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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Aux &#201;tats-Unis, les syndicats encha&#238;nent les victoires</title>
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		<dc:date>2023-11-20T18:46:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Politicoboy</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-11-21</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Monde du travail et syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;cente victoire des 146.000 membres du syndicat de l'automobile UAW dans leur gr&#232;ve contre le &#171; Big Three &#187; (Ford, General Motors et Stellantis) s'ajoute &#224; une longue liste de succ&#232;s syndicaux aux &#201;tats-Unis. Le pays semble en proie &#224; un renouveau du mouvement ouvrier qui s'observe aussi bien dans les conflits sociaux que la cr&#233;ation d'antennes syndicales dans des secteurs r&#233;put&#233;s impossibles &#224; mobiliser. Outre les augmentations de salaire et les am&#233;liorations des conditions de travail, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/biden_chez_les_uaw-b3afe.png?1781810606' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;cente victoire des 146.000 membres du syndicat de l'automobile UAW dans leur gr&#232;ve contre le &#171; Big Three &#187; (Ford, General Motors et Stellantis) s'ajoute &#224; une longue liste de succ&#232;s syndicaux aux &#201;tats-Unis. Le pays semble en proie &#224; un renouveau du mouvement ouvrier qui s'observe aussi bien dans les conflits sociaux que la cr&#233;ation d'antennes syndicales dans des secteurs r&#233;put&#233;s impossibles &#224; mobiliser. Outre les augmentations de salaire et les am&#233;liorations des conditions de travail, les luttes portent parfois sur la gestion de la production et constituent une r&#233;ponse efficace aux menaces induites par les bouleversements technologiques comme l'intelligence artificielle et la transition &#233;nerg&#233;tique. Assistons-nous &#224; un tournant dans l'histoire sociale du pays ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;10 novembre 2023 | tir&#233; de la lettre de Le Vent Se L&#232;ve (LVSL) | Photo : Le 27 septembre 2023, Joe Biden est venu soutenir les ouvriers de l'automobile en gr&#232;ve, organis&#233;s par le syndicat UAW. C'est le premier Pr&#233;sident am&#233;ricain en exercice &#224; faire une telle action. &#169; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lvsl.fr/aux-etats-unis-les-syndicats-enchainent-les-victoires/?utm_source=sendinblue&amp;utm_campaign=Newsletter_Derniers_Articles&amp;utm_medium=email&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lvsl.fr/aux-etats-unis-les-syndicats-enchainent-les-victoires/?utm_source=sendinblue&amp;utm_campaign=Newsletter_Derniers_Articles&amp;utm_medium=email&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec seulement 6 % des travailleurs du priv&#233; syndiqu&#233;s, les Am&#233;ricains partent de loin. &#192; ce taux de syndicalisation abyssal s'ajoute un droit du travail an&#233;mique et particuli&#232;rement favorable aux employeurs. Contrairement &#224; la l&#233;gislation fran&#231;aise, la repr&#233;sentation du personnel au sein des entreprises de plus de 50 salari&#233;s n'est pas automatique. L'&#233;crasante majorit&#233; des Am&#233;ricains travaillent sans b&#233;n&#233;ficier d'un accord d'entreprise ou d'un accord de branche. L'utilit&#233; des syndicats n'est pourtant plus &#224; d&#233;montrer : les Am&#233;ricains syndiqu&#233;s b&#233;n&#233;ficient de meilleures conditions de travail et gagnent en moyenne 33% de plus que leurs homologues non syndiqu&#233;s, &#224; poste, qualification et localisation g&#233;ographique comparable. De m&#234;me, la stagnation du salaire des classes moyennes et laborieuses est parfaitement corr&#233;l&#233;e avec l'effondrement du taux de syndicalisation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_44082 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH310/fcc8f93268eddede-a5a774c7-8d817.png?1781810607' width='500' height='310' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si ce dernier est aussi bas, c'est d'abord car &#233;tablir une pr&#233;sence syndicale dans une entreprise rel&#232;ve du parcours du combattant. Pour pouvoir n&#233;gocier collectivement, les travailleurs doivent parvenir &#224; implanter une antenne syndicale dans leur entreprise, ce qui n&#233;cessite deux &#233;tapes cl&#233;s. Premi&#232;rement, une p&#233;tition doit r&#233;unir la signature d'un tiers des employ&#233;s du site consid&#233;r&#233;. Une fois cette condition remplie et la validit&#233; de la p&#233;tition reconnue par les instances gouvernementales, l'entreprise a l'obligation d'organiser un r&#233;f&#233;rendum sous 45 &#224; 90 jours. Une majorit&#233; des salari&#233;s doit alors voter en faveur de la cr&#233;ation du syndicat. Une fois celui-ci mis en place, il sera habilit&#233; &#224; n&#233;gocier un accord salarial sous douze mois. Cette op&#233;ration doit &#234;tre renouvel&#233;e sur chaque site de production et dans chaque filiale. Ainsi, chaque caf&#233; Starbucks et entrep&#244;t Amazon &#8211; deux entreprises connues pour leur lutte contre les syndicats &#8211; est le th&#233;&#226;tre d'une lutte acharn&#233;e. Ce processus est donc sem&#233; d'emb&#251;ches &#224; toutes les &#233;tapes pour les travailleurs qui d&#233;sirent s'organiser collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MONTER UN SYNDICAT, UN TRAVAIL DE HAUTE LUTTE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le patronat fait souvent appel &#224; des consultants sp&#233;ciaux (qui touchent, &#224; l'&#233;chelle du pays, plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d'affaires chaque ann&#233;e) pour d&#233;courager les employ&#233;s &#224; se syndiquer lorsqu'une p&#233;tition est d&#233;tect&#233;e ou un r&#233;f&#233;rendum pr&#233;vu. Dernier obstacle, le droit de gr&#232;ve est strictement encadr&#233; et de nombreux accords d'entreprises pr&#233;voient &#8211; en contrepartie des concessions patronales &#8211; l'interdiction de la gr&#232;ve en dehors des p&#233;riodes de n&#233;gociations salariales pr&#233;vues tous les quatre &#224; cinq ans. Autrement dit, lorsqu'une entreprise d&#233;cide de fermer une usine, impose un plan de licenciement ou une r&#233;organisation de la production, les syndicats sont virtuellement impuissants. Et pour d&#233;clencher une gr&#232;ve &#224; l'issue de n&#233;gociations salariales infructueuses, les syndicats doivent obtenir l'autorisation pr&#233;alable en faisant voter leurs membres par r&#233;f&#233;rendum. La gr&#232;ve est ainsi plus souvent utilis&#233;e comme une menace pour faire aboutir une n&#233;gociation. Lorsqu'elle a lieu, elle repr&#233;sente l'aboutissement ou le durcissement d'un conflit plut&#244;t que son commencement.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le droit de gr&#232;ve est strictement encadr&#233; et de nombreux accords d'entreprises pr&#233;voient &#8211; en contrepartie des concessions patronales &#8211; l'interdiction de la gr&#232;ve en dehors des p&#233;riodes de n&#233;gociations salariales.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces faiblesses manifestes sont pourtant transform&#233;es en force lorsque la conjoncture &#233;conomique est favorable aux travailleurs. L'&#233;ch&#233;ance des n&#233;gociations salariales &#233;tant connue &#224; l'avance, elle fait office de date butoir pour le d&#233;clenchement potentiel d'une gr&#232;ve. Le vote pr&#233;alable sert d'avertissement au patronat et permet de mobiliser les troupes en amont. Et la strat&#233;gie de n&#233;gociation, tout comme la formulation des demandes et la pr&#233;paration du conflit, peut s'organiser m&#233;ticuleusement dans les mois qui pr&#233;c&#232;dent la n&#233;gociation salariale. Enfin, &#224; l'exception des &#201;tats o&#249; des lois existent (&#171; right to work laws &#187;) pour rendre cette pratique ill&#233;gale, les accords d'entreprises incluent syst&#233;matiquement des clauses for&#231;ant l'entreprise &#224; ne recruter que des personnes syndiqu&#233;es dans son personnel (ou &#224; obliger ses employ&#233;s &#224; devenir membres du syndicat &#224; l'embauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l&#224; o&#249; des syndicats sont implant&#233;s, leur repr&#233;sentativit&#233; est g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s forte et leur capacit&#233; &#224; mobiliser leurs membres pour mener une lutte est plus &#233;lev&#233;e que dans une entreprise fran&#231;aise. Et ce, alors qu'il n'existe pas de grande centrale ou conf&#233;d&#233;ration syndicale aussi large que ce que l'on peut observer en France. L'essentiel des syndicats am&#233;ricains est propre &#224; une entreprise ou un secteur, m&#234;me si un grand nombre d'entre eux sont par ailleurs membres d'une des deux f&#233;d&#233;rations nationales (l'AFL-CIO ou American Federation of Labor &#233;tant de loin la plus large, ndlr) dont l'activit&#233; se limite essentiellement &#224; du lobbying aupr&#232;s des partis politiques et des &#233;lus du Congr&#232;s f&#233;d&#233;ral. Ce paradoxe explique en partie pourquoi la plus grande combativit&#233; des syndicats am&#233;ricains se limite aux luttes dans les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE COMBATIVIT&#201; RETROUV&#201;E&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res d&#233;cennies, les syndicats am&#233;ricains avaient pris l'habitude de jouer en d&#233;fense. Les n&#233;gociations salariales consistaient &#224; &#233;viter de trop conc&#233;der au patronat tout en demandant des hausses de salaire modestes, dans une attitude de cogestion de l'entreprise, voire de collusion avec le patronat, par des directions syndicales gangren&#233;es par la bureaucratie. Sur l'autre front, &#224; savoir le taux de syndicalisation, les efforts se concentraient davantage sur l'enraiement du d&#233;clin dans des secteurs fortement impact&#233;s par les d&#233;localisations ou les difficult&#233;s &#233;conomiques que sur la cr&#233;ation de nouvelles antennes syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, la tendance s'est invers&#233;e. Les syndicats repartent &#224; l'offensive en affichant des revendications fortes, en d&#233;ployant des efforts consid&#233;rables pour s'implanter dans de nouvelles entreprises et en organisant des gr&#232;ves massives. Cette combativit&#233; retrouv&#233;e s'explique par diff&#233;rents facteurs. D'abord, l'embellie &#233;conomique affich&#233;e depuis 2015 et les conditions de travail d&#233;grad&#233;es depuis la r&#233;cession de 2007-2009 ont cr&#233;&#233; un rapport de force plus favorable aux travailleurs. Ces effets structurels se sont amplifi&#233;s apr&#232;s la crise du Covid : les confinements ont provoqu&#233; une conscientisation des classes laborieuses am&#233;ricaines, que ce soit via les pertes d'emplois massifs qu'ils ont engendr&#233;s (le ch&#244;mage partiel est rare aux Etats-Unis, ndlr) ou le travail des salari&#233;s &#171; essentiels &#187; en premi&#232;re ligne pendant la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'est ajout&#233;e la reprise &#233;conomique qui a entra&#238;n&#233; des tensions sur le march&#233; du travail et une forte inflation. Les conditions sont ainsi r&#233;unies pour une mobilisation importante : les grandes firmes am&#233;ricaines engrangent des profits records pendant que leurs employ&#233;s voient leurs conditions de travail d&#233;grad&#233;es et leurs salaires rogn&#233;s par l'inflation provoqu&#233;e par leurs employeurs. Compte tenu du manque de main-d'&#339;uvre dans de nombreux secteurs, les syndicats b&#233;n&#233;ficient d'un rapport de force historiquement favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE SOUTIEN MITIG&#201; DE JOE BIDEN AUX SYNDICATS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fibre pro-syndicale de l'administration Biden, le regain de popularit&#233; des syndicats et l'int&#233;r&#234;t &#233;lectoral bien identifi&#233; par les &#233;lus d&#233;mocrates aident &#233;galement &#224; cr&#233;er des conditions favorables. Joe Biden cultive une image de politicien proche de la classe ouvri&#232;re, exhorte les entreprises &#224; augmenter les salaires dans ses discours et fustige la th&#233;orie du ruissellement. &#192; la place, il insiste fr&#233;quemment sur l'importance des syndicats dans la dynamique de croissance de l'&#233;conomie et leur r&#244;le historique pour construire la classe moyenne qui aurait fait le succ&#232;s de l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Joe Biden cultive une image de politicien proche de la classe ouvri&#232;re, exhorte les entreprises &#224; augmenter les salaires dans ses discours et fustige la th&#233;orie du ruissellement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette image pro-syndicale, le bilan de Biden sur la question est nuanc&#233;. D'un c&#244;t&#233;, il fut le premier Pr&#233;sident en exercice &#224; se rendre sur un piquet de gr&#232;ve pendant le r&#233;cent conflit opposant l'UAW (United Automobile Workers) aux constructeurs automobiles. Il a &#233;galement nomm&#233; des individus pro-syndicats &#224; des postes cl&#233;s de l'administration charg&#233; d'arbitrer les conflits sociaux et soutient &#8211; du moins en th&#233;orie &#8211; le projet de loi &#171; Pro Act &#187; con&#231;u pour renforcer le pouvoir syndical. Cet activisme a toutefois montr&#233; ses limites lorsque Biden a demand&#233; au Congr&#232;s d'interdire la gr&#232;ve des travailleurs ferroviaires en for&#231;ant l'adoption de l'accord de branche n&#233;goci&#233; par les directions syndicales mais rejet&#233; par la base. Il a &#233;galement &#233;chou&#233; &#224; inclure des clauses pro-syndicales dans ses diff&#233;rents grandes lois d'investissement public (le Inflation Reduction Act, le Chips Act et le plan de r&#233;novation des infrastructures) se limitant &#224; des clauses pour distribuer les subventions publiques aux entreprises pratiquant le &#171; Made in America &#187; sans inclure des conditions sur l'emploi de travailleurs syndiqu&#233;s. L'action de l'administration Biden en la mati&#232;re est donc limit&#233;e. Celle des &#233;lus et proches de la gauche radicale am&#233;ricaine est en revanche plus palpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le mouvement &#171; Occupy Wall Street &#187; sous Obama et la campagne pr&#233;sidentielle de Bernie Sanders en 2016, de nombreux activistes et militants form&#233;s ou politis&#233;s pendant cette campagne ont r&#233;investi leurs forces et savoir-faire dans le syndicalisme. La gauche am&#233;ricaine s'est structur&#233;e et organis&#233;e et ces transformations ont produit des effets importants dans de nombreux syndicats. Des directions historiques ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par de nouveaux leaders plus politis&#233;s, militants et motiv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains syndicats ont ainsi &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;s par leur base apr&#232;s avoir d&#233;&#231;u lors des cycles de n&#233;gociations de 2017 &#224; 2020. Cela a notamment &#233;t&#233; le cas dans le secteur du fret ferroviaire, de l'&#233;ducation et de l'automobile. Autrement dit, la mobilisation s'est d'abord faite par la base et par un travail de fourmi de militants labourant le terrain. Par exemple, la direction de l'UAW, principal syndicat de l'automobile, a &#233;t&#233; renvers&#233;e d&#233;but 2023 suite &#224; des efforts internes partis de la base, soutenus par des campagnes de dons nationales organis&#233;es par des organisations issues de la gauche et parfois fond&#233;es par d'anciens cadres des campagnes de Bernie Sanders comme &#171; More Perfect Union &#187;. Ces efforts d'organisation par la base ont aussi re&#231;u le soutien d'une presse ind&#233;pendante et radicale qui emploie de nombreux d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux ou sp&#233;cialistes des conflits sociaux parmi ses journalistes, notamment Jacobin (par ailleurs partenaire de LVSL, ndlr), dont certains ont ensuite &#233;t&#233; recrut&#233;s par l'UAW pour organiser la gr&#232;ve. Autrement dit, la conjoncture &#233;conomique et le poids des structures sociales n'expliquent pas tout. Le savoir-faire am&#233;ricain en mati&#232;re d'organizing, c'est-&#224;-dire l'organisation des travailleurs entre eux pour mener des luttes collectives, a aussi jou&#233; un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DES VICTOIRES IMPRESSIONNANTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des enseignants de Chicago de 2012 a, par de nombreux aspects, servi de mod&#232;le aux conflits sociaux suivants. Les vieilles directions syndicales avaient &#233;t&#233; renvers&#233;es par des &#233;quipes venues de la base et bien plus combatives. Ces derni&#232;res ont r&#233;ussi &#224; fermer l'ensemble des &#233;coles du comt&#233; de Chicago pour bloquer la privatisation de l'&#233;cole publique et obtenir des hausses de salaires et de moyens. Pendant une semaine, vingt mille enseignants ont ainsi cess&#233; le travail. Cet exploit a &#233;t&#233; renouvel&#233; en 2017 et 2018 dans plusieurs &#201;tats conservateurs (Virginie-Occidentale, Oklahoma&#8230;) o&#249; l'ensemble des &#233;coles de ces gigantesques territoires ont ferm&#233; pendant une semaine ou plus. Puis le comt&#233; de Los Angeles a men&#233; une gr&#232;ve historique (45.000 enseignants fermant toutes les &#233;coles pendant cinq jours avant d'obtenir gain de cause) qui a fait des &#233;mules dans d'autres acad&#233;mies, comme &#224; Denver. &#192; chaque fois, ces mouvements avaient le soutien des parents d'&#233;l&#232;ves, souvent pr&#233;sents sur les piquets de gr&#232;ve. Le priv&#233; a pris le relais, avec des gr&#232;ves ou conflits sociaux remarqu&#233;s dans le secteur de l'aviation civile et de l'Industrie (General Motors et John Deere, en 2019). Apr&#232;s le Covid, la grande distribution et des enseignes comme Starbucks, Amazon et Trader Joe ont connu des vagues de syndicalisation de sites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; partir de 2022 que les victoires les plus impressionnantes se sont succ&#233;d&#233;. Citons par exemple les 340.000 livreurs et chauffeurs d'UPS, qui ont obtenu des hausses de salaire de 15 &#224; 40 % et une am&#233;lioration des conditions de travail par la simple menace de faire gr&#232;ve, ou les pilotes de ligne qui ont obtenu entre 30 et 46 % d'augmentation sur 4 ans. Les travailleurs de l'Universit&#233; publique de Californie (doctorants, postdocs, assistants, laborantins, surveillants, administrateurs) ont eux obtenu jusqu'&#224; 50 % d'augmentation apr&#232;s avoir ferm&#233; 11 campus pendant 6 semaines. Les 130.000 travailleurs du rail, qui n'ont &#233;t&#233; stopp&#233;s dans leur &#233;lan que par un vote du Congr&#232;s, mais ont n&#233;anmoins obtenu gain de cause sur la majorit&#233; de leurs revendications sans avoir &#224; faire gr&#232;ve. Les 40.000 membres de l'entreprise param&#233;dicale Kaisers, qui ont obtenu des augmentations de salaire &#224; deux chiffres et le recrutement de davantage de personnel. Plus r&#233;cemment, les 11.000 membres de la guilde des sc&#233;naristes d'Hollywood ont men&#233; une gr&#232;ve victorieuse de 146 jours ayant arr&#234;t&#233; l'ensemble de la production cin&#233;matographique du pays. Une lutte suivie par celle des 160 000 acteurs syndiqu&#233;s d'Hollywood, qui vient &#233;galement de se solder par une victoire. Et enfin, celle dont tout le monde parle, la gr&#232;ve historique de l'UAW contre les &#171; Big Three &#187; de l'automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces succ&#232;s ont &#233;t&#233; permis par une d&#233;termination sans faille &#224; mener des gr&#232;ves dures, massives, et longues. Aux &#201;tats-Unis, il n'existe pas de pr&#233;avis de gr&#232;ve pour une seule journ&#233;e ; toute gr&#232;ve est automatiquement reconduite et peut donc durer des mois en &#233;tant suivie par pr&#232;s de 100 % du personnel. Cette capacit&#233; de mobilisation s'explique par le travail r&#233;alis&#233; en amont par les &#171; organizers &#187; et les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux charg&#233;s de discuter en face &#224; face avec tous les employ&#233;s, de recueillir les dol&#233;ances, de jauger l'app&#233;tit pour la gr&#232;ve et de mobiliser les troupes. Elle est facilit&#233;e par l'utilisation de caisses de gr&#232;ves bien fournies et une forte solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes, avec la venue de d&#233;l&#233;gu&#233;s d'autres syndicats sur les piquets de gr&#232;ve. A titre d'exemple, les routiers membres du syndicat des Teamsters ont refus&#233; de livrer les sites industriels en lutte, afin de faciliter l'arr&#234;t de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA GR&#200;VE DE L'UAW, UN MOD&#200;LE &#192; SUIVRE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal syndicat automobile du pays occupe une place &#224; part dans l'histoire du mouvement ouvrier am&#233;ricain. Ses victoires pass&#233;es avaient l'effet d'un fer de lance et permis aux ouvriers du secteur automobile d'&#234;tre les mieux pay&#233;s du pays. Mais &#224; partir des ann&#233;es 1980, les conditions se sont fortement d&#233;grad&#233;es, comme dans le reste de l'industrie. En 2009, les &#171; Big Three &#187; sont au bord de la faillite et l'UAW accepte de nombreuses concessions soi-disant temporaires pour sauver Ford et remettre GM et Stellantis (alors Chrysler) debout apr&#232;s la mise sous protection du r&#233;gime des faillites et le plan de sauvetage de l'administration Obama. Depuis, ces trois entreprises ont connu une forte embellie, avec des profits records depuis la reprise &#233;conomique post-Covid : 250 milliards de dollars entre 2013 et 2022, en hausse de 92 % sur la p&#233;riode. Shawn Fain, le charismatique d&#233;l&#233;gu&#233; syndical et ancien &#233;lectricien de Ford, a &#233;t&#233; &#233;lu &#224; la t&#234;te du syndicat au printemps 2023, contre la direction historique, sur la promesse d'une approche plus militante et d'un bras de fer ambitieux lors des n&#233;gociations salariales &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui et ses &#233;quipes ont tenu leurs promesses. La premi&#232;re chose qui frappe dans la conduite du conflit est le sens strat&#233;gique d&#233;ploy&#233; par l'UAW. Fait in&#233;dit, le syndicat a d&#233;cid&#233; de frapper les trois gros constructeurs automobiles en m&#234;me temps, alors qu'il s'&#233;tait jusqu'ici limit&#233; &#224; des gr&#232;ves contre un des trois constructeurs (celui jug&#233; le plus prenable), l'id&#233;e &#233;tant que les deux autres firmes seraient forc&#233;es de s'aligner pour &#233;viter une fuite de leur main-d'&#339;uvre vers le concurrent. &#192; cette gr&#232;ve men&#233;e sur tous les fronts s'est ajout&#233;e une strat&#233;gie in&#233;dite de mise &#224; l'arr&#234;t progressive des usines une par une. Plut&#244;t que de demander aux 146.000 membres de stopper le travail simultan&#233;ment, le conflit a d&#233;but&#233; par la fermeture de trois sites importants dans les chaines logistiques. Le simple fait de choisir les sites au dernier moment a d&#233;sorganis&#233; la production, les directions patronales ayant mal anticip&#233; les sites vis&#233;s et d&#233;plac&#233; des stocks en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des semaines et de l'avanc&#233;e des n&#233;gociations, de nouvelles fermetures de sites &#233;taient d&#233;cr&#233;t&#233;es en fonction des progr&#232;s r&#233;alis&#233;s. Les constructeurs ayant fait &#233;tat d'une bonne volont&#233; &#233;taient parfois &#233;pargn&#233;s par la nouvelle vague de fermeture, tandis que ceux qui tra&#238;naient des pieds &#233;taient durement sanctionn&#233;s. Cela a permis de faire jouer les trois entreprises les unes contre les autres, mais &#233;galement d'&#233;conomiser les forces des gr&#233;vistes et la caisse de gr&#232;ve en &#233;vitant de mettre en gr&#232;ve des employ&#233;s travaillant dans des sites secondaires. &#201;conomiser ces ressources a permis de verser &#224; chaque gr&#233;viste (environ 50.000 sur les 146.000 au pic de la gr&#232;ve) un salaire de 500 dollars par semaine, tout comme aux employ&#233;s plac&#233;s au ch&#244;mage technique par les directions patronales en guise de repr&#233;sailles. Enfin, cela a permis de maintenir la pression sur le patronat, qui savait que les 825 millions de dollars de la caisse de gr&#232;ve permettaient de financer un conflit de tr&#232;s longue dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces consid&#233;rations tactiques s'est ajout&#233;e une approche volontariste et offensive. L'UAW a d&#233;ploy&#233; un langage de lutte de classe assum&#233;, attaquant la &#171; cupidit&#233; &#187; du patronat et revendiquant des hausses de salaire de 46 %, soit le m&#234;me pourcentage que les gains des PDG des Big Three sur les 4 derni&#232;res ann&#233;es. L'opinion publique a tr&#232;s rapidement pris parti en faveur de l'UAW, donnant lieu &#224; des passages m&#233;diatiques d&#233;sastreux de certains PDG somm&#233;s de s'expliquer sur leur refus d'augmenter leurs salari&#233;s dans les m&#234;mes proportions que leurs propres augmentations. La rh&#233;torique d&#233;ploy&#233;e par Shawn Fain a ainsi permis de mobiliser ses troupes tout en retournant l'opinion publique au point de cr&#233;er une menace sur l'image de marque des constructeurs am&#233;ricains. Chaque semaine, Fain r&#233;v&#233;lait les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s dans les n&#233;gociations lors de lives diffus&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux et repris par la presse. Les entreprises ayant fait des concessions se voyaient f&#233;licit&#233;es et &#233;pargn&#233;es par un durcissement du conflit, les autres fustig&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat parle de lui-m&#234;me. L'UAW a obtenu 25 % d'augmentation des salaires, plus le r&#233;tablissement d'une prime pour juguler l'augmentation du co&#251;t de la vie qui avait &#233;t&#233; supprim&#233;e en 2009. Le syst&#232;me des deux types de contrats de travail (two tiers contract) qui permettait aux Big Three d'embaucher les nouveaux employ&#233;s &#224; une grille de salaire inf&#233;rieure a &#233;t&#233; largement supprim&#233;. Il s'agissait d'un poison du point de vue du syndicat puisque cela montait les employ&#233;s les uns contre les autres, certains disposant d'un statut inf&#233;rieur pendant les quatre &#224; huit premi&#232;res ann&#233;es d'anciennet&#233;. De m&#234;me, le recours aux int&#233;rimaires, id&#233;al pour briser les gr&#232;ves ou affaiblir les syndicats, va devenir bien plus co&#251;teux. Certains employ&#233;s int&#233;rimaires ou sous contrat &#171; second tier &#187; vont ainsi obtenir des hausses de salaire allant de 65 &#224; 135 %. Chez Stellantis, l'UAW a obtenu la r&#233;ouverture d'une usine et la promesse d'embauche de 5.000 nouveaux employ&#233;s. Chez Ford et Stellantis, le droit de gr&#232;ve sera maintenu en cas de fermeture d'usine. General Motors, lui, s'est engag&#233; &#224; aligner les salaires de ses nouveaux employ&#233;s dans les futures usines d'assemblages de batteries pour v&#233;hicules &#233;lectriques sur ceux des employ&#233;s syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La victoire de l'UAW va au-del&#224; des salaires. Elle renforce le pouvoir du syndicat, lui donne un droit de regard sur l'organisation de la production et met un coup d'arr&#234;t &#224; la menace qui pesait sur le secteur automobile du fait de la transition &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La victoire de l'UAW va donc au-del&#224; des salaires. Elle renforce le pouvoir du syndicat, lui donne un droit de regard sur l'organisation de la production et met un coup d'arr&#234;t &#224; la menace qui pesait sur le secteur automobile du fait de la transition &#233;nerg&#233;tique. En effet, les constructeurs esp&#233;raient profiter de ce bouleversement pour d&#233;localiser la production de v&#233;hicules &#233;lectriques dans des &#201;tats du Sud des &#201;tats-Unis, o&#249; les le droit syndical est beaucoup moins fort. L'UAW jouait en r&#233;alit&#233; sa survie, tant l'av&#232;nement de la voiture &#233;lectrique pouvait signifier la disparition des emplois bien r&#233;mun&#233;r&#233;s et syndiqu&#233;s. Contre toute attente, l'UAW a obtenu des avanc&#233;es significatives sur ce front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VERS UN TOURNANT DU MOUVEMENT OUVRIER AM&#201;RICAIN ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de l'UAW devrait faire boule de neige. D&#233;j&#224;, Toyota, qui a r&#233;ussi &#224; s'&#233;viter la moindre pr&#233;sence syndicale, a promis des hausses de salaire cons&#233;quentes &#224; ses employ&#233;s pour s'aligner sur les &#171; Big Three &#187; et &#233;viter les vell&#233;it&#233;s syndicales dans ses usines. Shawn Fain a d&#233;sormais une autre entreprise en ligne de mire : Tesla, qui r&#233;siste &#224; toute implantation syndicale &#224; coup de violation du droit du travail. Enfin, Fain a pris soin d'aligner les prochaines &#233;ch&#233;ances du contrat d'entreprise sur le jour de la f&#234;te du Travail de 2028, donnant ainsi rendez-vous &#224; tous les grandes entreprises et syndicats am&#233;ricains pour ce qu'il esp&#232;re &#234;tre un round de n&#233;gociation qui se d&#233;roulera &#224; l'&#233;chelle du pays. Ou au minimum, de l'Industrie automobile. &#171; La prochaine fois, on ne s'attaquera pas qu'au Big 3, mais au Big 5 ou Big 6 &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233;, visant explicitement Volkswagen, Toyota et Tesla, qui n'ont pour l'heure pas de pr&#233;sence syndicale aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on met en parall&#232;le la victoire de l'UAW avec celle des sc&#233;naristes et des acteurs d'Hollywood, de nombreux points communs &#233;mergent. Dans les trois cas, c'est le travail de terrain en amont et la mobilisation de tous les employ&#233;s qui a permis d'arracher une victoire significative. Ces succ&#232;s s'opposent au r&#233;cit d'une in&#233;luctabilit&#233; des modifications du monde du travail par les nouvelles technologies. L'UAW a mis un coup d'arr&#234;t au r&#233;cit selon lequel la transition &#233;nerg&#233;tique se ferait aux d&#233;pens des travailleurs et des emplois du monde d'avant. Les sc&#233;naristes et acteurs d'Hollywood ont eux r&#233;ussi &#224; contenir l'irruption de l'intelligence artificielle dans leurs m&#233;tiers. Il &#233;tait en effet &#224; craindre que l'image d'acteurs soit utilis&#233;e pour des films sans qu'ils aient besoin de venir sur les tournages et que des sc&#233;narios de cin&#233;ma ou de s&#233;ries soient &#233;crits par des logiciels sp&#233;cialis&#233;s. En outre, les travailleurs d'Hollywood ont &#233;galement arrach&#233; la cr&#233;ation de m&#233;canismes de compensation financi&#232;res pour r&#233;cup&#233;rer une partie des gains r&#233;alis&#233;s par les plateformes de streaming. &#192; chaque fois, des emplois promis &#224; la disparition ont &#233;t&#233; sauvegard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ces victoires doivent &#234;tre nuanc&#233;es : le taux de syndicalisation continue de stagner aux Etats-Unis et les hausses de salaire ont du mal &#224; compenser l'&#233;rosion du pouvoir d'achat par l'inflation (&#224; l'&#233;chelle nationale). N&#233;anmoins, l'encha&#238;nement de victoires r&#233;centes et la politisation des questions li&#233;es au travail, notamment par Shawn Fain et l'UAW, offrent l'espoir d'inverser cette tendance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vers un d&#233;faut de paiement des Etats-Unis ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/VERS-UN-DEFAUT-DE-PAIEMENT-DES-ETATS-UNIS-c</link>
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&lt;p&gt;Le bras de fer qui oppose D&#233;mocrates et R&#233;publicains pour relever le plafond de la dette inqui&#232;te de mani&#232;re croissante les march&#233;s financiers. En cas d'&#233;chec des n&#233;gociations, les &#201;tats-Unis pourraient faire d&#233;faut, provoquant une crise financi&#232;re mondiale susceptible d'entra&#238;ner une grave r&#233;cession. La situation d&#233;coule pourtant d'un probl&#232;me purement politique, qui n'a aucun lien avec des fondamentaux &#233;conomiques et financiers. &lt;br class='autobr' /&gt; &#169; Louis Hevier-Blondel pour LVSL Politicoboy, 16 mai 2023 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-05-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-05-23&lt;/a&gt;, 
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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le bras de fer qui oppose D&#233;mocrates et R&#233;publicains pour relever le plafond de la dette inqui&#232;te de mani&#232;re croissante les march&#233;s financiers. En cas d'&#233;chec des n&#233;gociations, les &#201;tats-Unis pourraient faire d&#233;faut, provoquant une crise financi&#232;re mondiale susceptible d'entra&#238;ner une grave r&#233;cession. La situation d&#233;coule pourtant d'un probl&#232;me purement politique, qui n'a aucun lien avec des fondamentaux &#233;conomiques et financiers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#169; Louis Hevier-Blondel pour LVSL&lt;br class='autobr' /&gt;
Politicoboy, 16 mai 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;conomique internationale et les milieux financiers ne parlent plus que de &#231;a : le spectre d'un d&#233;faut de paiement des &#201;tats-Unis. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral am&#233;ricain a en effet atteint le plafond de dette publique autoris&#233; par le Congr&#232;s, relev&#233; &#224; 31381 milliards de dollars en d&#233;cembre 2021. Dans un courrier remis aux parlementaires, Janet Yellen, ancienne pr&#233;sidente de la FED et d&#233;sormais secr&#233;taire au Tr&#233;sor de l'administration Biden (l'&#233;quivalent du ministre des Finances) estime que le gouvernement ne sera plus en mesure d'honorer ses obligations d&#232;s le 1er juin. Si le Congr&#232;s ne rel&#232;ve pas le plafond de la dette d'ici l&#224;, la premi&#232;re &#233;conomie mondiale sera de facto en situation de faillite. Le probl&#232;me n'a rien d'&#233;conomique ou de financier, il s'agit purement d'une crise politique provoqu&#233;e par des limites artificielles et l'extr&#233;misme de responsables politiques d&#233;termin&#233;s &#224; jouer avec le feu. Mais il cause d&#233;j&#224; de s&#233;rieux remous sur les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une aberration politique d&#233;nu&#233;e de toute rationalit&#233; financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#201;tat comme la France doit emprunter sur les march&#233;s pour financer son d&#233;ficit public. Ces emprunts viennent s'ajouter &#224; la dette existante et sont rembours&#233;s moyennant int&#233;r&#234;t. Il n'y a pas de limite th&#233;orique au montant de la dette d'un &#201;tat : tant que des cr&#233;anciers souhaitent lui pr&#234;ter de l'argent, il est possible d'utiliser les nouveaux emprunts pour rembourser les obligations existantes et &#171; rouler la dette &#187;. La faillite intervient lorsque l'&#201;tat choisit de ne plus honorer ses cr&#233;ances (que ce soit en suspendant le paiement des int&#233;r&#234;ts ou en arr&#234;tant de payer ses fonctionnaires et autres factures) ou qu'il y est contraint par le refus des investisseurs de lui pr&#234;ter de l'argent &#224; un taux acceptable pour financer ses d&#233;penses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ne sont pas dans ce cas de figure. Contrairement aux &#201;tats de la zone euro, ils disposent de leur propre banque centrale. Et contrairement &#224; de nombreux pays en voie de d&#233;veloppement, leur dette est libell&#233;e dans leur propre devise : le dollar. Pour d&#233;penser de l'argent, les &#201;tats-Unis n'ont donc pas &#224; l'emprunter. Au contraire, &#171; ce sont les d&#233;penses autoris&#233;es par le Congr&#232;s qui entra&#238;nent une cr&#233;ation mon&#233;taire de la part de la FED &#187; rappelle l'&#233;conomiste St&#233;phanie Kelton. Cette institution cr&#233;dite les comptes du gouvernement f&#233;d&#233;ral du montant vot&#233; par le Congr&#232;s, qui &#233;met des bons du Tr&#233;sor pour compenser son bilan. L'&#233;mission de ces obligations ne constitue pas une contrepartie indispensable. La FED peut racheter les bons qui ne trouveraient pas preneurs ou simplement conserver la dette de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral &#224; son bilan. Le point important &#224; retenir est que l'&#201;tat am&#233;ricain ne peut pas faire faillite. Du moins en th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pratique, une loi datant de 1917 instaure un plafond maximal &#224; la dette que le gouvernement f&#233;d&#233;ral peut encourir. Ce plafond a &#233;t&#233; relev&#233; d'un montant arbitraire par un vote au Congr&#232;s 78 fois depuis 1960, sans aucune cons&#233;quence macro&#233;conomique notoire. Ce m&#233;canisme, qui n'existe dans aucun autre pays &#224; l'exception du Danemark, est particuli&#232;rement critiqu&#233; par les &#233;conomistes et experts financiers. Quatre anciens secr&#233;taires au Tr&#233;sor d&#233;mocrates et r&#233;publicains (Bob Rubin, Larry Summers, Paul O'Neill, and Tim Geithner) ont publiquement demand&#233; la suppression du plafond. Tout comme de nombreux anciens pr&#233;sidents de la FED, dont Janet Yellen, Ben Bernanke et le tr&#232;s lib&#233;ral Alan Greenspan. M&#234;me l'agence de notation Moody's partage cet avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser de relever le plafond reviendrait &#224; refuser de payer la note du restaurant apr&#232;s avoir termin&#233; son repas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, le plafond n'est qu'une limite artificielle r&#233;sultant d'une d&#233;cision politique. Sa l&#233;gitimit&#233; est d'autant plus contest&#233;e que le rel&#232;vement du plafond ne vise pas &#224; permettre des nouvelles d&#233;penses, mais &#224; honorer des cr&#233;ances d&#233;j&#224; vot&#233;es et affect&#233;es dans le budget f&#233;d&#233;ral. Ainsi, refuser de relever le plafond reviendrait &#224; refuser de payer la note du restaurant apr&#232;s avoir termin&#233; son repas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, depuis 2011, le Parti r&#233;publicain a utilis&#233; cette limite pour exercer une forme de chantage aupr&#232;s des pr&#233;sidents d&#233;mocrates (Obama en 2011 et 2013, Biden &#224; pr&#233;sent) &#224; chaque fois qu'il disposait d'une majorit&#233; dans au moins une des deux chambres du Congr&#232;s. Son objectif est de forcer les d&#233;mocrates &#224; accepter des coupes budg&#233;taires dans des programmes sociaux et autres dispositifs en mena&#231;ant de pousser l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral au d&#233;faut de paiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chantage du Parti r&#233;publicain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;lus r&#233;publicains et certains d&#233;mocrates critiquent fr&#233;quemment le montant de la dette publique et des d&#233;ficits. Ce sont souvent les m&#234;mes qui ass&#232;chent les ressources de l'&#201;tat en votant des baisses d'imp&#244;ts pour les grandes fortunes et les multinationales, augmentent avec entrain le budget de l'arm&#233;e et votent en urgence des plans de sauvetage du secteur financier &#224; la moindre difficult&#233;. L'opinion publique est globalement de leur c&#244;t&#233; : les enqu&#234;tes montrent r&#233;guli&#232;rement que les Am&#233;ricains s'inqui&#232;tent (&#224; tort) du montant de la dette f&#233;d&#233;rale et des d&#233;ficits publics. Mais lorsqu'on demande aux &#233;lecteurs o&#249; faire des &#233;conomies, l'opinion se renverse : les coupes budg&#233;taires dans les principaux postes de d&#233;penses (la sant&#233;, les retraites et l'&#233;ducation, soit environ 60 % du budget auquel il fait ajouter quelque 15 % de d&#233;penses militaires et de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure) sont particuli&#232;rement impopulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du Parti d&#233;mocrate, les &#233;lus ont compris que les compromis pass&#233;s par Obama en 2011 et 2013 sont &#233;lectoralement toxiques. Au Parti r&#233;publicain, deux types de points de vue coexistent. D'un c&#244;t&#233;, des &#233;lus acquis &#224; l'aust&#233;rit&#233; souhaitent co&#251;te que co&#251;te r&#233;duire la d&#233;pense publique par dogmatisme &#233;conomique ou hostilit&#233; aux programmes sociaux. Cette faction &#171; traditionnelle &#187; du Parti conservateur est de plus en plus minoritaire et d&#233;cri&#233;e, tant ses positions sont devenues impopulaires (et expliquent en partie la d&#233;convenue de Donald Trump en 2020 et du Parti r&#233;publicain en 2022). Si les conservateurs veulent encore s'attaquer au mod&#232;le social am&#233;ricain, ils &#233;vitent majoritairement de le dire tout haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Freedom caucus, une seconde faction associ&#233;e &#224; la mouvance Tea party et au mouvement pro-Trump MAGA, g&#233;n&#233;ralement qualifi&#233; de &#171; populistes &#187; souhaite faire des coupes budg&#233;taires de mani&#232;re essentiellement rh&#233;torique, en prenant soin de ne pas pr&#233;ciser o&#249; et combien. Son discours se r&#233;sume &#224; pr&#233;tendre qu'ils existent des dizaines de programmes client&#233;listes instaur&#233;s par les d&#233;mocrates, qui repr&#233;senteraient des montants colossaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit par id&#233;ologie ou opportunisme, ces deux factions extr&#233;mistes du Parti r&#233;publicain cherchent &#224; forcer la main des d&#233;mocrates. Non seulement pour pouvoir revendiquer des victoires l&#233;gislatives devant leurs &#233;lecteurs, mais &#233;galement afin de contraindre les d&#233;mocrates &#224; prendre des d&#233;cisions impopulaires, voire susceptibles d'affaiblir l'&#233;conomie du pays avant une &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Parti d&#233;mocrate coupable de son optimisme et de son propre dogmatisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle du plafond de la dette aurait pu &#234;tre supprim&#233; par une majorit&#233; d&#233;mocrate au Congr&#232;s de deux fa&#231;ons : en votant une loi qui abroge la limite ou en relevant le plafond d'un montant suffisamment &#233;lev&#233; pour garantir des d&#233;cennies de tranquillit&#233;. Pourtant, en d&#233;pit des pr&#233;c&#233;dents o&#249; il a laiss&#233; des plumes dans ces parties de poker menteur, le Parti d&#233;mocrate a refus&#233; de supprimer le plafond de la dette lorsqu'il en avait la possibilit&#233;. Une partie de ses &#233;lus reste acquise au prisme aust&#233;ritaire et &#224; l'obsession du contr&#244;le des d&#233;ficits. Ils craignent qu'une rupture avec ces conventions les fasse passer pour d'irresponsables d&#233;pensiers. Ce n'est pas le cas de la gauche am&#233;ricaine, qui avait demand&#233; la suppression de cette limite en 2022, redoutant le bras de fer &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Biden, un d&#233;faut sur la dette signerait la fin de ses espoirs de r&#233;&#233;lection, et accepter des concessions susceptibles d'apaiser les r&#233;publicains serait politiquement suicidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces alertes, Joe Biden a fait le pari que cette confrontation permettra de repeindre une fois de plus ses adversaires en dangereux extr&#233;mistes d&#233;termin&#233;s &#224; couper des programmes sociaux populaires. Au risque de tout perdre : un d&#233;faut sur la dette signerait la fin de ses espoirs de r&#233;&#233;lection, et accepter des concessions susceptibles d'apaiser les r&#233;publicains serait politiquement suicidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, depuis la perte de sa majorit&#233; &#224; la Chambre des repr&#233;sentants &#224; l'automne dernier, Joe Biden a accus&#233; les r&#233;publicains de vouloir pousser le pays vers le d&#233;faut et de souhaiter d&#233;truire la S&#233;curit&#233; sociale [qui ne couvre que les retrait&#233;s, les v&#233;t&#233;rans et les handicap&#233;s aux &#201;tats-Unis, ndlr]. Sa position &#233;tait simple : les r&#233;publicains doivent d'abord pr&#233;senter leur propre plan, et aucune n&#233;gociation n'aura lieu tant que le d&#233;faut sur la dette sera sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publicains ont d'abord sembl&#233; lui accorder le point en renon&#231;ant &#224; leur programme de coupes dans la S&#233;curit&#233; sociale (qui verse les pensions de retraite) et Medicare (assurance maladie publique pour les plus de 65 ans). Le speaker de la Chambre des repr&#233;sentants, le r&#233;publicain Kevin McCarthy, semblait dans une position inextricable. Apr&#232;s avoir eu du mal &#224; obtenir le poste de leader de son parti face &#224; la contestation de son aile extr&#233;miste, il devait r&#233;unir une majorit&#233; pour proposer un texte de loi visant &#224; augmenter le plafond de la dette sous conditions. Contrairement &#224; ce qu'imaginait la Maison Blanche, il est finalement parvenu &#224; faire voter (&#224; une voix pr&#232;s) un premier texte, renvoyant ainsi la balle dans le camp d&#233;mocrate. Probl&#232;me : les conditions des r&#233;publicains sont si draconiennes qu'elles &#233;quivalent &#224; exiger le suicide politique des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un compromis impossible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte vot&#233; par les r&#233;publicains n'a aucune chance de passer au S&#233;nat ou d'&#234;tre sign&#233; par Joe Biden en l'&#233;tat, pour la simple raison qu'il serait politiquement suicidaire pour ce dernier, en plus de constituer une humiliation personnelle. D'abord, les r&#233;publicains ne proposent en &#233;change qu'un rel&#232;vement tr&#232;s succinct du plafond, qui garantirait un nouveau bras de fer d&#232;s l'hiver, en pleine campagne pr&#233;sidentielle. En contrepartie, McCarthy n'exige ni plus ni moins que le renoncement de Joe Biden &#224; la principale victoire l&#233;gislative de son d&#233;but de mandat : la signature de l'Inflation Reduction Act. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il lui faudrait annuler le financement accru de l'IRS (organisme percevant les imp&#244;ts) qui doit permettre de r&#233;duire la fraude fiscale (et donc le d&#233;ficit), supprimer les subventions &#224; la transition &#233;nerg&#233;tique et abandonner l'annulation de la dette &#233;tudiante (en cours d'examen par la Cour supr&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les demandes des r&#233;publicains incluent &#233;galement une obligation de travail pour &#234;tre &#233;ligible &#224; l'aide alimentaire et &#224; l'assurance maladie publique &#171; Medicaid &#187; destin&#233;e aux bas revenus, ch&#244;meurs et personnes en incapacit&#233; de travail. Au total, ces politiques de workfare toucheraient plusieurs dizaines de millions d'Am&#233;ricains et leurs familles. Enfin, les r&#233;publicains souhaitent imposer des limites de d&#233;penses &#224; certains programmes sociaux, afin de d&#233;construire progressivement les maigres filets de s&#233;curit&#233; existants. Accepter de telles conditions provoquerait vraisemblablement une r&#233;cession, en plus d'un profond ressentiment de l'&#233;lectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qualifier ces propositions d'extr&#233;mistes n'est pas chose ais&#233;e, pour la simple raison que les d&#233;mocrates ont eux-m&#234;mes propos&#233; d'inclure dans leur projet de cr&#233;ation d'une allocation familiale l'exigence d'occuper un emploi. Les autres dispositions cibl&#233;es sont surtout populaires aupr&#232;s de l'&#233;lectorat d&#233;mocrate et ind&#233;pendant. Si la proposition est politiquement inacceptable pour les d&#233;mocrates, elle reste relativement d&#233;fendable du point de vue des r&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Joe Biden joue sa r&#233;&#233;lection et son h&#233;ritage dans ce bras de fer, Kevin McCarthy risque son poste de leader de la majorit&#233; parlementaire r&#233;publicaine et son avenir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; cette situation de blocage. Comme l'&#233;crit le sp&#233;cialiste du Congr&#232;s David Dayen, il est difficile de discerner un espace politique pour un compromis. Les coupes que Biden pourrait accepter ne repr&#233;senteraient qu'une trentaine de milliards d'&#233;conomies sur dix ans, moins de 1 % du budget annuel. Un tel ajustement &#171; cosm&#233;tique &#187; serait, en retour, inacceptable pour la faction radicale du Parti r&#233;publicain. Si Joe Biden joue sa r&#233;&#233;lection et son h&#233;ritage dans ce bras de fer, Kevin McCarthy risque son poste de leader de la majorit&#233; parlementaire r&#233;publicaine et son avenir politique. Interrog&#233; sur cette question pendant son passage sur CNN, Donald Trump a jet&#233; de l'huile sur le feu en r&#233;pondant &#171; je dis aux parlementaires r&#233;publicains : si vous n'obtenez pas des coupes budg&#233;taires massives, vous devez aller au d&#233;faut &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des alternatives plus ou moins cr&#233;dibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de vote au Congr&#232;s, la Maison Blanche dispose de trois alternatives plus ou moins risqu&#233;es pour &#233;viter le d&#233;faut de paiement. La premi&#232;re serait d'ignorer purement et simplement le plafond de la dette. Biden pourrait le faire en invoquant une loi datant de 1974 qui, selon certains professeurs de droit, invalide de fait la notion de plafond. Une seconde option, plus s&#233;rieusement envisag&#233;e par l'administration Biden, est d'ignorer le plafond en invoquant le 14e amendement de la Constitution qui stipule que &#171; la dette de l'&#201;tat et ses obligations (&#8230;) ne sauraient &#234;tre remise en question &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une interview r&#233;cente, Janet Yellen a jug&#233; que cette solution d&#233;boucherait sur une crise constitutionnelle, sans l'&#233;carter pour autant. Diff&#233;rents constitutionnalistes ont pris position en faveur de cette option, que Joe Biden a commenc&#233; &#224; mentionner publiquement. Du point de vue juridique, l'argument repose sur l'id&#233;e que le plafond de la dette est un artifice anticonstitutionnel, car il conf&#232;re au Congr&#232;s le pouvoir d'emp&#234;cher le pr&#233;sident d'appliquer des lois d&#233;j&#224; vot&#233;es par le l&#233;gislateur. Il pointe en r&#233;alit&#233; une contradiction, puisque la Constitution pr&#233;voit &#233;galement que le pouvoir de contracter des dettes et d'autoriser des d&#233;penses reviennent uniquement au Congr&#232;s. La question serait logiquement tranch&#233;e par les tribunaux, si les r&#233;publicains osent provoquer une crise en contestant la d&#233;cision de Biden en justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une tribune du New York Times, le professeur de droit et ancien employ&#233;e de la Banque f&#233;d&#233;rale de New York Robert Hockett se prononce en faveur de cette option. Dans le meilleur des cas, le Parti r&#233;publicain se contenterait de protester vigoureusement et de lancer des proc&#233;dures parlementaires qui n'auront aucune chance de produire des effets concrets (commissions, auditions, proposition de loi). Seuls quelques remous passagers seraient alors &#224; craindre sur les march&#233;s financiers. Dans le pire des cas, les r&#233;publicains saisiraient les tribunaux pour forcer Biden &#224; faire d&#233;faut &#8212; ou du moins &#224; suspendre ses d&#233;penses. Pendant la br&#232;ve p&#233;riode de d&#233;lib&#233;ration de la Cour supr&#234;me, on pourrait alors assister &#224; des mouvements de panique sur les march&#233;s. Mais toujours selon Hockett et d'autres experts, la Cour supr&#234;me devrait logiquement trancher en faveur de Biden. Toute autre d&#233;cision provoquerait la faillite des &#201;tats-Unis, un sc&#233;nario que m&#234;me les juges les plus radicaux de la Cour ne semblent pas dispos&#233;s &#224; assumer, compte tenu de leurs verdicts sur des affaires touchant aux int&#233;r&#234;ts financiers du capitalisme am&#233;ricain (cette Cour supr&#234;me avait &#233;galement refus&#233; d'invalider l'Obamacare en 2020, quatre juges conservateurs rejoignant les trois juges nomm&#233;s par des pr&#233;sidents d&#233;mocrates pour confirmer par 7 voix &#224; 2 la validit&#233; de la loi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une alternative plus cr&#233;ative et d&#233;tourn&#233;e serait de prendre l'initiative de forcer les tribunaux &#224; lever le plafond de la dette en attaquant l'administration Biden en justice. L'id&#233;e, d&#233;taill&#233;e par le professeur de droit Jonathan Zasloff, serait de trouver un individu ou une organisation d&#233;tenant des bons du Tr&#233;sor pour intenter un proc&#232;s au Tr&#233;sor. Comme Janet Yellen a d&#233;j&#224; indiqu&#233; qu'elle ne sera plus en mesure d'honorer ses obligations sans l'intervention du Congr&#232;s, cela constitue de facto une rupture de contrat et justifierait une action en justice (standing). L'avantage d'une telle solution serait de permettre au camp d&#233;mocrate de choisir la juridiction : en portant la proc&#233;dure judiciaire devant un tribunal f&#233;d&#233;ral acquis au parti d&#233;mocrate, le plaignant s'assurerait un jugement favorable de la Cour f&#233;d&#233;rale et (si n&#233;cessaire) du circuit d'appel. L'affaire serait probablement port&#233;e devant la Cour supr&#234;me par un recours r&#233;publicain, ce qui reviendrait &#224; la premi&#232;re option tout en d&#233;douanant l'administration Biden. Si cette option ne semble pas &#234;tre s&#233;rieusement envisag&#233;e par le camp d&#233;mocrate, un syndicat de fonctionnaires vient de lancer une action en justice similaire dans ce but pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Biden ne dispose que de &#171; mauvaises &#187; options, c'est uniquement parce qu'il n'a pas souhait&#233; relever le plafond de la dette quand son parti en avait les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux premi&#232;res approches pr&#233;sentent l'avantage de placer le parti r&#233;publicain dans une position politiquement intenable, susceptible de l'endommager durablement. Qu'il choisisse de demander aux tribunaux de forcer un d&#233;faut sur la dette ou ravale sa fiert&#233; en admettant sa d&#233;faite, aucun sc&#233;nario ne permet &#224; McCarthy et &#224; sa coalition de ressortir idem de la s&#233;quence. Mais l'inconv&#233;nient de ces solutions r&#233;side dans l'incertitude &#233;conomique qu'elles cr&#233;ent. Il existe toujours un risque que les march&#233;s paniquent devant l'apparente h&#233;t&#233;rodoxie de ces man&#339;uvres et le d&#233;lai inh&#233;rent &#224; une d&#233;cision de justice en cas de contestation devant les tribunaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la troisi&#232;me option, qui a le m&#233;rite de ne pas exposer le gouvernement &#224; une proc&#233;dure judiciaire. La presse am&#233;ricaine la d&#233;signe sous le terme &#171; mint the coin &#187;, car elle repose sur l'&#233;mission d'une pi&#232;ce en platine d'une valeur d'un trillion de dollars. Le d&#233;partement du Tr&#233;sor pourrait, en vertu d'un paragraphe contenu dans une obscure loi de 1996, forger une pi&#232;ce de monnaie en platine et lui attribuer la valeur arbitraire de 1000 milliards de dollars. En cr&#233;ant cette pi&#232;ce et la d&#233;posant dans son compte &#224; la banque f&#233;d&#233;rale de New York, le Tr&#233;sor r&#233;duirait imm&#233;diatement sa dette de la valeur du jeton. Janet Yellen avait qualifi&#233; cette solution de &#171; gimmick &#187; (gadget, ndlr) et l'actuel pr&#233;sident de la FED (nomm&#233; par Trump) l'avait fustig&#233; au titre qu'il n'est pas question de &#171; faire sortir des lapins de notre chapeau magique &#187;. Pour autant, des &#233;conomistes aussi s&#233;rieux que le Nobel Paul Krugman et des titres de presses comme Bloomberg ont longtemps argument&#233; en faveur de cette option, &#224; laquelle les principales critiques opposent un risque inflationniste a priori inexistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconv&#233;nient de cette solution aussi absurde que le plafond de la dette lui-m&#234;me tient dans son optique : si elle n'&#233;tait pas suffisamment prise au s&#233;rieux, l'op&#233;ration pourrait provoquer une perte de confiance des march&#233;s financiers et des agents &#233;conomiques. C'est pourquoi Paul Krugman lui pr&#233;f&#232;re d&#233;sormais une alternative plus complexe, consistant &#224; &#233;mettre des bons du Tr&#233;sor &#171; premiums &#187; qui &#171; joueraient sur la d&#233;finition m&#234;me d'une dette &#187;. L'avantage, pour l'&#233;conomiste, serait que la complexit&#233; de cette solution la rendrait incompr&#233;hensible pour le commun des mortels, et lui offrirait donc un cachet de s&#233;rieux susceptible de ramener la confiance des agents &#233;conomiques, du moins davantage que l'&#233;mission d'une pi&#232;ce arbitrairement affubl&#233;e de la valeur d'un trillion de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers un nouveau renoncement de Joe Biden&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joe Biden osera-t-il recourir &#224; l'une de ces solutions in&#233;dites ? Le pr&#233;sident est connu pour son ind&#233;cision et son attachement aux normes. S'il a r&#233;cemment &#233;voqu&#233; le recours au 14e amendement et la pi&#232;ce d'un trillion de dollars en platine, il a pr&#233;cis&#233; dans la foul&#233;e qu'il ne pensait pas que &#171; cela r&#233;soudrait notre probl&#232;me &#187;. Il n'est pas aid&#233; par sa secr&#233;taire au Tr&#233;sor Janet Yellen, qui alerte quotidiennement sur le risque de d&#233;faut tout en d&#233;nigrant les solutions cit&#233;es plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Biden ne dispose que de &#171; mauvaises &#187; options, c'est uniquement parce qu'il n'a pas souhait&#233; relever le plafond de la dette quand son parti en avait les moyens. Et si les solutions sont toutes de natures plus ou moins absurdes, c'est que le probl&#232;me du plafond de la dette l'est tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le Washington Post, la Maison-Blanche commencerait &#224; envisager un compromis avec les r&#233;publicains. Cette f&#233;brilit&#233; s'explique en partie par la couverture m&#233;diatique n&#233;gative et l'angle de traitement journalistique d&#233;favorable qu'elle re&#231;oit dans ce bras de fer. C'est pourquoi les d&#233;mocrates explorent d&#233;sormais une nouvelle approche au Congr&#232;s, qui consisterait &#224; n&#233;gocier sur deux fronts &#224; la fois : le plafond de la dette et le budget de 2024. L'id&#233;e &#233;tant de faire des concessions aux R&#233;publicains sur le second volet tout en restant ferme sur le premier. Chaque parti pourrait ainsi revenir vers ses &#233;lecteurs en revendiquant la victoire. Pas certains que les Am&#233;ricains soient dupes, surtout lorsque les coupes budg&#233;taires commenceront &#224; affecter leur quotidien&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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