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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Conf&#233;rence de la gauche en Afrique du sud : &#034;Il ne reste plus rien&#034;</title>
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		<dc:date>2026-06-16T10:52:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Niall Redy</dc:creator>


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		<dc:subject>Edition du 2026-06-16</dc:subject>
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&lt;p&gt;La tr&#232;s attendue &#171; Conf&#233;rence de la gauche &#187; &#233;tait cens&#233;e unir les forces progressistes sud-africaines. Au lieu de cela, elle a confirm&#233; une v&#233;rit&#233; plus am&#232;re : la gauche n'a pas besoin d'unit&#233;, elle a besoin de se reconstruire. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique en lutte. &lt;br class='autobr' /&gt;
la conf&#233;rence de la &#171; gauche &#187; du week-end dernier est un indicateur de ce que les forces progressistes ont &#224; offrir, l'Alliance d&#233;mocratique (DA, principal parti d'opposition de centre-droit en Afrique du Sud) peut se rassurer. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/capture_d_e_cran_le_2026-06-14_a_22.14_32-f54ff.png?1781607239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La tr&#232;s attendue &#171; Conf&#233;rence de la gauche &#187; &#233;tait cens&#233;e unir les forces progressistes sud-africaines. Au lieu de cela, elle a confirm&#233; une v&#233;rit&#233; plus am&#232;re : la gauche n'a pas besoin d'unit&#233;, elle a besoin de se reconstruire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.afriquesenlutte.org/afrique-australe/afrique-du-sud/article/afrique-du-sud-il-ne-reste-plus-rien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique en lutte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la conf&#233;rence de la &#171; gauche &#187; du week-end dernier est un indicateur de ce que les forces progressistes ont &#224; offrir, l'Alliance d&#233;mocratique (DA, principal parti d'opposition de centre-droit en Afrique du Sud) peut se rassurer. Les guillemets sont n&#233;cessaires car les principaux partis pr&#233;sents ne peuvent en aucun cas &#234;tre qualifi&#233;s de gauche. Leurs voix, les plus fortes, ont donn&#233; un ton creux &#224; l'ensemble de la r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un parti qui semble incapable de conserver un de ses hauts responsables plus de deux mois, la d&#233;l&#233;gation de l'uMkhonto weSizwe (MK) paraissait &#233;tonnamment bien organis&#233;e. Le MK &#233;tait la branche arm&#233;e de l'ANC durant l'apartheid ; son nom a &#233;t&#233; repris par l'ancien pr&#233;sident Jacob Zuma en 2023 pour lancer son propre parti dissident apr&#232;s que l'ANC ait engag&#233; des poursuites contre lui pour corruption. Tony &#171; Mercedes &#187; Yengeni, ancien chef de la majorit&#233; parlementaire de l'ANC, emprisonn&#233; pour fraude apr&#232;s avoir accept&#233; une Mercedes-Benz &#224; prix r&#233;duit d'une entreprise d'armement dans le cadre d'un march&#233; public, a pris la parole en leur nom le premier jour. Le lendemain, ils ont tent&#233;, heureusement sans succ&#232;s, de faire monter Jacob Zuma sur l'estrade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zuma a probablement fait plus que quiconque ces trente derni&#232;res ann&#233;es pour nuire au bien-&#234;tre et aux perspectives politiques des Sud-Africains issus de la classe ouvri&#232;re. Agissant toujours par int&#233;r&#234;t personnel et sans scrupules, il a us&#233; de son pouvoir pr&#233;sidentiel pour confier les fonctions ex&#233;cutives du gouvernement &#224; une famille criminelle et a donn&#233; son feu vert &#224; un pillage g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'&#201;tat, ruinant les institutions, paralysant les services publics et an&#233;antissant une d&#233;cennie de croissance et de cr&#233;ation d'emplois. Destitu&#233; par son propre parti et confront&#233; &#224; sa chute, il a tent&#233;, sans grand succ&#232;s, un coup d'&#201;tat , puis, avec un succ&#232;s relatif, un soul&#232;vement populaire qui a fait des centaines de morts et a co&#251;t&#233; plusieurs milliards de rands &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MK est son entourage &#233;largi, un &#171; parti &#187; enti&#232;rement &#224; son image et model&#233; selon ses moindres d&#233;sirs. C'est un v&#233;ritable cirque de gangsters et d'escrocs qui se trahissent, se trichent et se volent les uns les autres avec une telle rapacit&#233; que ce serait comique si ce n'&#233;tait pas si tragique. M&#234;me les membres de sa famille n'y &#233;chappent pas : le plus sordide de ces scandales interminables concerne la fille de Zuma qui aurait fait venir ses propres cousins &#8203;&#8203;dans des groupes de mercenaires russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Umkhonto weSizwe repr&#233;sente la plus profonde d&#233;g&#233;n&#233;rescence morale de la classe politique sud-africaine. Nelson Mandela, Joe Slovo et Walter Sisulu &#8212; les figures du mouvement de lib&#233;ration qui ont fond&#233; l'Umkhonto weSizwe originel en 1961 &#8212; se retourneraient dans leurs tombes s'ils savaient ne serait-ce que la moiti&#233; de ce qui se fait au nom de l'organisation qu'ils ont fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs autres figures embl&#233;matiques de la corruption se sont illustr&#233;es d&#232;s le premier jour. Ace Magashule, ancien lieutenant de Zuma et figure de proue de la lutte contre la corruption d'&#201;tat &#8211; qui a dirig&#233; le gouvernement provincial de l'&#201;tat libre comme un fief personnel pendant une d&#233;cennie avant d'&#234;tre suspendu de l'ANC &#8211; a pris la parole au nom de son parti, le Congr&#232;s africain pour la transformation, qui est en r&#233;alit&#233; la branche de l'Umkhonto we Sizwe (MK) dans l'&#201;tat libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence d'Irwin Jim sur l'estrade &#233;tait particuli&#232;rement inqui&#233;tante . Jim est le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de longue date du Syndicat national des m&#233;tallurgistes d'Afrique du Sud (NUMSA), qui fut jadis le plus grand et le plus militant syndicat du pays. Il y a un peu plus de dix ans, le NUMSA avait men&#233; une premi&#232;re tentative, vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, d'unir la gauche en dehors de l'ANC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts de cette initiative semblaient prometteurs : un Front uni rassemblait syndicats, mouvements communautaires et partis socialistes longtemps isol&#233;s sur la sc&#232;ne politique. Mais l'essor de l'auto-activisme d&#233;mocratique qui s'ensuivit fut fatal au dirigeant syndical. Financ&#233; par le milliardaire am&#233;ricain de la tech Roy Singham, Jim &#233;touffa le Front uni et le rempla&#231;a par le Parti socialiste r&#233;volutionnaire des travailleurs, une avant-garde fantoche b&#226;tie autour de son autorit&#233;, qui s'effondra en quelques ann&#233;es. La voix de la &#171; gauche &#187; internationale &#233;tait repr&#233;sent&#233;e le week-end dernier par son fid&#232;le alli&#233; dans ces entreprises : Vijay Prashad, agent de Singham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait nuancer notre critique des Combattants pour la libert&#233; &#233;conomique (EFF), le troisi&#232;me parti d'Afrique du Sud, mais seulement l&#233;g&#232;rement. Contrairement &#224; l'Umkhonto we Sizwe (MK), l'id&#233;ologie officielle de l'EFF s'inscrit plus fid&#232;lement dans la gauche, m&#234;me si sa version date surtout du d&#233;but du XXe si&#232;cle. La corruption au sein de l'EFF prend racine au sommet, mais n'a pas encore atteint toute la base. L'organisation compte un nombre non n&#233;gligeable de militants de base dont l'engagement est bien plus sinc&#232;re que tout ce que ses dirigeants sont capables de d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;mocratie est l'arme des faibles contre les forts, et ces camarades n'en retirent aucun avantage. L'EFF est, comme tous les autres partis de cette liste, un parti &#224; la solde d'un seul homme. Et cet homme (Julius Malema, son fondateur et chef supr&#234;me), comme tous les autres, privil&#233;gie les affaires &#224; la politique. C'est un capitaine d'industrie au sein des vastes &#171; &#233;conomies informelles &#187; de client&#233;lisme et de recherche de rentes qui rongent l'espace politique sud-africain depuis trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inclusion de ces groupes dans l'&#233;v&#233;nement constituait une grave insulte &#224; tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s bien intentionn&#233;s qui assistaient &#224; la conf&#233;rence et aux fi&#232;res traditions de la politique d'&#233;mancipation en Afrique du Sud sur lesquelles ils cherchaient &#224; s'appuyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai aucune id&#233;e pr&#233;cise de ce qui a pouss&#233; les organisateurs du Parti communiste sud-africain (SACP) &#224; prendre cette d&#233;cision. L'interpr&#233;tation la plus indulgente l'attribuerait &#224; une volont&#233; na&#239;ve d'&#234;tre &#339;cum&#233;nique et de ne pas restreindre les fronti&#232;res de la coalition avant m&#234;me le vote d&#233;mocratique. L'interpr&#233;tation la moins indulgente est que l'&#233;cart entre le SACP &#8212; lui-m&#234;me entach&#233; de corruption &#8212; et la gauche client&#233;liste s'est tellement r&#233;duit que cette d&#233;cision a sembl&#233; naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que c'&#233;tait la premi&#232;re option. Et je soup&#231;onne que, pour prendre cette d&#233;cision, les dirigeants du SACP ont peut-&#234;tre &#233;t&#233; dispos&#233;s &#224; mettre de c&#244;t&#233; leurs r&#233;serves par &#233;gard pour la force apparente des partis client&#233;listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous avons perdu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais MK et l'EFF sont faibles sur tous les points essentiels pour la gauche et forts sur tous les sujets qui devraient l'inqui&#233;ter. Leur pr&#233;sence a abaiss&#233; le niveau des d&#233;bats et a &#233;touff&#233; la voix des militants de base qui tentaient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de tirer quelque chose d'utile de cette r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a demand&#233; de pr&#233;senter une introduction &#224; l'une de ces discussions, portant sur la strat&#233;gie &#233;conomique. Il se trouve que j'avais pass&#233; une grande partie de la semaine pr&#233;c&#233;dente &#224; consulter d'anciens num&#233;ros du Shopsteward (la revue du Congr&#232;s des syndicats sud-africains) et du South African Labour Bulletin pour un projet de recherche. La p&#233;riode sur laquelle je me concentrais &#8211; la fin des ann&#233;es 1980 et le d&#233;but des ann&#233;es 1990 &#8211; correspondait &#224; l'apog&#233;e de la gauche sud-africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats sud-africains (COSATU) constituait l'&#233;pine dorsale organisationnelle de l'une des populations les plus mobilis&#233;es au monde : un mouvement ouvrier de plusieurs millions de membres, dot&#233; de solides structures d'organisations syndicales, de liens &#233;troits avec les mouvements sociaux et civiques, et porteur de la confiance d'une classe qui avait vaincu un syst&#232;me d'oppression vieux de 300 ans. Ces atouts se refl&#232;tent pleinement dans sa vie intellectuelle : la grande finesse des d&#233;bats de ces ann&#233;es-l&#224; est n&#233;e d'une confrontation directe avec le pouvoir, men&#233;e par des organisations qui, de par leur importance, &#233;taient contraintes de r&#233;fl&#233;chir s&#233;rieusement et dont les id&#233;es avaient un r&#233;el impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai profit&#233; de mes propos pour inciter les camarades &#224; se rem&#233;morer ce moment de notre histoire et &#224; s'en inspirer pour d&#233;finir la rigueur strat&#233;gique dont ils ont fait preuve. Mes remarques ont &#233;t&#233; mal accueillies. Le premier &#224; r&#233;agir fut un haut responsable de l'EFF. Pourquoi, demanda-t-il, la COSATU avait-elle &#233;chou&#233; si elle avait fait preuve d'une telle sophistication strat&#233;gique ? Sa r&#233;ponse fut d'une simplicit&#233; d&#233;sarmante : les strat&#232;ges syndicaux avaient oubli&#233; l'essentiel, la n&#233;cessit&#233; de s'emparer des terres et des moyens de production. Voil&#224; ce que devrait &#234;tre notre strat&#233;gie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a donn&#233; le ton au d&#233;bat qui a suivi. De nombreux intervenants se sont demand&#233;s pourquoi, selon les termes de l'un d'eux, nous n'&#233;tions pas &#171; suffisamment obs&#233;d&#233;s &#187; par la reconqu&#234;te des terres. Reprenant cette id&#233;e, un autre a avanc&#233; avec audace que le &#171; principal probl&#232;me &#187; auquel sont confront&#233;s les Noirs dans le pays est la constitution (&#224; cause de la terre, sans doute).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques voix tent&#232;rent de recentrer le d&#233;bat sur la r&#233;alit&#233;, en demandant quelles revendications concr&#232;tes pourraient r&#233;ellement am&#233;liorer les conditions de vie et susciter un soutien populaire. Mais elles &#233;taient minoritaires, non seulement face aux membres des groupes de pression, mais aussi face aux repr&#233;sentants des nombreux partis opportunistes qui constituaient une part importante du reste de la d&#233;l&#233;gation &#224; la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes ne sont pas corrompus comme le sont les MK. Mais ils sont tout aussi d&#233;racin&#233;s et illusionn&#233;s, percevant la r&#233;alit&#233; exclusivement &#224; travers le prisme des textes bolcheviques &#233;crits &#224; une &#233;poque o&#249; la plupart des ouvriers n'avaient jamais vu de cha&#238;ne de montage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grossi&#232;ret&#233; de cette conversation, contrastant avec la qualit&#233; des &#233;changes que j'avais lus dans les revues du d&#233;but des ann&#233;es 1990, m'a procur&#233; l'un des moments les plus troublants que j'aie v&#233;cus en pr&#232;s de vingt ans d'engagement au sein de la gauche sud-africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif initial de cette conf&#233;rence me sembla soudain malavis&#233;. Il devint clair que notre v&#233;ritable t&#226;che n'&#233;tait pas d'unir la gauche, mais de la reconstruire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fis auxquels nous sommes confront&#233;s &#224; cet &#233;gard d&#233;passent largement l'influence du client&#233;lisme. Il y a une trentaine d'ann&#233;es, la gauche sud-africaine s'est scind&#233;e en deux. Une moiti&#233; a &#233;t&#233; absorb&#233;e par le vaste appareil parti-&#201;tat qui se mettait en place autour de l'Alliance &#8211; l'alliance tripartite officielle entre l'ANC, le SACP et la COSATU qui a gouvern&#233; le pays apr&#232;s 1994. L'autre moiti&#233; a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e aux marges les plus recul&#233;es de l'&#233;chiquier politique par cette machine infernale. Trop proches du pouvoir d'un c&#244;t&#233;, trop &#233;loign&#233;es de l'autre, chacune a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#224; sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un exemple, il ne reste pratiquement plus aucune revue de gauche importante imprim&#233;e en 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ouverture apparente semble nous faire reculer de deux pas. Les mouvements NUMSA ont englouti les quelques structures de coordination dont disposait la &#171; gauche ind&#233;pendante &#187;. Leur seul h&#233;ritage fut un creusement des divisions et une union d&#233;grad&#233;e. Rhodes Must Fall a inject&#233; un radicalisme universitaire &#224; l'am&#233;ricaine dans la culture politique sud-africaine, ne laissant derri&#232;re lui que ranc&#339;ur et m&#233;diocrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les slogans pseudo-radicaux que l'EFF et MK ont perfectionn&#233;s sont d&#233;sormais le langage courant d'une frange bien plus large d'activistes autoproclam&#233;s. On y croise souvent le leader &#233;tudiant qui n'a jamais cultiv&#233; plus qu'un pot de fleurs de sa vie, mais qui affirme avec assurance que tous les probl&#232;mes de programme et de tactique se r&#233;sument &#224; la reconqu&#234;te des terres. Ci-dessous, soit dit en passant, ce que les donn&#233;es r&#233;v&#232;lent sur cette proposition. Une large majorit&#233; soutient toujours la redistribution des terres, mais pratiquement personne &#8211; hormis quelques communaut&#233;s rurales &#8211; ne la consid&#232;re comme une priorit&#233; majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, les Sud-Africains issus de la classe ouvri&#232;re aspirent aux bienfaits d'une &#233;conomie industrielle moderne : emplois et revenus stables. Ils ne veulent pas redevenir paysans. Cela devrait &#234;tre une &#233;vidence. Mais essayez donc de l'affirmer devant un auditoire de militants de gauche, et vous n'aurez pas le droit de finir votre phrase. Cette obsession pour la question fonci&#232;re est le signe le plus flagrant du d&#233;tachement de la gauche vis-&#224;-vis de la r&#233;alit&#233; politique et de sa d&#233;rive vers une sph&#232;re de symboles et de slogans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous allons perdre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus tragique dans tout cela, c'est que les initiatives du SACP arrivent &#224; point nomm&#233; et, mieux ex&#233;cut&#233;es, auraient pu aboutir &#224; un tout autre r&#233;sultat. Comme je l'ai longuement expliqu&#233; ailleurs, le d&#233;clin de l'ANC lib&#232;re un immense espace sur la carte politique, un espace qui devrait s'av&#233;rer tr&#232;s attractif pour une gauche ambitieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de cette situation sont &#233;videntes. Des millions d'&#233;lecteurs d&#233;sertent l'ANC en raison d'une &#233;conomie atone, de services publics d&#233;faillants et de la corruption. L'EFF et l'MK, partis dissidents du parti au pouvoir qui incarnent ses pires d&#233;rives corrompues, ont peu de chances de devenir le nouveau foyer politique de la plupart d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils ne sont pas non plus susceptibles de se tourner vers un parti qui pr&#244;ne les privil&#232;ges des Blancs et qui s'obstine &#224; nier les r&#233;alit&#233;s politiques les plus &#233;videntes pour les Sud-Africains ordinaires : le poids du pass&#233; qui continue de peser sur notre pr&#233;sent. Voici quelques donn&#233;es suppl&#233;mentaires qui &#233;tayent cette affirmation : une tr&#232;s large majorit&#233; de Sud-Africains noirs soutient l'intervention de l'&#201;tat pour r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s et surmonter les d&#233;savantages historiques, des politiques auxquelles l'Alliance d&#233;mocratique (DA) s'est toujours oppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pourrait changer. Les derniers chiffres datent de plusieurs ann&#233;es et sont &#224; la baisse, refl&#233;tant peut-&#234;tre le d&#233;senchantement populaire envers les services publics. On observe des signes encourageants indiquant que l'Alliance d&#233;mocratique (DA), pour la premi&#232;re fois, s'implante de mani&#232;re significative dans les circonscriptions &#224; majorit&#233; noire et att&#233;nue son fondamentalisme lib&#233;ral &#224; mesure qu'elle se d&#233;veloppe. Mais il faudra du temps pour tisser des liens de loyaut&#233; profonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, le champ politique reste ouvert. Pour la gauche, la formule de base &#224; suivre pour s'y imposer de mani&#232;re convaincante semble claire : il nous faut un parti qui se positionne entre les deux camps actuellement dominants, partageant avec l'Alliance d&#233;mocratique (DA) son engagement anticorruption tout en restant fid&#232;le &#224; la transformation &#233;conomique et &#224; un plan viable pour l'emploi. Les deux volets de cette plateforme sont indissociables : seul un parti capable de restaurer la cr&#233;dibilit&#233; du secteur public peut l'emporter avec un programme &#233;conomique fond&#233; sur le pouvoir public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formules sont faciles &#224; &#233;laborer, certes ; les appliquer est bien plus complexe. Franchement, j'ignore si le SACP est en mesure de jouer un r&#244;le significatif ici. Son histoire r&#233;cente n'a rien d'encourageant. Mais gr&#226;ce &#224; une structure organisationnelle encore en partie intacte et &#224; une certaine exp&#233;rience, certes limit&#233;e, des &#233;lections et de la gouvernance, il est sans doute mieux plac&#233; que toute autre formation de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf si elle persiste &#224; privil&#233;gier la pseudo-gauche au d&#233;triment de la classe ouvri&#232;re. C'est ce que je voulais dire plus t&#244;t en affirmant que les partis client&#233;listes sont d&#233;faillants sur les points essentiels. Les discours radicaux et la corruption flagrante ne constituent pas la recette pour assurer au Conseil de la Gauche &#8211; l'organe de coordination officialis&#233; par la r&#233;cente conf&#233;rence &#8211; un large soutien populaire (il suffit de constater la stagnation des r&#233;sultats &#233;lectoraux de l'EFF depuis dix ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, leur force est inqui&#233;tante. Ils disposent des moyens organisationnels et financiers n&#233;cessaires pour dominer le nouveau front de gauche, comme nous l'avons constat&#233; le week-end dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette force ne provient pas des sources traditionnelles de la gauche. Elle ne repose pas sur des militants engag&#233;s et instruits. Elle ne s'appuie pas sur de puissantes structures de terrain ou de rue. Elle n'est pas guid&#233;e par une clart&#233; id&#233;ologique ou un sens strat&#233;gique aigu. Elle d&#233;coule plut&#244;t du client&#233;lisme et du populisme. Elle provient du charisme des hommes forts et des rouages &#8203;&#8203;de distribution qui se mettent en place autour d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le moteur de MK, et dans une moindre mesure, de l'EFF. Les s&#233;quelles de l'attachement de ces partis aux principes de la gauche constituent un obstacle plut&#244;t qu'une aide &#8211; en t&#233;moigne la position anti-x&#233;nophobe de l'EFF, son seul acte de principe notable, mais qui lui a co&#251;t&#233; tr&#232;s cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#244;t ou tard, cela sera reconnu. Les groupes client&#233;listes commenceront &#224; comprendre que les fondements traditionnels de la droite &#8211; Dieu, la famille et la patrie &#8211; s'accordent mieux avec les syst&#232;mes de client&#233;lisme que ne le pourrait jamais le faire le vocabulaire &#233;mancipateur de la gauche. Le respect de l'autorit&#233;, l'ordre patriarcal et le sentiment d'appartenance nationaliste &#8211; &#233;l&#233;ments d&#233;j&#224; bien ancr&#233;s dans l'id&#233;ologie de MK &#8211; constituent des expressions beaucoup plus naturelles pour une politique fond&#233;e sur une loyaut&#233; personnalis&#233;e et des faveurs venues d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs de file actuels, fond&#233;s sur le client&#233;lisme, &#233;volueront soit naturellement dans leur direction, soit seront supplant&#233;s par d'autres moins encombr&#233;s par les pr&#233;tentions du pouvoir populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'allier avec eux n'est donc pas un moyen rapide de revitaliser la gauche. C'est au contraire le meilleur moyen de la condamner. Cela ne fera que confirmer les propos du chef de l'Alliance d&#233;mocratique : la distinction gauche-droite perdra rapidement toute signification dans la politique sud-africaine. Le seul clivage pertinent opposera un bloc qui souhaite gouverner en faveur de l'&#233;lite en place &#224; un bloc qui ne souhaite absolument pas gouverner et dont la seule ambition est de finir de piller les ruines de l'&#201;tat sud-africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le public finit par associer cette image &#224; la gauche, ce sera catastrophique pour notre projet &#224; long terme. Les images du week-end dernier montrant Yengeni, Magashule, Malema et leurs acolytes pontifiant devant une grande banderole &#171; Conf&#233;rence de la gauche &#187;, entour&#233;s de dirigeants du SACP, nous ont rapproch&#233;s un peu plus de ce sc&#233;nario. C'&#233;tait d&#233;solant. Si la gauche doit se reconstruire, ce ne sera pas gr&#226;ce &#224; ceux qui ont contribu&#233; &#224; d&#233;truire les conditions d'une politique ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'auteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Niall Reddy est chercheur au Southern Centre for Inequality Studies de Johannesburg.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En Afrique du Sud, les mouvements &#171; populistes &#187; rebattent les cartes</title>
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		<dc:date>2022-05-10T07:00:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Niall Redy</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-10</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les &#171; populismes de droite &#187; gagnent du terrain dans le monde entier, et l'Afrique du Sud n'est pas &#233;pargn&#233;e par ce ph&#233;nom&#232;ne. L'&#233;mergence de figures telles que Julius Malema ou de mouvements tels que le RET repr&#233;sente-t-elle une menace pour la jeune d&#233;mocratie sud-africaine, alors que le poids de l'ANC s'&#233;rode et que les crises - politique, &#233;conomique, sociale - s'entrem&#234;lent ? &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
[L'article qui suit a suscit&#233; d'intenses d&#233;bats au sein du comit&#233; &#233;ditorial d'Afrique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton52769-4b244.png?1781626524' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#171; populismes de droite &#187; gagnent du terrain dans le monde entier, et l'Afrique du Sud n'est pas &#233;pargn&#233;e par ce ph&#233;nom&#232;ne. L'&#233;mergence de figures telles que Julius Malema ou de mouvements tels que le RET repr&#233;sente-t-elle une menace pour la jeune d&#233;mocratie sud-africaine, alors que le poids de l'ANC s'&#233;rode et que les crises - politique, &#233;conomique, sociale - s'entrem&#234;lent ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/article4957.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[L'article qui suit a suscit&#233; d'intenses d&#233;bats au sein du comit&#233; &#233;ditorial d'Afrique XXI. L'emploi du terme &#171; populisme &#187; notamment, qui est au c&#339;ur de la d&#233;monstration de l'auteur, est remis en question par des membres du comit&#233;. Il est vrai que ce terme fourre-tout est utilis&#233; &#224; tord et &#224; travers depuis quelques ann&#233;es, et qu'il sert bien souvent &#224; disqualifier un adversaire politique &#224; moindre frais. La comparaison avec les autres BRICS est &#233;galement critiqu&#233;e : est-elle pertinente, alors que les situations de chacun de ces pays sont tr&#232;s diff&#233;rentes ? Toutefois, la r&#233;flexion argument&#233;e de l'auteur nous a sembl&#233; digne d'int&#233;r&#234;t. Elle permet d'aborder frontalement les probl&#233;matiques actuelles auxquelles sont confront&#233;.es les Sud-Africain.es, et de comprendre en partie l'&#233;volution politique et sociologique de ce pays. C'est pourquoi nous avons d&#233;cid&#233; de publier cet article, en l'accompagnant d'un commentaire sign&#233; Lionel Zevounou (situ&#233; au pied du papier), et en lan&#231;ant un appel aux contributeurs et contributrices &#233;ventuel.les qui voudraient poursuivre le d&#233;bat ici.]&lt;br class='manualbr' /&gt;_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-huit ans apr&#232;s la fin de l'apartheid, l'ordre d&#233;mocratique sud-africain est mal en point. Des signaux d'alarme sont visibles partout o&#249; l'on regarde. Plusieurs ann&#233;es apr&#232;s la pr&#233;sidence kleptocratique de Jacob Zuma (2009-2018), l'&#201;tat reste embourb&#233; dans la corruption et la mauvaise gestion et ne parvient pas &#224; inverser un d&#233;clin catastrophique des services et des infrastructures de base. Son appareil de s&#233;curit&#233;, profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; par des &#233;l&#233;ments criminels et s&#233;ditieux, semble impuissant face &#224; la violence politique et au gangst&#233;risme croissants. Les partis populistes gagnent du terrain, tandis que des voix d&#233;magogiques et anticonstitutionnelles dominent de plus en plus les r&#233;seaux sociaux et alimentent une nouvelle vague de violence x&#233;nophobe. Les sondages (&lt;a href=&#034;https://afrobarometer.org/publications/ad372-are-south-africans-giving-democracy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-ci&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href=&#034;https://yougov.co.uk/topics/politics/articles-reports/2019/05/03/brazilians-and-south-africans-most-likely-hold-pop&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui-l&#224;&lt;/a&gt;) soulignent un effondrement du soutien &#224; la d&#233;mocratie et une r&#233;ceptivit&#233; croissante aux formes autoritaires de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces sympt&#244;mes morbides sont d&#233;crits dans le flot d&#233;sormais quotidien des &lt;a href=&#034;https://www.dailymaverick.co.za/article/2021-11-16-what-went-wrong-saving-the-democratic-project-needs-more-than-elections-to-maintain-close-links-with-the-people/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentaires&lt;/a&gt; &#233;mettant des avertissements s&#233;rieux et des pronostics sinistres sur le sort de la d&#233;mocratie sud-africaine. Ces pr&#233;occupations sont rendues beaucoup plus aigu&#235;s par le contexte international dans lequel elles s'inscrivent. De nombreux politologues le pensent : le monde est entr&#233; dans une &#171; &lt;a href=&#034;https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13510347.2019.1582029&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;troisi&#232;me vague d'autocratisation&lt;/a&gt; &#187; depuis la crise financi&#232;re de 2008. Cette crise a d&#233;finitivement mis fin &#224; la longue phase expansive de d&#233;mocratisation qui avait d&#233;but&#233; dans les ann&#233;es 1970. Depuis lors, de moins en moins de pays ont vu la sant&#233; de leurs institutions d&#233;mocratiques s'am&#233;liorer, tandis que le nombre de pays connaissant un &#171; retour en arri&#232;re &#187; d&#233;mocratique a explos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recul de la d&#233;mocratie va de pair avec la mont&#233;e du populisme de droite. Les populistes gouvernent d&#233;sormais de nombreux pays du Sud, y compris des puissances &#233;conomiques comme le Br&#233;sil, l'Inde, les Philippines et la Turquie. Dans la plupart des cas, ils ont pris le pouvoir &#224; la suite d'&#233;lections libres et &#233;quitables. Mais ils n'ont pas tard&#233; &#224; saper les libert&#233;s d&#233;mocratiques une fois aux affaires. Les coups d'&#201;tat et les v&#233;ritables dictatures ont &#233;t&#233; rares dans la vague autoritaire actuelle - sa forme modale a consist&#233; &#224; vider de l'int&#233;rieur les institutions d&#233;mocratiques par les gouvernements en place. Les populistes ont &#233;galement pris le pouvoir dans une poign&#233;e de pays de l'OCDE (Organisation de coop&#233;ration et de d&#233;veloppement &#233;conomique) et sont devenus une force &#233;lectorale majeure dans la plupart des autres, mettant souvent fin &#224; des d&#233;cennies de contr&#244;le duo-polistique par les partis centristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'expression des crises insolubles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de ces tendances sugg&#232;re qu'elles sont pouss&#233;es par des forces structurelles profondes. &#192; gauche, il est &lt;a href=&#034;https://www.dailymaverick.co.za/article/2021-11-11-the-dialectic-of-democracy-neoliberal-capitalism-and-its-populist-backlash/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;courant&lt;/a&gt; de consid&#233;rer le populisme comme l'expression des crises insolubles de l'&#233;tape n&#233;olib&#233;rale actuelle du capitalisme mondial. Les caract&#233;ristiques les plus marquantes du n&#233;olib&#233;ralisme sont la mont&#233;e en fl&#232;che des in&#233;galit&#233;s et l'&#233;chec de la croissance. Il a donn&#233; lieu &#224; une stagnation sans pr&#233;c&#233;dent, depuis des d&#233;cennies, du niveau de vie au bas de l'&#233;chelle des classes, et &#224; une accumulation de richesses d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent au sommet. Dans cette lecture, le populisme est &#224; la base une r&#233;action aux iniquit&#233;s de notre &#226;ge d'or actuel, qui a pris des formes nativistes en raison de l'incapacit&#233; de la gauche &#224; offrir des alternatives significatives &#224; la mondialisation dirig&#233;e par le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est vrai que le syst&#232;me &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral favorise la vague populiste, il y a tout lieu de craindre le pire pour la d&#233;mocratie sud-africaine. Le bilan &#233;conomique de l'Afrique du Sud post-apartheid est extr&#234;mement sombre : au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, la croissance par habitant a &#233;t&#233; n&#233;gative ; l'in&#233;galit&#233; est toujours plus &#233;lev&#233;e que dans toute autre grande &#233;conomie ; il en va de m&#234;me pour le ch&#244;mage, avec des taux extraordinaires &#8211; ces taux, qui oscillent depuis des d&#233;cennies &#224; des niveaux que l'on ne voit normalement que lors des r&#233;cessions les plus graves, sont la caract&#233;ristique la plus distinctive du malaise &#233;conomique de l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon de &lt;a href=&#034;https://mg.co.za/article/2019-05-01-00-south-africa-is-ripe-for-right-wing-populist-movements/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nombreux analystes&lt;/a&gt;, le tournant populiste est d&#233;j&#224; bien amorc&#233;. Sa principale incarnation, jusqu'&#224; pr&#233;sent, a &#233;t&#233; le parti dirig&#233; par Julius Malema, les Combattants pour la libert&#233; &#233;conomique (Economic Freedom Fighters, EFF). Lorsque l'EFF a &#233;t&#233; lanc&#233; en 2013, son programme &#171; marxiste-l&#233;niniste-fanonien &#187; combinait des appels &#224; la classe et &#224; l'ethnicit&#233; dans une mesure &#224; peu pr&#232;s &#233;gale. Depuis lors, les questions de classe ont progressivement disparu de son programme, tandis que les identit&#233;s raciales qu'il invoque sont devenues plus &#233;troites et plus chauvines, charg&#233;es d'un discours anti-indien et m&#234;me, maintenant, anti-&#233;tranger. Il converge de plus en plus avec le mouvement populiste qui a germ&#233; au sein de l'ANC (African national congress, ou Congr&#232;s national africain) pendant le mandat de Jacob Zuma, d&#233;sormais organis&#233; sous la banni&#232;re de la &#171; Transformation &#233;conomique radicale &#187; (&#171; Radical economic transformation &#187;, RET).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ordre au milieu du chaos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faction se pare elle aussi du symbolisme de la gauche, mais sa v&#233;ritable nature est &#233;vidente : elle repr&#233;sente les &#233;l&#233;ments les plus corrompus de l'ANC, d&#233;sireux de faire revivre le mod&#232;le Zuma d'administration de l'&#201;tat dans lequel les recettes publiques sont consid&#233;r&#233;es comme une caisse noire g&#233;ante devant servir &#224; enrichir certains hommes d'affaires gr&#226;ce aux appels d'offres. Au cours de l'ann&#233;e derni&#232;re, la faction RET a perdu plusieurs batailles cl&#233;s dans sa lutte contre le groupe align&#233; sur l'actuel pr&#233;sident de l'ANC, Cyril Ramaphosa. Mais sa vitalit&#233; est toujours tr&#232;s forte, et sa capacit&#233; de nuisance &lt;a href=&#034;https://africasacountry.com/2021/08/a-terrifying-vision-of-south-africas-future&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e&lt;/a&gt; en juillet dernier lorsqu'elle a d&#233;clench&#233; plusieurs jours de chaos dans le pays apr&#232;s l'arrestation de Zuma pour outrage au tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections locales de novembre 2021, au cours desquelles les scores de l'ANC ont atteint leur niveau le plus bas depuis 1994, ont vu na&#238;tre de nouvelles formations populistes ainsi que des partis ethniques. Parmi ceux-ci, il convient de citer ActionSA, dirig&#233; par l'ancien maire de Johannesburg, Herman Mashaba. Mashaba est un homme d'affaires autodidacte et un admirateur d&#233;clar&#233; de Donald Trump. Il a d'abord pris ses fonctions en 2016 en tant que membre de l'Alliance d&#233;mocratique (DA), le parti blanc dominant de centre-droit. Mais il s'en est s&#233;par&#233; trois ans plus tard, apr&#232;s que celui-ci a commenc&#233; &#224; purger la plupart de ses dirigeants noirs. En 2020, il a form&#233; ActionSA autour d'un programme de droite populiste plus conventionnel, ax&#233; sur la lutte contre la corruption et la x&#233;nophobie. Une strat&#233;gie gagnante, puisque le parti a, en novembre, engrang&#233; un score moyen de 16,1 % des suffrages dans les circonscriptions qu'il a disput&#233;es &#224; Johannesburg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises &#233;conomique et sociale de l'Afrique du Sud s'amplifiant d'ann&#233;e en ann&#233;e, et la mar&#233;e populiste progressant sans rel&#226;che dans le monde - m&#234;me dans des pays o&#249; la d&#233;tresse &#233;conomique est bien moindre - il n'est pas difficile de comprendre pourquoi tant d'analystes estiment que ce n'est qu'une question de temps avant que l'Afrique du Sud ne succombe &#224; un mouvement autoritaire promettant l'ordre au milieu du chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rappelle Adam Przeworski dans un livre consacr&#233; &#224; la crise mondiale de la d&#233;mocratie, les pressions structurelles &#233;manant du syst&#232;me mondial sont toujours r&#233;fract&#233;es &#224; travers les contextes politiques nationaux (1). La vague populiste dans le monde n'est pas monolithique. Elle comporte des variantes distinctes enracin&#233;es dans des bases sociales diff&#233;rentes et se d&#233;veloppant selon des trajectoires politiques diverses. Il n'est pas certain que l'une d'entre elles indique clairement la direction que prend l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;mocratie en crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez les pays de l'Atlantique Nord par exemple. Les succ&#232;s populistes y sont clairement li&#233;s &#224; la polarisation &#233;conomique. De nombreux &#233;l&#233;ments micro&#233;conomiques expliquent le soutien croissant des populistes par les chocs commerciaux et par la d&#233;sindustrialisation. Mais ces forces sont &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies. Nous ne pourrions pas comprendre pourquoi la r&#233;ponse &#224; ces forces a pris la forme qu'elle a prise, au moment o&#249; elle l'a fait, sans examiner la &lt;a href=&#034;https://catalyst-journal.com/2020/03/making-sense-of-populism&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;transformation des institutions politiques&lt;/a&gt;, en particulier le d&#233;clin de la vitalit&#233; de la d&#233;mocratie de parti et la crise de la repr&#233;sentation &#224; laquelle elle a donn&#233; lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res d&#233;cennies ont en effet vu le d&#233;clin des partis politiques de masse - et ce des deux c&#244;t&#233;s de l'&#233;chiquier, mais surtout &#224; gauche. Le nombre d'adh&#233;rents a chut&#233;, le militantisme s'est rar&#233;fi&#233; et la participation au vote a diminu&#233;. Les organisations civiques affili&#233;es &#224; certains de ces partis, comme les clubs, les journaux et surtout les syndicats, se sont &#233;tiol&#233;es &#8211; un ph&#233;nom&#232;ne qui s'inscrit dans le cadre d'un d&#233;clin plus large de la vie associative, et qui a abouti &#224; l'atomisation des soci&#233;t&#233;s occidentales. Il en r&#233;sulte un &#171; vide &#187; profond l&#224; o&#249;, autrefois, un dense maillage d'institutions assurait la m&#233;diation entre l'&#201;tat et les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tendances sont elles-m&#234;mes &#233;troitement li&#233;es &#224; la mani&#232;re dont la mondialisation n&#233;olib&#233;rale a att&#233;nu&#233; la vie d&#233;mocratique en isolant de vastes domaines de la politique &#233;conomique et en les pla&#231;ant sous un contr&#244;le technocratique. Les partis sociaux-d&#233;mocrates ont pleinement collabor&#233; &#224; ce processus, qui a donn&#233; un &#233;lan &#224; la &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.lse.ac.uk/europpblog/2019/09/16/the-brahmin-left-vs-the-merchant-right-a-comment-on-thomas-pikettys-new-book/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brahmanisation&lt;/a&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; leur rupture avec la classe ouvri&#232;re et &#224; leur r&#233;orientation vers les classes moyennes et les cadres urbains hautement qualifi&#233;s. Il n'est pas surprenant que les populistes, qui exploitent la col&#232;re aliment&#233;e par une &#233;lite politique hors-sol et non repr&#233;sentative, aient r&#233;alis&#233; leurs plus grands progr&#232;s dans les villes ouvri&#232;res et les zones rurales, en particulier celles qui ont &#233;t&#233; les plus d&#233;vast&#233;es par la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le client&#233;lisme de l'ANC&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est frappant de constater &#224; quel point la dynamique de la politique de masse a &#233;t&#233; diff&#233;rente en Afrique du Sud apr&#232;s l'apartheid. Si l'on se r&#233;f&#232;re au point culminant de la mobilisation populaire apr&#232;s la chute du r&#233;gime raciste, on peut &#233;videmment d&#233;celer des signes clairs de d&#233;clin dans le dynamisme des organisations civiles et politiques. Mais on ne peut pas parler d'un &#171; vide &#187; comme dans les soci&#233;t&#233;s occidentales. L'ANC a continu&#233; &#224; occuper une place importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, alors m&#234;me que son poids &#233;lectoral a lentement d&#233;clin&#233;, le nombre d'adh&#233;rents de l'ANC a, lui, explos&#233;. Entre 2002 et 2007, le nombre total de membres du parti est pass&#233; de 400 000 &#224; 1,2 million et n'a cess&#233; d'augmenter depuis. Une partie de ces nouveaux arrivants sont des adh&#233;rents fant&#244;mes ou des membres passifs, ajout&#233;s aux listes pour gonfler le pouvoir de d&#233;l&#233;gation de l'une ou l'autre des factions. Mais m&#234;me en tenant compte de ces distorsions, les chiffres sugg&#232;rent une vaste expansion de la port&#233;e de l'ANC. Et cette port&#233;e ne s'arr&#234;te pas aux fronti&#232;res du parti. Les syndicats et les organismes de la soci&#233;t&#233; civile situ&#233;s dans son orbite ont peut-&#234;tre cess&#233; d'&#234;tre des organes de la d&#233;mocratie de base, mais beaucoup d'entre eux continuent de fonctionner &#224; une certaine &#233;chelle de masse, avec une p&#233;n&#233;tration profonde sur les lieux de travail et dans les communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les partis de masse disparaissaient de la sc&#232;ne en Europe, l'ANC fusionnait avec l'&#201;tat et exploitait son contr&#244;le sur l'emploi et les march&#233;s publics pour devenir le levier d'une nouvelle classe sup&#233;rieure constitu&#233;e d'individus historiquement d&#233;favoris&#233;s. Il facilitait un vaste flux de rentes par le biais d'appels d'offres et de contrats d'&#201;tat, cr&#233;ant ainsi une classe d'affaires client&#233;liste. Mais il a &#233;galement assur&#233; un flux constant de patronage vers le bas sous la forme d'emplois publics, d'appels d'offres &#224; plus petite &#233;chelle et de prestations de services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sections locales de l'ANC, souvent soutenues par des groupes de la soci&#233;t&#233; civile comme la South African national civic organisation (Sanco), sont devenues des interm&#233;diaires cl&#233;s dans ce domaine - en interagissant avec les communaut&#233;s et en devenant des acteurs centraux du client&#233;lisme de l'ANC. Dans une certaine mesure, elles permettent &#233;galement de transmettre les dol&#233;ances vers le haut, facilitant ainsi une certaine r&#233;activit&#233; de l'&#201;tat aux besoins locaux. Ainsi, plut&#244;t que de couper enti&#232;rement les citoyens de la vie politique en raison de la perte des organisations m&#233;diatrices, l'Afrique du Sud a connu une prolif&#233;ration de points de contact (indirects) locaux avec l'&#201;tat, permettant une repr&#233;sentation par le biais d'accords client&#233;listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le stigmate de la corruption&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est en train de changer - les contraintes fiscales et la factionnalisation plongent le parti-&#201;tat dans la crise et &#233;rodent le soutien de l'ANC, mais il ne s'agit pour l'heure que de tendances naissantes. Il n'est donc pas surprenant que les expressions dominantes du populisme observ&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent aient &#233;merg&#233; non pas dans le vide d'un espace politique laiss&#233; &#224; l'abandon, mais au sein du parti dominant. L'EFF et le RET sont souvent compar&#233;s aux populismes de droite &#224; l'&#233;tranger en raison de leurs tendances autoritaires, nationalistes et de plus en plus x&#233;nophobes. Mais l'analogie s'arr&#234;te l&#224;. L'EFF et le RET sont des entit&#233;s distinctes qui occupent une niche politique tr&#232;s particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points de distinction essentiels doivent &#234;tre soulign&#233;s. Le premier est que ces deux mouvements sont des &#233;manations du parti au pouvoir, le second en faisant encore formellement partie. Apr&#232;s son d&#233;part de l'ANC, Julius Malema a plac&#233; son nouveau parti dans une position tr&#232;s strat&#233;gique : il a revendiqu&#233; une origine dans le mouvement de Nelson Mandela, avec tous les avantages symboliques que cela comporte, tout en s'en d&#233;marquant suffisamment pour &#233;viter d'&#234;tre associ&#233; &#224; son pi&#232;tre bilan. L'EFF a en effet cherch&#233; &#224; se positionner dans le r&#244;le traditionnel de la Ligue de la jeunesse de l'ANC, que Malema a dirig&#233;e, en tant que conscience radicale du parti. Mais cette position avantageuse est d&#233;sormais perdue. Pouss&#233; par la v&#233;nalit&#233; de ses dirigeants, l'EFF s'est r&#233;ins&#233;r&#233; dans les r&#233;seaux de patronage du parti-&#201;tat et a commenc&#233; &#224; s'aligner ouvertement sur la faction RET. Les deux groupes sont de plus en plus consid&#233;r&#233;s par les commentateurs - et probablement aussi par les &#233;lecteurs - comme des manifestations relevant de la m&#234;me essence sociale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-05-09_a_13.42_45.png?6645/112e3cac20b32d32d51952ea4adfe40a238bc4067d15e92b8170b6c0b79cca02&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH238/112e3cac20b32d32-5ad9d850-f67ba.png?1781626525' width='500' height='238' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les liens de ces deux formations avec le parti-&#201;tat sont un frein pour capitaliser sur le sentiment anti-&#233;lite. La marginalit&#233; est en effet un ingr&#233;dient essentiel du succ&#232;s des mouvements populistes &#224; l'&#233;tranger, m&#234;me lorsqu'ils sont dirig&#233;s par des personnes issues des &#233;lites comme Donald Trump aux &#201;tats-Unis, ou ayant une longue carri&#232;re politique derri&#232;re eux comme Narendra Modi en Inde. Ces derniers ont plac&#233; la lutte contre la corruption et les demandes d'&#171; ass&#232;chement du mar&#233;cage &#187; au centre de leurs programmes. Ni l'EFF ni le RET ne pourront b&#233;n&#233;ficier d'une telle tactique &#8211; et pour cause : tous deux sont d&#233;j&#224; eux-m&#234;mes entach&#233;s d'un stigmate de corruption et cela explique probablement en grande partie leur incapacit&#233;, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#224; rassembler un large soutien au-del&#224; d'un noyau militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;fiance des &#233;lites &#233;conomiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EFF a connu une croissance extr&#234;mement rapide &#224; ses d&#233;buts et a fait preuve d'une capacit&#233; de mobilisation impressionnante dans la rue, mais il stagne dans les urnes depuis plusieurs ann&#233;es. Les 10,5 % qu'il a obtenus aux &#233;lections locales en 2021 - soit une hausse de 2 % par rapport aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes, en 2016 - constituent un pi&#232;tre r&#233;sultat dans un contexte pourtant favorable aux discours populistes. Sa croissance en 2021 provient essentiellement de la province du KwaZulu-Natal (KZN), o&#249; il a b&#233;n&#233;fici&#233; - comme tous les autres partis d'opposition - de l'h&#233;morragie de l'ANC &#224; la suite des troubles de juillet 2021. Dans la province de Gauteng et dans d'autres provinces, il a subi autant que les autres grands partis l'effondrement de la participation, ce qui donne une mauvaise image de sa capacit&#233; &#224; capter les voix des d&#233;&#231;us de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la faction RET, pour leur part, semblent &#234;tre largement d&#233;test&#233;s par le grand public. Le taux d'approbation de Zuma lorsqu'il a quitt&#233; ses fonctions &#233;tait de 25 %. Ace Magashule, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ANC suspendu de ses fonctions - et deuxi&#232;me personnalit&#233; la plus en vue du RET - a une cote de popularit&#233; d'environ 11 %, tandis que celle de Malema est de 26 %. Celle de Ramaphosa fluctue entre 60 et 80 %&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose qui distingue ces groupes des autres mouvements populistes &#224; l'&#233;tranger est l'inimiti&#233; &#224; laquelle ils sont confront&#233;s de la part des &#233;lites &#233;conomiques. Le populisme n'a g&#233;n&#233;ralement pas &#233;t&#233; soutenu par les capitalistes, mais ces derniers ne l'ont pas non plus consid&#233;r&#233; comme une menace de premier ordre. &#192; l'image de Trump, qui a multipli&#233; les all&#232;gements fiscaux, les populistes au gouvernement ont g&#233;n&#233;ralement compens&#233; les politiques protectionnistes, potentiellement n&#233;fastes pour le &#171; business &#187;, par d'autres types de cadeaux aux grandes entreprises. Dans certains cas, comme dans l'Inde de Modi, la relation entre les deux a &#233;t&#233; tr&#232;s bienveillante d&#232;s le d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sera pas le cas ni pour l'EFF ni pour le RET. Ces deux mouvements ont fait de l'opposition &#224; ce qu'ils appellent le &#171; capital monopolistique blanc &#187; un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de leur programme. La question de savoir s'il s'agit d'un programme qu'ils appliqueraient r&#233;ellement au pouvoir n'est pas le probl&#232;me : il s'agit en fin de compte de mouvements oligarchiques domin&#233;s par des &#233;lites dont la capacit&#233; &#224; extraire des rentes de l'&#201;tat d&#233;pendra forc&#233;ment d'une certaine stabilit&#233; &#233;conomique, ce qui d&#233;couragera toute vell&#233;it&#233; de d&#233;r&#233;gler le syst&#232;me. N&#233;anmoins, un retour au pillage sans entrave des ressources de l'&#201;tat n'est pas un programme dont ils sont susceptibles de se d&#233;tourner, ce qui signifie qu'il n'y aura pas de compromis facile entre eux et le grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les exemples br&#233;silien et indien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'EFF et le RET sont des mouvements radicaux, m&#234;me s'ils n'ont rien de progressistes. Ils repr&#233;sentent donc une menace pour les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques dominants. Malheureusement pour eux, cela signifie qu'ils seront confront&#233;s aux m&#234;mes d&#233;fis que les autres mouvements radicaux : en plus de faire face &#224; une puissante contre-mobilisation des grandes entreprises, ils devront affronter le pouvoir structurel de ces derni&#232;res, issu de leur contr&#244;le sur les investissements et sur l'emploi. Les partis qui ne s'inclinent pas devant leur pouvoir risquent d'&#234;tre catalogu&#233;s comme des destructeurs de l'&#233;conomie, et ainsi de n'&#234;tre pas en mesure de s&#233;duire les &#233;lecteurs de la classe moyenne. Par cons&#233;quent, le pouvoir capitaliste ne repr&#233;sente pas seulement un frein aux ambitions des populistes de RET dans le cas o&#249; ils acc&#233;deraient au pouvoir ; il risque aussi de limiter leur capacit&#233; &#224; s'en emparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter d'&#233;valuer les perspectives locales du populisme, il faut peut-&#234;tre regarder du c&#244;t&#233; des partenaires de l'Afrique du Sud qui appartiennent eux aussi &#224; l'ensemble dit des &#171; BRICS &#187; (Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) - le Br&#233;sil et l'Inde notamment. Le tournant populiste dans ces deux pays a pris une forme tr&#232;s diff&#233;rente de celle de l'Occident. Le n&#233;olib&#233;ralisme a fa&#231;onn&#233; le contexte g&#233;n&#233;ral dans lequel il s'est d&#233;velopp&#233;. Toutefois, le sociologue Patrick Heller &lt;a href=&#034;https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0268580920949979&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;affirme&lt;/a&gt; que les causes qui ont amen&#233; Bolsanaro (au Br&#233;sil) et Modi (en Inde) au pouvoir sont davantage li&#233;es &#224; la mani&#232;re dont les gouvernements pr&#233;c&#233;dents se sont &#233;cart&#233;s du n&#233;olib&#233;ralisme orthodoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement du Parti des travailleurs (PT) au Br&#233;sil (2002-2018) et le Congr&#232;s national indien (CNI) (2004-2014) ont tous deux m&#233;lang&#233; les principes macro&#233;conomiques n&#233;olib&#233;raux avec des &#233;l&#233;ments de &#171; welfarisme &#187; et des politiques visant &#224; &#233;tendre les droits de citoyennet&#233; aux groupes marginalis&#233;s. En Inde, cela a pris la forme d'une s&#233;rie de lois qui consacrent l'acc&#232;s &#224; l'information, &#224; l'&#233;ducation de base et, plus important encore, au droit &#224; cent jours d'emploi public r&#233;mun&#233;r&#233; pour chaque m&#233;nage rural. Au Br&#233;sil, la pi&#232;ce ma&#238;tresse de la l&#233;gislation sociale du PT fut le c&#233;l&#232;bre programme &#171; Bolsa Familia &#187; (&#171; Bourse familiale &#187;) destin&#233; &#224; lutter contre la pauvret&#233;. Mais son arme la plus efficace contre les in&#233;galit&#233;s a &#233;t&#233; l'augmentation progressive du salaire minimum, qui a bondi de 75 % entre 2003 et 2013. Associ&#233;es &#224; un environnement mondial favorable, ces politiques de stimulation de la demande ont abouti &#224; une croissance rapide et ont permis d'&#233;lever une grande partie des pauvres aux &#233;chelons inf&#233;rieurs de la classe moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un populisme de repli&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Heller, le r&#233;sultat final a &#233;t&#233; une r&#233;action violente des &#233;lites et des classes moyennes les plus &#233;tablies. Une r&#233;action motiv&#233;e, chez ces derni&#232;res, par la crainte d'une concurrence accrue sur le march&#233; du travail, ainsi que par une forme de ressentiment quant &#224; l'effondrement des hi&#233;rarchies sociales. La conjonction de ces impulsions r&#233;actionnaires a produit ce que Heller appelle le &#171; populisme de repli &#187;, caract&#233;ris&#233; par des attaques contre l'aide sociale et la l&#233;gislation fond&#233;e sur les droits, mais aussi par des efforts pour r&#233;primer la soci&#233;t&#233; civile et confiner les groupes marginalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des donn&#233;es r&#233;centes du &lt;a href=&#034;https://inequalitylab.world/en/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;World Inequality Lab&lt;/a&gt; de l'&#233;conomiste fran&#231;ais Thomas Piketty semblent corroborer cet argument. Elles montrent qu'au Br&#233;sil, les pauvres sont rest&#233;s largement fid&#232;les au PT, tandis que le d&#233;clin &#233;lectoral du parti a &#233;t&#233; aliment&#233; par la d&#233;sertion rapide des &#233;lecteurs issus de la moiti&#233; sup&#233;rieure des classes moyennes. En Inde, les donn&#233;es expliquent le succ&#232;s de Modi par le soutien apport&#233; &#224; son parti, le BJP, par les plus riches et les castes sup&#233;rieures avant sa victoire en 2014. Mais elles d&#233;montrent &#233;galement le basculement soudain vers le BJP d'un segment important des castes dites &#171; inf&#233;rieures &#187;, en partie li&#233; aux appels au conservatisme religieux et aux discours anti-musulmans. Bolsonaro a obtenu un r&#233;sultat similaire &#224; plus petite &#233;chelle au Br&#233;sil, en s'assurant le vote des &#233;lecteurs les plus pauvres gr&#226;ce &#224; une alliance avec les &#233;glises &#233;vang&#233;liques conservatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tentant d'&#233;tablir des comparaisons entre la politique de l'ANC et le n&#233;olib&#233;ralisme social du Parti des travailleurs et du Congr&#232;s national indien. L'ANC a lui aussi combin&#233; &#224; la fois une large lib&#233;ralisation et un conservatisme macro&#233;conomique avec des politiques sociales qui ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;reuses et fortement redistributives. Cependant, l'ANC n'a jamais r&#233;ussi &#224; atteindre le type de croissance rapide qu'on connu le Br&#233;sil et l'Inde. Ses politiques sociales ont eu un caract&#232;re plus palliatif : elles ont permis de temp&#233;rer les extr&#234;mes de l'in&#233;galit&#233; sud-africaine sans fournir un tremplin solide pour la promotion de la classe moyenne. Par cons&#233;quent, le ressentiment &#224; l'&#233;gard des droits sociaux des pauvres n'a pas &#233;t&#233; un paratonnerre de la politisation de la classe moyenne comme cela a &#233;t&#233; le cas dans d'autres &#171; &#233;conomies &#233;mergentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mont&#233;e du sentiment anti-immigr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, on observe des signes d'un m&#233;contentement assez profond de la classe moyenne sur lequel les mouvements populistes sud-africains pourraient jouer. La corruption en est un &#233;l&#233;ment cl&#233;, les taux de criminalit&#233; extr&#234;mes en sont un autre. Ainsi, bien qu'il soit g&#233;n&#233;ralement associ&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re, le sentiment anti-immigr&#233;s semble avoir gagn&#233; une bonne partie des classes moyennes. C'est sur ces points que l'ActionSA de Mashaba a mis l'accent lors de sa premi&#232;re campagne r&#233;ussie de novembre dernier. Les donn&#233;es au niveau des quartiers sugg&#232;rent que Mashaba a r&#233;ussi &#224; s&#233;duire un &#233;lectorat d'une diversit&#233; impressionnante, les &#233;lecteurs d'ActionSA &#233;tant r&#233;partis de mani&#232;re assez &#233;gale entre les banlieues ais&#233;es et les townships.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-05-09_a_13.40_26.png?6644/a68a701d1840ff09a04d37eba7ed89c38c87faf00aa4b0d5cb8c4e8b60c60267&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH247/a68a701d1840ff09-409fc9f1-af1fe.png?1781626525' width='500' height='247' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces premiers succ&#232;s, Mashaba et les autres populistes en herbe devront relever des d&#233;fis majeurs pour r&#233;unir le m&#234;me type de coalition que celles qui ont permis aux populismes autoritaires d'acc&#233;der au pouvoir dans d'autres pays du Sud. Le premier obstacle qu'ils rencontrent est que leur base potentielle de classe moyenne, qui est faible au d&#233;part, est fortement segment&#233;e par des divisions raciales qui n'ont fait que s'accentuer lors de ces derni&#232;res &#233;lections. Malgr&#233; les petites perc&#233;es de Mashaba, le tournant de l'Alliance d&#233;mocratique (Democratic Alliance, DA) vers un lib&#233;ralisme aveugle &#224; la couleur et &#224; la guerre des cultures lui a permis de reprendre du poil de la b&#234;te et de maintenir sa domination sur le vote blanc. Les &#233;lecteurs noirs ont quitt&#233; le parti en grand nombre, mais en grande partie au profit de leurs propres partis fond&#233;s sur la race.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas vraiment quelle strat&#233;gie un parti comme ActionSA pourrait adopter pour surmonter les profondes divisions raciales de l'&#233;lectorat de la classe moyenne. C'est le nationalisme hindou virulent qui a permis &#224; la coalition de Modi de rassembler les classes moyennes au-del&#224; des fronti&#232;res r&#233;gionales et des castes, lui fournissant non seulement des &#233;lecteurs, mais aussi des cadres disciplin&#233;s. De la m&#234;me mani&#232;re, Bolsonaro puise ses bataillons les plus fanatiques dans les courants nationalistes qui v&#233;n&#232;rent l'arm&#233;e et qui sont profond&#233;ment ancr&#233;s dans la classe moyenne. Il n'existe pas de force &#233;quivalente qui pourrait jouer le m&#234;me r&#244;le en Afrique du Sud - un nationalisme panracial n'a jamais exist&#233; ici, malgr&#233; la pr&#233;sence de personnalit&#233;s blanches et indiennes de premier plan au sein de la direction de l'ANC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une classe moyenne noire profond&#233;ment divis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on soustrait les &#233;lecteurs blancs, indiens et m&#233;tis, la classe moyenne sud-africaine commence &#224; ressembler &#224; une fondation beaucoup plus fragile sur laquelle essaye de se greffer un populisme de masse. Car ce qui reste - la classe moyenne noire - est elle-m&#234;me profond&#233;ment divis&#233;e. Elle comprend d'importantes couches de parvenus qui doivent leur position de classe au parti-&#201;tat, envers lequel ils auront de fortes loyaut&#233;s r&#233;siduelles. Le discours anti-corruption n'aura que peu de prise sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que, pour les populistes en herbe, les votes pl&#233;b&#233;iens devront repr&#233;senter une part beaucoup plus importante de leurs calculs &#233;lectoraux d&#232;s le d&#233;part. Les positions anti-immigration et de fermet&#233; &#224; l'&#233;gard de la criminalit&#233; seront des outils puissants pour faire des perc&#233;es dans les circonscriptions pauvres, et Mashaba a montr&#233; sa capacit&#233; &#224; les manier efficacement. Pourtant, s'il y a la place pour une expansion populiste chez les pauvres, il y aura de fortes limites &#224; l'obtention du type de soutien majoritaire qui pourrait produire un v&#233;ritable &#171; tournant populiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les zones urbaines, le populisme plus conservateur de Mashaba sera en concurrence avec les messages ethno-nationalistes et de classe de l'EFF. Son potentiel de croissance sera &#233;troitement li&#233; &#224; la d&#233;composition du soutien &#224; l'ANC. Or bien qu'il soit clairement en d&#233;clin, ce dernier reste la force dominante au sein des communaut&#233;s pauvres. Le r&#233;alignement des partis au sein de la classe ouvri&#232;re semble &#234;tre un processus de longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les campagnes, les dilemmes des nouveaux partis sont amplifi&#233;s. La grande majorit&#233; de la population rurale vit sous l'autorit&#233; des chefferies traditionnelles, qui &#233;taient &#224; l'origine les instruments de domination indirecte de l'&#201;tat colonial. Aujourd'hui, elles sont quelque peu h&#233;t&#233;rog&#232;nes : certaines respectent les principes de la d&#233;mocratie consultative, tandis que d'autres, probablement plus nombreuses, restent fermement ancr&#233;es dans le moule colonial de l'autorit&#233; patriarcale. Pour quelque raison que ce soit, elles ont conserv&#233; une l&#233;gitimit&#233; bien plus grande que les autorit&#233;s gouvernementales. En 2017, pr&#232;s des deux tiers des personnes vivant sous une autorit&#233; traditionnelle ont d&#233;clar&#233; faire confiance en ces autorit&#233;s, contre moins d'un tiers pour les gouvernements locaux et nationaux. Parce qu'ils facilitent l'acc&#232;s aux droits miniers et influencent le comportement &#233;lectoral de leurs &#171; sujets &#187;, les chefs traditionnels sont devenus des rouages importants de la machinerie de patronage de l'ANC, contribuant &#224; assurer son emprise sur la population rurale en &#233;change d'une part des rentes mini&#232;res et d'une l&#233;gislation favorable. Si l'on exclut le KwaZulu-Natal, o&#249; le parti au pouvoir a perdu beaucoup de terrain, le vote en faveur de l'ANC en novembre 2021 a bien mieux r&#233;sist&#233; dans les zones traditionnelles que dans les autres parties du pays, diminuant deux fois moins vite que dans les grandes m&#233;tropoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois clivages majeurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contourner l'influence des chefs coutumiers et reformuler un message populiste afin d'attirer les &#233;lecteurs ruraux sera un d&#233;fi important pour les nouveaux partis. Un d&#233;fi qui semble d&#233;j&#224; avoir dissuad&#233; l'EFF : avant les &#233;lections de l'ann&#233;e derni&#232;re, ce parti a eu recours &#224; la corruption d'un chef xhosa notoirement violent et corrompu, et s'en est vant&#233; sur ses r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-05-09_a_13.36_23.png?6643/804da3e488e3f16dfebf51f3918f6e3292a91793575e369271f231f30d6666fc&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH546/804da3e488e3f16d-196a6c3e-3b1de.png?1781626525' width='500' height='546' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En bref, le dilemme auquel sont confront&#233;s les populistes, et en fait tous les nouveaux venus en politique, est que la politique sud-africaine est segment&#233;e par des clivages profonds et transversaux. Ces clivages ont &#233;t&#233; dans une certaine mesure occult&#233;s par la coalition &#233;largie de l'ANC, mais ils reviendront au premier plan lorsque cette coalition se fragmentera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois clivages semblent majeurs aujourd'hui. Le premier et le plus primordial est celui des divisions raciales et ethniques. Deux d&#233;cennies et demie d'&#233;galit&#233; formelle n'ont malheureusement pas r&#233;ussi &#224; &#233;roder leur importance. Elles repr&#233;sentent le d&#233;fi le plus imm&#233;diat pour les partis qui tentent de s&#233;duire les classes moyennes urbaines plus diversifi&#233;es, mais elles pourraient prendre une &lt;a href=&#034;https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0010414006294420&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;importance plus grande encore&lt;/a&gt; dans le cas o&#249; le nationalisme &#171; englobant &#187; de l'ANC commencerait &#224; s'effriter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me clivage se situe au niveau des profondes divisions cr&#233;&#233;es par le parti-&#201;tat. Les politiques client&#233;listes de l'ANC ont cr&#233;&#233; d'immenses circonscriptions &#233;lectorales de soutien et sous-tendu la mise en place de machines politiques sophistiqu&#233;es ayant une port&#233;e consid&#233;rable dans les communaut&#233;s les plus pauvres. Mais, in&#233;vitablement, elles ont &#233;galement foment&#233; une opposition intense. La corruption associ&#233;e &#224; l'&#201;tat-parti est une source de profonde indignation qui transcende toutes les lignes de faille socio-&#233;conomiques et traverse m&#234;me la sph&#232;re des &#233;lites. Le grand capital consid&#232;re la classe d'affaires bas&#233;e sur les appels d'offres comme une menace prononc&#233;e pour l'int&#233;grit&#233; et la partialit&#233; de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a les clivages cr&#233;&#233;s par la &lt;a href=&#034;https://press.princeton.edu/books/paperback/9780691180427/citizen-and-subject&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;double nature&lt;/a&gt; de l'&#201;tat de l'Afrique du Sud. Il s'agit de clivages issus de l'&#232;re coloniale mais maintenus et renforc&#233;s par le r&#233;gime d&#233;mocratique. Les efforts de l'ANC pour consolider les autorit&#233;s traditionnelles en tant que petits archipels de despotisme se poursuivent aujourd'hui par le biais de deux textes de loi majeurs sur le syst&#232;me judiciaire traditionnel, l'un r&#233;cemment adopt&#233;, &lt;a href=&#034;https://www.dailymaverick.co.za/article/2021-02-04-traditional-courts-bill-how-to-entrench-inequality-and-a-parallel-reality-for-18-million-marginalised-south-africans/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'autre en passe de l'&#234;tre&lt;/a&gt;. Consciemment ou non, cela s'est av&#233;r&#233; &#234;tre une strat&#233;gie &#233;lectorale efficace, permettant au parti de s&#233;curiser ses bases dans l'arri&#232;re-pays alors qu'il perd son emprise sur les villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le risque de l'immobilisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ces clivages ne sont pas immuables. Les partis politiques ne refl&#232;tent pas simplement les divisions de la soci&#233;t&#233;, ils contribuent &#224; les fa&#231;onner, &#224; les d&#233;faire et &#224; les refaire. &#192; long terme, il n'est pas impossible qu'une nouvelle formation populiste parvienne &#224; rassembler une coalition majoritaire qui arriverait &#224; &#233;roder ces diff&#233;rentes lignes de fracture. Mais pour l'instant, le tournant populiste en Afrique du Sud semble &#234;tre trop fragment&#233; pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prise de contr&#244;le de l'ANC par RET ou une autre faction reste de loin la voie la plus probable &#224; court terme vers un gouvernement populiste. Une victoire du RET, cependant, entra&#238;nerait imm&#233;diatement une baisse du soutien &#233;lectoral de l'ANC et pourrait m&#234;me provoquer des scissions au sein de l'Alliance tripartite compos&#233;e de l'ANC, du COSATU (puissante f&#233;d&#233;ration syndicale) et du Parti communiste. Le parti devrait alors gouverner dans le cadre d'une coalition (peut-&#234;tre avec l'EFF) ou avec une majorit&#233; tr&#232;s mince. Contrairement &#224; Modi ou Bolsonaro, il n'aurait pas le soutien des grandes entreprises pour saper les institutions d&#233;mocratiques, de sorte que tout mouvement dans cette direction d&#233;clencherait une fuite des capitaux et un effondrement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela cr&#233;erait une dynamique dangereuse. Elle pourrait radicaliser le RET, le for&#231;ant &#224; tenter de renverser rapidement l'ordre constitutionnel plut&#244;t que de l'&#233;roder comme l'ont fait d'autres mouvements populistes. Mais il le ferait probablement en position de faiblesse, &#224; la t&#234;te d'un mouvement divis&#233; et avec un faible soutien populaire. Son succ&#232;s est loin d'&#234;tre garanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, la fragmentation peut signifier l'immobilisme. Les clivages politiques profonds &#233;voqu&#233;s plus haut font qu'il est plus difficile pour les partis de trouver un terrain d'entente et de former des coalitions fonctionnelles. M&#234;me s'ils y parvenaient, aucun d'entre eux n'a une vision s&#233;rieuse de la mani&#232;re de sortir l'Afrique du Sud des crises crois&#233;es, qui se renforcent mutuellement, dans lesquelles elle est emp&#234;tr&#233;e. Mettre fin &#224; la domination &#233;lectorale de l'ANC pourrait apporter quelques changements bienvenus, comme un recul du parti-&#201;tat, mais cela ne suffira pas &#224; apporter les r&#233;formes structurelles n&#233;cessaires pour s'attaquer s&#233;rieusement &#224; la pauvret&#233; et au ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle vie de la lutte des classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces crises pourraient entra&#238;ner l'Afrique du Sud vers un effondrement d&#233;mocratique tr&#232;s diff&#233;rent de celui suivi par d'autres pays. Le danger le plus grave est que le pays tombe dans une spirale n&#233;gative dans laquelle l'aggravation des troubles sociaux et le d&#233;sinvestissement s'alimentent mutuellement. L'annonce r&#233;cente par StatsSA d'une r&#233;traction de 1,5 % du PIB &#224; la suite des agitations du mois de juillet donne un avant-go&#251;t de ce sc&#233;nario effrayant. Cet avertissement appelle une action publique audacieuse pour briser ce cycle et engager le pays sur une nouvelle voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe bien une alternative &#224; gauche. Pendant toute la p&#233;riode d&#233;mocratique, le mouvement socialiste a &#233;t&#233; affaibli par ses propres clivages, qui ont &#233;loign&#233; la &#171; gauche ind&#233;pendante &#187;, enracin&#233;e dans les mouvements sociaux et les petits partis radicaux, de la &#171; gauche officielle &#187;, align&#233;e sur l'ANC. La fracture de la coalition de l'ANC permet &#224; ces deux moiti&#233;s de la gauche de se retrouver et d'insuffler une nouvelle vie &#224; la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que ce mariage fonctionne, les deux partenaires doivent &#234;tre pr&#234;ts &#224; op&#233;rer des &lt;a href=&#034;https://africasacountry.com/2021/04/south-africas-left-needs-a-new-party&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;changements majeurs&lt;/a&gt;. La &#171; gauche ind&#233;pendante &#187; devra rapidement d&#233;passer le sectarisme et le &#171; mouvementisme &#187; qui l'ont caract&#233;ris&#233;e pendant ses ann&#233;es de marginalisation. Elle devra apprendre &#224; penser autrement. Elle devra s'inspirer largement de la doctrine populiste, en &#233;laborant un message capable de r&#233;pondre aux demandes imm&#233;diates des gens en mati&#232;re d'inclusion politique et de r&#233;paration des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, contrairement aux autres populistes de gauche, elle ne pourra pas se permettre de confondre le message et le mouvement. Si elle veut aboutir aux grands changements structurels dont le pays a besoin, elle doit &#233;galement s'engager &#224; faire revivre et &#224; d&#233;velopper les organisations de masse, en particulier celles des travailleurs. Pour ce faire, les organisations de la &#171; gauche officielle &#187; &#8211; le Cosatu et le Parti communiste - doivent non seulement &#234;tre reprises &#224; l'ANC, mais aussi &#234;tre fondamentalement r&#233;form&#233;es. Les traditions historiques de la d&#233;mocratie &#224; la base et du syndicalisme fournissent des mod&#232;les &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche ne dispose peut-&#234;tre que d'une fen&#234;tre tr&#232;s &#233;troite pour remettre au premier plan une politique de classe. Si elle ne parvient pas &#224; jouer un r&#244;le lors du d&#233;coupage de la coalition de l'ANC, elle pourrait se retrouver exclue du jeu politique pour une g&#233;n&#233;ration, voire plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mes r&#233;serves sur cet articles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Lionel Zevounou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me dois tout d'abord de souligner la grande pertinence de ce papier qui &#233;claire avec d&#233;tails, les enjeux politiques de la d&#233;mocratie sud-africaine. Si je suis convaincu par certaines th&#232;ses fortes de l'auteur, je souhaiterais exprimer quelques r&#233;serves. La premi&#232;re est li&#233;e &#224; l'emploi du terme/concept &#171; populisme &#187;, aujourd'hui mobilis&#233; de mani&#232;re intensive &#8212; en particulier depuis le dernier mandat de Donald Trump, mais pas uniquement &#8212; mais trop peu souvent d&#233;fini avec rigueur. Le propos de l'auteur est de dire que le &#171; populisme &#187; de l'EFF, d'Action SA, de RET, etc. devrait &#234;tre mis sur le m&#234;me plan que certains populismes d'extr&#234;me droite, &#224; l'instar du r&#233;gime islamophobe de Narendra Modi en Inde, ou des nostalgiques de l'ancienne dictature militaire qui se sont rang&#233;s derri&#232;re Jair Bolsonaro au Br&#233;sil. Dans le m&#234;me temps, il y aurait la possibilit&#233;, affirme l'auteur, de mettre en &#339;uvre un v&#233;ritable &#171; populisme &#187; de gauche, r&#233;pondant aux aspirations progressistes port&#233;es par une partie du peuple sud-africain. La question qui m'interpelle est de savoir comment il est possible de faire la part dans tout ceci entre &#171; bon &#187; et &#171; mauvais &#187; populisme. Pour &#234;tre un peu provocateur et tenter de prendre le probl&#232;me autrement, est-il faux d'affirmer que le discours &#171; populiste &#187; de l'EFF trouve en partie sa source, comme l'affirme aussi l'auteur, dans les promesses non satisfaites jusqu'&#224; pr&#233;sent de redistribution des terres par l'ANC ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description sombre du fonctionnement de l'appareil d'&#201;tat sud-africain &#8212; et c'est ma seconde r&#233;serve &#8212; propos&#233;e dans le texte donne par ailleurs l'impression d'une trajectoire d&#233;terministe fond&#233;e sur un d&#233;clin irr&#233;m&#233;diable. Il faut tout de m&#234;me rappeler qu'en d&#233;pit des critiques adress&#233;es aux institutions judiciaires, peu d'&#201;tats africains ou occidentaux peuvent se pr&#233;valoir d'avoir men&#233;, via la Cour constitutionnelle sud-africaine, une proc&#233;dure d'impeachment, et de disposer d'une soci&#233;t&#233; civile dynamique dont la mobilisation a men&#233; &#224; la d&#233;mission de Jacob Zuma en 2018. N'est-ce pas l&#224; le signe qu'il existe encore des contre-pouvoirs institutionnels importants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; ma troisi&#232;me et derni&#232;re r&#233;serve : l'auteur compare la situation politique de l'Afrique du Sud avec celle d'autres BRICS. Sans nier le bien-fond&#233; d'une telle comparaison, je m'&#233;tonne qu'elle ne prenne pas suffisamment en consid&#233;ration d'autres pays du continent africain. Les liens entre le clan Zuma, le Zimbabwe ou la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo sont connus, et il serait int&#233;ressant de comprendre de quelle mani&#232;re ces r&#233;seaux d'&#233;lites politiques qui se forment &#224; l'&#233;chelle continentale infusent de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale la vie politique sud-africaine depuis plusieurs ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Adam Przeworski, Crisis of Democracy, Cambridge University Press, 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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