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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Turquie et Syrie : le tremblement de terre ou les lignes de faille de la contre-r&#233;volution, de l'autoritarisme, du racisme et du capitalisme</title>
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		<dc:date>2023-05-02T06:47:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Shireen Akram-Boshar</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-04-25</dc:subject>
		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>Proche-Orient</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lundi 6 f&#233;vrier, un tremblement de terre d'une magnitude de 7,8 a frapp&#233; le sud de la Turquie et le nord-ouest de la Syrie aux premi&#232;res heures de la matin&#233;e. Il a &#233;t&#233; suivi d'un autre de magnitude 7,5 quelques heures plus tard, ainsi que de plus d'une centaine de r&#233;pliques dans les jours qui ont suivi. Il s'agit du tremblement de terre le plus meurtrier et le plus puissant &#224; frapper la Turquie depuis 1939, et la Syrie depuis plus de 800 ans, et le nombre de victimes ne devrait que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/hatay-destroyed-building-1c5bc.jpg?1782005115' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lundi 6 f&#233;vrier, un tremblement de terre d'une magnitude de 7,8 a frapp&#233; le sud de la Turquie et le nord-ouest de la Syrie aux premi&#232;res heures de la matin&#233;e. Il a &#233;t&#233; suivi d'un autre de magnitude 7,5 quelques heures plus tard, ainsi que de plus d'une centaine de r&#233;pliques dans les jours qui ont suivi. Il s'agit du tremblement de terre le plus meurtrier et le plus puissant &#224; frapper la Turquie depuis 1939, et la Syrie depuis plus de 800 ans, et le nombre de victimes ne devrait que s'alourdir. Il a d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; les 40 000 morts, un bilan d&#233;vastateur et inimaginable [1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
15 f&#233;vrier 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Shireen Akram-Boshar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des quartiers entiers et des centres urbains ont &#233;t&#233; ras&#233;s, r&#233;duits &#224; des fils &#233;lectriques d&#233;nud&#233;s et &#224; des d&#233;combres. Des millions de personnes &#8211; celles qui ont eu la chance de ne pas &#234;tre ensevelies sous les d&#233;combres &#8211; se sont retrouv&#233;es sans logement, vivant dans des voitures, des tentes et des parcs, tout en subissant les rigueurs de l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; turc, le tremblement de terre a touch&#233; dix provinces, o&#249; vivent plus de 13 millions de personnes. L'&#233;picentre du premier tremblement de terre se trouvait &#224; Gaziantep, &#224; seulement une cinquantaine de kilom&#232;tres de la fronti&#232;re avec la Syrie ; l'&#233;picentre du tremblement de terre qui a suivi se trouvait &#224; Kahramanmaras, &#224; environ une centaine de kilom&#232;tres au nord du premier tremblement de terre. Il s'agit de petites villes qui ont pris de l'ampleur au cours des 20 derni&#232;res ann&#233;es de gouvernement AKP, devenant des centres de soutien pour le parti au pouvoir. Le sud de la Turquie a accueilli des millions de r&#233;fugi&#233;s syriens qui ont fui les douze derni&#232;res ann&#233;es de contre-r&#233;volution et de guerre en Syrie. Gaziantep, l'&#233;picentre du premier tremblement de terre, compte deux millions d'habitants, dont 20 % de r&#233;fugi&#233;s syriens. De nombreux quartiers comptent jusqu'&#224; 90 % de Syriens. Une source a rapport&#233; qu'un quart des morts &#224; Hatay &#233;taient des Syriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Une catastrophe pas seulement naturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'ont appris de nombreuses catastrophes au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es, aucune catastrophe naturelle n'est &#233;pargn&#233;e par la politique, le capitalisme et le racisme. Il en va de m&#234;me pour le tremblement de terre en Turquie et en Syrie : il s'agit d'un tremblement de terre politique profond&#233;ment affect&#233; par les lignes de faille de la contre-r&#233;volution, de l'autoritarisme, du racisme et du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Turquie, les secours d'urgence ont &#233;t&#233; criminellement inad&#233;quats. Le gouvernement, qui a pris en charge les op&#233;rations de secours et d&#233;clar&#233; l'&#233;tat d'urgence dans les dix provinces touch&#233;es, a &#233;t&#233; lent &#224; agir et &#224; fournir un soutien et des ressources aux villes les plus proches de la fronti&#232;re syrienne. La ville d'Antakya en Turquie, par exemple, situ&#233;e juste &#224; l'est de la ville syrienne d'Alep et au nord-est de la ville syrienne d'Idlib, n'a commenc&#233; &#224; recevoir des secours qu'apr&#232;s plus d'une journ&#233;e. D'autres villes et villages turcs n'ont pas re&#231;u d'aide avant plus de deux jours. Les &#233;quipes de secours disent qu'elles ont d&#251; choisir o&#249; concentrer leurs efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le dernier grand tremblement de terre de 1999, lorsque le gouvernement turc a mis en place des normes de construction et des codes de construction plus stricts, de nouveaux b&#226;timents ont &#233;t&#233; construits sans respecter ces codes, malgr&#233; le fait que le gouvernement et les entreprises de construction &#8211; souvent &#233;troitement li&#233;es au gouvernement &#8211; savaient qu'un autre tremblement de terre majeur &#233;tait probable. En 2018, il a &#233;t&#233; &#233;tabli que 50 % des b&#226;timents en Turquie, soit pr&#232;s de 13 millions de b&#226;timents, ont &#233;t&#233; construits en violation de ces codes. En 2022, l'Union des ing&#233;nieurs et des architectes de Turquie a publi&#233; une d&#233;claration selon laquelle le pays n'avait pas pr&#233;par&#233; ses infrastructures &#224; un nouveau tremblement de terre majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les deux jours qui ont suivi le tremblement de terre, la bourse de Turquie &#233;tait en chute libre, &#224; l'exception des actions des compagnies de ciment. Les investisseurs ont achet&#233; des actions, pr&#233;voyant des reconstructions lucratives, ce qui a provoqu&#233; la frustration et la col&#232;re de ceux qui estiment qu'apr&#232;s le tremblement de terre la bourse aurait d&#251; &#234;tre ferm&#233;e. Depuis, elle a &#233;t&#233; ferm&#233;e temporairement, mais la flamb&#233;e des actions des cimenteries laisse pr&#233;sager un processus de reconstruction qui privil&#233;gie le profit au d&#233;triment des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233; &#224; des critiques sur la r&#233;ponse du gouvernement au tremblement de terre, le pr&#233;sident turc Erdo&#287;an a r&#233;agi en fermant Twitter le mercredi 8 f&#233;vrier, et en d&#233;tenant et bloquant les journalistes non affili&#233;s aux m&#233;dias d'&#201;tat, par crainte de voir son image ternie, affirmant qu'il agissait ainsi pour freiner la propagation de la &#171; d&#233;sinformation &#187;. Il a ainsi emp&#234;ch&#233; les gens de fournir des informations sur les situations d'urgence et de localiser leurs proches. Le m&#234;me jour, Erdo&#287;an s'est rendu dans les zones touch&#233;es par le tremblement de terre et a promis que de nouveaux logements seraient construits en l'espace d'un an, ce qui, selon les experts, est tr&#232;s peu probable. &#171; Nos concitoyens ne doivent pas s'inqui&#233;ter &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233;. Il s'agit peut-&#234;tre d'un avertissement inqui&#233;tant sur la fa&#231;on dont les r&#233;fugi&#233;s syriens et les autres non-citoyens seront exclus des efforts de reconstruction et d'aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration d'un &#233;tat d'urgence de trois mois peut &#233;galement permettre un contr&#244;le plus autoritaire &#8211; Erdo&#287;an a d&#233;clar&#233; l'&#233;tat d'urgence pour la derni&#232;re fois apr&#232;s une tentative de coup d'&#201;tat contre lui en 2016, &#224; laquelle il a r&#233;pondu par de nombreuses mesures autoritaires. L'&#233;tat d'urgence permet &#224; Erdo&#287;an de gouverner par d&#233;cret, en contournant le parlement, et de passer outre les autorit&#233;s r&#233;gionales dirig&#233;es par l'opposition. Mais dans le sud de la Turquie, des r&#233;gions historiquement connues pour leur soutien &#224; Erdo&#287;an et &#224; son parti, l'AKP, la col&#232;re et la frustration ne cessent de cro&#238;tre. Le ministre turc des infrastructures, en visite dans une ville sinistr&#233;e, a &#233;t&#233; accueilli par des slogans de manifestants locaux. Le tremblement de terre pourrait s'av&#233;rer un obstacle &#224; la r&#233;&#233;lection d'Erdo&#287;an au printemps, lorsqu'il cherchera &#224; prolonger son r&#232;gne de vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Les lignes de faille de la contre-r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Syrie, les lignes de faille du tremblement de terre sont encore plus marqu&#233;es en raison de plus d'une d&#233;cennie de guerre contre-r&#233;volutionnaire. Le pays est effectivement divis&#233; : une grande partie a &#233;t&#233; reprise par le r&#233;gime, mais les rebelles conservent le contr&#244;le de certaines parties du nord-ouest et les groupes kurdes contr&#244;lent le nord-est. Les r&#233;gions les plus durement touch&#233;es par le tremblement de terre se trouvent dans le nord-ouest : la province d'Idlib, tenue par les rebelles, la province d'Alep divis&#233;e entre les zones tenues par le r&#233;gime et les zones tenues par les rebelles, et les provinces de Lattaqui&#233;, Tartous et Hama, tenues par le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution syrienne, qui a d&#233;but&#233; en 2011 dans le cadre des r&#233;volutions du &#171; printemps arabe &#187;, s'est heurt&#233;e &#224; la contre-r&#233;volution la plus brutale de la r&#233;gion. Cette contre-r&#233;volution a marqu&#233; la r&#233;gion de la Syrie touch&#233;e par le tremblement de terre. Pour gagner sa guerre contre-r&#233;volutionnaire, le r&#233;gime Assad a tu&#233; plus de 500 000 Syriens et d&#233;plac&#233; la moiti&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nord-ouest de la Syrie, la province d'Idlib en particulier, est le dernier bastion de la Syrie tenu par les rebelles. Il abrite des millions de Syriens d&#233;plac&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du pays qui ont fui les zones pr&#233;c&#233;demment tenues par les rebelles, assi&#233;g&#233;es et bombard&#233;es par le r&#233;gime Assad et son alli&#233; russe. Ils n'ont nulle part o&#249; aller et peu de ressources. Nombre d'entre eux ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;s &#224; plusieurs reprises et vivent dans des conditions pr&#233;caires. Le r&#233;gime d'Assad et son alli&#233; russe sont connus pour avoir bombard&#233; des h&#244;pitaux et des centres de soins dans le nord-ouest tenu par les rebelles, y compris plus de 50 centres de soins dans la seule province d'Idlib.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alep, la plus grande ville de Syrie et autrefois capitale industrielle du pays, a connu plus d'une d&#233;cennie de destruction depuis que les rebelles se sont empar&#233;s de la partie orientale de la ville en 2012, peu apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution. Le r&#233;gime Assad et la Russie ont r&#233;pondu au contr&#244;le des rebelles en bombardant l'est d'Alep et en d&#233;truisant une grande partie de la ville, jusqu'&#224; la victoire finale du r&#233;gime en d&#233;cembre 2016, obtenue gr&#226;ce &#224; un si&#232;ge et &#224; des bombardements. Tr&#232;s peu de la partie orientale de la ville, ou d'autres zones d&#233;truites par le r&#233;gime, ont &#233;t&#233; reconstruites depuis lors &#8211; et m&#234;me avant 2011, de nombreux b&#226;timents ont &#233;t&#233; construits contre les r&#233;glementations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du r&#233;gime en 2016 a marqu&#233; un tournant, le r&#233;gime reprenant l'une apr&#232;s l'autre les zones tenues par les rebelles, jusqu'&#224; ce que, fin 2018 et d&#233;but 2019, seules la province d'Idlib et les villes du nord de la province d'Alep restent sous le contr&#244;le des rebelles (&#224; l'exclusion de larges parties du nord-est de la Syrie sous le contr&#244;le des forces dirig&#233;es par les Kurdes soutenues par les &#201;tats-Unis). Le tremblement de terre a gravement touch&#233; Alep, ville reprise par le r&#233;gime, tout comme les villes tenues par les rebelles &#224; proximit&#233; de la ville d'Alep, qui ont toutes accueilli des Syriens d&#233;plac&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du pays, fuyant la guerre et les bombardements au cours des douze derni&#232;res ann&#233;es, et dont les infrastructures ont &#233;t&#233; consid&#233;rablement affaiblies par la guerre, en particulier par la campagne de bombardements incessante d'Assad et de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes de fracture cr&#233;&#233;es par la contre-r&#233;volution et la guerre rendent difficile, voire impossible, l'acheminement de l'aide et des secours vers les r&#233;gions les plus touch&#233;es de la Syrie. Les zones tenues par les rebelles sont compl&#232;tement s&#233;par&#233;es des zones tenues par le r&#233;gime, ces derni&#232;res &#233;tant tributaires de l'aide provenant de Damas. Les zones tenues par les rebelles ne peuvent acc&#233;der &#224; l'aide que par la Turquie. Le 9 f&#233;vrier, trois jours apr&#232;s le tremblement de terre, le premier convoi d'aide de l'ONU est finalement entr&#233; dans la zone syrienne tenue par les rebelles, avec six camions de provisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au lundi 13 f&#233;vrier, les Nations unies n'ont autoris&#233; l'aide internationale &#224; entrer que par un seul poste fronti&#232;re, celui d'Al-Bab. Pendant les trois premiers jours suivant le tremblement de terre, les Nations unies ont affirm&#233; que la route &#233;tait bloqu&#233;e et que seuls les corps des personnes d&#233;c&#233;d&#233;es entraient en Syrie depuis la Turquie. Le lundi 13 f&#233;vrier, le r&#233;gime Assad a accept&#233; l'ouverture de deux autres points de passage de la Turquie vers la Syrie. Le contr&#244;le des postes-fronti&#232;res est entre les mains des forces contre-r&#233;volutionnaires depuis de nombreuses ann&#233;es : l'ONU avait auparavant autoris&#233; plusieurs postes-fronti&#232;res entre la Turquie et la Syrie, mais au fil des ans, les v&#233;tos russes les ont tous supprim&#233;s &#224; l'exception de celui d'Al-Bab.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur des territoires tenus par les rebelles, les Casques blancs, le groupe local de d&#233;fense civile, initialement cr&#233;&#233; pour sauver les Syriens des bombardements d'Assad et de la Russie dans les zones tenues par les rebelles, ont &#233;t&#233; la principale force &#224; travailler pour sauver les gens de sous les d&#233;combres dans des centaines de sites tenus par les rebelles &#224; travers le nord-ouest de la Syrie. Mais les Casques blancs comptent moins de 3.000 membres, soutenus par quelques autres groupes de volontaires plus petits. Ils ne peuvent pas non plus se rendre dans les zones contr&#244;l&#233;es par le r&#233;gime pour aider ceux qui ont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin d'aide dans ces r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 f&#233;vrier, les &#201;tats-Unis ont temporairement assoupli les &#233;l&#233;ments de leurs sanctions contre le r&#233;gime Assad susceptibles d'entraver l'acheminement de l'aide. Les sanctions impos&#233;es au r&#233;gime excluaient officiellement la fourniture d'aide humanitaire, mais il restait difficile pour l'aide d'atteindre les zones tenues par le r&#233;gime en raison du blocage du carburant ou du blocage des transferts par les banques, y compris par les Syriens &#224; l'ext&#233;rieur du pays qui tentaient d'envoyer de l'argent &#224; leurs familles. Cependant, les sanctions n'ont gu&#232;re &#233;t&#233; la cause du niveau de souffrance dans le pays, qui doit &#234;tre clairement compris comme le r&#233;sultat de douze ann&#233;es de contre-r&#233;volution d'Assad et des interventions imp&#233;rialistes de la Russie, de l'Iran et d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alli&#233;s d'Assad, la Russie et l'Iran, ont &#233;galement fourni des secours pour le tremblement de terre par l'interm&#233;diaire de Damas, en plus d'une douzaine d'autres pays, dont les &#201;mirats arabes unis et l'&#201;gypte. En r&#233;alit&#233;, Assad utilise d&#233;j&#224; le tremblement de terre pour pousser &#224; la normalisation avec les pays de la r&#233;gion et du monde, tentant de mettre fin &#224; l'isolement de son r&#233;gime depuis une d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;monstration de la &#171; magnanimit&#233; &#187; du r&#233;gime, au lieu de fournir de l'aide aux zones tenues par les rebelles, Assad a bombard&#233; la ville de Marea, au nord d'Alep, moins de deux heures apr&#232;s le tremblement de terre du 6 f&#233;vrier, alors que les habitants se consacraient aux op&#233;rations de sauvetage. Les Casques blancs ont publi&#233; une lettre demandant l'assurance qu'il n'y aurait pas de bombardements. Ils connaissent bien cette tactique du r&#233;gime, qui a bombard&#233; &#224; plusieurs reprises des h&#244;pitaux et commis d'autres crimes de guerre au cours des douze derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair qu'on ne peut pas faire confiance au r&#233;gime Assad pour fournir de l'aide &#224; toutes les r&#233;gions de la Syrie, m&#234;me s'il insiste sur le fait que ce n'est pas le cas. Au-del&#224; des bombardements de Marea, il a l'habitude de diriger l'aide vers les zones loyales au r&#233;gime et de l'emp&#234;cher d'atteindre les zones tenues par les rebelles, ainsi que de siphonner et de d&#233;tourner l'argent de l'aide, y compris celui qui vient de l'ONU. Mais m&#234;me l'ONU a l'habitude de se ranger du c&#244;t&#233; du r&#233;gime, de passer des contrats avec des entreprises li&#233;es &#224; Assad et de se conformer &#224; ses exigences en ce qui concerne le traitement des zones tenues par le r&#233;gime et non par les rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Horreur, espoir et d&#233;fiance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup pourraient dire que le tremblement de terre, en d&#233;truisant les zones encore sous le contr&#244;le des rebelles, comme Idlib et des parties de la r&#233;gion d'Alep, a r&#233;alis&#233; ce que le r&#233;gime Assad n'avait pas encore r&#233;ussi &#224; faire dans ses tentatives de destruction des zones tenues par les rebelles, pour &#233;touffer le dernier souffle de la r&#233;volution de 2011. Le magazine satirique fran&#231;ais Charlie Hebdo semble partager ce sentiment g&#233;nocidaire, puisqu'il a publi&#233; une caricature repr&#233;sentant le tremblement de terre en Turquie agr&#233;ment&#233;e du message &#171; Maintenant, nous n'avons plus besoin d'envoyer des chars &#187;. Aliment&#233;e ostensiblement par le sentiment de guerre contre le terrorisme, cette d&#233;claration raciste implique que la r&#233;gion o&#249; vivent 20 millions de personnes est jetable et m&#233;rite la mort &#8211; ce que seuls les contre-r&#233;volutionnaires et les fascistes pourraient accepter. Les Syriens de Turquie ont &#233;galement &#233;t&#233; confront&#233;s au racisme et &#224; la discrimination, notamment au lendemain du tremblement de terre &#8211; des rapports font &#233;tat de Syriens menac&#233;s et contraints de quitter des camps de fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de comprendre la douleur, l'angoisse et la souffrance de ces derniers jours, ainsi que la sombre r&#233;alit&#233; qui nous attend dans les ann&#233;es, voire les d&#233;cennies &#224; venir. Les millions de personnes touch&#233;es par le tremblement de terre vivaient d&#233;j&#224; dans l'ombre de l'autoritarisme d'Erdo&#287;an. Nombre d'entre eux &#233;taient des r&#233;fugi&#233;s ou des personnes d&#233;plac&#233;es &#224; l'int&#233;rieur du pays, qui ont connu des d&#233;faites, des pertes et des horreurs inimaginables au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, depuis le d&#233;but des r&#233;volutions de 2011 pleines d'espoir. Les r&#233;gimes autoritaires, y compris ceux d'Assad et d'Erdo&#287;an, ont pers&#233;v&#233;r&#233; et continu&#233; &#224; se renforcer alors que la grande majorit&#233; de la population subit une atrocit&#233; apr&#232;s l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons garder un peu d'espoir dans le fait qu'&#224; travers chaque horreur, les gens continuent de d&#233;fier les r&#233;gimes d'Assad et d'Erdo&#287;an. M&#234;me dans les r&#233;gions dites loyalistes de Syrie et de Turquie, la col&#232;re et la frustration grandissent. M&#234;me &#224; la suite d'une catastrophe aussi peu naturelle, la r&#233;sistance et le soul&#232;vement remontent &#224; la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Shireen Akram-Boshar&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P.-S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Inprecor N&#176; 705-706 de f&#233;vrier-mars 2023 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://inprecor.fr/articles/article-2657.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://inprecor.fr/articles/article-2657.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Shireen Akram-Boshar est membre du collectif &#233;tatsunien Tempest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; par la revue en ligne Tempest, le 15 f&#233;vrier 2023 : &lt;a href=&#034;https://www.tempestmag.org/2023/02/the-earthquake-in-turkiye-and-syria/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tempestmag.org/2023/02/the-earthquake-in-turkiye-and-syria/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduit de l'anglais par JM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Depuis l'&#233;criture de cet article, le nombre de victimes recens&#233;es n'a cess&#233; de croitre. Selon Reuters du 7 mars 2023, il y a eu au moins 52 000 morts, plus de 118 000 bless&#233;s, 2 400 000 personnes d&#233;plac&#233;es et au moins 200 000 b&#226;timents d&#233;truits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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