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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Iran. &#171; G&#233;rer la crise : sanctions, aust&#233;rit&#233;, mobilisations sociales, r&#233;pression &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Iran-Gerer-la-crise-sanctions-austerite-mobilisations-sociales-repression</link>
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		<dc:date>2026-02-03T06:21:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ida Nikou</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Iran</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-02-03</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[Nous publions ci-dessous la traduction en fran&#231;ais d'une analyse par Ida Nikou des m&#233;canismes qui ont conduit &#224; la crise du r&#233;gime iranien caract&#233;ris&#233; par une intrication du pouvoir des Gardiens de la r&#233;volution, de leurs fondations et du pouvoir th&#233;ocratique qui les b&#233;nit. Un r&#233;gime qui fait face &#224; mont&#233;e des mobilisations sociales, une explosion sans pr&#233;c&#233;dent en termes sociaux et g&#233;ographiques qui a d&#233;bouch&#233; sur un massacre monstrueux propre &#224; un syst&#232;me de domination pr&#234;t &#224; tout pour se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Iran-+" rel="tag"&gt;Iran&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-02-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-02-03&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/capture_d_e_cran_le_2026-02-02_a_14.29_47-203d1.png?1781065675' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Nous publions ci-dessous la traduction en fran&#231;ais d'une analyse par Ida Nikou des m&#233;canismes qui ont conduit &#224; la crise du r&#233;gime iranien caract&#233;ris&#233; par une intrication du pouvoir des Gardiens de la r&#233;volution, de leurs fondations et du pouvoir th&#233;ocratique qui les b&#233;nit. Un r&#233;gime qui fait face &#224; mont&#233;e des mobilisations sociales, une explosion sans pr&#233;c&#233;dent en termes sociaux et g&#233;ographiques qui a d&#233;bouch&#233; sur un massacre monstrueux propre &#224; un syst&#232;me de domination pr&#234;t &#224; tout pour se perp&#233;tuer. Il convient toutefois, en introduction, de rappeler l'ampleur du massacre &#224; huis clos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/moyenorient/iran/iran-gerer-la-crise-sanctions-austerite-mobilisations-sociales-repression.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HRANA-Human Rights Activists News Agency, le 30 janvier, le pr&#233;sente ainsi : &#171; Selon les derni&#232;res donn&#233;es agr&#233;g&#233;es de HRANA au trente-quatri&#232;me jour depuis le d&#233;but des manifestations, le nombre total de d&#233;c&#232;s confirm&#233;s s'&#233;l&#232;ve &#224; 6563. Parmi eux, 6170 &#233;taient des manifestants, 124 &#233;taient des enfants de moins de 18 ans, 214 &#233;taient des forces affili&#233;es au gouvernement et 55 &#233;taient des civils non manifestants. 17'091 cas sont toujours en cours d'examen. Le nombre de civils bless&#233;s s'&#233;l&#232;ve &#224; 11'021, le nombre total d'arrestations &#224; 49'070, le nombre d'arrestations d'&#233;tudiants &#224; 80, le nombre de cas signal&#233;s d'aveux forc&#233;s &#224; 289 et le nombre de convocations par les institutions de s&#233;curit&#233; &#224; 11'027. En outre, un total de 660 incidents li&#233;s aux manifestations ont &#233;t&#233; enregistr&#233;s dans 203 villes de 31 provinces. &#187; R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 d&#233;cembre 2025, des manifestations ont &#233;clat&#233; dans plusieurs villes d'Iran en r&#233;ponse &#224; l'effondrement de la monnaie et &#224; la spirale &#224; la hausse des prix &#224; la consommation. Alors que le taux de change devenait de plus en plus volatil, certains secteurs du Grand Bazar et des centres commerciaux de T&#233;h&#233;ran ont ferm&#233; leurs portes. L'&#233;volution rapide des prix a rendu impossibles les importations, la fixation des prix et le commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat a rapidement mis en &#339;uvre une mesure d'urgence pr&#233;vue dans son budget pour l'exercice 2025-2026 : il a supprim&#233; les taux de change pr&#233;f&#233;rentiels pour les biens essentiels et pour les principaux intrants de production [taux pr&#233;f&#233;rentiels qui profitaient &#224; des fondations contr&#244;l&#233;es par les Gardiens de la r&#233;volution ; les fondation aux mains de ces derniers contr&#244;lent des secteurs &#233;conomiques &#8211; r&#233;d.]. Les responsables ont pr&#233;sent&#233; cette mesure comme une r&#233;forme anti-corruption et ont promis une compensation directe sous forme de transferts en esp&#232;ces et d'aides cibl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique, ce changement a acc&#233;l&#233;r&#233; la hausse d&#233;j&#224; rapide des prix et a encore &#233;rod&#233; le pouvoir d'achat, faisant peser le fardeau sur les m&#233;nages. L'inflation officielle en d&#233;cembre 2025 &#233;tait d'environ 42%, mais le co&#251;t des produits alimentaires de base a augment&#233; beaucoup plus rapidement, atteignant 72% par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, rendant les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; tels que le pain et les produits laitiers inaccessibles pour une grande partie de la classe laborieuse. D&#233;but janvier 2026, la suppression des taux de change pr&#233;f&#233;rentiels n'avait fait qu'aggraver la pression sur la consommation quotidienne, et les protestations se sont transform&#233;es en manifestations de masse dans tout le pays. Ces derni&#232;res ont dur&#233; plusieurs semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois que les dirigeants iraniens provoquaient des &#233;meutes en introduisant des mesures r&#233;gressives au nom de la r&#233;forme. Au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, les gouvernements successifs ont pr&#233;sent&#233; la lib&#233;ralisation des prix et les ajustements mon&#233;taires comme des mesures n&#233;cessaires pour stabiliser les march&#233;s et lutter contre la corruption et les profits abusifs des secteurs initi&#233;s. Dans la pratique, ces politiques ont fonctionn&#233; comme des mesures d'aust&#233;rit&#233;, transformant les programmes sociaux bas&#233;s sur les services en aides financi&#232;res qui perdent rapidement de leur valeur dans un contexte d'inflation chronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hausses des prix du carburant en 2010, puis en 2019, sont des exemples notables de cette politique de choc, la seconde ayant d&#233;clench&#233; un soul&#232;vement massif contre la d&#233;t&#233;rioration des conditions &#233;conomiques. Les deux manifestations ont alors &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es de mani&#232;re meurtri&#232;re. La situation actuelle suit la m&#234;me trajectoire, mais avec une intensit&#233; accrue. Cette fois-ci, les mesures d'aust&#233;rit&#233; d&#233;guis&#233;es ont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre dans un contexte de protestation &#233;conomique. &#192; la mi-janvier, on estimait que le gouvernement avait tu&#233; des milliers de personnes et avait plong&#233; le pays dans un black-out &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e des communications (Internet et t&#233;l&#233;phone), au cours de l'un des &#233;pisodes les plus meurtriers de l'histoire de la R&#233;publique islamique depuis les purges des dissidents politiques dans les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;conomie politique des sanctions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des commentaires sur la crise politique en Iran oscillent entre deux r&#233;cits commodes et r&#233;ducteurs. Le probl&#232;me r&#233;side soit dans la corruption et la mauvaise gestion, comme si l'&#233;conomie iranienne fonctionnait dans un vide, &#224; l'abri du capitalisme mondial, soit, faisant &#233;cho au discours de l'&#201;tat iranien, dans les sanctions et l'hostilit&#233; imp&#233;rialiste sont consid&#233;r&#233;es comme la seule cause des probl&#232;mes du pays. Ces deux r&#233;cits simplifient une r&#233;alit&#233; complexe. La question la plus pertinente est de savoir comment les sanctions ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;es dans l'&#233;conomie politique iranienne de mani&#232;re &#224; servir les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante. Les sanctions n'ont pas suspendu la restructuration orient&#233;e vers le march&#233; en Iran. Elles l'ont remodel&#233;e en &#233;largissant le pouvoir discr&#233;tionnaire de l'&#201;tat sur l'acc&#232;s aux dollars, aux licences et aux contrats, et en cr&#233;ant de nouvelles opportunit&#233;s de profits pour les privil&#233;gi&#233;s du r&#233;gime, cela sous le couvert de la r&#233;forme. Tout compte rendu s&#233;rieux de la crise iranienne doit aborder &#224; la fois le r&#233;gime de sanctions externes et le m&#233;canisme interne qui g&#232;re la crise par l'aust&#233;rit&#233; et la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sanctions ont fa&#231;onn&#233; l'&#233;conomie politique de l'Iran depuis 1979, avec une forte escalade en 2012 visant le p&#233;trole et la finance ; et en 2018 apr&#232;s le retrait des &#201;tats-Unis de l'accord nucl&#233;aire (lorsque les sanctions ont &#233;t&#233; r&#233;impos&#233;es) et &#224; nouveau fin 2025 avec le r&#233;tablissement des sanctions &#171; snapback &#187; [m&#233;canisme de r&#233;tablissement automatique des sanctions tel que pr&#233;vu dans l'accord de 2015] au niveau de l'ONU et de l'UE. Au cours des 15 derni&#232;res ann&#233;es, ces mesures punitives se sont traduites par une inflation chronique, l'effondrement des salaires r&#233;els et une crise croissante de la reproduction sociale. Depuis fin 2017, les luttes pour les conditions de vie ont d&#233;bouch&#233; &#224; plusieurs reprises sur des conflits socio-politiques ouverts, du soul&#232;vement de 2017-2018 aux manifestations contre la hausse du prix du carburant en 2019, en passant par des mobilisations d&#233;centralis&#233;es r&#233;currentes sur les lieux de travail et dans les collectivit&#233;s. Une vague de protestations syndicales qui dure depuis une d&#233;cennie s'est &#233;galement poursuivie, avec la mobilisation des enseignants, des retrait&#233;s et des travailleurs contractuels du secteur p&#233;trolier et p&#233;trochimique autour des contrats, des salaires, des retraites et du co&#251;t de la vie. [A cela il faut ajouter, comme Nima Shokri, professeur &#224; l'United Nation University, le d&#233;crit dans un r&#233;cent article &#8211; The Conversation, 26 janvier &#8211; , les profondes crises structurelles et environnementales qui s'expriment entre autres dans le manque de ressources hydriques, la baisse massive de la productivit&#233; de la terre et des interruptions des r&#233;seaux &#233;nerg&#233;tiques. &#8211; R&#233;d.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sanctions n'ont pas contribu&#233; &#224; la crise simplement en r&#233;duisant les ressources. Elles ont &#233;galement red&#233;fini qui en profite et comment. En cr&#233;ant une p&#233;nurie de devises fortes et en bloquant les paiements transfrontaliers courants, elles ont pouss&#233; le commerce vers des circuits opaques, affaibli la monnaie et rendu les prix des biens de base de plus en plus instables. L'un des r&#233;sultats est ce que beaucoup en Iran appellent &#171; l'&#233;conomie de confiance &#187;, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'expansion des interm&#233;diaires qui maintiennent les exportations, en particulier le p&#233;trole, en contournant les restrictions bancaires et SWIFT [e r&#233;seau s&#233;curis&#233; de messagerie financi&#232;re internationale]. Ces courtiers, souvent li&#233;s &#224; des r&#233;seaux &#233;tatiques ou quasi &#233;tatiques, tirent profit des commissions, des marges sur les taux de change et du contr&#244;le du moment o&#249; les paiements sont effectu&#233;s, notamment en retardant ou en retenant les recettes d'exportation qui sont cens&#233;es &#234;tre rapatri&#233;es dans le pays. Depuis 2018, les d&#233;clarations officielles ont affirm&#233; &#224; plusieurs reprises qu'une part importante des devises &#233;trang&#232;res provenant des exportations n'avait pas &#233;t&#233; rapatri&#233;e, certaines estimations atteignant 30%, soit des dizaines de milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;canisme similaire mais distinct fonctionne au sein de l'&#233;conomie nationale. L'&#201;tat a tent&#233; de g&#233;rer la volatilit&#233; par le biais de taux de change multiples, de devises pr&#233;f&#233;rentielles et d'autorisations d'importation discr&#233;tionnaires, transformant ainsi l'acc&#232;s aux sph&#232;res politiques en source de profit. Lorsque les devises fortes sont rares, le r&#233;gime d'allocation de l'&#201;tat canalise les dollars subventionn&#233;s et les licences d'importation par le biais d'un contr&#244;le institutionnel qui favorise de mani&#232;re pr&#233;visible les entreprises ayant des liens politiques, cr&#233;ant ainsi des opportunit&#233;s lucratives pour celles qui sont les plus proches de ces goulets d'&#233;tranglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scandale de la soci&#233;t&#233; Debsh Tea en est un exemple flagrant. Entre 2019 et 2022, Debsh Tea Company, un importateur et producteur priv&#233;, a re&#231;u des milliards de dollars en devises pr&#233;f&#233;rentielles destin&#233;es &#224; des importations essentielles. Fin 2023, les organismes de supervision iraniens et des rapports li&#233;s au pouvoir judiciaire ont affirm&#233; qu'une partie importante de ces devises subventionn&#233;es n'avait pas &#233;t&#233; utilis&#233;e pour les importations d&#233;clar&#233;es, mais avait &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e vers des transactions sur le march&#233; libre, transformant l'acc&#232;s &#224; des dollars bon march&#233; en un profit rapide en exploitant l'&#233;cart entre les taux de change pr&#233;f&#233;rentiels et ceux du march&#233;. Les sommes d&#233;clar&#233;es, qui s'&#233;levaient &#224; plus de 3 milliards de dollars, &#233;taient suffisamment importantes pour couvrir plusieurs ann&#233;es de demande nationale en th&#233; ou financer d'importants investissements publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les cas ne font pas la une des journaux nationaux, mais le m&#233;canisme est bien connu. Des scandales similaires suite &#224; des audits ont d&#233;j&#224; fait surface, concernant l'acc&#232;s pr&#233;f&#233;rentiel &#224; des devises &#233;trang&#232;res qui ne correspondaient pas aux registres d'importation v&#233;rifi&#233;s ni &#224; aucun retour d'argent document&#233;. Un exemple largement cit&#233; est le litige devant la Cour supr&#234;me d'audit concernant 4,8 milliards de dollars de devises pr&#233;f&#233;rentielles qui auraient &#233;t&#233; vers&#233;s &#224; des importateurs sans qu'aucune importation correspondante n'ait &#233;t&#233; document&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la crise de l&#233;gitimit&#233; qui en r&#233;sulte devient intol&#233;rable, l'&#201;tat met en place des mesures correctives pr&#233;sent&#233;es comme des r&#233;formes anticorruption. Dans la pratique, ces politiques renforcent l'aust&#233;rit&#233; et provoquent des chocs soudains sur les prix. La politique de sant&#233; en est un exemple clair. La r&#233;forme dite Darooyar, une refonte des subventions pour les m&#233;dicaments en 2022, a mis fin aux devises &#233;trang&#232;res pr&#233;f&#233;rentielles pour les m&#233;dicaments et a transform&#233; la subvention en un syst&#232;me de remboursement bas&#233; sur l'assurance. En th&#233;orie, les patients paieraient moins cher &#224; la pharmacie, tandis que les assureurs et l'&#201;tat couvriraient la diff&#233;rence. Dans la pratique, la cha&#238;ne de financement ne s'est jamais stabilis&#233;e : les retards de remboursement et les p&#233;nuries de liquidit&#233;s ont augment&#233; les frais &#224; la charge des patients et ont cr&#233;&#233; des &#233;carts persistants dans l'acc&#232;s aux soins, tant pour les patients que pour les pharmacies. Dans le m&#234;me temps, le gouvernement a tir&#233; profit des gains fiscaux li&#233;s aux variations du taux de change, et les banques ont b&#233;n&#233;fici&#233; du fait que les fournisseurs et les importateurs ont davantage recouru &#224; des emprunts co&#251;teux. La politique en mati&#232;re de carburant a suivi un sch&#233;ma similaire. Les hausses de prix ont &#233;t&#233; justifi&#233;es comme un moyen de financer une redistribution cibl&#233;e par le biais de transferts en esp&#232;ces, mais ces transferts ont rapidement pris du retard par rapport &#224; la forte inflation, laissant les m&#233;nages absorber l'&#233;cart croissant entre ce qu'ils recevaient et le co&#251;t r&#233;el du carburant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale de l'&#201;tat &#224; la crise budg&#233;taire provoqu&#233;e par les sanctions suit une voie bien connue. Plut&#244;t que de remplir ses obligations gr&#226;ce &#224; un financement public stable, l'Etat s'est appuy&#233; sur la privatisation, les &#233;changes de dettes contre des actifs et les programmes d'&#171; utilisation productive &#187; (Movaledsazi) qui transf&#232;rent les actifs publics entre les mains du secteur priv&#233;. Le syst&#232;me de retraite en est un exemple notable. Au lieu de rembourser sa dette envers la s&#233;curit&#233; sociale en esp&#232;ces, le gouvernement a de plus en plus transf&#233;r&#233; des actions d'entreprises publiques, for&#231;ant de fait le syst&#232;me de retraite &#224; financer les prestations par le biais de dividendes, de ventes d'actifs et de rendements d'investissement. Cette politique transf&#232;re le risque aux retrait&#233;s en liant leurs moyens de subsistance aux performances du march&#233; et &#224; l'inflation plut&#244;t qu'&#224; des droits stables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte une &#233;conomie politique soumise dans laquelle l'aust&#233;rit&#233; devient un outil de gouvernance et la raret&#233; g&#233;n&#232;re des profits pour ceux qui b&#233;n&#233;ficient d'un acc&#232;s privil&#233;gi&#233;. Au lieu de prot&#233;ger les m&#233;nages par des prestations sociales, les r&#233;formes dites anti-corruption transf&#232;rent les co&#251;ts et les risques vers le bas par la d&#233;valuation et la suppression des subventions, tout en pr&#233;servant les syst&#232;mes d'allocation qui favorisent les &#233;lites bien connect&#233;es. Ce sch&#233;ma est largement observ&#233; dans les analyses de l'in&#233;galit&#233; et de la r&#233;partition r&#233;alis&#233;es &#224; l'&#233;poque des sanctions. Selon des estimations officielles r&#233;centes (voir article sur les sanctions d'Esfandyar Batmanghelidj et Zep Kalb, dans Jacobin du 28 ao&#251;t 2023), la pauvret&#233; touche environ un tiers de la population ; de m&#234;me, la Banque mondiale estime que pr&#232;s de 10 millions de personnes sont tomb&#233;es dans la pauvret&#233; au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La redistribution vers le bas est visible dans la rapidit&#233; avec laquelle les chocs &#233;conomiques se propagent du centre commercial vers les villes et les provinces p&#233;riph&#233;riques, ainsi que dans les formes de col&#232;re qu'ils suscitent. Dans les r&#233;gions longtemps marginalis&#233;es de l'ouest de l'Iran, dans des villes comme Abdanan, la crise a frapp&#233; plus t&#244;t et plus fort que dans de nombreuses provinces centrales, laissant derri&#232;re elle un profond sous-investissement, un taux ch&#244;mage &#233;lev&#233; et une pauvret&#233; end&#233;mique. Au cours de la r&#233;cente vague de protestations, les manifestants ont pris d'assaut un supermarch&#233; et d&#233;chir&#233; des sacs de riz, r&#233;pandant les grains sur le sol et dans la rue plut&#244;t que de les emporter. Fin d&#233;cembre, un sac de riz de 10 kg se vendait environ plusieurs millions de tomans, soit l'&#233;quivalent d'un mois de salaire minimum. Ce geste n'&#233;tait pas tant un vol qu'un refus et un rejet public d'un syst&#232;me qui transforme un produit de base en un luxe tout en exigeant que les gens acceptent l'humiliation comme une soumission quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la crise est g&#233;r&#233;e par des transferts chocs plut&#244;t que par la redistribution &#233;quitable, la politique devient partie int&#233;grante du probl&#232;me, cr&#233;ant un cercle vicieux. &#192; mesure que l'instabilit&#233; &#233;conomique s'intensifie, l'&#201;tat r&#233;agit par de nouvelles mesures d'aust&#233;rit&#233; pr&#233;sent&#233;es comme des r&#233;formes. Les m&#233;nages ne per&#231;oivent pas ces mesures comme une solution, mais comme un transfert des co&#251;ts qui aggrave la crise de la survie quotidienne. Les voies habituelles de plainte et de m&#233;diation perdent leur cr&#233;dibilit&#233;. Les citoyens peuvent adresser des p&#233;titions aux responsables et aux institutions, mais ces m&#234;mes institutions mettent en &#339;uvre les r&#233;formes n&#233;fastes ou n'ont pas le pouvoir de les inverser. &#192; mesure que cette l&#233;gitimit&#233; s'&#233;rode, la pression s'accumule jusqu'&#224; ce qu'un &#233;l&#233;ment d&#233;clencheur transforme les difficult&#233;s &#233;conomiques en un mouvement de protestation national. Une fois que la contestation d&#233;borde des canaux institutionnels, l'&#201;tat la traite de plus en plus comme un trouble &#224; l'ordre public. Avec moins de m&#233;canismes d'int&#233;gration cr&#233;dibles, la r&#233;pression devient courante, car c'est le seul outil qui reste pour maintenir le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signaux externes, escalade interne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a rendu cette vague de soul&#232;vements plus meurtri&#232;re, c'est l'interaction entre l'escalade externe et interne. Les Iraniens n'avaient pas besoin d'encouragements ext&#233;rieurs pour descendre dans la rue : l'effondrement de la monnaie, les salaires sans commune mesure avec l'inflation et l'&#233;rosion des conditions de survie quotidiennes &#233;taient des conditions suffisantes pour d&#233;clencher la r&#233;volte. L'escalade externe a plut&#244;t augment&#233; le co&#251;t de la contestation d'une mani&#232;re diff&#233;rente, moins par le biais d'un soutien mat&#233;riel que par le biais de discours et de signaux. Lorsque les responsables am&#233;ricains et isra&#233;liens pr&#233;sentent les manifestations comme un th&#233;&#226;tre de guerre et un changement de r&#233;gime, l'&#201;tat peut plus facilement recadrer la contestation massive comme une menace pour la s&#233;curit&#233; et y r&#233;pondre par une r&#233;pression de type contre-insurrectionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les figures de l'opposition en exil, notamment le pr&#233;tendant au tr&#244;ne, Reza Pahlavi (fils du shah d'Iran renvers&#233; lors de la r&#233;volution de 1979), ont tent&#233; de pr&#233;senter le soul&#232;vement comme un mouvement de transition et ont appel&#233; &#224; l'escalade, notamment en demandant &#224; plusieurs reprises une intervention &#233;trang&#232;re pour faciliter le retour de Pahlavi en tant que leader national. Dans le m&#234;me temps, les responsables &#233;tats-uniens et isra&#233;liens ont publiquement fait allusion &#224; leur propre implication, se vantant de leurs ressources sur le terrain (Times of Israel, 3 janvier 2026, d&#233;claration de Mike Pompeo, ancien secr&#233;taire d'Etat de Trump I), parlant avec d&#233;sinvolture d'armer les manifestants et promettant que &#171; l'aide est en route &#187;. Leur posture ne fait que renforcer l'affirmation propagandiste de l'&#201;tat selon laquelle la contestation est une op&#233;ration &#233;trang&#232;re. Les responsables iraniens ont &#224; leur tour pr&#233;sent&#233; les manifestations comme une prolongation de la guerre de 12 jours avec Isra&#235;l [et aussi les Etats-Unis] en juin 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte un double discours qui profite &#224; tout le monde sauf aux Iraniens de base. D'un c&#244;t&#233;, les signaux ext&#233;rieurs transforment la v&#233;ritable contestation populaire en un champ de bataille par procuration o&#249; la mort devient un dommage collat&#233;ral sur la voie du changement de r&#233;gime. De l'autre, la R&#233;publique islamique consid&#232;re toute rh&#233;torique de changement de r&#233;gime comme la preuve que les manifestants sont des terroristes, des espions et des agents ennemis plut&#244;t que des citoyens ayant des revendications l&#233;gitimes. En ce sens, la r&#233;ponse de l'&#201;tat iranien et la politique des puissances ext&#233;rieures partagent une caract&#233;ristique fondamentale : tous deux consid&#232;rent que la vie des Iraniens est sacrifiable au profit du pouvoir et du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations ont certes &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es massivement pour l'instant, mais les conditions qui les ont g&#233;n&#233;r&#233;es restent inchang&#233;es. Rien n'indique que l'&#201;tat soit capable ou dispos&#233; &#224; entreprendre les r&#233;formes structurelles et sociales n&#233;cessaires pour r&#233;soudre fondamentalement la crise de la survie quotidienne. Alors qu'il ne peut pas lever directement les sanctions, il n'a montr&#233; que peu d'int&#233;r&#234;t pour r&#233;duire l'exposition des familles &#224; l'inflation, lutter contre la pr&#233;carit&#233; des conditions de vie ou r&#233;tablir un minimum de cr&#233;dibilit&#233; en mati&#232;re de protection sociale et de repr&#233;sentation. L'instabilit&#233; mon&#233;taire et la volatilit&#233; des prix sont de plus en plus consid&#233;r&#233;es comme des conditions normales, et non comme des urgences &#224; r&#233;soudre. &#192; chaque cycle d'aust&#233;rit&#233; suivi de manifestations, la crise s'aggrave et le recours &#224; la force brutale, massive devient la m&#233;thode de contr&#244;le par d&#233;faut. L'avenir est incertain, mais la direction &#224; prendre ne l'est pas. Tant que la crise sera g&#233;r&#233;e par l'aust&#233;rit&#233; et les balles, et tant que les puissances ext&#233;rieures traiteront la vie des Iraniens comme des instruments de pression et de changement de r&#233;gime, les co&#251;ts continueront d'augmenter et d'autres personnes mourront. (Article publi&#233; sur le site Merip Report &#8211; Middle East Research and Information du 29 janvier 2026 ; traduction-&#233;dition r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ida Nikou est titulaire d'un doctorat en sociologie de l'universit&#233; Stony Brook et &#233;tudie comment les sanctions, l'aust&#233;rit&#233; et la restructuration financi&#232;re remod&#232;lent le travail, le bien-&#234;tre et le pouvoir de l'&#201;tat en Iran.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Les travailleuses iraniennes : d&#233;fis et opportunit&#233;s &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-travailleuses-iraniennes-defis-et-opportunites</link>
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		<dc:date>2023-10-10T07:00:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ida Nikou</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-10-10</dc:subject>
		<dc:subject>Iran</dc:subject>
		<dc:subject>Monde du travail et syndicalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cet article explore les conditions de travail rencontr&#233;es par les femmes iraniennes. Il examine les le&#231;ons tir&#233;es d'une ann&#233;e de r&#233;sistance et propose une voie vers l'&#171; e mpouvoirement &#187; (empowerment) des travailleuses en Iran. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/10/08/iran-solidarite-sororite-avec-les-femmes-iraniennes/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Conditions de travail des travailleuses iraniennes &lt;br class='autobr' /&gt;
La mise en place d'un r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral en Iran au cours des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-mouvement-syndical-international-" rel="directory"&gt;Le mouvement syndical international&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Iran-+" rel="tag"&gt;Iran&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Monde-ouvrier-et-syndicalisme-+" rel="tag"&gt;Monde du travail et syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/iran23-7ba3d.jpg?1781065676' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article explore les conditions de travail rencontr&#233;es par les femmes iraniennes. Il examine les le&#231;ons tir&#233;es d'une ann&#233;e de r&#233;sistance et propose une voie vers l'&#171; e mpouvoirement &#187; (empowerment) des travailleuses en Iran.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/10/08/iran-solidarite-sororite-avec-les-femmes-iraniennes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/10/08/iran-solidarite-sororite-avec-les-femmes-iraniennes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conditions de travail des travailleuses iraniennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place d'un r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral en Iran au cours des ann&#233;es 1980, &#224; l'instar d'autres r&#233;gions, a entra&#238;n&#233; une d&#233;sindustrialisation et une d&#233;r&#233;glementation du march&#233; du travail. Il en a r&#233;sult&#233; une plus grande pr&#233;carit&#233; de l'emploi, une augmentation des taux de ch&#244;mage et une main-d'&#339;uvre plus vuln&#233;rable et d&#233;valoris&#233;e. Les salaires inf&#233;rieurs &#224; la normale, exacerb&#233;s par une inflation persistante &#224; deux chiffres, ont contraint de nombreux travailleurs, y compris des femmes, &#224; se tourner vers le secteur du travail non r&#233;glement&#233;, non d&#233;clar&#233;. Cependant, les femmes en Iran s'affrontent &#224; une forme distincte d'oppression due &#224; l'intersection des normes capitalistes et patriarcales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste iranien, influenc&#233; par l'orthodoxie religieuse, impose une structure patriarcale et ethnocentrique. Des dispositions l&#233;gales, telles que l'octroi aux femmes de la moiti&#233; des droits accord&#233;s aux hommes et l'obligation d'obtenir le consentement du mari ou du p&#232;re pour travailler et voyager, perp&#233;tuent l'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique et l'oppression sociale, juridique et &#233;conomique. Par cons&#233;quent, les femmes iraniennes connaissent diff&#233;rents niveaux de pr&#233;carit&#233;, influenc&#233;s par le contexte &#233;conomique, socioculturel, politique et g&#233;ographique. Il est essentiel d'analyser leur situation en tenant compte de ces facteurs &#224; multiples facettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, l'administration d'Ebrahim Ra&#239;ssi [en fonction comme pr&#233;sident depuis ao&#251;t 2021] a intensifi&#233; les limitations sur l'emploi des femmes, en donnant la priorit&#233; aux r&#233;glementations r&#233;gressives qui encouragent les petits travaux &#224; domicile pour les femmes tout en limitant les possibilit&#233;s de travail en dehors de la maison. Cela correspond &#224; la tendance de l'Etat &#224; assigner les femmes, en priorit&#233;, au r&#244;le de travailleuse domestique. En outre, en p&#233;riode de r&#233;cession &#233;conomique, les femmes sont souvent les premi&#232;res &#224; subir des licenciements. Par exemple, lors de la pand&#233;mie de Covid-19 en 2021, plus d'un million d'Iraniennes ont perdu leur emploi, ce qui les a pouss&#233;es &#224; reprendre leur r&#244;le de m&#233;nage, de femme au foyer ou &#224; se tourner vers l'&#233;conomie informelle, o&#249; le droit du travail n'offre aucune protection. Cette situation est particuli&#232;rement &#233;vidente en Iran, o&#249; la participation des femmes &#224; la population active est inf&#233;rieure &#224; 12%, ce qui est nettement inf&#233;rieur &#224; la moyenne mondiale de 46% et m&#234;me &#224; la moyenne du Moyen-Orient de 19%. Bien que la participation &#233;conomique des femmes iraniennes ait toujours &#233;t&#233; inf&#233;rieure &#224; celle des hommes, les statistiques actuelles brossent un tableau plus sombre : une seule femme participe &#224; l'&#233;conomie iranienne pour cinq hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance d'un taux de ch&#244;mage &#233;lev&#233; en Iran a encore r&#233;duit le &#171; prix &#187; de la main-d'&#339;uvre, incitant les employeurs &#224; r&#233;duire les salaires et les prestations sociales. La main-d'&#339;uvre iranienne est l'une des moins ch&#232;res du monde. Le salaire nominal minimum en 2023 n'&#233;tait que de 44 cents de dollar de l'heure, soit la moiti&#233; de ce que gagne la main-d'&#339;uvre mexicaine. Pour ne rien arranger, les salaires des femmes sont encore plus bas, ne repr&#233;sentant parfois qu'un quart de ceux de leurs homologues masculins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, de nombreuses femmes iraniennes ont &#233;t&#233; contraintes de travailler dans le secteur informel, o&#249; elles ne b&#233;n&#233;ficient pas d'une couverture d'assurance, de la s&#233;curit&#233; de l'emploi et d'une protection li&#233;e &#224; la l&#233;gislation du travail. Ces emplois informels englobent divers r&#244;les, notamment dans le travail domestique, l'agriculture, le commerce itin&#233;rant et les petits ateliers. Les donn&#233;es officielles indiquent que plus de 60% des femmes iraniennes travaillent dans l'&#233;conomie informelle, ce qui souligne l'ampleur du probl&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mod&#232;le d'emploi urbain-rural&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mod&#232;les d'emploi dans les zones urbaines et rurales de l'Iran ont un impact significatif sur les d&#233;bouch&#233;s et les exp&#233;riences des femmes en mati&#232;re d'emploi. Dans les zones urbaines, bien que le nombre de femmes instruites et sp&#233;cialis&#233;es ait augment&#233;, leur taux de ch&#244;mage reste &#233;lev&#233;. Plus de la moiti&#233; des femmes iraniennes au ch&#244;mage sont dipl&#244;m&#233;es de l'enseignement sup&#233;rieur, plus de 76% d'entre elles &#233;tant titulaires d'un dipl&#244;me universitaire. Cette statistique alarmante indique un manque de possibilit&#233;s d'emploi adapt&#233;es &#224; l'&#233;ducation et aux comp&#233;tences des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le secteur des services, le secteur industriel est le deuxi&#232;me employeur de femmes en Iran, avec un taux d'emploi de 30%. Toutefois, la plupart des femmes de ce secteur travaillent dans de petits ateliers de moins de dix emplois, &#233;chappant &#224; la l&#233;gislation du travail impliquant par exemple le salaire minimum et des normes en termes de protection/sant&#233;. Les travailleuses se retrouvent souvent dans des emplois saisonniers, temporaires, contractuels ou r&#233;mun&#233;r&#233;s &#224; l'heure qui ne respectent pas les normes minimales, ce qui entra&#238;ne des conditions de travail inhumaines et la pr&#233;carit&#233; de l'emploi. Les conditions de travail dans ces secteurs sont souvent abusives, caract&#233;ris&#233;es par de longues heures de travail, des salaires in&#233;gaux et inf&#233;rieurs aux normes, l'absence de couverture sociale et l'ins&#233;curit&#233; de l'emploi. Ces conditions constituent des obstacles importants &#224; la sauvegarde de l'emploi pour les travailleurs iraniens, en particulier les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les zones rurales, les taux d'activit&#233; des femmes sont plus &#233;lev&#233;s, avec environ dix &#224; douze millions de femmes r&#233;sidant dans ces zones. Parmi elles, environ six millions travaillent dans l'agriculture, en &#233;tant directement impliqu&#233;es dans la production et la r&#233;colte. Cependant, seulement 1% d'entre elles poss&#232;dent la terre qu'elles cultivent. De nombreuses femmes travaillant dans les zones rurales sont employ&#233;es sur une base journali&#232;re ou saisonni&#232;re, sans s&#233;curit&#233; d'emploi ni protections fondamentales telles que l'assurance maladie, les prestations de retraite et le salaire minimum. Beaucoup travaillent comme ouvri&#232;res familiales non r&#233;mun&#233;r&#233;es, contribuant au revenu familial sans recevoir de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les zones rurales, les femmes sont principalement employ&#233;es dans de petits ateliers d'artisanat et de fabrication de tapis, ainsi que dans la cueillette des fruits et la culture du riz. Il est &#233;tonnant de constater que plus de 75% de la production artisanale, 40% de la production agricole et 80% de la production de tapis en Iran sont assur&#233;s par des femmes travaillant dans les zones rurales. Malgr&#233; leur participation &#233;conomique plus importante et leur contribution significative &#224; l'agriculture et &#224; la production alimentaire, les travailleuses rurales sont confront&#233;es &#224; davantage de d&#233;fis et de discriminations que leurs homologues urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, les limitations des services municipaux &#8211; notamment en mati&#232;re d'&#233;ducation, de soins de sant&#233;, d'eau potable et d'installations de traitement &#8211; ainsi que les conditions climatiques difficiles (entre autres les effets de la s&#233;cheresse) aggravent la pauvret&#233; et les difficult&#233;s dans les zones rurales, en particulier pour les femmes. Les femmes rurales subissent une plus grande oppression, portent le poids de la pauvret&#233; et souffrent davantage du changement climatique et de la d&#233;gradation de l'environnement que les hommes ruraux et les citadins.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fis et perspectives de l'organisation des travailleuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte o&#249; les travailleuses subissent une exploitation et des in&#233;galit&#233;s plus importantes que leurs homologues masculins, il est essentiel de cr&#233;er des organisations ind&#233;pendantes adapt&#233;es aux besoins et aux d&#233;fis sp&#233;cifiques de leur environnement de travail. Malheureusement, les travailleuses iraniennes ne disposent pas de telles organisations, malgr&#233; leur r&#244;le essentiel dans la coordination des mobilisations [mouvement &#171; Femmes, Vie, Libert&#233; &#187;] et la d&#233;fense de leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obstacle le plus fondamental &#224; l'organisation des travailleuses iraniennes est li&#233; aux modalit&#233;s de leur insertion dans l'emploi. Contrairement &#224; de nombreux pays d'Asie et d'Asie du Sud-Est o&#249; les femmes constituent une part importante des travailleurs industriels, les travailleuses iraniennes, comme nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;, sont principalement dispers&#233;es dans des emplois li&#233;s &#224; l'&#233;conomie domestique, et nombre d'entre elles sont forc&#233;es de se tourner vers l'&#233;conomie informelle, sans protection. La nature de ces emplois fait obstacle aux efforts d'organisation d'une grande partie de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine. En outre, en raison des restrictions l&#233;gales qui interdisent aux travailleurs et travailleuses d'Iran de former des organisations de d&#233;fense ind&#233;pendantes, les femmes ont moins d'exp&#233;rience que les hommes en mati&#232;re d'organisation autour de revendications collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces d&#233;fis structurels, les travailleuses iraniennes ont jou&#233; un r&#244;le important dans des conflits du travail et des manifestations de ces derni&#232;res ann&#233;es, en particulier parmi les enseignant&#183;e&#183;s, les travailleurs de la sant&#233; et les retrait&#233;&#183;e&#183;s. Toutefois, les femmes ont rarement assum&#233; des r&#244;les de direction et de taches organisationnelles au sein des structures syndicales existantes, limitant leurs revendications &#224; des questions g&#233;n&#233;rales li&#233;es au travail [et n'int&#233;grant pas les questions relatives &#224; leur statut particulier en tant que travailleuses].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#171; Femme, Vie, Libert&#233; &#187; [Jin, Jiyan, Azadi-JJA en kurde, Mahsa Jina Amini &#233;tait Kurde iranienne] a permis &#224; des femmes marginalis&#233;es de la classe ouvri&#232;re de s'exprimer, aussi bien dans les zones urbaines que rurales. Leurs pr&#233;occupations avaient rarement &#233;t&#233; entendues auparavant. La gr&#232;ve dans la firme Crouse [en novembre 2022], la premi&#232;re gr&#232;ve industrielle organis&#233;e par des travailleuses, en est un exemple notable. En tant que plus grand constructeur automobile de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es d'Iran, Crouse Co. est connu pour son environnement de travail difficile et ses pratiques de recrutement discriminatoires [70% de sa force de travail est compos&#233; de travailleuses ayant des contrats temporaires]. Par exemple, les ouvri&#232;res doivent avoir moins de 32 ans, &#234;tre c&#233;libataires et &#234;tre &#233;valu&#233;es sur leurs comp&#233;tences en mati&#232;re de gestion de la col&#232;re dans le cadre du processus de recrutement. Plus de 300 travailleuses ont organis&#233; une gr&#232;ve de trois jours pour protester contre les conditions de travail d&#233;plorables et les bas salaires. Malgr&#233; la r&#233;pression de la gr&#232;ve et le licenciement imm&#233;diat de plus de 200 travailleuses, il s'agit d'une avanc&#233;e significative pour les travailleuses iraniennes, qui souligne l'importance des organisations de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, au cours de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e, plusieurs organisations et comit&#233;s ont vu le jour, d&#233;di&#233;s aux femmes travailleuses, notamment le Comit&#233; des femmes secr&#232;tes [existant depuis d&#233;but juin 2023]. Ces organisations d&#233;fendent non seulement l'&#233;galit&#233; des sexes, mais aussi un large &#233;ventail de revendications &#233;conomiques, civiles et politiques, &#233;largissant ainsi l'horizon des possibilit&#233;s radicales pour les mouvements de femmes et de travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence importante de femmes dans le soul&#232;vement &#171; Femme, Vie, Libert&#233; &#187; (JJA), dont beaucoup &#233;taient sous-employ&#233;es ou au ch&#244;mage, met en &#233;vidence le besoin urgent d'une organisation de base parmi les travailleuses. Ces initiatives sont essentielles pour relever les d&#233;fis particuliers auxquels les travailleuses sont confront&#233;es, y compris les dimensions &#233;conomiques et de classe souvent n&#233;glig&#233;es. Ces organisations ont le potentiel de faire progresser les objectifs de lib&#233;ration des femmes de la classe laborieuse, en s'&#233;cartant de la stricte d&#233;fense de l'&#171; &#233;galit&#233; des droits &#187; et en remettant en question les structures &#233;conomiques, sociales et politiques fondamentales enracin&#233;es dans le capitalisme. Le mouvement JJA et l'&#233;mergence d'organisations populaires de travailleuses, bien que dans leur phase tr&#232;s initiale, offrent un grand espoir de changement transformateur, visant &#224; atteindre une &#233;mancipation plus large pour les femmes de la classe laborieuse en Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ida Nikou&lt;br class='autobr' /&gt;
Ida Nikou est doctorante au d&#233;partement de sociologie de l'universit&#233; d'Etat de New York, &#224; Stony Brook. Sa th&#232;se porte sur le mouvement syndical en Iran et sur l'&#233;rosion des droits du travail face &#224; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Article publi&#233; sur le site Global Labour Column en septembre 2023 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
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