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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La fabrique des migrations : Perdre espoir... et prendre la route de l'exil (1/4)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-fabrique-des-migrations-Perdre-espoir-et-prendre-la-route-de-l-exil-1-4</link>
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		<dc:date>2023-12-19T10:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brezh Malaba, Elizabeth BanyiTabi, Emmanuel Mutaizibwa, Ngina Kirori, Theophilus Abbah</dc:creator>


		<dc:subject>MIgrations</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-12-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce premier volet est consacr&#233; aux raisons du d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en anglais dans le cadre d'une enqu&#234;te transnationale men&#233;e par une &#233;quipe de journalistes dans cinq pays (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-MIgrations-+" rel="tag"&gt;MIgrations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-12-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-12-05&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/capture_d_e_cran_le_2023-12-01_a_16.00_28-298f3.png?1781076210' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce premier volet est consacr&#233; aux raisons du d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en anglais dans le cadre d'une enqu&#234;te transnationale men&#233;e par une &#233;quipe de journalistes dans cinq pays africains en partenariat avec le magazine ZAM, et intitul&#233;e &#171; Migration is not the West's problem, it is Africa's &#187; (&#171; La migration n'est pas le probl&#232;me de l'Occident, c'est celui de l'Afrique &#187;). Cette enqu&#234;te s'int&#233;resse aux raisons qui poussent de nombreux Africains &#224; prendre la route de l'exil pour l'Europe, le Golfe ou l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Perdre-espoir-et-prendre-la-route-de-l-exil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Douala, au Cameroun, lors de la c&#233;r&#233;monie d'enterrement de Bryan Achou* (1), dont le corps noy&#233; a &#233;t&#233; retrouv&#233; en M&#233;diterran&#233;e et rendu &#224; sa famille en novembre 2022, des amis et des parents &#233;voquent son destin avec &#233;motion. &#171; C'est un gamin de mon quartier ! En moins de deux semaines, nous avons perdu deux enfants. L'un en mer entre la Turquie et la Gr&#232;ce, l'autre en Tunisie &#187;, raconte une femme, le visage grave. &#171; Vraiment, avant 2035, ce pays sera vid&#233; de ses citoyens &#187;, ajoute une autre personne en deuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2035 fait r&#233;f&#233;rence au nouveau document de d&#233;veloppement du gouvernement intitul&#233; &#171; Cameroun vision 2025-2035 &#187; &#8211; le plan de l'autocrate Paul Biya, &#226;g&#233; de 90 ans, pour redresser la nation exsangue et d&#233;chir&#233;e par les conflits. &#192; en juger par les r&#233;actions d&#233;sabus&#233;es qu'a suscit&#233;es cette remarque, personne ici ne croit aux chances de succ&#232;s de ce projet. Il y en a eu tant depuis l'arriv&#233;e au pouvoir de Paul Biya, en 1982...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes ici pr&#233;sentes &#8211; hommes d'affaires, enseignants, employ&#233;s de bureau &#8211; ne meurent pas de faim. Elles ne sont pas non plus directement touch&#233;es par &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Au-Cameroun-une-guerre-qui-ne-dit-pas-son-nom&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'insurrection arm&#233;e&lt;/a&gt; qui fait rage dans la partie occidentale du Cameroun. Mais elles comprennent pourquoi les jeunes veulent partir, m&#234;me s'ils risquent la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s avoir assist&#233; aux fun&#233;railles de Bryan Achou, la journaliste camerounaise de ZAM, Elizabeth BanyiTabi, apprend qu'une de ses amies, Eva*, envisage de quitter le pays et de prendre la &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/De-la-Mauritanie-aux-Etats-Unis-la-perilleuse-traversee-de-l-Amerique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;route de l'Am&#233;rique&lt;/a&gt; : elle prendra l'avion pour le Br&#233;sil, puis des bus vers le nord, jusqu'&#224; la jungle de la fronti&#232;re avec le Panama, connue sous le nom de &#171; Dari&#233;n Gap &#187; (&#171; trou&#233;e du Dari&#233;n &#187;) ; de l&#224;, elle devra traverser &#224; pied une for&#234;t dense et chaude, infest&#233;e de serpents venimeux, d'araign&#233;es et de gangs criminels. Les personnes ayant parcouru les 80 kilom&#232;tres de marche &#224; travers cette br&#232;che l'ont d&#233;crite comme &#171; jonch&#233;e de cadavres &#187;. Eva sait tout cela, car un de ses amis est mort dans la &#171; trou&#233;e de Dari&#233;n &#187; il n'y a pas longtemps. &#171; Mais je vais essayer &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;cits d'horreur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peu pr&#232;s au m&#234;me moment, &#224; l'a&#233;roport d'Entebbe, &#224; Kampala, en Ouganda, un d&#233;fenseur des droits de l'homme observe une file de jeunes femmes voil&#233;es assises dans la zone de d&#233;part de l'a&#233;rogare. Elles semblent &#234;tre ougandaises. Un agent d'immigration explique qu'elles sont en route pour l'Arabie saoudite et &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Partis-travailler-dans-les-pays-du-Golfe-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'autres pays du Golfe&lt;/a&gt; pour y travailler comme employ&#233;es de maison. L'activiste est troubl&#233;. De nombreux rapports indiquent que ce trafic de travailleurs domestiques au Moyen-Orient place souvent les recrues dans des conditions proches de l'esclavage : horaires de travail d&#233;mesur&#233;s, coups, viols et m&#234;me meurtres. Ces jeunes filles ont-elles manqu&#233; les nombreux reportages radiophoniques et t&#233;l&#233;vis&#233;s des m&#233;dias ougandais sur ces r&#233;cits d'horreur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En enqu&#234;tant plus avant, le journaliste de ZAM Emmanuel Mutaizbwa &#8211; un ami du militant des droits de l'homme &#8211; d&#233;couvre que de nombreux Ougandais ont entendu ces r&#233;cits, mais qu'ils choisissent quand m&#234;me de partir. Il interroge Joyce Kyambadde, &#226;g&#233;e de 27 ans, battue, viol&#233;e et maltrait&#233;e, qui est n&#233;anmoins retourn&#233;e dans le Golfe pour une deuxi&#232;me p&#233;riode de travail domestique au cours des derni&#232;res ann&#233;es. &#171; Vous vous dites toujours que cette fois-ci, vous aurez un salaire. Il n'y a pratiquement aucun espoir ici [en Ouganda] &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le Bureau des statistiques ougandais, au moins 41 % des jeunes Ougandais &#226;g&#233;s de 18 &#224; 30 ans &#8211; soit un total d'environ 5 millions de personnes &#8211; n'exercent aucune activit&#233; r&#233;mun&#233;ratrice. Parmi ceux qui travaillent, en contraste frappant avec une &#233;lite richissime proche du pr&#233;sident Yoweri Museveni, &#226;g&#233; de 79 ans, une bonne partie ne gagne pas assez pour payer ne serait-ce qu'un modeste loyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas d'espoir ici &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Kenya, voisin de l'Ouganda, nombreuses sont les histoires similaires. &#171; C'est comme de dire &#224; un enfant de ne pas mettre sa main au feu, il le fera quand m&#234;me &#187;, d&#233;clare Patricia Wanja Kimani, qui a elle-m&#234;me subi des mois d'abus sexuels et de coups en tant qu'employ&#233;e de maison dans le Golfe, en a fait un livre, et travaille aujourd'hui pour une ONG dont l'objectif est de dissuader les jeunes femmes k&#233;nyanes de s'expatrier. Sa coll&#232;gue Faith Murunga, qui travaille pour une autre ONG, admet que la jeunesse k&#233;nyane &#8211; dont 67 % est au ch&#244;mage, selon la F&#233;d&#233;ration k&#233;nyane des employeurs &#8211; a peu d'alternatives. Comme en Ouganda, une &#233;lite politique extr&#234;mement riche ne fait pas grand-chose pour am&#233;liorer concr&#232;tement le sort de la population. &#171; Nous essayons de dialoguer avec le gouvernement [sur la question des perspectives pour les K&#233;nyans]. Nous faisons ce que nous pouvons &#187;, d&#233;clare Faith Murunga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les campagnes de sensibilisation men&#233;es par l'ONG semblent avoir un effet limit&#233;. La journaliste Ngina Kirori demande &#224; dix hommes et femmes pris au hasard dans les rues de Nairobi s'ils envisagent de partir dans le Golfe malgr&#233; les histoires atroces qui y sont racont&#233;es. Quatre d'entre eux r&#233;pondent : &#171; Je partirai quand m&#234;me parce qu'il n'y a pas d'espoir ici. &#187; Deux h&#233;sitent, d&#233;clarant &#224; Kirori qu'ils ont tr&#232;s peur, mais qu'ils envisagent quand m&#234;me de partir. Seuls quatre se montrent v&#233;ritablement dissuad&#233;s. Quelques mois apr&#232;s, Patricia Kimani a elle aussi quitt&#233; le Kenya &#224; la recherche d'un avenir ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes interrog&#233;es par le journaliste de ZAM, Theophilus Abbah, dans la capitale nig&#233;riane, Abuja, sont des constructeurs, des plombiers, des m&#233;decins. Neuf sur dix d&#233;clarent vouloir faire &#171; japa &#187; [&#171; s'&#233;jecter &#187;, en pidgin, NDLR], le terme nig&#233;rian pour &#233;voquer l'&#233;migration, et ce &#171; &#224; la premi&#232;re occasion &#187;. Ici aussi, les t&#233;moins citent la mauvaise gouvernance, l'&#233;tat d&#233;plorable des services de sant&#233;, d'&#233;ducation et d'autres services publics, les disparit&#233;s extr&#234;mes en mati&#232;re de richesse, la corruption et la r&#233;pression des m&#233;dias et des organisations de la soci&#233;t&#233; civile dans le pays. &#171; La souffrance est insupportable, d&#233;clare un entrepreneur en b&#226;timent. J'aurais aim&#233; rester au Nigeria si le pays fonctionnait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des Nig&#233;rians essaient de partir avec des visas, mais beaucoup d'entre eux se contentent de &#171; japa &#187; ill&#233;gal, en marchant vers le nord &#224; travers le Sahel et le Sahara, dans l'espoir d'atteindre la mer M&#233;diterran&#233;e. Selon les ONG qui travaillent avec les migrants nig&#233;rians, l'&#233;crasante majorit&#233; d'entre eux n'atteignent jamais les c&#244;tes, restant bloqu&#233;s au Sahel, o&#249; ils finissent souvent exploit&#233;s sur des chantiers, dans des r&#233;seaux de traite ou de mendicit&#233;, dans des maisons closes, ou en d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un foss&#233; profond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme au Cameroun, en Ouganda et au Kenya, les risques sont bien connus au Nigeria. Pourtant, les gens continuent de partir, explique Grace Osakue, de l'ONG Girls' Power Initiative, qui vise &#224; cr&#233;er de petites entreprises pour les anciens migrants et les candidats &#224; l'&#233;migration au Nigeria. Elle admet que les choses ne se passent pas toujours tr&#232;s bien et explique &#224; Abbah que &#171; m&#234;me ceux qui ont d&#233;j&#224; connu des difficult&#233;s repartent &#187;. Ce constat est corrobor&#233; par un &lt;a href=&#034;https://www.magyc.uliege.be/upload/docs/application/pdf/2021-09/d7.5v1-july-2021.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; de 2021 command&#233; par l'Union europ&#233;enne, qui estime que plus de 60 % des migrants nig&#233;rians qui ont &#233;t&#233; &#171; secourus &#187; sont &#171; susceptibles d'essayer de repartir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas moins de 95 % des enseignants interrog&#233;s en novembre 2022 par le syndicat des enseignants ruraux du Zimbabwe (Amalgamated Rural Teachers' Union of Zimbabwe) d&#233;clarent que s'ils en avaient la possibilit&#233; ils iraient travailler ailleurs. Selon le pr&#233;sident du syndicat, Obert Masaraure, la raison en est que les enseignants gagnent si peu qu'ils ne peuvent pas subvenir aux besoins de leur famille, &#171; pas m&#234;me pour la nourriture ou les frais de scolarit&#233; &#187;. Il consid&#232;re comme &#171; tr&#232;s chanceux &#187; un coll&#232;gue qui a r&#233;ussi &#224; partir en Arabie saoudite, explique-t-il au journaliste Brezh Malaba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas comme si le Zimbabwe &#233;tait pauvre : le pays poss&#232;de des r&#233;serves d'or et de diamants parmi les plus abondantes au monde, sans parler du lithium et d'autres minerais rares. De nombreux reportages et documentaires, tels que &#171; &lt;a href=&#034;https://www.aljazeera.com/news/2023/3/23/gold-mafia-looting-southern-africa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gold Mafia&lt;/a&gt; &#187;, d'Al Jazeera, ont montr&#233; comment les revenus sont r&#233;guli&#232;rement accapar&#233;s par des personnalit&#233;s du parti au pouvoir, la Zanu-PF. &#171; Les &#233;lites au pouvoir d&#233;pouillent la nation de toutes ses richesses, enrage Obert Masaraure. Elles facilitent m&#234;me le pillage de nos ressources naturelles par les multinationales &#233;trang&#232;res. Les enseignants et autres professionnels que nous sommes sont lourdement tax&#233;s, mais les ministres per&#231;oivent des salaires &#233;normes. Nous finan&#231;ons leurs jets priv&#233;s et [&#8230;] leurs d&#233;penses de luxe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La vie est trop courte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, lors des &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Au-Zimbabwe-une-election-presidentielle-biaisee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;centes &#233;lections&lt;/a&gt; consid&#233;r&#233;es comme frauduleuses, la Zanu-PF a remport&#233; &#224; nouveau la victoire, le r&#233;seau X (ex-Twitter) du Zimbabwe a &#233;t&#233; inond&#233; de messages qui s'adressaient au voisin m&#233;ridional, l'Afrique du Sud, dont le pr&#233;sident, Cyril Ramaphosa, avait f&#233;licit&#233; son homologue Emmerson Mnangagwa pour sa victoire. &#171; Je vous f&#233;licite aussi pour le nombre de Zimbabw&#233;ens qui entreront bient&#244;t ill&#233;galement dans votre pays &#187;, dit l'un d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On estime que 1 &#224; 2 millions d'immigrants zimbabw&#233;ens, faisant partie des 3 &#224; 5 millions de Zimbabw&#233;ens qui vivent en dehors de leur pays (sur un total de 16 millions de citoyens zimbabw&#233;ens), sont venus en Afrique du Sud au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Leur pr&#233;sence a &#233;t&#233; la cible de pressions politiques de la part des politiciens sud-africains, qui ont orchestr&#233; des campagnes de haine contre les Zimbabw&#233;ens, les accusant notamment d'&#234;tre des criminels. Les twittos zimbabw&#233;ens en sont bien conscients. &#171; Mais nous continuons &#224; venir &#187;, disent-ils. &#171; Si vous avez l'occasion de partir, faites-le &#187;, a lanc&#233; le journal The News Hawks sur son compte X (ex-Twitter) apr&#232;s que les r&#233;sultats des &#233;lections ont &#233;t&#233; rendus publics. &#171; La vie est trop courte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cinq pays &#233;tudi&#233;s, l'&#233;quipe n'a trouv&#233; personne affirmant qu'il &#233;tait possible d'arr&#234;ter les migrations en provenance des pays africains. Comme l'a dit Kah Walla, militant camerounais de l'opposition, &#171; personne ne quitte sa maison si elle est confortable. Si je pense que pour ma survie je dois quitter mon pays, j'utiliserai tous les moyens pour le faire. &#187; Elizabeth BanyiTabi, journaliste &#224; ZAM, a elle-m&#234;me &#233;t&#233; encourag&#233;e par un homme &#224; c&#244;t&#233; d'elle dans un avion reliant le Cameroun &#224; Amsterdam &#171; &#224; ne pas revenir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des personnes interrog&#233;es, comme les reporters de ZAM, sont attrist&#233;es par l'&#233;tat des pays o&#249; elles sont n&#233;es. Mais si les reporters restent attach&#233;s &#224; leur profession, esp&#233;rant que le journalisme finira par avoir un certain impact, de nombreux interlocuteurs se sentent impuissants &#224; changer quoi que ce soit, ou &#224; &#171; construire leur propre pays &#187;, comme ont tendance &#224; le dire les Occidentaux qui s'opposent &#224; l'immigration. &#171; Oui, notre pays doit se d&#233;velopper, il a besoin d'excellence, estime le Dr Ejike Oji, expert du secteur de la sant&#233; au Nigeria. Il est donc triste de voir nos meilleurs cerveaux partir. Mais [dans le syst&#232;me nig&#233;rian] vous serez n&#233;glig&#233;, m&#234;me si vous &#234;tes le plus brillant. L'excellence n'est pas r&#233;compens&#233;e ici. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Les noms marqu&#233;s d'un ast&#233;risque ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;******&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Abonnez-vous &#224; notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir acc&#232;s aux articles publi&#233;s chaque semaine. &lt;/h2&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>La fabrique des migrations : Les candidats au d&#233;part, des vaches &#224; lait tr&#232;s pris&#233;es (2/4)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-fabrique-des-migrations-Les-candidats-au-depart-des-vaches-a-lait-tres</link>
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		<dc:date>2023-12-19T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brezh Malaba, Elizabeth BanyiTabi, Emmanuel Mutaizibwa, Ngina Kirori, Theophilus Abbah, Zam Magazine</dc:creator>


		<dc:subject>Immigration</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-12-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce deuxi&#232;me &#233;pisode s'int&#233;resse au &#171; business &#187; de l'exil. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en anglais dans le cadre d'une enqu&#234;te transnationale men&#233;e par une &#233;quipe de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Immigration-+" rel="tag"&gt;Immigration&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/capture_d_e_cran_le_2023-12-03_a_21.36_15-62948.png?1781076211' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce deuxi&#232;me &#233;pisode s'int&#233;resse au &#171; business &#187; de l'exil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Les-candidats-au-depart-des-vaches-a-lait-tres-prisees&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en anglais dans le cadre d'une enqu&#234;te transnationale men&#233;e par une &#233;quipe de journalistes dans cinq pays africains en partenariat avec le magazine ZAM, et intitul&#233;e &#171; Migration is not the West's problem, it is Africa's &#187; (&#171; La migration n'est pas le probl&#232;me de l'Occident, c'est celui de l'Afrique &#187;). Cette enqu&#234;te s'int&#233;resse aux raisons qui poussent de nombreux Africains &#224; prendre la route de l'exil pour l'Europe, le Golfe ou l'Am&#233;rique. L'&#233;quipe d'enqu&#234;teurs et d'enqu&#234;trices est compos&#233;e de : Emmanuel Mutaizibwa (Ouganda), Elizabeth BanyiTabi (Cameroun), Ngina Kirori (Kenya), Theophilus Abbah (Nigeria) et Brezh Malaba (Zimbabwe). L'ensemble a &#233;t&#233; coordonn&#233; et &#233;dit&#233; par Evelyn Groenink, r&#233;dactrice en chef des enqu&#234;tes de ZAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partenariat avec ZAM Magazine, Afrique XXI publie l'int&#233;gralit&#233; de cette s&#233;rie. Article traduit de l'anglais par Jade Ham&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il peut prier pour votre visa &#187;, promet l'ap&#244;tre Goodwin, du haut de sa tribune dans le centre &#233;vang&#233;lique Zoe Ministries, situ&#233; sur les rives du lac Victoria, juste &#224; c&#244;t&#233; de Kampala, la capitale ougandaise. &#171; Beaucoup ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; aid&#233;s. Ils ont voyag&#233;, ils travaillent aux &#201;tats-Unis. Vous n'avez qu'&#224; apporter des offrandes et il fera des miracles pour vous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milliers de personnes rassembl&#233;es ici en ce mardi soir attendent que le &#171; proph&#232;te &#187; Elvis Mbonye, qui porte une robe blanche et des oreillettes, et dont les miracles de prosp&#233;rit&#233; d&#233;couleraient de sa connexion directe avec Dieu, accomplisse pr&#233;cis&#233;ment cette t&#226;che. Avec impatience, ils &#233;crivent leurs pri&#232;res et les placent, avec des billets de banque, dans des enveloppes qu'ils remettent ensuite &#224; des disciples de passage. Dans cette congr&#233;gation de la classe moyenne, les &#171; b&#233;n&#233;dictions &#187; ne sont pas donn&#233;es : les billets de bronze co&#251;tent l'&#233;quivalent de 85 dollars (79 euros), les billets d'argent 185 dollars, les billets d'or 210 dollars et les billets de platine 275 dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fid&#232;les hurlent et applaudissent lorsque le proph&#232;te monte sur sc&#232;ne, l&#232;ve les yeux au ciel et commence &#224; prier. &#171; J'y crois ! &#187;, d&#233;clare avec ferveur une jeune femme &#224; c&#244;t&#233; du reporter de ZAM, Emmanuel Mutaizibwa. Son nom est Grace Zawedde. &#171; Je crois que je vais pouvoir aller aux &#201;tats-Unis. &#187; Ses yeux brillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre mardi, quelques mois plus tard, une femme monte sur sc&#232;ne pour affirmer que les offrandes qu'elle a d&#233;pos&#233;es aux pieds du proph&#232;te (qui, selon le site Religion Unplugged, p&#232;serait aujourd'hui 115 millions de dollars) ont port&#233; leurs fruits. Non seulement son visa a &#233;t&#233; avanc&#233; de dix mois, juste &#224; temps pour qu'elle puisse s'envoler vers l'Am&#233;rique, affirme-t-elle, mais elle a aussi imm&#233;diatement trouv&#233; un emploi. Au milieu des acclamations qui fusent, personne ne lui demande ce qu'elle fait alors &#224; Kampala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Suicide suspect &#224; Douala&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Douala, au Cameroun, deux jeunes femmes viennent de rentrer, traumatis&#233;es et sans le sou. Elles racontent &#224; Elizabeth BanyiTabi, membre de l'&#233;quipe de ZAM, que l'homme qui leur avait promis un voyage aux &#201;tats-Unis les a abandonn&#233;es &#224; Lagos, au Nigeria. Elles ont eu beaucoup de mal &#224; revenir, disent-elles en pleurant. Elles indiquent avoir fait confiance &#224; l'homme parce qu'il &#233;tait bien habill&#233;, bien soign&#233;, et qu'il s'exprimait bien. Il leur avait dit qu'il &#233;tait m&#233;decin aux &#201;tats-Unis et qu'il voulait vraiment les aider &#224; avoir un avenir meilleur. Elles lui avaient vers&#233;, chacune, un acompte de 1 million de francs CFA, soit environ 1 523 euros, pour obtenir le visa promis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus tard, un scandale &#233;clate &#224; Douala. Le vice-consul de France, Christian Hu&#233;, est retrouv&#233; pendu dans une chambre de sa villa : un suicide, apparemment, alors que l'on &#233;voque une affaire de faux visas. Des sources officieuses &lt;a href=&#034;https://www.newsdirectory3.com/man-suspected-of-pushing-french-consul-to-suicide-arrested-in-douala/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ont indiqu&#233;&lt;/a&gt; aux m&#233;dias locaux que M. Hu&#233; avait ill&#233;galement d&#233;livr&#233; pr&#232;s de 500 visas Schengen (Union europ&#233;enne) apr&#232;s avoir subi un &#171; chantage &#224; l'information sensible &#187; de la part d'un homme d'affaires camerounais &#171; qui a des ant&#233;c&#233;dents de fraude &#187;. L'homme a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; le 13 septembre 2023 &#224; l'a&#233;roport de Douala, &#224; son retour de France : il est accus&#233; d'avoir factur&#233; &#224; ses clients 6 000 dollars par visa, ce qui lui aurait rapport&#233; pr&#232;s de 3 millions de dollars. Les m&#233;dias ont &#233;tabli un lien entre cet homme et des cercles influents, proches du gouvernement, ainsi qu'avec le groupe fran&#231;ais &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Le-flibustier-les-tresors-caches-et-les-nuages-judiciaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bollor&#233;&lt;/a&gt;, tr&#232;s pr&#233;sent au Cameroun. Mais il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; peu apr&#232;s son arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la police ni le consulat fran&#231;ais n'ont comment&#233; l'affaire jusqu'&#224; pr&#233;sent, mais la d&#233;livrance de visas pour la France au Cameroun, d&#233;j&#224; en baisse apr&#232;s une s&#233;rie de manifestations anti-fran&#231;aises dans la r&#233;gion, semble s'&#234;tre tarie. &#171; Les derniers &#233;v&#233;nements n'ont pas arrang&#233; la situation &#187;, confirme &#224; Elizabeth BanyiTabi un diplomate fran&#231;ais qui a requis l'anonymat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des complices haut plac&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des personnes bien inform&#233;es, des fonctionnaires ou encore des agents d'organisations travaillant pour les migrants et les r&#233;fugi&#233;s ont b&#233;n&#233;fici&#233; de la lucrative exploitation financi&#232;re des candidats &#224; l'exil. Un &lt;a href=&#034;https://www.state.gov/reports/2023-trafficking-in-persons-report/cameroon/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; de 2023 du Bureau de surveillance et de lutte contre la traite des personnes du d&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain mentionne &#171; la corruption et la complicit&#233; des fonctionnaires dans les crimes de traite &#187; comme des &#171; pr&#233;occupations importantes &#187; au Cameroun, tandis qu'une &lt;a href=&#034;https://www.ghanabusinessnews.com/2023/01/03/the-great-refugee-fraud-in-cameroon/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te&lt;/a&gt; r&#233;cente du projet Museba a r&#233;v&#233;l&#233; l'implication de fonctionnaires de l'&#201;tat camerounais et d'agents du Haut-Commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s (UNHCR) dans une escroquerie consistant &#224; vendre de faux papiers de r&#233;fugi&#233;s &#224; des candidats &#224; l'&#233;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Nigeria, un &lt;a href=&#034;https://www.state.gov/reports/2023-trafficking-in-persons-report/nigeria&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; publi&#233; en 2023 par le m&#234;me bureau du d&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain signale l'implication de responsables de la s&#233;curit&#233; et du personnel gouvernemental dans le trafic de migrants dans les camps de r&#233;fugi&#233;s. Un migrant renvoy&#233; au Nigeria par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) apr&#232;s avoir &#233;chou&#233; dans sa travers&#233;e du Sahel a indiqu&#233; au journaliste de ZAM Theophilus Abbah que le personnel de l'OIM avait aid&#233; certains de ses compagnons d'infortune &#171; &#224; essayer &#224; nouveau &#187;. Interrog&#233;e sur cette accusation, l'OIM au Nigeria n'a pas r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te de ZAM a mis au jour la complicit&#233; des autorit&#233;s dans le trafic de migrants en Ouganda &#233;galement. &#171; Ces filles sont prot&#233;g&#233;es en haut lieu &#187;, assure un fonctionnaire de l'immigration &#224; un travailleur des droits de l'homme &#224; propos d'une rang&#233;e de jeunes femmes &#224; l'a&#233;roport qui esp&#232;rent se rendre en Arabie saoudite (voir l'&#233;pisode 1). Un &lt;a href=&#034;https://riskbulletins.globalinitiative.net/esa-obs-003/02-attempts-to-fight-human-trafficking-from-uganda.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; publi&#233; en 2020 par l'Initiative mondiale contre la criminalit&#233; transnationale organis&#233;e indique que &#171; les tentatives de lutte contre la traite des &#234;tres humains &#224; partir de l'Ouganda sont sap&#233;es par des liens corrompus entre de fausses agences de recrutement (de travailleurs du Golfe) et des personnes occupant des postes de pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Mutaizibwa, de ZAM, rapporte en outre l'existence d'une &#171; planque &#187; dans le district de Busia, juste apr&#232;s la fronti&#232;re k&#233;nyane, o&#249; les femmes ougandaises passent au Kenya pour se rendre dans le Golfe. &#171; Un homme a pris nos passeports et 15 000 shillings [92 dollars, NDLR]. Nous avons ensuite &#233;t&#233; transport&#233;es sur des motos. Une fois la fronti&#232;re franchie, quelqu'un nous a rendu nos passeports, tamponn&#233;s &#187;, raconte une jeune femme qui a fait le voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La passivit&#233; des autorit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ouganda g&#232;re officiellement un &#171; programme strat&#233;gique d'externalisation de la main-d'&#339;uvre &#187; qui vise &#224; &#171; faciliter le recrutement (l&#233;gal) des travailleurs migrants ougandais pour leur offrir des opportunit&#233;s d'emploi d&#233;cent et promouvoir la protection de leurs droits et de leur bien-&#234;tre dans les pays de destination &#187;. L'accord bilat&#233;ral d'exportation de main-d'&#339;uvre avec l'Arabie saoudite a &#233;t&#233; officiellement suspendu en d&#233;cembre 2022 &#224; la suite de plaintes pour mauvais traitements et torture, mais les modalit&#233;s pratiques de cette suspension, contre laquelle de nombreuses agences de recrutement ont protest&#233;, font toujours l'objet d'un d&#233;bat. En attendant, la majeure partie du trafic vers les pays du Golfe semble se poursuivre par des voies clandestines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Kenya, un repr&#233;sentant du gouvernement a d&#233;clar&#233; &#224; Ngina Kirori, journaliste de ZAM, que les femmes migrantes devraient &#171; simplement suivre le protocole conseill&#233; &#187; et ne pas faire appel &#224; des agences de recrutement &#171; malhonn&#234;tes &#187;. Mais, dans la pratique, la nuance est t&#233;nue, et le gouvernement n'a pas pris de mesures contre les agences consid&#233;r&#233;es comme &#171; malhonn&#234;tes &#187;. Un militant des droits civiques, qui a demand&#233; &#224; rester anonyme, critique cette attitude : &#171; Lorsqu'il a &#233;t&#233; prouv&#233; que toutes les proc&#233;dures avaient &#233;t&#233; suivies (par les femmes), les mauvais traitements ont quand m&#234;me &#233;t&#233; inflig&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain &lt;a href=&#034;https://www.state.gov/reports/2023-trafficking-in-persons-report/kenya/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a signal&#233;&lt;/a&gt; qu'au Kenya, en 2022, des syndicats de passeurs &#171; se sont entendus avec divers services de police et d'immigration, notamment aux postes de contr&#244;le frontaliers et dans les a&#233;roports, pour transporter des victimes de la traite &#187;, ce qui a suscit&#233; &#171; des inqui&#233;tudes s&#233;rieuses et persistantes quant &#224; la complicit&#233; des agents publics dans les crimes de traite, entravant &#224; la fois les efforts de r&#233;pression et l'identification des victimes &#187;, ajoutant que &#171; le gouvernement n'a fait &#233;tat d'aucune mesure d'application de la loi &#224; l'encontre des agents publics pr&#233;sum&#233;s complices &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La manne des transferts de fonds&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports sur la lutte contre la traite des &#234;tres humains, comme ceux cit&#233;s ci-dessus, font r&#233;guli&#232;rement r&#233;f&#233;rence aux migrants en tant que &#171; victimes &#187;, tout en n&#233;gligeant de mentionner qu'ils paient presque toujours leur transport eux-m&#234;mes, souvent avec les &#233;conomies de toute leur famille &#8211; et y compris les pots-de-vin n&#233;cessaires pour soudoyer les fonctionnaires corrompus. Selon l'ONG &lt;a href=&#034;https://www.migrant-rights.org/2022/09/exorbitant-fees-entrap-ugandan-workers-in-the-gcc/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Migrant Rights&lt;/a&gt;, les agences de recrutement de &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Partis-travailler-dans-les-pays-du-Golfe-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;main-d'&#339;uvre tourn&#233;es vers les &#201;tats du Golfe&lt;/a&gt; demandent entre 600 et 2 200 dollars par personne aux candidats &#224; l'&#233;migration en Ouganda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les frais factur&#233;s par les agences au Kenya varieraient entre 300 et 1 200 dollars, en fonction de l'agence et du pays du Golfe concern&#233;. Selon les statistiques gouvernementales, 80 000 K&#233;nyans et 87 000 Ougandais se sont rendus dans les pays du Golfe et au Moyen-Orient en 2022, ce qui signifie que, selon l'estimation la plus basse, environ 76 millions de dollars ont &#233;t&#233; vers&#233;s par les migrants aux agences de placement cette ann&#233;e-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transferts de fonds constituent une source de revenus encore plus importante et plus directe pour les &#201;tats. Selon des chiffres r&#233;cents, les travailleurs migrants ont envoy&#233; 187 millions de dollars &#224; l'&#233;conomie k&#233;nyane depuis l'Arabie saoudite au cours des huit premiers mois de 2022. Au total, les transferts de fonds de la diaspora vers le pays se sont &#233;lev&#233;s &#224; plus de 4 milliards de dollars, tandis que les transferts de fonds des Ougandais depuis l'&#233;tranger se sont &#233;lev&#233;s &#224; 1,1 milliard de dollars en 2022. Le Cameroun, beaucoup plus petit (17 millions d'habitants, contre 45 millions en Ouganda et 53 millions au Kenya), a re&#231;u pr&#232;s de 300 millions de dollars en 2021, tandis que le Zimbabwe, dont le nombre d'habitants est similaire &#224; celui du Cameroun, mais dont beaucoup plus de citoyens r&#233;sident &#224; l'&#233;tranger, re&#231;oit environ 2 milliards de dollars par an. Les envois de fonds vers le grand march&#233; nig&#233;rian avoisinent les 20 milliards de dollars par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les estimations des Nations unies, le total des envois de fonds de la diaspora vers l'Afrique s'&#233;l&#232;ve &#224; 91 milliards de dollars par an, soit &#224; peu pr&#232;s le PIB du Kenya, trois fois celui du Zimbabwe et plus de deux fois ceux de l'Ouganda et du Cameroun. (Seul le PIB du Nigeria est beaucoup plus important, avec 440 milliards de dollars, bien qu'il soit en chute libre depuis une dizaine d'ann&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres soul&#232;vent une question cruciale : n'est-il pas beaucoup plus rentable pour les gouvernements africains de voir leurs citoyens prendre la route de l'exil plut&#244;t que de leur fournir des emplois et des services publics sur place ? Interrog&#233;e par Ngina Kirori sur l'engagement du gouvernement &#224; cr&#233;er de meilleures conditions de travail au Kenya, o&#249; six personnes interrog&#233;es sur dix ont l'intention de voyager parce qu'&#171; il n'y a tout simplement pas de perspectives ici &#187;, Roseline Njogu, secr&#233;taire permanente aux Affaires &#233;trang&#232;res, a r&#233;pondu que cette question &#171; devrait &#234;tre pos&#233;e aux services comp&#233;tents &#187;. L'Autorit&#233; nationale pour l'emploi n'a quant &#224; elle pas r&#233;pondu &#224; ses questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les passeports, une machine &#224; cash&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les frais de passeport sont une autre source de profit pour les pays que des dizaines de milliers de personnes s'empressent de quitter. Selon le greffier g&#233;n&#233;ral du Zimbabwe, le pays d&#233;livre 5 000 passeports par jour &#224; un tarif de 120 dollars am&#233;ricains chacun, ce qui repr&#233;sente un chiffre d'affaires quotidien de 600 000 dollars. Au Cameroun, les passeports sont encore plus chers (180 dollars), alors que la production s'&#233;levait &#224; 1 500 passeports par jour en 2021, pour un chiffre d'affaires de 270 000 dollars par jour. En Ouganda, les passeports sont d&#233;livr&#233;s &#224; raison de 2 000 par jour au prix de 67 dollars, ce qui rapporte &#224; l'&#201;tat 134 000 dollars par jour. Au Kenya, la production quotidienne de passeports est r&#233;cemment pass&#233;e de 1 500 &#224; 5 000 au prix de 31 dollars, ce qui repr&#233;sente 155 000 dollars par jour. Au Nigeria, enfin, les passeports co&#251;tent 30 dollars et sont d&#233;livr&#233;s au rythme de 5 000 par jour, mais le gouvernement a r&#233;cemment annonc&#233; qu'il passerait &#224; 24 000 par jour pour faire face &#224; la forte augmentation de la demande.&lt;/p&gt;
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		<title>La fabrique des migrations : Une interminable perte de connaissances (3/4)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-fabrique-des-migrations-Une-interminable-perte-de-connaissances-3-4</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-fabrique-des-migrations-Une-interminable-perte-de-connaissances-3-4</guid>
		<dc:date>2023-12-19T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brezh Malaba, Elizabeth BanyiTabi, Emmanuel Mutaizibwa, Ngina Kirori, Theophilus Abbah, Zam Magazine</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-12-19</dc:subject>
		<dc:subject>MIgrations</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce troisi&#232;me volet est consacr&#233; &#224; la &#171; fuite des cerveaux &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
La circulation extr&#234;mement dense en semaine sur Zakariya Maimalari Street et Muhammadu Buhari Way, dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-12-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-12-19&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-MIgrations-+" rel="tag"&gt;MIgrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/capture_d_e_cran_le_2023-12-11_a_16.20_24-33204.png?1781076211' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce troisi&#232;me volet est consacr&#233; &#224; la &#171; fuite des cerveaux &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Une-interminable-perte-de-connaissances&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation extr&#234;mement dense en semaine sur Zakariya Maimalari Street et Muhammadu Buhari Way, dans le quartier central des affaires d'Abuja, au Nigeria, est en grande partie due aux va-et-vient de jeunes hommes et femmes qui garent leurs voitures sur les trottoirs pour s'engouffrer dans les centres de demande de visas. Le parking r&#233;serv&#233; aux visiteurs de la soci&#233;t&#233; VFS Global, qui occupe plusieurs &#233;tages de l'immeuble de la Sterling Bank, sur Muhammadu Buhari Way, ne suffit plus depuis longtemps &#224; accueillir le trop-plein de demandeurs. Il en va de m&#234;me pour le parking du concurrent de VFS, TLS Contact, dont les bureaux sont situ&#233;s au troisi&#232;me &#233;tage de la gigantesque Mukhtar El-Yakub Plaza, sur Zakariya Maimalari Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centaines de candidats au d&#233;part sont des personnels de sant&#233; qualifi&#233;s, des experts en informatique ou encore des comptables. Ils veulent faire &#171; japa &#187;, un mot yoruba que l'on peut traduire par &#171; s'&#233;chapper &#187; ou &#171; s'enfuir &#187;. Les raisons qui poussent &#224; faire &#171; japa &#187;, selon les personnes interrog&#233;es dans les files d'attente par le journaliste de ZAM Theophilus Abbah, vont du taux de ch&#244;mage &#233;lev&#233; (estim&#233; &#224; environ 41 % de la tranche d'&#226;ge active au Nigeria) &#224; l'extr&#234;me pauvret&#233; (qui touche 133 millions de personnes sur une population de 200 millions de Nig&#233;rians), en passant par la corruption et la mauvaise gouvernance d'une &#233;lite richissime. Nombreux sont ceux qui disent ne pas croire au changement &#8211; en tout cas pas dans un avenir proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2023, des &#233;lections contest&#233;es ont une fois de plus port&#233; au pouvoir un autocrate &#226;g&#233; et malade : Bola Tinubu, 71 ans, dont le premier acte a &#233;t&#233; de s'envoler pour la France afin d'y suivre un traitement m&#233;dical. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les manifestations en faveur de la justice sociale et des droits de l'homme au Nigeria ont &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le docteur Ejike Oji, ancien conseiller du gouvernement, c'est pr&#233;cis&#233;ment &#171; la frustration de l'excellence &#187; dans un syst&#232;me fond&#233; sur le favoritisme plut&#244;t que sur la comp&#233;tence qui fait fuir les professionnels de sant&#233;. &#171; Les nominations ne sont pas bas&#233;es sur le m&#233;rite. Les personnes qualifi&#233;es sont &#233;cart&#233;es au profit des enfants des riches, des politiciens et de l'&#233;lite. Les personnes discrimin&#233;es doivent donc trouver d'autres moyens de survie, et cela inclut le d&#233;part vers l'Europe et l'Am&#233;rique du Nord &#187;, d&#233;plore-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Zimbabwe, voter avec ses pieds&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les milliers de jeunes gens qui font la queue pour obtenir un passeport au Makombe Building, le si&#232;ge de l'&#233;tat civil zimbabw&#233;en situ&#233; en p&#233;riph&#233;rie de Harare, la capitale, beaucoup s'&#233;loignent d&#232;s que nous nous pr&#233;sentons comme journalistes. &#171; Je ne veux pas avoir d'ennuis. Ils me refuseront un passeport si vous prenez une photo de moi ici &#187;, explique une femme d'une vingtaine d'ann&#233;es en cachant son visage. D'autres disent au journaliste Brezh Malaba qu'ils craignent d'&#234;tre arr&#234;t&#233;s s'ils parlent. Depuis le 23 d&#233;cembre 2022, date &#224; laquelle le projet de loi sur la codification et la r&#233;forme du droit p&#233;nal (Criminal Law Codification and Reform Amendment Bill), commun&#233;ment appel&#233; &#171; projet de loi patriotique &#187; (Patriotic Bill), a &#233;t&#233; publi&#233; dans la gazette du gouvernement, le fait de &#171; porter d&#233;lib&#233;r&#233;ment atteinte &#224; la souverainet&#233; et &#224; l'int&#233;r&#234;t national du Zimbabwe &#187; est consid&#233;r&#233; comme un crime. Cela inclut le fait de critiquer le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui acceptent de s'exprimer sur leur situation personnelle ne le font que sous le couvert de l'anonymat. Leurs histoires se ressemblent toutes : ils veulent obtenir un passeport et quitter le Zimbabwe au plus vite. Ces entretiens ont eu lieu plusieurs mois avant les &#233;lections g&#233;n&#233;rales du 23 ao&#251;t 2023, ce qui signifie que beaucoup de ceux qui s'expriment dans cet article ont probablement d&#233;j&#224; quitt&#233; le pays &#8211; votant, pour ainsi dire, avec leurs pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Zimbabwe, la motivation &#233;conomique est, plus encore qu'au Nigeria, aggrav&#233;e par la r&#233;pression de toute forme d'opposition, de critique ou d'activisme en faveur du changement. Le pr&#233;sident de l'Amalgamated Rural Teachers Union of Zimbabwe (Artuz), Obert Masaraure, et ses camarades de lutte affirment qu'ils tentent depuis des ann&#233;es d'am&#233;liorer la situation des enseignants : &#171; Nous avons &#233;crit des lettres ouvertes, nous avons manifest&#233;, nous avons essay&#233; d'attirer l'attention des autorit&#233;s. Mais l'ann&#233;e derni&#232;re, le gouvernement a port&#233; contre nous des accusations de meurtre forg&#233;es de toutes pi&#232;ces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation de meurtre, visant notamment Masaraure et un de ses coll&#232;gues, Robson Chere, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Artuz, porte sur la mort d'un homme appel&#233; Roy Issa, d&#233;c&#233;d&#233; en 2016 apr&#232;s avoir chut&#233; du balcon d'un h&#244;tel &#224; Harare. Cette accusation laisse perplexe : aucun des deux n'a jamais &#233;t&#233; officiellement suspect&#233; par la police, et une enqu&#234;te a d&#233;j&#224; abouti &#224; une mort accidentelle. Amnesty International a publi&#233; une &lt;a href=&#034;https://www.zimlive.com/amnesty-international-says-masaraure-victim-of-political-persecution/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;claration&lt;/a&gt; dans laquelle l'ONG affirme que cette affaire est un exemple de pers&#233;cution politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nous ne pouvons avoir une vie digne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation de meurtre n'est que l'une des nombreuses affaires port&#233;es par l'&#201;tat zimbabw&#233;en contre le pr&#233;sident du syndicat. En 2019, il avait &#233;t&#233; accus&#233; d'&#171; incitation &#187; &#224; &#171; commettre des violences publiques &#187; et de &#171; subversion &#187;. Alors que l'affaire Roy Issa est en cours, Masaraure a d&#251; compara&#238;tre &#224; nouveau devant le tribunal le 31 mai 2023, cette fois pour un tweet dans lequel il encourageait le public &#224; soutenir Robson Chere lors de son proc&#232;s. Masaraure a &#233;galement &#233;t&#233; victime d'effractions &#224; son domicile et de passages &#224; tabac par les forces de s&#233;curit&#233;. Les deux hommes sont actuellement en libert&#233; sous caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, des dizaines d'avocats des droits de l'homme et de militants de l'opposition au Zimbabwe ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et mis en prison, sur la base d'accusations souvent consid&#233;r&#233;es comme ridicules. Une recherche Google sur les &#171; accusations forg&#233;es de toutes pi&#232;ces &#187; au Zimbabwe renvoie &#224; des centaines d'informations depuis 2017, ann&#233;e o&#249; l'actuel pr&#233;sident, Emmerson Mnangagwa, est arriv&#233; au pouvoir &#224; la faveur du coup d'&#201;tat contre Robert Mugabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son entrevue avec Brezh Malaba, Masaraure a &#233;voqu&#233; une enqu&#234;te men&#233;e aupr&#232;s des membres de l'Artuz selon laquelle 95 % d'entre eux d&#233;clarent qu'ils cherchent du travail &#224; l'ext&#233;rieur du Zimbabwe. Le syndicaliste dit comprendre les enseignants qui participent &#224; la fuite des cerveaux. &#171; Ici, on ne peut pas se nourrir, et quand on &#233;l&#232;ve la voix, on est puni. Nous ne pouvons pas avoir une vie digne &#187;, d&#233;plore-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Ouganda, les universitaires b&#226;illonn&#233;s...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Ouganda, le campus de l'universit&#233; Makerere de Kampala, qui &#233;tait jadis un lieu de d&#233;bats anim&#233;s pour les intellectuels en herbe et qui a produit des auteurs et des chercheurs de renom tels que l'&#233;crivain k&#233;nyan &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Ne-plus-ecrire-en-anglais-une-decision-qui-a-change-ma-vie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ng&#361;g&#297; wa Thiong'o&lt;/a&gt;, le po&#232;te malawite David Rubadiri et le pr&#233;sident fondateur de la Tanzanie Julius Nyerere, est bien triste. Au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, la r&#233;pression du r&#233;gime dirig&#233; par l'autocrate Yoweri Museveni, &#226;g&#233; de 79 ans, s'est intensifi&#233;e. Des universitaires critiques comme Stella Nyanzi ont quitt&#233; l'Ouganda apr&#232;s avoir &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et d&#233;tenus. D'autres ont &#233;t&#233; r&#233;duits au silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs qui sont encore l&#224;, interrog&#233;s sous le couvert de l'anonymat par le journaliste Emmanuel Mutaizibwa, disent qu'ils ont peur d'&#234;tre harcel&#233;s par des personnes nomm&#233;es &#224; des postes &#224; responsabilit&#233;, comme le nouveau vice-chancelier Barnabas Nawangwe, et le nouveau pr&#233;sident de la commission des nominations, le gendre du pr&#233;sident, Edwin Karugire. &#171; Les universitaires ne peuvent plus s'exprimer librement. Quel que soit le point de vue que l'on adopte, cette situation est dangereuse &#187;, d&#233;clare l'un d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yusuf Serunkuma, ancien &#233;l&#232;ve de Makerere, qui enseigne les &#233;tudes africaines &#224; l'universit&#233; Martin-Luther, en Allemagne, a lui aussi constat&#233; une &#171; peur omnipr&#233;sente &#187; chez ses anciens coll&#232;gues de l'universit&#233;, ajoutant que &#171; la vitesse &#224; laquelle le professeur Nawangwe signe des lettres d'expulsion d'universitaires et d'&#233;tudiants dissidents est &#233;poustouflante &#187;. Son coll&#232;gue bas&#233; aux &#201;tats-Unis, Moses Khisa, ancien &#233;l&#232;ve de Makerere lui aussi, aujourd'hui professeur associ&#233; &#224; l'universit&#233; d'&#201;tat de Caroline du Nord, estime que ces mesures sont prises &#224; dessein : &#171; Une fois que vous avez soumis l'intelligentsia, vous pouvez gouverner &#224; votre guise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pays, le num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone de Danson Kahyana, professeur de litt&#233;rature &#224; Makerere depuis l'ann&#233;e derni&#232;re, ne r&#233;pond plus. Son dernier article, publi&#233; en avril 2022 dans l'hebdomadaire ougandais The Observer, faisait &#233;tat d'une agression dont il avait &#233;t&#233; victime apr&#232;s avoir &#233;crit des papiers critiques &#224; l'&#233;gard du gouvernement. Il y expliquait qu'il avait &#233;t&#233; suivi et arr&#234;t&#233; par des hommes &#224; moto, qui l'avaient agress&#233; et lui avaient cass&#233; les dents. Dans le m&#234;me article, il affirmait que sa vie avait chang&#233; &#171; &#224; bien des &#233;gards &#187; depuis lors. &#171; Vous voyez un agresseur potentiel sur chaque boda boda [moto-taxi, NDLR]) qui passe. Mais pire que le traumatisme, c'est l'autocensure : on meurt int&#233;rieurement en tant qu'&#233;crivain et en tant qu'intellectuel. &#187; Divers enseignants de Makerere s'accordent &#224; dire qu'ils partiront d&#232;s qu'ils trouveront des opportunit&#233;s &#224; l'&#233;tranger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... Et les m&#233;decins lessiv&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#224; Kampala, des jeunes m&#233;decins qui ont tent&#233; d'am&#233;liorer les conditions de travail des agents de la sant&#233; ont fini par jeter l'&#233;ponge apr&#232;s que la police et l'arm&#233;e ont r&#233;prim&#233; leurs manifestations &#8211; des marches pour r&#233;clamer de meilleures conditions d'hospitalisation et le paiement des salaires impay&#233;s, au moment m&#234;me o&#249; une campagne sur X (ex-Twitter) intitul&#233;e &#171; Uganda Health Exhibition &#187; faisait circuler des photos de m&#233;decins op&#233;rant des patients &#224; m&#234;me le sol et de cliniques sans toit. Interrog&#233;e par Emmanuel Mutaizibwa, l'interne en m&#233;decine Judith Nalukwago, qui a particip&#233; &#224; ces manifestations, explique qu'elle souhaite rester en Ouganda parce qu'elle r&#234;ve d'y cr&#233;er son propre h&#244;pital et un fonds caritatif pour aider ses concitoyens, mais elle constate que maintenant de nombreux coll&#232;gues se pr&#233;parent &#224; partir, &#171; d&#232;s qu'ils obtiendront leur licence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien pr&#233;sident de l'Association m&#233;dicale ougandaise, le Dr Ekwaro Obuku, estime que 2 500 m&#233;decins sur les quelque 8 000 praticiens agr&#233;&#233;s, soit pr&#232;s d'un tiers, sont d&#233;j&#224; partis travailler &#224; l'&#233;tranger au cours des derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui irrite peut-&#234;tre le plus les professionnels ougandais, c'est le fait que le secteur public reste d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pauvre alors que, comme dans les quatre autres pays o&#249; cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; men&#233;e, l'&#233;lite dirigeante, elle, m&#232;ne la belle vie. Selon plusieurs journaux ougandais, le pr&#233;sident Museveni s'est r&#233;cemment vu allouer l'&#233;quivalent de 350 millions de shillings ougandais (84 000 euros) pour sa literie, ses v&#234;tements et ses chaussures, rien que pour cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Larmes de crocodile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements du Nigeria, du Kenya et du Zimbabwe ont officiellement exprim&#233; leur inqui&#233;tude face &#224; la &#171; fuite des cerveaux &#187; qui touche leur pays, mais ils n'ont pas encore pris de mesures concr&#232;tes pour am&#233;liorer les conditions de travail ou les possibilit&#233;s d'emploi. D&#233;but 2023, l'Assembl&#233;e nationale du Nigeria a tent&#233; d'adopter une loi permettant d'emp&#234;cher un agent de sant&#233; de quitter le pays pour travailler &#224; l'&#233;tranger tant qu'il n'aura pas servi sur place pendant au moins cinq ans. Le projet de loi a &#233;t&#233; rejet&#233; au motif qu'il &#233;tait discriminatoire &#8211; une explication qui pourrait &#234;tre li&#233;e au fait que les d&#233;put&#233;s nig&#233;rians eux-m&#234;mes sont susceptibles d'avoir des parents et des amis qui pourraient un jour faire &#171; japa &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la m&#234;me p&#233;riode, les repr&#233;sentants du gouvernement k&#233;nyan ont annonc&#233; des mesures visant &#224; am&#233;liorer les conditions de travail des m&#233;decins, mais aucune n'avait &#233;t&#233; r&#233;ellement mise en &#339;uvre au moment de la publication de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Zimbabwe a de son c&#244;t&#233; demand&#233; &#224; l'ONU d'imposer &#171; des dommages et int&#233;r&#234;ts &#187; aux pays qui &#171; braconnent &#187; le personnel de sant&#233; des pays du Sud, comme le Royaume-Uni. Sans r&#233;pondre directement, le gouvernement britannique a depuis publi&#233; un code de recrutement r&#233;vis&#233; pour le secteur de la sant&#233;, qui stipule que &#171; les organisations de sant&#233; et de soins sociaux en Angleterre ne recrutent pas activement dans les pays que l'Organisation mondiale de la sant&#233; reconna&#238;t comme ayant les d&#233;fis les plus pressants en mati&#232;re de personnel de sant&#233; et de soins [parmi lesquels figurent la plupart des pays africains, NDLA] &#224; moins qu'il n'y ait un accord de gouvernement &#224; gouvernement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les m&#233;decins et les infirmi&#232;res ont continu&#233; &#224; quitter les h&#244;pitaux d&#233;labr&#233;s du Zimbabwe, ce qui a fait dire &#224; un correspondant d'Al-Jazeera qu'il est &#171; futile de bl&#226;mer le Royaume-Uni alors que le Zimbabwe porte la part de responsabilit&#233; la plus importante dans la crise qu'il traverse aujourd'hui &#187;. Les larmes vers&#233;es sur le d&#233;part des m&#233;decins par un gouvernement qui pr&#233;side aux destin&#233;es d'h&#244;pitaux d&#233;pourvus de m&#233;dicaments ou d'appareils ressemblent &#224; celles d'un crocodile &#8211; il s'agit d'ailleurs du surnom du pr&#233;sident du Zimbabwe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cameroun, la militante de l'opposition Kah Walla, qui a &#233;t&#233; &#224; la pointe de la lutte contre la corruption et l'injustice sociale dans le pays, ne voit pas les gens revenir de l'&#233;tranger de sit&#244;t. &#171; Tant que nous serons dans ce r&#233;gime, les choses continueront &#224; empirer, et de plus en plus de gens partiront &#187;, dit-elle. Mais elle garde espoir : &#171; Si nous parvenons &#224; changer le r&#233;gime et &#224; reconstruire notre pays, m&#234;me les personnes qui ont &#233;migr&#233; reviendront &#187;. Son ONG, Stand Up 4 Cameroon, plaide pour que la communaut&#233; internationale aide les forces d&#233;mocratiques locales et mette un terme &#224; l'aide au d&#233;veloppement non contr&#244;l&#233;e qui atterrit dans les poches du r&#233;gime de Paul Biya. Mais ses appels sont tomb&#233;s dans l'oreille d'un sourd lorsque le FMI a de nouveau accord&#233; une subvention de 300 millions de dollars au gouvernement camerounais. Cette aide est cens&#233;e aider les pays africains &#224; se d&#233;velopper. &#171; Mais comment allons-nous nous d&#233;velopper alors que tous nos cerveaux s'en vont ? &#187; s'interroge un des Nig&#233;rians interview&#233;s pour cette enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes : Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en anglais dans le cadre d'une enqu&#234;te transnationale men&#233;e par une &#233;quipe de journalistes dans cinq pays africains en partenariat avec le magazine ZAM, et intitul&#233;e &#171; Migration is not the West's problem, it is Africa's &#187; (&#171; La migration n'est pas le probl&#232;me de l'Occident, c'est celui de l'Afrique &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette enqu&#234;te s'int&#233;resse aux raisons qui poussent de nombreux Africains &#224; prendre la route de l'exil pour l'Europe, le Golfe ou l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quipe d'enqu&#234;teurs et d'enqu&#234;trices est compos&#233;e de : Emmanuel Mutaizibwa (Ouganda), Elizabeth BanyiTabi (Cameroun), Ngina Kirori (Kenya), Theophilus Abbah (Nigeria) et Brezh Malaba (Zimbabwe). L'ensemble a &#233;t&#233; coordonn&#233; et &#233;dit&#233; par Evelyn Groenink, r&#233;dactrice en chef des enqu&#234;tes de ZAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partenariat avec ZAM Magazine, Afrique XXI publie l'int&#233;gralit&#233; de cette s&#233;rie. Article traduit de l'anglais par R&#233;mi Carayol.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>La fabrique des migrations : La grande illusion des &#171; retours volontaires &#187; (4/4)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-fabrique-des-migrations-La-grande-illusion-des-retours-volontaires-4-4</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-fabrique-des-migrations-La-grande-illusion-des-retours-volontaires-4-4</guid>
		<dc:date>2023-12-19T06:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brezh Malaba, Elizabeth BanyiTabi, Emmanuel Mutaizibwa, Ngina Kirori, Theophilus Abbah, Zam Magazine</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-12-19</dc:subject>
		<dc:subject>MIgrations</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce quatri&#232;me et dernier volet s'int&#233;resse aux &#171; projets de retour &#187; financ&#233;s notamment par l'Union europ&#233;enne. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
Coinc&#233; dans le d&#233;sert alg&#233;rien &#171; sans rien &#187;, Uka (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-MIgrations-+" rel="tag"&gt;MIgrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/capture_d_e_cran_le_2023-12-17_a_23.00_24-741fe.png?1781076211' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qui pousse des milliers d'Africain&#183;es &#224; s'exiler alors que les dangers de la route sont connus, tout comme les terribles conditions de vie dans certains pays &#171; d'accueil &#187; ? Dans cette s&#233;rie du magazine ZAM d&#233;clin&#233;e en quatre &#233;pisodes, cinq journalistes d&#233;cryptent les m&#233;canismes de la migration. Ce quatri&#232;me et dernier volet s'int&#233;resse aux &#171; projets de retour &#187; financ&#233;s notamment par l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/La-grande-illusion-des-retours-volontaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coinc&#233; dans le d&#233;sert alg&#233;rien &#171; sans rien &#187;, Uka Ifeanyi a accept&#233;, le 14 f&#233;vrier 2023, l'offre de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) de se r&#233;installer au Nigeria &#8211; une offre financ&#233;e par l'Union europ&#233;enne (UE) dans le cadre d'un programme visant &#224; mener &#224; bien des &#171; projets de retour &#187; pour les migrants refoul&#233;s. Apr&#232;s qu'il a &#233;t&#233; ramen&#233; par avion &#224; Lagos, le personnel de l'OIM lui a demand&#233; &#171; de patienter trois mois pour obtenir un logement et [se] r&#233;installer, explique-t-il au t&#233;l&#233;phone. Mais, depuis, personne ne [l']a appel&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ce &#224; quoi Ifeanyi s'attendait, car les fonctionnaires de l'OIM l'avaient sp&#233;cifiquement interrog&#233; sur ses comp&#233;tences, et lui avaient promis une aide pour lancer une petite entreprise dans sa r&#233;gion d'origine. &#171; Ils m'ont demand&#233; ce que je voulais faire et je leur ai dit que je voulais me lancer dans la plomberie, poursuit-il. Ils ont not&#233; tout cela, nous ont donn&#233; &#224; chacun 50 000 nairas [environ 58 euros] sur une carte bancaire et nous ont demand&#233; de rentrer chez nous. Mais ils n'ont jamais rappel&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grace Onuru, qui &#233;tait bloqu&#233;e en Libye apr&#232;s avoir plusieurs fois &#233;chou&#233; &#224; rejoindre l'Europe, a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'aide de l'OIM pour rentrer au Nigeria en mars 2023. &#192; son arriv&#233;e &#224; Lagos, raconte-t-elle, &#171; les fonctionnaires de l'OIM ont demand&#233; &#224; chacun d'entre nous quel m&#233;tier il souhaitait exercer. Je leur ai dit que j'avais une formation d'infirmi&#232;re et que je voulais ouvrir un magasin de produits pharmaceutiques. &#187; Comme Ifeanyi, elle a re&#231;u une carte bancaire cr&#233;dit&#233;e de 50 000 nairas. &#171; Cette somme devait nous permettre de rentrer chez nous au Nigeria. Ils ont promis de nous contacter dans les trois mois. Mais, six mois plus tard, personne ne m'a appel&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Onuru dit qu'elle a d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin d'aide : &#171; En ce moment, je suis bloqu&#233;e. Aucun membre de ma famille ne peut m'aider. &#187; &#192; l'exception d'une &#233;cole primaire dans laquelle elle squatte la nuit, &#224; Lugbe, un quartier d'Abuja, elle n'a aucun endroit o&#249; aller. &#171; Je n'ai rien &#224; manger. Je n'ai pas de travail et je n'ai personne vers qui me tourner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;60 % des nig&#233;riens secourus veulent repartir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ce genre de r&#233;cits dans plusieurs rapports, dont un r&#233;dig&#233; par des chercheurs mandat&#233;s par l'Union europ&#233;enne elle-m&#234;me (1). L'&#233;tude note qu'une majorit&#233; de migrants revenus au pays vivent encore sous des tentes, ont disparu ou sont dans une situation pire qu'avant. Tous les rapports s'accordent &#224; dire que plus de 60 % des Nig&#233;rians qui ont &#233;t&#233; &#171; secourus &#187; (souvent des prisons et des centres de d&#233;tention en Afrique du Nord) sont tent&#233;s de repartir. Trois anciens migrants, rentr&#233;s depuis 2017 et interrog&#233;s par ZAM, ne disent pas autre chose. Eux ont r&#233;ussi &#224; se r&#233;installer, avec l'aide de projets financ&#233;s par l'UE. L'un a cr&#233;&#233; une ferme piscicole, un autre un salon de coiffure, et le dernier un atelier de soudure et d'&#233;lectricit&#233;. Ils affirment que la plupart des personnes avec lesquelles ils &#233;taient revenus au Nigeria &#8211; l'un d'eux a mentionn&#233; de nombreuses &#171; m&#232;res c&#233;libataires qui &#233;taient cens&#233;es ouvrir des salons de coiffure &#187; &#8211; sont reparties apr&#232;s avoir vendu leur &#171; p&#233;cule de d&#233;part &#187;, parfois &#171; avec l'aide du personnel de l'OIM &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les raisons de cet &#233;chec ? L'OIM n'a pas r&#233;pondu aux sollicitations de ZAM. Pour Osita Osemene, de Patriotic Citizen Initiatives, l'une des ONG impliqu&#233;es dans le programme de r&#233;installation, l'OIM et le gouvernement nig&#233;rian n'ont pas fait grand-chose pour permettre aux nouveaux arriv&#233;s de se r&#233;installer. Il ajoute que, selon lui, le gouvernement nig&#233;rian est le principal responsable de cette situation : &#171; Ce sont des Nig&#233;rians, notre gouvernement doit prendre ses responsabilit&#233;s. L'OIM est cens&#233;e continuer &#224; les soutenir et leur donner un peu de capital pour qu'ils se lancent dans les affaires. Cela n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas. Mais que fait le gouvernement nig&#233;rian &#224; ce sujet ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le porte-parole de l'Agence nationale de gestion des urgences (National Emergency Management Agency, Nema), Manzo Ezekiel, qui est charg&#233; de transporter les rapatri&#233;s au Nigeria, pr&#233;cise que le mandat de la Nema est d'accueillir les personnes qui ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es d'Afrique du Nord par l'OIM vers le Nigeria. &#171; Nous leur apportons le soutien financier n&#233;cessaire pour qu'ils retournent dans leur lieu de r&#233;sidence, explique-t-il. La Commission nationale pour les r&#233;fugi&#233;s, les migrants et les personnes d&#233;plac&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de leur propre pays est charg&#233;e de leur fournir une formation &#224; l'entrepreneuriat ou de leur donner des capitaux pour cr&#233;er des entreprises. &#187; La porte-parole de la Commission pour les r&#233;fugi&#233;s, Khadija Imam, n'a pas r&#233;pondu &#224; nos questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bloqu&#233;s en Afrique du nord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une enqu&#234;te du journal n&#233;erlandais &lt;a href=&#034;https://thecorrespondent.com/collection/migration&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Correspondent&lt;/a&gt;, l'Union europ&#233;enne a financ&#233;, entre 2011 et 2019, 47 projets r&#233;gionaux de &#171; facilitation des transports &#187; destin&#233;s &#224; aider les migrants retrouv&#233;s le long des routes migratoires dans les pays d'Afrique du Nord &#171; &#224; retourner volontairement &#187; dans leurs pays d'origine, pour un co&#251;t de 775 millions d'euros. Pour le seul Nigeria, le co&#251;t s'est &#233;lev&#233; &#224; 68 millions d'euros. Mais m&#234;me dans les cas o&#249; les projets ont &#233;t&#233; couronn&#233;s de succ&#232;s, leur impact r&#233;el est douteux. Si l'OIM au Nigeria indique dans son rapport de 2021 qu'elle a aid&#233; 3 042 migrants &#224; &#171; retourner volontairement &#187; au Nigeria, ce chiffre est d&#233;risoire par rapport au nombre de migrants nig&#233;rians qui empruntent chaque ann&#233;e des itin&#233;raires ill&#233;gaux dans la direction oppos&#233;e : ils seraient, selon les estimations, entre 44 000 &#224; 85 000 (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon des recherches men&#233;es en 2007, entre 66 % et 80 % d'entre eux sont susceptibles de rester bloqu&#233;s en Afrique du Nord. Mais ce pourcentage pourrait avoir augment&#233; particuli&#232;rement au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es, depuis que les initiatives europ&#233;ennes ont transform&#233; les zones frontali&#232;res nord-africaines en murs lourdement surveill&#233;s. Depuis 2015, la pression de l'UE a conduit &#224; la criminalisation du transport des migrants le long des itin&#233;raires. Le Fonds fiduciaire europ&#233;en d'urgence pour l'Afrique, dot&#233; de 6 milliards de dollars, &#233;galement cr&#233;&#233; en 2015, a par ailleurs financ&#233; des infrastructures qui acheminent les migrants ill&#233;gaux vers les &lt;a href=&#034;https://www.msf.org/italy-libya-agreement-five-years-eu-sponsored-abuse-libya-and-central-mediterranean&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prisons et les centres de d&#233;tentio&lt;/a&gt;n en Libye. Les Subsahariens vivant actuellement dans des conditions d'exploitation ou d&#233;tenus dans des pays comme la Libye seraient, selon les estimations, entre 1 et 2 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arr&#234;t&#233;s, battus et viol&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cameroun, selon l'OIM, 5 450 migrants ont &#233;t&#233; &#171; autoris&#233;s &#224; retourner [dans leur pays] et &#224; se r&#233;int&#233;grer &#187; entre 2017 et 2021, dans le cadre de l'Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la r&#233;int&#233;gration des migrants. Dans un &lt;a href=&#034;https://storyteller.iom.int/stories/migrant-return-and-reintegration-complex-challenging-crucial&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rapport&lt;/a&gt; qui se concentre sur la p&#233;riode allant de janvier &#224; juin 2021, l'OIM &#233;crit qu'au cours de ces six mois, 233 Camerounais ont b&#233;n&#233;fici&#233; de son &#171; Programme d'aide au retour volontaire et &#224; la r&#233;int&#233;gration &#187;. L'organisation note que cela a &#233;t&#233; &#171; loin d'&#234;tre un parcours sans heurts &#187; et qu'&#171; il y a des retards pour certains projets de r&#233;int&#233;gration en raison du manque de constance et/ou de d&#233;vouement de certains rapatri&#233;s qui demandent une r&#233;int&#233;gration socio-&#233;conomique. &#187; Citant un rapatri&#233; pr&#233;nomm&#233; Arnaud, 31 ans, rentr&#233; d'Alg&#233;rie en janvier 2023, qui &#171; a d'abord connu une p&#233;riode difficile &#187; mais qui maintenant &#171; &#233;l&#232;ve et vend des poulets &#187;, le rapport indique cependant que, dans son cas &#233;galement, &#171; des d&#233;fis subsistent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ONG Human Rights Watch &lt;a href=&#034;https://www.hrw.org/report/2022/02/10/how-can-you-throw-us-back/asylum-seekers-abused-us-and-deported-harm-cameroon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a rapport&#233;&lt;/a&gt; qu'entre 2020 et 2022, 80 &#224; 90 demandeurs d'asile d&#233;bout&#233;s aux &#201;tats-Unis, qui ont &#233;t&#233; expuls&#233;s vers le Cameroun, ont subi des pers&#233;cutions et d'autres violations graves des droits de l'homme d&#232;s leur retour dans leur pays, certains affirmant avoir &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, battus et viol&#233;s par des gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme au Nigeria, le nombre de rapatri&#233;s au Cameroun reste faible par rapport &#224; celui des personnes qui quittent le pays. Alors que l'OIM fait &#233;tat d'un peu plus de 1 000 rapatri&#233;s par an rien qu'en 2022, &lt;a href=&#034;https://www.worlddata.info/africa/cameroon/asylum.php#:~:text=8%2C115%20people%20from%20Cameroon%20fled,asylum%20applications%20have%20been%20rejet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;8 115 Camerounais&lt;/a&gt;, soit huit fois plus, sont partis demander l'asile ailleurs &#8211; en dehors de l'Afrique pour la plupart. On ignore combien d'entre eux ont p&#233;ri ou se sont retrouv&#233;s sans moyens de poursuivre leur voyage. On ne sait pas non plus ce qu'il est advenu, selon les donn&#233;es mentionn&#233;es ci-dessus, des 5 437 personnes dont la demande a &#233;t&#233; rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les camps en Arabie saoudite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon des ONG k&#233;nyanes, il existe treize &#171; centres de secours &#187; pour les travailleurs k&#233;nyans victimes d'abus en Arabie saoudite. G&#233;r&#233;s par l'&#201;tat saoudien et ne recevant qu'occasionnellement la visite de dignitaires k&#233;nyans, ces centres n'ont pas bonne presse. Des femmes y seraient d&#233;tenues pendant des ann&#233;es, le temps que leurs &#171; papiers soient trait&#233;s &#187;, et celles qui tombent malades n'y sont pas soign&#233;es. &#171; De nombreuses femmes sont bloqu&#233;es dans ces camps &#187;, d&#233;clare Fred Ojiro, porte-parole de l'ONG de d&#233;fense des droits de l'homme Haki. &#171; Au cours de la deuxi&#232;me semaine de juin [2023], une femme y est d&#233;c&#233;d&#233;e. D'autres d&#233;c&#232;s relev&#233;s dans des rapports n'ont pas pu &#234;tre confirm&#233;s &#187;, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les estimations selon lesquelles une grande majorit&#233; des travailleurs migrants, en particulier les employ&#233;es de maison (parmi les quelque 300 000 K&#233;nyans travaillant &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Partis-travailler-dans-les-pays-du-Golfe-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans les &#201;tats du Golfe&lt;/a&gt;), sont exploit&#233;s, battus et viol&#233;s sur leur lieu de travail sont exactes, le nombre de femmes accueillies dans ces camps est remarquablement faible : selon les chiffres officiels, elles ne seraient que 288 au total. Il n'a pas &#233;t&#233; possible de d&#233;terminer si cela signifie que les femmes &#171; pr&#233;f&#232;rent &#187; leur travail &#171; d'esclave &#187; aux camps, qu'elles ne veulent pas &#234;tre forc&#233;es &#224; rentrer chez elles ou qu'elles ne sont tout simplement pas au courant de l'existence de ces camps (ni d'ailleurs de la ligne t&#233;l&#233;phonique d'urgence et de l'adresse &#233;lectronique que le gouvernement k&#233;nyan a mis en place).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la r&#233;installation dans leur pays d'origine, rien n'indique que des employ&#233;es de maison victimes d'abus ont re&#231;u de l'aide pour commencer un nouvel emploi au Kenya (hormis le fait que la secr&#233;taire permanente aux Affaires &#233;trang&#232;res et &#224; la diaspora, Roseline Njogu, a d&#233;clar&#233; que les billets de retour &#224; Nairobi depuis les camps de secours &#171; ont &#233;t&#233; financ&#233;s &#187; par son minist&#232;re). &#171; Nous faisons ce que nous pouvons &#187;, soupire Faith Murunga, une K&#233;nyane qui a &#233;t&#233; &#233;bouillant&#233;e par son employeur en Arabie Saoudite et qui alerte d&#233;sormais sur les risques de l'&#233;migration dans le Golfe. Selon elle, les ONG n'ont pas les moyens de faire plus que des campagnes de sensibilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mirage de la biom&#233;trie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UE ne semble pas se pr&#233;occuper outre mesure de la plupart des migrants k&#233;nyans et ougandais se rendant dans le Golfe, contrairement aux Ouest-Africains qui souhaitent se rendre en Europe. Les d&#233;penses les plus importantes du Fonds fiduciaire d'urgence pour l'Afrique sont consacr&#233;es au contr&#244;le des fronti&#232;res : 250 millions d'euros, sur les 770 millions d&#233;pens&#233;s entre 2011 et 2019, ont servi &#224; mettre au point une carte d'identit&#233; num&#233;rique biom&#233;trique pour les Nig&#233;rians, afin d'emp&#234;cher le franchissement ill&#233;gal des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce projet a lui aussi peu de chances d'atteindre son objectif. Dans une &lt;a href=&#034;https://www.zammagazine.com/investigations/1414-nigeria-the-border-control-syndicate-how-plunder-continues-in-spite-of-parliament-and-the-courts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te pr&#233;c&#233;dente&lt;/a&gt;, ZAM r&#233;v&#233;lait que les fronti&#232;res du Nigeria sont toujours aussi poreuses, tandis que le nouveau projet de carte d'identit&#233; biom&#233;trique n'a &#233;t&#233; qu'une vache &#224; lait pour divers syndicats corrompus op&#233;rant au sein et autour du service d'immigration du Nigeria, le NIS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sondage r&#233;alis&#233; par le Bureau nig&#233;rian des statistiques aupr&#232;s des personnes de retour d'Europe montre que, selon elles, la migration vers l'Europe diminuerait si le Nigeria offrait des emplois, une &#233;ducation, la s&#233;curit&#233;, des infrastructures sociales, et s'il r&#233;formait un syst&#232;me actuellement bas&#233; sur le favoritisme. Le Dr Ejike Oji, qui a &#233;tudi&#233; la migration des m&#233;decins vers l'Europe, estime que l'UE devrait modifier l'orientation de ses interventions pour ne plus se contenter de &#171; contr&#244;ler les fronti&#232;res &#187;, mais plut&#244;t engager les responsables gouvernementaux &#171; sur la question de l'injustice sociale au Nigeria &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose pourrait &#234;tre dite dans le cas d'autres pays africains. Mais, &#224; en juger par de r&#233;cents documents de l'UE et du Royaume-Uni consacr&#233;s &#224; la strat&#233;gie de l'Europe pour l'Afrique (3), les politiques men&#233;es dans cette r&#233;gion vont se concentrer sur la &#171; coop&#233;ration renforc&#233;e en mati&#232;re de migration et de mobilit&#233; &#187;, dans le cadre de &#171; partenariats &#233;gaux &#187; avec les gouvernements de pays o&#249; de nombreux citoyens disent vouloir partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'extr&#234;me droite en embuscade&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie reste en place malgr&#233; une avalanche de recherches r&#233;centes, dont certaines ont &#233;t&#233; reproduites sur le &lt;a href=&#034;https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/promoting-our-european-way-life/statistics-migration-europe_en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site web de la Commission europ&#233;enne&lt;/a&gt;, qui montrent que les immigr&#233;s clandestins africains ne repr&#233;sentent qu'une proportion minuscule des tendances migratoires totales en Europe et au-del&#224;. Au cours de cette enqu&#234;te, deux diplomates europ&#233;ens ont confirm&#233;, lors de conversations &#171; off the record &#187;, qu'ils &#233;taient au courant, mais, a d&#233;clar&#233; l'un d'eux, les mesures ont &#233;t&#233; maintenues &#171; en raison de la pression des populistes &#187;. L'extr&#234;me droite des pays europ&#233;ens et du Royaume-Uni ont &#224; plusieurs reprises exprim&#233; leur inqui&#233;tude de voir leurs pays &#171; inond&#233;s &#187; d'immigrants africains, ce qui a conduit l'influenceur Onye Nkuzi, qui compte plus de 300 000 abonn&#233;s sur X (ex-Twitter) et analyse les tendances migratoires et les attitudes europ&#233;ennes, &#224; tweeter en ao&#251;t 2023 : &#171; L'Europe craint davantage de devenir noire que de subir une guerre nucl&#233;aire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres pr&#233;occupations mentionn&#233;es dans ces documents politiques sont le pr&#233;sident russe Vladimir Poutine et la Chine. Ces documents expriment la crainte que ces &#171; autres acteurs g&#233;opolitiques [...] &#233;tendent leur influence &#187; sur les gouvernements africains. Il est donc important, peut-on y lire, que les gouvernements africains s'engagent plus que jamais dans des &#171; partenariats &#233;gaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; et aux &#171; m&#233;dias libres &#187; est mentionn&#233; avec beaucoup moins de ferveur et beaucoup moins souvent dans les journaux, ce qui a amen&#233; un interlocuteur camerounais, qui fait partie de l'opposition d&#233;mocratique, &#224; demander : &#171; Mais pourquoi ne peuvent-ils pas simplement nous soutenir ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Voir Chloe Sydney, &#171; Nigeria : returning migrants at risk of new displacement or secondary migration &#187;, Migration Governance and Asylum Crises, juillet 2021. &#192; &lt;a href=&#034;https://www.magyc.uliege.be/upload/docs/application/pdf/2021-09/d7.5v1-july-2021.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;l&#233;charger ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Ce chiffre a &#233;t&#233; calcul&#233; par ZAM &#224; partir d'estimations de 2007 (voir &#171; Irregular Migration from West Africa to the Maghreb and the European Union : An Overview of Recent Trends &#187;, OIM, 2008) appliqu&#233;es aux derni&#232;res donn&#233;es de demandes d'asiles produites par l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- &#192; lire par exemple &lt;a href=&#034;https://ecfr.eu/event/a-renewed-partnership-between-europe-and-africa-where-do-we-stand/#:~:text=In%20February%202022%2C%20the%20European,African%20continent%20as%20part%20of&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://international-partnerships.ec.europa.eu/policies/africa-eu-partnership_en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href=&#034;https://www.institute.global/insights/geopolitics-and-security/security-soft-power-and-regime-support-spheres-russian-influence-africa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
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