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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Stanley Ryerson : militant r&#233;volutionnaire et historien</title>
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		<dc:date>2025-01-20T07:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Lafleur-Paiement, Nathan Brullemans</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-12-10</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'automne 2024 est l'occasion du lancement d'une nouvelle collection de livres chez M &#201;diteur, une petite maison d'&#233;dition install&#233;e au Qu&#233;bec et dont le catalogue se compose principalement d'ouvrages progressistes. La collection se pr&#233;sente ainsi : &#171; La s&#233;rie Recherches mat&#233;rialistes publie des ouvrages critiques en sciences sociales dans une perspective marxiste. Elle vise &#224; rendre accessibles divers travaux, pass&#233;s et pr&#233;sents, concernant l'histoire, l'&#233;conomie et la pens&#233;e politique, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-12-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-12-10&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/papineau-12b4f.png?1781310068' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'automne 2024 est l'occasion du lancement d'une nouvelle collection de livres chez M &#201;diteur, une petite maison d'&#233;dition install&#233;e au Qu&#233;bec et dont le catalogue se compose principalement d'ouvrages progressistes. La collection se pr&#233;sente ainsi : &#171; La s&#233;rie Recherches mat&#233;rialistes publie des ouvrages critiques en sciences sociales dans une perspective marxiste. Elle vise &#224; rendre accessibles divers travaux, pass&#233;s et pr&#233;sents, concernant l'histoire, l'&#233;conomie et la pens&#233;e politique, pour outiller les militant&#183;es contemporain&#183;es. La s&#233;rie d&#233;sire en particulier valoriser la recherche qu&#233;b&#233;coise ou portant sur le Qu&#233;bec. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 d&#233;cembre 2024 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier ouvrage publi&#233; est une r&#233;&#233;dition de Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration (Stanley Ryerson, 1972). Dans ce livre, l'auteur pr&#233;sente une synth&#232;se de la construction du Canada en int&#233;grant les &#233;l&#233;ments &#233;conomiques, sociaux et politiques, avec un int&#233;r&#234;t particulier pour la lutte des classes. Ce livre est constitutif de l'historiographe marxiste canadienne et rec&#232;le une valeur programmatique pour la collection, dont l'objectif est d'encourager une r&#233;flexion marxiste afin d'alimenter la lutte d'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. Contretemps vous pr&#233;sente ici la nouvelle pr&#233;face &#224; l'ouvrage, r&#233;dig&#233;e par Nathan Brullemans et Alexis Lafleur-Paiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanley Br&#233;haut Ryerson (1911-1998) demeure &#224; ce jour le plus important intellectuel marxiste canadien, tant pour son r&#244;le dirigeant au sein du Parti communiste du Canada (PCC) que pour ses contributions th&#233;oriques et historiques. Sa vie durant, il choisit de mettre son talent intellectuel au service du peuple, se privant longtemps d'une carri&#232;re prestigieuse &#224; laquelle le destinait son milieu d'origine. C'est ainsi que, dans les ann&#233;es 1930, il rejoint le Parti communiste, entra&#238;nant rapidement son licenciement du coll&#232;ge Sir George William's (Montr&#233;al).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il se consacre au travail militant comme journaliste, &#233;ducateur populaire et organisateur. Durant trente ans, il produit une riche documentation destin&#233;e aux ouvri&#232;res et aux ouvriers. Lorsqu'il quitte le Parti en 1971, il poursuit sa mission au sein de la jeune Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al (UQAM). Sa proximit&#233; avec le mouvement ind&#233;pendantiste lui attire la sympathie de la gauche qu&#233;b&#233;coise. Malgr&#233; ses ruptures et ses soubresauts, la trajectoire de Ryerson suit le fil d'un marxisme vivant, port&#233; vers la th&#233;orie, mais aussi profond&#233;ment enracin&#233; dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Ryerson incarnait jadis l'&#233;minente figure de l'intellectuel du Parti, sa vie et son &#339;uvre sont moins connues des jeunes g&#233;n&#233;rations, ce qui s'explique notamment par le ressac des grandes causes politiques qui furent les siennes, &#224; savoir le marxisme et l'autod&#233;termination du Qu&#233;bec. D'abord, le marxisme est entr&#233; en crise depuis les grandes d&#233;faites qu'a subies le mouvement ouvrier &#224; partir des ann&#233;es 1970[1], puis de l'effondrement du Bloc de l'Est en 1991. Les restructurations n&#233;olib&#233;rales, la flexibilisation du travail et le saccage des syndicats rendent maintenant difficile une politique ouvri&#232;re radicale[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les &#233;checs r&#233;f&#233;rendaires de 1980 et de 1995 ont affaibli le mouvement ind&#233;pendantiste qu&#233;b&#233;cois qui s'est repli&#233; dans une posture identitaire[3]. Ce climat d&#233;l&#233;t&#232;re complique la diffusion des id&#233;es marxistes, avec des cons&#233;quences pour la transmission de la pens&#233;e de Ryerson. Les &#233;tudes &#224; son sujet se font rares et ses ouvrages demeurent difficiles d'acc&#232;s. De fait, pratiquement aucun de ses livres n'a &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais, alors que Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration n'a pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; depuis 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, nous sommes convaincus que l'&#339;uvre de Ryerson, ainsi que sa m&#233;thode liant la recherche th&#233;orique et l'engagement politique, m&#233;ritent notre attention. C'est pourquoi nous proposons, dans cette introduction, de pr&#233;senter bri&#232;vement le parcours de Stanley Ryerson et les lignes de force qui traversent son &#339;uvre, sensible aux trajectoires nationales et coloniales. Partant, le lecteur pourra mieux appr&#233;cier le riche contenu du livre Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration, sa plus importante contribution &#224; l'historiographie canadienne et &#224; l'&#233;tude des trajectoires coloniales / nationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une vie intellectuelle et militante[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanley Br&#233;haut Ryerson est n&#233; le 12 mars 1911 dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle torontoise. Son p&#232;re est le doyen de la facult&#233; de m&#233;decine de l'Universit&#233; de Toronto et lui-m&#234;me fr&#233;quente la meilleure &#233;cole de la ville, le Upper Canada College (1919-1929). Il s'inscrit ensuite en langues modernes &#224; l'Universit&#233; de Toronto, tout en &#233;tant pr&#233;cepteur pour les enfants de certains des plus importants notables de la province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 1931, il s'installe &#224; Paris pour sa troisi&#232;me ann&#233;e d'&#233;tudes universitaires. Il y rencontre de jeunes marxistes et &#233;volue du lib&#233;ralisme progressiste de son adolescence vers le communisme. D&#232;s son retour au Canada (printemps 1932), il s'implique dans la Ligue des jeunes communistes (aile jeunesse du Parti communiste du Canada), puis devient r&#233;dacteur en chef du journal The Young Worker. En 1933-1934, le jeune Ryerson retourne &#224; Paris pour ses &#233;tudes de deuxi&#232;me cycle, toujours en langues modernes. L'&#233;poque est bouillante de contradictions sociales qui affermissent ses convictions. Il pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces deux s&#233;jours &#224; Paris sont d&#233;terminants pour [moi]. C'est l'&#233;poque de la crise, de la mont&#233;e des fascismes, et du Front populaire, et aussi celle o&#249; le marxisme et le communisme exercent une fascination certaine sur les intellectuels. C'est l'heure des choix ! [Je] consid&#232;re que le communisme est alors la seule voie susceptible de r&#233;soudre les probl&#232;mes sociaux et la crise des valeurs engendr&#233;es par le capitalisme.[5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1934, il s'installe &#224; Montr&#233;al afin d'enseigner au coll&#232;ge Sir George William's. L'exp&#233;rience est de courte dur&#233;e puisque Ryerson devient membre du Parti communiste du Canada, fait qui, lorsqu'il est connu en 1937, entra&#238;ne son licenciement. Alors que le PCC est en pleine ascension, il &#233;prouve des difficult&#233;s &#224; recruter des intellectuels, un vide qui permet &#224; Ryerson d'occuper un r&#244;le unique au sein de l'organisation[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1935, les choses s'acc&#233;l&#232;rent pour le jeune Stanley qui cumule les postes au sein du Parti. Il est nomm&#233; directeur du programme d'&#233;ducation du PCC, puis devient membre du comit&#233; central. L'organisation consid&#232;re alors que les Canadiens fran&#231;ais sont les &#171; masses les plus exploit&#233;es du Canada &#187; et cherche cons&#233;quemment &#224; d&#233;velopper sa pr&#233;sence au Qu&#233;bec[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryerson appara&#238;t comme la personne d&#233;sign&#233;e pour s'occuper de cette t&#226;che en sa qualit&#233; d'intellectuel bilingue. Il est &#233;lu secr&#233;taire du Parti pour le Qu&#233;bec et r&#233;dacteur en chef adjoint du journal de l'aile provinciale, Clart&#233;. &#192; partir de 1937, Ryerson travaille &#224; temps plein pour le Parti et devient un de ses principaux dirigeants, ce qui lui vaut d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, et de voir ses livres confisqu&#233;s puis br&#251;l&#233;s par la police. En 1939, il passe &#224; la clandestinit&#233;, peu de temps avant que le PCC soit d&#233;clar&#233; ill&#233;gal[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1942, les dirigeants communistes clandestins (dont Ryerson) d&#233;cident de se livrer aux autorit&#233;s et sont bri&#232;vement incarc&#233;r&#233;s, avant de lancer une organisation paravent pour le Parti communiste, appel&#233;e Parti ouvrier progressiste. Ryerson, de retour &#224; Toronto, continue de s'occuper de l'&#233;ducation et prend la t&#234;te de la nouvelle revue th&#233;orique National Affairs Monthly en 1944. Cette p&#233;riode agit&#233;e ne l'emp&#234;che pas de publier une quinzaine de livres et de brochures entre 1937 et 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1951 et apr&#232;s, Ryerson voyage r&#233;guli&#232;rement en URSS en tant que repr&#233;sentant du Parti et int&#232;gre la r&#233;daction de la revue du Kominform, Pour une paix durable et une d&#233;mocratie populaire. Il participe au XXe Congr&#232;s du Parti communiste d'Union sovi&#233;tique (1956) en tant que membre de la d&#233;l&#233;gation du Canada et rencontre Nikita Khrouchtchev. En 1960, Ryerson prend la direction du Centre d'&#233;tudes marxistes (Toronto) et dirige l'&#233;dition canadienne de la World Marxist Review.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette d&#233;cennie, il joue non seulement un r&#244;le dirigeant dans le Parti communiste du Canada, mais obtient aussi une renomm&#233;e dans le mouvement communiste mondial en tant que directeur de la revue Marxist Quarterly. Cette p&#233;riode faste est marqu&#233;e par la publication de deux ouvrages historiques majeurs : The Founding of Canada (1960) et Unequal Union (1968), traduit en fran&#231;ais sous le nom Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration (1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es suivantes se r&#233;v&#232;lent plus compliqu&#233;es pour Ryerson, qui d&#233;missionne de son poste au comit&#233; central en 1969 en raison de d&#233;saccords avec les autres dirigeants concernant l'invasion sovi&#233;tique de la Tch&#233;coslovaquie (1968), la question de l'autod&#233;termination du Qu&#233;bec et la d&#233;mocratie socialiste. En 1970, Ryerson se r&#233;installe &#224; Montr&#233;al o&#249; il est embauch&#233; comme professeur &#224; l'UQAM. Ses divergences avec le PCC persistant, il d&#233;cide de le quitter en 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement marxiste continue d'animer les travaux de Ryerson, mais c'est surtout dans le domaine acad&#233;mique qu'il brille dans les ann&#233;es 1970 et 1980, alors que la cause de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec devient son principal combat &#224; la m&#234;me &#233;poque. Il poursuit son implication dans le Comit&#233; international des sciences historiques, tout en publiant de nombreux articles. Il obtient un doctorat de l'Universit&#233; Laval (1987) en t&#233;moignage de son &#339;uvre, pour lequel il doit seulement &#233;crire un texte d'une cinquantaine de pages d&#233;crivant sa vie et sa vision de l'histoire[9]. Ryerson prend sa retraite en 1991 et obtient l'&#233;m&#233;ritat du d&#233;partement d'histoire de l'UQAM l'ann&#233;e suivante. Il d&#233;c&#232;de le 25 avril 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vie profond&#233;ment marqu&#233;e par l'action politique et intellectuellement riche a laiss&#233; des traces durables. Ryerson a r&#233;dig&#233; un grand nombre de textes : plus de 500 selon la recension non exhaustive de Robert Comeau et de Robert Tremblay[10]. De cette masse ressortent une vingtaine de livres et de brochures, dont les deux ouvrages fondamentaux parus en 1960 et en 1968. Sans pr&#233;tendre &#233;puiser le sujet, nous pouvons donner quelques indications au lecteur afin qu'il s'oriente dans cette &#339;uvre colossale, tout en soulignant ses traits fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'histoire du peuple &#187;, une &#339;uvre &#224; vocation politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Ryerson, bien que globalement coh&#233;rente dans sa m&#233;thode et ses sujets, semble form&#233;e de blocs successifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord les r&#233;flexions historiques dans un dessein d'&#233;ducation et d'agitation politique (vers 1935-1949), suivi d'une deuxi&#232;me p&#233;riode marqu&#233;e par l'approfondissement th&#233;orique et les questions internationales (vers 1950-1960), elle-m&#234;me suivie par la s&#233;quence des &#171; grandes &#233;tudes marxistes &#187; sur l'histoire du Canada (1960-1972) et, enfin, d'un quatri&#232;me moment plus acad&#233;mique, marqu&#233; du sceau de l'ind&#233;pendantisme (apr&#232;s 1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette division sch&#233;matique ne saurait gommer les r&#233;currences dans son &#339;uvre, au premier rang desquelles l'approche marxiste, la connexion entre th&#233;orie et pratique, et la centralit&#233; de l'histoire canadienne. C'est d'ailleurs sur ces &#233;l&#233;ments de continuit&#233; que nous voulons insister, avec une attention particuli&#232;re &#224; la m&#233;thode de Ryerson et &#224; ses ouvrages des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision de l'histoire de Stanley Ryerson est rest&#233;e &#233;tonnamment constante durant ses quelques soixante ann&#233;es de travail. La coh&#233;rence de sa d&#233;marche trouve son origine dans le programme initi&#233; par le Parti dans les ann&#233;es 1930 sous la direction de Margaret Fairley et de Ryerson. Ce projet, appel&#233; &#171; l'histoire du peuple &#187;, cherche &#224; pr&#233;senter une chronique du Canada et des luttes populaires canadiennes aux travailleurs, de mani&#232;re accessible et didactique. Les grandes &#233;tudes marxistes publi&#233;es par Ryerson dans les ann&#233;es 1960 forment l'apog&#233;e de ce programme au long cours[11], avec trois axes principaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, l'histoire est consid&#233;r&#233;e comme un outil n&#233;cessaire afin de comprendre les structures sociales du pr&#233;sent, dans le sillon du mat&#233;rialisme historique. Ensuite, l'histoire poss&#232;de une valeur heuristique pour &#233;duquer les classes laborieuses et &#233;lever leur niveau de conscience, permettant aussi de les int&#233;resser aux luttes politiques. Enfin, l'histoire peut servir d'appui aux luttes politiques concr&#232;tes, puisqu'elle permet de comprendre leurs ressorts, mais aussi parce qu'elle offre un bassin comprenant la totalit&#233; des exp&#233;riences accumul&#233;es par la classe ouvri&#232;re dans son combat pour son &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'histoire joue un r&#244;le essentiel dans le processus r&#233;volutionnaire, qui n'est pas sans rappeler &#171; l'historicisme r&#233;aliste &#187; d'Antonio Gramsci (1891-1937)[12]. Dans un article de 1947, Ryerson explique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre &#233;tude th&#233;orique portera fruit dans la mesure o&#249; elle fusionnera avec les t&#226;ches pratiques de la lutte. [&#8230;] Nous traitons de la vraie histoire de notre pays afin d'armer et d'inspirer le camp du peuple dans son combat contre le fascisme en Am&#233;rique, et pour aider &#224; faire avancer la lutte pour un Canada socialiste ! &#187;[13]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son &#233;loignement du marxisme r&#233;volutionnaire, Ryerson conserve le m&#234;me cadre &#233;pist&#233;mologique quarante ans plus tard, lorsqu'il explique en 1987 : &#171; Au plan social, l'histoire r&#233;pond &#224; des besoins pr&#233;cis : besoins de savoir leur gen&#232;se pour comprendre les probl&#232;mes actuels, besoin pour les groupes sociaux de prendre conscience de leurs racines et de leur identit&#233; pour devenir des agents efficaces. &#187;[14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'&#339;uvre de Ryerson a une propension multidisciplinaire qui associe l'histoire, l'&#233;conomie, les sciences politiques et les &#233;tudes culturelles. Ces diff&#233;rents domaines sont pour lui autant de moyens de conna&#238;tre les r&#233;alit&#233;s pass&#233;es et pr&#233;sentes, et des outils pour agir concr&#232;tement en vue de transformer la soci&#233;t&#233;. Cette ouverture est perceptible dans son approche &#224; la fois globale et situ&#233;e, puisque &#171; c'est dans un contexte international que se constitue le national &#187;[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, Ryerson n'a de cesse d'entretenir le dialogue avec ses camarades &#233;trangers, surtout par l'entremise du Comit&#233; international des sciences historiques. La focalisation sur le contexte canadien s'av&#232;re une mani&#232;re de comprendre les dynamiques internationales, sous forme d'&#233;tude de cas, quoique jamais r&#233;ductible totalement. Le chercheur militant doit pratiquer sans cesse des allers-retours dans ses analyses entre son domaine et les grands facteurs qui structurent le monde (capitalisme, imp&#233;rialisme). Apr&#232;s, l'&#233;tude d'un contexte donn&#233; demeure n&#233;cessaire pour v&#233;rifier les principes g&#233;n&#233;raux, mais aussi pour lutter efficacement dans ledit contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre mani&#232;re de synth&#233;tiser l'approche de Ryerson est d'affirmer avec Jean-Paul Bernard que sa m&#233;thode &#171; se caract&#233;rise par la valorisation, sans exclusive, de la totalisation, de la conceptualisation, et de la primaut&#233; du pr&#233;sent dans le rapport pr&#233;sent / pass&#233; &#187;[16]. C'est dans cette perspective qu'il &#233;tudie l'histoire de la transition du f&#233;odalisme au capitalisme (vers 1775-1840), le d&#233;veloppement de la classe ouvri&#232;re canadienne et les luttes politiques du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ses recherches, Ryerson croit que nous sommes en mesure de comprendre les structures politiques, sociales et &#233;conomiques qui fondent le Canada, et de mieux les combattre. Pour lui, le d&#233;veloppement du capitalisme canadien s'inscrit dans une transition internationale, mais implique une sp&#233;cificit&#233;, soit l'assujettissement des Canadiens fran&#231;ais, politiquement et &#233;conomiquement, ainsi que la rel&#233;gation aux marges des peuples autochtones. Son &#339;uvre accorde un int&#233;r&#234;t marqu&#233; aux rapports entre les diff&#233;rentes nations qui forment le Canada, o&#249; le droit &#224; l'autod&#233;termination des peuples joue un r&#244;le central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le PCC s'est longtemps crisp&#233; sur la question nationale qu&#233;b&#233;coise, les &#233;tudes pionni&#232;res de Ryerson sur le r&#233;publicanisme dans les deux Canadas l'entra&#238;nent vers une position d'ouverture. De sa fondation jusqu'au d&#233;but de la Seconde Guerre mondiale (1921-1939), le Parti refuse de reconna&#238;tre que les Canadiens fran&#231;ais forment une nation distincte, &#233;vacuant ipso facto la question de l'autod&#233;termination nationale[17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryerson joue alors un r&#244;le important dans la reconnaissance du Qu&#233;bec comme nation minoritaire, notamment gr&#226;ce &#224; son ouvrage French Canada (1943), o&#249; il met de l'avant les traditions d&#233;mocratiques et anti-imp&#233;rialistes du Qu&#233;bec. Jusque dans les ann&#233;es 1960, le PCC et Ryerson adh&#232;rent n&#233;anmoins aux th&#232;ses de L&#233;nine sur la question nationale, &#224; savoir que toute nation a un droit conditionnel &#224; l'autod&#233;termination, dans une logique de subordination aux luttes du prol&#233;tariat[18]. L'historien abandonne cette position apr&#232;s sa rupture avec le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sillage de la commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme au Canada, Ryerson qualifie le Qu&#233;bec de &#171; nation domin&#233;e &#187; et r&#233;examine le potentiel r&#233;volutionnaire du mouvement national qu&#233;b&#233;cois. La conjoncture politique, marqu&#233;e par les &#233;v&#233;nements d'Octobre 1970 et du Front commun intersyndical de 1972, prouve &#224; ses yeux la jonction entre la lutte de lib&#233;ration nationale et la lutte des classes[19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Ryerson n'est pas un souverainiste jusqu'au-boutiste : il d&#233;fend la reconnaissance des Franco-Qu&#233;b&#233;cois comme nation et leur droit r&#233;el &#224; l'autod&#233;termination qui lui semble irr&#233;alisable dans le Canada tel qu'il existe. Une f&#233;d&#233;ration socialiste demeure la solution qu'il privil&#233;gie en th&#233;orie, mais l'ind&#233;pendance est pr&#233;f&#233;rable dans le contexte bloqu&#233; de l'&#233;poque Trudeau. Cette position s'harmonise avec l'air du temps : &#171; Il para&#238;t assez &#233;vident que, tout au long des ann&#233;es 70, les positions de l'auteur correspondent au plus pr&#232;s au sentiment politique dominant au sein des mouvements sociaux du Qu&#233;bec, au point d'en constituer l'expression intellectuelle la mieux articul&#233;e. &#187;[20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'historien r&#233;volutionnaire d&#233;sire comprendre l'origine des structures d'exploitation qui s'imposent aux soci&#233;t&#233;s contemporaines, saisir les potentialit&#233;s de la classe ouvri&#232;re &#8211; agent r&#233;volutionnaire par excellence &#8211; et d&#233;couvrir comment instaurer les conditions sociopolitiques d'&#233;galit&#233; pour les nations, dont le Qu&#233;bec. Son &#339;uvre, &#171; essentiellement marqu&#233;e par le mat&#233;rialisme historique &#187;[21], concourt &#224; l'objectif d'un monde lib&#233;r&#233; du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour &#224; Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996, l'historien David Frank &#233;crivait au sujet de Stanley Ryerson : &#171; Le renouveau de l'histoire du Canada dans les derni&#232;res d&#233;cennies a accumul&#233; &#224; son endroit une dette qui est loin d'&#234;tre toujours reconnue. &#187;[22] Si cette m&#233;sestime persiste, un probl&#232;me plus grave affecte aujourd'hui l'&#339;uvre de Ryerson : son manque de lecteurs. Cet &#233;cueil est d'autant p&#233;nible que les ouvrages de Ryerson rec&#232;lent une valeur historique, &#233;pist&#233;mologique, didactique et heuristique importante pour approcher l'histoire du Canada. Plus de cinquante ans apr&#232;s sa publication, l'heure est venue d'un retour &#224; &lt;strong&gt;Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage para&#238;t aux &#233;ditions Parti pris en 1972, en tant que &#171; version refondue, corrig&#233;e et augment&#233;e &#187; du livre Unequal Union sorti en anglais en 1968[23]. Le titre francophone est sans doute plus conforme &#224; l'esprit du projet de Ryerson qui veut &#233;clairer en chass&#233;-crois&#233; les structures &#233;conomiques et politiques, c'est-&#224;-dire la concomitance des processus d'accumulation dans la colonie et la formation d'un appareil d'&#201;tat bourgeois moderne, hostile aux nations minoritaires et aux souverainet&#233;s autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale de Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration est la suivante : &#171; Quel rapport y aurait-il entre l'institution du travail salari&#233; et la Conf&#233;d&#233;ration canadienne ? En d'autres termes : entre l'industrie capitaliste et la question nationale ? &#187;[24] Les deux axes qui expliquent l'histoire du Canada seraient, d'un c&#244;t&#233;, les classes sociales et la transition vers le capitalisme, et de l'autre, la consolidation des appareils d'&#201;tat et les principes d&#233;mocratiques nationaux. La proposition de Ryerson consiste &#224; restituer la formation de ces cat&#233;gories &#224; travers la combinaison de la lutte des classes et du contexte colonial / national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s'inscrit dans le renouveau de l'historiographie marxiste canadienne des ann&#233;es 1970[25]. N&#233;anmoins, contrairement &#224; la tradition &#233;conomiciste issue de la IIe Internationale, Ryerson ne consid&#232;re pas les ph&#233;nom&#232;nes &#233;tatiques et nationaux comme de simples reflets superstructurels de la base &#233;conomique[26]. Il se distancie du structuralisme althuss&#233;rien qui pr&#233;conise une subordination de l'histoire &#224; la philosophie marxiste (&#224; travers les concepts de classes, de surd&#233;termination, d'appareils id&#233;ologiques d'&#201;tat, d'instances et de modes de production). Son &#339;uvre s'inscrit plut&#244;t dans l'historicisme d'Edward P. Thompson, qui demeure attach&#233; &#224; une m&#233;thode inductive et &#224; la recherche empirique[27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, Ryerson accorde une primaut&#233; aux &#233;v&#233;nements, &#224; l'agentivit&#233; humaine et &#224; l'impr&#233;visibilit&#233; de la lutte des classes. Comme il le dit, son projet est celui d'une &#171; histoire socio-&#233;conomique, politique et philosophique qui tienne pleinement compte des r&#233;alit&#233;s sociales, nationales, humaines &#187;[28]. Il s'en d&#233;gage une m&#233;thode d'interpr&#233;tation historique flexible qui, sans mobiliser un appareil conceptuel abstrait, int&#232;gre les notions marxistes avec agilit&#233; et une certaine simplicit&#233;[29].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'ouvrage renvoie dos &#224; dos les lectures &#233;conomicistes et nationalistes de l'histoire canadienne, qui recoupent approximativement les vues des &#201;coles historiques de Qu&#233;bec et de Montr&#233;al[30]. La premi&#232;re vision, incarn&#233;e par Fernand Ouellet, pr&#233;tend que la Conqu&#234;te anglaise de 1760 n'entra&#238;ne pas une coupure radicale avec l'&#233;conomie de la Nouvelle-France. L'accent est mis sur la continuit&#233; des structures coloniales, mercantiles et seigneuriales ainsi que sur la prolongation du commerce des fourrures, quoiqu'en soulignant le dynamisme &#233;conomique impuls&#233; par les marchands anglais[31].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re semblable, l'historien Harrold Innis contribue &#224; l'histoire &#233;conomique du Canada en insistant sur les aspects techniques et g&#233;ographiques. Ryerson estime que la th&#232;se de Ouellet se focalise unilat&#233;ralement sur la conjoncture &#233;conomique et n&#233;glige les questions nationales et politiques, notamment les r&#233;volutions atlantiques et l'arriv&#233;e massive des loyalistes qui entra&#238;ne un d&#233;veloppement in&#233;gal des institutions politiques[32]. Dans le cas d'Innis, notre auteur consid&#232;re que son &#171; mat&#233;rialisme &#187; ressemble plut&#244;t &#224; une m&#233;taphysique, car il fait l'histoire de l'extraction des ressources naturelles en d&#233;connexion des rapports sociaux qui m&#233;diatisent la nature, &#233;vacuant du coup la r&#233;f&#233;rence aux classes sociales[33].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#234;me oppos&#233;, la th&#232;se du &#171; nationalisme traditionnel &#187; port&#233;e par Lionel Groulx appara&#238;t aussi inacceptable, car elle comprend la nation comme une &#171; mystique r&#233;actionnaire &#187; et &#171; emp&#234;che de situer le fait national dans le contexte universel de l'&#233;volution des formations socio-&#233;conomiques &#187;[34].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ryerson, l'empire colonial rel&#232;ve d'un espace mondial o&#249; se joue un conflit entre de nombreuses classes et fractions de classes : marchands anglais, petits-bourgeois r&#233;publicains, capitaines d'industrie &#233;mergente, seigneurs, clercs, paysannerie&#8230; sans oublier la classe ouvri&#232;re naissante. Le recoupement des positions de classes et des int&#233;r&#234;ts nationaux permet de d&#233;passer l'explication simpliste de l'&#233;cole nationaliste[35].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration pr&#233;sente la formation de l'&#201;tat canadien dans le contexte d'une transition in&#233;gale de l'&#233;conomie d'Ancien R&#233;gime vers le mode de production capitaliste. Dans le sillage de Maurice Dobb, Ryerson rappelle la distinction analytique entre le capital marchand et le capital industriel[36]. Les march&#233;s pr&#233;capitalistes sont compatibles avec le commerce m&#233;tropolitain, alors que le passage au capitalisme commande la transformation de la terre en capital, la d&#233;possession des producteurs directs et, &#224; terme, l'irruption d'une r&#233;volution industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Ryerson repose sur l'id&#233;e que l'essor de la petite industrie caract&#233;rise la transition capitaliste autour de 1830. Cette dynamique s'exprime selon lui &#224; travers trois secteurs : 1) le commerce du bois et les chantiers maritimes, 2) les usines et les ateliers, et 3) l'expansion de la petite entreprise de biens de consommation. Dans les deux premiers cas, les capitalistes sont canadiens-anglais (avec des prol&#233;taires francophones), alors que le troisi&#232;me secteur est domin&#233; par &#171; l'embryon d'une bourgeoisie industrielle francophone &#187;[37]. Mais cette transition est bloqu&#233;e par les forces coloniales, &#233;conomiques comme politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inertie coloniale est aggrav&#233;e par la crise qui s&#233;vit dans les campagnes, r&#233;sultat de la distribution in&#233;gale des terres, du renforcement des charges f&#233;odales apr&#232;s la Conqu&#234;te et des mauvaises r&#233;coltes. Cette crise agraire plus ou moins permanente (avec une intensit&#233; particuli&#232;re dans les ann&#233;es 1830) pousse des milliers d'habitants &#8211; c'est-&#224;-dire des paysans canadiens fran&#231;ais &#8211; &#224; migrer vers les &#201;tats-Unis, sans avoir &#233;t&#233; pr&#233;alablement transform&#233;s en prol&#233;taires salari&#233;s, en raison de l'absence de travail industriel suffisant en ville. Il faut attendre l'&#233;touffement des insurrections de 1837-1838 pour lancer la r&#233;volution industrielle canadienne et construire des institutions bourgeoises modernes[38].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que Ryerson discerne l'apparition d'un conflit de classe qui oppose les petits capitalistes industriels aux &#233;lites aristocratiques, marchandes et cl&#233;ricales. En s'appuyant sur le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ralis&#233; des habitants face au r&#233;gime seigneurial, les conditions sont m&#251;res pour la r&#233;volution. C'est &#224; partir de ces antagonismes que Ryerson pose le diagnostic d'une r&#233;volution bourgeoise avort&#233;e. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il d&#233;crit les insurrections de 1837-1838 comme une &#171; r&#233;volte paysanne dirig&#233;e par la petite-bourgeoise &#187; ou encore &#8211; d'une mani&#232;re aussi stimulante que paradoxale &#8211; comme une &#171; r&#233;volution bourgeoise sans bourgeoisie &#187;[39].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les insurrections se manifestent &#224; un moment o&#249; le pouvoir des capitalistes canadiens appara&#238;t encore bigarr&#233;. Certains des insurg&#233;s sont attach&#233;s au r&#233;gime seigneurial, comme Louis-Joseph Papineau. Il n'en demeure pas moins que les r&#233;volutions au Canada adoptent l'esprit d&#233;mocratique bourgeois de l'&#233;poque, tout en s'incarnant de mani&#232;re originale suivant leur situation g&#233;opolitique et &#233;conomique[40].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ryerson consid&#232;re aussi l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire canadienne comme une it&#233;ration des r&#233;volutions atlantiques, au sens de l'historien Jacques Godechot[41]. Il rappelle l'influence politique des r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise, ainsi que leur impact sur la formation intellectuelle des leaders canadiens. L'historien note des filiations directes, comme pour l'exil&#233; polonais Von Schultz qui avait combattu le despotisme du tsar en Pologne en 1831, avant de s'engager dans la r&#233;volution du Haut-Canada[42].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme des Patriotes est loin d'exprimer un sentiment ethnique &#233;troit, comme le pense lord Durham qui r&#233;fl&#233;chit les r&#233;bellions en termes de conflit de &#171; races &#187;. Il est plus juste de parler d'un &#171; patriotisme d&#233;mocratique &#187; se pr&#233;occupant de la condition des Canadiens fran&#231;ais. C'est un fils de loyalistes, Robert Nelson, qui proclame le 28 f&#233;vrier 1838 la R&#233;publique du Bas-Canada. Sans oublier, de mani&#232;re plus fondamentale, que l'action r&#233;volutionnaire de 1837-1838 a lieu dans les deux Canadas, o&#249; les colons d'origine britannique se soul&#232;vent aussi[43].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur con&#231;oit les insurrections du Haut et du Bas-Canada comme des s&#339;urs. Leurs origines sont similaires : c'est l'oppression du pouvoir imp&#233;rial, et la domination des marchands et des propri&#233;taires terriens. Dans le Haut-Canada, c'est le despotisme du &#171; family compact &#187; sur les petits colons qui m&#232;ne &#224; une lutte arm&#233;e de lib&#233;ration nationale. Le leader William Lyon Mackenzie d&#233;clare sa solidarit&#233; avec l'insurrection du Bas-Canada, bien que les liens militaires soient trop faibles pour mener &#224; la r&#233;ussite de la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;publicains sont aussi en faveur de l'abolition de l'esclavage, alors que la d&#233;claration d'ind&#233;pendance de Nelson affirme que les Autochtones poss&#232;dent les m&#234;mes droits que tous les autres citoyens. Dans le Bas-Canada, les r&#233;criminations contre le despotisme du gouverneur, l'arbitraire des autorit&#233;s, les blocages sociaux et &#233;conomiques, ainsi que l'inf&#233;riorisation des francophones, se m&#234;lent dans un mouvement r&#233;volutionnaire, nationaliste et r&#233;publicain, avec une direction d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair pour Ryerson que le triomphe de la contre-r&#233;volution n'efface pas l'apport d&#233;cisif des r&#233;bellions aux transformations politiques et &#233;conomiques de la colonie. C'est apr&#232;s l'Acte d'Union de 1840 que le gouvernement responsable est &#233;tabli gr&#226;ce &#224; la pression de Lafontaine, offrant les bases de l'&#233;tat bourgeois &#233;tabli en 1867.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces &#233;l&#233;ments politiques seraient insuffisants pour comprendre pleinement le d&#233;veloppement du Canada : ce qu'il fallait pour unir le pays, c'est un r&#233;seau de communication efficace, un chemin de fer. &#192; partir de 1850, il se d&#233;veloppe un capitalisme de connivence entre les hommes d'&#201;tat canadiens et les grandes compagnies de chemin de fer, particuli&#232;rement la Grand Trunk Railway. Le train devient l'instrument du colonialisme et permet de lancer les bases d'une accumulation capitaliste &#233;largie, principalement au service des int&#233;r&#234;ts anglais[44].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage prend au s&#233;rieux la question du colonialisme et ses effets corrosifs sur les soci&#233;t&#233;s autochtones, soulignant &#171; l'exploitation effr&#233;n&#233;e des populations indig&#232;nes &#187;, marqu&#233;e par la violence de l'accumulation primitive[45]. Pour Ryerson, cela rel&#232;ve d'un &#171; r&#233;gime de colonialisme infiniment plus opprimant et impitoyable que celui qui fut par la suite impos&#233; aux colonies blanches par leur m&#233;tropole &#187;[46].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus d'un siphonnage de l'&#233;conomie traditionnelle, il faut ajouter les strat&#233;gies d'accaparement des terres stimul&#233;es par l'expansion territoriale d'un Canada voulant imposer son h&#233;g&#233;monie a mari usque ad mare. C'est &#224; partir de ces transformations qu'il faut comprendre les soul&#232;vements des M&#233;tis de 1869 et de 1885 que Ryerson consid&#232;re comme &#171; le seul exemple d'une intervention r&#233;elle des masses dans la question de la Conf&#233;d&#233;ration &#187;[47].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que Ryerson con&#231;oit la domination et l'exploitation des Premi&#232;res Nations par l'Empire britannique en deux temps, qui r&#233;pondent &#224; la logique de transition du colonialisme classique vers l'imp&#233;rialisme. Le premier moment est l'exploitation mercantile coloniale du travail autochtone &#224; travers le commerce des fourrures, au profit des marchands anglais (jusqu'en 1840 environ)[48]. La seconde phase, caract&#233;ris&#233;e par la domination capitaliste, implique un double mouvement de prol&#233;tarisation et d'encasernement des peuples autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, dans Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration, Ryerson offre une remarquable le&#231;on d'histoire int&#233;gr&#233;e, avec une focale sur les classes populaires et les peuples minoritaires. Il atteint son objectif d'&#233;crire une histoire &#224; m&#234;me d'&#233;clairer la conscience collective, et de nous aider &#224; lutter contre des syst&#232;mes d'exploitation profond&#233;ment enracin&#233;s, mais jamais irr&#233;vocables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'&#339;uvre pionni&#232;re de Ryerson, de nombreuses avanc&#233;es ont &#233;t&#233; faites sur le terrain de l'histoire sociale au Qu&#233;bec, alors que le marxisme s'est consid&#233;rablement renouvel&#233; dans sa m&#233;thode historique[49]. Pareillement, divers travaux stimulants ont vu le jour depuis les ann&#233;es 1990 concernant les r&#233;bellions de 1837-1838 et la transition vers le capitalisme au Canada. Les contributions les plus importantes associent les insurrections patriotes aux r&#233;volutions atlantiques et &#233;clairent leur contenu r&#233;publicain, des id&#233;es qui trouvent leur origine dans l'&#339;uvre de Stanley Ryerson[50].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la jonction du marxisme et de l'histoire, la discussion sur la transition au Canada a fait des progr&#232;s consid&#233;rables. Plusieurs hypoth&#232;ses ont &#233;t&#233; formul&#233;es quant &#224; la nature des modes de production dans la vall&#233;e du Saint-Laurent et aux causes des changements sociaux aff&#233;rents[51]. &#192; la lumi&#232;re de ces travaux, Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration appara&#238;t comme une &#339;uvre s&#233;minale, pleine d'intuitions qui n'ont pas fini de produire leurs fruits et, surtout, porteuse d'une m&#233;thode dialectique dont la ma&#238;trise n'a gu&#232;re d'&#233;quivalent. Ainsi, le projet de Stanley Ryerson d'une sociologie historique de la formation &#233;tatique, coloniale et nationale, li&#233;e &#224; une th&#233;orie de la transition vers le capitalisme, continue de susciter l'int&#233;r&#234;t[52].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, laissons place &#224; l'&#339;uvre de Stanley Br&#233;haut Ryerson. Que la lectrice ou le lecteur y trouve une histoire riche et vivante, pr&#233;sent&#233;e suivant une m&#233;thode marxiste dont il ne faut jamais oublier le potentiel heuristique et r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nathan Brullemans et Alexis Lafleur-Paiement[53]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montr&#233;al, le 15 juin 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Sur la crise du marxisme, voir MOREAU, Fran&#231;ois et Richard POULIN. &#171; Mont&#233;e et d&#233;clin du marxisme au Qu&#233;bec &#187; dans Critiques socialistes, no 1 (automne 1986), pages 101-146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#192; ce sujet, voir notamment CAMFIELD, David. La crise du syndicalisme au Canada et au Qu&#233;bec, Montr&#233;al, M &#201;diteur, 2014, et ROBERT, Martin et Martin PETITCLERC. Gr&#232;ve et paix. Une histoire des lois sp&#233;ciales au Qu&#233;bec, Montr&#233;al, Lux, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] PIOTTE, Jean-Marc et Jean-Pierre COUTURE. Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Qu&#233;bec, Montr&#233;al, Qu&#233;bec Am&#233;rique, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La meilleure source biographique demeure COMEAU, Robert et Robert TREMBLAY (dir.). Stanley Br&#233;haut Ryerson, un intellectuel de combat, Hull, Vents d'Ouest, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] RYERSON, Stanley B. Conna&#238;tre l'histoire, comprendre la soci&#233;t&#233; : un rapport en voie de mutation ?, th&#232;se de doctorat, Universit&#233; Laval, 1987, page 44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] KEALEY, Gregory. &#171; Stanley Br&#233;haut Ryerson : intellectuel r&#233;volutionnaire canadien &#187; dans COMEAU, Robert et Bernard DIONNE (dir.). Le droit de se taire. Histoire des communistes au Qu&#233;bec, Montr&#233;al, VLB, 1989, page 200.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] BISAILLON, Jo&#235;l. Stanley Br&#233;haut Ryerson (1911-1998) et l'analyse de sa pens&#233;e sur la question nationale au Qu&#233;bec, m&#233;moire de ma&#238;trise, Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, 2008, page 53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Le PCC est interdit &#224; trois reprises : en 1921, 1932 et 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] RYERSON. Conna&#238;tre l'histoire, comprendre la soci&#233;t&#233;, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] COMEAU et TREMBLAY. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 1996, pages 381-411.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] KEALEY, Gregory. &#171; Stanley Br&#233;haut Ryerson : historien marxiste &#187; dans COMEAU et DIONNE. Le droit de se taire, 1989, page 250.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] DOUET, Yohann. L'histoire et la question de la modernit&#233; chez Antonio Gramsci, Paris, Garnier, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] RYERSON, Stanley B. &#171; Marxism and the Writing of Canadian History &#187; dans National Affairs Monthly, vol. 4-2 (1947), page 51. Nous traduisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] RYERSON. Conna&#238;tre l'histoire, comprendre la soci&#233;t&#233;, 1987, page 45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] RYERSON, Stanley B. &#171; &#192; propos de Les syndicats nationaux&#8230; de Jacques Rouillard &#187; dans Revue d'histoire de l'Am&#233;rique fran&#231;aise, vol. 35-3 (1981), page 400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Dans COMEAU et TREMBLAY. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 1996, page 98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] BISAILLON. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 2008, page 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] BISAILLON. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 2008, page 93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] BISAILLON. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 2008, page 182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Sur l'enjeu des liens entre le Canada et le Qu&#233;bec, voir l'excellent DENIS, Serge. &#171; Stanley B. Ryerson et le Qu&#233;bec contemporain, 1965-1993 &#187; dans COMEAU et TREMBLAY. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 1996, pages 157-208 (page 196 pour la citation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] MASS&#201;, Georges. &#171; D&#233;marche historienne et apport d'un marxiste qu&#233;b&#233;cois &#224; l'historiographie ouvri&#232;re &#187; dans COMEAU et TREMBLAY. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 1996, page 307.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] FRANK, David. &#171; L'influence de Stanley B. Ryerson aupr&#232;s de la nouvelle gauche anglo-canadienne &#187; dans COMEAU et TREMBLAY. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 1996, page 359.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Le livre conna&#238;t deux &#233;ditions en fran&#231;ais, d'abord sous le titre Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration (1972) puis sous le titre Capitalisme et conf&#233;d&#233;ration (1978) qui pr&#233;sentent le m&#234;me texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Par exemple : BOURQUE, Gilles. Classes sociales et question nationale au Qu&#233;bec, 1760-1840, Montr&#233;al, Parti pris, 1970 ; BOURQUE, Gilles et Anne LEGAR&#201;. Le Qu&#233;bec. La question nationale, Paris, Maspero, 1979 ; NIOSI, Jorge. La bourgeoisie canadienne. La formation et le d&#233;veloppement d'une classe dominante, Montr&#233;al, Bor&#233;al, 1980 ; GAGNON, Charles. Feu sur l'Am&#233;rique, Montr&#233;al, Lux, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] RYERSON, Stanley, B. &#171; Prise de conscience : nationalit&#233; et tensions soci&#233;tales. Notes pour un t&#233;moignage &#187; dans Cahiers de recherche sociologique, no 20 (1993), page 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] THOMPSON, Edward P. The Making of the English Working Class, New York, Penguin, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] FECTEAU, Jean-Marie. &#171; Classes, d&#233;mocratie, nation. La transition au capitalisme chez Stanley B. Ryerson &#187; dans COMEAU et TREMBLAY. Stanley Br&#233;haut Ryerson, 1996, page 238.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] OUELLET, Fernand. Histoire &#233;conomique et sociale du Qu&#233;bec (1760-1850), Montr&#233;al, Fides, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, pages 25-26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 514, et KEALEY. &#171; Stanley Br&#233;haut Ryerson : historien marxiste &#187;, 1989, page 248.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 504.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 515.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972,page 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] KEALEY. &#171; Stanley Br&#233;haut Ryerson : historien marxiste &#187;, 1989, page 254.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 113.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] KEALEY. &#171; Stanley Br&#233;haut Ryerson : historien marxiste &#187;, 1989, page 252.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] COVO, Manuel et al. &#171; Les r&#233;volutions atlantiques. Une vague d&#233;mocratique &#187; dans BANTIGNY, Ludivine (dir.). Une histoire globale des r&#233;volutions, Paris, La D&#233;couverte, 2023, pages 223-263.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972,page 178.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 82. Voir aussi MAUDUIT, Julien. La guerre d'ind&#233;pendance des Canadas, Montr&#233;al, McGill's University Press, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 317.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 20. Au sujet des peuples autochtones et du processus colonial canadien, on consultera aussi les six premiers chapitres de RYERSON, Stanley. The Founding of Canada, Toronto, Progress Books, 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 460.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] RYERSON. Le capitalisme et la conf&#233;d&#233;ration, 1972, page 515.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] Pour un exemple concernant la transition, voir BRENNER, Robert et al. The Brenner Debate : Agrarian Class Structure and Economic Development in Pre-Industrial Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Voir notamment GREER, Allan. Habitants et patriotes : la R&#233;bellion de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada, Montr&#233;al, Bor&#233;al, 1997 ; LAMONDE, Yvan. Histoire sociale des id&#233;es au Qu&#233;bec, 1760-1896, Montr&#233;al, Fides, 2000 ; BELLAVANCE, Marcel. &#171; La r&#233;bellion de 1837 et les mod&#232;les th&#233;oriques de l'&#233;mergence de la nation et du nationalisme &#187; dans Revue d'histoire de l'Am&#233;rique fran&#231;aise, no 53-3 (2000), pages 367-400 ; HARVEY, Louis-Georges. Le printemps de l'Am&#233;rique fran&#231;aise, Montr&#233;al, Bor&#233;al, 2005 ; DUCHARME, Michel. Le concept de libert&#233; au Canada &#224; l'&#233;poque des r&#233;volutions atlantiques, Montr&#233;al, McGill's University Press, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] BERNIER, G&#233;rald et Daniel SAL&#201;E. Entre l'ordre et la libert&#233;. Colonialisme, pouvoir et transition vers le capitalisme dans le Qu&#233;bec du XIXe si&#232;cle, Montr&#233;al, Bor&#233;al, 1995 ; GREER, Allan. Habitants, marchands et seigneurs. La soci&#233;t&#233; rurale du Bas-Richelieu, Montr&#233;al, Septentrion, 2000 ; GRENIER, Beno&#238;t. &#171; Pouvoir et contre-pouvoir dans le monde rural laurentien aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles &#187; dans Bulletin d'histoire politique, no 18-1 (2009), pages 143-163 ; GREER, Allan. Property and Dispossession : Natives, Empires, and Land in Early Modern North America, Cambridge, Cambridge University Press, 2018 ; SANFILIPPO, Matteo. Le f&#233;odalisme dans la vall&#233;e du Saint-Laurent. Un probl&#232;me historiographique, Ottawa, Presses universitaires d'Ottawa, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] DUFOUR, Fr&#233;d&#233;rick Guillaume. &#171; Lamonde, la Br&#232;ve histoire des id&#233;es au Qu&#233;bec et les d&#233;fis d'une sociologie historique des processus de formation &#233;tatique, nationales et coloniales au Qu&#233;bec et au Canada &#187; dans Bulletin d'histoire politique, no 29-1 (2020), pages 195-211.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53] Les auteurs codirigent la s&#233;rie Recherches mat&#233;rialistes chez M &#201;diteur et sont membres du collectif Archives R&#233;volutionnaires (&lt;a href=&#034;https://archivesrevolutionnaires.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archivesrevolutionnaires.com/&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Am&#232;re victoire de la gauche colombienne</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Amere-victoire-de-la-gauche-colombienne</link>
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		<dc:date>2022-05-31T12:38:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathan Brullemans</dc:creator>


		<dc:subject>Colombie</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-31</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 29 mai au soir &#233;taient d&#233;voil&#233;s les r&#233;sultats du premier tour des &#233;lections colombiennes. Plusieurs analyses ont d&#233;j&#224; insist&#233; sur le caract&#232;re historique de cette &#233;lection : depuis la constitution r&#233;dig&#233;e par Bol&#237;var, la Colombie a connu deux si&#232;cles successifs de gouvernements qui ont vals&#233; de la droite dure &#224; la droite extr&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une victoire au go&#251;t de d&#233;faite &lt;br class='autobr' /&gt; Le conflit de classes s'&#233;tant en partie canalis&#233; dans une dynamique de conflit arm&#233; vers la fin des ann&#233;es 1950, la gauche (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/arton53121-ce090.jpg?1781303067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 29 mai au soir &#233;taient d&#233;voil&#233;s les r&#233;sultats du premier tour des &#233;lections colombiennes. Plusieurs analyses ont d&#233;j&#224; insist&#233; sur le caract&#232;re historique de cette &#233;lection : depuis la constitution r&#233;dig&#233;e par Bol&#237;var, la Colombie a connu deux si&#232;cles successifs de gouvernements qui ont vals&#233; de la droite dure &#224; la droite extr&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une victoire au go&#251;t de d&#233;faite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le conflit de classes s'&#233;tant en partie canalis&#233; dans une dynamique de conflit arm&#233; vers la fin des ann&#233;es 1950, la gauche colombienne a historiquement connu tr&#232;s peu de repr&#233;sentation institutionnelle. Et lorsque ce fut le cas &#8212; pensons ici au cas de l'Union Patriotique dans les ann&#233;es 1990 &#8212;, ces formations politiques furent d&#233;cim&#233;es de l'ext&#233;rieur par des groupes de paramilitaires et de narcotrafiquants qui assassin&#232;rent ses membres un &#224; un. C'est donc qu'apr&#232;s une fr&#233;n&#233;tique s&#233;quence de luttes de classe entre 2019 et 2020, frein&#233;e par la pand&#233;mie, puis r&#233;activ&#233;e en 2021, le pays semblait pr&#234;t pour un changement de r&#233;gime. En faveur de l'application des accords de paix de 2016, contre le n&#233;olib&#233;ralisme et la vie ch&#232;re, les classes populaires (form&#233;es de la paysannerie, du prol&#233;tariat, des peuples autochtones et afrodescendants) se sont exprim&#233;es par la rue, avant d'&#234;tre violemment r&#233;prim&#233;es par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec partiel de ces mobilisations de masse, n'&#233;tait-il pas &#171; naturel &#187; de se tourner vers le candidat de gauche le mieux plac&#233; et d'effectuer un virage vers un compromis social avec les classes dominantes (comme le veut l'essence m&#234;me d'un programme social-d&#233;mocrate) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous avait donc pr&#233;dit une victoire de Gustavo Petro, chef du Pacte historique (Pacto historico), formation de gauche, et il en fut ainsi. Avec quelque 40,34% des bulletins enregistr&#233;s en faveur de cette coalition qui pr&#244;ne la gratuit&#233; scolaire, entend s'attaquer &#224; l'exportation d'hydrocarbures et veut appuyer &#233;conomiquement des projets de d&#233;veloppement agraire, le message en faveur du changement est clair, translucide. La victoire a cependant pris une &#233;trange allure de d&#233;faite. Rodolfo Hern&#225;ndez, aussi surnomm&#233; par plusieurs comme le &#171; Trump Colombien &#187;, a fait une perc&#233;e &#233;claire dans les intentions de vote et s'est qualifi&#233; au second tour devant le candidat de la droite traditionnelle Federico Guti&#233;rrez dit &#171; Fico &#187;. Le sentiment de d&#233;faite tient dans les suffrages exprim&#233;s dans le p&#244;le de la droite : Hern&#225;ndez, admirateur d'Adolphe Hitler et misogyne assum&#233;, a fait 28,17% des voix, contre 23,87% pour Guti&#233;rrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Fico a appel&#233; &#224; voter Hern&#225;ndez pour &#171; sauver la d&#233;mocratie &#187; contre Petro (notons ici l'ironie, un appui au fascisme pour sauver la d&#233;mocratie), la question est d'ordre purement math&#233;matique : en additionnant les votes des deux p&#244;les de droite, le Pacte historique risque fortement d'&#234;tre d&#233;fait au second tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bifurcation de la conjoncture &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup d'autres, nous avons pens&#233; qu'une victoire &#233;lectorale de la gauche colombienne &#233;tait assur&#233;e. Cette fois, si les classes dominantes avaient les moyens d'imposer de leur agenda politique int&#233;grale, c'&#233;tait par des voies violentes et ill&#233;gales, en transgressant le cadre institutionnel1. En cette mati&#232;re, les exemples r&#233;cents sont pl&#233;thoriques dans le cadre latino-am&#233;ricain comme au Venezuela en 2002, au Br&#233;sil en 2016 ou en Bolivie en 2019. En somme, lorsque les institutions d&#233;mocratiques d'un pays ne conviennent pas &#224; sa classe dominante, elle les fera &#233;clater. Il y a quelques heures, cette option &#233;tait encore une menace cr&#233;dible au moment o&#249; certains sondages pr&#233;voyaient une victoire Petro &#224; la pr&#233;sidence d&#232;s le premier tour (avec au moins 51% des suffrages). Dans le contexte de cette campagne, de nombreux sympt&#244;mes ont laiss&#233; pr&#233;sager la menace d'un coup d'&#201;tat, le plus important d'entre eux &#233;tant une politisation marqu&#233;e de l'arm&#233;e contre le Pacte historique. Des communiqu&#233;s r&#233;dig&#233;s de la main de militaires appelaient l'arm&#233;e &#224; se tenir &#171; pr&#234;te &#187; &#224; r&#233;tablir l'ordre. &#192; ce propos, le g&#233;n&#233;ral en chef des forces arm&#233;es, Eduardo Enrique Zapateiro, s'est lui-m&#234;me livr&#233; &#224; une pol&#233;mique venimeuse contre Gustavo Petro, l'accusant de &#171; politiser &#187; la mort de soldats, bien que la Constitution interdit toute d&#233;fiance de l'arm&#233;e face &#224; son principe de neutralit&#233;. Au-del&#224; de cette basse rh&#233;torique, l'objectif &#233;tait simplement de d&#233;montrer &#224; la population civile que l'arm&#233;e ne resterait pas docile face &#224; une prise du pouvoir de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;monstration de force du Clan del Golfo (Clan du Golfe) allait aussi dans cette direction. Entre le 6 et le 10 mai, ce groupe de narcotrafiquants, l'un des plus grands de Colombie, a d&#233;cid&#233; de proc&#233;der &#224; une &#171; gr&#232;ve arm&#233;e &#187; (Paro armado), soit une d&#233;monstration de force pour s'opposer &#224; l'extradition de leur chef alias Otoniel. Assi&#233;geant pr&#232;s de onze d&#233;partements (le 1/3 du pays) au cours de ces quatre journ&#233;es, des membres du groupe ont organis&#233; des blocages routiers, confisqu&#233; des v&#233;hicules, menac&#233; des civil.e.s. Le gouvernement du pr&#233;sident sortant, pourtant autoproclam&#233; champion de la loi et de l'ordre, est demeur&#233; de glace face &#224; cette importante perte de contr&#244;le de l'&#201;tat sur son contr&#244;le territorial. L'objectif des grands narcos semble ici double. D'une part, ils cherchent &#224; ren&#233;gocier tacitement les termes de leur accord avec l'&#201;tat, o&#249; le crime organis&#233; veut gagner du terrain dans l'&#233;quilibre interne des puissances qui gouverne la Colombie. Cette dite &#171; gr&#232;ve arm&#233;e &#187; est ainsi une d&#233;monstration de leur autonomie d'action comme groupe ayant des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques (particuli&#232;rement le commerce de coca&#239;ne, produit colombien le plus export&#233; sur le march&#233; mondial). D'autre part, c'&#233;tait aussi la soci&#233;t&#233; civile qui &#233;tait directement interpell&#233;e. Le message &#233;tait envoy&#233; : une victoire de Petro aurait pu se heurter &#224; une r&#233;sistance de puissances para&#233;tatiques de cette intensit&#233;. Aux heures d'une d&#233;sorganisation partielle du paramilitarisme, le Clan del Golfo repr&#233;sente une force capable de concurrencer l'agenda de r&#233;formes promues par Petro, et de d&#233;stabiliser l'&#201;tat si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rodolfo Hern&#225;ndez : populisme et restructuration du bloc au pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, que nous dit la victoire de Rodolfo au premier tour ? De deux choses l'une : nous sommes toujours dans un &#171; moment populiste &#187;, et, plus particuli&#232;rement, dans une trajectoire politique dirig&#233;e par le populisme de droite. Secondement, on doit s'attendre &#224; une restructuration du bloc au pouvoir colombien, anciennement men&#233; sous l'id&#233;ologie de &#171; l'uribisme &#187;, c'est-&#224;-dire de la strat&#233;gie promue par l'ancien pr&#233;sident Alvaro Uribe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le populisme de droite : comme l'atteste l'h&#233;g&#233;monie Orban en Hongrie, les 41,5% allou&#233;s &#224; Marine Le Pen au deuxi&#232;me tour de l'&#233;lection fran&#231;aise, le potentiel retour de Trump, la progression de l'AfD en Allemagne ou de Vox en Espagne. La caract&#233;ristique principale de cette forme belliqueuse de populisme est de r&#233;animer une opposition binaire entre les &#171; &#233;lites &#187;, moralement corrompues, et le &#171; peuple &#187;, moralement pur. L'opposition se trace &#224; travers un axe autant horizontal que vertical : la d&#233;finition du peuple se fait par rapport aux &#233;lites, mais aussi dans une d&#233;finition exclusive du &#171; peuple &#187;. Le r&#233;sultat &#233;tant un aplatissement des antagonismes sociaux &#8212; notamment de classes &#8212; &#224; la faveur d'une conception homog&#232;ne et fantasm&#233;e de la nation. Les emprunts &#224; la dynamique fasciste traditionnelle sont donc nombreux. La tentative d'homog&#233;n&#233;isation du peuple peut par exemple se traduire &#224; travers des cat&#233;gories raciales, opposant un peuple blanc et fier de son pass&#233; &#224; la construction de figures obsessives. Dans le cadre europ&#233;en ou am&#233;ricain, les immigrant.e.s apparaissent par exemple comme des personnages dangereux, radicalis&#233;s par la religion ou usurpateurs de l'&#233;conomie r&#233;elle ; bref, comme des menaces &#224; l'identit&#233; nationale et au d&#233;veloppement du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de Bolsonaro au Br&#233;sil marque aussi le go&#251;t de l'autorit&#233; et le d&#233;go&#251;t du parlementarisme que l'on retrouvait dans le fascisme historique. En un mot : le populisme de droite n'est pas le rejet des hi&#233;rarchies sociales ill&#233;gitimes, mais une recherche de la personnalit&#233; autoritaire-charismatique comme d'un messie pour r&#233;soudre les contradictions de la soci&#233;t&#233;. Les configurations de l'identit&#233; du peuple dans le populisme de droite sont multiples, et sont d&#233;termin&#233;es par les structures sociales dans lesquelles elles s'implantent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; elles, les &#233;lites sont d&#233;finies par le populisme de droite sans r&#233;f&#233;rents intrins&#232;ques &#224; leurs positions de classes ; c'&#233;tait le cas avec Trump, mais c'est aussi le cas avec Rodolfo Hern&#225;ndez qui appara&#238;t, sans contradiction aucune, comme un &#171; homme du peuple &#187; qui a b&#226;tit sa fortune de ses propres mains. Et paradoxalement, Petro, ancien gu&#233;rillero du M-19 qui a men&#233; un travail politique de longue haleine avec les classes les plus d&#233;favoris&#233;es, qui connait r&#233;ellement mieux &#171; le peuple &#187; peut appara&#238;tre aux yeux de certains comme un &#171; intellectuel &#187;, d&#233;connect&#233; de la vie des gens ordinaires. La logique du r&#233;el est renvers&#233;e par le populisme de droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les facteurs d'analyses bien consid&#233;r&#233;s, le multimillionnaire Rodolfo Hern&#225;ndez repr&#233;sente particuli&#232;rement bien ce train en marche du populisme de droite en Am&#233;rique latine ; ses positions politiques assez vagues, devenues convaincantes de par son charisme, et sa critique creuse de l'establishment le rend difficilement identifiable par les classes populaires. Il incarne la figure de &#171; l'outsider &#187;, venu nettoyer les institutions de leur corruption. Les ressemblances de Hern&#225;ndez avec Trump sont frappantes ; l'entrepreneur immobilier et ancien maire de Bucaramanga est aussi un grand capitaliste, membre de la haute soci&#233;t&#233; de son pays, et qui a l'audace de se pr&#233;senter comme un homme du peuple. Tout comme Trump, il h&#233;rite aussi d'une attitude grossi&#232;re, violente et impulsive, comble de la personnalit&#233; autoritaire. C'est aussi cet appel &#224; l'agressivit&#233; qui fait son &#171; charme &#187; et son charisme. Hier, une journaliste caract&#233;risait na&#239;vement Hern&#225;ndez comme d'un &#171; sac &#224; surprises &#187;, o&#249; l'on ne savait pas r&#233;ellement dans quelle direction l'homme allait emmener le pays. Loin d'une rupture avec les &#233;lites colombiennes traditionnelles &#8212; les propri&#233;taires terriens, les grands narcotrafiquants, les groupes de paramilitaires et la bourgeoisie &#8212;, Hern&#225;ndez repr&#233;sente d&#233;finitivement une solution de continuit&#233; avec le programme de l'ancien bloc au pouvoir. D'apr&#232;s Gramsci, le bloc au pouvoir est une notion qui fait r&#233;f&#233;rence aux alliances des diff&#233;rentes fractions de classes afin de gouverner et d'imposer une vision du monde (processus dynamique que Gramsci appelle &#171; h&#233;g&#233;monie &#187;). C'est la &#171; vision du monde &#187; de l'uribisme qui doit &#234;tre restructur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour arriver &#224; notre second point, c'est la strat&#233;gie du bloc au pouvoir qui perdure depuis l'&#232;re Uribe qui devra &#234;tre transform&#233;e ; les fractions des classes qui le constituent pourraient subir le m&#234;me sort. En effet, l'uribisme se d&#233;finit par l'alliance des propri&#233;taires terriens et des capitalistes (oeuvrant principalement dans la finance et le secteur extractif), mais sous l'h&#233;g&#233;monie des premiers. Ce sont les grands latifundistes de Medell&#237;n qui ont la priorit&#233; sur les orientations politiques du pays, notamment en ce qui concerne le rapport au paramilitarisme comme organe de r&#233;pression de la paysannerie. L'id&#233;ologie qui pr&#233;dominait jusqu'alors &#233;tait celle de la &#171; s&#233;curit&#233; d&#233;mocratique &#187;, bas&#233;e sur la formation d'un ennemi int&#233;rieur, les gu&#233;rillas des FARC et de l'ELN, et contre lesquelles il devait &#234;tre livr&#233; une politique de guerre totale. Le mouvement social &#233;tait insidieusement rattach&#233; &#224; cet ennemi int&#233;rieur, caract&#233;ris&#233; par &#171; terroriste &#187; par le gouvernement d'apr&#232;s le vocabulaire caract&#233;ristique d'un alli&#233; des &#201;tats-Unis post-11 septembre. Pour appliquer l'agenda de concentration de la terre voulu par les propri&#233;taires terriens, ce fut l'emploi des moyens extra-l&#233;gaux les plus violents pour d&#233;poss&#233;der la paysannerie et annihiler l'opposition de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les mandats d'Uribe se sont &#233;chelonn&#233;s entre 2002 et 2010, on peut n&#233;anmoins affirmer que le mouvement qu'il dirige &#8212; autant dans ses composantes institutionnelles que paramilitaires &#8212; a encore &#224; ce jour la main haute sur la Colombie. Alors que les accords de paix sign&#233;s par l'administration Santos en 2016 ont sembl&#233; marquer une possibilit&#233; de rupture, Uribe s'est personnellement charg&#233; d'orchestrer une campagne d'opposition aux accords de paix. Cette mobilisation de la droite dure a r&#233;ussi &#224; faire &#233;chouer l'accord au terme du r&#233;f&#233;rendum de 2016. Le pr&#233;sident sortant Iv&#225;n Duque est le digne successeur de ce violent programme au service de la propri&#233;t&#233; terrienne qui s'assoit autant sur des structures l&#233;gales que para-l&#233;gales. Choisi par Uribe lui-m&#234;me, le dauphin a bafou&#233; les accords de paix avec les FARC, accord dont le coeur suit l'id&#233;e que la Colombie conna&#238;t la guerre, parce qu'elle a connu la mis&#232;re et que, cons&#233;quemment, il n'existe pas de paix sans paix sociale. Duque a &#233;t&#233; mis dans la mire du mouvement social pour &#234;tre avoir perdur&#233; l'agenda d'Uribe et, d'une certaine mani&#232;re, c'est l'uribisme comme bloc historique qui a &#233;t&#233; attaqu&#233; frontalement par les mobilisations populaires de 2021. Voil&#224; sans doute pourquoi le candidat Fico, trop identifi&#233; avec la continuit&#233; de la droite historique, a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; lors de ce premier tour. L'uribisme semble devenu un fardeau trop lourd &#224; porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, s'il est &#233;lu, il n'est pas clair de quelle mani&#232;re Hern&#225;ndez sera capable de r&#233;agencer les forces qui ont fait la pluie et le beau temps en Colombie. S'appuiera-t-il sur la propri&#233;t&#233; terrienne ou plut&#244;t sur la fraction extractiviste ou financi&#232;re du capital colombien ? Consid&#233;rera-t-il les paramilitaires et les bandes criminelles comme ses chiens de garde ? Que fera-t-il du dossier du crime organis&#233;, particuli&#232;rement des r&#233;centes activit&#233;s du Clan del Golfo ? Entamera-t-il une politique militariste contre la gu&#233;rilla de l'ELN ? Quelles seront ses r&#233;ponses aux mobilisations populaires (qui semblent in&#233;vitables, compte tenu de l'inflation et de l'augmentation drastique de la pauvret&#233;) ? Quelle id&#233;ologie sera capable d'articuler ses r&#233;ponses politiques concr&#232;tes &#224; une vision du monde coh&#233;rente ? La victoire du populiste n'est pas gagn&#233;e d'avance et seul l'avenir nous le dira. Chose s&#251;re, les classes populaires devront naviguer avec prudence dans un champ politique truff&#233; de mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rodolfo Hern&#225;ndez a donc de s&#233;rieuses chances de remporter les prochaines &#233;lections. Dans l'imm&#233;diat, cela permet de canaliser institutionnellement la violence des acteurs arm&#233;s de droite qui se sont montr&#233;s pr&#234;ts &#224; une intervention arm&#233;e pour &#171; sauver la d&#233;mocratie &#187; contre la gauche. En effet, quoi de mieux que supprimer la d&#233;mocratie pour la sauvegarder ? Toujours est-il que, &#224; quelques exceptions, les points de Fico migreront tous vers Hern&#225;ndez. Pour r&#233;ussir son tour de force, Petro devra aller massivement piger dans les classes populaires s'&#233;tant jusqu'alors abstenues : c'est la derni&#232;re carte en main du Pacto. Les d&#233;s ne sont pas jou&#233;s, la machine de guerre &#233;lectorale du Pacte historique n'a pas &#233;puis&#233; toute son artillerie. La bataille contre Hern&#225;ndez n'est pas insurmontable. Toutefois, si Hern&#225;ndez &#233;tait bel et bien battu au second tour, la gauche &#8212; et ici pas uniquement la gauche parlementaire &#8212; devra faire affaire &#224; une menace encore plus grande : celle de l'intervention militaire. Les appels &#224; la &#171; fraude &#233;lectorale &#187;, en d&#233;pit de leur fabrication grossi&#232;re, seront positivement entendus par l'arm&#233;e. Il en faudra peu pour que les &#201;tats-Unis refusent les r&#233;sultats de l'&#233;lection et n&#233;gocient le retour des autorit&#233;s comp&#233;tentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dominantes sont bien d&#233;cid&#233;es &#224; ce que l'on ne touche pas &#224; un cheveu de leurs privil&#232;ges. La paysannerie, les peuples autochtones et le prol&#233;tariat devront se mobiliser en bloc. Dans l'imm&#233;diat, Hern&#225;ndez repr&#233;sente un danger qu'il faut &#224; tout prix &#233;viter. &#192; moyen terme, les provocations de l'arm&#233;e devront &#234;tre prises tr&#232;s au s&#233;rieux. Pour l'instant, les r&#233;formes de grandeur promises par le Pacte historique ou m&#234;me l'enthousiasme g&#233;n&#233;ralis&#233; de la gauche extra-parlementaire devront &#234;tre longuement m&#233;dit&#233;es. Le choix de la tactique devra &#234;tre essentiellement de caract&#232;re d&#233;fensif : le pire &#224; &#233;viter, c'est d'abord le coup d'une r&#233;action de droite qui s'attaquerait durablement aux capacit&#233;s d'action du mouvement social. C'est une guerre de position qui s'engage contre le bloc au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nathan Brullemans, 30 mai 2022&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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