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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>D&#233;passer le clivage entre f&#233;minisme intersectionnel et f&#233;minisme universaliste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Depasser-le-clivage-entre-feminisme-intersectionnel-et-feminisme-universaliste</link>
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		<dc:date>2022-06-21T07:27:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine London Bloch, Christine Marty, Josette Trat</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-06-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, un nouveau clivage s'est form&#233; au sein du mouvement f&#233;ministe, entre deux courants maintenant d&#233;nomm&#233;s &#171; f&#233;minisme universaliste &#187; et &#171; f&#233;minisme intersectionnel &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res mai 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Catherine Bloch London, Christiane Marty, Josette Trat &lt;br class='autobr' /&gt;
De nombreux m&#233;dias ont organis&#233; des d&#233;bats confrontant des repr&#233;sentantes &#171; ad hoc &#187; de chacun de ces courants, mais ils ont plus souvent contribu&#233; &#224; figer le clivage qu'&#224; vraiment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-06-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-06-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton53374-c976b.png?1781914606' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, un nouveau clivage s'est form&#233; au sein du mouvement f&#233;ministe, entre deux courants maintenant d&#233;nomm&#233;s &#171; f&#233;minisme universaliste &#187; et &#171; f&#233;minisme intersectionnel &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
mai 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Catherine Bloch London, Christiane Marty, Josette Trat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux m&#233;dias ont organis&#233; des d&#233;bats confrontant des repr&#233;sentantes &#171; ad hoc &#187; de chacun de ces courants, mais ils ont plus souvent contribu&#233; &#224; figer le clivage qu'&#224; vraiment clarifier les divergences. Cette division affaiblit de mani&#232;re consid&#233;rable la capacit&#233; des f&#233;ministes de lutter contre les r&#233;gressions sociales, &#233;conomiques et soci&#233;tales en cours, lutte qui fait pourtant partie de nos urgences. &#192; l'heure o&#249; l'extr&#234;me droite vient de rassembler en France pr&#232;s de 42 % des suffrages exprim&#233;s au second tour de la pr&#233;sidentielle, &#224; l'heure o&#249; nous devons conjuguer nos efforts pour exprimer notre solidarit&#233; avec les femmes et la r&#233;sistance ukrainienne face &#224; l'offensive de Poutine, il nous semble en effet indispensable de favoriser la convergence des diff&#233;rentes composantes f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Attac France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article [1] se donne pour ambition de montrer que le clivage entre universalistes et intersectionnelles est en grande partie artificiel et non pertinent. Du moins si l'on se met d'accord sur le sens des concepts, alors qu'ils sont utilis&#233;s aujourd'hui de mani&#232;re extensive, confuse ou d&#233;voy&#233;e. D'un c&#244;t&#233;, l'intersectionnalit&#233; (premi&#232;re partie) est un outil d'analyse indispensable pour la prise en compte des diff&#233;rents rapports de domination (classe, genre, &#171; race &#187;), mais elle ne doit pas mener &#224; hi&#233;rarchiser ces dominations ou &#224; cultiver des logiques d'affrontements identitaires. De l'autre c&#244;t&#233;, l'universalisme (deuxi&#232;me partie) doit &#234;tre entendu comme un id&#233;al, un objectif &#224; atteindre, et non pas comme un universalisme abstrait qui occulte le racisme ou tout autre syst&#232;me de domination. La troisi&#232;me partie propose, sur les sujets habituellement mis en avant pour illustrer l'opposition entre f&#233;ministes intersectionnelles et universalistes &#8211; voile, prostitution, r&#233;unions en non-mixit&#233; &#8211; une perspective qui tente de d&#233;passer le clivage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de ce texte est d'aider &#224; &#233;viter les faux antagonismes qui cr&#233;ent des oppositions mortif&#232;res entre diff&#233;rentes f&#233;ministes, parfois entre les plus r&#233;centes et les plus anciennes. Toutes doivent pouvoir se retrouver sur la volont&#233; de faire converger les luttes : les luttes anti-racistes, luttes de classes, luttes contre l'oppression de genre, l'homophobie, etc., sans en rel&#233;guer au second plan. La conclusion r&#233;sume le sens de notre f&#233;minisme intersectionnel et universaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1 - Premi&#232;re partie : l'intersectionnalit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; le contexte de l'&#233;mergence du concept d'intersectionnalit&#233; aux &#201;tats-Unis (1.1), nous rappellerons que dans le contexte fran&#231;ais, tr&#232;s diff&#233;rent, une partie du mouvement f&#233;ministe &#224; partir des ann&#233;es 1970 s'est pr&#233;occup&#233; de l'oppression combin&#233;e du patriarcat, du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme, approchant d&#233;j&#224; d'une d&#233;marche intersectionnelle bien qu'elle ne soit pas nomm&#233;e ainsi (1.2). Le paragraphe (1.3) permettra de prendre des distances avec certaines interpr&#233;tations ou distorsions de l'intersectionnalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1.1. D'o&#249; vient le concept d'intersectionnalit&#233; : l'influence du Black feminism am&#233;ricain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'intersectionnalit&#233; a &#233;t&#233; formul&#233; aux &#201;tats-Unis dans les ann&#233;es 1980 par la juriste africaine-am&#233;ricaine Kimberle Crenshaw. Sa r&#233;flexion se situait dans le contexte d'un droit et d'une jurisprudence de l'anti-discrimination apparus d&#232;s les ann&#233;es 1960, et elle s'est aussi inspir&#233;e des travaux du Black feminism des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation raciale n'a &#233;t&#233; aboli dans le Sud qu'au milieu des ann&#233;es 1960 (Civil Rights Act, 1964), suite &#224; des mobilisations de masse pour les droits civiques, auxquelles les femmes africaines-am&#233;ricaines ont largement particip&#233;. Cela a permis d'obtenir &#224; la fin des ann&#233;es 1960 une s&#233;rie de mesures ou de politiques d'action positive (affirmative action) pour endiguer les diff&#233;rentes formes de discrimination raciale &#8211; mais aussi de genre &#8211; toujours &#224; l'&#339;uvre. Il s'agissait essentiellement d'instaurer des quotas permettant aux personnes africaines-am&#233;ricaines, hispaniques, asiatiques&#8230; d'&#234;tre embauch&#233;es dans toutes les entreprises et administrations, et d'&#233;liminer, autant que possible, les discriminations en mati&#232;re de d&#233;roulement de carri&#232;re. Des quotas se sont appliqu&#233;s &#233;galement pour le recrutement de femmes &#224; l'universit&#233;. L'ensemble de ces mesures a permis l'ouverture aux femmes de m&#233;tiers traditionnellement masculins, dans la justice et la sant&#233; mais aussi dans les m&#233;tiers ouvriers (usines, chantiers, mines&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kimberle Crenshaw, en analysant la jurisprudence, a ensuite montr&#233; comment les juges cherchaient &#224; &#233;valuer s&#233;par&#233;ment les effets de la discrimination dont &#233;taient victimes les femmes Noires [2] en fonction soit de la &#171; race &#187;, soit du genre. Alors que ces femmes se situaient &#224; l'intersection de deux discriminations potentielles, l'&#233;valuation s&#233;par&#233;e avait pour cons&#233;quence de les exclure en partie du b&#233;n&#233;fice des instruments juridiques cr&#233;&#233;s pour lutter contre ces discriminations [3]. C'est ce qui l'a conduite &#224; forger le concept d'intersectionnalit&#233; reposant sur une analyse des effets crois&#233;s et simultan&#233;s du genre, de la classe et de l'assignation raciale [4]. &#192; noter que bien ant&#233;rieurement, entre les deux guerres, la militante africaine-am&#233;ricaine Claudia Jones &#233;voquait d&#233;j&#224; la &#171; triple oppression &#187; &#224; propos de la position sp&#233;cifique des travailleuses noires am&#233;ricaines marginalis&#233;es tant dans les combats f&#233;ministes qu'antiracistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'intersectionnalit&#233; a largement b&#233;n&#233;fici&#233; des travaux des Black feminists. Dans les ann&#233;es 1970, le mouvement f&#233;ministe aux &#201;tats-Unis, qui avait connu une renaissance du fait des mobilisations de masse en faveur du droit &#224; l'avortement, &#233;tait majoritairement compos&#233; de femmes blanches de la classe moyenne. Les f&#233;ministes noires ont remis en cause la repr&#233;sentation du f&#233;minisme dominant qui consid&#233;rait les femmes comme une classe homog&#232;ne [5] et accordait la pr&#233;&#233;minence &#224; la lutte contre le patriarcat en n&#233;gligeant le v&#233;cu des femmes noires [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse &#233;tait &#233;galement formul&#233;e par Adrienne Rich [7], th&#233;oricienne f&#233;ministe (blanche) qui a reproch&#233; au mouvement f&#233;ministe am&#233;ricain dominant de pr&#233;tendre repr&#233;senter une &#171; classe universelle &#187;, ce qui niait les diff&#233;rentes formes de subordination auxquelles sont soumises les femmes de couleur, les lesbiennes et les femmes de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Jaunait et Chauvin (op. cit.), apr&#232;s les combats pour les droits civiques, la question de la race est devenue &#171; le signifiant clef des mobilisations sociales &#187;. Pour les Black feminists, plus qu'une analyse th&#233;orique sur l'articulation des diff&#233;rents rapports de domination, il s'est d'abord agi de s'inscrire dans le d&#233;bat politique sur les strat&#233;gies de lib&#233;ration. Et l&#224;, le clivage est apparu par rapport au Black Power Movement qui donnait la primaut&#233; &#224; la question de la race et refusait de se battre concomitamment contre l'oppression des femmes noires &#8211; leurs revendications &#233;tant consid&#233;r&#233;es comme affaiblissant la lutte collective &#8211;, ou la reportait aux calendes grecques. Diverses organisations de femmes noires se sont alors cr&#233;&#233;es. Citons simplement le Combahee River Collective dont les membres se revendiquaient ouvertement homosexuelles et luttaient pour la prise en compte de toutes les discriminations. Comme le souligne Jules Falquet [8], ces femmes ont &#233;labor&#233; leur r&#233;flexion &#224; partir de leur pratique de lutte collective et elles ont mis en bonne place la dimension de classe et celle du lesbianisme. Elles ont propos&#233; le concept de syst&#232;me d'oppressions, avant l'apparition du terme d'intersectionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. Le contexte fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le chemin fut tout autre. Pour bien le comprendre, il n'est pas inutile de faire un petit retour historique sur les contextes dans lesquels ont &#233;merg&#233;, en France, la vague f&#233;ministe des ann&#233;es 1970 et la nouvelle vague f&#233;ministe aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de la jeunesse, notamment estudiantine, qui a particip&#233; au mouvement de Mai 1968 s'&#233;tait politis&#233;e dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes dans le cadre de la lutte contre la guerre d'Alg&#233;rie, puis contre la guerre au Vietnam men&#233;e par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#224; la suite de la d&#233;faite du colonialisme fran&#231;ais en Indochine. Au lendemain de Mai 1968, les femmes qui avaient &#233;t&#233; partie prenante de ce grand mouvement social ont d&#233;cid&#233; de bousculer la vie politique par des revendications contre l'oppression patriarcale, qui &#233;taient syst&#233;matiquement &#233;touff&#233;es par leurs compagnons de lutte au nom d'autres priorit&#233;s (celles de la lutte des classes) et par les gouvernements de droite, partisans de la restauration de &#171; l'ordre &#187; sous toutes ses formes. Il &#233;tait question pour ces f&#233;ministes non pas de nier la lutte de classes mais de l'enrichir ou de l'&#233;clairer &#224; la lumi&#232;re du mouvement f&#233;ministe qui d&#233;fendait le droit des femmes &#224; disposer de leur corps, &#224; r&#233;sister aux violences sexistes aussi bien dans la rue, au sein de la famille ou au travail et &#224; s'auto-organiser contre leur oppression. Cette volont&#233; de changer le monde et leur vie conduisit plusieurs centaines de milliers de femmes &#224; participer massivement aux manifestations pour le droit &#224; l'avortement et &#224; la contraception libres et gratuits. Ces revendications ne rest&#232;rent pas confin&#233;es dans un petit cercle de femmes intellectuelles. Elles donn&#232;rent lieu &#224; des d&#233;bats passionn&#233;s dans de nombreux secteurs de la soci&#233;t&#233;, gr&#226;ce notamment &#224; l'action des f&#233;ministes &#171; lutte de classes &#187; dans les &#171; groupes femmes &#187; de quartiers ou dans des groupes femmes ou commissions syndicales femmes d'entreprises [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; ces mobilisations, un travail d'&#233;laboration th&#233;orique s'est approfondi aussi bien dans le milieu militant que dans celui de la recherche pour r&#233;fl&#233;chir sur la pertinence des concepts marxistes pour analyser l'oppression combin&#233;e du patriarcat et du capitalisme. En France, le marxisme &#233;tait effectivement une r&#233;f&#233;rence majeure pour une grande partie des mouvements militants et parmi les intellectuel&#183;les de &#171; gauche &#187;. C'&#233;tait le reflet de la continuit&#233; des luttes de classes en France depuis pr&#232;s de deux si&#232;cles, de la force du Parti communiste apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale notamment et de l'apport d'un certain nombre d'intellectuel&#183;les &#224; une r&#233;flexion critique en faveur d'un marxisme vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins le marxisme de l'apr&#232;s Mai 1968 n&#233;cessitait encore un sacr&#233; d&#233;poussi&#233;rage apr&#232;s les ann&#233;es de dogmatisme stalinien port&#233; par le Parti communiste de l'&#233;poque et dont n'&#233;taient pas exemptes diff&#233;rentes composantes de l'extr&#234;me gauche. Parmi tous les concepts inspir&#233;s par le f&#233;minisme, il y a celui de travail domestique th&#233;oris&#233; par Christine Delphy [10]. Dans les ann&#233;es 1980, d'autres concepts vont &#233;merger comme celui de &#171; division sociale et sexuelle du travail &#187;, de &#171; rapports sociaux de sexe &#187; ou de &#171; consubstantialit&#233; &#187; [11]. Ces trois derniers concepts, repris ou &#233;labor&#233;s par la sociologue Dani&#232;le Kergoat en particulier, avaient en commun d'analyser la place respective des femmes et des hommes dans les diff&#233;rentes sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; en fonction non pas d'une nature biologique mais des assignations sociales (aux femmes les soins et la reproduction de la force de travail, aux hommes la production et les activit&#233;s sources de prestige) et des rapports hi&#233;rarchiques dans lesquels sont ins&#233;r&#233;&#183;e&#183;s femmes et hommes ; d'appr&#233;hender les rapports sociaux comme des rapports de domination (au sens large du terme) qui mettent en opposition des groupes sociaux antagonistes autour d'enjeux, en particulier celui du travail (dans toutes ses dimensions), susceptibles de se transformer historiquement sous l'effet des r&#233;sistances collectives des groupes assujettis, de leurs r&#233;voltes. Il s'agissait enfin d'articuler ces diff&#233;rents rapports sociaux pour comprendre la soci&#233;t&#233;. Ainsi, pour Dani&#232;le Kergoat : &#171; Les rapports sociaux sont multiples et aucun d'entre eux ne d&#233;termine la totalit&#233; du champ qu'il structure. C'est ensemble qu'ils tissent la trame de la soci&#233;t&#233; et impulsent sa dynamique : ils sont consubstantiels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. Kergoat et d'autres sociologues ont montr&#233; les cons&#233;quences de la lutte f&#233;ministe inaboutie contre le partage in&#233;gal des t&#226;ches domestiques entre femmes et hommes et celles de la mondialisation capitaliste. Ainsi, loin de r&#233;pondre &#224; la demande d'une large partie des f&#233;ministes d'un r&#233;el partage des t&#226;ches domestiques et de services publics de qualit&#233; pour accueillir les tr&#232;s jeunes enfants et prendre soin des personnes d&#233;pendantes, les gouvernements occidentaux, appliquant en majorit&#233; des politiques de r&#233;duction des investissements dans les &#233;quipements et les services publics, ont surtout facilit&#233; le d&#233;veloppement de services priv&#233;s d'aide &#224; domicile. Ceux-ci soulagent la vie des femmes &#8211; cadres essentiellement &#8211; susceptibles d'assumer le co&#251;t repr&#233;sent&#233; par l'emploi, sous diff&#233;rents statuts, de femmes, souvent d'origine &#233;trang&#232;re. C'est ainsi qu'une nouvelle domesticit&#233; a &#233;merg&#233;, ainsi que de nouvelles diff&#233;renciations sociales entre femmes, non seulement au sommet de la hi&#233;rarchie sociale mais dans des couches sociales plus larges, en fonction de leurs origines et de leur niveau de dipl&#244;mes. Illustration donc de l'interaction entre les diff&#233;rents rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que le croisement genre/race/classe n'est pas une nouveaut&#233;. Comme le souligne Dani&#232;le Kergoat, sans remonter jusqu'&#224; Flora Tristan, bon nombre de travaux en France n'ont pas attendu les &#233;tudes postcoloniales ou le Black feminism pour insister sur &#171; l'intrication &#187; des dominations et sur les divisions dues aux in&#233;galit&#233;s de classe, de sexe et d'appartenance ethnique. Aujourd'hui, la formulation la plus diffus&#233;e tant au plan international qu'en France est celle &#171; d'intersectionnalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.3. L'intersectionnalit&#233; : indispensable&#8230; moyennant quelques pr&#233;cisions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout le monde &#224; gauche ou presque, se d&#233;clare &#171; intersectionnel &#187;. Cela signifie peut-&#234;tre qu'il y a une vraie prise de conscience que les nouveaux prol&#233;taires de tous les pays sont pris dans des rapports sociaux de domination dans lesquels interagissent &#224; la fois les processus de la mondialisation capitaliste, les rapports sociaux de genre, les processus de racialisation et l'h&#233;ritage du colonialisme&#8230; C'est plut&#244;t encourageant pour toutes celles et tous ceux qui veulent changer ce monde d'injustices et de violences. On peut donc s'en r&#233;jouir &#224; condition d'apporter quelques pr&#233;cisions importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Ne pas raisonner en essentialisant les identit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut s'attacher, non pas &#224; &#171; cartographier &#187; des identit&#233;s fig&#233;es mais &#224; analyser les contradictions sociales li&#233;es &#224; l'&#233;volution historique et &#224; l'interaction des principaux rapports sociaux et &#224; leur configuration dans telle ou telle soci&#233;t&#233; (Kergoat 2009). &#192; ce titre, il est toujours probl&#233;matique de d&#233;signer comme des cat&#233;gories homog&#232;nes les &#171; blancs &#187;, les &#171; noirs &#187;, les &#171; juifs &#187;, les &#171; femmes &#187;, les &#171; hommes &#187;, etc. Comme si tous les blancs ou tous les noirs s'inscrivaient de la m&#234;me mani&#232;re dans le syst&#232;me colonial ou postcolonial ; ou comme si toutes les femmes vivaient l'oppression patriarcale de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&lt;i&gt;Ne pas r&#233;duire l'intersectionnalit&#233; au seul rapport de &#171; race &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas pertinent, en effet, d'analyser les injustices dont sont victimes, par exemple, les jeunes des quartiers populaires &#224; la lumi&#232;re du seul rapport de &#171; race &#187; ou du postcolonialisme comme on le lit parfois. C'est appauvrir l'analyse et se vouer &#224; une impasse politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;mission de la gauche face aux id&#233;es racistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on remonte seulement aux d&#233;buts des ann&#233;es 1980 en France, il y a eu un tournant majeur dans l'orientation de la gauche de gouvernement : dans son programme, Fran&#231;ois Mitterrand avait promis le droit de vote aux &#233;lections locales pour les &#233;trangers, promesse qui n'a jamais &#233;t&#233; respect&#233;e. En 1983, il avait re&#231;u en grandes pompes les jeunes qui avaient organis&#233; la &#171; Marche pour l'&#233;galit&#233; &#187; et travers&#233; la France de Marseille &#224; Paris pour d&#233;noncer les violences et les crimes racistes. Cette mobilisation avait permis l'obtention d'une carte de s&#233;jour de dix ans pour les immigr&#233;&#183;e&#183;s, mais tr&#232;s vite la situation se d&#233;grada &#8211; F. Mitterrand a m&#234;me repris le vocable de &#171; seuil de tol&#233;rance &#187; &#8211; et aux espoirs succ&#233;d&#232;rent les d&#233;sillusions, notamment du c&#244;t&#233; des quartiers populaires. L'ann&#233;e 1983 marqua le tournant de la &#171; rigueur &#187; et de l'aust&#233;rit&#233; adopt&#233;e pour rassurer les march&#233;s financiers ; en m&#234;me temps, les ouvriers immigr&#233;s gr&#233;vistes dans le secteur de l'automobile &#224; Talbot Poissy ont &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;s par plusieurs ministres, dont Mauroy, comme les principaux responsables de ce mouvement, &#171; manipul&#233;s &#187; par des int&#233;gristes musulmans. Ce qui ouvrit un boulevard &#224; la droite, &#224; l'extr&#234;me droite et &#224; une surench&#232;re raciste et s&#233;curitaire. Les attentats contre le World Trade Center aux &#201;tats-Unis en 2001 ou ceux de 2015 en France ont ensuite favoris&#233; les amalgames entre immigr&#233;s, musulmans et terroristes. Le racisme a pris une forme de plus en plus d&#233;complex&#233;e, et il a aussi &#233;t&#233; utilis&#233; pour faire diversion face aux revendications sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend n&#233;anmoins pourquoi dans les quartiers populaires, certains jeunes qui subissent le ch&#244;mage, de multiples discriminations, le racisme ou les violences polici&#232;res sont conduits &#224; chercher du c&#244;t&#233; du seul racisme et/ou de l'h&#233;ritage du colonialisme, l'explication &#224; leur pr&#233;carit&#233; sociale. Cependant, de nombreux jeunes des deux sexes qui travaillent pour subvenir &#224; leurs besoins, par exemple dans la restauration rapide, les grandes surfaces ou comme livreurs pour les plateformes savent bien qu'ils et elles sont victimes &#224; la fois du racisme, de la recherche continuelle de profits qui d&#233;grade leurs conditions de travail, et aussi du sexisme comme l'exp&#233;rimentent les salari&#233;es dans tous les secteurs de la soci&#233;t&#233;. Dans ces conditions, la strat&#233;gie la plus efficace pour faire reculer le patronat, les racistes et les sexistes est celle de la convergence des luttes, m&#234;me si elle est tr&#232;s difficile &#224; concr&#233;tiser, pour rompre l'isolement des uns, des unes et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&lt;i&gt; &#171; F&#233;minisme blanc &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce point de vue, les efforts r&#233;p&#233;t&#233;s de certaines f&#233;ministes pour d&#233;nigrer ce qui est nomm&#233; le &#171; f&#233;minisme blanc &#187;, pris encore une fois comme un tout homog&#232;ne, est parfaitement contre-productif. Depuis plusieurs ann&#233;es, se d&#233;veloppe en effet l'id&#233;e que le mouvement f&#233;ministe en France, et plus largement en Europe, serait domin&#233; par des &#171; f&#233;ministes blanches &#187; intellectuelles de la classe moyenne. Celles-ci auraient sacrifi&#233; la lutte anti-imp&#233;rialiste et antiraciste au profit d'une pr&#233;tendue conception occidentale du f&#233;minisme fond&#233;e sur des privil&#232;ges obtenus par &#171; les femmes blanches &#187; gr&#226;ce &#224; leur complicit&#233; avec le colonialisme et l'imp&#233;rialisme de l'Occident [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il s'agit d'une contre-v&#233;rit&#233; quant &#224; l'histoire m&#234;me du mouvement f&#233;ministe en France. D&#232;s les ann&#233;es 1970, sa composante &#171; lutte de classes &#187; a &#339;uvr&#233; pour la convergence des luttes avec celles des femmes des milieux populaires et avec les femmes immigr&#233;es [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, r&#233;p&#233;tons-le, les &#171; femmes blanches &#187;, pas plus que &#171; les blancs &#187;, ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme un groupe homog&#232;ne que l'on pourrait rendre responsable de maux divers. Comme toute essentialisation, cela n'a aucune pertinence. Au sein de la population blanche, l'histoire fourmille d'exemples de pers&#233;cutions (inquisition au Moyen &#194;ge, pogroms contre les juifs en Europe) ou de discriminations (contre les Roumain&#183;e&#183;s ou les Roms), etc. De m&#234;me, les femmes, qu'elles soient blanches ou noires, vivent des situations tr&#232;s diff&#233;rentes selon qu'elles appartiennent aux classes populaires ou &#224; la classe dominante [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Faut-il alors se r&#233;clamer d'un f&#233;minisme d&#233;colonial ?&lt;/i&gt; [15]&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, si cela signifie d&#233;centrer notre regard f&#233;ministe par rapport &#224; l'Europe pour mieux prendre en compte les luttes pass&#233;es des femmes et des f&#233;ministes dans le monde, contre l'esclavage, contre le colonialisme ou le post-colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui encore, s'il s'agit de prendre en compte l'h&#233;ritage transmis par la colonisation dans nos soci&#233;t&#233;s : car la colonisation, &#233;videmment criminelle, a non seulement laiss&#233; de profondes traces qui ont &#233;t&#233; bien d&#233;crites en leur temps par Franz Fanon et d'autres, mais elle a aussi contribu&#233; au maintien de pratiques racistes &#224; diff&#233;rents niveaux dans l'administration fran&#231;aise, en particulier dans la police. La fin officielle du colonialisme n'a pas mis fin aux &#233;changes in&#233;gaux entre l'ancienne puissance coloniale et les anciens pays colonis&#233;s avec, le plus souvent, la complicit&#233; de dirigeants corrompus dans les anciennes colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, s'il s'agit d'adopter une analyse dans laquelle le colonialisme surd&#233;termine l'ensemble des rapports sociaux. Sans compter que le terme de colonisation est maintenant utilis&#233; par l'extr&#234;me droite pour d&#233;signer le processus d'immigration en France, les anciens colonis&#233;s coloniseraient la France !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non encore, s'il s'agit au nom de la lutte contre le racisme d&#233;cr&#233;t&#233;e prioritaire, de nier ou de d&#233;laisser ce qui est &#224; la base de la lutte des f&#233;ministes dans le monde : le droit des femmes &#224; disposer librement de leur corps sans &#234;tre dans la d&#233;pendance et le contr&#244;le des hommes dans la soci&#233;t&#233; et la famille. Or, pour certaines [16] par exemple, il ne s'agit plus seulement d'affirmer sa solidarit&#233; avec ses &#171; fr&#232;res &#187; face aux discriminations et aux violences polici&#232;res, mais plut&#244;t de faire purement et simplement acte d'all&#233;geance, ce qu'avaient pr&#233;cis&#233;ment mis en cause les f&#233;ministes africaines-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Ne pas valider l'id&#233;e de &#171; privil&#232;ge blanc &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion de &#171; privil&#232;ge blanc &#187; est venue se greffer sur cette cat&#233;gorisation indue. Elle est non seulement infond&#233;e, mais dangereuse. Infond&#233;e, car quels seraient les privil&#232;ges, au sein de la population blanche, des ouvriers et ouvri&#232;res, des personnes sans emploi, des pr&#233;caires par rapport aux personnes &#171; de couleur &#187; des classes dominantes des pays d'Afrique, d'Asie, d'Am&#233;rique ou d'ailleurs ? Adopter l'id&#233;e d'un privil&#232;ge blanc revient &#224; r&#233;duire l'ensemble des rapports sociaux &#224; la pr&#233;&#233;minence de la couleur de peau&#8230; &#224; l'oppos&#233; donc de l'analyse intersectionnelle ! Certes, en tant que &#171; blancs &#187;, les hommes et les femmes ne sont pas confront&#233;&#183;es aux multiples discriminations auxquelles les immigr&#233;&#183;es et leurs descendant&#183;es ont &#224; faire face : parcours scolaires, emplois, ch&#244;mage, logements, s&#233;gr&#233;gation urbaine, ni bien s&#251;r aux violences, voire aux crimes racistes ; beaucoup sont n&#233;anmoins confront&#233;&#183;es &#224; d'autres discriminations et in&#233;galit&#233;s. Mais surtout, il est &#224; la fois aberrant et politiquement dangereux de transformer une absence de discrimination en privil&#232;ge : cela revient &#224; escamoter les discriminations pour inverser le probl&#232;me en d&#233;signant de pr&#233;tendus privil&#233;gi&#233;s, donc, de mani&#232;re implicite, des coupables. Or ce n'est pas parce qu'on n'est pas discrimin&#233; qu'on est privil&#233;gi&#233; ! Il ne faut surtout pas abaisser la norme : pouvoir vivre sans subir de discriminations, avoir un emploi, un logement, etc. rel&#232;vent des droits &#8211; qui restent certes &#224; r&#233;aliser et pour lesquels on lutte &#8211;, mais ne sont pas des privil&#232;ges ! Il serait mortif&#232;re d'en venir &#224; consid&#233;rer, par exemple, les personnes qui ont un emploi comme privil&#233;gi&#233;es par rapport &#224; celles qui n'en ont pas&#8230; et bien pratique pour d&#233;tourner l'attention des v&#233;ritables responsables du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion d&#233;voy&#233;e de privil&#232;ge rel&#232;ve en outre d'une vision individualiste psychologisante et culpabilisante fond&#233;e essentiellement sur des comportements individuels. Elle a pour effet de sugg&#233;rer une confrontation entre individus. Au contraire, raisonner en termes de lutte contre les in&#233;galit&#233;s d&#233;bouche sur une r&#233;ponse collective, dans un cadre unitaire (associations f&#233;ministes, antiracistes, de jeunes, syndicats&#8230;) visant &#224; la transformation des rapports sociaux. Ceci n'est d'ailleurs pas contradictoire avec des pratiques de r&#233;unions non mixtes (voir 3e partie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2- Deuxi&#232;me partie : L'universalisme&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisme est le principe qui part du caract&#232;re commun &#224; tous les &#234;tres humains, au-del&#224; des diff&#233;rences entre leurs cultures et modes de vie, pour affirmer le principe de droits universels : droit &#224; l'existence [17], &#224; la libert&#233;, &#224; l'&#233;ducation, &#224; l'&#233;galit&#233;, etc. Cette conception est un h&#233;ritage de l'humanisme qu'on trouve chez certains po&#232;tes du XVIe si&#232;cle comme Ronsard ou des essayistes comme Montaigne au XVIIe si&#232;cle [18], avant le d&#233;veloppement de la philosophie des Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle, qui a marqu&#233; le d&#233;but d'une nouvelle &#233;poque de l'histoire des id&#233;es. Elle a &#233;t&#233; consacr&#233;e par le texte fondateur de la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Malgr&#233; les limites &#233;videntes dans la d&#233;finition de &#171; l'homme &#187; en question (il d&#233;signait le plus souvent l'homme occidental, mais &#171; oubliait &#187; notamment les femmes, les esclaves&#8230;), ce sont ces principes qui ont nourri d&#232;s 1791 la r&#233;volution victorieuse contre l'esclavagisme et la colonisation en Ha&#239;ti, puis ensuite les luttes pour l'&#233;mancipation men&#233;es durant les deux derniers si&#232;cles, sur diff&#233;rents continents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, l'universalisme r&#233;publicain instaure le principe d'&#233;galit&#233; citoyenne dans un &#201;tat de droit, associ&#233; au d&#233;veloppement de la vie d&#233;mocratique. Il est devenu ins&#233;parable en France du principe de neutralit&#233; tel qu'il a &#233;t&#233; formul&#233; dans la loi de 1905 sur la s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat. Il garantit &#8211; en th&#233;orie &#8211; le respect de la diversit&#233; des identit&#233;s, en particulier religieuses, en refusant de privil&#233;gier ou de discriminer telle cat&#233;gorie de personnes par rapport &#224; telle autre. La meilleure mani&#232;re de ne pas discriminer serait alors de privil&#233;gier une vision abstraite de la citoyennet&#233;, en faisant abstraction de la &#171; race &#187;, de la classe, de la religion, du sexe, de l'orientation sexuelle, etc. Mais cette vision aboutit concr&#232;tement &#224; occulter les in&#233;galit&#233;s et discriminations qui y sont li&#233;es, d'o&#249; le reproche fait &#224; l'universalisme d'&#234;tre &#171; color blind &#187;, aveugle &#224; la couleur. C'est bien cette mani&#232;re abstraite de mettre en &#339;uvre l'universalisme qui pose probl&#232;me et doit &#234;tre contest&#233;e. Car l'universalisme est un id&#233;al, un but qui reste &#224; atteindre. Il implique non pas l'aveuglement aux diff&#233;rences et in&#233;galit&#233;s existantes, mais au contraire leur prise en compte pour pouvoir les corriger et permettre une v&#233;ritable &#233;galit&#233; citoyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler maintenant comment ce concept d'universalisme, li&#233; aux notions de progr&#232;s et de raison, a aussi &#233;t&#233; instrumentalis&#233; pour servir le projet d'expansion coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. Les d&#233;voiements et les limites de l'universalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement en effet, l'universalisme avec son mod&#232;le &#233;galitaire [19] a &#224; la fois inspir&#233; de nombreuses luttes d'&#233;mancipation, mais il a aussi &#233;t&#233; utilis&#233; pour justifier les conqu&#234;tes coloniales, avec ses atrocit&#233;s, au nom de la mission &#171; civilisatrice et &#233;mancipatrice &#187; de la France. Il a conduit &#224; certaines formes de racisme. L'affirmation de l'existence des valeurs universelles a en effet l&#233;gitim&#233; l'id&#233;e selon laquelle certaines populations n'&#233;taient pas pleinement des &#234;tres humains civilis&#233;s ; elles ont &#233;t&#233; inf&#233;rioris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision universaliste a aussi comport&#233; historiquement des &#171; trous noirs &#187; puisqu'&#233;taient exclues de la citoyennet&#233; les femmes, les esclaves, les indig&#232;nes des colonies, les pauvres, etc. Des personnalit&#233;s comme Mary Wollstonecraft ou Olympe de Gouges ont imm&#233;diatement revendiqu&#233; des droits &#233;gaux pour les femmes et aussi d&#233;nonc&#233; l'esclavagisme pour la seconde. Les femmes sont bien plac&#233;es pour se m&#233;fier d'une certaine proclamation d'universel en d&#233;calage avec la r&#233;alit&#233; ; elles ont &#233;t&#233; exclues du suffrage (dit) universel de 1848 jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en France. C'est seulement au cours d'une longue &#233;volution qu'ont &#233;t&#233; corrig&#233;es toutes ces omissions. Tout novateur qu'ait &#233;t&#233; le principe universaliste, il &#233;tait ancr&#233; dans son &#233;poque et porte l'h&#233;ritage culturel et politique des soci&#233;t&#233;s occidentales. Du fait qu'il a servi &#224; l&#233;gitimer la colonisation, certains de ses opposants l'assimilent &#224; une conception imp&#233;rialiste de l'Occident et &#224; une vision du monde &#233;rig&#233;e en mod&#232;le qui masquerait derri&#232;re l'affirmation de droits universels la domination de valeurs occidentales. Les &#171; droits de l'homme &#187; d&#233;signeraient en r&#233;alit&#233; ceux de l'homme blanc. De la m&#234;me mani&#232;re, comme pr&#233;sent&#233; pr&#233;c&#233;demment, le f&#233;minisme est critiqu&#233; par ces courants comme &#233;tant un f&#233;minisme blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. L'ambition de l'universalisme&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques pr&#233;c&#233;dentes peuvent &#234;tre d&#233;pass&#233;es si on rappelle que l'universalisme est un id&#233;al progressiste et humaniste, un projet, toujours &#224; r&#233;aliser, pour un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; inclusif et &#233;galitaire. Ce qui n&#233;cessite, par-del&#224; la proclamation de principes, un bouleversement radical des rapports sociaux non seulement en France mais sur le plan international. Reconna&#238;tre les carences li&#233;es &#224; une conception abstraite signifie veiller &#224; mettre concr&#232;tement en pratique les valeurs qu'il porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les droits universels ne sont pas des droits impos&#233;s par un ethnocentrisme occidental, ni des droits naturels. Ce sont des droits qui ont &#233;t&#233; socialement construits, et gagn&#233;s dans des luttes. Leur existence n'est pas un fait scientifique, mais d&#233;coule d'un choix, d'un engagement &#233;thique et politique . [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aujourd'hui persistent de nombreuses discriminations et in&#233;galit&#233;s entre pays, entre personnes de diff&#233;rentes origines ou convictions spirituelles, entre cat&#233;gories favoris&#233;es et quartiers populaires, entre femmes et hommes, c'est par manque de volont&#233; politique de donner une r&#233;alit&#233; aux droits universels. Mais l'universalisme n'est pas l'uniformit&#233;, ni la non-reconnaissance des diff&#233;rences. Il gagne &#224; &#234;tre &#233;nonc&#233; &#224; partir de la d&#233;nonciation de toutes les discriminations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.3. &#201;viter les fausses oppositions et l'instrumentalisation de l'universalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans d'une forme rigide de l'universalisme, celle qui adopte une position de surplomb et &#171; d'indiff&#233;rence aux diff&#233;rences &#187;, s'opposent &#224; la possibilit&#233; de traitement pr&#233;f&#233;rentiel pour certaines cat&#233;gories destin&#233; &#224; compenser les discriminations qu'elles subissent. L&#224; encore, cette opposition peut &#234;tre d&#233;pass&#233;e si on veut bien garder &#224; l'esprit que l'universalisme est consubstantiel de l'&#233;galit&#233; des droits dans le projet de soci&#233;t&#233; &#224; construire : pour mener &#224; bien ce projet, il est alors n&#233;cessaire de prendre des mesures correctrices en faveur des cat&#233;gories priv&#233;es de ces droits. C'est la dynamique de progr&#232;s vers moins d'in&#233;galit&#233;s qui doit &#234;tre privil&#233;gi&#233;e, et plus la soci&#233;t&#233; avancera vers l'&#233;galit&#233;, moins il y aura besoin de politiques correctrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, le sujet de la parit&#233; en politique a par exemple suscit&#233; de nombreux d&#233;bats qui ont divis&#233; aussi les f&#233;ministes. Inscrire le principe de parit&#233; dans la Constitution &#233;tait accus&#233; de rompre avec le principe universaliste qui affirme l'&#233;galit&#233; citoyenne ind&#233;pendamment de toute autre consid&#233;ration, et de valider une lecture diff&#233;rentialiste des femmes et des hommes. Sans revenir sur les &#233;changes d'arguments [21], force est de constater aujourd'hui que suite &#224; la modification de la loi &#233;lectorale [22] et &#224; la mise en place de dispositifs contraignants, l'&#233;galit&#233; dans la repr&#233;sentation politique des femmes a fortement progress&#233;, malgr&#233; le caract&#232;re anti-d&#233;mocratique de la Ve R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalisme ne doit pas &#234;tre identifi&#233; aux discours de personnes m&#233;diatis&#233;es qui s'en r&#233;clament. Certains courants en effet, comme le Printemps r&#233;publicain, ou des personnalit&#233;s comme Manuel Valls, se revendiquent de la gauche tout en d&#233;non&#231;ant une crise r&#233;publicaine de la gauche : elle serait devenue poreuse aux th&#232;ses racialistes et au relativisme culturel. En r&#233;alit&#233;, ils s'abritent derri&#232;re un universalisme de fa&#231;ade pour au final justifier une attitude discriminatoire envers les musulman&#183;es et l'islam. Ces courants f&#233;tichisent la la&#239;cit&#233; en occultant ou rel&#233;guant au second plan les questions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.4. &#171; Un universel riche de tout le particulier &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de reconna&#238;tre l'existence des groupes qui subissent des discriminations et de concevoir des politiques pour faire dispara&#238;tre ces discriminations ne signifie pas valider les lectures identitaires, ni le relativisme culturel, ni les th&#232;ses diff&#233;rentialistes. Comme pr&#233;sent&#233; dans la premi&#232;re partie, la prise en compte des diff&#233;rentes discriminations et rapports de domination conduit &#224; consid&#233;rer les effets crois&#233;s des diff&#233;rents types d'in&#233;galit&#233;s sociales, sexistes, racistes, homophobes, et veille &#224; ne pas les hi&#233;rarchiser. Cette conception &#224; la fois universaliste et intersectionnelle s'oppose &#224; la fois &#224; l'identitarisme obsessionnel de l'extr&#234;me droite et, &#224; l'autre bout, aux vell&#233;it&#233;s d'extension de l'islam fondamentaliste. La ligne &#224; tenir se situe entre l'universalisme abstrait qui surplombe et dilue, et, &#224; l'oppos&#233;, la mise au premier plan des diff&#233;rences entre groupes communautaires qui surd&#233;termineraient tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aim&#233; C&#233;saire [23], souvent cit&#233;, r&#233;sumait ainsi : &#171; &lt;i&gt; il y a deux mani&#232;res de se perdre : par s&#233;gr&#233;gation mur&#233;e dans le particulier ou par dilution dans l'&#8220;universel&#8221;. Ma conception de l'universel est celle d'un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers &#187;. Il ajoutait qu'il fallait avoir &#171; la force d'inventer notre route et de la d&#233;barrasser des formes toutes faites, des formes p&#233;trifi&#233;es qui l'obstruent &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 3- Troisi&#232;me partie : D&#233;passer le clivage intersectionnel/universaliste au sein du f&#233;minisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de permet de pr&#233;ciser &#224; quoi correspondent pour nous les termes intersectionnel et universaliste et de nous distinguer de certaines utilisations que nous jugeons abusives ou d&#233;voy&#233;es. Nous en venons maintenant au clivage habituellement pr&#233;sent&#233; comme s&#233;parant les f&#233;ministes se revendiquant intersectionnelles et universalistes. Au centre de la controverse, sans surprise, un sujet en particulier divise les deux groupes, c'est le voile. Les deux autres sujets &#233;voqu&#233;s en g&#233;n&#233;ral concernent la question de la prostitution et celle des r&#233;unions en non-mixit&#233;. Examinons chacun des trois au regard de notre objectif qui est, non pas de reprendre les diff&#233;rents arguments, mais avant tout de pouvoir se retrouver c&#244;te &#224; c&#244;te et sans exclusive dans les collectifs f&#233;ministes pour des luttes communes. Pour insister sur ce qui nous unit et tout affronter sans hi&#233;rarchiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1. Le voile : le d&#233;bat n'est pas entre d&#233;fendre le port du voile ou souhaiter sa disparition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du foulard, rebaptis&#233; voile, est un objet r&#233;current de d&#233;bats dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, bien au-del&#224; des courants f&#233;ministes. Pour s'en tenir &#224; ces derniers, le clivage se polarise aujourd'hui entre deux positions. Notons qu'il y a eu aussi l'expression d'une position interm&#233;diaire en 2004 &#171; Contre le racisme et pour les femmes. [24] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re position se base sur l'id&#233;e que le voile est un signe d'oppression des femmes, il symbolise leur soumission, voire c'est un outil de l'islamisme politique. Il est incompatible avec le f&#233;minisme, il faut le combattre. De l'autre c&#244;t&#233;, on estime que l'imp&#233;ratif du f&#233;minisme est de d&#233;fendre la libert&#233; individuelle et l'autonomie pour les femmes, en particulier de s'habiller &#224; leur guise, en soulignant que ces pr&#233;tendues normes ne p&#232;sent que sur les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question du voile, il est n&#233;cessaire d'entrer dans la discussion pour interpeller la conviction de certain&#183;es pour qui une femme voil&#233;e ne peut pas &#234;tre f&#233;ministe puisqu'elle se soumet sans les contester aux pr&#233;ceptes de l'islam et/ou accepte la pression de sa famille ou des religieux : de ce fait elle n'aurait pas sa place dans les collectifs f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de discussion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que le contexte g&#233;ographique et politique est important et que le voile n'a pas la m&#234;me signification ici que dans les pays o&#249; il est impos&#233;, comme en Afghanistan, en Iran, etc. Il y a unanimit&#233;, bien s&#251;r, parmi les f&#233;ministes pour soutenir les femmes de ces pays qui refusent l'obligation de porter le voile et pour assurer une solidarit&#233; avec toutes les femmes qui luttent pour leur libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte en France est tr&#232;s diff&#233;rent, et il est n&#233;cessaire d'entendre avant tout la parole des premi&#232;res concern&#233;es. Des enqu&#234;tes ont montr&#233; que les femmes musulmanes qui portent le foulard le font pour quatre diff&#233;rentes raisons. L'une d'elles est la prescription religieuse [25]. Certes l'islam attribue un statut inf&#233;rieur aux femmes, mais c'est le cas de toutes les religions monoth&#233;istes, ce qu'on doit &#233;videmment critiquer. Mais critiquer les religions n'est pas contester la libert&#233; de croyances, ni r&#233;prouver ou repousser leurs adeptes hors des luttes f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me raison avanc&#233;e par certaines femmes musulmanes m&#233;rite attention. C'est le d&#233;sir de se sentir en s&#233;curit&#233; lorsqu'elles sortent dans l'espace public. Pour lutter contre le sentiment d'ins&#233;curit&#233; qui conduit une femme &#224; porter le voile, il y a certes beaucoup &#224; faire au niveau de la lutte contre les st&#233;r&#233;otypes, notamment ceux qui assimilent les femmes non voil&#233;es &#224; des impudiques, ce qui autoriserait &#224; les harceler ou &#224; les agresser. Beaucoup &#224; faire donc dans l'&#233;ducation, en particulier faire en sorte que chacun apprenne &#224; respecter toutes les femmes, quel que soit leur habillement. Mais en parall&#232;le, il faut reconna&#238;tre aux femmes musulmanes leur capacit&#233; &#224; d&#233;cider de porter ou non le voile pour des raisons de s&#233;curit&#233; dont elles sont seules juges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison pour le port du voile est de t&#233;moigner de sa religion. Il n'est pas tr&#232;s difficile d'en comprendre le ressort. Au lieu d'accueillir avec reconnaissance les travailleurs et leurs familles venus au fil des si&#232;cles construire et reconstruire la France, les gouvernements successifs n'ont pas cess&#233; de discriminer les personnes originaires du Maghreb ou de l'Afrique subtropicale et leurs enfants, alimentant un racisme anti-musulman depuis plusieurs d&#233;cennies, d&#233;sign&#233; par le terme islamophobie. Devant ce constat, comme l'analysait Christine Delphy, cette population semble avoir fait son deuil de l'impossible &#233;galit&#233;. &#171; &lt;i&gt; &#201;tant exclue de l'universel, elle se met &#224; revendiquer une sp&#233;cificit&#233; &lt;/i&gt; [26] &#187;. Une partie de cette g&#233;n&#233;ration a choisi l'islam pour se retrouver dans une identit&#233; et la positiver. &#201;videmment, on doit regretter que cette &#233;volution ne remette pas en question la hi&#233;rarchie entre les femmes et les hommes. Raison de plus alors pour lutter ensemble contre toutes les discriminations, envers les femmes et envers les immigr&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re raison mentionn&#233;e, la contrainte. Elle n'est mise en avant que par une tr&#232;s faible minorit&#233; de femmes, ce qui ne signifie pas qu'elle doive &#234;tre n&#233;glig&#233;e. Il serait en effet irr&#233;aliste de nier que les partisans de l'islam politique, tout comme les int&#233;gristes islamistes, font de l'extension du port du voile une strat&#233;gie. On regrette que certains courants politiques de la gauche radicale aient consid&#233;r&#233;, dans les ann&#233;es 1990, le d&#233;veloppement du fondamentalisme islamique comme une r&#233;ponse &#224; l'imp&#233;rialisme et donc comme un alli&#233; utile. L'islam &#233;tant en France la religion d'une minorit&#233; discrimin&#233;e, toute critique de l'islam &#233;tait alors proscrite et d&#233;nonc&#233;e comme de l'islamophobie. Ces courants de gauche ont occult&#233; la nature r&#233;actionnaire des islamistes fondamentalistes et des int&#233;gristes par rapport aux libert&#233;s d&#233;mocratiques, &#224; l'&#233;galit&#233; entre femmes et hommes et au respect d&#251; aux personnes LGBTI. Il faut donc rester attentives et attentifs pour pouvoir lutter contre les int&#233;grismes de toutes les religions, et notamment contre l'instrumentalisation du voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, le voile est un signe d'in&#233;galit&#233;, bien s&#251;r. Mais ce n'est pas le seul. Est-ce que le fait pour une femme d'accepter une situation d'in&#233;galit&#233; (en l'occurrence porter le voile) justifie d'&#234;tre &#233;cart&#233;e en &#233;tant catalogu&#233;e non f&#233;ministe ? Le tort du voile serait-il simplement d'&#234;tre une in&#233;galit&#233; visible dans la vie publique, contrairement &#224; d'autres qui prennent place dans la vie priv&#233;e ? Car les f&#233;ministes, y compris militantes, sont loin d'avoir toutes refus&#233;, par exemple, l'in&#233;gal partage des t&#226;ches domestiques au sein de leur couple. Le f&#233;minisme ne devrait-il pas d'abord &#234;tre valid&#233; par l'engagement dans les luttes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La position suivante peut-elle alors r&#233;unir ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fendre le droit des femmes de se v&#234;tir comme elles le souhaitent dans l'espace public [27]. Soutenir leur autonomie contre toute injonction exerc&#233;e par les religions, les courants int&#233;gristes, les familles ou les pressions conservatrices et r&#233;actionnaires de la soci&#233;t&#233;. Condamner les discriminations et agressions contre toutes les femmes, voil&#233;es ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendiquer bien s&#251;r la libert&#233; de conscience et de croyance pour toute personne et en m&#234;me temps le droit de critiquer toute religion, y compris celle dite &#171; des opprim&#233;s &#187;, et d'en d&#233;noncer les aspects r&#233;actionnaires, sexisme, homophobie [28], etc. Rester vigilant&#183;es par rapport &#224; toute offensive religieuse fondamentaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie de toute personne est certes toujours limit&#233;e dans un contexte o&#249; existent de forts rapports de domination. Notre objectif en tant que f&#233;ministes est d'aider &#224; ce que l'autonomie des femmes devienne une r&#233;alit&#233; et de favoriser leur &#233;mancipation ; nous acceptons toute personne souhaitant agir avec nous dans ce sens. C'est sur le terrain des luttes et de l'action, en associant les femmes voil&#233;es ou non qui le souhaitent, que nous serons plus efficaces pour faire avancer l'&#233;mancipation f&#233;minine, notamment contre toutes les prescriptions conservatrices des religions ou, de mani&#232;re sym&#233;trique, contre les mod&#232;les promus par la soci&#233;t&#233; marchande qui transforment les corps humains, et en particulier ceux des femmes, en marchandises.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
3.2. R&#233;unions en non-mixit&#233; : un outil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d&#233;signe des r&#233;unions organis&#233;es par des groupes militants qui en restreignent l'acc&#232;s &#224; des personnes partageant l'exp&#233;rience d'une m&#234;me discrimination ou oppression, le racisme, sexisme, etc. L'objectif est de faciliter la prise de parole de ces personnes et de faire &#233;merger des solutions contre ces discriminations. Dans la p&#233;riode r&#233;cente, certaines r&#233;unions, rares mais m&#233;diatis&#233;es, ont &#233;t&#233; r&#233;serv&#233;es aux personnes noires. Ce qui a suscit&#233; une opposition virulente dans les rangs de la droite et l'extr&#234;me droite, mais aussi de la part de certains &#224; gauche ou encore au gouvernement, opposition qui d&#233;nonce une rupture avec l'universalisme, parle de racisme anti-blanc et de vis&#233;es s&#233;paratistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les femmes, l'organisation de r&#233;unions r&#233;serv&#233;es aux femmes noires a aussi suscit&#233; une contestation chez certaines f&#233;ministes : remises dans le contexte qui a vu &#233;merger la th&#232;se du &#171; f&#233;minisme blanc &#187; (voir plus haut), ces r&#233;unions ont pu &#234;tre interpr&#233;t&#233;es comme visant &#224; faire &#233;merger en opposition un &#171; f&#233;minisme noir &#187;. Mais ces critiques ne tiennent pas si l'on veut bien se rappeler que c'est justement le Mouvement de lib&#233;ration des femmes qui a largement d&#233;velopp&#233; les r&#233;unions non ouvertes aux hommes [29] dans les ann&#233;es 1970 et que celles-ci ont &#233;t&#233; tr&#232;s efficaces pour faire avancer l'&#233;mancipation des femmes. Se retrouver entre soi pour lutter a toujours fait partie des modes d'action des mouvements sociaux. La non-mixit&#233; devrait donc &#234;tre vue simplement pour ce qu'elle est : un outil, plus ou moins temporaire, pour faciliter une prise de conscience et une mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pol&#233;mique a &#233;merg&#233; plus r&#233;cemment concernant la place des personnes transsexuelles dans les r&#233;unions et luttes f&#233;ministes. Certaines f&#233;ministes ne sont pas favorables &#224; l'acceptation des transsexuelles (hommes devenus femmes) dans leurs r&#233;unions, en expliquant que leur changement de sexe ne leur permet pas de partager l'exp&#233;rience des discriminations v&#233;cues par les femmes. Elles d&#233;noncent aussi une place de plus en plus importante prise par l'activisme &#171; trans &#187; au sein du f&#233;minisme, qui tend &#224; rel&#233;guer au second plan la d&#233;fense des droits des femmes. &#192; l'oppos&#233;, d'autres f&#233;ministes d&#233;noncent une stigmatisation des &#171; trans &#187; et affirment que les femmes transsexuelles sont des femmes comme les autres [30], ou encore que la bicat&#233;gorisation de l'humanit&#233; en deux sexes n'est qu'une simple construction sociale, d&#233;pass&#233;e du fait de l'existence d'individus intersexu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res sont alors accus&#233;es de transphobie. L'agressivit&#233; monte. Ces questions de la diff&#233;rence sexuelle, de l'existence de personnes transsexuelles ou transgenres ont &#233;merg&#233; relativement r&#233;cemment en France et elles sont complexes. Nous n'avons pas de r&#233;ponses claires &#224; ces questions. Mais il faut r&#233;ussir &#224; prendre en compte d'un c&#244;t&#233; les probl&#232;mes soulev&#233;s par les sportives ou par des militantes f&#233;ministes qui ne pensent pas que les personnes &#171; trans &#187; soient les meilleures porte-parole du mouvement f&#233;ministe, et de l'autre c&#244;t&#233;, le sentiment de rejet &#233;prouv&#233; par les &#171; trans &#187;. Pour sortir de ce climat de tensions qui tend &#224; s'aggraver, il est indispensable de prendre le temps d'en d&#233;battre calmement et de mani&#232;re constructive au sein des courants f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.3. Prostitution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position concernant la prostitution est &#233;galement r&#233;put&#233;e d&#233;finir son &#171; camp &#187; : il y aurait d'un c&#244;t&#233; les abolitionnistes qui seraient universalistes, de l'autre les f&#233;ministes intersectionnelles qui d&#233;fendraient le &#171; travail du sexe &#187; (le courant dit &#171; pro-sexe &#187;). Cette cat&#233;gorisation est en r&#233;alit&#233; paradoxale, car les arguments en faveur ou en opposition &#224; la prostitution ne recouvrent pas la division cens&#233;e partager l'intersectionnalit&#233; et l'universalisme. On peut n&#233;anmoins rappeler un constat g&#233;n&#233;ral : partout ce sont les femmes racis&#233;es, les autochtones, celles issues des minorit&#233;s ethniques, celles des classes d&#233;favoris&#233;es, donc celles qui subissent des rapports de domination crois&#233;s, qui sont surrepr&#233;sent&#233;es parmi les personnes prostitu&#233;es, parce qu'elles sont les plus pr&#233;caris&#233;es. L'analyse intersectionnelle, qui prend en compte l'ensemble des dominations subies, devrait donc logiquement conduire &#224; lutter contre le syst&#232;me prostitutionnel [31]. De quoi contredire l'identification pr&#233;tendue entre les positions intersectionnelles et &#171; pro-sexe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne reprendrons pas ici le d&#233;bat. Simplement il nous faut rectifier l'affirmation r&#233;guli&#232;rement mise en avant par les partisanes de la reconnaissance du &#171; travail du sexe &#187; : elles seraient les seules &#224; d&#233;fendre les droits des personnes prostitu&#233;es. Cette affirmation traduit une ignorance de ce qu'est l'abolitionnisme, mais c'est aussi une confusion entretenue &#224; dessein par ses opposant&#183;es. Car les abolitionnistes d&#233;fendent bien &#233;videmment l'acc&#232;s des personnes prostitu&#233;es &#224; tous les droits ! Ils et elles luttent, non pas contre ces personnes, mais contre le syst&#232;me prostitutionnel, contre sa mondialisation et la traite des &#234;tres humains &#224; des fins de prostitution, qui constituent une atteinte &#224; la dignit&#233; humaine. Ils et elles refusent de laisser croire que la prostitution pourrait &#234;tre un travail comme un autre [32]. Pour les abolitionnistes, le progr&#232;s pour les femmes et pour la soci&#233;t&#233;, ce n'est pas de d&#233;fendre un soi-disant droit de se prostituer, mais au contraire, de d&#233;fendre le droit de vivre sans avoir besoin de se prostituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut acter l'opposition entre abolitionnistes et courants &#171; pro-sexe &#187; et continuer &#224; d&#233;battre, mais les violences physiques comme verbales contre les militantes abolitionnistes &#8211; certaines ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es physiquement lors des derni&#232;res manifestations du 8 mars et elles sont r&#233;guli&#232;rement trait&#233;es de putophobes &#8209;&#8211; sont inacceptables et doivent &#234;tre condamn&#233;es, au m&#234;me titre que les injures &#224; l'&#233;gard des trans, par l'ensemble des f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, quelles que soient les divergences sur cette question, on devrait pouvoir se retrouver pour lutter contre le d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233; impos&#233;e aux femmes en mati&#232;re de travail, de logement et contester les politiques r&#233;pressives &#224; l'&#233;gard des personnes &#233;trang&#232;res &#224; qui sont refus&#233;es toute perspective de r&#233;gularisation, facteurs qui favorisent largement l'entr&#233;e des personnes dans la prostitution, malgr&#233; elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Conclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;ministes intersectionnelles et universalistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous nous approprions dans l'intersectionnalit&#233; comme dans l'universalisme, c'est la perspective d'&#233;mancipation qu'ils portent. Nous souhaitons inviter &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; un f&#233;minisme intersectionnel et universaliste, avec les nuances apport&#233;es pr&#233;c&#233;demment. Ce f&#233;minisme part des conditions de v&#233;cu des discriminations envers les femmes et s'appuie sur les luttes concr&#232;tes et les in&#233;galit&#233;s v&#233;cues au jour le jour pour proposer des politiques alternatives et changer les rapports sociaux. Il affirme le principe politique de droits universels &#8211; &#224; l'&#233;galit&#233;, l'&#233;ducation, la sant&#233;, la libert&#233;, l'emploi, etc. &#8211; qui sont &#224; concr&#233;tiser pour tous les &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antagonisme entre intersectionnalit&#233; et universalisme, trop souvent consid&#233;r&#233; comme une &#233;vidence, produit et entretient une division tr&#232;s n&#233;faste au sein des f&#233;ministes qui semble, de plus, s'approfondir au fil du temps. Or comme nous l'avons soulign&#233; en introduction, il est urgent de surmonter ces divergences pour constituer des fronts communs face &#224; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite et aux ravages occasionn&#233;s par des politiques &#233;conomiques dont le seul moteur est la d&#233;fense du profit, tant en France que sur le plan international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons souhait&#233; montrer que ces divergences peuvent &#234;tre d&#233;pass&#233;es et qu'il existe une large plage de consensus pour des luttes communes. Il ne s'agit nullement de d&#233;cider qui est intersectionnelle, universaliste, f&#233;ministe, et qui ne peut pas l'&#234;tre. Nous avons simplement pr&#233;sent&#233; notre conception qui pointe de fausses oppositions. Les f&#233;ministes doivent pouvoir se rassembler sur des objectifs et des luttes communes : prendre la d&#233;fense des femmes chaque fois qu'elles sont attaqu&#233;es en tant que femmes, &#234;tre aux c&#244;t&#233;s des personnes racis&#233;es chaque fois qu'elles subissent des discriminations et aux c&#244;t&#233;s des salari&#233;&#183;es, des ch&#244;meuses et ch&#244;meurs qui se heurtent &#224; l'exploitation et &#224; la pr&#233;carit&#233; de leurs conditions, d&#233;noncer les discours racistes, nationalistes et complotistes aliment&#233;s tout particuli&#232;rement par l'extr&#234;me droite, ainsi que ceux des fondamentalistes religieux qui l&#233;gitiment la subordination des femmes &#224; tous les niveaux. C'est seulement par notre capacit&#233; d'affronter toutes les dominations simultan&#233;ment, sans les hi&#233;rarchiser, que nous pourrons stopper les r&#233;gressions sociales, &#233;conomiques et soci&#233;tales en cours et construire une soci&#233;t&#233; plus juste et &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Catherine Bloch-London, Christiane Marty, Josette Trat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Attac France. Vendredi 17 juin 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Catherine Bloch-London est sociologue &#224; la DARES, membre du conseil scientifique et de la commission Genre d'Attac et de la fondation Copernic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christiane Marty est membre de la Commission genre Attac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Josette Trat est une sociologue et une militante f&#233;ministe fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La premi&#232;re partie de ce texte, qui discute de l'intersectionnalit&#233;, est reprise du texte &#171; Pour un f&#233;minisme intersectionnel et universaliste &#187;, de Catherine Bloch-London, Christiane Marty, Christine Mead, Josette Trat et Marielle Topelet (septembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La majuscule &#224; &#171; Noires &#187; &#233;tait revendiqu&#233;e par les Black feminists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Jaunait A., Chauvin S. &#171; Repr&#233;senter l'intersection, Les th&#233;ories de l'intersectionnalit&#233; &#224; l'&#233;preuve des sciences sociales &#187;. Revue de Science Politique, 2012/1/vol 62, p. 5-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marouz Sarah, &#171; Race &#187;, &#201;ditions Anomosa, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] bell hooks (sans majuscule, &#224; sa demande), &#171; Sororit&#233; : la solidarit&#233; politique entre toutes les femmes &#187; dans E. Dorlin (dir.), Black feminism, anthologie du f&#233;minisme afro-am&#233;ricain, 1975-2000, L'Harmattan 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Leur critique rejoint celle formul&#233;e par le courant f&#233;ministe luttes de classe en France concernant le concept d'&#171; ennemi principal &#187; d&#233;fendu par Christine Delphy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Adrienne Rich, &#171; Disloyal to Civilization. Feminism, Racism, Gynephobia &#187; cit&#233;e par Jaunait et Chauvin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Falquet Jules, Imbrication &#8211; Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, &#201;ditions du croquant, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Trat Josette (2007) : &#171; L'histoire oubli&#233;e du courant &#8220; f&#233;ministe luttes de classe&#8220; &#187;, Femmes, genre, f&#233;minisme, pp. 9-32, Syllepse, en ligne sur le site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res (ESSF, article 58347), L'histoire oubli&#233;e du courant &#171; f&#233;ministe luttes de classe &#187; en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Delphy Christine, L'ennemi principal, 1 &#201;conomie politique du patriarcat, Syllepse, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Kergoat Dani&#232;le (2005) : &#171; Rapports sociaux et division du travail entre les sexes &#187;, Femmes, genre et soci&#233;t&#233;s, l'&#233;tat des savoirs, sous la direction de Margaret Maruani, pp. 94-101, La D&#233;couverte. (2009) : &#171; Dynamique et consubstantialit&#233; des rapports sociaux &#187;, dans Sexe, race et classe, sous la direction d'Elsa Dorlin, p. 111-125, PUF. (2021) : &#171; Penser la complexit&#233; : des cat&#233;gories aux rapports sociaux &#187;, La Pens&#233;e N&#176; 407, J/A/S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Th&#232;se d&#233;velopp&#233;e par Fran&#231;oise Verg&#232;s. Pour une critique de cette th&#232;se, voir Josette Trat, &#171; Fran&#231;oise Verg&#232;s, une f&#233;ministe probl&#233;matique &#187;, Contretemps n&#176;41, 2019. Disponible sur ESSF (article 48767), Fran&#231;oise Verg&#232;s, une f&#233;ministe probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Claudie Lesselier (2007) : &#171; Pour une histoire des mouvements de femmes de l'immigration en France &#187;, dans Femmes, genre, f&#233;minisme, pp. 71-104, Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Voir Quand les femmes se heurtent &#224; la mondialisation, Attac, coord. Esther Jeffers et Christiane Marty, Mille et une nuits, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Comme le font en France Fran&#231;oise Verg&#232;s et Houria Bouteldja.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] C'est le cas d'Houria Bouteldja. Elle a &#233;crit en 2016 : &#171; Mon corps ne m'appartient pas. J'appartiens &#224; ma famille, &#224; mon clan, &#224; mon quartier, &#224; ma race, &#224; l'Alg&#233;rie, &#224; l'islam. J'appartiens &#224; mon histoire et si Dieu veut, j'appartiendrai &#224; ma descendance &#187; in &#171; Les Blancs, les Juifs et nous &#187;, p. 72, La Fabrique. Ce qui est son droit le plus strict mais qui pose des questions sur le sens qu'elle donne au mot f&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Ce droit n'a rien &#224; voir avec le &#171; droit &#224; la vie &#187; pr&#244;n&#233; par les opposant.es au droit &#224; l'avortement. Le droit &#224; l'existence s'oppose aux politiques d'extermination telles qu'elles se sont d&#233;roul&#233;es contre les Indiens d'Am&#233;riques, les juifs d'Europe, les Tutsis au Rwanda etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Cit&#233;s par Julien Suaudeau et Mame-Fatou Niang Universalisme, respectivement p. 65 et 70, Anamosa 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] De nombreux ouvrages portent sur les Lumi&#232;res, l'universalisme, ses limites. Parmi eux, citons L'h&#233;ritage des Lumi&#232;res, Ambivalence de la modernit&#233;, Antoine Lilti, Seuil, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Voir Le Petit Alter, Dictionnaire altermondialiste, Attac, coord. Jean-Marie Harribey, Mille et une nuits, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Sur ces d&#233;bats, cf. deux num&#233;ros de Nouvelles Questions F&#233;ministes : La parit&#233; &#171; pour &#187;, vol. 15, num&#233;ro 14, novembre 1994 ; La parit&#233; &#171; contre &#187;, volume 16, num&#233;ro 2, mai 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Il n'y a pas eu de modification de la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Aim&#233; C&#233;saire, Po&#233;sie, Th&#233;&#226;tre, Essais et Discours, Paris, CNRS &#201;ditions/Pr&#233;sence africaine &#201;ditions, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] &#171; Contre le racisme et pour les femmes &#187;, tribune de Suzy Rojtman, Maya Surduts, Josette Trat, Lib&#233;ration, 27 janvier 2004. Nous ne reviendrons pas dans cet article sur les d&#233;bats qui ont eu lieu au moment de la loi sur l'interdiction des signes religieux dans les &#233;coles, coll&#232;ges et lyc&#233;es publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Le fait que le voile soit une prescription de l'islam est d'ailleurs largement contest&#233;. L'histoire du voile commence historiquement avant les religions r&#233;v&#233;l&#233;es. Il est devenu un attribut des femmes chr&#233;tiennes avant de faire partie des traditions des pays musulmans (plus que d'&#234;tre vraiment un pr&#233;cepte du Coran), et il est devenu ensuite, selon certains historiens, un enjeu symbolique du refus de la colonisation. Le port du voile est aussi prescrit aux religieuses catholiques, mais il n'a jamais suscit&#233; une stigmatisation &#233;quivalente au voile dit musulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Un universalisme si particulier, Christine Delphy, Syllepse 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] La proposition du Rassemblement national d'interdire le port du voile dans la rue est injustifiable et elle serait de plus contraire &#224; la loi de 1905 concernant la s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat, ou encore &#224; la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme (CEDH), qui garantissent la libert&#233; de conscience et le libre exercice des cultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] C'est ce que font d'ailleurs certaines femmes de religion musulmane ou juive, qui &#233;tudient les textes fondateurs pour r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; sur certaines prescriptions, et pour faire une critique au nom de l'&#233;galit&#233; entre femmes et hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Les r&#233;unions non mixtes &#233;taient par ailleurs d&#233;j&#224; pratiqu&#233;es au XIXe si&#232;cle par les ouvri&#232;res, aux &#201;tats-Unis et en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Ce qui n'est pourtant pas si simple. Dans le sport par exemple, certaines f&#233;d&#233;rations acceptent les femmes trans dans les comp&#233;titions f&#233;minines : leurs diff&#233;rences anatomiques et physiologiques leur donnent un avantage certain, ce qui suscite une contestation de la part des autres sportives. Un autre exemple concerne les lesbiennes qui n'ont pas forc&#233;ment envie d'avoir une relation avec une femme trans, sans pour autant &#234;tre transphobes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Voir Mondialisation de la prostitution, une atteinte globale &#224; la dignit&#233; humaine, Attac, coord. Christiane Marty, Mille et une nuits, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Voir la r&#233;solution adopt&#233;e par Attac en mai 2014 &#171; Abolir le syst&#232;me prostitutionnel &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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