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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La Chine va-t-elle remplacer la Russie en Asie centrale ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Chine-va-t-elle-remplacer-la-Russie-en-Asie-centrale</link>
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		<dc:date>2023-06-13T06:46:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Didier Chaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-13</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Asie</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'Asie centrale est trop souvent r&#233;duite &#224; son caract&#232;re &#171; post-sovi&#233;tique &#187;. Pourtant, limiter cette r&#233;gion &#224; une inf&#233;odation suppos&#233;e au Kremlin est une erreur : et le sommet Chine-Asie centrale organis&#233; par Xi Jinping &#224; Xi'an les 18 et 19 mai, l'a encore une fois rappel&#233;. Les pays d'Asie centrale sont ind&#233;pendants, et ne se limitent pas &#224; leurs relations avec Moscou. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Asialyst 3 juin 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Didier Chaudet * &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident chinois Xi Jinping et ses homologues centrasiatiques, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/chine-xi-asie-centrale-2048x1366-737ff.jpg?1781623123' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Asie centrale est trop souvent r&#233;duite &#224; son caract&#232;re &#171; post-sovi&#233;tique &#187;. Pourtant, limiter cette r&#233;gion &#224; une inf&#233;odation suppos&#233;e au Kremlin est une erreur : et le sommet Chine-Asie centrale organis&#233; par Xi Jinping &#224; Xi'an les 18 et 19 mai, l'a encore une fois rappel&#233;. Les pays d'Asie centrale sont ind&#233;pendants, et ne se limitent pas &#224; leurs relations avec Moscou.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Asialyst&lt;br class='autobr' /&gt;
3 juin 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Didier Chaudet *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident chinois Xi Jinping et ses homologues centrasiatiques, le Kazakhstanais Kassym-Jomart Tokayev, le Kirghize Sadyr Japarov, l'Ouzbek Shavkat Mirziyoyev, le Tadjik Emomali Rahmon et le Turkm&#232;ne Serdar Berdimuhamedow, lors du sommet Chine-Asie centrale &#224; Xi'an, le 19 mai 2023. (Source : China project)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s environ trois ans sans visite &#224; l'&#233;tranger &#224; cause de la pand&#233;mie, les deux premiers d&#233;placements du pr&#233;sident Xi Jinping hors de son pays l'ont men&#233; en Asie centrale : d'abord le Kazakhstan, puis l'Ouzb&#233;kistan (&#224; l'occasion d'une r&#233;union de l'Organisation de Coop&#233;ration de Shanghai, OCS) en septembre 2022. Rappelons que c'est aussi au Kazakhstan, le 7 septembre 2013, que le pr&#233;sident chinois a annonc&#233; son projet de &#171; Nouvelles Routes de la Soie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une &#233;vidence g&#233;ographique : pour la Chine, maintenir des liens amicaux avec le voisinage centrasiatique est essentiel, notamment pour pr&#233;server la stabilit&#233; et promouvoir le d&#233;veloppement &#233;conomique du Xinjiang. Sans surprise, donc, les liens sino-centrasiatiques se renforcent, depuis la fin de la Guerre froide jusqu'&#224; ce sommet Chine-Asie centrale des 18 et 19 mai derniers. Il a eu lieu &#224; Xi'an, l'ancienne capitale de la dynastie des Tang (618-907), et la ville de d&#233;part des &#171; Routes de la Soie &#187; sur le territoire chinois, historiquement. Ce symbole de liens tr&#232;s anciens et d'une prosp&#233;rit&#233; commune, a &#233;t&#233; mis en avant par le pr&#233;sident chinois lui-m&#234;me. Avec une promesse : le d&#233;veloppement qui sera obtenu dans le futur sera &#224; l'image des acquis du pass&#233;&#8230; &#224; une &#233;poque o&#249; l'influence de l'Empire du Milieu pouvait appara&#238;tre comme sans &#233;gal. Un point qui n'a pas &#233;chapp&#233; au Kremlin, ni aux sp&#233;cialistes de l'Asie centrale. Le sommet de Xi'an marque-t-il la fin de l'influence russe dans la r&#233;gion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mont&#233;e en puissance chinoise confirm&#233;e en Asie centrale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons d'abord les r&#233;sultats de ce sommet. Et regardons dans le d&#233;tail : Chinois et Centrasiatiques ont sign&#233; 54 accords multilat&#233;raux majeurs et 9 documents renfor&#231;ant leur coop&#233;ration ; ils ont &#233;galement cr&#233;&#233; 19 m&#233;canismes et plateformes r&#233;gionales &#8211; &#224; la demande sp&#233;cifique de la Chine. &#192; premi&#232;re vue, ce tsunami de documents peut donner l'impression que la rh&#233;torique, plut&#244;t que la substance, a domin&#233; la rencontre. Mais ce serait un positionnement simpliste, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; future sera sans doute plus d&#233;cevante &#224; certains &#233;gards que les grands discours tenus lors du sommet ne le laissent esp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes initi&#233;s par la Chine ne sont pas sans rappeler le fonctionnement de l'OCS, l'Organisation de coop&#233;ration de Shanghai. Il s'agit de coordonner les rencontres entre diff&#233;rents minist&#232;res, ainsi qu'entre partis politiques et m&#233;dias chinois et centrasiatiques, dans le but de soutenir les d&#233;cisions prises par les chefs d'&#201;tat, de diffuser des id&#233;es mises en avant lors des rencontres officielles pour pousser &#224; une plus grande coop&#233;ration. La r&#233;gularit&#233; de ce type de rencontres est suppos&#233;e assurer une meilleure compr&#233;hension bilat&#233;rale. Un tel fonctionnement a pu aider, par le pass&#233;, au sein de l'OCS, &#224; apaiser les relations entre Chine et Russie, ou entre Ouzb&#233;kistan et Kazakhstan. Alors que l'OCS s'agrandit, au risque de perdre sa capacit&#233; d'unifier, on retrouve, avec le sommet Chine-Asie centrale, une organisation plus r&#233;duite, et peut-&#234;tre mieux capable de nourrir un dialogue plus pouss&#233; entre les diff&#233;rents pays. D'ailleurs, une rencontre r&#233;guli&#232;re des chefs d'&#201;tat chinois et centrasiatiques aura lieu tous les deux ans. Le Kazakhstan accueillera le prochain sommet en 2025. Un secr&#233;tariat permanent, aidant &#224; la coordination d'ensemble, devrait &#233;galement voir le jour. Ce qui est n&#233; &#224; Xi'an, c'est donc une organisation structur&#233;e comme une mini-OCS, permettant &#224; P&#233;kin et aux pays d'Asie centrale de se r&#233;unir r&#233;guli&#232;rement, de parler de sujets d'int&#233;r&#234;ts communs&#8230; sans la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus concr&#232;tement, le pr&#233;sident chinois a annonc&#233; que son pays allait fournir un soutien financier de 26 milliards de yuans, soit 3,45 milliards d'euros, pour aider au d&#233;veloppement de la r&#233;gion. Et m&#234;me si les d&#233;tails n'ont pas &#233;t&#233; donn&#233;s, on sait, &#224; la fin de ce sommet, que la Chine s'est &#233;galement engag&#233;e &#224; renforcer les capacit&#233;s s&#233;curitaires des pays centrasiatiques. On peut s'attendre notamment &#224; un retour des entra&#238;nements communs entre polices chinoise et centrasiatiques, interrompues par la pand&#233;mie. Le d&#233;sir de renforcer les capacit&#233;s locales de maintenir une certaine stabilit&#233; pourrait &#234;tre concentr&#233;, en particulier, sur le Tadjikistan, seul pays ayant une fronti&#232;re avec la Chine et avec l'Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, lors de l'un de ses discours, le pr&#233;sident chinois a affirm&#233; que &#171; &lt;i&gt; la souverainet&#233;, la s&#233;curit&#233;, l'ind&#233;pendance et l'int&#233;grit&#233; territoriale des pays d'Asie centrale doit &#234;tre respect&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. La Chine se positionne bien en garant de la s&#233;curit&#233; et de la stabilit&#233; de la r&#233;gion&#8230; y compris, th&#233;oriquement, face au danger d'une Russie r&#233;visionniste, en Ukraine aujourd'hui, et peut-&#234;tre demain au Kazakhstan. Mais aussi face au nouveau r&#233;gime en Afghanistan, et aux puissances occidentales rendues responsables des &#171; r&#233;volutions de couleur &#187; pass&#233;es. Si certains en Occident trouveront assez convenu le discours des Chinois, leur engagement n'est pas n&#233;gligeable aux yeux de r&#233;gimes centrasiatiques qui voient leur situation internationale comme particuli&#232;rement difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommet a aussi mis en avant l'importance des infrastructures de transport, dans la continuit&#233; des &#171; Nouvelles Routes de la Soie &#187;. Avec un objectif tr&#232;s clair : le &#171; corridor du Nord &#187; de ces &#171; Routes &#187;, passant par la Mongolie et la Russie,&lt;i&gt; de facto&lt;/i&gt; &#233;limin&#233; avec la guerre russo-ukrainienne, il devient n&#233;cessaire de d&#233;velopper le transport ferroviaire et routier entre l'Asie centrale et l'Europe en &#233;vitant de transiter par la Russie. Des projets comme le chemin de fer Chine-Kirghizistan-Ouzb&#233;kistan sont ainsi devenus plus int&#233;ressants. D&#233;j&#224; lors du sommet de Samarcande en septembre 2022, un accord de coop&#233;ration avait &#233;t&#233; sign&#233; entre Chinois, Kirghizes et Ouzbeks pour faire avancer ce projet. Le sommet Chine-Asie centrale n'a fait que confirmer cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le sommet de Xi'an a &#233;galement rappel&#233; l'importance de l'&#233;nergie dans les relations sino-centrasiatiques, en appelant &#224; une acc&#233;l&#233;ration de la construction de la &#171; Ligne D &#187; pour d&#233;velopper le r&#233;seau de pipelines nourrissant le territoire chinois en gaz d'Asie centrale. Ce n'est pas vraiment une surprise : l'int&#233;r&#234;t chinois pour ce projet bloqu&#233; depuis une d&#233;cennie est tr&#232;s clair depuis quelques mois. D&#233;j&#224; en janvier dernier, Chinois et Turkm&#232;nes, dans une d&#233;claration commune, ont appel&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer la construction du gazoduc. Et la m&#234;me semaine que le sommet de Xi'an, la China National Petroleum Corporation (CNPC) menait une &#233;tude de faisabilit&#233; visant &#224; faire la connexion entre cette &#171; Ligne D &#187;, &#224; la fronti&#232;re entre le Xinjiang et le Kirghizistan, avec la ville de Wuqia, au nord-ouest de Kachgar. C'est la preuve d'avanc&#233;es concr&#232;tes sur ce sujet, donnant cr&#233;dit au discours affirmant que la Ligne D pourrait &#234;tre op&#233;rationnelle d&#232;s 2028. Elle devancerait donc le deuxi&#232;me gazoduc venant de Sib&#233;rie, qui pourrait au mieux &#234;tre op&#233;rationnel au d&#233;but de la d&#233;cennie 2030. Cet int&#233;r&#234;t renouvel&#233; pour la Ligne D, malgr&#233; les multiples difficult&#233;s du projet, vient du fait qu'il est maintenant possible de faire pression &#224; la fois sur le Turkm&#233;nistan et sur la Russie pour obtenir les meilleurs prix, en faisant jouer leur concurrence. Les Turkm&#232;nes pourront d'autant moins &#234;tre difficiles sur ce sujet que faire passer le gaz russe par le Kazakhstan pour nourrir le march&#233; chinois a &#233;t&#233; mis en avant peu avant le sommet Chine-Asie centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, derri&#232;re la question &#233;conomique, se trouve aussi une logique g&#233;opolitique. Dans ce jeu de pipelines, P&#233;kin devient le centre de toutes les convoitises &#233;conomiques des pays de la r&#233;gion. La Chine &#233;vite &#233;galement d'&#234;tre trop d&#233;pendante de la fourniture en gaz naturel liqu&#233;fi&#233; par des compagnies occidentales. Et elle renforce de fait son influence sur le plus long terme, autant &#224; Moscou que dans les grandes capitales centrasiatiques. Cette explication g&#233;opolitique permet de mieux comprendre le d&#233;sir chinois de s'engager sur ce projet en Asie centrale, malgr&#233; le manque de fiabilit&#233; des exportations de gaz centrasiatiques. En janvier et novembre 2022, l'Ouzb&#233;kistan les avait suspendues, une premi&#232;re fois &#224; cause des troubles au Kazakhstan, la seconde pour cause de demande int&#233;rieure trop forte. Et en janvier de cette ann&#233;e, le Turkm&#233;nistan a suspendu ses propres exportations en raison de contraintes climatiques. Si la question &#233;nerg&#233;tique est importante en soi, l'engagement de la Chine dans ce domaine, renouvel&#233; &#224; Xi'an, est d'abord une fa&#231;on d'assurer son influence en Asie centrale et en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moscou en perte de vitesse ou b&#233;n&#233;ficiaire de l'implication de P&#233;kin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela signifie-t-il que le Kremlin a perdu toute influence en Asie centrale ? C'est le sentiment qu'on peut avoir en lisant un certain nombre d'analyses : parce que l'int&#233;r&#234;t pour la Chine se renforce, celui pour la Russie devrait forc&#233;ment s'&#233;vaporer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable que la guerre en Ukraine a eu un impact n&#233;gatif sur l'influence russe en Asie centrale. L'id&#233;e d'une d&#233;fense du &#171; monde russe &#187;, jusqu'&#224; la possibilit&#233; d'annexer des territoires o&#249; les russophones seraient suppos&#233;ment en danger, ne peut qu'&#234;tre probl&#233;matique pour un pays comme le Kazakhstan, en particulier. Par ailleurs, la priorit&#233; donn&#233;e &#224; l'Ukraine a d&#233;tourn&#233; la Russie de ses autres centres d'int&#233;r&#234;t, y compris l'Asie centrale ; et ses difficult&#233;s militaires sur le sol ukrainien peuvent remettre en cause sa capacit&#233; ou m&#234;me sa volont&#233; d'&#234;tre une force garantissant le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; s&#233;curitaire en Asie centrale. D&#233;j&#224; depuis plusieurs ann&#233;es, la Russie avait d&#251; accepter une division du leadership en Asie centrale, le pouvoir &#233;conomique &#233;tant incontestablement chinois. Aujourd'hui, la division des t&#226;ches entre le &#171; sh&#233;rif &#187; et le &#171; banquier &#187; peut &#234;tre questionn&#233;e, au moins pour l'instant. Et c'est clairement une source d'inqui&#233;tude pour certains analystes russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici, l'erreur serait de prendre les discours n&#233;o-imp&#233;rialistes de politiciens, fonctionnaires ou journalistes russes, inquiets de la mont&#233;e en puissance chinoise, voire exprimant une certaine sinophobie, pour la r&#233;alit&#233; de la situation de la Russie en Asie centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, la politique centrasiatique de la Chine est b&#233;n&#233;fique au Kremlin. Sans la possibilit&#233; de se tourner vers la grande puissance asiatique, les pays d'Asie centrale pourraient &#234;tre plus tent&#233;s encore de se tourner vers l'Occident. Avec P&#233;kin, ils trouvent un acteur ext&#233;rieur qui se veut garant de leurs int&#233;r&#234;ts nationaux classiques &#8211; int&#233;grit&#233; territoriale, d&#233;veloppement &#233;conomique -, mais qui garde une relation amicale avec Moscou malgr&#233; la guerre ukrainienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les grandes lignes de politique &#233;trang&#232;re chinoise dans la r&#233;gion ne g&#234;nent pas fondamentalement les int&#233;r&#234;ts russes. En fait, la crainte des &#171; r&#233;volutions de couleur &#187;, le d&#233;sir de maintenir une certaine stabilit&#233; dans le voisinage centrasiatique, de lutter contre le danger djihadiste pouvant venir d'Afghanistan, de stabiliser ce dernier pays pour &#233;viter qu'il soit un probl&#232;me pour le voisinage centrasiatique, entre autres, sont autant de points de convergence entre Moscou et P&#233;kin. La pr&#233;sence militaire chinoise au Tadjikistan peut sans doute inqui&#233;ter certains militaires russes, alors que Moscou s'est affirm&#233; le garant de la s&#233;curit&#233; de la fronti&#232;re afghano-tadjike. Mais en r&#233;alit&#233;, m&#234;me en &#233;tant plus actif sur la question s&#233;curitaire, P&#233;kin ne fait rien d'autre que de mener une politique similaire &#224; celle de la Russie, sans pouvoir ni vouloir la remplacer. Au bout du compte, une Chine confirmant au sommet de Xi'an une implication &#233;conomique, mais aussi s&#233;curitaire, reste acceptable pour les int&#233;r&#234;ts nationaux russes tels que d&#233;finis aujourd'hui par le Kremlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tel point qu'aux yeux des analyses russes, on imagine ce sommet comme la premi&#232;re pierre d'une institutionnalisation de la relation entre les &#171; C5 &#187; (les cinq pays d'Asie centrale) et les deux &#171; Grands &#187;, Chine et Russie. Ou la structuration d'une OCS &#224; plusieurs vitesses, permettant une plus grande int&#233;gration des pays qui ont &#233;t&#233; au c&#339;ur du fonctionnement de l'organisation de Shanghai &#224; ses d&#233;buts. Dans tous les cas, il s'agirait de sortir de l'impasse dans laquelle se trouve, actuellement, l'organisation. La r&#233;union de ministres des Affaires &#233;trang&#232;res de l'OCS &#224; Goa, en mai dernier, a prouv&#233; qu'&#224; bien des &#233;gards, l'esprit de Shanghai &#233;tait mis &#224; mal par l'int&#233;gration de deux ennemis jur&#233;s, l'Inde et le Pakistan. Le Sommet de Xi'an pourrait &#234;tre un rem&#232;de &#224; l'essoufflement d'une organisation qui a &#233;t&#233; utile &#224; la Russie comme &#224; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, n'oublions pas que l'importance grandissante du commerce sino-centrasiatique aide en fait, directement, la Russie. Il suffit, pour s'en rendre compte, de comparer les chiffres des &#233;changes commerciaux fournis par les douanes chinoises et centrasiatiques. Selon les premi&#232;res, le commerce Chine-Asie centrale a doubl&#233; en 2022, pour atteindre 70,2 milliards de dollars. Mais les chiffres fournis par les pays centrasiatiques s'arr&#234;tent &#224; 38,35 milliards de dollars. Voil&#224; certes une belle &#233;volution, quand on a &#224; l'esprit la somme autrement plus modeste (0,46 milliards de dollars) que repr&#233;sentait ce commerce bilat&#233;ral en 1992, lorsque P&#233;kin a &#233;tabli des relations diplomatiques avec les cinq &#201;tats de la r&#233;gion. Mais la diff&#233;rence reste importante. Et elle s'explique assez simplement : la Chine enregistre tout transit comme une op&#233;ration d'import-export, et ce n'est pas le cas du c&#244;t&#233; centrasiatique. De cette fa&#231;on, un grand nombre des produits import&#233;s de Chine sont r&#233;export&#233;s vers la Russie. Ainsi, selon la Banque asiatique de d&#233;veloppement, pas moins de 70 % des exportations r&#233;centes du Kirghizistan vers la Russie sont en fait des produits r&#233;export&#233;s venant de Chine. En 2022, les exportations kirghizes vers ce pays ont augment&#233; de fa&#231;on vertigineuse (+ 143 %). Les exportations kazakhstanaises ont &#233;galement augment&#233;, plus modestement, de 2 5%, &#224; la m&#234;me p&#233;riode. Il s'agirait en priorit&#233; de composants &#233;lectroniques, d'ordinateurs, de smartphones, d'automobiles et de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es. Et il est possible que ce syst&#232;me soit plus important encore : avec les pays centrasiatiques membres de l'Union &#233;conomique eurasiatique, le commerce se fait en roubles, et est plus difficilement tra&#231;able. Dans ce syst&#232;me, l'explosion du commerce bilat&#233;ral est d'abord due &#224; une forte augmentation des importations centrasiatiques, qui ne s'expliquent que par ces r&#233;exportations fort utiles &#224; la Russie. Le d&#233;veloppement des relations sino-centrasiatiques aident donc, comme l'Arm&#233;nie ou l'Iran, &#224; d&#233;tourner les politiques restrictives des Occidentaux en r&#233;ponse &#224; la guerre l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le sommet de Xi'an n'inqui&#232;te pas vraiment Moscou&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, le Kremlin ne semble pas inquiet face au dernier sommet Chine-Asie centrale, malgr&#233; les discours de quelques nostalgiques d'une &#233;poque imp&#233;rialiste r&#233;volue, qu'on retrouve dans les m&#233;dias russes, mais aussi au sein dans certains minist&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mai dernier, la porte-parole du minist&#232;re russe des Affaires &#233;trang&#232;res, Maria Zakharova, faisait d&#233;j&#224; remarquer que &#171; &lt;i&gt; ni les pays occidentaux, ni qui que ce soit d'autre, ne seront capables ni ne voudront compenser le co&#251;t d'une restriction des liens &lt;/i&gt; &#187; avec la Russie. Bien s&#251;r, ici, &#171; &lt;i&gt;qui que ce soit d'autre&lt;/i&gt; &#187; fait allusion &#224; la Chine. Un rappel que l'importance des relations russo-centrasiatiques est telle que le co&#251;t d'une rupture avec Moscou, par crainte des sanctions occidentales, par exemple, serait difficilement acceptable pour n'importe quel des cinq pays de la r&#233;gion. Une r&#233;alit&#233; bien comprise en Asie centrale : si la Russie semble affaiblie, donner l'impression de s'opposer &#224; elle de fa&#231;on trop frontale reste encore tr&#232;s risqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, la derni&#232;re r&#233;union du G7 a cibl&#233; autant la Russie que la Chine. &#192; P&#233;kin, cela nourrit l'inqui&#233;tude de voir les Occidentaux reproduire une &#171; &lt;i&gt;crise ukrainienne&lt;/i&gt; &#187; en l'Asie-Pacifique. En fait, pour les pouvoirs russe comme chinois, la priorit&#233; actuelle n'est pas de savoir qui dominera le plus l'Asie centrale &#224; l'avenir. C'est plut&#244;t l'attitude des Occidentaux pr&#233;sentant ces deux pays comme des adversaires qui inqui&#232;te, et qui au final pr&#233;serve et renforce le couple sino-russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233; se constate avec la visite &#224; P&#233;kin le 24 mai dernier du Premier ministre russe Mikha&#239;l Michoustine. Fait notable : ce voyage a eu lieu apr&#232;s le G7 et apr&#232;s le sommet Chine-Asie centrale. Il s'agit de la visite de l'officiel russe le plus important depuis le d&#233;but de la guerre en Ukraine. Le Premier ministre &#233;tait accompagn&#233;, entre autres, du vice-premier ministre Alexandre Novak, en charge des questions &#233;nerg&#233;tiques &#8211; d'une importance capitale dans la relation bilat&#233;rale. En effet, selon cet officiel, l'approvisionnement &#233;nerg&#233;tique russe en direction de la Chine devrait augmenter de 40 % en 2023. L'ann&#233;e derni&#232;re, la Chine &#233;tait d&#233;j&#224; devenue la premi&#232;re consommatrice mondiale de p&#233;trole russe. Face &#224; ces r&#233;alit&#233;s g&#233;opolitiques et &#233;conomiques, que P&#233;kin devienne un peu plus influent en Asie centrale est une chose tr&#232;s secondaire vu de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les Russes savent qu'ils ont encore des atouts en Asie centrale, face &#224; des capacit&#233;s chinoises limit&#233;es dans certains domaines. Cela a &#233;t&#233; particuli&#232;rement visible lors de la crise politique qui a agit&#233; le Kazakhstan en janvier 2022. Pendant cette crise, et sa r&#233;solution, la Chine est rest&#233;e globalement en retrait. Certes, ses grands projets &#233;conomiques n'&#233;taient pas mis en danger par les &#233;meutiers. Et ces derniers n'ont pas mis en avant des positions sinophobes dans leurs revendications. Face &#224; l'agitation, si P&#233;kin a fait savoir son inqui&#233;tude, il l'a fait de fa&#231;on relativement limit&#233;e. Il s'agit, bien s&#251;r, de la logique de non-interf&#233;rence dans les affaires int&#233;rieures des autres pays, qui respecte la souverainet&#233; de ses interlocuteurs, et qui ne peut que plaire en Asie centrale comme &#224; Moscou. Mais cette discr&#233;tion venait &#233;galement du fait que la Chine a &#233;t&#233; pris par surprise : la diplomatie chinoise n'a pas encore d&#233;velopp&#233; une connaissance pouss&#233;e de la politique int&#233;rieure des diff&#233;rents pays d'Asie centrale. Ces derni&#232;res ann&#233;es, elle semble s'&#234;tre surtout inqui&#233;t&#233;e des influences am&#233;ricaine et turque dans la r&#233;gion, et de la capacit&#233; de lobbying local des ONG occidentales. La r&#233;duction au maximum des interactions du personnel des ambassades lors de la pand&#233;mie a rar&#233;fi&#233; plus encore les occasions de mieux comprendre la politique int&#233;rieure kazakhstanaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En comparaison, les Russes ont une connaissance bien plus pouss&#233;e des &#233;volutions internes en Asie centrale. Par ailleurs, c'est leur intervention directe, par le biais de l'Organisation du trait&#233; de s&#233;curit&#233; collective (OTSC) qui a permis l'apaisement de la situation sur place, et le r&#232;glement de la question politique, renfor&#231;ant le pr&#233;sident Kassym-Jomart Tokayev. Ce qui a &#233;t&#233; possible assez facilement, avec une pr&#233;sence temporaire de seulement 2030 soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leurs difficult&#233;s en Ukraine, les Russes ont sans doute encore la capacit&#233; de mieux comprendre, et de l&#224; d'influencer, le fonctionnement interne des pays centrasiatiques d'une fa&#231;on encore impossible pour leurs partenaires chinois. Ces derniers continueront donc de voir le Kremlin comme un partenaire important dans la r&#233;gion, y compris pour prot&#233;ger leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que la Chine se doit d'&#234;tre toujours plus prudente face &#224; la sinophobie d'une partie de la population locale. Au moins 156 manifestations contre l'influence chinoise rien qu'au Kazakhstan ont &#233;clat&#233; entre 2018 et 2023. Et parfois, ces expressions de rejet sont devenues violentes. Ainsi, en ao&#251;t 2019, 500 villageois au Kirghizistan ont attaqu&#233; une mine g&#233;r&#233;e par une compagnie de Chine, blessant une vingtaine de travailleurs chinois. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, laisser Moscou avoir le dernier mot sur les questions s&#233;curitaires, y compris en cas de n&#233;cessit&#233; d'intervenir directement, reste une position logique pour P&#233;kin. La Russie n'a donc rien &#224; craindre du sommet de Xi'an : m&#234;me &#224; P&#233;kin, on ne peut que savoir l'utilit&#233; de l'influence russe dans la r&#233;gion, y compris pour d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le futur, la Russie pourrait bien &#171; perdre &#187; l'Asie centrale. Mais cela serait d'abord du fait des cons&#233;quences de la guerre en Ukraine (surtout si elle se termine par une d&#233;faite de Moscou), mais aussi d'une politique n&#233;o-imp&#233;rialiste pour la d&#233;fense du &#171; monde russe &#187;, peu rassurante, notamment pour le voisin kazakhstanais. Sans oublier les abus contre les migrants centrasiatiques en Russie m&#234;me, particuli&#232;rement marquants au d&#233;but de la pand&#233;mie. Mais cela ne serait pas directement li&#233; &#224; une mont&#233;e en puissance de la Chine dans la r&#233;gion. Au contraire, la bonne entente sino-russe, &#224; bien des &#233;gards, pr&#233;serve les int&#233;r&#234;ts russes dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre de commentateurs, russes comme occidentaux, continuent de faire la m&#234;me erreur : celle de ne voir l'Asie centrale que comme un territoire &#171; post-sovi&#233;tique &#187;, forc&#233;ment le &#171; pr&#233;-carr&#233; &#187;, &#171; l'arri&#232;re-cour &#187; de son ancien colonisateur. Les pays centrasiatiques sont ind&#233;pendants, et ne se d&#233;finissent plus uniquement par leur pass&#233; sovi&#233;tique. Les liens tiss&#233;s avec la Russie resteront, au moins pendant un certain temps, m&#234;me si ce sera de fa&#231;on in&#233;gale selon le pays de la r&#233;gion. Mais &#224; l'avenir, l'influence de la Chine va grandir, incontestablement. Pour autant, cela ne signifiera pas que les &#201;tats centrasiatiques passeront d'un &#171; Grand Fr&#232;re &#187; &#224; un autre. La zone ne sera sans doute plus la chasse gard&#233;e d'une seule puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, la situation optimale pour l'avenir de l'influence russe en Asie centrale r&#233;side dans une coop&#233;ration avec la Chine qui respecterait, sans ambigu&#239;t&#233;, l'ind&#233;pendance, et l'int&#233;grit&#233; territoriale, des pays d'Asie centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Didier Chaudet	&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'auteur&lt;br class='autobr' /&gt;
Didier Chaudet *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Didier Chaudet est un consultant ind&#233;pendant, sp&#233;cialis&#233; sur les questions g&#233;opolitiques et s&#233;curitaires en Asie du Sud-Ouest (Iran, Pakistan, Afghanistan) et en Asie Centrale post-sovi&#233;tique. Il est &#233;galement le Directeur de la publication du CAPE, chercheur non r&#233;sident &#224; l'IPRI, l'un des principaux think tanks pakistanais, et attach&#233; scientifique de l'IFEAC (Institut fran&#231;ais d'&#233;tudes sur l'Asie centrale). Il intervient r&#233;guli&#232;rement dans les m&#233;dias fran&#231;ais (France Culture, Huffington Post, Radio Vatican, R&#233;forme, entre autres). D'octobre 2013 &#224; d&#233;but 2015, il a v&#233;cu en Iran, en Afghanistan, et au Pakistan, o&#249; il a &#233;t&#233; chercheur invit&#233; par plusieurs think tanks locaux. Auparavant, il a &#233;t&#233; chercheur &#224; l'ISAS (Institute for South Asian Studies &#8211; National University of Singapore) en charge de l'analyse sur le Pakistan et l'Afghanistan, enseignant &#224; Sciences Po (Coll&#232;gue universitaire), chercheur &#224; l'IFRI (en charge de l'Asie Centrale). Pour Asialyst, il suit principalement les &#233;volutions s&#233;curitaires et g&#233;opolitiques de l'Asie Centrale, de l'Afghanistan, et du Pakistan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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