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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Internet - &#201;cosocialisme num&#233;rique : briser le pouvoir des Big Tech</title>
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		<dc:date>2023-04-18T08:12:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael Kwet</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-04-18</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous ne pouvons plus ignorer le r&#244;le des Big Tech dans l'enracinement des in&#233;galit&#233;s mondiales. Pour freiner les forces du capitalisme num&#233;rique, nous avons besoin d'un accord &#233;cosocialiste sur la technologie num&#233;rique. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Inprecor no 705-706, 2023-02-03 &lt;br class='autobr' /&gt;
En l'espace de quelques ann&#233;es, le d&#233;bat sur la fa&#231;on d'encadrer les Big Tech est devenu un sujet de premier plan, discut&#233; dans tout le spectre politique. Pourtant, jusqu'&#224; pr&#233;sent, les propositions de r&#233;gulation ne tiennent pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH72/2-34-78acf.jpg?1781698305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous ne pouvons plus ignorer le r&#244;le des Big Tech dans l'enracinement des in&#233;galit&#233;s mondiales. Pour freiner les forces du capitalisme num&#233;rique, nous avons besoin d'un accord &#233;cosocialiste sur la technologie num&#233;rique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Inprecor no 705-706, 2023-02-03&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'espace de quelques ann&#233;es, le d&#233;bat sur la fa&#231;on d'encadrer les Big Tech est devenu un sujet de premier plan, discut&#233; dans tout le spectre politique. Pourtant, jusqu'&#224; pr&#233;sent, les propositions de r&#233;gulation ne tiennent pas compte des dimensions capitalistes, imp&#233;rialistes et environnementales du pouvoir num&#233;rique, qui, ensemble, creusent les in&#233;galit&#233;s mondiales et poussent la plan&#232;te vers l'effondrement. Nous devons de toute urgence construire un &#233;cosyst&#232;me num&#233;rique &#233;cosocialiste. Mais &#224; quoi cela ressemblerait-il et comment pouvons-nous y parvenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet essai vise &#224; mettre en &#233;vidence certains des &#233;l&#233;ments fondamentaux d'un programme socialiste num&#233;rique &#8211; un &lt;i&gt;Digital Tech Deal&lt;/i&gt; (DTD accord &#233;cosocialiste sur la technologie num&#233;rique) &#8211; centr&#233; sur les principes de l'anti-imp&#233;rialisme, de l'abolition des classes, des et de la d&#233;croissance qui peuvent nous faire passer &#224; une &#233;conomie socialiste du XXIe si&#232;cle. Il s'appuie sur des propositions de transformation ainsi que sur des mod&#232;les existants qui peuvent &#234;tre mis &#224; l'&#233;chelle, et cherche &#224; les int&#233;grer &#224; d'autres mouvements qui pr&#244;nent des alternatives au capitalisme, en particulier le mouvement de la d&#233;croissance. L'ampleur de la transformation n&#233;cessaire est &#233;norme, mais nous esp&#233;rons que cette tentative d'esquisser un Digital Tech Deal socialiste suscitera d'autres r&#233;flexions et d&#233;bats sur l'aspect d'un &#233;cosyst&#232;me num&#233;rique &#233;galitaire et les mesures &#224; prendre pour y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capitalisme num&#233;rique et probl&#232;mes li&#233;s &#224; la l&#233;gislation contre les cartels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques progressistes du secteur technologique sont souvent tir&#233;es d'un cadre capitaliste classique centr&#233; sur la l&#233;gislation relative aux abus des cartels, aux droits et au bien-&#234;tre des travailleurs. Formul&#233;es par l'&#233;lite des universitaires, des journalistes, des groupes de r&#233;flexion et des d&#233;cideurs politiques du Nord, elles mettent en avant un programme r&#233;formiste am&#233;ricano-eurocentr&#233; qui suppose la poursuite du capitalisme, de l'imp&#233;rialisme occidental et de la croissance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;formisme anti-trusts est particuli&#232;rement probl&#233;matique parce qu'il suppose que le probl&#232;me de l'&#233;conomie num&#233;rique est simplement la taille et les &#171; &lt;i&gt;pratiques d&#233;loyales&lt;/i&gt; &#187; des grandes entreprises plut&#244;t que le capitalisme num&#233;rique lui-m&#234;me. Les lois contre les cartels ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es aux &#201;tats-Unis pour promouvoir la concurrence et limiter les pratiques abusives des monopoles (alors appel&#233;s &#171; &lt;i&gt; trusts &lt;/i&gt; &#187;) &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Gr&#226;ce &#224; l'ampleur et &#224; la puissance des grandes entreprises technologiques contemporaines, ces lois sont de nouveau &#224; l'ordre du jour. Leurs d&#233;fenseurs soulignent que les grandes entreprises non seulement nuisent aux consommateurs, aux travailleurs et aux petites entreprises, mais remettent &#233;galement en question les fondements de la d&#233;mocratie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de la l&#233;gislation anti-trusts affirment que les monopoles faussent un syst&#232;me capitaliste par ailleurs id&#233;al et que ce qu'il faut, ce sont des conditions de concurrence &#233;gales pour tous. Pourtant, la concurrence n'est bonne que pour ceux qui ont des ressources pour concurrencer. Plus de la moiti&#233; de la population mondiale vit avec moins de 7,40 dollars par jour, et personne ne s'arr&#234;te pour demander comment ils seront &#171; &lt;i&gt;comp&#233;titifs&lt;/i&gt; &#187; sur le &#171; &lt;i&gt; march&#233; concurrentiel &lt;/i&gt; &#187; envisag&#233; par les d&#233;fenseurs occidentaux de l'antitrust. C'est d'autant plus d&#233;courageant pour les pays &#224; revenu faible ou interm&#233;diaire que l'internet ne conna&#238;t pas de fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un niveau plus large, comme je l'ai soutenu dans un article pr&#233;c&#233;dent les d&#233;fenseurs de l'anti-trust ignorent la division globalement in&#233;gale du travail et de l'&#233;change de biens et de services, qui a &#233;t&#233; approfondie par la num&#233;risation de l'&#233;conomie mondiale. Des entreprises comme Google, Amazon, Meta, Apple, Microsoft, Netflix, Nvidia, Intel, AMD et bien d'autres sont si grandes parce qu'elles poss&#232;dent la propri&#233;t&#233; intellectuelle et les moyens informatiques utilis&#233;s dans le monde entier. Les penseurs anti-trusts, en particulier ceux des &#201;tats-Unis, finissent par effacer syst&#233;matiquement l'Empire am&#233;ricain et le Sud global du tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les initiatives europ&#233;ennes anti-trusts ne sont pas meilleures. L&#224;, les d&#233;cideurs politiques qui se plaignent des maux des grandes entreprises technologiques essaient discr&#232;tement de cr&#233;er leurs propres g&#233;ants technologiques. Le Royaume-Uni vise &#224; produire son propre mastodonte de plusieurs milliards de dollars. Le pr&#233;sident Emmanuel Macron va injecter 5 milliards d'euros dans des start-up technologiques dans l'espoir que la France compte au moins 25 &#171; &lt;i&gt;licornes&lt;/i&gt; &#187; &#8211; des entreprises &#233;valu&#233;es &#224; un milliard de dollars ou plus &#8211; d'ici 2025. L'Allemagne d&#233;pense 3 milliards d'euros pour devenir une puissance mondiale de l'intelligence artificielle et un leader mondial (c'est-&#224;-dire un colonisateur de march&#233;) de l'industrialisation num&#233;rique. Pour leur part, les Pays-Bas visent &#224; devenir une &#171; &lt;i&gt; nation de licornes &lt;/i&gt; &#187;. Et en 2021, la commissaire &#224; la concurrence de l'Union europ&#233;enne, Margrethe Vestager, largement applaudie, a d&#233;clar&#233; que l'Europe devait construire ses propres g&#233;ants technologiques europ&#233;ens. Dans le cadre des objectifs num&#233;riques de l'UE pour 2030, Mme Vestager a d&#233;clar&#233; que l'UE visait &#224; &#171; &lt;i&gt; doubler le nombre de licornes europ&#233;ennes, qui est actuellement de 122&lt;/i&gt; &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de s'opposer par principe aux grandes entreprises technologiques, les responsables politiques europ&#233;ens sont des opportunistes qui cherchent &#224; &#233;tendre leur propre part du g&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres capitalistes r&#233;formistes, tels que l'imposition progressive, le d&#233;veloppement des nouvelles technologies comme option publique et la protection des travailleurs, ne parviennent toujours pas &#224; s'attaquer aux causes profondes et aux probl&#232;mes fondamentaux. Le capitalisme num&#233;rique progressiste est meilleur que le n&#233;olib&#233;ralisme. Mais il est d'orientation nationaliste, ne peut emp&#234;cher le colonialisme num&#233;rique, et conserve un engagement envers la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le profit, l'accumulation et la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Urgence environnementale et technologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises jumelles du changement climatique et de la destruction &#233;cologique, qui mettent en p&#233;ril la vie sur terre, sont d'autres [&#233;l&#233;ments dont les r&#233;formateurs num&#233;riques devraient tenir compte]. De plus en plus vu que les crises environnementales ne peuvent &#234;tre r&#233;solues dans un cadre capitaliste fond&#233; sur la croissance, qui non seulement accro&#238;t la consommation d'&#233;nergie et les &#233;missions de carbone qui en r&#233;sultent, mais exercent &#233;galement une pression &#233;norme sur les syst&#232;mes &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) estime que les &#233;missions doivent diminuer de 7,6 % chaque ann&#233;e entre 2020 et 2030 pour atteindre l'objectif de maintenir l'augmentation de la temp&#233;rature &#224; moins de 1,5&#176;C (2). Des &#233;valuations savantes estiment la limite d'extraction durable de mati&#232;res premi&#232;res &#224; l'&#233;chelle mondiale &#224; environ 50 milliards de tonnes de ressources par an. Or, &#224; l'heure actuelle, nous en extrayons 100 milliards de tonnes par an, ce qui profite largement aux riches et aux pays du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;croissance doit &#234;tre mise en &#339;uvre dans un avenir imm&#233;diat. Les l&#233;g&#232;res r&#233;formes du capitalisme vant&#233;es par les progressistes continueront de d&#233;truire l'environnement. En appliquant le principe de pr&#233;caution, nous ne pouvons pas nous permettre de risquer une catastrophe &#233;cologique permanente. Le secteur technologique n'est pas un simple spectateur, mais l'un des principaux moteurs de ces tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon un rapport r&#233;cent, en 2019, les technologies num&#233;riques &#8211; d&#233;finies comme les r&#233;seaux de t&#233;l&#233;communications, les centres de donn&#233;es, les terminaux (appareils personnels) et l'internet des objets IoD (le r&#233;seau de terminaux physiques) &#8211; ont contribu&#233; &#224; 4 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre, et leur consommation d'&#233;nergie a augment&#233; de 9 % par an (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi &#233;lev&#233; qu'il puisse para&#238;tre, ce chiffre sous-estime probablement l'utilisation de l'&#233;nergie par le secteur num&#233;rique. Un rapport de 2022 a r&#233;v&#233;l&#233; que les g&#233;ants de la grande technologie ne s'engagent pas &#224; r&#233;duire l'ensemble des &#233;missions de leur cha&#238;ne de valeur (4). Des entreprises comme Apple pr&#233;tendent &#234;tre &#171; &lt;i&gt; neutres en carbone&lt;/i&gt; &#187; d'ici 2030, mais cela &#171; &lt;i&gt;ne comprend actuellement que les op&#233;rations directes, qui repr&#233;sentent un microscopique 1,5 % de son empreinte carbone&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de surchauffer la plan&#232;te, l'extraction des min&#233;raux utilis&#233;s dans l'&#233;lectronique &#8211; tels que le cobalt, le nickel et le lithium &#8211; dans des pays comme la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, le Chili, l'Argentine et la Chine est souvent destructive sur le plan &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a le r&#244;le central des entreprises num&#233;riques dans le soutien d'autres formes d'extraction . Les g&#233;ants de la technologie aident les entreprises &#224; explorer et &#224; exploiter de nouvelles sources de combustibles fossiles et &#224; num&#233;riser l'agriculture industrielle. Le mod&#232;le &#233;conomique du capitalisme num&#233;rique tourne autour de la diffusion de publicit&#233;s visant &#224; promouvoir la consommation de masse, un facteur cl&#233; de la crise environnementale. Pendant ce temps, nombre de ses dirigeants milliardaires ont une empreinte carbone des milliers de fois sup&#233;rieure &#224; celle des consommateurs moyens du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes du num&#233;rique partent du principe que les grandes entreprises technologiques peuvent &#234;tre dissoci&#233;es des &#233;missions de carbone et de l'utilisation des ressources et, par cons&#233;quent, ils concentrent leur attention sur les activit&#233;s et les &#233;missions particuli&#232;res de chaque entreprise. Pourtant, la notion de &#171; &lt;i&gt;dissociation&lt;/i&gt; &#187; de la croissance de l'utilisation des ressources mat&#233;rielles a &#233;t&#233; remise en question par les chercheurs, qui notent que l'utilisation des ressources suit de pr&#232;s la croissance du PIB &#224; travers l'histoire. Les chercheurs ont r&#233;cemment constat&#233; que le transfert de l'activit&#233; &#233;conomique vers les services, y compris les industries &#224; forte intensit&#233; de connaissances, a un potentiel limit&#233; de r&#233;duction des impacts environnementaux mondiaux en raison de l'augmentation des niveaux de consommation des m&#233;nages par les travailleurs des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, les limites de la croissance changent tout. Si le capitalisme est &#233;cologiquement non durable, alors les politiques num&#233;riques doivent s'adapter &#224; cette r&#233;alit&#233; brutale et difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le socialisme num&#233;rique et ses fondements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un syst&#232;me socialiste, la propri&#233;t&#233; est d&#233;tenue en commun. Les moyens de production sont directement contr&#244;l&#233;s par les travailleurs eux-m&#234;mes par le biais de coop&#233;ratives de travailleurs, et la production est destin&#233;e &#224; l'utilisation et aux besoins plut&#244;t qu'&#224; l'&#233;change, au profit et &#224; l'accumulation. Le r&#244;le de l'&#201;tat est contest&#233; parmi les socialistes, certains soutenant que la gouvernance et la production &#233;conomique devraient &#234;tre aussi d&#233;centralis&#233;es que possible, tandis que d'autres plaident pour un plus grand degr&#233; de planification de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes principes, strat&#233;gies et tactiques s'appliquent &#224; l'&#233;conomie num&#233;rique. Un syst&#232;me de socialisme num&#233;rique &#233;liminerait progressivement la propri&#233;t&#233; intellectuelle, socialiserait les moyens de calcul, d&#233;mocratiserait les donn&#233;es et l'intelligence num&#233;rique et placerait le d&#233;veloppement et la maintenance de l'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique entre les mains des communaut&#233;s du domaine public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;l&#233;ments constitutifs d'une &#233;conomie num&#233;rique socialiste existent d&#233;j&#224;. Les logiciels libres et open source (FOSS) et les licences Creative Commons, par exemple, fournissent les logiciels et les licences n&#233;cessaires &#224; un mode de production socialiste. Comme le note James Muldoon dans&lt;i&gt; Platform Socialism &lt;/i&gt; (5), des projets urbains comme DECODE (6) fournissent des outils d'int&#233;r&#234;t public open source pour des activit&#233;s communautaires o&#249; les citoyens peuvent acc&#233;der et contribuer aux donn&#233;es, niveaux de pollution atmosph&#233;rique, p&#233;titions en ligne, r&#233;seaux sociaux de quartier, tout en gardant le contr&#244;le sur les donn&#233;es partag&#233;es. Les coop&#233;ratives de plateformes (7), telles que la plateforme de livraison de nourriture Wings &#224; Londres, fournissent un mod&#232;le de lieu de travail dans lequel les travailleurs organisent leur travail par le biais de plateformes open source d&#233;tenues et contr&#244;l&#233;es collectivement par les travailleurs eux-m&#234;mes. Il existe &#233;galement une alternative de r&#233;seaux (8) dans le Fediverse (9), un ensemble de r&#233;seaux sociaux qui interagissent en utilisant des protocoles partag&#233;s, qui facilitent la d&#233;centralisation des communications en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces &#233;l&#233;ments constitutifs auraient besoin d'un changement de politique pour prosp&#233;rer. Des projets comme le Fediverse, par exemple, ne sont pas en mesure de s'int&#233;grer &#224; des syst&#232;mes ferm&#233;s ou de rivaliser avec les ressources massives et concentr&#233;es d'entreprises comme Facebook. Un ensemble de changements politiques radicaux serait donc n&#233;cessaire pour obliger les grands r&#233;seaux de m&#233;dias sociaux &#224; interop&#233;rer, &#224; se d&#233;centraliser en interne, &#224; ouvrir leur propri&#233;t&#233; intellectuelle (par exemple, les logiciels propri&#233;taires), &#224; mettre fin &#224; la publicit&#233; forc&#233;e (publicit&#233; &#224; laquelle les gens sont soumis en &#233;change de services &#171; gratuits &#187;), &#224; subventionner l'h&#233;bergement des donn&#233;es afin que les individus et les communaut&#233;s &#8211; et non l'&#201;tat ou les entreprises priv&#233;es &#8211; puissent poss&#233;der et contr&#244;ler les r&#233;seaux et assurer la mod&#233;ration du contenu. Ces mesures permettraient d'&#233;touffer les g&#233;ants de la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de l'infrastructure devrait &#233;galement &#234;tre &#233;quilibr&#233;e par de solides contr&#244;les de la vie priv&#233;e, des restrictions sur la surveillance de l'&#201;tat et le recul de l'&#201;tat s&#233;curitaire carc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, l'&#201;tat exploite la technologie num&#233;rique comme moyen de coercition, souvent en partenariat avec le secteur priv&#233;. Les populations immigr&#233;es et les personnes en d&#233;placement sont fortement cibl&#233;es par un ensemble de cam&#233;ras, d'avions, de capteurs de mouvement, de drones, de vid&#233;osurveillance et d'&#233;l&#233;ments biom&#233;triques. Les enregistrements et les donn&#233;es des capteurs sont de plus en plus centralis&#233;s par l'&#201;tat dans des centres de criminalit&#233; en temps r&#233;el pour surveiller, pr&#233;voir et contr&#244;ler les communaut&#233;s. Les communaut&#233;s marginalis&#233;es et racis&#233;es ainsi que les militants sont cibl&#233;s de mani&#232;re disproportionn&#233;e par l'&#201;tat de surveillance high-tech. Ces pratiques doivent &#234;tre interdites car les militants s'efforcent de d&#233;manteler et d'abolir ces institutions de violence organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accord sur la technologie num&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes entreprises technologiques, la propri&#233;t&#233; intellectuelle et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de calcul sont profond&#233;ment ancr&#233;es dans la soci&#233;t&#233; num&#233;rique et ne peuvent &#234;tre &#233;teintes du jour au lendemain. Ainsi, pour remplacer le capitalisme num&#233;rique par un mod&#232;le socialiste, nous avons besoin d'une transition planifi&#233;e vers le socialisme num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cologistes ont propos&#233; de nouveaux &#171; deals &#187; [accords] d&#233;crivant la transition vers une &#233;conomie verte. Les propositions r&#233;formistes comme le Green New Deal am&#233;ricain et le Green Deal europ&#233;en fonctionnent dans un cadre capitaliste qui conserve les m&#233;faits du capitalisme, comme la croissance terminale, l'imp&#233;rialisme et les in&#233;galit&#233;s structurelles. En revanche, les mod&#232;les &#233;cosocialistes, tels que le Red Deal de la Nation Rouge (), l'accord de Cochabamba () et la Charte de justice climatique d'Afrique du Sud (), offrent de meilleures alternatives. Ces propositions reconnaissent les limites de la croissance et int&#232;grent les principes &#233;galitaires n&#233;cessaires &#224; une transition juste vers une &#233;conomie v&#233;ritablement durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ces accords rouges ou verts n'int&#232;grent pas de plans pour l'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique, malgr&#233; sa pertinence centrale pour l'&#233;conomie moderne et la durabilit&#233; environnementale. De son c&#244;t&#233;, le mouvement pour la justice num&#233;rique a presque enti&#232;rement ignor&#233; les propositions de d&#233;croissance et la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;grer leur &#233;valuation de l'&#233;conomie num&#233;rique dans un cadre &#233;cosocialiste. La justice environnementale et la justice num&#233;rique vont de pair, et les deux mouvements doivent s'associer pour atteindre leurs objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce but, je propose un &lt;i&gt;Digital Tech Deal&lt;/i&gt; [Accord sur la technologie num&#233;rique] &#233;cosocialiste qui incarne les valeurs crois&#233;es de l'anti-imp&#233;rialisme, de la durabilit&#233; environnementale, de la justice sociale pour les communaut&#233;s marginalis&#233;es, de l'autonomisation des travailleurs, du contr&#244;le d&#233;mocratique et de l'abolition des classes. Voici dix principes pour guider un tel programme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Veiller &#224; ce que l'&#233;conomie num&#233;rique s'inscrive dans les limites sociales et plan&#233;taires. &lt;/strong&gt; Nous sommes confront&#233;s &#224; une r&#233;alit&#233; : les pays les plus riches du Nord ont d&#233;j&#224; &#233;mis plus que leur part du budget carbone et cela est &#233;galement vrai pour l'&#233;conomie num&#233;rique dirig&#233;e par les Big Tech qui profite de mani&#232;re disproportionn&#233;e aux pays les plus riches. Il est donc imp&#233;ratif de veiller &#224; ce que l'&#233;conomie num&#233;rique ne d&#233;passe pas les limites sociales et plan&#233;taires. Nous devrions &#233;tablir une limite scientifiquement &#233;tablie sur la quantit&#233; et les types de mat&#233;riaux qui peuvent &#234;tre utilis&#233;s et des d&#233;cisions pourraient &#234;tre prises sur les ressources mat&#233;rielles (par exemple, la biomasse, les min&#233;raux, les vecteurs d'&#233;nergie fossile, les minerais m&#233;talliques) qui devraient &#234;tre consacr&#233;es &#224; tel ou tel usage (par exemple, de nouveaux b&#226;timents, des routes, de l'&#233;lectronique, etc.), en telle ou telle quantit&#233; et pour telle ou telle personne. On pourrait &#233;tablir des dettes &#233;cologiques qui imposent des politiques de redistribution du Nord au Sud, des riches aux pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Supprimer progressivement la propri&#233;t&#233; intellectuelle.&lt;/strong&gt; La propri&#233;t&#233; intellectuelle, notamment sous la forme de droits d'auteur et de brevets, donne aux entreprises le contr&#244;le des connaissances, de la culture et du code qui d&#233;termine le fonctionnement des applications et des services, ce qui leur permet de maximiser l'engagement des utilisateurs, de privatiser l'innovation et d'extraire des donn&#233;es et des rentes. L'&#233;conomiste Dean Baker estime que les rentes de propri&#233;t&#233; intellectuelle co&#251;tent aux consommateurs 1 000 milliards de dollars suppl&#233;mentaires par an par rapport &#224; ce qui pourrait &#234;tre obtenu sur un &#171; &lt;i&gt; march&#233; libre&lt;/i&gt; &#187; sans brevets ni monopoles de droits d'auteur. L'&#233;limination progressive de la propri&#233;t&#233; intellectuelle au profit d'un mod&#232;le de partage des connaissances bas&#233; sur les biens communs permettrait de r&#233;duire les prix, d'&#233;largir l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et de l'am&#233;liorer pour tous, et fonctionnerait comme une forme de redistribution des richesses et de r&#233;paration pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Socialiser les infrastructures physiques.&lt;/strong&gt; Les infrastructures physiques telles que les plateformes de serveurs en nuage, les tours de t&#233;l&#233;phonie mobile, les r&#233;seaux de fibre optique et les c&#226;bles sous-marins transoc&#233;aniques profitent &#224; ceux qui les poss&#232;dent. Il existe des initiatives en faveur de fournisseurs de services internet g&#233;r&#233;s par les communaut&#233;s et de r&#233;seaux maill&#233;s sans fil qui peuvent contribuer &#224; mettre ces services entre les mains des communaut&#233;s. Certaines infrastructures, comme les c&#226;bles sous-marins, pourraient &#234;tre entretenues par un consortium international qui les construit et les entretient au prix co&#251;tant pour le bien public plut&#244;t que pour le profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Remplacer les investissements priv&#233;s de production par des subventions publiques et la production.&lt;/strong&gt; La coop&#233;rative num&#233;rique britannique de Dan Hind est peut-&#234;tre la proposition la plus d&#233;taill&#233;e sur la mani&#232;re dont un mod&#232;le de production socialiste pourrait fonctionner dans le contexte actuel. Selon ce plan, &#171; &lt;i&gt;les institutions du secteur public, y compris les gouvernements locaux, r&#233;gionaux et nationaux, fourniront des lieux o&#249; les citoyens et les groupes plus ou moins coh&#233;sifs pourront se rassembler et s'assurer une revendication sur le politique&lt;/i&gt; &#187;. Am&#233;lior&#233;e par des donn&#233;es ouvertes, des algorithmes transparents, des logiciels et des plateformes &#224; code source ouvert et mise en &#339;uvre par une planification participative d&#233;mocratique, une telle transformation faciliterait l'investissement, le d&#233;veloppement et la maintenance de l'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique et de l'&#233;conomie au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Hind envisage de d&#233;ployer cette option publique dans un seul pays &#8211; en concurrence avec le secteur priv&#233; &#8211; elle pourrait plut&#244;t fournir une base pr&#233;liminaire pour la socialisation compl&#232;te de la technologie. En outre, pourrait &#234;tre &#233;largi pour inclure un cadre de justice globale qui fournit des infrastructures en guise de r&#233;parations au Sud, de la m&#234;me mani&#232;re que les initiatives de justice climatique font pression sur les pays riches pour qu'ils aident le Sud &#224; remplacer les combustibles fossiles par des &#233;nergies vertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. D&#233;centraliser l'internet.&lt;/strong&gt; Les socialistes pr&#244;nent depuis longtemps la d&#233;centralisation de la richesse, du pouvoir et de la gouvernance entre les mains des travailleurs et des communaut&#233;s. Des projets comme FreedomBox proposent des logiciels libres et gratuits pour alimenter des serveurs personnels peu co&#251;teux qui peuvent h&#233;berger et acheminer collectivement des donn&#233;es pour des services comme le courrier &#233;lectronique, l'agenda, les applications de chat, les r&#233;seaux sociaux, etc. D'autres projets comme Solid () permettent aux gens d'h&#233;berger leurs donn&#233;es dans des &#171; pods &#187; qu'ils contr&#244;lent. Les fournisseurs d'applications, les r&#233;seaux de m&#233;dias sociaux et d'autres services peuvent alors acc&#233;der aux donn&#233;es &#224; des conditions acceptables pour les utilisateurs, qui conservent le contr&#244;le de leurs donn&#233;es. Ces mod&#232;les pourraient &#234;tre &#233;tendus pour aider &#224; d&#233;centraliser l'internet sur une base socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Socialiser les plateformes&lt;/strong&gt;. Les plateformes internet comme Uber, Amazon et Facebook centralisent la propri&#233;t&#233; et le contr&#244;le en tant qu'interm&#233;diaires priv&#233;s qui s'interposent entre les utilisateurs de leurs plateformes. Des projets comme Fediverse et LibreSocial fournissent un mod&#232;le d'interop&#233;rabilit&#233; qui pourrait potentiellement s'&#233;tendre au-del&#224; des r&#233;seaux sociaux. Les services qui ne peuvent pas simplement interop&#233;rer pourraient &#234;tre socialis&#233;s et exploit&#233;s au prix co&#251;tant pour le bien public plut&#244;t que pour le profit et la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Socialiser l'intelligence et les donn&#233;es num&#233;riques.&lt;/strong&gt; Les donn&#233;es et l'intelligence num&#233;rique qui en d&#233;coule sont une source majeure de richesse et de pouvoir &#233;conomiques. La socialisation des donn&#233;es permettrait au contraire d'int&#233;grer des valeurs et des pratiques de respect de la vie priv&#233;e, de s&#233;curit&#233;, de transparence et de prise de d&#233;cision d&#233;mocratique dans la mani&#232;re dont les donn&#233;es sont collect&#233;es, stock&#233;es et utilis&#233;es. Elle pourrait s'appuyer sur des mod&#232;les tels que le projet DECODE &#224; Barcelone et &#224; Amsterdam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. Bannir la publicit&#233; forc&#233;e et le consum&#233;risme de plateforme.&lt;/strong&gt; La publicit&#233; num&#233;rique diffuse un flux constant de propagande d'entreprise con&#231;ue pour manipuler le public et stimuler la consommation. De nombreux services &#171; gratuits &#187; sont aliment&#233;s par des publicit&#233;s, ce qui stimule encore davantage le consum&#233;risme au moment m&#234;me o&#249; il met la plan&#232;te en p&#233;ril. Des plateformes comme Google Search et Amazon sont construites pour maximiser la consommation, en ignorant les limites &#233;cologiques. Au lieu de la publicit&#233; forc&#233;e, les informations sur les produits et les services pourraient &#234;tre h&#233;berg&#233;es dans des annuaires et accessibles sur une base volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9. Remplacer les appareils militaires, policiers, p&#233;nitentiaires et de s&#233;curit&#233; nationale par des services de s&#251;ret&#233; et de s&#233;curit&#233; g&#233;r&#233;s par les communaut&#233;s. &lt;/strong&gt; La technologie num&#233;rique a accru le pouvoir de la police, de l'arm&#233;e, des prisons et des agences de renseignement. Certaines technologies, comme les armes autonomes(qui ne n&#233;cessitent pas d'intervention humaine, par exemple les drones), devraient &#234;tre interdites, car elles n'ont aucune utilit&#233; pratique au-del&#224; de la violence. D'autres technologies bas&#233;es sur l'intelligence artificielle, dont on peut soutenir qu'elles ont des applications socialement b&#233;n&#233;fiques, devraient &#234;tre &#233;troitement r&#233;glement&#233;es, en adoptant une approche pour limiter leur pr&#233;sence dans la soci&#233;t&#233;. Les militants qui font pression pour r&#233;duire la surveillance de masse de l'&#201;tat devraient se joindre &#224; ceux qui militent pour l'abolition de la police, des prisons, de la s&#233;curit&#233; nationale et du militarisme, en plus des personnes vis&#233;es par ces institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10. Mettre fin &#224; la fracture num&#233;rique. &lt;/strong&gt; La fracture num&#233;rique fait g&#233;n&#233;ralement r&#233;f&#233;rence &#224; l'in&#233;galit&#233; d'acc&#232;s individuel aux ressources num&#233;riques telles que les appareils et les donn&#233;es informatiques, mais elle devrait &#233;galement englober la mani&#232;re dont les infrastructures num&#233;riques, telles que les plateformes de serveurs en nuage et les installations de recherche de haute technologie, sont d&#233;tenues et domin&#233;es par les pays riches et leurs entreprises. En tant que forme de redistribution des richesses, le capital pourrait &#234;tre redistribu&#233; par le biais de la fiscalit&#233; et d'un processus de r&#233;paration afin de subventionner les appareils personnels et la connectivit&#233; Internet pour les pauvres du monde entier et de fournir des infrastructures, telles que l'infrastructure en nuage et les installations de recherche de haute technologie, aux populations qui ne peuvent pas se les offrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment faire du socialisme num&#233;rique une r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des changements radicaux sont n&#233;cessaires, mais il y a un grand &#233;cart entre ce qui doit &#234;tre fait et la situation actuelle. N&#233;anmoins, il existe des mesures essentielles que nous pouvons et devons prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il est essentiel de sensibiliser, de promouvoir l'&#233;ducation et d'&#233;changer des id&#233;es au sein des communaut&#233;s et entre elles afin qu'ensemble nous puissions co-cr&#233;er un nouveau cadre pour l'&#233;conomie num&#233;rique. Pour ce faire, une critique claire du capitalisme et du colonialisme num&#233;riques est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel changement sera difficile &#224; mettre en place si la production concentr&#233;e de connaissances reste intacte. Les universit&#233;s d'&#233;lite, les soci&#233;t&#233;s de m&#233;dias, les groupes de r&#233;flexion, les ONG et les chercheurs de Big Tech du Nord dominent la conversation et &#233;tablissent l'ordre du jour de la r&#233;paration du capitalisme, limitant et restreignant les param&#232;tres de cette conversation. Nous devons prendre des mesures pour leur &#244;ter leur pouvoir, par exemple en abolissant le syst&#232;me de classement des universit&#233;s, en d&#233;mocratisant la salle de classe et en mettant fin au financement des entreprises, des philanthropes et des grandes fondations. Les initiatives visant &#224; d&#233;coloniser l'&#233;ducation &#8211; comme le r&#233;cent mouvement de protestation &#233;tudiant&lt;i&gt; #FeesMustFall&lt;/i&gt; (les frais doivent baisser) en Afrique du Sud et la Endowment Justice Coalition &#224; l'universit&#233; de Yale &#8211; fournissent des exemples des mouvements qui seront n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, nous devons relier les mouvements de justice num&#233;rique &#224; d'autres mouvements de justice sociale, raciale et environnementale. Les militants des droits num&#233;riques devraient travailler avec les &#233;cologistes, les abolitionnistes, les d&#233;fenseurs de la justice alimentaire, les f&#233;ministes et d'autres. Une partie de ce travail est d&#233;j&#224; en cours par exemple, la campagne &lt;i&gt;#NoTechForICE&lt;/i&gt; (pas de technologie pour les services de l'immigration et des douanes) men&#233;e par Mijente, un r&#233;seau de base dirig&#233; par des migrants, remet en question l'utilisation de la technologie pour contr&#244;ler l'immigration aux &#201;tats-Unis &#8211; mais il reste encore beaucoup &#224; faire, notamment en ce qui concerne l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, nous devons intensifier l'action directe et l'agitation contre Big Tech et l'empire am&#233;ricain. Il est parfois difficile de mobiliser un soutien derri&#232;re des sujets apparemment &#233;sot&#233;riques, comme l'ouverture d'un centre de serveurs en nuage dans le Sud (par exemple en Malaisie) ou l'imposition de logiciels Big Tech dans les &#233;coles (par exemple en Afrique du Sud). Cela est particuli&#232;rement difficile dans le Sud, o&#249; les gens doivent donner la priorit&#233; &#224; l'acc&#232;s &#224; la nourriture, &#224; l'eau, au logement, &#224; l'&#233;lectricit&#233;, aux soins de sant&#233; et aux emplois. Cependant, la r&#233;sistance r&#233;ussie &#224; des d&#233;veloppements tels que Facebook's Free Basics en Inde et la construction du si&#232;ge social d'Amazon sur des terres indig&#232;nes sacr&#233;es au Cap, en Afrique du Sud, montre la possibilit&#233; et le potentiel de l'opposition civique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;nergies militantes pourraient aller plus loin et adopter les tactiques de boycott, d&#233;sinvestissement et sanctions (BDS), que les militants anti-apartheid ont utilis&#233;es pour cibler les soci&#233;t&#233;s informatiques vendant des &#233;quipements au gouvernement d'apartheid en Afrique du Sud. Les militants pourraient cr&#233;er un mouvement #BigTechBDS, qui ciblerait cette fois l'existence des grandes entreprises technologiques. Les boycotts pourraient annuler les contrats du secteur public avec les g&#233;ants de la technologie et les remplacer par des solutions socialistes de People's Tech. Des campagnes de d&#233;sinvestissement pourraient forcer des institutions comme les universit&#233;s &#224; se d&#233;sinvestir des pires entreprises technologiques. Et les militants pourraient faire pression sur les &#201;tats pour qu'ils appliquent des sanctions cibl&#233;es aux entreprises technologiques am&#233;ricaines, chinoises et d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, nous devons travailler &#224; la cr&#233;ation de coop&#233;ratives de travailleurs de la technologie qui peuvent &#234;tre les &#233;l&#233;ments constitutifs d'une nouvelle &#233;conomie socialiste num&#233;rique. Il existe un mouvement de syndicalisation de la Big Tech, qui peut contribuer &#224; prot&#233;ger les travailleurs de la technologie en cours de route. Mais syndiquer Big Tech, c'est comme syndiquer les compagnies des Indes orientales, le fabricant d'armes Raytheon, Goldman Sachs ou Shell &#8211; ce n'est pas de la justice sociale et cela n'apportera probablement que de l&#233;g&#232;res r&#233;formes. De m&#234;me que les militants sud-africains de la lutte contre l'apartheid ont rejet&#233; les principes de Sullivan un ensemble de r&#232;gles et de r&#233;formes en mati&#232;re de responsabilit&#233; sociale des entreprises qui permettaient aux entreprises am&#233;ricaines de continuer &#224; faire des b&#233;n&#233;fices dans l'Afrique du Sud de l'apartheid &#8211; et d'autres r&#233;formes l&#233;g&#232;res, en faveur de l'&#233;tranglement du syst&#232;me de l'apartheid, nous devrions avoir pour objectif d'abolir compl&#232;tement les Big Tech et le syst&#232;me du capitalisme num&#233;rique. Et cela n&#233;cessitera de construire des alternatives, de s'engager avec les travailleurs de la tech, non pas pour r&#233;former l'irr&#233;formable, mais pour aider &#224; &#233;laborer une transition juste pour l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des personnes de tous horizons devraient travailler en collaboration avec des professionnels de la technologie pour &#233;laborer le plan concret qui constituerait un Digital Tech Deal. Ce projet doit &#234;tre pris aussi au s&#233;rieux que les &#171; green deals &#187; actuels pour l'environnement. Avec un Digital Tech Deal, certains travailleurs &#8211; comme ceux du secteur de la publicit&#233; &#8211; perdraient leur emploi, il faudrait donc pr&#233;voir une transition &#233;quitable pour les travailleurs de ces secteurs. Les travailleurs, les scientifiques, les ing&#233;nieurs, les sociologues, les avocats, les &#233;ducateurs, les militants et le grand public pourraient r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; la mani&#232;re de rendre cette transition pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le capitalisme progressiste est largement consid&#233;r&#233; comme la solution la plus pratique &#224; la mont&#233;e en puissance des Big Tech. Pourtant, ces m&#234;mes progressistes n'ont pas su reconna&#238;tre les m&#233;faits structurels du capitalisme, la colonisation technologique men&#233;e par les &#201;tats-Unis et l'imp&#233;ratif de d&#233;croissance. Nous ne pouvons pas br&#251;ler les murs de notre maison pour nous garder au chaud. La seule solution pratique est de faire ce qui est n&#233;cessaire pour nous emp&#234;cher de d&#233;truire notre seule et unique maison &#8211; et cela doit int&#233;grer l'&#233;conomie num&#233;rique. Le socialisme num&#233;rique, concr&#233;tis&#233; par un Digital Tech Deal [Accord sur la technologie num&#233;rique], offre le meilleur espoir dans le court laps de temps dont nous disposons pour un changement radical, mais il devra &#234;tre discut&#233;, d&#233;battu et construit. J'esp&#232;re que cet article pourra inviter les lecteurs et d'autres personnes &#224; collaborer dans cette direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Michael Kwet, sociologue, travaille dans le cadre de Information Society Project &#224; l'&#233;cole de droit de l'Universit&#233; Yale de New Haven, aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il anime le podcast &lt;i&gt;Tech Empire&lt;/i&gt; et a publi&#233;, entre autres, &#034;Digital colonialism : US empire and the new imperialism in the Global South&#034; (&lt;i&gt;Race &amp; Class &lt;/i&gt; Volume 60, no 4, April 2019). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article a &#233;t&#233; d'abord publi&#233; par le magazine en ligne&lt;i&gt; ROAR&lt;/i&gt;, le 3 mars 2021 : &lt;a href=&#034;https://roarmag.org/essays/digital-colonialism-the-evolution-of-american-empire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://roarmag.org/essays/digital-colonialism-the-evolution-of-american-empire/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduit de l'anglais par JM)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a d'abord &#233;t&#233; publi&#233; le 4 avril 2022 par le magazine en ligne ROAR : &lt;a href=&#034;https://roarmag.org/essays/digital-ecosocialism-tech-deal/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://roarmag.org/essays/digital-ecosocialism-tech-deal/&lt;/a&gt; (Traduit de l'anglais par JM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;a href=&#034;https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/SPEECH_21_1092&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/SPEECH_21_1092&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &lt;a href=&#034;https://www.unep.org/news-and-stories/press-release/cut-global-emissions-76-percent-every-year-next-decade-meet-15degc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unep.org/news-and-stories/press-release/cut-global-emissions-76-percent-every-year-next-decade-meet-15degc&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
3. &lt;a href=&#034;https://theshiftproject.org/en/article/unsustainable-use-online-video/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theshiftproject.org/en/article/unsustainable-use-online-video/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4. &lt;a href=&#034;https://carbonmarketwatch.org/publications/ccrm_2022/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://carbonmarketwatch.org/publications/ccrm_2022/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
5. James Muldoon,&lt;i&gt; Platform Socialism &lt;/i&gt; &#8211;&lt;i&gt; How to Reclaim our Digital Future from Big Tech&lt;/i&gt;, Pluto Press, London 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Decentralised citizen-owned data ecosystems (&#233;cosyst&#232;mes de donn&#233;es d&#233;centralis&#233;s appartenant aux citoyens) : &lt;a href=&#034;https://decodeproject.eu/pilots.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://decodeproject.eu/pilots.html&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
7. &lt;a href=&#034;https://platform.coop/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://platform.coop/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Michael Kwet, &#171; Social Media Socialism : People's Tech and Decolonization for a Global Society in Crisis &#187;, &lt;a href=&#034;https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3695356&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3695356&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
9. Fediverse (de l'anglais pour &#171; f&#233;d&#233;ration &#187; et &#171; univers &#187;) est une f&#233;d&#233;ration de serveurs formant un r&#233;seau social. Il est construit autour de logiciels libres, permettant un auto-h&#233;bergement, ou bien l'utilisation d'un service pr&#234;t &#224; l'emploi chez un tiers. Les diff&#233;rents services disponibles pour les n&#339;uds de ces instances sont h&#233;t&#233;rog&#232;nes (microblog, blog, vid&#233;o, image, articles de recherche, code logiciel) mais utilisent des protocoles d'&#233;changes communs pour communiquer entre eux, &#171; se f&#233;d&#233;rer &#187;, ou des ponts entre diff&#233;rents protocoles de fa&#231;on transparente pour l'utilisateur, la volont&#233; &#233;tant de fournir une alternative ouverte et r&#233;siliente aux r&#233;seaux sociaux captifs, propri&#233;t&#233;s d'une unique entit&#233;. Voir : &lt;a href=&#034;https://serveur410.com/le-fediverse-cest-quoi-et-comment-lutiliser/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://serveur410.com/le-fediverse-cest-quoi-et-comment-lutiliser/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
. Voir : &lt;a href=&#034;https://www.commonnotions.org/buy/the-red-deal-indigenous&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.commonnotions.org/buy/the-red-deal-indigenous&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
. Voir : &#171; Le monde au chevet de la plan&#232;te en Bolivie &#187;, RFI du 22 avril 2010 (&lt;a href=&#034;https://www.rfi.fr/fr/contenu/20100422-le-monde-chevet-planete-bolivie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rfi.fr/fr/contenu/20100422-le-monde-chevet-planete-bolivie&lt;/a&gt;) et le site de la Conf&#233;rence mondiale des peuples : &lt;a href=&#034;https://pwccc.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pwccc.wordpress.com/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
. &lt;a href=&#034;https://cjcm.org.za/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cjcm.org.za/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
. Dean Baker, &#171; Working Paper : Is Intellectual Property the Root of All Evil ? Patents, Copyrights and Inequality, CEPR, 2 octobre 2018 : &lt;a href=&#034;https://cepr.net/report/is-intellectual-property-the-root-of-all-evil-patents-copyrights-and-inequality/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cepr.net/report/is-intellectual-property-the-root-of-all-evil-patents-copyrights-and-inequality/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dan Hind, &#171; The British Digital Cooperative : A New Model Public Sector Instiutution &#187; : &lt;a href=&#034;https://thenextsystem.org/bdc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://thenextsystem.org/bdc&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
. &lt;a href=&#034;https://freedombox.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://freedombox.org/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
. &lt;a href=&#034;https://solid.mit.edu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://solid.mit.edu/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le colonialisme num&#233;rique : l'&#233;volution de l'empire &#233;tats-unien</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-colonialisme-numerique-l-evolution-de-l-empire-etats-unien</link>
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		<dc:date>2023-04-18T06:48:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael Kwet</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-04-18</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les entreprises &#233;tatsuniennes de &#171; Big Tech &#187; r&#233;alisent des profits consid&#233;rables gr&#226;ce au contr&#244;le qu'elles exercent sur le commerce, le travail, les m&#233;dias sociaux et les loisirs dans le Sud. En 2020, les milliardaires se sont enrichis comme des bandits. Les avoirs personnels de Jeff Bezos ont bondi de 113 &#224; 184 milliards de dollars. Elon Musk a bri&#232;vement &#233;clips&#233; Bezos, avec une augmentation de sa valeur nette de 27 &#224; plus de 185 milliards de dollars. Pour la bourgeoisie qui pr&#233;side les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-04-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-04-18&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH65/1-48-42e7a.jpg?1782185064' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='65' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les entreprises &#233;tatsuniennes de &#171; Big Tech &#187; r&#233;alisent des profits consid&#233;rables gr&#226;ce au contr&#244;le qu'elles exercent sur le commerce, le travail, les m&#233;dias sociaux et les loisirs dans le Sud. En 2020, les milliardaires se sont enrichis comme des bandits. Les avoirs personnels de Jeff Bezos ont bondi de 113 &#224; 184 milliards de dollars. Elon Musk a bri&#232;vement &#233;clips&#233; Bezos, avec une augmentation de sa valeur nette de 27 &#224; plus de 185 milliards de dollars. Pour la bourgeoisie qui pr&#233;side les soci&#233;t&#233;s &#171; Big Tech &#187;, la vie est belle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Inprecor no 705-706 2023-02-03&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michael Kwet *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si la domination accrue de ces entreprises sur leurs march&#233;s nationaux fait l'objet de nombreuses analyses critiques, leur port&#233;e mondiale est un fait rarement discut&#233;, notamment par les intellectuels dominants de l'empire &#233;tatsunien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, d&#232;s que l'on examine les m&#233;canismes et les chiffres, il devient &#233;vident que la Big Tech n'est pas seulement d'envergure mondiale, mais qu'elle a un caract&#232;re fondamentalement colonial et qu'elle est domin&#233;e par les &#201;tats-Unis. Ce ph&#233;nom&#232;ne est appel&#233; &#171; colonialisme num&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons dans un monde o&#249; le colonialisme num&#233;rique risque d&#233;sormais de devenir une menace aussi importante et profonde pour le Sud que le colonialisme classique l'&#233;tait au cours des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. La forte augmentation des in&#233;galit&#233;s, le d&#233;veloppement de la surveillance par l'&#201;tat et les entreprises et les technologies polici&#232;res et militaires sophistiqu&#233;es ne sont que quelques-unes des cons&#233;quences de ce nouvel ordre mondial. Ce ph&#233;nom&#232;ne peut sembler nouveau pour certains, mais au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, il s'est ancr&#233; dans le statu quo mondial. Sans un mouvement de contre-pouvoir suffisamment fort, la situation ne fera qu'empirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que signifie le colonialisme num&#233;rique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme num&#233;rique est l'utilisation de la technologie num&#233;rique &#224; des fins de domination politique, &#233;conomique et sociale d'une autre nation ou d'un autre territoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cadre du colonialisme classique, les Europ&#233;ens se sont empar&#233;s des terres &#233;trang&#232;res et les ont colonis&#233;es ; ils ont install&#233; des infrastructures telles que des forts militaires, des ports maritimes et des chemins de fer ; ils ont d&#233;ploy&#233; des canonni&#232;res pour la p&#233;n&#233;tration &#233;conomique et la conqu&#234;te militaire ; ils ont construit des machines lourdes et exploit&#233; la main-d'&#339;uvre pour extraire les mati&#232;res premi&#232;res ; ils ont &#233;rig&#233; des structures de surveillance pour contr&#244;ler les travailleurs ; ils ont rassembl&#233; les ing&#233;nieurs n&#233;cessaires &#224; une exploitation &#233;conomique avanc&#233;e (par exemple, des chimistes pour l'extraction des min&#233;raux) ; ils ont siphonn&#233; les connaissances indig&#232;nes pour les processus de fabrication ; ils ont renvoy&#233; les mati&#232;res premi&#232;res vers la m&#232;re patrie pour la production de produits manufactur&#233;s ; ils ont inond&#233; les march&#233;s du Sud avec des produits manufactur&#233;s bon march&#233; ; ils ont perp&#233;tu&#233; la d&#233;pendance des peuples et des nations du Sud dans une division mondiale in&#233;gale du travail ; et ils ont &#233;tendu la domination commerciale, diplomatique et militaire pour faire des profits et se livrer au pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, le colonialisme d&#233;pendait de la propri&#233;t&#233; et du contr&#244;le du territoire et des infrastructures, de la captation de la main-d'&#339;uvre, des connaissances et des marchandises et de l'exercice du pouvoir de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus a &#233;volu&#233; au fil des si&#232;cles, de nouvelles technologies apparaissant au fur et &#224; mesure de leur d&#233;veloppement. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, les c&#226;bles sous-marins facilitaient les communications t&#233;l&#233;graphiques au service de l'empire britannique. Les nouveaux d&#233;veloppements en mati&#232;re d'enregistrement, d'archivage et d'organisation de l'information ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par les services de renseignements militaires am&#233;ricains, qui les ont utilis&#233;s pour la premi&#232;re fois lors de la conqu&#234;te des Philippines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, &#171; &lt;i&gt;les veines ouvertes &lt;/i&gt; &#187; qu'Eduardo Galeano (1) d&#233;crivait, ce sont pour le Sud global des &#171; &lt;i&gt;veines num&#233;riques&lt;/i&gt; &#187; qui traversent les oc&#233;ans, reliant un &#233;cosyst&#232;me technologique d&#233;tenu et contr&#244;l&#233; par une poign&#233;e d'entreprises bas&#233;es aux &#201;tats-Unis. Certains c&#226;bles contiennent des appartenant &#224; des soci&#233;t&#233;s comme Google et Facebook ou lou&#233;s par elles, afin de favoriser l'extraction et la monopolisation des donn&#233;es. Les machines lourdes d'aujourd'hui sont les plateformes de serveurs en nuage domin&#233;es par Amazon et Microsoft, qui servent &#224; stocker, regrouper et traiter les donn&#233;es volumineuses, et qui prolif&#232;rent &#224; la mani&#232;re des bases militaires de l'empire &#233;tatsuniening&#233;nieurs programmeurs d'&#233;lite avec des salaires g&#233;n&#233;reux de 250 000 dollars ou plus. Les travailleurs exploit&#233;s sont les personnes de couleur qui extraient les minerais au Congo et en Am&#233;rique latine, les arm&#233;es de travailleurs bon march&#233; qui annotent les donn&#233;es de l'intelligence artificielle en Chine et en Afrique et les travailleurs asiatiques qui souffrent du syndrome de stress post-traumatique apr&#232;s avoir nettoy&#233; les plateformes de m&#233;dias sociaux de tout contenu d&#233;rangeant. Les plateformes et les centres d'espionnage &#8211; comme la NSA (2) &#8211; constituent le Panoptisme (3) et les donn&#233;es sont la mati&#232;re premi&#232;re trait&#233;e pour les services bas&#233;s sur l'intelligence artificielle. Plus largement, le colonialisme num&#233;rique consiste &#224; ancrer une division in&#233;gale du travail, o&#249; les puissances dominantes ont utilis&#233; leur propri&#233;t&#233; de l'infrastructure num&#233;rique, de la connaissance et leur contr&#244;le des moyens de calcul pour maintenir le Sud dans une situation de d&#233;pendance permanente. Cette division in&#233;gale du travail a &#233;volu&#233;. Sur le plan &#233;conomique, l'industrie manufacturi&#232;re s'est d&#233;plac&#233;e vers le bas de la hi&#233;rarchie de la valeur, remplac&#233;e par une &#233;conomie de haute technologie avanc&#233;e dans laquelle les grandes entreprises technologiques sont fermement aux commandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'architecture du colonialisme num&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme num&#233;rique est ancr&#233; dans la domination de la &#171; &lt;i&gt; mati&#232;re &lt;/i&gt; &#187; du monde num&#233;rique, constitu&#233;e par les moyens informatiques : logiciels, &#233;quipements et r&#233;seaux de connectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comprend les plateformes agissant comme des gardiens, les donn&#233;es extraites par les fournisseurs de services interm&#233;diaires et les normes industrielles, ainsi que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la &#171; &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; intellectuelle&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt; l'intelligence num&#233;rique&lt;/i&gt; &#187;. Le colonialisme num&#233;rique s'est fortement int&#233;gr&#233; aux outils conventionnels du capitalisme et de la gouvernance autoritaire, depuis l'exploitation du travail, la captation des politiques et la planification &#233;conomique jusqu'aux services de renseignement, l'h&#233;g&#233;monie de la classe dirigeante et la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re tout d'abord les logiciels, on peut observer un processus dans lequel le code, qui &#233;tait autrefois librement et largement partag&#233; par les programmeurs, est devenu de plus en plus privatis&#233; et soumis aux droits d'auteur. Dans les ann&#233;es 1970 et 1980, le Congr&#232;s am&#233;ricain a commenc&#233; &#224; renforcer les droits d'auteur sur les logiciels. Une contre-tendance s'est manifest&#233;e sous la forme de licences&lt;i&gt; Free and Open Source Software &lt;/i&gt; (FOSS) qui accordaient aux utilisateurs le droit d'utiliser, d'&#233;tudier, de modifier et de partager les logiciels. Cela pr&#233;sentait des avantages inh&#233;rents pour les pays du Sud, car cela cr&#233;ait un &#171; &lt;i&gt; bien commun num&#233;rique&lt;/i&gt; &#187;, libre du contr&#244;le des entreprises et de la recherche du profit. Pourtant, lorsque le mouvement du logiciel libre s'est &#233;tendu au Sud, il a provoqu&#233; une r&#233;action brutale des entreprises. Microsoft a m&#233;pris&#233; le P&#233;rou lorsque son gouvernement a essay&#233; de s'&#233;loigner des logiciels propri&#233;taires de Microsoft. Il a &#233;galement tent&#233; d'emp&#234;cher les gouvernements africains d'utiliser le syst&#232;me d'exploitation libre GNU/Linux dans les minist&#232;res et les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La privatisation des logiciels s'est accompagn&#233;e de la concentration rapide d'internet entre les mains de fournisseurs de services interm&#233;diaires comme Facebook et Google. Le passage aux services en nuage a r&#233;duit &#224; n&#233;ant les libert&#233;s que les licences FOSS avaient accord&#233;es aux utilisateurs, car les logiciels sont exploit&#233;s &#224; partir des ordinateurs des grandes entreprises technologiques. Les services d'informatique d&#233;mat&#233;rialis&#233;e d&#233;poss&#232;dent les gens de la possibilit&#233; de contr&#244;ler leurs ordinateurs. Ces services fournissent des p&#233;taoctets d'informations aux entreprises, qui utilisent ces donn&#233;es pour former leurs syst&#232;mes d'intelligence artificielle. Les syst&#232;mes d'intelligence artificielle utilisent le Big Data pour &#171; &lt;i&gt; apprendre &lt;/i&gt; &#187; &#8211; il faut des millions d'images pour reconna&#238;tre, par exemple, la lettre A dans ses diff&#233;rentes polices et formes. Appliqu&#233;s aux humains, les d&#233;tails sensibles de la vie personnelle des gens deviennent une ressource incroyablement pr&#233;cieuse que les g&#233;ants de la technologie tentent sans cesse d'extraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Sud, la majorit&#233; de la population est essentiellement coinc&#233;e avec des t&#233;l&#233;phones de bas niveau ou des smartphones avec peu de donn&#233;es &#224; disposition. Par cons&#233;quent, des millions de personnes consid&#232;rent des plateformes telles que Facebook comme &#233;tant &#171; &lt;i&gt;l'internet&lt;/i&gt; &#187;, et les donn&#233;es les concernant sont consomm&#233;es par les imp&#233;rialistes &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Les effets de r&#233;troaction &lt;/i&gt; &#187; du Big Data aggravent la situation : ceux qui ont plus et de meilleures donn&#233;es peuvent cr&#233;er les meilleurs services d'intelligence artificielle, ce qui attire plus d'utilisateurs, qui leur donnent encore plus de donn&#233;es pour am&#233;liorer le service et ainsi de suite. Tout comme le colonialisme classique, les donn&#233;es ont &#233;t&#233; ing&#233;r&#233;es comme des mati&#232;res premi&#232;res pour les puissances imp&#233;rialistes, qui traitent les donn&#233;es et fabriquent en retour les services pour le public mondial, ce qui renforce encore leur domination et place tous les autres dans une situation de d&#233;pendance subordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre, &lt;i&gt;Capitalism, Power and Innovation : Intellectual Monopoly Capitalism Uncovered &lt;/i&gt; (4), Cecilia Rikap montre comment les g&#233;ants am&#233;ricains de la technologie fondent leur pouvoir de march&#233; sur leurs monopoles intellectuels, en commandant une cha&#238;ne complexe d'entreprises subordonn&#233;es afin d'extraire des rentes et d'exploiter la main-d'&#339;uvre. Cela leur a permis d'accumuler le &#171; savoir-qui &#187; et le &#171; savoir- &#187; pour planifier et organiser les cha&#238;nes de valeur mondiales, ainsi que de privatiser la connaissance et d'exproprier les biens communs de la connaissance et les r&#233;sultats de la recherche publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apple, par exemple, tire des rentes de la propri&#233;t&#233; intellectuelle et de l'image de marque de ses smartphones, et coordonne la production tout au long de la cha&#238;ne des produits de base. Les producteurs de niveau inf&#233;rieur, tels que les assembleurs de t&#233;l&#233;phones dans les usines de fabrication h&#233;berg&#233;es par la soci&#233;t&#233; ta&#239;wanaise Foxconn, les min&#233;raux extraits pour les batteries au Congo et les fabricants de puces les processeurs, sont tous subordonn&#233;s aux besoins et aux caprices d'Apple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les g&#233;ants de la technologie contr&#244;lent les relations commerciales tout au long de la cha&#238;ne des produits de base, profitant de leurs connaissances, du capital accumul&#233; et de leur domination des composants fonctionnels essentiels. Cela leur permet de marchander ou de se passer m&#234;me des entreprises relativement grandes qui produisent leurs produits en masse comme des subordonn&#233;s. Les universit&#233;s sont complices. Les plus prestigieuses d'entre elles, dans les pays imp&#233;rialistes centraux, sont les acteurs les plus dominants de l'espace de production universitaire, tandis que les universit&#233;s les plus vuln&#233;rables de la p&#233;riph&#233;rie ou de la semi-p&#233;riph&#233;rie sont les plus exploit&#233;es, manquant souvent de fonds pour la recherche et le d&#233;veloppement, de connaissances ou de capacit&#233;s pour breveter les r&#233;sultats et de ressources pour se d&#233;fendre lorsque leur travail est expropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Colonisation de l'Education&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur de l'Education est un exemple de la fa&#231;on dont la colonisation num&#233;rique se manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai expliqu&#233; en d&#233;tail dans ma th&#232;se de doctorat sur les technologies de l'&#233;ducation en Afrique du Sud (5), Microsoft, Google, Pearson, IBM et d'autres g&#233;ants de la technologie font jouer leurs muscles dans les syst&#232;mes &#233;ducatifs du Sud. Pour Microsoft, ce n'est pas nouveau. Comme mentionn&#233; ci-dessus, Microsoft a tent&#233; de forcer les gouvernements africains &#224; remplacer les logiciels libres par Microsoft Windows, y compris dans les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique du Sud, Microsoft dispose d'une arm&#233;e de formateurs sur le terrain qui forment les enseignants &#224; l'utilisation des logiciels Microsoft dans le syst&#232;me &#233;ducatif. Elle a &#233;galement fourni des tablettes Windows et des logiciels Microsoft &#224; des universit&#233;s telles que l'universit&#233; de Venda, un partenariat dont elle a fait une large publicit&#233;. Plus r&#233;cemment, elle s'est associ&#233;e au fournisseur de t&#233;l&#233;phonie mobile Vodacom (d&#233;tenu en majorit&#233; par la multinationale britannique Vodafone) pour offrir une &#233;ducation num&#233;rique aux apprenants sud-africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Microsoft est le principal fournisseur, avec des contrats dans au moins cinq des neuf minist&#232;res provinciaux de l'&#233;ducation en Afrique du Sud, Google cherche &#233;galement &#224; conqu&#233;rir des parts de march&#233;. En partenariat avec la start-up sud-africaine CloudEd, ils cherchent &#224; conclure le premier contrat Google avec un minist&#232;re provincial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fondation Michael et Susan Dell s'est &#233;galement jointe &#224; l'aventure, en proposant aux gouvernements provinciaux une plateforme DDD (Data Driven District). Le logiciel DDD est con&#231;u pour collecter des donn&#233;es permettant de suivre et de contr&#244;ler les enseignants et les &#233;l&#232;ves, notamment les notes, l'assiduit&#233; et les &#171; &lt;i&gt; probl&#232;mes sociaux &lt;/i&gt; &#187;. Bien que les &#233;coles t&#233;l&#233;chargent les donn&#233;es collect&#233;es chaque semaine plut&#244;t qu'en temps r&#233;el, l'objectif final est de fournir un suivi en temps r&#233;el du comportement et des performances des &#233;l&#232;ves &#224; des fins de gestion bureaucratique et d'&#171; &lt;i&gt; analyse des donn&#233;es longitudinales &lt;/i&gt; &#187; (analyse des donn&#233;es collect&#233;es sur un m&#234;me groupe d'individus au fil du temps).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement sud-africain est &#233;galement en train d'&#233;tendre le cloud du Department of Basic Education (DBE), qui pourrait &#224; terme &#234;tre utilis&#233; pour une surveillance technocratique invasive. Microsoft a propos&#233; au DBE de collecter des donn&#233;es &#171; &lt;i&gt; tout au long du cycle de vie de l'utilisateur&lt;/i&gt; &#187;, depuis l'&#233;cole et, pour ceux qui conservent des comptes Microsoft Office 365, jusqu'&#224; l'&#226;ge adulte, afin que le gouvernement puisse effectuer des analyses longitudinales sur des sujets tels que le lien entre &#233;ducation et emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme num&#233;rique des Big Tech se r&#233;pand rapidement dans les syst&#232;mes &#233;ducatifs du Sud. &#201;crivant depuis le Br&#233;sil, Giselle Ferreira et ses coauteurs constatent que &#171; &lt;i&gt;La ressemblance entre ce qui se passe au Br&#233;sil et l'analyse de Kwet (2019) du cas sud-africain (et probablement d'autres pays du &#8220;Sud global&#8221;) est frappante. En particulier, lorsque les entreprises GAFA [Google, Amazon, Facebook, Apple] offrent g&#233;n&#233;reusement des technologies aux &#233;tudiants d&#233;favoris&#233;s, les donn&#233;es sont extraites sans entrave et trait&#233;es ensuite d'une mani&#232;re qui rend les sp&#233;cificit&#233;s locales d&#233;nu&#233;es d'importance.&lt;/i&gt; &#187; (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;coles sont des sites id&#233;aux pour que les grandes entreprises technologiques puissent &#233;tendre leur contr&#244;le sur les march&#233;s num&#233;riques. Les personnes pauvres du Sud comptent souvent sur les gouvernements ou les entreprises pour leur fournir gratuitement un appareil, ce qui les rend d&#233;pendants des logiciels. Quel meilleur moyen de s'emparer de parts de march&#233; que de pr&#233;charger des logiciels de Big Tech sur des appareils offerts aux enfants &#8211; qui n'ont peut-&#234;tre gu&#232;re d'autre acc&#232;s &#224; la technologie qu'un simple t&#233;l&#233;phone&#8230; Cela pr&#233;sente l'avantage suppl&#233;mentaire de capter les futurs d&#233;veloppeurs de logiciels, qui peuvent en venir &#224; pr&#233;f&#233;rer, par exemple, Google ou Microsoft (plut&#244;t que les solutions technologiques bas&#233;es sur les logiciels libres) apr&#232;s avoir pass&#233; des ann&#233;es &#224; utiliser leurs logiciels et s'&#234;tre habitu&#233;s &#224; leur interface et &#224; leurs fonctionnalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exploitation du travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme num&#233;rique se manifeste &#233;galement dans la mani&#232;re dont les pays du Sud sont lourdement exploit&#233;s pour la main-d'&#339;uvre subalterne afin de fournir les intrants essentiels aux technologies num&#233;riques. On sait depuis longtemps que la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo fournit plus de 70 % du cobalt mondial, un minerai essentiel pour les batteries utilis&#233;es dans les voitures, les smartphones et les ordinateurs. Quatorze familles poursuivent actuellement Apple, Tesla, Alphabet, Dell et Microsoft, les accusant de b&#233;n&#233;ficier du travail des enfants dans l'industrie mini&#232;re du cobalt. Le processus d'extraction des min&#233;raux lui-m&#234;me a souvent un impact n&#233;gatif sur la sant&#233; des travailleurs et des habitats environnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au lithium, les principales r&#233;serves se trouvent au Chili, en Argentine, en Bolivie et en Australie. Les salaires des travailleurs de tous les pays d'Am&#233;rique latine sont bas par rapport aux normes des pays riches, surtout si l'on consid&#232;re les conditions de travail qu'ils endurent. la disponibilit&#233; des donn&#233;es varie, les personnes employ&#233;es par les mines gagnent environ 1 430 et 3 000 dollars par mois, tandis qu'en Argentine les salaires mensuels peuvent &#234;tre aussi bas que 300 &#224; 1 800 dollars. En 2016, le salaire minimum mensuel des mineurs en Bolivie a &#233;t&#233; port&#233; &#224; 250 dollars. En revanche, les mineurs australiens gagnent environ 9 000 dollars par mois et peuvent atteindre 200 000 dollars par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du Sud offrent &#233;galement une abondance de main-d'&#339;uvre bon march&#233; pour les g&#233;ants de la technologie. Il s'agit notamment de l'annotation de donn&#233;es pour les ensembles de donn&#233;es d'intelligence artificielle, des travailleurs des centres d'appels et de la mod&#233;ration des contenus pour les g&#233;ants des m&#233;dias sociaux comme Facebook. Les mod&#233;rateurs de contenu nettoient les flux de m&#233;dias sociaux des contenus d&#233;rangeants, tels que les sc&#232;nes sanglantes et le mat&#233;riel sexuellement explicite, ce qui les laisse souvent psychologiquement endommag&#233;s. Pourtant, dans un pays comme l'Inde, un mod&#233;rateur de contenu peut gagner aussi peu que 3 500 dollars par an, et ce apr&#232;s une augmentation de salaire de 1 400 dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un empire num&#233;rique chinois ou &#233;tatsunien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Occident, on parle beaucoup d'une &#171; nouvelle guerre froide &#187;, les &#201;tats-Unis et la Chine s'affrontant pour la supr&#233;matie technologique mondiale. Pourtant, un examen attentif de l'&#233;cosyst&#232;me technologique montre que les entreprises am&#233;ricaines dominent largement l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine, apr&#232;s des d&#233;cennies de forte croissance, g&#233;n&#232;re environ 17 % du PIB mondial et devrait d&#233;passer les &#201;tats-Unis d'ici 2028, ce qui alimente les affirmations selon lesquelles l'empire am&#233;ricain est sur le d&#233;clin (un r&#233;cit qui &#233;tait auparavant populaire avec la mont&#233;e du Japon). Si l'on mesure l'&#233;conomie chinoise en parit&#233; de pouvoir d'achat, elle est d&#233;j&#224; plus importante que les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, comme le souligne l'&#233;conomiste Sean Starrs dans la&lt;i&gt; New Left Review&lt;/i&gt; (7), cette mesure traite &#224; tort les &#201;tats comme des unit&#233;s autonomes, &#171; interagissant comme des boules de billard sur une table &#187;. En r&#233;alit&#233;, selon Starrs, la domination &#233;conomique am&#233;ricaine &#171; n'a pas d&#233;clin&#233;, elle s'est mondialis&#233;e &#187;. C'est particuli&#232;rement vrai si l'on consid&#232;re la Big Tech.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, la production des entreprises s'est &#233;tendue &#224; des r&#233;seaux de production transnationaux. Par exemple, dans les ann&#233;es 1990, des entreprises comme Apple ont commenc&#233; &#224; externaliser la fabrication de produits &#233;lectroniques des &#201;tats-Unis vers la Chine et Ta&#239;wan, en exploitant les travailleurs des usines de sous-traitance employ&#233;es par des entreprises comme Foxconn. Les transnationales am&#233;ricaines de la technologie con&#231;oivent souvent la propri&#233;t&#233; intellectuelle, par exemple pour des commutateurs de routeur &#224; haute performance (par exemple Cisco), tout en externalisant la capacit&#233; de fabrication &#224; des fabricants de mat&#233;riel dans le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Starrs a dress&#233; le profil des 2 000 premi&#232;res entreprises mondiales cot&#233;es en bourse, selon le classement de&lt;i&gt; Forbes Global 2000&lt;/i&gt;, et les a organis&#233;es en 25 secteurs, montrant la domination des transnationales am&#233;ricaines. En 2013, elles dominaient en termes de parts de b&#233;n&#233;fices dans 18 des 25 premiers secteurs. Dans son livre &#224; para&#238;tre,&lt;i&gt; American Power Globalized : Rethinking National Power in the Age of Globalization&lt;/i&gt;, Starrs montre que les &#201;tats-Unis restent dominants. Pour les logiciels et services informatiques, la part de profit des &#201;tats-Unis est de 76 % contre 10 % pour la Chine ; pour le mat&#233;riel et les &#233;quipements technologiques, elle est de 63 % pour les &#201;tats-Unis contre 6 % pour la Chine, et pour l'&#233;lectronique, elle est de 43 % et 10 %, respectivement. D'autres pays, comme la Cor&#233;e du Sud, le Japon et Ta&#239;wan, obtiennent souvent de meilleurs r&#233;sultats que la Chine dans ces cat&#233;gories &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;peindre les &#201;tats-Unis et la Chine comme des concurrents &#233;gaux dans la bataille pour la supr&#233;matie technologique mondiale, comme on le fait souvent, est donc tr&#232;s trompeur. Par exemple, un rapport de 2019 des Nations unies sur l'&#233;conomie num&#233;rique (8) indique que : &#171; La g&#233;ographie de l'&#233;conomie num&#233;rique est fortement concentr&#233;e dans deux pays &#187; : les &#201;tats-Unis et la Chine. Mais non seulement le rapport ignore les facteurs identifi&#233;s par des auteurs comme Starrs, mais il ne tient pas compte non plus du fait que la majeure partie de l'industrie technologique chinoise est dominante &#224; l'int&#233;rieur du pays, &#224; l'exception d'une poign&#233;e de produits et services majeurs, tels que la 5G (Huawei), les cam&#233;ras (Hikvision, Dahua) et les m&#233;dias sociaux (TikTok), qui d&#233;tiennent &#233;galement d'importantes parts de march&#233; &#224; l'&#233;tranger. La Chine a &#233;galement des investissements substantiels dans certaines entreprises technologiques &#233;trang&#232;res, mais cela ne sugg&#232;re gu&#232;re une v&#233;ritable menace pour la domination des &#201;tats-Unis, qui ont &#233;galement une part beaucoup plus importante d'investissements &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les &#201;tats-Unis sont l'empire technologique supr&#234;me. En dehors des fronti&#232;res am&#233;ricaines et chinoises, les &#201;tats-Unis sont en t&#234;te dans les cat&#233;gories suivantes : moteurs de recherche (Google) ; navigateurs web (Google Chrome, Apple Safari) ; syst&#232;mes d'exploitation pour smartphones et tablettes (Google Android, Apple iOS) ; syst&#232;mes d'exploitation pour ordinateurs de bureau et portables (Microsoft Windows, macOS) ; logiciels de bureau (Microsoft Office, Google G Suite, Apple iWork) ; les infrastructures et services de &lt;i&gt;cloud computing&lt;/i&gt; (Amazon, Microsoft, Google, IBM) ; les plateformes de r&#233;seaux sociaux (Facebook, Twitter) ; les transports (Uber, Lyft) ; les r&#233;seaux d'affaires (Microsoft Linkedin) ; le divertissement en streaming (Google, YouTube, Netflix, Hulu) et la publicit&#233; en ligne (Google, Facebook) &#8211; entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est que, que vous soyez un particulier ou une entreprise, si vous utilisez un ordinateur, ce sont les entreprises am&#233;ricaines qui en profitent le plus. L'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique leur appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Domination politique et moyens de la violence&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance &#233;conomique des g&#233;ants am&#233;ricains de la technologie va de pair avec leur influence dans les sph&#232;res politique et sociale. Comme dans d'autres secteurs, il existe une porte tournante entre les cadres de la tech et le gouvernement am&#233;ricain, et les entreprises et alliances commerciales de la tech d&#233;pensent beaucoup pour faire pression sur les r&#233;gulateurs en faveur de politiques favorables &#224; leurs int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques et au capitalisme num&#233;rique en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements et les organismes d'application de la loi, &#224; leur tour, forment des partenariats avec les g&#233;ants de la tech pour faire leur sale boulot. En 2013, Edward Snowden a r&#233;v&#233;l&#233; que Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, PalTalk, YouTube, Skype, AOL et Apple partageaient tous des informations avec l'Agence nationale de s&#233;curit&#233; via le programme PRISM. D'autres r&#233;v&#233;lations ont suivi, et le monde a appris que les donn&#233;es stock&#233;es par les entreprises et transmises sur Internet sont aspir&#233;es dans d'&#233;normes bases de donn&#233;es gouvernementales pour &#234;tre exploit&#233;es par les &#201;tats. Des pays du Sud ont &#233;t&#233; la cible de la surveillance de la NSA, du Moyen-Orient &#224; l'Afrique et &#224; l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police et l'arm&#233;e travaillent &#233;galement avec des entreprises technologiques, qui sont heureuses d'encaisser de gros ch&#232;ques en tant que fournisseurs de produits et services de surveillance, y compris dans les pays du Sud. Par exemple, par l'interm&#233;diaire de sa division peu connue, Public Safety and Justice, Microsoft a mis en place un vaste &#233;cosyst&#232;me de partenariats avec des fournisseurs de services de surveillance &#171; d'application de la loi &#187;, qui font fonctionner leurs technologies sur l'infrastructure en nuage de Microsoft. Il s'agit notamment d'une plateforme de surveillance et de commandement &#224; l'&#233;chelle d'une ville, appel&#233;e Microsoft Aware, qui a &#233;t&#233; achet&#233;e par la police au Br&#233;sil et &#224; Singapour, et d'une solution pour v&#233;hicules de police avec cam&#233;ras de reconnaissance faciale qui a &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;e au Cap et &#224; Durban, en Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Microsoft est &#233;galement tr&#232;s impliqu&#233; dans l'industrie p&#233;nitentiaire. Elle offre une vari&#233;t&#233; de solutions logicielles pour les prisons qui couvrent l'ensemble de la fili&#232;re correctionnelle, pr&#233;venus et probation, ainsi que lib&#233;r&#233;es de prison et mises en libert&#233; conditionnelle. En Afrique, elle s'est associ&#233;e &#224; une soci&#233;t&#233; appel&#233;e Netopia Solutions, qui propose une plateforme de logiciel de gestion des prisons (PMS) comprenant la &#171; gestion des &#233;vasions &#187; et l'analyse des d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'on ne sache pas exactement o&#249; la solution de gestion des prisons de Netopia est d&#233;ploy&#233;e, Microsoft a d&#233;clar&#233; que &#171; &lt;i&gt;Netopia&lt;/i&gt; [un partenaire/fournisseur Microsoft] est au Maroc et se concentre sur la transformation num&#233;rique des services gouvernementaux en Afrique du Nord et centrale. &#187; (9) Le Maroc a pour habitude de brutaliser les dissidents et de torturer les prisonniers, et les &#201;tats-Unis ont r&#233;cemment reconnu son annexion du Sahara occidental, en violation du droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des si&#232;cles, les puissances imp&#233;riales ont test&#233; les technologies permettant de faire la police et de contr&#244;ler leurs citoyens sur les populations &#233;trang&#232;res d'abord, depuis les travaux pionniers de Sir Francis Galton sur les empreintes digitales appliqu&#233;es en Inde et en Afrique du Sud, jusqu'&#224; la combinaison par les &#201;tats-Unis de la biom&#233;trie et des innovations en mati&#232;re de gestion des statistiques et des donn&#233;es qui ont form&#233; le premier appareil de surveillance moderne pour pacifier les Philippines. Comme l'a montr&#233; l'historien Alfred McCoy (10), l'ensemble des technologies de surveillance d&#233;ploy&#233;es aux Philippines a servi de terrain d'essai pour un mod&#232;le qui a finalement &#233;t&#233; ramen&#233; aux &#201;tats-Unis pour &#234;tre utilis&#233; contre les dissidents nationaux. Les projets de surveillance high-tech de Microsoft et de ses partenaires sugg&#232;rent que les Africains continuent de servir de laboratoire d'exp&#233;rimentation carc&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sistances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technologie et l'information num&#233;riques jouent partout un r&#244;le central dans la politique, l'&#233;conomie et la vie sociale. Dans le cadre du projet d'empire am&#233;ricain, les soci&#233;t&#233;s transnationales am&#233;ricaines r&#233;inventent le colonialisme dans le Sud gr&#226;ce &#224; leur propri&#233;t&#233; et leur contr&#244;le de la propri&#233;t&#233; intellectuelle, de l'intelligence num&#233;rique et des moyens de calcul. La plupart des infrastructures de base, des industries et des fonctions r&#233;alis&#233;es par les ordinateurs sont la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des soci&#233;t&#233;s transnationales am&#233;ricaines, qui dominent largement en dehors des fronti&#232;res am&#233;ricaines. Les plus grandes entreprises, telles que Microsoft et Apple, dominent les cha&#238;nes d'approvisionnement mondiales en tant que monopoles intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte un &#233;change in&#233;gal et une division du travail qui renforcent la d&#233;pendance de la p&#233;riph&#233;rie tout en perp&#233;tuant l'appauvrissement des masses et la pauvret&#233; mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu de partager les connaissances, de transf&#233;rer les technologies et de fournir les &#233;l&#233;ments constitutifs d'une prosp&#233;rit&#233; mondiale partag&#233;e sur un pied d'&#233;galit&#233;, les pays riches et leurs entreprises cherchent &#224; prot&#233;ger leur avantage et &#224; faire pression sur le Sud pour obtenir une main-d'&#339;uvre bon march&#233; et une rente. En monopolisant les principaux composants de l'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique, en introduisant leurs technologies dans les &#233;coles et les programmes de formation professionnelle et en s'associant aux &#233;lites des entreprises et des &#201;tats du Sud, les grandes entreprises technologiques s'emparent des march&#233;s &#233;mergents. Elles profiteront m&#234;me des services de surveillance fournis aux services de police et aux prisons, tout cela pour gagner de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, contre les forces du pouvoir concentr&#233;, il y a toujours ceux qui repoussent les limites. La r&#233;sistance &#224; la Big Tech dans le Sud a une longue histoire, qui remonte &#224; l'&#233;poque des protestations internationales contre IBM, Hewlett Packard et d'autres soci&#233;t&#233;s faisant des affaires dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, les pays du Sud ont adopt&#233; les logiciels libres et les biens communs mondiaux comme moyen de r&#233;sister au colonialisme num&#233;rique pendant un certain temps, m&#234;me si beaucoup de ces initiatives se sont estomp&#233;es depuis. Ces derni&#232;res ann&#233;es, de nouveaux mouvements contre le colonialisme num&#233;rique ont vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup plus dans ce tableau. Une crise &#233;cologique cr&#233;&#233;e par le capitalisme menace rapidement de d&#233;truire d&#233;finitivement la vie sur Terre, et les solutions pour l'&#233;conomie num&#233;rique doivent se croiser avec la justice environnementale et les luttes plus larges pour l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;radiquer le colonialisme num&#233;rique, nous avons besoin d'un cadre conceptuel diff&#233;rent qui remette en question les causes profondes et les principaux acteurs, en liaison avec les mouvements de base d&#233;sireux de s'opposer au capitalisme et &#224; l'autoritarisme, &#224; l'empire am&#233;ricain et &#224; ses partisans intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Michael Kwet, sociologue, travaille dans cadre de Information Society Project &#224; l'&#201;cole de droit de l'Universit&#233; Yale de New Haven, aux &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il anime le podcast Tech Empire et a publi&#233;, entre autres, &#171; Digital colonialism : US empire and the new imperialism in the Global South &#187; (Race &amp; Class Volume 60, n&#176; 4, April 2019). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article a &#233;t&#233; d'abord publi&#233; par le magazine en ligne ROAR, le 3 mars 2021 : &lt;a href=&#034;https://roarmag.org/essays/digital-colonialism-the-evolution-of-american-empire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://roarmag.org/essays/digital-colonialism-the-evolution-of-american-empire/&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduit de l'anglais par JM).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Eduardo Galeano, &lt;i&gt;es Veines ouvertes de l'Am&#233;rique latine [Las venas abiertas de Am&#233;rica Latina&lt;/i&gt;], Plon, coll. &#171; Terre humaine &#187;, Paris 1981,&lt;br class='autobr' /&gt;
2. La National Security Agency (NSA, Agence nationale de la s&#233;curit&#233;) est un organisme gouvernemental du d&#233;partement de la D&#233;fense des &#201;tats-Unis, responsable du renseignement d'origine &#233;lectromagn&#233;tique et de la s&#233;curit&#233; des syst&#232;mes d'information du gouvernement am&#233;ricain.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. &#171; &lt;i&gt; Quand Foucault d&#233;finit le Panoptisme, tant&#244;t il le d&#233;termine concr&#232;tement comme un agencement optique ou lumineux qui caract&#233;rise la prison, tant&#244;t il le d&#233;termine abstraitement comme une machine qui non seulement s'applique &#224; une mati&#232;re visible en g&#233;n&#233;ral (atelier, caserne, &#233;cole, h&#244;pital autant que prison), mais aussi traverse en g&#233;n&#233;ral toutes les fonctions &#233;non&#231;ables. La formule abstraite du Panoptisme n'est plus &#8220;voir sans &#234;tre vu&#8221;, mais &#8220;imposer une conduite quelconque &#224; une multiplicit&#233; humaine quelconque&lt;/i&gt;&#8221;. &#187; (Gilles Deleuze,&lt;i&gt; Foucault&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, 1986/2004, p. 41).&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Cecilia Rikap, &lt;i&gt;Capitalism, Power and Innovation : Intellectual Monopoly Capitalism Uncovered&lt;/i&gt;, Routledge, London 2021.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Michael Kwet, &#171; Digital Colonialism : South Africa's Education Transformation in the Shadow of Silicon Valley, PhD dissertation, Rhodes University, 2019 : &lt;a href=&#034;https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3496049&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3496049&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Giselle Martins dos Santos Ferreira, Luiz Alexandre da Silva Rosado, M&#225;rcio Silveira Lemgruber, Jaciara de S&#225; Carvalho, &#171; Metaphors we're colonised by ? The case of data-driven educational technologies in Brazil &#187;, Taylor &amp; Francis Online 2019, &lt;a href=&#034;https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17439884.2019.1666872&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17439884.2019.1666872&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
7. Sean Starrs, &#171; The chimera of global convergence &#187;, New Left Review n&#176;87 ; mai-juin 2014, &lt;a href=&#034;https://newleftreview.org/issues/ii87/articles/sean-starrs-the-chimera-of-global-convergence&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://newleftreview.org/issues/ii87/articles/sean-starrs-the-chimera-of-global-convergence&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
8. &lt;a href=&#034;https://unctad.org/publication/digital-economy-report-2019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://unctad.org/publication/digital-economy-report-2019&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
9. &lt;a href=&#034;https://microsoftcaregh.com/2017/07/24/2017-microsoft-partner-network-africa-partner-year-award-winners/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://microsoftcaregh.com/2017/07/24/2017-microsoft-partner-network-africa-partner-year-award-winners/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
10. Alfred McCoy, &#171; Policing the Imperial Periphery : The Philippine-American War and the Origins of U.S. Global Surveillance &#187; : &lt;a href=&#034;https://ojs.library.queensu.ca/index.php/surveillance-and-society/article/view/philip/philippines&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ojs.library.queensu.ca/index.php/surveillance-and-society/article/view/philip/philippines&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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