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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>&#171; L'&#233;cocide capitaliste &#187;</title>
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		<dc:date>2026-03-02T11:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-02-10</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Professeur honoraire de sociologie, auteur de nombreux ouvrages dont Le premier &#226;ge du capitalisme (Page 2 / Lausanne et Syllepse / Paris, 2018-2019) qui a d&#233;j&#224; fait l'objet d'une recension dans lundimatin, Alain Bihr pr&#233;sente ici son dernier ouvrage, L'&#233;cocide capitaliste, &#224; para&#238;tre dans les prochains jours chez les m&#234;mes &#233;diteurs. Cet ouvrage se compose de trois tomes r&#233;unis en un m&#234;me coffret. Son enjeu est d'&#233;lucider l'antagonisme entre capitalisme et &#233;cologie. &lt;br class='autobr' /&gt; 9 f&#233;vrier 2026 | (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-02-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-02-10&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L141xH150/lecocide_capitaliste-5e473.png?1770723604' class='spip_logo spip_logo_right' width='141' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Professeur honoraire de sociologie, auteur de nombreux ouvrages dont Le premier &#226;ge du capitalisme (Page 2 / Lausanne et Syllepse / Paris, 2018-2019) qui a d&#233;j&#224; fait l'objet d'une recension dans lundimatin, Alain Bihr pr&#233;sente ici son dernier ouvrage, L'&#233;cocide capitaliste, &#224; para&#238;tre dans les prochains jours chez les m&#234;mes &#233;diteurs. Cet ouvrage se compose de trois tomes r&#233;unis en un m&#234;me coffret. Son enjeu est d'&#233;lucider l'antagonisme entre capitalisme et &#233;cologie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;9 f&#233;vrier 2026 | alencontre.org | &#192; para&#238;tre au Qu&#233;bec le 7 mars&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
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&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Bihr, vous publiez un volumineux ouvrage divis&#233; en trois tomes, l'ensemble formant 1 250 pages, sous le titre de L'&#233;cocide capitaliste, co&#233;dit&#233; par Page 2 (Lausanne) et Syllepse (Paris). Avant d'en aborder le contenu, pouvez-vous nous dire quelques mots des raisons personnelles qui vous ont pouss&#233; &#224; l'&#233;crire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Bihr&lt;/strong&gt; : Comme tout un chacun aujourd'hui, plus ou moins, j'&#233;tais d&#233;j&#224; conscient et soucieux de la gravit&#233; des probl&#232;mes &#233;cologiques auxquels nous faisons face. Mais l'origine imm&#233;diate de cet ouvrage a &#233;t&#233; le choc psychologique produit par la pand&#233;mie de la Covid-19. Elle m'a surpris en pleine &#233;laboration de la suite que je comptais donner au Premier &#226;ge du capitalisme, qui devait d'ailleurs comprendre un chapitre sur la catastrophe &#233;cologique g&#233;n&#233;r&#233; par le devenir-monde du capitalisme. J'ai imm&#233;diatement identifi&#233; cette pand&#233;mie comme une nouvelle zoonose, dont la multiplication depuis une quarantaine d'ann&#233;es fait int&#233;gralement partie des probl&#232;mes &#233;cologiques. C'est ce qui m'a alors d&#233;cid&#233; &#224; me pencher, toutes autres affaires cessantes, sur ces derniers. Cependant, mon int&#233;r&#234;t pour les questions &#233;cologiques est ant&#233;rieur. Ainsi ma th&#232;se de doctorat, r&#233;dig&#233;e dans les ann&#233;es 1980, comprend un chapitre consacr&#233; &#224; analyser la mani&#232;re dont la crise &#233;cologique impacte le mouvement ouvrier. Et un chapitre de mon premier ouvrage, L'&#233;conomique f&#233;tiche (1979), inclut d&#233;j&#224; un d&#233;veloppement intitul&#233; &#171; la r&#233;duction-destruction de la po&#239;&#232;sis naturelle dans et par le devenir-monde de l'&#233;conomique &#187;. Mais, jusqu'alors, je n'avais jamais abord&#233; frontalement la th&#233;matique et la probl&#233;matique &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous proc&#233;d&#233; pour l'aborder frontalement ? D'o&#249; &#234;tes-vous parti ? Sur quoi vous &#234;tes-vous appuy&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que je suis tomb&#233; tout petit dans le bain du marxisme et que son effet est permanent chez moi, je me suis d'abord tourn&#233; vers Marx et vers ce que la tradition marxiste avait &#224; me proposer pour aborder cette th&#233;matique et probl&#233;matique. Mais, tout en y trouvant des &#233;l&#233;ments int&#233;ressants et valables, j'ai &#233;t&#233; rapidement amen&#233; &#224; me d&#233;tourner de ceux &#8211; ils sont l&#233;gion &#8211; qui reprochent &#224; Marx de ne pas s'&#234;tre int&#233;ress&#233; &#224; cette th&#233;matique et probl&#233;matique, de n'avoir pas grand-chose d'int&#233;ressant et de valable &#224; nous en dire, ou encore de p&#233;cher par un prom&#233;th&#233;isme industrialiste qui le rendait d&#233;finitivement inutilisable et m&#234;me infr&#233;quentable. Mais aussi de ceux qui, inversement, &#224; la mani&#232;re de Paul Burkett et de John Bellamy Foster, plus r&#233;cemment, de Kohei Saito, pensent que tout (ou du moins l'essentiel) se trouve d&#233;j&#224; chez Marx qui nous permettrait de penser directement la th&#233;matique et la probl&#233;matique &#233;cologique. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, m'importe peu ce que Marx a dit ou n'a pas dit, a fait ou n'a pas fait. M'importe au contraire ce que nous pouvons dire et faire &#224; partir de ce qu'il a dit et fait, autrement dit de son h&#233;ritage th&#233;orique et politique, dont il nous appartient sans doute de dresser l'inventaire mais qu'il nous appartient surtout de faire fructifier, en le confrontant aux probl&#232;mes qui sont les n&#244;tres et qui &#233;taient d&#233;j&#224; partiellement, mais partiellement seulement, les siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais, pr&#233;cis&#233;ment, qu'avez-vous trouv&#233; chez Marx qui puisse servir &#224; aborder aujourd'hui les probl&#232;mes &#233;cologiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, le concept de rapports sociaux de production, que Marx pr&#233;sente lui-m&#234;me, dans la c&#233;l&#232;bre pr&#233;face &#224; sa Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique comme son principal apport &#224; la compr&#233;hension de la structure et du devenir des soci&#233;t&#233;s humaines. Or que nous dit ce concept ? Que les rapports sociaux, les rapports des humains entre eux, s'articulent directement avec les rapports qu'ils entretiennent avec la nature au sein du proc&#232;s social de travail, et r&#233;ciproquement. Autrement dit, qu'on ne peut donc pas saisir les uns sans les autres. Ce qui signifie qu'il est impossible de comprendre les probl&#232;mes qui surgissent au sein des rapports que nous entretenons avec la nature si on les isole des rapports sociaux qui structurent aujourd'hui le proc&#232;s social de travail. Et c'est l&#224; que Marx est utile &#224; nouveau parce qu'il nous a laiss&#233; une riche analyse des rapports capitalistes de production qui reste sans &#233;quivalent de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous utilis&#233; l'analyse marxienne des rapports capitalistes de production pour proc&#233;der &#224; l'analyse des probl&#232;mes &#233;cologiques contemporains ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, j'ai proc&#233;d&#233; en trois temps qui correspondent aux trois tomes qui, de mani&#232;re indissociable, composent l'ouvrage. Dans le premier tome, intitul&#233; &#171; Une catastrophe &#233;cologique plan&#233;taire &#187;, je ne me contente pas seulement de dresser un &#233;tat des lieux de cette catastrophe en passant en revue ses principales manifestations : changement climatique, atteinte aux milieux naturels globaux (oc&#233;ans, zones humides, for&#234;ts), &#233;puisement des &#233;l&#233;ments (terre, eau, air, feu), appauvrissement de la biodiversit&#233;, multiples menaces sur la sant&#233; humaine. J'analyse aussi la mani&#232;re dont &#171; nos &#187; instances dirigeantes (directions des grandes entreprises, chefs d'Etat, instances multinationales telles que la Banque centrale, le FMI, l'OMC, l'ONU, etc.) ont r&#233;agi &#224; cette catastrophe. Je d&#233;nonce le peu d'effet et m&#234;me quelquefois l'&#233;chec complet de ce qu'ils ont pu entreprendre sous l'&#233;gide du paradigme du &#171; d&#233;veloppement durable &#187;. Pensons par exemple aux r&#233;sultats de leur soi-disant lutte contre le changement climatique dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies adopt&#233;e en 1992 &#224; Rio. Et je mets en garde contre leurs tentatives de r&#233;pondre &#224; cette catastrophe en &#171; redoublant la mise &#187;, en pr&#233;tendant que la solution consisterait &#224; pousser &#224; bout la logique capitaliste en actionnant les moyens &#224; la fois &#233;conomiques, technologiques et id&#233;ologiques qui sont les siennes. Autrement dit, ce qui a cr&#233;&#233; le probl&#232;me, provoquer la catastrophe &#233;cologique, est cens&#233; nous permettre de le r&#233;soudre, de nous extirper de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, pour tenter de r&#233;duire les &#233;missions des gaz &#224; effet de serre, notamment du principal d'entre eux, le dioxyde de carbone, on a mis en place des march&#233;s de droits &#224; &#233;mettre ce gaz dans le cadre d'un quota global d'&#233;mission qu'on se propose de diminuer &#8211; ce qui a en principe pour effet d'accro&#238;tre le prix de ces droits &#8211; de mani&#232;re &#224; contraindre &#233;conomiquement les &#233;metteurs &#224; r&#233;duire leurs &#233;missions. De m&#234;me, on a d&#233;velopp&#233; des march&#233;s de droits &#224; compenser des atteintes aux milieux naturels pour garantir que les projets de d&#233;veloppement industriels ou commerciaux responsables de pareilles atteintes puissent se r&#233;aliser sans perte nette de biodiversit&#233;. Et je montre que ces m&#233;canismes de march&#233; non seulement sont inefficaces, ils n'atteignent pas leurs objectifs, mais qu'ils sont dans le cas des march&#233;s de compensation &#233;cologique totalement d&#233;pourvus de sens. Et il en va de m&#234;me de la plupart des solutions technologiques auxquelles on recourt. Au mieux, elles ne sont pas &#224; la hauteur des enjeux, telles les &#233;nergies dites renouvelables. Ou bien, elles aggravent m&#234;me les probl&#232;mes qu'elles pr&#233;tendent r&#233;soudre, tels le nucl&#233;aire, les biocarburants, la voiture &#233;lectrique. Et il arrive m&#234;me d'&#234;tre proprement d&#233;lirantes, comme dans le cas de la g&#233;o-ing&#233;nierie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel r&#244;le attribuez-vous aux rapports capitalistes de production dans l'&#233;cocide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'objet du deuxi&#232;me tome intitul&#233; &#171; La nature en proie au capital &#187;. En reprenant une &#224; une les principales caract&#233;ristiques de ces rapports, je cherche &#224; expliquer en quoi et pourquoi elles ne peuvent qu'&#234;tre &#233;cocidaires, en g&#233;n&#233;rant les diff&#233;rents probl&#232;mes et ph&#233;nom&#232;nes qui sont parties prenantes de la catastrophe &#233;cologique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A ce sujet, convient-il de cibler le productivisme capitaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, mais ce n'est pas la seule ni m&#234;me la premi&#232;re des caract&#233;ristiques des rapports capitalistes de production sur laquelle je m'arr&#234;te. En effet, elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; souvent mise en &#233;vidence et d&#233;nonc&#233;e par des auteurs marxistes, qui ont eu cependant le tort de s'arr&#234;ter &#224; elle quand ils ont trait&#233; des probl&#232;mes &#233;cologiques. Je me contente pour ma part d'insister sur le fait que le productivisme est inh&#233;rent au capital : il tient &#224; la n&#233;cessit&#233; dans laquelle il se trouve de se reproduire en &#233;largissant constamment l'&#233;chelle &#233;cologique et sociale de sa reproduction comme en acc&#233;l&#233;rant non moins constamment le rythme de sa reproduction. Je rappelle aussi que ce productivisme est prolong&#233; et soutenu par un consum&#233;risme non moins d&#233;brid&#233; qu'assure l'obsolescence des produits. Obsolescence mat&#233;rielle (souvent programm&#233;e) et surtout l'obsolescence sociale, &#224; coups de campagnes publicitaires, des diff&#233;rentes techniques du marketing, de ph&#233;nom&#232;nes de mode &#8211; ce qui, soit dit en passant, nous rend tous et toutes plus ou moins complices de l'&#233;cocide capitaliste. Je montre enfin que cette dynamique infernale n'a aucune chance d'&#234;tre enray&#233;e par le d&#233;veloppement de la soi-disant &#171; &#233;conomie immat&#233;rielle &#187; qui n'a d'immat&#233;rielle que le nom, de l'&#233;conomie dite circulaire (le recyclage notamment) et des efforts visant &#224; accro&#238;tre la sobri&#233;t&#233; mat&#233;rielle et l'efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tique, du fait notamment des effets rebond qu'ils entra&#238;nent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont alors les autres caract&#233;ristiques des rapports capitalistes de production porteuses d'effets &#233;cocidaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie trop souvent que le fondement premier du capital comme rapport de production est, comme Marx n'a cess&#233; d'y insister, l'expropriation des producteurs : leur s&#233;paration de fait et de droit de tout moyen social de production ; leur incapacit&#233; &#224; produire par eux-m&#234;mes leurs moyens de subsistance ; leur r&#233;duction par cons&#233;quent au statut d'&#171; individus nus &#187; comme dit Marx, dont la seule propri&#233;t&#233; imm&#233;diate est celle de leur propre personne et de sa force ou puissance de travail ; une puissance de travail qu'ils se trouvent contraints de mettre en vente aupr&#232;s de ceux qui peuvent en avoir besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette expropriation a &#233;galement une port&#233;e &#233;cocidaire. En effet, le premier et le principal moyen de production &#233;tant la terre, sol et sous-sol, cette expropriation institue une v&#233;ritable ali&#233;nation de la nature : elle rend les hommes &#233;trangers &#224; la nature et la nature &#233;trang&#232;re &#224; eux. Cette ali&#233;nation prend de multiples formes, toutes &#233;cocidaires en un sens. Par exemple, elle est responsable de la disparition tendancielle des soci&#233;t&#233;s paysannes traditionnelles, reposant sur une agriculture alliant polyculture, poly&#233;levage et artisanat domestique, vivant en symbiose avec la nature, donc plus ou moins respectueuses des &#233;cosyst&#232;mes locaux dans lesquels elles sont ins&#233;r&#233;es. Elle a favoris&#233;, inversement, le d&#233;veloppement d'une agriculture capitaliste, impliquant la monoculture intensive, bas&#233;e sur la m&#233;canisation et la chimisation du proc&#232;s de travail agricole, recourant &#224; force engrais et pesticide, dans le but d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail agricole et d'augmenter le rendement agricole, la terre n'&#233;tant plus qu'un facteur de production. Mais elle a aliment&#233; tout aussi bien l'exode rural : l'entassement des populations dans des agglom&#233;rations urbaines de plus en plus gigantesques, o&#249; elles n'ont plus de contact direct avec la nature vivante, plus d'exp&#233;rience de la po&#239;&#233;sis naturelle. Enfin, avec d'autres facteurs, on la retrouve &#224; la source de la modification des pratiques alimentaires, avec le d&#233;veloppement de la malbouffe aux cons&#233;quences sanitaires d&#233;sastreuses : la pr&#233;valence croissante du surpoids et de l'ob&#233;sit&#233;, partant du diab&#232;te et des maladies cardiovasculaires. Car le capital ne s'attaque pas seulement &#224; la nature externe, l'&#339;cum&#232;ne, la biosph&#232;re, mais aussi bien &#224; la nature interne, notre corps, notre corpor&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il encore d'autres caract&#233;ristiques des rapports capitalistes de production auxquelles vous pr&#234;tez des effets &#233;cocidaires et sur lesquelles vous vous &#234;tes pench&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y en a au moins une autre qui m&#233;rite d'&#234;tre mentionn&#233;e. C'est l'appropriation capitaliste de la nature : les formes et modes sous et par lesquels le capital se rend &#171; ma&#238;tre et possesseur &#187; de la nature, pour parler comme Descartes. Dans tout mode de production, l'appropriation de la nature s'op&#232;re dans et par le proc&#232;s de travail dont elle constitue la finalit&#233;. Par cons&#233;quent, l'appropriation capitaliste de la nature s'op&#232;re par l'interm&#233;diaire de l'appropriation capitaliste du proc&#232;s de travail. Et Marx, lui encore, nous en a fourni l'analyse canonique en montrant que l'enjeu en est la subordination du proc&#232;s de travail au proc&#232;s de valorisation du capital, moyennant la transformation du travail concret en travail abstrait, substance de la valeur. Et il distingue deux moments, deux modalit&#233;s et &#233;tapes en m&#234;me temps, dans ce processus : un moment d'appropriation formelle et un moment d'appropriation r&#233;elle. J'ai tent&#233; de montrer que l'on pouvait prolonger l'analyse marxienne de l'appropriation du proc&#232;s de travail &#224; l'appropriation de la nature qui s'op&#232;re au sein du proc&#232;s de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourriez-vous pr&#233;ciser davantage ce point ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle d'appropriation formelle de la nature tant que le capital ne peut pas ou ne veut pas transformer les propri&#233;t&#233;s naturelles, physiques, chimiques, biologiques, etc., des mati&#232;res qu'il s'approprie. Il les prend en quelque sorte telles qu'elles sont produites par la nature, offertes par elle. Au contraire, l'appropriation de la nature devient r&#233;elle d&#232;s lors que le capital cherche &#224; adapter le plus &#233;troitement possible la mat&#233;rialit&#233; m&#234;me des ressources naturelles aux exigences de sa valorisation. Il cherche en somme &#224; engendrer une mat&#233;rialit&#233; sp&#233;cifiquement capitaliste, qu'il s'agisse d'actualiser des potentialit&#233;s de la mati&#232;re que la nature n'a pas r&#233;alis&#233;es ou, au contraire, de virtualiser, de rendre ineffectives, des potentialit&#233;s mat&#233;rielles actualis&#233;es par la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourriez-vous donner des exemples ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mets en &#233;vidence au moins trois modalit&#233;s diff&#233;rentes de l'appropriation r&#233;elle. Premi&#232;re modalit&#233; : forcer la nature &#224; ne pas produire ce qu'elle produit spontan&#233;ment. Par exemple au sein de l'agriculture capitaliste, cela consiste &#224; s&#233;parer les esp&#232;ces les unes des autres &#8211; c'est ce qui se passe dans la monoculture &#8211; ou &#224; s&#233;parer les esp&#232;ces de leur biotope, comme c'est le cas par exemple avec l'&#233;levage en stabulation qui conduit jusqu'aux monstruosit&#233;s de l'&#233;levage hors sol. Deuxi&#232;me modalit&#233; inverse de la pr&#233;c&#233;dente : forcer la nature &#224; produire ce qu'elle ne produit pas spontan&#233;ment. Par exemple des mat&#233;riaux artificiels : le b&#233;ton, le plastique, les semi-conducteurs ; des &#234;tres vivants artificiels, les fameux OGM ; et m&#234;me des &#234;tres humains artificiels, des humains technologiquement &#171; augment&#233;s &#187; : des cyborgs. Derni&#232;re modalit&#233; de l'appropriation r&#233;elle : reproduire artificiellement la nature. C'est ce qui se passe par exemple dans la reconstitution artificielle des milieux naturels d&#233;grad&#233;s ou d&#233;truits ; ou, plus encore, dans la constitution d'&#233;cosyst&#232;mes artificiels, tels par exemple les monocultures sylvestres qui ne sont pas des for&#234;ts mais des plantations d'arbres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi est-ce que &#171; forcer la nature &#187; serait regrettable ? A l'exception des chasseurs-cueilleurs, toute soci&#233;t&#233; humaine, d&#232;s lors qu'elle est productive, ne force-t-elle pas la nature d'une mani&#232;re ou d'une autre ? Vous avez soulign&#233; plus haut, au sujet de l'expropriation capitaliste des producteurs, qu'elle &#171; a &#233;galement une port&#233;e &#233;cocidaire &#187;. Il semble donc que l'essentiel, &#224; vous suivre, soit de rep&#233;rer le lien entre le rapport social de production et l'&#233;cologie. Diriez-vous que seule une soci&#233;t&#233; r&#233;ellement &#171; socialiste &#187; serait &#233;cologique, ou plut&#244;t que seul le capitalisme est &#233;cocidaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le travail humain consiste toujours, en un sens, &#224; forcer la nature. Et ce for&#231;age comporte n&#233;cessairement un risque d'&#233;cocide. En t&#233;moigne le fait que de grandes civilisations pr&#233;capitalistes (pensons par exemple &#224; la M&#233;sopotamie antique ou aux Mayas) sont entr&#233;es en d&#233;cadence pour n'avoir pas su ma&#238;triser ce risque. Mais, dans leur cas, l'&#233;cocide est rest&#233; r&#233;gional &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire et a mis un bon mill&#233;naire &#224; produire ses effets, sans d'ailleurs pour autant radicalement ravager, rendre inhabitable, leur &#339;cum&#232;ne : on vit encore en Irak et dans le Yucatan. La radicalit&#233; de la dimension &#233;cocidaire du capitalisme, tel qu'il r&#233;sulte du proc&#232;s de reproduction de ce rapport social de production qu'est le capital, se mesure &#224; l'ampleur et &#224; la rapidit&#233; de ses ravages &#233;cocidaires : en &#224; peine trois-quatre si&#232;cles, il s'est mis en mesure de bouleverser des &#233;quilibres &#233;cologiques plan&#233;taires, au point de menacer de rendre la plan&#232;te inhabitable par l'humanit&#233;. Par exemple, il n'est pas certain qu'elle puisse s'adapter au sc&#233;nario d'une &#171; plan&#232;te &#233;tuve &#187; si l'augmentation de la temp&#233;rature moyenne du globe s'&#233;l&#232;ve de 5&#176;C ou m&#234;me 6&#176;C au-dessus de sa moyenne pendant toute la dur&#233;e de l'holoc&#232;ne, un sc&#233;nario extr&#234;me que n'excluent pas les derniers rapports du GIEC. En ce sens, si le capital n'est certes pas le seul rapport de production &#224; avoir &#233;t&#233; &#233;cocidaire, il l'a &#233;t&#233; &#224; une dimension jusqu'alors totalement inconnue dans l'histoire. Quant &#224; savoir si, &#224; quelles conditions et sous quelles formes une soci&#233;t&#233; socialiste est en mesure de relever le d&#233;fi de faire face &#224; la catastrophe &#233;cologique actuelle et d'instaurer un mode de d&#233;veloppement de l'humanit&#233; qui ne soit pas &#233;cocidaire, c'est une question qui reste ouverte mais que je n'aborde pas dans cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous nous avez parl&#233; d'un troisi&#232;me tome. Que contient-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre &#171; Perspectives historiques &#187;, il r&#233;unit toute une s&#233;rie d'analyses qui concernent l'&#233;cocide capitaliste mais qui n'ont pas trouv&#233; leur place dans les deux tomes pr&#233;c&#233;dents. En premier lieu, j'esquisse une histoire de l'&#233;cocide capitaliste pour montrer comment le processus &#233;cocidaire n'a cess&#233; de gagner en ampleur tout au long du devenir-monde du capitalisme, tant en en &#233;tendant le champ social et spatial qu'en intensifiant l'emprise du capital sur la nature, notamment sous la forme d'une qu&#234;te constante de puissance, au double sens physique et politique du terme. Je m'arr&#234;te aussi sur le r&#244;le qu'a jou&#233; l'&#233;conomie politique, la science &#233;conomique, dans ce processus &#233;cocidaire, en montrant que, dans son ensemble, soit elle a ignor&#233; ou du moins m&#233;connu la th&#233;matique et la probl&#233;matique &#233;cologiques ; soit, quand elle s'y est int&#233;ress&#233;e, elle s'est montr&#233;e incapable d'apporter des r&#233;ponses ad&#233;quates &#224; l'&#233;cocide capitaliste. Et la m&#234;me raison pr&#233;vaut &#224; chaque fois : sa m&#233;connaissance des rapports capitalistes de production. Enfin, dans une derni&#232;re partie de ce tome, j'inverse en quelque sorte la perspective ant&#233;rieurement suivie par l'ouvrage. Apr&#232;s avoir montr&#233; en quoi le capital met la nature en crise, engendre une catastrophe &#233;cologique, je me demande si et dans quelle mesure cette catastrophe est susceptible &#224; son tour de mettre le capital en crise, plus exactement si et dans quelle mesure elle est susceptible d'aggraver la crise structurelle qui affecte l'&#233;conomie capitaliste depuis un demi-si&#232;cle d&#233;j&#224;. Ce qui m'am&#232;ne &#224; envisager l'hypoth&#232;se selon laquelle la catastrophe &#233;cologique pourrait fournir un nouveau tremplin au capital, soit l'occasion de relancer sa dynamique de reproduction &#233;largie, en discutant diff&#233;rents projets de Green New Deal(notamment ceux de Naomi Klein et de Jeremy Rifkin) mais pour conclure que, plus probablement, la catastrophe &#233;cologique risque d'aggraver encore et aggrave de fait d'ores et d&#233;j&#224; la crise structurelle dans laquelle se d&#233;bat le capital en d&#233;gradant encore davantage ses conditions de valorisation. Notamment sous l'effet d'une hausse tendancielle continue du prix des mati&#232;res premi&#232;res et de l'&#233;nergie, qui ne pourra aller qu'en s'amplifiant au fur et &#224; mesure o&#249; ces derni&#232;res vont se rar&#233;fier sous l'effet de la poursuite de l'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En vous &#233;coutant, j'ai bien peur que votre lecteur ne sorte d&#233;sesp&#233;r&#233; de votre ouvrage. Lui laissez-vous malgr&#233; tout entrevoir quelque porte de sortie dans votre conclusion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas vraiment ou, du moins, pas tout de suite. Ma conclusion est que, laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, le capitalisme ne peut que continuer &#224; s'enfoncer dans sa crise structurelle d&#233;sormais aggrav&#233;e d'une catastrophe &#233;cologique qu'il a engendr&#233;e et qu'il n'a vocation qu'&#224; aggraver. A l'horizon de ce devenir funeste, il y a l'apocalypse dont les cinq &#8211; et non pas quatre : tant pis pour les Ecritures ! &#8211; seront un chaos &#233;cologique grandissant, la paup&#233;risation des populations se g&#233;n&#233;ralisant, la maladie engendr&#233;e par les deux facteurs pr&#233;c&#233;dents, la guerre comme issue des tensions grandissantes pour l'accession &#224; des ressources naturelles exploitables allant se rar&#233;fiant, enfin la dictature (l'&#233;cofascisme) pour tenter de maintenir un semblant d'ordre. Soit la mort sous diff&#233;rentes formes. En face, le parti de la vie ne peut qu'&#234;tre, encore et toujours, celui du socialisme. Mais d'un socialisme qui doit d&#233;sormais lui-m&#234;me se confronter &#224; la catastrophe &#233;cologique, prendre en charge ses enjeux et ses exigences, en se red&#233;finissant en cons&#233;quence. Soit un &#233;cosocialisme. Ma conclusion n'en dit pas plus parce que j'en r&#233;serve le d&#233;veloppement &#224; un prochain ouvrage d&#233;j&#224; en cours de pr&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous toutefois nous r&#233;sumer bri&#232;vement la raison pour laquelle vous pr&#233;f&#233;rez le mot &#171; socialisme &#187; &#224; celui, par exemple, de &#171; communisme &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle d'&#233;cosocialisme parce que je conserve la th&#232;se qu'entre le capitalisme et le communisme figure n&#233;cessairement cette phase de transition qu'est le socialisme. Si cette transition est en fait, sous certains rapports, d&#233;j&#224; engag&#233;e au sein m&#234;me du capitalisme, le communisme ne serait pas pour autant r&#233;alis&#233; aux lendemains imm&#233;diats d'une r&#233;volution politique qui aurait renvers&#233; la domination capitaliste. Pour autant, le but reste bien l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; communiste : Marx lui-m&#234;me parle quelquefois du socialisme comme de &#171; la phase inf&#233;rieure &#187; de la soci&#233;t&#233; communiste. Mais parler d'&#233;cosocialisme a encore une autre vertu : celle de nous rappeler que, comme n'a cess&#233; de le rappeler Henri Lefebvre, il existe deux versions qui sont en m&#234;me temps deux versants du communisme. Une version &#233;thique, qui implique la r&#233;conciliation de l'humanit&#233; avec elle-m&#234;me, la fin de toutes les formes d'oppression, de domination et d'exploitation de l'homme par l'homme, donc la fin de la division de la soci&#233;t&#233; en classes et de la lutte des classes, la fin de l'Etat, etc. Mais aussi une version esth&#233;tique &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment celle vers laquelle pointe le pr&#233;fixe &#233;co dans &#233;cosocialisme &#8211; qui implique la r&#233;conciliation de l'humanit&#233; avec la nature, tant la nature interne que la nature externe. C'est ainsi que l'on peut comprendre, &#224; mon sens, ces formules quelque peu &#233;nigmatiques que Marx a employ&#233;es dans ses manuscrits parisiens de 1844, disant que le &#171; communisme en tant que naturalisme achev&#233; = humanisme, en tant qu'humanisme achev&#233; = naturalisme &#187;. Ce qui semble sugg&#233;rer que, sous ce rapport, le communisme implique aussi bien la naturalisation de l'homme que l'humanisation de la nature. Autant de formules sur lesquelles je me propose de revenir dans mon prochain ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Entretien paru dans lundimatin#507, le 2 f&#233;vrier 2026)&lt;/p&gt;
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		<title>La COP30 entre palabres officielles et mobilisation populaire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-COP30-entre-palabres-officielles-et-mobilisation-populaire</link>
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		<dc:date>2025-12-09T13:20:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-12-09</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La COP30 [1] s'est tenue &#224; Bel&#233;m, capitale de l'Etat br&#233;silien du Par&#225;, du 10 au 22 novembre. Elle avait la redoutable t&#226;che de faire oublier les pitoyables r&#233;sultats auxquels &#233;taient parvenues les pr&#233;c&#233;dentes &#233;ditions de cette conf&#233;rence annuelle. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de A l'Encontre 2 d&#233;cembre 2025 &lt;br class='autobr' /&gt;
COP30, le marketing et la r&#233;alit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour rappel : la COP21 qui s'&#233;tait tenue &#224; Paris en 2015 avait abouti &#224; un accord pr&#233;voyant une r&#233;duction de l'&#233;mission des gaz &#224; effet de serre (GES) capable de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La COP30 [1] s'est tenue &#224; Bel&#233;m, capitale de l'Etat br&#233;silien du Par&#225;, du 10 au 22 novembre. Elle avait la redoutable t&#226;che de faire oublier les pitoyables r&#233;sultats auxquels &#233;taient parvenues les pr&#233;c&#233;dentes &#233;ditions de cette conf&#233;rence annuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
2 d&#233;cembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;COP30, le marketing et la r&#233;alit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rappel : la COP21 qui s'&#233;tait tenue &#224; Paris en 2015 avait abouti &#224; un accord pr&#233;voyant une r&#233;duction de l'&#233;mission des gaz &#224; effet de serre (GES) capable de contenir &#171; &lt;i&gt;l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature moyenne de la plan&#232;te nettement en dessous de 2&#176;C par rapport aux niveaux pr&#233;industriels [tout] en poursuivant l'action men&#233;e pour limiter l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature &#224; 1,5&#176;C par rapport aux niveaux pr&#233;industriels&lt;/i&gt; &#187; [2]. Mais, depuis, en d&#233;pit d'engagements r&#233;p&#233;t&#233;s de COP en COP, aucun effort s&#233;rieux n'a &#233;t&#233; accompli dans cette voie. Entre 1990 et 2023, la part des combustibles fossiles (charbon, p&#233;trole et gaz naturel) dans le mix &#233;nerg&#233;tique mondial, dont la combustion est le principal responsable des &#233;missions des GES facteurs du changement climatique, est rest&#233;e pratiquement constante : elle continue &#224; se payer la part du lion (elle n'a r&#233;gress&#233; que de 81,8 &#224; 80,7 %) alors que la production d'&#233;nergie primaire mondiale s'est accrue de 74 % entre-temps, en passant de quelque 364 millions &#224; 633 millions de terajoules [3]. De la sorte, il ne faut pas s'&#233;tonner que l'Organisation m&#233;t&#233;orologique mondiale (OMM) ait d&#251; constater qu'en 2024 la hausse de la temp&#233;rature moyenne du globe s'est situ&#233;e entre 1,34 et 1,41&#176;C par rapport aux niveaux pr&#233;industriels et que, dans ces conditions, il y a 70 % de chances que le seuil des 1,5&#176;C soit franchi par la moyenne quinquennale entre 2015 et 2034 [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sid&#233;e par le sultan Ahmed Al-Jaber, patron de la compagnie p&#233;troli&#232;re &#233;miratie Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC), la COP28 (2023) a lanc&#233; une v&#233;ritable OPA des industries productrices de combustibles fossiles destin&#233;e &#224; reporter aux calendes grecques l'abandon d&#233;finitif de l'extraction et de la consommation de ces combustibles, le tout au nom du droit au d&#233;veloppement des &#201;tats &#171; en voie de d&#233;veloppement &#187; et en pratiquant un d&#233;ni cynique des donn&#233;es scientifiques. Op&#233;ration largement r&#233;ussie : si la r&#233;solution finale a fait allusion aux &#233;nergies fossiles, c'est pour simplement demander aux parties de &#171; &lt;i&gt;s'&#233;loigner des combustibles fossiles&lt;/i&gt; [transitioning away from fossile fuels] &lt;i&gt;de mani&#232;re &#224; atteindre le z&#233;ro net en 2050&lt;/i&gt; &#187; sans cependant fixer aucun calendrier, aucune contrainte ni aucune sanction a fortiori en cas de non-respect des engagements, les &#201;tats et les compagnies charbonni&#232;res, p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res (dont les projets de mise en exploitation de nouveaux sites dans les prochaines ann&#233;es se comptent par dizaines) restant les seuls ma&#238;tres en la mati&#232;re [5]. L'essentiel est acquis : il n'est pas question de sortir des &#233;nergies fossiles car l'on sait que les transitions peuvent durer longtemps&#8230;voire &#233;ternellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si&#233;geant &#224; Bakou, capitale de l'Azerba&#239;djan, la COP29 (2024) aura &#233;t&#233; la troisi&#232;me &#224; se tenir successivement dans un &#201;tat producteur de p&#233;trole, les repr&#233;sentants de grands groupes p&#233;troliers (Exxon Mobil, Shell, Chevron, BP, TotalEnergie, etc.) et leurs lobbyistes faisant d&#233;sormais partie des d&#233;l&#233;gations officielles [6], de mani&#232;re &#224; pouvoir encore mieux verrouiller ou orienter les n&#233;gociations et les d&#233;cisions. Si bien qu'&#171; &lt;i&gt; au moment o&#249; Ant&#243;nio Guterres, &#224; Bakou, indiqu[ait] qu'il faut r&#233;duire de 30 % la production d'hydrocarbures d'ici &#224; 2030, l'h&#244;te de la COP29, l'Azerba&#239;djan, selon le rapport de l'ONG Oil Change International, [avait] pour objectif d'augmenter sa production d'hydrocarbures de 14 % d'ici &#224; 2035. Et le futur h&#244;te de la COP30, le Br&#233;sil &lt;/i&gt; [d&#233;sormais huiti&#232;me producteur mondial de p&#233;trole], tabl[ait] sur une croissance de 36 % &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et le bilan de ces COP n'aura &#233;t&#233; gu&#232;re plus fameux ou moins douteux sur d'autres points en discussion dans le cadre de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, trait&#233; datant de 1992). Ainsi les &#201;tats du Nord global ont-ils persist&#233; &#224; se montrer peu dispos&#233;s &#224; prendre en charge les dommages et les pertes inflig&#233;s par le changement climatique aux &#201;tats du Sud global. Le Fonds vert cr&#233;&#233; en 2009 lors de la COP19 (Copenhague) &#233;tait destin&#233; &#224; permettre &#224; ces derniers de financer leur lutte contre le r&#233;chauffement climatique, tout en faisant payer aux premiers leur responsabilit&#233; historique dans la production de celui-ci. La COP21 (Paris) avait d&#233;cid&#233; de porter l'abondement &#224; ce fonds &#224; hauteur de 100 milliards de dollars par an d'ici &#224; 2020. Or, il n'a atteint &#224; cette date qu'&#224; peine les quatre cinqui&#232;mes de cette somme. Et r&#233;ellement beaucoup moins, &#224; peine le cinqui&#232;me. Car les pays du Nord global ont souvent &#171; confondu &#187; leur contribution &#224; ce Fonds avec leur aide publique au d&#233;veloppement, alors qu'il &#233;tait pr&#233;vu que la premi&#232;re vienne en sus de la seconde. Ou encore, ils ont avanc&#233; les fonds dus non pas sous forme de dons mais de pr&#234;ts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'accord sur lequel s'est conclue la CP29 a constitu&#233; un v&#233;ritable camouflet pour le Sud global, notamment les &#171; pays les moins avanc&#233;s &#187; qui sont les plus menac&#233;s par les effets du changement climatique. Alors qu'un groupe d'experts international avait estim&#233; n&#233;cessaire de porter les transferts annuels destin&#233;s &#224; leur permettre d'entamer leur &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; &#224; la hauteur de 1 000 &#224; 1 300 milliards de dollars d'ici &#224; 2035, les pays du Nord ne se sont engag&#233;s que sur le montant de 300 milliards de dollars, sans d'ailleurs pr&#233;ciser s'il s'agirait de dons ou de pr&#234;ts [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvelle COP, nouveau fiasco !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;riti&#232;re d'un tel du bilan d&#233;sastreux, la COP30 a de surcro&#238;t &#233;t&#233; plac&#233;e sous de mauvais auspices. Le 20 octobre, &#224; trois semaines de son ouverture, l'Institut br&#233;silien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama) a approuv&#233;&#8230; un projet d'exploration p&#233;troli&#232;re au large de l'Amazonie. Or sa r&#233;alisation menacerait directement cette derni&#232;re en cas de mar&#233;e noire provoqu&#233;e par un accident survenant sur les forages p&#233;troliers ; et, plus largement, elle contribuerait &#224; son d&#233;p&#233;rissement par le changement climatique qu'elle acc&#233;l&#233;rerait [9] ! Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; le pr&#233;sident br&#233;silien Luiz In&#225;cio Lula da Silva, dit Lula, puissance invitante de la COP, de d&#233;clarer en ouverture de celle-ci, qu'elle serait &#171; &lt;i&gt; la COP de la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et qu'&#171; &lt;i&gt;acc&#233;l&#233;rer la transition &#233;nerg&#233;tique et prot&#233;ger la nature sont les deux moyens les plus efficaces de lutter contre le r&#233;chauffement climatique &#187;, en proposant m&#234;me que soit &#233;labor&#233;e &#171; une feuille de route pour, de mani&#232;re juste et planifi&#233;e, inverser la d&#233;forestation, surmonter la d&#233;pendance aux combustibles fossiles et mobiliser les ressources n&#233;cessaires pour atteindre ces objectifs &lt;/i&gt; &#187; [10]. On ne peut imaginer meilleur exemple du double langage, digne d'Orwell, que tiennent tous les pays producteurs d'hydrocarbures dont le Br&#233;sil fait partie. Double langage doubl&#233; de schizophr&#233;nie : on conc&#232;de d'un c&#244;t&#233; qu'il faut de toute urgence diminuer autant que possible les &#233;missions de GES tandis que, de l'autre, on &#233;tend le champ des extractions p&#233;troli&#232;res qui alimentent la principale source de ces &#233;missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, selon l'Accord de Paris, tous les cinq ans, les Etats signataires doivent pr&#233;senter des engagements de r&#233;duction de leurs &#233;missions de GES (appel&#233;s &#171; &lt;i&gt; contributions d&#233;termin&#233;es au niveau national &lt;/i&gt; &#187; ou CDN) impliquant en principe une diminution de ces derni&#232;res par rapport &#224; celles autoris&#233;es au cours du quinquennat pr&#233;c&#233;dent. Ce devait donc &#234;tre le cas &#224; Bel&#233;m. Or, &#224; l'ouverture de la COP, seuls 98 des 194 Etats parties prenantes, repr&#233;sentant 72,7 % des &#233;missions mondiales, avaient remis leurs CDN. Plusieurs &#171; poids lourds &#187; (dont l'Inde et les Etats-Unis, ces derniers s'&#233;tant &#224; nouveau retir&#233;s de la CCNUCC apr&#232;s la r&#233;&#233;lection de Donald Trump) faisaient d&#233;faut. Seules les CDN de la Norv&#232;ge et du Royaume-Uni &#233;taient conformes aux exigences de l'Accord de Paris. Le tout, largement insuffisant, devait conduire droit &#224; une &#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature moyenne du globe comprise entre 2,3 et 2,5&#176;C d'ici &#224; la fin du si&#232;cle selon une &#233;tude de l'ONU [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les participants &#224; la COP30 sont rapidement tomb&#233;s d'accord sur son ordre du jour, c'est parce que celui-ci a d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#233;cart&#233; les sujets principaux, ceux qui f&#226;chent : la demande d'intensification de la r&#233;duction des &#233;missions de GES et celle d'une transparence accrue des efforts consentis en la mati&#232;re (soutenues par l'Union europ&#233;enne), la demande de suppression des barri&#232;res douani&#232;res li&#233;es au climat (du type de la taxe carbone institu&#233;e par l'Union europ&#233;enne) soutenue par la Chine et l'Inde et la demande d'une augmentation des transferts financiers du Nord global vers le Sud global, tous sujets renvoy&#233;s &#224; des discussions non pl&#233;ni&#232;res men&#233;es en coulisse, dans l'espoir qu'elles aboutissent avant la fin de la tenue de la COP [12]. Espoir en d&#233;finitive largement d&#233;&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la d&#233;claration finale, adopt&#233;e sans l'approbation de l'Union europ&#233;enne, de la Suisse, de la Colombie et du Panama, ne comprend aucune feuille de route planifiant la sortie des &#233;nergies fossiles ni m&#234;me aucun engagement d'ouvrir ult&#233;rieurement des n&#233;gociations &#224; ce sujet. Elle se contente de renvoyer &#224; l'accord conclu deux ans plus t&#244;t &#224; Duba&#239;, demandant aux parties prenantes de s'engager dans une transition en vue de la sortie des &#233;nergies fossiles &#8211; autrement dit de se h&#226;ter lentement, sans prendre aucun engagement ni quant au rythme ni quant au terme du processus. Et la d&#233;claration finale fait de m&#234;me compl&#232;tement silence sur la planification de la fin de la d&#233;forestation, qui joue un r&#244;le tout aussi important dans le processus de changement climatique. Autrement dit, elle est muette sur les deux principaux moteurs de ce dernier. En d'autres termes, elle ne dit rien sur ce qui devrait pourtant constituer son centre de pr&#233;occupations principal voire exclusif. Les lobbyistes des compagnies p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res et les principaux pays producteurs d'hydrocarbures pr&#233;sents (soit la Russie, l'Arabie saoudite, le Canada, l'Irak, la Chine, l'Iran et les Emirats arabes unis) ont une fois de plus bien &#339;uvr&#233;. Tandis que la Chine aura obtenu l'ouverture d'un &#171; &lt;i&gt; dialogue&lt;/i&gt; &#187; sur le commerce mondial qui pr&#233;lude au d&#233;mant&#232;lement des taxes carbone frappant les importations notamment au sein de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au titre des seules maigres avanc&#233;es du texte, on peut compter, d'une part, le triplement des fonds consacr&#233;s &#224; l'adaptation au changement climatique, pour faire face aux canicules et aux inondations, qui devrait passer de 40 &#224; 120 milliards de dollars d'ici 2035 ; bien que les besoins actuels soient d&#233;j&#224; &#233;valu&#233;s &#224; quelque 310 &#224; 365 milliards de dollars et que seuls 26 milliards aient &#233;t&#233; vers&#233;s en 2023 [13]. Et on en reste toujours aux seuls 300 milliards par an promis &#224; Bakou d'ici &#224; 2035 pour permettre au Sud global d'entamer sa &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187;, du fait notamment d'un blocage de l'Union europ&#233;enne sur la question. S'y ajoute, d'autre part, l'instauration &#224; l'initiative du Br&#233;sil d'un &lt;i&gt;Tropical Forest Forever Facility&lt;/i&gt; (TFFF : Fonds pour des for&#234;ts tropicales &#233;ternelles), un fonds d'investissement destin&#233; &#224; r&#233;mun&#233;rer les pays pr&#233;servant leurs &#233;cosyst&#232;mes forestiers, qu'il s'agira encore d'abonder &#224; hauteur de 125 milliards de dollars en faisant appel &#224; des contributions publiques, priv&#233;es et philanthropiques [14]. Dans les deux cas, il s'agit de nouvelles promesses dont seul demain nous dira si et dans quelle mesure elles auront &#233;t&#233; tenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au terme de ce nouveau fiasco diplomatique, on peut se demander &#224; quoi servent en d&#233;finitive les COP. R&#233;ponse : &#224; permettre aux (ir)reponsables qui nous gouvernent de &#171; s'agiter &#187; et de &#171; discourir &#187; devant les m&#233;dias du monde entier pour faire semblant d'avancer&#8230; tout en restant sur place, voire en r&#233;gressant. C'est ce qu'avait d&#233;j&#224; constat&#233; Greta Thunberg &#224; la veille de la COP26 (Glasgow) : &#171; &lt;i&gt;Blabla. C'est tout ce que nous entendons de la part de nos soi-disant dirigeants. Des mots qui semblent g&#233;niaux mais qui n'ont men&#233; &#224; aucune action jusqu'&#224; pr&#233;sent &lt;/i&gt; &#187; [15]. C'est &#224; une conclusion similaire qu'est parvenu le R&#233;seau Action Climat-International, qui rassemble plus de 2000 organisations de la soci&#233;t&#233; civile, au terme de la COP30 : &#171; &lt;i&gt; Les gouvernements n'ont pas pr&#233;sent&#233; de plan de r&#233;ponse mondial concret pour combler le d&#233;ficit d'ambition et se sont seulement engag&#233;s &#224; mettre en place des processus suppl&#233;mentaires pour y rem&#233;dier&lt;/i&gt; &#187;[16]. Donc aucune solution concr&#232;te mais la multiplication de proc&#233;dures promettant de parvenir &#224; des solutions. Autant dire : &#171; Pour l'instant, on ne bouge pas mais on vous promet de mettre en place des m&#233;canismes qui nous permettront sans doute de bouger demain &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or les cons&#233;quences de cette inaction et procrastination seront dramatiques et se font sentir d'ores et d&#233;j&#224;. Les &#233;missions de GES vont continuer &#224; augmenter et la teneur de l'atmosph&#232;re en dioxyde de carbone va s'accro&#238;tre : en 2024, elle a d&#233;j&#224; atteint le niveau de 424 ppm (particules par million) alors qu'il aurait fallu les maintenir au niveau de 350 ppm (son niveau en 1990) pour &#234;tre assur&#233; que la temp&#233;rature moyenne du globe ne s'&#233;l&#232;ve pas de plus de 1,5&#176;C par rapport &#224; celle de l'&#232;re pr&#233;industrielle (la &#171; r&#233;volution industrielle &#187; marquant le parach&#232;vement des rapports capitalistes de production). La temp&#233;rature moyenne du globe va continuer &#224; augmenter : les dix ann&#233;es depuis 2015 ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; les plus chaudes jamais enregistr&#233;es depuis 1850. Avec toute une s&#233;rie de cons&#233;quences plus d&#233;sastreuses les unes que les autres : r&#233;chauffement des oc&#233;ans et d&#233;gradation des for&#234;ts (donc affaiblissement des deux principaux puits naturels de carbone) ; augmentation de la fr&#233;quence et de l'intensit&#233; des &#233;v&#233;nements atmosph&#233;riques extr&#234;mes ; feux de for&#234;ts imma&#238;trisables augmentant encore les rejets de dioxyde de carbone ; accroissement du nombre des d&#233;c&#232;s pr&#233;matur&#233;s dus &#224; la chaleur et &#224; l'humidit&#233; de l'air mais aussi &#224; la pollution atmosph&#233;rique par les particules dont sont charg&#233;s les GES [17] ; diminution des rendements agricoles synonymes d'augmentation de la pr&#233;carit&#233; alimentaire des populations d&#233;j&#224; les plus victimes de la malnutrition et de la disette, donc augmentation de la famine dans le monde ; etc. [18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bel&#233;m, une pr&#233;figuration de l'immonde de demain&#8230; et des luttes contre son av&#232;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, si les participants &#224; la COP30 avaient voulu se convaincre de la n&#233;cessit&#233; de changer de cap imm&#233;diatement, il leur aurait subi de mettre le nez dehors. C'est que le changement climatique et ses effets sont d&#233;j&#224; tr&#232;s nettement sensibles &#224; Bel&#233;m m&#234;me. Ses maxima de temp&#233;rature se sont accrus de 1,9&#176;C au cours des cinquante derni&#232;res ann&#233;es. Une &#233;tude conjointe de l'ONG The Carbon Plan et du&lt;i&gt; Washington Post&lt;/i&gt; pr&#233;voit qu'en 2050 Bel&#233;m risque de conna&#238;tre 222 jours de chaleur extr&#234;me par an &#8211; de quoi la rendre largement inhabitable. D'ores et d&#233;j&#224;, le changement climatique s'y traduit aussi par des &#233;pisodes de pr&#233;cipitations extr&#234;mes plus fr&#233;quents et plus intenses : 40 % des &#233;pisodes de pluie intense dans la r&#233;gion de Belem enregistr&#233;s entre 1980 et 2020 ont eu lieu depuis 2011. Ils affectent notamment les habitats pr&#233;caires des bidonvilles qui constituent la p&#233;riph&#233;rie de l'agglom&#233;ration, o&#249; s'entasse une population paup&#233;ris&#233;e laiss&#233;e &#224; l'abandon par les pouvoirs publics locaux. Et, bien qu'elle se soit tenue loin de ces quartiers d&#233;sh&#233;rit&#233;s en plein c&#339;ur de l'agglom&#233;ration, la COP30 n'aura pas &#233;chapp&#233; &#224; cette d&#233;gradation environnementale : dans le Parque da Cidade, sp&#233;cialement construit &#224; son effet, la temp&#233;rature s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; 40&#176;, si bien que personne ne pouvait s'y tenir une journ&#233;e enti&#232;re. Pourtant, dans une r&#233;gion riche de 16 000 esp&#232;ces diff&#233;rentes d'arbre, les organisateurs locaux de la COP n'ont rien trouv&#233; de mieux pour tenter de rafra&#238;chir le lieu en le v&#233;g&#233;talisant que d'y installer&#8230; des arbres m&#233;talliques couverts de plantes [19 ! Un parfait exemple de cette civilisation min&#233;ralis&#233;e dont ils sont parties prenantes, qui ne fait qu'accro&#238;tre encore les effets d&#233;sastreux du changement climatique dont ils sont responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que grosse de 1 300 000 habitants, Bel&#233;m est entour&#233;e par la for&#234;t amazonienne qui, comme toutes les autres for&#234;ts tropicales, joue un r&#244;le fondamental dans l'&#233;tablissement et le maintien des &#233;quilibres climatiques globaux et se trouve n&#233;anmoins directement menac&#233;e par le changement climatique. Sous l'effet de ce dernier et de la poursuite de la d&#233;forestation &#224; l'initiative de l'agrobusiness et d'autres projets de mise en valeur capitaliste (activit&#233;s mini&#232;res, ouvertures de routes, de voies ferr&#233;es et de voies navigables, etc.), l'Amazonie risque en effet de se transformer de for&#234;t tropicale en savane, privant ainsi la Terre d'un de ses principaux &#171; poumons &#187;, capable d'absorber le dioxyde de carbone atmosph&#233;rique et d'&#233;mettre de l'oxyg&#232;ne. Une mutation catastrophique &#224; terme pour la plan&#232;te mais qui menace imm&#233;diatement les populations autochtones, regroupant quelque 34 millions de personnes, vivant souvent de mani&#232;re ancestrale en Amazonie des ressources renouvelables de cette derni&#232;re selon des modes de production respectueux du milieu et par cons&#233;quent durables.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_54114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_no_1-35.jpg?54114/c77e27160d89dfd8fe9c7c885033968366368f7a7a51d62e974831ac5569bb0a&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH376/c77e27160d89dfd8-ce16a830-ff81e.jpg?1765286430' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Manifestation du MST opposant &#224; l'orientation officielle de la COP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce dont a voulu t&#233;moigner le 11 novembre la Marche pour la sant&#233; et le climat, organis&#233;e par des membres de ces populations autochtones. Elle s'est achev&#233;e devant le site de la COP, o&#249; ses participants se sont heurt&#233;s aux forces d'ins&#233;curit&#233; charg&#233;es de &#171; prot&#233;ger &#187; cette derni&#232;re contre de pareils &#171; intrus &#187; ayant cependant tout lieu de se consid&#233;rer comme directement concern&#233;s par ses enjeux. Cependant, une partie est parvenue finalement &#224; forcer ce barrage pour s'exprimer dans l'enceinte m&#234;me de la COP [20]. Ainsi, alors que les lobbyistes des principales compagnies p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res, int&#233;gr&#233;s aux d&#233;l&#233;gations officielles (ils &#233;taient encore plus nombreux qu'&#224; Bakou, la seule d&#233;l&#233;gation fran&#231;aise en comptait vingt-deux, dont le PGG de TotalEnergie lui-m&#234;me !) ont eu leur place assur&#233;e au sein de la COP et ont pu participer pleinement aux d&#233;bats de mani&#232;re &#224; les bloquer ou &#224; les faire d&#233;vier dans le sens de leurs int&#233;r&#234;ts, les repr&#233;sentants des peuples autochtones, qui comptent parmi les principales victimes directes des activit&#233;s des pr&#233;c&#233;dents, ont d&#251; affronter la r&#233;pression polici&#232;re pour ne s'y exprimer qu'un court moment. Et cela en d&#233;pit de l'engagement pris par Lula lors de l'ouverture de cette COP : &#171; &lt;i&gt;Nous serons inspir&#233;s par les peuples autochtones et les communaut&#233;s traditionnelles, pour qui la durabilit&#233; a toujours &#233;t&#233; synonyme de vie&lt;/i&gt; &#187;[21].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul signe d'espoir est d'ailleurs venu des mobilisations populaires &#224; l'ext&#233;rieur de la COP et contre celle-ci. Car, contrairement aux trois COP pr&#233;c&#233;dentes au cours desquelles les autorit&#233;s &#233;gyptiennes, &#233;miraties et azerba&#239;djanaises avaient interdit toute protestation publique, &#224; Bel&#233;m les manifestations se sont succ&#233;d&#233; jour apr&#232;s jour. Celle du 15 novembre, particuli&#232;rement importante, grosse de 50 000 &#224; 70 000 personnes, a r&#233;uni autour de repr&#233;sentants de peuples autochtones de l'Etat de Para, exigeant la protection de leurs terres, des militants venus du monde entier : des paysans du Manipur, un Etat du Nord-Est de l'Inde, en proie &#224; des projets d'exploitation p&#233;troli&#232;re et d'huile de palme, mais aussi des Australiens venus protester contre l'inaction climatique de leur gouvernement, pourtant cens&#233; coparticiper &#224; l'organisation de la prochaine COP qui se tiendra &#224; Antalya en Turquie. Et le cort&#232;ge a port&#233; en terre les trois cercueils du charbon, du p&#233;trole et du gaz naturel [22]. S'il faudra bien plus que des actes symboliques de ce genre pour en venir &#224; bout, du moins cette manifestation aura-t-elle indiqu&#233; la seule voie pour y parvenir : celui de la plus large mobilisation possible des peuples sur le plan international pour mettre fin &#224; l'activit&#233; des industries promotrices des &#233;nergies fossiles et, plus largement, de tout l'&#233;cocide capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette manifestation a &#233;t&#233; en fait un des hauts moments d'un Sommet des peuples qui s'est tenu une semaine durant en marge de la COP. Il aura r&#233;uni quelque 70 000 participants, tr&#232;s divers : en plus des d&#233;l&#233;gations de peuples autochtones amazoniens, des d&#233;l&#233;gu&#233;-es du &lt;i&gt;Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra&lt;/i&gt; (MST) br&#233;silien &#224; c&#244;t&#233; de ceux et celles de la F&#233;d&#233;ration de tous les paysans du N&#233;pal (ANPFa), des petits agriculteurs africains et des p&#234;cheurs asiatiques pratiquant une p&#234;che artisanale, des membres de mouvements se battant pour la justice environnementale ou la souverainet&#233; alimentaire, etc. Un rassemblement &#224; forte proportion de femmes et de jeunes ; les premi&#232;res parce qu'elles portent le plus souvent le fardeau de la gestion de l'eau, de la terre et de l'alimentation ; les seconds parce qu'ils sont les principaux concern&#233;s par la d&#233;t&#233;rioration de l'&#339;cum&#232;ne qui se profile dans les d&#233;cennies &#224; venir. Se sont ainsi succ&#233;d&#233;, en sus des manifestations de rues, prises de paroles et d&#233;bats, mais aussi c&#233;r&#233;monies culturelles autochtones, march&#233;s paysans, espaces d'agro-&#233;cologie, moments conviviaux autour de cuisines populaires, etc. Finalement, &#171; &lt;i&gt;le Sommet a produit des r&#233;sultats concrets et de grande port&#233;e : un appel renouvel&#233; &#224; la reconnaissance de la dette climatique et aux r&#233;parations ; un front uni des peuples contre les march&#233;s du carbone et la g&#233;o ?ing&#233;nierie ; le renforcement des alliances entre mouvements paysans, peuples autochtones, jeunes, f&#233;ministes et syndicaux ; des propositions claires pour des syst&#232;mes alimentaires publics, la d&#233;mocratie &#233;nerg&#233;tique, la r&#233;forme agraire et les droits territoriaux ; ainsi que des plans coordonn&#233;s pour des mobilisations dans le Sud global &lt;/i&gt; &#187; [23]. Gageons que ce Sommet sera en mesure d'inaugurer un nouveau cycle de r&#233;sistance mondiale contre les effets d&#233;sastreux du changement climatique, une r&#233;sistance destin&#233;e &#224; f&#233;d&#233;rer tous ceux et celles qui d&#233;fendent la vie contre la dictature mortif&#232;re du capital. (2 d&#233;cembre 2025)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_54115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_no_2-32.jpg?54115/81535e4f0ac9d4b06c580f1c6b2fad0a85097e7e57db7dd5075c91847b2bedcf&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH699/81535e4f0ac9d4b0-99b06601-02792.jpg?1765286430' width='500' height='699' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alain Bihr&lt;br class='autobr' /&gt;
auteur de&lt;i&gt; L'&#233;cocide capitaliste&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Editions Page 2 &amp; Syllepse&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; para&#238;tre en f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; [1] &lt;/strong&gt; COP, acronyme de l'anglais&lt;i&gt; Conference of Parties&lt;/i&gt;, d&#233;signe en l'occurrence la conf&#233;rence annuelle, qui se tient g&#233;n&#233;ralement courant novembre, r&#233;unissant l'ensemble des parties signataires de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) adopt&#233;e lors du Sommet de la Terre de Rio en juin 1992. La COP30 est la trenti&#232;me conf&#233;rence de ce type organis&#233;e depuis 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[2] &lt;/strong&gt; ONU,&lt;i&gt; Accord de Paris&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://unfccc.int/sites/default/files/french_paris_agreement.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://unfccc.int/sites/default/files/french_paris_agreement.pdf&lt;/a&gt;, 2015, page 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[3] &lt;/strong&gt; Agence internationale de l'&#233;nergie (AIE), &lt;a href=&#034;https://www.iea.org/data-and-statistics/data-tools/energy-statistics-data-browser?country=WORLD&amp;fuel=Energy%20supply&amp;indicator=TESbySource&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.iea.org/data-and-statistics/data-tools/energy-statistics-data-browser?country=WORLD&amp;fuel=Energy%20supply&amp;indicator=TESbySource&lt;/a&gt; consult&#233; le 28 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[4] &lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://news.un.org/fr/story/2025/05/1155921#:~:text=Franchissement%20de%20seuils%20critiques,par%20rapport%20aux%20niveaux%20pr%C3%A9industriels&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://news.un.org/fr/story/2025/05/1155921#:~:text=Franchissement%20de%20seuils%20critiques,par%20rapport%20aux%20niveaux%20pr%C3%A9industriels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[5] &lt;/strong&gt; Daniel Tanuro, &#171; Ahmed al-Jaber inscrit son nom dans l'histoire de l'enfumage capitaliste &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org&lt;/a&gt;, 15 d&#233;cembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[6]&lt;/strong&gt; Emmanuel Clevenot, &#171; La COP29 parasit&#233;e par plus de 1 770 lobbyistes fossiles &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 15 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[7] &lt;/strong&gt; A l'Encontre, &#171; COP 29 : un don de la Trinit&#233; &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org&lt;/a&gt;, 13 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[8] &lt;/strong&gt; Emmanuel Clevenot, &#171; Fin de COP29 : les pays riches imposent un accord &#8220;n&#233;ocolonialiste&#8221; &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 24 novembre 2024 ; Jeanne Cassard, &#171; L'accord pour le climat attribue &#8220;une somme ridicule&#8221; aux pays du Sud &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 25 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[9]&lt;/strong&gt; Rapha&#235;l Bernard, &#171; Avant la COP, le Br&#233;sil autorise de nouvelles explorations p&#233;troli&#232;res &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 21 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[10]&lt;/strong&gt; Paula Gosselin, &#171; &#8220;La COP de la v&#233;rit&#233;&#8221; : au Br&#233;sil, Lula lance les n&#233;gociations climat &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 7 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[11] &lt;/strong&gt; Paula Gosselin, &#171; La COP d&#233;marre ; tout comprendre en 5 points &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 10 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[12]&lt;/strong&gt; Paula Gosselin, &#171; A mi-chemin de la COP30, le grand r&#233;veil tarde &#224; se manifester &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 15 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[13]&lt;/strong&gt; Audrey Garic, &#171; &#8220;Nous pesons moins de 1 % des &#233;missions et pourtant nous souffrons le plus&#8221; : &#224; la COP30, les pays du Sud veulent plus d'argent pour s'adapter au r&#233;chauffement &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 21 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[14]&lt;/strong&gt; Emmanuel Clevenot et Paula Gosselin, &#171; Coup de force &#224; la COP30 : &#233;nergies fossiles et d&#233;forestation exclues d'un accord d&#233;cavant &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 22 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[15] &lt;/strong&gt; Cit&#233; par Ian Angus, &#171; Emission reductions : Promises, promises, promises &#187;, &lt;a href=&#034;https://climateandcapitalism.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://climateandcapitalism.com&lt;/a&gt;, 8 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[16] &lt;/strong&gt; Cit&#233; par Audrey Garic et Perrine Mouterde, &#171; Avec un accord sans ambition, la COP30 sauve le multilat&#233;ralisme mais n&#233;glige l'urgence climatique &#187;,&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt;, 22 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[17] &lt;/strong&gt; Cf. &#171; Climate change costs millions of lives each year &#187;, climateandcapitalism.com, 3 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[18]&lt;/strong&gt; Pour des donn&#233;es d&#233;taill&#233;es sur tous ces ph&#233;nom&#232;nes, cf. Michael Roberts, &#171; COP 30 : it's no joke &#187;, &lt;a href=&#034;https://thenextrecession.wordpress.com/2025/11/23/cop-30-its-no-joke&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://thenextrecession.wordpress.com/2025/11/23/cop-30-its-no-joke&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[19]&lt;/strong&gt; Rapha&#235;l Bernard, &#171; Le chaos climatique s&#233;vit d&#233;j&#224; &#224; Bel&#233;m, ville h&#244;te de la COP30 &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 10 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[20]&lt;/strong&gt; Rapha&#235;l Bernard, &#171; Des militants autochtones forcent l'entr&#233;e de la COP30 : &#8220;On a le droit d'&#234;tre entendus&#8221; &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 13 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[21] &lt;/strong&gt; Paula Gosselin et Rapha&#235;l Bernard, &#171; En d&#233;pit des promesses, la COP30 prise d'assaut par les lobbies du p&#233;trole &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 14 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[22]&lt;/strong&gt; Rapha&#235;l Bernard, &#171; &#8220;Quel d&#233;sastre !&#8221; : les peuples autochtones vent debout contre le COP30 des lobbies &#187;, &lt;a href=&#034;https://reporterre.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net&lt;/a&gt;, 17 novembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[23] &lt;/strong&gt; Pramesh Pokharel, &#171; COP 30 : Plus de 70 000 personnes participent au Sommet des Peuples &#224; Bel&#233;m et rejettent 30 ans de greenwashing ! &#187;, &lt;a href=&#034;https://viacampesina.org/fr/cop30-plus-de-70-000-personnes-participent-au-sommet-des-peuples-a-belem-et-rejettent-30-ans-de-greenwashing/#:~:text=climatique%20et%20environnementale-,COP%2030%20%3A%20Plus%20de%2070%20000%20personnes%20participent%20au%20Sommet,rejettent%2030%20ans%20de%20greenwashing%20!&amp;text=Ce%20mois%20de%20novembre%2C%20les,battant%20de%20la%20r%C3%A9sistance%20mondiale&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://viacampesina.org/fr/cop30-plus-de-70-000-personnes-participent-au-sommet-des-peuples-a-belem-et-rejettent-30-ans-de-greenwashing/#:~:text=climatique%20et%20environnementale-,COP%2030%20%3A%20Plus%20de%2070%20000%20personnes%20participent%20au%20Sommet,rejettent%2030%20ans%20de%20greenwashing%20!&amp;text=Ce%20mois%20de%20novembre%2C%20les,battant%20de%20la%20r%C3%A9sistance%20mondiale&lt;/a&gt;, 19 novembre 2025.&lt;/p&gt;
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		<title>La voiture &#233;lectrique, une alternative illusoire</title>
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		<dc:date>2024-11-12T11:45:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-11-12</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, dans le but d&#233;clar&#233; de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre (GES), notamment de dioxyde de carbone (CO2), et de pallier les limites des biocarburants, l'accent a &#233;t&#233; mis par &#171; nos &#187; gouvernants et les constructeurs automobiles sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper la voiture &#233;lectrique. Entendons la voiture personnelle mue par un moteur &#233;lectrique, lui-m&#234;me aliment&#233; par une batterie d'accumulateurs. L'Union europ&#233;enne (UE) a ainsi d&#233;cr&#233;t&#233; en juin 2023 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH82/voitureelectrique-58e32.jpg?1731412087' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='82' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, dans le but d&#233;clar&#233; de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre (GES), notamment de dioxyde de carbone (CO2), et de pallier les limites des biocarburants, l'accent a &#233;t&#233; mis par &#171; nos &#187; gouvernants et les constructeurs automobiles sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper la voiture &#233;lectrique. Entendons la voiture personnelle mue par un moteur &#233;lectrique, lui-m&#234;me aliment&#233; par une batterie d'accumulateurs. L'Union europ&#233;enne (UE) a ainsi d&#233;cr&#233;t&#233; en juin 2023 l'interdiction, &#224; partir de 2035, de la vente des voitures pourvues d'une motorisation thermique ; et, d'ores et d&#233;j&#224;, des primes substantielles y sont offertes &#224; qui s'&#233;quipe d'une voiture &#233;lectrique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
11 novembre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Alain Bihr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par remarquer que la voiture &#233;lectrique est, elle aussi, une vieille id&#233;e neuve. Dans les premi&#232;res ann&#233;es de l'industrie automobile, &#224; la toute fin du XIXe si&#232;cle et dans les premi&#232;res ann&#233;es du XXe, la voiture &#233;lectrique a &#233;t&#233; une s&#233;rieuse concurrente de la voiture thermique. La premi&#232;re voiture &#224; atteindre d&#232;s 1899 la vitesse de 100 km/h est une voiture &#233;lectrique, la Jamais Contente, fabriqu&#233;e par le Belge Camille J&#233;natzy, mais sur une distance tr&#232;s courte. Et, dans les ann&#233;es 1900, le moteur &#233;lectrique &#233;quipe tramways, fiacres et taxis, des v&#233;hicules postaux dans de nombreuses villes europ&#233;ennes et nord-am&#233;ricaines, en commen&#231;ant &#224; se substituer &#224; la traction hippomobile. Si la voiture &#224; motorisation thermique l'a rapidement emport&#233; cependant, c'est qu'elle s'est av&#233;r&#233;e plus autonome, plus l&#233;g&#232;re et plus robuste, sans consid&#233;ration cependant de son bruit et de sa pollution. En grande partie, les termes de l'alternative restent aujourd'hui les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tenir compte de l'ensemble du cycle de vie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre que son usage direct (sa circulation) n'&#233;met pas de CO2 et ne contribue pas &#224; l'aggravation de l'effet de serre, on peut se f&#233;liciter du meilleur rendement &#233;nerg&#233;tique du moteur &#233;lectrique relativement au moteur thermique (0,85 contre 0,4) [1]. Signalons aussi la capacit&#233; d'utiliser une partie de l'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e au freinage du v&#233;hicule pour recharger sa batterie (freinage dit r&#233;g&#233;n&#233;ratif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette appr&#233;ciation positive de la voiture &#233;lectrique, &#224; laquelle on s'en tient ordinairement, est cependant trompeuse en tant qu'elle se centre exclusivement sur la phase d'utilisation du v&#233;hicule. Une &#233;valuation de son impact &#233;cologique global compar&#233; &#224; celui d'un v&#233;hicule thermique doit en fait proc&#233;der &#224; une analyse du cycle de vie (ACV), en tenant compte l'ensemble des phases de vie du v&#233;hicule, depuis l'extraction des mati&#232;res premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; sa fabrication jusqu'&#224; son recyclage (ou non) en fin de vie. Nous disposons de deux analyses de ce type, une premi&#232;re commandit&#233;e par l'Agence de la transition &#233;cologique-Ademe (Canaguier &lt;i&gt;et alii&lt;/i&gt;, 2013), l'autre par l'European Environment Agency (EEA, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re compare l'impact &#233;cologique, sous diff&#233;rents rapports, de trois types (essence, diesel, &#233;lectrique) de v&#233;hicules capables de transporter jusqu'&#224; quatre &#224; cinq personnes, sur des trajets inf&#233;rieurs &#224; 80 km par jour, pendant dix ans, pour un total de 150 000 km. La comparaison se fait aux conditions suivantes : tous les v&#233;hicules (batteries comprises) sont produits (assembl&#233;s) et utilis&#233;s en France ou en Europe ; les v&#233;hicules &#233;lectriques sont &#233;quip&#233;s uniquement de batteries Li-Ion (comprenant du lithium, de mangan&#232;se et du cobalt) ou Lithium-Fer-Phosphate ; la dur&#233;e de vie de batterie est identique &#224; celle du v&#233;hicule ; elles ne sont recharg&#233;es qu'en mode normal et non pas en mode acc&#233;l&#233;r&#233;. Sous condition de ces hypoth&#232;ses, favorables au v&#233;hicule &#233;lectrique, la comparaison aboutit aux r&#233;sultats suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;la consommation d'&#233;nergie primaire du v&#233;hicule &#233;lectrique est inf&#233;rieure &#224; celle d'un v&#233;hicule thermique essence sur l'ensemble de son cycle de vie et l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieure &#224; celle d'un v&#233;hicule thermique diesel&lt;/i&gt; &#187; (Canaguier&lt;i&gt; et alii&lt;/i&gt;, 2013 : 9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. S'agissant des &#233;missions de GES, le bilan est en principe plus favorable au v&#233;hicule &#233;lectrique qu'au v&#233;hicule thermique. Mais l'&#233;cart varie sensiblement en fonction du mix &#233;lectrique qui alimente le premier. Ainsi, un mix faiblement carbon&#233; comme l'est le mix fran&#231;ais (110g CO2e/kWh en 2012) permet &#224; un v&#233;hicule &#233;lectrique de n'&#233;mettre que 9 tonnes de CO2e sur l'ensemble de son cycle de vie, tandis qu'un mix fortement carbon&#233; comme le mix allemand (623g CO2e/kWh en 2012) lui fera &#233;mettre 20 tonnes de CO2e, soit &#224; peine moins qu'un v&#233;hicule diesel (22 tonnes) mais bien moins qu'un v&#233;hicule essence (27,5 tonnes) (Id. : 13). Encore faut-il &#234;tre assur&#233; que, au cours de son cycle de vie, le premier de ces v&#233;hicules &#233;lectriques parcoure au moins 80 000 km pour que son avantage sur les v&#233;hicules thermiques puisse se manifester (Id. : 14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Par contre, quel que soit le mix &#233;lectrique, les v&#233;hicules &#233;lectriques ont un potentiel d'acidification de la basse atmosph&#232;re (par rejet de d'oxydes de soufre, d'oxydes d'azote, d'ammoniac, d'acide chlorhydrique et d'acide fluorhydrique), responsable des pluies acides, nettement plus &#233;lev&#233; que les v&#233;hicules thermiques. En sont responsables la production d'&#233;lectricit&#233; et surtout la fabrication des batteries, notamment lors de l'extraction des m&#233;taux entrant dans la composition de ces derni&#232;res (Id. : 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Le v&#233;hicule &#233;lectrique ne pr&#233;sente un faible avantage du point de vue du potentiel d'eutrophisation des eaux (principalement par &#233;mission d'oxydes d'azote) qu'&#224; la condition d'&#234;tre produit et aliment&#233; par un mix &#233;nerg&#233;tique peu carbon&#233;. Dans le cas contraire, il perd cet avantage au profit du v&#233;hicule essence (du fait de l'extraction des m&#233;taux n&#233;cessaires &#224; la fabrication de la batterie) tout en continuant &#224; &#234;tre moins polluant sous ce rapport que les v&#233;hicules diesel (Id. : 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Enfin, le v&#233;hicule &#233;lectrique poss&#232;de un moindre potentiel de cr&#233;ation d'ozone troposph&#233;rique (du fait des &#233;missions de compos&#233;s organiques volatils) que les v&#233;hicules thermiques. Mais l'&#233;cart est faible relativement au v&#233;hicule essence, nettement plus accentu&#233; relativement au v&#233;hicule diesel (Id. : 22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, envisag&#233; sur l'ensemble du cycle de vie, le bilan &#233;cologique de la voiture &#233;lectrique compar&#233; &#224; celui de v&#233;hicules &#224; motorisation thermique appara&#238;t-il beaucoup moins favorable qu'il ne semble a priori. Une conclusion que vient confirmer et m&#234;me renforcer l'&#233;tude publi&#233;e par l'Agence europ&#233;enne de l'&#233;nergie [2]. La comparaison entre les deux types de v&#233;hicules repose sur les hypoth&#232;ses d'un parcours total de 150 000 km, d'une dur&#233;e de vie identique pour le v&#233;hicule &#233;lectrique et sa batterie, celle-ci &#233;tant une batterie lithium &#8211; nickel &#8211; cobalt &#8211; mangan&#232;se (EEA, 2018 : 6). Sur cette base, elle aboutit aux r&#233;sultats suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. S'agissant de l'&#233;mission de GES, le bilan est nettement d&#233;favorable aux v&#233;hicules &#233;lectriques relativement aux v&#233;hicules thermiques pendant les phases de production des mati&#232;res premi&#232;res et des v&#233;hicules eux-m&#234;mes, du fait que ces phases consomment plus d'&#233;nergie dans le cas des premiers que des seconds, en particulier lors de l'extraction et de la transformation des mati&#232;res premi&#232;res et de la production des batteries, notamment lorsque cette derni&#232;re a lieu dans des Etats dont le mix &#233;nerg&#233;tique est tr&#232;s carbon&#233;, typiquement la Chine, la Cor&#233;e du Sud et le Japon (Id. : pages 24-25). Cependant, ce surcro&#238;t d'&#233;mission peut &#234;tre plus que compens&#233; durant la phase d'usage du v&#233;hicule. Mais la proportion dans laquelle cela se produit d&#233;pend essentiellement du mix &#233;lectrique alimentant la batterie. Si l'&#233;lectricit&#233; est produite par le mix &#233;lectrique qui est en moyenne celui de l'UE, un v&#233;hicule &#233;lectrique &#171; &#233;mettra &#187; respectivement 17 &#224; 21 % et 26 &#224; 30 % moins de GES que respectivement un v&#233;hicule diesel et un v&#233;hicule essence ; mais, si elle est produite par des centrales thermiques au charbon, c'est lui qui &#171; &#233;mettra &#187; le plus de GES ; alors que, si l'&#233;lectricit&#233; n'&#233;tait que d'origine &#233;olienne, les &#171; &#233;missions &#187; du v&#233;hicule &#233;lectrique pourraient &#234;tre inf&#233;rieures de 90 % &#224; celles des v&#233;hicules thermiques (Id. : 57-58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. S'agissant de la pollution atmosph&#233;rique dans les centres urbains, la comparaison est &#233;videmment favorable au v&#233;hicule &#233;lectrique, dont la circulation n'est cependant pas exempte d'&#233;missions d'oxydes d'azote et de particules (du fait des frottements entre les pneus et la chauss&#233;e, notamment lors des freinages). Mais il faut aussi compter avec l'incidence sous ce double rapport de la plus forte pollution engendr&#233;e par le surcro&#238;t de consommation d'&#233;lectricit&#233;, tant lors des phases de production du v&#233;hicule que lors des recharges des batteries, si le mix &#233;lectrique est carbon&#233; et que les centrales thermiques ne sont pas suffisamment distantes des agglom&#233;rations urbaines (Id. : 59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. La comparaison est &#233;galement favorable au v&#233;hicule &#233;lectrique s'agissant de la pollution sonore du moins en milieu urbain, o&#249; la vitesse de circulation des v&#233;hicules est faible. Mais, d&#232;s qu'elle d&#233;passe 25 &#224; 30 km/h, comme c'est ordinairement le cas sur route et autoroute, c'est le frottement des pneus avec le rev&#234;tement qui devient la source majeure du bruit et l'avantage du v&#233;hicule &#233;lectrique tend &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Par contre, sur tous les autres rapports, le v&#233;hicule &#233;lectrique est nettement plus toxique pour l'&#234;tre humain que le v&#233;hicule thermique. Cela est d&#251; au fait que le premier est nettement plus gourmand en cuivre et en nickel que le second. Les &#233;missions toxiques li&#233;es &#224; ces m&#233;taux se concentrent dans leur phase d'extraction et de transformation. L&#224; encore, elles peuvent d'autant plus s'aggraver de celles qui se produisent lors de l'extraction de charbon que le mix &#233;lectrique est carbon&#233; (Id. : 58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. Et ce sont les m&#234;mes facteurs qui d&#233;gradent le bilan du v&#233;hicule &#233;lectrique relativement au v&#233;hicule thermique sous l'angle de sa toxicit&#233; pour l'environnement en g&#233;n&#233;ral, s'agissant en particulier de la pollution des sols (acidification) et des eaux (acidification et eutrophisation), du fait d'&#233;missions de dioxyde de soufre, d'oxydes d'azote et de particules (Id. : 59-60). Et, &#224; chaque fois, le principal facteur de pollution r&#233;side dans le c&#339;ur du v&#233;hicule &#233;lectrique, la batterie, qui est encore aggrav&#233; par la concentration de la production des batteries en Chine (Id. : 26-27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout se passe donc comme si le pacte implicite de la voiture &#233;lectrique &#233;tait le suivant : pour esp&#233;rer une r&#233;duction des &#233;missions de CO2 qui repose elle-m&#234;me sur une s&#233;rie d'hypoth&#232;ses fragiles &#8212; petites voitures, allongement de la dur&#233;e de vie des batteries, g&#233;n&#233;ralisation des &#233;nergies renouvelables &#8212;, ainsi qu'une r&#233;duction de la pollution et du bruit dans les villes, il faut g&#233;n&#233;rer d'autres pollutions, ailleurs&lt;/i&gt; &#187; (Izoard, 2020a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux &#233;tudes pr&#233;c&#233;dentes convergent de fait vers la m&#234;me conclusion : le bilan &#233;cologique de la voiture &#233;lectrique est ob&#233;r&#233; par sa forte d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du mix &#233;lectrique pr&#233;sidant &#224; sa production et &#224; son usage et, plus encore, par sa gourmandise &#224; l'&#233;gard des m&#233;taux, notamment ceux entrant dans la composition de sa batterie, l'extraction de leurs minerais comptant parmi les activit&#233;s les plus d&#233;sastreuses d'un point de vue &#233;cologique tandis que leur transformation est tr&#232;s &#233;nergivore. Pour am&#233;liorer ce bilan, s'agissant du mix &#233;lectrique, ses partisans comptent essentiellement sur l'essor des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; et de l'&#233;nergie nucl&#233;aire (c'est notamment le cas en France pour cette derni&#232;re). Or les limites des premi&#232;res nous sont connues [3] tandis que les dangers de la seconde ne demandent plus &#224; &#234;tre pr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La face cach&#233;e de l'&#233;lectrique : les m&#233;taux&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, il n'existe pas d'alternative v&#233;ritable s'agissant des m&#233;taux. La production des batteries requiert, outre de l'acier ou du plastique pour la coque et du cuivre pour les liaisons entre &#233;l&#233;ments, soit du plomb, soit du lithium, du nickel, du cobalt et du mangan&#232;se (&#224; quoi vient s'ajouter du graphite), en quantit&#233;s variables selon les types de batteries. Or ces m&#233;taux pr&#233;sentent tous plusieurs inconv&#233;nients graves. L'extraction de leurs minerais se fait tr&#232;s souvent au d&#233;triment des &#233;cosyst&#232;mes et de leurs populations de vivants, humains et non humains, notamment dans les formations p&#233;riph&#233;riques ; elle n&#233;cessite de grandes quantit&#233;s d'eaux [4], dans des r&#233;gions qui en manquent souvent d&#233;j&#224;, et elle est source de graves pollutions des eaux, des sols et de l'atmosph&#232;re ; des effets mal document&#233;s d'ailleurs et de ce fait mal pris en compte par les ACV. S'y ajoutent les grandes quantit&#233;s d'eaux que n&#233;cessite leur raffinage depuis les minerais, elles aussi pollu&#233;es par les produits chimiques utilis&#233;s pour cette op&#233;ration, et qui aggravent le stress hydrique auquel sont fr&#233;quemment soumises les r&#233;gions o&#249; ces minerais sont extraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la batterie alourdit consid&#233;rablement le v&#233;hicule : sa masse moyenne est de 177 kg pour une petite cylindr&#233;e, de 253 kg pour une cylindr&#233;e moyenne, de 393 kg pour une grosse cylindr&#233;e et de 553 kg pour une voiture de luxe (EEA, 2018 : 20). Pour compenser en partie cet alourdissement, les constructeurs automobiles sont oblig&#233;s d'incorporer bien plus d'aluminium (mais aussi de compos&#233;s de carbone et de plastiques) dans les autres &#233;l&#233;ments du v&#233;hicule (moteur, b&#226;ti, roues, carrosserie, etc.) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) &lt;i&gt;alors qu'une voiture particuli&#232;re, dans l'Union europ&#233;enne, contient d&#233;j&#224; aujourd'hui en moyenne 179 kg d'aluminium, l'Audi e-tron, un SUV &#233;lectrique, en enferme 804 kg ! Or la production d'aluminium consomme trois fois plus d'&#233;nergie que celle de l'acier, et cette production est tr&#232;s &#233;mettrice de gaz &#224; effet de serre (CO2 et perfluorocarbon&#233;s)&lt;/i&gt; &#187; (Izoard, 2020b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est de surcro&#238;t source de pollutions des sols et des eaux par les r&#233;sidus que le traitement de la bauxite engendre (les fameuses &#171; boues rouges &#187;) qui contiennent de fortes concentrations de soude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un v&#233;hicule &#233;lectrique est &#233;galement tr&#232;s gourmand en cuivre qui est le meilleur conducteur &#233;lectrique : en moyenne, il y en a quatre fois plus dans un v&#233;hicule &#233;lectrique que dans un v&#233;hicule thermique (EEA, 2018 : 14). Or l'extraction du cuivre est elle-m&#234;me particuli&#232;rement polluante, parce que les minerais de cuivre contiennent ordinairement aussi des &#233;l&#233;ments toxiques comme l'arsenic, le plomb ou le cadmium. De plus, du fait de leur intense exploitation ant&#233;rieure, la teneur en cuivre des minerais tend &#224; baisser ; ce qui signifie qu'il faut sans cesse augmenter la masse de minerais &#224; extraire pour en obtenir une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de cuivre, avec l'augmentation des pollutions et de la consommation d'&#233;nergie (souvent d'origine fossile) aff&#233;rentes. Tout boom des v&#233;hicules &#233;lectriques ne ferait qu'amplifier (aggraver) l'ensemble de ce processus. D'autant plus qu'il impliquerait l'installation d'un r&#233;seau de stations publiques de bornes de recharge le long des routes et autoroutes, impliquant notamment des milliers de kilom&#232;tres de fils de cuivre, &#224; enfouir pour une large part, au bilan &#233;cologique sans doute tr&#232;s lourd lui aussi. Un facteur dont n'ont pas tenu compte les deux &#233;tudes pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, l'usage intensif de tous ces m&#233;taux par la motorisation &#233;lectrique soul&#232;ve deux autres probl&#232;mes que n'abordent pas davantage les &#233;tudes pr&#233;c&#233;dentes mais sur lesquels se sont pench&#233;es deux &#233;tudes commandit&#233;es l'une par la Banque mondiale (World Bank Group et EGPS, 2017) et l'autre par l'Agence internationale de l'&#233;nergie (IEA, 2021). En premier lieu, celui la disponibilit&#233; de ces m&#233;taux en quantit&#233; et qualit&#233; requises. L'une et l'autre &#233;tude ont &#233;labor&#233; des projections donnant une id&#233;e du d&#233;fi que repr&#233;senterait le d&#233;veloppement &#224; grande &#233;chelle des v&#233;hicules &#233;lectrique au regard de ces derni&#232;res. Ainsi, en se pla&#231;ant dans la perspective d'une limitation du r&#233;chauffement climatique &#224; 2&#176;C, conforme aux engagements pris dans le cadre de l'Accord de Paris en 2015, l'&#233;tude commandit&#233;e par la Banque mondiale estime que le d&#233;veloppement &#224; l'horizon 2030 d'une flotte mondiale de quelque 140 millions de v&#233;hicules &#233;lectriques ferait, selon un sc&#233;nario m&#233;dian, bondir de plus de 1 000 % la demande mondiale d'aluminium, de cobalt, de fer, de lithium, de mangan&#232;se, de nickel et de plomb (l&#224; encore, le cuivre n'est pas mentionn&#233;), requis pour la construction de tels v&#233;hicules, par rapport &#224; la poursuite de la croissance actuelle de cette demande (World Bank Group et EGPS, 2017 : 16-18). Se pla&#231;ant dans la m&#234;me perspective se conformant &#224; l'Accord de Paris (sc&#233;nario appel&#233; SDS :&lt;i&gt; Sustainable Development Scenario&lt;/i&gt;), l'&#233;tude men&#233;e par l'Agence internationale de l'&#233;nergie pr&#233;voit pour sa part que les minerais requis par les v&#233;hicules &#233;lectriques et le stockage sur batterie en multiplieraient la demande au moins par trente d'ici &#224; 2040 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le lithium conna&#238;t la croissance la plus rapide, la demande augmentant de plus de 40 fois d'ici 2040 dans le SDS, suivie de celle du graphite, du cobalt et du nickel (environ 20 &#224; 25 fois). L'expansion des r&#233;seaux &#233;lectriques implique que la demande de cuivre pour le c&#226;blage &#233;lectrique fait plus que doubler au cours de la m&#234;me p&#233;riode&lt;/i&gt; &#187; (IEA, 2021 : 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre ne pourrait manifestement pas suivre une pareille explosion de la demande, comme le craint d'ailleurs cette &#233;tude : &#171; &lt;i&gt;La perspective d'une augmentation rapide de la demande de min&#233;raux critiques &#8211; bien au-dessus de tout ce qui a &#233;t&#233; observ&#233; pr&#233;c&#233;demment dans la plupart des cas &#8211; soul&#232;ve d'&#233;normes questions sur la disponibilit&#233; et la fiabilit&#233; de l'approvisionnement&lt;/i&gt; &#187; (Id. : 11). Elle se heurterait, d'abord, aux limites des capacit&#233;s de production actuellement install&#233;es (de l'extraction au raffinage), que seuls pourraient repousser des investissements colossaux [5], avant d'&#234;tre rapidement confront&#233;e aux limites des r&#233;serves de certains minerais (limites quantitatives [6] et qualitatives : la baisse du pourcentage de m&#233;tal dans le minerai), que de semblables investissements (en prospection et en ouvertures de nouveaux sites d'extraction) ne suffiraient pas &#224; lever, le tout entra&#238;nant n&#233;cessairement une augmentation continue du prix de ces m&#233;taux [7], qui plus est chaotique (faite de pics suivis d'effondrements, comme sur tous les march&#233;s des mati&#232;res premi&#232;res), dissuadant les investissements continus, apposant ainsi une troisi&#232;me limite &#224; la r&#233;alisation du sc&#233;nario id&#233;al (en fait utopique) pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le recyclage des v&#233;hicules en fin de vie n'offre que des perspectives modestes d'att&#233;nuation de ces contraintes. Il est certes envisag&#233; de faire servir les batteries usag&#233;es (mais toujours fonctionnelles) pour lisser les apports intermittents des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; dans le cadre du d&#233;ploiement des &lt;i&gt;smart grids&lt;/i&gt; (r&#233;seaux &#171; intelligents &#187;), ce qui permettrait de r&#233;duire d'autant la demande en m&#233;taux n&#233;cessaires &#224; cet emploi. Mais, une fois d&#233;finitivement hors d'usage, le recyclage de leurs composants m&#233;talliques (impliquant des proc&#233;d&#233;s eux-m&#234;mes &#233;nergivores et polluants) ne pourrait gu&#232;re couvrir que quelque 10 % de la demande &#224; l'horizon 2040, sauf perc&#233;e technologique d'ici l&#224; (IEA, 2021 : 15-16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, les minerais contenant tous ces pr&#233;cieux m&#233;taux se localisent surtout dans les formations p&#233;riph&#233;riques ou semi-p&#233;riph&#233;riques. Les principales r&#233;serves de minerais d'aluminium se trouvent ainsi, par ordre d&#233;croissant d'importance, en Guin&#233;e, en Australie, au Br&#233;sil, au Vietnam et en Jama&#239;que ; celles de cobalt en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC) et en Australie ; celles de cuivre au Chili, en Australie et au P&#233;rou ; celles de lithium au Chili, en Chine, en Argentine et en Australie ; celles de mangan&#232;se en Afrique du Sud, en Ukraine et en Australie ; et celles de nickel en Australie, en Nouvelle-Cal&#233;donie, &#224; Cuba, en Indon&#233;sie et en Afrique du Sud (World Bank Group et EGPS, 2017 : 31, 35, 37, 43, 45, 48). De plus, leur localisation est bien plus concentr&#233;e que ne l'est celle des combustibles fossiles : la RDC, un Etat en proie &#224; des troubles politiques constants depuis des d&#233;cennies, concentre &#224; elle seule les deux tiers des r&#233;serves de cobalt ; les trois premiers producteurs de minerais de cuivre en concentrent pr&#232;s de la moiti&#233; ; les trois premiers producteurs de minerais de lithium plus des quatre cinqui&#232;mes ; et les trois premiers producteurs de nickel plus de la moiti&#233; (IEA, 2021 : 13). Et la concentration est encore plus forte au niveau du raffinage de ces m&#233;taux, la Chine y occupant une position dominante, en en assurant &#224; elle seule entre le tiers et les deux tiers (Ibid.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la novlangue qui est la sienne, la Banque mondiale y voit une opportunit&#233; de &#171; &lt;i&gt;d&#233;veloppement durable&lt;/i&gt; &#187; pour ces formations : &#171; &lt;i&gt;Il est important que les pays en d&#233;veloppement soient mieux plac&#233;s pour d&#233;cider comment tirer parti du futur march&#233; des produits de base r&#233;pondant aux objectifs climatiques et aux objectifs de d&#233;veloppement durable (ODD) connexes&lt;/i&gt; &#187; (Id. : xiii). Mais, le plus probable est que, mal plac&#233;s comme ils le sont pour la plupart d'entre eux dans l'actuelle division internationale du travail et dans le syst&#232;me mondial des Etats (l'Afrique du Sud, l'Australie, le Br&#233;sil et la Chine mis &#224; part), ce soient au contraire les Etats centraux qui continuent &#224; d&#233;cider de leur sort : soucieux de s&#233;curiser leurs approvisionnements en ces pr&#233;cieux m&#233;taux, les seconds ne manqueront pas de renforcer leur emprise imp&#233;rialiste sur les premiers ou les transformeront en champ d'affrontements de leur rivalit&#233; interimp&#233;rialiste (que ne manquera pas d'attiser la concentration des r&#233;serves, de l'extraction et du raffinage), tout en y cr&#233;ant les conditions d'un nouveau round d'affrontement entre les partisans d'un extractivisme repeint en &#171; vert &#187; et les d&#233;fenseurs d'une pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes et des populations que celui-ci menacera directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre fin &#224; la folie de la circulation automobile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lever les contraintes li&#233;es &#224; la gourmandise en m&#233;taux des v&#233;hicules &#233;lectriques, notamment ceux compris dans la batterie, certains comptent sur l'alternative que constitue &#224; leurs yeux la motorisation &#233;lectrique par pile &#224; combustible, par exemple une pile &#224; hydrog&#232;ne [8]. Mais c'est une alternative en trompe-l'&#339;il. D'une part, puisque le dihydrog&#232;ne est tr&#232;s rare dans la nature, il faut le produire et ses proc&#233;d&#233;s de production sont tr&#232;s polluants, que l'on op&#232;re par reformage d'hydrocarbures (producteur de CO2) ou par &#233;lectrolyse de l'eau, d&#233;pendante quant &#224; son bilan carbone du mix &#233;lectrique auquel elle fait appel. D'autre part, la pile &#224; hydrog&#232;ne incorpore elle-m&#234;me de pr&#233;cieux m&#233;taux, tel le platine, au co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233;. A quoi viendraient enfin s'ajouter le co&#251;t d'installation du r&#233;seau de distribution du dihydrog&#232;ne &#224; mettre en place et tous dangers qu'il pr&#233;sente puisqu'il s'enflamme facilement au contact de l'air : faut-il rappeler ce qu'il est advenu du zeppelin Hindenburg, en 1937 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout, pour finalement permettre la poursuite de cette folie &#233;cologique et sociale qu'est la circulation de centaines de millions de v&#233;hicules automobiles qui obstruent et polluent les espaces urbains et qui d&#233;figurent les paysages ruraux. Car, qu'elle soit thermique ou &#233;lectrique, une voiture engendre par sa circulation une pollution atmosph&#233;rique due aux particules fines et microplastiques engendr&#233;e par l'usure des pneus, des freins, de la chauss&#233;e, etc., accrue dans le cas de la voiture &#233;lectrique du fait de sa masse plus importante. Elle d&#233;figure le paysage par les routes, autoroutes, parkings, etc., tous tr&#232;s gourmands en mat&#233;riaux [8]. Elle est source de pollution lumineuse, etc. Alors que l'avenir devrait &#234;tre &#224; la r&#233;duction de la mobilit&#233;, bien plus souvent contrainte que volontaire, ce qui suppose des r&#233;visions drastiques en mati&#232;re d'urbanisation et d'am&#233;nagement du territoire ; et au recours aux mobilit&#233;s alternatives : marche, bicyclette, partage des v&#233;hicules, transports collectifs, etc., ce qui suppose des r&#233;visions non moins drastiques en termes d'emploi du temps. (Article re&#231;u le 10 novembre 2024)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le rendement est le rapport entre l'&#233;nergie consomm&#233;e par un moteur et l'&#233;nergie produite par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cette &#233;tude &#233;largit l'analyse du cycle de vie en se pla&#231;ant aussi du point de vue plus large de &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie circulaire&lt;/i&gt; &#187;, en envisageant en particulier la possibilit&#233; de recycler (ou non) les composant du v&#233;hicule ou de leur offrir une &#171; seconde vie &#187;. Mais, sous ce rapport, elle se concentre essentiellement sur les perspectives d'am&#233;lioration du bilan du v&#233;hicule &#233;lectrique, en d&#233;laissant sa comparaison avec les v&#233;hicules thermiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. &#171; Le mirage des &#233;nergies &#8220;renouvelables&#8221;&#171; &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ecologie/le-mirage-des-energies-renouvelables.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/ecologie/le-mirage-des-energies-renouvelables.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Il faut 2 200 m3 d'eau pour produire une tonne de lithium (Baldeschi, Cohen et Drut, 2023 : 56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &#171; &lt;i&gt;Pour r&#233;pondre, &#224; l'horizon 2035, &#224; la seule demande de batteries pour les v&#233;hicules &#233;lectriques, 400 nouvelles mines devront entrer en exploitation &#224; travers le monde (dont 97 pour le graphite naturel, 74 pour le lithium et 72 pour le nickel&lt;/i&gt; &#187; (Pitron, 2023 : 246). Etant donn&#233; qu'il faut en moyenne 16,5 ann&#233;es pour d&#233;marrer une nouvelle mine, le projet est d'ores et d&#233;j&#224; compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#171; &lt;i&gt;Au niveau mondial, l'Institut g&#233;ologique des Etats-Unis (USGS) estime en 2024 les r&#233;serves de bauxite &#224; 22 milliards de tonnes, &#224; 11 millions pour le cobalt, 28 millions pour le lithium et 110 millions pour les terres rares. Si l'on consid&#232;re le niveau de consommation actuel, le ratio r&#233;serves sur production se situe respectivement &#224; 56 ann&#233;es, 48 ann&#233;es, 156 ann&#233;es et 314 ann&#233;es, des chiffres qui ont peu vari&#233;s sur le long terme&lt;/i&gt; &#187; (Hache et Roche, 2024 : 81). Mais c'est sans compter avec le fait que le propre du productivisme capitaliste est d'augmenter constamment le niveau de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Une &#233;tude du FMI est parvenue &#224; la conclusion que &#171; (&#8230;) &lt;i&gt;dans un sc&#233;nario o&#249; tout est mis en &#339;uvre pour parvenir &#224; la neutralit&#233; carbone en 2050, les prix du lithium, du cobalt et du nickel seraient multipli&#233;s par 2 ou 3 par rapport aux niveaux moyens de 2020, et ils augmenteraient de 60 % pour le cuivre&lt;/i&gt; &#187; (Baldeschi, Cohen et Drut, 2023 : 49-50).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans une pile ordinaire, la tension &#233;lectrique na&#238;t d'une r&#233;action chimique d'oxydor&#233;duction entre des m&#233;taux. Dans une pile dite &#224; hydrog&#232;ne, elle na&#238;t de l'oxydation de dihydrog&#232;ne (qui sert de &#171; combustible &#187;) coupl&#233;e &#224; la r&#233;duction du dioxyg&#232;ne contenu dans l'air, l'ensemble g&#233;n&#233;rant outre un courant &#233;lectrique, de la chaleur et de la vapeur d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &#171; &lt;i&gt;en 2020, 100 m d'autoroute, c'est jusqu'&#224; 20 000 m3 de terre d&#233;plac&#233;e et 3 000 tonnes de sables et graviers pour une plate-forme de 34 m de large en moyenne et une emprise totale de 100 m, soit une surface de 1 ha&lt;/i&gt; &#187; (Magalh&#227;es, 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baldeschi Laetitia, Cohen Juliette et Drut Bastien (2023), &lt;i&gt;Turbulescences dans l'&#233;conomie mondiale. Transition &#233;nerg&#233;tique, bouleversements d&#233;mographiques, rar&#233;faction des ressources&lt;/i&gt;, Louvain-la-Neuve, De Boeck Sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Canaguier Benjamin et alii (2013),&lt;i&gt; Elaboration selon les principes des ACV des bilans &#233;nerg&#233;tiques, des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et des autres impacts environnementaux induits par l'ensemble des fili&#232;res de v&#233;hicules &#233;lectriques et de v&#233;hicules thermiques, VP de segment B (citadine polyvalente) et VUL &#224; l'horizon 2012 et 2020. R&#233;sum&#233; du rapport &lt;i&gt;final&lt;/strong&gt;, Ademe, Angers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EEA (European Environment Agency) (2018), &lt;i&gt;Electric vehicles from life cycle and circular economy perspectives. TERM 2018 : Transport and Environment Reporting Mechanism (TERM) report&lt;/i&gt;, EEA Report n&#176;13/218, Copenhague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IEA (2021), &lt;i&gt;The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions&lt;/i&gt;, Paris, Agence Internationale de l'Energie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hache Emmanuel et Roche Candice (2024), &#171; M&#233;taux de la transition : limites plan&#233;taires, d&#233;pendances g&#233;opolitiques &#187;,&lt;i&gt; Raison pr&#233;sente&lt;/i&gt;, n&#176;230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Izoard Cecilia (2020a), &#171; Non, la voiture &#233;lectrique n'est pas &#233;cologique &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt;, 1er septembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Izoard Cecilia (2020b), &#171; La voiture &#233;lectrique cause une &#233;norme pollution mini&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt;, 2 septembre 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magalh&#227;es Nelo (2024), &#171; L'autoroute et le marchand de sable &#187;,&lt;i&gt; Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pitron Guillaume (2023), &lt;i&gt;La guerre des m&#233;taux rares. La face cach&#233;e de la transition &#233;nerg&#233;tique et num&#233;rique&lt;/i&gt;, 2e&#233;dition actualis&#233;e et augment&#233;e, Paris, Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;World Bank Group et EGPS (Extractives Global Programmatic Support) (2017), &lt;i&gt;The Growing Role of Minerals and Metals for a Low Carbon Future&lt;/i&gt;, Washington, Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Le mirage des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-mirage-des-energies-renouvelables</link>
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		<dc:date>2024-10-22T10:54:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-10-22</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis la COP (Conference of Parties) 21 qui s'est tenue &#224; Paris en novembre 2015, toutes les parties signataires de l'accord alors conclu se sont engag&#233;es &#224; promouvoir des politiques visant &#224; contenir &#171; l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature moyenne de la plan&#232;te nettement en dessous de 2&#176;C par rapport aux niveaux pr&#233;industriels [tout] en poursuivant l'action men&#233;e pour limiter l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature &#224; 1,5 &#176;C par rapport aux niveaux pr&#233;industriels &#187;. Au c&#339;ur de ces politiques g&#238;t l'imp&#233;ratif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/626283855_socialmedia-be7f5.jpg?1729594749' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la COP (&lt;i&gt;Conference of Parties&lt;/i&gt;) 21 qui s'est tenue &#224; Paris en novembre 2015, toutes les parties signataires de l'accord alors conclu se sont engag&#233;es &#224; promouvoir des politiques visant &#224; contenir &#171; &lt;i&gt; l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature moyenne de la plan&#232;te nettement en dessous de 2&#176;C par rapport aux niveaux pr&#233;industriels &lt;/i&gt; [tout] &lt;i&gt;en poursuivant l'action men&#233;e pour limiter l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature &#224; 1,5 &#176;C par rapport aux niveaux pr&#233;industriels &lt;/i&gt; &#187;. Au c&#339;ur de ces politiques g&#238;t l'imp&#233;ratif de &#171; d&#233;carboner l'&#233;conomie &#187;, notamment la production d'&#233;nergie, en r&#233;duisant substantiellement et rapidement le recours aux &#233;nergies fossiles (charbon, p&#233;trole, gaz naturel) dont la combustion &#233;met des gaz &#224; effet de serre (GES), au premier chef du dioxyde de carbone (CO2), dont l'accumulation dans l'atmosph&#232;re est responsable du changement climatique. Cela suppose de leur substituer des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187;[1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
15 octobre 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Alain Bihr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des camions Hugelshofer sont stationn&#233;s sur la place &#224; c&#244;t&#233; de la halle de chargement couverte de panneaux solaires pour les camions &#233;lectriques de Hugelshofer Logistik AG, photographi&#233;s le jeudi 29 ao&#251;t 2024 &#224; Frauenfeld (Suisse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res sont multiples. La principale d'entre elles est l'&#233;nergie fournie par le rayonnement solaire qui se pr&#233;sente &#224; nous sous diff&#233;rentes formes. Les unes sont directes : l'&#233;nergie thermique et la biomasse v&#233;g&#233;tale, qui concentre l'&#233;nergie solaire par l'interm&#233;diaire de la photosynth&#232;se et peut nous fournir du bois, du m&#233;thane ou de l'&#233;thanol, qui sont autant de combustibles&lt;strong&gt; [2]&lt;/strong&gt;. Les autres sont indirectes : l'&#233;lectricit&#233; photovolta&#239;que, &#233;olienne (les courants atmosph&#233;riques proc&#232;dent, outre de la rotation de la Terre, des diff&#233;rences de temp&#233;ratures, de densit&#233;s et partant de pressions entre zones atmosph&#233;riques, g&#233;n&#233;r&#233;es par le rayonnement solaire) ou hydro&#233;lectrique (l'&#233;nergie solaire est le moteur de l'&#233;vaporation de l'eau et partant des pr&#233;cipitations pluvieuses et neigeuses sur les sommets, g&#233;n&#233;rant les cours d'eau qu'exploitent les centrales hydro&#233;lectriques). Viennent ensuite la g&#233;othermie, superficielle ou profonde, et son &#233;quivalent maritime (exploitant la diff&#233;rence de temp&#233;rature entre eaux de surface et eaux profondes, ce qui n'est cependant possible qu'en zone tropicale) &lt;strong&gt;[3]&lt;/strong&gt;. Enfin l'&#233;nergie cin&#233;tique des mouvements des mers et oc&#233;ans (vagues, houles, mar&#233;es, courants marins, etc.), engendr&#233;s par les vents et par des ph&#233;nom&#232;nes astronomiques (la rotation de la Terre, l'attraction du Soleil et de la Lune) : &#233;nergie &#233;norme, convertissable en &#233;lectricit&#233; par l'interm&#233;diaire d'hydroliennes ou turbines hydrauliques, mais dont l'exploitation n'est encore que tr&#232;s peu d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Substituer les sources d'&#233;nergie renouvelables aux sources d'&#233;nergie fossiles revient donc, en bonne partie, &#224; remplacer l'exploitation de l'&#233;nergie solaire sous forme de stocks constitu&#233;s, directement ou indirectement, par elle au cours de l'histoire de la Terre (charbon, p&#233;trole et gaz naturel proc&#232;dent de la fossilisation de la biomasse ant&#233;rieure) &#224; son exploitation sous forme de divers effets produits par son flux actuel. De fait, &#224; elle seule, l'&#233;nergie solaire serait tr&#232;s largement en mesure de couvrir l'ensemble des besoins &#233;nerg&#233;tiques de l'humanit&#233; actuelle et future :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;L'&#233;nergie solaire totale absorb&#233;e chaque ann&#233;e par l'atmosph&#232;re terrestre, les oc&#233;ans et les masses terrestres est d'environ 122 PW&#183;an [PW : p&#233;taW = 1015W], soit 3 850 &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordres_de_grandeur_d%27%C3%A9nergie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;zettajoules&lt;/a&gt;(1021 joules, ou ZJ). En 2002, cela repr&#233;sente plus d'&#233;nergie en une heure que la consommation humaine sur une ann&#233;e. Pour comparaison, le vent contient 69 TW&#183;an [TW : t&#233;raW = 1012W], soit 2,2 ZJ et la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Photosynth%C3%A8se&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;photosynth&#232;se&lt;/a&gt;capture environ 95 TW&#183;an, soit 3 ZJ par an dans la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Biomasse_(%C3%A9nergie)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biomasse&lt;/a&gt;. La quantit&#233; d'&#233;nergie solaire atteignant la surface de la plan&#232;te est si importante que, en un an, elle repr&#233;sente environ deux fois l'&#233;nergie obtenue &#224; partir des ressources non renouvelables de la Terre &#8212; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Charbon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;charbon&lt;/a&gt;,&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9trole&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;p&#233;trole&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_naturel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gaz naturel&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Uranium&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;uranium&lt;/a&gt;combin&#233;s &#8212; exploit&#233;es de tout temps par l'homme. L'&#233;nergie totale utilis&#233;e par l'homme repr&#233;sente en effet, en 2005, 0,5 ZJ, dont 0,06 ZJ sous forme d'&#233;lectricit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;strong&gt;[4]&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cette gigantesque puissance mise &#224; notre disposition par le Soleil n'est sans doute qu'en partie exploitable. &#171; &lt;i&gt; Le World Energy Assessment des Nations unies mentionne un potentiel technique de 7 600 exajoules/an [exajoule ou EJ = 1018 joules], soit dix-huit fois les besoins mondiaux en &#233;nergie (&#8230;) Des chercheurs de l'Institut de thermodynamique de Stuttgart avancent une estimation de 5,9 &lt;/i&gt; &#187; (Tanuro, 2012 : 86).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remplacer les &#233;nergies fossiles par des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, substituer totalement les &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; aux &#233;nergies fossiles, en rem&#233;diant du coup aux multiples maux &#233;cologiques engendr&#233;s par le recours &#224; ces derni&#232;res semble a priori de l'ordre du possible. Des simulations en ce sens ont &#233;t&#233; tent&#233;es. Par exemple, en supposant que soit n&#233;cessaire &#224; l'&#233;chelle mondiale &#224; l'horizon 2030 une puissance de l'ordre 17 TW (t&#233;rawatt = 1012 watts), que l'usage exclusif d'&#233;nergie &#233;lectrique produite par des sources renouvelables (solaire, &#233;olien, g&#233;othermique et hydro&#233;lectrique) pourrait ramener &#224; 11,5 TW :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;une combinaison de quelque 3,8 millions de grandes &#233;oliennes (5 MW), de 49 000 grandes centrales solaires &#224; concentration (300 MW), de 4 0000 centrales solaires photovolta&#239;ques, de 1,7 milliard d'installations photovolta&#239;ques sur les toits, de 5 350 centrales g&#233;othermiques, de 900 centrales hydro&#233;lectriques, de 49 0000 hydroliennes, et 720 000 dispositifs utilisant l'&#233;nergie des vagues (tous &#233;num&#233;r&#233;s par ordre d&#233;croissant de leur contribution &#224; la demande totale) seraient plus que suffisants pour produire une telle puissance&lt;/i&gt; &#187; (McCarthy, 2015 : 2492).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout en ne faisant appel qu'&#224; des technologies existantes et &#233;prouv&#233;es. Et, selon les auteurs de la m&#234;me simulation, la production et l'installation d'un tel syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique co&#251;teraient (hors frais de transports) quelque 100 000 milliards de dollars (Md$) sur vingt ans, soit des investissements &#224; hauteur de quelque 5 000 Mds par an (Ibid.). Une simulation plus r&#233;cente conduit &#224; des estimations du m&#234;me ordre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans son dernier rapport sur l'&#233;nergie, Bloomberg &lt;/i&gt; (New Energy Outlook 2021) &lt;i&gt;estime qu'une &#233;conomie mondiale en croissance n&#233;cessitera un niveau d'investissement dans l'approvisionnement et les infrastructures &#233;nerg&#233;tiques compris entre 92 000 et 173 000 milliards de dollars au cours des trente prochaines ann&#233;es. L'investissement annuel devra plus que doubler, passant d'environ 1 700 milliards de dollars par an aujourd'hui &#224; une moyenne comprise entre 3 100 et 5 800 milliards de dollars par an&lt;/i&gt; &#187; (Durand, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la r&#233;alisation d'un tel projet se heurterait &#224; des probl&#232;mes gigantesques. Les moindres sont d'ordre technique. C'est que toutes les sources d'&#233;nergies &#171; renouvelables &#187; ici mises en &#339;uvre exploitent des flux et non des stocks d'&#233;nergie. Ce qui implique de disperser les foyers de production le long de ces flux sur toute la surface de la Terre (bien qu'in&#233;galement : certaines localisations sont plus favorables que d'autres) et implique de les mettre en r&#233;seau pour leur permettre de s'additionner et se soutenir r&#233;ciproquement. Cela est par ailleurs rendu indispensable du fait de l'intermittence de la plupart d'entre elles (&#224; l'exception de la g&#233;othermie) : la lumi&#232;re solaire ne nous parvient qu'en partie les jours o&#249; le ciel est couvert et surtout pas la nuit sur la moiti&#233; de la Terre ; le vent ne souffle pas en permanence ; le d&#233;bit des cours d'eau varie selon les saisons, etc. ; il faut donc compenser les creux de production des unes par les cr&#234;tes de production des autres. Enfin, essentiellement productrices d'&#233;lectricit&#233;, ces &#233;nergies se heurtent au fait que l'&#233;lectricit&#233; ne se stocke pas, peu ou mal : elle se consomme de pr&#233;f&#233;rence dans le temps m&#234;me o&#249; elle est produite. Elle peut cependant se stocker indirectement en &#233;tant convertie en diff&#233;rentes formes d'&#233;nergie potentielle : m&#233;canique (des volants d'inertie, des retenues d'eau aliment&#233;es par de l'eau pomp&#233;e en aval et activant des centrales hydro&#233;lectriques lorsque celle-ci est rel&#226;ch&#233;e, la compression de gaz dans d'anciennes mines) ou chimique (dans des piles et accumulateurs ou sous forme d'hydrog&#232;ne pouvant servir dans des piles &#224; combustible). La solution de l'ensemble de ces probl&#232;mes techniques passerait par la r&#233;alisation des r&#233;seaux d'&#233;lectricit&#233; dits intelligents (pilot&#233;s informatiquement) ou&lt;i&gt; smart grids&lt;/i&gt; et de capacit&#233;s de stockage massives, les deux &#224; l'&#233;chelle de continents entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d&#233;licats apparaissent les probl&#232;mes que soul&#232;verait le financement d'un tel projet. Celui-ci supposerait, comme on l'a vu, des investissements massifs de capitaux, demandant &#224; &#234;tre stimul&#233;s, soutenus et garantis par les Etats sous forme d'aides et de subventions, d'autant plus que ces investissements impliqueraient de lourdes immobilisations (une importante composante fixe de capital constant). Or, si une partie du capital tire d'ores et d&#233;j&#224; profit du d&#233;veloppement des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; et est certainement pr&#234;te &#224; s'y investir encore davantage (d'autant plus que le prix des installations productrices d'&#233;nergies &#171; renouvelables &#187;, notamment solaires et &#233;oliennes, ne cesse de baisser), il n'en va pas de m&#234;me du capital industriel qui se valorise actuellement par l'exploitation des &#233;nergies fossiles, adoss&#233; &#224; la partie du capital financier qui lui sert de banquier ou qui sp&#233;cule sur le cours de ses actifs. Tous ces capitaux ont tout &#224; craindre du d&#233;veloppement des &#171; &#233;nergies &#187; renouvelables, qui non seulement leur prennent d'ores et d&#233;j&#224; des parts de march&#233; mais menacent de d&#233;valoriser l'immense stock de leurs capitaux fixes en fonction avant qu'il n'ait eu le temps de s'amortir, stock mat&#233;rialis&#233; dans le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique actuel &lt;strong&gt;[5]&lt;/strong&gt;, et de d&#233;valoriser de m&#234;me les r&#233;serves de combustibles fossiles sur la valorisation desquelles ils ont trouv&#233; &#224; se financer (sous forme de pr&#234;ts, d'obligations ou d'actions). Comptant parmi les plus gros capitaux (les capitaux les plus concentr&#233;s), constituant le plus souvent des monopoles au niveau national et formant de v&#233;ritables oligopoles au niveau mondial, les compagnies charbonni&#232;res, p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res (idem pour les compagnies nucl&#233;aires) disposent d'un pouvoir &#233;conomique et politique consid&#233;rable, capable d'entraver l'&#233;volution des l&#233;gislations au niveau des Etats et de saboter les n&#233;gociations internationales, comme en t&#233;moigne leur intense lobbying dans le cadre de la mise en &#339;uvre de la Conf&#233;rence cadre des Nations Unies sur le changement climatique par les COP successives. Elles peuvent d'ailleurs faire valoir qu'elles continuent &#224; fournir plus des quatre cinqui&#232;mes de l'&#233;nergie consomm&#233;e dans le monde (cf. infra), que leurs produits sont faciles &#224; stocker et &#224; transporter et que, contrairement aux &#233;nergies &#171; renouvelables &#187;, les &#233;nergies fossiles ne sont pas tributaires des al&#233;as climatiques et r&#233;pondent donc aux exigences de continuit&#233; et de c&#233;l&#233;rit&#233; du proc&#232;s capitaliste de production &#8211; en passant &#233;videmment sous silence, en d&#233;niant ou en minimisant les d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques qu'elles provoquent comme elles ne cessent de le faire depuis des lustres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, d'une part, ces entreprises transnationales ne participeraient que marginalement au financement du d&#233;veloppement des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187;. D'autre part, elles useraient de tout leur poids politique pour freiner ce d&#233;veloppement (notamment pour limiter autant que possible les r&#233;ductions d'&#233;missions de GES) ; et leur pression serait d'autant plus efficace que l'Etat serait amen&#233; &#224; jouer un r&#244;le clef dans le passage d'un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique bas&#233; sur les &#233;nergies fossiles &#224; celui fond&#233; sur les &#233;nergies &#171; renouvelables &#187;. C'est qu'une telle transition ne pourrait &#234;tre laiss&#233;e au bon soin du seul march&#233; ; elle supposerait l'intervention des Etats pour orienter et soutenir les investissements de capitaux dans le cadre de v&#233;ritables politiques industrielles, pour faire &#233;voluer les l&#233;gislations et r&#233;glementations des march&#233;s de l'&#233;nergie, pour surveiller la r&#233;gulation des&lt;i&gt; smart grids&lt;/i&gt; et les sites de stockage d'&#233;nergie, pour prendre en charge pour partie au moins les programmes de recherche scientifique et de recherche-d&#233;veloppement rendus n&#233;cessaires par les bouleversements techniques occasionn&#233;s par cette transition, etc. Enfin, la d&#233;valorisation des capitaux de ces transnationales du charbon, du p&#233;trole et du gaz impliquerait tout aussi bien la destruction de la masse consid&#233;rable de capital fictif dont les actifs (titres de cr&#233;dit ou de propri&#233;t&#233;) reposent sur ces industries, qui feront eux aussi d&#233;faut pour financer le d&#233;veloppement des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes les plus s&#233;rieux que ne manquerait pas de rencontrer ce dernier seraient cependant d'ordre g&#233;opolitique. D'une part, l'indispensable d&#233;ploiement de r&#233;seaux continentaux d'unit&#233;s de production ou de stockage d'&#233;nergie &#233;lectrique &#224; partir de sources renouvelables supposerait une coop&#233;ration intense et fiable, &#224; la fois technique, juridique et administrative, entre Etats-nations, en d&#233;pit des conflits d'int&#233;r&#234;ts qui pourraient continuer &#224; les opposer, notamment quant &#224; la localisation de ces unit&#233;s, source de revenus fiscaux et gage de synergies socio-&#233;conomiques. D'autre part, le d&#233;ploiement de tels r&#233;seaux et capacit&#233;s de stockage serait gourmand en emprise sur les surfaces terrestres et maritimes (le nouveau syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique couvrirait 2 % de la surface terrestre totale dans le sc&#233;nario pr&#233;c&#233;dent selon McCarthy, 2015 : 2493, soit quelque 10 millions de km&#178;), en risquant de se faire au d&#233;triment des autres usages de ces derni&#232;res et des populations qui ont le moins de moyens de d&#233;fendre leurs droits d'usage traditionnels sur ces espaces. Il affecterait en priorit&#233; les zones rurales, qui offrent de l'espace disponible &#224; faible prix, en y cr&#233;ant une source certaine de conflits au sein des Etats comme entre eux, notamment dans les rapports entre formations centrales et formations p&#233;riph&#233;riques, qui concentrent les localisations les plus favorables &#224; certaines &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; (notamment le solaire). Enfin, le fait que cette emprise s'effectuerait notamment sur des parties du globe (telle la haute mer) ou des ph&#233;nom&#232;nes naturels (tels la lumi&#232;re solaire, le vent, la houle ou la chaleur terrestre), qui &#233;taient jusqu'alors juridiquement des&lt;i&gt; res communes&lt;/i&gt;, des choses communes n'appartenant &#224; personne et librement disponibles pour tous et qui vont se trouver privatiser &#224; des fins de valorisation, est &#233;galement susceptible d'aviver de tels conflits ; pensons en particulier aux espaces maritimes situ&#233;s hors des zones d'exclusion &#233;conomique sur lesquels pourraient vouloir s'installer des m&#233;gafermes d'&#233;oliennes g&#233;antes. Toutes ces occurrences renvoient en d&#233;finitive &#224; la traditionnelle contradiction entre la socialisation des forces productives qu'induisent le d&#233;veloppement de la production capitaliste et le cadre maintenu des rapports capitalistes de production, de propri&#233;t&#233; et de fragmentation de l'espace mondial en Etats-nations souverains dans lequel ce d&#233;veloppement a lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons qu'une pareille exploitation &#224; &#233;chelle plan&#233;taire des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; ne saurait m&#233;conna&#238;tre leur empreinte &#233;cologique* qui est rien moins que n&#233;gligeable. La combustion de la biomasse &#233;met des particules fines. La construction des barrages des retenues d'eau alimentant les centrales hydro&#233;lectriques, n&#233;cessitant des masses &#233;normes de b&#233;ton, &#233;met de grandes quantit&#233;s de CO2 ; ces retenues peuvent elles-m&#234;mes d&#233;truire ou bouleverser gravement des &#233;cosyst&#232;mes sur de vastes &#233;tendues et g&#233;n&#233;rer des &#233;missions de GES (notamment de m&#233;thane par d&#233;composition de mati&#232;res v&#233;g&#233;tales). Les alternateurs des &#233;oliennes tout comme les cellules photovolta&#239;ques sont tr&#232;s gourmands en terres rares dont l'extraction est extr&#234;mement polluante ; les pales des &#233;oliennes, constitu&#233;es de fibres de verre, de fibres de carbone, de r&#233;sines polyester et de r&#233;sines d'&#233;poxy, ne sont pas recyclables ; leur mouvement g&#233;n&#232;re des sons de basse fr&#233;quence et des infrasons capables de nuire &#224; la sant&#233; d'&#234;tres humains et d'animaux d'&#233;levage vivant &#224; leur voisinage ; ce m&#234;me mouvement pr&#233;sente des dangers pour les oiseaux et les chauves-souris ; etc. (Bougl&#233;, 2019 : Chapitre 1 &#224; Chapitre 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons enfin que les &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; sont extr&#234;mement gourmandes en m&#233;taux de toutes sortes (fer, cuivre, mangan&#232;se, nickel, etc.), bien au-del&#224; des simples terres rares. Sous ce rapport, outre qu'il ferait appel &#224; l'une des industries parmi les polluantes qui soient, l'extraction mini&#232;re, leur d&#233;ploiement &#224; vaste &#233;chelle se heurterait &#224; une barri&#232;re physique autant qu'&#233;conomique : l'incapacit&#233; &#224; extraire du sous-sol les minerais n&#233;cessaires et le co&#251;t exorbitant et croissant de cette extraction. Ce qu'a reconnu &#224; demi-mot le directeur ex&#233;cutif de l'Agence internationale de l'&#233;nergie : &#171; &lt;i&gt; les donn&#233;es montrent un d&#233;calage entre les ambitions climatiques de la communaut&#233; internationale et la disponibilit&#233; des m&#233;taux critiques qui sont essentiels &#224; la r&#233;alisation de ces ambitions&lt;/i&gt; &#187; (cit&#233; par Pitron, 2023 : 251).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'introuvable &#171; &lt;i&gt;transition &#233;nerg&#233;tique &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous ces probl&#232;mes, les partisans les plus lucides des &#171; &#233;nergies &#187; renouvelables sont pour partie conscients. Aussi n'ambitionnent-ils nullement, au rebours du sc&#233;nario pr&#233;c&#233;dent, de porter leur d&#233;veloppement au niveau de puissance auquel sont parvenues les &#233;nergies fossiles. Dans la &#171; &lt;i&gt;transition &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt; &#187; qu'ils appellent de leurs v&#339;ux, le d&#233;veloppement des &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; ne vient qu'en troisi&#232;me lieu : doit primer selon eux la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique, doubl&#233;e de l'am&#233;lioration de l'efficacit&#233; (du rendement) des &#233;quipements producteurs d'&#233;nergie, soit la r&#233;duction de la production et consommation d'&#233;nergie et non pas la production et consommation d'&#233;nergie additionnelle. Autrement dit, ils pr&#233;conisent de se soucier tout d'abord de produire des n&#233;gawatts avant de produire des m&#233;gawatts, selon l'heureuse formule de l'association n&#233;gaWatt (Association n&#233;gaWatt, 2015) [6] ! Mais, ce dont ils ne se rendent pas n&#233;cessairement compte, une pareille d&#233;marche est pr&#233;cis&#233;ment incompatible avec le maintien de l'&#233;chelle actuelle de d&#233;veloppement du proc&#232;s de reproduction du capital et, plus encore, avec l'objectif de poursuivre une &#171; &lt;i&gt;croissance&lt;/i&gt; &#187; &#233;conomique continue : de perp&#233;tuer ind&#233;finiment l'accumulation du capital, impliquant une augmentation non moins continue de la production et de la consommation d'&#233;nergie, qui fait de la sobri&#233;t&#233; &#233;nergique une pure utopie dans le cadre du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, sous ce rapport, la notion de &#171; &lt;i&gt;transition &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt; &#187; est des plus fallacieuses. Succ&#233;dant &#224; celle de &#171; &lt;i&gt;crise &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt; &#187; apparue &#224; la suite des chocs p&#233;troliers des ann&#233;es 1970 (Fressoz, 2022), elle sugg&#232;re en effet qu'il s'agirait simplement aujourd'hui de substituer des sources d'&#233;nergie renouvelables aux sources d'&#233;nergie fossiles : de passer de celles-ci &#224; celles-l&#224; comme la premi&#232;re &#171; r&#233;volution industrielle &#187; nous aurait fait passer du bois au charbon et la seconde du charbon au p&#233;trole. Or :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La mauvaise nouvelle est que si l'histoire nous apprend bien une chose, c'est qu'il n'y a en fait jamais eu de transition &#233;nerg&#233;tique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au p&#233;trole, puis du p&#233;trole au nucl&#233;aire. L'histoire de l'&#233;nergie n'est pas celle de transitions, mais celle d'additions successives de nouvelles sources d'&#233;nergie primaire. L'erreur de perspective tient &#224; la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si, au XXe si&#232;cle, l'usage du charbon d&#233;cro&#238;t relativement au p&#233;trole, il reste que sa consommation cro&#238;t contin&#251;ment, et que globalement, on n'en a jamais autant br&#251;l&#233; qu'en 2013 &lt;/i&gt; &#187; (Fressoz, 2014 : 1-2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, dans le cadre maintenu des rapports capitalistes de production, il n'y a pas plus moyen de passer aujourd'hui des &#233;nergies fossiles aux &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; qu'on n'est pass&#233; avant-hier du charbon au p&#233;trole et hier du p&#233;trole &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire. Les secondes viennent aujourd'hui s'additionner aux premi&#232;res, comme avant-hier le charbon au bois et hier le p&#233;trole au charbon, pour r&#233;pondre &#224; chaque fois &#224; la soif inextinguible d'&#233;nergie d'un capital vou&#233; &#224; &#233;largir sans cesse l'&#233;chelle de sa reproduction (Marx, 1991 : 663-664). Ce qui explique d'ailleurs qu'en d&#233;pit d'un d&#233;veloppement vigoureux de l'&#233;olien et du solaire au cours de ces trois derni&#232;res d&#233;cennies, la part des &#233;nergies fossiles a &#224; peine diminu&#233; en demeurant &#233;crasante dans le mix &#233;nerg&#233;tique mondial, ainsi qu'il appara&#238;t dans le tableau ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_48110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH402/35bde9afb3ad1aa3-f1083fcc-7ed60.jpg?1729594749' width='500' height='402' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rappelons pour conclure que l'industrie p&#233;troli&#232;re ne fournit pas seulement ce qui reste aujourd'hui le principal combustible mais aussi la mati&#232;re premi&#232;re de toute la p&#233;trochimie. Sous ce rapport, elle est non moins indispensable au d&#233;veloppement capitaliste, puisqu'elle rend possible aussi bien la production des engrais dont se gave l'agro-industrie que les plastiques qui constituent un des mat&#233;riaux phares de l'industrie et du commerce capitalistes. Et, de ce point de vue, les &#233;nergies &#171; renouvelables &#187; ne pr&#233;sentent aucune alternative aux hydrocarbures. (14 octobre 2024)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Association N&#233;gawatt (2015),&lt;i&gt; Manifeste N&#233;gawatt : en route pour la transition &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt;, Arles, Acte Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bougl&#233; Fabien (2019), &lt;i&gt;&#201;oliennes : la face noire de la transition &#233;cologique&lt;/i&gt;, Monaco, &#201;ditions du Rocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durand C&#233;dric (2021), &#171; Le dilemme &#233;nerg&#233;tique. (Et la voie d'une transition &#233;cologique d&#233;mocratique) &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt;, 8 novembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fressoz Jean-Baptiste (2014), &#171; Pour une histoire d&#233;sorient&#233;e de l'&#233;nergie &#187;, 25es Journ&#233;es Scientifiques de l'Environnement &#8211; L'&#233;conomie verte en question, Cr&#233;teil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fressoz Jean-Baptiste (2022), &#171; La &#8220; transition &#233;nerg&#233;tique &#8221;, de l'utopie atomique au d&#233;ni climatique, USA, 1945-1980 &#187;, &lt;i&gt;Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine&lt;/i&gt;, n&#176;69-2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx Karl (1991 [1883]), &lt;i&gt;Le Capital. Livre I&lt;/i&gt;, Paris, Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;McCarthy James (2015), &#171; A socioecological fix to capitalist crisis and climate change ? The possibilities and limits of renewable energy &#187;,&lt;i&gt; Environment and Planning&lt;/i&gt;, volume 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pitron Guillaume (2023), &lt;i&gt;La guerre des m&#233;taux rares. La face cach&#233;e de la transition &#233;nerg&#233;tique et num&#233;rique&lt;/i&gt;, 2e&#233;dition actualis&#233;e et augment&#233;e, Paris, Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tanuro Daniel (2012), &lt;i&gt;L'impossible capitalisme vert&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tanuro Daniel (2020),&lt;i&gt; Trop tard pour &#234;tre pessimistes ! Ecosocialisme ou effondrement&lt;/i&gt;, Paris, Textuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;/strong&gt; Les guillemets dont j'assortis ce terme s'expliquent par le fait que, strictement parlant, aucune &#233;nergie n'est renouvelable : on ne peut pas consommer deux fois le m&#234;me kWh d'&#233;lectricit&#233;, qu'il soit g&#233;n&#233;r&#233; par des panneaux photovolta&#239;ques ou par une centrale hydro&#233;lectrique, pas plus qu'on ne peut br&#251;ler deux fois le m&#234;me kg de bois ou de charbon. Qui plus est, la thermodynamique nous enseigne que, si elle se conserve quantitativement au cours de ses transformations, l'&#233;nergie se d&#233;grade qualitativement (elle est de moins en moins utilisable pour un travail donn&#233;) en finissant toujours par se dissiper sous forme de chaleur. Sont tout au plus renouvelables les sources d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[2]&lt;/strong&gt; Contrairement &#224; celle du charbon, du p&#233;trole et du gaz naturel, la combustion de la biomasse* v&#233;g&#233;tale n'aggrave pas l'effet de serre naturel puisqu'elle ne fait que renvoyer dans l'atmosph&#232;re la quantit&#233; de dioxyde de carbone qui a &#233;t&#233; n&#233;cessaire &#224; sa production, &#224; condition toutefois de remplacer les arbres, arbustes, etc., que l'on consomme (consume) par des plantations nouvelles &#233;quivalentes en masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[3]&lt;/strong&gt; Remarquons au passage que ces deux premi&#232;res sources d'&#233;nergie renouvelables sont d'origine&#8230; nucl&#233;aire : l'&#233;nergie solaire proc&#232;de des r&#233;actions de fusion nucl&#233;aire qui sont au c&#339;ur de l'activit&#233; du Soleil et l'&#233;nergie g&#233;othermique des r&#233;actions de fission nucl&#233;aire (impliquant l'uranium 235 et 238, le thorium 232 et le potassium 40) qui se produisent au sein du noyau terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[4] &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_solaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_solaire&lt;/a&gt;consult&#233; le 21 d&#233;cembre 2023. Le joule (symbole J) est l'unit&#233; d'&#233;nergie dans le Syst&#232;me international d'unit&#233;s physiques. C'est l'&#233;nergie d&#233;livr&#233;e par une puissance d'un watt pendant une seconde. Ainsi 1kWh = 3 600 000 J = 3,6 m&#233;gajoule (3,6 MJ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &#171; &lt;i&gt; L'ampleur physique de l'actuel syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique bas&#233; sur les combustibles fossiles est en effet &#233;norme. Il y a des milliers de grandes mines de charbon et de centrales &#233;lectriques au charbon, quelques 50 000 champs p&#233;trolif&#232;res, un r&#233;seau mondial comptant au moins quelque 300 000 km d'ol&#233;oducs et 500 000 km de gazoducs et 300 000 km de lignes de transmission &lt;/i&gt; &#187; (GIEC, Rapport sp&#233;cial 1,5&#176;C, r&#233;sum&#233; pour les d&#233;cideurs, cit&#233; par Tanuro, 2020 : 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Cf. aussi &lt;a href=&#034;https://negawatt.org/IMG/pdf/synthese-scenario-negawatt-2022.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://negawatt.org/IMG/pdf/synthese-scenario-negawatt-2022.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Forcer la nature &#224; ne pas produire ce qu'elle produit spontan&#233;ment (I)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-qu-elle-produit-spontanement-I</link>
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		<dc:date>2023-10-17T10:50:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-10-17</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comme Marx l'a montr&#233;, le capital ne peut exister et se reproduire (se valoriser et s'accumuler) qu'en exploitant le travail sous sa forme salari&#233;e. Cependant maximiser cette exploitation (notamment sous la forme de la formation d'une plus-value relative) suppose de bouleverser en profondeur le proc&#232;s de travail. Marx nomme ce bouleversement subsomption ou domination r&#233;elle du travail par le capital : elle revient &#224; s'approprier le proc&#232;s de travail pour le conformer au maximum aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH145/ecologie23-2-0c6b2.jpg?1701455488' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme Marx l'a montr&#233;, le capital ne peut exister et se reproduire (se valoriser et s'accumuler) qu'en exploitant le travail sous sa forme salari&#233;e. Cependant maximiser cette exploitation (notamment sous la forme de la formation d'une plus-value relative) suppose de bouleverser en profondeur le proc&#232;s de travail. Marx nomme ce bouleversement subsomption ou domination r&#233;elle du travail par le capital : elle revient &#224; s'approprier le proc&#232;s de travail pour le conformer au maximum aux imp&#233;ratifs du proc&#232;s de valorisation ; et il en a d&#233;taill&#233; les diff&#233;rents moments (principes et &#233;tapes), depuis la coop&#233;ration simple jusqu'&#224; l'automation en passant par la division manufacturi&#232;re du travail et la m&#233;canisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/economie/forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-quelle-produit-spontanement-i.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
11 octobre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Alain Bihr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette appropriation du proc&#232;s de travail affecte tous les composant de ce dernier : la force de travail elle-m&#234;me (ses qualifications, son organisation, etc.), les moyens de travail (outils, machines, infrastructures productives, etc.) et bien &#233;videmment aussi l'objet de travail. Pour autant que le travail en question soit un travail mat&#233;riel, son objet implique la nature, soit en d&#233;finitive la mati&#232;re, qu'il s'agit de mati&#232;re inorganique (min&#233;rale) ou de mani&#232;re vivante (v&#233;g&#233;tale ou animale). En somme, s'approprier le proc&#232;s de travail revient pour le capital &#224; &#171; mettre la nature au travail &#187; (Jason Moore) aussi bien qu'&#224; mettre les &#234;tres humains (qui sont aussi et d'abord des &#234;tres naturels) au travail (pour le d&#233;veloppement de ces diff&#233;rents points, cf. Bihr, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe cependant deux diff&#233;rences essentielles entre ces deux mises au travail. D'une part, seule la mise au travail d'&#234;tres humains (l'exploitation de leur force de travail) est propre &#224; valoriser le capital ; car si, par sa capacit&#233; autopo&#239;&#233;tique, la nature peut contribuer &#224; la production de valeur d'usage, elle ne prend nulle part &#224; la formation de la valeur ni par cons&#233;quent &#224; celle de la plus-value :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La terre peut exercer l'action d'un agent de la production dans la fabrication d'une valeur d'usage, d'un produit mat&#233;riel, disons du bl&#233;. Mais elle n'a rien &#224; voir avec la production de la valeur du bl&#233;. Dans la mesure o&#249; le bl&#233; repr&#233;sente de la valeur, il est consid&#233;r&#233; uniquement comme la mat&#233;rialisation d'une certaine quantit&#233; de travail social, peu importe la mati&#232;re particuli&#232;re dans laquelle ce travail s'exprime, peu importe la valeur d'usage particuli&#232;re de cette mati&#232;re &#187; (Marx, 1976 [1894] : 739).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, et dans cette mesure m&#234;me, la mise au travail de la nature va consister essentiellement &#224; la conformer aux exigences de l'exploitation intensive du travail humain, &#224; l'augmentation de son intensit&#233; et de sa productivit&#233;. Ce qui va conduire le plus souvent &#224; &#171; forcer &#187; la nature de quelque mani&#232;re (Bihr, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; for&#231;age &#187; peut s'effectuer selon diff&#233;rentes modalit&#233;s. J'en distinguerai essentiellement trois. Il peut s'agir d'une part de contraindre la nature &#224; ne pas produire ce qu'elle produit (ou produirait) spontan&#233;ment, en somme de faire moins que la nature, d' &#187;annihiler &#187; la nature en quelque fa&#231;on. Il peut s'agir d'autre part, au contraire, de contraindre la nature &#224; produire ce qu'elle ne produit pas (ou ne produirait pas) spontan&#233;ment, soit de faire plus que la nature, de &#171; surmultiplier &#187; la nature. Enfin, il peut s'agir de reproduire artificiellement la nature (apr&#232;s l'avoir d&#233;truite ou non) tout en la rendant plus imm&#233;diatement appropri&#233;e et appropriable par le capital et ind&#233;finiment reproductible : en somme de faire mieux que la nature. Autant de modalit&#233;s de la mise au travail intensive de la nature, qui peuvent se d&#233;velopper les unes ind&#233;pendamment des autres mais qui peuvent aussi se trouver r&#233;unies dans un m&#234;me proc&#232;s de production. Je me limiterai dans cet article &#224; la premi&#232;re de ces modalit&#233;s dont l'agriculture capitaliste offre des exemples multiples, tout aussi catastrophiques les uns que les autres [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;parer les esp&#232;ces les unes des autres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agricultures pr&#233;capitalistes privil&#233;giaient la polyculture, le plus souvent associ&#233;e au poly&#233;levage, une association aux multiples avantages : en les diversifiant, elle s&#233;curise les ressources alimentaires des populations agricoles ; les d&#233;jections animales servent d'engrais pour les champs cultiv&#233;s ou les prairies utilis&#233;es (sous forme d'effluents : fumier, lisier, purin) ; enfin, plantes et b&#233;tails fournissent de surcro&#238;t des mat&#233;riaux (fibres textiles, laines, cuirs, os, etc.) que transforment les activit&#233;s artisanales domestiques. Et elles ne manquaient pas non plus de r&#233;server une partie plus ou moins &#233;tendue du sol aux for&#234;ts, pr&#233;cieuses r&#233;serves de ressources diverses (bois d'&#339;uvre et de chauffage, &#233;corces et feuillages, gibiers, baies et champignons, etc.). Elles reposaient donc sur la non-s&#233;paration entre les esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales et animales de m&#234;me qu'entre les espaces v&#233;g&#233;tales et animales entre elles, tout comme le fait la nature. Evidemment, selon les contraintes &#233;cologiques (climat, sol, etc.), cette non-sp&#233;cialisation se trouvait plus ou moins d&#233;velopp&#233;e, certains milieux s'y pr&#234;tant tout particuli&#232;rement, d'autres imposant au contraire de privil&#233;gier telle ou telle orientation culturale ou pastorale (ainsi les montagnes sont-elles plus favorables &#224; l'&#233;levage qu'&#224; l'agriculture stricto sensu). Et les agricultures pr&#233;capitalistes n'ont pas manqu&#233; de donner naissance aussi &#224; des monocultures extensives (par exemple de c&#233;r&#233;ales ou de vignes) d&#232;s lors qu'elles ont commenc&#233; &#224; &#234;tre polaris&#233;es par l'&#233;change marchand et a fortiori d&#232;s lors qu'elles sont tomb&#233;es sous la coupe du capital marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre de l'agriculture capitaliste est d'avoir syst&#233;matis&#233; cette tendance en faisant du d&#233;veloppement de la monoculture s&#233;par&#233;e de l'&#233;levage la r&#232;gle et non plus l'exception[2]. C'est que cette derni&#232;re pr&#233;sente de multiples avantages d'un point de vue capitaliste. Elle permet tout &#224; la fois de r&#233;duire les co&#251;ts en &#233;quipements (on ne s'&#233;quipe que pour un type ou une gamme de produits) et en intrants (par des effets d'&#233;conomies d'&#233;chelle) et d'augmenter l'intensit&#233; et la productivit&#233; du travail agricole, en diminuant les pertes de temps li&#233;es au passage d'une culture &#224; une autre, en &#233;levant la qualification des salari&#233;s agricoles du fait de leur sp&#233;cialisation, en accroissant les rendements (par s&#233;lection des plants les plus appropri&#233;s au climat, au sol, &#224; la proximit&#233; de certains march&#233;s, etc.), au moins dans un premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monoculture est caract&#233;ristique de l'agriculture capitaliste d&#232;s ses origines ; en t&#233;moigne par exemple la monoculture de la canne &#224; sucre, du coton, du tabac, etc., dans les colonies am&#233;ricaines d&#232;s l'&#233;poque protocapitaliste (Bihr, 2018 : 162-170 et 209-221). Aujourd'hui, elle pr&#233;domine dans tout le secteur de l'agriculture domin&#233; par l'agrobusiness, tant dans les formations centrales qu'au sein des formations p&#233;riph&#233;riques, en ayant cess&#233; de s'&#233;tendre. Au sein de ces derni&#232;res, la monoculture est impos&#233;e par l'emprise fonci&#232;re des multinationales agroindustrielles et, plus encore, par la d&#233;pendance des populations agricoles &#224; l'&#233;gard des march&#233;s mondiaux que ces derni&#232;res contr&#244;lent. Aux monocultures traditionnelles (canne &#224; sucre, caf&#233;, cacao) h&#233;riti&#232;res de la p&#233;riode coloniale se sont substitu&#233;es ou surajout&#233;es celles, plus r&#233;centes, d'ol&#233;agineux (palmiers &#224; huile) ou d'arbres ou arbustes fruitiers (palmiers dattiers, ananassiers, etc.) jusqu'&#224; celles d&#233;di&#233;es &#224; la production d'agrocarburants (canne &#224; sucre, ma&#239;s, palmier &#224; huile, soja), le tout au d&#233;triment de l'agriculture paysanne de subsistance et de la biodiversit&#233; qui l'accompagne et au prix d'une d&#233;gradation des sols, d'un &#233;puisement et d'une pollution des eaux, de la d&#233;forestation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la monoculture ne va pas sans inconv&#233;nients ni dangers, d&#233;sormais bien document&#233;s, m&#234;me si une partie de la litt&#233;rature agronomique, stipendi&#233;e par les multinationales de l'agrobusiness, continuent de tenter de les minimiser. Outre qu'elle est synonyme d'uniformisation des paysages par la r&#233;gression des bois et for&#234;ts, sa suppression des haies et des bosquets, par ses larges surfaces ouvertes adapt&#233;es &#224; l'usage des engins agricoles m&#233;canis&#233;s (tracteurs, moissonneuses, etc.), elle produit surtout un appauvrissement de la biodiversit&#233; doublement pr&#233;judiciable &#224; l'agriculture. D'une part, en s&#233;lectionnant un nombre limit&#233; de vari&#233;t&#233;s de plants cultiv&#233;s, elle augmente les risques de baisse brutale des rendements voire de v&#233;ritables catastrophes agricoles en favorisant le d&#233;veloppement &#233;pid&#233;mique des phytopathologies (microbiennes, virales, fongiques, etc.), une population &#233;tant d'autant plus vuln&#233;rable que sa vari&#233;t&#233; g&#233;n&#233;tique est limit&#233;e. La monoculture pr&#233;carise donc la situation mat&#233;rielle des agriculteurs et, plus largement, des populations humaines. Une pr&#233;carit&#233; encore accrue par leur d&#233;pendance &#233;conomique &#224; l'&#233;gard d'une seule marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, en dehors m&#234;me de ces situations exceptionnelles, l'appauvrissement de la biodiversit&#233; entra&#238;n&#233;e par la monoculture tend &#224; provoquer une baisse des rendements ou, du moins, un ralentissement de leur croissance. Se conjuguent ici diff&#233;rentes causes toutes li&#233;es au retour de la m&#234;me plante sur le m&#234;me sol : la d&#233;gradation de la structure du sol (tous les syst&#232;mes racinaires des plantes ne d&#233;composant pas le sol de la m&#234;me mani&#232;re, le maintien d'une m&#234;me plante sur un sol tend par cons&#233;quent &#224; en simplifier la structure) ; l'&#233;puisement de certains &#233;l&#233;ments nutritifs du sol (les besoins de chaque plante en nutriments min&#233;raux puis&#233;s dans le sol &#233;tant sp&#233;cifiques, le maintien d'une m&#234;me plante tend &#224; en d&#233;s&#233;quilibrer la composition physico-chimique), ce qui fragilise les plants et les rend plus vuln&#233;rables aux maladies ; la prolif&#233;ration des adventices[3] du fait d'une biodiversit&#233; insuffisante ou celle d'animaux ravageurs (insectes, rongeurs) attir&#233;s et fix&#233;s par la persistance d'un m&#234;me plant ; le d&#233;veloppement d'agents pathog&#232;nes dans la rhizosph&#232;re (la partie du sol p&#233;n&#233;tr&#233;e par les racines et o&#249; s'effectuent les &#233;changes nourriciers de la plante) du fait de l'enfouissement r&#233;gulier de d&#233;bris v&#233;g&#233;taux de nature identique, etc. (Lauer, Porter, Oplinger, 1997 ; D&#233;roul&#232;de et Labreuche, 2013 ; P&#233;rez, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte la n&#233;cessit&#233; d'un recours croissant aux engrais artificiels (nitrates, phosphates, potasse, etc., issus de l'industrie chimique, du fait notamment de la diminution voire de la disparition des engrais organiques fournis par les d&#233;jections animales) et aux pesticides pour augmenter ou simplement maintenir les rendements &#8211; autant d'intrants qui augmentent les co&#251;ts de production agricoles, en d&#233;primant par cons&#233;quent le taux de profit du capital agraire. En 2019, il s'est ainsi consomm&#233; quelque 189 millions de tonnes de fertilisants inorganiques (&#224; base d'azote, de phosphore et de potassium essentiellement) dans le monde, en progression de 40% par rapport &#224; 2000 ; en moyenne, il s'en est utilis&#233; quelque 122 kg par hectare en augmentation de 34 % sur la m&#234;me p&#233;riode (FAO, 2021 : 8-9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le recours croissant aux engrais artificiels que suppose la monoculture est lui-m&#234;me source de multiples effets pervers, tout comme celui aux pesticides qu'elle n&#233;cessite &#233;galement (cf. infra). En amont m&#234;me des champs, ces engrais sont fortement consommateurs d'hydrocarbures, que ce soit comme mati&#232;res premi&#232;res dont ils sont extraits ou comme combustibles n&#233;cessaires &#224; leur production, &#224; leur distribution et &#224; leur &#233;pandage. Leur production elle-m&#234;me n'est par ailleurs pas sans risque sanitaire pour les salari&#233;s et les populations environnantes des unit&#233;s de production. Dans les champs, les m&#234;mes risques affectent les agriculteurs qui les &#233;pandent et, l&#224; encore, les populations environnantes. Enfin en aval du champ, leur dispersion lors des &#233;pandages, leur lessivage par les pr&#233;cipitations et leur infiltration en profondeur dans les sols entra&#238;nent une pollution des eaux de ruissellement, partant des ruisseaux, rivi&#232;res, fleuves et zones c&#244;ti&#232;res, mais aussi des nappes phr&#233;atiques, pouvant aller jusqu'&#224; leur eutrophisation avec les cons&#233;quences que l'on sait. Sans compter les dangers que la pr&#233;sence de niveaux excessifs de phosphates et surtout de nitrates dans l'eau potable extraite des nappes phr&#233;atiques peut faire courir aux consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, la polyculture (en l'esp&#232;ce de la rotation culturale), qui plus est lorsqu'elle est associ&#233;e &#224; de l'&#233;levage, pr&#233;sente bien des avantages qui assurent en d&#233;finitive un meilleur rendement agricole &#224; moyen et long terme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gr&#226;ce aux syst&#232;mes racinaires diff&#233;rents, le profil du sol est mieux explor&#233;, ce qui se traduit par une am&#233;lioration des caract&#233;ristiques physiques du sol et notamment de sa structure (en limitant son compactage et sa d&#233;gradation). L'alimentation hydrique et la capacit&#233; d'exploration du sol des cultures sont ainsi am&#233;lior&#233;es et, avec elles, le pr&#233;l&#232;vement par les plantes des substances min&#233;rales dont elles se nourrissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'introduction de l&#233;gumineuses dans la rotation des cultures (rendue de toute fa&#231;on n&#233;cessaire d&#232;s lors que celles-ci sont associ&#233;es &#224; de l'&#233;levage) permet l'ajout d'azote dans le sol (directement ou par l'interm&#233;diaire du fumier d&#232;s lors qu'elles servent de fourrage) et y enrichit l'humus (la mati&#232;re organique en d&#233;composition dans le sol). D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les diff&#233;rents r&#233;sidus de culture participent &#224; la qualit&#233; de la mati&#232;re organique enfouie dans le sol et l'enrichissent en proportion de leur vari&#233;t&#233;. Ce qui r&#233;duit d'autant la n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; des engrais min&#233;raux (artificiels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le recours aux engrais organiques (fumiers, lisiers, etc.) de pr&#233;f&#233;rence &#224; ces derniers a les m&#234;mes vertus en conservant voire am&#233;liorant la teneur du sol en mati&#232;res organiques (Bockman et alii, 1990 : 103-104). De plus, il favorise la prolif&#233;ration des lombrics (vers de terre) qui &#339;uvrent &#224; ameublir les sols, en y favorisant la circulation de l'air, de l'eau et des sels min&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La succession de plantes de familles diff&#233;rentes et de p&#233;riodes de croissance diff&#233;rentes (culture de printemps et culture d'hiver) permet de rompre le cycle de certaines adventices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle contribue de m&#234;me &#224; rompre le cycle vital des organismes nuisibles aux cultures, notamment des arthropodes et des champignons qui sont souvent tr&#232;s sp&#233;cifiques. Certaines plantes ont m&#234;me un effet r&#233;pressif direct sur les ravageurs. C'est le cas par exemple du radis chinois sur les n&#233;matodes, de la moutarde sur le pi&#233;tin-&#233;chaudage et du sarrasin sur certaines adventices (effet d'all&#233;lopathie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;tudes men&#233;es sur longue p&#233;riode (respectivement sur trente-sept et sur cinquante-huit ans) au Canada, comparant les performances de la monoculture du ma&#239;s &#224; celles d'une culture alternant le ma&#239;s avec de l'avoine et de la luzerne ou d'une culture l'alternant avec du bl&#233; d'hiver et du soja (&#233;ventuellement associ&#233;s &#224; du tr&#232;fle rouge) ont permis d'&#233;tablir que les &#171; rotations de cultures diversifi&#233;es peuvent am&#233;liorer les rendements de toutes les cultures de la rotation &#187; et qu'en outre elles produisent &#171; une r&#233;duction des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre (GES) provenant du sol ; une plus grande disponibilit&#233; des nutriments du sol pour l'absorption par les cultures ; une r&#233;duction de l'&#233;rosion du sol et une am&#233;lioration de la biodiversit&#233; du sol &#187; (Agriculture et agroalimentaire Canada, 2021). Une autre &#233;tude men&#233;e dans le Sud-ouest du Kenya en 2007-2008, comparant des rotations de soja et ma&#239;s &#224; du ma&#239;s en monoculture, fertilis&#233; ou non, a conduit &#224; des conclusions similaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La production en graines de ma&#239;s en longue saison du ma&#239;s non fertilis&#233; en rotation &#233;tait comparable &#224; celle du ma&#239;s fertilis&#233; en monoculture et 30% plus &#233;lev&#233;e que celle du ma&#239;s en monoculture non fertilis&#233; en 2007, 90% en 2008 (&#8230;) Des rotations de soja permettent donc aux fermiers d'am&#233;liorer la qualit&#233; de leurs sols et non seulement de produire la m&#234;me quantit&#233; totale de ma&#239;s par ann&#233;e en une seule saison, mais de plus de produire des graines de soja riches en prot&#233;ines &#187; (Vandeplas et alii, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats n'ont finalement rien d'&#233;tonnant. Ils ne font que confirmer ce que des mill&#233;naires de pratiques agricoles avaient empiriquement enseign&#233; aux agriculteurs dans le cadre des agricultures pr&#233;capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout au long de l'histoire, la viabilit&#233; &#224; long terme des espaces agricoles a d&#233;pendu du maintien de la diversit&#233; fonctionnelle des sols, des esp&#232;ces cultiv&#233;es (et du plasma germinatif des semences au sein des esp&#232;ces), des arbres, des animaux et des insectes, afin de pr&#233;server l'&#233;quilibre &#233;cologique et les cycles des &#233;l&#233;ments nutritifs. A cette fin, les agro&#233;cosyst&#232;mes ont &#233;t&#233; g&#233;r&#233;s &#224; l'aide d'une s&#233;rie de techniques diff&#233;rentes, telles que la polyculture, la rotation, les engrais verts (transformation des tissus v&#233;g&#233;taux non d&#233;compos&#233;s en sols, g&#233;n&#233;ralement &#224; partir de l&#233;gumineuses riches en azote), la mise en jach&#232;re, l'agroforesterie, la s&#233;lection rigoureuse des semences et l'int&#233;gration de populations animales de petite taille &#187; (Weis, 2007 : 29). (A suivre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Sauf mention contraire, j'utiliserai toujours le terme d'agriculture dans un sens large, incluant non seulement la culture du sol (l'agriculture au sens strict) mais encore l'&#233;levage et la sylviculture. Par agriculture capitaliste, j'entends ici une agriculture principalement voire exclusivement finalis&#233;e par la valorisation d'un capital agraire, par opposition &#224; une agriculture dont la fin principale voire exclusive est au contraire la reproduction des producteurs (des agriculteurs et de leur famille).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La monoculture est la culture d'une seule esp&#232;ce de plantes sur une m&#234;me parcelle au cours d'ann&#233;es successives. Le terme ne s'applique cependant qu'aux cultures annuelles, les cultures p&#233;rennes, comme la vigne ou les arbres fruitiers, &#233;tant bien entendu maintenues sur la m&#234;me parcelle pendant de nombreuses ann&#233;es. Elle s'oppose &#224; la polyculture, que celle-ci se pratique dans l'espace (culture de plusieurs plantes sur une m&#234;me parcelle, de mani&#232;re simultan&#233;e ou s&#233;quentielle) ou dans le temps (la succession de diff&#233;rentes plantes sur la m&#234;me parcelle d'une ann&#233;e &#224; l'autre, que ce soit dans le cadre d'une rotation culturale ou non).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les adventices sont des plantes qui poussent sur un terrain cultiv&#233; sans y avoir &#233;t&#233; sem&#233;. On les appelle commun&#233;ment &#171; mauvaises herbes &#187; parce qu'elles sont ind&#233;sirables du fait qu'elles parasitent (concurrencent) les plants cultiv&#233;s. L'agriculture conventionnelle cherche ordinairement &#224; s'en d&#233;barrasser par le recours &#224; des herbicides alors m&#234;me qu'elles sont susceptibles de jouer un r&#244;le positif en terme de r&#233;gulation &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agriculture et agroalimentaire canada (2021), &#171; Les rotations de cultures diversifi&#233;es permettent d'augmenter les rendements, d'am&#233;liorer la sant&#233; des sols et de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre &#187;, &lt;a href=&#034;https://agriculture.canada.ca/fr/nouvelles-dagriculture-agroalimentaire-canada/realisations-scientifiques-agriculture/rotations-cultures-diversifiees-permettent-daugmenter-rendements-dameliorer-sante-sols-reduire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://agriculture.canada.ca/fr/nouvelles-dagriculture-agroalimentaire-canada/realisations-scientifiques-agriculture/rotations-cultures-diversifiees-permettent-daugmenter-rendements-dameliorer-sante-sols-reduire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angus Ian (2023), &#171; L'apocalypse des insectes dans l'Anthropoc&#232;ne (I) &#224; (IV) &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 28 avril 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berlan Jean-Pierre (2001), &#171; La g&#233;n&#233;tique agricole : cent cinquante ans de mystification. Des origines aux chim&#232;res g&#233;n&#233;tiques &#187; dans Berlan Jean-Pierre et alii, La guerre au vivant. Organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s &amp; autres mystifications scientifiques, Marseille et Montr&#233;al, Agone et Comeau &amp; Nadeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bihr Alain (2021), &#171; Le vampirisme du capital &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 4 mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bockman Oluf et alii (1990), Agriculture et fertilisation. Les engrais &#8211; Leur avenir, Oslo, Norsk Hydro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;roul&#232;de Mathias et Labreuche J&#233;r&#244;me (2013), &#171; Bl&#233; sur bl&#233; : des rendements qui finissent par d&#233;crocher &#187;, Perspective agricoles, n&#176;400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diry Jean-Paul (1985) L'industrialisation de l'&#233;levage en France. &#201;conomie et g&#233;ographie des fili&#232;res avicoles et porcines, Paris, &#201;ditions Ophrys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FAO (2021), Statistical Yearbook, Food and Agriculture Organization of the United Nations, Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faure Yann et Reinert Magali (2023a), &#171; L'&#233;levage industriel est un r&#233;servoir &#224; pand&#233;mies humaines &#187;, Reporterre, 19 septembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faure Yann et Reinert Magali (2023b), &#171; Le &#8220;sc&#233;nario apocalyptique&#8221; des &#233;levages industriels, r&#233;sistants aux bact&#233;ries &#187;, Reporterre, 20 septembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauer Joe, Porter Paul et Oplinger Ed (1997), &#171; The Corn and Soybean Rotation Effect &#187;, Corn Agronomy, Universit&#233; du Wisconsin, &lt;a href=&#034;http://corn.agronomy.wisc.edu/AA/A014.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://corn.agronomy.wisc.edu/AA/A014.aspx&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx Karl (1976 [1894]), Le Capital. Livre III, Paris, Editions Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolino Fabrice (2021), Le crime &#233;tait presque parfait. L'enqu&#234;te choc sur les pesticides et les SDHI, Paris, Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolino Fabrice et Veillerette Fran&#231;ois (2004), Pesticides. R&#233;v&#233;lations sur un scandale fran&#231;ais, Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pajot Emmanuel et Regnault-Roger Catherine (2008), &#171; Stimulation des d&#233;fenses naturelles des plantes et r&#233;sistance induite : une nouvelle approche phytosanitaire ? &#187; dans Philog&#232;ne Bernard, Regnault-Roger Catherine, Vincent Charles (coord.), Biopesticides d'origine v&#233;g&#233;tale, Paris, Editions Tec&amp;Doc/Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perez Julia (2020), &#171; La monoculture est-elle vraiment rentable ? &#187;, Le blog de l'OMPE, &lt;a href=&#034;https://www.ompe.org/la-monoculture-est-elle-vraiment-rentable/#:~:text=Dans%20le%20Languedoc%2DRoussillon%20et,inf%C3%A9rieur%20de%2027%20%25%20en%20moyenne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ompe.org/la-monoculture-est-elle-vraiment-rentable/#:~:text=Dans%20le%20Languedoc%2DRoussillon%20et,inf%C3%A9rieur%20de%2027%20%25%20en%20moyenne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philog&#232;ne Bernard, Regnault-Roger Catherine, Vincent Charles (2008), &#171; Biopesticides d'originale v&#233;g&#233;tale : bilan et perspectives &#187; dans Id.(coord.), Biopesticides d'origine v&#233;g&#233;tale, Paris, Editions Tec&amp;Doc/Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;ralini Gilles-&#201;ric (2010), Ces OGM qui changent le monde, Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seralini Gilles-&#201;ric (2012), Tous cobayes : OGM, pesticides, produits chimiques, Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suty Lydie (2010), La lutte biologique : Vers de nouveaux &#233;quilibres &#233;cologiques, Dijon&amp;Versailles, Educagri&amp;&#201;ditions Quae.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vandeplas Isabelle et alii (2012), &#171; Le soja : une option pour rassasier les sols et les fermiers au Kenya &#187; dans Roose &#201;ric, Duchaufour Herv&#233; et De Noni Georges (dir.), Lutte anti&#233;rosive : R&#233;habilitation des sols tropicaux et protection contre les pluies exceptionnelles [en ligne], Marseille, IRD &#201;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weis Tony (2007), The Global Food Economy : The Battle for the Future of Farming. Londres et New York, Zed Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Forcer la nature &#224; ne pas produire ce qu'elle produit spontan&#233;ment (II)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-qu-elle-produit-spontanement-II</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-qu-elle-produit-spontanement-II</guid>
		<dc:date>2023-10-17T10:49:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-10-17</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En agronomie, on nomme &#171; nuisibles &#187; les adventices, les insectes et acariens parasites ou ravageurs, les rongeurs mais aussi les champignons, les bact&#233;ries, les virus (certains peuvent &#234;tre pathog&#232;nes pour la plante comme ils le sont pour l'animal et l'humain) qui prolif&#232;rent plus ou moins spontan&#233;ment au sein des cultures mais sont susceptibles de nuire &#224; la croissance ou &#224; la sant&#233; des v&#233;g&#233;taux et, partant, aux rendements agricoles. Ils peuvent m&#234;me provoquer de v&#233;ritables catastrophes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-10-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-10-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/586018469_socialmedia-fef8a.jpg?1701455488' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En agronomie, on nomme &#171; nuisibles &#187; les adventices, les insectes et acariens parasites ou ravageurs, les rongeurs mais aussi les champignons, les bact&#233;ries, les virus (certains peuvent &#234;tre pathog&#232;nes pour la plante comme ils le sont pour l'animal et l'humain) qui prolif&#232;rent plus ou moins spontan&#233;ment au sein des cultures mais sont susceptibles de nuire &#224; la croissance ou &#224; la sant&#233; des v&#233;g&#233;taux et, partant, aux rendements agricoles. Ils peuvent m&#234;me provoquer de v&#233;ritables catastrophes agricoles et alimentaires : cf. le mildiou responsable de la crise de la pomme de terre en Irlande dans les ann&#233;es 1845-1850 ; le phyllox&#233;ra qui a ravag&#233; les vignobles europ&#233;ens entre 1870 et 1910 ; le doryphore d&#233;barqu&#233; avec les troupes &#233;tats-uniennes &#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale et qui s'est attaqu&#233; aux pommes de terre du Vieux Continent, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ecologie/forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-quelle-produit-spontanement-ii.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
12 octobre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Alain Bihr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un militant de Greenpeace proteste contre l'utilisation indiscrimin&#233;e de pesticides agricoles devant le Congr&#232;s national du Br&#233;sil le 4 octobre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;limination des &#171; nuisibles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En agriculture capitaliste, ces esp&#232;ces sont couramment combattues par le recours massif aux pesticides. Au sens large, ce sont des substances (naturelles ou artificielles, souvent produites dans ce dernier cas par la chimie de synth&#232;se) destin&#233;es &#224; les &#233;liminer ou, du moins, &#224; en limiter la prolif&#233;ration. En ce sens, le terme d&#233;signe aussi bien des herbicides (luttant contre les adventices), des insecticides (luttant contre les insectes ravageurs mais aussi contre les arthropodes qui ne sont pas des insectes), des fongicides (luttant contre les champignons) et des parasiticides (dirig&#233;s notamment contre les vers, les pucerons, etc.). L&#224; encore, il s'agit donc de s&#233;parer des esp&#232;ces que la nature tend spontan&#233;ment &#224; r&#233;unir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le XIXe si&#232;cle, l'agriculture europ&#233;enne et nord-am&#233;ricaine a eu recours &#224; des pesticides issus de la chimie min&#233;rale (exemple : la fameuse bouillie bordelaise, m&#233;lange de sulfate de cuivre et de chaux, pour lutter contre des champignons s'attaquant &#224; la vigne et &#224; la pomme de terre). Et d&#233;j&#224; s'&#233;laborent les premiers pesticides issus de la chimie organique de synth&#232;se (exemple : le fameux DDT synth&#233;tis&#233; d&#232;s 1874 par Othmar Zeidler &#224; Strasbourg, bien que ses propri&#233;t&#233;s insecticides n'aient &#233;t&#233; identifi&#233;es qu'en 1939 par Paul Hermann M&#252;ller, employ&#233; de la firme Geigy de B&#226;le, ce qui lui a valu le prix Nobel de m&#233;decine en 1948, en d&#233;pit du fait que le DDT allait se r&#233;v&#233;ler rapidement un biocide hautement canc&#233;rig&#232;ne). Les pesticides actuels sont pour la plupart des produits de l'industrie p&#233;trochimique. Leur usage s'est surtout d&#233;velopp&#233; apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de ce qu'on a appel&#233; la &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution verte&lt;/i&gt; &#187; dont ils ont &#233;t&#233; une composante essentielle, en contribuant &#224; l'augmentation de la productivit&#233; du travail agricole (accroissement des rendements). A l'heure qu'il est, leur production est domin&#233;e au niveau mondial par quatre grandes firmes : la chinoise ChemChina (qui a achet&#233; la suisse Syngenta, r&#233;sultant elle-m&#234;me de la fusion des activit&#233;s agrochimiques de Novartis et AstraZeneca), l'allemande Bayer (qui a absorb&#233; l'&#233;tats-unienne Monsanto et la branche agrochimique de la franco-allemande Aventis), DuPont de Nemours apr&#232;s sa fusion avec Dow Chemical, toutes deux &#233;tats-uniennes, enfin l'allemande BASF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage de ces pesticides dans l'agriculture capitaliste (&#224; la hauteur de plusieurs centaines de substances actives diff&#233;rentes) n'a cess&#233; d'augmenter au cours des derni&#232;res d&#233;cennies en d&#233;pit des r&#233;glementations visant &#224; les limiter ou m&#234;me &#224; les interdire. Entre 2000 et 2012, leur quantit&#233; utilis&#233;e s'est accrue de 36% pour stagner depuis lors. L'Asie &#224; elle seule en a absorb&#233; plus de la moiti&#233; en 2019 (52%), suivie par les Am&#233;riques (33%) ; ce sont aussi ces deux continents qui en utilisent le plus par hectare cultiv&#233; (plus de 3,5 kg/ha), suivis par l'Oc&#233;anie (plus de 2 kg/ha) et l'Europe (1,5 kg/ha), l'Afrique fermant le ban (0,4 kg/an), avec de fortes disparit&#233;s r&#233;gionales au sein de chaque continent cependant (FAO, 2021 : XII, 7). La France est la premi&#232;re utilisatrice de pesticides en Europe (sa consommation repr&#233;sente le tiers de la consommation europ&#233;enne totale) et la quatri&#232;me dans le monde apr&#232;s le Br&#233;sil, les Etats-Unis et le Japon (S&#233;ralini, 2012 : 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'agriculture capitaliste ne peut se passer de recourir de mani&#232;re massive et accrue aux pesticides tout simplement parce qu'elle est elle-m&#234;me responsable de la prolif&#233;ration des &#171; nuisibles &#187; et qu'elle est par cons&#233;quent engag&#233;e ainsi dans une course sans fin contre eux. Est ici en cause tout d'abord son recours excessif aux engrais qui favorise tout aussi bien les adventices parasitaires que les plants cultiv&#233;s auxquels sont en principe destin&#233;s les &#233;pandages &#8211; l&#224; o&#249; le recours au sarclage, au paillage ou au &#171; br&#251;lis &#187; ou encore celui &#224; des cultures mixtes (par exemple du tr&#232;fle cultiv&#233; sous du bl&#233;) pourraient &#234;tre plus efficaces. En modifiant l'acidit&#233; du sol, les engrais peuvent de m&#234;me favoriser certaines maladies des racines. Par ailleurs, l'agriculture intensive stimule le d&#233;veloppement de certains agents pathog&#232;nes (virus, champignons, bact&#233;ries) : une croissance plus rapide de la plante conduit &#224; un couvert v&#233;g&#233;tal plus pr&#233;coce et plus dense, partant &#224; des conditions d'humidit&#233; plus favorables aux champignons mais aussi &#224; certains insectes. Enfin, la monoculture extensive stimule la diffusion rapide d'un facteur pathog&#232;ne, l&#224; o&#249; la biodiversit&#233; (spatiale mais aussi temporelle) constitue au contraire un frein &#224; cette diffusion, comme on le verra encore. Et ce d'autant plus que la monoculture n'offre pas un habitat favorable aux pr&#233;dateurs naturels des agents pathog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets d&#233;sastreux de l'usage des pesticides sont d&#233;sormais bien r&#233;pertori&#233;s (cf. Nicolino et Veillerette, 2007, sur le cas fran&#231;ais). A commencer dans l'agriculture elle-m&#234;me. Ainsi, l'utilisation les SDHI (acronyme de l'anglais &lt;i&gt;succinate dehydrogenase inhibitor&lt;/i&gt; : inhibiteur de la succcinate d&#233;shydrog&#233;nase ou complexe II de la cha&#238;ne respiratoire) nuisent ainsi gravement aux lombrics, dont les effets d'ameublement, d'a&#233;ration, d'hydratation et d'entretien de la microbiologie des sols sont d&#233;sormais document&#233;s. Certains pesticides (de la classe des n&#233;onicotino&#239;des, notamment le Gaucho et le R&#233;gent) ont tu&#233; en masse abeilles et autres pollinisateurs et ont provoqu&#233; l'effondrement de la production de miel avant d'&#234;tre interdits &#8211; mais d'autres n&#233;onicotino&#239;des continuent &#224; &#234;tre autoris&#233;s et largement utilis&#233;s. En s'accumulant dans les sols (les sols recueillent couramment 90% des pesticides utilis&#233;s), leurs r&#233;sidus tendant &#224; d&#233;grader leur microfaune et leur biodiversit&#233; et finalement &#224; produire des l&#233;gumes et fruits de moindre qualit&#233;. S'ajoute &#224; cela que, d'une part, les pesticides tendent &#224; favoriser le d&#233;veloppement de r&#233;sistances de la part des organismes attaqu&#233;s et donc &#224; r&#233;duire leur propre efficacit&#233; tandis que, d'autre part, ils favorisent souvent le d&#233;veloppement de nouveaux &#171; nuisibles &#187; en &#233;liminant leurs antagonistes naturels. Double effet pervers qui n&#233;cessite de recourir r&#233;guli&#232;rement &#224; de nouvelles substances, souvent plus dangereuses encore, en un v&#233;ritable cercle vicieux sans cesse aggrav&#233;. C'est ainsi qu'en France, entre 1934 et 1972, on est officiellement pass&#233; de 236 esp&#232;ces class&#233;es parasites des cultures (dont 140 esp&#232;ces d'insectes) &#224; 643, soit pr&#232;s de trois plus (dont 278 esp&#232;ces d'insectes, soit deux fois plus) (Nicolino et Veillerette, 2007 : 115). Et, au-del&#224; de ces effets pervers, c'est un vrai cercle vicieux syst&#233;mique qui s'instaure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;)&lt;i&gt; les agriculteurs ont besoin d'un pesticide pour &#233;liminer un insecte devenu ravageur parce que les &#8220;mauvaises&#8221; herbes sur lesquelles il vivait ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;es par les herbicides, lesquels ont &#233;t&#233; introduits pour supprimer le sarclage m&#233;canique, lequel est interdit par l'augmentation de la densit&#233; de plantation, laquelle a &#233;t&#233; accrue parce que les plantes ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;es pour leur productivit&#233; &#224; haute densit&#233;, laquelle leur permet de tirer parti de l'utilisation massive d'engrais &#224; bas prix, laquelle rend les plantes encore plus app&#233;tissantes aux ravageurs et ainsi de suite&lt;/i&gt; &#187; (Berlan, 2001 : 47-48).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cercle vicieux qui fait le bonheur de l'industrie chimique productrice des pesticides, dont le chiffre d'affaires ne fait qu'augmenter : &#171; &lt;i&gt;les ventes mondiales d'herbicides ont totalis&#233; 39 milliards de dollars en 2021 et (&#8230;) elles devraient atteindre 49 milliards de dollars d'ici &#224; 2027. Les chiffres &#233;quivalents pour les insecticides sont de 19,5 milliards de dollars et de 28,5 milliards de dollars&lt;/i&gt; &#187; (Angus, 2023 &#8211; IV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'agriculture, l'usage des pesticides de synth&#232;se entra&#238;ne des ph&#233;nom&#232;nes de pollution de l'air (lors de leur &#233;pandage), des sols et des aquif&#232;res (par lessivage) au point de rendre imbuvable l'eau r&#233;put&#233;e l&#233;galement potable dans de nombreuses localit&#233;s et r&#233;gions, pollution qui contamine n&#233;cessairement un grand nombre de fruits et de l&#233;gumes que nous consommons. Leurs effets sanitaires sont souvent catastrophiques, tant sur la flore et la faune sauvages ou cultiv&#233;es que sur l'homme. Outre les dangers sanitaires que leur &#233;pandage implique pour les agriculteurs eux-m&#234;mes et les populations environnantes, leurs r&#233;sidus pr&#233;sents dans l'environnement et jusque dans notre alimentation menacent la sant&#233; publique en g&#233;n&#233;ral[4]. Car nombre d'entre eux sont des canc&#233;rig&#232;nes ou des perturbateurs des syst&#232;mes endocrinien et immunitaire av&#233;r&#233;s par de multiples &#233;tudes ; certains sont ainsi soup&#231;onn&#233;s d'&#234;tre responsables d'une recrudescence des cas d'infertilit&#233; (baisse de la quantit&#233; et de la qualit&#233; du sperme), d'autres de provoquer des troubles cognitifs et des maladies neurod&#233;g&#233;n&#233;ratives (comme la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, la maladie de Creutzfeldt-Jakob) par leurs effets neurotoxiques, etc. Le glyphosate (principal herbicide, commercialis&#233; par Monsanto, maintenant Bayer, sous le nom de Roundup) est canc&#233;rig&#232;ne. Les fongicides du type SDHI s'attaquent &#224; la fonction respiratoire des champignons mais aussi, outre &#224; celle des lombrics, celle des abeilles et d'autres insectes encore et, plus largement, de tous les vivants en milieu a&#233;rien, dont l'&#234;tre humain (Nicolino, 2021). Quant &#224; la dioxine directement pr&#233;sente dans certains pesticides ou produite par leur d&#233;gradation, elle est &#224; la fois &#224; la fois canc&#233;rig&#232;ne, neurotoxique, perturbateur des syst&#232;mes endocrinien et immunitaire et t&#233;ratog&#232;ne : en somme, tout pour&#8230; d&#233;plaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-on en d&#233;finitive s'en &#233;tonner ? Il suffit pourtant d'&#234;tre attentif &#224; l'&#233;tymologie du mot pesticide, form&#233; &#224; partir de deux racines latines :&lt;i&gt; pestis&lt;/i&gt; qui signifie fl&#233;au (il a donn&#233; peste en fran&#231;ais) et &lt;i&gt;caedere &lt;/i&gt; qui signifie tout simplement&#8230; tuer. Comment l'&#233;pandage de masse &#233;norme de produits fait pour tuer des champignons (fongicides), des v&#233;g&#233;taux (herbicides) et des animaux (insecticides) pourrait-il ne pas finir par tuer des &#234;tres humains, autrement dit se r&#233;v&#233;ler aussi homicides ? On comprend que les multinationales de l'agrochimie aient tenu, dans une inversion typique de la novlangue, &#224; qualifier ces poisons de produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques, sous le pr&#233;texte qu'ils contribueraient &#224; la sant&#233; des plantes de mani&#232;re prophylactique ou curative !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe pourtant des alternatives s&#233;rieuses aux pesticides issus de la chimie organique de synth&#232;se. Trois voies peuvent &#234;tre suivies en la mati&#232;re. La premi&#232;re consiste tout simplement &#224; exploiter et stimuler les d&#233;fenses naturelles des plantes. Comme tous les vivants, les v&#233;g&#233;taux produisent leurs propres substances d&#233;fensives qui peuvent les pr&#233;server (plus ou moins) contre certains de leurs agresseurs potentiels, pr&#233;dateurs ou agents pathog&#232;nes, sans quoi ils n'auraient pas r&#233;sist&#233; &#224; l'&#233;preuve de la s&#233;lection naturelle au cours de l'&#233;volution. Ainsi, contre les insectes m&#226;cheurs (type chenilles, sauterelles, etc.), ils peuvent aussi synth&#233;tiser des polym&#232;res, la lignine, qui &#233;rigent une barri&#232;re physique &#224; leur agression. Contre des acariens, ils sont capables d'&#233;laborer des toxines, des r&#233;pulsifs et des prot&#233;ines qui contrarient leur digestion et m&#234;me des compos&#233;s volatils qui &#171; alertent &#187; des pr&#233;dateurs de ces insectes. Les plantes synth&#233;tisent aussi leurs propres &#171; antibiotiques &#187; (d&#233;riv&#233;s r&#233;actifs de l'oxyg&#232;ne, oxyde nitrique, acide salicylique, enzymes, phytoalexine, etc.) qui peuvent provoquer la mort (n&#233;crose) de la partie d&#233;j&#224; infect&#233;e de la plante pour limiter la progression de la maladie ou m&#234;me tuer directement les agents pathog&#232;nes. Et ces r&#233;actions de d&#233;fense ne se limitent pas aux seules zones de la plante qui font l'objet d'une agression actuelle (r&#233;sistance locale) mais sont capables de se diffuser dans toute la plante pour lui permettre de faire face &#224; une agression potentielle (r&#233;sistance syst&#233;mique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines des substances participant &#224; ces m&#233;canismes de d&#233;fense sont d'ailleurs utilis&#233;es de longue date comme biopesticides. Ainsi de certains alcalo&#239;des, tels la nicotine contenue dans le tabac ou la v&#233;ratrine extraite d'une plante commune dans les Balkans, toutes deux excellents insecticides malheureusement aussi toxiques &#224; certaines concentrations pour les mammif&#232;res ; ou des pyr&#232;thres, contenus notamment dans les chrysanth&#232;mes, tr&#232;s efficaces contre les poux et peu toxique pour les mammif&#232;res ; de certaines huiles v&#233;g&#233;tales, telle celle de colza, utilis&#233;e contre les ravageurs du ma&#239;s, des vergers et des l&#233;gumes ; ou encore l'huile de neem (margousier), dont les vertus insecticides et n&#233;maticides sont exploit&#233;es par les paysans du sous-continent indien de mani&#232;re ancestrale. Toute une branche de phytopharmacie travaille actuellement &#224; identifier, &#233;valuer et doser les mol&#233;cules actives au sein de ces substances pour en tirer de nouvelles g&#233;n&#233;rations de biopesticides (Philog&#232;ne, Regnault-Roger et Vincent, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la capacit&#233; qu'ont les plantes de d&#233;velopper des m&#233;canismes de d&#233;fense contre des pr&#233;dateurs ou des agents pathog&#232;nes ouvrent la voie &#224; l'&#233;laboration de &#171; stimulateurs de d&#233;fenses naturelles &#187; (SDN) via la connaissance des processus biochimiques mis en &#339;uvre par ces m&#233;canismes. Ces derniers jouant un r&#244;le analogue &#224; celui du syst&#232;me immunitaire des mammif&#232;res, il s'agit en somme de les d&#233;clencher ou de stimuler de mani&#232;re pr&#233;ventive ou curative comme lors d'une vaccination. De tels SDN ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mis au point, tels l'harpine, une prot&#233;ine d'origine bact&#233;rienne, employ&#233;e avec succ&#232;s sur un grand nombre de cultures ; idem en ce qui concerne des extraits d'algues ou de lierres. Mais les m&#233;canismes de d&#233;fense des v&#233;g&#233;taux ne nous sont encore que partiellement connus et laissent augurer d'autres possibilit&#233;s encore de les potentialiser &#224; l'avenir (Pajot et Regnault-Roger, 2008 ; Suty, 2010 : 152-155).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deuxi&#232;me lieu, il s'agit l&#224; encore de jouer des vertus de la biodiversit&#233;. Celle-ci accro&#238;t en effet la capacit&#233; des v&#233;g&#233;taux de se d&#233;fendre globalement (collectivement en somme) contre les &#171; nuisibles &#187; en diversifiant le bagage g&#233;n&#233;tique disponible, donc en enrichissant le potentiel de r&#233;action des v&#233;g&#233;taux &#224; leur agression. Des rotations entre c&#233;r&#233;ales d'hiver et de printemps permettent de &#171; casser &#187; les cycles v&#233;g&#233;tatifs et de r&#233;duire le &#171; stock &#187; de graines dans le sol. Et le m&#234;me principe peut &#234;tre mis en &#339;uvre dans l'espace : on peut limiter la propagation des bioagresseurs en organisant des mosa&#239;ques de cultures et en introduisant des h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;s dans le paysage agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste en dernier lieu la possibilit&#233; de recourir &#224; la lutte biologique. Celle-ci se fonde sur l'utilisation d'organismes antagoniques (ou de leurs produits) des &#171; nuisibles &#187;, non pas n&#233;cessairement dans le but d'&#233;liminer radicalement ces derniers (ce qui est le plus souvent impossible et n'est m&#234;me pas toujours souhaitable) mais d'en limiter la prolif&#233;ration &#224; un niveau &#233;cologiquement soutenable et &#233;conomiquement supportable. C'est donc &#171; &lt;i&gt;une strat&#233;gie pour restaurer la biodiversit&#233; fonctionnelle des &#233;cosyst&#232;mes par reconstitution ou augmentation des populations de pr&#233;dateurs des esp&#232;ces nuisibles dont on veut diminuer la population&lt;/i&gt; &#187; (Suty, 2010 : 10). Ces organismes antagoniques, appel&#233;s auxiliaires dans la lutte biologique, ne sont pas n&#233;cessairement des pr&#233;dateurs au sens propre (des organismes qui ne nourrissent des &#171; nuisibles &#187;), comme des insectes (par exemple des coccinelles pr&#233;datrices du puceron ou de la cochenille, des gu&#234;pes pr&#233;datrices de la pyrale du ma&#239;s, des punaises pr&#233;datrices de chenilles ou de thrips, du papillon&lt;i&gt; Cactobastis cactorum &lt;/i&gt; pr&#233;dateur du cactus-raquettes, de l'acarien &lt;i&gt;Typhodromulus aripo&lt;/i&gt; qui s'attaque avec bonheur &#224; un autre acarien parasite du manioc) mais aussi des batraciens, des reptiles, des oiseaux. Il peut s'agir aussi de parasito&#239;des : des insectes ou des n&#233;matodes (vers) dont les larves se d&#233;veloppent aux d&#233;pens des &#171; nuisibles &#187; ; ou de comp&#233;titeurs qui limitent leur acc&#232;s &#224; leurs ressources en espace, lumi&#232;re, oxyg&#232;ne, aliments, partenaires sexuels, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte biologique peut aussi recourir &#224; des biopesticides. Des pesticides biochimiques ; par exemple des ph&#233;romones sp&#233;cifiques qui d&#233;sorientent les m&#226;les et limitent les accouplements, donc la reproduction de l'esp&#232;ce cible jusqu'&#224; pouvoir provoquer son extinction. Des pesticides microbiens : bact&#233;riens (exemple :&lt;i&gt; Bacillus thuringiensis&lt;/i&gt; synth&#233;tise des cristaux prot&#233;iques qui, ing&#233;r&#233;s par l'insecte parasite : teigne du poireau, doryphore, noctuelle, pyrale du buis, etc., provoque une paralysie de son syst&#232;me digestif) ; cryptogamiques (exemple : des conidies capables d'infecter des insectes) ; ou viraux (exemple : les baculovirus ont un tropisme sp&#233;cifique pour les invert&#233;br&#233;s et certains sont utilis&#233;s avec succ&#232;s dans la lutte contre les ravageurs de for&#234;ts de feuillus). Ces biopesticides pr&#233;sentent de multiples avantages : ils sont souvent moins chers que les pesticides conventionnels ; ils sont efficaces &#224; petite dose ; ils poss&#232;dent une s&#233;lectivit&#233; remarquable envers leurs cibles ; ils sont biod&#233;gradables et ne laissent aucun r&#233;sidu ; pour toutes ces raisons, ils sont moins globalement moins &#233;cotoxiques que les pesticides produits par la chimie de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devine cependant que la lutte biologique est une strat&#233;gie difficile &#224; mettre en &#339;uvre. Dans la mesure o&#249; elle vise &#224; &#233;tablir ou r&#233;tablir un &#233;quilibre au sein d'un &#233;cosyst&#232;me en y renfor&#231;ant un des &#233;l&#233;ments constitutifs (un des organismes parties prenantes de cet &#233;cosyst&#232;me) ou en y introduisant un &#233;l&#233;ment nouveau (un organisme allochtone), il faut &#233;videmment veiller &#224; ce que cette action ne nuise pas &#224; d'autres &#233;l&#233;ments pr&#233;sents dans ce m&#234;me &#233;cosyst&#232;me au point d'y provoquer de nouveaux d&#233;s&#233;quilibres voire de menacer l'&#233;cosyst&#232;me tout entier. Elle suppose donc des &#233;tudes pr&#233;alables tenant compte des caract&#233;ristiques du biotope et de la dynamique des populations qui le composent et un suivi attentif aux r&#233;sultats obtenus. (&lt;strong&gt;A suivre&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#171; &lt;i&gt;Selon le minist&#232;re de l'Agriculture, des r&#233;sidus de pesticides sont d&#233;tect&#233;s dans 30,2 % des cas pour les carotte, 23 &#224; 44 % pour les endives (selon les ann&#233;es), 45,8 % pour les prunes, 40 % pour les concombres, 28,3 % pour les poireaux&lt;/i&gt;&#8230; &#187; s'agissant de fruits et l&#233;gumes trait&#233;s avec des pesticides (S&#233;ralini, 2010 : 152).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agriculture et agroalimentaire canada (2021), &#171; Les rotations de cultures diversifi&#233;es permettent d'augmenter les rendements, d'am&#233;liorer la sant&#233; des sols et de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre &#187;, &lt;a href=&#034;https://agriculture.canada.ca/fr/nouvelles-dagriculture-agroalimentaire-canada/realisations-scientifiques-agriculture/rotations-cultures-diversifiees-permettent-daugmenter-rendements-dameliorer-sante-sols-reduire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://agriculture.canada.ca/fr/nouvelles-dagriculture-agroalimentaire-canada/realisations-scientifiques-agriculture/rotations-cultures-diversifiees-permettent-daugmenter-rendements-dameliorer-sante-sols-reduire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angus Ian (2023), &#171; L'apocalypse des insectes dans l'Anthropoc&#232;ne (I) &#224; (IV) &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 28 avril 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berlan Jean-Pierre (2001), &#171; La g&#233;n&#233;tique agricole : cent cinquante ans de mystification. Des origines aux chim&#232;res g&#233;n&#233;tiques &#187; dans Berlan Jean-Pierre et alii, La guerre au vivant. Organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s &amp; autres mystifications scientifiques, Marseille et Montr&#233;al, Agone et Comeau &amp; Nadeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bihr Alain (2021), &#171; Le vampirisme du capital &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 4 mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bockman Oluf et alii (1990), Agriculture et fertilisation. Les engrais &#8211; Leur avenir, Oslo, Norsk Hydro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;roul&#232;de Mathias et Labreuche J&#233;r&#244;me (2013), &#171; Bl&#233; sur bl&#233; : des rendements qui finissent par d&#233;crocher &#187;, Perspective agricoles, n&#176;400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diry Jean-Paul (1985) L'industrialisation de l'&#233;levage en France. &#201;conomie et g&#233;ographie des fili&#232;res avicoles et porcines, Paris, &#201;ditions Ophrys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FAO (2021), Statistical Yearbook, Food and Agriculture Organization of the United Nations, Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faure Yann et Reinert Magali (2023a), &#171; L'&#233;levage industriel est un r&#233;servoir &#224; pand&#233;mies humaines &#187;, Reporterre, 19 septembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faure Yann et Reinert Magali (2023b), &#171; Le &#8220;sc&#233;nario apocalyptique&#8221; des &#233;levages industriels, r&#233;sistants aux bact&#233;ries &#187;, Reporterre, 20 septembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauer Joe, Porter Paul et Oplinger Ed (1997), &#171; The Corn and Soybean Rotation Effect &#187;, Corn Agronomy, Universit&#233; du Wisconsin, &lt;a href=&#034;http://corn.agronomy.wisc.edu/AA/A014.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://corn.agronomy.wisc.edu/AA/A014.aspx&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx Karl (1976 [1894]), Le Capital. Livre III, Paris, Editions Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolino Fabrice (2021), Le crime &#233;tait presque parfait. L'enqu&#234;te choc sur les pesticides et les SDHI, Paris, Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolino Fabrice et Veillerette Fran&#231;ois (2004), Pesticides. R&#233;v&#233;lations sur un scandale fran&#231;ais, Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pajot Emmanuel et Regnault-Roger Catherine (2008), &#171; Stimulation des d&#233;fenses naturelles des plantes et r&#233;sistance induite : une nouvelle approche phytosanitaire ? &#187; dans Philog&#232;ne Bernard, Regnault-Roger Catherine, Vincent Charles (coord.), Biopesticides d'origine v&#233;g&#233;tale, Paris, Editions Tec&amp;Doc/Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perez Julia (2020), &#171; La monoculture est-elle vraiment rentable ? &#187;, Le blog de l'OMPE, &lt;a href=&#034;https://www.ompe.org/la-monoculture-est-elle-vraiment-rentable/#:~:text=Dans%20le%20Languedoc%2DRoussillon%20et,inf%C3%A9rieur%20de%2027%20%25%20en%20moyenne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ompe.org/la-monoculture-est-elle-vraiment-rentable/#:~:text=Dans%20le%20Languedoc%2DRoussillon%20et,inf%C3%A9rieur%20de%2027%20%25%20en%20moyenne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philog&#232;ne Bernard, Regnault-Roger Catherine, Vincent Charles (2008), &#171; Biopesticides d'originale v&#233;g&#233;tale : bilan et perspectives &#187; dans Id.(coord.), Biopesticides d'origine v&#233;g&#233;tale, Paris, Editions Tec&amp;Doc/Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;ralini Gilles-&#201;ric (2010), Ces OGM qui changent le monde, Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seralini Gilles-&#201;ric (2012), Tous cobayes : OGM, pesticides, produits chimiques, Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suty Lydie (2010), La lutte biologique : Vers de nouveaux &#233;quilibres &#233;cologiques, Dijon&amp;Versailles, Educagri&amp;&#201;ditions Quae.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vandeplas Isabelle et alii (2012), &#171; Le soja : une option pour rassasier les sols et les fermiers au Kenya &#187; dans Roose &#201;ric, Duchaufour Herv&#233; et De Noni Georges (dir.), Lutte anti&#233;rosive : R&#233;habilitation des sols tropicaux et protection contre les pluies exceptionnelles [en ligne], Marseille, IRD &#201;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weis Tony (2007), The Global Food Economy : The Battle for the Future of Farming. Londres et New York, Zed Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Forcer la nature &#224; ne pas produire ce qu'elle produit spontan&#233;ment (III)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-qu-elle-produit-spontanement-III</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-qu-elle-produit-spontanement-III</guid>
		<dc:date>2023-10-17T10:48:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-10-17</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les biotopes fournissent aux esp&#232;ces vivantes v&#233;g&#233;tales ou animales, dont ils constituent les habitats naturels, les ressources dont celles-ci ont besoin, sans qu'ils puissent cependant contr&#244;ler les quantit&#233;s et les qualit&#233;s optimales de ces derni&#232;res requises pour leur subsistance (individuelle ou sp&#233;cifique). De m&#234;me, peuvent-ils, le cas &#233;ch&#233;ant, confronter ces esp&#232;ces &#224; des facteurs limitatifs ou perturbateurs de leur croissance tout comme &#224; des pr&#233;dateurs ou &#224; des agents pathog&#232;nes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-10-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-10-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/586117506_socialmedia-1024x628-ec399.jpg?1701455489' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les biotopes fournissent aux esp&#232;ces vivantes v&#233;g&#233;tales ou animales, dont ils constituent les habitats naturels, les ressources dont celles-ci ont besoin, sans qu'ils puissent cependant contr&#244;ler les quantit&#233;s et les qualit&#233;s optimales de ces derni&#232;res requises pour leur subsistance (individuelle ou sp&#233;cifique). De m&#234;me, peuvent-ils, le cas &#233;ch&#233;ant, confronter ces esp&#232;ces &#224; des facteurs limitatifs ou perturbateurs de leur croissance tout comme &#224; des pr&#233;dateurs ou &#224; des agents pathog&#232;nes contre lesquels les esp&#232;ces en question auront plus ou moins de mal &#224; se d&#233;fendre, comme nous venons de le voir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ecologie/forcer-la-nature-a-ne-pas-produire-ce-quelle-produit-spontanement-iii.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
12 octobre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Alain Bihr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaccination contre la grippe aviaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isoler les esp&#232;ces de leur biotope&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'agriculture (au sens strict) et l'&#233;levage ont toujours cherch&#233;, pour autant qu'ils en aient eu les moyens, &#224; s&#233;parer les esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales et animales dont elles faisaient leur objet de leurs biotopes originels, pour les faire cro&#238;tre respectivement dans un champ (ou un jardin) et dans une prairie, soit des milieux qui &#233;taient d&#233;j&#224; le produit d'une transformation de la nature premi&#232;re par le travail humain (moyennant par exemple la d&#233;forestation, le dessouchage, le d&#233;pierrage, le drainage ou l'irrigation, l'amendement, etc.) et qui &#233;taient entretenus par lui afin d'assurer de meilleures conditions &#224; la croissance des plants et des animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture capitaliste a eu tendance &#224; radicaliser cette pratique. Car, d&#232;s lors que le vivant devient mati&#232;re d'un proc&#232;s de travail agricole destin&#233; &#224; valoriser un capital, il peut &#234;tre int&#233;ressant voire n&#233;cessaire d'isoler totalement le vivant de son biotope pour le faire cro&#238;tre dans des milieux artificiels permettant d'optimiser les conditions de sa croissance et de le pr&#233;server (autant que faire se peut) des facteurs propres &#224; lui nuire. C'est la d&#233;marche qui pr&#233;side tant &#224; la serriculture (la culture sous serre) qu'&#224; la culture hors sol ou &#224; l'&#233;levage en stabulation. Concentrons-nous ici sur ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;levage en stabulation consiste &#224; maintenir (de mani&#232;re saisonni&#232;re ou permanente) les animaux dans un espace clos et restreint, au moins partiellement couvert par des b&#226;timents (poulaillers, bergeries, porcheries, &#233;tables, &#233;curies) pouvant leur servir d'abri (contre les intemp&#233;ries). Lorsque les animaux peuvent aller et venir entre ces b&#226;timents et l'ext&#233;rieur, la stabulation est dite libre ; dans le cas contraire, lorsque les animaux sont confin&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de ces b&#226;timents, elle est dite contrainte et m&#234;me entrav&#233;e lorsque chaque animal y est maintenu dans un compartiment d&#233;termin&#233; (une cage, une stalle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la stabulation entrav&#233;e est permanente, on aboutit &#224; l'&#233;levage hors sol. Ce dernier est donc un type d'&#233;levage dans lequel les animaux &#233;lev&#233;s sont maintenus en permanence dans des b&#226;timents qu'ils ne peuvent pas quitter et dans lesquels leurs mouvements sont extr&#234;mement limit&#233;s (l'animal peut tout au plus se lever et se coucher mais ne peut pas se d&#233;placer), sur un sol en dur recouvert d'une liti&#232;re ou sur un caillebotis permettant d'&#233;vacuer ses d&#233;jections dans une fosse souterraine, b&#226;timents &#233;ventuellement chauff&#233;s et a&#233;r&#233;s de mani&#232;re m&#233;canique voire automatique. D&#232;s lors, ils ne sont plus de simples abris pour les b&#234;tes mais deviennent de v&#233;ritables &#171; ateliers &#187; dans lesquels se pratique un &#233;levage v&#233;ritablement industrialis&#233; dans ses m&#233;thodes et d&#233;di&#233; &#224; la valorisation maximale du capital agraire dont ils constituent un &#233;l&#233;ment important de la partie fixe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des animaux destin&#233;s &#224; la boucherie, l'&#233;levage hors sol se r&#233;duit &#224; leur engraissement, quelquefois coupl&#233; au naissage. En amont, suivant les lois de la g&#233;n&#233;tique des populations, la constitution de souches ou de lign&#233;es et le croisement entre elles auront permis de s&#233;lectionner des &#171; races &#187; pr&#233;sentant des &#171; performances &#187; optimales du point de leur valorisation capitaliste (vitesse de croissance, r&#233;sistance &#224; l'&#233;preuve de la stabulation permanente, poids moyen &#224; l'&#226;ge adulte, prolificit&#233;, qualit&#233; des morceaux de choix, etc.), sans consid&#233;ration de l'aspect g&#233;n&#233;ral de la b&#234;te auquel les &#233;leveurs avaient jusqu'alors accord&#233; tant d'importance. En amont toujours et en relation avec ce processus de s&#233;lection auront &#233;t&#233; mis au point par l'industrie agroalimentaire des aliments de synth&#232;se, en principe &#233;quilibr&#233;s, &#224; base de c&#233;r&#233;ales (dont le principal est devenu le ma&#239;s), de tourteaux issus de graines ol&#233;agineuses (pr&#233;domine ici le soja), de farines animales et de diff&#233;rents additifs (min&#233;raux, vitamines, oligo&#233;l&#233;ments, antibiotiques [5]). En aval, enfin, les animaux sont destin&#233;s aux abattoirs industriels qui livreront leurs carcasses &#224; l'industrie agroalimentaire qui en assurera la transformation et la commercialisation. Et l'on retrouve ces m&#234;mes &#233;l&#233;ments pris dans la m&#234;me structure s'agissant de l'&#233;levage hors sol des animaux non imm&#233;diatement destin&#233;s &#224; l'abattage parce qu'on en recueille leurs produits durant un certain temps (poules pondeuses, vaches laiti&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avantages de l'&#233;levage hors sol d'un point de vue capitaliste sont multiples. On &#233;mancipe ainsi la croissance de l'animal des limites et contraintes naturelles, g&#233;ographiques et climatiques (donc spatiales et temporelles), auxquelles est soumis l'&#233;levage en pacage. L' &#187;atelier &#187; d'&#233;levage peut donc &#234;tre install&#233; n'importe o&#249; et peut fonctionner en permanence, ind&#233;pendamment de l'alternance du jour et de la nuit tout comme des variations saisonni&#232;res. La taille de l' &#187;atelier &#187; n'est plus conditionn&#233;e (donc limit&#233;e) par les dimensions de la surface de l'exploitation destin&#233;e &#224; fournir aux animaux leur alimentation. Des &#233;conomies d'&#233;chelle peuvent ainsi &#234;tre r&#233;alis&#233;es. Diff&#233;rentes op&#233;rations peuvent &#234;tre m&#233;canis&#233;es voire automatis&#233;es : alimentation du b&#233;tail, traite des vaches, recollection des &#339;ufs, chauffage et a&#233;ration des b&#226;timents, nettoyage des cages ou des stalles, etc. La croissance des animaux peut &#234;tre acc&#233;l&#233;r&#233;e et amplifi&#233;e gr&#226;ce &#224; un meilleur contr&#244;le de leur alimentation (quantitativement et qualitativement) &#8211; sans compter le recours aux hormones de croissance. On parvient de m&#234;me &#224; forcer les poules &#224; pondre davantage en &#233;mancipant la ponte du cycle saisonnier gr&#226;ce au recours &#224; l'&#233;clairage purement artificiel. Idem en ce qui concerne les vaches laiti&#232;res dont la production se trouve accrue gr&#226;ce &#224; la diffusion de musique classique au moment de la traite (&lt;i&gt;La symphonie pastorale &lt;/i&gt; est tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e d'elles, para&#238;t-il !). Et la concentration d'un grand nombre de b&#234;tes permet m&#234;me de valoriser leurs excr&#233;ments en alimentant des m&#233;thaniseurs : l'animal est ainsi &#233;lev&#233; non seulement pour produire de la viande ou du lait mais tout simplement&#8230; de la merde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepartie, pris entre un amont qui lui fournit ses intrants et souvent ses animaux en bas &#226;ge et un aval qui se charge de transformer les produits issus de son activit&#233;, l'&#233;leveur voit son autonomie r&#233;duite &#224; l'ex&#233;cution d'un cahier des charges (souvent dict&#233; par l'aval) tout comme d'ailleurs se trouve amoindrie sa part de la valeur ajout&#233;e g&#233;n&#233;r&#233;e tout le long du proc&#232;s de production. Et, surtout, le travail d'&#233;levage prend une allure proprement industrielle avec sa division du travail si caract&#233;ristique d'op&#233;rations qui s'encha&#238;nent en s'embo&#238;tant les unes dans les autres. Une porcherie industrielle peut ainsi se subdiviser en une salle o&#249; sont &#233;lev&#233;es des cochettes qui, parvenues &#224; maturit&#233;, gagnent une verraterie o&#249; elles sont ins&#233;min&#233;es puis une &#171; maternit&#233; &#187; o&#249; elles mettent bas et alimentent leur prog&#233;niture, qui, apr&#232;s avoir s&#233;journ&#233; dans des salles de post-sevrage, rejoint les salles d'engraissement qui la portent au poids requis par les abattoirs (Diry, 1985 : 109-112). L'analogie avec les diff&#233;rentes phases d'un &lt;i&gt;process &lt;/i&gt; de construction m&#233;canique est saisissante, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s que les diff&#233;rentes phases d'usinage et de montage de mat&#233;riaux inertes sont ici les phases successives de croissance et de d&#233;veloppement d'une mati&#232;re vivante. On comprend d&#232;s lors que l'expression &#171; atelier &#187; d'&#233;levage est parfaitement appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;levage hors sol ne va pas non plus sans inconv&#233;nients ni dangers. La souffrance (notamment le stress) endur&#233;e par des animaux confin&#233;s dans un espace tr&#232;s restreint (1 m&#178; pour un porc de 110 kg !) qui les entrave et contraint dans leurs mouvements (ou plut&#244;t dans leur absence) durant la totalit&#233; leur courte vie, sans contact avec leurs cong&#233;n&#232;res alors m&#234;me qu'ils sont des centaines voire des milliers et m&#234;me des dizaines de milliers (dans le cas d'un &#171; atelier &#187; occup&#233; par des poules pondeuses) dans le m&#234;me espace, ne semble pas particuli&#232;rement alerter les &#233;leveurs. Du moins tant que de telles conditions n'induisent pas chez les animaux des comportements qui menacent le proc&#232;s de valorisation du capital agraire dont ils sont le substrat vivant : anorexie ou boulimie, agressivit&#233; pouvant aller jusqu'au cannibalisme (piquage entre volailles, caudophagie chez les porcs, etc.) Cette valorisation peut aussi se trouver menac&#233;e par la d&#233;gradation de la qualit&#233; du produit (de la viande notamment) en bout de cha&#238;ne, conduisant les clients &#224; le bouder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la principale menace d'un point de vue capitaliste r&#233;side dans les risques d'&#233;pizooties que favorise ce mode d'&#233;levage pour diff&#233;rentes raisons : l'atmosph&#232;re chaude et humide des &#171; ateliers &#187; d'&#233;levage favorise la prolif&#233;ration d'agents pathog&#232;nes (bact&#233;ries, virus) chez les animaux confin&#233;s ; leur promiscuit&#233; m&#234;me en favorise la diffusion ; leur homog&#233;n&#233;it&#233; g&#233;n&#233;tique, r&#233;sultat des s&#233;lections op&#233;r&#233;es en amont, affaiblit la d&#233;fense immunitaire globale des animaux ainsi regroup&#233;s, &#224; laquelle nuit aussi le stress qu'ils subissent par leurs conditions d'h&#233;bergement ou la conduite de leur &#233;levage ; leur promiscuit&#233; implique de traiter tout le troupeau une fois la maladie d&#233;clar&#233;e, etc. Leur prophylaxie implique de vacciner les animaux (pour autant que ce soit possible) et de conduire l'&#233;levage en &#171; bande &#187; ou &#171; lot &#187; (de remplir en une seule fois le b&#226;timent d'&#233;levage avec des animaux de m&#234;me &#226;ge, de m&#234;me poids et de m&#234;me stade physiologique) pour pouvoir proc&#233;der &#224; des op&#233;rations p&#233;riodiques de vide sanitaire et de d&#233;sinfection. Quant &#224; la lutte contre les maladies d&#233;clar&#233;es, elle requiert le recours &#224; des antibiotiques, lequel n'emp&#234;che pas les r&#233;cidives, dont les formes aigu&#235;s conduisent &#224; diversifier mais aussi augmenter les doses d'antibiotique, le tout au risque de s&#233;lectionner finalement des souches pathog&#232;nes r&#233;sistantes, rendant le cheptel plus vuln&#233;rable et pr&#233;sentant de surcro&#238;t de graves risques pour la sant&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le recours massif aux antibiotiques dans les &#233;levages hors sol contribue au ph&#233;nom&#232;ne d'antibior&#233;sistance apparu ant&#233;rieurement et ind&#233;pendamment. En effet, l'usage sans cesse accru d'antibiotiques en m&#233;decine humaine a eu pour effet pervers de favoriser par s&#233;lection l'apparition de souches r&#233;sistantes parmi les bact&#233;ries pathog&#232;nes qu'elles &#233;taient cens&#233;es combattre. D&#233;j&#224; rep&#233;r&#233; dans des h&#244;pitaux londoniens en 1946 apr&#232;s usage des premiers antibiotiques, le ph&#233;nom&#232;ne n'a fait que s'amplifier par apr&#232;s jusqu'&#224; devenir un v&#233;ritable probl&#232;me de sant&#233; publique &#224; partir des ann&#233;es 1970 notamment aux Etats-Unis, en faisant appara&#238;tre des formes de tuberculose, de paludisme, de pneumonies, de chol&#233;ra, etc., incurables parce que r&#233;sistantes &#224; tout traitement. &#171; &lt;i&gt;En 2019, la mort de 5 millions de personnes dans le monde aurait &#233;t&#233; li&#233;e &#224; des bact&#233;ries r&#233;sistantes aux antibiotiques&lt;/i&gt; &#187; selon une &#233;tude publi&#233;e par &lt;i&gt;The Lancet &lt;/i&gt; en 2022 (Faure et Reinert, 2023b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne, qualifi&#233; par l'OMS de &#171; &lt;i&gt;pand&#233;mie silencieuse&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; aggrav&#233; par l'abus d'antibiotiques, utilis&#233;s sans contr&#244;le m&#233;dical ou sans utilit&#233; m&#233;dicale (par exemple administr&#233;s contre des affections virales, par exemple de simples rhumes, contre lesquelles ils sont inefficaces). S'il a &#233;t&#233; mis fin &#224; ces abus en m&#233;decine humaine, il n'y en a pas au sein des &#233;tablissements d'&#233;levage intensif (notamment de bovins et de porcs). Or les manifestations de r&#233;sistance des bact&#233;ries aux antibiotiques les plus courants ne cessent de se multiplier dans les &#233;levages. Ce qui est doublement mena&#231;ant pour la sant&#233; humaine. Car on sait qu'il existe des transmissions bact&#233;riennes de l'animal &#224; l'homme, par contact, par l'alimentation mais aussi par l'environnement (par exemple les &#233;manations des lisiers r&#233;pandus) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;En 2020, il a encore &#233;t&#233; trouv&#233; aux Pays-Bas et au Danemark que des souches de Staphylocoques dor&#233;s r&#233;sistants aux antibiotiques, isol&#233;s &#224; l'h&#244;pital, provenaient en fait d'&#233;levages de porc. Des exemples de salmonelles &#224; l'origine d'infections alimentaires et r&#233;sistantes aux antibiotiques provenant elles aussi d'&#233;levages ont &#233;galement &#233;t&#233; document&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (Id.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#171; &lt;i&gt;cette transmission de r&#233;sistance est d'autant plus critique que 80% des antibiotiques sont communs en sant&#233; humaine et animale&lt;/i&gt; &#187; (Id.) Or, pour l'instant, il n'existe aucune r&#233;glementation internationale sur l'usage des antibiotiques dans les &#233;levages. Si l'Union europ&#233;enne s'est avanc&#233;e dans ce sens, elle n'a pas &#233;t&#233; suivie par les Etats-Unis qui en font toujours un usage massif : &#171; &lt;i&gt;Outre Atlantique, les &#233;levages consomment deux fois plus d'antibiotiques d'int&#233;r&#234;t m&#233;dical que la sant&#233; humaine&lt;/i&gt; &#187; (Id.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus grave menace que fait peser l'&#233;levage intensif hors sol sur la sant&#233; humaine n'est pas de nature bact&#233;rienne mais de nature virale. On ne peut en effet qu'&#234;tre frapp&#233; par la multiplication et l'acc&#233;l&#233;ration des pand&#233;mies virales qui ont quadrupl&#233; au cours de cinquante derni&#232;res ann&#233;es. Les exemples les plus notables en sont celle du VIH/sida d&#233;clench&#233;e &#224; partir de 1981, aujourd'hui difficilement contenue mais non disparue qui aura provoqu&#233; une recrudescence de la tuberculose (notamment en Asie) ; celle du syndrome respiratoire aigu s&#233;v&#232;re (SRAS) (novembre 2002 &#8211; juillet 2003) occasionn&#233; par un coronavirus ; celle de la grippe aviaire en 2004 due au virus H5N1 ; celle de la grippe A (H1N1) en 2009 ; celle du MERS-CoV qui s&#233;vit au Moyen-Orient depuis 2012 ; celle de la grippe aviaire A (H7N9) apparue en 2013 ; enfin celui de la Covid-19 apparue en Chine en d&#233;cembre 2019 pour se r&#233;pandre rapidement de par le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ces maladies &#233;mergentes sont, pour la plupart d'entre elles, des zoonoses ; c'est le cas par exemple de l'ensemble des grippes aviaires. Une zoonose est une maladie transmise &#224; l'homme par des animaux, non pas tant des animaux sauvages que des animaux d'&#233;levage, qui peuvent avoir &#233;t&#233; contamin&#233;s par des animaux sauvages mais qui jouent le plus souvent un r&#244;le clef dans les mutations des virus qui les rendent transmissibles &#224; l'homme et virulents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Concernant les IAHP&lt;/i&gt; [influenzas (grippes) aviaires hautement pathog&#232;nes] &lt;i&gt; justement, une &#233;quipe internationale d'&#233;pid&#233;miologistes a montr&#233; en 2018 la place des &#233;levages de volailles dans l'&#233;mergence de nouveaux virus. Selon leurs travaux, depuis 1959, sur trente-neuf conversions de virus faiblement pathog&#232;nes en virus hautement pathog&#232;nes (une &#233;tape d&#233;cisive dans la dynamique d'une &#233;pid&#233;mie), tous sauf deux ont &#233;t&#233; signal&#233;s dans des syst&#232;mes de production commerciale de volailles. Les chercheurs montrent aussi que les 127 r&#233;assortiments g&#233;n&#233;tiques entre virus faiblement et hautement pathog&#232;nes recens&#233;s (autre &#233;tape &#233;pid&#233;mique d&#233;cisive) ont eu lieu dans des pays o&#249; les syst&#232;mes de production avicole passaient de la basse-cour aux syst&#232;mes de production intensive&lt;/i&gt; &#187; (Faure et Reinert, 2023a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes conclusions valent pour d'autres &#233;levages intensifs tels que ceux des porcs, des animaux &#224; fourrure (visons), etc. De plus, certains des animaux d'&#233;levage jouent le r&#244;le de &#171; &lt;i&gt;r&#233;cipient de m&#233;lange&lt;/i&gt; &#187; en &#233;tant co-infect&#233;s par des virus grippaux et aviaires, m&#233;lange qui dynamise les mutations de ces virus qui les rendent contagieux et virulents pour les &#234;tres humains. Favorisent ces processus de mutations et de transmissions virales la grande taille des cheptels, leur concentration spatiale, leur homog&#233;n&#233;it&#233; g&#233;n&#233;tique (ce sont souvent des animaux s&#233;lectionn&#233;s dans une seule et m&#234;me race ou dans des races voisines, choisis parce qu'ils grossissent et se reproduisent plus vite, en m&#234;me temps, etc.), leur contact r&#233;gulier avec des &#234;tres humains : on retrouve toutes les caract&#233;ristiques propres &#224; l'&#233;levage hors sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la prochaine pand&#233;mie virale risque bien d'&#234;tre celle de l'IAHP H5N1, une grippe aviaire d&#233;cel&#233;e dans les &#233;levages g&#233;ants de poulets, canards et oies du Sud-Est asiatique en 1997, dont l'agent est devenu de plus en plus virulent au fil des mutations, qui a d&#233;j&#224; contamin&#233; depuis plus de 400 esp&#232;ces d'oiseaux, dont le premier cas de contamination de mammif&#232;res (un &#233;levage visons) a &#233;t&#233; signal&#233; durant l'hiver 2023, avant que ce soient les fermes &#224; fourrure finlandaises qui l'aient &#233;t&#233; durant l'&#233;t&#233; dernier, conduisant &#224; l'abattage forc&#233; de 120 000 animaux (renards, visons, chiens viverrins) (Id.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de quelque c&#244;t&#233; qu'on se tourne, en &#171; for&#231;ant &#187; la nature &#224; ne pas produire ce qu'elle produit spontan&#233;ment et &#224; produire a contrario ce qu'elle ne produirait pas spontan&#233;ment, l'agriculture capitaliste est une source de catastrophes &#233;cologiques qui menacent non seulement l'int&#233;grit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes, la diversit&#233; biologique mais les conditions sanitaires m&#234;me de l'existence humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Hormis leurs usages curatifs &#233;ventuels, les antibiotiques servent dans les &#233;levages industriels de compl&#233;ments alimentaires permettant d'acc&#233;l&#233;rer la prise de poids des animaux. Simultan&#233;ment, leur vertu prophylactique permet d'&#233;conomiser la main-d'&#339;uvre qui serait n&#233;cessaire pour prendre soin des animaux et l'espace d&#233;di&#233; &#224; ces derniers en les entassant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agriculture et agroalimentaire canada (2021), &#171; Les rotations de cultures diversifi&#233;es permettent d'augmenter les rendements, d'am&#233;liorer la sant&#233; des sols et de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre &#187;, &lt;a href=&#034;https://agriculture.canada.ca/fr/nouvelles-dagriculture-agroalimentaire-canada/realisations-scientifiques-agriculture/rotations-cultures-diversifiees-permettent-daugmenter-rendements-dameliorer-sante-sols-reduire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://agriculture.canada.ca/fr/nouvelles-dagriculture-agroalimentaire-canada/realisations-scientifiques-agriculture/rotations-cultures-diversifiees-permettent-daugmenter-rendements-dameliorer-sante-sols-reduire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angus Ian (2023), &#171; L'apocalypse des insectes dans l'Anthropoc&#232;ne (I) &#224; (IV) &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 28 avril 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berlan Jean-Pierre (2001), &#171; La g&#233;n&#233;tique agricole : cent cinquante ans de mystification. Des origines aux chim&#232;res g&#233;n&#233;tiques &#187; dans Berlan Jean-Pierre et alii, La guerre au vivant. Organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s &amp; autres mystifications scientifiques, Marseille et Montr&#233;al, Agone et Comeau &amp; Nadeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bihr Alain (2021), &#171; Le vampirisme du capital &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 4 mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bockman Oluf et alii (1990), Agriculture et fertilisation. Les engrais &#8211; Leur avenir, Oslo, Norsk Hydro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;roul&#232;de Mathias et Labreuche J&#233;r&#244;me (2013), &#171; Bl&#233; sur bl&#233; : des rendements qui finissent par d&#233;crocher &#187;, Perspective agricoles, n&#176;400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diry Jean-Paul (1985) L'industrialisation de l'&#233;levage en France. &#201;conomie et g&#233;ographie des fili&#232;res avicoles et porcines, Paris, &#201;ditions Ophrys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FAO (2021), Statistical Yearbook, Food and Agriculture Organization of the United Nations, Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faure Yann et Reinert Magali (2023a), &#171; L'&#233;levage industriel est un r&#233;servoir &#224; pand&#233;mies humaines &#187;, Reporterre, 19 septembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faure Yann et Reinert Magali (2023b), &#171; Le &#8220;sc&#233;nario apocalyptique&#8221; des &#233;levages industriels, r&#233;sistants aux bact&#233;ries &#187;, Reporterre, 20 septembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauer Joe, Porter Paul et Oplinger Ed (1997), &#171; The Corn and Soybean Rotation Effect &#187;, Corn Agronomy, Universit&#233; du Wisconsin, &lt;a href=&#034;http://corn.agronomy.wisc.edu/AA/A014.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://corn.agronomy.wisc.edu/AA/A014.aspx&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx Karl (1976 [1894]), Le Capital. Livre III, Paris, Editions Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolino Fabrice (2021), Le crime &#233;tait presque parfait. L'enqu&#234;te choc sur les pesticides et les SDHI, Paris, Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolino Fabrice et Veillerette Fran&#231;ois (2004), Pesticides. R&#233;v&#233;lations sur un scandale fran&#231;ais, Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pajot Emmanuel et Regnault-Roger Catherine (2008), &#171; Stimulation des d&#233;fenses naturelles des plantes et r&#233;sistance induite : une nouvelle approche phytosanitaire ? &#187; dans Philog&#232;ne Bernard, Regnault-Roger Catherine, Vincent Charles (coord.), Biopesticides d'origine v&#233;g&#233;tale, Paris, Editions Tec&amp;Doc/Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perez Julia (2020), &#171; La monoculture est-elle vraiment rentable ? &#187;, Le blog de l'OMPE, &lt;a href=&#034;https://www.ompe.org/la-monoculture-est-elle-vraiment-rentable/#:~:text=Dans%20le%20Languedoc%2DRoussillon%20et,inf%C3%A9rieur%20de%2027%20%25%20en%20moyenne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ompe.org/la-monoculture-est-elle-vraiment-rentable/#:~:text=Dans%20le%20Languedoc%2DRoussillon%20et,inf%C3%A9rieur%20de%2027%20%25%20en%20moyenne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philog&#232;ne Bernard, Regnault-Roger Catherine, Vincent Charles (2008), &#171; Biopesticides d'originale v&#233;g&#233;tale : bilan et perspectives &#187; dans Id.(coord.), Biopesticides d'origine v&#233;g&#233;tale, Paris, Editions Tec&amp;Doc/Lavoisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;ralini Gilles-&#201;ric (2010), Ces OGM qui changent le monde, Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seralini Gilles-&#201;ric (2012), Tous cobayes : OGM, pesticides, produits chimiques, Paris, Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suty Lydie (2010), La lutte biologique : Vers de nouveaux &#233;quilibres &#233;cologiques, Dijon&amp;Versailles, Educagri&amp;&#201;ditions Quae.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vandeplas Isabelle et alii (2012), &#171; Le soja : une option pour rassasier les sols et les fermiers au Kenya &#187; dans Roose &#201;ric, Duchaufour Herv&#233; et De Noni Georges (dir.), Lutte anti&#233;rosive : R&#233;habilitation des sols tropicaux et protection contre les pluies exceptionnelles [en ligne], Marseille, IRD &#201;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weis Tony (2007), The Global Food Economy : The Battle for the Future of Farming. Londres et New York, Zed Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Par-del&#224; la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; (&#171; metabolic rift &#187;)</title>
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		<dc:date>2023-08-22T10:49:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-08-22</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences directes de la disparition tendancielle des formes pr&#233;capitalistes de production agricole, du fait de l'expropriation des producteurs qu'elle implique, aura &#233;t&#233; la s&#233;paration, dans l'espace et le temps, entre le proc&#232;s de production et le proc&#232;s de consommation des produits agricoles : les producteurs agricoles ne sont plus (ou seulement d'une mani&#232;re marginale) les consommateurs de leurs propres produits. Au contraire, comme tous les autres travailleurs salari&#233;s, ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH134/robbery_of_nature_bihr-44136.png?1701455489' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='134' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences directes de la disparition tendancielle des formes pr&#233;capitalistes de production agricole, du fait de l'expropriation des producteurs qu'elle implique, aura &#233;t&#233; la s&#233;paration, dans l'espace et le temps, entre le proc&#232;s de production et le proc&#232;s de consommation des produits agricoles : les producteurs agricoles ne sont plus (ou seulement d'une mani&#232;re marginale) les consommateurs de leurs propres produits. Au contraire, comme tous les autres travailleurs salari&#233;s, ils doivent se procurer leurs moyens de consommation sous forme de marchandises, produites g&#233;n&#233;ralement en d'autres lieux que ceux dans lesquels ils op&#232;rent. Combin&#233;e avec celle entre agriculture lato sensu (comprenant la culture du sol, l'&#233;levage et la sylviculture) et industrie et celle entre agriculture stricto sensu (r&#233;duite &#224; la culture du sol) et &#233;levage, cette s&#233;paration entre production et consommation de produits agricoles va conduire &#224; une perturbation du m&#233;tabolisme entre l'homme et la nature[1] qui &#233;tait &#224; la base des formes traditionnelles (pr&#233;capitalistes) de production agricole. En effet, dans ces derni&#232;res, &#224; la nature qui leur fournissait sous forme de la lithosph&#232;re, de l'hydrosph&#232;re et de la biosph&#232;re leurs ressources imm&#233;diates ou les mati&#232;res premi&#232;res de leur travail agricole et artisanal, les paysans rendaient r&#233;ciproquement des &#233;l&#233;ments propres &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration du sol sous la forme, outre des r&#233;sidus organiques de l'agriculture (racines, tiges, feuillages, etc.) enfouis, de leurs propres rejets (excr&#233;ments), de ceux de leurs animaux d'&#233;levage (fumiers, lisiers, purins) ou encore des d&#233;chets de leur consommation (productive ou improductive), de multiples mat&#233;riaux naturels : bois, cendres, sciures, fibres de textiles usag&#233;s, composts, d&#233;chets de cuir et de peaux, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;17 ao&#251;t 2023 | tir&#233; du site alencontre.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ecologie/par-dela-la-faille-metabolique-ecological-rift.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/ecologie/par-dela-la-faille-metabolique-ecological-rift.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les s&#233;parations introduites par les formes capitalistes de production pr&#233;c&#233;demment mentionn&#233;es, cons&#233;quences plus ou moins directes de l'expropriation des producteurs, conduisant notamment &#224; ce que la production agricole localis&#233;e dans les campagnes soit pour l'essentiel destin&#233;e &#224; alimenter des populations et des industries situ&#233;es dans ou aux abords des villes, vont rendre de pareilles restitutions impossibles ou vont, du moins, en limiter singuli&#232;rement le volume. Un processus qui ne va pas cesser de s'aggraver au fur et &#224; mesure o&#249;, sous l'incidence du d&#233;veloppement de la production capitaliste, les s&#233;parations pr&#233;c&#233;dentes vont &#224; la fois s'&#233;tendre et s'approfondir (s'intensifier). De ce fait, prise dans les rets des rapports capitalistes de production, la production agricole inflige en permanence au sol une perte de substances vitales (notamment des sels min&#233;raux) qui en compromet la fertilit&#233; (en mena&#231;ant du m&#234;me coup la profitabilit&#233; du capital agraire), en se contraignant ainsi soit &#224; migrer vers d'autres sols apr&#232;s avoir totalement &#233;puis&#233; les pr&#233;c&#233;dents, soit &#224; de constants apports d'engrais (naturels ou artificiels) ext&#233;rieurs &#224; la pratique de l'agriculture elle-m&#234;me. Un imp&#233;ratif que l'accumulation du capital agraire ne peut que renforcer sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit au chimiste allemand Justus von Liebig (1803-1873) d'avoir le premier signal&#233; les incidences n&#233;gatives et, &#224; terme, catastrophiques de cette perturbation m&#233;tabolique. Contemporain de Liebig, Marx a pris connaissance de ses travaux et en a tenu compte, en faisant de la notion de perturbation m&#233;tabolique l'un des &#233;l&#233;ments de sa critique de l'&#233;conomique politique. Au tournant du pr&#233;sent mill&#233;naire, John Bellamy Foster a propos&#233; de faire de ce qu'il nomme, pour sa part, la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; (&#171; metabolic rift &#187;) l'alpha et l'om&#233;ga d'une approche marxiste de la crise &#233;cologique contemporaine. Voyons tout cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Liebig &#224; Marx&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans Die Organische Chemie in ihrer Anwendung an Agriculturchemie und Physiologie&lt;/i&gt; (La chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie)[2], Liebig a jet&#233; les bases de la biochimie du v&#233;g&#233;tal, en &#233;tudiant pr&#233;cis&#233;ment le m&#233;tabolisme (en allemand Stoffwechsel, litt&#233;ralement &#233;change de mati&#232;res ou de substances). Il a ainsi mis en &#233;vidence que la croissance du v&#233;g&#233;tal est conditionn&#233;e, outre l'apport &#233;nerg&#233;tique solaire indispensable &#224; la photosynth&#232;se, par l'absorption par la plante non seulement de l'oxyg&#232;ne et du gaz carbonique atmosph&#233;riques ainsi que de l'eau et de l'oxyg&#232;ne du sol mais encore d'un ensemble de sels min&#233;raux qui sont contenus en solution dans ce dernier et qui en constituent les v&#233;ritables nutriments[3]. Les plantes absorbent ces &#233;l&#233;ments qu'elles transforment (m&#233;tabolisent) pour cro&#238;tre et se reconstituer, en en rejetant une partie dans le milieu (atmosph&#232;re et sol) au cours de leurs cycles de vie ou au terme de cette derni&#232;re, au moment de leur d&#233;composition activ&#233;e par des bact&#233;ries, des champignons et divers animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res &#233;ditions de son ouvrage, Liebig &#233;tablit deux lois fondamentales r&#233;gissant la croissance v&#233;g&#233;tale. Une loi dite du minimum : un sol doit contenir une quantit&#233; minimale de tous ces nutriments pour &#234;tre fertiles. Et une loi dite de restitution, d'inspiration lavoisienne [r&#233;f&#233;rence &#224; Antoine Laurent Lavoisier, 1743-1794] : il faut n&#233;cessairement, d'une mani&#232;re ou d'une autre, rendre au sol ces nutriments, dont la croissance des v&#233;g&#233;taux tend &#224; le priver, pour qu'il reste fertile et que les rendements restent durables[4]. Faute de quoi, son exploitation devient ce que Liebig appelle un Raubsystem (ou Raubbau) : elle d&#233;pouille ou pille le sol, en le condamnant &#224; d&#233;p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, dans la quatri&#232;me &#233;dition de son ma&#238;tre ouvrage (1842), sur laquelle Marx a travaill&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1850 (Sa&#239;to : 79), Liebig laisse clairement entendre qu'une agriculture rationnelle, respectant certains principes : la pratique de l'assolement, avec notamment l'introduction du tr&#232;fle ou d'autres l&#233;gumineuses, l'usage d'engrais naturels d'origine organique (fumiers, cendres, os, etc.) destin&#233;s &#224; restituer au sol certains de ses nutriments en attendant d'&#233;ventuels engrais artificiels capables de s'y substituer ou de les compl&#233;ter[5], etc., est en mesure de maintenir intacte la fertilit&#233; des sols, voire de la faire cro&#238;tre. Et s'il mentionne d&#233;j&#224; le ph&#233;nom&#232;ne de baisse des rendements agricoles en Europe, c'est pour en imputer la responsabilit&#233; &#224; la n&#233;gligence des principes pr&#233;c&#233;dents (Sa&#239;to : 219-221).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9e &#233;dition post-mortem, 1876&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, le revirement que Liebig op&#232;re dans la septi&#232;me &#233;dition de Die Chemie&#8230; &#8211; parue en 1862, dont Marx prendra connaissance entre 1865 et 1867 alors qu'il r&#233;dige le premier Livre du Capital (Sa&#239;to : 224) &#8211; n'en est que plus &#233;tonnant. Ce revirement le conduit &#224; formuler une sorte de troisi&#232;me loi, que l'on pourrait appeler loi du maximum par opposition &#224; la loi du minimum, qui tourne radicalement le dos &#224; la voie qu'il pr&#233;conisait encore quelques ann&#233;es auparavant. Il explique en l'occurrence qu'on ne peut faire cro&#238;tre ind&#233;finiment le rendement d'un sol en proportion des apports suppl&#233;mentaires de travail (drainage, irrigation, fertilisation, etc.), d'eau, d'ensoleillement, de chaleur, d'engrais, etc., qu'on peut lui assurer, qu'il existe une limite &#224; cette croissance, tout simplement parce que les nutriments n&#233;cessaires dont on peut pourvoir un sol (un volume d&#233;termin&#233; de celui-ci) sont eux-m&#234;mes en quantit&#233; limit&#233;e, par exemple du fait des limites de sa d&#233;sagr&#233;gation chimique, et surtout parce que les plantes ne sont capables d'absorber, par leurs feuilles ou leurs racines, qu'une quantit&#233; limit&#233;e de ces nutriments dans un temps donn&#233; (une campagne de culture par exemple). Au-del&#224; de cette limite, tout apport suppl&#233;mentaire ne peut au mieux que produire des r&#233;sultats positifs temporaires qui se paieront du prix d'un &#233;puisement ult&#233;rieur du sol, du fait du non-respect en d&#233;finitive de la loi de restitution (Sa&#239;to : 230-239).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx va largement s'approprier les diff&#233;rentes lois &#233;tablies par Liebig, au moins dans un premier temps. Les deux premi&#232;res vont lui permettre de pr&#233;ciser et d'approfondir la notion de perturbation m&#233;tabolique qui, depuis les Manuscrits de 1844, caract&#233;rise en propre la production capitaliste &#224; ses yeux (Bihr, 2021b). Dans la derni&#232;re section du Chapitre XIII du Livre I du Capital, il d&#233;nonce ainsi les effets sociaux mais aussi &#233;cologiques de l'introduction du capital dans l'agriculture. En ruinant les petits agriculteurs mais aussi en diminuant le nombre (relatif) des ouvriers agricoles, elle d&#233;peuple les campagnes et grossit les villes. De la sorte, elle en vient &#224; perturber le m&#233;tabolisme ancestral entre l'humanit&#233; et la nature qui permettait &#224; la premi&#232;re de rendre en d&#233;finitive &#224; la seconde, sous forme de ses d&#233;chets et rejets, une grande partie de ce qu'il lui prenait comme substances nutritives par sa pratique agricole :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avec la pr&#233;pond&#233;rance toujours croissante de la population urbaine qu'elle entasse dans de grands centres, la production capitaliste amasse d'un c&#244;t&#233; la force motrice historique de la soci&#233;t&#233; et perturbe d'un autre c&#244;t&#233; le m&#233;tabolisme entre l'homme et la terre, c'est-&#224;-dire le retour au sol des composantes de celui-ci us&#233;es par l'homme sous forme de nourriture et de v&#234;tements, donc l'&#233;ternelle condition naturelle d'une fertilit&#233; durable du sol &#187;&lt;/i&gt; (1991 [1867] : 565).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si elle augmente dans un premier temps la productivit&#233; du travail, l'agriculture capitaliste finit n&#233;cessairement par &#233;puiser le sol et par en compromettre la fertilit&#233;, donc par nuire &#224; cette m&#234;me productivit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) tout progr&#232;s de l'agriculture capitaliste est non seulement un progr&#232;s dans l'art de piller le travailleur, mais aussi dans l'art de piller le sol ; tout progr&#232;s dans l'accroissement de sa fertilit&#233; pour un laps de temps donn&#233; est en m&#234;me temps un progr&#232;s de la ruine des sources durables de cette fertilit&#233;. Plus un pays, comme par exemple les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, part de la grande industrie comme arri&#232;re-plan de son d&#233;veloppement et plus ce processus de destruction est rapide &#187;&lt;/i&gt; (Id. : 566).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est donc la m&#234;me logique pr&#233;datrice qui, pour Marx, pr&#233;side et &#224; l'exploitation de la force de travail humain et &#224; l'exploitation du sol, plus largement des ressources naturelles, ces deux sources de toute richesse sociale, ces deux facteurs fondamentaux du m&#233;tabolisme entre humanit&#233; et nature :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si bien que la production capitaliste ne d&#233;veloppe la technique et la combinaison du proc&#232;s de production social qu'en ruinant dans le m&#234;me temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur &#187; &lt;/i&gt; (Id. : 566-567).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la troisi&#232;me loi de Liebig, elle va convaincre Marx de se rallier &#224; la th&#232;se des rendements agricoles d&#233;croissants. Cette derni&#232;re avait &#233;t&#233; formul&#233;e d&#232;s la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle par diff&#233;rents auteurs (dont James Anderson) sur la base de leur observation de l'&#233;volution de l'agriculture anglaise et reprise notamment par Thomas Malthus et David Ricardo. L'un et l'autre soutenaient que les rendements agricoles ne peuvent que d&#233;cro&#238;tre, par cons&#233;quent les prix de march&#233; des produits agricoles augmenter et, avec eux, la rente agricole, pour deux raisons. D'une part, au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement de l'agriculture, pour faire face &#224; l'augmentation de la demande (li&#233;e &#224; celle de la population), les producteurs agricoles sont contraints de recourir &#224; des terrains de moins en moins fertiles ; d'autre part, le rendement d'un m&#234;me sol n'augmente jamais en proportion directe du surcro&#238;t de capital (donc en d&#233;finitive de travail mort et vivant) investi en lui pour l'am&#233;liorer &#8211; un constat qu'ils &#233;taient cependant bien en peine d'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque dans ses Manuscrits de 1861-1863, Marx s'&#233;tait montr&#233; tr&#232;s r&#233;ticent voire franchement hostile &#224; l'adoption du second volet de cette th&#232;se (Sa&#239;to : 165-176). Faute d'un fondement scientifique, il n'&#233;tait &#224; ses yeux qu'une hypoth&#232;se, d'autant moins acceptable qu'elle faisait le jeu de la th&#233;orie ricardienne de la rente fonci&#232;re et surtout celui de son ennemi jur&#233;, Thomas Malthus et sa loi de la population. C'est ce qu'il laisse clairement entendre dans une lettre &#224; Engels du 14 ao&#251;t 1851 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Plus je me plonge dans cette saloperie [l'&#233;conomie politique], plus je me convaincs que la r&#233;forme de l'agriculture, donc aussi de cette merde de propri&#233;t&#233; dont elle constitue la base, est l'alpha et l'om&#233;ga de tout le bouleversement futur. Sans quoi, le p&#232;re Malthus aurait raison &#187; &lt;/i&gt; (Marx et Engels, 1971 : 287-288).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233; de la th&#232;se des rendements d&#233;croissants, Marx exprimait alors clairement sa conviction qu'une agriculture rationnelle, fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; collective du sol et l'application m&#233;thodique des r&#233;sultats de la science agronomique (recommandant l'a&#233;ration et l'ameublement du sol, le drainage, l'irrigation, la rotation des cultures, l'usage d'engrais naturels ou artificiels, etc.), pouvait laisser esp&#233;rer une am&#233;lioration constante des rendements agricoles, voire une croissance ind&#233;finie de la productivit&#233; du travail agricole semblable &#224; celle du travail manufacturier. Et il avait cherch&#233; et trouv&#233; &#224; alimenter sa conviction chez diff&#233;rents auteurs qu'il avait lus depuis le milieu des ann&#233;es 1850, dont Liebig comme on l'a vu (Sa&#239;to : 209-224).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la lecture de la septi&#232;me &#233;dition du ma&#238;tre ouvrage de Liebig qui va le convaincre de changer de position, en tirant en quelque sorte les cons&#233;quences du revirement de Liebig lui-m&#234;me. Marx peut d&#233;sormais adopter la th&#232;se des rendements d&#233;croissants, puisque celle-ci peut se fonder scientifiquement sur les lois physiologiques du r&#232;gne v&#233;g&#233;tal, que ni la force m&#233;canique ni la chimie ne sont en mesure d'abolir et de d&#233;passer. Et d&#232;s lors Marx va pouvoir l'int&#233;grer &#224; sa propre th&#233;orie de la rente fonci&#232;re agricole, en en faisant la base de la rente diff&#233;rentielle II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale et plus radicale, la troisi&#232;me loi de Liebig va convaincre Marx qu'il existe des limites absolues &#224; la modification anthropologique (technique et scientifique) de la nature dont les hommes ne peuvent s'affranchir. Ce qui implique de rompre avec tout prom&#233;th&#233;isme na&#239;f : toute volont&#233; irr&#233;fl&#233;chie de domination de la nature, tout culte de la croissance aveugle des forces productives sociale, etc. Il faut ainsi renoncer au projet d'une domination totale et absolue de la nature, qui ne peut &#234;tre qu'un fantasme, pour r&#233;duire celle-ci &#224; ce qui est compatible avec les lois naturelles et les limites qu'elles imposent &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Marx exprime clairement dans le passage suivant des manuscrits de 1863-1865, dont Engels s'est servi pour &#233;diter sa version du Livre III du Capital. Marx y affirme r&#233;solument la n&#233;cessit&#233; d'un rapport rationnel de la soci&#233;t&#233; &#224; la nature &#224; partir de la dialectique de la n&#233;cessit&#233; et de la libert&#233;, un rapport qui ne pourra se r&#233;aliser que dans le cadre d'une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e des rapports capitalistes de production :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; De m&#234;me que l'homme primitif doit lutter contre la nature pour pourvoir &#224; ses besoins, se maintenir en vie et se reproduire, l'homme civilis&#233; est forc&#233;, lui aussi, de le faire et de le faire quels que soient la structure de la soci&#233;t&#233; et le mode de la production. Avec son d&#233;veloppement s'&#233;tend &#233;galement le domaine de la n&#233;cessit&#233; naturelle, parce que les besoins augmentent ; mais en m&#234;me temps s'&#233;largissent les forces productives pour les satisfaire. En ce domaine, la seule libert&#233; possible est que l'homme socialis&#233;, les producteurs associ&#233;s, r&#232;glent rationnellement le m&#233;tabolisme que constituent leurs &#233;changes avec la nature, qu'ils le contr&#244;lent ensemble au lieu d'&#234;tre eux-m&#234;mes domin&#233;s par lui comme ils le seraient par une puissance aveugle et qu'ils accomplissent ces &#233;changes en d&#233;pensant le minimum de force et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes &#224; leur nature humaine. Mais cette activit&#233; constituera toujours le royaume de la n&#233;cessit&#233;. C'est au-del&#224; que commence le d&#233;veloppement des forces humaines qui est lui-m&#234;me une fin en soi, le v&#233;ritable royaume de la libert&#233; qui ne peut s'&#233;panouir qu'en se fondant sur l'autre royaume, sur l'autre base, celle de la n&#233;cessit&#233;. La condition essentielle de cet &#233;panouissement est la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail &#187;&lt;/i&gt; (1976 [1894] : 742)[6].&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors que, sous le r&#233;gime capitaliste, le m&#233;tabolisme entre l'humanit&#233; et la nature &#233;chappe au contr&#244;le des producteurs (capitalistes aussi bien que salari&#233;s) et qu'il les domine comme une puissance &#233;trang&#232;re, ali&#233;n&#233;e et ali&#233;nante &#224; la fois, la t&#226;che des producteurs associ&#233;s que constitue une soci&#233;t&#233; communiste est de r&#233;gler consciemment et rationnellement leurs &#233;changes avec la nature par l'interm&#233;diaire du proc&#232;s social de travail, ce qui implique notamment de ma&#238;triser leur domination de la nature de mani&#232;re &#224; la rendre compatible avec les limites que leur imposent la Terre et leur ind&#233;passable d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de cette derni&#232;re. Dans l'ordre de leurs rapports &#224; la nature, la seule libert&#233; que puisse conqu&#233;rir l'humanit&#233; tient dans cette ma&#238;trise rationnelle ainsi que dans la r&#233;duction du temps de travail, rendue possible par les progr&#232;s de la productivit&#233; du travail, dont ce sera devenu la fin prioritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Marx &#224; Foster&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes redevables &#224; John Bellamy Foster d'avoir &#233;t&#233; parmi les tout premiers &#224; montrer que &#8211; contrairement &#224; ses interpr&#233;tations courantes tant dans les rangs marxistes que parmi les opposants &#224; Marx &#8211; non seulement l'&#339;uvre de ce dernier n'&#233;tait pas frapp&#233;e au coin d'un prom&#233;th&#233;isme industrialiste qui l'aurait rendue herm&#233;tique &#224; la th&#233;matique et la probl&#233;matique &#233;cologiques mais encore que les nombreux passages dispers&#233;s tout le long de cette &#339;uvre, des ouvrages de jeunesse (notamment les Manuscrits de 1844) jusqu'&#224; ceux de la maturit&#233; (Le Capital et les diff&#233;rents manuscrits qui en ont pr&#233;par&#233; et accompagn&#233; la r&#233;daction) et m&#234;me au-del&#224;, constituaient un ensemble continu et coh&#233;rent t&#233;moignant d'une approche tout &#224; fait originale et pertinente de la th&#233;matique et probl&#233;matique &#233;cologiques (Foster, 2000). Marx's ecology constitue ainsi une synth&#232;se magistrale &#233;tablissant que cette approche rigoureusement mat&#233;rialiste se d&#233;ploie depuis sa th&#232;se de doctorat consacr&#233;e &#224; la Diff&#233;rence de la philosophie de la nature de D&#233;mocrite et d'Epicure jusqu'aux &#233;tudes concernant les soci&#233;t&#233;s dites primitives en passant par sa critique mat&#233;rialiste de l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien (entam&#233;e mais non aboutie chez Feuerbach), sa confrontation aux mat&#233;rialistes modernes anglais (Bacon, Hobbes, Locke) et fran&#231;ais (Diderot, d'Holbach, La Mettrie), ses d&#233;m&#234;l&#233;s avec Proudhon et sa pol&#233;mique r&#233;currente contre Malthus, surtout sa pr&#233;occupation constante de suivre l'actualit&#233; scientifique qui le conduiront &#224; s'enthousiasmer &#224; la publication des ouvrages de Darwin tout comme &#224; celle des travaux agronomiques de Liebig et de quelques autres, sans compter &#233;videmment sa critique de l'&#233;conomie politique dont les d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents nous ont donn&#233; quelques aper&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&#232;s lors qu'il se propose de s'appuyer sur cet apport marxien, tr&#232;s riche, diversifi&#233; et complexe, pour &#233;tayer une analyse critique de l'&#233;cocide capitaliste, Foster s'en tient presque exclusivement aux analyses de ce qu'il nomme la &#171; faille m&#233;tabolique &#187;, en mobilisant notamment les passages de Marx cit&#233;s dans la section pr&#233;c&#233;dente (Foster, 1997 ; Foster, 1999 ; Foster, 2000 : 153-177). Il revient ainsi inlassablement sur la perturbation du m&#233;tabolisme entre humanit&#233; et nature que l'agriculture capitaliste a provoqu&#233;e en expropriant la majeure partie de la population agricole et plus largement rurale, en concentrant toujours davantage les activit&#233;s humaines dans ou autour des centres urbains, en accentuant donc la division et l'opposition entre ville et campagne, tout comme en &#233;loignant les lieux de production agricole des lieux de consommation des produits agricoles par l'&#233;largissement constant des march&#233;s de ces produits. &#171; Faille &#187; dont l'effet est, en compromettant la fertilit&#233; des sols, de menacer tout simplement l'avenir de l'humanit&#233; en privant les g&#233;n&#233;rations futures des b&#233;n&#233;fices de la prodigalit&#233; naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, Foster est soucieux de montrer comment l'agriculture capitaliste n'a cess&#233; dans le cours de son devenir d'&#233;largir et d'approfondir cette &#171; faille m&#233;tabolique &#187;. Ainsi mentionne-t-il &#224; de multiples reprises que, pour pallier la baisse de fertilit&#233; des sols induite par elle, les agriculteurs europ&#233;ens (notamment britanniques) mais aussi &#233;tats-uniens vont devoir recourir &#224; partir de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle &#224; diff&#233;rents palliatifs (1997 : 285-287 ; 1999 : 375-377 ; 2000 : 150-152 ; Foster et Magdoff, 1998 : 32-35 ; Foster et Clark, 2004 : 190-192 ; Clark et Foster, 2009 : 317-330 ; Clark et Foster, 2010 : 146-147 ; Foster, Clark et York, 2010 : 349-369 ; Foster et Clark, 2020 : 14, 15-17, 55-58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, cette baisse de fertilit&#233;, entra&#238;nant celle des rendements agricoles, est sensible d&#232;s les ann&#233;es 1830 et 1840, conduisant &#224; une demande croissante d'engrais de tous types. On se met ainsi &#224; retourner les principaux champs de bataille des guerres napol&#233;oniennes (Leipzig, Waterloo) &#224; la recherche d'ossements tout comme &#224; piller ceux accumul&#233;s dans les catacombes siciliennes. A la suite des travaux de Liebig, John Bennet Lawes (1814-1900), propri&#233;taire terrien et agronome, met au point en 1842 un proc&#233;d&#233; de fabrication de superphosphates solubles (produits &#224; partir d'os de r&#233;cup&#233;ration), dont il lance l'ann&#233;e suivante la production industrielle. Mais le principal palliatif sera l'importation de plus en plus massive, d&#233;butant au milieu des ann&#233;es 1830, de guano, soit de fientes dess&#233;ch&#233;es d'oiseaux marins, riches en composants azot&#233;s et dans une moindre mesure en phosphates et en potassium, donc propres &#224; fournir un bon engrais, document&#233;es &#224; ce titre en Europe depuis le tout d&#233;but du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iles Chincha, extraction du guano en 1865, peu avant l'&#233;puisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales r&#233;serves de guano se trouvaient alors sur les &#238;les Chincha, situ&#233;es au large des c&#244;tes p&#233;ruviennes, et elles y &#233;taient utilis&#233;es de mani&#232;re ancestrale par les populations indig&#232;nes. A l'initiative du gouvernement p&#233;ruvien qui s'en d&#233;clarait propri&#233;taire, elles vont &#234;tre exploit&#233;es de mani&#232;re de plus en plus intensive par des entreprises p&#233;ruviennes faisant appel &#224; des travailleurs chinois immigr&#233;s op&#233;rant dans des conditions proprement dantesques, la commercialisation du guano &#233;tant le monopole de firmes britanniques. Le premier y trouvera le moyen de faire face au service d'une dette contract&#233;e aupr&#232;s de financiers britanniques pendant la guerre d'ind&#233;pendance men&#233;e contre la Couronne espagnole ; les secondes feront les beaux jours de l'oligarchie de Lima, en lui permettant de s'endetter elle aussi aupr&#232;s de la City londonienne pour continuer &#224; vivre sur un grand pied ; les derni&#232;res s'assureront de somptueux b&#233;n&#233;fices en revendant le guano en Europe et aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e continue de la demande europ&#233;enne de guano va avoir pour cons&#233;quence, outre la recherche effr&#233;n&#233;e d'autres gisements partout ailleurs dans le monde, la mise en exploitation du guano mais aussi des nitrates d&#233;couverts dans le d&#233;sert de Taracap&#225;, alors p&#233;ruvien, et dans la province bolivienne voisine d'Atacama, notamment pour faire face &#224; l'&#233;puisement progressif des gisements des &#238;les Chincha, d&#233;j&#224; sensible dans les ann&#233;es 1860, notamment du fait de la destruction massive des oiseaux marins priv&#233;s de leur niche &#233;cologique. L'int&#233;r&#234;t des Europ&#233;ens pour ces gisements de nitrate va d&#232;s alors aller croissant, d'autant plus qu'ils fournissent &#233;galement un constituant essentiel de la poudre noire (poudre &#224; canon) et d'autres explosifs. En 1875, pour tenter de sortir de la spirale de son endettement, le gouvernement p&#233;ruvien d&#233;cida de nationaliser les gisements du Taracap&#225;, en expropriant les entreprises p&#233;ruviennes et &#233;trang&#232;res qui les exploitaient jusqu'alors ; et en 1879, le gouvernement bolivien haussa les taxes per&#231;ues sur l'exploitation de ceux d'Atacama. Il en r&#233;sultera la guerre du Pacifique (1879-1884) entre le P&#233;rou et la Bolivie d'un c&#244;t&#233; et le Chili de l'autre (pouss&#233; et soutenu par les Britanniques), dont l'enjeu aura &#233;t&#233; ces deux provinces qui resteront finalement possessions de ce dernier, sorti victorieux de l'&#233;preuve. Quant &#224; leurs gisements de nitrate, alors que seuls 13% de leur exploitation &#233;taient entre des mains britanniques avant-guerre, cette proportion s'&#233;l&#232;vera &#224; 70% dans les ann&#233;es 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mena&#231;ant leur agriculture, la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; aura donc contribu&#233; selon Foster au tropisme imp&#233;rialiste des Etats europ&#233;ens et nord-am&#233;ricains : &#171; La premi&#232;re grande expansion coloniale outre-mer des Etats-Unis a &#233;t&#233; une cons&#233;quence directe de cette crise des conditions de la production agricole &#187; (Foster, 1997 : 286). Car, pour les m&#234;mes raisons, entre 1856 et 1903, les Etats-Unis se sont ainsi empar&#233;s de quatre-vingt-quatorze &#238;les ou &#238;lots du Pacifique recelant des gisements de guano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si ces importations massives de guano pouvaient pallier temporairement les effets de d&#233;gradation de la fertilit&#233; des sols dus &#224; la &#171; faille m&#233;tabolique &#187;, elles n'&#233;taient pas en mesure de rem&#233;dier &#224; cette derni&#232;re. D&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle, les r&#233;serves de guano tendant &#224; s'&#233;puiser, d'autres voies sont explor&#233;es : usage de scories r&#233;sultant de d&#233;phosphoration d'aciers et fontes phosphoreuses, usage de chlorure de potassium, etc. Une nouvelle fausse solution viendra de la mise au point, &#224; la veille de la Premi&#232;re Guerre mondiale, par le chimiste allemand Fritz Haber (1868-1934) de la synth&#232;se de l'ammoniac, ouvrant ainsi la voie &#224; la fabrication de nitrates pouvant servir d'engrais artificiels (mais aussi de base &#224; de puissants explosifs). Car le recours continuellement croissant &#224; ces derniers, pour simplement &#233;viter la diminution de la fertilit&#233; du sol, aura eu pour cons&#233;quence d'engendrer de nouvelles perturbations &#233;cologiques, en termes de renforcement de l'effet de serre anthropique, de pollution des sols et des eaux de ruissellement et des aquif&#232;res, d'eutrophisation des eaux c&#244;ti&#232;res g&#233;n&#233;rant des zones hypoxiques voire anoxiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, selon Foster, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'agriculture capitaliste aura encore aggrav&#233; la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; dont elle est la cause. Ainsi, la motorisation de la culture du sol a diminu&#233; drastiquement le cheptel des b&#234;tes de somme ; du m&#234;me coup, elle a encore r&#233;duit la masse des engrais naturels (sous forme de fumier, de lisier ou de purin) que celles-ci &#233;taient ant&#233;rieurement capables d'apporter au sol, tout comme elle aura contribu&#233; &#224; l'abandon des plantes fourrag&#232;res (telles les l&#233;gumineuses : tr&#232;fle, luzerne, pois, haricots, lentilles, soja, etc., capables de fixer l'azote atmosph&#233;rique dans le sol par l'interm&#233;diaire de leurs racines) au profit des nitrates et phosphates contenus par les engrais artificiels (produits de l'industrie chimique). Tandis que la s&#233;paration grandissante entre agriculture stricto sensu et &#233;levage et le d&#233;veloppement de l'&#233;levage intensif hors sol, aussi pr&#232;s que possible des march&#233;s urbains qui leur servent de d&#233;bouch&#233;s mais aussi des zones &#224; bas salaires et l&#233;gislations environnementales laxistes, auront produit le m&#234;me type d'effets (Foster et Magdoff, 1998 : 40 &#8211; 42 ; Foster, 1999 : 374, 399-400).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fragilit&#233; de la notion de &#171; faille m&#233;tabolique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation que Foster propose de l'approche marxienne de la th&#233;matique et de la probl&#233;matique &#233;cologiques &#224; partir de la notion de &#171; faille m&#233;tabolique &#187; me para&#238;t cependant discutable sous diff&#233;rents rapports. Et, pour commencer, il faut incriminer la notion m&#234;me de &#171; faille m&#233;tabolique &#187; par laquelle Foster condense l'analyse par Marx, &#224; la suite des travaux de Liebig, des incidences de l'agriculture capitaliste sur le m&#233;tabolisme entre humanit&#233; et nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cette notion ne figure pas dans les diff&#233;rents passages pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s de Marx. Et, dans l'ensemble constitu&#233; par Le Capital et ses manuscrits annexes et connexes, on n'en trouve mention qu'une seule fois dans le passage suivant auquel Foster se r&#233;f&#232;re sans cesse (1997 : 285 ; 1999 : 379 ; 2000 : 155 ; 2011a : 4 ; 2013a : 5 ; 2013b : 4 ; Angus et Foster, 2016 ; Foster et Clark, 2020 : 7) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re r&#233;duit la population agricole &#224; un minimum, &#224; un chiffre qui baisse constamment en face d'une population industrielle, concentr&#233;e dans les grandes villes, et qui s'accro&#238;t sans cesse ; elle cr&#233;e ainsi des conditions qui provoquent un hiatus irr&#233;m&#233;diable dans l'&#233;quilibre complexe du m&#233;tabolisme social compos&#233; par les lois naturelles de la vie ; il s'ensuit un gaspillage des forces du sol, gaspillage que le commerce transf&#232;re bien au-del&#224; des fronti&#232;res du pays consid&#233;r&#233; (Liebig) &#187; &lt;/i&gt; (Marx, 1976 [1894] : 735).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans l'original allemand, le terme ici rendu par hiatus est Ri&#223; qui signifie d&#233;chirure, fissure, f&#234;lure, auquel correspond l'anglais rift utilis&#233; par Foster, que l'on peut traduire par faille. En revanche, sa traduction par rupture, qui a &#233;t&#233; quelquefois pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; faille (par exemple Labelle-Hallee, 2016), est tout &#224; fait inappropri&#233;e dans le pr&#233;sent contexte. Car, &#224; proprement parler il ne saurait y avoir de rupture m&#233;tabolique entre l'humanit&#233; et la nature qui, sous une forme ou une autre, sous quelque mode que ce soit, composent une unit&#233; qu'on ne saurait rompre sans compromettre la survie m&#234;me de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Foster lui-m&#234;me n'&#233;vite pas toujours la confusion entre faille (rift) et rupture (break). Elle est implicitement pr&#233;sente lorsqu'il d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Sans ce dernier concept [celui de &#171; faille m&#233;tabolique &#187;], il est impossible de comprendre l'analyse par Marx de l'antagonisme entre ville et campagne, sa critique de l'agriculture capitaliste, et ses appels &#224; la &#8220;restauration&#8221; de la n&#233;cessaire relation m&#233;tabolique entre l'humanit&#233; et la terre, c'est-&#224;-dire sa notion fondamentale de durabilit&#233; [sustainability] &#187;&lt;/i&gt; (1999 : 399).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Car, &#224; proprement parler, il n'y a pas &#224; r&#233;tablir ou restaurer une relation m&#233;tabolique qui aurait &#233;t&#233; interrompue, bris&#233;e ou rompue &#8211; ce qui encore une fois est impossible puisque, comme le confesse au passage Foster, cette relation m&#233;tabolique est n&#233;cessaire, vitale m&#234;me pour l'humanit&#233;. Il y a &#224; r&#233;tablir un &#233;tat de ce m&#233;tabolisme compatible avec le d&#233;veloppement durable de l'humanit&#233; que le capitalisme est venu profond&#233;ment perturber. Et la confusion entre faille et rupture devient explicite dans les passages suivants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le r&#233;sultat en a &#233;t&#233; un recyclage insuffisant des d&#233;chets organiques humains en direction de la campagne, tout comme la rupture (break) connexe du cycle m&#233;tabolique et la perte nette inflig&#233;e au sol du fait du d&#233;placement des produits organiques (nourriture et tissu) &#224; des centaines et milliers de miles. C'est ce qui a rendu n&#233;cessaire la formation de l'industrie des fertilisants. Une rupture (break) ult&#233;rieure a eu lieu lors de la troisi&#232;me r&#233;volution agricole (l'essor de l'agrobusiness), associ&#233;e au d&#233;part &#224; la suppression du gros b&#233;tail, &#224; la cr&#233;ation de parcs d'engraissement centralis&#233;s et au remplacement de la traction animale par du mat&#233;riel agricole m&#233;canis&#233; &#187;&lt;/i&gt; (1999 : 400).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Marx a employ&#233; le concept de m&#233;tabolisme pour expliquer la n&#233;cessaire relation des &#234;tres humains &#224; la terre &#224; travers la production, et a soutenu qu'une faille (rift) ou rupture (break) s'est d&#233;velopp&#233;e dans le cycle m&#233;tabolique &#187;&lt;/i&gt; (2011b : 6).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'autre part et surtout, en d&#233;pit du passage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; du Livre III du Capital o&#249; il en est question, la notion de &#171; faille m&#233;tabolique &#187; me para&#238;t inappropri&#233;e pour condenser l'id&#233;e d&#233;velopp&#233;e par Marx dans l'ensemble des passages pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s ; et c'est peut-&#234;tre la raison pour laquelle celui-ci ne l'a jamais r&#233;employ&#233;e par apr&#232;s. En effet, s'agissant du m&#233;tabolisme entre l'humanit&#233; et la nature tel qu'ils s'op&#232;rent dans le cadre du proc&#232;s social de production lato sensu (impliquant donc aussi le proc&#232;s de consommation improductive, au sens ordinaire du terme), ce que sugg&#232;re l'ensemble des d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents est bien plut&#244;t une perturbation profonde qu'une faille ou a fortiori une rupture. Au demeurant, c'est exactement le terme (st&#246;ren : perturber, troubler, d&#233;ranger) que Marx emploie dans le passage du Livre I du Capital pr&#233;c&#233;demment cit&#233; qui d&#233;calque celui de la version primitive du Livre III auquel Foster se r&#233;f&#232;re sans cesse[7]. En cons&#233;quence, je propose de substituer la notion de perturbation m&#233;tabolique &#224; celle de &#171; faille m&#233;tabolique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Foster p&#232;che par extrapolation et r&#233;duction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, en &#233;rigeant la notion de &#171; faille m&#233;tabolique &#187; en alpha et om&#233;ga de l'approche marxiste de l'&#233;cocide capitaliste, Foster p&#232;che en fait &#224; la fois par r&#233;duction et par extrapolation. Par extrapolation, en premier lieu, d&#232;s lors qu'il fait de cette &#171; faille &#187; la marque propre, le signe distinctif, de l'agriculture capitaliste et, plus largement, du rapport du capital &#224; la nature. Une extrapolation que viennent d&#233;mentir des faits pourtant bien &#233;tablis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, des perturbations m&#233;taboliques graves ont &#233;galement pu se produire au sein des formations sociales pr&#233;capitalistes. On peut notamment mentionner la steppisation et d&#233;sertification tendancielles que, sous l'effet de d&#233;boisements inconsid&#233;r&#233;s, le d&#233;veloppement de l'agriculture a provoqu&#233;es d&#232;s l'Antiquit&#233; dans nombre de r&#233;gions m&#233;diterran&#233;ennes. Cela nous avertit de ce que l'unit&#233; symbiotique entre humanit&#233; et nature, propre aux formations pr&#233;capitalistes, n'allait pas sans contradictions, dans la mesure o&#249; le m&#233;tabolisme entre eux n'y faisait pas l'objet d'une r&#233;gulation rationnelle (r&#233;fl&#233;chie, prudente et inform&#233;e par la connaissance scientifique des lois de la nature) mais &#233;tait laiss&#233;e &#224; des pratiques routini&#232;res qui, pour &#234;tre g&#233;n&#233;ralement &#233;prouv&#233;es, pouvaient aussi conduire &#224; des d&#233;sastres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, durant la p&#233;riode protocapitaliste, dans les provinces septentrionales des Anciens Pays-Bas notamment (de la Flandre &#224; la Frise en passant par la Z&#233;lande, la Hollande et la province d'Utrecht), on a couramment pratiqu&#233; l'usage &#224; vaste &#233;chelle de d&#233;chets urbains (immondices et cendres), en plus de fumiers et de marnes, pour fertiliser les sols mis en culture dans les campagnes environnantes (Bihr, 2019 : 254), au point de constituer d&#233;j&#224; un v&#233;ritable march&#233; &#171; national &#187; de ces intrants. Preuve que l'agriculture capitaliste ne se condamne pas n&#233;cessairement &#224; approfondir la s&#233;paration et l'opposition entre villes et campagnes ni, avec elle, la &#171; faille m&#233;tabolique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a, enfin, une autre preuve dans le fait que, dans les villes contemporaines des formations capitalistes les plus d&#233;velopp&#233;es, la r&#233;cup&#233;ration des excr&#233;ments par le tout-&#224;-l'&#233;gout et leur traitement dans des stations d'&#233;puration, outre qu'ils ont permis une am&#233;lioration consid&#233;rable de l'hygi&#232;ne publique dans les espaces urbains, rend aussi possible leur recyclage dans et par l'agriculture, puisque les boues r&#233;siduaires des stations d'&#233;puration sont pour partie utilis&#233;es comme engrais (apr&#232;s compostage ou non), m&#234;me si l'&#233;loignement entre les centres urbains et les zones de cultures &#233;tendues demeure un obstacle tout comme la pr&#233;sence dans ces boues de m&#233;taux lourds en quantit&#233;s non n&#233;gligeables. Ce faisant, elles se sont conform&#233;es aux recommandations de Liebig qui, dans ses Letters on the Subject of the Utilization of the Municipal Sewage (1865) adress&#233;es au Lord maire de Londres, avait plaid&#233; pour l'utilisation des eaux us&#233;es de la ville dans les campagnes environnantes plut&#244;t que de polluer massivement la Tamise dans laquelle elles &#233;taient rejet&#233;es[8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, Foster a tort de r&#233;duire l'analyse marxiste de l'&#233;cocide capitaliste &#224; ce qu'il appelle la &#171; faille m&#233;tabolique &#187;. Cette r&#233;duction est manifeste dans les passages suivants, entre autres : &#171; La contribution &#233;cologique la plus notable de Marx est, cependant, sa th&#233;orie de la faille m&#233;tabolique &#187; (2011a : 4) ; &#171; La contribution la plus directe de Marx &#224; la critique de la destruction &#233;cologique est &#233;videmment sa th&#233;orie de la faille m&#233;tabolique (&#8230;) &#187; (2011b : 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or pareille r&#233;duction est doublement fautive. D'une part, la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; ne rend en fait compte que d'une partie des probl&#232;mes &#233;cologiques engendr&#233;s par le d&#233;veloppement de l'agriculture capitaliste. En effet, elle est inappropri&#233;e &#224; l'analyse d'autres aspects probl&#233;matiques et m&#234;mes catastrophiques de ce d&#233;veloppement, qu'il s'agisse de l'&#233;levage intensif ou de l'introduction des OGM. Certes, le principe de l'&#233;levage intensif d&#233;coule de la s&#233;paration grandissante entre agriculture au sens strict et &#233;levage, qui est la marque propre de l'agriculture capitaliste comme on l'a vu plus haut. Mais cette s&#233;paration est bien plut&#244;t une cause aggravante de la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; que sa cons&#233;quence, comme Foster le signale d'ailleurs. Tandis que l'intensification conduisant &#224; l'&#233;levage en stabulation jusqu'&#224; aboutir &#224; la concentration de centaines et m&#234;me de milliers d'animaux sous un m&#234;me toit ne peut pas s'expliquer en invoquant la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; ; cela requiert une analyse des conditions sp&#233;cifiques de valorisation du capital agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, cette m&#234;me notion de &#171; faille m&#233;tabolique &#187; ne nous renseigne gu&#232;re sur bien d'autres aspects de l'&#233;cocide capitaliste. Foster ne manque pas de l'&#233;tendre au-del&#224; de ceux directement li&#233;s au d&#233;veloppement de l'agriculture capitaliste, au point de la transformer par moments en notion fourre-tout ou attrape-tout. Par exemple dans des passages tels que le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ici la principale pr&#233;occupation est ce que l'on pourrait appeler la Grande Faille dans le rapport de l'humanit&#233; &#224; la nature produit par le franchissement des limites du syst&#232;me-Terre que repr&#233;sentent le changement climatique, l'acidification des oc&#233;ans, l'appauvrissement de la couche d'ozone, la perte de biodiversit&#233; (et l'extinction des esp&#232;ces), la rupture des cycles de l'azote et du phosphore, la perte de couvert terrestre, la perte de ressources en eau pure, la pollution atmosph&#233;rique par les a&#233;rosols et la pollution chimique &#187;&lt;/i&gt; (2013b : 12)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pareille extension est certes l&#233;gitime chaque fois que le proc&#232;s imm&#233;diat de reproduction du capital vient perturber un des multiples cycles &#224; travers lesquels l'&#233;cosph&#232;re terrestre dans son ensemble comme les multiples &#233;cosyst&#232;mes qui la composent assurent leur propre reproduction, donc leur stabilit&#233; et en d&#233;finitive leur existence. C'est le cas, par exemple, du r&#233;chauffement climatique qui proc&#232;de d'une perturbation profonde du cycle du carbone : en r&#233;injectant massivement et rapidement dans l'atmosph&#232;re sous forme de CO2 les masses de carbone qui se sont accumul&#233;es durant des dizaines de millions d'ann&#233;es dans les entrailles de la Terre, l'usage des combustibles fossiles (charbon, p&#233;trole, gaz naturel) a rompu ce cycle en exc&#233;dant de loin les capacit&#233;s d'absorption et de recyclage des &#171; puits naturels &#187; de carbone que constituent les mers et les oc&#233;ans, les for&#234;ts et la biomasse v&#233;g&#233;tale plus g&#233;n&#233;ralement. Et c'est &#233;galement le cas s'agissant de la surp&#234;che qui vient rompre tout le cycle sur lequel repose la cha&#238;ne alimentaire dans les mers et les oc&#233;ans (Clark et Foster, 2010 : 147 pour ces deux exemples).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, outre que, contrairement &#224; ce que pr&#233;tend Foster, il serait bien incapable de s'appliquer &#224; d'autres perturbations majeures de l'&#233;cosph&#232;re engendr&#233;es par le capital, telles que l'&#233;puisement des mati&#232;res premi&#232;res ou la perte drastique de biodiversit&#233; (dont, symptomatiquement, Foster ne traite jamais)[9], pareil &#233;largissement repose en fait souvent sur l'introduction, subreptice ou ouverte, d'autres dimensions des rapports capitalistes de production que celle qui commande directement la &#171; faille m&#233;tabolique &#187;. Cela appara&#238;t par exemple dans un article consacr&#233; &#224; &#171; l'imp&#233;rialisme &#233;cologique &#187; (Foster et Clark, 2004). On y lit notamment :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'imp&#233;rialisme &#233;cologique &#8211; la croissance du centre du syst&#232;me &#224; des rythmes insoutenables, moyennant la d&#233;gradation &#233;cologique de plus en plus profonde de la p&#233;riph&#233;rie &#8211; g&#233;n&#232;re d&#233;sormais une s&#233;rie de contradictions &#233;cologiques de dimension plan&#233;taire, qui mettent en p&#233;ril la totalit&#233; de la biosph&#232;re &#187;&lt;/i&gt; (page 198).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui revient &#224; reconna&#238;tre que le proc&#232;s moteur de la d&#233;gradation &#233;cologique continue et croissante des p&#233;riph&#233;ries tout au long du devenir-monde du capital tient essentiellement &#224; l'accumulation (la reproduction &#233;largie) de ce dernier telle qu'elle est men&#233;e par et au profit des formations centrales. Mais cette accumulation est elle-m&#234;me une loi immanente du rapport capitaliste de production, qui ne d&#233;coule nullement de la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; telle que Foster l'entend. Il s'agit bien de deux dimensions diff&#233;rentes du rapport du capital &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand les m&#234;mes auteurs tentent de nous convaincre de la port&#233;e heuristique de la notion de &#171; faille m&#233;tabolique &#187; pour l'analyse critique des aspects les plus actuels de l'&#233;cocide capitaliste, c'est en fait une nouvelle fois &#224; cette loi immanente d'accumulation qu'ils doivent recourir :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le capitalisme est un syst&#232;me vou&#233; &#224; une accumulation constante du capital. Tel est &#224; la fois &#8220;le but subjectif et la force motrice de tout le syst&#232;me &#233;conomique&#8221;. En cons&#233;quence, il est m&#251; par une croissance ind&#233;finie, &#224; une &#233;chelle continuellement &#233;largie de l'engrenage [treadmill] de l'accumulation (&#8230;) L'&#233;chelle croissante de la production g&#233;n&#232;re d&#233;gradation &#233;cologique et pollution dans un monde fini, et l'exploitation syst&#233;matique de la nature menace de saper le cycle naturel et les proc&#232;s qui contribuent &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration des &#233;cosyst&#232;mes &#187;&lt;/i&gt; (Clark et Foster, 2010 : 145).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;O&#249; il appara&#238;t clairement que ce n'est pas la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; qui est susceptible d'expliquer la tendance immanente &#224; l'accumulation ind&#233;finie du capital mais bien plut&#244;t l'inverse. Ce que les auteurs finissent eux-m&#234;mes par confesser en fin d'article :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; A nos yeux, le probl&#232;me essentiel peut &#234;tre ramen&#233; au fait, comme Barry Commoner l'a soulign&#233; il y a longtemps d&#233;j&#224;, que les cercles que constituent les cycles naturels sont bris&#233;s et transform&#233;s en processus lin&#233;aires d&#233;di&#233;s &#224; l'accumulation priv&#233;e. Et la nature de l'accumulation est telle que cela se produit &#224; une &#233;chelle constamment &#233;largie, faisant reposer des charges insupportables sur des &#233;cosyst&#232;mes de plus en plus vuln&#233;rables. La faille m&#233;tabolique mondiale que cela g&#233;n&#232;re ne peut pas s'arr&#234;ter mais ne peut que s'aggraver dans le syst&#232;me capitaliste &#187;&lt;/i&gt; (Id. : 154).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et, dans ce m&#234;me article, pour expliquer la tendance &#233;cocidaire qui anime fondamentalement le capital, Clark et Foster doivent d'ailleurs recourir &#224; une autre dimension encore de ce dernier : la subordination de la valeur d'usage &#224; la valeur d'&#233;change, qui n'est que la forme ph&#233;nom&#233;nale de la valeur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En outre, l'&#233;cologie de Marx sert de fondement &#224; la compr&#233;hension de la d&#233;gradation de l'environnement, &#233;tant donn&#233; sa critique du capital comme totalit&#233; et l'accent mis sur la contradiction entre la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change (&#8230;) &#187; &lt;/i&gt; (Id. : 142).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et, lorsque Foster entreprend de rendre compte de la crise historique que traverse actuellement le mode de production capitaliste, dont la catastrophe &#233;cologique n'est que l'une des composantes, c'est une nouvelle fois &#224; ces deux dimensions des rapports capitalistes de production (la tendance &#224; l'accumulation ind&#233;finie du capital et la subordination des valeurs d'usage &#224; la valeur) qu'il se r&#233;f&#232;re et non pas &#224; la &#171; faille m&#233;tabolique &#187; qu'il ch&#233;rit tant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je soutiendrai que se produit aujourd'hui une crise historique [a epochal crisis] bien plus importante que celle qui a engendr&#233; la transition du f&#233;odalisme au capitalisme, une crise proc&#233;dant de l'expansion illimit&#233;e d'un syst&#232;me capitaliste d&#233;di&#233; &#224; la cr&#233;ation de richesse abstraite &#187;&lt;/i&gt; (2013a : 2).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; N&#233;anmoins, le capital traitait toutes les limites naturelles de cet ordre comme de simples barri&#232;res &#224; franchir plut&#244;t que comme des fronti&#232;res ou des limites &#224; respecter. Il en est r&#233;sult&#233; des tendances &#224; la crise syst&#233;mique &#8211; que l'on peut rapporter en d&#233;finitive &#224; la contradiction entre valeurs d'usage et valeurs d'&#233;change et entre les processus naturels &#233;l&#233;mentaires et le proc&#232;s d'accumulation du capital &#187; &lt;/i&gt; (Foster et Clark, 2020 : 46)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour &#233;tendre et approfondir l'analyse de l'&#233;cocide capitaliste, autrement dit de la contradiction fondamentale, principielle, entre le proc&#232;s global de reproduction du capital et la nature (l'&#233;cosph&#232;re, la Terre), y compris en ce qui concerne la branche agricole, et g&#233;n&#233;raliser du m&#234;me coup les th&#232;ses marxiennes pr&#233;c&#233;dentes, il appara&#238;t qu'il faut emprunter une voie diff&#233;rente de celle suivie par Foster, en fait compl&#233;mentaire de cette derni&#232;re. Il faut d&#233;passer ce seul premier moment des rapports capitalistes de production qu'est l'expropriation des producteurs et prendre en compte l'ensemble des autres moments de ces rapports. A commencer par ce qui se trouve au c&#339;ur de la contradiction entre valeur d'usage et valeur : la subordination du proc&#232;s de travail (qui implique/combine autant la nature que la force humaine de travail) au proc&#232;s de valorisation ; soit la subordination de la nature, via le proc&#232;s de travail dont elle est un agent actif, &#224; la logique de la valeur autonomis&#233;e sous forme du capital (Bihr, 2021a). (Ao&#251;t 2023)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angus Ian et Foster John Bellamy (2016), &#171; In Defense of Ecological Marxism : John Bellamy Foster Responds to a Critic &#187;, Climate &amp; Capitalism, &lt;a href=&#034;http://climateandcapitalism.com/2016/06/06/in-defense-of-ecological-marxism-john-bellamy-foster-responds-to-a-critic/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://climateandcapitalism.com/2016/06/06/in-defense-of-ecological-marxism-john-bellamy-foster-responds-to-a-critic/&lt;/a&gt; mis en ligne le 30 d&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bihr Alain (2019), Le premier &#226;ge du capitalisme. Tome 3 : La marche de l'Europe occidentale vers le capitalisme, Lausanne/Paris, Page 2/Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bihr Alain (2021a), &#171; Le vampirisme du capital &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 4 mai 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bihr Alain (2021b), &#171; L'&#233;cologie de Marx &#224; la lumi&#232;re de la MEGA 2 &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/&lt;/a&gt; mis en ligne le 23 novembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clark Brett et Foster John Bellamy (2009). &#171; Ecological Imperialism and the Global Metabolic Rift. Unequal Exchange and the Guano/Nitrates Trade &#187;, International Journal of Comparative Sociology, vol. 50, n&#176;3-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clark Brett et Foster John Bellamy (2010), &#171; Marx' Ecology in the 21st Century &#187;, World Review of Political Economy, vol. 1, n&#176;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (1997), &#171; The Crisis of the Earth : Marx's Theory of Ecological Sustainability as a Nature-Imposed Necessity for Human Production &#187;, Organization &amp; Environment, vol. 10, n&#176;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (1999), &#171; Marx's Theory of Metabolic Rift : Classical Foundations for Environmental Sociology &#187;, American Journal of Sociology, vol. 105, n&#176;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (2000), Marx's Ecology. Materialism and nature, New York, Monthly Review Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (2011a), &#171; The Ecology of Marxian Political Economy &#187;, Monthly Review, vol. 63, n&#176; 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (2011b), &#171; Capitalism and the Accumulation of Catastrophe &#187;, Monthly Review, vol. 63, n&#176;7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (2013a), &#171; The Epochal Crisis &#187;, Monthly Review, vol. 65, n&#176; 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (2013b), &#171; Marx and the Rift in the Universal Metabolism of Nature &#187;, Monthly Review, vol. 65, n&#176;7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy (2018), &#171; Marx, Value and Nature &#187;, Monthly Review, vol. 70, n&#176;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy et Magdoff Fred (1998), &#171; Liebig, Marx, and the depletion of soil fertility : relevance for today's agriculture &#187;, Monthly Review, vol. 50, n&#176;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy et Clark Brett (2004), &#171; Ecological Imperialism &#187; dans Panitch Leo et Leys Colin (&#233;d.), Socialist Register 2004 : The New Imperial Challenge, New York, Monthly Review Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy, Clark Brett et York Richard (2010), The Ecological Rift : Capitalism's War on the Earth, New York, Monthly Review Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foster John Bellamy et Clark Brett (2020), The Robbery of Nature : Capitalism and the Ecological Rift, New York, Monthly Review Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labelle-Hall&#233;e Jean-Pascal (2016), &#171; L'origine de la crise &#233;cologique : analyse de la th&#233;orie de la rupture m&#233;tabolique dans la sociologie de John Bellamy Foster &#187;, &lt;a href=&#034;https://archipel.uqam.ca/8828/Marx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archipel.uqam.ca/8828/Marx&lt;/a&gt; Karl (1976 [1894]), Le Capital. Livre III, Paris, Editions Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx Karl (1993 [1867]), Le Capital. Livre I, Paris, Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx Karl et Engels Friedrich (1971), Correspondance, tome II (1849-1851), Paris, Editions Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pontailler Serge (1971), Engrais et fumure, Paris, Presses universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa&#239;to Kohei (2021), La nature contre le capital. L'&#233;cologie de Marx dans sa critique inachev&#233;e du capital, Lausanne &amp; Paris, Page 2 &amp; Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le concept de m&#233;tabolisme est emprunt&#233; &#224; la biologie, plus exactement m&#234;me &#224; la physiologie. Au sein de cette derni&#232;re, il d&#233;signe, d'une part, le syst&#232;me des &#233;changes de substances diverses (en d&#233;finitive toujours des compos&#233;s organiques) entre l'ensemble des parties d'un organisme vivant (v&#233;g&#233;tal, animal ou humain), &#233;changes par lesquels ce dernier se r&#233;g&#233;n&#232;re en permanence tout en maintenant son ordre propre (c'est le m&#233;tabolisme interne) ; d'autre part, les &#233;changes de mati&#232;res et d'&#233;nergie auxquels tout organisme vivant est tenu de proc&#233;der avec son milieu de vie (son biotope), par lesquels il y pr&#233;l&#232;ve les substances n&#233;cessaires &#224; son fonctionnement comme organisme vivant et y rejettent diff&#233;rents d&#233;chets r&#233;sultant de ce fonctionnement (c'est le m&#233;tabolisme externe). M&#233;tabolisme externe et m&#233;tabolisme interne sont donc intimement li&#233;s : le premier fournit au second les substances qui, directement ou apr&#232;s transformation, se trouve assimil&#233; par l'organisme pour se maintenir en vie, tout en se chargeant d'absorber et de recycler ses sous-produits (rejets, d&#233;chets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'ouvrage conna&#238;tra neuf &#233;ditions successives du vivant de Liebig, constamment revues et augment&#233;es, jusqu'&#224; totaliser plus de mille pages. A l'origine, il r&#233;pondait &#224; une commande de la British Association for the Advencement of Science, pass&#233;e sous la pression des grands propri&#233;taires fonciers pr&#233;occup&#233;s par la baisse tendancielle des rendements agricoles (Foster, 1999 : 376).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Liebig comptait parmi ces derniers la potasse, la chaux, le soufre, le magn&#233;sium et le fer. Depuis lors, la liste s'en est allong&#233;e et on a pu les classer en trois cat&#233;gories : les quatre majeurs sont l'azote (azote ammoniacal ou azote nitrique), l'acide phosphorique, la potasse et la chaux ; la magn&#233;sie, le soufre, le chlore et le sodium sont d'importance secondaire par les quantit&#233;s requises ; enfin les oligo-&#233;l&#233;ments (fer, mangan&#232;se, cuivre, zinc, bore, molybd&#232;ne et cobalt) sont requis en tr&#232;s petites quantit&#233;s mais chacun est proprement vital (son d&#233;faut provoque la mort de la plante) (Pontailler, 1971 : 7-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; des engrais et &#224; des amendements pour assurer cette restitution et conserver et a fortiori am&#233;liorer la fertilit&#233; d'un sol cultiv&#233;. Assurant des apports min&#233;raux, les engrais sont des aliments de la plante. Quant aux amendements (craie, marne, pl&#226;tre, terreaux, tourbes, etc.), ils servent &#224; la fois &#224; alimenter la plante mais aussi &#224; entretenir les propri&#233;t&#233;s physico-chimiques du sol ainsi que les micro-organismes (notamment bact&#233;riens) qu'il abrite. Un m&#234;me fertilisant, tel le fumier, peut &#234;tre &#224; la fois un engrais et un amendement (Pontailler, 1971 : 21, 31, 68-69).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Les engrais organiques directement fournis par une exploitation agricole (sous forme de diff&#233;rents d&#233;chets et rejets v&#233;g&#233;taux, animaux et humains) ne font, au mieux, que restituer au sol les &#233;l&#233;ments min&#233;raux que cette exploitation en a tir&#233;s. De fait, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ils n'y suffisent pas compl&#232;tement car il y a in&#233;vitablement des pertes entre ce qui est tir&#233; du sol sous forme de plantes et ce qui y est restitu&#233; sous forme de d&#233;chets et de rejets ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; des apports (des engrais naturels ou artificiels) ext&#233;rieurs. Et, pour un volume de production donn&#233;e, la masse de ces derniers est d'autant plus importante que la part de la production agricole qui n'est pas destin&#233;e &#224; l'autoconsommation (productive ou improductive) de l'exploitation mais se trouve &#171; export&#233;e &#187; hors d'elle (destin&#233;e &#224; l'&#233;change avec l'ext&#233;rieur) est grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La phrase figurant en romain a &#233;t&#233; retraduite &#224; partir de l'original allemand, la traduction propos&#233;e par les Editions Sociales &#233;tant gravement fautive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Si ce dernier passage fait formellement partie du Livre III du Capital et semble donc post&#233;rieur &#224; celui du Livre I, il n'en est rien. En effet, on sait que, pour l'essentiel, le Livre III du Capital a &#233;t&#233; compos&#233; par Engels sur la base de la partie d'un vaste manuscrit r&#233;dig&#233; par Marx entre mi-1863 et fin 1865, constituant une version primitive de ce qui &#233;tait cens&#233; devenir l'ensemble du Capital. Il est donc ant&#233;rieur &#224; la r&#233;daction du Livre I effectu&#233;e entre janvier 1866 et juillet 1867.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Une pr&#233;conisation dont Marx lui-m&#234;me s'est fait l'&#233;cho : &#171; Les r&#233;sidus de la consommation sont de la plus grande importance pour l'agriculture. Leur utilisation donne lieu, en &#233;conomie capitaliste, &#224; un gaspillage colossal ; &#224; Londres, par exemple, on n'a trouv&#233; rien de mieux &#224; faire de l'engrais provenant de 4 millions 1/2 d'hommes que de s'en servir pour empester, &#224; frais &#233;normes, la Tamise &#187; (1976 [1894] : 111). Une remarque de Marx parmi bien d'autres sur la n&#233;cessit&#233; de recycler les d&#233;chets du proc&#232;s social de production, dont la production capitaliste fait trop peu de cas (cf. le chapitre V du Livre III du Capital).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] On peut voir un aveu implicite de l'insuffisance de la notion de &#171; faille m&#233;tabolique &#187; pour rendre compte de tous les aspects de l'&#233;cocide capitaliste dans le fait que, dans ses publications les plus r&#233;centes, Foster ait cru bon de devoir lui adjoindre celle de pillage de la nature (&#171; robbery of nature &#187;) (Foster et Clark, 2020). Mais, l&#224; encore, il proc&#232;de par r&#233;duction-extrapolation &#224; partir d'un passage du Capital cit&#233; plus haut : &#171; tout progr&#232;s de l'agriculture capitaliste est non seulement un progr&#232;s dans l'art de piller le travailleur, mais aussi dans l'art de piller le sol &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La &#171; transition &#233;cologique &#187;, imposture et nouvelle fronti&#232;re du capital (I)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-I</link>
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		<dc:date>2023-05-23T11:30:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-23</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>

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&lt;p&gt;Parmi les diff&#233;rents arguments mobilis&#233;s pour d&#233;montrer l'impossibilit&#233; d'un &#171; capitalisme vert &#187; (Tanuro, 2012) figure la d&#233;monstration, qui peut largement s'appuyer sur Marx, de l'absolue n&#233;cessit&#233; pour le capital de se reproduire &#224; une &#233;chelle sans cesse &#233;largie. Le capital se condamne de la sorte &#224; traiter la nature &#224; la fois comme un r&#233;servoir in&#233;puisable de mati&#232;res premi&#232;res et de sources d'&#233;nergie et comme un d&#233;potoir insondable dans lequel d&#233;verser les multiples d&#233;chets et rejets du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/399658498_socialmedia-1024x682-2e616.jpg?1684841465' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parmi les diff&#233;rents arguments mobilis&#233;s pour d&#233;montrer l'impossibilit&#233; d'un &#171; &lt;i&gt;capitalisme vert &lt;/i&gt; &#187; (Tanuro, 2012) figure la d&#233;monstration, qui peut largement s'appuyer sur Marx, de l'absolue n&#233;cessit&#233; pour le capital de se reproduire &#224; une &#233;chelle sans cesse &#233;largie. Le capital se condamne de la sorte &#224; traiter la nature &#224; la fois comme un r&#233;servoir in&#233;puisable de mati&#232;res premi&#232;res et de sources d'&#233;nergie et comme un d&#233;potoir insondable dans lequel d&#233;verser les multiples d&#233;chets et rejets du proc&#232;s social de production dans son ensemble, qui comprend &#233;videmment aussi le proc&#232;s de consommation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ecologie/la-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A l'Encontre&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
16 mai 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Alain Bihr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-II&#034;&gt;2e partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-III&#034;&gt;3e partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;charge d'Agbogbloshie (Accra, Ghana, 2019) est consid&#233;r&#233;e comme la plus grande d&#233;charge de d&#233;chets &#233;lectroniques du continent africain, o&#249; les d&#233;chets &#233;lectroniques arrivent du monde entier, principalement d'Europe et des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre ces arguments, il a &#233;t&#233; avanc&#233;, de divers bords, les objections suivantes. D'une part, il serait possible de concevoir et de mettre en &#339;uvre des proc&#232;s de production plus sobres en mati&#232;res premi&#232;res tout comme plus efficaces en &#233;nergie : la consommation productive de ces derniers dans et par le proc&#232;s de travail ne serait pas n&#233;cessairement proportionnelle &#224; la formation de la valeur dans et par le proc&#232;s de valorisation. D'autre part, dans le cadre d'une &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie circulaire &lt;/i&gt; &#187;, il serait possible de transformer les d&#233;chets en de nouvelles ressources, en &#233;conomisant ainsi autant de ressources naturelles, si bien que la consommation productive de ces derni&#232;res ne serait pas n&#233;cessairement proportionnelle au renouvellement du proc&#232;s de production. Enfin, il serait possible de former de la valeur (donc de la plus-value) &#224; travers des proc&#232;s de production purement immat&#233;riels. Et d'ailleurs, le proc&#232;s de reproduction du capital a &#233;volu&#233; ces derni&#232;res d&#233;cennies vers le d&#233;veloppement de pareils proc&#232;s de production immat&#233;riels, notamment &#224; la faveur du d&#233;veloppement des services, de la num&#233;risation (d&#233;veloppement des NTIC-nouvelles technologies de l'information et de la communication, de &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie de la connaissance&lt;/i&gt; &#187;, etc.) et de l'importance croissante du &#171; &lt;i&gt;capital humain&lt;/i&gt; &#187; dans le processus d'innovation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de ces trois objections constitue le fonds auquel s'alimente la promesse d'une &#171; &lt;i&gt; transition &#233;cologique&lt;/i&gt; &#187; d'un &#171; &lt;i&gt;Green Deal&lt;/i&gt; &#187; capable de r&#233;duire l'empreinte &#233;cologique de la reproduction &#233;largie du capital. Transition dans laquelle serait d'ores et d&#233;j&#224; engag&#233; le capitalisme contemporain et que ses thurif&#233;raires s'engagent &#224; r&#233;aliser au plus vite. Examinons de pr&#232;s ces trois objections, tant dans leurs fondements th&#233;oriques que dans les d&#233;veloppements pratiques auxquels elles se r&#233;f&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur &#171; l'&#233;conomie immat&#233;rielle &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par envisager ce qu'il en est de la soi-disant &#171; &lt;i&gt; &#233;conomie immat&#233;rielle &lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;une &#233;conomie qui n'a pas de fondement physique mais qui place les capacit&#233;s intellectuelles au c&#339;ur de la cr&#233;ation de valeur &lt;/i&gt; &#187; (L&#233;vy et Jouyet, 2006 : 7). On conviendra ais&#233;ment que, quoi qu'il en soit de cette derni&#232;re, elle ne peut gu&#232;re conna&#238;tre qu'une extension limit&#233;e. La plupart des travaux mat&#233;riels (des travaux qui supposent une transformation de la mati&#232;re, sous quelque forme que ce soit) ne peuvent pas se transformer en travaux &#171; immat&#233;riels &#187; : difficile de d&#233;mat&#233;rialiser l'extraction d'une tonne de minerai ou d'un baril de p&#233;trole pas plus qu'une intervention chirurgicale. On peut tout au plus envisager de substituer les uns aux autres, comme on le fait par exemple lorsqu'on communique &#233;lectroniquement (par messagerie &#233;lectronique, par vid&#233;oconf&#233;rence, etc.) au lieu de recourir au courrier postal ou de se d&#233;placer et de se rencontrer physiquement. Et la r&#233;duction continue de la part de l'industrie au profit de celle du tertiaire (&#171; &lt;i&gt;les services&lt;/i&gt; &#187;) dans la production du PIB n'est s&#251;rement pas une objection valable, d&#232;s lors que l'on sait que des travaux aussi mat&#233;riels que le transport (routier, fluvial, maritime ou a&#233;rien), la distribution d'eau, de gaz et d'&#233;lectricit&#233; ou encore les activit&#233;s de nettoyage des b&#226;timents sont class&#233;s dans le tertiaire ; tout comme l'est le commerce de d&#233;tail, dont le d&#233;veloppement sous forme de supermarch&#233;s et d'hypermarch&#233;s en p&#233;riph&#233;rie des centres urbains est g&#233;n&#233;rateur de cette activit&#233; tr&#232;s mat&#233;rielle qu'est le trajet hebdomadaire que leurs clients effectuent en automobile pour les rejoindre depuis leur domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il y a quelque chose de trompeur dans l'expression m&#234;me d'&#171; &lt;i&gt;&#233;conomie immat&#233;rielle &lt;/i&gt; &#187;, en tant qu'elle sugg&#232;re fallacieusement l'id&#233;e d'une d&#233;mat&#233;rialisation de la production sociale ; raison pour laquelle j'assortis l'expression de travail &#171; immat&#233;riel &#187; de guillemets. Car tous les travaux soi-disant &#171; immat&#233;riels &#187; supposent en fait la mise en &#339;uvre de moyens mat&#233;riels consid&#233;rables, dont l'empreinte &#233;cologique est rien moins que n&#233;gligeable. Cela est vrai d&#233;j&#224; des travaux &#171; immat&#233;riels &#187; les plus traditionnels : enseigner suppose des &#233;tablissements d'enseignement et de recherche, des manuels, des biblioth&#232;ques, sans compter les enseignants eux-m&#234;mes et leurs &#233;l&#232;ves ou &#233;tudiants ; soigner des personnes suppose une infrastructure de cabinets de ville, d'h&#244;pitaux et de cliniques qu'il faut &#233;clairer et chauffer, de transports en ambulance, sans compter toute l'industrie pharmaceutique en amont ; une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre ou un op&#233;ra se monte g&#233;n&#233;ralement &#224; l'int&#233;rieur de b&#226;timents, &#233;quip&#233;s &#224; cette fin, avec des troupes cons&#233;quentes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela est tout aussi vrai s'agissant des travaux &#171; immat&#233;riels &#187; qui recourent aux fameuses NTIC dont les impacts &#233;cologiques d&#233;sastreux sont pr&#233;cis&#233;ment masqu&#233;s par la douteuse notion de &#171; d&#233;mat&#233;rialisation &#187; qui leur est attach&#233;e, les dotant d'une fallacieuse r&#233;putation de technologies &#171; propres &#187;. Ces impacts sont pourtant d'ores et d&#233;j&#224; rep&#233;rables et commencent &#224; &#234;tre bien document&#233;s aux diff&#233;rentes &#233;tapes du cycle de vie de leur appareillage. Et ils risquent fort de s'aggraver au vu du d&#233;veloppement exponentiel que connaissent ces technologies, qui annule et au-del&#224; les efforts consentis pour en r&#233;duire l'empreinte &#233;cologique par unit&#233; produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de leur production tout d'abord. La production des appareils num&#233;riques (serveurs, routeurs, commutateurs, ordinateurs, tablettes, &lt;i&gt;smartphones&lt;/i&gt;, etc.) consomme en premier lieu de nombreuses mati&#232;res premi&#232;res, pour certaines fort pr&#233;cieuses parce que disponibles en faibles quantit&#233;s ou d&#233;j&#224; rar&#233;fi&#233;es, principalement des m&#233;taux : aluminium, argent, cadmium, cobalt, cuivre, &#233;tain, fer, gallium, indium, lithium, mangan&#232;se, nickel, niobium, or, palladium, platine, plomb, ruthenium, tantale, zinc, sans compter les lanthanides (terres rares) dont 95 % sont localis&#233;s en Chine, mais aussi des m&#233;tallo&#239;des semi-conducteurs naturels (silicium, germanium, s&#233;l&#233;nium, tellure). Un simple t&#233;l&#233;phone portable contient ainsi plus de soixante m&#233;taux diff&#233;rents ; et les cristaux liquides des &#233;crans LCD quelque deux cent cinquante substances diff&#233;rentes (&lt;i&gt;EcoInfo&lt;/i&gt;, 2012 : 27, 173).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'extraction mini&#232;re de ces mati&#232;res premi&#232;res est source de pollutions importantes des sols et des eaux environnantes ; d'autant plus qu'elle se concentre dans des formations semi-p&#233;riph&#233;riques et p&#233;riph&#233;riques &#224; la l&#233;gislation environnementale peu contraignante et souvent encore moins respect&#233;e, dont les compagnies mini&#232;res indig&#232;nes ou &#233;trang&#232;res (notamment celles ayant leur si&#232;ge social dans des formations centrales) s'affranchissent de surcro&#238;t facilement. Rappelons par ailleurs que l'industrie extractive est parmi les plus &#233;nerg&#233;tivores, en contribuant ainsi &#224; l'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre (GES).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre ces mati&#232;res premi&#232;res, la fabrication des appareils &#233;lectroniques auxquels font appel les NTIC est &#233;galement fort gourmande en &#233;nergie, en eau (d&#233;ionis&#233;e) ainsi qu'en de multiples intrants chimiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La production d'une simple puce &#233;lectronique pour une barrette m&#233;moire de 32 bits pesant 2 g n&#233;cessite 1600 g d'&#233;nergies fossiles secondaires, 72 g de produits chimiques, 32 000 g d'eau, 700 g de gaz &#233;l&#233;mentaires (principalement N2) ; par ailleurs, il faut 160 fois plus d'&#233;nergie pour produire du silicium de qualit&#233; &#233;lectronique que dans sa forme basique&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;EcoInfo&lt;/i&gt;, 2012 : 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces intrants sont souvent des polluants toxiques (c'est notamment le cas des solvants et des composants chimiques fluor&#233;s) qui contaminent sols, eau et atmosph&#232;re. Mais la fabrication de ces appareils g&#233;n&#232;re aussi des poussi&#232;res et scories de m&#233;taux lourds (cuivre, nickel, zinc, &#233;tain, plomb) et de soudures, tout comme des d&#233;versements plus ou moins accidentels de polluants organiques persistants (notamment ceux entrant dans la composition des produits ignifugeants pr&#233;sents dans les appareils &#233;lectroniques), l&#224; encore sources de contamination du milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, &#233;tant donn&#233; que la production des principaux composants des appareils informatiques de consommation courante est tr&#232;s concentr&#233;e g&#233;ographiquement (&#201;tats-Unis, Japon, Ta&#239;wan, Cor&#233;e du Sud, Chine), leur commercialisation au niveau mondial g&#233;n&#232;re une quantit&#233; importante suppl&#233;mentaire de GES du fait de leurs transports sur longue distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation de ces appareils consomme de m&#234;me de grandes quantit&#233;s d'&#233;lectricit&#233; qui ne cessent d'augmenter, dont la production participe de l'&#233;mission de GES, pour autant qu'elle recoure &#224; des combustibles fossiles : en 2015-2016, en France, la consommation d'&#233;lectricit&#233; de l'ensemble des appareils num&#233;riques s'est &#233;lev&#233;e &#224; 56,5 TWh (sur une consommation totale de 476 TWh, soit 11,9 %), dont 22 TWh pour les seuls appareils domestiques ; leurs achats et leurs usages ont &#233;mis en moyenne 1180 kg d'&#233;quivalent CO2 par habitant, soit pr&#232;s du dixi&#232;me des 12 092 kg de l'empreinte carbone totale de ce dernier et plus que celle g&#233;n&#233;r&#233;e par sa consommation de viande et de poisson (1144 kg) ; et, au niveau mondial, la part des &#233;missions de GES dues au num&#233;rique a cr&#251; de 50 % entre 2013 et 2018 (Frenoux, 2019 : 30, 27, 31). Sont ici en cause la rapide diffusion de la microinformatique (les ordinateurs personnels, puis les tablettes) et, plus encore, celle du &lt;i&gt;smartphone&lt;/i&gt; (en Europe, l'&#233;nergie consomm&#233;e par les r&#233;seaux de t&#233;l&#233;phonie mobile s'&#233;l&#232;ve &#224; la moiti&#233; de celle des chemins de fer (&lt;i&gt;EcoInfo&lt;/i&gt;, 2012 : 149)) ; la forte obsolescence de ces appareils, obsolescence physique (aliment&#233;e notamment par la course infernale entre logiciels de plus en plus gourmands en capacit&#233; de stockage et de traitement et mat&#233;riels de plus en plus performants en volume et puissance de calcul) et plus encore obsolescence morale (quelle honte de ne pas &#234;tre dot&#233; de la derni&#232;re version d'un logiciel ou du dernier mod&#232;le d'un appareil, ce qui conduit &#224; en changer bien avant qu'ils soient mat&#233;riellement hors service !) ; tout comme le d&#233;veloppement de nouveaux usages, tels le commerce en ligne, le streaming (d&#232;s 2015, le &lt;i&gt;streaming &lt;/i&gt; vid&#233;o a repr&#233;sent&#233; 63 % du trafic web mondial) ou le &lt;i&gt;cloud&lt;/i&gt; (stockage de donn&#233;es s&#233;curis&#233;es &#224; distance) : d&#232;s 2012, si le &lt;i&gt;cloud&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; un &#201;tat, il se serait class&#233; au cinqui&#232;me rang mondial en termes de consommation d'&#233;lectricit&#233; (notamment pour &#171; rafra&#238;chir &#187; les&lt;i&gt; data centers&lt;/i&gt;, op&#233;ration qui engendre en aval la pollution thermique des cours d'eau, perturbatrice des &#233;cosyst&#232;mes aquatiques), et ses besoins devaient &#234;tre multipli&#233;s par trois d'ici &#224; 2020 (Frenoux, 2019 : 50, 35). Et, outre qu'elle est l&#224; encore n&#233;cessairement &#233;mettrice de GES (dans des proportions cependant variables selon le mix &#233;nerg&#233;tique de chaque formation sociale), cette production d'&#233;lectricit&#233; (sous forme thermo&#233;lectrique ou hydro&#233;lectrique) est elle-m&#234;me fortement consommatrice d'eau :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Un centre de donn&#233;es d'un peu plus de 450 m2 d'une puissance de 1000 kW pourrait &#234;tre responsable de la consommation de plus de 64 millions de litres d'eau par an rien que pour sa consommation &#233;lectrique (&#8230;) Le refroidissement de cet ensemble ajoutant encore 34 millions de litres d'eau, ce sont au total plus de 98 millions de litres d'eau par an qui sont consomm&#233;s &lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;EcoInfo&lt;/i&gt;, 2012 : 43-44).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui donne une id&#233;e du degr&#233; de &#171; d&#233;mat&#233;rialisation &#187; des NTIC ! Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, on peut enfin ajouter que, alors qu'elles nous avaient promis un univers sans papier, ces technologies ont au contraire contribu&#233; &#224; accro&#238;tre la production et la consommation de papier d'imprimerie. Alors que la production mondiale de papier s'est &#233;lev&#233;e &#224; 100 millions de tonnes en 1965 et 170 millions au d&#233;but des ann&#233;es 1980, elle a atteint 375 millions de tonnes en 2009, le papier d'impression et d'&#233;criture en constituant 28 % (deuxi&#232;me poste apr&#232;s l'emballage) ; et difficile d'exon&#233;rer le d&#233;veloppement des NTIC de toute responsabilit&#233; en la mati&#232;re. Or la fabrication de papier est une industrie fortement consommatrice, outre de bois (elle contribue ainsi &#224; l'artificialisation des surfaces bois&#233;es), d'eau, de ce fait aussi fortement polluante (en d&#233;pit de proc&#233;d&#233;s alternatifs &#224; l'usage du chlore pour blanchir le papier) ; quant aux papiers bureautiques usag&#233;s, leur pollution par l'encre d'impression les rend difficilement recyclables sans recourir, l&#224; encore, &#224; des produits polluants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de vie, les appareils num&#233;riques sont d'autant plus difficiles &#224; recycler qu'ils sont complexes (compos&#233;s de mat&#233;riaux diff&#233;rents : des c&#233;ramiques, de multiples m&#233;taux diff&#233;rents, souvent sous forme d'alliage, des mati&#232;res plastiques, etc.), qu'ils sont de plus en plus miniaturis&#233;s et qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; con&#231;us &#224; cette fin. R&#233;sultat : seuls 10 % &#224; 40 % des d&#233;chets &#233;lectroniques sont correctement trait&#233;s (le taux de recyclage des lanthanides mais aussi celui de l'indium, du gallium, du germanium, du lithium, du silicium, du tantale est par exemple inf&#233;rieur &#224; 1 %) (&lt;i&gt;EcoInfo&lt;/i&gt;, 2012 : 30 ; Frenoux, 2019 : 21, 24). Les autres aboutissent souvent dans des d&#233;charges informelles &#224; ciel ouvert (g&#233;n&#233;ralement dans des formations p&#233;riph&#233;riques, notamment en Afrique et en Asie du Sud) o&#249; ils contaminent leur environnement (sol et eau) ; et c'est encore pire dans le cas o&#249; ils finissent dans des incin&#233;rateurs, qui d&#233;gagent toutes sortes d'&#233;manations toxiques (monoxyde de carbone, oxyde de soufre, particules de brome, de plomb, de cadmium, d'antimoine, d'arsenic, de nickel et de zinc, compos&#233;s chlor&#233;s ou bromin&#233;s, dioxines et furanes, etc.), autant de polluants auxquels sont expos&#233;s les op&#233;rateurs et les populations environnantes mais qui sont autant de menaces pour la biodiversit&#233; plus g&#233;n&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de ce qui pr&#233;c&#232;de, on ne s'&#233;tonnera pas des risques sanitaires tout le long du cycle de vie des appareils &#233;lectroniques. Y sont ainsi successivement expos&#233;s : les mineurs qui extraient les diff&#233;rents mat&#233;riaux (notamment les m&#233;taux lourds) entrant dans la composition des circuits &#233;lectroniques ; les salari&#233;-e-s des industries fabriquant ces derniers (expos&#233;s outre aux m&#234;mes m&#233;taux lourds &#224; diff&#233;rents composants organiques : solvants, phtalates, retardateurs de flammes brom&#233;s, produits perfluor&#233;s) ; mais aussi les riverains des sites d'extraction et de production ; enfin, les personnes travaillent au d&#233;mant&#232;lement des appareils &#233;lectroniques mis au rebut, soumises &#224; l'ensemble des agents pathog&#232;nes pr&#233;c&#233;dents, surtout lorsque cette op&#233;ration s'effectue de mani&#232;re plus ou moins sauvage, dans des d&#233;charges ou des ateliers ne leur assurant aucune protection, comme c'est encore souvent le cas dans les formations p&#233;riph&#233;riques o&#249; s'accumulent 50 &#224; 80 % des d&#233;chets &#233;lectroniques. Et il ne faudrait pas oublier que, entre-temps, les usagers de ces appareils n'&#233;chappent pas non plus compl&#232;tement &#224; l'action nocive de ces substances, sous forme d'&#233;manations diverses ; sans compter le surcro&#238;t d'ondes &#233;lectromagn&#233;tiques auquel ces appareils les soumettent, dont les effets sanitaires sont encore imparfaitement connus ; et la contribution des NTIC au stress, au travail comme hors du travail, par l'amplification et l'acc&#233;l&#233;ration constantes des sollicitations de communication qu'elles g&#233;n&#232;rent, engendrant une v&#233;ritable &#171; infob&#233;sit&#233; &#187; (&lt;i&gt;EcoInfo&lt;/i&gt;, 2012 : 76-80). Pour s'en convaincre, il suffit d'observer le spectacle des usagers pendus &#224; l'&#233;cran de leur &lt;i&gt;smartphone&lt;/i&gt; &#224; l'occasion du moindre &#171; temps mort &#187;, dans la rue, en v&#233;lo comme au volant, dans les files d'attente, dans les transports en commun, quand ce n'est pas pendant des discussions &#224; table entre convives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons pour conclure cette section que l'engouement pour &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie immat&#233;rielle&lt;/i&gt; &#187; sous nos latitudes correspond tout simplement &#224; la fonction que se sont r&#233;serv&#233;e les formations centrales dans la nouvelle division internationale du travail n&#233;e de la transnationalisation du capital : celle des activit&#233;s de direction, de conception, d'organisation et de contr&#244;le d'un proc&#232;s de production dont les activit&#233;s productives mat&#233;rielles ont &#233;t&#233; pour une bonne part d&#233;localis&#233;es dans les formations p&#233;riph&#233;riques ou semi-p&#233;riph&#233;riques. Bref, &#171; l'immat&#233;riel &#187; est le paravent derri&#232;re lequel se cache le mat&#233;riel, sans faire en rien dispara&#238;tre ce dernier pour autant. (Article re&#231;u le 15 mai 2023, la deuxi&#232;me et la troisi&#232;me partie seront publi&#233;es les 17 et 18 mai)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coinfo (2012),&lt;i&gt; Impacts &#233;cologiques des TIC. Les faces cach&#233;es de l'immat&#233;rialit&#233;&lt;/i&gt;, Les Ulis, EDP Sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frenoux Emmanuelle (2019), &#171; Quel impact environnemental pour l'informatique ? &#187;, &lt;i&gt;EcoInfo&lt;/i&gt;, Paris, CNRS, Limsi, Polytech Paris-Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;vy Maurice et Jouyet Jean-Pierre (2006), &lt;i&gt;L'&#233;conomie de l'immat&#233;riel : la croissance de demain. Rapport de la commission sur l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel au Ministre de l'&#233;conomie, des finances et de l'industrie&lt;/i&gt;, Paris, La Documentation fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tanuro Daniel (2012), &lt;i&gt;L'impossible capitalisme vert&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La &#171; transition &#233;cologique &#187;, imposture et nouvelle fronti&#232;re du capital (II)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-II</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-II</guid>
		<dc:date>2023-05-23T11:30:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-23</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'en est-il des perspectives qu'ouvre &#171; l'&#233;conomie circulaire &#187; ? Selon le Dictionnaire de l'environnement, celle-ci se laisse d&#233;finir par l'&#171; organisation d'activit&#233;s &#233;conomiques et sociales recourant &#224; des modes de production, de consommation et d'&#233;change fond&#233;es sur l'&#233;co-conception, la r&#233;paration, le r&#233;emploi et le recyclage, et visant &#224; diminuer les ressources utilis&#233;es ainsi que les dommages caus&#233;s &#224; l'environnement &#187; (cit&#233; par Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 3). &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de A l'Encontre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Ecosocialisme-" rel="directory"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-05-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-05-23&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH127/economiecirculaire-1024x870-daeba.jpg?1684841465' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'en est-il des perspectives qu'ouvre &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie circulaire&lt;/i&gt; &#187; ? Selon le Dictionnaire de l'environnement, celle-ci se laisse d&#233;finir par l'&#171; &lt;i&gt; organisation d'activit&#233;s &#233;conomiques et sociales recourant &#224; des modes de production, de consommation et d'&#233;change fond&#233;es sur l'&#233;co-conception, la r&#233;paration, le r&#233;emploi et le recyclage, et visant &#224; diminuer les ressources utilis&#233;es ainsi que les dommages caus&#233;s &#224; l'environnement&lt;/i&gt; &#187; (cit&#233; par Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 3).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-II&#034;&gt;A l'Encontre&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
17 mai 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Alain Bihr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-I&#034;&gt;1&#232;re partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/La-transition-ecologique-imposture-et-nouvelle-frontiere-du-capital-III&#034;&gt;3e partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur &#171; l'&#233;conomie circulaire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'&#233;conomie circulaire&lt;/i&gt; &#187; s'oppose en ce sens &#224; &#171; l'&#233;conomie lin&#233;aire &#187; qui encha&#238;ne l'extraction des ressources naturelles, leur transformation industrielle et l'&#233;limination des produits en fin de vie sous forme de d&#233;chets, sans se soucier ni du caract&#232;re &#233;ventuellement non renouvelable des premi&#232;res ni du caract&#232;re le plus souvent non assimilable et recyclable par les &#233;cosyst&#232;mes des derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cette d&#233;finition de &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie circulaire&lt;/i&gt; &#187; s'inspire d'un sch&#233;ma &#233;labor&#233; par l'Agence de l'environnement et de la ma&#238;trise de l'&#233;nergie (Ademe, devenue Agence de la transition &#233;cologique), repris par un grand nombre de ses partisans, selon lequel la dynamique de cette derni&#232;re est cens&#233;e parcourir une boucle dont les trois phases successivement r&#233;p&#233;t&#233;es, correspondant en gros aux diff&#233;rentes phases du cycle de vie d'un produit et constituant autant de &#171; &lt;i&gt;domaines d'action&lt;/i&gt; &#187;, sont &#171; &lt;i&gt;l'offre des acteurs &#233;conomiques&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; la demande et le comportement des consommateurs&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt; la gestion des d&#233;chets &lt;/i&gt; &#187;. Ce qui conduit l'agence &#224; attribuer sept &#171; &lt;i&gt; piliers &lt;/i&gt; &#187; &#224; &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie circulaire&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt; l'approvisionnement durable&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; l'&#233;co-conception&lt;/i&gt; &#187;, &#171; l'&#233;conomie industrielle et territoriale &#187; et &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie de la fonctionnalit&#233; &lt;/i&gt; &#187; pour le premier ; &#171; &lt;i&gt;la consommation responsable &lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;l'allongement de la dur&#233;e d'usage &lt;/i&gt; &#187; par la r&#233;paration, le r&#233;emploi ou r&#233;utilisation et le reconditionnement pour le second ; enfin &#171; &lt;i&gt; le recyclage&lt;/i&gt; &#187; pour le dernier (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 9). Passons par cons&#233;quent en revue ces diff&#233;rents &#171; &lt;i&gt; piliers &lt;/i&gt; &#187; pour en &#233;valuer la solidit&#233; et juger dans quelle mesure ils sont compatibles avec les n&#233;cessit&#233;s de la reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De &#171; &lt;i&gt; l'approvisionnement durable&lt;/i&gt; &#187;, l'Ademe propose la d&#233;finition suivante : &#171; &lt;i&gt;L'approvisionnement durable concerne le mode d'exploitation/extraction des ressources visant leur exploitation efficace en limitant les rebuts d'exploitation et l'impact sur l'environnement pour les ressources renouvelables et non renouvelables &lt;/i&gt; &#187; (cit&#233; dans Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 50). Soit rien de plus que ce que font d'ores et d&#233;j&#224; et depuis longtemps toutes les entreprises capitalistes prises une &#224; une, soucieuses de r&#233;duire leur co&#251;t de production pour am&#233;liorer leur comp&#233;titivit&#233;, sans que diminue pour autant leur consommation (productive) globale de ressources naturelles, conform&#233;ment &#224; l'imp&#233;ratif de reproduction &#233;largie du capital. Et on peut d'autant plus douter qu'il en aille diff&#233;remment &#224; l'avenir que cet objectif d'approvisionnement durable est cens&#233; &#234;tre atteint par des moyens aussi &#171; contraignants &#187; que l'engagement de ces entreprises &#171; &lt;i&gt;dans un code de conduite vis-&#224;-vis des fournisseurs &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;l'int&#233;gration des crit&#232;res de d&#233;veloppement durable aux appels d'offres et autres &#233;tapes du processus d'approvisionnement &lt;/i&gt; &#187;, le recours aux certifications, la formation des fournisseurs, etc. (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 51). Car on sait d'exp&#233;rience ce qu'il en est de l'autodiscipline et des autor&#233;gulations laiss&#233;es au bon soin des industriels capitalistes, de leurs f&#233;d&#233;rations professionnelles et de leurs organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'&#233;co-conception&lt;/i&gt; &#187;, pour sa part, se d&#233;finit par &#171; &lt;i&gt; l'int&#233;gration des crit&#232;res environnementaux d&#232;s la phase de conception d'un produit ou d'un service afin d'en r&#233;duire les impacts environnementaux tout au long du cycle de vie (de l'extraction des mati&#232;res premi&#232;res jusqu'&#224; sa fin de vie&lt;/i&gt;) &#187; (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 15). Elle implique pour le fabriquant de minimiser autant que possible l'empreinte &#233;cologique (en termes de pr&#233;l&#232;vement de mati&#232;res premi&#232;res, de consommation d'&#233;nergie, de rejets et de d&#233;chets) de ses proc&#233;d&#233;s de production, de s'abstenir de recourir &#224; des produits toxiques, de concevoir ses produits de mani&#232;re &#224; ce qu'ils soient le plus durables possible, d'en faciliter la r&#233;paration, le reconditionnement ou le recyclage, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A priori, cela devrait aller &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts du capital industriel, en rench&#233;rissant les co&#251;ts de production (quoique les &#233;conomies de mati&#232;res premi&#232;res et d'&#233;nergie puissent exercer des effets adverses) et en allongeant la dur&#233;e d'usage des produits, donc en limitant le renouvellement des achats. Or, selon une enqu&#234;te de l'Ademe, &#171; &lt;i&gt;la marge b&#233;n&#233;ficiaire des produits &#233;co-con&#231;us est sup&#233;rieur de 12 % en moyenne, comparativement &#224; celle des produits conventionnels ; pour 96 % des r&#233;pondants, l'&#233;co-conception a un effet positif ou neutre sur les profits de l'entreprise &lt;/i&gt; &#187; (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 65). C'est que les entreprises qui font le choix de se soumettre aux exigences d'auto-conception acqui&#232;rent ce faisant un avantage comp&#233;titif (du fait d'un meilleur rapport qualit&#233;/prix de leurs produits) qui leur permet de gagner des parts de march&#233; et d'accro&#238;tre leur marge b&#233;n&#233;ficiaire tout en vendant pourtant leurs produits plus cher. Le temps du moins que leurs concurrents en fassent autant, ce qui relance la course &#224; l'innovation&#8230; et stimule globalement l'accumulation du capital ! Car il n'y a finalement, l&#224; encore, rien de neuf au regard des m&#233;canismes habituels &#224; la fois suscit&#233;s et mis en &#339;uvre par la concurrence intercapitaliste, dont nous savons qu'elle est le biais par lequel s'exerce sur les capitalistes la n&#233;cessit&#233; de la reproduction &#233;largie du capital social dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Egalement d&#233;nomm&#233;e &#171; &lt;i&gt;symbiose industrielle&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie industrielle et territoriale &lt;/i&gt; &#187; fait appel &#224; des pratiques collaboratives (coop&#233;ratives, mutualistes) entre entreprises proches, sises sur un m&#234;me territoire (un site, une localit&#233;, une r&#233;gion, etc.), de mani&#232;re &#224; r&#233;duire leur empreinte &#233;cologique globale. Mais cela peut aussi valoir pour des &#233;quipements collectifs ou des services publics inclus dans une aire d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La symbiose industrielle repose sur une approche pragmatique, qui consid&#232;re qu'&#224; une &#233;chelle g&#233;ographique donn&#233;e (zone industrielle, agglom&#233;ration, d&#233;partement&#8230;), et quel que soit son secteur d'activit&#233;, chacun peut r&#233;duire son impact environnemental en essayant d'optimiser et/ou de valoriser et/ou de mutualiser les flux (mati&#232;res, &#233;nergies, personnes&#8230;) qu'il emploie et qu'il g&#233;n&#232;re &lt;/i&gt; &#187; (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 78)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, il n'y a l&#224; rien d'inou&#239;, puisqu'on se propose tout simplement de formaliser et de syst&#233;matiser les ph&#233;nom&#232;nes de synergie entre activit&#233;s productives qui se produisent, plus ou moins spontan&#233;ment, au sein des&lt;i&gt; clusters&lt;/i&gt;(districts industriels) qu'avait d&#233;j&#224; relev&#233;s Alfred Marshall &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, tout en les soumettant &#224; un imp&#233;ratif de r&#233;duction de l'empreinte &#233;cologique. Dans cette perspective, de pareilles synergies peuvent prendre une double forme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; . la mutualisation de moyens, s'agissant des flux entrants (par exemple le d&#233;veloppement d'un r&#233;seau commun de chaleur ou d'&#233;lectricit&#233; photovolta&#239;que, le groupement des commandes), des flux sortants (par exemple la collecte des d&#233;chets) ou des deux (par exemple la mise en commun de la logistique amont et aval) ;&lt;br class='autobr' /&gt; . la mise en r&#233;seau des entreprises, les flux sortant de l'une constituant des flux entrant dans une autre. C'est le cas par exemple quand les d&#233;chets de l'une peuvent constituer la mati&#232;re premi&#232;re de l'autre ou quand la vapeur g&#233;n&#233;r&#233;e par l'une peut permettre d'actionner les turbines g&#233;n&#233;ratrices d'&#233;lectricit&#233; de l'autre. Et tous les partisans de &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie circulaire&lt;/i&gt; &#187; de citer le cas du site danois de Kalundborg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont sans doute l&#224; des pratiques capables de r&#233;duire l'empreinte &#233;cologique de la reproduction du capital en termes relatifs (relativement au capital employ&#233;) mais non pas en termes absolus, puisqu'elles n'abolissent pas (ne peuvent ni d'ailleurs ne veulent abolir) l'imp&#233;ratif de reproduction &#233;largie. D'autant plus que, l&#224; encore, on compte essentiellement sur le bon vouloir et l'int&#233;r&#234;t bien compris des capitalistes individuels pour qu'ils s'y engagent, sans tenir compte des penchants contraires que d&#233;veloppe n&#233;cessairement la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production (questions relatives au droit de propri&#233;t&#233;, rivalit&#233; concurrentielle, horizon born&#233; des int&#233;r&#234;ts particuliers, etc.), qui freinent in&#233;vitablement le d&#233;veloppement de ce type de pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; &#171; &lt;i&gt; l'&#233;conomie de la fonctionnalit&#233; &lt;/i&gt; &#187;, elle consiste &#224; privil&#233;gier &#171; &lt;i&gt; l'usage &#224; la possession et tend &#224; vendre des services li&#233;s aux produits plut&#244;t que les produits eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187; (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 90). L'entreprise reste propri&#233;taire des biens dont elle ne commercialise que l'usage. Exemples : la location par Xerox de ses photocopieurs et son offre de service de reproduction de documents &#224; la copie ; les constructeurs d'automobiles qui louent leurs v&#233;hicules au lieu de les vendre (le client paie l'usage d'une automobile qu'il ne poss&#232;de pas et n'est pas destin&#233; &#224; acqu&#233;rir) ; de m&#234;me, Michelin propose de &#171; louer &#187; ses pneus aux entreprises de transport qui paient en proportion des kilom&#232;tres parcourus : en somme, Michelin vend non plus des pneus mais des kilom&#232;tres d'usage (et d'usure) des pneus ! Tandis que Autolib et consorts mettent des v&#233;hicules &#224; la disposition des automobilistes qui ont souscrit un abonnement et en paient l'usage au kilom&#232;tre et &#224; la dur&#233;e. D&#232;s lors, loin de soumettre leurs produits &#224; une logique d'obsolescence programm&#233;e, les industriels ont au contraire tout int&#233;r&#234;t &#224; produire des biens les plus solides et les plus durables possible et &#224; r&#233;duire leur usure (par leur maintenance, leur r&#233;paration, les conseils aux clients, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Font cependant obstacle &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de ce type de pratiques, outre la nature des produits, biens et services, commercialis&#233;s (par d&#233;finition, elles ne peuvent concerner que des biens plus ou moins durables, dont il s'agit pr&#233;cis&#233;ment d'augmenter la dur&#233;e d'usage), mais aussi l'augmentation du capital fixe et la diminution de sa vitesse de rotation qu'elles impliquent, qui ne peuvent &#234;tre prises en charge que par des capitaux d&#233;j&#224; fortement concentr&#233;s et centralis&#233;s (de pr&#233;f&#233;rence en situation d'oligopoles). Tandis que rien ne garantit qu'un usage partag&#233; d'un bien de consommation en r&#233;duise l'usure proportionnellement &#224; son usage : le moindre soin apport&#233; par le consommateur &#224; ce dernier peut au contraire l'augmenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La consommation responsable doit conduire l'acheteur, qu'il soit acteur &#233;conomique (priv&#233; et public) ou citoyen consommateur, &#224; effectuer son choix en prenant en compte les impacts environnementaux &#224; toutes les &#233;tapes du cycle de vie du produit (bien ou service) &lt;/i&gt; &#187; (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 98). Con&#231;ue comme une d&#233;marche essentiellement citoyenne, elle s'appuie sur l'information du consommateur via l'&#233;tiquetage des produits, la labellisation (l'&#233;laboration d'&#233;colabels) et la certification, l'affichage environnemental (fournissant des informations sur l'impact environnemental des produits), les publications des associations de consommateurs (type &lt;i&gt;Que choisir ? Association des consommateurs de France&lt;/i&gt;), etc. L&#224; encore, rien de bien nouveau sous le soleil : les incitations &#224; la consommation responsable sont aussi vieilles que&#8230; la consommation marchande tout court et elles n'ont jamais emp&#234;ch&#233; celle-ci de cro&#238;tre exponentiellement, tout comme la reproduction &#233;largie du capital dont elle est un moment. Tout simplement parce que &#171; &lt;i&gt;citoyen consommateur&lt;/i&gt; &#187; est un oxymore : si le citoyen est en principe m&#251; par le souci de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral (en l'occurrence &#233;cologique), le consommateur est prisonnier de son int&#233;r&#234;t particulier, li&#233; &#224; son niveau et &#224; son mode de vie tels qu'ils sont d&#233;termin&#233;s par sa situation dans les rapports de production. Ce qui conduit le second &#224; effectuer des &#171; choix &#187; qui s'&#233;cartent des injonctions du premier, bien plus souvent que l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; &#171; &lt;i&gt; l'allongement de la dur&#233;e d'usage &lt;/i&gt; &#187; des produits, en commen&#231;ant par la r&#233;paration des objets usag&#233;s. Elle pr&#233;suppose que les industriels mettent &#224; disposition des consommateurs ou des artisans sp&#233;cialis&#233;s dans la maintenance des appareils les pi&#232;ces de rechange n&#233;cessaires plusieurs ann&#233;es apr&#232;s que le produit a &#233;t&#233; vendu. Ils ne sont encore qu'une tr&#232;s faible minorit&#233; &#224; s'en soucier, en y gagnant toutefois un avantage comp&#233;titif. L&#224; encore l'augmentation du capital fixe et la diminution de sa vitesse de rotation, qui en sont des cons&#233;quences in&#233;vitables, constituent des freins sensibles, qui montrent bien en quoi la nature capitaliste du proc&#232;s de production fait directement obstacle &#224; son orientation &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout assurer la r&#233;paration des produits suppose de lutter contre leur obsolescence programm&#233;e, dont nous savons qu'elle recourt notamment &#224; des d&#233;fectuosit&#233;s volontaires et &#224; rendre ces objets irr&#233;parables d&#232;s leur conception et fabrication. La condamnation p&#233;nale de ce type de pratique, telle que celle introduite en France par la &#171; &lt;i&gt;Loi relative &#224; la lutte contre le gaspillage et &#224; l'&#233;conomie circulaire &lt;/i&gt; &#187; du 10 f&#233;vrier 2020 ou telle qu'elle est envisag&#233;e (mais pas encore adopt&#233;e) par la r&#233;glementation europ&#233;enne, ne suffira sans doute pas &#224; y mettre fin, tant sont &#233;tendus les moyens des industriels (et de leurs lobbies) en la mati&#232;re. Plut&#244;t que de compter sur une action collective des consommateurs, il aurait &#233;t&#233; plus efficace de rendre possible une action collective&#8230; des producteurs (les ouvriers, techniciens et ing&#233;nieurs) qui sont les premiers et les mieux inform&#233;s des pratiques des industriels en la mati&#232;re, puisque ce sont eux qui les mettent en &#339;uvre. Mais, l&#224; encore, cela est peu compatible avec les rapports capitalistes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, m&#234;me rendus r&#233;parables, les objets ne seront pas n&#233;cessairement r&#233;par&#233;s tant que le commun des consommateurs ne disposera ni du temps libre ni des moyens (outillage, locaux) ni du savoir-faire n&#233;cessaire &#224; cette fin. Bien que tendent &#224; se d&#233;velopper, mais pr&#233;cis&#233;ment en dehors des circuits capitalistes, tant l'information n&#233;cessaire &#224; ce sujet (notamment par le biais d'Internet) que les ateliers coop&#233;ratifs qui y sont d&#233;di&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; L'allongement de la dur&#233;e d'usage &lt;/i&gt; &#187; des produits peut aussi s'obtenir par leur r&#233;emploi et leur r&#233;utilisation. Ils consistent &#224; donner &#171; &lt;i&gt;une deuxi&#232;me vie aux objets en les r&#233;employant entre acteurs &#233;conomiques et/ou entre particuliers via des achats d'occasion, du don ou de la location entre particuliers, ou m&#234;me l'entraide entre particuliers &lt;/i&gt; &#187; (Benady et Ross-Carr&#233;, 2021 : 7). C'est une pratique ancienne qui perdure sous forme des brocantes et des vide-greniers, sans compter &#233;videmment les multiples formes d'entraide (trocs ou dons) entre parents, amis, voisins, coll&#232;gues de travail, etc. Elle peut aussi se d&#233;velopper sous forme d'activit&#233;s associatives, &#224; but lucratif (comme dans le cas du r&#233;seau Envie) ou non (comme dans le cas des communaut&#233;s Emma&#252;s). Toutes activit&#233;s qui, significativement, pr&#233;sentent un caract&#232;re non capitaliste voire anticapitaliste. Mais c'est aussi une pratique qu'a tendue &#224; envahir le capital marchand : le march&#233; de l'occasion ne se limite plus aujourd'hui aux v&#233;hicules automobiles mais s'&#233;tend &#224; l'ensemble des biens de consommation un tant soit peu durables, notamment via certains sites Internet (cf. Le bon coin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'allongement de la dur&#233;e d'usage&lt;/i&gt; &#187; peut encore passer par &#171; &lt;i&gt; la r&#233;utilisation des produits et des composants arrivant en fin de vie comme ressource pour fabriquer des produits neufs identiques, voire plus performants &lt;/i&gt; &#187; (Aurez et Gorgeault, 2016 : 130). C'est le cas par exemple lorsque, dans une casse automobile ou cimeti&#232;re de voitures, des pi&#232;ces sont pr&#233;lev&#233;s sur ces derni&#232;res avant qu'elles ne soient broy&#233;es pour &#234;tre revendues d'occasion et remont&#233;es sur des v&#233;hicules dont l'usage est prolong&#233; d'autant. Mais, comme cet exemple le laisse entendre, cela pr&#233;suppose que de pareilles op&#233;rations aient &#233;t&#233; rendues possibles par la conception et la production tant du produit usag&#233; en fin de vie que de celui destin&#233; &#224; recevoir les composants en provenance du pr&#233;c&#233;dent. O&#249; l'on retrouve les limites rencontr&#233;es dans la r&#233;paration. (La troisi&#232;me partie sera publi&#233;e le 19 mai)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurez Vincent et Georgeault Laurent (2016)&lt;i&gt;, &#201;conomie circulaire. Syst&#232;me &#233;conomique et finitude des ressources&lt;/i&gt;, Louvain-la Neuve, De Boeck Sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benady Anne et Ross-Carr&#233; Herv&#233; (2021),&lt;i&gt; L'&#233;conomie circulaire&lt;/i&gt;, La Plaine Saint-Denis, Afnor &#201;ditions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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