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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le nouveau parti de gauche britannique pourrait s'av&#233;rer d&#233;vastateur pour le Labour</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Broder</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-09-09</dc:subject>
		<dc:subject>Grande-Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jeremy Corbyn et Zarah Sultana ont annonc&#233; cet &#233;t&#233; la cr&#233;ation d'un nouveau parti de gauche, qui a suscit&#233; imm&#233;diatement un &#233;norme enthousiasme parmi toutes celles et ceux qui, en Grande-Bretagne, aspirent &#224; une rupture avec le statu quo n&#233;olib&#233;ral, imp&#233;rialiste et raciste. Le lancement r&#233;ussi de cette nouvelle organisation prouve notamment que le g&#233;nocide &#224; Gaza est devenu une ligne de fracture d&#233;cisive de la politique britannique : m&#234;me face &#224; la menace grandissante de l'extr&#234;me droite, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/gauche_britain-87e23.png?1757414020' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jeremy Corbyn et Zarah Sultana ont annonc&#233; cet &#233;t&#233; la cr&#233;ation d'un nouveau parti de gauche, qui a suscit&#233; imm&#233;diatement un &#233;norme enthousiasme parmi toutes celles et ceux qui, en Grande-Bretagne, aspirent &#224; une rupture avec le statu quo n&#233;olib&#233;ral, imp&#233;rialiste et raciste. Le lancement r&#233;ussi de cette nouvelle organisation prouve notamment que le g&#233;nocide &#224; Gaza est devenu une ligne de fracture d&#233;cisive de la politique britannique : m&#234;me face &#224; la menace grandissante de l'extr&#234;me droite, le Parti travailliste de Keir Starmer, actuellement au pouvoir, ne peut plus r&#233;duire la gauche au silence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;3 septembre 2025 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/le-nouveau-parti-de-gauche-britannique-pourrait-saverer-devastateur-pour-le-labour/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/le-nouveau-parti-de-gauche-britannique-pourrait-saverer-devastateur-pour-le-labour/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 29 juillet 2025, Keir Starmer (1962) a annonc&#233; que la Grande-Bretagne reconna&#238;trait un &#201;tat palestinien en septembre, si Isra&#235;l n'acceptait pas d'abord un cessez-le-feu. L'attitude arrogante de Starmer &#8212; qui sugg&#232;re que l'ancienne puissance coloniale pourrait reconna&#238;tre l'autod&#233;termination palestinienne &#8212; n'avait d'&#233;gale que sa futilit&#233;. Alors que la Grande-Bretagne continue d'armer Isra&#235;l pour la destruction de Gaza, Starmer a &#233;vit&#233; de mentionner comment un &#201;tat palestinien verrait le jour ou quelles seraient ses fronti&#232;res l&#233;gitimes. Ce coup de pub, destin&#233; uniquement &#224; afficher une distance embarrass&#233;e vis-&#224;-vis d'Isra&#235;l &#233;tait d'un cynisme sid&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que certains m&#233;dias de droite se moquaient de Starmer, l'accusant de c&#233;der face aux critiques des d&#233;put&#233;s travaillistes, ses propos n'avaient rien d'un revirement. Il n'a pr&#233;sent&#233; aucune excuse pour le r&#244;le de son gouvernement dans l'armement d'Isra&#235;l, et il n'a pas critiqu&#233; ses actions criminelles. Il s'est content&#233; de recourir &#224; des formules passives et d&#233;sincarn&#233;es, parlant d'un &#171; &#233;chec catastrophique de l'aide &#187;. En un an de pouvoir, le Labour de Starmer a clairement sous-estim&#233; la col&#232;re de l'opinion publique face aux crimes isra&#233;liens. Sous la pression du mouvement pro-palestinien et d'un toll&#233; m&#233;diatique tardif, il infl&#233;chit aujourd'hui son discours de fa&#231;on opportuniste. Mais peu oublieront la ligne qu'il a tenue jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaza aura sans aucun doute des r&#233;percussions sur la politique britannique. La comparaison &#233;vidente est l'invasion ill&#233;gale de l'Irak en 2003. La position inflexible de Tony Blair (1953) aux c&#244;t&#233;s de George W. Bush (1946) avait d&#233;j&#224; m&#234;l&#233; mensonges d'&#201;tat, diabolisation des opposants et, &#224; la fin, un vague aveu d'&#171; erreurs &#187; officielles. Ce bain de sang n'avait pourtant eu que des effets lents sur la politique partisane, les forces alternatives de gauche ne r&#233;ussissant que des perc&#233;es locales ponctuelles. Mais, &#224; terme, la destruction de la confiance publique a fini par miner profond&#233;ment le New Labour. L'h&#233;ritage du mouvement anti-guerre a m&#234;me jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans l'ascension de Jeremy Corbyn &#224; la t&#234;te du Labour en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Gaza semble devoir produire un effet bien plus imm&#233;diat. Les loyaut&#233;s partisanes sont moins solides qu'en 2003, et Starmer n'a jamais b&#233;n&#233;fici&#233; d'un mandat r&#233;ellement fort. Lors des &#233;lections de juillet 2024, le Labour a certes inflig&#233; une lourde d&#233;faite aux conservateurs moribonds &#8212; raflant 411 des 650 si&#232;ges de la Chambre des communes &#8212; mais il n'a recueilli que 33,7 % des voix, sur une participation inf&#233;rieure &#224; 60 %. Depuis, ses intentions de vote ne cessent de s'effriter. Et l'annonce de la cr&#233;ation d'un nouveau parti de gauche par Jeremy Corbyn (1949) et Zarah Sultana (1993) menace d'ouvrir une nouvelle br&#232;che dans son &#233;lectorat. L'autoritarisme obstin&#233; du gouvernement Starmer &#8212; qu'il s'agisse d'immigration, d'allocations d'invalidit&#233; ou du traitement inflig&#233; &#224; ses propres d&#233;put&#233;s dissidents &#8212; alimente d&#233;sormais une riposte organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;tails sur le nouveau parti restent flous. Lanc&#233; sous la forme d'un site web baptis&#233; Your Party, il doit encore choisir son nom par un processus d&#233;mocratique non pr&#233;cis&#233;. En quelques jours seulement, 600 000 personnes se sont inscrites &#224; sa liste de diffusion. Certes, ce ne sont pas des adh&#233;sions formelles. Mais cet engouement a tourn&#233; en d&#233;rision les moqueries des commentateurs &#171; centristes raisonnables &#187; qui minimisaient le projet : il r&#233;v&#232;le surtout une v&#233;rit&#233; plus profonde, &#224; savoir qu'un tr&#232;s grand nombre de gens &#8212; bien plus que l'effectif total du Labour &#8212; estiment qu'un tel parti est n&#233;cessaire. Contrairement aux pr&#233;c&#233;dentes tentatives de cr&#233;er des &#171; partis radicaux de gauche &#187; reposant sur de petits groupes r&#233;volutionnaires, celui-ci s'appuie d'embl&#233;e sur une large base de personnes pr&#234;tes &#224; s'engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les partis politiques sont des coalitions d'int&#233;r&#234;ts sociaux et d'id&#233;es. Le premier noyau de d&#233;put&#233;s associ&#233;s &#224; ce nouveau parti, s'il se situe globalement &#224; gauche, est avant tout uni par Gaza : c'est sur cette question que cinq ind&#233;pendants ont r&#233;ussi &#224; se faire &#233;lire en juillet dernier, un score inhabituellement &#233;lev&#233; au regard du syst&#232;me &#233;lectoral britannique. La Palestine n'est en rien une &#171; cause unique &#187; ext&#233;rieure &#224; la politique int&#233;rieure : elle cristallise la perception qu'ont des millions de Britanniques du r&#244;le de leur pays dans le monde, des limites du d&#233;bat public et de la surveillance impos&#233;e aux musulmans. Et ce parti n'aurait jamais d&#233;coll&#233; sans Jeremy Corbyn, dont la notori&#233;t&#233; est parmi les plus &#233;lev&#233;es de toute la classe politique britannique. Si seule une minorit&#233; l'admire, la majorit&#233; sait d&#233;j&#224; ce qu'il incarne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question fondamentale : &#224; quoi ce parti veut-il vraiment servir ? Les d&#233;bats en ligne se sont concentr&#233;s sur l'id&#233;e d'un pacte &#233;lectoral avec les Verts, dont le prochain chef pourrait &#234;tre l'&#233;cologiste Zack Polanski (1982). Mais quelle est l'ambition r&#233;elle de cette nouvelle formation ? Diriger un futur gouvernement national ? Remplacer le Labour et recr&#233;er un parti adoss&#233; aux syndicats mais avec un meilleur programme ? Ou se contenter d'un r&#244;le permanent d'opposition, en construisant une base locale capable de renforcer le pouvoir populaire et de desserrer l'&#233;tau de Westminster ? Sans une orientation claire vers une strat&#233;gie de long terme, sans un cap d&#233;fini pour parler &#224; une base large, il sera difficile d'emp&#234;cher que les centaines de milliers de nouveaux sympathisants se dispersent au gr&#233; des d&#233;saccords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Corbyn dirigeait le Labour, il avait adopt&#233; des politiques bien plus progressistes que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais jamais le parti n'a su redistribuer le pouvoir au-del&#224; de Westminster. Son incapacit&#233; &#224; construire des structures r&#233;ellement enracin&#233;es et sa frilosit&#233; face &#224; une politique de masse et conflictuelle &#8212; y compris sur des sujets br&#251;lants comme le Brexit &#8212; l'ont rendu vuln&#233;rable aux assauts m&#233;diatiques et &#224; la tentation permanente de s'y adapter ou de les apaiser. Ces derni&#232;res d&#233;cennies, le Parlement s'est professionnalis&#233; &#224; l'extr&#234;me tandis que les structures locales du mouvement ouvrier d&#233;p&#233;rissaient. L'&#233;pisode du &#171; corbynisme &#187; (2015&#8211;2020) n'a pas invers&#233; cette tendance. Certes, il affrontait une machine travailliste largement hostile. Mais cela devait &#234;tre une raison d'innover, pas une excuse pour l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup des doutes qui entourent le nouveau parti tiennent &#224; son processus encore opaque : qui d&#233;cide de la suite ? L'objectif n'est s&#251;rement pas de recr&#233;er une structure &#224; la Labour, domin&#233;e par des man&#339;uvriers bureaucratiques et des sp&#233;cialistes du jargon r&#233;glementaire. Mais tout l'h&#233;ritage travailliste n'est pas &#224; jeter. Ses racines syndicales, m&#234;me atrophi&#233;es, lui donnent encore une base militante reli&#233;e &#224; une large palette de sentiments ouvriers &#8212; qui ne sont pas tous de gauche. Or le Labour perd aujourd'hui ces liens avec les infirmi&#232;res, les anciennes r&#233;gions mini&#232;res ou les zones industrielles p&#233;riph&#233;riques. Et un parti aux opinions progressistes, comme les Verts, a peu de chances de les r&#233;cup&#233;rer. Pour un parti qui se veut ancr&#233; dans la majorit&#233; sociale, c'est pourtant indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on recr&#233;er cela, ou mieux, d'une mani&#232;re plus adapt&#233;e &#224; ce si&#232;cle qu'au si&#232;cle dernier ? Une approche consiste &#224; cr&#233;er des institutions &#8212; clubs sociaux, centres de conseil &#8212; qui ne soient pas orient&#233;es vers des fins &#233;lectorales &#233;troites ou m&#234;me vers des campagnes politiques en tant que telles. Un projet de changement collectif aura certainement du mal &#224; &#171; vendre &#187; sa promesse dans une soci&#233;t&#233; atomis&#233;e en se contentant d'utiliser les bons messages &#224; la t&#233;l&#233;vision ou sur les r&#233;seaux sociaux. Ce parti pourrait en outre envisager de diversifier ses figures publiques, notamment en termes d'origine sociale et d'&#233;ducation : un parti dirig&#233; non pas par des dipl&#244;m&#233;s en sciences politiques, des employ&#233;s d'ONG ou des personnes toujours pr&#234;tes &#224; se mettre en avant, mais aussi par des voix aujourd'hui plus absentes de la vie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sondages actuels sugg&#232;rent que Reform UK a de r&#233;elles chances de remporter les prochaines &#233;lections g&#233;n&#233;rales malgr&#233; ses propres probl&#232;mes internes. Son chef, Nigel Farage (1964), poss&#232;de une autorit&#233; charismatique qui lui permet de devenir le visage d'un ensemble disparate de griefs. Corbyn, Sultana ou tout autre responsable de gauche ne pourraient jamais jouer ce r&#244;le, et pas seulement &#224; cause de leurs limites personnelles. Le changement socialiste vise &#224; transformer les rapports de force dans la soci&#233;t&#233; : il s'appuie sur la mobilisation des gens, &#224; la fois dans un &#233;lan d'indignation morale et dans la d&#233;fense acharn&#233;e de leurs propres int&#233;r&#234;ts. Les partis de gauche ont besoin d'un noyau militant &#8212; aujourd'hui sans doute compos&#233; en majorit&#233; de personnes hautement dipl&#244;m&#233;es mais en d&#233;classement social &#8212;, mais cela ne peut pas suffire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un bureaucrate imp&#233;rial obtus comme Starmer, un parti de gauche a toutes les chances de rallier 10 &#224; 15 % de l'&#233;lectorat, m&#234;me dans un laps de temps r&#233;duit. Cela fracturera probablement le vote travailliste &#8212; et Starmer aura peu de raisons de s'en plaindre. Les tentatives poussives d'invoquer la n&#233;cessit&#233; sup&#233;rieure de l'unit&#233; contre Farage sont aussi cyniques que la &#171; reconnaissance &#187; tardive de la Palestine. Il y a seulement deux ans, Starmer disait &#224; ses critiques : &#171; Si vous n'aimez pas les changements que nous avons faits, vous pouvez partir. &#187; Aujourd'hui, beaucoup le feront. Le Parti travailliste ne durera pas &#233;ternellement, et Starmer l'approche d'une disparition &#224; la fran&#231;aise ou &#224; l'italienne. Ce qui reste incertain, c'est de savoir si un nouveau parti pourra construire quelque chose de plus solide sur ces ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Broder est r&#233;dacteur pour l'Europe &#224; la revue Jacobin et historien du communisme fran&#231;ais et italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; initialement dans Jacobin. Traduit de l'anglais pour Contretemps par Christian Dubucq.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Italie : dans une d&#233;mocratie moribonde, c'est l'extr&#234;me droite qui l'emporte</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Italie-dans-une-democratie-moribonde-c-est-l-extreme-droite-qui-l-emporte</link>
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		<dc:date>2022-10-04T10:47:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Broder</dc:creator>


		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>Extr&#234;me-droite</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les &#233;lections italiennes d'hier ont vu la victoire du parti d'extr&#234;me droite Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni et un taux d'abstention record. L'opposition entre les technocrates et l'extr&#234;me droite, sur fond d'une commune adh&#233;sion au n&#233;olib&#233;ralisme, est le sympt&#244;me d'un d&#233;clin plus profond. &lt;br class='autobr' /&gt; 29 septembre 2022 | tir&#233; de contretemps.eu &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lections en Italie ont donc permis une nouvelle perc&#233;e de l'extr&#234;me droite et elles constitu&#233; un indicateur de plus de la radicalisation de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-10-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-10-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton54247-70060.png?1675223629' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;lections italiennes d'hier ont vu la victoire du parti d'extr&#234;me droite Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni et un taux d'abstention record. L'opposition entre les technocrates et l'extr&#234;me droite, sur fond d'une commune adh&#233;sion au n&#233;olib&#233;ralisme, est le sympt&#244;me d'un d&#233;clin plus profond.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;29 septembre 2022 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/italie-dans-une-democratie-moribonde-cest-lextreme-droite-qui-lemporte/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contretemps.eu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections en Italie ont donc permis une nouvelle perc&#233;e de l'extr&#234;me droite et elles constitu&#233; un indicateur de plus de la radicalisation de la droite. La coalition des droites a obtenu un score de 44 %, mais le grand gagnant est bien le parti Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, dont le score de 26 % est bien sup&#233;rieur aux 4 % qu'il avait obtenus en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alli&#233;s de Meloni ont obtenu des r&#233;sultats m&#233;diocres. Dans le cas de Forza Italia de Silvio Berlusconi (8 %), on s'y attendait. Inversement, la Lega dirig&#233;e par Matteo Salvini &#8211; il y a quelques ann&#233;es &#224; peine l'&#233;toile montante de la politique anti-immigr&#233;s &#8211; a chut&#233; bien davantage (9 %) que dans les pr&#233;visions des sondages, et a obtenu de faibles scores m&#234;me dans ses anciens bastions du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de Meloni tient en partie au fait qu'elle apparaissait comme une &#171; outsider &#187; &#8211; ou du moins, qu'elle a construit cette image pour rallier l'&#233;lectorat de droite. Fratelli d'Italia a &#233;t&#233; le seul des trois partis de droite &#224; ne pas rejoindre le gouvernement d'&#171; unit&#233; nationale &#187; de Mario Draghi en f&#233;vrier 2021 ; tout au long des dix-huit derniers mois, elle a combin&#233; marques ext&#233;rieures de respect &#224; l'&#233;gard de Draghi avec la promesse que seule elle pourrait diriger un gouvernement directement choisi par les Italiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce r&#233;sultat, y compris la performance lamentable de ce qui passe pour &#234;tre la gauche (autour du Parti d&#233;mocrate), est aussi le produit d'une d&#233;sertification plus large du champ politique. Le parti de Meloni a des liens &#233;vidents avec la tradition n&#233;ofasciste, mais son succ&#232;s est &#233;galement d&#251; &#224; un ph&#233;nom&#232;ne nettement postmoderne, qui a de plus en plus domin&#233; la vie publique italienne au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies : la r&#233;duction des horizons politiques &#224; l'alternative entre la gestion technocratique de la crise et une extr&#234;me droite r&#233;actionnaire dans ses politiques &#233;conomiques et de droits civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re sinistre de ce choix est &#233;galement visible dans le d&#233;sengagement populaire massif du processus &#233;lectoral. Dans les d&#233;cennies d'apr&#232;s-guerre, la d&#233;mocratie italienne &#233;tait fond&#233;e sur des partis de masse comptant des millions de membres ; le taux de participation &#233;lectorale a toujours &#233;t&#233; sup&#233;rieur &#224; 90 % jusque dans les ann&#233;es 1980. Lors du scrutin de dimanche dernier, il &#233;tait inf&#233;rieur &#224; 64 %, avec une abstention massive dans le Sud et (&#224; en juger par les pr&#233;c&#233;dents scrutins similaires) parmi la classe travailleuse et les jeunes Italien&#183;nes en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les adversaires de Meloni portent de graves responsabilit&#233;s. Celles-ci r&#233;sident en partie dans la loi &#233;lectorale dite Rosatellum adopt&#233;e en 2017, quiaccorde &#224; la plus grande coalition une large majorit&#233; de si&#232;ges m&#234;me avec une minorit&#233; de voix. &#192; cela s'ajoute l'incapacit&#233; &#224; former une coalition alternative large et radicale qui aurait pu rendre cette &#233;lection comp&#233;titive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les r&#233;sultats d&#233;cevants des partis suppos&#233;s &#171; progressistes &#187;, des lib&#233;raux-europ&#233;istes du Parti d&#233;mocrate (19 %) au Mouvement 5 &#233;toiles (15 %), sont aussi les sympt&#244;mes d'un affaiblissement qui remonte &#224; plusieurs d&#233;cennies du lien entre la vie de la classe travailleuse, la politique de gauche, et jusqu'&#224;la participation d&#233;mocratique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ascension et la chute rapides du Mouvement 5 &#233;toiles (M5S) en sont une bonne illustration. Grand vainqueur de l'&#233;lection de 2018, le M5S avait recueilli 32 % des voix en promettant de redonner aux Italien&#183;nes le contr&#244;le du processus d&#233;mocratique. Au lieu de cela, il s'est r&#233;v&#233;l&#233; comme une formation sans boussole et peu responsable, formant des coalitions avec d'abord la Lega (un parti d'extr&#234;me droite), puis avec les centristes du Parti d&#233;mocrate, puis avec les deux plus Draghi. Tout cela a fait &#233;clater ses contradictions internes et a provoqu&#233; son recul &#233;lectoral. Bien que l'accent mis par le leader Giuseppe Conte sur les programmes sociaux lors de cette campagne ait produit un petit rebond, le M5S se situe toujours &#224; moins de la moiti&#233; de son score de 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreux pays europ&#233;ens, nous avons vu que les partis historiques de centre-gauche ne sont plus en mesure de mobiliser leurs bases en brandissant la seule peur de la droite. Et ce, m&#234;me lorsque, comme dans le cas italien, les partis de droite combinent une position r&#233;actionnaire sur les questions de droits civiques avec des politiques &#233;conomiques r&#233;gressives, comme l'introduction d'un taux d'imposition forfaitaire sur le revenu et la suppression des allocations de ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Italie est une terre de grande histoire ouvri&#232;re et antifasciste, mais l'appel de derni&#232;re minute &#224; cette tradition dans le but de stopper Meloni ne pouvait mobiliser que de petites minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une campagne d&#233;sastreuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour du lancement de la campagne &#233;lectorale italienne, j'ai publi&#233; dans le New York Times une tribune intitul&#233;e &#171; L'avenir est en Italie, et il est sombre &#187;. L'Italie y &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme un pays englu&#233; dans une stagnation permanente et un r&#233;tr&#233;cissement des horizons politiques entre les technocrates et les &#171; outsiders &#187; d'extr&#234;me droite. J'y d&#233;clarais que l'Italie ne constitue pas une &#233;tranget&#233; mais qu'elle repr&#233;sente une tendance g&#233;n&#233;rale en Occident : une &#232;re de d&#233;mocratie vid&#233;e de sa substance et en crise permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les m&#233;dias italiens, ma mention des racines n&#233;ofascistes de Fratelli d'Italia a &#233;t&#233; largement cit&#233;e comme preuve des craintes &#233;tats-uniennes &#224; l'&#233;gard de Meloni. Bien qu'elle ait fait campagne pour des partis d'extr&#234;me droite &#233;trangers, comme le parti espagnol Vox, Meloni a qualifi&#233;, &#224; trois reprises, mon article d'ing&#233;rence &#233;trang&#232;re ; son coll&#232;gue fanfaron Ignazio La Russa a affirm&#233; avoir rassembl&#233; &#171; diverses preuves &#187; que cet article d'opinion &#233;tait le produit d'une &#171; conspiration visant &#224; nuire &#224; l'Italie &#187;. Certains commentateurs en ligne se sont m&#234;me inqui&#233;t&#233;s d'y voir la main du D&#233;partement d'&#201;tat &#233;tatsunien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que la plupart des m&#233;dias internationaux ont racont&#233; une histoire quelque peu diff&#233;rente. La victoire de la coalition de droite &#233;tant quasiment garantie d&#232;s le d&#233;but de la campagne, de nombreux articles se sont concentr&#233;s sur le charisme personnel de Meloni, ses qualit&#233;s de leader et sa rupture avec le pass&#233; fasciste. Ces comptes-rendus semblaient avoir du mal &#224; prendre en compte sa d&#233;fense r&#233;p&#233;t&#233;e de la &#171; th&#233;orie du grand remplacement &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire l'affirmation explicite que la gauche, de connivence avec les &#171; usuriers &#187;, planifie la destruction de la civilisation occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a fait remarquer Fabio Chiusi, la couverture plus fervente de la derni&#232;re &#233;toile montante &#233;tait un &#171; miracle typique de ceux qui racontent la politique italienne : plus elle se rapproche du bureau du premier ministre, plus elle devient mod&#233;r&#233;e &#187;. Cet effet d'entra&#238;nement a &#233;galement attir&#233; dans son camp d'anciens membres d'autres partis de centre-droit et lui a m&#234;me valu des commentaires indulgents de la part de Hillary Clinton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de Meloni semblent souvent penser qu'elle doit &#234;tre f&#233;licit&#233;e pour avoir pris ses distances avec la dictature fasciste et l'antis&#233;mitisme. Pourtant, l'insistance sur le fait qu'elle respecte le processus &#233;lectoral est un crit&#232;re tr&#232;s pauvre. Le risque d'un gouvernement Fratelli d'Italia n'est pas la fin de la d&#233;mocratie mais l'aggravation de l'&#233;rosion du domaine public, cette fois entre les mains d'une force politique qui a toujours m&#233;pris&#233; la R&#233;publique d'apr&#232;s-guerre cr&#233;&#233;e par les partis antifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;rosion prendra probablement des formes multiples : saper les d&#233;penses sociales, r&#233;&#233;crire la Constitution et utiliser les fonctions gouvernementales pour tourner en d&#233;rision ceux qui ont combattu dans la R&#233;sistance lors de la Seconde Guerre mondiale. En effet, plus les r&#233;sultats du gouvernement de Meloni seront m&#233;diocres, plus il sera n&#233;cessaire pour elle de focaliser sur les th&#232;mes identitaires, depuis les appels &#224; un &#171; blocus naval &#187; en M&#233;diterran&#233;e contre les migrant&#183;es jusqu'aux mesures contre les &#171; lobbies LGBT &#187; et l' &#171; id&#233;ologie du genre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles obsessions ont des racines dans le fascisme mais elles font &#233;galement partie d'un agenda nativiste plus large, &#233;galement repr&#233;sent&#233; par des figures venant de traditions aussi diverses que Viktor Orb&#225;n et Donald Trump. En ce sens, le succ&#232;s de celle qui porte la vieille flamme n&#233;ofasciste ne signifie sans doute pas un retour au pass&#233; mais l'annonce de quelque chose de neuf.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Identit&#233; nationale ukrainienne et perspectives de cohabitation pacifique entre les peuples</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Identite-nationale-ukrainienne-et-perspectives-de-cohabitation-pacifique-entre</link>
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		<dc:date>2022-05-10T11:13:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Broder, Marko Bojcun</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous ne pourrons pas parvenir &#224; une paix durable en r&#233;formant les blocs. Le droit &#224; l'autod&#233;termination nationale doit &#234;tre au c&#339;ur de la paix mondiale. Consid&#233;rer que la crise peut &#234;tre r&#233;solue par une nouvelle relation entre la Russie et l'Occident n'est pas la bonne fa&#231;on d'aborder le probl&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Inprecor no 695-696 mars-avril 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Photo : Une mineuse de charbon en R&#233;publique ukrianienne sovi&#233;trique en 1919 (George Rinhart / Corbis via Getty Images) &lt;br class='autobr' /&gt;
Un entretien de David Broder avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Militarisation-" rel="directory"&gt;Militarisation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH109/arton52780-932d4.jpg?1677096761' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous ne pourrons pas parvenir &#224; une paix durable en r&#233;formant les blocs. Le droit &#224; l'autod&#233;termination nationale doit &#234;tre au c&#339;ur de la paix mondiale. Consid&#233;rer que la crise peut &#234;tre r&#233;solue par une nouvelle relation entre la Russie et l'Occident n'est pas la bonne fa&#231;on d'aborder le probl&#232;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Inprecor no 695-696 mars-avril 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Une mineuse de charbon en R&#233;publique ukrianienne sovi&#233;trique en 1919 (George Rinhart / Corbis via Getty Images)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entretien de David Broder avec Marko Bojcun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Broder : Selon vous, il y avait deux processus parall&#232;les &#224; la fin de la guerre civile de 1921 : une centralisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'&#201;tat sovi&#233;tique, avec moins de contr&#244;le local, mais simultan&#233;ment un processus d'ukrainisation qui reconna&#238;t sa diff&#233;rence...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marko Bojcun : &lt;/strong&gt; Il y a eu une reconnaissance de l'autonomie politique, y compris l'autonomie culturelle. Vous ne pouvez pas faire participer la population au processus de gouvernement sans reconna&#238;tre sa langue comme langue d'usage quotidien sur le lieu de travail, dans l'&#233;ducation, dans le gouvernement. C'est un processus d'auto-&#233;mancipation pour les peuples non russes, pour que les Ukrainiens soient reconnus pour ce qu'ils sont et utilisent la langue qu'ils veulent. Ils ne voulaient pas vivre et travailler dans la langue de l'ancien empire qui les a domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre civile, le mouvement social-d&#233;mocrate ukrainien s'est scind&#233;, tout comme le Bund et le Parti ouvrier social-d&#233;mocrate de Russie (POSDR). Deux partis communistes ukrainiens se sont form&#233;s, pr&#244;nant une r&#233;publique socialiste ukrainienne ind&#233;pendante. Finalement, ils ont fusionn&#233; avec le Parti communiste (bolcheviks) d'Ukraine, qui avait lui-m&#234;me d&#233;clar&#233; son autonomie par rapport au POSDR en 1918. Le parti communiste d'Ukraine &#233;tait compos&#233; en grande majorit&#233; de russophones, mais un nombre croissant d'ukrainophones l'ont rejoint, soit individuellement, soit en y int&#233;grant par fusion leurs propres partis communistes, qu'ils avaient form&#233;s pendant la guerre civile. Ainsi, en 1921, une composante importante du parti bolchevique d'Ukraine &#233;tait compos&#233;e de locuteurs ukrainiens et une partie importante de l'intelligentsia ukrainienne r&#233;clamait un gouvernement ukrainien ind&#233;pendant qui s'unirait aux autres r&#233;publiques sovi&#233;tiques librement, de sa propre volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pression s'est traduite par le soutien de L&#233;nine &#224; l'id&#233;e de cr&#233;er une conf&#233;d&#233;ration, une Union de r&#233;publiques, ce qui signifie que les Ukrainiens auraient le droit de se gouverner eux-m&#234;mes, de s'unir &#224; d'autres r&#233;publiques sovi&#233;tiques et de partir s'ils le souhaitaient. Ainsi, l'URSS form&#233;e &#224; la fin de 1922 &#233;tait constitutionnellement une conf&#233;d&#233;ration des r&#233;publiques de l'Union. Mais en r&#233;alit&#233;, sa structure politique &#233;tait fortement centralis&#233;e et les bolcheviks russes au pouvoir ne permettaient pas le d&#233;veloppement d'un &#201;tat ind&#233;pendant. Cependant, ils ont d&#251; faire d'importantes concessions. Dans les ann&#233;es 1920, l'identit&#233; nationale ukrainienne s'est d&#233;velopp&#233;e au sein de la classe ouvri&#232;re et, en 1928, la moiti&#233; des syndicats ukrainiens fonctionnaient en ukrainien, alors qu'avant la r&#233;volution, ils &#233;taient en grande majorit&#233; russophones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Broder : Qu'est-ce qui explique que la classe ouvri&#232;re s'identifie de plus en plus comme ukrainienne durant cette premi&#232;re p&#233;riode qui suit celle ouverte en 1917 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marko Bojcun :&lt;/strong&gt; C'est un r&#233;sultat paradoxal du d&#233;veloppement de l'Union sovi&#233;tique : l'industrialisation, l'alphab&#233;tisation universelle et l'urbanisation ont renforc&#233; l'identit&#233; nationale ukrainienne. Ainsi, les communistes ukrainiens des ann&#233;es 1920 voulaient et exigeaient qu'il y ait, tout d'abord, une reconnaissance de leur R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique en tant qu'unit&#233; &#233;conomique unique, alors que les bolcheviks russes voulaient &#224; l'origine voir la R&#233;publique ukrainienne divis&#233;e en deux &#8211; une zone agricole et une zone industrielle &#8211; et d&#233;cider des priorit&#233;s de ces deux r&#233;gions depuis Moscou. Les communistes ukrainiens ont dit non, nous voulons qu'il y ait un seul plan pour notre r&#233;publique qui comprenne le d&#233;veloppement industriel et agricole, et nous voulons le d&#233;cider nous-m&#234;mes. Cela a eu de graves r&#233;percussions sur l'&#233;ducation, la planification &#233;conomique et toutes sortes de questions de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lutte perp&#233;tuelle &#233;tait en cours. Joseph Staline a mis fin au processus pacifique d'ukrainisation. Son pouvoir permettait l'expression de l'identit&#233; nationale en tant qu'identit&#233; ethnique : vous pouvez utiliser votre langue, vous pouvez chanter des chansons folkloriques, vous pouvez danser, mais vous ne pouvez pas vous gouverner vous-m&#234;mes. Si vous voulez participer au gouvernement, vous devez aller &#224; Moscou. De nombreux Ukrainiens talentueux sont all&#233;s &#224; Moscou et &#224; Leningrad et ont occup&#233; des postes importants au sein du gouvernement sovi&#233;tique : des gens comme Nikita Khrouchtchev et Leonid Brejnev et d'autres avant eux. Nous voyons aujourd'hui les descendants de ces personnes parler &#224; la t&#233;l&#233;vision depuis Moscou en tant que repr&#233;sentants de la F&#233;d&#233;ration de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Broder : Vous avez &#233;galement montr&#233; que ce processus a continu&#233; pendant toute l'&#232;re sovi&#233;tique : des parties de plus en plus importantes de la classe ouvri&#232;re se sont identifi&#233;es comme ukrainiennes dans les ann&#233;es 1970. Mais s'agissait-il n&#233;cessairement d'une conscience politique ou m&#234;me oppositionnelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marko Bojcun :&lt;/strong&gt; C'est certainement une question compliqu&#233;e et complexe. Ce que je peux dire, tout d'abord, c'est que l'identit&#233; ukrainienne en tant que choix d'autod&#233;termination, qui s'est renforc&#233;e dans les ann&#233;es 1920, dans des conditions qui permettaient aux Ukrainiens d'entrer dans la vie politique, a &#233;t&#233; brutalement mise &#224; mal dans les ann&#233;es 1930 et pouss&#233;e dans la clandestinit&#233; avec les purges staliniennes et la terreur. La grande majorit&#233; de tous les dirigeants politiques et culturels ukrainiens ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s : 140 des 142 membres du comit&#233; central du Parti communiste ukrainien en 1933 ont fini dans les camps et les prisons ou carr&#233;ment ex&#233;cut&#233;s. L'intelligentsia a &#233;t&#233; an&#233;antie pendant la famine de 1932-1933, qui a bris&#233; les reins de la paysannerie en tant que force politique autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de la guerre civile, l'Ukraine &#233;tait divis&#233;e entre quatre &#201;tats diff&#233;rents : la Pologne, la Tch&#233;coslovaquie, la Roumanie et l'Union sovi&#233;tique. Adolph Hitler et Staline se sont partag&#233; la Pologne en 1939, et deux ans plus tard, l'Allemagne nazie a envahi l'Union sovi&#233;tique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie a enr&#244;l&#233; quelque 250 000 Ukrainiens dans ses formations militaires et sa police auxiliaire, tandis que 4,5 millions d'Ukrainiens ont servi dans l'Arm&#233;e rouge sovi&#233;tique, soit 40 % de ses effectifs totaux. Ils ont particip&#233; aux grandes batailles qui ont permis d'expulser puis de vaincre l'Allemagne pendant la guerre. En cons&#233;quence, la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique d'Ukraine a subi les plus lourdes pertes en termes de vies humaines et de d&#233;g&#226;ts mat&#233;riels de toutes les r&#233;publiques sovi&#233;tiques. En 1945, pratiquement tous les territoires de l'Ukraine ont &#233;t&#233; r&#233;unis pour la premi&#232;re fois sous un seul &#201;tat. En 1954, les dirigeants de l'Union sovi&#233;tique ont transf&#233;r&#233; la r&#233;publique autonome de Crim&#233;e de la r&#233;publique sovi&#233;tique russe &#224; la r&#233;publique sovi&#233;tique ukrainienne, en grande partie pour des raisons &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode apr&#232;s Staline, il y a eu une alternance de p&#233;riodes de lib&#233;ralisation de la vie politique et de retour de la r&#233;pression. Pourtant, une conscience politique pour l'autod&#233;termination &#233;tait toujours pr&#233;sente, jusque dans les ann&#233;es 1980. Il existe de bons exemples de cette conscience au sein du mouvement dissident : l'Union ukrainienne des travailleurs et des paysans, cr&#233;&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1970, et le Groupe Helsinki ukrainien. Mais il s'agissait de tr&#232;s petites expressions d'une conscience politique qui &#233;tait r&#233;prim&#233;e sous la pression de la censure et de l'intimidation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; en Ukraine pendant vingt ans, voyageant dans tout le pays, &#224; Odessa, Kharkiv, Dnipropetrovsk, Lviv. Partout, je parlais ukrainien, et presque partout les gens me r&#233;pondaient en russe mais passaient &#224; l'ukrainien. Je n'ai jamais connu, sauf une fois sur un march&#233; de Kiev, d'expression de chauvinisme ou de racisme &#224; mon encontre pour avoir parl&#233; ukrainien. Aujourd'hui, les russophones et les ukrainophones se frayent un chemin dans la communication avec fluidit&#233; et dans le respect mutuel. En m&#234;me temps, j'ai vu &#224; quel point l'ukrainien &#233;tait accept&#233; et de plus en plus utilis&#233; comme langue de la vie quotidienne, surtout apr&#232;s le Ma&#239;dan en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Broder : Il semble &#233;vident que la guerre de 2014, et surtout celle-ci, ont raffermi l'identit&#233; nationale ukrainienne, m&#234;me au sein de la population russophone. Mais qu'en est-il de r&#233;gions comme le Donbass ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marko Bojcun :&lt;/strong&gt; Tout d'abord, je dois dire que les russophones sont partout en Ukraine, et ce ne sont pas seulement des Russes. Ils sont Russes et Ukrainiens, Juifs et Tatars de Crim&#233;e, Arm&#233;niens et Grecs. La langue russe n'est donc pas en soi un marqueur significatif d'identit&#233; nationale ou d'all&#233;geance politique, sauf pour les nationalistes d'extr&#234;me droite. Ce qui est important, c'est de savoir si vous vous identifiez &#224; vos concitoyens qui vivent ici, dans ce pays, en tant qu'une seule nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreux sont ceux qui, dans la gauche internationale, ne saisissent pas cela lorsqu'ils disent qu'il y a cette population russe m&#233;contente parce qu'elle est victime de discrimination. C'est tout simplement faux. C'est une affirmation faite par les propagateurs de l'id&#233;ologie du russkiy mir (la civilisation du monde russe) &#224; laquelle toute l'Ukraine, disent-ils, appartient de droit, y compris le Donbass.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui invoquent une discrimination &#224; l'encontre de la langue russe se sont r&#233;cemment concentr&#233;s sur la loi de janvier 2021 qui exige que les services publics et commerciaux soient fournis en ukrainien, alors que, jusqu'&#224; pr&#233;sent, le russe avait continu&#233; &#224; pr&#233;dominer, notamment dans les m&#233;dias de masse et sociaux. Il s'agit, en fait, d'une loi de discrimination positive destin&#233;e &#224; renforcer l'ukrainien, d&#233;sormais langue officielle. Une telle mesure est jug&#233;e n&#233;cessaire apr&#232;s trois si&#232;cles de discrimination et d'interdiction de l'ukrainien et face &#224; la concurrence des corporations m&#233;diatiques diffusant depuis la Russie voisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi est largement soutenue car elle correspond &#224; ce que la plupart des gens veulent et choisissent de faire eux-m&#234;mes. Mais elle a &#233;t&#233; introduite sans accorder beaucoup d'attention aux mesures n&#233;cessaires pour faciliter la transition du russe pour les russophones unilingues. Les plus grands d&#233;tracteurs qui subsistent sont les m&#233;dias et les maisons d'&#233;dition qui doivent d&#233;sormais produire des services parall&#232;les en ukrainien, s'ils continuent &#224; les fournir en russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc comment les choses se passent r&#233;ellement dans le Donbass. C'&#233;tait la partie la plus d&#233;velopp&#233;e de l'Ukraine sur le plan industriel ; la r&#233;gion s'&#233;tend &#233;galement au-del&#224; de la fronti&#232;re russe. Elle avait un niveau de vie tr&#232;s &#233;lev&#233;, &#233;tait &#233;conomiquement &#233;troitement li&#233;e &#224; l'&#233;conomie de la F&#233;d&#233;ration de Russie, &#233;tait historiquement reli&#233;e &#224; Moscou et &#224; Leningrad par le rail et d'autres moyens de transport. &#192; partir des ann&#233;es 1970 cette r&#233;gion a connu un d&#233;clin &#233;conomique, et encore plus apr&#232;s l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique, lorsque les nouveaux capitalistes ont pill&#233; et privatis&#233; les actifs nationalis&#233;s. La classe ouvri&#232;re a connu ce qu'ont connu les travailleurs des &#171; zones de rouille &#187; aux &#201;tats-Unis et en Grande-Bretagne : se marginaliser, se retrouver au ch&#244;mage, &#234;tre oblig&#233; d'&#233;migrer &#224; la recherche d'un travail. Leur environnement a &#233;t&#233; empoisonn&#233; et pollu&#233; par la production industrielle. Ils en souffrent de toutes sortes de fa&#231;ons, notamment au niveau de leur sant&#233; et de leurs chances dans la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc ce ressentiment dont se sont empar&#233; les nationalistes russes : l'extr&#234;me droite du Donbass et de la Russie. Ils affirment que les habitants du Donbass ont &#233;t&#233; priv&#233;s de leurs droits politiques et qu'ils doivent donc avoir leur propre gouvernement, ou plut&#244;t qu'ils doivent rejoindre la F&#233;d&#233;ration de Russie. C'est ainsi que ce processus a commenc&#233;, et si vous regardez attentivement, les r&#233;publiques s&#233;paratistes ont &#233;t&#233; lanc&#233;es en 2014 par des nationalistes russes d'extr&#234;me droite. Ce qui, &#224; son tour, a g&#233;n&#233;r&#233; une forte r&#233;action nationaliste ukrainienne, y compris son extr&#234;me droite. Ces deux nationalismes se nourrissent l'un l'autre, fa&#231;onnant des parties importantes de l'ensemble du processus politique et de la situation militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; de l'&#233;lectorat du Donbass a soutenu l'ind&#233;pendance de l'Ukraine lors du r&#233;f&#233;rendum de d&#233;cembre 1991. Mais l'ind&#233;pendance ne s'est pas accompagn&#233;e d'une rupture radicale avec le pass&#233;, ni d'un retrait de la vieille classe dirigeante sovi&#233;tique des fonctions publiques ou de son contr&#244;le sur l'&#233;conomie. Plus que partout ailleurs en Ukraine, ceux qui ont gouvern&#233; le Donbass ont entretenu une relation autoritaire et paternaliste avec la population ouvri&#232;re et ont encourag&#233; leur identit&#233; r&#233;gionale distincte plut&#244;t qu'une identit&#233; civique et nationale. Mais ils s'identifient aux autres habitants de l'Ukraine en tant que citoyens d'un m&#234;me pays. C'&#233;tait la situation avant 2014, mais elle a &#233;videmment &#233;t&#233; polaris&#233;e et enflamm&#233;e par les conflits qui ont &#233;clat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Viktor Ianoukovitch a &#233;t&#233; &#233;lu en 2010, il a amen&#233; avec lui au gouvernement de Kiev une faction d'oligarques du Donbass. Ils se sont rang&#233;s derri&#232;re lui parce qu'il contr&#244;lait l'acc&#232;s aux licences pour le commerce ext&#233;rieur, par exemple le p&#233;trole, le gaz et les produits chimiques trait&#233;s en Ukraine. Ses ministres venaient essentiellement de la r&#233;gion de Donbass. Lorsqu'il a &#233;t&#233; chass&#233; par le Ma&#239;dan en 2014, il a fui en Russie, mais son parti s'est &#233;tabli comme une force croupion dans le Donbass. Ils ont tent&#233; d'organiser une riposte &#224; partir de l&#224; et de maintenir un pied en Ukraine. La F&#233;d&#233;ration de Russie, sous la direction de Poutine, est intervenue et les a soutenus militairement. La Russie s'est d'abord empar&#233;e de la Crim&#233;e en f&#233;vrier 2014, puis les personnes &#224; l'origine de cette saisie se sont d&#233;plac&#233;es dans le Donbass et ont cr&#233;&#233;, avec les partis nationalistes russes locaux et les restes du parti de Ianoukovitch, les r&#233;publiques populaires de Donetsk et de Louhansk (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Broder : Certains pointent du doigt les n&#233;gociations de paix qui ont suivi 2014, et notamment l'accord de Minsk II, comme base des pourparlers actuels. Quel type d'accord de paix l'Ukraine pourrait-elle accepter qui ne reviendrait pas &#224; avaler une humiliation, m&#234;me en d&#233;pit des succ&#232;s actuels contre l'invasion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marko Bojcun : &lt;/strong&gt; Si l'accord de Minsk II a jamais eu une quelconque utilit&#233; comme base de r&#233;solution du conflit, Poutine l'a d&#233;truit. Poutine n'a m&#234;me pas voulu rencontrer Zelensky, mais a continu&#233; &#224; insister sur le fait que le processus &#233;tait conditionn&#233; par l'acceptation par l'Ukraine des dirigeants des r&#233;publiques s&#233;paratistes comme parties aux n&#233;gociations. Le gouvernement ukrainien a refus&#233; de le faire. Et c'est devenu l'un des &#233;l&#233;ments d&#233;clencheurs de l'invasion russe, qui a d&#233;truit tout processus de ce type. Poutine a enfonc&#233; une hache dans la table des n&#233;gociations en envahissant l'Ukraine, en exigeant sa reddition et en bombardant les civils dans leurs maisons, dans les h&#244;pitaux et &#224; travers les soi-disant couloirs d'&#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement ukrainien affirme d&#233;sormais qu'il ne s'engagera pas dans des n&#233;gociations globales si la Russie ne se retire pas compl&#232;tement, y compris de Crim&#233;e et du Donbass. Il affirme qu'il ne peut pas n&#233;gocier sous l'intimidation des bombes largu&#233;es sur la population civile. Mais il a envoy&#233; ses repr&#233;sentants aux pourparlers o&#249; il pense pouvoir contribuer &#224; prot&#233;ger la vie des civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, Poutine s'attendait &#224; mener une guerre &#233;clair, &#224; entrer en Ukraine et &#224; l'occuper rapidement tout en infligeant un minimum de d&#233;g&#226;ts, afin que la population ukrainienne accepte plus facilement une domination russe, un gouvernement install&#233; par Moscou. C'&#233;tait la strat&#233;gie initiale de Poutine, qui a &#233;t&#233; contrecarr&#233;e par la r&#233;sistance acharn&#233;e des Ukrainiens. De nombreux &#233;l&#233;ments montrent que les soldats russes manquent de motivation pour avancer au rythme souhait&#233; ou pour affronter leurs adversaires de pr&#232;s une fois sur place. Il est donc difficile que l'invasion se d&#233;roule comme pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances occidentales n'ont pas accept&#233; d'imposer une zone d'exclusion a&#233;rienne, car cela risquerait de d&#233;clencher une guerre entre l'OTAN et la Russie. Cependant, le soutien occidental est assez important, et il est ressenti par l'&#201;tat russe et ses alli&#233;s du monde des affaires. Il est de plus en plus connu de la population russe, qui ne manifeste pas non plus un soutien enthousiaste &#224; l'invasion. Ce sont donc maintenant les Russes qui ont demand&#233; des n&#233;gociations, mais ils ne le demandent pas vraiment, ils exigent la reddition de l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes maintenant en pleine guerre. Les Russes en sont venus &#224; terroriser la population civile et &#224; la chasser de chez elle sous les tirs. Je pense que nous sommes dans une longue bataille ici &#8211; de plus en plus une situation de type syrien, j'en ai peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
David Broder : Alors comment &#233;viter cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marko Bojcun :&lt;/strong&gt; &#192; l'heure actuelle, la Russie cherche &#224; vaincre les Ukrainiens ou, &#224; tout le moins, &#224; partitionner le pays. L'Ukraine est confront&#233;e &#224; des difficult&#233;s presque insurmontables, mais elle s'est retranch&#233;e et exige le retrait complet de la Russie de toute l'Ukraine d'avant 2014. Partition ou r&#233;unification et aucun compromis, si ce n'est de la part de ceux qui, &#224; l'Ouest, appellent &#224; la paix en &#233;change de l'acceptation par l'Ukraine des conditions de la Russie. Ces partisans de la paix sont, je pense, sinc&#232;res, mais confortablement install&#233;s chez eux, dans des d&#233;mocraties encore pacifiques, ils n'ont gu&#232;re l'autorit&#233; morale qui permettrait de proposer une telle solution. Je pense que nous ne pourrons progresser vers un cessez-le-feu et un accord de paix que s'il existe un mouvement anti-guerre de masse en Russie, et m&#234;me en Occident, et si le pouvoir de Poutine est s&#233;rieusement &#233;branl&#233;. Ni l'un ni l'autre ne sont imminents. Mais s'il y a un mouvement populaire plus fort qui exige que le gouvernement russe retire ses forces de l'Ukraine, cela commencerait &#224; changer la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il doit y avoir une r&#233;ponse politique de masse en Occident, ainsi qu'une nouvelle conception et une nouvelle strat&#233;gie pour la paix en Europe. Je ferais l'analogie avec la p&#233;riode de la fin des ann&#233;es 1970 et du d&#233;but des ann&#233;es 1980, lorsque les Am&#233;ricains ont install&#233; des missiles de croisi&#232;re en Grande-Bretagne et que l'Union sovi&#233;tique a r&#233;pondu en installant des missiles SS-19 et SS-21 en Tch&#233;coslovaquie. La r&#233;ponse a &#233;t&#233; un mouvement de masse organis&#233; et dirig&#233; par la Campagne pour le d&#233;sarmement nucl&#233;aire. E. P. Thompson (2) et d'autres membres du petit camp europ&#233;en du d&#233;sarmement nucl&#233;aire ont apport&#233; &#224; cette campagne de nouvelles id&#233;es importantes sur la guerre et les voies possibles vers la paix &#224; notre &#233;poque de destruction massive. C'&#233;tait un d&#233;veloppement significatif en soi, et je crois qu'il a eu un grand impact sur le comportement des grandes puissances par la suite. Cela a inform&#233; et a fait des propositions importantes, qui ont ont jou&#233; un r&#244;le dans le processus de d&#233;sarmement, la limitation des missiles d'une certaine port&#233;e en Europe, et dans les discussions que Mikha&#239;l Gorbatchev a entam&#233;es avec les dirigeants europ&#233;ens et am&#233;ricains qui ont mis fin, du moins pour quelques ann&#233;es, &#224; la guerre froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc besoin d'une nouvelle strat&#233;gie europ&#233;enne de d&#233;sarmement nucl&#233;aire et de paix, propos&#233;e par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Les gouvernements sont trop lents, et ils r&#233;pondent &#224; la guerre par la guerre. Ils comptent les pertes pour leurs propres grandes entreprises qui r&#233;sultent de l'interconnexion entre le capital russe et le capital occidental par le biais des investissements, du commerce, de la dette, des ol&#233;oducs, etc. Il doit y avoir un message clair de la part d'un mouvement populaire, tant en Russie qu'en Occident, qui forcerait ces gouvernements &#224; entamer de v&#233;ritables n&#233;gociations. Nous n'en avons pas assez pour l'instant, mais il y a eu un moment de reconnaissance de la gravit&#233; de la situation et de l'importance strat&#233;gique de l'Ukraine pour la paix europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Broder : Nous pouvons diffuser le message du mouvement pacifiste russe, et il est clair que la r&#233;sistance militaire ukrainienne peut susciter une certaine dissidence parmi les troupes russes. Mais comment construire un mouvement pour la paix qui ne se contente pas de pousser &#224; un nouvel accord entre Washington et Moscou sur la t&#234;te du peuple ukrainien et d'autres &#201;tats plus petits ou plus faibles ? L'invasion de Poutine a apparemment renforc&#233; le soutien &#224; l'OTAN, non seulement en Europe de l'Est mais aussi en Finlande, par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marko Bojcun :&lt;/strong&gt; Nous ne pourrons pas parvenir &#224; une paix durable en r&#233;formant les blocs.&lt;strong&gt; Le droit &#224; l'autod&#233;termination nationale doit &#234;tre au c&#339;ur de la paix mondiale. &lt;/strong&gt; Consid&#233;rer que la crise peut &#234;tre r&#233;solue par une nouvelle relation entre la Russie et l'Occident n'est pas la bonne fa&#231;on d'aborder le probl&#232;me. Il y a beaucoup de pays entre l'Occident et la Russie. La Russie poss&#232;de vingt et une bases et installations militaires en dehors de ses propres fronti&#232;res, dont dix-huit dans des &#201;tats ex-sovi&#233;tiques ind&#233;pendants. Ce sont des instruments du Kremlin en tant que gendarme de toute la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ukraine se trouve prise entre deux puissances militaires r&#233;gionales qui prot&#232;gent leurs projets d'int&#233;gration r&#233;gionale respectifs. Il y a l'Union &#233;conomique eurasienne de la Russie et son Organisation du trait&#233; de s&#233;curit&#233; collective, une alliance militaire qui est entr&#233;e en action tout r&#233;cemment au Kazakhstan. Il y a aussi les accords bilat&#233;raux que la Russie a conclus avec toute une s&#233;rie d'autres pays, dont la Chine. L'alliance de l'OTAN, dirig&#233;e par les &#201;tats-Unis, garantit la s&#233;curit&#233; militaire de l'Union europ&#233;enne et s'engage dans des guerres &#224; l'est et au sud de la F&#233;d&#233;ration de Russie. Ces deux projets d'int&#233;gration r&#233;gionale sont en expansion depuis longtemps ; on en est maintenant &#224; la confrontation. C'est ici, en Ukraine, que se trouve le c&#339;ur de cet affrontement, car pour les multinationales russes et l'&#201;tat russe la voie vers le statut transnational et vers le pouvoir passe par l'Ukraine en termes d'investissement, de commerce, de dette, de transport, de communications, etc. La Russie cherche &#224; &#233;tablir un lien fort et coop&#233;ratif avec le capital allemand. Cela effraie les &#201;tats-Unis, qui sont une puissance en d&#233;clin, certainement en Europe, une puissance qui a perdu l'initiative. Il y a donc ces deux roues de grands projets d'int&#233;gration r&#233;gionale qui broient l'Ukraine entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas &#234;tre un conseiller en politique &#233;trang&#232;re pour les gouvernements. Je veux plut&#244;t montrer qu'il existe une autre fa&#231;on d'aborder la situation que par le biais des gouvernements. Nous devons commencer par les grands principes. Cela signifie d'abord que chaque pays a le droit de se d&#233;fendre, mais qu'il doit retirer toutes ses forces militaires qui se trouvent &#224; l'ext&#233;rieur de son propre pays s'il les a plac&#233;es l&#224;.&lt;strong&gt; Deuxi&#232;mement, cela signifie que nous devons d&#233;sarmer, r&#233;duire et &#233;liminer les armes offensives.&lt;/strong&gt; Ces missiles massifs volent vers le centre des villes en ce moment m&#234;me. Nous devons parler de la cr&#233;ation d'un environnement coop&#233;ratif et de la mise en relation des personnes, c'est-&#224;-dire des mouvements civiques, sociaux et de d&#233;fense des droits de l'homme, des collectifs productifs et des organisations syndicales par-del&#224; les fronti&#232;res, afin d'instaurer une confiance et un soutien mutuels plut&#244;t que de s'en remettre enti&#232;rement aux gouvernements. Si nous commen&#231;ons &#224; construire une telle conception, nous pourrons peut-&#234;tre montrer qu'il existe une autre fa&#231;on d'aborder le probl&#232;me plut&#244;t que de s'int&#233;resser &#224; l'&#233;quilibre des pouvoirs entre les &#201;tats. Cela ne nous emp&#234;che pas de faire pression sur les &#201;tats et d'exiger des changements de politique publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, cependant, les Ukrainiens ne peuvent pas prendre part aux discussions sur une paix future durable. Cela doit venir plus tard, &#224; la fin de la guerre. Ils exigent la fin imm&#233;diate de l'agression dont ils sont victimes, demandant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment l'aide de ceux qui disent &#234;tre &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Ils sont de plus en plus frustr&#233;s par l'incapacit&#233; des &#201;tats occidentaux &#224; leur venir en aide, mais ils ne se font aucune illusion sur l'OTAN ni sur les int&#233;r&#234;ts que ce trait&#233; servira en fin de compte. Ils sont tout &#224; fait conscients et reconnaissants de l'aide pratique que leur apportent les organisations civiques, syndicales, de d&#233;fense des droits humains et les organisations caritatives. Cette aide contribue &#224; sauver des vies. Notre t&#226;che est de rester avec eux, de cr&#233;er et d'entretenir des liens avec eux, et d'exiger que le r&#233;gime de Poutine mette fin aux massacres. Les liens que nous tissons avec eux jetteront les bases de discussions approfondies et de d&#233;cisions ult&#233;rieures sur la paix &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marko Bojcun est un socialiste ukrainien, auteur de The Workers' Movement and the National Question in Ukraine 1897-1918 (Brill, Historical Materialism Book Series vol. 229, Leiden 2021). Il s'est entretenu avec David Broder, r&#233;dacteur europ&#233;en de Jacobin, de la mont&#233;e historique de l'identit&#233; nationale ukrainienne, de son d&#233;veloppement paradoxal au cours de la p&#233;riode sovi&#233;tique, et des perspectives de cohabitation pacifique entre les peuples d'Europe de l'Est aujourd'hui (&lt;a href=&#034;https://www.jacobinmag.com/2022/03/ukrainian-working-class-formation-ussr-nato-war-national-identity&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jacobinmag.com/2022/03/ukrainian-working-class-formation-ussr-nato-war-national-identity&lt;/a&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons traduit ici la partie de l'entretien concernant ces questions depuis 1921 (Traduit de l'anglais par JM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Simon Pirani, &#171; The Russian Statelets in the Donbass Are No &#8220;Peoples's Republics&#8221; &#187;, Jacobin du 2 mars 2022 : (&lt;a href=&#034;https://jacobinmag.com/2022/03/donbas-donetsk-luhansk-ukraine-russia-putin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://jacobinmag.com/2022/03/donbas-donetsk-luhansk-ukraine-russia-putin&lt;/a&gt;). En fran&#231;ais on lira avec int&#233;r&#234;t l'entretien de Hanna Perekhoda avec l'&#233;crivain Serhiy Jadan &#171; Dire la v&#233;rit&#233; sur la guerre du Donbass &#187;, paru dans solidarit&#233;S n&#176; 270 le 11 juin 2015 (disponible sur le site d'Europe solidaire sans fronti&#232;res : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35240&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article35240&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Jeffery R. Weber, &#171; E.P. Thompson's Romantic Marxism &#187;, Jacobin du 24 juillet 2015 : &lt;a href=&#034;https://www.jacobinmag.com/2015/07/making-english-working-class-luddites-romanticism&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jacobinmag.com/2015/07/making-english-working-class-luddites-romanticism&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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