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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>&#171; Au diable l'environnement, donnez&#8209;moi l'abondance ! &#187; : pourquoi le backlash est structurel</title>
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		<dc:date>2025-11-30T12:58:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Fressoz</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-11-25</dc:subject>

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&lt;p&gt;Et si ce que nous appelons backlash &#233;cologique n'&#233;tait que la manifestation brutale d'un mouvement plus profond ? C'est la th&#232;se d&#233;fendue par l'historien Jean-Baptiste Fressoz dans ce court texte : ce qui nous revient en boomerang, c'est l'incompatibilit&#233; structurelle entre l'organisation mat&#233;rielle de nos soci&#233;t&#233;s et toute perspective &#233;cologique. &lt;br class='autobr' /&gt; 9 octobre 2025 | tir&#233; de Terrestres https://www.terrestres.org/2025/10/09/backlash-structurel-fressoz/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte est extrait du livre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-11-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-11-25&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L96xH150/greenbacklash-2a97b.png?1764075568' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;center&gt;
&lt;i&gt;Et si ce que nous appelons backlash &#233;cologique n'&#233;tait que la manifestation brutale d'un mouvement plus profond ? C'est la th&#232;se d&#233;fendue par l'historien Jean-Baptiste Fressoz dans ce court texte : ce qui nous revient en boomerang, c'est l'incompatibilit&#233; structurelle entre l'organisation mat&#233;rielle de nos soci&#233;t&#233;s et toute perspective &#233;cologique.&lt;/i&gt;
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;9 octobre 2025 | tir&#233; de Terrestres&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.terrestres.org/2025/10/09/backlash-structurel-fressoz/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.terrestres.org/2025/10/09/backlash-structurel-fressoz/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce texte est extrait du livre collectif &lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/greenbacklash-laure-teulieres/9782021591224&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Greenbacklash : qui veut la peau de l'&#233;cologie ?&lt;/a&gt;, sous la direction de Laure Teuli&#232;res, Steve Hagimont et Jean-Michel Hup&#233;, &#224; para&#238;tre le 10 octobre 2025 aux &#233;ditions du Seuil.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 25 mai 1970, un mois &#224; peine apr&#232;s le premier Jour de la Terre qui vit des millions d'Am&#233;ricains manifester pour la d&#233;fense de l'environnement, le New York Times &#233;voquait d&#233;j&#224; l'hypoth&#232;se d'un ecological backlash, d'un retour de b&#226;ton contre l'&#233;cologie. La menace n'&#233;tait pas prise au s&#233;rieux. La vague environnementaliste semblait port&#233;e par la d&#233;mocratie am&#233;ricaine elle&#8209;m&#234;me. &#171; Tant que des millions d'Am&#233;ricains ont l'usage de leurs yeux, de leurs oreilles, de leur nez, la position du personnel politique est pr&#233;visible &#187;, expliquait l'&#233;ditorialiste. &#171; Les habitants de Santa Barbara, dont beaucoup sont conservateurs, n'ont pas eu besoin d'&#234;tre sermonn&#233;s pour s'indigner de la pollution de leurs plages. Les habitants de New York et de Los Angeles n'ont pas besoin d'&#234;tre inform&#233;s des dangers de la pollution de l'air. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective des &#233;lections de novembre 1970, le New York Times plaignait &#171; le d&#233;put&#233; qui n'aurait pas de mesures environnementales &#224; pr&#233;senter &#224; ses &#233;lecteurs &#187;. La d&#233;fense de l'environnement &#233;tait alors consensuelle, port&#233;e &#224; la fois par une jeunesse &#233;duqu&#233;e votant d&#233;mocrate et par le Parti r&#233;publicain d&#233;fendant son pass&#233; conservationniste (les parcs nationaux, Theodore Roosevelt). L'Environmental Protection Agency (EPA) et le Clean Air Act furent d'ailleurs adopt&#233;s sous la pr&#233;sidence du r&#233;publicain Richard Nixon avec d'&#233;crasantes majorit&#233;s. Le backlash, expliquait le journal, venait de &#171; conservateurs obtus [&#8230;] qui n'accepteraient pas d'&#234;tre sauv&#233;s d'un incendie sans demander avec suspicion o&#249; ils sont emmen&#233;s et si le danger des flammes n'a pas &#233;t&#233; exag&#233;r&#233; &#187;. Certes, quelques industriels &#171; de moindre envergure &#187; s'opposeraient &#224; l'&#233;cologie, mais ils &#171; seraient balay&#233;s par ceux dot&#233;s d'une vision plus large &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;signation climatique sous couvert de transition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, 1970 semble marquer l'apog&#233;e de l'&#233;cologie politique aux &#201;tats&#8209;Unis. La d&#233;cennie qui s'ouvrait, annonc&#233;e par Nixon comme celle de l'environnement, fut surtout celle de la &#171; crise &#233;nerg&#233;tique &#187; et de la recherche tous azimuts de la souverainet&#233; par le nucl&#233;aire, par le gaz et par le charbon. D&#232;s 1970, le journal Science pr&#233;voyait que la crise &#233;nerg&#233;tique allait engloutir les pr&#233;occupations environnementales : &#171; quand l'air conditionn&#233; et les t&#233;l&#233;visions s'arr&#234;teront le public se dira &#8220;au diable l'environnement donnez&#8209;moi l'abondance&#8221; &#187;. En 1980, l'&#233;lection de Ronald Reagan et plus encore le score de Barry Commoner &#224; la m&#234;me &#233;lection (0,25 %) confirmeraient ce sombre pronostic. &#192; l'&#233;poque, comme aujourd'hui, l'id&#233;e de &#171; backlash &#233;cologique &#187; est trop optimiste. Elle sugg&#232;re une r&#233;action temporaire, une r&#233;sistance agressive, mais passag&#232;re, &#233;manant des franges conservatrices de la soci&#233;t&#233; face &#224; un mouvement d'&#233;cologisation et de transition. Les reculs observ&#233;s ne seraient que tactiques : des contretemps f&#226;cheux sur la voie du progr&#232;s. Le probl&#232;me est qu'en mati&#232;re &#233;cologique, le backlash est structurel, il refl&#232;te des int&#233;r&#234;ts li&#233;s &#224; la totalit&#233; ou presque du monde productif. La lutte contre la pollution touche au fondement de l'activit&#233; &#233;conomique, au volume et &#224; la nature de la production, &#224; la rentabilit&#233; des investissements, &#224; la comp&#233;titivit&#233; des entreprises et des nations et &#224; la place de l'&#201;tat dans la r&#233;gulation de l'&#233;conomie. La nature structurelle du backlash est particuli&#232;rement visible pour le cas des &#201;tats&#8209;Unis et du r&#233;chauffement climatique sur lequel se limite ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de la d&#233;cennie 1970, quand la question du r&#233;chauffement appara&#238;t dans l'ar&#232;ne politique aux &#201;tats&#8209;Unis, personne ne mettait en cause la r&#233;alit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne. Sa compr&#233;hension n'&#233;tait entrav&#233;e ni par les fausses controverses (le climatoscepticisme) ni par les fausses solutions (la capture du carbone par exemple). La nature du d&#233;fi &#233;tait bien per&#231;ue par les experts de l'EPA et de la National Academy of Science. Les experts soulignaient le r&#244;le central du carbone dans le syst&#232;me productif mondial et l'&#233;norme difficult&#233; qu'aurait l'humanit&#233; &#224; sortir des fossiles &#224; temps pour &#233;viter un r&#233;chauffement de 3 &#176;C avant 2100. En 1979, le m&#233;t&#233;orologue am&#233;ricain Jule Charney parlait du r&#233;chauffement comme du &#171; probl&#232;me environnemental ultime &#187; : il fallait agir imm&#233;diatement, avant m&#234;me sa d&#233;tection, pour esp&#233;rer limiter les d&#233;g&#226;ts &#224; la fin du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, la r&#233;signation l'emporta. En 1979, la Chine annon&#231;ait aux pays du G7 ses pr&#233;visions de production de charbon : 2 milliards de tonnes par an d'ici l'an 2000, soit les deux tiers de la production mondiale &#224; l'&#233;poque. Si on ajoute &#224; cela l'&#233;chec de l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#8212; li&#233; &#224; ses risques et ses surco&#251;ts &#8212;, l'urbanisation et l'&#233;lectrification du monde pauvre, la poursuite du consum&#233;risme dans le monde riche et la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme, on comprend pourquoi l'id&#233;e de stopper le r&#233;chauffement fut promptement abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, la National Academy of Science publiait un rapport dont le titre Changing Climate signale &#224; lui seul le parti pris de la r&#233;signation. La conclusion d&#233;fendait rationnellement l'id&#233;e de ne rien faire. Il &#233;tait plus que probable que les grandes puissances de ce monde, prises dans un dilemme du prisonnier, ne parviendraient pas &#224; restreindre leur consommation &#233;nerg&#233;tique et mat&#233;rielle. L'essentiel des stocks de carbone &#233;tant r&#233;parti entre les &#201;tats&#8209;Unis, l'URSS et la Chine, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire entre deux superpuissances rivales et un pays en voie de d&#233;veloppement, il &#233;tait illusoire de penser qu'un de ces acteurs puisse y renoncer. On pourrait certes ralentir le ph&#233;nom&#232;ne, en introduisant une taxe carbone, mais, concluait le rapport, l'exp&#233;rience des chocs p&#233;troliers r&#233;cents dissuaderait n'importe quel gouvernement d'opter pour un rench&#233;rissement volontaire des prix de l'&#233;nergie. Il faudrait donc s'adapter &#224; un climat plus chaud, ce qui, au dire des agronomes, des forestiers et des ing&#233;nieurs consult&#233;s sur ce sujet &#233;tait tout &#224; fait envisageable pour un pays comme les &#201;tats&#8209;Unis. Quant aux pays pauvres, leur meilleure option &#233;tait encore de br&#251;ler les fossiles n&#233;cessaires &#224; leur d&#233;veloppement et donc &#224; l'augmentation de leur &#171; r&#233;silience &#187;. Il y aurait bien s&#251;r des perdants &#8212; le Bangladesh est souvent cit&#233; &#224; l'&#233;poque &#8212; mais imaginer que les pays industriels ou ceux qui aspiraient &#224; le devenir puissent sacrifier leur &#233;conomie pour le bien&#8209;&#234;tre des plus pauvres &#233;tait une illusion. Au pire, il resterait la possibilit&#233; de d&#233;m&#233;nager des zones enti&#232;res de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10148; Lire aussi | &#171; &lt;a href=&#034;https://www.terrestres.org/2024/01/16/les-plus-pessimistes-etaient-beaucoup-trop-optimistes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les plus pessimistes &#233;taient beaucoup trop optimistes&lt;/a&gt; &#187;&#12539;Jean-Baptiste Fressoz (2023)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle internationale, les grandes conf&#233;rences commenc&#232;rent &#224; se succ&#233;der, mais sans modifier les bases &#233;conomiques et g&#233;ostrat&#233;giques du probl&#232;me. L'une des premi&#232;res du genre se tient &#224; Toronto en 1988. La d&#233;claration finale fait preuve d'une r&#233;elle ambition : r&#233;duire de 20 % les &#233;missions mondiales de CO2 d'ici &#224; 2005 par la mise en place d'une taxe sur les combustibles fossiles dans les pays riches, destin&#233;e &#224; financer le d&#233;veloppement et l'adaptation des pays pauvres. Mais des contre&#8209;feux sont rapidement allum&#233;s. En 1988, une nouvelle institution est cr&#233;&#233;e, le GIEC, dont le but explicite &#233;tait de remettre les gouvernements au c&#339;ur du processus d'expertise. Parmi les trois groupes composant le GIEC, deux sont pr&#233;sid&#233;s par des climatosceptiques. Le groupe III, celui charg&#233; des &#171; solutions &#187;, est dirig&#233; par l'Am&#233;ricain Robert Reinstein. Comme il l'expliquera plus tard, cette affaire de r&#233;chauffement n'est selon lui qu'un faux-nez des n&#233;gociations commerciales. Les Europ&#233;ens, jaloux des ressources &#233;nerg&#233;tiques am&#233;ricaines, cherchent &#224; nuire &#224; la comp&#233;titivit&#233; des &#201;tats&#8209;Unis en invoquant des objectifs de r&#233;duction d'&#233;missions illusoires. En tant que chef de la d&#233;l&#233;gation am&#233;ricaine &#224; la conf&#233;rence de Rio en 1992, il est charg&#233; par son gouvernement de mettre en avant les solutions technologiques au r&#233;chauffement &#8212; m&#234;me si lui-m&#234;me n'y croyait gu&#232;re. Cette &#171; carte technologique &#187; &#8212; c'est son expression &#8212; fut largement reprise tant elle arrangeait tout le monde : elle permettait de repousser &#224; plus tard et dans des progr&#232;s futurs les efforts de d&#233;carbonation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_53956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L400xH570/7cfd113dfb6b2ca7-49ccc832-6f153.png?1764075568' width='400' height='570' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Couverture du rapport de la Conf&#233;rence mondiale de Toronto, Canada, 27-30 juin 1988 : l'atmosph&#232;re en &#233;volution : implications pour la s&#233;curit&#233; du globe. Le texte int&#233;gral des actes est disponible &lt;a href=&#034;https://digitallibrary.un.org/record/106359?ln=fr&amp;v=pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans la biblioth&#232;que num&#233;rique de l'ONU.&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transitionisme et climatoscepticisme sont loin d'&#234;tre contradictoires. En 2002, un m&#233;mo de Franz Luntz qui est alors le principal communiquant au service du Parti r&#233;publicain montre comment ces deux tactiques dilatoires peuvent fonctionner en tandem. Selon lui, les R&#233;publicains proches des int&#233;r&#234;ts p&#233;troliers sont per&#231;us comme vuln&#233;rables sur la question climatique. Ils ont besoin de modifier leur langage. Il leur faut par exemple employer le terme &#171; &#233;nergie &#187; en lieu et place de &#171; p&#233;trole &#187;, dire &#171; energy company &#187; pour d&#233;signer Exxon et consorts. De m&#234;me, mieux vaut &#233;viter &#171; drilling for oil &#187;, qui &#233;voque &#171; une bouillasse noire et gluante &#187;, mais dire plut&#244;t &#171; energy exploration &#187; qui para&#238;t plus propre et renvoie &#224; la technologie. Sur la question du climat, Luntz reprend la bo&#238;te &#224; outils des marchands de doute et y ajoute l'id&#233;e de transition en cours. &#171; Le d&#233;bat scientifique est en train de se clore contre nous &#187; &#233;crit&#8209;il, mais il reste &#171; une fen&#234;tre de tir &#187;. Les Am&#233;ricains respectent la science et donc il faut insister sur le besoin de faire plus de science ou de la meilleure science. Et surtout, il faut parler d'innovation, souligner les baisses d'&#233;missions d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es par le secteur priv&#233; et insister sur les progr&#232;s technologiques &#224; venir. L'opposition aux normes et aux trait&#233;s internationaux n'est pas contre le climat ou l'environnement. Au contraire : ces r&#232;gles impos&#233;es par les &#233;trangers entraveront la prosp&#233;rit&#233; nationale et l'inventivit&#233; technologique am&#233;ricaines. C'est aussi &#224; ce moment, sous la pr&#233;sidence de George W. Bush, que sont pouss&#233;es les propositions de capture et de stockage du carbone, solutions impraticables &#224; grande &#233;chelle, mais qui jouent un r&#244;le cl&#233; dans les sc&#233;narios de neutralit&#233; carbone mis en avant par le GIEC.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle &#171; &#233;cologisation &#187; au regard des dynamiques mat&#233;rielles ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le monde se pr&#233;occupe officiellement du changement climatique, depuis 1992 et la conf&#233;rence de Rio, les techniques &#8212; dont les &#233;nergies renouvelables &#8212; ont beaucoup progress&#233; : il faut &#233;mettre presque deux fois moins de CO2 pour produire un dollar de PIB. Mais ce rapport entre deux agr&#233;gats est bien trop grossier pour comprendre les dynamiques mat&#233;rielles. La baisse de l'intensit&#233; carbone de l'&#233;conomie mondiale cache le r&#244;le presque inexpugnable des &#233;nergies fossiles dans la fabrication d'&#224; peu pr&#232;s tous les objets, un r&#244;le qu'elles remplissent, il est vrai, de mani&#232;re plus efficace. Depuis les ann&#233;es 1980, l'agriculture mondiale a accru sa d&#233;pendance au p&#233;trole et au gaz naturel (ingr&#233;dient essentiel des engrais azot&#233;s) avec les progr&#232;s de la m&#233;canisation et l'usage croissant d'intrants chimiques. L'extraction mini&#232;re et la m&#233;tallurgie deviennent plus gourmandes en &#233;nergie. L'urbanisation du monde pauvre a conduit &#224; remplacer des mati&#232;res peu &#233;mettrices comme le pis&#233; ou le bambou par du ciment. L'extension des cha&#238;nes de valeur, la sous&#8209;traitance et la globalisation accroissent les kilom&#232;tres parcourus par chaque marchandise ou composant de marchandise et donc le r&#244;le du p&#233;trole dans la bonne marche de l'&#233;conomie. Tous ces ph&#233;nom&#232;nes sont masqu&#233;s par l'efficacit&#233; croissante des machines et le poids des services dans le PIB mondial (d'o&#249; l'impression de d&#233;couplage), mais ils n'en sont pas moins des obstacles essentiels sur le chemin de la d&#233;carbonation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10148; Lire aussi | &lt;a href=&#034;https://www.terrestres.org/2020/03/05/defataliser-lhistoire-de-lenergie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;fataliser l'histoire de l'&#233;nergie&lt;/a&gt;&#12539;Fran&#231;ois Jarrige &amp; Alexis Vrignon (2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; pr&#233;sent&#233;e comme la solution au r&#233;chauffement concerne surtout l'&#233;lectricit&#233;, soit 40 % des &#233;missions mondiales de gaz &#224; effet de serre. Pour l'aviation, le transport maritime, l'acier, le ciment, les plastiques, les engrais, l'agriculture, le b&#226;timent ou encore l'armement, les perspectives de d&#233;carbonation restent encore assez fantomatiques. Le d&#233;ploiement des renouvelables va alimenter en &#233;lectricit&#233; d&#233;carbon&#233;e une &#233;conomie dont la constitution mat&#233;rielle d&#233;pendra encore longtemps des fossiles. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de quantit&#233;s colossales &#171; d'&#233;missions n&#233;gatives &#187; apr&#232;s 2050 sous forme de BECCS, pour &#171; bio&#233;nergie coupl&#233;e &#224; la capture et au stockage de carbone &#187;. C'est sur cette promesse technologique sans fondement que reposait l'Accord de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1970, l'&#233;ditorialiste du New York Times qui avait invent&#233; le terme d'&#171; ecological backlash &#187; se moquait d'une rumeur colport&#233;e par la droite am&#233;ricaine, celle d'une collusion entre socialisme et environnementalisme. Peut&#8209;&#234;tre aurait&#8209;il fallu explorer cette id&#233;e plus loin : lutter contre le r&#233;chauffement et la destruction des &#233;cosyst&#232;mes n&#233;cessite une transformation extraordinairement profonde du monde mat&#233;riel et donc de notre soci&#233;t&#233;. Cela requiert non seulement le d&#233;ploiement de nouvelles techniques, mais aussi et surtout le d&#233;mant&#232;lement acc&#233;l&#233;r&#233; de secteurs entiers de l'&#233;conomie qui d&#233;pendent et d&#233;pendront longtemps des fossiles. Il s'agit bien d'une rupture avec le capitalisme industriel fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Denis Hayes, l'organisateur du premier Jour de la Terre, le reconnaissait volontiers : &#171; Je soup&#231;onne que les politiciens et les hommes d'affaires qui sautent dans le train de l'&#233;cologie n'ont pas la moindre id&#233;e de ce &#224; quoi ils s'engagent [&#8230;] Ils parlent de projets de traitement des eaux us&#233;es alors que nous contestons l'&#233;thique d'une soci&#233;t&#233; qui, avec seulement 6 % de la population mondiale, repr&#233;sente plus de la moiti&#233; de la consommation annuelle mondiale de mati&#232;res premi&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de backlash a ceci de confortable qu'elle tend &#224; naturaliser l'&#233;cologisation des soci&#233;t&#233;s. Elle donne l'impression que les revers actuels ne sont que temporaires. La transition serait en marche, il suffirait de l'acc&#233;l&#233;rer. En fait, les ennemis de l'&#233;cologie &#8212; qu'ils soient populistes ou n&#233;olib&#233;raux &#8212; ne sont que la face visible et grima&#231;ante d'une force colossale, celle qui se trouve derri&#232;re l'anthropoc&#232;ne : non seulement le capitalisme, mais tout le monde mat&#233;riel tel qu'il s'est constitu&#233; depuis deux si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_53957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH569/881561f06a93f1f5-6e93a51f-ecd56.png?1764075569' width='500' height='569' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#10148; Lire aussi | &lt;a href=&#034;https://www.terrestres.org/2020/10/13/portrait-du-capitalisme-en-economie-regenerative/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Portrait du capitalisme en &#233;conomie r&#233;g&#233;n&#233;rative&lt;/a&gt;&#12539;Quentin Pierrillas (2020)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jean-Baptiste Fressoz : &#171; La transition &#233;nerg&#233;tique n'a pas commenc&#233; &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Jean-Baptiste-Fressoz-La-transition-energetique-n-a-pas-commence</link>
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		<dc:date>2024-01-30T13:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Fressoz, Reporterre</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-01-30</dc:subject>
		<dc:subject>Changements climatiques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les discours sur la transition sont des leurres : celle-ci n'a pas &#233;t&#233; amorc&#233;e, explique l'historien Jean-Baptiste Fressoz. Au lieu de &#171; fantasmer sur un monde z&#233;ro carbone en 2050 &#187;, il faudrait une d&#233;croissance mat&#233;rielle. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Reporterre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences, des techniques et de l'environnement. Il vient de publier Sans transition &#8212; Une nouvelle histoire de l'&#233;nergie (Seuil). &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;couter l'entretien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Reporterre &#8212; La transition &#233;nerg&#233;tique n'a pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-01-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-01-30&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Changements-climatiques-+" rel="tag"&gt;Changements climatiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH114/capture_d_e_cran_le_2024-01-29_a_14.49_52-e71c9.png?1706620319' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les discours sur la transition sont des leurres : celle-ci n'a pas &#233;t&#233; amorc&#233;e, explique l'historien Jean-Baptiste Fressoz. Au lieu de &#171; fantasmer sur un monde z&#233;ro carbone en 2050 &#187;, il faudrait une d&#233;croissance mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Jean-Baptiste-Fressoz-La-transition-energetique-n-a-pas-commence&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reporterre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences, des techniques et de l'environnement. Il vient de publier Sans transition &#8212; Une nouvelle histoire de l'&#233;nergie (Seuil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;a href=&#034;https://podcast.ausha.co/les-grands-entretiens-de-reporterre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;couter l'entretien&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reporterre &#8212; La transition &#233;nerg&#233;tique n'a pas lieu, selon vous. Quel est le probl&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Fressoz&lt;/strong&gt; &#8212; La transition est l'id&#233;e que l'on va changer de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique en 30 ou 40 ans pour faire face &#224; la crise climatique. Mais si on l'analyse historiquement, on voit &#224; quel point cette notion a introduit des biais scientifiques. Nous n'avons pas fait de transition du bois au charbon pendant la r&#233;volution industrielle, par exemple. La r&#233;volution industrielle, ce n'est pas du tout une transition, c'est une &#233;norme expansion mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1900, l'Angleterre, un tr&#232;s grand pays minier, engloutissait chaque ann&#233;e 4,5 millions de m3 de bois pour servir d'&#233;tais dans les galeries de mines. Or, les Anglais en br&#251;laient 3,6 millions de m3 dans les ann&#233;es 1750. Donc uniquement pour extraire du charbon, les Anglais utilisaient plus de bois en 1900 qu'ils n'en br&#251;laient en 1750.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#233;trole n'a pas succ&#233;d&#233; au charbon, alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est une vision erron&#233;e. Par exemple, le p&#233;trole sert &#224; faire rouler des voitures. Or, dans les ann&#233;es 1930, pour fabriquer une voiture, il fallait environ 7 tonnes de charbon, c'est-&#224;-dire autant en poids que le p&#233;trole qu'elle br&#251;lait durant son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;duire le minerai de fer, il faut du coke, dont la production consomme &#233;norm&#233;ment d'&#233;nergie, qui a longtemps &#233;t&#233; enti&#232;rement du charbon. Aujourd'hui encore, on produit 1,7 milliard de tonnes d'acier par an. Si on voulait le faire &#171; vert &#187;, il faudrait 1,2 million d'&#233;oliennes. Et si l'on voulait le faire par l'hydrog&#232;ne, il faudrait la quantit&#233; d'&#233;lectricit&#233; produite actuellement par les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Mon argument n'est pas technophobe. [...] La sobri&#233;t&#233; est la cl&#233; &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'une addition d'&#233;nergies, il s'agit d'une expansion symbiotique. Jusque dans les ann&#233;es 1960, il &#233;tait impossible d'extraire du charbon sans bois. Il faut retenir une chose de l'industrialisation : on a consomm&#233; une plus grande vari&#233;t&#233; de mati&#232;res et chacune a &#233;t&#233; consomm&#233;e en quantit&#233; sup&#233;rieure. Et si des mati&#232;res diminuent, c'est en raison des interdictions : par exemple, l'amiante a d&#251; diminuer entre 40 et 50 % depuis les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous plaidez pour une histoire mat&#233;rielle, au sens que le monde est fait par les mati&#232;res...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut r&#233;fl&#233;chir s&#233;rieusement &#224; la crise environnementale, il est indispensable de centrer le discours non pas sur les techniques, mais sur les quantit&#233;s de mati&#232;re. Le point important, c'est que toutes les mati&#232;res croissent en d&#233;pit de plein d'innovations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tous vos pr&#233;d&#233;cesseurs en mati&#232;re d'histoire de l'&#233;nergie se sont-ils tromp&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les experts n'ont pas parl&#233; de transition jusque dans les ann&#233;es 70, ils voyaient bien qu'il n'y avait pas d'&#233;viction du charbon. Ce sont les futurologues qui ont commenc&#233; &#224; en parler, et les historiens ont repris le vocabulaire technocratique &#224; partir des ann&#233;es 80. Ils ont &#233;t&#233; influenc&#233;s : vous &#234;tes historien de la machine &#224; vapeur, et d'un seul coup, vous vous transformez en historien de la transition. C'est beaucoup plus chic !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'heure actuelle, la transition n'a toujours pas lieu et malgr&#233; l'essor des &#233;nergies renouvelables, les fossiles repr&#233;sentent toujours 80 % de la consommation &#233;nerg&#233;tique mondiale...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est &#224; peu pr&#232;s stable depuis les ann&#233;es 1980. On n'a toujours pas pass&#233; le pic du charbon ni celui du p&#233;trole. Il y a encore &#233;norm&#233;ment de ressources fossiles. Pour l'instant, nous n'avons pas commenc&#233; la transition &#233;nerg&#233;tique. Ce qu'on a fait gr&#226;ce aux progr&#232;s technologiques, c'est r&#233;duire l'intensit&#233; carbone de l'&#233;conomie : il faut deux fois moins de CO2 pour produire 1 dollar de PNB [produit national brut] que dans les ann&#233;es 1980. Mais en volume, les fossiles sont plus importants maintenant qu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi l'id&#233;e de transition &#233;nerg&#233;tique est-elle si populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de la transition est d'abord un discours de &#171; l'&#226;ge &#187; : l'&#226;ge du charbon, l'&#226;ge de la vapeur, l'&#226;ge de l'&#233;lectricit&#233;, l'&#226;ge du p&#233;trole. C'est un discours classique de promotion industrielle. Cela permet de situer une nouvelle technologie dans la grande fresque de l'humanit&#233;. Le probl&#232;me est que les intellectuels ont pris ces propos au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est mis &#224; parler de &#171; l'&#226;ge de la vapeur &#187; dans les ann&#233;es 1860, cela permettait de marginaliser la force humaine. Les ouvriers &#233;taient pr&#233;sent&#233;s comme des r&#233;sistants au progr&#232;s, la modernit&#233; comme la rencontre du g&#233;nie avec la mati&#232;re. Ensuite, &#224; la fin du XIX&#7497; si&#232;cle, au moment o&#249; l'&#233;lectricit&#233; a commenc&#233; &#224; faire parler d'elle, parler d'un &#226;ge &#233;lectrique permettait de faire un geste assez classique dans le monde intellectuel, celui de la tabula rasa, de la table rase d'o&#249; l'on repart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est-on pass&#233; au concept de transition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1945, un groupe de savants s'est mis &#224; parler de transition : les atomistes am&#233;ricains du projet Manhattan [de cr&#233;ation de la bombe atomique]. Un calcul avait &#233;t&#233; fait, montrant le rendement extraordinaire de la surg&#233;n&#233;ration nucl&#233;aire. Ces savants voulaient montrer que ce qu'ils avaient invent&#233; n'&#233;tait pas simplement un outil de mort catastrophique, mais aussi la cl&#233; de la survie de l'humanit&#233;. Cela permettrait d'avoir une &#233;nergie abondante, illimit&#233;e. Ensuite, durant la d&#233;cennie 1970 et les chocs p&#233;troliers, la notion de crise &#233;nerg&#233;tique s'est diffus&#233;e, ainsi que celle de transition &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident &#233;tasunien Jimmy Carter a jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans cette diffusion, par un grand discours le 18 avril 1977. Il a dit : &#171; Par le pass&#233;, nous avons d&#233;j&#224; fait deux transitions &#233;nerg&#233;tiques du bois au charbon, puis du charbon au p&#233;trole. Maintenant il faut faire une troisi&#232;me transition. &#187; Ce qu'il pr&#233;voyait, c'est le doublement de l'extraction de charbon aux &#201;tats-Unis. Il y aura moins de p&#233;trole, eh bien, on va sortir plus de charbon et on va le liqu&#233;fier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_44853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH296/efadf3bc19dc6400-8e35b2f8-d679c.png?1717194440' width='500' height='296' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis, quand Ronald Reagan a succ&#233;d&#233;, son &#233;quipe sur l'&#233;nergie &#233;tait dirig&#233;e par un p&#233;trolier texan dont le grand programme &#233;tait de lib&#233;raliser et de forer davantage, en affirmant que le prix du p&#233;trole allait baisser gr&#226;ce au march&#233; et &#224; l'innovation. C'est ce qui s'est pass&#233;, en l'occurrence, avec le gaz de schiste. La transition ne voulait plus dire grand-chose, sinon ce qui permet d'augmenter l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#233;cologistes ont commenc&#233; &#224; reprendre ce vocabulaire qui naturalise les d&#233;cisions &#233;nerg&#233;tiques, qui est une invention du lobby atomiste, et qui est une antiphrase de la crise environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le groupe 3 du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat) explique dans son dernier rapport que la transition, c'est bien, et qu'on va y arriver.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Giec est un groupe intergouvernemental, pas international. C'est tr&#232;s important : cela signifie que les gouvernements d&#233;signent qui participe &#224; cette instance. Lors de sa cr&#233;ation, en 1988, les &#201;tats-Unis &#8212; qui &#233;taient de tr&#232;s loin les premiers &#233;metteurs de CO2 &#8212; ont d&#233;sign&#233; pour le groupe 3 des repr&#233;sentants des minist&#232;res de l'Industrie, de l'&#201;nergie, de l'Agriculture. Il fallait qu'ils internalisent la contrainte &#233;conomique et c'est le r&#244;le de ce groupe. Les &#201;tats-Unis vont y faire miroiter la carte technologique comme moyen de la transition.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; On pourrait arr&#234;ter pas mal d'avions sans qu'il ne se passe grand-chose &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, il a fallu attendre le &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Face-a-la-crise-climatique-le-Giec-prone-la-justice-sociale-et-la-sobriete&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sixi&#232;me rapport&lt;/a&gt; en 2023 pour qu'il y ait un chapitre sur la sobri&#233;t&#233;. L'autre probl&#232;me est qu'ils ont enfourch&#233; des options technologiques rocambolesques comme le &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Le-mirage-de-la-sequestration-du-carbonearticle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;stockage du carbone&lt;/a&gt;. Et l&#224;, je pense qu'il y a une influence du lobby p&#233;trolier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il n'y a pas de transition &#233;nerg&#233;tique, que faire face &#224; la catastrophe &#233;cologique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; faire, c'est avoir un regard r&#233;aliste sur ce qu'on peut faire technologiquement. Mon argument n'est pas technophobe. Il y a des progr&#232;s technologiques importants dans certains domaines, comme le solaire. Mais on ne saura pas d&#233;carboner certaines choses avant 2050, comme le ciment, l'acier ou le plastique. La sobri&#233;t&#233; est la cl&#233;. Il est indispensable de reconna&#238;tre qu'une des questions centrales est le niveau de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le solaire va co&#251;ter tr&#232;s peu cher. Mais si c'est pour faire rouler des voitures &#233;lectriques en masse qui, elles, ne sont pas du tout d&#233;carbon&#233;es, &#231;a ne change pas le probl&#232;me. Il faut toujours fabriquer la voiture, qui est de l'acier, et l'acier reste du carbone. Il faut juger l'&#233;nergie solaire dans un syst&#232;me en g&#233;n&#233;ral, qui pose probl&#232;me. &lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/sans-transition-jean-baptiste-fressoz/9782021538557&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mon livre&lt;/a&gt; n'est pas une critique des renouvelables, mais de l'id&#233;e de transition &#233;nerg&#233;tique : il faut replacer les renouvelables dans l'ensemble du syst&#232;me qu'elles vont alimenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors, comment aller vers la sobri&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut arr&#234;ter de raconter des b&#234;tises. Quand nos gouvernements mart&#232;lent l'id&#233;e que la d&#233;croissance est une idiotie, qu'il y a du d&#233;couplage, qu'on va faire des avions &#224; hydrog&#232;ne z&#233;ro carbone, forc&#233;ment, la population a envie de le croire. C'est tr&#232;s attirant comme perspective. Mais si l'on n'a pas un discours s&#233;rieux sur cette question, on ne fera jamais de sobri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question va monter, c'est in&#233;vitable au fur et &#224; mesure que le mur climatique va s'affirmer, que les chocs climatiques vont se r&#233;p&#233;ter et que les objectifs de d&#233;carbonation deviendront parfaitement utopiques. La sobri&#233;t&#233; va devenir de plus en plus importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle histoire commencerait, celle de la d&#233;croissance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis sobri&#233;t&#233;, je pense &#224; la d&#233;croissance mat&#233;rielle. On pourrait arr&#234;ter de construire des routes en France sans que cela soit une catastrophe. On pourrait arr&#234;ter pas mal d'avions sans qu'il ne se passe grand-chose, on l'a vu pendant le Covid, nous ne sommes pas morts de faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi subsiste-t-il un tel espoir dans la technologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison d'une focalisation inou&#239;e du discours sur l'innovation. On a confondu l'innovation avec le ph&#233;nom&#232;ne technique en g&#233;n&#233;ral, qui est beaucoup plus massif et large. De quoi a-t-on vraiment besoin ? Comment se r&#233;partit-on les bienfaits du carbone et les impacts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;dommager massivement des populations qui ne pourront plus habiter l&#224; o&#249; elles habitent et imaginer les accueillir. C'est de cela dont il faudrait discuter et non pas fantasmer sur un monde z&#233;ro carbone en 2050.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_44855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L260xH391/06abc59c102a5a60-a00165a6-a699b.png?1717194440' width='260' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans transition &#8212; Une nouvelle histoire de l'&#233;nergie, de Jean-Baptiste Fressoz aux &#233;ditions du Seuil, janvier 2024, 416 p., 24 euros.&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La transition &#233;nerg&#233;tique : un mythe irr&#233;alisable ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-transition-energetique-un-mythe-irrealisable</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-transition-energetique-un-mythe-irrealisable</guid>
		<dc:date>2022-11-22T12:10:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Morin-Racine, Jean-Baptiste Fressoz</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-11-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#233;cent engouement pour la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; cacherait une forme subtile d'&#233;coblanchiment, selon Jean-Baptiste Fressoz, historien de l'&#233;nergie fran&#231;ais. La derni&#232;re p&#233;riode &#233;lectorale fut l'une des premi&#232;res &#224; voir l'enjeu environnemental prendre autant d'importance. Parmi les multiples facettes de la crise &#233;cologique et de ses solutions pour le Qu&#233;bec, c'est probablement la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; vers la carboneutralit&#233; qui aura retenu le plus d'attention. Un concept qui, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-11-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-11-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/arton54960-bff91.png?1674677881' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;cent engouement pour la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; cacherait une forme subtile d'&#233;coblanchiment, selon Jean-Baptiste Fressoz, historien de l'&#233;nergie fran&#231;ais. La derni&#232;re p&#233;riode &#233;lectorale fut l'une des premi&#232;res &#224; voir l'enjeu environnemental prendre autant d'importance. Parmi les multiples facettes de la crise &#233;cologique et de ses solutions pour le Qu&#233;bec, c'est probablement la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; vers la carboneutralit&#233; qui aura retenu le plus d'attention. Un concept qui, m&#234;me s'il est bien accueilli dans le discours public, n'est pas incritiquable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;10 novembre 2022 | tir&#233; de pivot.quebec | Photo de Jean-Baptiste Fressoz : Emmanuelle Marchadour.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://pivot.quebec/2022/11/10/la-transition-energetique-un-mythe-irrealisable/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pivot.quebec/2022/11/10/la-transition-energetique-un-mythe-irrealisable/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Legault &lt;a href=&#034;https://pivot.quebec/2022/09/27/nouveaux-barrages-hors-de-question-pour-tout-le-monde-sauf-la-caq/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposant de nouveaux barrages&lt;/a&gt;, le Parti lib&#233;ral misant sur l'hydrog&#232;ne vert et Qu&#233;bec solidaire appelant &#224; l'efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tique, la majorit&#233; des &#233;lu&#183;es semblent d&#233;termin&#233;&#183;es &#224; faire &#171; transitionner &#187; le Qu&#233;bec vers la carboneutralit&#233; avant 2050.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, certains membres de la communaut&#233; scientifique commencent s&#233;rieusement &#224; douter de la faisabilit&#233; de cette transition. Jean-Baptiste Fressoz le premier. Historien de l'&#233;nergie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de France, il n'a cess&#233; de&lt;a href=&#034;https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03716635/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remettre en cause la vision historique sur laquelle se base cette &#171; transition&lt;/a&gt; &#187; et de rappeler que le passage &#224; la carboneutralit&#233; &lt;a href=&#034;https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03101307/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sera beaucoup plus difficile qu'on pourrait le croire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fressoz met en garde contre la mani&#232;re dont le discours de la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; nous pousserait &#224; remettre &#224; plus tard les changements socio-&#233;conomiques n&#233;cessaires pour combattre la crise climatique. Il rappelle aussi que cette th&#233;orie de la transition a d'abord &#233;t&#233; con&#231;ue par le lobby nucl&#233;aire et l'industrie p&#233;troli&#232;re, avant de se retrouver dans le discours public sur l'environnement et au sein du mouvement &#233;cologiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pivot s'est entretenu avec lui pour en savoir plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est votre critique de ce mythe des transitions &#233;nerg&#233;tiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Fressoz &lt;/strong&gt; : Je ne sais pas si c'est un &#171; mythe &#187;, mais en tout cas, c'est un r&#233;cit historique faux. Historiquement, on n'est pas pass&#233; d'une source d'&#233;nergie &#224; une autre. C'est un peu le r&#233;cit classique de l'histoire de l'&#233;nergie, o&#249; la r&#233;volution industrielle ce serait le passage du bois au charbon, puis apr&#232;s, au 20e si&#232;cle, on serait pass&#233; du charbon au p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de l'Angleterre pendant la r&#233;volution industrielle : selon la mani&#232;re classique de raconter l'histoire de l'&#233;nergie, on dirait que le bois est sorti du mix &#233;nerg&#233;tique anglais pour &#234;tre remplac&#233; par le charbon. Sauf que dans les ann&#233;es 1900, pour extraire du charbon, les Anglais utilisent plus de bois qu'ils n'en utilisaient au 18e si&#232;cle pour se chauffer. Rien que pour &#233;tayer les galeries des mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me aujourd'hui, dans le nord de l'Angleterre, la centrale de &lt;a href=&#034;https://www.ctvnews.ca/climate-and-environment/u-k-company-denies-cutting-canadian-forests-to-fuel-sustainable-power-plant-1.6096259#:~:text=Drax's%20Canadian%20facilities%20produced%201.8,power%20station%20came%20from%20Canada.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Drax consomme des millions de tonnes&lt;/a&gt; de bois pour faire de l'&#233;lectricit&#233;, beaucoup plus que toute la consommation de l'Angleterre depuis le 18e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc raconter l'histoire de l'&#233;nergie comme une forme de transition, c'est quand m&#234;me tr&#232;s bizarre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je m'int&#233;resse moins au climatoscepticisme stricto sensu qu'&#224; une forme plus subtile, plus acceptable et donc beaucoup plus g&#233;n&#233;rale de d&#233;sinhibition face &#224; la crise climatique : la futurologie de &#8220;la transition &#233;nerg&#233;tique&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jean-Baptiste Fressoz dans &#171; La &#8220;transition &#233;nerg&#233;tique&#8221;, de l'utopie atomique au d&#233;ni climatique, USA, 1945-1980 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, l'id&#233;e de la transition du charbon au p&#233;trole, c'est &#233;videmment faux, pour une raison toute simple : le p&#233;trole sert avant tout &#224; faire rouler des voitures et pour construire des voitures vous avez besoin de beaucoup de charbon pour &lt;a href=&#034;https://www.statista.com/statistics/270252/material-use-in-car-production/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'acier, les composantes &#233;lectriques et le verre dont elles sont faites&lt;/a&gt;. Dans les ann&#233;es 1930, on calcule qu'il faut sept tonnes de charbon pour construire une voiture, une masse sup&#233;rieure &#224; ce qu'elle brulera en p&#233;trole dans sa dur&#233;e de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, tout l'acier des infrastructures n&#233;cessaires pour sortir le p&#233;trole du sol, la tuyauterie, les r&#233;servoirs, les tankers, tout &#231;a consomme &#233;norm&#233;ment de charbon. En fait, pour chaque tonne de p&#233;trole consomm&#233;e, vous avez, 2 &#224; 2 &#189; tonnes de charbon en consommation induite. Charbon et p&#233;trole sont intrins&#232;quement li&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;nergies sont en symbiose, elles ne sont pas dans des relations de comp&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a qu'il faut comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un coup d'&#339;il aux deux graphiques ci-dessous montre comment la repr&#233;sentation des sources d'&#233;nergie mondiales en pourcentage de la consommation totale (premier graphique), plut&#244;t qu'en affichant leur cumulation (deuxi&#232;me graphique), permet de faire croire &#224; un r&#233;cit des transitions &#233;nerg&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le charbon ou le p&#233;trole ont beau &#234;tre des parties de plus en plus petites du mix &#233;nerg&#233;tique, leur production absolue n'a pas cess&#233; d'augmenter depuis l'&#232;re industrielle, dans le cadre d'une croissance continue de la consommation totale d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_7084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH285/003be22fc74d7885-bf043a81-f9f78.png?1719436760' width='500' height='285' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_7085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH390/e7af11e623d2fb5d-3d328804-cd809.png?1719436760' width='500' height='390' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; vient ce discours de la transition ? Qui est derri&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JBF&lt;/strong&gt; : Il faut savoir que cette th&#233;orie des transitions &#233;nerg&#233;tiques apparait tardivement, autour des ann&#233;es 1970. Les gens qui r&#233;fl&#233;chissent sur l'&#233;nergie ne parlent pas de transition avant cette &#233;poque. Et quand elle arrive, apr&#232;s le choc p&#233;trolier de 1973, c'est un travail de prospective. On r&#233;fl&#233;chit au temps qu'on pourra prendre pour sortir des fossiles &#8211; tout &#231;a, tr&#232;s influenc&#233; par le lobby de l'industrie nucl&#233;aire. En 1974, il y a un groupe d'un centre de recherche autrichien, le IIASA (Institut international pour l'analyse appliqu&#233;e des syst&#232;mes), &#224; qui on demande : &#171; donnez-nous les sc&#233;narios qui nous permettent de sortir des fossiles en 50 ans &#187;. &#199;a ressemble beaucoup au GIEC !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/iiasa.png?7086/2f18cf26ed1022bf995a7604fd25830f44c9a391911bddd5f12cfb885151f1f4&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH302/2f18cf26ed1022bf-e5025f78-74da7.png?1719436760' width='500' height='302' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est l'IIASA qui sera responsable de la diffusion de l'id&#233;e qu'une transition vers les &#233;nergies renouvelables est possible en 50 ans. Une id&#233;e qui sera pourtant d&#233;mentie par l'un de ses propres scientifiques, Cesare Marchetti, qui viendra affirmer que l'&#233;nergie mondiale forme en r&#233;alit&#233; un syst&#232;me avec une inertie immense, et donc, qui bouge extr&#234;mement lentement.Pivot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre acteur important, c'est probablement le pr&#233;sident am&#233;ricain Jimmy Carter. En 1977, il fait &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/1977/04/30/archives/excerpts-from-overview-section-of-presidents-national-energy-plan.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un grand discours o&#249; il introduit aux Am&#233;ricain&#183;es ce concept de transition&lt;/a&gt; dans l'histoire des &#201;tats-Unis. Maintenant, on en fait un pr&#233;sident &#233;colo, mais son National Energy Plan de 1977 pr&#233;voyait un &lt;a href=&#034;https://www.congress.gov/bill/95th-congress/house-bill/8444&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;doublement ou un triplement de la production am&#233;ricaine de charbon&lt;/a&gt;. Parler de transition &#233;nerg&#233;tique pour d&#233;crire &#231;a, &#231;a donne un c&#244;t&#233; futuriste &#224; un programme &#233;nerg&#233;tique qu'il ne l'&#233;tait gu&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/carter.png?7087/e17a01f29c9dd75831a1ba464f1fb4ed4d28422b7fb789ec0458e981f9a69f16&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH331/e17a01f29c9dd758-5228bb29-0129e.png?1719436760' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En tandem avec le discours de la &#171; crise &#233;nerg&#233;tique &#187;, c'est avant tout un esprit de souverainet&#233; face &#224; l'&#233;tranger, et non des convictions environnementales, qui donnera naissance &#224; ces programmes &#233;nerg&#233;tiques de &#171; transition &#187;. C'est la raison pour laquelle, au c&#244;t&#233; du d&#233;veloppement des &#233;nergies renouvelables, on y trouvait une augmentation de la production de charbon, la promotion en grande pompe du nucl&#233;aire et m&#234;me des plans pour de pipelines de gaz naturel en Alaska.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier groupe d'acteurs importants, c'est l'industrie p&#233;troli&#232;re qui, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, est confront&#233;e &#224; la question du changement climatique. Le directeur scientifique d'Exxon, Edward David, va aller jusqu'&#224; dire [dans une conf&#233;rence qu'il intitule &#171; Inventer le futur &#187;] que la transition hors des fossiles est in&#233;vitable dans un horizon de 50 ans. Quand il dit &#231;a, il ment, car quelques ann&#233;es plus tard, il dira que la grande &#233;nergie du 21e si&#232;cle, ce sera le charbon &#8211; une industrie de laquelle Exxon tire d'ailleurs beaucoup de profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; David, &#224; la t&#234;te de la recherche et d&#233;veloppement d'Exxon, n'y &#233;tait pas pour rien. Il connaissait les progr&#232;s en cours dans la recherche et l'exploration, dans le p&#233;trole profond, dans l'extraction du gaz et les mines &#224; ciel ouvert de lignite : il &#233;tait parfaitement plac&#233; pour savoir que la transition n'aurait pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note qu'il [Henry Shaw, ing&#233;nieur d'Exxon] r&#233;dige &#224; l'intention de David, portant sur &#8220;le discours &#224; tenir au cas o&#249; le probl&#232;me [du changement climatique] serait abord&#233;&#8221; il propose trois &#233;l&#233;ments de langage : premi&#232;rement, expliquer &#8220;qu'il y a suffisamment de temps pour &#233;tudier la question avant d'agir&#8221;. Deuxi&#232;mement, &#8220;l'augmentation de la temp&#233;rature ne sera pas mesurable avant 2000&#8221;. Troisi&#232;mement, ce d&#233;lai &#8220;autorise une transition ordonn&#233;e vers des technologies non fossiles&#8221;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Jean-Baptiste Fressoz dans &#171; La &#8220;transition &#233;nerg&#233;tique&#8221;, de l'utopie atomique au d&#233;ni climatique, USA, 1945-1980 &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui est frappant c'est que ce discours marginal, qui, au d&#233;part, est repris comme un argument de d&#233;ni du changement climatique par les p&#233;troliers, se retrouve dans le rapport du groupe 3 du GIEC !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi et &#224; qui sert le discours de la transition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JBF&lt;/strong&gt; : Cette id&#233;e de transition &#233;nerg&#233;tique, &#231;a donne l'impression, lors des crises, que les choses sont sous contr&#244;le. Et depuis qu'on parle de changement climatique, &#231;a sert &#224; continuer comme avant. &#199;a sert &#224; faire croire qu'en 20 ou 30 ans, on pourra changer, comme &#231;a, toutes les infrastructures &#233;nerg&#233;tiques pour d&#233;carboner l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on y r&#233;fl&#233;chit un peu c'est une vision tr&#232;s utopiste ! Et pourtant, c'est devenu le futur des gens raisonnables, des cabinets de conseil, des gouvernements.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s qu'on regarde un peu, on voit que pour plein de secteurs comme le ciment ou l'acier, qui &#224; eux deux suffisent pour nous faire d&#233;passer [un r&#233;chauffement de] 1,5 oC, il n'y a pas du tout de d&#233;carbonation en cours. Depuis 30 ans, il y a m&#234;me une recarbonation dans la production du ciment et les m&#233;thodes de production d'acier n'ont absolument pas chang&#233; depuis le 19e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s un demi-si&#232;cle de procrastination, il faudrait maintenant accomplir en moiti&#233; moins de temps ce que les experts des ann&#233;es 1970 jugeaient impossible &#224; r&#233;aliser en 50 ans. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Baptiste Fressoz dans &#171; La &#8220;transition &#233;nerg&#233;tique&#8221;, de l'utopie atomique au d&#233;ni climatique, USA, 1945-1980 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les transitions ne sont jamais v&#233;ritablement arriv&#233;es dans le pass&#233;, serait-il quand m&#234;me possible de r&#233;ussir une premi&#232;re &#171; transition &#187; vers une production d'&#233;nergie carboneutre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JBF &lt;/strong&gt; : C'est une question d'&#233;chelle temporelle et c'est &#231;a qui est cl&#233;. &#192; l'horizon de trois si&#232;cles, je n'en ai strictement aucune id&#233;e, mais en 20 &#224; 30 ans, c'est objectivement impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vraiment des piliers de nos &#233;conomies, de nos infrastructures, comme le ciment et l'acier, qui ne sont pas d&#233;carbonables &#224; l'horizon de 30 ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s, pour l'&#233;lectricit&#233;, c'est en partie possible. &#192; l'horizon de 40 ans, on peut imaginer qu'on ne construira plus de centrales thermiques au charbon par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le solaire, l'&#233;olien, la d&#233;carbonation de l'&#233;lectricit&#233;, &#231;a va avoir lieu. Ici en France, on pr&#233;voit que c'est possible &#224; partir de 2060 si tout se passe bien et avec beaucoup d'investissements. Et encore l&#224;, ce qui co&#251;te cher, c'est changer tout le r&#233;seau &#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste tout le reste ! Il reste toute la production de mat&#233;riaux. Il reste l'agriculture, les engrais, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une des choses les plus cruciales sur lesquelles vous insistez, c'est que m&#234;me les &#233;nergies renouvelables ont un co&#251;t environnemental, non seulement dans leur production, mais aussi dans les relations symbiotiques qu'elles ont avec d'autres types d'&#233;nergies. Quels sont les co&#251;ts environnementaux cach&#233;s de ces &#233;nergies renouvelables qu'on entend maintenant implanter au nom de cette &#171; transition &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JBF &lt;/strong&gt; : On peut s'attarder sur les co&#251;ts environnementaux des &#233;nergies renouvelables, mais l'&#233;olien, par exemple, reste 20 fois moins &#233;metteur qu'une centrale &#224; charbon. Ce n'est pas z&#233;ro, mais &#231;a reste nettement mieux. Comme toute production de mat&#233;riaux, c'est polluant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais que le sujet int&#233;ressant, ce n'est pas tant [la question des co&#251;ts des renouvelables], c'est plut&#244;t ce qu'on va faire avec cette &#233;nergie. Si avec de l'&#233;lectricit&#233; renouvelable, on fait tourner 1,5 milliard de voitures, sur des routes en ciment, qui desservent des maisons vastes, &#233;nergivores et mal isol&#233;es, on n'a pas du tout r&#233;solu le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est indiscutable que les renouvelables sont en symbiose avec les fossiles. La question, c'est comment &#233;viter ces effets symbiotiques, les limiter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose &#233;vidente c'est de limiter le transport routier. Quand quelqu'un promeut la voiture &#233;lectrique comme une solution, on voit qu'il n'a pas compris le probl&#232;me. M&#234;me une voiture &#233;lectrique, on ne sait pas produire son acier sans CO2 et quand on la pr&#233;sente comme &#171; z&#233;ro &#233;mission &#187;, c'est un mensonge. C'est au mieux demi-&#233;mission. En France, par exemple, elle devient &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2015/10/23/emissions-de-co2-l-impasse-de-la-voiture-electrique_4795636_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rentable en termes d'&#233;missions de GES au bout de 100 000 km.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on produit cette &#233;lectricit&#233; pour remplacer exactement le monde tel qu'il est actuellement, &#231;a ne r&#233;sout pas du tout le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous semblez prendre le parti de la d&#233;croissance dans plusieurs de vos suggestions pour solutionner la crise climatique. Vous consid&#233;rez-vous d&#233;croissantiste ? Comment la d&#233;croissance entre-t-elle dans le calcul de ce que d&#233;montre votre travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JBF&lt;/strong&gt; : Ce que j'essaie de montrer, c'est que c'est la futurologie de la transition &#233;nerg&#233;tique qui occupe tout le terrain, et que &#231;a laisse assez peu de place &#224; d'autres types de futurs. Et la d&#233;croissance fait partie de ces autres types de futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, la d&#233;croissance &#224; elle seule ne suffira pas. Ce n'est pas en r&#233;duisant notre consommation d'acier qu'on va d&#233;carboner sa production, par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la d&#233;croissance, il faut qu'elle commence &#224; gagner du terrain, que les &#233;conomistes la prennent au s&#233;rieux, qu'on commence vraiment &#224; penser &#224; quoi &#231;a ressemble, une soci&#233;t&#233; en d&#233;croissance. Qu'est-ce qu'il faut faire d&#233;croitre ? Comment faire en sorte que cela n'impacte pas trop le tissu social non plus ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc oui, je pense que c'est tr&#232;s important !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e n'est pas d'affirmer que la transition (au sens de d&#233;carbonation) est impossible, mais de souligner qu'il s'agit d'un futur ancien [&#8230;] un futur invoqu&#233; depuis longtemps, en particulier par ceux qui n'avaient pas int&#233;r&#234;t &#224; ce qu'il advienne. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Baptiste Fressoz dans &#171; La &#8220;transition &#233;nerg&#233;tique&#8221;, de l'utopie atomique au d&#233;ni climatique, USA, 1945-1980 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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