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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Make Hollywood Great Again : le cin&#233;ma am&#233;ricain au c&#339;ur d'une bataille id&#233;ologique</title>
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		<dc:date>2025-09-09T07:49:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geographies en mouvement</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-09-09</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Hollywood, jadis vitrine du r&#234;ve am&#233;ricain, traverse une crise id&#233;ologique. Polarisation politique, pressions symboliques et recomposition des march&#233;s font du cin&#233;ma un champ de bataille. S'y rejoue la red&#233;finition des normes culturelles, des r&#233;cits dominants et de la projection internationale des valeurs nationales, entre fragmentation des publics et imp&#233;ratifs &#233;conomiques. (Nashidil Rouia&#239;) &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis plus d'un si&#232;cle, Hollywood n'est pas seulement une fabrique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Cinema-" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-09-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-09-09&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_le_2025-09-08_a_14.23_46-723f9.png?1781989769' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hollywood, jadis vitrine du r&#234;ve am&#233;ricain, traverse une crise id&#233;ologique. Polarisation politique, pressions symboliques et recomposition des march&#233;s font du cin&#233;ma un champ de bataille. S'y rejoue la red&#233;finition des normes culturelles, des r&#233;cits dominants et de la projection internationale des valeurs nationales, entre fragmentation des publics et imp&#233;ratifs &#233;conomiques. (Nashidil Rouia&#239;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/geographies-en-mouvement/blog/030925/make-hollywood-great-again-le-cinema-americain-au-coeur-d-une-bataille-ideologique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus d'un si&#232;cle, Hollywood n'est pas seulement une fabrique de r&#233;cits : c'est aussi un vecteur de projection des valeurs am&#233;ricaines &#224; l'&#233;chelle mondiale, un instrument central du soft power des &#201;tats-Unis[1]. &#192; travers ses productions cin&#233;matographiques et s&#233;rielles, l'industrie hollywoodienne a contribu&#233; &#224; fa&#231;onner des imaginaires collectifs bien au-del&#224; de ses fronti&#232;res[2]. Cette puissance symbolique, que Joseph Nye a d&#233;finie comme la capacit&#233; d'influencer sans contrainte, repose sur l'attractivit&#233; d'un mod&#232;le culturel. Mais ce r&#244;le n'est ni neutre ni immuable : l'histoire du cin&#233;ma am&#233;ricain est travers&#233;e par des tensions id&#233;ologiques, des conflits de repr&#233;sentation, des d&#233;bats sur la morale, l'identit&#233; et la norme sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque actuelle ne fait pas exception. La r&#233;&#233;lection de Donald Trump en 2025 a raviv&#233; les luttes culturelles, inscrivant l'industrie cin&#233;matographique dans une logique de polarisation accrue &#8722; vis-&#224;-vis de l'ex&#233;cutif, mais aussi au sein de ses propres publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vitrine viriliste et effluves de naphtaline&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de son mandat, Donald Trump a multipli&#233; les gestes symboliques vers le monde du cin&#233;ma. La nomination, en janvier 2025, de Sylvester Stallone, Mel Gibson et Jon Voight comme &#171; ambassadeurs &#187; de l'industrie hollywoodienne &#8722; sans mission d&#233;finie &#8722; rel&#232;ve moins d'une politique culturelle structur&#233;e que d'un affichage id&#233;ologique. Ces figures masculines, blanches, sexag&#233;naires, issues d'un cin&#233;ma d'action patriotique, incarnent une vision nostalgique de l'Am&#233;rique : virile, triomphante, unidimensionnelle. Cette mise en sc&#232;ne vise &#224; opposer les productions contemporaines, jug&#233;es trop woke, &#224; un &#226;ge d'or fictionnalis&#233;, d&#233;barrass&#233; de toute diversit&#233; revendiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce geste politique est performatif mais fragile. Il mobilise des symboles satur&#233;s, d&#233;tach&#233;s de toute strat&#233;gie industrielle coh&#233;rente et expose l'administration &#224; un double paradoxe : d'une part ces figures apparaissent aujourd'hui dat&#233;es, voire caricaturales ; d'autre part, elles sont peu compatibles avec les logiques &#233;conomiques dominantes du secteur, qui visent &#224; capter des publics jeunes, urbains et connect&#233;s &#8722; les salles de cin&#233;ma, par exemple, attirent majoritairement des spectateurs de 14 &#224; 34 ans, qui repr&#233;sentent environ la moiti&#233; des entr&#233;es. Mais ces publics ne se r&#233;sument pas &#224; une seule cat&#233;gorie : &#224; la fois dans les salles et sur les plateformes, les spectateurs se caract&#233;risent aujourd'hui par une grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, en termes d'&#226;ge, de capital culturel, d'origines ou de sensibilit&#233;s. Les plateformes comme Netflix[3] construisent leur strat&#233;gie autour de ce pluralisme, en s'appuyant sur des mod&#232;les algorithmiques capables d'agr&#233;ger des niches globales et de r&#233;pondre &#224; des attentes narratives multiples, parfois contradictoires[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'instrumentalisation de figures embl&#233;matiques du cin&#233;ma d'action, une offensive plus structurelle s'esquisse. Les politiques de diversit&#233;, d'&#233;quit&#233; et d'inclusion (DEI), promues depuis plusieurs ann&#233;es par des groupes comme Disney, Netflix ou Amazon Studios, sont devenues des cibles r&#233;currentes du pouvoir ex&#233;cutif : d&#232;s sa r&#233;&#233;lection, Donald Trump a interdit leur mise en &#339;uvre dans les agences f&#233;d&#233;rales et conditionn&#233; des aides publiques &#224; leur abandon dans les entreprises priv&#233;es. En parall&#232;le, certains films accus&#233;s de v&#233;hiculer un discours trop progressiste ont fait l'objet de pressions, voire de campagnes de boycott. La Petite Sir&#232;ne (Marshall, 2023), port&#233; par l'actrice afro-am&#233;ricaine Halle Bailey, ou Blanche-Neige (Webb, 2024), avec Rachel Zegler, actrice latino-am&#233;ricaine, ont &#233;t&#233; accus&#233;s d'effacer l'&#171; identit&#233; blanche &#187;. Dans un registre diff&#233;rent, The Apprentice (Abbasi, 2024), consacr&#233; aux d&#233;buts de Donald Trump, a suscit&#233; une hostilit&#233; intense. Le film, pourtant pr&#233;sent&#233; au Festival de Cannes en 2024, a eu de grandes difficult&#233;s &#224; trouver un distributeur aux &#201;tats-Unis. Il a ensuite &#233;t&#233; vis&#233; par des menaces de poursuites judiciaires, tandis que son acteur principal, Sebastian Stan, a rapport&#233; un isolement marqu&#233; au sein de la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retour d'un maccarthysme culturel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le avec le maccarthysme est tentant : dans les ann&#233;es 1950, les studios hollywoodiens avaient collabor&#233; activement avec les autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales pour censurer ou exclure les artistes jug&#233;s subversifs, sous l'impulsion de la commission HUAC (House Un-American Activities Committee). La situation actuelle semble pourtant diff&#233;rente : dans ce climat de tensions, les grands studios adoptent une posture de retenue. Loin d'un ralliement explicite &#224; la ligne id&#233;ologique de l'administration, il s'agit plut&#244;t d'un ajustement prudent des prises de position publiques et, parfois, des contenus. Ce repositionnement se lit notamment dans la faible politisation des grands &#233;v&#233;nements m&#233;diatiques du secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;r&#233;monie des Oscars en mars 2025 en a fourni une illustration. Aucun discours de soutien ou de critique n'a directement &#233;voqu&#233; l'administration en place, contrairement &#224; certaines ann&#233;es o&#249; plusieurs acteurs et actrices n'h&#233;sitaient pas &#224; exprimer des positions tranch&#233;es. Ce silence a d'ailleurs &#233;t&#233; remarqu&#233; et critiqu&#233;, non comme un signe d'adh&#233;sion, mais comme une forme d'&#233;vitement tactique, r&#233;v&#233;latrice de l'atmosph&#232;re tendue. Certaines prises de parole ponctuelles, comme celle de Jane Fonda lors des SAG Awards (Screen Actors Guild Awards), ont tent&#233; d'introduire une parole critique, bien que de mani&#232;re mesur&#233;e. Cette autocensure ne concerne pas uniquement les prises de position publiques : elle tend aussi &#224; infl&#233;chir les choix &#233;ditoriaux. La production de certains films devient plus risqu&#233;e &#8722; soit parce qu'elle est susceptible de heurter l'ex&#233;cutif, soit parce qu'elle expose ses acteurs ou r&#233;alisateurs &#224; des campagnes hostiles, notamment sur les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit cependant pas d'une transformation radicale du paysage cin&#233;matographique : les lignes de force qui structurent les contenus depuis plus d'une d&#233;cennie &#8722; diversification des r&#233;cits, ouverture &#224; de nouveaux visages, inclusion de th&#233;matiques soci&#233;tales &#8722; restent largement pr&#233;sentes, notamment sur les plateformes de streaming. Mais l'atmosph&#232;re actuelle pousse certains studios &#224; adopter une strat&#233;gie d'attente. Dans ce contexte, le climat de pr&#233;caution agit moins comme une censure que comme une logique de mise en veille : laisser passer la temp&#234;te, diff&#233;rer certaines productions, limiter les prises de risque en attendant un moment plus propice pour porter &#224; l'&#233;cran des r&#233;cits jug&#233;s potentiellement polarisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les moyens d'influence de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cette logique de mise en veille, il faut cerner les risques &#233;conomiques et pratiques auxquels l'industrie culturelle hollywoodienne est expos&#233;e. Si elle repose sur un mod&#232;le largement privatis&#233;, elle n'&#233;chappe pas totalement &#224; l'emprise des institutions publiques. Loin d'un pilotage direct &#224; la fran&#231;aise par un organe comme le CNC, le rapport entre les pouvoirs publics et les studios hollywoodiens s'inscrit dans une logique d'influence plus diffuse, mais non moins structurante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau f&#233;d&#233;ral, plusieurs instruments permettent d'exercer une pression strat&#233;gique. La Federal Communications Commission (FCC), organe de r&#233;gulation des t&#233;l&#233;communications, en constitue aujourd'hui le relais le plus visible. Officiellement ind&#233;pendante, mais pr&#233;sid&#233;e depuis 2024 par un proche du pr&#233;sident, la FCC a ouvert en 2025 une enqu&#234;te sur les politiques de diversit&#233; men&#233;es par le groupe Disney, sous pr&#233;texte d'examiner les pratiques internes de recrutement et de gouvernance. Si cette enqu&#234;te ne vise pas explicitement les contenus audiovisuels &#8722; ce qui serait inconstitutionnel &#8722; elle fonctionne comme un signal : les studios sont d&#233;sormais observ&#233;s. En creux, l'objectif politique transpara&#238;t : il s'agit infl&#233;chir les repr&#233;sentations par un encadrement des conditions de leur &#233;laboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres leviers viennent compl&#233;ter ce dispositif d'influence. L'administration f&#233;d&#233;rale peut conditionner son soutien &#224; l'industrie par des aides &#233;conomiques, des incitations fiscales, ou encore des autorisations logistiques. La mise &#224; disposition de ressources militaires par le Pentagone pour certains tournages &#8722; chars, avions, personnels techniques &#8722; constitue un soutien pr&#233;cieux pour certains blockbusters, en particulier dans le genre du film de guerre ou d'espionnage. Ce partenariat, ancien et bien document&#233;, peut &#234;tre suspendu ou r&#233;&#233;valu&#233; selon les priorit&#233;s politiques du moment, introduisant une forme de d&#233;pendance implicite entre studios et autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute l'&#233;chelon des &#201;tats : aujourd'hui, 37 &#201;tats am&#233;ricains proposent des dispositifs d'incitation &#224; la production cin&#233;matographique &#8722; cr&#233;dits d'imp&#244;t, aides &#224; l'installation, mise &#224; disposition de studios ou de d&#233;cors. Ces politiques territoriales, souvent concurrentielles, participent d'une &#233;conomie politique du cin&#233;ma qui repose notamment sur la territorialisation des tournages. Elles cr&#233;ent un environnement dans lequel les studios doivent composer avec les attentes politiques locales, parfois dans la ligne pr&#233;sidentielle, parfois plus progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les grandes op&#233;rations de fusion-acquisition &#8722; fr&#233;quentes dans le secteur des m&#233;dias et des plateformes &#8722; sont soumises &#224; validation par les agences f&#233;d&#233;rales. Ce pouvoir d'agr&#233;ment, technique en apparence, peut devenir un levier de n&#233;gociation. Dans un contexte de concentration croissante du secteur, les studios savent qu'un alignement avec l'administration en place peut faciliter certaines op&#233;rations strat&#233;giques. La prudence &#233;ditoriale devient alors un investissement symbolique, destin&#233; &#224; garantir des marges de man&#339;uvre commerciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral am&#233;ricain ne contr&#244;le pas l'industrie culturelle hollywoodienne, mais il contribue &#224; structurer les conditions dans lesquelles elle &#233;volue. Par un jeu d'actions indirectes, de pressions diffuses et de partenariats conditionnels, il agit comme un filtre, un catalyseur ou un frein, selon les configurations. Cette influence s'est accrue sous l'administration Trump, qui a su mobiliser les outils de l'&#201;tat pour r&#233;orienter, sans l'avouer, les repr&#233;sentations produites par Hollywood. Une strat&#233;gie d'autant plus efficace qu'elle ne repose pas sur l'imposition d'une ligne unique, mais sur l'activation s&#233;lective de d&#233;pendances structurelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fragmentation des r&#233;cits et polarisation id&#233;ologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions actuelles entre industrie cin&#233;matographique, pouvoirs publics et attentes sociales ne donnent pas lieu &#224; un basculement univoque du paysage audiovisuel am&#233;ricain. Au contraire, c'est par la fragmentation que se redessinent les &#233;quilibres : diversification des r&#233;cits, polarisation des publics, &#233;mergence de contre-industries conservatrices. Cette recomposition interne t&#233;moigne moins d'un alignement g&#233;n&#233;ralis&#233; sur une ligne id&#233;ologique que d'une adaptation tactique &#224; des rapports de force mouvants, dans un champ devenu instable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, les productions progressistes &#8722; int&#233;grant des th&#233;matiques li&#233;es &#224; la diversit&#233;, au genre, aux in&#233;galit&#233;s &#8722; demeurent pr&#233;sentes et parfois tr&#232;s performantes sur le plan &#233;conomique. C'est le cas du film Wicked (Chu, 2024), port&#233; par deux actrices issues des minorit&#233;s (Cynthia Erivo et Ariana Grande), qui figure parmi les plus gros succ&#232;s mondiaux r&#233;cents, malgr&#233; des campagnes de critique sur les r&#233;seaux sociaux. De m&#234;me, des s&#233;ries comme The Last of Us (HBO &#8211; 2023-2025), Arcane (Netflix &#8211; 2021-2024) ou Sex Education (Netflix &#8722; 2019-2023) participent &#224; incarner une ligne &#233;ditoriale inclusive, pl&#233;biscit&#233;e par une part importante du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on assiste &#224; l'essor de nouvelles plateformes et structures de production revendiquant une orientation conservatrice, religieuse, ou nationaliste. Des studios comme Angel Studios ou Pinnacle Peak Pictures (anciennement Pure Flix) se positionnent comme porteurs de productions conservatrices. Le premier a rencontr&#233; un succ&#232;s inattendu avec Sound of Freedom (Monteverde, 2023) centr&#233; sur le d&#233;mant&#232;lement d'un r&#233;seau de p&#233;docriminalit&#233; en Colombie, tandis que le second a produit la s&#233;rie de films God's Not Dead (2014-2024), qui d&#233;noncent les discriminations et les menaces subies par les chr&#233;tiens &#233;vang&#233;liques de la part des &#233;lites intellectuelles et culturelles aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette polarisation id&#233;ologique s'observe aussi dans les strat&#233;gies de distribution. Ces studios ont su contourner les circuits classiques en mobilisant les plateformes de streaming, les r&#233;seaux religieux et communautaires, ou encore les salles ind&#233;pendantes. Ils d&#233;veloppent une &#233;conomie de niche engag&#233;e, fond&#233;e sur la fid&#233;lit&#233; d'un public-cible, et sur des dispositifs de financement participatif ou de marketing communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, Hollywood ne s'uniformise pas, il se fragmente : la polarisation politique qui traverse la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine se traduit par une polarisation culturelle croissante, non seulement dans les r&#233;cits, mais dans les structures m&#234;mes de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Benezet, E., Courmont, B., (2007), Hollywood -Washington : Comment l'Am&#233;rique fait son cin&#233;ma, Paris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Armand Colin, 240 p. ; Valantin, J-M., (2003), Hollywood, le Pentagone et Washington. Les trois acteurs d'une strat&#233;gie globale, Paris, Editions Autrement, 206 p. ; Totman, S., (2009), How Hollywood Projects Foreign Policy, Basingstoke, Palgrave, 226 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Boss&#233;no, C-M., Gerstenkorn, J., (1992), Hollywood : l'usine &#224; r&#234;ves, Paris, Galimard, 176 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] On consid&#232;re ici Hollywood au sens large, en y incluant les plateformes de streaming, dans la mesure o&#249; elles jouent d&#233;sormais un r&#244;le central dans la production, la distribution et la structuration des r&#233;cits audiovisuels contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Wayne, M. L. (2021). &#8220;&lt;a href=&#034;https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/01634437211022723&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Netflix audience data, streaming industry discourse, and the emerging realities of &#8216;popular' television&lt;/a&gt;&#8221;. Media, Culture &amp; Society, 44(2), 193-209.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; &#233;couter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/cultures-monde/cinema-make-hollywood-great-again-8281120&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cin&#233;ma : Make Hollywood Great Again&lt;/a&gt; &#187;, France Culture, 23/4/2025.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le blogue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://geographiesenmouvement.com/2021/09/02/le-cinema-puissant-outil-du-soft-power-chinois/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cin&#233;ma, puissant outil du soft-power chinois&lt;/a&gt; &#187; (Nashidil Rouia&#239;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://geographiesenmouvement.com/2024/10/01/fredric-jameson-1934-2024-penseur-de-notre-detresse-politique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fredric Jameson, penseur de notre d&#233;tresse politique&lt;/a&gt; &#187; (Manouk Borzakian)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://geographiesenmouvement.com/2025/02/01/trump-maitre-de-la-geographie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trump, ma&#238;tre de la g&#233;ographie&lt;/a&gt; &#187; (Gilles Fumey)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://geographiesenmouvement.com/2024/01/24/geographie-de-la-violence-les-etats-unis-en-pole-position/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;G&#233;ographie de la violence : les &#201;tats-Unis en p&#244;le-position&lt;/a&gt; &#187; (Gilles Fumey)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fredric Jameson (1934-2024), penseur de notre d&#233;tresse politique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geographies en mouvement</dc:creator>


		<dc:subject>Les n&#244;tres</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-10-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fredric Jameson est mort le 22 septembre. Peu traduit en fran&#231;ais, il est l'un des penseurs les plus influents de ces 50 derni&#232;res ann&#233;es. Critique litt&#233;raire, th&#233;oricien de la postmodernit&#233;, Jameson offre de pr&#233;cieux outils pour penser le monde contemporain et les causes de notre impuissance politique. (Manouk Borzakian) &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'histoire d'une citation victime de son succ&#232;s : &#171; il est plus facile d'imaginer la fin du monde que d'imaginer la fin du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Gauche-politique-intellectuelle-et-debats-" rel="directory"&gt;Gauche politique, intellectuelle et d&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Les-notres-145-+" rel="tag"&gt;Les n&#244;tres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-10-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-10-08&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/capture_d_e_cran_le_2024-10-07_a_18.29_56-a681e.png?1781023210' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fredric Jameson est mort le 22 septembre. Peu traduit en fran&#231;ais, il est l'un des penseurs les plus influents de ces 50 derni&#232;res ann&#233;es. Critique litt&#233;raire, th&#233;oricien de la postmodernit&#233;, Jameson offre de pr&#233;cieux outils pour penser le monde contemporain et les causes de notre impuissance politique. (Manouk Borzakian)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/geographies-en-mouvement/blog/011024/fredric-jameson-1934-2024-penseur-de-notre-detresse-politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une citation victime de son succ&#232;s : &#171; il est plus facile d'imaginer la fin du monde que d'imaginer la fin du capitalisme &#187;. Il est du dernier chic de l'ass&#233;ner comme la v&#233;rit&#233; ultime de l'&#233;poque : le capitalisme &#8211; qu'on se garde bien de d&#233;finir au passage[1] &#8211; est un syst&#232;me si mauvais et destructeur, mais aussi tellement profond&#233;ment ancr&#233; dans le fonctionnement de nos soci&#233;t&#233;s et dans nos imaginaires, qu'on n'en sortira pas autrement que les pieds devant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un terrible paradoxe. Jameson, auteur en 1961 d'une th&#232;se sur Sartre et devenu un analyste incontournable des manifestations culturelles du capitalisme tardif, a consacr&#233; sa carri&#232;re intellectuelle &#224; rappeler l'absolue n&#233;cessit&#233; d'&#171; historiciser &#187; : comprendre une &#339;uvre passe par l'exploration du contexte, avec lequel elle interagit. Et le voici justement r&#233;duit &#224; une phrase choc, sans histoire ni contexte, pour penseurs et penseuses critiques de pacotille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paralysie intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe n'est qu'apparent et donne raison &#224; Jameson lui-m&#234;me : l'ignorance du contexte et de l'histoire est devenue le trait principal de notre appr&#233;hension collective du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire l'impasse sur le (con)texte de la trop c&#233;l&#232;bre citation n'en est pas moins regrettable. D'autant que &lt;a href=&#034;https://newleftreview.org/issues/ii21/articles/fredric-jameson-future-city&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'article&lt;/a&gt; dont elle provient, un compte rendu de lecture publi&#233; en 2003 dans la New Left Review, fournit des cl&#233;s pour saisir la pens&#233;e de Jameson. Ce dernier part de deux livres issus de s&#233;minaires organis&#233;s &#224; Harvard par l'architecte star et th&#233;oricien de l'urbanisme Rem Koolhaas. On y trouve une r&#233;flexion collective sur l'&#233;volution r&#233;cente du ph&#233;nom&#232;ne urbain, entre marchandisation des villes et fr&#233;n&#233;sie de la construction et reconstruction permanente. Jameson, apr&#232;s un rapide survol du contenu des deux volumes, tente de le passer au tamis de sa grille th&#233;orique. Intervient alors la fameuse citation (compl&#232;te) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelqu'un a dit un jour qu'il &#233;tait plus facile d'imaginer la fin du monde que d'imaginer la fin du capitalisme. On peut maintenant corriger cela et assister &#224; la tentative d'imaginer la fin du monde comme moyen d'imaginer le capitalisme[2]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au risque de l'autoplagiat, Jameson reprend une id&#233;e d&#233;j&#224; formul&#233;e en 1994, dans The Seeds of Time : &#171; Il semble plus facile pour nous aujourd'hui d'imaginer la d&#233;gradation permanente de la Terre et de la nature que l'effondrement du capitalisme tardif[3]. &#187; Au d&#233;but du 21e si&#232;cle, son constat demeure : nous sommes devenus incapables de penser l'avenir autrement que comme la r&#233;p&#233;tition d'un pr&#233;sent insoutenable. Et 20 ans plus tard, le succ&#232;s &#233;ditorial de la &lt;a href=&#034;https://geographiesenmouvement.com/2020/12/10/regard-spatial-sur-la-collapsologie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collapsologie&lt;/a&gt; fait figure de sympt&#244;me parmi d'autres de la persistance de cette difficult&#233; contemporaine &#224; penser l'histoire humaine autrement que comme une fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Incertitude spatiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre une telle paralysie intellectuelle et politique, l'article de 2003 avance une solution en forme de synth&#232;se de l'&#339;uvre de Jameson : il faut redonner un sens &#224; l'histoire, une histoire dont l'humanit&#233; serait actrice, fruit d'une projet collectif. L'injonction rappelle la proximit&#233; de son auteur avec une tradition marxienne h&#233;t&#233;rodoxe inaugur&#233;e par le premier Luk&#225;cs et poursuivie par l'&#201;cole de Francfort et les situationnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut trouver le rem&#232;de un peu vague. Mais le diagnostic compte autant que le rem&#232;de. Mieux : reconna&#238;tre le probl&#232;me constitue d&#233;j&#224; un geste intellectuel et politique, un pas de c&#244;t&#233; amor&#231;ant un changement. Acquis &#224; cette id&#233;e, Jameson s'est appliqu&#233; durant plusieurs d&#233;cennies &#224; identifier les traits de la postmodernit&#233;, &#233;poque co&#239;ncidant avec le d&#233;veloppement du capitalisme post-fordiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ographes et urbanistes retiendront, dans son ouvrage majeur Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif, la description du Westin Bonaventure. L'h&#244;tel de 33 &#233;tages, construit &#224; Los Angeles dans les ann&#233;es 1970, garantit &#224; qui le visite une exp&#233;rience d&#233;routante. Ses entr&#233;es lat&#233;rales ne m&#232;nent pas toutes au m&#234;me &#233;tage, ascenseurs de verre et escalators offrent le spectacle d'un mouvement perp&#233;tuel, on ne trouve pas la r&#233;ception sans aide et, depuis l'ext&#233;rieur, l'immense structure en verre renvoie un reflet d&#233;form&#233; des b&#226;timents alentour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, impossible de saisir la logique de l'ensemble. L'h&#244;tel con&#231;u par l'architecte John Portman r&#233;sume le monde contemporain, dans lequel nous peinons &#224; nous situer au sein d'un gigantesque r&#233;seau de communication qui semble infini et sans hi&#233;rarchie. Plus possible de se former une image mentale du monde comme totalit&#233;, d'en produire ce que Jameson nomme une &#171; cartographie cognitive &#187;. En constant changement et priv&#233; de grand r&#233;cit explicatif, le monde contemporain est insaisissable et g&#233;n&#232;re une incertitude permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma parano&#239;aque des ann&#233;es 1970, analys&#233; dans &lt;a href=&#034;http://www.lesprairiesordinaires.com/la-totaliteacute-comme-complot.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Totalit&#233; comme complot&lt;/a&gt;, t&#233;moignait d&#233;j&#224; de la mani&#232;re dont l'imaginaire du complot vient combler le manque de rep&#232;res sociopolitiques de l'&#233;poque. Plus r&#233;cemment, les &lt;a href=&#034;http://geographiesenmouvement.com/2020/04/15/penser-le-monde-dapres-grace-aux-zombies/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;films de zombies&lt;/a&gt; ont d&#233;peint le d&#233;ficit de sens dont souffrent les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines et les rem&#232;des qu'elles tentent d'y apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Litt&#233;rature, cin&#233;ma, urbanisme, la pens&#233;e foisonnante de Jameson d&#233;route parfois, stimule toujours. Proche par bien des aspects de la notion de &#171; modernit&#233; liquide &#187; de Zygmunt Bauman, sa critique de la postmodernit&#233; est incontournable pour esp&#233;rer sortir de l'orni&#232;re intellectuelle, culturelle et politique de ce d&#233;but de si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Essayons, pour la peine. Le capitalisme est un syst&#232;me &#233;conomique et politique dans lequel l'humanit&#233; se soumet aux exigences de la marchandise. Non seulement les individus consacrent l'essentiel de leur temps &#224; produire (via le travail salari&#233;) et &#224; consommer des marchandises. Mais la logique marchande &#8211; &#233;change mon&#233;tis&#233;, efficacit&#233;, quantit&#233;, performance &#8211; colonise leur vie, des vacances &#224; l'activit&#233; physique en passant par la nourriture et les relations amoureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Traduction approximative de : &#171; Someone once said that it is easier to imagine the end of the world than to imagine the end of capitalism. We can now revise that and witness the attempt to imagine capitalism by way of imagining th end of the world. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; It seems to be easier for us today to imagine the thoroughgoing deterioration of the earth and of nature than the breakdown of late capitalism. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fredric Jameson, &#171; &lt;a href=&#034;https://newleftreview.org/issues/ii21/articles/fredric-jameson-future-city&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Future City&lt;/a&gt; &#187;, New Left Review n&#176;21, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fredric Jameson, &lt;a href=&#034;https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782840563631-le-postmodernisme-ou-la-logique-culturelle-du-capitalisme-tardif-fredric-jameson/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme&lt;/a&gt;, ENSDBA, 2007 (trad. Florence Nevoltry, &#233;dition originale : 1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fredric Jameson, &lt;a href=&#034;http://www.lesprairiesordinaires.com/la-totaliteacute-comme-complot.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Totalit&#233; comme complot&lt;/a&gt;. Conspiration et parano&#239;a dans l'imaginaire contemporain, Les Prairies ordinaires (trad. Nicolas Vieillescazes, &#233;dition originale : 1992).&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;******&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Abonnez-vous &#224; notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir acc&#232;s aux articles publi&#233;s chaque semaine. &lt;/h2&gt;
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&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chicago 1995, un avant-go&#251;t de l'avenir</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chicago-1995-un-avant-gout-de-l-avenir</link>
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		<dc:date>2022-05-24T07:21:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geographies en mouvement</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;t&#233; 1995, la ville de Chicago subit une vague de chaleur in&#233;dite qui fera des centaines des victimes. Au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne climatique, les causes de cette catastrophe sont avant tout sociales, tels que la s&#233;gr&#233;gation spatiale, l'incapacit&#233; des pouvoirs publics &#224; faire face &#224; ce genre de situation ou encore le traitement m&#233;diatique de l'&#233;v&#232;nement. (Renaud Duterme) &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans de nombreux d&#233;sastres, la catastrophe est moins l'&#233;v&#233;nement en tant que tel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton52916-c6585.jpg?1781989769' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;t&#233; 1995, la ville de Chicago subit une vague de chaleur in&#233;dite qui fera des centaines des victimes. Au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne climatique, les causes de cette catastrophe sont avant tout sociales, tels que la s&#233;gr&#233;gation spatiale, l'incapacit&#233; des pouvoirs publics &#224; faire face &#224; ce genre de situation ou encore le traitement m&#233;diatique de l'&#233;v&#232;nement. (Renaud Duterme)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/19/chicago-1995-un-avant-gout-de-lavenir/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans de nombreux d&#233;sastres, la catastrophe est moins l'&#233;v&#233;nement en tant que tel que la fa&#231;on dont une soci&#233;t&#233; y r&#233;pond. L'&#233;pisode caniculaire survenu &#224; Chicago en 1995 constitue un cas d'&#233;cole des facteurs, et des manquements, ayant caus&#233; plus de 700 morts en quelques jours. Au travers d'un livre magistral, le sociologue &#233;tasunien Eric Klineberg en fait l'autopsie sociale. Comme il le sugg&#232;re, revenir sur cet &#233;v&#232;nement, et en tirer les le&#231;ons, s'av&#232;re crucial au regard des pr&#233;visions du GIEC quant &#224; la multiplication de ph&#233;nom&#232;nes climatiques extr&#234;mes &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le climat a bon dos !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire nous a montr&#233; que les catastrophes ne touchent pas les populations de la m&#234;me fa&#231;on. Elles r&#233;v&#232;lent au contraire les fractures (sociales, ethniques, territoriales) existant au sein d'une soci&#233;t&#233;. Pire encore, ces fractures constituent un ensemble de causes pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'origine des cons&#233;quences humaines et mat&#233;rielles de ladite catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chicago est une des villes les plus s&#233;gr&#233;gu&#233;es des &#201;tats-Unis. Cette s&#233;gr&#233;gation se manifeste autant dans l'espace que dans les divers indices socio-&#233;conomiques (taux de ch&#244;mage et de pauvret&#233;, esp&#233;rance de vie, niveau d'&#233;ducation, etc.), mais &#233;galement au regard des cons&#233;quences de la canicule de 1995, tr&#232;s variables g&#233;ographiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, parmi les quinze quartiers ayant comptabilis&#233; le plus de victimes, la plupart concentrent une forte proportion de personnes vivant seules, des taux de criminalit&#233; &#233;lev&#233;s et une pauvret&#233; sup&#233;rieure &#224; la moyenne. Plusieurs explications sont &#233;videntes, telles qu'une offre de logements moins salubres et non climatis&#233;s, voire une incapacit&#233; &#224; faire face aux co&#251;ts de l'&#233;lectricit&#233; et ainsi utiliser son climatiseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tragique &#233;v&#232;nement nous montre &#233;galement combien l'isolement peut se r&#233;v&#233;ler fatal dans pareilles circonstances. L'essentiel des personnes d&#233;c&#233;d&#233;es durant ces quelques jours vivaient seules et n'avaient que peu de contact avec leur famille ou leur voisinage. Or, ce qu'Eric Klineberg d&#233;montre, c'est que cet isolement est notamment la cons&#233;quence de dynamiques d&#233;mographiques et g&#233;ographiques, telles que des d&#233;cennies d'exode urbain et de p&#233;riurbanisation ayant vid&#233; des quartiers entiers de la ville, pr&#233;cipitant de nombreux habitants &#226;g&#233;s dans la solitude extr&#234;me en raison de l'&#233;loignement de leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet isolement est, en outre, davantage marqu&#233; dans des zones urbaines d&#233;grad&#233;es, marqu&#233;es par la violence et ayant subi de plein fouet la d&#233;sindustrialisation, et ce en raison d'un surcro&#238;t de peur chez des habitants craignant de sortir de chez eux. Dans cette logique, de nombreux m&#233;canismes participent &#224; cet effet d'&#233;vitement de l'espace public, tels que &#171; l'absence de commerces et de services susceptibles d'attirer des habitants dans les rues ; les obstacles &#224; la mobilit&#233; physique, tels que les escaliers en mauvais &#233;tat, les trottoirs en ruine et la faiblesse de l'&#233;clairage public ; ou encore l'indiff&#233;rence de services administratifs qui laissent les infrastructures locales &#224; l'abandon &#187;. En bref, un d&#233;clin annihilant peu &#224; peu toute vie sociale et un urbanisme qui favorise les trafics tout en d&#233;courageant les r&#233;seaux d'entraide et de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, certains quartiers, pourtant aux prises avec des difficult&#233;s socio-&#233;conomiques similaires, ont significativement &#233;t&#233; moins meurtris par la canicule, et ce pr&#233;cis&#233;ment en raison de l'existence &#171; d'une vie collective ext&#233;rieure, de rues fr&#233;quent&#233;es, de densit&#233; r&#233;sidentielle, de voisinage familial et d'activit&#233; commerciale intense &#187;. En d'autres termes, des conditions faisant que &#171; les personnes &#226;g&#233;es b&#233;n&#233;ficiaient de conditions &#233;cologiques favorables qui leur permettaient de sortir de chez elles et de profiter des infrastructures et des espaces publics locaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le management du d&#233;sastre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tude en question, l'auteur pointe &#233;galement la responsabilit&#233; de plusieurs ann&#233;es de politiques n&#233;olib&#233;rales pr&#244;nant le d&#233;sengagement de l'&#201;tat, la privatisation rampante des services publics et l'h&#233;g&#233;monie d'une logique manag&#233;riale au sein des administrations. Cela s'est traduit par une r&#233;duction des co&#251;ts au d&#233;triment de la pr&#233;servation de la vie humaine, principale cause du manque de personnel d'urgence d&#233;ploy&#233; sur le terrain lors des premiers jours de la canicule. Chose d'autant plus regrettable que de nombreux autres services destin&#233;s aux personnes &#226;g&#233;es avaient d&#233;j&#224; subi une diminution des subventions f&#233;d&#233;rales et locales, les obligeant &#224; r&#233;duire une partie de leur propre personnel et &#224; recourir &#224; des travailleurs temporaires moins co&#251;teux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, les administrations municipales avaient depuis longtemps sous-trait&#233; une gamme de services sociaux &#224; des entit&#233;s priv&#233;es, encourageant une soci&#233;t&#233; &#224; deux vitesses comme c'est devenu la norme dans de nombreux endroits depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans oublier, chose bien connue depuis, les m&#233;andres bureaucratiques &#224; franchir pour pouvoir b&#233;n&#233;ficier de prestations sociales, lesquels n&#233;cessitent bien souvent un ensemble de comp&#233;tences techniques et organisationnelles qui manquent &#224; de nombreuses personnes pr&#233;caris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle dans toute sa splendeur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands m&#233;dias se d&#233;lectent des catastrophes. Mais bien que les vagues de chaleur fassent de nombreuses victimes, elles font moins la une que d'autres &#233;v&#232;nements naturels plus spectaculaires (ouragans, s&#233;ismes, inondations, etc.). Et il est vrai que, contrairement &#224; ces derni&#232;res, l'essentiel des victimes sont dissimul&#233;es derri&#232;re les murs de leur habitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, dans un premier temps, les m&#233;dias ont d'abord diffus&#233; des images de personnes accabl&#233;es par la chaleur ou d'enfants se rafraichissant autour de bouches d'incendies, la saturation de la morgue va leur donner leur spectacle tant attendu, &#224; savoir &#171; des centaines de corps en attente, un parking occup&#233; par des camions frigorifiques eux-m&#234;mes remplis de cadavres et le personnel d&#233;bord&#233; qui essayait de g&#233;rer la situation &#187;. L&#224; o&#249; le b&#226;t blesse, c'est que ces images sensationnelles focalisent l'attention sur l'&#233;v&#232;nement en lui-m&#234;me &#171; au d&#233;triment des caract&#233;ristiques sociales et politiques sous-jacentes &#224; l'&#233;v&#232;nement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette naturalisation de la catastrophe a comme principal effet d'invisibiliser le profil des victimes. On sait que la fa&#231;on dont sont organis&#233;es les villes am&#233;ricaines contribue &#224; cette invisibilisation des plus pauvres. Mais la s&#233;gr&#233;gation s'op&#232;re &#233;galement dans les m&#233;dias, notamment &#224; travers des unes diff&#233;renci&#233;es en fonction des populations cibl&#233;es comme ce fut le cas lors de ces journ&#233;es suffocantes. Le Chicago Tribune a ainsi, dans son &#233;dition &#224; destination des zones suburbaines majoritairement blanches et plus ais&#233;es, remplac&#233; plusieurs planches consacr&#233;es aux d&#233;boires des victimes urbaines (d'avantages noires) de la canicule par d'autres reportages mettant en &#233;vidence le quotidien de populations blanches, voire n'ayant aucun rapport avec l'&#233;v&#232;nement en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, cette catastrophe trouve ses origines autant, sinon davantage, dans les (dys)fonctionnements de nos soci&#233;t&#233;s que dans des variables purement climatiques. Elle constitue un s&#233;v&#232;re avertissement quant &#224; nos choix de soci&#233;t&#233; et nos capacit&#233;s &#224; faire face &#224; des al&#233;as (climatiques ou autre) amen&#233;s &#224; s'aggraver dans les ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Klineberg : Canicule. Chicago, &#233;t&#233; 1995 : autopsie sociale d'une catastrophe, &#233;ditions 205 et &#201;cole urbaine de Lyon, 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renaud Duterme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://geographiesenmouvement.com/2022/05/10/chicago-1995-un-avant-gout-de-lavenir/#more-2874&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://geographiesenmouvement.com/2022/05/10/chicago-1995-un-avant-gout-de-lavenir/#more-2874&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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