flexions sur la valeur et la signification de ce qui est fait et 50 % est absorb&#233;e par les luttes intestines. Il en r&#233;sulte une bureaucratie paralys&#233;e. De nombreux fonctionnaires ne sont d&#233;sormais plus capables que de scander des slogans et de r&#233;diger des d&#233;clarations, leur condition physique et surtout mentale les emp&#234;chant de mener des recherches concr&#232;tes ou de prendre des d&#233;cisions. Xu Ming raconte que son organisme copie ouvertement les r&#233;sultats d'autres unit&#233;s. Une fois, apr&#232;s avoir r&#233;vis&#233; plus de vingt fois un document trop abscons, son sup&#233;rieur hi&#233;rarchique a fait copier directement le texte &#224; produire &#224; partir de celui d'un district p&#233;riph&#233;rique de P&#233;kin, alors que les caract&#233;ristiques des deux entit&#233;s administratives &#233;taient compl&#232;tement diff&#233;rentes. Elle-m&#234;me a fini par comprendre cette logique : puisque personne ne lira vraiment ces documents, pourquoi prendre le risque de faire le travail soi-m&#234;me ? Le r&#233;sultat global est une bureaucratie paralys&#233;e, capable uniquement de produire des slogans et des documents, d&#233;sormais d&#233;pourvue des comp&#233;tences n&#233;cessaires pour mener des recherches s&#233;rieuses ou prendre des d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH192/8d8495d9052e4c86-267e7c80-42b47.png?1759832699' width='500' height='192' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les strat&#233;gies de survie, entre r&#233;sistance et adaptation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;t&#233;rioration des conditions g&#233;n&#233;rales a donn&#233; lieu &#224; des r&#233;ponses adaptatives complexes de la part des travailleurs, qui d&#233;veloppent des formes de r&#233;sistance souvent paradoxales et contradictoires. Ces strat&#233;gies de survie r&#233;v&#232;lent autant la cr&#233;ativit&#233; humaine face &#224; l'oppression que les limites structurelles dans lesquelles celle-ci s'exerce. Les femmes des usines de chaussures du Fujian, par exemple, ont transform&#233; le surmenage volontaire en une source d'identit&#233; et d'estime de soi, rationalisant leur condition par des r&#233;cits d'affirmation de soi et de contr&#244;le personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xie Silan d&#233;crit son besoin compulsif de lacer ses chaussures apr&#232;s son quart de travail comme une v&#233;ritable d&#233;pendance, m&#234;me si son corps montre des signes de refus. Par une journ&#233;e pluvieuse et froide, elle s'est surprise &#224; vouloir rester chez elle, pr&#233;parer quelque chose de bon et passer du temps au chaud avec son t&#233;l&#233;phone portable. Mais elle est quand m&#234;me all&#233;e travailler. Les travailleuses comme elle se consid&#232;rent comme diligentes mais sans exag&#233;ration, contrairement &#224; celles qui tombent gravement malades ou meurent subitement &#224; cause du surmenage. Xie Silan reconna&#238;t que tout le monde aurait besoin de repos, mais elle cherche continuellement des excuses pour ne pas s'arr&#234;ter. Les femmes se soutiennent mutuellement pour l&#233;gitimer cette surcharge constante, affirmant que celles qui ne lacent pas leurs chaussures le soir sont simplement dans une situation &#233;conomique plus favorable, ou se r&#233;p&#233;tant avec r&#233;signation qu'elles n'ont pas d'autre choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233;, on trouve une forme de r&#233;sistance g&#233;n&#233;rationnelle incarn&#233;e par les jeunes qui rejettent l'&#233;thique traditionnelle du travail. Les &#171; Dieux de Sanhe &#187;, du nom d'un centre de recrutement &#224; Shenzhen, sont devenus un ph&#233;nom&#232;ne culturel. Ils abandonnent leur travail pendant des jours entiers, occupant leur temps avec leurs t&#233;l&#233;phones portables et pas grand-chose d'autre. Ils sont d&#233;crits comme des ma&#238;tres de leur propre temps et paresseux, en contraste flagrant avec les travailleurs des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes qui sacrifiaient tout pour satisfaire les exigences de leurs employeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux informels d'entraide correspondent &#224; une strat&#233;gie de survie moins visible. Dans les usines, les travailleurs se transmettent des petites astuces pour acc&#233;l&#233;rer les gestes, comme saisir les bo&#238;tes de chaussures avec trois doigts sans d&#233;faire les sangles qui maintiennent les lots de dix. Pendant les sessions de la&#231;age du soir, l'atmosph&#232;re change. Les travailleuses rient, bavardent, certaines se plongent tellement dans les conversations qu'elles en oublient presque de travailler. Elles s'appellent &#171; s&#339;ur &#187; dans le dialecte local, se racontent des anecdotes familiales, &#233;voquent le pass&#233; et montrent des vid&#233;os trouv&#233;es sur TikTok pour conforter leurs opinions. Cette dimension sociale transforme un travail ali&#233;nant en un espace de relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solitude appara&#238;t comme l'une des principales raisons qui poussent les travailleuses &#224; participer &#224; ces s&#233;ances collectives. Beaucoup vivent seules dans des chambres individuelles, des appartements lou&#233;s ou des dortoirs. M&#234;me le chercheur, apr&#232;s avoir partag&#233; leur exp&#233;rience, a commenc&#233; par se d&#233;sint&#233;resser des s&#233;ances de la&#231;age du soir, mais chaque fois qu'il retournait dans son logement vide, il ressentait le poids de l'ennui et finissait par revenir aux s&#233;ances de la&#231;age. Trois hommes fr&#233;quentaient occasionnellement le groupe, eux aussi attir&#233;s par l'animation du lieu. Ils travaillaient plus calmement que les femmes : apr&#232;s 20 ou 30 paires de chaussures, ils se levaient pour fumer une cigarette ou boire un verre d'eau, puis retournaient s'asseoir. Les femmes, en revanche, restaient immobiles pendant des heures, n'interrompant que rarement leur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signes de rupture : des protestations individuelles &#224; la mobilisation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point culminant de ces strat&#233;gies de survie et des tensions syst&#233;miques se manifeste dans l'escalade des protestations qui traverse aujourd'hui la Chine. L'organisation China Dissent Monitor a recens&#233; pr&#232;s de 12 000 manifestations depuis juin 2022, dont plus de 2 500 au cours des six premiers mois de 2025, soit une augmentation de 73 % par rapport &#224; la m&#234;me p&#233;riode l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Les manifestations li&#233;es au travail ont augment&#233; de 67 %, tandis que celles li&#233;es sp&#233;cifiquement au secteur de la construction, men&#233;es principalement par des ouvriers et des entrepreneurs non pay&#233;s ou par des acheteurs de logements jamais achev&#233;s, ont doubl&#233;. Cette flamb&#233;e n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne fortuit mais le produit direct des conditions de travail et sociales qui poussent de plus en plus de travailleurs et de citoyens au-del&#224; du seuil de tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_52969 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH182/9884c35f2b7d3f78-d3091226-ce510.png?1759832699' width='500' height='182' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sespoir croissant se manifeste par des formes de protestation de plus en plus cr&#233;atives et extr&#234;mes. Qi Hong, un &#233;lectricien de 42 ans qui avait commenc&#233; &#224; utiliser un VPN pendant la pand&#233;mie pour acc&#233;der &#224; Internet au-del&#224; du pare-feu chinois, a install&#233; un projecteur dans une chambre d'h&#244;tel &#224; Chongqing afin de projeter des slogans contre le Parti communiste sur un immeuble situ&#233; en face, qu'il a actionn&#233; &#224; distance apr&#232;s avoir quitt&#233; le pays. Son action a &#233;t&#233; inspir&#233;e par Peng Lifa, condamn&#233; &#224; neuf ans de prison pour avoir d&#233;ploy&#233; une banderole similaire sur un pont de P&#233;kin en 2022, et par Mei Shilin, qui avait d&#233;ploy&#233; en avril des banderoles sur un pont de Chengdu pour r&#233;clamer des r&#233;formes politiques. Ces gestes individuels r&#233;v&#232;lent de nouvelles tendances dans la dissidence chinoise : une augmentation du nombre de manifestations, une cr&#233;ativit&#233; croissante et une connexion toujours plus forte entre les individus en Chine et les activistes &#224; l'&#233;tranger qui passent par Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85 % des manifestations concernent des questions qui affectent les finances personnelles des individus et visent principalement les entreprises priv&#233;es et leurs dirigeants. Les protestataires s'adressent souvent d'abord aux autorit&#233;s locales ou centrales, et il est courant de voir des manifestant.e.s s'incliner devant les fonctionnaires pour implorer leur aide. La plupart des protestataires ne recourent &#224; la dissidence publique qu'apr&#232;s avoir tent&#233; sans succ&#232;s des m&#233;thodes institutionnelles de p&#233;tition et d'appel. Les manifestations qui ne sont pas politiques au d&#233;part peuvent le devenir si elles sont confront&#233;es &#224; une r&#233;pression s&#233;v&#232;re, et pr&#232;s d'un tiers de toutes les manifestations document&#233;es ciblent les gouvernements locaux, m&#234;me si beaucoup ne commencent pas de cette fa&#231;on&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.Cette intensification des protestations r&#233;v&#232;le une contradiction profonde dans le mod&#232;le de d&#233;veloppement chinois. La masse des travailleurs pr&#233;caires qui constituent d&#233;sormais l'&#233;pine dorsale de l'&#233;conomie est non seulement exclue des protections sociales, mais vit dans des conditions qui alimentent l'instabilit&#233; et le m&#233;contentement. Les march&#233;s du travail informels, les logements pr&#233;caires et le manque de perspectives cr&#233;ent des poches de marginalisation urbaine que le Parti communiste peine &#224; contr&#244;ler avec les outils traditionnels de pacification sociale. La promesse de stabilit&#233; et d'ordre sur laquelle repose la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;gime entre en tension croissante avec un syst&#232;me &#233;conomique qui produit une pr&#233;carit&#233; de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation des travailleurs pr&#233;caires se heurte toutefois &#224; des obstacles propres &#224; leur condition. Les 200 millions de travailleurs &#171; flexibles &#187; de Chine ont du mal &#224; faire valoir leurs droits. Sans relation de travail stable, les plus jeunes ne d&#233;velopperont jamais les comp&#233;tences professionnelles n&#233;cessaires pour progresser. Ayant quitt&#233; leurs villages d'origine, ils risquent de ne pas pouvoir s'enraciner dans les villes o&#249; ils passent continuellement d'un emploi &#224; l'autre. Sans documents attestant d'un emploi fixe, le syst&#232;me d'enregistrement familial hukou leur refuse l'acc&#232;s aux services publics urbains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, paradoxalement, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette situation d'extr&#234;me pr&#233;carit&#233; qui alimente un m&#233;contentement g&#233;n&#233;ralis&#233; et des formes de conflit de plus en plus aigu&#235;s. Si, d'une part, la fragmentation et la mobilit&#233; continue entravent l'organisation collective traditionnelle, d'autre part, la concentration de masses de jeunes travailleurs sans perspectives et sans liens stabilis&#233;s avec le territoire cr&#233;e un substrat d'instabilit&#233; croissante. Sans m&#234;me la promesse d'une stabilit&#233; future qui accompagnait autrefois la discipline au travail, ces jeunes ont de moins en moins de raisons d'accepter passivement les conditions qu'ils subissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du m&#233;contentement s'explique par la vuln&#233;rabilit&#233; particuli&#232;re de la nouvelle g&#233;n&#233;ration de travailleurs et travailleuses. Cette g&#233;n&#233;ration est davantage connect&#233;e que les pr&#233;c&#233;dentes, &#233;quip&#233;e de smartphones et consacre des heures chaque jour &#224; naviguer sur les r&#233;seaux sociaux. Les jeunes travailleurs flexibles semblent moins d&#233;f&#233;rents envers le Parti communiste que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Il n'est pas difficile d'imaginer une masse croissante de travailleurs sans domicile, m&#233;contents et en proie &#224; un profond sentiment de d&#233;senchantement, fissurant de plus en plus la fa&#231;ade d'ordre des villes chinoises. Les manifestations, autrefois consid&#233;r&#233;es comme des gestes extr&#234;mes et isol&#233;s, sont d&#233;sormais consid&#233;r&#233;es par beaucoup comme des moyens l&#233;gitimes et n&#233;cessaires pour r&#233;sister &#224; la restriction des droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources utilis&#233;es&lt;/strong&gt; : WeChat, Initium Media, Economist, China Labor Watch, Financial Times, South China Morning Post, Sohu, Le Monde, Xinhua, NetEase&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source - &lt;a href=&#034;https://andreaferrario1.substack.com/p/cina-il-lavoro-come-campo-di-battaglia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Andrea Ferrario, 29 septembre 2025&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chine : Fragilit&#233;s de la classe moyenne dans une &#233;conomie en difficult&#233;s</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chine-Fragilites-de-la-classe-moyenne-dans-une-economie-en-difficultes</link>
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		<dc:date>2025-09-30T11:01:02Z</dc:date>
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		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-09-30</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Alors que les dirigeants continuent de parler de 'prosp&#233;rit&#233; commune' et que certains secteurs technologiques remportent des succ&#232;s importants, les personnes qui font officiellement partie de la classe moyenne vivent souvent dans une situation pr&#233;caire. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le projet ambitieux de Xi Jinping visant &#224; construire une classe moyenne solide en Chine se heurte aujourd'hui &#224; une r&#233;alit&#233; &#233;conomique de plus en plus difficile. C'est ce que constate le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Alors que les dirigeants continuent de parler de 'prosp&#233;rit&#233; commune' et que certains secteurs technologiques remportent des succ&#232;s importants, les personnes qui font officiellement partie de la classe moyenne vivent souvent dans une situation pr&#233;caire. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76393&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet ambitieux de Xi Jinping visant &#224; construire une classe moyenne solide en Chine se heurte aujourd'hui &#224; une r&#233;alit&#233; &#233;conomique de plus en plus difficile. C'est ce que constate le quotidien allemand Handelsblatt, dans une analyse qui part de l'histoire personnelle de Wang Chaowei, ancien cadre dans le secteur de l'&#233;ducation, qui a fait trois mille kilom&#232;tres pour d&#233;m&#233;nager de Dalian &#224; Chengdu avec sa famille, abandonnant sa carri&#232;re professionnelle pour devenir vendeur de brochettes de viande sur un march&#233; de nuit. Son histoire illustre un ph&#233;nom&#232;ne de plus en plus manifeste en Chine : le r&#234;ve d'ascension sociale perd de sa cr&#233;dibilit&#233; aupr&#232;s de millions de citoyens chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de P&#233;kin s'&#233;tait fix&#233; pour objectif de faire entrer 800 millions de personnes dans la classe moyenne, d&#233;finissant ce groupe social comme &#233;tant compos&#233; de personnes dont le revenu annuel est compris entre 60 000 yuans (environ 7 000 euros) et 500 000 yuans (environ 60 000 euros). Il s'agit d'une fourchette tr&#232;s large, clairement destin&#233;e &#224; faire entrer dans ce panier des personnes pauvres, pour ensuite vanter le &#233;ni&#232;me pr&#233;tendu &#171; succ&#232;s chinois &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ces tentatives d'alchimie manipulatrice se cache cependant une r&#233;alit&#233; beaucoup moins brillante. Les donn&#233;es &#233;conomiques r&#233;centes envoient des signaux alarmants. Le ch&#244;mage des jeunes a atteint 18,9 % en ao&#251;t, tandis que les ventes de d&#233;tail et la production industrielle progressent &#224; un rythme de plus en plus lent. Le march&#233; immobilier, traditionnellement consid&#233;r&#233; comme un pilier de l'&#233;pargne et donc de la &#171; pr&#233;voyance priv&#233;e &#187;, continue d'afficher des prix en baisse depuis des ann&#233;es, alimentant l'incertitude parmi les familles qui aspirent &#224; am&#233;liorer leur condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui font officiellement partie de la classe moyenne vivent souvent dans une situation pr&#233;caire. Dans les m&#233;tropoles comme Shanghai, une famille dont les revenus mensuels se situent entre 1 500 et 3 000 euros par mois parvient &#224; subvenir &#224; ses besoins en mati&#232;re de logement, de voiture et d'&#233;ducation des enfants, mais ne dispose d'aucune marge pour d&#233;gager des &#233;conomies significatives. Le foss&#233; entre les r&#233;gions urbaines et rurales aggrave encore la situation : les citadins gagnent en moyenne deux fois plus que les ruraux, ce qui cr&#233;e des in&#233;galit&#233;s qui freinent la consommation et les investissements au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Long Youshen, ancien expert en informatique chez Samsung, a choisi de se r&#233;inventer en cultivant des fraises biologiques destin&#233;es pr&#233;cis&#233;ment &#224; la classe moyenne urbaine. Son exp&#233;rience r&#233;v&#232;le les contradictions du moment actuel : au d&#233;part, l'entreprise prosp&#233;rait, mais elle enregistre aujourd'hui une baisse de la demande, car les consommateurs sont de moins en moins pr&#234;ts &#224; se permettre de petits luxes quotidiens. Les mesures gouvernementales visant &#224; stimuler les pr&#234;ts et &#224; soutenir la consommation par le biais de programmes de remplacement des appareils &#233;lectrom&#233;nagers n'ont pas &#233;t&#233; efficaces, car ce qui manque, c'est la s&#233;curit&#233; &#233;conomique susceptible d'inciter les gens &#224; d&#233;penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomiste Wolfgang Keller souligne que les probl&#232;mes sont structurels plut&#244;t que cycliques : la croissance chinoise reste excessivement d&#233;pendante des investissements et des exportations, tandis que le pouvoir d'achat des m&#233;nages reste insuffisant. Selon l'analyste Nouriel Roubini, le risque est que la Chine tombe dans le &#171; pi&#232;ge du revenu moyen &#187;, restant bloqu&#233;e dans la transition vers une &#233;conomie d&#233;velopp&#233;e &#224; hauts salaires. Alors que les dirigeants continuent de parler de &#171; prosp&#233;rit&#233; commune &#187; et que certains secteurs technologiques remportent des succ&#232;s importants, des familles comme celles de Wang et Long vivent une Chine diff&#233;rente, caract&#233;ris&#233;e par une incertitude croissante et des attentes en baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepLpro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/andrea.ferrario.125&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Facebook&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Chine, la Syrie et les Ou&#239;ghours</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Chine-la-Syrie-et-les-Ouighours</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Andrea Ferrario</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-09-30</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La chute de Bachar al-Assad a mis fin &#224; une alliance qui, pendant plus d'une d&#233;cennie, avait vu P&#233;kin figurer parmi les plus fervents partisans de Damas, au nom de la souverainet&#233; et de la lutte contre le terrorisme. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/09/21/la-chine-la-syrie-et-les-ouighours/?jetpack_skip_subscription_popup &lt;br class='autobr' /&gt;
La Chine avait d&#233;ploy&#233; tous ses efforts diplomatiques pour bloquer les r&#233;solutions critiques &#224; l'&#233;gard du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chute de Bachar al-Assad a mis fin &#224; une alliance qui, pendant plus d'une d&#233;cennie, avait vu P&#233;kin figurer parmi les plus fervents partisans de Damas, au nom de la souverainet&#233; et de la lutte contre le terrorisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;La Chine avait d&#233;ploy&#233; tous ses efforts diplomatiques pour bloquer les r&#233;solutions critiques &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime et l&#233;gitimer sa r&#233;pression, se pr&#233;sentant comme un acteur responsable face au chaos syrien. Aujourd'hui, face au nouveau gouvernement dirig&#233; par Ahmed al Charaa, P&#233;kin semble h&#233;sitant et attentiste. La raison n'est pas le manque de l&#233;gitimit&#233; du nouveau r&#233;gime, mais la pr&#233;sence de milliers de combattants ou&#239;ghours dans son arm&#233;e, une r&#233;alit&#233; qui met &#224; mal l'argumentaire de P&#233;kin sur la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure comme justification des mesures r&#233;pressives massives au Xinjiang (le Turkestan oriental pour les Ou&#239;ghours).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant depuis des ann&#233;es les agissements du Parti islamique du Turkestan comme l'une des justifications les plus imm&#233;diates pour les campagnes d'internement et de surveillance de masse au Xinjiang, P&#233;kin voit d&#233;sormais les militants de ce parti devenir des acteurs officiels de la nouvelle arm&#233;e syrienne. Promus aux plus hauts grades de l'arm&#233;e syrienne, ces combattants repr&#233;sentent pour la Chine un &#233;l&#233;ment qui sape sa propagande. L'int&#233;gration d'environ 3 500 hommes dans la 84e division et la nomination de certains commandants ou&#239;ghours au grade de g&#233;n&#233;ral contredisent le discours chinois selon lequel la mont&#233;e de cet extr&#233;misme aurait &#233;t&#233; contenue et neutralis&#233;e. Au contraire, les combattants ou&#239;ghours trouvent une reconnaissance dans un &#201;tat, apr&#232;s avoir construit des bases solides en Syrie depuis 2012. Cette &#233;volution montre comment la politique de P&#233;kin a produit une radicalisation et une diaspora militante, sans parvenir &#224; en emp&#234;cher l'expansion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de P&#233;kin se concentre sur la sc&#232;ne diplomatique. Au Conseil de s&#233;curit&#233;, elle insiste pour maintenir les sanctions contre les groupes li&#233;s au djihadisme, &#233;vitant toute ouverture envers le gouvernement de Damas qui l&#233;gitimerait la pr&#233;sence de Ou&#239;ghours dans les forces arm&#233;es. Le message est clair : sans garanties quant &#224; l'&#233;viction de ces combattants, la Chine n'accordera aucune normalisation ni aucun soutien &#224; la reconstruction. Cette position se trouve toutefois affaiblie par ce qui s'est pass&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, P&#233;kin ayant cautionn&#233; durant plus d'une d&#233;cennie la pratique syst&#233;matique de la violence par le r&#233;gime d'Assad au nom de la stabilit&#233;. La Chine se trouve aujourd'hui contrainte de d&#233;noncer une menace qui est en partie le r&#233;sultat de ses propres choix, son soutien inconditionnel &#224; Damas ayant laiss&#233; le champ libre &#224; de nouvelles forces arm&#233;es hostiles &#224; P&#233;kin. Les &#201;tats-Unis, quant &#224; eux, ont suivi une ligne contradictoire. Pendant des ann&#233;es, ils ont maintenu le TIP sur la liste des organisations terroristes avant d'accepter son int&#233;gration dans l'arm&#233;e syrienne et d'y accorder leur soutien en vue de stabiliser la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce sc&#233;nario, P&#233;kin se r&#233;fugie dans une approche qu'il qualifie de prudente, mais qui trahit en r&#233;alit&#233; une certaine faiblesse. Il maintient des contacts bilat&#233;raux avec le nouveau gouvernement, mais sans le reconna&#238;tre pleinement. Il r&#233;affirme son respect de la souverainet&#233; syrienne, mais freine tout engagement &#233;conomique et reporte tout investissement dans les infrastructures. La Chine &#233;vite de s'exposer, se limitant &#224; un jeu de vetos et de pressions indirectes par l'interm&#233;diaire de ses partenaires r&#233;gionaux, tout en partageant, aux c&#244;t&#233;s de Moscou, la frustration d'avoir vu un alli&#233; renvers&#233; et remplac&#233; par un successeur qui a int&#233;gr&#233; pr&#233;cis&#233;ment les combattants djihadistes que les deux pays redoutaient. La Chine se retrouve ainsi &#224; payer le prix de ses politiques g&#233;nocidaires au Xinjiang et de son soutien &#224; un boucher comme Assad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre information li&#233;e au th&#232;me du Xinjiang concerne la diffusion de documents confidentiels qui prouveraient l'implication directe de Xi Jinping dans la r&#233;pression des Ou&#239;ghours. Il s'agit de trois discours internes prononc&#233;s en 2014 lors d'une visite dans la r&#233;gion imm&#233;diatement apr&#232;s l'attaque de la gare de Kunming, dans lesquels Xi demandait une campagne de &#171; frappes lourdes et rapides &#187; et r&#233;clamait la cr&#233;ation d'un climat de pression constante. Ces instructions laissaient d&#233;j&#224; entrevoir les &#233;l&#233;ments qui allaient ensuite donner forme au syst&#232;me des camps d'internement, au travail forc&#233; et aux programmes d'assimilation linguistique, dans le but d'&#233;liminer les pratiques religieuses et les identit&#233;s culturelles consid&#233;r&#233;es comme des menaces pour la s&#233;curit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents, analys&#233;s et rendus publics par des chercheurs, montrent qu'il ne s'agissait pas d'initiatives locales, mais de directives approuv&#233;es et promues par la direction du parti communiste. Xi Jinping allait jusqu'&#224; d&#233;crire les Ou&#239;ghours comme des &#171; personnes sous l'emprise de l'extr&#233;misme religieux &#187;, d&#233;pourvues de conscience et d'humanit&#233;, l&#233;gitimant ainsi la logique de la r&#233;&#233;ducation forc&#233;e. D'autres dirigeants, tels que Li Keqiang et Chen Quanguo, r&#233;affirmaient la n&#233;cessit&#233; de d&#233;truire les racines, les liens g&#233;n&#233;rationnels et les attaches, consid&#233;rant la culture ou&#239;ghoure comme un ennemi &#224; s&#233;parer et &#224; an&#233;antir. Ces documents confirment donc l'existence d'un plan syst&#233;matique d&#233;cid&#233; au plus haut niveau et con&#231;u pour durer dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Ferrario&lt;br class='autobr' /&gt;
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Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76254&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76254&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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